Publié dans Littérature Australienne

« Lune de Tasmanie » de Tamara McKinley

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui permet de voyager durant cette période de confinement :

Résumé de l’éditeur :

— C’est magnifique, souffla Kathryn. Qu’éprouves-tu à retrouver ta terre natale au bout de toutes ces années ?

Des larmes piquèrent à nouveau les yeux de la sexagénaire, qui resserra son châle autour de ses épaules.

— Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, avoua-t-elle à sa petite-fille. Du bateau, j’ai déjà constaté tellement de changements que j’en viens presque à craindre ce que je vais découvrir une fois que nous aurons accosté à MacInnes Bay.

1905. À la mort de son mari, Christy décide, à bientôt 65 ans, de se rendre en pèlerinage sur l’ile de Skye, en Écosse, terre rude où elle a passé́ les quinze premières années de sa vie. Avant que ses parents ne soient contraints à l’exil et s’installent en Tasmanie, au sud de l’Australie.

Accompagnée de sa fille Anne et de sa petite-fille Kathryn, Christy embarque pour un long voyage vers le passé, où de douloureux souvenirs referont surface. Un retour aux sources qui bouleversera à jamais la vie des siens…

Avec cette saga mettant en scène une femme courageuse, Tamara McKinley signe un roman dans la lignée de ses grands succès, sans doute l’un de ses plus personnels.

Ce que j’en pense :

Au moment où débute le récit, nous sommes en 1904. Christy, veuve de fraiche date, profite d’une réunion de famille pour annoncer à ses enfants et à sa petite-fille Kathryn, qu’elle veut retourner en Ecosse, sur l’île de Skye qui l’a vu naître, comme un pèlerinage, en quelque sorte. Il s’en suit un tollé général, sa fille Anne la traitant de folle et d’irresponsable, entre autres, seule Kathryn semble comprendre sa démarche et décide immédiatement de l’accompagner, au grand dam de sa mère, qui impose sa présence au périple. Les deux fils de Christy, Hamish et James sont plus tolérants vis-à-vis de la décision de leur mère.

On va donc suivre le périple des trois femmes, et Christy se décide à raconter son histoire, son enfance difficile, dans la pauvreté sur l’île de Skye, où les « Gaëls » sont persécutés par les Anglais, qui les chassent des terres (alors qu’elles leur sont louées par ces mêmes Anglais !). Ils arrivent avinés, en horde, massacrant tout sur leur passage, incendiant les maisonnettes. Il faut donc fuir de plus en plus loin, sans cesse recommencer, en perdant des êtres chers au passage.

Tamara McKinley a choisi d’alterner les événements du passé et l’époque actuelle où la famille est devenue riche mais où un procès se profile à l’horizon, et c’est Harold, le mari d’Anne qui se démène pour découvrir « le secret » qui hante la famille.

J’aime bien les sagas familiales et les secrets de famille, mais dans ce roman, l’auteure a choisi de nous laisser dans l’ignorance pour entretenir le suspense et cela m’a beaucoup dérangée dans la lecture.

De surcroît, il faut supporter tout au long de la lecture, Anne, « hystéro-pimpim », d’un égoïsme forcené, qui est odieuse avec tout le monde, alors que Kathryn, sa fille, est beaucoup plus mature qu’elle. Cette femme aurait fait les délices de Sigmund Freud, c’est un manuel de psychiatrie à elle toute seule ! Autre source de perturbation dans la lecture, donc.

Autre bémol, l’utilisation à répétition du mot sexagénaire, pour parler de Christy, cela revient une ou deux fois par page, on se demande parfois si l’auteure est atteinte de « gérontophobie » !  

Ce qui m’a plu dans ce roman : l’Australie et ses paysages, les colons, le sort des aborigènes, la fièvre de l’or, la vie au début du XXe siècle en Australien, les chevaux…

Une image très drôle : Anne est tellement désagréable, qu’un des chevaux qui traîne la carriole lui mord le postérieur !!!

C’est le deuxième livre de Tamara McKinley que je lis, et je l’ai mieux apprécié quand même que « La route de Savannah Wings » que j’avais trouvé trop bisounours.

J’ai passé un bon moment quand même car j’ai beaucoup apprécié Christy, son parcours et sa force de caractère, ainsi que les personnages secondaires, comme Gregor, qui emmène les trois femmes dans sa carriole, Harold, le mari d’Anne qui se démène pour éclaircir le mystère et d’autres. Avec le confinement ce type lecture apporte un peu de réconfort, sans prendre trop la tête.

J’ai beaucoup appréciée la très jolie couverture du roman, comme toujours dans ces éditions!

Un grand merci à NetGalley et aux éditions l’Archipel qui m’ont permis de lire ce roman.

#LunedeTasmanie #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Née à Launceston (Tasmanie) en 1948, Tamara McKinley émigre en Grande-Bretagne où elle intègre un pensionnat de jeunes filles du Sussex. De La Dernière Valse de Mathilda, traduit dans 20 pays et vendu en France à plus de 350 000 exemplaires, à Quand on ne peut oublier, ses romans ont tous paru aux éditions de l’Archipel.

Extraits :

L’année 1904 touchait à sa fin, et Christy se tenait assise dans le fauteuil préféré de son défunt mari, à côté de la porte-fenêtre donnant sur la baie de Storm et la péninsule tasmanienne. La chaleur de l’été se trouvait atténuée par une brise fraîche venue de la mer – le parfum des pins et des eucalyptus pénétrait grâce à elle dans la demeure. Christy, d’ordinaire apaisée par les cris des carillonneurs huppés dans les arbres non loin, demeurait tendue – elle attendait la réaction de sa famille à l’annonce qu’elle venait de faire.

Comme les Aborigènes ou les Indiens d’Amérique, les petits fermiers de l’île de Skye avaient été victimes d’une terrible injustice qu’on avait si bien passée sous silence que jamais les générations à venir ne connaîtraient la vérité.

Comme elle songeait à présent à sa grand-mère, à la ténacité dont elle avait fait preuve, elle s’avisa que son grand-père, lui, n’avait que rarement évoqué son enfance. Des bribes recueillies par l’adolescente, il ressortait que cette enfance avait été pauvre, et que le garçon qu’il était alors avait failli mourir durant son voyage vers l’Australie. Mais, comme sa future épouse, il avait survécu, pour se bâtir ensuite une vie heureuse et prospère.

La vie, songeait Christy, se révélait décidément imprévisible. Ainsi, la sexagénaire retrouvait aujourd’hui l’auberge des Îles, où jadis elle avait officié en qualité de domestique de très bas étage.

… accoudé au bastingage, il regarda l’île se matérialiser doucement sur l’horizon. Il avait toujours aimé la Tasmanie, parce qu’il s’agissait d’un territoire verdoyant et peu peuplé, jouissant d’un climat plus doux que celui du continent. Un homme en mal de solitude pouvait y errer à son aise.

Ce magnifique endroit possédait cependant une terrible histoire : prisonniers soumis à la torture et enfermés dans les taudis de Port Arthur, de Puer Island ou de Sarah Island, Aborigènes massacrés ou exilés, loin de leur terre natale, sur des îles dont les ressources naturelles demeuraient impuissantes à assurer leur survie…

Lu en avril 2020

Publié dans Littérature Australienne, Polars

« Lost man » de Jane Harper

Je vous parle aujourd’hui d’un livre sur lequel je me suis précipitée, car le premier roman de l’auteure m’avait bien plu:

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Le retour magistral de l’auteure du best-seller australien Canicule.

Après des mois sans s’être vus ni parlé, Nathan et Bub Bright se retrouvent sur la frontière séparant leurs ranchs au cœur aride de l’Outback australien. Leur frère Cameron gît à leurs pieds, mort.

Sur ces terres isolées et suffocantes, à trois heures de voiture les uns des autres, les trois fils Bright étaient leurs plus proches voisins respectifs. Cameron était l’enfant du milieu, celui qui avait repris la propriété familiale. Mais quelque chose ou quelqu’un l’a poussé à quitter sa ferme et à errer sous le soleil implacable jusqu’à en mourir.

Nathan et Bub se rendent dans le ranch de Cameron et y retrouvent ceux qu’il a laissés derrière lui : sa femme, ses filles, leur mère, ainsi qu’un employé de longue date et deux travailleurs saisonniers.

Mais alors que commence le deuil, Nathan se met à avoir des soupçons sur la mort de son frère, qui le forcent à remuer des secrets de famille depuis longtemps enterrés. Car si quelqu’un est responsable de la disparition de Cameron, dans cette partie isolée de l’Outback, les suspects se comptent sur les doigts d’une main.

Une intrigue puissante et brutale, qui prend place dans un paysage à couper le souffle. Après Canicule et Sauvage, Lost Man confirme que Jane Harper est une des nouvelles voix importantes du thriller.

 

Ce que j’en pense

 

Un homme est retrouvé mort, de soif. Il s’est traîné tout autour de la tombe du Stokeman, qui date de plus d’un siècle et on ne compte plus le nombre de légendes qui se racontent depuis des décennies à son sujet. En tout cas, notre homme a tenté de suivre la course du soleil, ou plutôt de l’ombre car en plein hiver en Australie, il fait plus de 45°.

On a retrouvé sa voiture, très loin, le coffre plein de boissons et de nourriture, il connaissait la région et savait qu’il ne fallait jamais s’éloigner sans emporter de l’eau avec soi.

Après vérification, il s’agit de Cameron Bright, le fils cadet de la famille, aimé de tout le monde, sympathique, rendant service etc. qui a repris la ferme et l’élevage à la mort du père.

Nathan, le fils aîné, a bien-sûr le profil du fils maudit. Il a épousé la fille d’un fermier voisin, qui lui a offert en cadeau de mariage une terre inculte sur laquelle il peine à survivre. Son mariage a capoté grâce aux manœuvres de son beau-père et après une dispute, il croise la route de celui-ci qui malade lui demande de l’aide.

Évidemment, sur le coup de la colère, Nathan ne s’arrête pas et quand, pris de remord, il fait demi-tour, quelqu’un s’est arrêté pour lui porter secours (comble de malchance, quand on sait le nombre de voitures qui circulent dans ce désert !). sa réputation est faite, c’est un voyou, désormais, il n’a plus le droit d’entrer en ville et personne ne l’aide jamais….

Le troisième fils, Bud, un peu attardé, aidait Cameron à gérer la propriété, en traînant les pieds car il rêve d’autre chose.

Nathan, qui accueillait pour les vacances son fils, Xander, est bien obligé d’aller rejoindre sa famille qu’il n’a pas vue depuis au moins deux ans.

Dans la famille, il y a aussi la mère, et la femme de Cameron, ainsi que leurs deux filles. Tout ce petit monde va se côtoyer et cela va faire des étincelles.

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui ne se résume pas à une enquête policière, mais raconte l’histoire de l’Outback, l’histoire de cette famille, où les secrets sont lourds, bien enfouis, mais finiront pas sortir. La violence des lieux, des liens familiaux, sont très intéressants, et le pervers narcissique, violent n’est pas forcément celui qu’on croit.

Jane Harper entretient le suspense, et on s’attache de plus en plus aux protagonistes, on arpente cette terre rouge, aride, où il est difficile de faire pousser des cultures, où quand il pleut, une fois par an, les terres sont inondées et il ne faut pas avoir oublié de faire des réserves pour pouvoir tenir le coup.

Seul petit bémol: le résumé de l’éditeur dévoile trop de choses… mais la couverture est tellement belle qu’il faut se précipiter sur ce livre!

J’ai choisi ce roman, car j’ai beaucoup aimé le premier opus de Jane Harper : « Canicule » et j’ai retrouvé ce rythme particulier qui m’avait alors tenue en haleine ….

Je n’ai pas encore lu son deuxième livre, mais c’est prévu au programme.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Lévy qui m’ont permis de dévorer ce livre.

♥ ♥ ♥ ♥

#LostMan #NetGalleyFrance

 

Lu en novembre 2019

Publié dans Littérature Australienne

« Les fleurs sauvages » de Holly Ringland

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui semble recueillir un certain succès chez les lecteurs depuis quelques temps et dont la couverture, déjà, est une invitation au voyage :

 

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Résumé de l’éditeur :

 

« À cœur vaillant, rien d’impossible

Lorsqu’une tragédie change à jamais sa vie, la jeune Alice Hart, âgée de neuf ans, part vivre chez sa grand-mère qu’elle ne connaît pas. Quittant le bord de l’océan où elle a grandi, elle trouve refuge dans la ferme horticole de June, où celle-ci cultive des fleurs sauvages d’Australie.

Au fil du temps, Alice oublie les démons du passé et apprend à perpétuer la tradition familiale en utilisant le langage des fleurs pour remplacer les mots lorsqu’ils se font trop douloureux.
Mais l’histoire des Hart est hantée par de nombreux secrets que June cache à sa petite-fille.

 Une sorte de fatalité semble accabler les femmes de leur famille, aussi June préfère-t-elle tenir Alice à l’abri de la vérité, quitte à la tenir à distance de l’amour.

Une fois adulte, révoltée par ce silence et trahie par celles qui lui sont le plus chères, Alice se rend compte qu’il y a des histoires que les fleurs seules ne peuvent raconter. Si elle veut être libre, elle doit partir et inventer l’histoire la plus importante de toutes : la sienne…

Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Damour

 

 

Ce que j’en pense

 

On fait la connaissance d’Alice Hart, alors qu’elle a autour de neuf ans, vit dans la propriété appartenant à son père, qui cultive la canne à sucre. La petite fille n’a pas le droit de sortir de la propriété et suit sa mère qui cultive son jardin. Même l’école, son père ne veut pas en entendre parler, lui de perdition selon lui. Il règne en véritable tyran sur Agnès, sa femme et sur sa fille, les coups pleuvent dès qu’on ne dit pas comme lui.

« Ce n’est pas un endroit pour une fille, disait son père, tapant du poing sur la table, faisant tressauter assiettes et couverts, chaque fois que la mère d’Alice suggérait de l’envoyer à l’école. Elle est plus en sécurité ici, grondait-il, mettant fin à la conversation. C’était ce que son père savait le mieux faire, mettre fin à tout. »

Un jour, Alice s’échappe et découvre la ville, notamment la bibliothèque municipale, où elle arrive en chemise de nuit, pieds nus et fait ainsi la connaissance de Sally, la bibliothécaire qui comprend vite qu’elle est maltraitée mais n’ose pas trop intervenir, tout le monde ayant peur de Clem Hart. Cette expédition vaut à Alice une pluie de coups. Mais son père finira par l’autoriser à emprunter des livres.

Alice est fascinée par le feu, comme sa mère d’ailleurs, et le pouvoir régénérateur de celui-ci : son père peut-il renaître de ses cendres, meilleur, comme le phénix ? Un jour où elle brave un interdit, pénètre dans l’antre de son père, mais y oublie la lanterne allumée.

Il en résulte un incendie où ses parents meurent et elle, sauvée in extremis, avec une longue hospitalisation et sa grand-mère paternelle, June, dont elle n’a jamais entendu parler, vient la chercher et l’emmène dans sa propriété, à Thornfield, où elle cultive des fleurs, et accueille des jeunes femmes en détresse, qu’elle appelle ses Fleurs.

Pourquoi, Clem a-t-il quitté la maison familiale ? Quels sont les secrets qui rongent cette famille depuis des générations ? June ne parvient pas à en parler, les non-dits s’accumulent, et les mêmes causes ayant les mêmes effets, on assiste à une répétition des scenarii de vie.

Quand on ne parvient pas à parler, on essaie de communiquer autrement, ici par le langage des fleurs, et comme June, on repousse le problème en ayant recours à la fiole de whisky, tout en créant des bijoux avec les fleurs récoltées, les inscrivant ainsi dans le temps.

Chaque chapitre commence par la présentation d’une plante, son nom latin, son nom aborigène, ses caractéristiques, couleurs, action, et apporte une clé pour décrypter, l’histoire.

J’ai adoré ce roman, l’histoire de toutes ces femmes de Thornfield, leurs difficultés, leurs souffrances, est passionnante. outre Alice et June, tous les personnages m’ont plu, notamment la grand-mère June, Ruth qui est à l’origine de la passion familiale pour les fleurs,  de Twig, à qui on enlevé ses enfants pour les confier à des blancs,  et d’autres femmes qu’on découvre tout au long du roman. L’auteure nous propose des portraits de femmes extraordinaires alors que les hommes attirent peu la sympathie, à part certains…

Une scène m’a beaucoup marquée, par exemple : Clem décide d’aller faire de la planche à voile alors qu’il y a énormément de vent, et il prend Alice sur sa planche, l’assied devant lui et elle doit se tenir à ses jambes. Elle n’a que neuf ans, elle a peur et ne se comporte pas comme il veut, alors il la jette à la mer et s’en va sur sa planche sans se soucier de la suite. C’est Agnès, qui va se porte au secours de la fillette qui en réchappe de peu. Et au retour bien-sûr, toutes les deux doivent affronter sa colère, sa violence…

L’écriture est belle, tout autant que l’histoire ; Holly Ringland parle tellement bien de l’Australie, de la mainmise des Blancs, du mépris pour la culture aborigène, pourtant si riche, si proche et si respectueuse de la nature. Elle évoque notamment le parc naturel de Kilipitjara, avec la description d’un cratère où poussent des fleurs splendides, les pois du désert, qui serait selon la légende, le point de chute sur la terre du cœur d’une mère, de l’univers des étoiles, qui aurait laissé tomber son fils sur la terre, dans un moment d’inattention…

C’est le premier roman de Holly Ringland et c’est une belle réussite. Je craignais au départ, qu’il s’agisse d’un roman fleur bleue, c’est le terme qui convient puisqu’on est dans les fleurs, et il n’en est rien. En plus, la couverture est magnifique.

Même la postface est passionnante car l’auteure explique comment elle construit son récit, et quels sont les lieux qui existent réellement et ceux qu’elle inventés.

Je pourrais en parler pendant des heures, car les portes d’entrées dans sont multiples, comme les thèmes abordés, alors un conseil, si vous ne l’avez pas déjà lu, foncez !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard Mazarine qui m’ont permis de découvrir et de dévorer ce roman.

#LesFleursSauvages #NetGalleyFrance

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L’auteure

 

Holly Ringland a grandi dans le jardin tropical de sa mère, sur la côte est de l’Australie. C’est lors d’un voyage en camping-car de deux ans avec toute sa famille que naît son intérêt pour les autres cultures et leurs légendes alors qu’elle n’a que neuf ans.

À l’âge de vingt ans, Holly travaille pendant quatre ans au sein d’une communauté aborigène perdue dans le désert australien. En 2009, elle déménage en Angleterre et décroche un master d’écriture créative à l’Université de Manchester.

Ses essais et nouvelles ont été publiés dans une multitude de journaux et anthologies. « Les fleurs sauvages » est son premier roman.

 

 

Extraits

 

Alice se souviendrait toujours de cette journée comme de celle qui avait changé irrémédiablement sa vie, même s’il lui faudrait vingt ans pour comprendre : la vie va de l’avant, mais ne se comprend qu’en regardant en arrière. Vous ne pouvez pas voir le paysage qui vous entoure tant que vous êtes à l’intérieur.

 

Certains jours, la mère d’Alice semblait complètement absente.il n’y avait plus ni histoires si promenades au bord de la mer. Elle ne parlait plus aux fleurs. Sa mère restait au lit les rideaux tirés contre la lumière blanche, anéantie, comme si son âme l’avait quittée.

 

Elle avait l’habitude de tenir la barre. Elle semait ses graines et les voyait éclore quand et comme elle s’y attendait. Sa vie avait ses cycles de semailles, croissance et cueillettes, et elle reposait sur ce rythme bien ordonné. Qu’un enfant débarque aujourd’hui dans son existence, alors que son énergie diminuait et qu’elle songeait à la retraite, était particulièrement perturbant.

 

Alice contempla l’arc-en-ciel de couleurs des autres fleurs enchâssées dans les colliers, boucles d’oreilles et bagues. Chacune était à jamais scellée ; figée dans le temps et pourtant colorées à vie. Elle ne noircirait jamais, ne tomberait jamais en poussière. Elle ne mourrait pas.

 

Au temps de la reine Victoria, les gens en Europe parlaient le langage des fleurs. C’est la vérité. Les ancêtres de June – tous tes ancêtres, Alice – des femmes qui ont vécu il y a longtemps, ont emporté cette langue à travers les océans depuis l’Angleterre et l’ont transmise au fil des générations, jusqu’à ce que Ruth Stone l’introduise ici à Thornfield.

 

Tout le monde avait besoin de silence de temps en temps. C’était la magie de Thornfield ; c’était un endroit où il était possible de ridelles choses qu’on ne pouvait pas exprimer.

 

Au pied de l’eucalyptus géant, Ruth s’asseyait et se laissait aller à chanter et pleure. Lire et chanter étaient alors les deux seules occupations qui l’empêchaient de perdre l’esprit. Elle chantait des histoires que sa mère lui avait apprises, qui parlaient de fleurs capables de dire des chose que les mots étaient impuissants à exprimer.

 

June était debout au comptoir de la cuisine avec la bouteille de whisky ouverte devant elle. Elle s’en versa un autre verre. Elle était fatiguée. Lasse de porter le poids d’un passé trop lourd à faire revivre. Elle était lasse des fleurs qui parlaient de choses que les gens n’osaient pas exprimer. De cœurs brisés, de solitudes et de fantômes. Du sentiment d’être incompris.

 

Le passé a une curieuse façon d’engendrer de nouvelles pousses. Si tu ne t’en occupes pas immédiatement, ces histoires se ressèmeront d’elles-mêmes.

 

Mais le remords était une semence étrange ; plus vous l’enterriez, plus il s’escrimait à repousser.

 

Nous ne pouvons pas ignorer le mal que nous avons fait, dit Alice. Même si nous tentons de l’enfouir au plus profond de nous-mêmes.

 

Bien que sa présence apaise les souvenirs douloureux qu’elle voulait oublier, la vie qu’Alice avait laissée derrière elle se glissait dans son cœur comme une plante grimpante, vrille après vrille, feuille après feuille.

 

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature Australienne

« Le garçon et l’univers » de Trent Dalton

J’ai flashé sur la couverture de ce roman australien (encore un)  avec:

 

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

Une enfance australienne.

Darra, banlieue de Brisbane, 1985. Eli, bientôt 13 ans, grandit entre une mère toxico, un grand frère mutique et, en guise de baby-sitter, l’un des anciens prisonniers les plus célèbres d’Australie : Arthur « Slim » Halliday. Mais Eli ne connaît rien d’autre et, en l’absence de son père biologique, peut compter sur les « good bad men » qui l’entourent : son beau-père Lyle, qui a plongé sa mère dans la drogue mais tente maintenant de l’en sortir ; Slim, que sa longue expérience en cellule d’isolement a rendu philosophe ; Gus, son frère, qui communique en écrivant dans l’air et semble avoir des talents de devin. Un jour, Eli découvre dans le pavillon familial une pièce secrète qui contient de la drogue et un mystérieux téléphone rouge : il suit
Lyle et comprend que celui-ci travaille pour un gang de trafiquants local. Furieux et fasciné à la fois, Eli demande à travailler pour lui…

Traduit de l’anglais (Australie) par Maxime Shelledy et Souad Degachi

 

Ce que j’en pense

 

Eli Bell a douze ans lorsque nous faisons sa connaissance. Son frère August, alias Gus, qui a un an de plus, ne parle plus depuis l’âge de six ans, à la suite d’un accident des plus bizarres à la suite duquel les parents se sont séparés. Ces deux ados vivent avec leur mère, Frances, ex-junkie et son compagnon Kyle que les enfants aiment bien. Ils habitent près de Brisbane, un coin où la drogue circule, inonde tout sur son passage.

Eli et Gus ont eu pour baby-sitter, un ancien prisonnier, Arthur « Slim » Halliday, alias le Houdini de Boggo Road, car il a réussi des évasions spectaculaires de cette prison de Boggo Road, condamné pour le meurtre d’un chauffeur de taxi (meurtre dont on ne saurait jamais s’il était vraiment coupable!) et les relations d’amitié qui unissent Eli et Slim sont très fortes, il lui donne de bons conseils, et le pousse à se donner les moyens de réaliser ses rêves.

Cerise sur le gâteau, Slim adore Omar Khayyâm et ses quatrains, comme moi et nous en livre quelques uns au passage…

Mais Kyle n’est pas très net, à côté de son travail, il est dealer et rêve d’offrir à sa belle une maison, une autre vie. Eli et Gus l’accompagnent parfois lors de ses « livraisons » et côtoient ainsi les vendeurs vietnamiens, hauts en couleurs, une sommité de la ville, vendeur de prothèses « au dessus de tout soupçonnons » et son homme de main, habile dans l’art du découpage des corps…

Un jour, Kyle est emmené par le sbire du « Baron » de la drogue et on ne le reverra jamais. Trahi probablement par son ami d’enfance Teddy…

Cette famille est bien sûr hautement dysfonctionnelle, Eli ayant plus de plomb dans la cervelle que sa mère ou son père, qui picole du matin au soir. Il rêve d’être journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, et la manière dont il tombe amoureux de la journaliste responsable de la rubrique est adorable; il a treize ans, elle en a dix de plus, et espère qu’elle l’attendra.

J’ai beaucoup aimé ce roman; il démarre pourtant par des scènes de violence, traite de la misère, de la drogue, des dealers sans scrupules, des flics qui cautionnent, mais les personnages de cette famille sont tellement attachants qu’on laisse la violence de côté pour ne s’intéresser qu’à eux.

Frances, alias Frankie dit toujours que ses enfants sont spéciaux, et si l’intelligence d’Eli ne fait pas de doute, on s’interroge sur Gus, qui refuse de parler, s’exprime en écrivant ses phrases dans l’espace. Parfois on a l’impression que cela ne veut rien dire du tout et qu’il a des hallucinations, ou un syndrome de stress post traumatique (on le serait à moins avec tout ce que ces deux-là ont vécu).

Il y a un élément marquant: derrière le placard de la penderie, dont le fond coulisse, il y a un passage secret, donnant sur une pièce fermée, où trône un téléphone rouge qui sonne de temps en temps, quand les les gamins s’y trouvent! hallucinations? Manipulation? Magie?

La dernière partie est grandiose, et montre comment les pièces du puzzle, qui ont été semées, échappant parfois à l’attention du lecteur, s’articulent.

C’est un pavé, 580 pages, il me semble que j’ai dévoré, après quelques pages où la violence me freinait beaucoup, mais il faut tenir le coup car cette lecture est passionnante. Je pourrais en parler pendant des heures…

Cet auteur est prometteur… et je remercie NetGalley et les Editions Harper Collins France qui m’ont permis de le découvrir.

La couverture est magnifique et j’ai littéralement flashé sur elle…

#LeGarçonEtLunivers #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Trent Dalton est journaliste pour The Weekend Australian Magazine et scénariste. Il a été plusieurs fois récompensé pour ses articles, notamment son recueil Detours : Stories from the Street (2011), résultat de trois mois d’immersion dans des communautés de sans-abris de Brisbane.

Son travail de scénariste a également été couronné de prix prestigieux comme le prix Canal+ International, décerné par le Festival du Court-Métrage de Clermont-Ferrand.

 

 

Extraits

 

August écrit dans l’air de la même façon que Mozart jouait du piano, à ce que m’en a dit mon vieux voisin, Gene Crimmins: comme si le destin de chaque mot était d’arriver jusqu’à nous tel un colis expédié depuis un lieu imaginé par son esprit en ébullition.

 

Les mots, c’est pas terrible à l’intérieur, il vaut mieux les laisser sortir.

Tout le monde fuit quelque chose — des idées la plupart du temps…

 

D’après ce que j’ai vu, le grand amour est une chose difficile. La véritable passion a beaucoup à voir avec la mort.

 

Maman était une néphile, ces années-là. Mais elle était aussi la toile et le papillon — le papillon tigre bleu aux ailes de saphir, en train de se faire dévorer vivant par l’araignée.

 

La vérité, dit Bich, c’est que les enfances australiennes sont si idylliques et joyeuses, pleines de journées à la mer et de parties de cricket dans le jardin, que l’âge adulte ne peut pas répondre aux espoirs des enfants.

 

Le temps, c’était l’ennemi antique. Il a dit que le temps nous tuait lentement.

C’est toujours le temps qui gagne, a-t-il dit. Alors fais ton temps avant qu’il ne te fasse la peau.

 

Je ne sais pas ce que j’attendais d’un deal. Plus de romanesque, peut-être. Du danger, du suspense, de l’adrénaline? Je me rends compte que le dealer moyen de banlieue n’est pas très éloignée du livreur de pizza lambda.

 

Et c’est comme ça pour tous les hommes, gamin. On a tous un peu de bon et un peu de mauvais en nous. Le truc compliqué, c’est d’apprendre à être bon tout le temps, et jamais mauvais. Certains d’entre nous y arrivent. Mais la plupart, non.

 

Il me regarde dans les yeux et essaye de me comprendre, et je pense qu’il me comprend car il respire, et c’est ce que les humains font. Nous respirons. Mais, nous pouvons aussi devenir fous. Fous de tristesse.

 

Le temps est la réponse à tout, bien sûr. La réponse à nos prières, à nos meurtres, à nos pertes, à nos hauts et nos bas, à nos amours, à nos morts.

 

Le temps, on ne peut pas le contrôler; le planifier ou le manipuler, parce qu’il n’est pas vraiment là. Ce n’est pas l’univers qui a inscrit des noms sur nos calendriers et des chiffres romains sur nos horloges, c’est nous.

 

Oh! viens le vieux Khayyam et laisse le sage parler;

Seule une chose est certaine, la vie s’envole;

Seule une chose est certaine, le reste n’est que mensonge;

La fleur, jadis épanouie, meurt pour toujours.

 

Chaque jour de ta vie t’a emmené vers demain. Mais, bien sûr, chaque jour de ta vie t’a aussi mené à aujourd’hui.

 

Lu en mai 2019

 

Publié dans Littérature Australienne

« La prisonnière du temps » de Kate Morton

Toujours plongée dans la littérature australienne, je vous parle aujourd’hui du dernier opus de Kate Morton, auteure que je désire découvrir depuis longtemps avec :

Résumé de l’éditeur:

« Mon vrai nom, personne ne s’en souvient. La vérité à propos de cet été-là, personne ne la connaît »

À l’été 1862, un groupe de jeunes peintres proches des Préraphaélites, menés par le talentueux Edward Radcliffe, s’installe au Birchwood Manor, sur les rives de la Tamise. Là, inspiré par sa muse, la sulfureuse Lily avec qui il vit une passion ravageuse, Edward peint des toiles qui marqueront l’histoire de l’art. Mais à la fin de sa retraite, une femme a été tuée, une autre a disparu, un inestimable diamant a été dérobé, et la vie de Edward Radcliffe est brisée.

Plus d’un siècle plus tard, Élodie Winslow, jeune archiviste à Londres fiancée à un golden-boy qui l’ennuie, découvre dans une vieille sacoche deux objets sans lien apparent : le portrait sépia d’une femme à la beauté saisissante en tenue victorienne, et un cahier de croquis contenant le dessin d’une demeure au bord de l’eau. Pourquoi le Birchwood Manor semble-t-il si familier à Elodie ? L’inconnue de la photo pourra-t-elle enfin livrer tous ses secrets ? Et si, en l’entraînant sur les traces d’une passion d’un autre siècle, son enquête l’aidait à percer le mystère de ses propres origines et à enfin mener la vie qu’elle désire ?

Ce que j’en pense

Élodie, archiviste très rigoureuse, est plongée dans la préparation de son mariage, avec un golden boy, sous l’œil critique de sa future belle-mère qui veut lui imposer ses vues, allant jusqu’à exiger d’elle qu’elle retrouve les enregistrements des concerts de sa mère, une violoniste virtuose qui a perdu la vie dans un accident de voiture en compagnie d’un autre musicien. Elle découvre un carton poussiéreux contenant une sacoche en cuir qu’elle doit classer, enregistrer…

Comment relier une sacoche en cuir contenant un carnet de croquis, avec notamment le dessin d’une vieille demeure, la photo d’une belle femme, qui ne semble pas inconnue à Élodie, à une tragédie survenue en 1862 ? c’est tout l’art de Kate Morton !

Élodie se lance sur les traces de la personne à qui elle a appartenu et qui s’avère être Edward Radcliffe un peintre appartenant à la fraternité Magenta, qui a acheté une maison dans un méandre de la Tamise, pleine de charme, où il reçoit ses amis de la fraternité, chacun travaillant sur le sujet qui l’inspire. Edward, fiancé à une riche héritière est tombé sous le charme d’une jeune femme, Lily alias Birdie dont il fait son modèle, plutôt sa muse en fait. Il en tombe amoureux ce qui va avoir des conséquences funestes.

Un voleur se serait introduit dans la maison et aurait tirer sur la fiancée, la tuant, en même temps que disparaît un diamant appartenant à la famille. Ce drame, s’accompagne de la disparition mystérieuse de Lily va provoquer la descente aux enfers de Edward, qui selon la théorie policière du moment aurait été brisé par la mort de sa fiancée et aurait perdu toute inspiration.

Plus tard un jeune artiste viendra au manoir, dont a hérité Lucy, la jeune sœur du peintre, car il a obtenu une bourse et fera une thèse sur Edward Radcliffe.

Dans ce roman, Kate Morton choisit de donner la parole à un fantôme, un esprit comme on veut, en l’occurrence Lily, pour nous raconter plusieurs histoires se déroulant à des époques différentes, 1862, puis pendant les guerres, pour arriver à 2017 et toutes ont un lien entre elles, avec des personnages multiples, dont certains sont très attachants.

« Je regrette de ne plus avoir de visage. Ni de voix. Une vraie voix que tous pourraient entendre. On se sent bien seule parfois dans les limbes. »

Ce roman, un pavé de plus de 600 pages, m’a énormément plu, car l’écriture est belle, l’histoire qu’il nous raconte tient en haleine jusqu’au bout, et pour une fois les protagonistes de l’époque actuelle ne sont pas de pales figures par rapport aux personnages d’une époque plus ancienne.

Kate Morton pose aussi des questions sur le temps, la vérité, la beauté, l’art, mais aussi sur la mémoire, les souvenirs, le deuil, l’amour, la souffrance, la misère ou encore les trahisons. Elle aborde aussi les liens familiaux, notamment les fratries, et l’importance des lieux dans nos vies.

Il y a longtemps que je voulais découvrir cette auteure, mais je souffre d’un encombrement pathologique de ma PAL où j’accumule des titres de romans, impossible de résister à la moindre tentation… ceux qui me connaissent bien le savent depuis longtemps, il me faudra plusieurs vies pour en venir à bout !

Un grand merci à NetGalley et aux Presses de la Cité qui m’ont permis de découvrir et d’aimer ce roman.

#LaPrisonnièreDuTemps #NetGalleyFrance

Avec mes excuses pour la présentation: je suis en cure et je travaille sur mon vieil ordinateur et le copié-collé se fait mal car pas de Word… la prochaine fois je rédigerai directement sur le blog ce sera plus simple!

 

Extraits

Loin de Londres, loin des regards indiscrets. Rien d’étonnant à ce que ses amis aient accepté avec tant de célérité. S’il l’avait voulu, Edward eût fait allumer un cierge au diable.

* * *

Tout était lumière mais cela n’a pas duré.Vous le savez déjà, bien-sûr car il n’y aurait pas d’histoire à raconter si la chaleur avait persister. Personne ne s’intéresse aux étés sereins et joyeux qui finissent comme ils ont commencé. Leçon que Edward m’a enseignée.

* * * 

La lumière était une des obsessions de la fraternité. Elle tirait son nom des théories de Goethe sur la couleur – le cercle des couleurs, les interactions entre la lumière et l’obscurité, l’idée qu’il y a une nuance entre le rouge et le violet qui permet d’avoir un cercle complet, le fameux magenta. Il faut se souvenir du fait qu’on assistait à cette époque-là, à un quasi big bang des arts et des sciences.

* * *

La sentimentalité était mièvre, écœurante ; la nostalgie, aigüe et douloureuse. La nostalgie, c’était le plus profond des désirs, la conscience du caractère inexorable du passage du temps. Impossible de le remonter pour retrouver un moment, un individu ; impossible de réparer ses erreurs.

* * *

L’être humain est un conservateur. Chacun, chacune prend soin de ses souvenirs préférés et les assemble afin de créer un récit susceptible de plaire. Certains évènements sont réparés et astiqués, pour qu’on puisse les mettre en vitrine ; d’autres, jugés sans valeur, sont laissés de côté et croupissent dans les entrepôts bondés de l’esprit.

* * *

La bonne heure, m’expliquait-il, n’existait pas. Le temps était une idée, sans début ni fin, invisible, inaudible. On pouvait certes le mesurer, mais personne n’avait jamais su trouver les mots pour en expliquer la nature.

* * *

La vie est cruelle – cruelle mais aveugle. C’est sa seule concession à la justice.

* * *

Ces officiers en écrivaient des tombereaux, de ces lettre bordées de noir ! Ils étaient passés maîtres dans l’art de ne jamais rien dire du chaos, des atrocités, et de ne jamais faire allusion à un quelconque gâchis. Non, officiellement, il n’y avait pas de gâchis à la guerre. Et très peu d’erreurs…

…Rien n’était plus éloigné du foyer que le champ de bataille, aucun mal du pays n’était plus effroyable que celui du soldat qui affrontait la mort.

* * *

Et d’ailleurs, une histoire ne se réduit pas à une idée. Une histoire, ce sont des milliers d’idées qui fonctionnent en harmonie.

* * *

La magie et la science ne sont pas contradictoires à mes yeux. Toutes deux sont des tentatives respectables et valables pour comprendre le fonctionnement du monde.

* * *

Être parent, c’est si facile ! Pas plus compliqué que de piloter un avion sans ailes les yeux bandés.

* * *

Parents, enfants. La relation la plus simple du monde, et la plus compliquée. Chaque génération transmet à la suivante une valise pleine de pièces prises à d’innombrables puzzles accumulés depuis des siècles, avec cette prière : « eh bien, à vous d’en faire quelque chose maintenant.

* * *

La primogéniture : les fils sont prénommés comme les pères et l’on attend d’eux qu’ils se conforment au moule familial, car il faudra, tôt ou tard prendre la place du patriarche et perpétuer la dynastie.

* * *

Lu en mai 2019

Publié dans Littérature Australienne

« Sur la route de Savannah Winds » de Tamara McKinley

Je continue mon exploration des auteurs australiens avec ce  livre :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Une terre lointaine aux nombreux secrets…

Quand Fleur apprend que son nom est couché sur l’héritage d’une tante qu’elle n’a jamais connue, elle ne peut qu’accueillir la nouvelle avec enthousiasme. En effet, sa relation amoureuse s’effrite et elle est prise dans l’étau d’un grave conflit familial.

À la lecture du journal de sa tante, qu’elle croyait disparu depuis de longues années, Fleur embarque pour un voyage à travers le temps, à la découverte du Gulf Country, dans le Nord-Est australien, entre savane et forêt, où se niche le ranch Savannah Winds. Mais ce dont Fleur ne se doute pas, c’est que ce qu’elle pourrait découvrir là-bas aura des répercussions dévastatrices sur sa vie…

Des années 1930 à nos jours, ce roman explore les liens familiaux, les rivalités et la force d’un amour qui dure.

 

 

Ce que j’en pense

 

L’auteure nous raconte les « malheurs » de Fleur, dont la mère est décédée quand elle avait deux ans, élevée par ses demi-sœurs, avec un père richissime, obsédé par son fric, ses hôtels, qui n’aime personne à part lui-même au point d’avoir été fâchée avec sa sœur Annie pendant des décennies. Lorsque Fleur hérite de la fameuse tante, tout part en vrille.

Cerise sur le gâteau, une dispute grave intervient entre Fleur et son flamboyant chirurgien, Greg, lorsque celui-ci refuse d’avoir des enfants, du fait du calvaire qu’il a enduré enfant, avec un père hyperviolent. Elle décide alors d’aller sur les terres d’Annie et de découvrir son secret.

Ce roman avait tout pour me plaire : une histoire familiale compliquée, des secrets de famille, des souffrances qui transcendent…

C’est une belle histoire qui se lit très facilement, ne prenant absolument pas la tête du lecteur, sur fond de grande chevauchée dans l’immense propriété de Savannah Winds, où la vie est difficile entre les tempêtes, ouragans, saisons des pluies où l’on peut tout perdre en quelques heures. Il y a de bonnes idées : Tamara McKinley parle très bien du statut des aborigènes d’Australie, esclaves longtemps des Blancs, du comportement exemplaire des femmes pendant la deuxième guerre mondiale où elles ont pris les manettes des ranchs, du bétail en mains de maîtres, des enfants enlevés, tel Sam par les services sociaux en Angleterre et envoyés au fin fond de l’Australie…

On a droit à des portraits caricaturaux, par exemple le couple formé par Bettany la demi-sœur de Fleur qui souffre du syndrome du nid vide car ses aînés sont partis alors que la petite dernière fait des siennes, alors que son époux Clive ne pense qu’à son travail et ses parcours de golf : le parfait macho, tandis qu’elle se noie dans ses kilos superflus et ses vapeurs de ménopause ! on se croirait dans Dallas et son univers impitoyable.

Il y a un trop grand écart entre la situation à cette époque et la période actuelle, la vie et les malheurs d’Annie m’ont beaucoup intéressée alors que ceux de la « pauvre petite fille riche » Fleur beaucoup moins, car son milieu, son mode de vie (qui ressemble beaucoup à celui des certaines héroïnes de la littérature américaine) sont aux antipodes du mien et n’ont pas réussi à me toucher.

Par contre, ce livre est plaisant par l’immensité et la beauté des paysages et du pays, ce qui permet un beau voyage.

Une lecture facile, trop Bisounours pour moi… à réserver pour les vacances, sur la plage ! c’est la première fois que j’aborde un roman de Tamara McKinley et je reste sur ma faim. J’ai le même ressenti qu’en lisant « Le secret du mari » de Liane Moriarty. Je tenterai peut-être un autre de ses romans pour lui laisser une autre chance de me convaincre.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’archipel qui m’ont permis de découvrir cette auteure.

#LaRouteDeSavannahWinds #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Née à Launceston (Tasmanie) en 1948, Tamara McKinley émigre en Grande-Bretagne, où elle intègre un pensionnat de jeunes filles du Sussex. Ses treize romans, de « La Dernière Valse de Mathilda » (2005), traduit dans plus de 20 pays, à « Où le cœur se pose » (2018), ont tous paru aux éditions de l’Archipel.

 

Extraits

 

Ce nuage n’était autre que le légendaire Morning Glory, qui s’étirait, du nord au sud, d’un bout à l’autre de l’horizon, projetant son ombre sur la savane. Et ce nuage s’enroulait sur lui-même, pareil à une vague éternelle, qui jamais ne se brisait, et dont la crête étincelait des innombrables gouttelettes glacées que la masse avait capturées en traversant le golfe de Carpentarie.

 

Les enfants, estimait-il, relevaient exclusivement du domaine de compétence de son épouse, cependant que lui-même se chargeait de faire fructifier sa société et d’améliorer son handicap au golf.

 

 Cela dit, c’était « grâce » à ces carences affectives qu’elle était devenue la femme qu’elle était aujourd’hui. Mue par la nécessité de tenir enfin debout sans l’aide de personne.

 

La perspective de révéler à une inconnue ses terreurs, ses souvenirs, les traces laissées par son enfance martyrisée lui faisait horreur. S’il tenait à réparer le mal qu’il avait infligé à sa compagne, il devait pourtant s’y résoudre.

 

Comment peut-on se montrer assez cruel pour arracher des enfants à leur mère, puis les expédier le plus loin possible pour en faire des esclaves ?… Je ne comprends rien à cette inhumanité, à ces mauvais traitements réservés à des innocents qu’au contraire, il aurait fallu chérir et protéger.

 

Échouer, c’est détourner le regard au lieu d’essayer de changer les choses. L’échec, c’est l’impossibilité de régler les problèmes. Échouer, c’est manquer du courage nécessaire pour se battre et parvenir à ses fins.

 

Vu le nombre d’hommes appelés sous les drapeaux, leurs épouses, leurs sœurs ou leurs filles avaient pris le relais, résolues à prouver qu’elles étaient capables de gérer les ranchs en leur absence, de s’occuper de leur foyer tout en veillant à la bonne santé des troupeaux.

 

Vêtues d’accoutrements masculins, elles possédaient un humour aussi âpre que la terre qu’elles s’efforçaient de dompter. Elles se battraient bec et ongles, sans trembler, comme, de leur côté, les hommes se battaient pour remporter la victoire.

 

Ce que vous appelez Voie lactée représente pour nous la route empruntée par celles et ceux qui ont quitté cette terre. Et chaque étoile n’est autre que l’une des âmes emportées dans le Grand Canoë par le Grand Esprit Paternel.

 

 

Lu en avril 2019

Publié dans Littérature Australienne

« Une vie entre deux océans » de Margot L. Stedman

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui traînait dans la PAL depuis longtemps, et qui m’échappait, car ma liseuse était bloquée m’en refusant obstinément l’accès pour de raisons bassement techniques

Une vie entre deux océans de margot L. Stedman

 

 

Résumé de l’éditeur

 

Après avoir connu les horreurs de la Grande Guerre, Tom Sherbourne revient en Australie. Aspirant à la tranquillité, il accepte un poste de gardien de phare sur l’île de Janus, un bout de terre sauvage et reculé. Là, il coule des jours heureux avec sa femme, Isabel. Un bonheur peu à peu contrarié par leurs échecs répétés pour avoir un enfant. Jusqu’au jour où un canot vient s’échouer sur le rivage. À son bord, le cadavre d’un homme, ainsi qu’un bébé, sain et sauf. Pour connaître enfin la joie d’être parents, Isabel demande à Tom d’ignorer les règles, de ne pas signaler « l’incident ». Une décision aux conséquences dévastatrices …

 

 

Ce que j’en pense

 

 

Tom Sherbourne revient de la guerre de 14-18 en héros, décoré; il a survécu mais à quel prix car tous ses compagnons sont morts. Il prend un poste de gardien dans un phare, sur l’île Janus, au confluent de deux océans et apprécie cette vie en solitaire.

Il rencontre à la Point Partageuse, lors d’un retour sur la terre ferme, Isabel qui a perdu ses deux frères pendant cette guerre, comme beaucoup de gens en Australie. Ils tombent amoureux et elle vient vivre sur l’île avec lui. Ils y sont heureux mais le sort s’acharne : Isabel fait deux fausses couches et perd un bébé à la naissance et devenir mère devient une obsession pour elle.

Un jour, un dinghy s’échoue, un bébé à bord, en vie alors que l’homme qui était avec lui est mort. Tout se précipite dans la tête d’Isabel qui fait tout pour convaincre Tom de ne pas signaler cet évènement et de garder ce bébé et le présenter comme le leur. Lucy entre donc dans leur vie, ils la présentent ainsi à toute la famille.

De l’autre côté, on a une mère qui cherche son bébé et son mari disparus car ce dernier, Allemand, était maltraité physiquement et moralement par des personnes ayant perdu des parents pendant la guerre et cherchant à se venger par pur xénophobie : ils ont quelqu’un sous la main pour défouler leur haine sur un bouc émissaire tout trouvé.

Pour Isabel, tout est simple, même en apprenant que la vraie mère est à la recherche de son bébé, elle est la mère et c’est tout, il suffit de garder le secret. Pour Tom, la culpabilité fait son lit peu à peu, et les répercussions sur le couple sont fortes.

On se rend compte aussi de l’importance des secrets de famille, notamment dans le passé de Tom, secret qu’Isabel sent intuitivement et voudrait partager avec lui, et ce mutisme de Tom qui peut expliquer certaines de ses réactions.

Ce roman évoque très bien le drame de la stérilité, le désir d’enfant qui tourne à l’obsession et peut conduire à n’importe quel acte insensé pour y parvenir, et comment on s’enfonce dans le déni et le mensonge au point d’en perdre la tête.

Il évoque aussi, en toile de fond, la colonisation de l’Australie, la déforestation, « les arbres hauts comme des cathédrales furent abattus à la scie à main afin de créer des pâturages »

Ce roman est depuis longtemps dans ma PAL et j’ai eu du plaisir à le lire, mais ce n’est pas un coup de cœur, peut-être ai-je trop attendu ? Néanmoins, c’est une lecture agréable, sur un sujet qui me touche de près. Je trouve que l’écriture de Margot L. Stedman est belle, ciselée et elle m’a emportée, dans cette terre lointaine, battue par les vents, me tirant des larmes…

Je connais très mal la littérature australienne : j’ai adoré « La mémoire est une chienne infidèle » d’Eliott Perlman, j’ai lu récemment « Le secret du mari » de Liane Moriarty ou encore, il y a longtemps, « Les oiseaux se cachent pour mourir » de Colleen McCullough.  J’allais oublier « La voleuse de livres » de Markus Zusak et enfin j’ai « La route de Savannah Winds » de Tamara McKinley au programme,  je pense que c’est tout…

Sans oublier quelques auteurs dans ma PAL en voie d’explosion :  Hannah Kent, Kate Morton ou Karen Wiggers…

 

Extraits

 

Nombreux étaient-ils les hommes qui, là-bas, avaient évité la mort, et qui semblaient maintenant sous l’emprise de l’attraction qu’elle exerçait sur eux. Mais ceux-là étaient désormais des électrons libres. Et sans doute des mythomanes.

 

Point Partageuse tient son nom d’explorateurs français qui dressèrent la carte de ce cap saillant au sud-ouest du continent australien, bien avant que commence en 1826 la ruée colonisatrice britannique visant l’Ouest. Depuis lors, des colons s’étaient faufilés peu à peu vers le nord à partir d’Albany, ou vers le sud en partant de la colonie de Swan River, pour se déclarer propriétaires des forêts vierges couvrant les centaines d’hectares entre les deux.

 

C’est ainsi que cette terre, qui, jusque-là, n’avait jamais été marquée par l’homme, fut griffée, brûlée, cartographiée, mesurée, distribuée par lots, pour tous ceux qui souhaitaient tenter leur chance dans un hémisphère susceptible de leur apporter le désespoir, la mort, ou au contraire, la fortune, au-delà de toutes leurs espérances.

 

Se souvenir était aussi douloureux que de passer la langue sur une dent ébréchée.

 

Si la guerre avait appris quelque chose à la jeune fille, c’était à ne tenir rien pour acquis : il n’était jamais prudent de repousser ce qui vous importait. La vie pouvait vous arracher ce que vous chérissiez, et il n’y avait alors plus moyen de le récupérer.

 

C’est peut-être cette obsession de la topographe qui avait poussé les cartographes à diviser cette étendue d’eau en deux océans, même s’il était absolument impossible de toucher le point exact où les deux courants divergeaient. Certaines choses ne changent jamais.

 

Janvier regarde en avant vers la nouvelle année, mais aussi en arrière vers celle qui vient de s’écouler. Il voit le passé et l’avenir. Tout comme l’île donne sur deux océans, vers le pôle Sud et vers l’équateur.

 

Elle savait que quand une femme perdait son mari, il y avait un mot tout nouveau pour la définir, elle était dorénavant une veuve. Un mari devenait un veuf.  Mais si un parent perdait un enfant, il n’y avait pas de mot spécifique pour ce chagrin-là. Ils étaient encore un père ou une mère, même s’ils n’avaient plus de fils ou de fille.

 

 

Lu en janvier-février 2019

Publié dans Littérature Australienne, Littérature contemporaine, Polars

« Canicule » de Jane Harper

C’est un commentaire enthousiaste de Lydia qui a éveillé ma curiosité pour ce livre:

Canicule de Jane Harper

 

 

Quatrième de couverture:

Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Écrasée par le soleil, terrassée par une sécheresse sans précédent. Sa poussière. Son bétail émacié. Ses fermiers désespérés.
Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ? C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste :
« Luke a menti. Tu as menti. Sois présent aux funérailles… »
Revenir à Kiewarra est la dernière chose dont Aaron a envie. Trop vives sont encore les blessures de son départ précipité des années auparavant. Trop dangereux le secret qu’il a gardé pendant tout ce temps. Mais Aaron a une dette, et quelqu’un a décidé que le moment est venu de la payer…
Ce que j’en pense:
J’ai beaucoup aimé ce polar que j’ai dévoré, canicule oblige: trente sept degrés chez moi, c’est quand même plus supportable que la sécheresse en Australie…
Décrivant de manière hyper réaliste le quotidien de ces fermiers accablés par la chaleur, qui voit leur bétail mourir, Jane Harper sait admirablement bien brouiller les pistes, alternant les morts actuels: Luke, sa femme et son fils avec une mort ancienne, celle d’Ellie, l’amie d’enfance d’Aaron et Luke.
S’agit-il du meurtre commis sur sa femme par Luke, sur fond de désespoir, qui finit par se suicider ensuite ou y a t-il eu un crime commis par une tierce personne? Étant donné le passé tumultueux de Luke toutes les spéculations sont permises…
J’aime bien ce style d’enquête alliant un meurtre en cours et un « cold case » et  Jane Harper excelle à entretenir le suspense, faussant les pistes, sur fond de drame des fermiers, étranglés financièrement, certains voulant maintenir les autres sous leur emprise, sur fond d’alcoolisme…
Extraits:
Falk songea à cette photo. Luke, Gretchen, lui. Et Ellie Deacon, avec ses cheveux châtain foncé et ses yeux noirs. Inséparables tous les quatre, comme on peut l’être quand on est adolescent, que l’on croit que les amis sont des âmes sœurs et que ces liens seront éternels.
C’est ça le drame avec les problèmes d’argent, c’est contagieux. Les fermiers n’ont pas de fric à dépenser dans les magasins, les commerces font faillite et, du coup, il y a encore moins de gens qui ont de l’argent à dépenser dans les magasins. Apparemment, ils sont tombés comme des dominos.
Sa propre naïveté le terrassa tel un accès de folie. Comment avait-il pu s’imaginer que l’eau fraiche coulait encore près de ces fermes quand une bonne partie de leur bétail gisait mort dans les champs? Comment avait-il pu se contenter de hocher bêtement la tête en entendant le mot sécheresse répété à l’infini, sans que jamais ne lui vienne à l’esprit l’idée que la rivière était à sec?
Certes, il avait pour habitude de tenir les gens à distance, de se faire des connaissances plutôt que des amis. Mais cela valait beaucoup mieux que de voir à nouveau l’un d’eux flotter à la surface d’une rivière, boursouflé, les membres brisés, à un jet de pierres de sa propre maison.
La mort modifie rarement les sentiments qu’on éprouve pour quelqu’un. Et quand c’est le cas, la plupart du temps, elle ne fait que les renforcer.
Lu en juillet 2017