Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Le journal de Claire Cassidy » : Elly Griffiths

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller avec :

Résumé de l’éditeur

Dans le collège où elle enseigne, Claire Cassidy donne chaque année un cours sur un classique de la littérature gothique, L’Inconnu, dont l’auteur, R.M. Holland, a vécu et enseigné dans le même collège qu’elle. Fascinée par ce personnage qui hante encore les murs de l’établissement, Claire travaille à l’écriture de sa biographie. Mais un jour, Ella, sa collègue et amie, est retrouvée morte. À côté de son corps, une citation de L’Inconnu… La littérature et le réel entrent alors en collision, et Claire devient suspecte aux yeux de la police. Le mystère s’épaissit lorsqu’elle ouvre son journal intime et découvre une écriture qui n’est pas la sienne : « Bonjour, Claire. Tu ne me connais pas. » L’inconnu, lui, connaît Claire, jusqu’à ses moindres secrets, et il n’est visiblement pas étranger aux meurtres qui vont se succéder au sein même du collège, toujours inspirés du livre de R.M. Holland.

Claire arrivera-t-elle à changer la fin de l’histoire ?

Ce que j’en pense

Ce polar se déroule dans un collège qui fût autrefois la maison de R. M. Holland, auteur de « L’inconnu » qui l’a rendu célèbre et sur lequel Claire Cassidy est en train d’écrire un livre.

Claire a été embauchée le même jour qu’Ella pour enseigner la littérature anglaise aux élèves. Elles sont amies, leur passe-temps favori, en dehors de la lecture, est de regarde « Danse avec les stars. Elles travaillent avec Rick, qui fantasme sur Claire, allant jusqu’à l’épier devant sa maison, mais il est marié et Claire l’envoie promener.

Lors d’un stage, c’est Ella qui cède aux avances de Rick…

On la retrouve chez elle, morte, poignardée, avec des blessures aux mains, tels des les stigmates de la crucifixion. Entrent alors en scène, le lieutenant Kaur, de son prénom Harbinder et son coéquipier le lieutenant Wilson.

En fait, tout le monde est suspect, il peut s’agir d’un autre professeur, notamment Rick le harceleur, mais aussi d’un élève, car certains sont particuliers…

Claire tient son journal depuis l’enfance pratiquement, à part quelques périodes où sa vie était plus heureuse (pendant son mariage par exemple) depuis son divorce elle écrit à nouveau, évoquant ses relations avec son ex, avec ses collègues, ou ses angoisses car Georgie « sort » avec Ty qui a quelques années de plus qu’elle.

Et, mystérieusement, quelqu’un rajoute des petites phrases dans ce journal…

En fait, tout le monde écrit, dans ce collège : Georgie, la fille de Claire tient son journal via internet « monjournalintime.com » où elle peut rendre public ce qu’elle veut, ce qu’elle juge bien écrit… Elle y retrouve Patrick, Tash, Venetia, les amis avec lesquels, elle participe à l’atelier d’écriture de Madame Hughes, qui est la professeure d’anglais des terminales, qui leur parle réincarnation, spiritisme et bien sûr, Claire n’est pas au courant…

Ce qui m’a plu dans ce thriller : le côté fantastique, avec le fantôme d’Alice Holland qui apparait parfois dans les escaliers, présage de mort, mais aussi tous les petits secrets des uns et des autres, car la communication entre adultes et adolescents est quasi inexistante.

Elly Griffiths alterne le récit de « L’inconnu » de Holland, et les journaux intimes, des uns et des autres, et les points de vue : celui de Claire, de Harbinder, de Georgie…

Notre lieutenant Kaur est géniale : à trente cinq ans elle habite toujours chez ses parents, des Sicks parents qui ne comprennent pas qu’elle fasse un métier d’homme au lieu de se marier avoir des enfants et faire la cuisine…

J’ai passé un bon moment, avec ce roman « so british » car l’intrigue est bien construite et on ne devine pas au milieu du livre qui est le tueur (ou la tueuse) et les indices sont distillés au compte-gouttes sur fond de littérature (on s’attendrait presque à voir passer Jane Austen). J’ai souvent pensé à Agatha Christie durant cette lecture…

Un grand merci à NetGalley et aux Editions Hugo Thriller qui m’ont permis de découvrir ce thriller, et son auteure.

#LejournaldeClaireCassidy #NetGalleyFrance

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L’auteure :

Née à Londres, Elly Griffiths vit aujourd’hui près de Brighton avec sa famille. Elle est l’auteur d’une quinzaine de thrillers.

Extraits :

J’ai l’esprit libre et quand je rentre à la maison, rien ne vient m’empêcher d’écrire toute la soirée. Je travaille à une biographie de R.M. Holland. Il m’a toujours intéressée depuis que dans mon adolescence j’ai lu L’Inconnu dans une anthologie d’histoires fantastiques.

J’allais enseigner la littérature anglaise pendant la journée et le soir, inspirée par mon environnement, j’écrirais sur Holland, sur sa vie de reclus, la mort mystérieuse de sa femme, sa fille disparue.

Il y a quelques histoires qui circulent. On dit qu’une femme est tombée du dernier étage. D’après certains, ça aurait été la femme d’Holland. Ou sa fille. Quelques élèves racontent qu’ils ont vu une femme en chemise de nuit blanche qui descendait l’escalier. Ou qu’on peut voir parfois une vague silhouette qui tombe. Apparemment la tache de sang est encore visible juste devant le bureau du directeur.

J’appris par la suite qu’Ella, qui était une fan de Jane Austen, s’identifiait à Elizabeth Bennet. Mais à mes yeux, elle ressemblait beaucoup plus à Emma.

« Il y a souvent des archétypes dans les histoires fantastiques, leur dis-je. Le jeune homme naïf, le confident, le traître, la femme maléfique.

On pouvait enfermer les femmes dans des institutions psychiatriques à cette époque si elles souffraient de dépression post-partum ou si elles désobéissaient à leur mari. Il y a même des cas où on enfermait les femmes parce qu’elles s’adonnaient à “la lecture excessive de romans”.

Kush travaille à la boutique et Abid est électricien. Mes frères ont cinq enfants en tout et ils portent tous deux encore leurs turbans. Du point de vue de mes parents, c’est là un succès retentissant. Quant à moi, moins on en dit, mieux ça vaut : trente-cinq ans, célibataire, occupée à faire ce que maman appelle « un travail d’homme ». S’ils savaient que je suis gay, ce serait la fin de tout.

Je n’ai rien contre les chiens, mais je préfère qu’ils aient l’air de chiens. Mes parents ont un berger allemand qui s’appelle Sultan. Il est censé garder le magasin, mais en fait il dort sur leur lit et on le traite comme un fils (et bien mieux que leur fille).

Le truc, c’est qu’aucune de nos mères ne nous comprend, elles en sont congénitalement et sociologiquement incapables.

Mais de toute manière, je ne veux pas de funérailles dans une église. Je veux être éparpillée aux quatre éléments. La terre pour mon corps, l’eau pour mon sang, l’air pour mon souffle, le feu pour mon esprit. »

Lu en février 2020

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Les détectives du Yorkshire: T3 de Julia Chapman

Ce qui devait arriver arriva : je me suis laissée prendre au jeu et j’ai enchaîné avec le troisième tome : « Rendez-vous avec le mystère »

 

Les détectives duYorkshire T3 Julia Chapman

 

Résumé de l’éditeur

 

La mort n’a pas dit son dernier mot.

Le troisième tome de la série de cosy mysteries Les Détectives du Yorkshire, déjà un succès !
Engagé par le notaire local, Matty Thistlethwaite, pour retrouver le certificat de décès d’une femme morte une vingtaine d’années plus tôt – et ainsi clore la succession de cette dernière –, Samson O’Brien, de l’Agence de Recherche des Vallons, s’imagine que l’affaire sera vite pliée. Mais le détective privé est sur le point de découvrir que les choses à Bruncliffe sont rarement aussi simples. En particulier quand Matty insiste pour que Delilah Metcalfe, qui connaît parfaitement la ville et tous ses habitants, collabore avec lui.

Delilah, quant à elle, saute sur l’occasion d’aider son locataire, ne serait-ce que pour se changer les idées… En effet, outre la bataille judiciaire pour la garde de son chien, Calimero, qui approche à grands pas, elle doit faire face à la menace de faillite qui plane toujours sur son agence de rencontre.

À mesure que Samson et Delilah enquêtent, ils se retrouvent entraînés dans un mystère qui pèse sur la ville depuis des décennies. En cherchant la vérité, ne risquent-ils pas d’exposer des secrets que certains auraient préféré garder enfouis ?

 

Ce que j’en pense :

 

Ce troisième tome commence avec un « drame » au suspense inouï : l’ex-mari de Delilah veut récupérer Calimero, ce brave chien gourmand, affectionnant au passage la bière. Ambiance tendue au maximum ! comment empêcher cela de se produire ! Je plaisante bien-sûr!

Justement le notaire de Bruncliffe, Matty Thistlethwaite doit régler la succession d’une femme du village. Or, par testament la vieille dame lègue la moitié de ses biens ainsi qu’un carton à chaussures renfermant des objets hétéroclites, à sa fille, déclarée décédée après avoir été renversée par une voiture.

Sansom est donc chargé de retrouver l’avis de décès qui n’existe semble-t-il pas. Évidemment Delilah s’impose sur l’enquête, car il faut bien faire rentrer de l’argent pour combler les dettes, alors que le site de rencontre et les speed-dating sont un peu en panne.

On va donc suivre le duo sur les traces de Livvy : pourquoi elle a quitté la ferme et la ville ? que se passait-il derrière les murs de la ferme : violence conjugale, alcool ? Où est passé le chien de Livvy, dont elle ne se séparait jamais ? Pourquoi cette enquête dérange-t-elle ? Ou plutôt qui ?

J’ai aimé retrouver les deux héros, Delilah et sa famille déjantée, les commérages dans la petite ville où tout le monde sait tout avant même la police et les gens concernés. Le mystère se devine aisément, mais ce n’est pas pour cela que cette série est attachante, c’est pour la ville et ses habitants…

Une scène touchante : Joseph O’Brien, luttant face à la bouteille de whisky, pas encore ouverte, posée sur la table et tentant de résister à la tentation. L’ouvrir ou ne pas l’ouvrir ?

On se souvient que le père de Samson, depuis son entrée à la maison de retraite, avait réussi son sevrage alcoolique. Mais, dans le tome précédent, la criminelle avait introduit de force de l’alcool dans sa bouche, après l’avoir endormi, avant qu’on la neutralise.

Une gorgée de liquide a remis le feu a ses papilles lui redonnant l’envie de boire. Il a tellement peur du jugement qu’il ne sait pas à qui demander de l’aide.

La suite m’attend bien-sûr, car pourquoi bouder son plaisir? et ce brave Caliméro, braque de Weimar qui porte si bien son nom, est tellement trognon ! et j’aime tellement passer d’un roman intello à une lecture sympathique, il manque juste un bon fauteuil et le feu dans la cheminée… Encore un peu de patience et j’aurai droit au fauteuil !

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Bof, le plus beau chien du monde je trouve que c’est exagéré, rien ne vaut un Yorkshire!!!

 

Extraits:

 

Les histoires de famille pouvaient être terriblement compliquées, Samson le savait d’expérience. Tout comme il savait que les gens comprenaient rarement ce qui se passait véritablement au sein d’une famille. La sienne en était la meilleure preuve. Il avait suffi d’une bagarre à un baptême pour que le tout Bruncliffe le considère comme une brebis galeuse, tout cela parce qu’il s’était battu avec son père.

 

Si Simon avait appris une chose au cours de ses trente-quatre années de vie sur terre, c’était que les familles constituaient un corpus de lois par elles-mêmes et qu’il valait mieux ne pas y toucher.

 

Joseph O’Brien, alcoolique réformé, se leva sans enthousiasme, parfaitement conscient de sa décision. Et de ce qu’elle impliquait. Sans enthousiasme et avec le sentiment horrible que son fils savait de quoi il retournait. Joseph avait pu cacher la vérité à ses amis, mais la cacher au regard perçant de ces yeux bleus qui se posaient sur lui, ce n’était pas possible. C’étaient ses yeux à Elle.

 

Lu en janvier 2020

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Les détectives du Yorkshire: T2 rendez-vous avec le mal » de Julia Chapman

Je vous parle aujourd’hui du deuxième tome de la série « Les détectives du Yorkshire » dont le sous-titre est « Rendez-vous avec le mal » :

 

Les Detectives du Yorkshire Tome-2-Rendez-Vous-avec le mal de Julia Chapman

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Quand Mme Shepherd se rend à l’Agence de recherche des Vallons, convaincue que quelqu’un cherche à la tuer, Samson O’Brien, détective privé, met cela sur le compte des divagations d’une vieille dame un peu sénile. Pourtant, après une série de curieux incidents à la maison de retraite de Fellside Court, il en vient à se demander si, finalement, il n’aurait pas dû la prendre plus au sérieux…

Alors que les fêtes de Noël approchent, Samson se lance dans une enquête complexe, qui lui demandera de renouer avec les habitants de Bruntcliffe – les mêmes qu’il a fuis une dizaine d’années auparavant. Et qui mieux que la tempétueuse Delilah Metcalfe, propriétaire de l’Agence de rencontre des Vallons, peut l’aider à regagner leur confiance ? Ensemble, Samson et Delilah vont devoir coopérer pour déjouer les menaces qui planent sur les personnes âgées de la région. Avant qu’il ne soit trop tard…

 

 

Ce que j’en pense :

 

 

Une cliente se présente à l’agence de détective de Samson O’Brien qui commence à se faire un nom, après sa première enquête (notamment quand il s’est extrait de l’incendie en petite tenue !).

Il s’agit d’Alice Shepherd, une vieille dame habitant la maison de retraite, qui pense qu’on veut l’assassiner : des objets disparaissent et réapparaissent bizarrement : une montre, un foulard… mais son discours un peu incohérent n’est pas pris au sérieux par Samson, la vieille dame n’a plus toute sa tête…

Etant donné que son père vit dans la même maison de retraite, il va se renseigner quand même, mais ne prend pas l’histoire au sérieux. Et pourtant, la vieille dame meurt, officiellement d’un problème cardiaque, et on ne va pas chercher plus loin, car le coroner trouve l’autopsie inutile.

Vent de panique quand même parmi les potes d’Alice et d’autres décès vont suivre…

D’un autre côté, un fermier vient demander à Samson d’enquêter sur l’enlèvement de son bélier, une belle bête de concours…

Pendant ce temps, Delilah continue à se battre pour survivre financièrement et continue les speed-dating et mauvaise nouvelle, son ex-mari veut récupérer la garde de…. Calimero, le brave chien…

J’ai retrouvé avec plaisir les deux héros, Samson et Delilah, alors que les fêtes de Noël approchent, et qu’il va falloir affronter sa famille toujours aussi déjantée… L’enquête est bien menée, la vie des personnes âgées en maison de retraite (dont le propriétaire s’est enrichi de manière plutôt malhonnête et qui en pince pour Delilah…) est bien analysée, de même que les conditions de travail, et l’auteure nous promène allègrement dans la chasse au coupable, qui n’est pas forcément celui qu’on croit…

Les nouvelles vont toujours aussi vite dans ce village, pas besoins de réseaux sociaux pour y faire le buzz…

On apprend plus de choses sur les voisins de Samson (la ferme de son père, alcoolique depuis la mort de son épouse, qui a été acquise dans des conditions plus que douteuses) : George et sa passion pour les vieux tracteurs, et surtout Ida toujours présente lorsque Samson était enfant) dont la personnalité est particulière, de même que sa manière de parler…

Il se trouve qu’Ida fait le ménage dans la maison de retraite…

Tous les personnages sont attachants, y compris les plus caricaturaux, la traque pour retrouver le bélier est drôle et l’enquête est sympathique. J’ai trouvé les seniors particulièrement dynamiques, ce qui n’est pas le cas en général dans les maisons de retraite… et les décors sont toujours aussi somptueux…

On ne nage pas dans les enquêtes sophistiquées, avec des hectolitres d’hémoglobine, mais j’aime bien cette série, j’ai ri souvent et j’imagine sans problèmes les relations entre tous les membres de  cette petite communauté, donc je vais continuer l’aventure, ne serait-ce que pour savoir qui aura la garde de Calimero, ce  brave chien à l’anxiété légendaire….

 

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Extraits :

 

C’était du pur Bruncliffe : tout le monde se mêlait des affaires de tout le monde et – cerise sur le gâteau – voilà qu’une retraitée un peu dérangée faisait le boulot à sa place. Il étouffa un gémissement. Pile la raison pour laquelle il avait quitté sa ville natale en premier lieu : la claustrophobie. Le manque d’intimité. Le thé à vous tuer un bœuf.

 

Quand on avait diagnostiqué le cancer qui devait enlever Kathleen O’Brien à l’affection de sa famille en seulement six mois, Ida Capstick était entrée en scène. Pour faire le ménage, la cuisine, s’occuper du jeune Samson lorsque ses parents se rendaient à l’hôpital.

Et quand Joseph O’Brien avait commencé à noyer son chagrin dans l’alcool après la mort de sa femme, George Capstick – le drôle de vieux George, avec son approche particulière de la vie – avait tout naturellement commencé à travailler à la ferme…

 

Lu en décembre 2019

 

Publié dans Littérature anglaise, Médecine

« Vas, vis, guéris » de Julia Buckley

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai mis beaucoup de temps à lire mais cela en valait la peine:

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Comme un tiers de la population de Grande-Bretagne, Julia Buckley souffre de douleurs chroniques. D’après ses médecins, cette douleur est incurable. Mais elle refuse de les croire et pense qu’un miracle est possible. Il faut seulement trouver le bon.
La quête de guérison de Julia va prendre des allures de tour du monde ; elle se lance dans l’exploration de tous les domaines des sciences, de la psychologie et de la spiritualité. Elle va rencontrer des praticiens qui interviennent en marge de la médecine conventionnelle, traditionnelle et alternative. De la réinitialisation neuroplastique du cerveau à San Francisco à la marijuana médicinale dans le Colorado, en passant par les rites vaudous en Haïti à la « chirurgie sacrée » au Brésil, elle est prête à tout. Sa route croise celle de de tous ceux qui affirment détenir la clé des maux : savants, psychiatres, sorciers ou guérisseurs… Elle a ainsi essayé une trentaine de traitements alternatifs à travers les cinq continents.

Ce livre soulève des questions fondamentales sur les pratiques de la médecine contemporaine côté patients ; il souligne le combat à mener pour conserver une image positive de soi face aux soignants. Ces soignants qui n’hésitent pas à qualifier leurs patientes d’hystériques pour masquer leur impuissance.

Ce récit foisonnant, à la fois drôle et émouvant, passe au crible les relations que nous entretenons non seulement avec les soignants mais aussi avec nous-mêmes et nos certitudes. Une lecture qui nous permet de redécouvrir l’importance de la foi, de l’espoir et d’un certain cynisme.

Traduit de l’anglais par Laurence Kiefe 

 

Ce que j’en pense

 

Julia à la suite d’un faux mouvement pour attraper une tasse de café (refroidi depuis longtemps en plus !) se retrouve avec une douleur fulgurante évoquant une névralgie cervico-brachiale. Mais très vite la douleur s’incruste, malgré tous les médicaments ingurgités, massages… et se « chronicise ».

Tout son corps va être envahi par la douleur, et Julia ne sera plus que douleur désormais.

Elle va suivre scrupuleusement les programmes que lui propose le système de santé britannique, ce qui permet au passage de voir comment il fonctionne !

On va lui poser des tas de diagnostics, aux noms tous plus fumeux les uns que les autres, bien cachés derrière des acronymes c’est encore mieux.

On assiste, peu à peu, à une chute dans les profondeurs de l’Enfer : la douleur omniprésents, traitée à coup d’opiacés, inefficaces mais avec des effets secondaires qui pourrissent la vie. Et surtout, comment cela peut conduire à des idées noires et des envies de suicide…

L’auteur évoque très bien la différence de comportement des médecins selon que le patient en face d’eux est de sexe masculin ou féminin : on prend toujours plus au sérieux le sujet masculin, et la prise en charge, du diagnostic au traitement, sera différente.  C’est ce qu’on appelle « le syndrome de Yentl », autre manière de dire que la prise ne charge médicale est sexiste.

Un exemple tout simple : l’infarctus du myocarde chez la femme est moins bien pris en charge, sous-diagnostiqué car les symptômes sont différents, beaucoup moins typique que « la douleur thoracique qui irradie…

Le terme « syndrome de Yentl » a été inspiré par le film de Barbra Streisand où l’héroïne se déguise en homme pour avoir droit à une éducation, à des études qui lui étaient refusées parce qu’elle était une femme.

Julia parle donc très bien de son parcours, de la manière dont les femmes sont traitées de haut par les médecins hommes : « c’est forcément dans la tête madame ».

Elle va finir par se tourner vers les médecines parallèles, gourous, guérisseurs, pèlerinages à Lourdes, (à la quête d’une guérison) qui seront finalement des belles rencontres.

Au départ, je ne voulais pas lire ce livre, car je suis atteinte, moi-aussi, de douleurs chroniques, invalidantes, et j’ai eu droit à des « pinaillages » (je n’ai pas trouvé d’autre terme) entre ma rhumatologue et mon algologue, il suffisait que l’un évoque une maladie pour que l’autre en affirme une autre, par contre les ordonnances, elles, se ressmblaient beaucoup : des opiacés à la tonne, j’ai même eu droit à ce réputé Oxycontin, antidépresseur (à petite dose, les tricycliques marchent sur la douleur !)

Vous êtes fatiguée ? C’est une dépression… que Julia se rassure, même en étant médecin, malade, ce n’est pas mieux, quand le médecin (homme) en face de vous, vous envoie une phrase du style « Descartes a encore des adeptes ! quand on pose une question je vous laisse imaginer ce qu’on peut ressentir : « face à moi, qui suis spécialiste en douleur, ferme-là, je sais ce que je fais. Je suis sûr de mon diagnostic. »

Voici une anecdote pour rire (jaune et à postériori !) : pendant 9 mois, je lui ai dit que je souffrais énormément de ma sciatique, réponse, « c’est une « pseudo sciatalgie » due à une contracture musculaire (sic) et c’est ma généraliste qui a fini par me prescrire un scanner, et bingo : hernies discales !!!! Inutile de préciser qu’on ne s’est pas quittés en très bons termes…

Le fait d’aller voir ailleurs : magnétiseur, ostéopathie, auriculothérapeute (ça c’était assez efficace, mais courte durée, idem pour la mésothérapie…. Je n’ai pas rencontré Jean de Jésus au Brésil, mais des Maîtres tibétains qui m’ont changé la vie…. les vertus de la Foi, de la prière, de la spiritualité en général, sont reconnues.

En fait, chacun doit trouver, SEUL, ce qui lui est bénéfique : la douleur est toujours, fait partie du quotidien, elle est parfois en sourdine, il faut vivre avec et non s’identifier à elle. On passe par les mêmes étapes que dans le processus de deuil.

Ce qui marche pour moi, ce sont : la musicothérapie, la sophrologie, la méditation.

Désolée, j’ai beaucoup parlé de moi, aujourd’hui, mais c’était pour dire que je comprenais le parcours de Julia de l’intérieur. Peut-être que j’écrirai un jour à propos de mon parcours, mais chaque chose en son temps.

Que vous soyez ou non atteint de douleur chronique, ce livre est très intéressant car Julia Buckley ne se contente pas de parler de son expérience personnelle, elle a beaucoup lu, étudié la douleur, sur le plan neurologique, neuromédiateurs, pharmacologie, sans jamais étaler « sa science » et elle donne des références.

J’ai beaucoup apprécié le ton qu’elle emploie, elle n’est pas dans le côté, « parlez de moi, il n’y a que cela qui m’intéresse » et son auto-dérision, (c’est la seule arme pour se protéger des remarques perfides qui viennent parfois des « amis » ou de la famille.

C’est un pavé, qui fait réfléchir, et qui déride (l’image de Julia recouverte de sang et d’abats de poulet » est marquante et amusante.

Un bonus, que j’allais oublier : au début de chaque chapitre, Julia Buckley nous propose une citation : auteur connu ou non, extraite d’un livre ou de la vie personnel de l’auteur, citation qui n’ai jamais choisie au hasard, mais reflète le propos qu’elle veut illustrer dans le chapitre en question.

Un énorme merci à NetGalley et aux éditions J.C Lattès qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteure, et m’ont laissé du temps pour lire ce pavé qui en vaut vraiment la peine.

#VaVisGuéris #NetGalleyFrance

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Pour le syndrome de Yentl, ce lien vers le site de l’encyclopédie médico-chirurgicale:

https://www.em-consulte.com/en/article/1124114

 

 

Extraits

 

J’avais perdu la vie depuis un an mais je n’étais pas morte. Non, c’était bien pire – ou du moins c’était ainsi que je le ressentais à l’époque. Je souffrais de douleur chronique. Je ne suis pas sûre que « souffrir » soit le terme adéquat, car il implique l’idée d’une évolution assortie du temps nécessaire pour s’y’ adapter.

 

Mais la douleur chronique, c’est différent. Ce n’est pas simplement une douleur qui s’obstine, c’est une douleur omniprésente.

 

Les médicaments ne font pas d’effet et la science n’a pas – encore – repéré où se trouve le disjoncteur central à réparer…

… Les gens pensent, consciemment ou pas, que ces douleurs sont le fruit de leur imagination…

 

Je lirais tous les livres, j’essayerais toutes les thérapies et je rendrais visite à tous les charlatans, les gourous et les clones de Jésus possibles et imaginables…

 

Le traumatisme, comme je l’apprendrai trois ans plus tard d’un professeur de Harvard, est le marqueur principal de la douleur chronique.

 

Tu vas mieux, ma chérie, que tu t’en rendes compte au pas, dit-il. Je suis médecin, ma chère petite, donc je sais.

 

La science dit que plus on souffre longtemps, moins on a de chance que ça cesse. Au cours d’un processus qu’on appelle la neuroplasticité, le système nerveux entreprend de se réinitialiser : les chemins empruntés par la douleur se renforcent et les circuits normaux se retrouvent atrophiés.

 

Tu vois, Julia ! tout le monde a mal au cou. Si je souffrais infiniment plus que Becky, c’était parce que j’étais paresseuse, en mauvaise condition physique, démotivée…

… à force de m’ennuyer, je ne pensais plus qu’à mes douleurs dans la nuque.

 

Une fois enracinée, la douleur chronique réagit rarement aux médicaments mais si on parvient à briser le cercle, même de façon provisoire, la boîte à fusibles pourra éventuellement se réinitialiser.

 

La pensée positive, ça peut marcher. Mais parfois, ça ne fait qu’étaler sur la réalité un glaçage mièvre qui bloque tout. La TCC produit peut-être quatre-vingt pour cent de joyeux petits automates mais elle risque également de les empêcher de trouver la bonne solution.

 

La pensée négative rend la douleur encore plus prégnante et il n’existe pas de pensée plus négative que « votre état ne pourra jamais s’améliorer ». Parce que pour entuber les gens, on n’a pas encore trouvé mieux que de leur annoncer que, fondamentalement, leur vie est terminée.

 

Lu en octobre-novembre 2019

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Les détectives du Yorkshire: T1 » de Julia Chapman

Je vous parle aujourd’hui du premier tome de la série « Les détectives du Yorkshire » dont le sous-titre est « Rendez-vous avec le crime »:

 

Les détectives du Yorkshire T1 de Julia Chapman

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

La mort est aveugle.

Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais œil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson ? et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !
Premier volet d’une série so british, Rendez-vous avec le crime est un polar drôle, plein de charme et au casting haut en couleur.

 

Ce que j’en pense

 

Le retour de Sansom O’Brien dans sa petite ville natale du Yorkshire, Bruncliffe, ne fait pas que des heureux. Il était parti à Londres, policier infiltré, après une xième dispute avec son père, alcoolique notoire surtout après la mort de sa femme, décédée alors que Sansom n’avait que huit ans.

Sa dernière mission sous couverture dans le milieu de la drogue, s’étant, semble-t-il, mal terminée il est obligé de rentrer au pays, discrètement pour se faire oublier. Il ouvre une agence de détective privé au rez-de-chaussée de la bâtisse où Delilah Metcalfe tient une agence de rencontre et anime des speed dating.

Les morts étranges s’accumulent en quelques jours, dans cette petite ville où il ne se passe pas grand-chose habituellement (des crimes en série à la mode « Barnaby » série anglaise bien connue).

 Il semblerait que les « victimes » étaient toutes des clients de Delilah… Evidemment, les pistes vont se croiser entre notre détective et la belle informaticienne qui mène sa propre enquête pour voir s’il peut y avoir des failles dans son site…

Le tout sur fond de pintes de bière, tourtes au fromage, concours de fléchettes, avec des habitants à la rancune tenace, un policier dépassé, des magouilles financières…

J’ai bien aimé ce premier tome, car l’enquête est sympathique, le décor et les protagonistes tout autant, et j’ai eu d’assez nombreux fou-rires, ce qui me donne bien-sûr l’envie de continuer l’aventure.

Voici ce que je connaissais du Yorkshire avant ma lecture :

 

Haïti début décembre 2019

 

Je vous présente Haïti : version je soutiens ma maîtresse qui, depuis quelques temps, passe son temps au lit au lieu de m’emmener en promenade, et pourtant j’insiste lourdement….

 

Haïti 4 11 2019

 

Version, mon maître m’a emmenée chez le toiletteur. Bof!  je suis mieux ébouriffée, non? Puisque c’est comme ça, je squatte le canapé!

 

Lu en décembre 2019

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Dette de sang » de Kevin Wignall

Petit détour par le polar avec ce livre que j’ai lu en alternance avec un essai de Lydie Salvayre dont j’ai parlé hier :

 

 

 

Quatrième de couverture

 

Assise à une terrasse de café ensoleillée d’une petite ville de Toscane, en compagnie de son petit ami, Ella Hatto profite du calme estival et de la beauté des lieux. Son plaisir sera de courte durée, et l’inconnu qui l’observe de loin le sait très bien. Entraînée brusquement dans une spirale infernale qui vient d’emporter ses parents et son frère, Ella doit tirer un trait sur ses projets et ses rêves d’une vie normale. Si elle veut survivre, il lui faudra se montrer forte et impitoyable face à cet ennemi invisible. Avec l’aide de Lucas, un tueur à gages au passé trouble, pourra-t-elle assouvir sa soif de vengeance ?

 

Ce que j’en pense

 

Ce roman démarre sur les chapeaux de roues avec l’assassinat de Ben et de ses parents, exécutés froidement… ça sent le règlement de compte à plein nez !

Au même moment, Ella la fille du couple est en vacances en Italie avec son copain Chris et sont à la terrasse d’un café lorsqu’un homme qui semblait les surveiller discrètement se lève brusquement et abat deux hommes tout aussi froidement…

Il s’agit de Lucas que le père d’Ella a engagé comme garde du corps pour la jeune fille. Qui a commandité ? C’est ce qu’Ella veut savoir et obtenir justice.

La première partie est pleine de suspense, on est captivé par l’histoire. Puis, l’histoire dérive un peu : on voit Chris prendre le large, avec une certaine lâcheté mais qui pourrait le blâmer, affronter une telle situation à un âge où l’on a envie de profiter de la vie. Ella va vivre chez son oncle et glisse dans la dépression, la sidération plutôt mais comment réagir quand on vient de perdre sa famille, d’échapper à la mort en se rendant compte qu’il y avait pas mal de secrets louches dans cette famille.

Peu à peu, Ella va dériver, obnubilée par sa vengeance, reprendre contact avec Lucas, chercher à comprendre et s’enfoncer dans la spirale de la violence.

Lucas est un personnage intéressant : tueur à gage, il a beaucoup de sang sur les mains, mais depuis quelques années aspire à changer de vie, car il comprend qu’il est passé à côté de l’essentiel, son histoire d’amour a volé en éclats et sa compagne l’a tenu à l’écart de sa fille. Ce travail de garde du corps est le dernier avant de tenter de les retrouver.

Kevin Wignall nous propose ici un duo haut en couleurs, une relation forte qui s’installe entre Ella et Lucas, une intrigue pleine de surprises.

Ce polar oblige le lecteur à se demander ce qu’il ferait s’il était confronté au même drame, doutant de tout le monde. Résilience ou basculement dans le règlement de compte ? Comment une jeune fille apparemment équilibrée peut-elle basculer ainsi?

Ce polar est inégal, alternant le suspense et le ronron des cheminements des héros, mais c’est une lecture intéressante malgré les stéréotypes.

J’ai un faible pour le tueur à gages, féru de lecture qui tombe sous le charme des romans de Jane Austen : « Orgueil et préjugés » dans une main, le flingue dans l’autre alors qu’il veut se « ranger des affaires » …

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Amazon Publishing France qui m’ont permis de découvrir cet auteur.

#DetteDeSang #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Kevin Wignall est un écrivain anglais né à Bruxelles en 1967. Fils de militaire, il a passé de nombreuses années dans différents pays d’Europe, avant d’étudier la politique et les relations internationales à l’université de Lancaster. Il devient écrivain à plein temps après la publication de son premier livre, People Die (2001).

Parmi ses autres romans, on citera « L’Homme sans passé » paru aux éditions AmazonCrossing en 2017, ou encore son dernier roman, encore inédit en français, To Die in Vienna (2018). « Dette de sang » a été porté à l’écran par Jonathan Mostow. Il est sorti dans les salles en 2017.

 

 

Extraits

 

Elle regarda l’arme… Elle avait la désagréable impression que, posée sur cette table de chevet, se trouvait une réalité dont on l’avait protégée, une réalité dont son père l’avait volontairement tenue à l’écart, afin qu’elle ne déteigne pas sur son enfance ou son adolescence.

 

Elle n’avait nulle part o aller, rien vers quoi revenir, une vérité qui aurait pu susciter chez elle un nouveau bouleversement intérieur, mais la douleur éprouvée était comme émoussée maintenant, amenuisée par l’épuisement émotionnel qui l’avait gagnée à travers chaque terminaison nerveuse de son corps…

 

Sa fille pouvait être une de ses personnes. Elle pouvait passer à côté de lui, le frôler dans une gare ou un aéroport, sans qu’il n’en sache rien, sans que ni l’un ni l’autre ne sache jamais que leurs chemins venaient de se croiser, pour se perdre aussi vite de nouveau.

 

Tout le monde voulait qu’elle soit heureuse ; c’était leur grand mensonge, prétendre que le but en toutes circonstances, c’était le bonheur. Avale ces pilules, sois heureuse, oublie que le ciel a disparu du monde cet été. Mais, elle se sentait comme un pays en guerre ; on avait envahi son territoire, massacré ses citoyens et elle luttait pour sa survie. Comment expliquer cela à Chris ?

 

Il la vit accuser le coup, mais elle était dangereuse maintenant, et imprévisible. On pouvait le lire dans son regard ; la douleur du deuil avait cédé la place à une détermination aveugle. Ce basculement, il l’avait vu s’opérer trop souvent au cours de sa carrière, et il ne voulait pas être là pour voir le résultat chez elle. Il devait partir maintenant, pendant qu’il avait encore des raisons de le faire…

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Alice » de Heidi Perks

Petit intermède polar, aujourd’hui avec ce roman :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Une enfant disparaît. Deux versions du drame. Une seule vérité. Harriet avait confié sa fille à sa meilleure amie Charlotte pour un après-midi à la kermesse de l’école. Charlotte est persuadée de n’avoir quitté Alice des yeux qu’une fraction de seconde. Le temps pour la fillette de se volatiliser. Dévastée, Harriet ne peut plus envisager de revoir Charlotte. Elle ne lui fera sans doute jamais plus confiance. Mais elle n’aura pas le choix. Car, deux semaines plus tard, les deux femmes sont convoquées par la police pour être interrogées séparément. Il semblerait que chacune d’elles ait des choses à se reprocher…

« Un des thrillers les plus aboutis que j’aie jamais lus. » Amy Lloyd, auteure de Innocente.

« Impossible d’aller dormir avant de connaître la fin. » Hollie Overton, auteure de Baby Doll.

 

Ce que j’en pense

 

Tout commence par la disparition d’Alice, la fille d’Harriet qui l’avait confié à son amie Charlotte. C’était la première fois qu’elle acceptait de confier la petite fille, âgée de 4 ans.

Charlotte a emmené ses trois enfants et Alice à une kermesse et elle la perd de vue dans la première attraction. Hélas, elle était en train de consulter Facebook sur son portable à ce moment-là. Combien de temps son attention a-t-elle été relâchée ?

Heidi Perks choisit de s’intéresser aux réactions des protagonistes, de préférence à l’enquête elle-même en laissant Harriet et Charlotte raconter leurs versions de faits, leur ressenti. Elle choisit également de décrire différentes époques de l’histoire, avant, maintenant, maintenant le suspense, égarant les pistes.

Comment affronter le regard des autres quand on a laissé une petite fille échapper à sa surveillance ? Comment l’amitié profonde qui unit les deux femmes peut-elle résister ? Comment résister aussi aux commérages, aux jugements arbitraires de celles qui se disent vos amies et vous fuient du jour au lendemain.

Surtout, elle creuse la relation dans le couple, Harriet et son époux, qui se révèlent très vite beaucoup plus compliquées que l’amour parfait qu’ils affichent devant les policiers, les journalistes. En parallèle, on voit la réaction des parents lorsqu’on leur annonce la disparition de leur fille, et ce que cela déclenche comme réaction en chaîne, l’amour résiste-t-il, et quelle sorte d’amour ? Très vite on se rend compte qu’il est surprotecteur avec elle, mais cela va se révéler beaucoup plus compliqué pour le plus grand plaisir du lecteur…

J’ai beaucoup aimé ce thriller, qui dénote par rapport aux polars traditionnels riches en hémoglobine, où les policiers sont au premier plan. Ici, on est dans l’étude des relations de couple, d’amitié, de perversion et surtout de manipulation.

Un seul petit bémol, j’aurais aimé que Heidi Perks fouille davantage dans la personnalité de ses personnages.

Plus on avance dans la lecture et plus celle-ci devient addictive et j’ai lu la dernière partie en apnée, jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions les éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#Alice #NetGalleyFrance

 

L’auteur

Romancière anglaise, Heidi Perks est diplômée en gestion de commerce à l’Université de Bournemouth en 1997, elle a travaillé pendant quinze ans dans le domaine du marketing avant de se consacrer entièrement à l’écriture en 2012.

« Alice » est son premier roman.

 

Extraits

 

Un jour, Alice éprouverait, elle aussi, le désir de prendre son envol, tout comme elle-même avait fait. Sa propre mère s’était beaucoup trop accrochée à elle et elle savait pertinemment combien cette attitude pouvait être destructrice. Elle s’était promis de ne jamais se comporter ainsi avec ses propres enfants, et pourtant, c’est bien ce qui s’était produit.

 

Je savais qu’ils avaient toujours tendance à se cacher de moi ou à aller vadrouiller quelque part. Mais Alice ? Je ne pouvais pas l’imaginer faisant une chose pareille. Elle semblait si fragile qu’elle n’avait rien de commun avec les autres gamins que je connaissais. Mais, perdre l’enfant d’une autre était proprement impensable.

 

Ses angoisses de maman à propos de sa petites étaient-elles inscrites dans ses gênes ? se demanda-t-elle. Elle-même aurait-elle été une mère différente si son père avait toujours été là, aplanissant pour son épouse la voie de la parentalité ? Avec sa mère pour seule et unique guide, il n’était pas surprenant qu’elle soit devenue aussi surprotectrice à son tour.

 

Pourquoi tous ces gens s’intéressaient-ils tant à moi ? Ils devraient plutôt se concentrer sur le monstre qui avait enlevé Alice, au lieu de quoi, c’était moi l’objet de toutes leurs attentions. Pourquoi tous ces gens tenaient-ils à ce point à s’assurer que c’était moi et moi seule la grande responsable ?

 

Lu en mai 2019

Publié dans Littérature anglaise

« Dans son silence » : Alex Michaelides

Je vous parle aujourd’hui d’un livre sur lequel j’ai flashé sur NetGalley car la couverture est sublime et le résumé de l’éditeur plus que tentant :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Un remarquable thriller psychanalytique !

 Alicia, jeune peintre britannique en vogue, vit dans une superbe maison près de Londres avec Gabriel, photographe de mode. Quand elle est retrouvée chez elle, hagarde et recouverte de sang devant son mari défiguré par des coups de couteau fatals, la presse s’enflamme. Aussitôt arrêtée, Alicia ne prononce plus jamais le moindre mot, même au tribunal. Elle est jugée mentalement irresponsable et envoyée dans une clinique psychiatrique.

Six ans plus tard, le docteur Theo Faber, ambitieux psychiatre, n’a qu’une obsession : parvenir à faire reparler Alicia. Quand une place se libère dans la clinique où elle est internée, il réussit à s’y faire embaucher, et entame avec elle une série de face-à-face glaçants dans l’espoir de lui extirper un mot. Et alors qu’il commence à perdre espoir, Alicia s’anime soudain. Mais sa réaction est tout sauf ce à quoi il s’attendait…

 

Ce que j’en pense

 

On suit l’histoire d’Alicia, peintre de talent, internée en hôpital psychiatrique pour avoir tué Gabriel, son mari. Elle se mure dans le silence, et tous les thérapeutes butent sur ce blocage.

Un jeune thérapeute, ThéoFaber, passionné par ce crime très médiatisé, a un désir fou de la faire parler, d’accéder à ses émotions et alors qu’il était promis à une belle carrière dans le service où il travaillait, se fait muter dans « Le Grove »,  l’HP où se trouve Alicia dans lequel règne Stéphanie, une directrice véritable harpie qui ne pense qu’en termes d’argent, d’économie, afin de déclarer l’établissement non rentable et le fermer.

Face à Stéphanie, le professeur Diomides a tendance à s’écraser, il n’est pas loin de la retraite alors… seul l’infirmier Iouri et Indira, autre psychiatre tenteront de soutenir Théo.

Théo est passionné par son métier, mais va enfreindre certaines règles, en allant voir des témoins, des voisins, ou membres de la famille ce qui risque de l’entraîner dans une spirale compliquée. Lui-même a eu un père très violent dont il avait peur.

Il va négocier une diminution du traitement d’Alicia qui ne risque pas de s’exprimer, vu qu’elle est sous camisole chimique…

J’ai beaucoup pensé à « Mensonges sur le divan » d’Irvin Yalom en lisant ce roman car il y a des similitudes, mais ici, on tutoie le thriller et la fin est d’autant plus géniale qu’on ne la voit pas venir.

Alex Michaelides a bien découpé son roman, avec des citations de Freud ou d’Alice Miller égarant à plaisir le lecteur dans des pistes où chacun des intervenants peut apparaître comme complice ou manipulateur, tel Christian, « psychiatre rugbyman au nez cassé et à la barbe brune, il était beau dans le genre amoché » que Théo connaissait auparavant et qui ne lui fera pas de cadeau, espérant le voir échouer.

Un bel hommage à la peinture aussi car l’auteur nous entraîne dans les expositions consacrées à Alicia et ses relations étranges avec son agent, sur fond de mythe d’Alceste.

J’ai adoré ce roman, que j’avais choisi pour son thème et sa superbe couverture, ne connaissant pas l’auteur, et cette lecture a été jubilatoire. Il s’agit d’un premier roman donc à suivre….

Merci encore à NetGalley et aux éditions Calmann-Lévy qui m’ont permis de le découvrir.

 

 #DansSonSilence #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Alex Michaelides est un scénariste britannique de trente-neuf ans. Il a aussi étudié la psychanalyse, et a travaillé deux ans dans une clinique psychiatrique pour jeunes. « Dans son silence », son premier roman, est sur le point de devenir un phénomène
dans le monde entier.

 

 

Extraits :

 

D’ordinaire, elle travaillait pendant des semaines, des mois même avant d’entreprendre un nouveau tableau…

… Mais, cette fois, elle modifia radicalement son processus créatif. Elle termina la toile quelques jours à peine après la mort de son mari. Cela suffisait à l’estimer coupable. Retourner à l’atelier si vite après le décès de Gabriel trahissait un extraordinaire manque de sensibilité…

 

Incapable d’accepter son geste, elle avait, comme un moteur qui se noie, hoqueté, puis s’était arrêtée. Je voulais l’aider à redémarrer, aider Alicia à se raconter, à guérir et à se remettre. Je voulais la réparer.

 

Une remarque inoffensive ou un ton désapprobateur déclenchaient sa colère et provoquaient une série d’explosions auxquelles on ne pouvait échapper. La maison tremblait quand il hurlait, et je fuyais dans ma chambre à l’étage…

…. Je ne savais jamais ce que j’avais fait pour susciter sa rage, ni si je la méritais.

 

Il est étrange de découvrir la vitesse à laquelle on s’adapte à l’univers étrange d’un service psychiatrique. On se familiarise avec la folie. Et pas seulement celle avec des autres, avec la sienne aussi. Nous sommes tous fous, je crois, d’une certaine façon.

 

La rage meurtrière, la rage homicide ne naît pas dans l’instant. Elle tire son origine dans la contrée antérieure aux souvenirs, le pays de la petite enfance, dans la maltraitance et les abus subis à un très jeune âge, bombe à retardement qui finit par exploser, souvent sur la mauvaise cible.

 

La notion de contenance a été introduite par le psychanalyste Wilfred Bion pour décrire la capacité de la mère à gérer la douleur du bébé…

… Mais la capacité à nous procurer cette contenance dépend directement de celle de notre mère à nous l’apporter. Or si la propre mère de cette dernière ne lui a jamais apporté de contenance, comment peut-elle transmettre quelque chose qu’elle n’a jamais connu ? Quelqu’un qui n’a jamais appris est assailli par l’anxiété pour le restant de ses jours.

 

Lu en janvier 2019

Publié dans Littérature anglaise, Littérature contemporaine

« Testament à l’anglaise » de Jonathan Coe

 

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui patientait aussi depuis longtemps sur une étagère de ma bibliothèque et que j’ai lu dans le cadre d’une lecture commune organisée par Florence via le Blogoclub

 Testament à l'anglaise de Jonathan Coe

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE 

 

Michael Owen, un jeune homme dépressif et agoraphobe, a été chargé par la vieille Tabitha Winshaw d’écrire la chronique de cette illustre famille. Cette dynastie se taille en effet la part du lion dans tous les domaines de la vie publique de l’Angleterre des années quatre-vingts, profitant sans vergogne de ses attributions et de ses relations.

Et si la tante Tabitha disait vrai ? Si les tragédies familiales jamais élucidées étaient en fait des crimes maquillés ? Par une nuit d’orage, alors que tous sont réunis au vieux manoir de Winshaw Towers, la vérité éclatera…

Un véritable tour de force littéraire, à la fois roman policier et cinglante satire politique de l’Establishment.

CE QUE J’EN PENSE

 

Un vieux château lugubre perdu dans la campagne, digne de ces vieux manoirs hantés par des   vampires ou des spectres, qui part en décrépitude, où l’on entendant grincer les meubles et les portes, où se réunissent les différents membres d’une famille qui se détestent cordialement mais se font des grands salamalecs, où l’on s’attend à tout moment à recevoir une vieille armure sur la tête, autrement dit « Winshaw Towers ».

Jonathan Coe nous invite à faire la connaissance de tout se beau monde, lors d’un prologue savoureux, où est décrit le premier drame : en 1942, l’avion du deuxième fils, pilote de guerre, est abattu par les Nazis alors qu’il effectue une mission et Tabitha sa sœur, sous le choc, devient extrêmement violente vis-à-vis de l’aîné de la fratrie : Lawrence et se retrouve enfermée en clinique psychiatrique jusqu’à la fin de ses jours.

Quelques années plus tard, on lui accorde une permission de sortie, à l’occasion de l’anniversaire du plus jeune frère Mortimer, et elle affirme que leur frère aîné est responsable : ce ne serait donc pas un accident mais un assassinat. Étrangement, un cambriolage a lieu durant la nuit et Lawrence abat le cambrioleur. Illico, Tabitha est renvoyée en psychiatrie.

Durant ce même prologue on fait la connaissance de Michael Owen, passionné par Youri Gagarine et hanté par un film qu’il a vu au cinéma… C’est à lui que Tabitha va s’adresser pour écrire « la saga des Winshaw »

Ce livre dresse, à travers tous ces membres de la famille Winshaw, un portrait au vitriol de la société de l’Establishment sous le règne de Mrs Thatcher : on a tout ce qui se fait de mieux dans le sordide et l’opportunisme avec , Hilary fille de Mortimer, qui réussit à se faire embaucher dans un journal via ses relations, et qui va régner sur la presse puis la télévision avec des chroniques tapageuses, méchantes écrasant tout le monde sur son passage pour abreuver le monde à coups de désinformations : une  journaliste vraiment pourrie.

Puis on trouve Henry, politicien élu sur le banc des travaillistes en bon opportuniste mais qui soutient tout ce que préconisent les conservateurs, tombé sous le charme de Maggie, qui va œuvrer au démantèlement de la sécurité sociale, entre autres, pour la mettre entre les mains des spéculateurs en tous genres : on a donc le politicien pourri…

« Je n’ai jamais vu une femme aussi déterminée, ni une telle énergie de caractère. Elle piétine ses opposants comme de la mauvaise herbe sur son chemin. Elle les renverse d’une chiquenaude. Elle est tellement splendide dans la victoire. Comment pourrais-je la rembourser – comment aucun de nous peut-il espérer la rembourser – de tout ce qu’elle a fait ? « P 201

Dans la même veine, on aura Roddy, marchand d’art soi-disant mécène qui saute sur tout ce qui bouge (un Weinstein avant l’heure), Dorothy, la pire de tous qui épouse un fermier, rachète les terres de tous les paysans autour de sa ferme, et met en place l’agriculture moderne : poulets ou bétail entassés, agriculture intensive, (il faut gagner de l’argent !) ; elle va jusqu’à produire des plats cuisinés qu’elle impose sur le marché (« c’est de la merde » dirait Jean-Pierre Coffe) qu’elle se garde bien de manger. Tout s’utilise dans la ferme, les poussins mâles réduits en bouillie serviront de nourriture pour le bétail par exemple…

On a aussi Thomas qui va investir un autre domaine, la finance avec des spéculations, notamment sur les fonds de pensions, ruinant des petits retraités, coulant des boîtes …  On a donc le financier pourri.

Pour finir, on a Mark, études de cinéma qui va se spécialiser dans les ventes d’armes, et de gaz toxiques etc. à Saddam Hussein qui était le gentil à l’époque…Et qu’à cela ne tienne, si Saddam les utilise, on ira les bombarder. Et, un pourri de plus dans la famille…

Bien-sûr, Jonathan Coe nous parle de son héros, Michael Owen, journaliste écrivain en panne d’inspiration qui ne quitte plus sa chambre, où règne un désordre immense, obsédé par un film qu’il a vu enfant et qu’il se repasse en boucle en se masturbant (physiquement et intellectuellement) et qui va tenter de comprendre s’il y a vraiment eu des meurtres dans cette famille ou si Tabitha délire. Il n’a évidemment pas été choisi au hasard pour écrire ce livre (grassement payé) sur la famille Winshaw…

Une satire au vitriol de cette société des années quatre-vingt, une famille pourrie que j’ai adoré détester tant les portraits sont caricaturaux (à part Dorothy qui est immonde avec son massacre de l’agriculture, ruinant les paysans qui pouvaient résister et surtout la maltraitance animale, cause pour laquelle je suis intransigeante), bref, une famille qui représente tout ce que je déteste.

J’ai beaucoup aimé ce roman, un pavé de 682 pages, que j’ai dévoré car c’’est un véritable page-turner, et Jonathan Coe sait très bien jouer avec le lecteur, alternant les descriptions des personnages, l’étude de toutes les magouilles politiques de l’époque dont je me souviens parfaitement car je n’étais pas un fan de Mrs Maggie, avec une écriture vive, un rythme enlevé : on ne s’ennuie pas une seconde et on n’a pas du tout envie que le roman se termine, et une fin superbe.

L’auteur nous propose un arbre généalogique au début du livre qui est fort utile pour s’y retrouver dans la dynastie et des coupures de presse intéressantes viennent émailler le récit.

Coup de cœur donc…

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EXTRAITS  

 

Mais, l’on peut dire que chaque penny de la fortune des Winshaw – qui remonte au dix-septième siècle, quand Alexander Winshaw entra dans les affaires en s’assurant une part lucrative du fructueux commerce des esclaves – eut pour origine, d’une façon ou d’une autre, l’exploitation éhontée des faibles, et j’estimais par conséquent que l’expression « criminels » leur convenait à la perfection, et que j’accomplissais une mission fort utile en portant leurs méfaits à la connaissance du public, tout en me tenant scrupuleusement dans les limites de ma commande. P 132  

 

… les gens comme moi savent trop bien que même si on pense avoir découvert un nouveau Dostoïevski, on n’en vendra pas le quart que ce que pourrait faire n’importe quelle merde écrite par un type qui présente la météo à leur putain de télévision. P 150  

 

Le fond de l’histoire, c’est que JE CROIS QUE JE SUIS AMOUREUX. Oui ! Pour la toute première fois ! A la tête de l’Association, il y a une fille de Somerville appelée Margaret Roberts et je dois dire qu’elle est à tomber par terre ! Une chevelure châtain absolument superbe – j’avais envie de m’y enfouir le visage. La plupart du temps, je n’ai rien pu faire d’autre que la regarder avec les yeux écarquillés, mais j’ai fini par avoir le cran de me lever pour lui dire combien la réunion m’avait plu… P 175   

 

Ce que nous allons finir par recommander – si j’ai quelque chose à y voir – c’est la participation d’administrateurs extérieurs à tous les niveaux, rémunérés en fonction des résultats. C’est le point crucial. Nous devons nous débarrasser de cette idée enfantine selon laquelle les gens peuvent être motivés par autre chose que l’argent. P 194.     

 

… j’ai toujours eu le sentiment que si la chance peut orienter nos vies, alors c’est que tout est arbitraire et absurde. Il ne m’était jamais vraiment venu à l’esprit que la chance pouvait aussi apporter le bonheur. Je veux dire, c’est la chance seule qui a fait que nous nous sommes rencontrés, la chance seule qui a fait que nous vivons dans le même immeuble, et maintenant nous sommes ici… P 218  

 

Dans les restaurants les plus chics, dans les soirées privées les plus somptueuses, elle s’efforçait de convaincre fonctionnaires et députés de la nécessité d’accorder des subventions toujours plus considérables aux agriculteurs qui désiraient se convertir aux nouvelles méthodes d’élevage intensif… P 340  

 

Comme Hilary (qui ne regardait jamais ses propres programmes de télévision), Dorothy n’avait jamais eu la moindre intention de consommer les produits qu’elle était trop heureuse d’imposer à un public résigné. P 352  

 

… Tu n’as pas à t’inquiéter pour ça, répondit Henry. Les journaux ne vont pas se mettre à parler d’une chose aussi barbante que la production alimentaire, et si jamais ils le font, le public ne s’y intéressera pas, car il est trop stupide. P 353  

 

Le truc, c’est de faire sans cesse des choses scandaleuses. Il ne faut pas laisser aux autres le temps de réfléchir après avoir fait passer une loi révoltante. Il faut aussitôt faire quelque chose de pire avant que le public ne puisse réagir. Vois-tu, la conscience britannique n’a pas plus de capacité que… qu’un petit ordinateur domestique, si tu veux. Elle ne peut conserver en mémoire que deux ou trois choses à la fois.  P 433 

LU EN MAI 2018

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Publié dans Littérature anglaise, Littérature contemporaine

« La salle de bal » de Anna Hope

Retour, pour cette dernière lecture de 1017, à un domaine que j’affectionne, celui de la psychiatrie avec ce roman :

 La salle de bal de Anna Hope

 

Quatrième de couverture

Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l’institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un « mélancolique irlandais ». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.

À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.

Après Le chagrin des vivants, Anna Hope parvient de nouveau à transformer une réalité historique méconnue en un roman subtil et puissant, entraînant le lecteur dans une ronde passionnée et dangereuse.

 

Ce que j’en pense

L’histoire se déroule en 1911, sur trois saisons : hiver-printemps, printemps-été et été-automne et se présente un peu comme un récit choral, alternant trois personnages principaux : John, Ella et Charles. Un quatrième personnage, Clem, est présent dans tout le récit comme en filigrane, l’auteure ne parlant jamais en son nom.

John est interné dans l’unité des hommes et à le droit de sortir « travailler », creuser des tombes pour les « patients » qui meurent dans des conditions plus ou moins mystérieuses ; on ne sait pas trop les motifs de son internement, son mariage ayant volé en éclats après le décès de sa fille.

Ella est dans l’unité des femmes, après avoir cassé un carreau dans la filature où elle travaillait dans des conditions inhumaines ! dès son arrivée, elle essaie de s’enfuir et c’est ainsi qu’elle croise pour la première fois le chemin de John, en train de creuser une fosse. Elle comprend vite qu’il ne faut pas se faire remarquer pour ne pas être enfermée, dans la camisole.

« Elle allait l’étudier cet endroit, cet asile. Se cacher au plus profond d’elle-même. Faire mine d’être sage. Et ensuite, elle s’évaderait. Pour de bon cette fois. D’une manière à laquelle ils ne s’attendraient pas. Et elle ne reviendrait pas. » P 51

Clem a été internée parce qu’elle a refusé le mariage qu’on lui imposait et a décidé de devenir anorexique. Elle travaille à la blanchisserie avec Ella et se réfugie dans les livres.

Enfin, nous avons Charles Fuller, le psychiatre haut en couleur, plus atteint que ses patients, et dont les méthodes font dresser les cheveux sur la tête. Il est vrai qu’on est en 1911, Freud n’est pas encore passé par là, mais il y avait quand même eu Charcot et ses travaux sur l’Hystérie au XIXe …

Au départ, son idée de créer un orchestre, lui-même étant musicien (violon, piano) et d’organiser un bal tous les vendredis, en choisissant les patients parmi ceux qui se sont « bien comportés » évoque plutôt une approche ouverte de prise en charge et bien-sûr par la danse, un lien amoureux se crée entre Ella et John, qui vont échanger des lettres que lira Clem car Ella ne sait pas lire…

On note au passage le côté de grandiose de la salle de bal, avec « ses fenêtres hautes et serties de verre coloré » ou « son plafond peint en brun et or », on s’imaginerait presque à Versailles ou Schönbrunn!

Anna Hope nous dépeint chaque personnage de manière approfondie :  leur allure, leurs vêtements, la façon dont ils s’expriment, leur gestuelle et on se laisse emporter par l’histoire qui se noue entre eux, avec en toile de fond, l’histoire de l’enfermement, de l’eugénisme…

Elle dépeint également très bien le fonctionnement de la famille à cette époque, la rigidité des parents, l’internement pour contraindre à obéir, le rôle de l’homme et de la femme dans cette société, le rôle limité de l’école car il faut y avoir accès et c’est plus simple de faire travailler les enfants.

Elle montre bien comment la personnalité rigide de Charles se révèle peu à peu : il est de plus en plus suspicieux, interprète les moindres paroles, cherchant un sens caché, un complot éventuel : la paranoïa dans toute sa splendeur.

Elle raconte ses relations avec ses parents avec un père autoritaire brillant et une mère effacée, et son attirance pour le jeune homme qui tient le magasin de musique, la manière dont il réagit lorsque celui-ci le touche, et son aversion pour ce qu’il appelle la fornication entre patients…

La théorie de Charles Fuller sur l’hystérie, (que d’autres partageaient à l’époque) est sidérante. On peut lire par exemple:

« A mesure qu’il lisait, Charles était envahi par la sensation agréable des pièces d’un puzzle qui s’assemblent. Ainsi donc la tare neuropathique s’était transmise de mère en fille, la mère étant le transmetteur de l’infection. Rien que le père ou le frère, impuissants eussent pu empêcher. Rien d’ailleurs que la fille elle-même eût pu faire pour échapper à son destin. Il tailla son crayon et écrivit : « contagion d’utérus à utérus, l’essence même de l’hystérie. » P 114

En confisquant ses livres à Clem (car cela lui perturbe l’esprit !)  il est dans la maltraitance et la perversion, il la fait retomber de l’anorexie, et le gavage. Elle est perturbée sur le psychologique, certes, mais qui ne le serait pas lorsque sa famille lui impose un mariage dont elle ne veut pas et préfère la faire interner plutôt que l’écouter…

Les théories sur l’Eugénisme sont bien expliquées. On est en 1911 mais, on sent monter l’idée de race supérieure, de la nécessité d’éradiquer la « reproduction » dans la classe pauvre, prônant la stérilisation des hommes : plus de procréation donc plus de pauvres et seule l’élite riche aura le droit de vivre, le chômage sera résolu… de plus, les partisans de cette théorie affirment que le paupérisme est héréditaire…

L’eugénisme me révulse au plus haut point et j’ai serré les dents en lisant certains chapitres, car on sait ce que cette théorie d’une race supérieure a engendré avec les nazis. Ce qui frappe, c’est la facilité avec laquelle les propres fils de Darwin ont pu utiliser ses travaux pour assouvir leur besoin de toute-puissance, de domination…

Anna Hope capte l’attention du lecteur, joue avec son ressenti en alternant ainsi la parole de chacun, sinon la répulsion que suscite Charles pourrait pousser à refermer le livre, mais la douceur de l’histoire d’amour calme le jeu et ne tombe jamais dans la mièvrerie.

J’ai beaucoup aimé ce roman et je rajoute à ma PAL son précédent livre: « Le chagrin des vivants ».

 

Extraits

Être sage, Ella savait ce que c’était. Elle le savait depuis toute petite. Etre sage, c’était survivre. C’était regarder sa mère se faire rouer de coups et ne rien dire pour ne pas y passer à son tour. Avoir la nausée parce qu’on était lâche de ne rien faire du tout. P 51

 

Être sage c’était seulement l’extérieur. L’intérieur était différent. C’était quelque chose qu’ils ne connaîtraient jamais. P 51

 

… de nous jours la progéniture dégénérée des faibles d’esprit et des pauvres chroniques est traitée avec davantage de sollicitude, mieux nourrie, mieux vêtue, mieux soignée, et a de plus grands avantages que l’enfant du travailleur respectable et indépendant… P 83

 

Ici les patients constituent une main-d’œuvre prête à l’emploi, qui plus est une main-d’œuvre qui trouve sa thérapie dans le bon labeur honnête qu’elle effectue. P 86

 

Contrairement à la musique, il a été démontré que la lecture pratiquée avec excès était dangereuse pour l’esprit féminin… si un peu de lecture légère ne porte pas à conséquence, en revanche une dépression nerveuse s’ensuit quand la femme va à l’encontre de sa nature. P 114

 

Si c’était son devoir d’écrire une allocution pour ce congrès, ça l’était tout autant de modifier sa silhouette, d’incarner l’homme supérieur sous « tous » ses aspects : comme l’avait dit Pearson, les plus beaux esprits doivent résider dans l’écrin des plus beaux corps. Il y avait un nouveau corps latent, assurément sous cette couche de chair. Il lui suffisait de sculpter sa liberté. P 134

 

Il songea alors que dans ces gestes inconscients et répétitifs, elle ressemblait en tout point aux patients de l’asile. Incapable de dissimuler sa transpiration, elle sortait seulement de temps à autre son mouchoir avec lequel elle se tamponnait. Son odeur qui parvenait à Charles par bouffées intermittentes, était un miasme de corps féminin et d’eau de lavande : impossible d’être plus loin du parfum frais du jeune homme de chez Spence.

Son père, vêtu comme d’habitude d’un costume d’étoffe noire, paraissait boudiné et mal à l’aise, la peau couleur de graisse fumée. Même la viande dans son assiette à Charles repoussante, tout évoquait la mort et la décomposition. P 195

 

Et soudain une révélation dorée l’assaillit : il se fichait que son père désapprouve. Se fichait de ce que pensait sa mère. Ils verraient très vite de quoi il était capable… P 197

 

« Nôtre tâche… en vérité, à la société eugénique, est d’étudier toutes mes méthodes possibles pour empêcher la « décadence de la nation » et, quand cet objectif sera atteint, il deviendra évident que non seulement la lutte sera longue et ardue, mais que notre première préoccupation devrait être de commencer sur des bases justes. P 251

Lu en décembre 2017