Publié dans Littérature française, Thriller

« Margo: Tome1 Second souffle » de Thomas Martinetti

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller dont le thème m’a attirée d’emblée sur NetGalley

Résumé de l’éditeur :

Pour rester moi-même, j’ai dû devenir une autre.

Dans son village de l’arrière-pays niçois, tout le monde adore Margo.

Mais Margo a un secret. Pour commencer, ce n’est pas son vrai nom.

Depuis qu’on a usurpé son identité et volé sa vie, elle a dû subtiliser celle d’une autre.

Aujourd’hui, Margo a peut-être une chance de redevenir Émeline, en confrontant celle qui lui a tout pris un an plus tôt.

Il lui faudra la traquer jusqu’au fin fond de la Norvège, en prenant le risque de tout perdre une seconde fois.

Ce que j’en pense :

Margo vit dans l’arrière-pays niçois, où elle a tenté de refaire sa vie, car on lui a volé son identité. Elle travaillait à Europe Assistance, où elle était appréciée, envisageait de faire sa vie avec Basile et tout a basculé. Comment survivre quand on ne sait plus qui on est, quand on est obligé de changer de nom, car il faut prouver qu’on a été victime d’une usurpation d’identité ! bravo la logique, comment prouver que l’on est innocent, comment entamer des démarches juridiques quand quelqu’un d’autre a pris votre place ?

C’est ainsi qu’Émeline est devenue Margo.

Comme Robin est entré dans sa vie au sud de la France et que la fille de ce dernier, Ada, compte beaucoup pour elle, elle finit par avouer qui elle est à Ada et enfin se lancer activement à la poursuite de l’usurpatrice.

Elle réussit à découvrir une trace de la fausse Émeline, en Norvège et se lance sur ses traces, dans un pays qu’elle ne connaît pas. Et on s’aperçoit que c’est très compliqué, beaucoup plus encore qu’elle ne l’imaginait, car il y a en fait plusieurs Émeline, nées le même jour, dans des pays différents.

J’ai eu beaucoup de plaisir à suivre le périple de Margo, son opiniâtreté, ses moments de doute, les personnes censées l’aider, notamment un homme au consulat qui accepte de la rencontrer et se fait assassiner. Margo ne sait jamais à qui elle peut réellement faire confiance, chacun semblant avoir un intérêt personnel dans l’histoire.

On fait ainsi la connaissance d’Agnès, professeur de français en Russie qui a dû quitter le pays en catastrophe, car elle était accusée d’incitation à l’homosexualité, dans un pays ouvertement homophobe, et elle peut être incarcérée pour cela et dans des conditions qu’on imagine sans mal. Pour fuir, il lui fallait de faux papiers et traverser les frontières en douce pour aller en Norvège. Elle est aidée par son compagnon, Renaud, dont on ne sait pas bien s’il est vraiment honnête… s’acheter un vélo, uniquement pour franchir la frontière à Mourmansk,car c’est la seule manière « légale » , à l’époque de l’assassinat de Boris Nemtsov et d’Anna Politovskaïa cela laisse rêveur… « Agnès a été condamnée à quinze ans de camp à régime sévère en Sibérie »

On voyage aussi en Roumanie, au moment de la chute de Ceausescu avec Nae et sa sœur dont la famille appartient aux Témoins de Jéhovah… cette secte a été un temps acceptée puis, il a fallu fuir. Après un passage en Russie, Nae alias Valentin s’est retrouvé en prison pour refus de porter l’uniforme de l’armée, en tant qu’objecteur de conscience. Exil aussi…

Tout ce petit monde va se retrouver inscrit à un marathon en Norvège, certaines tentant de conserver à tout prix leur nouvelle identité, alors que d’autres, Margo, veulent récupérer la leur et trouver qui est à l’origine du trafic. Mais, ne divulgâchons pas !

Je me suis toujours demandé ce que je ferais si cela m’arrivait un jour, mais c’était lointain, cela n’arrive qu’autres, bien sûr ! en fait, les papiers d’identité sont devenus tellement sécurisés difficile à pirater qu’il est devenu plus simple de voler l’identité.

Au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture, les choses se compliquaient dans ma tête et certaines certitudes en prenaient un coup : comment ne pas avoir d’empathie pour ces personnes dont la vie est en danger dans des pays où les droits de l’homme sont réduits à la portion congrue ? qu’est-ce que j’aurais fait à la place d’Agnès, sous la férule d’un Tsar homophobe, imbibé de testostérone ? quand l’espoir Mikhaïl Gorbatchev est parti en fumée, et s’est noyé dans les vapeurs d’alcool de Boris Eltsine, obsédé lui aussi dans sa volonté de garder le pouvoir…

J’ai adoré, courir dans la neige et le froid de la Norvège dont parle si bien Thomas Martinetti, en fait il en est tombé amoureux de ce pays et c’est très contagieux ! quand il m’arrivait de faire une pause dans la lecture, j’étais aussi crevée et pleine de courbatures que Margo et les autres….

Margo a l’habitude de courir, on ne se lance pas dans un marathon, comme ça, uniquement pour retrouver son identité, il faut être capable de tenir la distance et elle partage avec nous sa play-list, avec des titres qui me plaisent aussi; clin d’oeil au passage au compte Spotify qu’elle partage avec Ada …

J’ai hâte de lire la suite, pour savoir ce qui va arriver aux protagonistes, tant ils sont tous attachants et ce voyage, du sud de la France à la Norvège en passant par la Russie et la Roumanie, entre autres, a été un très beau pied de nez au confinement, couvre-feu et autres joyeusetés actuelles …

Voyage, voyage
Plus loin que la nuit et le jour (voyage, voyage)
Voyage (voyage)
Dans l’espace inouï de l’amour
Voyage, voyage
Sur l’eau sacrée d’un fleuve indien (voyage, voyage)
Voyage (voyage)
Et jamais ne revient…

J’ai choisi ce roman, en accès libre il me semble, sur NetGalley pour le sujet de l’usurpation d’identité et je suis tombée sous le charme…

Un grand merci à NetGalley pour m’avoir permis de découvrir ce roman et son auteur aux talents multiples…

#margo #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Thomas Martinetti, né le 28 janvier 1982 à Nice a de multiples casquettes : scénariste de télévision et de cinéma, réalisateur, producteur… On lui doit la série de courts-métrages « Femmes tout court ».

Attirés par le monde de la BD, il signe avec Christophe Martinolli les scenarii de la trilogie fantastique « Seul survivant » avec Jorge Miguel pour les dessins   chez les Humanoïdes Associés.

« Margo » est son premier roman.

https://www.thomasmartinetti.fr/

Extraits :

Quant à moi, c’est Margo. Pas de diminutif, ni de pseudo. Je m’appelle Margo. C’est ce que j’ai répété au village et dans la vallée lorsque je m’y suis installée. C’était si simple. Quelles preuves avaient-ils ? Aucune. Après tout, si je dis m’appeler Margo, c’est sûrement vrai. Petit à petit, ils m’ont reconnue dans les rues. Et ils m’ont accordé leur confiance.

Enfin, Ada est encore très jeune et pourtant, comme moi, elle a connu le vertige total en sentant son monde s’effondrer sous ses pieds. C’est sans doute notre lien le plus fort. Une filiation invisible et souvent muette.

Le vol de mon identité n’a pas seulement détruit mon couple. Avec lui, c’est comme si mon dernier lien avec mon entourage d’avant avait été rompu. Pour mes amis et ma famille restés à Nice, la situation est encore abstraite. Ils se font une idée personnelle de l’usurpation d’identité et de ses conséquences.

J’ai toujours cru que ça n’arrivait qu’aux autres. Et puis, un matin, je l’ai sentie. Cette impasse. Ces murs qui m’écrasent de toutes parts. Cette asphyxie continue.

J’ai songé à lui laisser définitivement la place. Elle est devenue moi. Je ne suis devenue personne. J’ai très sérieusement pensé à me retirer de la partie pour de bon.

L’usurpation d’identité touche plus de 200 000 personnes en France tous les ans. Certaines victimes vivent avec depuis des années, sous la menace d’être arrêtées pour un crime qu’elles n’ont pas commis, et obligées de prouver régulièrement leur innocence.

C’est la Venise du nord comme l’appellent les Norvégiens. Les Belges ont Bruges, les Français ont Amiens. A chacun sa Venise finalement. Elle n’a pas toujours ressemblé à cette collection de maisons de poupées. Ålesund a même failli disparaître, réduite en cendres. L’incendie du 23 janvier 1904 détruisit près de 800 maisons en une nuit…

…La renaissance de la ville sera due à l’Empereur d’Allemagne Guillaume II, qui affectionnait particulièrement ses séjours à Ålesund.

On l’accuse d’encourager le comportement déviant de certains élèves. On l’invite à démissionner de ses fonctions. On la menace carrément. On lui demande de quitter la Russie.

Quand, Renaud lui a demandé de prendre le train le soir même, elle lui a d’abord ri au nez. mais c’était avant les menaces de mort, la fouille du lycée et l’arrestation musclée de ses deux colocataires, sans le moindre mandat…

Pendant des décennies, le grand banditisme, toujours à l’affût de nouveaux marchés, s’est donné beaucoup de mal à fabriquer de faux papiers. Dans le même temps, les gouvernements se sont efforcés de rendre les documents officiels quasiment infalsifiables. Dès lors, il est devenu plus facile de voler une identité, que d’en créer une. Nouveau marché, nouveaux trafics.

Lu en février 2021

Publié dans littérature USA, Thriller

« Diamants de sang » de James Patterson et Marshall Karp

Petit intermède polar aujourd’hui avec ce livre d’un auteur prolixe dont je n’ai encore lu aucun des romans, celui-ci ayant été écrit à quatre mains :

Résumé de l’éditeur :

L’avant-première d’un film à gros budget… Le tout-Manhattan attendu… Alors que la comédienne vedette s’apprête à fouler le tapis rouge, exhibant une parure d’émeraudes et de diamants valant huit millions de dollars, une détonation retentit, suivie du crash d’une Cadillac.

Un crime vient d’être commis. Les bijoux ont disparu… et personne n’a rien vu ! Une enquête cousue main pour le NYPD Red, l’unité d’élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous.

Des penthouses aux bas-fonds de la ville où le crime ne s’arrête jamais, le détective Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald – son ex-petite amie – n’auront guère le temps de chômer. D’autant que le tueur a d’autres cibles en vue…

Ce que j’en pense :

L’action démarre sur un vol de bijou rondement mené, si ce n’est le fait que l’actrice qui le portait y laisse sa vie, mortellement blessée par un coup de feu : son garde du corps et du cœur a voulu la protéger en s’emparant de l’arme brandie sur elle mais le coup est parti… envolé le tapis rouge et surtout le collier d’émeraudes et de diamants confectionné par Leo Bassett d’une valeur de huit millions de dollars…

Le duo d’enquêteurs formé par Zach Jordan et Kylie MacDonald, pour le NYPD Red est chargé de l’affaire. Mais, ils ne sont pas au bout des surprises : Leo Bassett devait normalement accompagner l’actrice, mais lui a fait faux bond au dernier moment, sous prétexte qu’il puait le poisson (incident lors d’un buffet) ce qui était au-dessus de ses forces !

Les deux frères Bassett sont des « bijoutiers » ayant pignon sur rue, très riches et méprisant ceux que ne sont pas de la haute comme dit l’auteur…

En même temps, la maire fraîchement élue de New-York fait appel à eux, en toutes discrétion bien sûr car des vols de matériels médicaux hors de prix ont lieu dans des hôpitaux : scanners, IRM, appareil à mammographie…

Ils doivent donc mener les deux enquêtes de front et vu le caractère bien trempé de chacun, surtout de Kylie, on peut s’attendre à de multiples rebondissements, d’autant plus que leur vie privée est loin d’être de tout repos.

Spence, le mari de Kylie est toxicomane et a rechuté après avoir résisté dix ans après avoir subi une cure de désintoxication. Il fait n’importe quoi, c’est l’escalade dans l’usage des drogues, et il va même jusqu’à saccager les studios où il travaille.

Zach vient d’emménager avec Cheryl, flic aussi et ce n’est pas de tout repos car chaque fois que Kylie l’appelle au secours pour partir à la recherche de son mari… Tous les deux ont eu une aventure des années auparavant et Zach accoure chaque fois que Kylie l’appelle…

C’est la première fois que je lis un thriller de James Patterson et, ma foi, j’ai passé un bon moment, on ne trouve des litres d’hémoglobine, les héros sont attachants avec leurs défauts, comme leurs qualités. On a une belle exploration des liens tumultueux entre police et politique, ou des milieux huppés de la ville qui ne pensent qu’à l’argent, à arnaquer les autres et éliminer ceux qui se mettent en travers de leur chemin.

Un clin d’œil au passage à Annie Ryder, une mamie magouilleuse de la petite délinquance dont le rejeton Teddy, ayant ses quelques neurones mal connectés, à l’art de se mettre dans des situations compliquées. Annie est truculente à souhait, parlant à son mari par l’intermédiaire de l’urne contenant ses cendres, mais elle fourmille d’idées pour sauver son rejeton…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de faire la connaissance de la prose de son auteur, ici en collaboration avec Marshall Karp, découverte fort sympathique. En général, j’aime bien les polars publiés par les éditions de l’Archipel, car ils ont une trame intéressante, le côté psychologique et les relations entre les policiers, ou les protagonistes sont bien appréhendés.

J’ai très envie de lire d’autres de ses nombreux romans, notamment ceux dont le héros est un détective noir du nom d’Alex Cross, série qui comprend une vingtaine de tomes ou retrouver ce duo dans la série NYPD Red…

#Diamantsdesang #NetGalleyFrance

7/10

Les auteurs :

Avec quelque 385 millions de livres vendus, James Patterson est l’auteur de thrillers le plus lu au monde. En 2020, ses nouveautés ont toutes figuré en tête des meilleures ventes aux États-Unis.

Marshall Karp, coauteur des romans de la série « NYPD Red » – Tapis rouge, Lune pourpre, Lettres de sang et Alerte rouge, tous publiés aux éditions de l’Archipel –, est scénariste à Hollywood.

Extrait :

En travaillant pour le Red, je suis aux premières loges pour observer les mœurs des gens de la haute. Bien sûr, les frères Bassett, ce n’était pas exactement la haute. Plutôt le un pour cent du un pour cent ultra-privilégié, et leur « résidence » avait tout d’un palace.

A l’époque où New-York connaissait son apogée industrielle, le sud de Manhattan était truffé de lofts qui abritaient des bureaux et des usines mais n’avaient pas vocation à accueillir des résidents. Au début des années 1980, la loi avait changé, et les spéculateurs immobiliers avertis avaient racheté pour une bouchée de pain ces immeubles froids austères et infestés de rats.

Les Bassett s’y étaient pris tôt, transformant un entrepôt de six étages sur la 21e Rue Ouest en un remarquable triplex. Leo occupait la moitié inférieure de l’immeuble, alors Kylie et moi avons pris l’ascenseur jusqu’au troisième…

Lu en janvier 2021

Publié dans Littérature roumaine, Thriller

« La Bible perdue » d’Igor Bergler

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller qu’on pourrait baptiser historico-ésotérique dont le résumé a attiré mon attention :

Résumé de l’éditeur :

Interrompu par la police roumaine en pleine conférence, le célèbre professeur Charles Baker, de l’université de Princeton, croit d’abord à une méprise. Que peut-il avoir à faire avec les vicissitudes de Sighisoara, petite ville au fin fond de la Transylvanie ? Pourtant, lorsqu’il parvient sur la scène de crime devant trois cadavres auxquels il manque les yeux, les oreilles et la langue, la mise en garde est claire : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

 En dépit des menaces, accompagné de Christa, enquêtrice d’Interpol, Charles poursuit ses recherches sur les traces du mystérieux sabre de Vlad l’Empaleur, et de la première Bible de Gutenberg, supposée renfermer un message secret auquel le destin de l’humanité serait lié. Mais il n’est pas le seul à convoiter cette fameuse relique : une étrange organisation agit dans l’ombre et le suit pas à pas pour mettre la main sur le livre sacré avant lui…

Ce que j’en pense :

Charles Baker, professeur réputé de Princeton, s’apprête à faire une conférence sur l’histoire médiévale, lorsqu’il est interrompu par la police roumaine car des meurtres étranges viennent d’être commis, avec une mise en scène pouvant évoquer un rituel : on leur a enlevé les yeux, les oreilles et la langues ».

Charles va donc mener l’enquête en compagnie de Christa, agent d’Interpol, avec des policiers aux méthodes encore dignes de l’ex-URSS. On va les suivre de Sighisoara en Roumanie, à Prague, en passant pas la Hongrie, avec des meurtres à répétition, des agents peu catholiques qui les espionnent, des menaces de tous ordres.

Au départ, Charles veut obéir à une des dernières volontés de son grand-père, en tentant de récupérer un sabre mystérieux ayant appartenu à Vlad Tepes, alias Vlad l’Empaleur, alias Dracula (fils du Dragon) mais pour cela il doit en fait résoudre toutes sortes d’énigmes qu’on lui fait parvenir par des moyens rocambolesques. C’est ainsi qu’on va lui demander de retrouver une bible éditée par Gutenberg ayant la particularité de contenir une mystérieuse liste sur laquelle un groupe secret veut absolument mettre la main.

Mais, un mystérieux Werner, membre d’un non moins mystérieux Institut composé de douze membres, féru d’informatique, espionne tout le monde en compagnie d’une comparse qui ne recule devant rien veut aussi récupérer sabre, bible et établir sa domination.

J’ai beaucoup aimé toutes les références à l’histoire de la Transylvanie, que je connais très mal en fait, et c’est passionnant de découvrir les liens entre les différents chefs qui se sont succéder à la tête des pays, la manière de conquérir le pouvoir, le jeu de l’Église pour entretenir des superstitions et garder la main sur les gens, les rivalités entre les papes et certains rois ou princes, la montée en puissance de l’Inquisition et ses tortures, les schismes, les conciles, ou encore les anti-papes.

Igor Bergler évoque aussi les ordres religieux et leur influence : Bénédictins, Franciscains, Templiers (clin d’œil au passage à Philippe le Bel et les templiers, tout le monde connaissant bien ma passion pour « Les Rois maudits » de Maurice Druon), Rose-Croix, Cathares, Albigeois, puis les corporations, la franc-maçonnerie sans oublier l’Ordre du Dragon ou l’aube dorée… pour aboutir à toutes sortes de sectes qui veulent prendre le pouvoir sur le monde avec l’avènement du complotisme qui a le vent très en poupe à l’heure actuelle …

J’aime bien ce genre de jeux de pistes qui nous entraînent aussi bien vers les musées que le monde la musique, en passant par Kafka et dans lesquels on finit par ne plus savoir qui sont les bons et les méchants, le noir et le blanc, le yin et le yang, cf. Mani prophète persan du IIIe siècle et la doctrine du manichéisme, sur fond bien-sûr de monstre avec Dracula qui a inspiré son conte vampire à Bram Stocker.

L’intrigue est passionnante, menée très habilement sur un rythme haletant, une fois le livre en mains, il est difficile de le lâcher malgré les 600 et quelques pages. J’ai pensé à Indiana Jones et la dernière croisade, ou à un de mes romans préférés « Le nom de la rose » d’Umberto Eco, en fait ce roman se situe juste au milieu …

Les personnages sont intéressants, notamment Charles Baker qui se perd parfois dans les détails mais dont le raisonnement est intéressant, Werner qui rappelle un milliardaire sans scrupule et avide de pouvoir bien connu ou encore l’inspecteur Ledvina haut en couleur, le verre à la main, et nostalgique des méthodes de l’ex-URSS…

Certes, il y a des longueurs, et j’avoue avoir survoler les pages concernant les sabres, qui ne me passionnaient pas et ralentissaient le rythme. L’écriture est belle, les explications sur le plan historique sont claires et donnent envie de creuser. Au passage, Igor Bergler nous livre une réflexion savoureuse sur les personnes qui ne veulent que « continuer à jouer, à taper non-stop sur des boutons comme un singe sur un Smartphone, à passer sans cesse d’une chose à l’autre sans pouvoir se concentrer sur rien.

Je mettrai un bémol : connaissant mal l’histoire de la Roumanie, du moins de la Transylvanie pour simplifier, notamment au Moyen-Âge, de Sigismond de Luxembourg, à Rodolphe II en passant pas Vlad Tepes, il m’est impossible de déterminer l’exactitude des faits que l’auteur leur attribue.  Donc, j’ai du pain sur la planche…

 Je connais peu la littérature roumaine, et ce roman me permet d’y entrer avec enthousiasme.

Un grand merci à NetGalley et aux Fleuve éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman qui se dévore ainsi que son auteur.

#LaBibleperdue #NetGalleyFrance

UN PORTRAIT DE ARCIMBOLDO le peintre préféré de Rodolphe II

8/10

L’auteur :

Igor Bergler est un écrivain et producteur roumain. La Bible perdue, thriller ésotérique narrant les aventures du professeur Charles Baker, a connu un succès phénoménal avec plus de 150 000 exemplaires vendus, et est devenu un best-seller traduit dans plusieurs pays.

Extraits :

Charles se demanda ce qu’il avait à voir avec les évènements de cette minuscule ville au cœur de la Transylvanie. Il avait écrit des livres vaguement en lien avec cette région, et il était précisément là pour un colloque d’histoire médiévale. Les policiers se tenaient toujours figés à la porte, plantés avec autorité dans l’épaisse moquette.

Durant le Moyen Âge et dans toute l’Europe, les corporations avaient initié la plupart des évolutions de la société, en dépit des résistances de la noblesse et de l’Église.

Elles ont cependant forcé et accéléré l’avènement de la modernité. Au sein de la corporation des artisans et des commerçants a germé la petite bourgeoisie, parmi les banquiers et les notaires a émergé la grande bourgeoisie. De la corporation des maçons s’est élevée la franc-maçonnerie, qui a donné la Révolution Française, qui a fondé l’Amérique, qui a engendré les révolutions de la première moitié du XIXe siècle et qui a formé le monde que nous connaissons aujourd’hui…

Contempler l’orage depuis le balcon, tout le monde peut faire ça. C’est la grandeur de l’Amérique, songea-t-il, tout prédicateur trouve son troupeau. Et c’était bien comme ça, tant qu’il pouvait, avec son Institut, choisir et contrôler les prédicateurs.

Rodolphe (II de Habsbourg) invita même à sa cour l’un des peintres les plus intéressants de la Renaissance. Aujourd’hui encore les critiques d’art n’ont pu trancher s’il avait des problèmes mentaux ou s’il était génial. Ce qui est certain, c’est que ses toiles peuvent être admirées au Louvre. Arcimboldo était le peintre favori de Rodolphe II.

L’absence d’un ennemi clairement identifié vers lequel diriger la haine et la peur de l’opinion publique était devenue un danger, pour le Conseil. Ils avaient réussi à combler cette lacune et préparaient aujourd’hui une nouvelle guerre froide, bien plus sinistre que celle qui avait suivi la Seconde Guerre mondiale.

Et pourtant, la Révolution française a été le moment historique qui a donné le plus de frissons à l’organisation parce qu’elle a produit, de leur point de vue, le plus monstrueux document de l’histoire, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen…

Empêcher l’individu d’être seul, et donc de se retrouver avec ses pensées, représentait le premier pas vers le contrôle total du sujet. L’absence de solitude est le pire ennemi de la liberté de pensée, de l’indépendance, avait dit Werner. Jamais rien de sérieux n’a été élaboré en dehors de ces heures que l’homme passe face à lui-même. Suspendre la réflexion équivaut à annihiler la personnalité individuelle, à fondre des individus différents, capables de penser et d’agir seul, dans une sorte de soupe primordiale…

Aujourd’hui, la vie réelle devient une pause dans le jeu et dans le récit. De plus en plus de gens confondent la réalité et les innombrables stupidités, les énormes incohérences qui leur sont mises dans la tête. C’est une méthode de contrôle. L’homme devient la proie facile du spectacle de l’information.

Terminé en janvier 2021