« Sphère » de Florent Rigout

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, un OVNI que j’ai choisi pour le titre et pour faire la connaissance avec les éditions L’alchimiste, et le jeu valait la chandelle. Ce fut un petit moment de détente tandis que j’étais plongée dans la lecture de « La plus secrète mémoire des hommes » :

Résumé de l’éditeur :

Lieutenant au Service des violences domestiques, Franck Bassa est soudainement catapulté sur une affaire de meurtre, celui d’un physicien du SNOLAB, le célèbre Centre d’études sur les neutrinos.

Le flic retrouve vite ses vieux réflexes. Armé de méthodes peu conventionnelles, en proie à son passé et en quête de rédemption, il plonge dans cette enquête obscure.

Pourquoi avoir tué ce physicien ? Sur quoi portent réellement les recherches du SNOLAB ? Pourquoi des sbires d’une multinationale tentaculaire le pourchassent-ils ?

Et pourquoi un gamin se découvre-t-il subitement surdoué, écrivant sur les murs des équations dignes des plus grands mathématiciens du monde ?

Noyé au milieu de la Physique de l’Intelligence Artificielle, Franck Bassa s’enfonce dans la plus folle enquête de sa vie, prêt à tout pour découvrir le lien qui unit tous ces mystères.

Ce que j’en pense :

Franck Bassa, lieutenant dans une unité chargée des violences domestiques, où il se morfond, se trouve catapulté sur une scène de crime : un physicien de la société SNOLAB, qui étudie les neutrinos, a été retrouvé mort, assassiné. Le collègue qui travaillait avec lui a pris la fuite.

Curieusement, le directeur du centre de recherches a décidé de renvoyer tout le personnel… Alors que Franck l’arrête chez lui, en train de faire ses valises, et le ramène au commissariat, il est assassiné en pleine rue, au nez et à la barbe de Franck, persuadé de tenir le coupable.

Inutile de dire que sa supérieure le renvoie à son poste, mais une jeune femme, Emma, l’aborde et tente de se rapprocher de lui, sous prétexte qu’elle devait avoir un entretien dans la société. Espionne ? On plonge alors dans le domaine des mathématiques de haut niveau, des neutrinos, tandis qu’un concours est lancé pour résoudre une équation de haut niveau.

Mystérieusement un commando tente d’enlever un jeune adolescent, surdoué, qui écrit des formules incompréhensibles au commun des mortels sur les murs de sa chambre.

Quelle est la découverte faite par les deux scientifiques pour déclencher ces assassinats en série, avec des moyens mafieux ? derrières lesquelles se cache la société Skytral et en toile de fond la mystérieuse Sphère…

Il s’en suit une enquête qui a démarré sur les chapeaux de roues et nous réserve des découvertes intéressantes et un rythme fracassant, dans l’évolution des faits, sur fond de sociétés sans scrupules, qui veulent mettre la main sur tout ce qui peut leur permettre de dominer la planète.

Peu à peu, on fait plus ample connaissance avec Franck policier émérite, qui a fait une brillante carrière dans une unité intensive (RAID ?) jusqu’au jour où une balle dans le genou l’oblige à démissionner : il n’est plus opérationnel malgré la rééducation. Ceci va avoir des répercussions en cascades : Franck est un taiseux, et lorsque son épouse fait une fausse couche, il va se murer dans son silence et son chagrin jusqu’au jour où elle décide de faire sa valise alors exit Franck, direction le Canada…

L’enquête est passionnante. Je redoutais un peu au départ, car les démonstrations mathématiques, physiques, sont de haut niveau, mais je me suis vite immergée dans ce milieu et sur les traces de ce héros mais aussi sur la réflexion sociétale qui accompagne l’intrigue (Ah ! ces chers GAFAB and Cie qui nous polluent tant le paysage !) et il faut reconnaître que l’auteur se met à la portée du commun des mortels : les explications données à Franck nous en apprennent suffisamment pour ne pas se sentir noyés.

J’ai particulièrement apprécié l’opiniâtreté de Franck, son désir de comprendre, que ce soient les mathématiques, l’Intelligence Artificielle, la robotique ou les recherches sur l’autisme, il n’hésite pas à aller à la pêche aux infos, s’approchant des experts dans ces domaines. Et mon goût pour les policiers cabossés est connu.

J’ai beaucoup aimé le style de Florent Rigout que je découvrais avec ce thriller, et particulièrement apprécié, outre le côté addictif du récit, la manière dont il présente les faits, en avançant dans l’intrigue, il nous livre en alternance l’histoire à Bassora (en 998 après J.C.)   d’un jeune étudiant Ibn al-Haytan, alias Alhazen qui a accepté une mission pour étendre la gloire du calife sur tout le Moyen-Orient : découvrir les sources du Nil. Il a choisi pour l’accompagner Abu-Mansir, un jeune géographe qui a bien compris, lui, qu’en cas d’échec ce serait la mort assurée.

Les deux récits s’entrecroisent, nous permettant d’aborder les mathématiciens et les découvertes de l’époque, tout en progressant dans l’enquête et on se rend compte que le désir des hommes de dominer est le même, à l’approche de l’an 1000 qu’à l’heure actuelle, seule la sophistication des méthodes a changé…

A l’heure de la toute puissance des réseaux sociaux, avec les complotistes de tous ordres, ceux qui pensent que la Terre est plate, que l’homme n’a pas marché sur la lune, j’en passe et des meilleures, voici une phrase qui m’a bien plu :

Avant tous ses pairs, il (Alhazen) a affirmé qu’un homme de science doit se défaire de ses opinions, et opinion signifiait religion à cette période. Se débarrasser de l’influence des écrits sacrés, remettre en cause de manière systématique et ne valider uniquement ses théories que sur l’empirisme. Il s’agit de la première pierre de la science, de l’esprit critique et de la logique.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’Alchimiste (que je découvre avec ce livre) qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont j’ai envie de découvrir les deux précédents romans, notamment « Saisons sans toi » car son univers particulier a plus qu’éveillé ma curiosité…

#Sphère #NetGalleyFrance !

9/10

L’auteur :

Dans ses histoires, Florent Rigout explore le domaine de l’hypothèse, cet infime halo de brouillard à la frontière entre science et science-fiction, entre savoir et philosophie. De là, il espère poser humblement quelques mots sur l’inexpliqué et amener de l’eau au moulin des rêves.

On lui doit : « Saisons sans toi » et « Triangle »« Sphère » est son troisième roman.

Extraits :

Puis, sans rien dire, elle était partie un matin. Sans un message, sans explications. Cela dit, Franck n’en avait pas besoin, ne les connaissait que trop bien. Lassée des mois de silence et d’omerta qui avaient suivi sa fausse couche, lassée devoir le boulot regagner du terrain sur ces territoires qu’elle avait mis tant de mal   à conquérir, elle avait lâché.

Avant ce réconfort, une longue journée de cours l’attendait, avec le démarrage d’un nouveau cycle d’études pour sa classe. Ptolémée et Aristote les avaient copieusement occupés ces derniers mois, Ibn al-Haytam encore davantage. Son handicap l’obligeait à une charge de travail plus conséquente. Il devait lire, relire chaque ouvrage plusieurs fois avant d’en saisir le contenu. Cette maladie le fascinait autant qu’elle l’énervait. Confondre certaines lettres, trébucher sur les mots, lire sans trouver le sens…

On appelle cela le syndrome acquis du savant, il n’existe que six ou sept cas répertoriés dans le monde. Le garçon dot vous me parlez souffre-t-il d’une forme d’autisme ?

Parce que le Savantisme est plus fréquent chez les autistes. On n’en connaît pas les causes avec certitude, ni les mécanismes précis qui affectent le cerveau des personnes atteintes d’autisme, mais le développement de capacités prodigieuses, qu’elles soient mathématiques, mnémotechniques ou bien artistiques, ont plus souvent lieu chez eux.

S’il réussissait à asservir le Nil, à dompter les eaux mères, le souverain s’assurait le respect et la vénération du peuple entier. Les inondations jugulées et les récoltes optimisées le mettraient à l’abri de bon nombre de doléances. Discipliner la source du grand Nil signifiait tarir celle des maux et colères des Égyptiens…

Il faut cependant garder à l’idée que l’intelligence artificielle ne choisira pas une direction d’elle-même. L’homme, et l’homme seul, imprimera le chemin sur lequel elle évoluera et ça je crois, c’est ce qui nous terrifie, au fond. Nous savons que ces incertitudes dépendent de nous, et nous savons que nous sommes imprévisibles. Or, l’humanité, aujourd’hui, se situe à un tournant majeur dans l’histoire de l’intelligence artificielle.

Le microtubule est un élément du cytosquelette de nos cellules, donc de nos synapses. Dans le cerveau, Skytral a découvert que les microtubules jouaient un rôle majeur dans la formation de la conscience. A l’intérieur, des réactions quantiques très spécifiques s’y produisent, engendrées par les neutrinos qui voyagent en nous sans arrêt… Sans neutrinos pas de conscience. Pour ce dernier extrait, je vous le concède, un décodeur serait peut-être conseillé !

Lu en janvier 2022

« L’innocence et la loi » de Michael Connelly

J’avais envie de retrouver la plume de Michael Connelly alors son dernier roman était tentant :  

Résumé de l’éditeur :

Au sortir d’un pot pour fêter sa victoire au tribunal, Mickey Haller est arrêté pour défaut de plaque. Mais en ouvrant le coffre de la voiture de Haller, l’agent de police trouve un cadavre à l’intérieur. Celui d’un escroc que l’avocat a défendu à de nombreuses reprises, jusqu’au moment où le client l’a arnaqué à son tour.


Accusé de meurtre et incapable de payer la caution de 5 millions de dollars, Haller est aussitôt incarcéré et confronté à une avocate de l’accusation qui veut sa peau, Dana Berg. Il comprend qu’il a été piégé – mais par qui, et pourquoi ? – et décide d’assurer lui-même sa défense lors du procès.


Pas facile quand, en plus d’être en prison et donc la cible de violences, il est la proie d’une machination que même Harry Bosch, son demi-frère, aura du mal à démêler.

Ce que j’en pense :

Mickey Haller est arrêté par un agent de police alors qu’il sort d’un pot avec ses collègues pour fêter dignement sa dernière réussite, sous prétexte que sa voiture n’a pas de plaque. Il en profite pour l’obliger à ouvrir le coffre de sa voiture, au prétexte qu’il y a du sang et voilà notre avocat menotté arrêté incarcéré séance tenante avec une caution faramineuse…

Il décide d’assurer sa propre défense, mais l’accusation, en la personne de Dana Berg, lui met les bâtons dans les roues (c’est même pire que cela, on est dans le registre de l’acharnement, la subornation) on ne lui donne pas les documents, les témoignages, sur lesquelles se base l’incarcération … Heureusement pour lui, la juge ne se laisse pas manipuler. Et, Mickey est entouré de son équipe pour mener l’enquête, parmi eux son demi-frère Harry Bosch.

Avec ce roman, Michael Connelly nous plonge dans l’univers du système judiciaire américain, et tous ses défauts, ou excès, et la manière dont l’accusation a tous les pouvoirs, par rapport à la défense est sidérante. On comprend mieux pourquoi il y a autant d’erreurs judiciaires, de condamnations injustifiées, surtout quand il s’agit de personnes pauvres, de minorités.

Il est effarant de constater qu’en prison, un homme peut se faire agresser, racketter y compris par les surveillants, y compris dans le fourgon qui conduit les prisonniers au tribunal.

La manière dont les membres du jury sont sélectionnés et haute en couleurs…

Bienvenue dans l’Amérique de Trump, avec son cortège de manipulations, sa justice à 2, 3 (voire plus) vitesses qui laisse le lecteur perplexe.

J’ai eu du plaisir à retrouver l’univers de Michael Connolly, la manière brillante dont il expose les faits et développe son intrigue même si j’ai moins pris de plaisir à la lecture de ce roman pourtant assez addictif. En fait, j’apprécie peu en général les « thrillers judiciaires », tout comme les séries où les avocats sont les héros, je préfère les enquêtes policières pures, avec des experts, des profileurs…

L’auteur est magistral, car il arrive à me faire apprécier un livre qui sort complètement de mes centres d’intérêt en matière de polars. Les aventures d’Harry Bosch m’attendent…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#Linnocenceetlaloi #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

Un procès pour meurtre a tout d’un arbre. Un très grand arbre. Un chêne. Il a été planté et soigné avec attention par l’Etat. Arrosé et émondé quand il en a besoin, examiné pour y détecter maladies et parasites de toutes sortes…

Tout une série de questions me passa par la tête, la première sur ce qu’il y avait dans ce coffre et la dernière celle de savoir si Milton avait un motif raisonnable de l’ouvrir si, moi, je refusais de le faire…

La seule façon de prouver que ce n’est pas moi, c’est de trouver celui qui l’a tué et de le prouver. C’est comme ça que ça fonctionne, l’innocence. 

Elle (la jurée N°21) avait aussi mis la lecture en premier dans la liste de ses passe-temps favoris. Et, je ne pensais pas qu’à lire, on puisse éviter de tomber sur des histoires—de fiction ou de non-fiction—soulignant les fragilités du système juridique américain et, en premier lieu, que les flics comprennent souvent de travers et que des innocents sont alors parfois accusés et condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Lu en janvier 2022

« Le poète » de Michael Connelly

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu la chance de gagner lors d’un concours organisé par Anthony, thriller sur lequel je lorgnais depuis un bon moment :

Quatrième de couverture :

Chroniqueur judiciaire, Jack McEvoy ne peut croire au suicide de son frère jumeau. Si Sean, inspecteur de police, s’est bien tiré une balle dans la bouche, que vient faire ce « Hors de l’espace, hors du temps » d’Edgar Allan Poe écrit sur le pare-brise de sa voiture ?

Et, pourquoi Rusher, un indic qu’il devait voir ce jour-là, reste-t-il introuvable ?

En s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins d’un article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se suicident et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir son plus gros scoop sur des meurtres en série. Mais il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect…

Le poète est LE classique absolu pour les fans de romans policiers.

Ce que j’en pense :

Jack McEvoy, journaliste judiciaire au « Rocky Mountains News », vient d’apprendre que son frère jumeau Sean vient d’être retrouvé mort d’une balle tirée dans la bouche. Il travaillait sur une enquête difficile, le meurtre d’une jeune femme retrouvée coupée en deux morceaux et très rapidement l’enquête a conclu   à un suicide, car plusieurs de ses collègues victimes du « blues du policeman », autrement dit un burn-out ont mis fin à leur jours ces derniers temps.

Après une période de sidération, Jack est submergé par la colère ce qui le pousse à remettre en question les conclusions de l’enquête. Il veut savoir, comprendre, d’autant plus que sur le parebrise de la voiture, on peut lire, à moitié effacés par la buée ces mots étranges : « Hors de l’espace, hors du temps » extraits d’un poème de Edgar Allan Poe.

Autre élément étrange, en faisant des recherches, Jack s’aperçoit, enfin limier, que le FBI enquête sur son frère. Il n’en faut pas plus pour qu’il fasse son enquête, se faisant engager comme consultant. S’ouvre alors une enquête sur les pas d’un serial killer.

L’enquête est passionnante, avec une analyse du comportement et de la pathologie des tueurs en série (comparables à ceux des violeurs), une approche des méthodes d’investigation du FBI, et des rebondissements multiples qui tiennent en haleine jusqu’à la dernière ligne.

J’ai bien aimé l’idée de donner la parole à un journaliste pour suivre et interpréter cette enquête, cela change des enquêtes menées par les policiers.

J’ai littéralement dévoré les quelques 760 pages du livre, les trois cents dernières lus, au détriment du sommeil (bonne compagnie pour une insomniaque chronique comme moi, je vous assure !)

J’ai lu ce thriller au début de l’été, mais je n’ai pas pu rédiger ma chronique à l’époque, car j’étais victime d’une intolérance +++ à un médicament antalgique, avec nécessité d’un sevrage rapide, qui m’a transformée en véritable junkie, donc incapable de lire, de rédiger mes critiques…D’où le laps de temps entre la lecture et cette rédaction. Pour ne pas bâcler, j’ai dû le relire… pour mon plus grand plaisir d’ailleurs !

Un grand merci à Anthony, bien connu de tous pour son blog les livres de K9 auquel je suis fidèlement abonnée, qui m’a permis de découvrir ce roman (que j’ai eu la chance de gagner) et son auteur dont je connaissais uniquement la série consacrée à Bosch que j’apprécie beaucoup. Il y a longtemps que je voulais découvrir les romans de Michael Connelly et j’ai adoré donc l’encombrement de ma PAL ne risque pas de s’améliorer.

https://leslivresdek79.com/

Extraits :

La mort, c’est mon truc. C’est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d’un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence de personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J’ai toujours pensé que, pour s’occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C’est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure.

Mon frère m’avait expliqué un jour sa théorie du seuil limite. Chaque flic, disait-il, possédait une limite, mais cette limite lui était inconnue jusqu’à ce qu’il l’atteigne.

Theresa Lofton symbolisait l’image la plus médiatique qui soit : celle de la pure et simple Jeune Fille américaine. Inévitablement, on compara l’affaire à celle du Dahlia noir survenue cinquante ans plus tôt à Los Angeles…Une émission de télévision racoleuse baptisa Theresa Lofton les « dahlia blanc », en jouant sur le fait qu’on l’avait découverte dans un champ de neige près du lac Grasmere à Denver…  

Mais il n’était pas facile d’en vouloir aux morts. Je ne pouvais pas rester fâché contre Sean. Or, la seule façon de soulager ma colère était de mettre en doute cette histoire. Et le cycle infernal reprenait. Refus, acceptation, colère. Refus, acceptation, colère.

Au centre de cette histoire figuraient les suicides, apparemment sans relations, de trois membres de la police de New-York en moins de deux mois. Les victimes ne se connaissaient pas, mais toutes avaient succombé au « blues du policeman » pour reprendre l’expression du journaliste.

Généralement, les flics s’efforcent de dépersonnaliser leurs enquêtes au maximum. A cet égard, ils ressemblent aux serial killers. Si la victime n’est pas un être humain qui respire et qui souffre, son souvenir ne risque pas de vous hanter.

Quant aux violeurs, reprit-elle, leur pathologie ressemble énormément à celle des meurtriers. De chics types, croyez-moi. Je sentais qu’ils me jaugeaient dès que j’entrais dans la pièce. Je savais qu’ils essayaient de calculer le temps dont ils disposaient avant que le gardien n’intervienne. Est-ce qu’ils pourraient m’avoir avant l’arrivée des renforts.  Très révélateur de leur pathologie. Ils ne pensaient qu’en termes d’aide extérieure. Ils n’envisageaient pas que je puisse me défendre seule. Sauver ma peau. Pour eux, les femmes étaient uniquement des victimes. Des proies.

Lu en juillet 2021

« L’enfant dormira bientôt » de François-Xavier Dillard

Petit intermède polar, aujourd’hui, (je dois souffler un peu pour rédiger au mieux ma critique de « Les prophètes » mais votre attente sera récompensée, du moins je l’espère !) avec ce roman dont la couverture était trop alléchante pour que je tente de résister :

Résumé de l’éditeur :

Quoi de plus désarmant que de regarder un nouveau-né s’endormir dans vos bras… Mais êtes-vous certain qu’il se réveillera ?

L’homme remonte l’escalier de la cave. Il a la démarche saccadée d’un automate brisé et tient dans ses mains deux petits sacs-poubelles recouverts de cristaux de givre. La dernière vision qu’il aura avant de plonger dans le néant restera éternellement gravée dans sa mémoire : du sac noir a glissé une chose atroce, innommable.

Michel Béjart rêve d’une existence heureuse avec son fils Hadrien, mais tous deux ne guériront jamais du drame familial survenu quinze ans plus tôt. Une macabre découverte qui a brisé leur vie pour toujours. Michel essaie de se reconstruire au sein de la fondation Ange qu’il a créée pour la protection de l’enfance, et tente de surmonter son chagrin et sa culpabilité auprès d’une poupée « reborn », étrange bébé plus vrai que nature, qu’il chérit quotidiennement.

Un matin, la commissaire Jeanne Muller débarque à la Fondation. Des nouveau-nés ont été enlevés, et un vent de panique sou e sur les maternités parisiennes. Pourquoi Michel s’inquiète-t-il soudainement ? Les disparitions auraient-elles un lien avec la Fondation ? En investiguant au cœur de cette institution tout entière tournée vers la parentalité, Jeanne ne tardera pas à comprendre ce que l’arrivée d’un enfant peut provoquer dans notre société, dans nos foyers et dans nos esprits. Le meilleur comme le pire…

Une histoire où personne n’est vraiment innocent, pas même les enfants…

Ce que j’en pense :

Jeanne Muller, commissaire, vient d’intégrer une nouvelle brigade criminelle, après avoir passé, à sa demande, une année dans un commissariat tranquille à la suite d’une enquête traumatisante, mais l’ennui a vite eu raison de ses velléités de changement.

Elle va vite se retrouver face à une enquête difficile : deux bébés ont été enlevés dans deux maternités différentes. Un seul point commun entre les deux : les parents avaient eu recours à une agence d’adoption : la fondation Ange mais ils avaient renoncé car une grossesse inespérée était survenue.

La fondation Ange est dirigée par Michel Béjart qui s’est investi dans ce projet après un drame familial : la découverte un jour du corps de deux nouveau-nés dans le congélateur, et le couple vole en éclats après l’incarcération de son épouse. Il élève seul son fils Hadrien grièvement blessé dans l’accident causé par sa mère qui tendait de fuir.

Le récit alterne l’histoire de Michel, l’enquête sur les nouveau-nés disparus, et une troisième histoire, celle de Samia que Jeanne a pris sous son aile en la faisant sortir de l’engrenage de la prostitution dans lequel elle s’était plongée, pensant tout maîtriser… Le passé n’est jamais très loin et même si elle est heureuse dans sa famille d’accueil qui a elle-même vécu un drame, comment résister quand une amie de son ancienne vie l’appelle. Mais un souteneur reste un souteneur, Samia l’apprendra à ses dépens, quand les traquenards et les coups commencent à pleuvoir.

François-Xavier Dillard, par la manière dont il construit son récit, nous livre une étude de l’enfant : le bébé désiré ou non, ce qui peut conduire à l’infanticide, l’adolescence avec ces jeunes filles en rébellion qui se mettent en danger, pensant contrôler la situation, les ruptures avec la famille, ou encore le traumatisme de trouver des bébés dans son congélateur qui conduit à des conduites étranges, tel Michel et sa poupée reborn, petit chef-d’œuvre de technologie…

J’ai bien aimé la pugnacité et les méthodes de la commissaire Jeanne Muller, circulant au volant de sa Maserati rutilante, et la manière dont elle mène ses troupes, sans jamais lâcher les faits comme les gens.

Une enquête sympathique, rondement menée, avec nombreux rebondissements (jusqu’à la dernière page !) ; la parentalité comme le couple et ses pathologies sont bien étudiés, tout comme les effets ravageurs des traumatismes de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte.

J’ai beaucoup apprécié la réflexion sur l’adoption (et la stérilité ou l’hypofertilité!) car je connais de l’intérieur ainsi que la diatribe de Jeanne sur le handicap (cf. citation ci-dessous). Sans oublier la réaction du père (famille d’accueil de Samia) devant la perte de sa fille.

Je découvre l’auteur avec ce titre et j’ai bien envie de m’intéresser à ses précédents romans, mais vu l’état actuel de ma PAL, il va falloir attendre un peu ! en effet, je résiste beaucoup mieux devant un bon chocolat, noir à 85% de préférence, qu’à un livre !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

#Lenfantdormirabientôt #NetGalleyFrance !

7,5/10

L’auteur :

François-Xavier Dillard est né à Paris en 1971. Il est l’auteur à succès de nombreux thrillers, dont Fais-le pour maman(prix des Nouvelles Voix du polar Pocket 2017) et Prendre un enfant par la main (Belfond, 2020).  

Extraits :

Les poupées reborn, ce sont des poupées hyperréalistes qui ressemblent en tout point à de vrais bébés… Certains les confient même à leurs parents lorsqu’ils s’absentent. Et cela touche tout le monde, des femmes, des jeunes filles et des hommes aussi. Une Américaine a même fait un procès à une crèche qui refusait de prendre son « bébé » …

Depuis les années 70 et grâce à l’IVG, il y avait de moins en moins d’enfants abandonnés à la naissance. Mais le nombre de parents candidats à l’adoption, lui, ne baissait pas. Il y avait toujours cinq à dix fois plus de candidats que d’enfants mineurs adoptables.

Le rêve légitime de « bébé parfait » de ces couples pleins d’espoir venait percuter une sombre réalité. La plupart des enfants adoptables étaient grands, avec des parcours de vie souvent difficiles. Et, lorsqu’ils étaient plus petits, ils souffraient parfois de maladie ou de handicap.

Bon sang, elle en connaissait plein des pécheurs, des vrais, elle en avait croisé suffisamment dans sa carrière pour savoir ce qu’était un bon gros péché, le truc bien grave. Là, on ne parle pas de la petite pensée jalouse, de la vilaine gourmandise, de la méchante colère ou de l’adultère commun… On parle de viols, de meurtres, de séquestrations, de tortures, de sévices, de trafics de drogue… Et niveau repentance, on n’avait pas vraiment affaire à des champions ?

Elle se dit aussi qu’elle a pensé « handicapé » et pas « personne en situation de handicap ». Rien que pour ça, on pourrait lui reprocher d’être tout à fait discriminante. Elle se dit qu’elle ne pourra jamais s’habituer à cette hypocrisie. Que ceux qui s’obligent à ajouter personne devant le mot handicap ont peut-être du mal à voir l’être humain derrière l’infirmité. Cela n’a jamais été son cas. Et, en plus, elle est certaine que les handicapés, eux, s’en foutent. Ce qu’ils veulent, ce sont des logements, des transports adaptés et du boulot. Pas de précautions oratoires à la con quant à la manière dont on parle d’eux.

Lu en décembre 2021

« La Saignée » de Cédric Sire

Je vous parle aujourd’hui d’un livre palpitant, le premier d’un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler sur les blogs ou sur Babelio, qui tombe entre mes mains :

Résumé de l’éditeur :

Une plongée dans un monde où chacun doit affronter ses démons.  « Est-ce que tu aimes ? » clame le site sous la photo d’un cadavre mutilé.

Sur le Dark Web, il existe des espaces interdits au commun des mortels où les voyeurs de la pire espèce assouvissent leurs pulsions. 

 
Estel Rochand a été écartée de la police à la suite d’une terrible bavure qui a causé la mort d’une innocente. Sa vie est en miettes, son couple à la dérive. Désormais garde du corps de seconde zone, cette ancienne championne de boxe se fraie un chemin dans l’existence comme elle l’a toujours fait : à coups de poing. Prise dans un engrenage infernal, Estel a de plus en plus de mal à contrôler ses accès de violence.

Quentin Falconnier, policier spécialisé en cybercriminalité, enquête sur un site du Dark Web, qui propose des vidéos de torture et de mise à mort en direct. Qui peut bien se cacher derrière cette « red room » appelée La Saignée, diffusant des meurtres à la perversité absolue ? Le jeune homme se lance corps et âme dans cette nouvelle croisade : découvrir l’identité du coupable derrière le masque du bourreau, et l’arrêter. Coûte que coûte.

Un terrible compte à rebours a commencé.

Ce que j’en pense :

Alors qu’il enquête sur un trafiquant d’armes à Marseille, Quentin Falconnier, spécialisé en cybercriminalité, tombe en explorant l’ordinateur de ce dernier, sur un site qui propose des vidéos de mises à mort d’une violence inouïe dans une pièce tout de rouge recouverte : la red room alias « La saignée ». Mais, le détenu décède de mort violente à la prison, alors que Quentin voulait explorer le site dont il a été mystérieusement « éjecté » car identifié comme flic.

Pendant ce temps, à Paris, Estel Rochand, qui avait été suspendue à la suite d’une « bavure policière » s’est reconvertie dans la garde rapprochée de personnes peu recommandables intéressées uniquement par ses dons de championne de boxe.

Démissionnant de son premier job, elle se trouve embauchée par un écrivain douteux Dardeau qui écrit des romans malsains, vaguement inspirés de Cinquante nuances de Grey et va tomber dans un piège redoutable.

Une autre affaire de photographie de torture dans la région parisienne arrive dans le bureau de la police et Quentin va être autorisé à se rendre sur place…

Avec ce roman, on assiste à « bienvenue dans le Dark Web » et ses dérives, notamment ce dont sont capables « les petits génies de l’informatique » quand ils veulent explorer les univers obscurs, les dérives… Jusqu’où peuvent aller aussi les cyber-criminalistes pour entrer dans l’univers des gens pour les traquer : bonjour la transparence, la protection des données… Cela ne rassure absolument pas le lecteur. Mon antivirus et mon VPN sont-ils au top ?

Ce thriller est très intéressant et le suspense, savamment entretenu, fait que, une fois commencé et la première vidéo digérée, on le lit de manière addictive. Les personnages, même les plus odieux, le sont tellement justement qu’on s’accroche pour voir jusqu’où peut aller l’horreur. J’ai dévoré ces 550 pages !

L’écrivain pervers narcissique, manipulateur de haut vol, est très bien étudié. On le voit se dévoiler, peu à peu, tout en se disant qu’on aimerait se tromper. La manière dont il réussit à convaincre ses fans, littéralement sous le charme qui ne pensent qu’à entrer dans son lit et à l’inverse son attitude méprisante vis-à-vis des féministes sont conformes à tout bon manuel de psychiatrie.

Mais, vous l’aurez compris, il y a un mais : la violence. Entre les scènes de coups échangés par les protagonistes, les vidéos d’horreur, c’est souvent à la limite du supportable ; Mais chose étrange, elles ne hantent pas la mémoire et quand le livre est refermé, on ne retient que l’intrigue très solide et palpitante, ce qui fait donc seulement un petit bémol. Il fallait bien que je râle un peu !

C’est ma première incursion dans l’univers de Cédric Sire et si j’ai apprécié le côté haletant de l’intrigue, où l’on en arrive à soupçonner tout le monde, où certains gentils s’avèrent être toxiques. Cette lecture m’a souvent fait penser à un auteur que j’aime bien : Franck Thilliez, car leurs univers se ressemblent.

Un grand merci à NetGalley ainsi qu’aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont je tenterai très probablement le best-seller Vindicta, quand ma PAL sera un peu plus légère…

#LaSaignée #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Cédric Sire, lauréat du prix Masterton et du prestigieux prix Polar du Festival de Cognac, fait partie du cercle fermé des maîtres du thriller et se révèle l’une des nouvelles voix du polar français. Ses romans aux frontières du suspense et du frisson sont traduits en plusieurs langues et remportent un grand succès critique et public, comme en témoigne le formidable accueil réservé à son précédent thriller, Vindicta (2019).


Avec La Saignée, il confirme son style addictif, violent et redoutablement efficace, plébiscité par les lecteurs.

Extraits :

La loi de la nature s’appliquait à la jungle urbaine de la même manière qu’au sein de la forêt sauvage. Les charognards restaient entre charognards. Et les délinquants restaient entre délinquants. Ils vivaient entre eux. En meute.

Dardeau était un auteur à succès. Beau gosse, habitué des plateaux télé. Et aussi des scandales qui faisaient le buzz.

L’histoire qu’Estel avait lue surfait sans honte sur la popularité de Cinquante nuances de Grey. En y repensant, elle ne savait pas ce qu’elle y avait trouvé de pire : le style affreux, ou l’intrigue malsaine au possible. Tout ce qui se vendait le mieux apparemment…

Pour le reste de son groupe, prendre des initiatives était au mieux perçu comme une bizarrerie, un embarras le plus souvent. Il fallait toujours attendre que la hiérarchie leur ordonne de lancer les procédures. Toujours rester à sa place. Tout particulièrement elle. Personne n’osait le lui dire en face, mais le fait qu’elle soit une femme faisait d’elle une hystérique aux yeux de ses supérieurs, et ce en dépit de toutes les affaires résolues grâce à elle.

Vous savez, les tragédies, ce sont comme des dominos. Quand elles commencent à tomber elles s’enchaînent. Il y a une logique que nous ne voyons pas tout de suite, mais tout est lié. Chaque acte que nous faisons renverse une nouvelle pièce…

Lu en octobre 2021

« Rendors-toi, tout va bien! » d’Agnès Laurent

Retour du changement d’heure ou de novembre le mois que je déteste, et donc des insomnies, alors rien de tel qu’un petit intermède polar pour éviter de regarder le réveil toutes les cinq minutes ou presque. Je vous parle donc aujourd’hui de ce livre, avalé en une nuit…

Résumé de l’éditeur :

Une femme dans une voiture délabrée, une autoroute, un jour de grand départ. Et soudain, l’accident. Qui est la victime ? Épouse, mère, femme ordinaire ? Qu’a-t-elle fait durant les heures qui ont précédé le choc ? Pourquoi son mari a-t-il été arrêté un peu plus tôt ?

Depuis sa cellule de garde à vue, ce dernier cherche à comprendre pourquoi sa femme a pris la fuite. Que n’a-t-il pas vu, que n’a-t-il pas voulu voir derrière les « rendors-toi, tout va bien » de celle qui vivait à ses côtés ? Et si, lui aussi, avait sa part de culpabilité ?

Simples voisins, amis, parents… au cours de cette journée, ils ont croisé ceux qui allaient devenir les personnages d’un terrible fait divers. Tour à tour, ils racontent ce qu’ils savent de ce couple sans histoire ou ce qu’ils pensent en savoir. Il y a des choses inimaginables tant elles dépassent l’entendement.

Un premier roman d’une finesse psychologique remarquable, qui dit avec justesse le glissement d’une femme jusqu’à sa disparition et qui nous interroge de manière lancinante… Que sait-on de nos proches, que sait-on de ces vies que l’on frôle ?

Ce que j’en pense :

Cela commence en fanfare avec une voiture folle, et vieille de surcroit, sur l’autoroute A31, des dépassements anarchiques, jusqu’à l’accident. Nous sommes, un vendredi soir, à la fin du mois de juin.

Le même jour, 6h 45 du matin, Guillaume se rend à son bar habituel prendre son café, rituel de tous les matins avant de se rendre au travail. Surprise : les gendarmes débarquent et l’arrêtent sans lui dire pourquoi. Pour lui commence un cauchemar, des interrogatoires comme s’il avait commis un crime alors qu’il ne comprend pas de quoi on lui parle.

Pendant ce temps, son épouse Christelle qui a entendu des rumeurs à l’école quelques jours auparavant, a décidé de prendre la fuite, en douce, abandonnant au passage ses deux filles alors qu’elle devait les accompagner à une sortie scolaire. L’appel du tenancier du bar la gêne dans son désir de fuite, mais qu’importent les moyens elle s’en var, vidant le compte en banque au passage, au volant de la vieille voiture du couple.

L’auteur concentre l’action sur une journée et alterne l’interrogatoire de Guillaume, le comportement étrange de Christelle et donne la parole aussi bien aux voisins qu’à la famille et il faut reconnaître que celle de Christelle vaut le détour et permet de comprendre son fonctionnement. Je n’en dirai pas plus, car ce serait divulgâcher.

C’est une intrigue qui tient en haleine car l’auteure révèle les éléments au compte-gouttes ; on comprend très vite qu’il y a un lourd secret sur fond d’interrogatoire policier musclé, parfois à la limite de la maltraitance, il s’agit de « faire craquer le suspect » qui ne sait même pas pourquoi : perquisitions, tests ADN, témoignages des voisins, les caméras de télé notamment les chaines d’infos continues. Tout est bon pour fouiller la vie présente et passée de ce couple que l’on trouve de plus en plus étrange et mal assorti…. Quel secret peut-il bien avoir enfoui ?

Pour un premier roman, je trouve que c’est réussi et prometteur. Le titre est déjà très évocateur et donne une idée des nuits de ce couple, de leur communication et de la psychologie de chacun.

Pour un premier roman, c’est réussi, le suspense est au rendez-vous et l’intrigue qui se construit devant nos yeux tient la route et traite d’un sujet hélas d’actualité, creusant au passage la vie d’un couple, par les temps qui courent : les horaires de travail de l’époux qui mangent de plus en plus l’intimité, la routine qui fait qu’on n’échange plus tellement avec l’autre, mais est-ce qu’on le voit encore ?

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure et de passer un bon moment.

#Rendorstoitoutvabien #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Agnès Laurent est une journaliste au quotidien économique « La Tribune », elle arrive à l’hebdomadaire « L’Express » en 2011. Elle travaille d’abord en politique, puis au service société.

Férue d’actualité, elle trouve sa matière première dans les faits divers et de société.

De toutes ces bribes de vie est né son premier roman « Rendors-toi, tout va bien » (2021).

Extrait :

Autoroute A31. Elle file sur la voie du milieu. Elle gêne les véhicules les plus lents. A cause d’elle, ils ne peuvent pas doubler. Elle agace les rapides, ils ne peuvent pas se rabattre. Elle voit les appels de phares, aperçoit les parechocs qui se frôlent, elle s’en fout. Les autres ne comptent pas. Elle rouler. Vite. Loin u désastre. Elle pousse encore sa vieille voiture, elle double péniblement une petite Peugeot, la conductrice la regarde. Longtemps, avec insistance. L’a-t-elle reconnue ? Elle accélère pour la laisser loin derrière. Elle ne sent pas la voiture qui zigzague…

… Elle veut freiner. Trop tard. La voiture s’envole sur le toit, sur les roues, sur le toit, sur les roues… Des éclats de verre blessent son visage. Elle attend le choc des autres véhicules s’encastrant dans le sien. Elle a le temps de penser « mes amours » avant de perdre connaissance.

Lu en octobre 2021

« La Fraternité des Maudits, T4: l’effaceur de Jack D. Tickett

Je vous parle aujourd’hui du dernier opus de cette tétralogie qui m’a accompagnée un bon moment, dont le sous-titre « l’effaceur » en dit long. Mais, voilà, les meilleures choses ont une fin hélas :

Résumé de l’éditeur :

9 novembre 2020.

Le corps mutilé d’un médecin légiste est retrouvé dans son pavillon. Bien qu’il soit à la retraite, Simon Lanterne ne peut ignorer cette enquête. En effet, l’assassin a laissé un poème sur la scène de crime. Pour les enquêteurs, pas de doute : ce meurtre est lié à la mort du gourou de la Fraternité des Maudits.

L’inquiétude monte alors que Simon s’approche de cette organisation internationale. De douloureux évènements résonnent avec ses découvertes : la disparition irrésolue d’une fillette, et les prophéties apocalyptiques d’un artiste peintre. Ces éléments sont-ils liés ?

Dans ce quatrième tome, Jack D. Tickett nous emporte dans le sombre labyrinthe de la Fraternité des Maudits. Un roman policier puissant et réaliste.

Ce que j’en pense :

On reprend le récit en novembre 2020, avec la découverte du corps mutilé d’un médecin légiste, l’assassin lui ayant arraché un œil au passage, après s’être acharné sur sa victime. Il a laissé un poème d’Edgar Allan Poe, en évidence. Il n’en fallait pas plus à notre ami Simon Lanterne, dont la demande de mise en retraite anticipée avait été enfin acceptée, sa hiérarchie ne supportant ses méthodes, notamment ses intuitions, pour sortir de ladite retraite.

On comprend très vite que tout est lié à la fin tragique d’un membre de la fraternité qui n’a pas dû plaire à ses membres. Ce dernier, lors de leur ultime entrevue avait fait des confidences (renversantes) à Simon. Toujours est-il qu’une croisade se pointe à l’horizon, pour notre plus grand bonheur bien sûr…

Toujours est-il qu’une vieille affaire non élucidée, autour d’un tueur en série pervers-narcissique (toute ressemblance avec Fourniret serait fortuite ou non ?) refait surface et notre ami Simon va trouver Guillaume, alias le Loup des Quais, un commissaire, retraité lui-aussi et qui fut son maître, pour mettre en commun leurs recherches respectives.

Alice, quant à elle, a décidé de se spécialiser dans le profilage et effectue un stage de six mois à Quantico. Elle va être amenée à intervenir car les crimes en lien avec Edgar Allan Poe continuent sur le sol américain.

Vous l’aurez compris, ce dernier opus, sur fond d’enquête policière sur les crimes d’un nouveau poète, va viser la Fraternité des Maudits elle-même. On en apprend plus sur son fonctionnement, ses membres, tous milliardaires, et sur son dessein on ne peut plus funeste. Le titre « L’effaceur » laisse supposer un loup dans la bergerie…

J’ai bien aimé l’enquête en elle-même, retrouver les dessins prémonitoires du nécromancien Cédric (une fresque qui recouvre les murs de sa chambre cette fois-ci !).

On fait plus ample connaissance dans ce dernier opus avec les parents de Thimotée…

Dans ce quatrième opus, Jack D. Tickett nous propose une étude approfondie qui tient la route quand on connaît le Bouddhisme de près) : il passe en revue les écoles, petit, grand véhicule et le véhicule du diamant (bouddhisme tibétain), les théories, la souffrance et ses causes, les moyens pour en comprendre la nature et l’Eveil, en passant par les sûtras, le Nirvana, la roue du Dharma … Pour cela il utilise une conversation entre le policier ami de Simon, qui pratique le Theravada et le père de Thimotée, qui pratique le vajrayana…

Jack D. Tickett s’en prend au passage à l’ultra-libéralisme et ses dérives, au besoin des gens d’avoir des idoles à admirer, à défaut de Dieux auxquels ils ne croient plus, et ces nouvelles idoles ayant des moyens financiers, informatiques et autres que l’on n’imagine même pas sont prêts à jouer les Cavaliers de l’Apocalypse, nouveau cru…

J’ai beaucoup aimé cette tétralogie, ce qu’elle dit de notre monde actuel, de la maison qui brûle alors que nous regardons ailleurs et ce que certains milliardaires peuvent envisager de faire pour sauver leur peau. J’apprécie tous les membres de cette équipe car ils n’ont rien du « flic idéal sans peur et sans reproche » mais ont leurs faiblesses ce qui les rend particulièrement attachants.

J’ai essayé de ne rien divulgâcher, ou le moins possible, car j’ai envie de vous inciter à cette lecture, mais ce n’est pas toujours simple. Fort heureusement, je peux me « répandre » sur les réflexions générales qui sont toujours aussi nombreuses.

Il va sans dire que j’ai fait durer le plaisir pour ce dernier tome, car je n’avais pas du tout envie que cela se termine… Il semblerait que le T1 soit disponible, version papier, et donc probablement un jour toute la tétralogie en version poche pour le plaisir de s’y replonger et retrouver plus facilement certaines analyses et les textes des poètes…

Encore un très grand merci à NetGalley et aux éditions Librinova qui m’ont permis de suivre cette aventure: une très belle découverte.

#LaFraternitédesMauditsIV #NetGalleyFrance

9/10

Biographe de l’auteur selon Librinova:

Jack D. Tickett est une suite de un et de zéro. Il n’est pas fait de chair et d’os. Son existence est purement virtuelle. Il est un avatar. 

La raison de sa naissance demeure, comme toute autre naissance, un mystère. Seule certitude, il raconte des histoires et, grâce au soutien des équipes de son éditeur, ces récits prennent pied dans la réalité sous forme de livres en version papier et numérique. 

Ces apparitions en lignes sont tout ce qui importe. Elles ont pour unique objectif de divertir des lecteurs. Au fond, Jack D. Tickett n’est que cet espoir qu’elles y parviennent. 

Extraits :

Elle (l’opinion publique) lui (Abel Cassel) vouait, soit une admiration dans bornes, tel le crapaud mort d’amour pour sa princesse, soit une viscérale aversion, bien en ligne avec les idées préconçues enracinés dans la culture française qui veut que l’entreprise et la réussite soient l’œuvre du démon.

Il y a les sorciers envoûteurs, comme l’est Youssouf, comme le sera bientôt Cissou. Ils sont beaucoup plus rares. Ils font office de passeur, comme Charon sur sa barque navigue dans les méandres de l’Achéron.

Qu’on le nomme flair pour un enquêteur, intuition pour un scientifique, inspiration pour un artisan ou génie pour un artiste, tous expérimentent cette même étincelle, celle qui fait jaillir une idée, esquisse une direction.

Dans ce monde ravagé par les excès d’un libéralisme sans garde-barrière, inexorablement, les démocraties s’affaiblissaient au profit de quelques gigantesques conglomérats privés, refoulant peu à peu ces grands états démocratiques, leur gouvernement et leur administration au rang de simple gratte-papier, tamponnant des autorisations à la distribution et à la vente de tel ou tel produit.

Tous les phénomènes physiques, émotionnes et mentaux, y compris et surtout l’attachement que l’on peut leur porter, sont impermanents, soit la notion de Anica en pali, et n’ont pas d’identité propre ou de signification hors de son contexte, soit la notion de Anatta en pali. Ducca, Anatta et Anicca constituent les trois caractéristiques de l’existence.

L’illusion de notre existence relative telle que nous la percevons est si parfaite que nous détectons une contradiction là où il n’y en a pas.

La symbolique des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse avait agi sur Prométhée et ses neuf compagnons de l’époque comme une illumination divine, tombée directement Ciel. Les Cavaliers, évidemment, étaient leur solution. Pour sauver l’humanité de la destruction, il fallait éliminer au plus vite une bonne partie de cette dernière…

 Pour le plaisir, un petit échange savoureux entre le Pape et Pietro, son ordonnanceur à propos du refus de Trump à admettre sa défaite aux élections :

  • C’est un sale mioche de quatre ans à peine, mal élevé et cabochard, à qui on vient de retirer sa tétine. Il fait sa petite crise et casse tout ce qui lui passe entre les mains.

  • Quatre ans, tu es bien généreux Pietro !

Le pape plonge dans une intense réflexion que Pietro hésite à troubler. Il attend que le Saint-Père en termine.

  • Je ne veux pas être celui qui lui offre l’opportunité de déclarer la loi martiale et qu’il parvienne à se maintenir au pouvoir illégitimement.

L’humanité est viscéralement idolâtre, elle a besoin de modèle. Elle ne sait pas vivre sans admirer, sans prier, sans espérer. Puisque de Dieux, il n’y a plus, elle les a remplacés par d’autres. Ce sont des symboles de réussite. Ils sont beaux, ils sont riches, ils sont heureux. L’humanité a érigé de nouvelles idoles, en les choisissant dans son sein.

Lu en octobre 2021

« La Fraternité des Maudits: T3 L’exécuteur » de James D. Tickett

Je vous parle aujourd’hui du troisième opus de « La Fraternité des Maudits », alias « L’exécuteur » choisi sur NetGalley, celui-ci :

Résumé de l’éditeur :

L’heure de l’affrontement entre Simon Lanterne, commissaire de la PJ en détachement à la DGSI, et Dante, le chef de la Fraternité des Maudits, une organisation criminelle œuvrant sur le territoire français depuis des mois, a enfin sonné. Assisté de son fidèle adjoint, Cissou Mokono marabout à Bobigny, et de son colocataire, Timothée Schneiss, hacker de renommée mondiale, Simon connaît déjà la véritable identité de Dante mais entre ce qu’il sait et ce qu’il peut prouver, il y a une marge qu’il doit combler. Simon doit engager les grandes manœuvres pour parvenir à ses fins. Dante est un adversaire redoutable, disposant d’appuis puissants et de ressources insoupçonnées.

Alice Mariotti, ancienne subordonnée de Simon Lanterne à la PJ, poursuit sa quête de vérité sur la mort de son père, impliqué dans le vol d’un incunable inestimable de Dante Alighieri aux archives du Vatican. Alors qu’elle effectue un voyage à Rome pour confondre le Cardinal Di Stephano, responsable des archives du Saint-Siège, elle fait la rencontre d’un mystérieux prêtre, émissaire spécial du pape. Elle cherche la vérité, il veut récupérer le livre.

Sans le savoir, tous sont à la poursuite du même homme, insaisissable. Ils doivent unir leurs forces pour percer le mystère de Dante. Mais est-ce seulement possible ?

Ce que j’en pense :

Dans ce troisième opus, on retrouve bien sûr notre fine équipe, avec un retour intéressant sur Darius Callès et ses magouilles en tous genres : trafic d’armes, de drogues, mais aussi son passage par l’Afghanistan, qui nous vaut une analyse de la situation de ce pays, au gré des présidents américains qui se sont succédés, dans un prologue ma foi très intéressant sur le plan historique, géopolitique. Sans oublier, la CIA qui a la mainmise sur tout y compris les présidents des USA.

On retrouve Simon Lanterne avec un immense plaisir, dans un autre placard, car ses méthodes gênent trop en ahu-lieu (le ministère évidemment !). Son enquête va le mener, en collaboration avec l’inspecteur Fox, Outre-manche sur les traces de nouveaux tueurs, ce qui nous vaut une promenade avec le poète, Percy Shelley, l’époux de Mary, Keats, John Milton et Byron avec toujours des extraits… Mais, on en profite pour faire un peu d’Histoire, car les individus sont masqués, à l’effigie d’un révolutionnaire catholique, mort en 1606 ! et faire le tour du Brexit au passage, via les Lords, les Tories et UKIP…

De son côté, Alice cherche à tout prix à prouver que son père a été assassiné après le vol de l’incunable de Dante, ce qui l’emmène jusqu’au Vatican, vers l’énigmatique cardinal avec entrée en scène de l’ordonnanceur du Pape. Et oui, François veut remettre la main sur le fameux incunable.

On retrouve Cédric, le « sorcier blanc », ou nécromancien comme on voudra, car ses dessins prémonitoires sont toujours au rendez-vous… Le récit colle à la réalité, car on nage en plein COVID, confinement, déconfinement-reconfinement…

L’auteur, IA ou non, fait la part belle à Internet et ses dérives, le darknet, le codage, l’emprise des GAFA, le fléau des réseaux sociaux, les dérives en tout genre. Le seul bémol, dans ce récit, c’est la lecture de toute la théorie sur l’informatique, les termes techniques, alors j’ai un peu zappé, car mes connaissances sont relativement limitées, mais cela va sûrement plaire aux lecteurs branchés…

J’ai bien aimé, entrer dans l’obscur (pour moi) domaine des sorciers vaudous, les sorciers blancs et aussi les sorciers noirs et leurs pouvoirs de nuisance ainsi que la nécromancie ; vous l’aurez compris il est beaucoup question de « connexions » (internet, esprits) dans cet opus.

Je n’en dirai pas plus, suspense oblige, si ce n’est que j’ai lu ce T3 avec autant d’appétit que les deux premiers, car beaucoup de rebondissements, notamment dans l’organisation le les membres de cette maudite fraternité.

Le piège se resserre autour de Dante, qui se cache derrière lui, mais il faut des preuves et le moins que l’on puisse dire est qu’il est aussi rusé, qu’intelligent et maléfique. Ses méthodes pour supprimer les gêneurs sont sans limites, barbouzes à la clé, comme en témoignera un « accident d’avion » qui s’apparente au terrorisme.

Je commence à redouter le moment où tout cela va se terminer, il n’y a plus qu’un tome…

Un immense merci à Netgalley et aux éditions Librinova qui m’ont permis de découvrir cette tétralogie passionnante. Certes, on pouvait l’aborder par ce T3, mais c’était trop frustrant malgré les prologues et les rappels, tout ce qui unit les protagonistes entre eux, échappant en partie au lecteur. Les enquêtes policières basées sur les poètes ne sont qu’une partie émergée du récit.

#LaFraternitédesmauditsIII #NetGalleyFrance

9/10

Extraits :

Les soldats invincibles d’Alexandre le Grand, les légions puissantes de Rome, les divisions des armées impériales chinoises, les glorieuses troupes de cavaliers mongols, tous se sont cassés les dents sur les rochers afghans. Notre homme connaît son Histoire sur le bout des doigts. Elle se répète obstinément car l’humanité oublie autant qu’elle s’oublie sur son parcours existentiel.

Darius Callès est en apparence un respectable négociant français en fruits et légumes, basé dans l’océan indien sur l’Ile idyllique de la Réunion. Pour autant, les choux et les papayes, il gère à temps partiel. Officieusement, il est un trafiquant d’armes ou marchand de mort, selon les jugements plus ou moins réprobateurs portés sur sa personne. C’est cette facette du personnage qui intéresse plus particulièrement les chefs de guerre afghans…

Comme des métastases, le cancer de l’incompréhension a dépassé le seul différend sur le suicide de Amedeo et a peu à peu pollué leur relation en intégralité. Elles sont devenues presque deux étrangères.

Camille Guillemot est une magistrate devenue juge d’instruction par idéalisme. Elle place le Droit au-dessus de tout alors la DGSI et ses activités secrètes, c’est une zone douloureuse de non-droit au beau milieu de sa République.

Ce sont toujours les vainqueurs qui écrivent l’Histoire. Tout ou presque peut se justifier. Et quand bien même ce serait injustifiable, les faits peuvent toujours être interprétés à la gloire des vainqueurs, ou tout simplement oblitérés, effacés si besoin est.

Les sorciers sont comme le personnage antique de Charon à bord de sa barque, ce passeur d’âmes traversant l’Achéron de la rive du monde des vivants à celle du monde des morts…

…Les sorciers veillent à l’équilibre du Bien et du Mal entre les deux rives. Le premier et le deuxième monde sont de même nature, leur matière commune les composant est humaine.

Ce masque est à l’effigie de Guy Fawkes, un révolutionnaire catholique anglais, mort en 1606. C’est le protagoniste de la Conspiration des Poudres, ayant tenté de faire exploser la Chambre des Lords dans le palais de Westminster en novembre 1605, le 5 exactement, la date est entrée dans notre histoire. Guy Fawkes voulait renverse le roi protestant Jacques 1er et rétablir un roi catholique sur le trône…

… La nébuleuses Anonymus a avantageusement repris ce symbole et a contribué largement à entretenir sa renommée.

Le nécromancien a la faculté de se connecter indifféremment aux esprits des vivants et des morts. Il apprend du passé. De cette faculté, il tire un grand savoir. Il peut alors prédire l’avenir. C’est pourquoi il est si difficile de communiquer avec lui par la parole.

Lu en septembre-octobre 2021

« La fraternité des Maudits: l’encodeur » de Jack T. Tickett

Je vous parle aujourd’hui du deuxième opus de « La Fraternité des Maudits » consacré à « L’Encodeur » :

Résumé de l’éditeur :

Six mois ont passé depuis l’arrestation de Citon, l’éclaireur. La section de recherches à la PJ parisienne de Simon Lanterne a été entièrement démantelée après le suicide de l’éclaireur pendant sa garde à vue. Confiné entre son nouveau bureau à la DGSI et son appartement de l’avenue de Clichy, Simon Lanterne est assigné à la traque des chefs de la Fraternité des Maudits, Dante et Virgile, mais jusqu’ici ses efforts sont restés vains. Simon sait que le frère suivant est en approche, qu’il est même très certainement déjà passé à l’action. Le deuxième frère a pour nom de code Lunaval et son poète maudit de référence est le Comte de Lautréamont. Les chants de Maldoror toujours à portée de main, Simon se morfond du fond de sa bibliothèque depuis des semaines, impuissant.


Lorsque son ancienne subordonnée, Alice Mariotti, lui passe un petit coup de fil le 4 juin du théâtre d’un nouveau crime, Simon sait immédiatement que le coupable est Lunaval. À mesure que les crimes de celui-ci se multiplient, les enquêteurs découvrent que le meurtrier laisse derrière lui un message codé. Lunaval pourrait bien être celui qui offrira à Simon les têtes de la Fraternité sur un plateau, pour peu que l’agent parvienne à résoudre l’énigme chiffrée laissée par l’encodeur à son intention sur les corps de ses victimes.

Ce que j’en pense :

Après la mort de Citon, le premier frère de la « Fraternité des Maudits », on voit apparaître le suivant (dont on a fait la connaissance rapidement dans le T1 car il donne un coup de main pour un des crimes (l’enlèvement de la Substitut du procureur) ; il s’agit de Lunaval, obsédé, lui par Lautréamont, et qui semble se cacher sous l’identité de Virgile…

Un enfant est retrouvé à l’endroit de la sortie de scène de Citon, il a été frappé, des os brisés, cachectique, donc pas près de remarcher un jour. Bizarrement, il refuse de parler de son bourreau, syndrome de Stockholm probable. Mais, est-ce le premier en date ? D’autres crimes odieux vont suivre, une partie pour la jouissance de Lunaval, une pour Dante Abel bien-sûr.

Simon Lanterne a été muté à la DGSI, avec Cissu, Thimotée, alias Geronimo, hacker de haut vol toujours sous surveillance, et Alice a rejoint l’équipe du commissaire Rivelli. Les choses ne sont pas plus simples pour autant pour Simon car son supérieur, comme le préfet n’attendent qu’une seule chose, la petite erreur qui leur permettra de se débarrasser de lui.

On va en apprendre davantage sur Dante, sur l’empire d’Abel Cassel aux identités multiples et au passé trouble qui a créé de toutes pièces « Avatar » équivalent français de Facebook…

On vient juste de sortir du premier confinement, ce qui donne une réflexion au passage sur la société française actuelle, avec en toile de fond le harcèlement scolaire.

Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue, sinon cela ne vous donnera plus envie de lire cette tétralogie. Je vais préciser quand même que le final est une apothéose !

J’ai eu du plaisir à retrouver Cédric, le frère autiste de Citon, hospitalisé depuis des années dans un institut qui traduit ses prémonitions en dessins à l’encre de Chine et joue un rôle récurrent dans l’enquête.

L’auteur nous livre des réflexions sur les réseaux sociaux et les « fake news », sur la 5e République ou encore sur la montée des nationalismes. L’auteur fouille dans ce tome 2 l’histoire familiale d’Alice dont le père, expert en art est censé s’être suicider en se jetant du haut des arènes de Nîmes, après avoir expertisé pour un particulier, un trafiquant d’armes et de stupéfiant, Darius Callès, un incunable de Dante, un « Enfer » datant des années 1330 1335.

Fidèle à sa méthode il nous propose également une approche particulière de Lautréamont, sa vie, son œuvre, sa mort…

J’ai bien aimé, outre les Chants de Maldoror de Lautréamont (que je connaissais peu et que je n’ai pas trop envie d’explorer vus les extraits proposés), les références à l’Iliade et l’Odyssée, ou encore L’Enéide » que Simon pousse Cissou à lire et dont il va utiliser la mémoire prodigieuse pour se repérer dans les messages laissés par le tueur.

L’orthographe et la grammaire sont parfois douteuses et voici un exemple savoureux :

« C’est très sérieux Thomas. Quand on voit l’usage qui ait fait du cas Maldoror, imaginez ce qui pourrait être fait avec la Fraternité. »

Un grand merci à Mathieu et aux éditions Librinova qui m’ont permis de poursuivre l’aventure avec ce T2 dont la lecture a été vraiment un plaisir et la chronique plutôt difficile, car il est important de divulguer le minimum de choses pour entretenir le suspense et donner envie de se plonger dans cette lecture…

8/10

Extraits :

L’imprévu confère à la tournure d’esprit cet aspect sinueux, improbable. Il offre souvent un parcours tourmenté à ceux qui osent cette aventure. Simon s’est lentement fait à la forme particulière de son esprit d’enquêteur, qu’il a acquise, il ne saurait trop dire comment…

Quand la vie d’un meurtrier s’éteint, quelle qu’en soit la manière, il ne reste que des ruines et des tombes sur son passage. Il n’intéresse plus personne, hormis quelques rares flics comme Simon qui ont travaillé sur son cas et les familles des victimes, marquées à jamais. Les juges classent le dossier de cet indésirable et renoncent à prononcer un avis…

Le Second Empire n’est pas ce qu’on peut appeler un régime très ouvert en ce qui concerne les arts et les lettres. Flaubert, Sue et Baudelaire ont été poursuivis en justice pour écrits immoraux et je ne te parle pas de Hugo qui vivait en exil dans les iles anglo-normandes et qui appelait l’empereur, Napoléon le petit. Je te laisse imaginer dans quelle catégorie a été positionné Lautréamont avec ses Chants par la censure impériale…

C’est le grand paradoxe de cette révolution numérique. Le monde n’a jamais échangé autant d’informations à la minute et pourtant, l’être humain a rarement été aussi mal informé depuis l’invention de l’imprimerie. L’abondance de biens a créé cette famine. La véritable information se noie régulièrement dans des tissus de mensonges, des vérités alternatives, des théories complotistes, des affirmations révisionnistes, des rumeurs construites de toutes pièces…

Avec Internet, on a tout juste réinventé le Far West, le flingue à la main et la justice expéditive sans tribunal, le shérif en moins…

Mais que voulez-vous, en des temps aussi troublés, où la peur de l’avenir prédomine, l’être humain a pour réflexe de se recroqueviller, et il tend à réduire l’universel à la nationalité. L’homme de Vitruve a fait les frais de cette tentative d’appropriation du génie de Léonard par des fiévreux contemporains en quête de symbolisme identitaire.

Ce nouveau siècle est un cap évolutif, le genre que beaucoup d’espèces ont rencontré avant elle. Soit elle parvient à évoluer, à s’adapter, soit il n’y aura pas de vingt-deuxième siècle. L’humanité a la nécessité de se dépasser, elle a besoin pour y arriver d’une sorte de transcendance. Cela passe par de l’unité devant l’adversité, de la solidarité dans l’effort, de la constance et du respect pour l’objectif commun visé…

L’instinct de préservation règne en maître sur tous les êtres urbanisés car il convient de parvenir intact au prochain entretien, au prochain rendez-vous et si possible à l’heure. L’homo sapiens sapiens sapiens, troisième du nom, un cerveau et des idées, débarrassé des sens, prêt à sa parfaite numérisation, la prochaine étape de son évolution.

Il n’y a pas grand-chose à faire contre l’espoir. Il n’y a pas de vaccin, pas de traitements efficaces connus. L’espoir ne fait pas vivre, il tue régulièrement. Il donne cette force de braver la mort, parce qu’il n’y a que la mort pour y mettre fin.

Lu en septembre 2021

« Nous étions les reines » de Laurie Elizabeth Flynn

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, choisi pour me permettre de respirer un peu, car mes dernières lectures ont été souvent des coups de cœur (certaines chroniques sont encore à venir) et voilà ce qu’il advint de ladite expérience…

Résumé de l’éditeur :

QUATORZE ANS PLUS TÔT, LEURS JEUX PERVERS ONT BRISÉ DES VIES. AUJOURD’HUI, C’EST À ELLES DE RENDRE DES COMPTES.

À leur retour sur le campus, dix ans après l’avoir quitté, deux anciennes amies de fac réalisent que quelqu’un cherche à se venger de ce qu’elles y ont fait à l’époque – et que cette personne ne reculera devant rien pour arriver à ses fins.

Un thriller psychologique aussi subtil qu’efficace sur l’ambition, les amitiés toxiques et les désirs mortels. Un premier roman impressionnant et magistral.

Depuis qu’Ambrosia Wellington a quitté la fac, elle s’est donnée beaucoup de mal pour s’inventer une nouvelle vie et laisser le passé derrière elle. Lorsqu’elle reçoit un mail l’invitant à la célébration des dix ans de sa promo, son instinct la pousse d’abord à refuser. Jusqu’à ce qu’arrive un étrange message anonyme :  » Nous devons parler de ce que nous avons fait cette nuit-là. « 

Les secrets qu’Ambrosia pensait enfouis ne le sont pas. Quelqu’un sait. Quelqu’un sait que l’amitié entre Ambrosia et l’extravagante Sloane « Sully’ Sullivan les a poussées à jouer à des jeux de séduction de plus en plus troubles, de plus en plus pervers. Mais comment résister au charme vénéneux de Sully, capable de faire faire ce qu’elle voulait à toutes celles et tous ceux que ce charme envoûtait ?

De retour sur le campus, assaillies par les souvenirs et par les remords, Ambrosia et Sully reçoivent des messages de plus en plus menaçants. Celui ou celle qui les écrit ne cherche pas seulement à connaître la vérité, mais à se venger. À se venger de ce que les deux filles ont fait à l’époque, et dont Ambrosia réalise enfin toute la cruauté.

Alternant entre le récit du premier semestre d’Ambrosia sur le campus et celui de son retour quatorze ans plus tard, Nous étions les reines mêle thriller, tragédie, trouble et trahison pour décrire avec brio la brutalité et la perversité des jeux amoureux et la cruauté des jeunes filles entre elles, à un âge où l’on ne réalise pas qu’il n’y a parfois qu’un souffle ténu entre l’amour et la mort.

Ce que j’en pense :

Ambrosia Wellington, mariée à Adrian, couple improbable, reçoit une invitation pour célébrer les dix ans de la promotion à l’université. Or, il s’est passé quelque chose comme le dit si bien le résumé !!!! et elle craint le retour de la vengeance…

Dès les premiers chapitres, malgré l’alternance présent-passé (quatorze ans plus tôt), j’ai vraiment fait des efforts pour m’accrocher, mais il règne un tel degré de perversité, perversion ne sait même plus quel terme employé chez Amb et son amie Sloane, alias Sully, sur fond de sexualité débridée, malsaine que…. Il m’est tombé des mains.

En gros, c’est sexe pur et dur, langage cru, mettre le grappin sur le compagnon d’une autre, sans vergogne, le tout sur fond d’alcool et de joints, puis cocaïne.

Trop c’est trop, nausées permanentes, ces filles feraient bon ménage avec tous les mecs tordus, style Weinstein, Epstein et comparses… j’avais déjà des nausées XXL à cause d’une intolérance à un antalgique alors, pas eu envie d’insister, ni même savoir qui s’était réellement passé quatorze ans auparavant… On se demande en quoi consistent les études supérieures aux USA…

Je m’attendais à un thriller, et je me suis retrouvée dans une quatrième ou cinquième dimension… certes, c’est le premier livre de l’auteure et elle trouvera probablement son public…

Le résumé de l’éditeur, en dit trop, et j’aurais dû m’en tenir à sa lecture…. Je préfère encore entendre Goebbels pérorer sur l’utilisation de la musique, à des fins de propagande que cette soit disant « lecture détente ». Je vais m’empresser de l’oublier…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thriller qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure qui visiblement n’est pas pour moi…

#Nousétionslesreines #NetGalleyFrance

Tombé des mains ou plutôt jeté contre le mur mais j’aurais abîmé ma liseuse et c’eût été fort dommage.

Extraits :

Un jour, un poing s’est refermé sur notre monde, en expulsant toute lumière. Cette scène de carnage à laquelle nous avons assisté, massés devant notre résidence universitaire, nous l’avions couvée en notre sein. Une pulsion de destruction qui a anéanti notre capacité de création. P 2

C’était ça, Wesleyan, une université toujours prête à sauver le monde, mais remplie de filles qui ne pouvaient pas se sauver elles-mêmes.

De toute façon, a continué Sully, on est toutes les mêmes pour eux. On a le même corps. C’est ce qu’on fait avec qui compte. Pourquoi tu penses qu’ils sont si nombreux à céder à la tentation ? Pourquoi tu crois que les enterrements de vie de garçon génèrent, genre, des milliards de dollars ? C’est une industrie qui repose sur l’idée que presque tous les hommes vont tromper leur copine à un moment ou un autre…

Abandonné en septembre 2021