Publié dans Littérature française, Thriller

« Hysteria » de Beth Draven

Après avoir été conquise par « L’oubliée » de Florian Dennisson, j’ai eu envie de tenter à nouveau ma chance avec les éditions « Chambre Noire » avec ce roman dont le titre a immédiatement attiré mon attention ainsi que la belle couverture d’ailleurs :

Résumé de l’éditeur :

Seattle. Parc Kerry. Une jeune femme se réveille sans aucun souvenir. Elle en a oublié jusqu’à son propre nom et la raison pour laquelle elle est couverte de sang, ni même à qui il appartient…

Recueillie à l’hôpital, madame X trouve son seul allié en la personne de l’étrange Dr Scott, un neurologue du service de psychiatrie qui semble pourtant ne plus avoir le droit d’exercer.

Quand la police tente d’enquêter sur les circonstances troublantes de sa découverte, l’un des hommes les plus puissants de la ville lui rend enfin son identité en clamant être son mari. Pourtant, de nombreuses zones d’ombres demeurent et des images pleines de violence refont soudain surface et assaillent son esprit.

Simples cauchemars ou souvenirs réels ?

Ce que j’en pense :

Une jeune femme erre, hagarde, couverte de sang dans le parc Perry à Seattle. Un joggeur s’arrête et tente de l’aider et d’appeler les secours. Elle a complétement perdu la mémoire, jusqu’à son nom. A l’hôpital, elle est examinée par plusieurs médecins, dont un dénué de toute empathie la traite de haut, alors que le docteur Scott, neurologue, la prend au sérieux, mais il est hanté par ses démons et a sombré dans l’alcoolisme après une « erreur médicale » qui l’a envoyé pratiquement au placard.

Après avoir subi des examens qui ont conduit au diagnostic d’amnésie rétrograde, le Dr Scott consent finalement à la prendre en charge alors que son collègue veut l’envoyer dans un foyer car elle est forcément sans papiers ou cas social et aux USA on est soigné uniquement si on peut payer ! il l’appelle « Madame X » c’est plus simple n’est-ce pas ?

Un homme surgit et explique que c’est sa femme, donc Olivia Reeds. Étant donné qu’il possède la moitié de Seattle et qu’il est richissime, cela change les choses évidemment.

La police fait son entrée en scène, avec l’inspecteur Ted Warren accompagné de son coéquipier, car Olivia était couverte de sang, donc il y a forcément un cadavre quelque part.

On va suivre l’évolution d’Olivia, son retour à la maison, la relation qui se met en place avec son époux Bradley Reeds : est-elle amoureuse de lui, est-il dangereux ou sincère dans les sentiments qu’il dit ressentir pour elle ? Qui est-elle vraiment ?

Elle va être aidée dans sa quête d’identité par le Dr Daniel Scott qui n’a plus aucune estime de lui-même, et les scènes décrivant son éthylisme sont parfaitement décrites et m’ont fait penser aux scènes de delirium tremens dont est victime le personnage incarné par Yves Montand et dont j’ai oublié le nom dans « le cercle rouge » qui voit des insectes partout !

L’inspecteur Warren qui suspecte une simulation ne la lâche pas d’une semelle alors que Brad essaie de la protéger, n’est pas au bout de ses surprises. Mais chut ! ne divulgâchons pas !

Ce thriller est passionnant, il m’a été impossible de le lâcher, car il y a beaucoup de rebondissements. Beth Draven explore à merveille l’amnésie, la simulation, la maladie mentale, les cauchemars terribles que fait Olivia, réminiscences du passé qui veut revenir ou simplement reflets de son désarroi ?

Beth Draven multiplie les rebondissements dans ce thriller, en explorant au passage, l’enfance brisée, la violence dans les familles, la haine, les dégâts que cela entraîne plus tard et également la capacité ou non de résilience de l’être humain. La relation de confiance qui s’installe entre le Dr Daniel Scott et Olivia Reeds peut-elle les aider tous les deux à reprendre leur vie en mains.

J’ai beaucoup aimé ce roman, je me suis retrouvée dans un univers que j’aime particulièrement, la maladie mentale, et cette enquête bien menée, pleine de surprises m’a donné envie de lire sa trilogie « Stalking ». Je ne connaissais pas les éditions Chambre Noire,   je les ai découvertes avec un autre de leurs auteurs Florian Dennisson.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Chambre Noire qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#bethdraven #NetGalleyFrance

8,5/10

Pour demain, je vous réserve un roman magnifique et j’espère que ma chronique sera à la hauteur…

L’auteure :

Beth Draven, lilloise de 37 ans, maman de deux petites filles, travaille également dans le secteur public où elle est spécialisée dans la gestion des relations sociales.

Passionnée depuis l’enfance par l’écriture, elle a acquis au fil des années toute la discipline, la rigueur et l’équilibre créatif nécessaires à l’achèvement de sa première série : « Stalking » composée de trois romans publiés en 2018.

Extraits :

Daniel sourit, et se surprend lui-même de cette réaction : cela fait si longtemps qu’il ne se l’autorise plus. Il marque à la hâte quelques informations sur « mademoiselle ». Il s’étonne de retrouver aussi facilement ses réflexes d’antan, comme s’il était toujours le bon docteur qu’il a été. Seuls ses mains qui tremblent et ses yeux qui piquent lui rappellent sournoisement qu’il n’a du médecin que le titre ; il n’est plus rien, rien qu’un déchet ambulant…

Mon cœur tambourine à l’approche de la grande révélation, quelle étrange sensation que d’être sur le point de découvrir son propre reflet. Et si j’étais affreuse, repoussante ? Cela expliquerait pourquoi j’attends en vain la venue d’un proche.

Un air candide et réservé est peint sur mon visage et inspire immédiatement de la bonté, pourtant je ne me sens pas intérieurement vertueuse et cette impression me décontenance…

Daniel sourit, bien que légèrement amer, car durant des siècles, des patients victimes d’amnésie ont été systématiquement diagnostiqués hystériques, recevant ensuite pendant des mois des doses importantes de psychotropes, provoquant souvent des dégâts irréversibles pour leur cerveau. Heureusement, aujourd’hui, les progrès de la science permettent de mieux comprendre les mécanismes déclenchant la perte de mémoire et afin d’éviter de véritables drames…

Personne ne peut comprendre tant qu’il n’a pas été confronté à une mort certaine. L’instinct de survie se développe et il ne lâche rien, il se bat, se fout des règles, des conséquences. Cette force qui surgit au fond de vous ne veut juste pas mourir.

Les enfants de psychopathes sont-ils condamnés à répéter les mêmes erreurs que leurs parents ?

Lu en juillet 2021

Publié dans Littérature Australienne, Thriller

« Les Survivants » de Jane Harper

Après mon escale américaine, j’ai embarqué pour l’Australie, pays fascinant, pour retrouver une auteure que j’aime particulièrement :

Résumé de l’éditeur :

Kieran Elliott, trentenaire vivant à Sidney, retourne en basse saison dans sa ville natale d’Evelyn Bay, minuscule station balnéaire de Tasmanie. Ce court séjour familial fait aussitôt resurgir des souvenirs douloureux : douze ans plus tôt, à cause d’une aventure peu prudente en mer avec sa meilleure amie Olivia, deux hommes venant à leur secours ont disparu dans les flots. Depuis ce drame, de nombreux autochtones se méfient de Kieran.


À peine est-il de retour que le cadavre d’une jeune femme est retrouvé sur la plage : la colocataire d’Olivia. Tous les regards se braquent sur Kieran. Est-il un bon père de famille qui a la malchance de subir les médisances d’une petite communauté recluse ? Ou est-il vraiment un sale type ? Bientôt, la vérité éclatera au grand jour…


Dans un décor australien à couper le souffle, aussi idyllique que menaçant, Jane Harper prouve à nouveau son immense talent pour magnifiquement ficeler des intrigues et des nœuds familiaux, tout en faisant jouer à la nature sauvage un rôle primordial.

Ce que j’en pense :

Keiran est revenu chez ses parents à Evelyn Bay qu’il a quitté, à la suite d’un drame douze ans plus tôt. Sa mère est plongée dans les cartons pour déménager, son père atteint d’une maladie d’Alzheimer, tente de donner un coup de main, mais il vaut mieux le tenir à distance car il pose un sachet de thé prévu pour la poubelle dans un carton contenant des pulls par exemple.

Il ne tenait pas trop à revenir, car un drame s’est produit, il y a douze ans, alors qu’il flirtait dans les grottes sur la plage, avec Olivia. Une tempête s’est levée, il s’en est sorti de justesse, mais deux personnes, son frère Finn et son ami y ont laissé leur vie, leur bateau s’est échoué tandis qu’ils essayaient de lui porter secours.

Finn était le fils préféré des parents, et on a bien fait comprendre à Keiran qu’il était responsable de leurs morts par son imprudence. Il a quitté la ville pour prendre de la distance et tenter de vivre avec sa culpabilité, repris des études et a épousé Mia, qui était ado à l’époque du drame. Ils viennent d’avoir une petite fille Ashley. Il sait très bien que ce retour ne va se passer au mieux, mais il faut bien s’occuper un peu du père.

Pendant cette tempête, une ado de quatorze ans, Gabby, l’amie de Mia a mystérieusement disparu, mais son sac à dos ayant été rejeté par la mer, les recherches se sont arrêtées là autrefois, ce que sa mère n’a jamais accepté, et cherche des réponses.

A peine Kieran a-t-il mis les pieds à Evelyn Bay, mal accueilli par les habitants de la communauté d’ailleurs, que Bronte, une jeune serveuse du bar-restaurant, le Surf & Turf, où tout le monde se retrouve, et colocataire d’Olivia, est retrouvée morte sur la plage. Tous les fantômes vont se réveiller, chacun suspectant l’autre, et le suspense grimpe en flèche.

La plage et les grottes (qui depuis sont interdites d’accès) sont sous la surveillance d’une immense sculpture « Les Survivants », érigée en mémoire des personnes qui ont été englouties lors du naufrage du Mary Minerva censée être visible en mer comme sur terre et tout le temps !

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui renferme des non-dits, secrets de famille, des choses qu’on pense enfouies et qui ressurgissent avec ce nouveau meurtre. On découvre des personnages intéressants, tel Ash qui se désole de voir la maison de sa grand-mère et surtout son jardin qu’il avait mis du temps à aménager, qui appartient maintenant à un célèbre écrivain, lequel fait un nettoyage par le vide pour mieux se l’approprier, ou encore Sean et son entreprise de plongée sous-marine qui veille jalousement sur son neveu Liam, dont le père a disparu avec Finn lors de la tempête…

Une scène, en particulier, est touchante : la mère de Gabby jetant un sac à dos rempli de cailloux, du sommet de la falaise, à l’endroit où sa fille a été vue pour la dernière fois, pour voir s’il va être ramené vers la plage, comme est censé l’avoir fait le fameux sac il y a douze ans, à la recherche de la vérité qui lui a été volée, puisque l’enquête a été arrêtée. Peut-on s’arrêter d’espérer quand on ne retrouve jamais le corps de son enfant ?

Le décor est fabuleux bien-sûr, et j’ai eu tellement de plaisir à retrouver l’Australie, plus précisément, la Tasmanie, j’avais des images plein la tête en refermant ce roman bien ficelé.

Je suis tombée sous le charme de Jane Harper avec « Canicule », découvert grâce à Lydia, et depuis, chaque fois que je vois passer un nouveau roman, je fonce ; seul « Sauvage » m’a échappé par inadvertance, simplement parce que je ne l’ai pas vu lors de la parution ! mais je vais bientôt réparer cette erreur…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume d’une auteure que j’apprécie particulièrement.

#Lessurvivants #NetGalleyFrance

8,5/10

L’auteure :

Jane Harper vit à Melbourne. Elle a longtemps été journaliste pour la presse écrite, en Australie et au Royaume-Uni. Son premier roman, Canicule, adapté au cinéma, encensé par la presse et comblé de prix (dont le Prix des lecteurs du Livre de Poche 2018), a été un best-seller international. Sauvage, son deuxième roman, paru chez Calmann-Lévy en 2018, a reçu le Prix polar international de Cognac la même année.

Lost Man a connu un succès immédiat dans le monde anglo-saxon.

Extraits :

La Mia Sum dont il se souvenait avait quatre ans de moins que lui, à l’époque, et semblait toujours passer précipitamment devant sa maison pour se rendre à sa leçon de piano ou en revenir. Kieran ne se serait même pas souvenu de ce détail si, comme Mia l’avait dit, elle n’avait pas été la meilleure amie de Gabby. Après la tempête, tout le monde s’était soudain souvenu d’un tas de choses au sujet de Gabby Birch, s’intéressant bien plus à elle qu’ils ne l’avaient jamais fait jusque-là.

Le monument en hommage aux cinquante-quatre passagers et membres de l’équipage qui avaient péri lors de ce désastre, près d’un siècle plus tôt, se dressait à présent sur un promontoire rocheux, face au lieu de naufrages. Ce mémorial était censé être visible depuis la terre et la mer, par tous les temps.

Tous les naufrages n’avaient pas l’honneur d’être ainsi commémorés. Les eaux tasmaniennes étaient connues pour avoir fait sombrer plus d’un millier de navires, dont les squelettes rouillés se décomposaient peu à peu, faisant de ces parages un vaste cimetière sous-marin.

Keiran suivit son regard le long de la rangée de récifs qui serpentaient depuis les grottes, s’avançant vers la mer. Tout au bout, les trois statues en acier, grandeur nature, montaient la garde. Les Survivants. Serrés les uns contre les autres, ils contemplaient le large, stoïques face aux éléments, leur visages sculptés tournés pour l’éternité vers l’endroit où le Mary Minerva reposait sous les vagues…

Ce genre de communautés, il faut que les gens soient soudés pour que ça marche. Une fois que la confiance est brisée, c’est foutu. Que les gens les voient ou non, les mots restent gravés…

Lu en juin 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Pasakukoo » de Roy Braverman

Ayant passé un bon moment avec « Manhatan sunset » il y a une semaine ou deux, j’avais envie de retourner dans l’univers de Roy Braverman avec ce au livre au titre aussi évocateur que sa couverture :

Résumé de l’éditeur :

Rhode Island, l’été indien, un manuscrit disparu, deux écrivains rivaux, une histoire d’amour : le page-turner d’été, lumineux et divertissant !

Lac Pasakukoo, dans le Rhode Island des étés indiens. Le corps noyé d’une jeune romancière prometteuse, égérie annoncée d’une nouvelle génération d’écrivains.

De chaque côté du lac, la résidence de deux auteurs à succès, meilleurs ennemis du monde. Un shérif qui ne les aime pas et un village où aucun secret ne résiste à la douceur de vivre apparente.

Un avocat noir et théâtral qui débarque.

Une secrétaire à faire pâlir Vénus en personne.

Un assistant littéraire appliqué et ambitieux.

Un manuscrit dont la seule existence fait frémir les familles les plus puissantes de la région. Des mots qui deviennent des armes, et des pages blanches des linceuls.

Et soudain, une série de violences qui se déchainent entre les rancœurs d’hier et les menaces de demain.

Ce que j’en pense :

Cette fois, immersion à Rhode Island avec ses lodges majestueux d’écrivains milliardaires auxquels tout semble réussir :

Nous avons, d’un côté Benjamin Dempsey, auteur sérieux et reconnu et de l’autre côté du lac Pasakukoo. Le lodge de Akerman, auteur de best-sellers dont les fêtes sont somptueuses et dont le talent laisse plus à désirer. Tous les deux ont été amis, autrefois, mais actuellement il semblerait que tous les coups soient bons pour se dénigrer mutuellement. Chacun a affublé l’autre d’un surnom moqueur : Gasby le petit pour Akerman, versus Emile pour Dempsey

Dempsey est en train de rédiger son dernier roman, et il est assisté d’un stagiaire, Matthew, chargé de faire les corrections, avant de mettre le manuscrit dans le coffre, le soir, tout en discutant philosophiquement sur la vie, l’amour, voire le talent de manière cynique le plus souvent.

Un soir, alors qu’ils sont installés confortablement, débarquent trois jeunes femmes, champagne à la main, décolletés plongeants, invitées à la fête d’Akerman. Dempsey les expédie en face, plus ou moins vexé qu’on ait pu confondre les deux propriétés, la sienne étant quand même la plus belle !

Une des jeunes femmes, Esther, va revenir dans la soirée, traversant le lac en barque avec l’envie d’accrocher Dempsey à son tableau de chasse, mais il préfère s’abstenir et demande à son stagiaire de la raccompagner, étant donné qu’elle a déjà beaucoup bu !

Le lendemain le corps de la belle est retrouvé flottant sur le lac. Meurtre, suicide ? Toujours est -il que Blansky, le shérif débarque. Or, il y a un vieux contentieux entre eux : Dempsey a séduit l’épouse puis la fille du shérif, et la vengeance est un plat que se mange froid.

La belle était en train d’écrire un roman sur sa vie et celle de sa famille, les familles paternelle et maternelle sont richissimes, magouilleuse et n’hésite pas à proposer une grosse somme pour être prévenue des moindres avancées de l’enquête… Et curieusement, intervient Douglas Dwayne, un tueur à gages au casier judiciaire long comme le bras ainsi que sa sœur Abigail.

Un crime en entraînant un autre, je me suis laissée happer par ce roman addictif (je lui dois deux nuits d’insomnie car je ne voulais pas le lâcher !) et cette histoire m’a beaucoup plu , car Roy Braverman nous entraîne dans les coulisses du monde littéraire, les bons écrivaines et les moins bons, les arrivistes qui veulent devenir calife à la place du calife, les vies sexuelles débridées, Dempsey et Akerman font les mêmes conquêtes, se piquant leurs amourettes, leur animosité n’est pas seulement littéraire !

On aborde aussi les maisons d’éditions aux procédés pas toujours corrects (cf. le duo d’avocats : Tom Whitaker, le beau Noir musclé et la belle hispanique, Melinda Mendes qui choisit ses tenues en fonction de l’effet recherché pour troubler l’adversaire… ou encore des émissionsTV truquées pour faire le buzz et booster les ventes…

Et bien-sûr, on a encore et toujours, les flics intègres et les ripoux… ce qui confère de nombreux rebondissements, au cours de la lecture, avec une idée intéressante : Roy Braverman donne la parole à un des protagoniste, censé être mort, au moment il livre ses réflexions en nous laissant le soin de deviner de qui il s’agit en prenant un malin plaisir à nous induire en erreur. Ses cogitations étant écrites en italiques.

Bien-sûr, on ne peut pas, ne pas penser à « La vérité du l’affaire Harry Québert » de Joël Dicker, où il est question également de la relation de maître à élève. J’ai lu les deux mais j’ai préféré « Pasakukoo », car l’intrigue est bien plus aboutie.

J’ai retrouvé avec plaisir la plume, le style, la créativité de Roy Braverman, alias Ian Manook et il me reste encore quelques opus ) découvrir sous les deux (et probablement plus)  pseudos !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo publishing poche qui m’ont permis de découvrir ce roman addictif et de retrouver la plume d’un auteur qui me plaît bien décidément…

#Pasakukoo #NetGalleyFrance

9/10

Extraits :

Peu importe qui je suis pour l’instant, puisque je suis mort maintenant, mais voilà ce que je sais de cette curieuse affaire. Tout commence par un malentendu, du côté de Notchbridge, Rhode Island, où l’écrivain Benjamin Dempsey possède un lodge sur les rives du lac Pasakukoo. Un havre de paix que j’ai bien connu, moi aussi…

Matthew, le grand amour, le mariage, la fidélité sont des artifices sociétaux. Le véritable amour, c’est une attirance reptilienne pour la survie. La sienne, égoïste, pas celle de l’autre. J’aime, donc je vis.

Ce colosse noir a pris l’ascendant sur les deux policiers en quelques minutes à peine et moi, comme Dempsey, je me serais aussi laissé piéger par sa colère. Pourtant je sais qu’une colère, ça se construit et ça se maîtrise. Une colère, ça ne trébuche pas comme un élan de hargne ou de haine. Une belle colère, c’est fait pour avancer en bon ordre, ça ne part pas dans tous les sens, c’est comme une tortue de centurions romains, ça suit son plan.

Pou r ceux qui ont eu le bonheur d’avoir une enfance, tout se décide à vingt ans. Nous avons, à cet âge-là la capacité d’envisager toutes sortes d’avenirs, sans mettre en balance le prix à payer pour qu’ils se réalisent.

Nous ne détruirons jamais la nature, elle reprendra toujours ses droits, d’une façon ou d’une autre. Tout ce que nous détruisons, c’est-ce que nous avons construit. Les choses comme les vies, c’est-à-dire nous.

Pas étonnant que cette puissance de destruction fascine les auteurs. Je me sens depuis le début de ce roman comme un gladiateur dans une arène. Est-ce un hasard si, au temps des jeux du cirque, celui qui avait le pouvoir d’arrêter le combat ou d’exiger qu’il se poursuive jusqu’à la mort s’appelait « l’éditeur ».

Les auteurs mentent. Ils n’ont pas vécu ce qu’ils racontent. Raconter, c’est déjà mentir un peu. Écrire, c’est mentir beaucoup. L’auteur de ce roman n’a jamais tué personne. A ma connaissance. Et pourtant, voyez comment il tue. On pourrait même croire qu’il y prend plaisir…

Chaque roseau est différent, mais le vent couche toutes les herbes dans le même sens. Je suppose que l’auteur est fier de cette métaphore, puisque lui-même se prend pour le vent qui nous courbe tous selon son désir.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature canadienne, Thriller

« Sans retour » de Tom Clearlake

Toujours dans ma quête de varier les genres littéraires, voici un roman que je ne risque pas d’oublier, mais pour les raisons habituelles :

Résumé de l’éditeur :

Lors d’un séjour à la montagne, John Gardner, dirigeant d’un groupe de sociétés, et sa famille, reçoivent amis et associés dans un lodge luxueux, au cœur des Rocheuses. Au deuxième jour, une tempête de neige se lève. Les routes sont bloquées. Les réseaux hors-services. Ils se retrouvent coupés du monde.

Quand le blizzard cesse, dix-huit jours ont passé. Les occupants du lodge sont secourus et placés en observation. Cinq d’entre eux sont portés disparus. 


Les survivants sont extrêmement amaigris. Et en état de choc. Ils ne parleront pas. Ils garderont le secret.

Le plus atroce des secrets.

Ce que j’en pense :

John Gardner, milliardaire à la tête d’une société créée par son père et son oncle qui ont investi dans la scierie, décrochant des coupes de bois ici et là dans l’irrespect total de ce qui peut arriver aux gens qui habite dans ces forêts (des Amérindiens par exemple ou d’autres populations autochtones selon le pays où ils ont sévi) a décidé d’emmener sa famille dans un lodge hérité de l’oncle Jeffrey, en plein cœur des Montagnes Rocheuses. Dans sa grande bonté, il a emmené avec lui son associé Jack, sa femme Gina et ses enfants, et deux autres couples avec lequel il est « en affaires ».

Tout se passe pour le mieux dans ce complexe luxueux avec salle de sport, jacuzzi entre autres, mais le blizzard se lève, de plus en plus violent avec la neige qui tombe sans arrêt.

On a droit aux jérémiades des ados privés d’Internet, réseaux sociaux jeux vidéo and Co mais il y a une antenne parabolique qui permet de mettre en place les connections jusqu’à ce que, tempête oblige, l’antenne est pulvérisée par la chute d’un arbre.  

Le blizzard s’intensifie, et il faut se rationner, et vont commencer les conflits entre égo, et cela va durer 18 jours, au terme desquels les hélicos vont les repérer, les hélitreuillés, dans un état physique et psychique déplorable.

Un policier Wesley, alias Wes, fraichement débarqué dans la région va recueillir le témoignage des survivants, car il en manque à l’appel… Wes est surpris par ces déclarations qui sont toutes les mêmes, sous la houlette de John et décide de mener sa petite enquête… Que s’est-il passé dans ce lodge, pour que les protagonistes en sortent dans un tel état ?

Ce huis-clos que nous promet l’éditeur m’intriguait, alors j’ai décidé de me lancer dans la lecture de ce roman, toujours dans l’idée de découvrir d’autres genres littéraires, et j’ai été servie : on a droit à tout ce qui peut exister dans l’horreur, (mais je préfère quand c’est Stephen King) la violence dépasse tout ce qu’on peut imaginer, avec des tueurs féroces, des évadés de prison, du chantage, racket et l’auteur pose un question jusqu’où peut-on aller quand on crève de faim, jusqu’au cannibalisme ?

Je suis allée jusqu’au bout du récit, haletant il faut bien le reconnaître, et je considère que c’est déjà un exploit, mais j’ai eu du mal et j’ai fini, le cœur au bord des lèvres, dans tous les sens du terme.

La morale de cette histoire ? Je vous laisse imaginer. En tout cas, c’est une expérience qui a été dure, voire traumatisante et cela m’étonnerait que je me laisse tenter par un autre livre de l’auteur.

Je n’ai rien divulgâché et je fais une chronique réduite à sa plus simple expression, pour ne dégoûter personne, ce qui est, je le répète, un exploit et je pense que ce livre aura sûrement des adeptes…

Un grand merci à NetGalley et aux Moonligth éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur

#Sansretour #NetGalleyFrance

4/10

L’auteur :

Pour en savoir plus sur Tom Clearlake, je vous conseille d’aller jeter un coup d’œil sur son site :

https://www.tomclearlake.com/

Quelques extraits choisis parmi les plus légers :

Au-dessus des forêts, dans la voûte céleste, le tissu de lumière des constellations continuait sa lente rotation. Le froid était encore descendu. Sa lame glaciale fauchait le peu de vie qui subsistait dans les bois. Bientôt ce fut au tour de la lune d’être emportée par des hordes de nuages noirs… Une à une, les étoiles disparurent à leur tour et le ciel, les arbres et les montagnes ne furent plus qu’un même espace obscur, sans forme distincte. Alors, les premiers flocons se mirent à tomber.

L’avantage avec la cocaïne, c’est qu’on est toujours en super forme. L’inconvénient, c’est qu’on a tendance à se croire immortel. Et le jour où on arrive au bord du précipice, lancé à pleine vitesse, il est trop tard pour freiner.

Je me dis qu’on est peut-être en train de vivre une sorte d’apocalypse, causée pour mettre un terme à l’absurdité dénoter civilisation.

Mais avait-il vraiment existé comme une personne entière ? Ou était-il seulement l’illusion d’un homme, un être composé de toutes pièces par les circonstances de son existence de dirigeant ? Personne n’avait jamais entendu ce qu’il avait au fond de lui. Ce qu’il était réellement. La vie l’avait bâillonné.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Manhattan Sunset » de Roy Braverman

Je continue ma période polar, qui risque de durer encore quelques temps (plus que d’habitude, je le crains, vu que mon duo infernal asthénie & douleurs a décidé de s’incruster et on ne peut pas dire que la cohabitation soit harmonieuse !)  avec le livre dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Il n’y a pas pire vengeance que ce qui blesse ceux qu’on aime.

À moins qu’on ne les tue.

Il n’y a pas pire obsession qu’un fantôme qui vous hante.

À moins que ce ne soit celui d’un ami.

Il n’y a pas pire crime que de tuer une enfant.

À moins de la tuer deux fois.

Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.

En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli :  » Alors, tu en dis quoi ?  » Un début d’enquête somme toute normal.

Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.

Pourtant, une fois par an, New York lui offre aussi un instant magique, lorsque le soleil couchant symétrique et flamboyant du Manhattanhenge prend la 42e rue en parfaite enfilade. Une illumination divine, comme la révélation d’un indice éclaire un crime d’une lumière nouvelle. Avant que tout, la ville comme la vie de Donnelli, ne sombre à nouveau dans la nuit.

Un polar noir et puissant, dans une ville que l’on croit connaître mais dont Roy Braverman fait un portrait inédit, aussi tragique et attachant que ses autres personnages, aussi à l’aise dans l’humour que dans le suspense, et porté par une écriture remarquable.

Ce que j’en pense :

Le corps d’une petite fille assassinée, le corps mutilé, vient d’être retrouvé dans une casse au milieu des épaves de voitures. Donnelli, alias Donut, du NYPD et sa coéquipière Mankato sont dépêchés sur les lieux. Tout oppose ce duo particulier, car Mankato, surnommée fort élégamment bleue-bite par Donnelli, est jeune, en pleine forme, sportive.

Il est désabusé, vient de perdre son coéquipier Pfiffelmann assassiné il y a quelques mois à peine, sur une interpellation qu’il a dû effectuer seul, car Donnelli, lui, victime d’un accrochage avec un livreur, est arrivé en retard sur les lieux. Il se laisse complètement aller et se retrouve sur la sellette. D’autant plus qu’il voit et entend le fantôme de Pfiff ce qui donne des conversations savoureuses mais lui attire des ennuis au passage…

Il s’agit d’identifier la petite fille et de trouver les assassins, ce qui nous emmène dans le milieu (au sens mafieux du terme) lituanien, avec les frères Dabnys, Goran, le cerveau, avocat de toutes les sociétés dont le frère, Mickael, est l’homme de paille sous l’œil vigilant de leur mère.

D’un autre côté, on vient de découvrir une femme tuée par balle en plein jour sur un pont, et cette femme s’avère être Martha, l’ex-épouse de Donnelli, méconnaissable car transformée par son second mari, spécialiste en chirurgie esthétique.

Évidemment, le FBI n’est pas loin car il enquête pour une autre raison sur les Lituaniens, alors compétition en vue entre les deux services.

L’enquête démarre tranquillement, si on peut dire, car il y a violence sous roche car les mafieux lituaniens ne font pas dans la dentelle. Peu à peu, le scenario s’enrichit, le rythme s’accélère, le suspense est au rendez-vous. Il y a des nombreuses interactions, entre des évènements en Russie, et ceux qui se déroulent actuellement avec une description de la mafia pour le moins intéressante, le blanchiment d’argent, une famille qui règne avec une main de fer, l’un état avocat, donc intouchable, le petit frère, qui ne pense qu’à prouver sa réussite avec un yacht tape à l’œil qui ne sort jamais de son emplacement, vu qu’il ne sait pas naviguer…

Les échanges entre Donnelli et Pfiff sont hilarants, hallucinations ? toujours est-il que Pfiff veut absolument savoir qui l’a tué et pourquoi et met son grain de sel partout…

J’ai beaucoup aimé, « visiter » New-York  dans les pas de Donelli et Mankato, avec tous les clichés sur les ethnies multiples, le mépris des uns envers les autres, ainsi que les rivalités. Roy Braverman nous offre des passages très intéressants sur un phénomène qui ne survient qu’une fois par an, le Manhattanhenge, où le soleil en se couchant illumine la 42e du fait de la manière géométrique dont la ville a été construite.

J’ai beaucoup apprécié ce thriller, plein de rebondissements et j’aurai du plaisir à continuer à lire les romans de Roy Braverman ou plutôt à retrouver sa plume car je l’ai découvert sous le nom de Ian Manook avec « Les temps sauvages » et le commissaire Yeruldelgger…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thrillers qui m’ont permis de découvrir ce roman.

#ManhattanSunset #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Plus connu sous le pseudonyme de Ian Manook, Patrick Manoukian, alias Roy Braverman, est l’auteur de la trilogie mongole à succès Yeruldelgger, parue chez Albin Michel entre 2013 et 2016.

Le premier opus de la série a été récompensé en 2014 par seize prix des lecteurs dont le Prix des Lectrices du magazine ELLE, le Prix SNCF du Polar et le Prix Quais du Polar. Hunter (2018) est le premier titre d’une trilogie américaine publiée chez Hugo Thriller. Il est suivi de Crow et de Freeman parus chez le même éditeur en 2019 et 2020.

Extraits :

Chacun, dans la cohue, est convaincu de participer à cet engouement frénétique pour l’argent. Celui qui permet de vivre. De survivre. La course de New-York bat au rythme de ses pieds impatients. Là-haut, c’est l’autre monde. Celui du rêve américain…

En bas, c’est l’appétit de la ville, en haut ce sont les rêves, mais pour Donnelli, comprendre cette ville, c’est la regarder du dix-septième étage. Sentir son sidéral abandon, ses vertigineuses solitudes, derrière ses hautes parois fragiles de verre et d’acier.

Cet immeuble est blanc, limite suprémaciste. Polacks, Yougos, Lituaniens et quelques Russes. En face, c’est la forteresse des métèques et des bougnoules. Arméniens, Libanais, Grecs et quelques Ritals. Pas d’Arabes. Plus loin, les Hispanos et les Latinos de tout genre et après, jusqu’au bout, tout le quartier est noir.  

Alors je ne suis ni bleue, ni bite, même si je ne peux pas t’empêcher de me l’assener à chaque putain de phrase que tu prononces depuis que je suis ton équipière. Mais sois certain, Donnelli, sois certain que chaque fois que tu le dis, chaque fois que je l’entends, je pense très fort dans ma tête que tu n’es qu’un sale con de porc de macho de phallocrate de merde de misogyne pervers et d’étron libidineux.

Nous pensons que le business s’est inversé et qu’il est devenu non plus un moyen de s’enrichir les ferrailleurs, mais au contraire un système pour enrichir une filière de vendeurs. En deux mots, nous pensons que le flux de cash finance un nouveau type de filière terroriste que nous appelons le terrorisme low cost. Celui qui frappe l’Europe et le Moyen-Orient avec les attaques à la voiture-bélier, par exemple.

La lumière transperce toute la ville de part en part, de l’Hudson jusqu’à l’East River, engluant toutes la poussière du jour dans un flot mielleux qui poisse le trafic. Les pare-brise des voitures aveuglées remontant la 42e brillent tous du même soleil fragmenté. Celles qui descendent la rue, capots rutilants, ont allumé leurs phares pour ne pas disparaître dans l’aveuglement du couchant. La clarté fulgurante étire les ombres parallèles, rasantes et démesurées. Depuis la terrasse de l’Astor, Donnelli goûte le bonheur de cet alignement magique du couchant avec la 42e.

Le Manhattanhenge se termine comme un film à l’envers où le soleil qui meurt aspire la lumière. L’obscurité s’engouffre à nouveau dans la ville et noie un à un, dans une eau noire, les derniers reflets qui s’éteignent à reculons, comme des tisons.

C’est vrai que le front de mer de Little Odessa ressemble un peu à une promenade sur les bords de lamer Noire. Ou du moins à l’idée que s’en fait Donnelli. Quelque chose des années soixante. Avant la chute du mur et l’effondrement de l’empire, quand les Russes étaient déjà mafieux, mais pas encore milliardaires.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Les vagues reviennent toujours au rivage » de Xavier-Marie Bonnot

Je vous parle aujourd’hui d’un livre passionnant, dernier opus d’un auteur dont je ne connaissais pas encore l’univers :

Résumé de l’éditeur :

Depuis qu’il est retraité de la police, Michel de Palma, alias le Baron, vit sur un bateau et a tiré un trait sur ses années de brigade criminelle au bénéfice de la voile et du violon. Mais quand il apprend l’étrange suicide de Thalia Georguis, c’est un grand amour de jeunesse qui ressurgit et bien plus qu’une mort suspecte signifiant son retour à la case police. Thalia avait voué sa vie aux missions humanitaires en Méditerranée et avait reçu des menaces de l’extrême droite identitaire.

Elle a aussi laissé derrière elle un manuscrit retraçant le parcours d’Amira, réfugiée syrienne, une ombre parmi les ombres qui risquent tout pour fuir la guerre. De Palma mettra tout en œuvre pour retrouver ce témoin clé, quitte à entrer dans l’enfer de Raqqa, à parcourir le camp de la honte de Moria. Et à affronter toute la monstrueuse violence qui sévit en Méditerranée, cet abandon sans fin de l’humanité comme les vagues qui reviennent au rivage.

Avec le grand retour du commandant de Palma pour son enquête la plus intense et personnelle, Xavier-Marie Bonnot, écrivain engagé, rend hommage à la Mare Nostrum, ce berceau des grandes civilisations que la crise migratoire du XXIe siècle a transformé en plus grand cimetière marin du monde. 

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Thalia Georguis en 2017, alors qu’elle est médecin dans le camp de Moria à Lesbos. Elle y rencontre Amira, une jeune femme qui a fui la Syrie et qui est enfermée dans le silence après avoir subi un traumatisme sévère. Thalia a décidé de revenir en France car elle n’en peut plus, et refuse de s’habituer à l’inhumain selon sa propre expression.

« Bientôt je repars pour la France. J’en ai besoin. Parce que le malheur, j’ai fini par m’y habituer. Qu’on le veuille ou non, il y a une routine dans l’inhumain. »

Elle rentre avec Amira, direction Palerme mais un bateau affrété par les sympathisants de l’ultra-droite essaie de s’interposer par tous les moyens pour empêcher le radeau, d’arriver dans les eaux italiennes. Tous les moyens sont bons pour tuer des migrants.

Quelques temps plus tard, Thalia est retrouvée morte, après avoir avalé un bol contenant un mélange de poisons : datura, cigüe et opium. Le commissaire Anne Morracchini, accompagnée de Karim, conclut au suicide alors que l’appartement est propre, bien rangé, y compris la casserole qui a servi à préparer les ingrédients. Pas de traces d’ordinateur. Un manuscrit est trouvé sous le lit, qui raconte l’histoire d’Amira.

Le commandant de Palma, à la retraite, qui vit sur son bateau, à quai, et prend des cours de violon, va mener son enquête, car Thalia et lui ont eu une histoire d’amour, il a des années, et il sent bien que les choses ne sont pas aussi simples qu’il n’y paraît. Il va partir à la recherche d’Amira pour tenter de comprendre.

C’est la première fois que je rencontre le commandant de Palma, héros récurrent de Xavier-Marie Bonnot et j’ai tout de suite aimé ce personnage, sa ténacité, son courage aussi pour aller se frotter à tous ces nazillons de tout poil, qui ne pensent qu’à nettoyer le monde de ces migrants qu’ils haïssent. On a des meneurs, qui se réfèrent à la lutte de Sparte contre Athènes, avec des discours truffés d’éléments historiques remixés par leur soin.

Tout les dérange : une pièce de théâtre dont l’adaptation leur déplaît et hop, on tue… et surtout ils en sont fiers. Ils détestent la démocratie, d’où les références à Sparte, le chef étant surnommé Lysandre.

J’ai aimé suivre les traces du commandant sur Mare Nostrum, les drames de la Méditerranée, les drames en Syrie, les femmes qui se font violer, l’état Islamique ou les identitaires, on remonte jusqu’à Aube Dorée en Grèce, la ligue de Salvini qui était alors aux manettes en Italie) les mafieux à Palerme mais aucun pays n’est épargné par cette vague d’ultra-nationalisme et de haine… le fameux « réveil identitaire » qui a le vent en poupe …

J’ai beaucoup apprécié Karim, fidèle au commandant, un peu écartelé entre lui et Anne, dans cette enquête, alors que son père se bat à l’hôpital, contre un cancer lié à l’amiante, avec des souvenirs de son pays natal qui refont surface alors qu’il n’en parlait jamais.

Tout m’a plu dans ce livre qui est bien plus qu’un thriller, car on explore la vie de Thalia et de ses amis ou ses ennemis, celle d’Amira qui a tout subi, à commencer par être vendue par sa famille à un homme âgé riche, pour que ses parents puissent payer le voyage vers l’Europe et ce n’est que le début de l’enfer pour elle…

Maintenant que j’ai découvert le commandant de Palma, Karim, et les autres membres du commissariat, la manière dont Xavier-Marie Bonnot parle de Marseille, la cité Phocéenne, les références à l’Antiquité, les évocations des philosophes, et toujours l’Histoire, entre autres, tout cela me donne envie de lire les précédentes enquêtes.

C’est une enquête passionnante et le suspense est savamment entretenu jusqu’aux dernières lignes.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond (qui me font confiance en me donnant accès à leurs publications) car j’ai découvert un superbe roman et un auteur que je ne connaissais que de nom jusqu’à présent.

#XavierMarieBonnot #NetGalleyFrance

9/10

Et n’oublions jamais, comme le rappelle l’auteur, lors du prologue:

« Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. »

Article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme 1948

L’auteur :

Xavier-Marie Bonnot vit à Paris. Écrivain et réalisateur de documentaires, il est notamment l’auteur de La Dame de pierre (Belfond, 2015, prix du Meilleur roman francophone au festival de Cognac), du Tombeau d’Apollinaire (Belfond, 2018, Prix du roman historique des rendez-vous de Blois) et de Nefertari Dream (Belfond, 2020). Les vagues reviennent toujours au rivage est son douzième roman.

Extraits :

Salima regarde sa fille qui rabaisse son voile sur son joli nez. Demain, Amira partira avec un homme qu’elle ne connaît pas. Sans envie, sans autres émotions que celles qu’elle cachera. L’aînée se dévoue pour la famille. Une bouche de moins à nourrir, une dot inespérée. Le mariage passé, Salima ne sait pas si elle reverra sa fille un jour. Dieu, qu’Il soit glorifié, décidera, comme a dit l’imam.

Ça l’a fait muette. Pendant de longues semaines, elle n’a dit que les petits mots du quotidien. Rien de plus. Le reste, les mots des sentiments, ceux qui viennent de l’âme et qui bafouillent la tristesse et le plaisir, la joie et la terreur, ils sont restés au creux de son ventre. Amira ne veut pas les prononcer, ces mots, elle sait qu’elle devra un jour, parce que parler ou même balbutier, c’est mettre hors de soi.

Après plus de vingt-cinq ans de guerre dans le Péloponnèse, la cité de Socrate et de Platon va devoir vivre sous l’occupation des Lacédémoniens. Ce sera Lysandre, le général de Sparte, qui est appelé par les collaborateurs athéniens pour faire régner l’ordre. Lysandre est un homme particulièrement brutal. La ville lumière bascule dans l’une des époques la plus sombre de son histoire….

Les Trente (trente hommes vont exercer la tyrannie sur Athènes) restreignent les droits et les libertés des citoyens. Mais ce sont des collaborateurs athéniens qui répandent la terreur. Comment ne pas voir nombre de moments de l’histoire où la démocratie a été mise à mal ? Ce récit pourrait presque s’appliquer au régime de Vichy ou à des périodes fascistes ou nazies.

C’est un peu comme au temps de Mussolini, on fait appel au passé glorieux pour justifier le racisme, l’antisémitisme ou la violence. Tout se formule sur la notion de défense de la race, contre les métèques et tout ce qui est supposé être une menace.

Quand on a quinze ans, il faut faire son devoir. Et son devoir, c’est de n’être plus une bouche à nourrir. Un fardeau. En Syrie on marie les filles jeunes. C’est la tradition et c’est la guerre.

Pourquoi le mal a choisi Amira ? Quand on ne sait que survivre, on ne se pose jamais cette question. Parce qu’il n’y a pas de réponse. Tout simplement.

C’est un peu ça la fin de la vie. Il faut côtoyer les fantômes du passé. Vivre avec eux n’est pas facile, c’est un drôle de voisinage. A mon âge, on ne construit plus d’avenir et on en collectionne plus que des souvenirs.

Marseille ne s’appartient plus vraiment. C’est le lot d’une ville quand son passé n’est plus qu’un songe et qu’on la bousille de l’intérieur.

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Murder Game » de Rachel Abbott

En ce moment, j’ai envie de lectures sympathiques, qui ne me prennent pas trop la tête,qui est déjà suffisamment saturée par les infos qui surfent sur la sinistrose ambiante, et une poussée de fibromyalgie avec tout son cortège sympathique de douleurs, fatigue, insomnies, j’en passe et des meilleurs, qui m’oblige à me shooter pour tenir le coup, alors place aux polars avec :

Résumé de l’éditeur :

Apparences trompeuses, manipulation et faux-semblants :  Rachel Abbott déploie tout l’éventail de son talent dans un roman à énigme digne d’Agatha Christie. 

La première fois que Jemma s’est rendue au manoir de Polskirrin, c’était avec Matt, son époux, pour célébrer le mariage du richissime Lucas Jarrett. Jamais elle n’oubliera la vue saisissante de cette demeure dominant la mer, perchée sur un éperon de Cornouailles. Jamais, non plus, elle n’oubliera la vue du corps sans vie d’Alex, la sœur du marié, le jour des noces, sur cette plage de galets…  

Un an plus tard, les invités sont de retour à Polskirrin, à la demande de Lucas. Pourquoi ce dernier tient-il tant à célébrer le premier anniversaire de ses noces funestes ?

C’est en réalité à une fête macabre qu’il les a conviés, un Murder Game visant à faire rejouer à chacun son rôle de l’an passé et révéler ainsi la vérité sur la mort d’Alex. Mêmes personnes, mêmes tenues, même repas, mêmes discussions, la nuit qui a vu mourir la jeune femme se répète dans une mise en scène terrifiante.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce roman parce que le titre me plaisait, le résumé aussi et parce que j’avais vu passer des chroniques plutôt alléchantes.

On se retrouve donc à Polskirrin, dans un superbe demeure dont le propriétaire richissime, Lucas Jarrett a décidé de réunir tous les convives présents un an auparavant, pour célébrer son mariage avec Nina, mariage qui a tourné en catastrophe puisque Alex, la sœur de Lucas s’est noyée, et cela a été considéré comme un suicide, donc affaire classée par la détective super intendant Stéphanie King

Il faut dire qu’Alex n’allait pas très bien depuis qu’elle avait été enlevée et victime de viols à répétition pendant toute la durée de sa captivité. Les coupables n’ont jamais été retrouvés. On a suspecté un truand notoire mais pas de preuves.

A ce mariage assistait tous les « amis » de Lucas : Matt et son épouse Jemma, Isabel, Nick, Chandra, Andrew, tombeur qui convoitait toutes les filles, en particulier celles qui plaisaient à ses potes, dans sa jeunesse…

Lucas les a donc tous convoqués un an plus tard, jour pour jour, pour fêter leur anniversaire de mariage qui a finalement eu lieu dans l’intimité. Il est persuadé qu’Alex a été assassinée et il met en place un jeu diabolique, pour pousser chacun à dire ce qu’il sait, ce qu’il a pu voir, à dévoiler les petits ou grands secrets honteux…

Jemma se rebelle car elle ne se sent pas concernée, elle ne connaissait personne avant cette fameuse journée, mais les autres s’offusquent mais se taisent. L’ambiance est de plus en plus tendue, car Lucas leur attribue les chambres qu’ils occupaient et surtout leur a réservé une surprise : Nina a confectionné une réplique des vêtements qu’ils portaient, histoire de bien les conditionner…

Cerise sur le gâteau, l’inspectrice Stéphanie King s’invite au jeu, en compagnie de Gus son compagnon car on vient de signaler qu’une jeune femme a disparu précisément la fameuse nuit où Alex est morte… Ce qui déplaît fortement à Lucas, contrariant ses plans.

j’ai bien aimé ce thriller, car j’ai un faible pour les huis-clos, les secrets de famille, les relations tordues entre les protagonistes et, une fois commencé, impossible de le lâcher et je n’ai pas vu venir la fin. Suspense bien entretenu….

Ces derniers temps j’ai choisi plusieurs polars sur NetGalley car j’ai besoin de m’évader et de de ne pas trop réfléchir, et c’est le genre de lectures qui me convient le mieux dans ces cas-là. J’ai tenté les « feel good » autrefois mais cela a tendance à m’horripiler.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman qui m’a bien plu et d’entrer dans l’univers de Rachel Abbott que je connaissais pas.

#RachelAbbott #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Née près de Manchester, Rachel Abbott a longtemps occupé un poste d’infographiste, avant de se lancer à la poursuite d’un vieux rêve, rénover de vieilles demeures en Italie, où elle vit désormais une partie de l’année. La parution d’Illusions fatales (2014), le premier tome des enquêtes de l’inspecteur Tom Douglas, auto publié et aussitôt classé numéro un des ventes Amazon en Angleterre, a marqué le début d’une formidable success story.

Auteure de neuf tomes des enquêtes de Tom Douglas, Rachel Abbott a débuté avec Ce qui ne tue pas (2019) et Murder Game une nouvelle série, incarnée par l’enquêtrice Stéphanie King. Voix incontournable sur la scène du polar britannique, Rachel Abbott vit sur l’île anglo-normande d’Aurigny-Alderney.

Extraits :

J’aurais dû dire non, refuser de participer au jeu organisé ce soir. Peut-être ne suis-je pas aussi courageuse que j’aime le croire. Je tiens l’enveloppe noire serrée contre moi comme si ce qui était écrit sur la carte qu’elle contient risquait de traverser le papier doux comme du satin pour se révéler aux yeux de tous.

Je ne trouve pas le mot juste. Perturbée est ce qui me vient à l’esprit à cause de la tension physique que j’ai perçue chez elle,(Alex) et sa façon de se déplacer. D’un autre côté, le mot me paraît un peu fort. Malheureuse conviendrait peut-être davantage.

J’ai essayé de questionner Matt sur le jeu de ce soir mais il n’a pas voulu en parler. selon toute vraisemblance, Lucas veut jouer, et ce que veut Lucas, Lucas l’obtient. En tout cas de la part de mon mari. Cela dit, je ne sais plus très bien qui est Matt ni ce qu’il pense vraiment.

Je m’allonge sur le dos et flotte, délivrée de la pesanteur, les yeux accrochés aux étoiles, je fais le vide dans mon esprit en fixant une étoile solitaire dans le ciel. Je sais qu’elle s’est allumée à des années-lumières, à des milliards de kilomètres et je me concentre sur ma propre insignifiance.

Elle entendait encore la voix d’Alex, son hystérie, sa peur. elle revoyait Lucas en train de secouer sa sœur,la pousser dans le sentier,lui ordonner de se calmer. C’était la première fois qu’elle l’entendait élever la voix contre Alex…

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Autopsie d’un drame » de Sarah Vaughan

Depuis quelques temps, j’éprouve le besoin de sortir de ma « zone de confort » en choisissant des livres qui ne me font pas trop réfléchir, notamment après avoir refermé il y a quelques jours « Impact » d’Olivier Norek, lecture ô combien perturbante… c’est chose faite avec :

Résumé de l’éditeur :

Jess, mère au foyer, fait preuve d’une grande dévotion envers ses trois enfants, qu’elle chérit et protège à tout prix. C’est du moins la façon dont Liz, son amie depuis dix ans, la perçoit.  Mais le doute s’installe lorsque Jess se rend aux urgences pédiatriques où travaille Liz. Dans ses bras, sa fille Betsey, âgée de dix mois, présente tous les signes d’un traumatisme crânien.

Jess, d’ordinaire si soucieuse du bien-être de sa famille, semble étrangement distante et peu concernée par la situation, et ses explications ne collent pas avec la blessure de l’enfant. Liz s’interroge sur les réelles motivations de son amie.

Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps avant de se rendre à l’hôpital ?  S’agit-il vraiment d’un accident, comme elle l’affirme ?  Un drame psychologique brillamment tissé qui sonde les enjeux de la maternité, de l’amitié et interroge ce qui nous lie ou nous sépare.

Ce que j’en pense :

Jess est mère de trois enfants. Elle est mère au foyer, son époux rentre de plus en plus tard, débordé par son travail, ou retardant un peu le retour à la maison. Leur fils aîné, dix ans, pousse sans problème. Pour le deuxième, Frankie, c’est beaucoup plus compliqué, il déborde d’énergie, il faut sans cesse être à ses côtés pour empêcher que les choses les plus anodines ne dégénèrent et bien sûr tout repose sur les épaules de Jess, alors quand arrive la petite dernière, Betsey, qui pleure tout le temps, refusant de faire ses nuits, elle qui se veut une mère parfaite, briquant tout, du sol au plafond, tout va se compliquer.

D’abord, l’accouchement se passe très mal, très long et très douloureux car le bébé est dans une mauvaise position, elle qui rêvait d’accoucher chez elle entourée de bougies, en écoutant Bach… elle se remet mal, le fameux instinct maternel semble être absent, et épuisée par les nuits sans sommeil, le bébé qui pleure, Frankie qu’il faut sans cesse surveillée, la mère parfaite devient obsessionnelle, avec des rituels pour pouvoir avancer, alors que son mari Ed passe royalement à côté de sa détresse, puisqu’elle s’obstine à vouloir donner le change.

Un jour, tout bascule, Jess amène Betsey à l’hôpital car elle a vomi, et se comporte bizarrement. Et le diagnostic tombe : fracture du crâne. Son amie, pédiatre à l’hôpital est obligée de prévenir les services sociaux et toute la machine s’enraye.

On sent bien qu’il s’est passé quelque chose et que Jess ne dit pas la vérité. Durant le déroulement de l’enquête on va entrer plus en avant dans les relations entre les « amies » qui se sont connues en participant à un cours d’accouchement sans douleur : Liz et son époux Nick, Jess et Ed, Mel et aussi Charlotte et son époux. Leurs relations sont-elles aussi simples et harmonieuses qu’elles ne veulent bien le dire ?

Sarah Vaughan aborde plusieurs problèmes dans ce roman qui pourrait s’apparenter à un thriller : la dépression du post partum alias baby-blues, la gestion d’une famille de trois enfants, dont l’un est difficile et évoque un TDHA, non diagnostiqué non plus… la peur de faire du mal à son bébé car on n’arrive plus à l’entendre pleurer, la culpabilité d’être une mauvaise mère…

L’auteure a semé dans son récit, des petits indices qui peuvent orienter le lecteur vers ce qui s’est réellement passé, mais avec des aussi des fausses pistes, tout en racontant l’enfance de Liz dont la mère n’a jamais été aimante.

Comment être une bonne mère quand la sienne a été défaillante ? Comment ne pas en faire trop en risquant d’aller trop loin dans l’autre sens ?

Même, si parfois, ces amies qui s’aiment tant, ont tendance à se tirer parfois dans les pattes, leur amitié paraissant trop lisse, trop parfaite, on s’attache à ses femmes, on déteste certaines, mais leur comportement à chacune (et chacun) permet d’aborder des problèmes importants autour de la famille, la maternité…

J’ai oublié de parler d’un autre thème évoqué dans ce roman: l’auteure revient sur l’amitié, et la manière dont les liens se modifient au cours du temps, la distance qu’on prend, sans le vouloir, car on est entraîné dans la course et la difficulté d’affronter les charges de la vie quotidienne, le travail, les enfants, la gestion du foyer, et peu à peu les liens se distendent et on se rend compte qu’on ne s’est pas vus depuis des mois… C’est ainsi que Liz se rend compte que Jess n’est plus celle qu’elle a connu, qu’elle est devenu plus fragile, et qu’un regard plus attentif aurait pu l’aider…

Je n’aime pas lire des romans traitant de la maltraitance faite aux enfants, j’ai donc longtemps hésité avant de choisir ce roman mais les critiques que j’ai pu lire, ça et là, m’ont décidée à tenter l’expérience et je ne le regrette pas.

C’est la première fois que je lis un roman de Sarah Vaughan et j’ai passé un bon moment, je l’ai littéralement dévoré et même si j’ai identifié un peu trop vite un des aspects du drame, je dois reconnaître que la fin m’a complètement bluffée… magistrale !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure que j’aurai du plaisir à retrouver… et pourquoi pas avec « Anatomie d’un scandale »

#Autopsiedundrame #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan a travaillé pendant onze ans comme journaliste au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous et La Ferme du bout du monde. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

On lui doit également Anatomie d’un scandale

Extraits :

Dans de tels moments, don esprit regorge de pensées toxiques. Tu es une mauvaise mère. Elle serait mieux dans toi. Auxquelles s’ajoutent insidieusement de plus honteuses qu’elle cherche à repousser. Des pensées qu’elle a du mal à accepter, et encore moins à exprimer sur son désir – fugace – bien sûr de voir cet enfant se taire à tout jamais.

Tous les obstétriciens le savent : la naissance est le jour le plus dangereux de l’existence.

La plupart des traumatismes crâniens sont d’origine accidentelle et, même si je soupçonne Jess de mentir, elle doit l’avoir fait pour une bonne raison ? Je suis sûre qu’il y a une explication innocente à cette situation.

Elle s’était imaginée donner naissance entourée de bougies à la lavande, avec le mouvement lent du concerto pour deux violons de Bach en fond sonore, les cordes la guidant vers l’apogée des contractions. Quelle naïveté…

Le cycle de maltraitance se perpétue. Ils assimilent violence et autorité parce que c’est ainsi que cela leur a été inculqué. On voit ça sans arrêt.

Un grand nombre de ses collègues ont trois ou quatre enfants. Symbole par excellence de la réussite, signe que l’on est en mesure de nourrir autant de bouches, emblème de virilité. Il avait rêvé d’une petite fille, convaincue que son arrivée complèterait à la perfection leur famille et leur apporterait un vent nouveau de joie en particulier à sa femme…

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Margo: Tome1 Second souffle » de Thomas Martinetti

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller dont le thème m’a attirée d’emblée sur NetGalley

Résumé de l’éditeur :

Pour rester moi-même, j’ai dû devenir une autre.

Dans son village de l’arrière-pays niçois, tout le monde adore Margo.

Mais Margo a un secret. Pour commencer, ce n’est pas son vrai nom.

Depuis qu’on a usurpé son identité et volé sa vie, elle a dû subtiliser celle d’une autre.

Aujourd’hui, Margo a peut-être une chance de redevenir Émeline, en confrontant celle qui lui a tout pris un an plus tôt.

Il lui faudra la traquer jusqu’au fin fond de la Norvège, en prenant le risque de tout perdre une seconde fois.

Ce que j’en pense :

Margo vit dans l’arrière-pays niçois, où elle a tenté de refaire sa vie, car on lui a volé son identité. Elle travaillait à Europe Assistance, où elle était appréciée, envisageait de faire sa vie avec Basile et tout a basculé. Comment survivre quand on ne sait plus qui on est, quand on est obligé de changer de nom, car il faut prouver qu’on a été victime d’une usurpation d’identité ! bravo la logique, comment prouver que l’on est innocent, comment entamer des démarches juridiques quand quelqu’un d’autre a pris votre place ?

C’est ainsi qu’Émeline est devenue Margo.

Comme Robin est entré dans sa vie au sud de la France et que la fille de ce dernier, Ada, compte beaucoup pour elle, elle finit par avouer qui elle est à Ada et enfin se lancer activement à la poursuite de l’usurpatrice.

Elle réussit à découvrir une trace de la fausse Émeline, en Norvège et se lance sur ses traces, dans un pays qu’elle ne connaît pas. Et on s’aperçoit que c’est très compliqué, beaucoup plus encore qu’elle ne l’imaginait, car il y a en fait plusieurs Émeline, nées le même jour, dans des pays différents.

J’ai eu beaucoup de plaisir à suivre le périple de Margo, son opiniâtreté, ses moments de doute, les personnes censées l’aider, notamment un homme au consulat qui accepte de la rencontrer et se fait assassiner. Margo ne sait jamais à qui elle peut réellement faire confiance, chacun semblant avoir un intérêt personnel dans l’histoire.

On fait ainsi la connaissance d’Agnès, professeur de français en Russie qui a dû quitter le pays en catastrophe, car elle était accusée d’incitation à l’homosexualité, dans un pays ouvertement homophobe, et elle peut être incarcérée pour cela et dans des conditions qu’on imagine sans mal. Pour fuir, il lui fallait de faux papiers et traverser les frontières en douce pour aller en Norvège. Elle est aidée par son compagnon, Renaud, dont on ne sait pas bien s’il est vraiment honnête… s’acheter un vélo, uniquement pour franchir la frontière à Mourmansk,car c’est la seule manière « légale » , à l’époque de l’assassinat de Boris Nemtsov et d’Anna Politovskaïa cela laisse rêveur… « Agnès a été condamnée à quinze ans de camp à régime sévère en Sibérie »

On voyage aussi en Roumanie, au moment de la chute de Ceausescu avec Nae et sa sœur dont la famille appartient aux Témoins de Jéhovah… cette secte a été un temps acceptée puis, il a fallu fuir. Après un passage en Russie, Nae alias Valentin s’est retrouvé en prison pour refus de porter l’uniforme de l’armée, en tant qu’objecteur de conscience. Exil aussi…

Tout ce petit monde va se retrouver inscrit à un marathon en Norvège, certaines tentant de conserver à tout prix leur nouvelle identité, alors que d’autres, Margo, veulent récupérer la leur et trouver qui est à l’origine du trafic. Mais, ne divulgâchons pas !

Je me suis toujours demandé ce que je ferais si cela m’arrivait un jour, mais c’était lointain, cela n’arrive qu’autres, bien sûr ! en fait, les papiers d’identité sont devenus tellement sécurisés difficile à pirater qu’il est devenu plus simple de voler l’identité.

Au fur et à mesure que j’avançais dans la lecture, les choses se compliquaient dans ma tête et certaines certitudes en prenaient un coup : comment ne pas avoir d’empathie pour ces personnes dont la vie est en danger dans des pays où les droits de l’homme sont réduits à la portion congrue ? qu’est-ce que j’aurais fait à la place d’Agnès, sous la férule d’un Tsar homophobe, imbibé de testostérone ? quand l’espoir Mikhaïl Gorbatchev est parti en fumée, et s’est noyé dans les vapeurs d’alcool de Boris Eltsine, obsédé lui aussi dans sa volonté de garder le pouvoir…

J’ai adoré, courir dans la neige et le froid de la Norvège dont parle si bien Thomas Martinetti, en fait il en est tombé amoureux de ce pays et c’est très contagieux ! quand il m’arrivait de faire une pause dans la lecture, j’étais aussi crevée et pleine de courbatures que Margo et les autres….

Margo a l’habitude de courir, on ne se lance pas dans un marathon, comme ça, uniquement pour retrouver son identité, il faut être capable de tenir la distance et elle partage avec nous sa play-list, avec des titres qui me plaisent aussi; clin d’oeil au passage au compte Spotify qu’elle partage avec Ada …

J’ai hâte de lire la suite, pour savoir ce qui va arriver aux protagonistes, tant ils sont tous attachants et ce voyage, du sud de la France à la Norvège en passant par la Russie et la Roumanie, entre autres, a été un très beau pied de nez au confinement, couvre-feu et autres joyeusetés actuelles …

Voyage, voyage
Plus loin que la nuit et le jour (voyage, voyage)
Voyage (voyage)
Dans l’espace inouï de l’amour
Voyage, voyage
Sur l’eau sacrée d’un fleuve indien (voyage, voyage)
Voyage (voyage)
Et jamais ne revient…

J’ai choisi ce roman, en accès libre il me semble, sur NetGalley pour le sujet de l’usurpation d’identité et je suis tombée sous le charme…

Un grand merci à NetGalley pour m’avoir permis de découvrir ce roman et son auteur aux talents multiples…

#margo #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Thomas Martinetti, né le 28 janvier 1982 à Nice a de multiples casquettes : scénariste de télévision et de cinéma, réalisateur, producteur… On lui doit la série de courts-métrages « Femmes tout court ».

Attirés par le monde de la BD, il signe avec Christophe Martinolli les scenarii de la trilogie fantastique « Seul survivant » avec Jorge Miguel pour les dessins   chez les Humanoïdes Associés.

« Margo » est son premier roman.

https://www.thomasmartinetti.fr/

Extraits :

Quant à moi, c’est Margo. Pas de diminutif, ni de pseudo. Je m’appelle Margo. C’est ce que j’ai répété au village et dans la vallée lorsque je m’y suis installée. C’était si simple. Quelles preuves avaient-ils ? Aucune. Après tout, si je dis m’appeler Margo, c’est sûrement vrai. Petit à petit, ils m’ont reconnue dans les rues. Et ils m’ont accordé leur confiance.

Enfin, Ada est encore très jeune et pourtant, comme moi, elle a connu le vertige total en sentant son monde s’effondrer sous ses pieds. C’est sans doute notre lien le plus fort. Une filiation invisible et souvent muette.

Le vol de mon identité n’a pas seulement détruit mon couple. Avec lui, c’est comme si mon dernier lien avec mon entourage d’avant avait été rompu. Pour mes amis et ma famille restés à Nice, la situation est encore abstraite. Ils se font une idée personnelle de l’usurpation d’identité et de ses conséquences.

J’ai toujours cru que ça n’arrivait qu’aux autres. Et puis, un matin, je l’ai sentie. Cette impasse. Ces murs qui m’écrasent de toutes parts. Cette asphyxie continue.

J’ai songé à lui laisser définitivement la place. Elle est devenue moi. Je ne suis devenue personne. J’ai très sérieusement pensé à me retirer de la partie pour de bon.

L’usurpation d’identité touche plus de 200 000 personnes en France tous les ans. Certaines victimes vivent avec depuis des années, sous la menace d’être arrêtées pour un crime qu’elles n’ont pas commis, et obligées de prouver régulièrement leur innocence.

C’est la Venise du nord comme l’appellent les Norvégiens. Les Belges ont Bruges, les Français ont Amiens. A chacun sa Venise finalement. Elle n’a pas toujours ressemblé à cette collection de maisons de poupées. Ålesund a même failli disparaître, réduite en cendres. L’incendie du 23 janvier 1904 détruisit près de 800 maisons en une nuit…

…La renaissance de la ville sera due à l’Empereur d’Allemagne Guillaume II, qui affectionnait particulièrement ses séjours à Ålesund.

On l’accuse d’encourager le comportement déviant de certains élèves. On l’invite à démissionner de ses fonctions. On la menace carrément. On lui demande de quitter la Russie.

Quand, Renaud lui a demandé de prendre le train le soir même, elle lui a d’abord ri au nez. mais c’était avant les menaces de mort, la fouille du lycée et l’arrestation musclée de ses deux colocataires, sans le moindre mandat…

Pendant des décennies, le grand banditisme, toujours à l’affût de nouveaux marchés, s’est donné beaucoup de mal à fabriquer de faux papiers. Dans le même temps, les gouvernements se sont efforcés de rendre les documents officiels quasiment infalsifiables. Dès lors, il est devenu plus facile de voler une identité, que d’en créer une. Nouveau marché, nouveaux trafics.

Lu en février 2021

Publié dans littérature USA, Thriller

« Diamants de sang » de James Patterson et Marshall Karp

Petit intermède polar aujourd’hui avec ce livre d’un auteur prolixe dont je n’ai encore lu aucun des romans, celui-ci ayant été écrit à quatre mains :

Résumé de l’éditeur :

L’avant-première d’un film à gros budget… Le tout-Manhattan attendu… Alors que la comédienne vedette s’apprête à fouler le tapis rouge, exhibant une parure d’émeraudes et de diamants valant huit millions de dollars, une détonation retentit, suivie du crash d’une Cadillac.

Un crime vient d’être commis. Les bijoux ont disparu… et personne n’a rien vu ! Une enquête cousue main pour le NYPD Red, l’unité d’élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous.

Des penthouses aux bas-fonds de la ville où le crime ne s’arrête jamais, le détective Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald – son ex-petite amie – n’auront guère le temps de chômer. D’autant que le tueur a d’autres cibles en vue…

Ce que j’en pense :

L’action démarre sur un vol de bijou rondement mené, si ce n’est le fait que l’actrice qui le portait y laisse sa vie, mortellement blessée par un coup de feu : son garde du corps et du cœur a voulu la protéger en s’emparant de l’arme brandie sur elle mais le coup est parti… envolé le tapis rouge et surtout le collier d’émeraudes et de diamants confectionné par Leo Bassett d’une valeur de huit millions de dollars…

Le duo d’enquêteurs formé par Zach Jordan et Kylie MacDonald, pour le NYPD Red est chargé de l’affaire. Mais, ils ne sont pas au bout des surprises : Leo Bassett devait normalement accompagner l’actrice, mais lui a fait faux bond au dernier moment, sous prétexte qu’il puait le poisson (incident lors d’un buffet) ce qui était au-dessus de ses forces !

Les deux frères Bassett sont des « bijoutiers » ayant pignon sur rue, très riches et méprisant ceux que ne sont pas de la haute comme dit l’auteur…

En même temps, la maire fraîchement élue de New-York fait appel à eux, en toutes discrétion bien sûr car des vols de matériels médicaux hors de prix ont lieu dans des hôpitaux : scanners, IRM, appareil à mammographie…

Ils doivent donc mener les deux enquêtes de front et vu le caractère bien trempé de chacun, surtout de Kylie, on peut s’attendre à de multiples rebondissements, d’autant plus que leur vie privée est loin d’être de tout repos.

Spence, le mari de Kylie est toxicomane et a rechuté après avoir résisté dix ans après avoir subi une cure de désintoxication. Il fait n’importe quoi, c’est l’escalade dans l’usage des drogues, et il va même jusqu’à saccager les studios où il travaille.

Zach vient d’emménager avec Cheryl, flic aussi et ce n’est pas de tout repos car chaque fois que Kylie l’appelle au secours pour partir à la recherche de son mari… Tous les deux ont eu une aventure des années auparavant et Zach accoure chaque fois que Kylie l’appelle…

C’est la première fois que je lis un thriller de James Patterson et, ma foi, j’ai passé un bon moment, on ne trouve des litres d’hémoglobine, les héros sont attachants avec leurs défauts, comme leurs qualités. On a une belle exploration des liens tumultueux entre police et politique, ou des milieux huppés de la ville qui ne pensent qu’à l’argent, à arnaquer les autres et éliminer ceux qui se mettent en travers de leur chemin.

Un clin d’œil au passage à Annie Ryder, une mamie magouilleuse de la petite délinquance dont le rejeton Teddy, ayant ses quelques neurones mal connectés, à l’art de se mettre dans des situations compliquées. Annie est truculente à souhait, parlant à son mari par l’intermédiaire de l’urne contenant ses cendres, mais elle fourmille d’idées pour sauver son rejeton…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de faire la connaissance de la prose de son auteur, ici en collaboration avec Marshall Karp, découverte fort sympathique. En général, j’aime bien les polars publiés par les éditions de l’Archipel, car ils ont une trame intéressante, le côté psychologique et les relations entre les policiers, ou les protagonistes sont bien appréhendés.

J’ai très envie de lire d’autres de ses nombreux romans, notamment ceux dont le héros est un détective noir du nom d’Alex Cross, série qui comprend une vingtaine de tomes ou retrouver ce duo dans la série NYPD Red…

#Diamantsdesang #NetGalleyFrance

7/10

Les auteurs :

Avec quelque 385 millions de livres vendus, James Patterson est l’auteur de thrillers le plus lu au monde. En 2020, ses nouveautés ont toutes figuré en tête des meilleures ventes aux États-Unis.

Marshall Karp, coauteur des romans de la série « NYPD Red » – Tapis rouge, Lune pourpre, Lettres de sang et Alerte rouge, tous publiés aux éditions de l’Archipel –, est scénariste à Hollywood.

Extrait :

En travaillant pour le Red, je suis aux premières loges pour observer les mœurs des gens de la haute. Bien sûr, les frères Bassett, ce n’était pas exactement la haute. Plutôt le un pour cent du un pour cent ultra-privilégié, et leur « résidence » avait tout d’un palace.

A l’époque où New-York connaissait son apogée industrielle, le sud de Manhattan était truffé de lofts qui abritaient des bureaux et des usines mais n’avaient pas vocation à accueillir des résidents. Au début des années 1980, la loi avait changé, et les spéculateurs immobiliers avertis avaient racheté pour une bouchée de pain ces immeubles froids austères et infestés de rats.

Les Bassett s’y étaient pris tôt, transformant un entrepôt de six étages sur la 21e Rue Ouest en un remarquable triplex. Leo occupait la moitié inférieure de l’immeuble, alors Kylie et moi avons pris l’ascenseur jusqu’au troisième…

Lu en janvier 2021