« SARA, elle veille sur vous » de Sylvain Forge

J’adore me faire peur avec la cybercriminalité, la psychose des robots qui viennent se substituer aux humains, alors j’ai eu envie de me replonger dans l’univers de Sylvain Forge, car pourquoi résister à la tentation ?  

Résumé de l’éditeur :

Big sister is watching you « SARA peut retrouver votre enfant perdu dans une foule ou veiller sur votre adolescente qui rentre de son cours de gym, à la nuit tombée. Pourquoi tant de gens la détestent-ils? »

Nantes est devenue la terre de toutes les luttes. Confrontée à une explosion de la délinquance, la cité des Ducs élit un nouveau maire, le très populiste Guillaume de Villeneuve : avec SARA, un réseau de caméras intelligentes, il entend mettre la ville au pas.
Quand l’un de ses proches, expert en robotique connu dans le monde entier, disparaît mystérieusement, la commandante de police Isabelle Mayet est chargée de l’enquête. Jeune maman tiraillée entre sa nouvelle vie de famille et son devoir de flic, elle doit compter sur l’aide  de Lucas, son nouvel adjoint aux méthodes peu orthodoxes, et d’un jeune expert en cybersécurité.
Mais dans cette affaire, les policiers nantais, déconsidérés et menacés par l’intelligence artificielle à qui certains prêtent toute-puissance, vont payer le prix fort.
Applaudi par les uns, farouchement combattu par les autres, le système de surveillance divise  : jusqu’où chacun est-il prêt à aliéner sa liberté au nom de la sécurité  ?

Ce que j’en pense :

Bienvenue à Nantes, terre de révoltes, où règne la délinquance, et qui vient d’élire un nouveau maire, populiste : Guillaume de Villeneuve. Celui-ci a, illico, doté sa ville d’un système de vidéosurveillance sophistiqué, SARA, dont le but est de faire une place belle à le reconnaissance faciale, système particulièrement prisé par la Chine… comme par hasard, l’assistante du maire est Chinoise, alors…

Le meilleur ami du maire, expert en robotique (de haut niveau là encore) qui a mis au point la main bionique du maire, a brusquement disparu des radars. On ne tarde pas à retrouver son corps, noyé dans sa piscine. Une enquête commence avec la commissaire Isabelle Mayet, son collaborateur Lucas et un jeune expert en cybercriminalité.

Une enquête passionnante, menée de main de maître par Sylvain Forge, qui est comme un poisson dans l’eau dans ce milieu de l’informatique de la robotique, de la vidéosurveillance. J’ai beaucoup aimé, beaucoup tremblé, et ce roman ne va pas améliorer ma défiance, méfiance vis-à-vis de la reconnaissance faciale de la surveillance de haute volée sous prétexte de protéger une ville de la délinquance. SARA propose aux habitants de retrouver un enfant disparu, ou de dénoncer le stationnement illégal en échange d’un bon d’achat dans un magasin de la ville…

Dans ce milieu tous les coups sont permis, on n’hésite pas à tuer à compromettre pour arriver à ses fins…

Après avoir refermé le livre, je n’ai plus regardé mon robot cuiseur de la même manière, en l’imaginant désormais capable de me maltraiter ! pas la peine non plus de me proposer un aspirateur robot pour la fête des mères : penser qu’il puisse enregistrer tout ce qui se dit dans la maison…. Si vous êtes cyber-paranoiaque il vaut peut-être mieux faire un détour…

J’ai beaucoup aimé ce thriller, même si la fin m’a heurtée, et ce fut un réel plaisir de retrouver la plume de Sylvain Forge dont j’ai apprécié « Sauve-là ».

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir un nouveau roman de cet auteur.

#Sara #NetGalleyFrance !

Un autre avis qui m’a donné envie de lire ce roman : https://vagabondageautourdesoi.com/2022/04/01/sylvain-forge/#comment-13156

8/10

Extraits :

Vous pouvez désormais signaler les voitures en stationnement illégal ; il suffit de les prendre en photo, puis de déposer les images sur la plateforme de la Ville. Pour chaque amende adressée, vous recevrez dans votre boite mail un bon d’achat à utiliser dans les boutiques du centre-ville, partenaires du programme…

Peu de risque d’ailleurs qu’ils se salissent les mains avec une arme à feu ou un couteau, comme ces types qui poignardaient des passants au nom d’Allah. Détourner une machine ou injecter un virus informatique dans un système vital était bien plus retors et tout aussi efficace.

Il fait partie du package fourni par Corpo Network. Un algorithme fondé sur l’architecture des réseaux neuronaux qui analyse les visages pour mettre à nu les sentiments. La société affirme que le programme est efficace à 75% pour repérer la surprise, la peur, la colère ou la joie…

Lu en mai 2022

« EGO » de Maxime Girardeau

Comme j’ai apprécié le précédent roman de l’auteur : « Persona », je n’ai pas pu résister à celui dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Dans les décombres d’un violent carambolage en plein Paris, la police découvre des morceaux de corps affreusement mutilés. Contrairement à ses collègues, la capitaine Laurence Milhau, chargée de leur identification, doute que ces morts soient liées à un règlement de comptes.
Soupçons que confirment l’appel de son ancien patron. Après des mois de silence, le commissaire Franck Somerset refait surface pour lui demander un service : identifier officieusement un jeune inconnu mêlé à la disparition suspecte du fondateur d’une startup nommée EGO. Pourquoi tant de mystère ? Pourrait-il s’agir des cadavres retrouvés dans l’accident ?


Pour la capitaine Milhau et le commissaire Somerset, c’est une étrange affaire qui s’annonce, faite de manipulation et de mensonges, de propagande et de vérités alternatives, qui les mettront sur la piste d’une invention tout aussi extraordinaire que dangereuse si elle tombe entre de mauvaises mains …

Ce que j’en pense :

Maxime Girardeau, nous signale au passage que : « alors que Persona traitant de vengeance, EGO traite lui, de manipulation ». Nous voilà prévenus !

Alors qu’il se prépare à recevoir sa petite-fille, un homme fait sa liste de choses à faire, dont une commande spéciale : aller chercher un « colis » pour le livrer à l’adresse qu’on lui indiquera.

Malheureusement il est victime d’un accident mortel et de la voiture en miettes s’échappent des sacs contenant des corps mutilés. Entrée en scène de la capitaine Milhau, il s’agit d’identifier les deux victimes.

En parallèle, un jeune homme, directeur de EGO start-up qu’il a créée avec un ami russe a brusquement disparu des radars et son amie s’inquiète, fait appelle à Ariane qui a créé, quant à elle, un logiciel qui permet de tracer plus ou moins tout le monde…

EGO fonctionnait comme un super psychologue. Le programme récoltait tout ce qu’une personne postait dans l’espace immatériel, digérait l’information, puis affichait son profil psychique. Ce profil, d’une profondeur et d’une précision hors du commun, prenait la forme d’une transcription mathématique exhaustive d’un ego.

Mais, l’état-major de l’armée s’en mêle et notre ami Franck Somerset est rappelé de sa retraite en solitaire… On retrouve les personnages dont on a fait la connaissance dans « Persona » mais ne divulgâchons pas !

J’ai lu ce roman de manière totalement addictive, car l’intrigue m’a plu, la manière d’aborder Internet, les réseaux sociaux qui nous pistent (évidemment quand on parle de soi, se photographie, on ne peut s’étonner des conséquences, car il ne s’agit pas seulement des discours de haine, de complotisme, mais on va plus loin, car EGO rassemble tout ce qu’on publie de nous, l’analyse et on devient une cible (pas seulement des pubs, mais aussi de manipulateurs qui n’hésitent pas à laver le cerveau des plus fragiles) et donc cela intéresse forcément l’armée, les services de renseignements…

Quand on voit ce qui se passe en Russie, avec le spécialiste de la cyberguerre (Guérassimov dont certains affirment qu’il est mort au combat : infox ?) les manipulations des élections, en refermant ce thriller, on ressort paranoïaque, en tout cas en ce qui me concerne, je ne suis sur aucun réseaux sociaux (sauf Babelio) depuis des lustres, antivirus sur tous mes appareils, VPN and Co…

Maxime Girardeau nous propose aussi une réflexion sur la violence de la société actuelle, la radicalisation, la démocratie  en danger, la République, et les grands psychotiques qui gouvernent, la main sur le bouton atomique…

Vous savez ce qu’on dit : l’éducation et l’information sont les deux jambes de la démocratie. Sans elles, la République est vouée à l’effondrement.

Une idée intéressante : chacune des parties du roman est consacrée à ce que C. G. Jung appelle les archétypes, : notre tendance innée à générer des images avec une charge émotionnelle intense, ce qui relie nos inconscients en une forme d’humanité ; il retient donc au, l’ange gardien, celui qui protège les autres, , la dominante (qui renvoie au leader), le héros, en quelque sorte le soldat qui lutte pour l’honneur , le créatif (non conformiste assoiffé de liberté), auxquels l’auteur a rajouté la résiliente.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#Ego #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

L’esthétique agissait sur elle comme un puissant filtre de persuasion. Cela venait de loin, d’un long conditionnement à apprécier le joli, le plaisant, le charmant, tout en induisant le rejet de leur contraire. Une manipulation sociale, culturelle, partagée par des milliards d’individus et qui investissait le « beau » d’un pouvoir presque mystique sur la psyché humaine…

Moins nombreux, les radicaux ont compris qu’ils n’avaient qu’une voie pour gagner, c’était de pousser les autres au dégoût, qu’ils n’aillent pas voter pour leur candidat. Ils réduisent ainsi la base électorale, conflictualisent tous les sujets, multiplient les « fake news » pour discréditer et galvaniser leurs troupes, le tout avec de la propagande adaptée à chaque profil sur les réseaux sociaux…

Le but est d’étouffer toute réflexion, toute prise de recul pour n’activer que les instincts du ventre, les passions, les haines et les peurs. Il n’y a que dans les discours politiques que tout est noir ou blanc…

Respecter une priorité est une marque de faiblesse, laisser un espace de sécurité l’assurance d’une queue de poisson, s’arrêter devant un passage piéton déclenche une révolution de klaxons. Une fois inséré dans le trafic, chacun mute en tueur potentiel. Si l’absolution existait, il écraserait, percuterait, pulvériserait à grands coups de carlingue en acier, tout ce qui l’entrave. Les rues sont saturées de meurtriers qui ne sont pas encore passés à l’acte.

C’est lisse, terne, sans histoire et sans culture, mais confortable. Une illustration à hauteur de flic du grand remplacement de l’ancien monde par le nouveau. Comme pour le reste de la société, il faut changer, évoluer, s’adapter à cette terre qui tourne avance, expulse hors de sa surface les impropres à la transformation.

Ce monde brûlait. L’hystérie détruisait l’intelligence à un rythme effréné. Tous les sujets, même les plus anodins, devenaient le théâtre de conflits civils. Toute approche de conciliation apparaissait comme une cible à brûler. Les idéologies agissaient comme une fracturation hydraulique du concept même de société, de nation ou de groupe. De tout bord, les propagandes recrutaient des croyants, fidèles aux passions tristes, la raison en sommeil. Ils rejoignaient leur escadron et participaient avec ferveur à ce « nous contre eux » communautaire, arpentant les tranchées Twitter et Facebook, quête d’ennemi à « cancel » …

On sommait « les gens » de choisir leur radicalité comme une nouvelle patrie. Qui était ce on ? Quand le compromis était-il devenu la valeur à abattre ? Même l’apocalypse écologique n’apparaissaient plus comme l’horizon le plus probable. Il y avait aussi les milliardaires qui s’amusaient avec le bouton atomique…

Depuis la nuit des temps, l’humanité n’a pas évolué. Nous n’avons jamais cessé de nous faire la guerre pour la puissance, l’autorité, la propriété, le contrôle dans une naïve quête égotique. Pour se regarder dans une glace et s’aimer.

Lu en mars 2022

« Signatures » de Tom Clearlake

Période de blues depuis quelques mois, entre douleurs et autres joyeusetés covidiennes, alors la concentration et la motivation étant un peu en berne, je me suis offert ce que j’appelle un « Intermède thriller », bien plus efficace qu’un antidépresseur, en ce qui me concerne, avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Le corps d’une femme est retrouvé dans un sanatorium abandonné. Sa mort a été mise en scène comme une œuvre d’art. Margot Bellanger, psycho criminologue, et son équipe, sont chargés de l’affaire.

Quelques jours plus tard, une autre femme est retrouvée assassinée dans les mêmes conditions.

Le tueur, désormais surnommé « l’artiste, » ne s’arrêtera pas là. Dans une quête de notoriété, il enverra un journaliste sur les lieux du troisième meurtre…

Margot et son groupe de l’analyse criminelle de l’OCRVP sont sur la brèche. Une course contre la mort s’engage contre le monstre.

Mais un écrivain, en mal d’inspiration, va compliquer l’enquête quand il lancera un appel au tueur pour lui proposer d’écrire un true crime…

Ce que j’en pense :

Le récit débute sur le harcèlement téléphonique d’une femme : une voix d’homme qui promet qu’ils vont bientôt faire connaissance de manière intime. Qui est-il et comment a-t-il trouvé son numéro et son adresse ? Elle songe brièvement à faire appel à la police, mais pense qu’on ne la prendra pas au sérieux ou pire qu’on se moquera d’elle.

Ensuite, pleins feux sur un groupe d’analyse criminelle (OCRVP) où travaille Margot Bellanger, psycho criminologue, sous les ordres de Laurent. En effet, le corps d’une femme vient d’être découvert dans le sanatorium désaffecté d’Aincourt ; elle est nue et attachée, avec une mise en scène terrible : le corps est disposé comme une œuvre d’art.

Quelques jours plus tard, le corps d’une autre femme est retrouvé, toujours avec une mise en scène évoquant une œuvre d’art.

Il s’agit d’être discret alors que les journalistes, plus ou moins paparazzi pour certains rodent et le sérial killer, très malin, exploite tout ce qui peut faire parler de lui. Alors pourquoi pas une interview exclusive ?

L’auteur va nous entraîner dans les méandres de l’esprit tortueux, machiavélique d’un homme, intéressé par l’art, probablement artiste, (« l’artiste », c’est d’ailleurs ainsi qu’on le surnommera) pervers narcissique, ayant des comptes à régler avec les femmes.

Il nous propose une scène d’anthologie : un écrivain, atteint du syndrome de la page blanche veut écrire la biographie du tueur, se fait inviter par François Busnel à La Grande Librairie, pour évoque son futur livre et il s’adresse au tueur directement devant la caméra ! Tous les moyens sont bons pour attirer l’attention sur lui, à nouveau tant pis si cela met en danger la vie de Margot (s’en prendre à une policière reconnue pour la réduire au silence et tenter de la détruire psychologiquement, c’est jouissance extrême pour le tueur !)

J’ai aimé suivre cette équipe, sa manière de progresser dans l’enquête, même si je me suis un peu perdue dans les différents sigles et fichiers. Il y a des scènes difficiles, tant le machiavélisme du tueur atteint des sommets mais Tom Clearlake n’entre pas trop dans les détails, laissant le lecteur créer ses propres images, on ne cauchemarde pas en refermant le livre. Même lorsque l’on apprend qu’il peint, avec le sang des victimes ! mais ne divulgâchons pas !

Une fois immergée dans l’histoire, je me suis laissée emporter par le rythme endiablé, et je l’ai lu en apnée, tant le récit est bien construit, l’enquête solide, rien n’étant laissé au hasard. On assiste vraiment au quotidien de cette équipe, les moyens dont elle dispose, et les réflexions de chacun sur la société actuelle, sa violence, le désir de certains d’être célèbre, de faire la une des journaux, pour laisser une trace à tout prix…

Je n’avais lu que « Sans retour » de Tom Clearlake, qui m’avait franchement déçue, mais cette lecture a été tellement addictive que j’ai envie d’en découvrir d’autres, je ne sais pas quand vu l’état démentiel de ma PAL mais c’est une chose certaine. De l’inconstance de nos actions dirait Montaigne, en l’occurrence ici ce serait plutôt de mes opinions…

Mon éclectisme en matière de choix de lectures et d’écrivains est légendaire, et j’aime bien découvrir de nouveaux talents, même si je deviens de plus en plus difficile. Il m’arrive de m’enthousiasmer parfois pour des livres qui ne m’auraient pas forcément plus il y a quelques années, les confinements ayant quelque peu modifié mes centres d’intérêt. J’ose espérer que ce n’est que transitoire.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Moonlight qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#Signatures #NetGalleyFrance !

8/10

L’auteur :

Tom Clearlake est né au Canada en 1973 et s’est passionné très tôt pour les « lectures de l’imaginaire » avec Edgar Allan Poe, Jules Verne, Agatha Christie, Stephen King, entre autres, qui lui ont donné l’envie d’écrire. Pour en savoir plus je vous conseille son site : https://www.tomclearlake.com/

Extraits :

Le temps n’est l’ami de personne. Il sait être sournois, se faire oublier, et vous enfoncer un poignard dans le dos quand vous pensez l’avoir vaincu. Ou il se montre constant, très proche de vous, tel un ennemi attentif à votre souffrance. La vie, finalement, ce n’est qu’attendre la mort. Et avec le sourire, s’il vous plaît.

L’ancien sanatorium d’Aincourt, construit en 1933 et laissé à l’abandon depuis plus de trente ans. On ne pouvait choisir plus sordide, plus approprié pour perpétrer des faits de cette nature.

De nos jours, qui n’est pas en quête de célébrité ? dit Laurent. Les médias offrent à qui veut la prendre une gloire synthétique. Mais au bout de cet hameçon, il y a un prix à payer. C’est une allégorie du pacte de Faust.

Sauf que ce monstre n’a pas d’âme, et qu’il n’a donc rien à vendre au diable répliqua Margot.

Ils avaient tout faux. Bernard Coutier aimait à dire que « l’inspiration est comme une maîtresse perfide, cruelle. Un jour elle vous sourit, l’autre, elle vous délaisse sans raison, se volatilise ». Sa citation sonnait maintenant comme une prophétie. Car c’était précisément ce qui lui arrivait.

Toutefois, notons ici que la distraction est la première caractéristique d’un artiste qui s’ignore. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas un défaut, c’est même une qualité. La distraction est une recherche inconsciente…

Nous éprouvons ce besoin d’être reconnus parce que l’humain est en train de perdre sa place dans l’univers. C’est comme une sorte de cri, un appel à l’aide. Je suis là ! J’existe ! Nous sommes noyés dans la masse de la surproduction. Perdus dans la confusion que toute cette matière génère. Vouloir être reconnu, sortir de la mêlée anonyme, pour un individu, c’est la manifestation de ce que l’espèce entière éprouve à l’échelle planétaire, cette lente dissolution de l’humain dans la matière de consommation.

Lu en février 2022

« Délivre-nous du mal » de Chrystel Duchamp

Comment résister à Chrystel Duchamp ? depuis que j’ai lu « L’art du meurtre » il m’est impossible de résister : alors je vais vous parler aujourd’hui de son dernier roman :

Résumé de l’éditeur :

Février 2018. Anaïs sollicite l’aide de son ami Thomas Missot, commandant à la PJ de Lyon. Pour elle, pas de doute, sa sœur Esther a été enlevée. Pourquoi aurait-elle, sinon, laissé derrière elle ses clés de voiture, ses papiers et son téléphone portable ?

Les mois passent et, tandis que l’enquête s’enlise, d’autres jeunes femmes se volatilisent. Jusqu’à ce qu’un corps soit retrouvé pendu dans une usine désaffectée, le crâne rasé, la langue sectionnée. Puis un deuxième…

Thomas sait désormais qu’un tueur en série sévit dans la région. Mais il ignore encore que ces cadavres ne sont que la partie immergée du plan machiavélique d’un individu avide de vengeance…

Ce que j’en pense :

Anaïs est inquiète car elle n’a pas de nouvelles de sa sœur Esther depuis quelques jours, après une dispute en famille. Elle décide de se rendre chez elle, car elle a ses clés, mais chose étrange Esther a disparu, en laissant derrière elle son sac, ses clés de voiture, ses papiers, et son téléphone ainsi qu’un message curieux demandant de ne pas la chercher. Doutant même qu’il s’agisse de son écriture, Anaïs fait appel à Thomas Missot, commandant à la PJ de Lyon.

Tout ce que l’on sait à propos d’Anaïs, c’est sa méfiance vis-à-vis des hommes, sa vie en solitaire depuis qu’elle a mis fin à sa relation avec son petit ami. Est-il responsable de sa disparition ?

L’enquête piétine pendant plusieurs mois. Un matin, un jeune artiste, Mathéo qui se rend dans une usine désaffectée pour faire des photos, tombe sur une femme pendue. Anaïs ? Que nenni, il s’agit d’une autre jeune femme, tondue, la langue coupée et cautérisée de manière barbare, dans la poche de sa combinaison violette, une paire de ciseaux maculée de son sang, et pas d’autres empreintes.

Quelques temps plus tard, une autre jeune femme est retrouvée, pendue, combinaison violente, crâne rasé, langue coupée…

Une enquête qui va s’emballer, car désormais on sait qu’il y a un tueur en série dans les parages. On entre au passage, dans la vie privée du fort sympathique commandant Missot, dont l’amour du métier a conduit sa famille au divorce, en passant pas les kilos en trop, à force de manger n’importe comment et surtout une inquiétude pointe à l’horizon : sa fille ne mange pratiquement plus et sombre dans l’anorexie et ne veut pas parler de son mal-être.

Chrystel Duchamp nous entraîne sue des disparitions de jeunes femmes, toutes victimes de harcèlement, viols et autres maltraitances, sur fond de maladie de l’ergot de seigle qui s’abat dans une région. Elle n’hésite pas à aborder les difficultés des policiers surchargés par la paperasse, au détriment de l’action sur le terrain, des dépressions, du taux de suicide…

Elle traite très bien son sujet, avec le féminisme et ses dérives possibles, la misandrie aussi car les extrêmes sont parfois des deux côtés, avec un récit passionnant, au rythme enjolivé, comme à son habitude et un sujet bien maîtrisé, documenté.

J’ai aimé me promener avec Thomas dans certains quartiers de Lyon, ou Saint-Etienne, et revoir le Plateau d’Assy avec ses sanatoriums à l’abandon, etc… bref, un petit hommage à ma région.

J’ai découvert Chrystel Duchamp avec « L’art du meurtre » que j’ai beaucoup aimé, puis « Le sang des Belasko » et ce troisième opus m’a tout autant passionnée. Il n’était disponible au téléchargement que pendant dix jours, alors précipitation et aussitôt téléchargé, aussitôt lu bien-sûr !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume d’une auteure que j’apprécie beaucoup.

Inutile de s’offusquer : je ne dirai jamais autrice, tellement c’est moche, tout comme l’écriture inclusive (on n’est plus dans une langue vivante mais dans un langage codé !) ou les pronoms non genrés : ce n’est pas en féminisant les termes qu’on fait évoluer les droits des femmes. C’était la minute d’Eve, largement inspirée de la célèbre minute de Mr Cyclopède…

#DÉLIVRENOUSDUMAL #NetGalleyFrance !

8,5/10

Extraits :

La misandrie – à l’instar de son prédécesseur, la misogynie – infiltrait la société avec une bêtise consternante. Ses représentantes les plus extrêmes se montraient sans concession.  L’exemple le plus flagrant : une militante affirmait boycotter toute œuvre artistique créée par un homme. Thomas se remémora aussi les mots d’Esther rapportés par Anaïs : « Tous les mecs se ressemblent : tous des cons ! »

Le commandant ouvrit un sachet de madeleines au chocolat. La voix de sa conscience le blâma : jamais tu ne te soulageras de tes kilos en trop ! Après avoir terminé l’intégralité du paquet – et s’être promis de ne plus céder à la tentation – il se remit au travail.

Le commandant lança Internet et tapa sa requête. Elle se limitait à trois mots-clés : torture, langue, coupée. Plusieurs résultats s’affichèrent à l’écran et il jeta son dévolu sue un blog qui décrivait les deux techniques les plus usitées au Moyen-Âge : sectionner la langue avec un ciseau métallique ou la couler au mur avant de pendre l’inculpé… Ce supplice était réservé aux crimes de diffamation de parjure ou de blasphème.

Si nous ne perdions pas nos journées à gratter du papier, tous les voyous seraient sous les verrous…

Dans le rétroviseur, le soleil caressait les reliefs enneigés et le ciel se parait de teintes roses et orange. Si Léa avait été assise à ses côtés, elle aurait assuré que Van Gogh et Monet se livraient une bataille sans merci au paradis afin de montrer au bon Dieu l’étendue de leur talent…

Les flics, les poulets, les keufs étaient haïs. Détestés. Montrés du doigts par la société et les médias. Le métier lui-même était dépossédé de sa fonction première et Thomas regrettait que ses pairs passent plus de temps à maintenir l’ordre qu’à secourir et protéger leur prochain.

Lu en janvier 2022

« Gagner n’est pas jouer »: Harlan Coben

Intermède thriller, aujourd’hui ! j’avais promis de rédiger ma chronique sur « Le chef-d’œuvre inconnu » d’Honoré de Balzac, mais je devais absolument rendre ce livre à la bibliothèque :

Quatrième de couverture :

Un vieil homme sauvagement assassiné à New-York. A ses côtés, une toile de maître et une valise portant l’inscription WHL III.

WINDSOR HORNE LOCKWOOD III.

Win. Un privé aux méthodes très spéciales, héritier d’une influente famille américaine.

Quel lien entre ce crime abject et les Lockwood ? Le passé remonte à la surface.

Une jeune fille séquestrée dans la « cabane des horreurs ».

Un groupe d’ados illuminés devenus terroristes.

Une spirale de colère, de haine, de vengeance, que rien ne semble pouvoir arrêter.

L’heure est venue pour Win de faire justice lui-même.

LA MORT EST UN JEU DANGEREUX…

POUR GAGNER, TOUS LES COUPS SONT PERMIS.

Ce que j’en pense :

L’histoire commence par une scène épique : Win après avoir assister à un match dans lequel son équipe s’illustre suit à la trace un individu qu’il a repéré (en fait il n’a assisté au match que pour cela) et lui inflige une correction en règle.

On apprend ensuite que Win, alias Windsor Horne Lockwood, troisième du nom, héritier d’une famille richissime et très en vue, est un privé, ayant autrefois appartenu au FBI, dont les méthodes laissent grandement à désirer. En arrivant à ses bureaux, qu’il partage avec une avocate en vie Saddie, il apprend que l’homme qu’il a copieusement agressé est un psychopathe, pervers narcissique, violent avec les femmes. Or une de ses victimes avait enfin accepté de témoigner, d’où la rage de Saddie qui espérait un procès en bon et due forme… En fait Win savait très bien ce qu’il faisait, car il était persuadé que l’homme ne serait jamais condamné…

Au même moment, il apprend qu’un homme vient d’être retrouvé assassiné dans son appartement, où règne un désordre indescriptible (Diogène, sors ton trou, euh de ton tonneau) : seule la chambre, scène de crime est très bien rangée et au mur trône un tableau dérobé à la famille de Win trente auparavant ainsi qu’une valise de luxe aux « armoiries » de la famille… il s’agit de Ry Strauss.

Le décor est planté, l’enquête va démarrer sur les chapeaux de roues, car la victime est un truand, membre du groupe des six, jeunes gens « révolutionnaires » qui avaient fait exploses une bombe artisanale trente ans auparavant aussi. A la même époque, Aldrich Lockwood, l’oncle de Win avait été assassiné à son domicile et Patricia, sa fille enlevée et séquestrée dans la « cabane des horreurs » où plusieurs jeunes filles avaient été torturées à mort. Miraculeusement, elle s’en était sortie et avait créé une association pour aider les femmes victimes de violence.

L’enquête est passionnante, et Win est sympathique malgré ses méthodes rudes et sa tendance à sortir ses poings, et de ce fait, on espère toujours qu’il va s’en sortir (un peu à la manière de ce cher Dexter, tueur en série, justicier autoproclamé qui punit les criminels ayant échappé à la justice !).

L’enquête est pleine de rebondissements, la richissime famille étant loin d’être exemplaire et comme toujours, avec un roman d’Harlan Coben, une fois bien entrée dans l’histoire, j’ai lu ce thriller en apnée, car la lecture devient rapidement addictive, par le rythme de l’enquête comme l’écriture. C’est seulement le troisième livre (je dois en lire un tous les trois ans environ) de l’auteur que je lis et c’est toujours un plaisir.  

8/10

L’auteur :

Né en 1967, Harlan Coben vit dans le New-Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants. Diplômé en sciences politiques de Amherst College, il a rencontré un succès immédiat dès la publication de ses premiers romans, tant auprès de la critique que du public.

Depuis « Ne le dis à personne » (2002) récompensé du Grand Prix des Lectrices de ELLE et adapté avec succès au cinéma par Guillaume Canet, Belfond a publié 22 romans de Harlan Coben

Extraits :

Tous les amoureux super-attentionnés ne sont pas des psychopathes, mais tous les psychopathes sont des amoureux super-attentionnés.

Le travail ne l’intéresse pas… Pourquoi travaillerait-il alors que rien ne l’y oblige ? Il pratique la bienfaisance comme la plupart des gens riches, donnant suffisamment pour paraître généreux, mais sans que cela implique le moindre sacrifice. Il est très attaché aux apparences et à la réputation…

… C’est le syndrome de tous ceux qui héritent d’une très grande fortune : au fond d’eux-mêmes ils savent qu’ils n’ont rien fait pour la mériter, que c’était juste une question de chance, et pourtant, ils doivent bien avoir quelque chose de plus que les autres, non ?

Nous sommes tous très forts pour nous trouver des excuses. Nous réécrivons l’histoire pour nous rendre plus aimables. Vous aussi, d’ailleurs. Si vous lisez ces lignes, c’est que vous faites partie des privilégiés, c’est sûr et certain. Le luxe dans lequel vous vivez, la plupart des hommes depuis l’aube de l’humanité n’auraient même pas osé l’imaginer.

Longtemps, on a mis en avant le concept de « nous sommes tous égaux », que les Américains ont brillamment promu au cours de leur honorable histoire, mais il faut se rendre à l’évidence : c’est l’argent qui fait pencher la balance. L’argent, c’est le pouvoir. Nous ne sommes pas dans un roman de John Grisham : en réalité, l’individu lambda ne peut pas tenir tête au système…

Lu en janvier 2022

« Sphère » de Florent Rigout

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, un OVNI que j’ai choisi pour le titre et pour faire la connaissance avec les éditions L’alchimiste, et le jeu valait la chandelle. Ce fut un petit moment de détente tandis que j’étais plongée dans la lecture de « La plus secrète mémoire des hommes » :

Résumé de l’éditeur :

Lieutenant au Service des violences domestiques, Franck Bassa est soudainement catapulté sur une affaire de meurtre, celui d’un physicien du SNOLAB, le célèbre Centre d’études sur les neutrinos.

Le flic retrouve vite ses vieux réflexes. Armé de méthodes peu conventionnelles, en proie à son passé et en quête de rédemption, il plonge dans cette enquête obscure.

Pourquoi avoir tué ce physicien ? Sur quoi portent réellement les recherches du SNOLAB ? Pourquoi des sbires d’une multinationale tentaculaire le pourchassent-ils ?

Et pourquoi un gamin se découvre-t-il subitement surdoué, écrivant sur les murs des équations dignes des plus grands mathématiciens du monde ?

Noyé au milieu de la Physique de l’Intelligence Artificielle, Franck Bassa s’enfonce dans la plus folle enquête de sa vie, prêt à tout pour découvrir le lien qui unit tous ces mystères.

Ce que j’en pense :

Franck Bassa, lieutenant dans une unité chargée des violences domestiques, où il se morfond, se trouve catapulté sur une scène de crime : un physicien de la société SNOLAB, qui étudie les neutrinos, a été retrouvé mort, assassiné. Le collègue qui travaillait avec lui a pris la fuite.

Curieusement, le directeur du centre de recherches a décidé de renvoyer tout le personnel… Alors que Franck l’arrête chez lui, en train de faire ses valises, et le ramène au commissariat, il est assassiné en pleine rue, au nez et à la barbe de Franck, persuadé de tenir le coupable.

Inutile de dire que sa supérieure le renvoie à son poste, mais une jeune femme, Emma, l’aborde et tente de se rapprocher de lui, sous prétexte qu’elle devait avoir un entretien dans la société. Espionne ? On plonge alors dans le domaine des mathématiques de haut niveau, des neutrinos, tandis qu’un concours est lancé pour résoudre une équation de haut niveau.

Mystérieusement un commando tente d’enlever un jeune adolescent, surdoué, qui écrit des formules incompréhensibles au commun des mortels sur les murs de sa chambre.

Quelle est la découverte faite par les deux scientifiques pour déclencher ces assassinats en série, avec des moyens mafieux ? derrières lesquelles se cache la société Skytral et en toile de fond la mystérieuse Sphère…

Il s’en suit une enquête qui a démarré sur les chapeaux de roues et nous réserve des découvertes intéressantes et un rythme fracassant, dans l’évolution des faits, sur fond de sociétés sans scrupules, qui veulent mettre la main sur tout ce qui peut leur permettre de dominer la planète.

Peu à peu, on fait plus ample connaissance avec Franck policier émérite, qui a fait une brillante carrière dans une unité intensive (RAID ?) jusqu’au jour où une balle dans le genou l’oblige à démissionner : il n’est plus opérationnel malgré la rééducation. Ceci va avoir des répercussions en cascades : Franck est un taiseux, et lorsque son épouse fait une fausse couche, il va se murer dans son silence et son chagrin jusqu’au jour où elle décide de faire sa valise alors exit Franck, direction le Canada…

L’enquête est passionnante. Je redoutais un peu au départ, car les démonstrations mathématiques, physiques, sont de haut niveau, mais je me suis vite immergée dans ce milieu et sur les traces de ce héros mais aussi sur la réflexion sociétale qui accompagne l’intrigue (Ah ! ces chers GAFAB and Cie qui nous polluent tant le paysage !) et il faut reconnaître que l’auteur se met à la portée du commun des mortels : les explications données à Franck nous en apprennent suffisamment pour ne pas se sentir noyés.

J’ai particulièrement apprécié l’opiniâtreté de Franck, son désir de comprendre, que ce soient les mathématiques, l’Intelligence Artificielle, la robotique ou les recherches sur l’autisme, il n’hésite pas à aller à la pêche aux infos, s’approchant des experts dans ces domaines. Et mon goût pour les policiers cabossés est connu.

J’ai beaucoup aimé le style de Florent Rigout que je découvrais avec ce thriller, et particulièrement apprécié, outre le côté addictif du récit, la manière dont il présente les faits, en avançant dans l’intrigue, il nous livre en alternance l’histoire à Bassora (en 998 après J.C.)   d’un jeune étudiant Ibn al-Haytan, alias Alhazen qui a accepté une mission pour étendre la gloire du calife sur tout le Moyen-Orient : découvrir les sources du Nil. Il a choisi pour l’accompagner Abu-Mansir, un jeune géographe qui a bien compris, lui, qu’en cas d’échec ce serait la mort assurée.

Les deux récits s’entrecroisent, nous permettant d’aborder les mathématiciens et les découvertes de l’époque, tout en progressant dans l’enquête et on se rend compte que le désir des hommes de dominer est le même, à l’approche de l’an 1000 qu’à l’heure actuelle, seule la sophistication des méthodes a changé…

A l’heure de la toute puissance des réseaux sociaux, avec les complotistes de tous ordres, ceux qui pensent que la Terre est plate, que l’homme n’a pas marché sur la lune, j’en passe et des meilleures, voici une phrase qui m’a bien plu :

Avant tous ses pairs, il (Alhazen) a affirmé qu’un homme de science doit se défaire de ses opinions, et opinion signifiait religion à cette période. Se débarrasser de l’influence des écrits sacrés, remettre en cause de manière systématique et ne valider uniquement ses théories que sur l’empirisme. Il s’agit de la première pierre de la science, de l’esprit critique et de la logique.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’Alchimiste (que je découvre avec ce livre) qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont j’ai envie de découvrir les deux précédents romans, notamment « Saisons sans toi » car son univers particulier a plus qu’éveillé ma curiosité…

#Sphère #NetGalleyFrance !

9/10

L’auteur :

Dans ses histoires, Florent Rigout explore le domaine de l’hypothèse, cet infime halo de brouillard à la frontière entre science et science-fiction, entre savoir et philosophie. De là, il espère poser humblement quelques mots sur l’inexpliqué et amener de l’eau au moulin des rêves.

On lui doit : « Saisons sans toi » et « Triangle »« Sphère » est son troisième roman.

Extraits :

Puis, sans rien dire, elle était partie un matin. Sans un message, sans explications. Cela dit, Franck n’en avait pas besoin, ne les connaissait que trop bien. Lassée des mois de silence et d’omerta qui avaient suivi sa fausse couche, lassée devoir le boulot regagner du terrain sur ces territoires qu’elle avait mis tant de mal   à conquérir, elle avait lâché.

Avant ce réconfort, une longue journée de cours l’attendait, avec le démarrage d’un nouveau cycle d’études pour sa classe. Ptolémée et Aristote les avaient copieusement occupés ces derniers mois, Ibn al-Haytam encore davantage. Son handicap l’obligeait à une charge de travail plus conséquente. Il devait lire, relire chaque ouvrage plusieurs fois avant d’en saisir le contenu. Cette maladie le fascinait autant qu’elle l’énervait. Confondre certaines lettres, trébucher sur les mots, lire sans trouver le sens…

On appelle cela le syndrome acquis du savant, il n’existe que six ou sept cas répertoriés dans le monde. Le garçon dot vous me parlez souffre-t-il d’une forme d’autisme ?

Parce que le Savantisme est plus fréquent chez les autistes. On n’en connaît pas les causes avec certitude, ni les mécanismes précis qui affectent le cerveau des personnes atteintes d’autisme, mais le développement de capacités prodigieuses, qu’elles soient mathématiques, mnémotechniques ou bien artistiques, ont plus souvent lieu chez eux.

S’il réussissait à asservir le Nil, à dompter les eaux mères, le souverain s’assurait le respect et la vénération du peuple entier. Les inondations jugulées et les récoltes optimisées le mettraient à l’abri de bon nombre de doléances. Discipliner la source du grand Nil signifiait tarir celle des maux et colères des Égyptiens…

Il faut cependant garder à l’idée que l’intelligence artificielle ne choisira pas une direction d’elle-même. L’homme, et l’homme seul, imprimera le chemin sur lequel elle évoluera et ça je crois, c’est ce qui nous terrifie, au fond. Nous savons que ces incertitudes dépendent de nous, et nous savons que nous sommes imprévisibles. Or, l’humanité, aujourd’hui, se situe à un tournant majeur dans l’histoire de l’intelligence artificielle.

Le microtubule est un élément du cytosquelette de nos cellules, donc de nos synapses. Dans le cerveau, Skytral a découvert que les microtubules jouaient un rôle majeur dans la formation de la conscience. A l’intérieur, des réactions quantiques très spécifiques s’y produisent, engendrées par les neutrinos qui voyagent en nous sans arrêt… Sans neutrinos pas de conscience. Pour ce dernier extrait, je vous le concède, un décodeur serait peut-être conseillé !

Lu en janvier 2022

« L’innocence et la loi » de Michael Connelly

J’avais envie de retrouver la plume de Michael Connelly alors son dernier roman était tentant :  

Résumé de l’éditeur :

Au sortir d’un pot pour fêter sa victoire au tribunal, Mickey Haller est arrêté pour défaut de plaque. Mais en ouvrant le coffre de la voiture de Haller, l’agent de police trouve un cadavre à l’intérieur. Celui d’un escroc que l’avocat a défendu à de nombreuses reprises, jusqu’au moment où le client l’a arnaqué à son tour.


Accusé de meurtre et incapable de payer la caution de 5 millions de dollars, Haller est aussitôt incarcéré et confronté à une avocate de l’accusation qui veut sa peau, Dana Berg. Il comprend qu’il a été piégé – mais par qui, et pourquoi ? – et décide d’assurer lui-même sa défense lors du procès.


Pas facile quand, en plus d’être en prison et donc la cible de violences, il est la proie d’une machination que même Harry Bosch, son demi-frère, aura du mal à démêler.

Ce que j’en pense :

Mickey Haller est arrêté par un agent de police alors qu’il sort d’un pot avec ses collègues pour fêter dignement sa dernière réussite, sous prétexte que sa voiture n’a pas de plaque. Il en profite pour l’obliger à ouvrir le coffre de sa voiture, au prétexte qu’il y a du sang et voilà notre avocat menotté arrêté incarcéré séance tenante avec une caution faramineuse…

Il décide d’assurer sa propre défense, mais l’accusation, en la personne de Dana Berg, lui met les bâtons dans les roues (c’est même pire que cela, on est dans le registre de l’acharnement, la subornation) on ne lui donne pas les documents, les témoignages, sur lesquelles se base l’incarcération … Heureusement pour lui, la juge ne se laisse pas manipuler. Et, Mickey est entouré de son équipe pour mener l’enquête, parmi eux son demi-frère Harry Bosch.

Avec ce roman, Michael Connelly nous plonge dans l’univers du système judiciaire américain, et tous ses défauts, ou excès, et la manière dont l’accusation a tous les pouvoirs, par rapport à la défense est sidérante. On comprend mieux pourquoi il y a autant d’erreurs judiciaires, de condamnations injustifiées, surtout quand il s’agit de personnes pauvres, de minorités.

Il est effarant de constater qu’en prison, un homme peut se faire agresser, racketter y compris par les surveillants, y compris dans le fourgon qui conduit les prisonniers au tribunal.

La manière dont les membres du jury sont sélectionnés et haute en couleurs…

Bienvenue dans l’Amérique de Trump, avec son cortège de manipulations, sa justice à 2, 3 (voire plus) vitesses qui laisse le lecteur perplexe.

J’ai eu du plaisir à retrouver l’univers de Michael Connolly, la manière brillante dont il expose les faits et développe son intrigue même si j’ai moins pris de plaisir à la lecture de ce roman pourtant assez addictif. En fait, j’apprécie peu en général les « thrillers judiciaires », tout comme les séries où les avocats sont les héros, je préfère les enquêtes policières pures, avec des experts, des profileurs…

L’auteur est magistral, car il arrive à me faire apprécier un livre qui sort complètement de mes centres d’intérêt en matière de polars. Les aventures d’Harry Bosch m’attendent…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#Linnocenceetlaloi #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

Un procès pour meurtre a tout d’un arbre. Un très grand arbre. Un chêne. Il a été planté et soigné avec attention par l’Etat. Arrosé et émondé quand il en a besoin, examiné pour y détecter maladies et parasites de toutes sortes…

Tout une série de questions me passa par la tête, la première sur ce qu’il y avait dans ce coffre et la dernière celle de savoir si Milton avait un motif raisonnable de l’ouvrir si, moi, je refusais de le faire…

La seule façon de prouver que ce n’est pas moi, c’est de trouver celui qui l’a tué et de le prouver. C’est comme ça que ça fonctionne, l’innocence. 

Elle (la jurée N°21) avait aussi mis la lecture en premier dans la liste de ses passe-temps favoris. Et, je ne pensais pas qu’à lire, on puisse éviter de tomber sur des histoires—de fiction ou de non-fiction—soulignant les fragilités du système juridique américain et, en premier lieu, que les flics comprennent souvent de travers et que des innocents sont alors parfois accusés et condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Lu en janvier 2022

« Le poète » de Michael Connelly

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu la chance de gagner lors d’un concours organisé par Anthony, thriller sur lequel je lorgnais depuis un bon moment :

Quatrième de couverture :

Chroniqueur judiciaire, Jack McEvoy ne peut croire au suicide de son frère jumeau. Si Sean, inspecteur de police, s’est bien tiré une balle dans la bouche, que vient faire ce « Hors de l’espace, hors du temps » d’Edgar Allan Poe écrit sur le pare-brise de sa voiture ?

Et, pourquoi Rusher, un indic qu’il devait voir ce jour-là, reste-t-il introuvable ?

En s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins d’un article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se suicident et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir son plus gros scoop sur des meurtres en série. Mais il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect…

Le poète est LE classique absolu pour les fans de romans policiers.

Ce que j’en pense :

Jack McEvoy, journaliste judiciaire au « Rocky Mountains News », vient d’apprendre que son frère jumeau Sean vient d’être retrouvé mort d’une balle tirée dans la bouche. Il travaillait sur une enquête difficile, le meurtre d’une jeune femme retrouvée coupée en deux morceaux et très rapidement l’enquête a conclu   à un suicide, car plusieurs de ses collègues victimes du « blues du policeman », autrement dit un burn-out ont mis fin à leur jours ces derniers temps.

Après une période de sidération, Jack est submergé par la colère ce qui le pousse à remettre en question les conclusions de l’enquête. Il veut savoir, comprendre, d’autant plus que sur le parebrise de la voiture, on peut lire, à moitié effacés par la buée ces mots étranges : « Hors de l’espace, hors du temps » extraits d’un poème de Edgar Allan Poe.

Autre élément étrange, en faisant des recherches, Jack s’aperçoit, enfin limier, que le FBI enquête sur son frère. Il n’en faut pas plus pour qu’il fasse son enquête, se faisant engager comme consultant. S’ouvre alors une enquête sur les pas d’un serial killer.

L’enquête est passionnante, avec une analyse du comportement et de la pathologie des tueurs en série (comparables à ceux des violeurs), une approche des méthodes d’investigation du FBI, et des rebondissements multiples qui tiennent en haleine jusqu’à la dernière ligne.

J’ai bien aimé l’idée de donner la parole à un journaliste pour suivre et interpréter cette enquête, cela change des enquêtes menées par les policiers.

J’ai littéralement dévoré les quelques 760 pages du livre, les trois cents dernières lus, au détriment du sommeil (bonne compagnie pour une insomniaque chronique comme moi, je vous assure !)

J’ai lu ce thriller au début de l’été, mais je n’ai pas pu rédiger ma chronique à l’époque, car j’étais victime d’une intolérance +++ à un médicament antalgique, avec nécessité d’un sevrage rapide, qui m’a transformée en véritable junkie, donc incapable de lire, de rédiger mes critiques…D’où le laps de temps entre la lecture et cette rédaction. Pour ne pas bâcler, j’ai dû le relire… pour mon plus grand plaisir d’ailleurs !

Un grand merci à Anthony, bien connu de tous pour son blog les livres de K9 auquel je suis fidèlement abonnée, qui m’a permis de découvrir ce roman (que j’ai eu la chance de gagner) et son auteur dont je connaissais uniquement la série consacrée à Bosch que j’apprécie beaucoup. Il y a longtemps que je voulais découvrir les romans de Michael Connelly et j’ai adoré donc l’encombrement de ma PAL ne risque pas de s’améliorer.

https://leslivresdek79.com/

Extraits :

La mort, c’est mon truc. C’est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d’un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence de personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J’ai toujours pensé que, pour s’occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C’est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure.

Mon frère m’avait expliqué un jour sa théorie du seuil limite. Chaque flic, disait-il, possédait une limite, mais cette limite lui était inconnue jusqu’à ce qu’il l’atteigne.

Theresa Lofton symbolisait l’image la plus médiatique qui soit : celle de la pure et simple Jeune Fille américaine. Inévitablement, on compara l’affaire à celle du Dahlia noir survenue cinquante ans plus tôt à Los Angeles…Une émission de télévision racoleuse baptisa Theresa Lofton les « dahlia blanc », en jouant sur le fait qu’on l’avait découverte dans un champ de neige près du lac Grasmere à Denver…  

Mais il n’était pas facile d’en vouloir aux morts. Je ne pouvais pas rester fâché contre Sean. Or, la seule façon de soulager ma colère était de mettre en doute cette histoire. Et le cycle infernal reprenait. Refus, acceptation, colère. Refus, acceptation, colère.

Au centre de cette histoire figuraient les suicides, apparemment sans relations, de trois membres de la police de New-York en moins de deux mois. Les victimes ne se connaissaient pas, mais toutes avaient succombé au « blues du policeman » pour reprendre l’expression du journaliste.

Généralement, les flics s’efforcent de dépersonnaliser leurs enquêtes au maximum. A cet égard, ils ressemblent aux serial killers. Si la victime n’est pas un être humain qui respire et qui souffre, son souvenir ne risque pas de vous hanter.

Quant aux violeurs, reprit-elle, leur pathologie ressemble énormément à celle des meurtriers. De chics types, croyez-moi. Je sentais qu’ils me jaugeaient dès que j’entrais dans la pièce. Je savais qu’ils essayaient de calculer le temps dont ils disposaient avant que le gardien n’intervienne. Est-ce qu’ils pourraient m’avoir avant l’arrivée des renforts.  Très révélateur de leur pathologie. Ils ne pensaient qu’en termes d’aide extérieure. Ils n’envisageaient pas que je puisse me défendre seule. Sauver ma peau. Pour eux, les femmes étaient uniquement des victimes. Des proies.

Lu en juillet 2021

« L’enfant dormira bientôt » de François-Xavier Dillard

Petit intermède polar, aujourd’hui, (je dois souffler un peu pour rédiger au mieux ma critique de « Les prophètes » mais votre attente sera récompensée, du moins je l’espère !) avec ce roman dont la couverture était trop alléchante pour que je tente de résister :

Résumé de l’éditeur :

Quoi de plus désarmant que de regarder un nouveau-né s’endormir dans vos bras… Mais êtes-vous certain qu’il se réveillera ?

L’homme remonte l’escalier de la cave. Il a la démarche saccadée d’un automate brisé et tient dans ses mains deux petits sacs-poubelles recouverts de cristaux de givre. La dernière vision qu’il aura avant de plonger dans le néant restera éternellement gravée dans sa mémoire : du sac noir a glissé une chose atroce, innommable.

Michel Béjart rêve d’une existence heureuse avec son fils Hadrien, mais tous deux ne guériront jamais du drame familial survenu quinze ans plus tôt. Une macabre découverte qui a brisé leur vie pour toujours. Michel essaie de se reconstruire au sein de la fondation Ange qu’il a créée pour la protection de l’enfance, et tente de surmonter son chagrin et sa culpabilité auprès d’une poupée « reborn », étrange bébé plus vrai que nature, qu’il chérit quotidiennement.

Un matin, la commissaire Jeanne Muller débarque à la Fondation. Des nouveau-nés ont été enlevés, et un vent de panique sou e sur les maternités parisiennes. Pourquoi Michel s’inquiète-t-il soudainement ? Les disparitions auraient-elles un lien avec la Fondation ? En investiguant au cœur de cette institution tout entière tournée vers la parentalité, Jeanne ne tardera pas à comprendre ce que l’arrivée d’un enfant peut provoquer dans notre société, dans nos foyers et dans nos esprits. Le meilleur comme le pire…

Une histoire où personne n’est vraiment innocent, pas même les enfants…

Ce que j’en pense :

Jeanne Muller, commissaire, vient d’intégrer une nouvelle brigade criminelle, après avoir passé, à sa demande, une année dans un commissariat tranquille à la suite d’une enquête traumatisante, mais l’ennui a vite eu raison de ses velléités de changement.

Elle va vite se retrouver face à une enquête difficile : deux bébés ont été enlevés dans deux maternités différentes. Un seul point commun entre les deux : les parents avaient eu recours à une agence d’adoption : la fondation Ange mais ils avaient renoncé car une grossesse inespérée était survenue.

La fondation Ange est dirigée par Michel Béjart qui s’est investi dans ce projet après un drame familial : la découverte un jour du corps de deux nouveau-nés dans le congélateur, et le couple vole en éclats après l’incarcération de son épouse. Il élève seul son fils Hadrien grièvement blessé dans l’accident causé par sa mère qui tendait de fuir.

Le récit alterne l’histoire de Michel, l’enquête sur les nouveau-nés disparus, et une troisième histoire, celle de Samia que Jeanne a pris sous son aile en la faisant sortir de l’engrenage de la prostitution dans lequel elle s’était plongée, pensant tout maîtriser… Le passé n’est jamais très loin et même si elle est heureuse dans sa famille d’accueil qui a elle-même vécu un drame, comment résister quand une amie de son ancienne vie l’appelle. Mais un souteneur reste un souteneur, Samia l’apprendra à ses dépens, quand les traquenards et les coups commencent à pleuvoir.

François-Xavier Dillard, par la manière dont il construit son récit, nous livre une étude de l’enfant : le bébé désiré ou non, ce qui peut conduire à l’infanticide, l’adolescence avec ces jeunes filles en rébellion qui se mettent en danger, pensant contrôler la situation, les ruptures avec la famille, ou encore le traumatisme de trouver des bébés dans son congélateur qui conduit à des conduites étranges, tel Michel et sa poupée reborn, petit chef-d’œuvre de technologie…

J’ai bien aimé la pugnacité et les méthodes de la commissaire Jeanne Muller, circulant au volant de sa Maserati rutilante, et la manière dont elle mène ses troupes, sans jamais lâcher les faits comme les gens.

Une enquête sympathique, rondement menée, avec nombreux rebondissements (jusqu’à la dernière page !) ; la parentalité comme le couple et ses pathologies sont bien étudiés, tout comme les effets ravageurs des traumatismes de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte.

J’ai beaucoup apprécié la réflexion sur l’adoption (et la stérilité ou l’hypofertilité!) car je connais de l’intérieur ainsi que la diatribe de Jeanne sur le handicap (cf. citation ci-dessous). Sans oublier la réaction du père (famille d’accueil de Samia) devant la perte de sa fille.

Je découvre l’auteur avec ce titre et j’ai bien envie de m’intéresser à ses précédents romans, mais vu l’état actuel de ma PAL, il va falloir attendre un peu ! en effet, je résiste beaucoup mieux devant un bon chocolat, noir à 85% de préférence, qu’à un livre !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

#Lenfantdormirabientôt #NetGalleyFrance !

7,5/10

L’auteur :

François-Xavier Dillard est né à Paris en 1971. Il est l’auteur à succès de nombreux thrillers, dont Fais-le pour maman(prix des Nouvelles Voix du polar Pocket 2017) et Prendre un enfant par la main (Belfond, 2020).  

Extraits :

Les poupées reborn, ce sont des poupées hyperréalistes qui ressemblent en tout point à de vrais bébés… Certains les confient même à leurs parents lorsqu’ils s’absentent. Et cela touche tout le monde, des femmes, des jeunes filles et des hommes aussi. Une Américaine a même fait un procès à une crèche qui refusait de prendre son « bébé » …

Depuis les années 70 et grâce à l’IVG, il y avait de moins en moins d’enfants abandonnés à la naissance. Mais le nombre de parents candidats à l’adoption, lui, ne baissait pas. Il y avait toujours cinq à dix fois plus de candidats que d’enfants mineurs adoptables.

Le rêve légitime de « bébé parfait » de ces couples pleins d’espoir venait percuter une sombre réalité. La plupart des enfants adoptables étaient grands, avec des parcours de vie souvent difficiles. Et, lorsqu’ils étaient plus petits, ils souffraient parfois de maladie ou de handicap.

Bon sang, elle en connaissait plein des pécheurs, des vrais, elle en avait croisé suffisamment dans sa carrière pour savoir ce qu’était un bon gros péché, le truc bien grave. Là, on ne parle pas de la petite pensée jalouse, de la vilaine gourmandise, de la méchante colère ou de l’adultère commun… On parle de viols, de meurtres, de séquestrations, de tortures, de sévices, de trafics de drogue… Et niveau repentance, on n’avait pas vraiment affaire à des champions ?

Elle se dit aussi qu’elle a pensé « handicapé » et pas « personne en situation de handicap ». Rien que pour ça, on pourrait lui reprocher d’être tout à fait discriminante. Elle se dit qu’elle ne pourra jamais s’habituer à cette hypocrisie. Que ceux qui s’obligent à ajouter personne devant le mot handicap ont peut-être du mal à voir l’être humain derrière l’infirmité. Cela n’a jamais été son cas. Et, en plus, elle est certaine que les handicapés, eux, s’en foutent. Ce qu’ils veulent, ce sont des logements, des transports adaptés et du boulot. Pas de précautions oratoires à la con quant à la manière dont on parle d’eux.

Lu en décembre 2021

« La Saignée » de Cédric Sire

Je vous parle aujourd’hui d’un livre palpitant, le premier d’un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler sur les blogs ou sur Babelio, qui tombe entre mes mains :

Résumé de l’éditeur :

Une plongée dans un monde où chacun doit affronter ses démons.  « Est-ce que tu aimes ? » clame le site sous la photo d’un cadavre mutilé.

Sur le Dark Web, il existe des espaces interdits au commun des mortels où les voyeurs de la pire espèce assouvissent leurs pulsions. 

 
Estel Rochand a été écartée de la police à la suite d’une terrible bavure qui a causé la mort d’une innocente. Sa vie est en miettes, son couple à la dérive. Désormais garde du corps de seconde zone, cette ancienne championne de boxe se fraie un chemin dans l’existence comme elle l’a toujours fait : à coups de poing. Prise dans un engrenage infernal, Estel a de plus en plus de mal à contrôler ses accès de violence.

Quentin Falconnier, policier spécialisé en cybercriminalité, enquête sur un site du Dark Web, qui propose des vidéos de torture et de mise à mort en direct. Qui peut bien se cacher derrière cette « red room » appelée La Saignée, diffusant des meurtres à la perversité absolue ? Le jeune homme se lance corps et âme dans cette nouvelle croisade : découvrir l’identité du coupable derrière le masque du bourreau, et l’arrêter. Coûte que coûte.

Un terrible compte à rebours a commencé.

Ce que j’en pense :

Alors qu’il enquête sur un trafiquant d’armes à Marseille, Quentin Falconnier, spécialisé en cybercriminalité, tombe en explorant l’ordinateur de ce dernier, sur un site qui propose des vidéos de mises à mort d’une violence inouïe dans une pièce tout de rouge recouverte : la red room alias « La saignée ». Mais, le détenu décède de mort violente à la prison, alors que Quentin voulait explorer le site dont il a été mystérieusement « éjecté » car identifié comme flic.

Pendant ce temps, à Paris, Estel Rochand, qui avait été suspendue à la suite d’une « bavure policière » s’est reconvertie dans la garde rapprochée de personnes peu recommandables intéressées uniquement par ses dons de championne de boxe.

Démissionnant de son premier job, elle se trouve embauchée par un écrivain douteux Dardeau qui écrit des romans malsains, vaguement inspirés de Cinquante nuances de Grey et va tomber dans un piège redoutable.

Une autre affaire de photographie de torture dans la région parisienne arrive dans le bureau de la police et Quentin va être autorisé à se rendre sur place…

Avec ce roman, on assiste à « bienvenue dans le Dark Web » et ses dérives, notamment ce dont sont capables « les petits génies de l’informatique » quand ils veulent explorer les univers obscurs, les dérives… Jusqu’où peuvent aller aussi les cyber-criminalistes pour entrer dans l’univers des gens pour les traquer : bonjour la transparence, la protection des données… Cela ne rassure absolument pas le lecteur. Mon antivirus et mon VPN sont-ils au top ?

Ce thriller est très intéressant et le suspense, savamment entretenu, fait que, une fois commencé et la première vidéo digérée, on le lit de manière addictive. Les personnages, même les plus odieux, le sont tellement justement qu’on s’accroche pour voir jusqu’où peut aller l’horreur. J’ai dévoré ces 550 pages !

L’écrivain pervers narcissique, manipulateur de haut vol, est très bien étudié. On le voit se dévoiler, peu à peu, tout en se disant qu’on aimerait se tromper. La manière dont il réussit à convaincre ses fans, littéralement sous le charme qui ne pensent qu’à entrer dans son lit et à l’inverse son attitude méprisante vis-à-vis des féministes sont conformes à tout bon manuel de psychiatrie.

Mais, vous l’aurez compris, il y a un mais : la violence. Entre les scènes de coups échangés par les protagonistes, les vidéos d’horreur, c’est souvent à la limite du supportable ; Mais chose étrange, elles ne hantent pas la mémoire et quand le livre est refermé, on ne retient que l’intrigue très solide et palpitante, ce qui fait donc seulement un petit bémol. Il fallait bien que je râle un peu !

C’est ma première incursion dans l’univers de Cédric Sire et si j’ai apprécié le côté haletant de l’intrigue, où l’on en arrive à soupçonner tout le monde, où certains gentils s’avèrent être toxiques. Cette lecture m’a souvent fait penser à un auteur que j’aime bien : Franck Thilliez, car leurs univers se ressemblent.

Un grand merci à NetGalley ainsi qu’aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont je tenterai très probablement le best-seller Vindicta, quand ma PAL sera un peu plus légère…

#LaSaignée #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Cédric Sire, lauréat du prix Masterton et du prestigieux prix Polar du Festival de Cognac, fait partie du cercle fermé des maîtres du thriller et se révèle l’une des nouvelles voix du polar français. Ses romans aux frontières du suspense et du frisson sont traduits en plusieurs langues et remportent un grand succès critique et public, comme en témoigne le formidable accueil réservé à son précédent thriller, Vindicta (2019).


Avec La Saignée, il confirme son style addictif, violent et redoutablement efficace, plébiscité par les lecteurs.

Extraits :

La loi de la nature s’appliquait à la jungle urbaine de la même manière qu’au sein de la forêt sauvage. Les charognards restaient entre charognards. Et les délinquants restaient entre délinquants. Ils vivaient entre eux. En meute.

Dardeau était un auteur à succès. Beau gosse, habitué des plateaux télé. Et aussi des scandales qui faisaient le buzz.

L’histoire qu’Estel avait lue surfait sans honte sur la popularité de Cinquante nuances de Grey. En y repensant, elle ne savait pas ce qu’elle y avait trouvé de pire : le style affreux, ou l’intrigue malsaine au possible. Tout ce qui se vendait le mieux apparemment…

Pour le reste de son groupe, prendre des initiatives était au mieux perçu comme une bizarrerie, un embarras le plus souvent. Il fallait toujours attendre que la hiérarchie leur ordonne de lancer les procédures. Toujours rester à sa place. Tout particulièrement elle. Personne n’osait le lui dire en face, mais le fait qu’elle soit une femme faisait d’elle une hystérique aux yeux de ses supérieurs, et ce en dépit de toutes les affaires résolues grâce à elle.

Vous savez, les tragédies, ce sont comme des dominos. Quand elles commencent à tomber elles s’enchaînent. Il y a une logique que nous ne voyons pas tout de suite, mais tout est lié. Chaque acte que nous faisons renverse une nouvelle pièce…

Lu en octobre 2021