Publié dans Littérature espagnole, Polars

« Le silence de la ville blanche » de Eva Garcia Saenz de Urturi

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui a été proposé sur NetGalley à la demande générale et insistante des lecteurs, libraires et autres :

Résumé de l’éditeur :

Dans la cathédrale de Sainte-Marie à Vitoria, un homme et une femme d’une vingtaine d’années sont retrouvés assassinés, dans une scénographie macabre : ils sont nus et se tiennent la main comme des amoureux alors que les deux victimes ne se connaissaient pas.

Détail encore plus terrifiant : l’autopsie montrera que leur mort a été provoquée par des abeilles mises dans leur bouche. L’ensemble laisse croire qu’il existe un lien avec une série de crimes qui terrorisaient la ville vingt ans auparavant. Sauf que l’auteur de ces actes, jadis membre apprécié de la communauté de Vitoria, est toujours derrière les barreaux. Alors que sa libération conditionnelle est imminente, qui est le responsable de ces nouveaux meurtres et quel est vraiment son but ?

Une certitude, l’inspecteur Unai López de Ayala, surnommé Kraken, va découvrir un tout autre visage de la ville.

Ce que j’en pense :

A Vitoria, dans le pays Basque espagnol, la veille de la Saint Jacques, a lieu la fête de la blouse, prélude à celles de la Vierge blanche (Virgen Blanca) et tout le monde se retrouve dans la rue pour faire la fête. Dans la cathédrale Sainte-Marie, on retrouve deux corps, un homme et une femme assassinés, dans une mise en scène particulière : ils sont nus, se tiennent la main, la main de l’un posée sur le visage de l’autre et réciproquement. Et, petite signature : trois chardons « eguzkilore » en basque, c’est tellement plus joli et mystérieux !

L’enquête va démontrer qu’ils ne se connaissaient pas et qu’ils sont morts à la suite de piqures de guêpes que l’assassin avait pris soin de mettre dans leur bouche, les bâillonnant ensuite par un adhésif, dénué d’empreinte bien-sûr. Cette mise en scène rappelle des meurtres commis vingt ans plus tôt pour lesquels Tasio, archéologue très médiatisé, un des jumeaux d’une famille ayant pignon sur rue et surtout omnipotente alors. C’est Ignacio, policier, le propre frère de Tasio qui a procédé à l’interpellation à l’époque…

Qui peut avoir commis ce crime odieux suivi de plusieurs autres, alors que Tasio doit bientôt sortir de prison ? il faut donc reprendre l’enquête, ce qui sera fait par un tandem d’inspecteurs : Estibaliz Ruiz de Gauna et Unai Lopez de Ayala, alias Kraken, profileur.

« Je me fiais aux impressions d’Estibaliz comme la roue arrière d’un tandem se fie à la roue avant. C’était notre façon de fonctionner, de pédaler ensemble. »

Tous deux sont chapeautés par la sous-commissaire Alba Diaz de la Salvatierra, qui vient juste d’arriver au commissariat.

On se retrouve en pleine immersion dans cette ville de Vitoria, pleine de mystères, au passé prestigieux sur le plan historique, artistique, architectural, et le côté « endogame » comme dit l’auteure, « tous les gens nés à plus de cinquante kilomètres d’ici sont des « étrangers » disait la grand-mère » de Kraken. Mais aussi, on apprend beaucoup de choses sur les noms propres des gens avec une partie espagnole à laquelle un nom basque évocateur, de la région d’Avala, pour être plus précise, est ajouté ce qui nous donne des noms interminables qui sonnent bien dans l’oreille.

Autre élément important, que j’aime beaucoup dans les polars, l’alternance des récits entre les années 70 et l’époque actuelle, où l’on fait la connaissance de Javier Ortiz de Zarate, descendant d’esclavagiste, l’ignoble père des jumeaux et de Blanca Diaz de Antonana leur mère, qui est une femme maltraitée, par un mari jaloux, convaincu d’être intouchable.

Eva Garcia Saenz de Urturi nous promène dans la ville mais aussi dans la campagne environnante, au gré des légendes, des récits bibliques, les symboles en nous orientant vers différentes pistes. J’ai adoré cette enquête, cette promenade (ces promenades en fait) car il y a plusieurs évènements durant les fêtes de la Virgen Blanca et, cerise sur le gâteau, on sait dès le prologue que l’inspecteur s’est fait tirer dessus par le meurtrier…

En parlant de symboles : que peuvent signifier entre autres, l’eguzkilore, l’abeille, l’if, sans parler des postures dans lesquels sont retrouvés les victimes, ou encore leur âge qui raconte aussi une histoire…

J’adore ce genre de thriller, qui mêle des crimes bien typés, en rapport avec la religion, l’art, l’ésotérisme ou autres, avec des inspecteurs loin d’être parfaits, avec des failles. C’est très rare quand je mets un coup de cœur à un polar mais là je ne résiste pas, ce roman est génial, la lecture addictive. C’est le premier d’une série, alors j’attends avec impatience la publication en français du suivant…

Ce roman a été adapté en série disponible que Netflix: avis aux abonnés…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fleuve noir qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure dont le style est si particulier qu’on n’a plus qu’une seule envie, en le refermant, de se procurer le prochain… j’espère qu’il ne faudra pas attendre trop longtemps sinon je vais être obligée d’apprendre l’espagnol pour retrouver cet univers ;

#Lesilencedelavilleblanche #NetGalleyFrance

Extraits :

Les caméras de télévision se mirent à harceler mes amis sans relâche. Les journalistes avaient besoin d’un scoop, et ils étaient persuadés qu’ils pourraient le leur fournir. Lorsque la nouvelle se répandit que le tueur m’avait tiré dessus, ils ne les lâchèrent plus d’une semelle : dès lors, aucun d’entre eux ne connut le repos.

L’un comme l’autre, étions sacrément doués pour résoudre des affaires, un peu moins pour suivre les règles. Après quelques avertissements pour indiscipline, nous avions appris à nous couvrir. Quant à suivre les règles, eh bien… on y travaillait.

Dans la culture basque, l’eguzkilore était un antique symbole de protection, que l’on plaçait à la porte des maisons pour les protéger des sorcières et autres démons ? de fait, en l’occurrence, elle n’avait pas protégé les victimes…

La première série de meurtres représentait l’histoire alavaise dans l’ordre chronologique… Les victimes étaient des nouveau-nés, comme s’ils représentaient le premier âge de l’humanité.

Nous avons la preuve que les Celtes l’utilisaient déjà (l’if) comme poison dès le troisième millénaire avant Jésus-Christ. Ça fait partie de ces secrets qui ne se disent pas à voix haute, mais dans les villages, tous les anciens le savent. L’écorce, les feuilles…  Dans l’if, tout est toxique, hormis la partie charnue des graines. Pour les Celtes, c’était un arbre sacré, à qui ils attribuaient l’immortalité en raison de son extrême longévité, et du temps des premiers chrétiens, on a continué à en planter près des églises et des cimetières…

Durant ma formation à l’académie d’Arkaute, j’avais étudié les dossiers d’Argentins d’origine allemande qui avaient découvert avec horreur que leurs charmants grands-pères étaient des criminels de guerre nazis. Comment concilier dans sa vie deux perceptions, deux réalités si divergentes. Pourrions-nous embrasser à nouveau cette personne, lui donner un baiser sur le front, la regarder dans les yeux ? Le dénoncerions-nous ? Est-il possible de cesser d’aimer quelqu’un qui a pris son de vous, qui vous a donné tant d’affection durant toute votre vie ?

Les groupes se forment au lycée, c’est dur de t’intégrer quand tu viens de l’extérieur. C’est un petit monde endogame. A quinze ans, tu connais des jeunes, des gars et des filles, qui sortent ensemble, untel avec unetelle, unetelle avec untel ou tel autre… Bref, vingt ans plus tard, si tu les revois, les couples auront changé, mais aucun d’entre eux n’aura pris la peine de regarder si dans le vaste monde, hors de leur microcosme, il n’y a pas d’autres individus susceptibles de leur plaire.

Je maudis le pouvoir qu’avait un seul cerveau de changer la vie de tant de gens étrangers à son entreprise. J’étais consterné de constater avec quelles facilité la folie d’un seul était capable de transformer le visage de toute une ville.


Lu en septembre 2020

Publié dans Littérature espagnole, Roman historique

« Les patients du Docteur Garcia  » Almudena Grandes

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi, au départ, pour son titre sur NetGalley, tout en ayant flashé sur la couverture:

 

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

Après la victoire de Franco, le docteur Guillermo García Medina continue de vivre à Madrid sous une fausse identité. Les papiers qui lui ont permis d’éviter le peloton d’exécution lui ont été fournis par son meilleur ami, Manuel Arroyo Benítez, un diplomate républicain à qui il a sauvé la vie en 1937.

En septembre 1946, Manuel revient d’exil avec une dangereuse mission :   infiltrer une organisation clandestine d’évasion de criminels nazis, dirigée depuis le quartier d’Argüelles par Clara Stauffer, qui est à la fois allemande et espagnole, nazie et phalangiste.
Alors que le docteur García se laisse recruter par Manuel, le nom d’un autre Espagnol croise le destin des deux amis. Adrián Gallardo Ortega, qui a eu son heure de gloire comme boxeur professionnel avant de s’enrôler dans la División Azul, créée par Franco pour soutenir la Wehrmacht, survit péniblement en Allemagne. Ce dernier ne sait pas encore que quelqu’un souhaite prendre son identité pour fuir dans l’Argentine de Perón.

Traduit de l’espagnol par Anne Plantagenet

 

Ce que j’en pense :

 

Nous faisons la connaissance de Guillermo en 1947, le jour de la messe des Rameaux, alors qu’il attend une jeune femme qui a beaucoup compté dans sa jeunesse Amparo, pour lui demander de l’aide alors qu’elle est pour Franco depuis le début, alors que le Docteur Guillermo Garcia était républicain. Il s’agit de sauver un ami proche. L’aidera-t-elle ? ainsi commence ce que l’auteure Almudena Grandes appelle « Mon histoire est celle de trois imposteurs. »

On assiste alors à un retour vers le passé et la guerre entre républicains et partisans de Franco, début des années trente.

Guillermo est un chirurgien reconnu et apprécié, qui sauve des vies, met en place avec un médecin canadien Norman Bethune,  les premiers dons du sang. Il vit une histoire d’amour avec Amparo qu’il finira par épouser, car elle est enceinte, hyper catholique…

Pendant ce temps en Allemagne arrive au pouvoir le NSDAP avec ce cher Adolf qui met en place la politique qu’on connait, avec au passage une amourette avec une descendante de Wagner, son compositeur fétiche : Winifred Wagner … « À partir de ce jour, Winifred vit exclusivement pour Adolf Hitler. »

Hitler va aider son « ami » Franco bien-sûr, lui donnant avions, bombes, pour écraser Madrid et la révolution…

Guillermo est obligé de quitter l’hôpital et renoncer à la médecine et surtout changer d’identité, grâce à la complicité de son meilleur ami, diplomate républicain, Manuel Arroyo Benítez et devient Rafaël Cuesta Sanchez alias Rafa…

Pendant ce temps la guerre fait rage, certains Espagnols choisissent d’aller combattre aux côtés des nazis, se livrant aux exactions qu’on connaît : on rencontre Jan un jeune Flamand plus que séduit par les théories raciales : « exécuter des Juifs, cela n’est rien, car ils ont l’apparence des humains mais n’en sont pas » et son meilleur ami, un ancien boxeur tricheur, Adrian Gallardo. On les suit jusqu’à la défense du bunker à Berlin, où ils tiennent à résister jusqu’au 2 mai pour que les Russes ne puissent pas fêter leur victoire le premier mai !

Ils vont finir par rester en Allemagne, changeant d’identité aussi. Mais Adrian est recherché car il a commis des atrocités, donc criminel de guerre.

Le décor est planté. La chasse aux nazis commence, mais, Franco est là et tous ses partisans, notamment les bigotes à ses bottes vont tenter par tous les moyens d’empêcher les arrestations en distribuant des faux papiers bien en règles et des filières se mettent en place de façon magistrale il faut bien le reconnaître.

Manuel est également obligé de changer d’identité, plusieurs fois et finit par prendre celle Adrian Gallardo Ortéga en1947 puisque ce dernier est considéré comme criminel de guerre et porté disparu.

Les deux hommes resteront en contact et le « docteur Garcia » continuera à exercer ses talents de médecin sous le manteau, avec beaucoup de prudence…

Manuel est né dans une famille nombreuse et n’a jamais été aimé par ses parents, notamment par sa mère qui s’en débarrasse en le plaçant chez un prêtre qui va lui apprendre à lire et écrire, faire son éducation, lui permettant de faire des études, qui vont changer son destin. Il occupera des fonctions importantes à la Société des Nations en Suisse, durant la République.

Comme l’auteure le répète assez souvent dans le roman : « Manolo Arroyo Benítez avait toujours eu à la fois la poisse et beaucoup de chance. »

On va suivre, les réseaux qui se mettent en place. Bien-sûr l’Église catholique a les siens, mais l’auteure nous parle davantage des réseaux organisés par les civils, notamment celui de Clara Stauffer, (fille d’un brasseur de bière allemand et de mère madrilène), la manière dont les dignitaires nazis mais aussi les moins gradés, sont recevoir la nationalité espagnole, puis migrer vers l’Argentine de Perón qui leur réserve un accueil enthousiaste.

Almudena Grandes mêle la grande et la petite histoire de manière magistrale. Au début, j’ai eu du mal avec les noms espagnols à rallonge ;’ai pourtant l’habitude avec les noms portugais, mais les consonances sont différentes et surtout les personnages principaux changent d’identité ! et surtout il y a beaucoup de monde dans ce roman !

Je me suis rendu compte, après avoir lu une centaine de pages, qu’il y avait à la fin du livre, la liste des personnages réels ou fictifs, leurs différentes identités, ce que m’a beaucoup simplifié la vie.

Guillermo-Rafa à Madrid et Manolo-Adrian en Argentine, vont tenter, en risquant leur vie, de surveiller, tenir des registres de l’or nazi et surtout des œuvres d’art volés aux juifs, à la demande des autorités américaines. Hélas, l’ennemi a changé ! c’est la guerre froide, l’ennemi c’est Staline et pas Franco qui aura ainsi de beaux jours devant lui….

On va rencontrer ainsi, au fil des pages, des Républicains, qui se cachent sous d’autres identité, qui continuent à espérer la République, des gens sincères, des salauds de la pire espèce qui continueront à être protégés…

Tout en nous racontant l’Histoire de l’Espagne Franquiste, que je n’ai jamais étudiée de près car le Caudillo me déclenchait de l’urticaire (il est décédé en novembre 1975 !) et je reconnais que je me suis davantage intéressée à Salazar et sa clique et à la révolution des œillets au Portugal le 25 avril 1974 qu’à lui. Donc négligence réparée…

Pour la petite histoire, voyage de noces au Portugal en décembre 1975 ! c’était la première fois que mon mari retournait dans son pays, sans la dictature, et Franco venait juste de décéder…

J’ai adoré ce livre passionnant à plus d’un titre, dans lequel l’auteure a fait un travail de recherche considérable pour étayer son raisonnement et rester au plus près de la réalité historique et je me suis aperçue que ce livre était en fait le quatrième d’une série consacrée à la guerre civile, qui en comporte encore deux autres.

Certains personnages semblent récurrents, mais cela ne gêne absolument de ne pas avoir lu les précédents, ce que je vais sûrement faire. Je proposerai le plan de l’œuvre dans une autre page de mon blog, afin de ne pas donner le tournis.

Un livre exceptionnel comme l’est d’ailleurs « La fabrique des Salauds » dont je vous ai tant rebattue les oreilles, fin 2019, et dont j’ai tourné la dernière page avec tristesse, tant je m’étais attachée à tous ces personnages. Bip-Bip! je deviens lyrique, il est temps que je termine cette chronique.

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Lattès qui m’ont permis de découvrir une auteure géniale et une partie de sa fresque historique.

#LespatientsdudocteurGarcia #NetGalleyFrance

 

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L’auteure :

 

Almudena Grandes vit à Madrid.

Elle est l’auteure de « Un cœur glacé » qui a remporté le prix Méditerranée 2008.
« Les patients du docteur Garcia »  poursuit sa série « Épisodes d’une guerre interminable », inaugurée par « Inés et la joie », puis « Le Lecteur de Jules Verne », et dernièrement « Les trois mariages de Manolita. »

Extraits :

 

Toujours fidèle à mon principe de ne pas divulgâcher », j’ai choisi des citations dans la première partie du roman :

 

Le délicat feston en dentelle noire, ancienne, du voile qui encadrait son visage l’avantageait, accentuant le contraste entre ses sourcils sombres et ses cheveux blonds, une audace suspecte, d’entraîneuse de cabaret, que la plupart des femmes de sa classe sociale ne se seraient pas permise. Mais Amparo Priego Martínez n’était pas une femme comme les autres, et son culot me bouleversait plus que je ne l’aurais cru. Nous avions vécu ensemble trop de choses, trop longtemps, pour que je puisse sortir indemne de ces retrouvailles. Pour cette raison, je ne pris pas le risque de regarder l’enfant qu’elle tenait par la main.

 

Le dernier dimanche du mois de mars 1947, je partis à la recherche d’une femme qui connaissait ma véritable identité. Amparo savait que je ne m’appelais pas Rafael Cuesta Sánchez, mais Guillermo García Medina. Et que j’étais médecin, même si je n’avais plus de statut officiel et travaillais dans une agence de transports.

Elle ignorait, en revanche, que j’étais allé la trouver pour venir en aide à Manuel Arroyo Benítez, un de mes amis qui avait pris l’identité d’Adrián Gallardo Ortega afin d’infiltrer une organisation de fugitifs nazis et d’émigrer en Argentine comme un des leurs. Pendant ce temps, le vrai Adrián Gallardo faisait la manche à Berlin, et quand il était contrôlé par une patrouille, il montrait les papiers d’un certain Alfonso Navarro López.

 

L’événement le plus important de sa vie se produit en 1923, quand un jeune homme énergique de trente-quatre ans se présente à la famille Wagner après avoir assisté à une représentation du Festival de Bayreuth. C’est le leader du Parti national-socialiste ouvrier allemand, mais la raison de sa visite n’est pas politique. Il est persuadé qu’il n’existe aucune œuvre comparable à celle de Richard dans toute l’histoire de la musique et veut témoigner de sa ferveur aux héritiers du compositeur.

La jeune épouse de vingt-six ans, restée en retrait, assiste à cette déclaration passionnée qui lui inspire à son tour des sentiments encore plus excessifs. À partir de ce jour, Winifred vit exclusivement pour Adolf Hitler.

 

Norman Bethune a réussi. Pour la première fois dans l’histoire, une transfusion de sang conservé dans un réfrigérateur redonne vie à un mourant. Désormais, il n’est plus nécessaire que le donneur soit juste à côté du receveur, relié à lui par deux aiguilles et un tube en caoutchouc. Cette nouvelle technique rend les transfusions beaucoup plus faciles, pratiques et efficaces.

 

Ainsi, ma relation avec Amparo, étrange fruit du hasard et de la guerre, prit peu à peu une curieuse forme, semblable à la silhouette de ces réfugiés qui portaient en couches superposées tous les vêtements qu’ils possédaient. Mais avant la fin de l’hiver, il se produisit un événement qui me prouva que tout pouvait être encore plus compliqué.

 

Au contraire, sa nationalité fait très vite d’elle une pièce maîtresse dans les relations entre le gouvernement de Burgos et le Troisième Reich. Clara, franquiste en Espagne, nazie en Allemagne, sait regarder très loin et comprend ce qu’elle voit. Intelligente, compétente, extrêmement énergique et très sympathique, elle se met en retrait et attend son heure.

 

Clara Stauffer continuera d’être phalangiste et nazie, espagnole et allemande, jusqu’à sa mort.

 

Manolo aurait été un bon étudiant au séminaire de Gijón. Au collège Sierra Pambley il fut, dès le début, un élève brillant, car s’il n’avait aucune vocation pour la prêtrise, celle qu’il avait pour l’étude était immense, surtout à partir du moment où il comprit que c’était pour lui le seul moyen de s’échapper de Robles, de sa maison, du piège de sa vie.

 

C’était un bon garçon, sain, innocent, qui ne buvait pas, ne fumait même pas, et n’arrêtait pas de sortir de sous sa chemise un scapulaire que lui avait donné sa mère pour l’embrasser. Il y avait beaucoup d’hommes comme lui parmi les volontaires de son armée, presque encore des enfants, élevés dans des familles ultra catholiques de tradition carliste. (A propos du vrai Adriàn)

Là-dedans, il y a une carte d’identité au nom de Rafael Cuesta Sánchez. Tu te souviens ? (Je hochai la tête en silence. Je n’avais jamais oublié ce nom.) C’est une fausse identité, inventée de toutes pièces.

 

 

Lu en février 2020

Publié dans Chick-Lit, Littérature espagnole

« Dans le miroir de Valeria » : Elisabet Benavent

Petit moment de détente aujourd’hui avec la suite des aventures de Valeria:

 

 

 

Quatrième de couverture:

 

La suite trépidante des aventures de Valeria et de sa bande d’amies Valeria, qui s’est séparée d’Adrian, est tombée dans les bras de Victor.

Mais, après un début de relation enflammée, elle commence à s’interroger…

A-t-elle fait le bon choix ? Heureusement, ses amies de toujours sont là, à qui elle peut se confier.

Et réciproquement. Car Lola, elle aussi, se pose des questions. Est-elle encore amoureuse de Sergio, l’homme qui a plaqué sa fiancée pour elle, avant qu’elle le rejette ?

Carmen, de son côté, semble heureuse d’avoir enfin franchi le pas avec Barto, même si elle pressent que la mère de ce dernier va se montrer envahissante…

Seule Nerea semble garder le cap et la tête froide. Mais les apparences sont souvent trompeuses…

Valeria a aussi une autre source d’inquiétude. Elle vient enfin de terminer son deuxième roman. Elle en est satisfaite et son éditeur est enthousiaste. Mais comment ses amies réagiront-elles quand elles découvriront leurs histoires de cœur et leurs ébats intimes étalés au grand jour ?

En attendant, les quatre amies sont de nouveau réunies et s’apprêtent à sortir faire la fête. C’est drôle, c’est vif, ça pétille et ça passe aussi vite qu’une soirée entre filles. On s’est à peine embrassées qu’il est déjà l’heure de se quitter.

 

 

Ce que j’en pense :

 

On retrouve dans cet opus les quatre copines : Valeria, Lola, Carmen et Nerea toujours prêtes à faire la fête, la fiesta ou la java seraient des termes mieux adaptés à la situation) en parlant de leurs problèmes de cœur.

Valeria a fui un mariage qui prenait l’eau, et file le parfait amour avec son Dieu du sexe Victor dont elle a tellement vanté les performances dans son roman (la publication de journal intime T1) que son pas encore ex-mari, ne prend pas très bien, c’est le moins qu’on puisse dire…

Les copines se sont bien-sûr reconnues dans les pages du livre, avec plus ou moins d’humour.

Lola, toujours aussi vamp, qui en pince toujours pour son Sergio, plus ou moins toxique, Carmen, qui découvre les parents, notamment la mère possessive, hyper-toxique de son Barto, et Nerea, la toujours sage, marquée par son éducation, attend le mariage raisonnable, avec un homme adéquat pour faire un mari convenable et des enfants convenables.

Valeria est touchante car elle ne sait pas ce qu’elle veut, hésite à divorcer, a toujours peur que Victor demeure l’homme à femmes qu’il a toujours été….

Un bon moment de fous- rires, avec des scènes érotiques très explicites : hot, very hot, caliente… toutes les positions du Kâma-Sûtra y sont bien détaillées, entrecoupées de douches froides et de coups de blues !

Elles sont attachantes, parfois tellement extravagantes qu’on a du mal à les suivre, mais leurs réflexions sur la vie, la féminité, le couple sont intéressantes; alors je vais continuer l’aventure, c’est un moment détente, au milieu de lectures sérieuses… et soyons honnêtes, j’en pince pour Victor évidemment!

On peut lire et entendre partout que Noël est une période de régression pour tout un chacun, alors la Chick-Lit s’imposait…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de suivre une nouvelle fois les quatre copines.

 

#DansLeMiroirDeValeria #NetGalleyFrance

 

❤️ ❤️ ❤️

 

Extraits :

 

Oups! Désolée, je ne vous dévoilerais pas les passages coquins sinon, vous n’aurez plus envie de lire le livre…

 

J’étais tombée amoureuse d’un de ces mecs avec lesquels ça ne marche jamais et j’avais fichu mon mariage en l’air. J’avais demandé la séparation. Bref… J’aurais mieux fait de réfléchir avant de ruer dans les brancards.

 

Nous, les femmes de ma génération, nous nous sentons libérées. Nous avons un boulot, des préoccupations intellectuelles et, dans une certaine mesure, des ambitions professionnelles. Si le rôle de mère nous tente, nous planifions nos maternités. Nous avons fait des études et sommes bien préparées au monde du travail. Nous parlons de sexe sans complexe, et nous ne dépendons de personne. Mais, la plupart du temps, ce n’est que de la poudre aux yeux. En réalité, sur le plan des sentiments, nous continuons de dépendre maladivement des hommes, presque toujours.

 

Mais, on pouvait se demander si Nerea était capable de tomber réellement amoureuse. Elle était peut-être un peu trop carrée pour ça : ce qu’elle recherchait, ce n’était pas le grand amour, mais un mec pragmatique, qui cadrait bien avec la vie qu’elle s’était choisie.

 

Quand Victor me regardait en souriant, je craquais complètement. Je l’avais toujours vu comme un de ces objets de luxe qu’on ne peut s’empêcher de mater dans une vitrine même si on sait qu’on ne peut pas se les offrir.

 

Lu en décembre 2019

Publié dans Chick-Lit, Littérature espagnole

« Dans les pas de Valeria » : Elisabet Benavent

Petit détour par la chick-lit aujourd’hui avec ce roman à la couverture géniale déniché sur NetGalley

 

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Résumé de l’éditeur :

 

Quand Bridget Jones s’invite dans Sex and the City…

Elles sont quatre amies de toujours qui vivent à Madrid. Complices et inséparables, elles se connaissent sur le bout des doigts et se racontent tout. Vraiment tout. Surtout leurs histoires de cœur…

Valeria, 27 ans à peine, commence à s’encrouter avec son compagnon de toujours, elle déprime.

Lola s’est entichée d’un super coup,  mais il est fiancé.

Carmen est amoureuse d’un collègue, mais elle n’ose pas se lancer, elle est un peu complexée.

Nerea, la sainte- Nitouche du groupe, vient enfin de rencontrer un homme à sa hauteur – mais…

Tout bouge lorsque Valeria rencontre Victor, un homme ô combien séduisant
lorsque Lola décide de réagir.

Lorsque Carmen parvient à séduire son collègue et découvre que le nouveau petit ami de Nerea n’est autre que… son propre boss – qu’elle déteste !

Leur amitié survivra-t-elle à ce drame ?

C’est drôle, c’est vif, ça pétille et ça passe aussi vite qu’une soirée entre filles. On s’est à peine embrassées qu’il est déjà l’heure de se quitter. A regret.

 

 

Ce que j’en pense

 

J’ai choisi ce roman, car j’avais besoin d’une lecture facile, ne prenant pas la tête, dans cette période difficile. Il faisait référence au fameux « journal de Bridget Jones » que je n’ai jamais lu, mais les films m’avaient amusée alors pourquoi pas ?

Nous sommes à Barcelone, en compagnie de quatre amies qui se réunissent régulièrement pour dîner, (alcool bienvenu aussi) et se raconter leurs soucis : problèmes conjugaux, libido, travail…

Valeria a publié un premier roman qui a eu beaucoup de succès, mais elle est à court d’idée pour écrire le deuxième, panne sèche, malgré une astreinte quotidienne devant la page blanche. Elle est mariée à Adrian depuis dix ans mais leur vie sexuelle bat de l’aile, et leur vie de couple tout court d’ailleurs… Adrian, photographe, rentre de plus en plus tard et, crevé, il s’endort sitôt la tête posée sur l’oreiller.

Carmen supporte un boss qui la dénigre, lui infligeant des remarques désobligeantes sur son travail pourtant bien fait et de préférence devant témoins. Son coéquipier Baltho ne cautionne pas mais se tait. Elle multiplie les amants, rencontres d’un jour pour s’étourdir.

Nerea, la plus sage de toutes cherche le véritable amour, l’homme de sa vie et tente de modérer ses copines. Jusqu’au jour où elle tombe d’un homme qui va laisser les autres sans voix…

Enfin, nous avons Lola qui tombe toujours sur des super-coups mais mariés…

Bien-sûr Valeria tente de se remettre en question : c’est sûrement de sa faute, elle se balade en vieux T-shirt, (les bas, tombant sur les chaussures dirait Aznavour) décide de se reprendre en mains, laisse tomber la page blanche pour aller voir Adrian à son atelier et ô surprise s’aperçoit qu’Alex l’assistant dont son mari lui rabat les oreilles est une jeune femme de vingt ans, hyper-sexy….

Lorsqu’elle croise la route de Victor, tous les clignotants vont s’affoler pour notre plus grand plaisir…

Mon peu d’attirance envers la Chick-lit n’est un secret pour personne, mais le ton plein d’humour d’Elisabet Benavent m’a beaucoup plu, les scènes d’amour torrides qui émaillent le roman sont drôles, parfois même très crues mais dépaysement garanti….

Un roman idéal pour les vacances ou en cas de surchauffe neuronale… Et c’est vrai, ça pétille tellement qu’après avoir râler sur le côté « nunuche » de ces quatre copines, je me suis prise en jeu…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir le roman et l’auteure.

Sortie prévue 18 septembre 2019…

 

#DansLesPasDeValeria #NetGalleyFrance

 

 

L’auteure

 

Née à Valence en 1984, Elisabet Benavent est licenciée en communication audiovisuelle, elle a travaillé dans le service communication d’une multinationale avant de tout plaquer pour se consacrer à sa passion : l’écriture.

D’abord auto-éditée, la publication en 2013 de ses romans « Dans les pas de Valeria » (« En los zapatos de Valeria »), « Dans le miroir de Valeria » (« Valeria en el espejo »), « Les hauts et les bas de Valeria » (« Valeria en blanco y negro ») et « Passionnément Valeria » (« Valeria al desnudo ») a connu un énorme succès en Espagne, avec plus de 800 000 exemplaires vendus.

 

Extraits

 

C’est tellement plus facile de se sentir bien dans ses pompes quand quelqu’un vous vénère comme un dieu. J’aurais sans doute été bien avisée de me dégotter moi-aussi un admirateur inconditionnel.

 

Comment aurais-je pu dire à mes amies que mon mari et moi ne nous touchions plus quand nous étions au lit, qu’il n’était pas exclu qu’une autre lui ait mis le grappin dessus, ou que, n’ayant plus aucun désir pour moi, il se livrait peut-être jusqu’à l’épuisement à l’auto-érotisme ? Mais une bonne chose au moins était sortie de toutes ses considérations : j’avais pris conscience que mon allure laissait gravement à désirer et qu’il était temps que je me ressaisisse.

 

Je me regardai dans la glace, avec mon chignon perché sur le haut de mon crâne et mes lunettes qui glissaient sur mon nez, le vieux T-shirt tout défraichi d’Adrian… Pas vraiment étonnant qu’il ne se sente pas attiré par mois. Et si c’était moi qui avais fait capoter notre relation à force de négligence ?

 

Tombée très bas, oui, mais les deux paquets de donuts et les deux litres de Coca que je me suis enfilas hier m’ont aidée à amortir la chute. Rien de tel qu’une orgie de sucre et de caféine pour se rafraîchir les idées.

 

Carmen n’était pas habituée à se sentir toute-puissante, et pour être tout à fait franche, elle avait peur de ne pas être à la hauteur de la situation. Elle craignait de perdre subitement les pédales et de tout gâcher en cédant à la panique. L’heure de la vengeance avait sonné, et elle s’imaginait faisant gicler le sang de son boss en riant à gorge déployée.

 

Le reste, je le réservais aux filles qui me livraient généralement trois points de vue différents, voire discordants. Mais, lorsque toutes tombaient d’accord, je savais qu’elles avaient raison. C’était une thérapie de groupe efficace et un rituel si ancien, entre nous, qu’il était impossible d’y déroger. C’est pourquoi j’avais décidé de passer aux aveux…

 

 

Lu en août 2019

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature espagnole

« Rose de cendres » de Pilar Rahola

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley du fait de mon goût pour l’Histoire, et j’avoue que je ne connaissais peu pour ne pas dire pas du tout  l’histoire de la Catalogne  :

 

Rose de cendres de Pilar Rahula

 

Résumé de l’éditeur :    

 

D’origine modeste et issu d’une famille républicaine, Albert Corner a combattu lors de la première guerre d’indépendance de Cuba. À son retour au pays, il n’a plus qu’une idée en tête: s’enrichir, quitte à verser dans la criminalité. Des années plus tard, il jouit d’un statut d’homme d’affaires reconnu. Mais, en 1909, la révolte est aux portes de la ville : le syndicalisme ouvrier affronte violemment le gouvernement espagnol au sujet de la mobilisation pour la guerre au Maroc. Et dans cette Catalogne au bord de l’explosion, les enfants Corner pourraient bien trahir les idéaux fraîchement bourgeois de leur père.

Entre les aspirations révolutionnaires des uns et les désirs d’émancipation des autres, l’équilibre de la famille et des affaires est en danger…

 

 

Ce que j’en pense   

 

On fait la connaissance du héros principal Albert Corner alors qu’il se bat pour l’Espagne à Cuba, combat dont il réchappe à force de volonté, de rage. Il connaît les affres de la traversée, en fond de cale, partageant la litière des chevaux. En fait le bien-être des chevaux compte davantage que celui des hommes qu’on envoie à la boucherie, car ils sont plus utiles. Cette guerre violente se soldera par la perte de Cuba pour l’Espagne.

De retour, Albert n’a qu’un seul but ; échapper à la pauvreté de sa famille, s’enrichissant grâce à la spéculation et à des méthodes peu orthodoxes, mais quand il a été normal de tuer au nom de l’Espagne, cela devient facile… Il va construire sa famille, s’impliquant en politique, pour la Catalogne.

On assiste à l’évolution de cette famille, alors que les émeutes de 1909 se déclenchent car les catalans refusent d’aller se battre contre le Maroc (la guerre de Melilla), un premier contingent ayant été envoyé purement et simplement à l’abattoir faisant trois cents morts.

Trois partis influents s’opposent à cette époque, car le peuple veut l’indépendance de la Catalogne, de manière modérée pour les uns : Solidarité catalane, les anarchistes purs et durs et le parti conservateur qui veut rester avec l’Espagne. C’est le départ d’un convoi de soldats réquisitionnés (on peut y échapper si on paye, alors le sentiment d’injustice des ouvriers pauvres ne peut qu’exploser) qui va déclencher les émeutes que l’on retiendra dans l’histoire sous le nom de « Semaine tragique » du 26 juillet au 2 août 1909

Tout commence par une grève générale, visant à paralyser le pays, mais ce sera un bain de sang : on érige des barricades, on arrache les pavés, on met le feu aux églises, car on rejette la toute puissante église catholique qui a la mainmise sur tout, jusqu’à l’école. Les anarchistes essaient de mettre en place une école laïque mais il n’y a qu’un pas entre projet et utopie. Barcelone est en feu.

 

« Au-dehors, Barcelone flambait et elle écrivait en lettres de feu un des chapitres les plus tragiques de son histoire. Mais à l’intérieur de la famille d’Avel-li aussi se dressait un bûcher d’incompréhension, de douleur et de violence, aussi dévastateur que les flammes qui avaient détruit des églises dont la plupart avaient résisté au passage du temps et des violences des siècles. »

 

J’ai beaucoup aimé cette famille et ses dysfonctionnements, chacun optant pour un camp, pour des raisons différentes : Albert ne veut pas que son empire financier lui échappe, Enric croit à une société meilleure plus égalitaire, le fils aîné, Avel-li, désire une Catalogne libre, républicaine sans utiliser la violence.

Tout oppose ces deux frères, car Avel-li se comporte en aîné responsable, suit les traces de son père donc reconnu par ce père, alors qu’Enric le deuxième fils est un être d’une grande sensibilité, il a été couvé par sa grand-mère, et déclenche la colère paternelle de manière quasi permanente.

Il porte le nom de son grand-oncle mort à la guerre, ce qui ne facilitera pas les choses… l’un est marié, installé dans sa vie alors que l’autre se cherche sur tous les plans, politique, sexuel, donc le drame sera inévitable…

 

« L’oncle de mon père, c’est-à-dire, le frère de ma grand-mère Mercé, est mort éventré par un cheval pendant la révolte de 1835. Mon frère Enric porte son prénom, à la demande de grand-mère Mariona quand il est né.« 

 

J’aurais aimé avoir de la sympathie pour Enric, mais c’est difficile car son sentiment de ne pas être aimé et d’être sans cesse comparé avec son frère aîné, qui est pourtant légitime, le pousse à se poser en victime et lui sert de justification sans cesse…

Les femmes de la famille sont intéressantes aussi : Elisenda, l’épouse d’Albert est soumise, tient sa maison le mieux possible, c’est l’épouse modèle prototype de l’époque, les filles d’Albert, par contre, ne sont pas résignées et obéissante comme leur mère, elles se rebellent, Merceneta en particulier, affirment davantage leurs idées. On retient aussi la place importante de l’art dans cette ville, où passer Gaudi, décrié par la population de l’époque car on ne comprend pas son travail…

J’ai suivi comme tout le monde les évènements récents avec le référendum pour l’indépendance, mais je ne comprenais pas bien les positions de chacun. Il s’agit d’un phénomène ancien, et ce roman m’a permis d’apprendre beaucoup de choses,  tant sur la période historique que sur la société de l’époque: Lerroux, Cambo, Maura et Ferrer étaient d’illustres inconnus pour moi et donc envie de creuser encore…

Cependant, j’adresserai un reproche à l’auteure : avoir trop décortiqué, embrouillant le lecteur par trop de détails à mon goût, je me suis perdue parfois dans les noms des protagonistes (leurs noms à rallonge sont durs à mémoriser !) et j’ai parfois survolé la description des combats, des violences de rues, des radicalisations, car trop de détails tue parfois…

Ainsi, Pilar Rahola cite fréquemment des extraits de l’époque du journal « La Veu de Catalunya » ou les comptes-rendus d’interventions lors des réunions politiques, pour appuyer son récit, et cela finit par devenir soporifique…

  ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Je remercie vivement NetGalley et les éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#PilarRahola #NetGalleyFrance

 

L’auteur   

 

Née à Barcelone en 1958 dans une famille républicaine antifasciste, Pilar Rahola est une journaliste, écrivaine et femme politique catalane.

Diplômée d’une licence en philologie catalane et espagnole de l’université de Barcelone, elle a publié plusieurs livres et écrit pour de nombreux journaux, dont La Vanguardia (Espagne). Rose de cendres, qui a reçu le prix Ramon Llull 2017, est son premier ouvrage publié en France.

 

Extraits   

 

Trop endurci pour croire aux dieux et aux curés, Albert n’avait jamais été très religieux, il jugeait néanmoins l’Église efficace pour endiguer les idées révolutionnaires qui ne pouvaient conduire qu’au chaos.

 

… Le passé pouvait être un grand prestidigitateur, un escamoteur qui trompait les sens et les plongeait dans la nostalgie. Or, lui (Albert) n’avait pas le temps de vivre dans le passé, surtout à présent que l’orage grondait.

 

Gaudi est un mystique et un poète, mais sera-t-il un bon architecte pour nos maisons ?

 

Et d’un bout à l’autre de l’Espagne, la moindre tentative pour obtenir une amélioration dans l’intérêt des Catalans était aussitôt taxée de séparatiste. « pourtant nous n’avons jamais été aussi nombreux, aussi puissants et aussi unis, et personne ne pourra nous arrêter si nous persévérons, du moment que nous évitons de nous disputer et de nous poignarder dans le dos »

 

Papa est né avec l’instinct de survie, ce qui explique qu’il possède un sens de l’opportunité très développé…

 

« Notre famille est comme cette terre, elle tombe mais elle se relève toujours » disait-elle. De telles phrases éveillaient chez le jeune garçon (Avel-li) des émotions qu’il expliquait difficilement. C’était comme un battement de cœur qui le rattachait à quelque chose de plus grand que lui, dont il faisait partie sans pouvoir le comprendre.

 

Les actions héroïques des vieux carlistes ou, avant cela, la défense des murailles de Barcelone durant la guerre de 1714, ou encore et surtout l’engagement de l’arrière-grand-mère Mariona pendant le bombardement de Gràcia, tous ces hauts faits avaient peuplé son enfance, mais à mesure qu’il grandissait, Avel-li s’intéressait davantage aux évènements politiques qu’à l’épopée historique.

 

Il avait assumé le rôle de fils aîné avec un zèle qui l’accablait maintenant de responsabilités … « tu es l’aîné de la famille Corner, Avel-li, mais pas l’aîné de l’humanité » tentait de le raisonner Dolcina

 

Quand il parvint enfin à réagir, sa douleur fut insupportable, et il comprit aussi qu’il le savait depuis longtemps qu’il le niait. « Je lui ai pardonné beaucoup de choses, mais cette infamie répugnante, cet outrage misérable à notre famille, c’est impossible », et il sortit fou de rage… Réaction d’Albert en découvrant l’homosexualité de son fils Enric 

 

Son frère était un perverti, un libertin qui faisait jaser toute la ville, le pantalon sur les chevilles et le sexe exhibé, une crapule… Plutôt mort qu’inverti ! s’écria-t-il fou de rage, avant de s’effondrer, brisé dans les bras de Dolcina qui le caressait comme un petit enfant… Réaction d’Avel-li

 

Il n’y a pas de feu aussi mortel que celui qu’on attise soi-même pensait-il, accablé, la tête basse en essayant de trouver sa place dans cette maison paternelle, à présent remplie de proches, et qui pourtant lui semblait étrangère…

 

Les femmes étaient les grandes perdantes, bannies du récit humain, et l’exclusion du regard féminin avait peut-être été la plus grave erreur de l’humanité.    

 

Lu en décembre 2018