Publié dans spiritualités

« Femmes chamanes » Audrey Fella

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour magnifique couverture et son thème et qui m’a donné un peu de mal :

Résumé de l’éditeur :

Une immersion éclairante au cœur du chamanisme féminin et occidental d’aujourd’hui.

Autrice de nombreux ouvrages sur les femmes et le sacré, Audrey Fella a souhaité explorer le chamanisme au féminin, afin de découvrir ses spécificités. Plongée dans une aventure intime et personnelle, elle a rencontré six femmes remarquables, auprès desquelles elle a mené l’enquête. Un voyage chamanique, un stage de chant sacré, un atelier de peinture de sable, une diète de rose et d’autres rituels l’ont ainsi conduite sur un chemin de transformation, où elle a le sentiment d’accoucher d’elle-même. Et d’entrevoir une nouvelle manière d’être au monde, qui invite chacun à naître à soi, pour se relier plus harmonieusement aux autres et à la Terre mère.

Psychothérapeutes, artistes et enseignantes, Maud Séjournant, Claire Barré, Lorenza Garcia, Myriam Beaugendre, Brigitte Pietrzak et Sandra Ingerman ont été initiées par des chamanes de diverses traditions, amérindienne, amazonienne et mongole, et les esprits de la nature ; elles ont acquis une connaissance vivante, pour soigner et guider les autres. Elles nous offrent ici leur enseignement et leur sagesse.

Ce que j’en pense :

Ayant à affronter des problèmes pour avoir des enfants, l’auteure va rencontrer plusieurs femmes, chamanes » reconnues pour avancer dans sa quête et explorer ce qui peut poser problème dans le désir et la conception d’un enfant.

Elle nous propose une définition du chamanisme, « source de spiritualité vivante, proche de la nature, réconciliant le corps, l’âme et l’esprit » et son application au quotidien, ce qu’il peut apporter à l’Occident, qui voit sur tout dans cette spiritualité les transes, alors que les rituels sont codifiés, avec la recherche du féminin sacré. Chaque étape dans l’évolution de la femme est marquée par un rituel, les premières règles, la grossesse… mais le côté, je vais rendre à la Nature le sang menstruel me laisse un peu septique :

« Le sang menstruel récupéré retournait à la Terre, leur mère, dont elles étaient les filles. C’était un geste de bénédiction et de reconnaissance. »

L’auteure, pour écrire son livre s’est engagée à participer aux différentes cérémonies ou rituels. L’auteure nous livre, chaque fois, la quête qu’elle adresse à la Chamane qu’elle rencontre, elle assiste aux rituels, aux rencontres avec des groupes pour apprendre sa technique et nous présente ensuite une interview de la femme en question, son parcours personnel, ce qui l’a guidée… Ce qui est très intéressant, tant leurs univers sont différents.

L’auteure va rencontrer ainsi son propre animal totem : le loup. Comment ne pas penser au bestseller « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola-Estés… Livre que j’ai acheté il y a des années et jamais lu…

 On va rencontrer successivement Maud Séjournant, pour qui « il faut toujours opérer en soi le changement que l’on souhaite voir autour de soi ». Avec elle, on se trouve dans un approfondissement de la définition, les références à la culture Navajo, aux accords Toltèques, la Roue de la Médecine et le rôle de l’initiation qui est le commencement du chemin et comment on va aller vers la transformation.

Avec Claire Barré on est plus sur le charnel et la sexualité, l’accouchement vécu comme un état modifié de la conscience et la recherche de l’animal totem. Elle explique notamment sa « rencontre spirituelle » avec Sitting Bull et les états de conscience modifiée » via les tambours.

Puis, l’auteure va approfondir sa quête avec Lorenza Garcia qui s’inspire des Navajos, les Diné et qui utilise l’expression artistique notamment les couleurs et leur signification, la technique de la peinture de sable, telle un mandala, la musique avec les chants des voyelles et les vibrations qu’ils provoquent, comme on peut les retrouver en sophrologie.

On évoque ensuite le principe du jeûne, la purge et de la sudation avec la diète de rose ou une technique basée davantage sur la prière, la lumière … et de tout ce qui peut conduire à la « guérison » avec parfois des affirmations qui laissent dubitatif :

« Le chamanisme complète harmonieusement la psychothérapie. Tout d’abord, il prend en compte l’être dans sa totalité : le corps, l’âme et la psyché. Ensuite, il utilise la transe qui permet de le soigner en profondeur et autrement, incluant par là sa dimension spirituelle. Autrement dit, il propose un soin plus global… »

Les tambours qui guident les rituels, m’ont rappelé les rituels tibétains avec les damarus, les clochettes, qui mettent dans un état méditatif particulier et donnent une énergie énorme : on en sort, crevé et mystérieusement plein de tonus. Mais pas de transe en ce qui me concerne… Promis, un jour, je vous parlerai des instruments, des pratiques, plus en détails…

Toutes ces femmes ont une vision personnelle du chamanisme en fonction du « maître » qui les a initiées et certaines sont très intéressantes, d’autres moins et la dernière m’a paru un peu trop déjantée, avec ses références aux « substances psychédéliques » … cf. la dernière citation.

J’ai également eu plus de mal avec les expériences de « sortie du corps » par exemple.

Je ne connaissais pas grand-chose sur le chamanisme, mais étant ouverte à la quête de spiritualité, ce livre m’a permis d’apprendre des éléments importants et j’ai retrouvé des pratiques, des méditations, des références qui rappellent ce que je connais bien dans le bouddhisme, l’importance de la méditation, des rituels, du respect de la Nature, une médecine différente, au plus près des plantes, mais aussi des minéraux…

J’ai aimé le respect de la Terre Mère, de la féminité, de la proximité avec la Lune, ses cycles qui sont synchrones avec le cycle féminin, par rapport au soleil masculin, l’importance de la reliance avec la Terre, les arbres, le ciel masculin aussi les éléments eau air feu … on prend conscience ainsi des sagesses très anciennes  qui ont des points communs entre elles, et qui mettent la femme en avant, en opposition avec le christianisme qui a envoyé la femme aux oubliettes pour mettre en place une société patriarcale…

J’ai également beaucoup apprécié la chamane de Mongolie et son raisonnement sur la genèse de la maladie, la manière dont parfois on préfère garder ses douleurs et se victimiser, sa sagesse m’a plu, et celle-là j’aurais aimé la rencontrer…

Si certains m’ont donné envie d’en savoir plus et de les rencontrer même parfois, d’autres sont très éloignés de mon univers. « Descartes a encore des émules » aimait me répondre mon algologue lorsque je voulais comprendre, et même si je suis branchée spiritualité, il y a des territoires où je n’ai pas trop envie d’aller.

Je tiens à préciser que la rédaction de ma chronique a été compliquée, car parmi toutes les informations, il est difficile de faire une synthèse. La bibliographie, à la fin du livre est gargantuesque, presque autant que les 113 notes de bas de pages. Je salue le travail de l’auteure, d’où la note. Pour moi qui aime beaucoup les loups, la couverture est splendide !

Une lecture très intéressante donc, et je dis un grand merci à NetGalley et à Mama éditions qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteure et peut-être d’explorer davantage le chamanisme, mais j’ai bien peur que ma PAL ne se mette en grève, étant donnée la vitesse à laquelle je l’alimente…

#Femmeschamanes #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Audrey Fella est une historienne, essayiste et journaliste, spécialisée dans le fait religieux et spirituel. Ses recherches portent sur la femme et le sacré, la mystique chrétienne et laïque. Elle s’intéresse également aux diverses expressions de la spiritualité contemporaine incarnée par les femmes, et à la manière dont la religion et la spiritualité peuvent participer à la quête de sens de nos contemporains.

Parmi ses titres, on retrouve « Les Femmes mystiques », « Histoire et dictionnaire », « Mélusine et l’éternel féminin » « Hildegarde de Bingen, la sentinelle de l’invisible »

Extraits :

Au sortir de ce rêve éveillé, je m’interroge sur la nature de ce léger état d’hypnose et la conscience, qui n’est peut-être pas le cerveau – comme tendent à le prouver de nombreux chercheurs aujourd’hui.4

Car le travail intérieur, qui consiste à se déconditionner, se libérer de ses croyances et de ses peurs limitantes, est sans fin…

Dans la société occidentale, l’arrivée des règles est souvent cachée et honteuse. Non célébrée, elle est souvent mal vécue. Cela vient de la culture religieuse judéo-chrétienne, qui considère les femmes comme impures et intouchables pendant celles-ci…   …. A l’inverse, la plupart des sociétés traditionnelles accompagnent rituellement les femmes tout au long de leur vie…

… beaucoup de femmes s’organisent et se réunissent lors de cercles chamaniques, de stages et d’ateliers de tous genres, inspirés par de nombreuses traditions pour réveiller leur féminin sacré. J’entends par là leur force de vie intérieure, qui leur permet d’être et de créer matériellement et spirituellement.

Le chamanisme répond donc au désir de spiritualité, de reliance et de transcendance, de ceux qui n’ont pas trouvé leur bonheur dans les religions ou ailleurs.

Le chamane ne se proclame jamais lui-même comme tel. Il est choisi par les esprits de sa tradition et reconnu par les membres de sa communauté.

Tel est le but principal de cet ouvrage : inviter le lecteur à voyager à l’intérieur de lui-même pour rencontre son être profond.

On touche ici au mystère de la création en soi : la faculté de se réaliser, qui implique d’écouter son féminin à travers sa petite voix intérieure pour que son masculin puisse manifester ce qu’elle lui souffle à l’extérieur, faire la relation avec le monde et réaliser un projet.

Elle (l’initiation chamanique) demande de l’engagement, de la patience et du discernement, afin de ne pas croire qu’on a atteint l’éveil alors qu’on est juste dans le gonflement de l’ego.

L’humanisme a fait cette erreur : mettre l’homme au-dessus de tout, ce qui a engendré la destruction de son environnement.

La mère qui « donne naissance » est donc le modèle type de la plupart des formes de ce que l’on appelle chamanisme…

J’avais l’impression d’avoir une dette envers Sitting Bull, car il m’avait ouvert à une nouvelle vie où, fermant les yeux, bercée par le rythme du tambour, j’avais accès à de nouveaux territoires de la conscience.

« Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée et le dernier poisson pêché, alors l’homme s’apercevra que l’argent ne se mange pas ». Phrase souvent attribuée à Sitting Bull

Dans les sociétés amérindiennes actuelles, l’art est à la fois un outil de création, l’expression d’une sagesse et un mode de contestations.

Le chant permet de mettre le corps en mouvement et de le faire résonner. Car le corps est un instrument qui s’alimente d’inspire et d’expire. Chanter, c’est donc avant tout respirer.

La grande découverte du chamanisme a été de pouvoir prier avec mon corps. Ce qui était très différent de ma pratique spirituelle d’alors, qui a débuté avec le christianisme où je priais avec son cœur, assise dans une église.

La compassion est autre chose que l’affect, elle est sans sensiblerie et relativise notre sens de la possession. Elle permet de se reposer sur l’ouverture du cœur, sans attachement.

Néanmoins, le chamane n’est pas un médium. Le médium est passif alors que le chamane est actif.

Puis, à l’âge de sept ans, j’ai été frappée par la foudre. Dans le chamanisme, un tel évènement est considéré comme un appel à devenir chamane. C’est le point de départ d’une initiation traditionnelle.

Lu en juin 2020