Publié dans Littérature française

« La petite dernière » de Fatima Daas

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi par curiosité, sur NetGalley, et parce qu’il avait un certain succès sur les blogs :

Résumé de l’éditeur :

« Je m’appelle Fatima Daas. Je suis la mazoziya, la petite dernière. Celle à laquelle on ne s’est pas préparé. Française d’origine algérienne. Musulmane pratiquante. Clichoise qui passe plus de trois heures par jour dans les transports. Une touriste. Une banlieusarde qui observe les comportements parisiens. Je suis une menteuse, une pécheresse.

Adolescente, je suis une élève instable. Adulte, je suis hyper-inadaptée. J’écris des histoires pour éviter de vivre la mienne. J’ai fait quatre ans de thérapie. C’est ma plus longue relation. L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse, la sexualité aussi. Je me croyais polyamoureuse.

Lorsque Nina a débarqué dans ma vie, je ne savais plus du tout ce dont j’avais besoin et ce qu’il me manquait. Je m’appelle Fatima Daas. Je ne sais pas si je porte bien mon prénom. »

Ce que j’en pense :

Ce roman est assez surprenant, et il m’a parfois laissée un peu perplexe, car l’auteure nous propose d’entrer au cœur de sa famille, de son mode de vie, de ses réflexions, de son intimité.

Abordons tout d’abord le contexte : Fatima se présente sans fard ni complaisance, et nous fait faire la connaissance de sa famille : son père s’appelle Ahmed « digne d’éloges » et sa mère Kamar, la lune. Elle a trois sœurs.

Le père est dominateur, il frappe les enfants, la ceinture est toujours prompte à être détachée. Lorsqu’il rentre du travail, il allume la lumière, en pleine nuit, réveillant tout le monde, faisant du bruit, et si une des filles râle un peu l’insulte fuse : khamja « salope ». la mère préfère se taire et s’occuper de la maison.

Fatima est la seule des enfants à être née en France, par césarienne, précise-t-elle et de manière inattendue; ses sœurs sont nées en Algérie et ses parents sont également les seuls de leurs familles respectives, à être venus.

Je m’appelle Fatima Daas.

Je suis la mazoziya, la petite dernière.

Celle à laquelle on ne s’est pas préparé.

A chaque séjour en Algérie, elle se sent chez elle, avec les oncles, tantes, cousins, l’accueil est chaleureux, la famille est plus démonstrative; elle ne voudrait plus repartir et en même temps, elle pense chaque fois que c’est la dernière fois qu’elle y va.

Fatima est musulmane pratiquante, elle aime faire ses ablutions et ses cinq prières, même si parfois, enfant elle était à moitié réveillée. Elle comprend le sentiment d’appartenance la première fois qu’elle fait le Ramadan.

C’est une rebelle, qui a intégré que ses parents désiraient un fils, s’habillant en garçon, passant ses cheveux au gel pour qu’ils frisent moins. Elle joue le rôle qu’elle suppose qu’ils attendent d’elle et fréquente des garçons turbulents, donne des coups, insulte, même les professeurs, alors qu’elle est bonne élève.

J’ai aimé faire la connaissance de Fatima, qui ne ne pourra jamais dire ce qu’elle ressent car dans sa famille, on n’est pas démonstratif, ; déjà, dire « je t’aime » est mal vu, alors que dire du mot homosexualité, c’est tabou, sale… une honte pour la famille. Elle est amoureuse de Nina qui va rester en toile de fond du récit, car c’est compliqué pour elle d’avancer.

J’ai bien aimé cette manière d’utiliser l’anaphore (ce n’est pas le monopole de François Hollande !) car elle commence chaque chapitre par « je m’appelle Fatima », avec des variantes chaque fois, comme si elle psalmodiait une prière. Cette répétition donne un rythme au texte qui est par ailleurs parsemé de mots en « arabe algérien », comme elle le dit elle-même, de prières en arabe ce qui permet d’apprendre des choses, des mots, de prendre connaissance de phrases sacrées..

Je connaissais mal la pratique de l’Islam, la manière de faire les ablutions, la position du corps pendant la prosternation, la manière de réciter et Fatima Daas l’explique très bien.

Les relations intrafamiliales sont bien mises en évidence ainsi que les règles, les sujets tabous, mais, si je comprends bien les difficultés de Fatima à aimer, à parler de son attirance pour les filles, ses hésitations, sa manière de tourner autour du pot finit par être lassante. Mais, il est difficile de lui en tenir rigueur, tant elle est attachante et on imagine combien ce doit être difficile d’être différente car la seule née en France, car la seule à avoir une sexualité différente, à la recherche d’une identité, à tel point qu’elle se sent sale et indigne de son prénom.

Quant à l’écriture, Fatima Daas sait bien raconter ; elle a structuré son récit en chapitres très courts, passant de l’enfance à l’âge adulte, pour revenir à l’adolescence et partir dans les réflexions plus philosophiques ce qui peut lasser, ses études supérieures qu’elle commence mais ne finit pas toujours.

J’ai pris du plaisir à lire ce roman, et je trouve qu’elle s’en sort très bien à l’écrit, les mots sont justes et le côté « psalmodie » de l’anaphore est très forte, mais j’ai eu du mal à rédiger ma chronique, alors que je l’ai terminé il y a plusieurs jours, me demandant parfois si je l’avais aimé un peu, beaucoup …

Auteure à suivre.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia Noir sur blanc qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LaPetiteDernière #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Fatima Daas est née en 1995 à Saint-Germain-en-Laye. Ses parents, venus d’Algérie, se sont installés à Clichy-sous-Bois. Elle y grandit entourée d’une famille nombreuse. Au collège, elle revendique le droit d’exprimer ses idées et écrit ses premiers textes. Elle se définit comme féministe intersectionnelle.

Extraits :

Je m’appelle Fatima.

Je porte le nom d’un personnage symbolique en islam.

Je porte un nom auquel il faut rendre honneur. Un nom qu’il ne faut pas « salir » comme on dit chez moi.

Chez moi, salir, c’est déshonorer. Wassekh, en arabe algérien.

A quatorze ans, je ne savais pas faire mon lit. A vingt ans, je ne savais pas repasser une chemise.

A vingt-huit ans, je ne savais pas faire des pâtes au beurre.

Je m’appelle Fatima. Je suis une petite chamelle sevrée.

Je suis la mazoziya, la dernière. La petite dernière.

Avant moi, il y a trois filles.

Mon père espérait que je serais un garçon.

Pendant l’enfance, il m’appelle wlidi, « mon petit fils ».

Je déteste tout ce qui se rapporte au monde des filles, tel que ma mère me le présente, mais je ne le conscientisé par encore.

J’aime me retrouver sur mon tapis de prière, sentir mon front sur le sol, me voir prosternée, soumise à Dieu, L’implorer me sentir minuscule face à Sa grandeur, à Son amour, à Son omniprésence.

Dehors, Ahmed marche la tête haute, et le torse bombé. Kamar, le regard au sol.

J’aurais voulu être imam, récité le Coran avec le tajwid, une lecture psalmodiée ; guider la prière de groupe, écouter, conseiller, faire des conférences. Je parle à ma mère de cette volonté de m’enregistrer en faisant une lecture du Coran, de la diffuser peut-être. Elle me dit que ce n’est pas autorisé.

Je m’appelle Fatima Daas.

J’ai fait quatre ans de thérapie.

C’est ma plus longue relation.

A vingt-cinq ans, je rencontre Nina Gonzalez.

Par ailleurs, je crois que c’est terrible de dire « je t’aime ». Je crois que c’est aussi terrible de ne pas le dire.

De ne pas réussir, s’en empêcher.

L’amour, c’était tabou à la maison, les marques de tendresse et la sexualité aussi.4

J’écris le soir à l’encre noire dans un carnet rouge :  je suis une erreur, un accident.

Lu en janvier 2021

Publié dans Littérature roumaine, Thriller

« La Bible perdue » d’Igor Bergler

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller qu’on pourrait baptiser historico-ésotérique dont le résumé a attiré mon attention :

Résumé de l’éditeur :

Interrompu par la police roumaine en pleine conférence, le célèbre professeur Charles Baker, de l’université de Princeton, croit d’abord à une méprise. Que peut-il avoir à faire avec les vicissitudes de Sighisoara, petite ville au fin fond de la Transylvanie ? Pourtant, lorsqu’il parvient sur la scène de crime devant trois cadavres auxquels il manque les yeux, les oreilles et la langue, la mise en garde est claire : ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire.

 En dépit des menaces, accompagné de Christa, enquêtrice d’Interpol, Charles poursuit ses recherches sur les traces du mystérieux sabre de Vlad l’Empaleur, et de la première Bible de Gutenberg, supposée renfermer un message secret auquel le destin de l’humanité serait lié. Mais il n’est pas le seul à convoiter cette fameuse relique : une étrange organisation agit dans l’ombre et le suit pas à pas pour mettre la main sur le livre sacré avant lui…

Ce que j’en pense :

Charles Baker, professeur réputé de Princeton, s’apprête à faire une conférence sur l’histoire médiévale, lorsqu’il est interrompu par la police roumaine car des meurtres étranges viennent d’être commis, avec une mise en scène pouvant évoquer un rituel : on leur a enlevé les yeux, les oreilles et la langues ».

Charles va donc mener l’enquête en compagnie de Christa, agent d’Interpol, avec des policiers aux méthodes encore dignes de l’ex-URSS. On va les suivre de Sighisoara en Roumanie, à Prague, en passant pas la Hongrie, avec des meurtres à répétition, des agents peu catholiques qui les espionnent, des menaces de tous ordres.

Au départ, Charles veut obéir à une des dernières volontés de son grand-père, en tentant de récupérer un sabre mystérieux ayant appartenu à Vlad Tepes, alias Vlad l’Empaleur, alias Dracula (fils du Dragon) mais pour cela il doit en fait résoudre toutes sortes d’énigmes qu’on lui fait parvenir par des moyens rocambolesques. C’est ainsi qu’on va lui demander de retrouver une bible éditée par Gutenberg ayant la particularité de contenir une mystérieuse liste sur laquelle un groupe secret veut absolument mettre la main.

Mais, un mystérieux Werner, membre d’un non moins mystérieux Institut composé de douze membres, féru d’informatique, espionne tout le monde en compagnie d’une comparse qui ne recule devant rien veut aussi récupérer sabre, bible et établir sa domination.

J’ai beaucoup aimé toutes les références à l’histoire de la Transylvanie, que je connais très mal en fait, et c’est passionnant de découvrir les liens entre les différents chefs qui se sont succéder à la tête des pays, la manière de conquérir le pouvoir, le jeu de l’Église pour entretenir des superstitions et garder la main sur les gens, les rivalités entre les papes et certains rois ou princes, la montée en puissance de l’Inquisition et ses tortures, les schismes, les conciles, ou encore les anti-papes.

Igor Bergler évoque aussi les ordres religieux et leur influence : Bénédictins, Franciscains, Templiers (clin d’œil au passage à Philippe le Bel et les templiers, tout le monde connaissant bien ma passion pour « Les Rois maudits » de Maurice Druon), Rose-Croix, Cathares, Albigeois, puis les corporations, la franc-maçonnerie sans oublier l’Ordre du Dragon ou l’aube dorée… pour aboutir à toutes sortes de sectes qui veulent prendre le pouvoir sur le monde avec l’avènement du complotisme qui a le vent très en poupe à l’heure actuelle …

J’aime bien ce genre de jeux de pistes qui nous entraînent aussi bien vers les musées que le monde la musique, en passant par Kafka et dans lesquels on finit par ne plus savoir qui sont les bons et les méchants, le noir et le blanc, le yin et le yang, cf. Mani prophète persan du IIIe siècle et la doctrine du manichéisme, sur fond bien-sûr de monstre avec Dracula qui a inspiré son conte vampire à Bram Stocker.

L’intrigue est passionnante, menée très habilement sur un rythme haletant, une fois le livre en mains, il est difficile de le lâcher malgré les 600 et quelques pages. J’ai pensé à Indiana Jones et la dernière croisade, ou à un de mes romans préférés « Le nom de la rose » d’Umberto Eco, en fait ce roman se situe juste au milieu …

Les personnages sont intéressants, notamment Charles Baker qui se perd parfois dans les détails mais dont le raisonnement est intéressant, Werner qui rappelle un milliardaire sans scrupule et avide de pouvoir bien connu ou encore l’inspecteur Ledvina haut en couleur, le verre à la main, et nostalgique des méthodes de l’ex-URSS…

Certes, il y a des longueurs, et j’avoue avoir survoler les pages concernant les sabres, qui ne me passionnaient pas et ralentissaient le rythme. L’écriture est belle, les explications sur le plan historique sont claires et donnent envie de creuser. Au passage, Igor Bergler nous livre une réflexion savoureuse sur les personnes qui ne veulent que « continuer à jouer, à taper non-stop sur des boutons comme un singe sur un Smartphone, à passer sans cesse d’une chose à l’autre sans pouvoir se concentrer sur rien.

Je mettrai un bémol : connaissant mal l’histoire de la Roumanie, du moins de la Transylvanie pour simplifier, notamment au Moyen-Âge, de Sigismond de Luxembourg, à Rodolphe II en passant pas Vlad Tepes, il m’est impossible de déterminer l’exactitude des faits que l’auteur leur attribue.  Donc, j’ai du pain sur la planche…

 Je connais peu la littérature roumaine, et ce roman me permet d’y entrer avec enthousiasme.

Un grand merci à NetGalley et aux Fleuve éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman qui se dévore ainsi que son auteur.

#LaBibleperdue #NetGalleyFrance

UN PORTRAIT DE ARCIMBOLDO le peintre préféré de Rodolphe II

8/10

L’auteur :

Igor Bergler est un écrivain et producteur roumain. La Bible perdue, thriller ésotérique narrant les aventures du professeur Charles Baker, a connu un succès phénoménal avec plus de 150 000 exemplaires vendus, et est devenu un best-seller traduit dans plusieurs pays.

Extraits :

Charles se demanda ce qu’il avait à voir avec les évènements de cette minuscule ville au cœur de la Transylvanie. Il avait écrit des livres vaguement en lien avec cette région, et il était précisément là pour un colloque d’histoire médiévale. Les policiers se tenaient toujours figés à la porte, plantés avec autorité dans l’épaisse moquette.

Durant le Moyen Âge et dans toute l’Europe, les corporations avaient initié la plupart des évolutions de la société, en dépit des résistances de la noblesse et de l’Église.

Elles ont cependant forcé et accéléré l’avènement de la modernité. Au sein de la corporation des artisans et des commerçants a germé la petite bourgeoisie, parmi les banquiers et les notaires a émergé la grande bourgeoisie. De la corporation des maçons s’est élevée la franc-maçonnerie, qui a donné la Révolution Française, qui a fondé l’Amérique, qui a engendré les révolutions de la première moitié du XIXe siècle et qui a formé le monde que nous connaissons aujourd’hui…

Contempler l’orage depuis le balcon, tout le monde peut faire ça. C’est la grandeur de l’Amérique, songea-t-il, tout prédicateur trouve son troupeau. Et c’était bien comme ça, tant qu’il pouvait, avec son Institut, choisir et contrôler les prédicateurs.

Rodolphe (II de Habsbourg) invita même à sa cour l’un des peintres les plus intéressants de la Renaissance. Aujourd’hui encore les critiques d’art n’ont pu trancher s’il avait des problèmes mentaux ou s’il était génial. Ce qui est certain, c’est que ses toiles peuvent être admirées au Louvre. Arcimboldo était le peintre favori de Rodolphe II.

L’absence d’un ennemi clairement identifié vers lequel diriger la haine et la peur de l’opinion publique était devenue un danger, pour le Conseil. Ils avaient réussi à combler cette lacune et préparaient aujourd’hui une nouvelle guerre froide, bien plus sinistre que celle qui avait suivi la Seconde Guerre mondiale.

Et pourtant, la Révolution française a été le moment historique qui a donné le plus de frissons à l’organisation parce qu’elle a produit, de leur point de vue, le plus monstrueux document de l’histoire, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen…

Empêcher l’individu d’être seul, et donc de se retrouver avec ses pensées, représentait le premier pas vers le contrôle total du sujet. L’absence de solitude est le pire ennemi de la liberté de pensée, de l’indépendance, avait dit Werner. Jamais rien de sérieux n’a été élaboré en dehors de ces heures que l’homme passe face à lui-même. Suspendre la réflexion équivaut à annihiler la personnalité individuelle, à fondre des individus différents, capables de penser et d’agir seul, dans une sorte de soupe primordiale…

Aujourd’hui, la vie réelle devient une pause dans le jeu et dans le récit. De plus en plus de gens confondent la réalité et les innombrables stupidités, les énormes incohérences qui leur sont mises dans la tête. C’est une méthode de contrôle. L’homme devient la proie facile du spectacle de l’information.

Terminé en janvier 2021

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Lucie au paradis » de Jérôme Abranel

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a été gentiment proposé par son auteur, via Babelio, alors place à la découverte :

Présentation de l’éditeur ?

SCIENCES HUMAINES – SUJET DE COMPOSITION

Énoncé du problème : À un instant T de son parcours, une jeune femme (L) aborde l’existence avec ferveur et optimisme, grâce à sa foi un peu fleur bleue dans les anges gardiens. Cependant, un destin contraire se plait à lâcher quelques tuiles (T1, T2, T3, …) sur le coin de son joli minois, entravant sa route vers un supposé paradis terrestre (P).

Questions : D’après ce que la vie vous a enseigné (QI) :- Un lâcher de tuiles (T1, T2, T3, …) peut-il avoir raison d’une nature optimiste ?- Est-il naïf de croire dans les anges gardiens ?- Verra-t-on un jour (L) au (P) ?Rédaction libre.  

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Lucie alors qu’elle vient de rejoindre son fiancé, Roland, installé en Californie où il fait des affaires avec son associé, Raymond, pour se marier à Las Vegas. C’est son baptême de l’air et elle est au comble de l’excitation.

Roland a loué une de ces voitures américaines de l’époque qui en mettent plein la vue, une Cadillac bien-sûr, et il conduit de manière tellement insouciante qu’ils terminent leur voyage dans l’eau. Exit Roland qui meurt noyé alors que Lucie fait une expérience de NDE : Near Death Experience soit en bon français, EMI Expérience de Mort Imminente : en traduisant, cela perd une partie de son mystère et de son charme il faut bien le dire !

Donc tunnel, lumière, Lucie en robe de mariée marche vers Roland, décor féérique de Las Vegas naturellement, Sinatra pas très loin cocktails à profusion, une main la lâche et noir total à nouveau donc retour sur terre…

Lucie revient en France, enceinte alors qu’elle n’a eu aucune relation sexuelle avec Roland lors du séjour américain. Quid du père ? Mystère et boule de gomme. C’est Raymond qui la ramène et s’occupe de sa convalescence et de ses « affaires » car Lucie est riche, gagne quelques sous au vestiaire d’une boîte tenue par son parrain.

Lucie a une fille qu’elle n’apprécie pas trop mais, comment accepter un enfant quand on ne sait pas qui est le père ?

En fait, elle vit au jour le jour, signant tous les papiers que lui donne Raymond, la parfaite cruche donc, alors que son amie, Josyane, finit par mettre le grappin sur Raymond. Je vous laisse imaginer toutes les crapuleries qui vont suivre, d’autant plus que Raymond se fait payer en nature, via l’ascendant qu’il a pris sur Lucie.

Mais,Tiburce, un ange gardien étrange, qui a tendance à s’emmêle un peu les pinceaux, veille sur Lucie en duo avec Suzanne, sa compagne (depuis huit cents ans d’amour platonique !).

Bien-sûr, la première époque 1959- 1979 se termine mal, il faut bien trouver un prétexte pour se réincarner… On prend les mêmes et on recommence…

Ce roman, complètement déjanté, aborde donc les expériences de mort imminente, la réincarnation de manière légère, mais à force de revoir les mêmes personnages avec des noms à peine différents, on s’éloigne du vrai thème, pour partir dans des interprétations rigolotes mais peu plausibles : avec le tunnel et la lumière, on arrive selon les époques, à Las Vegas, ou au Brésil, les endroits qui font rêver les populations à l’instant T, en l’occurrence ici, ce serait plutôt T comme Tuiles en série.

J’ai lu beaucoup d’ouvrages scientifiques ou philosophiques sur ces expériences de mort imminente et également sur la réincarnation, d’où mon irritation. Ce roman m’a quand même beaucoup amusée à un moment où l’on ne parlait que virus, confinement, vaccin, masque… donc il a rempli son rôle et l’auteur ne proposait d’ailleurs pas un ouvrage scientifique !!!

L’écriture par contre m’a plu moyennement car j’aime bien qu’un auteur ou une auteure emploie un « langage littéraire » avec un respect des négations, des conjugaisons etc… mais en fait, une fois en route, on s’habitue…

Un grand merci à Jérôme Abranel qui m’a permis de découvrir son roman dont la couverture est d’ailleurs très jolie, ainsi qu’aux Editions Librinova.

7/10

Si la réincarnation vous intéresse je vous conseille deux livres passionnants :

« De la vie à la mort » de Jean-Pierre Schnetzler ainsi que « Les enfants qui se souviennent de leurs vies antérieures » de Ian Stevenson.

L’auteur :

Durant son premier demi-siècle, Jérôme Abranel a été, successivement puis concomitamment, un gros bébé, un gamin bavard, un étudiant vorace, et un homme sérieux, occupé à préserver le lien aussi ténu que complexe entre hommes et organisations.

Au virage de la cinquantaine, il a réalisé que le moment était venu d’arrêter de se raconter des histoires.  Il a choisi depuis de les raconter aux autres.

« Lucie au paradis » est la seconde d’entre elles, après « Un cœur pur » (2019).

Extraits :

T’es l’archétype de la petite chose fragile, Lucie : menue, mignonne sans être allumeuse, un regard candide, un discours tarte. Avec toi, ils ont besoin de montrer qu’ils ont des biscotos et qu’ils ont tout compris à la vie. T’auras beau faire, c’est plus fort qu’eux. Crois-moi, tu peux blouser le cerveau d’un gars, mais pas ses hormones.

Le seul sujet dont il est disposé à parler – et là, pour le coup, il est intarissable – c’est son boulot ici. Tiburce est gardien d’âmes. Une promotion, si je l’écoute. A ses débuts, il se contentait de refaçonner les esprits, à leur arrivée sur place…

Mais, justement, ce qui donne son piment au quotidien d’après moi, c’est le pain qu’on a sur la planche. Vivre, c’est avoir des projets.

On pénètre ici dans la tranche des experts du coup fourré, pour qui la morale est devenue une sorte de faiblesse snobinarde sauf quand elle s’applique aux autres. Dans cette catégorie, il y a les débutants, qui ont le chic de se faire détester en un clin d’œil, mais dont le pouvoir de nuisance reste cependant circonscrit (ceux qu’on pourrait appeler les petits cons).

Et puis, il y a les récurrents, les pros, ceux qui bouffent la laine sur le dos des autres sans vergogne, en trouvant de surcroît des motifs de grief à leur endroit (autrement dit les sales cons). S’il n’est pas contrarié dans sa vocation, le sale con a des chances de pousser le cynisme assez loin pour intégrer le club très fermé de pourris jusqu’à la moelle où l’on côtoie la fine fleur de la crapulerie planétaire…

Lu entre le 30 décembre 2020 et le 4 janvier 2021

Publié dans Beaux livres, Littérature française

« Tu entreras dans le siècle en lisant Fantômas » de Dominique Kalifa

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi lors de masse critique de décembre organisée par Babelio, choix au départ un peu par défaut car j’avais oublié l’heure mais il était dans ma pré-liste et parfois le hasard fait bien les choses. En plus c’est ma première chronique de l’année 2021, cela se fête…

Résumé de l’éditeur :

Trente-deux volumes. Un univers baroque, d’une inimaginable noirceur, qui s’épanouit aussi bien dans les salons des beaux quartiers que dans la « zone » au-delà des fortifications… Des aventures extraordinaires, qui emmènent le lecteur des plaines désolées du Transvaal aux faubourgs de Londres. Surtout, une cartographie de Paris, à la fois imaginaire et réaliste, haussmannienne et sordide, splendide, inquiétante, une ville-labyrinthe, foisonnante, énigmatique, qui n’avait plus été décrite avec autant de verve et de précision depuis Balzac ou Zola. Et la figure tutélaire d’un Génie du crime aux mille visages, aux mille apparitions, disparitions et stratagèmes, que les surréalistes éliront comme une création littéraire sans précédent, que Cendrars célébrera aussi bien que Magritte et Queneau.

Le Fantômas de Pierre Souvestre et Marcel Allain n’est pas seulement cette apothéose du roman populaire qui nous fait entrer de plain-pied, mieux que n’importe quel livre d’histoire, dans le XXe siècle. Il est aussi l’une des œuvres les plus riches et les plus fécondes de la période, qui inspire encore, cent ans plus tard, artistes et poètes.


Pour aborder ce monument, un abécédaire en 32 entrées, de A comme « Apollinaire » à Z comme « Zigomar ». Sans oublier F comme « Filmographie », O comme « Outrances » ou U comme « Ubiquité » … Un voyage au cœur d’une mythologie contemporaine orchestré par Dominique Kalifa, illustré par Camila Farina.

Ce que j’en pense :

Je l’avoue, avant d’ouvrir ce livre je ne connaissais de Fantômas que deux ou trois films avec Jean Marais et Louis de Funes, vus il y a très, très longtemps mais étrangement je me souvenais des noms : l’inspecteur Juve et le journaliste Fandor et de quelques scènes rocambolesques, mais rien en ce qui concerne les intrigues alors terminer l’année 2020 « Hannus Horribilis » pourquoi pas, d’autant plus que le titre était alléchant…

Ce livre est composé comme un abécédaire a priori mais il y a des astuces, clins-d’œil : ce qui nous donne, en fait, trente deux entrées comme… le nombre de livres écrits pas le duo d’auteurs de la collection « Fantomas », à savoir Pierre Souvestre et Marcel Allain qui étaient d’illustres inconnus pour moi (eh oui ! et en plus ils ne sont même pas dans ma PAL pourtant ubuesque !) nobody’s perfect !

On peut ainsi découvrir la vie au début du siècle, la Belle Époque qui n’était pas si belle que cela, ce que pensait Desnos ou Aragon de Fantômas, le syndicalisme, les grandes manifestations qui rappellent les gilets jaunes qui se sont ralenties autour de 1910. On rencontre aussi des réflexions sur le nihilisme…

Je ne pensais pas que Fantômas avait été autant apprécié par des auteurs tels qu’Apollinaire, Desnos et Queneau pour les plus connus, mais alimentait aussi les conversations d’Aragon ou Sartre, Simone de Beauvoir…ou inspirait des peintres tels que Magritte par exemple.

On apprend au passage, moi du moins, que l’esperluette & que j’aime beaucoup était alors la vingt-septième lettre de l’alphabet, et qu’elle collait bien au duo d’auteurs, ou encore une réflexion sur l’accent circonflexe qui a fini par disparaître sur certaines lettres comme le « i » ou le « u » (j’écrirai toujours disparaître de toute façon ! et en plus j’aimais mieux le vieux François : le mesme est bien plus joli que le même … c’est ainsi que traversant l’Atlantique Fantômas perdit son accent circonflexe… et il fallut attendre 1979 1980 et le téléfilms de Claude Chabrol et Luis Buñuel  pour que Fantômas soit correctement orthographié.

On note parfois plusieurs entrées : « o » comme outrances, œuvres, ou ô et souvent Dominique Kalifa nous donne en fin de chapitre des alternants, Oua oua oua ou Oulipo dans le cas présent. Évidemment, on retrouve Kriminal, Vladimir le fils de Fantômas, ou des références à l’ubiquité…En fait l’auteur m’a permis de découvrir que Fantômas était un véritable mythe du XXe siècle.

Pour la lettre « C », Dominique Farina a choisi la Capitale le journal où travaille Fandor, mais il aurait pu choisir Cruauté, car Fantômas, est une grosse brute…

Comment arriver à trente-deux ? je vous laisse découvrir : petit d’indice, j’ai parlé d’astuces plus haut…

Je n’ai qu’un seul regret devant le travail de recherche magistral de Dominique Kalifa, c’est de ne pas avoir lu les Fantômas pour l’apprécier encore plus pleinement, car les tomes cités sont importants pour étayer le raisonnement.

Ce livre est magnifique, avec des dessins de Camila Farina pour illustrer les chapitres, et une couverture sublime noire avec ces flammes qui s’échappent d’une petite fenêtre… le papier, lui aussi, est très beau et ce livre est une très bonne idée de cadeau et il va rester à portée de mains pour que je puisse m’y replonger.

Le seul bémol de cette lecture est le délai de trente jours pour fournir ma chronique, c’est beaucoup trop court car on est obligé de survoler parfois ce qui est très frustrant et m’a fait pester plus d’une fois…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Vendémiaire qui m’ont permis de découvrir ce très beau livre ainsi que son auteur qui m’a impressionnée et donné envie de découvrir davantage ses livres.

9/10

Les auteurs :

Dominique Kalifa est professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Ses travaux concernent l’histoire du crime et de la culture contemporaine. Il a notamment publié « L’encre et le Sang », « Récits de crimes et société à la Belle Epoque », « Les bas-fonds », « Histoire d’un imaginaire » et « La véritable Histoire de la Belle Epoque ».

Formée aux beaux-arts à la Villa Arson à Nice, Camila Farina a obtenu son diplôme de plasticienne en 2010. Elle a déjà collaboré avec Vendémiaire pour les illustrations du « Cuisinier français » de François Pierre La Varenne.

Extraits :

On peut néanmoins avancer que c’est Guillaume Apollinaire qui eut l’idée maîtresse d’une Société des Amis de Fantômas , dix ans avant le surréalisme. Si ce n’est lui, du moins fit-il paraître suffisamment d’autorité, seul devant tous, pour matérialiser quelque chose de fugitif…

Le roman ainsi constitué avait sans v doute un caractère biblique : 32 tomes, 492 800 lignes, 12 150 pages, près de 20 millions de signes. Il venait ainsi s’inscrire dans la lignée de ces « romans interminables » – « roman-océan » selon Robert Desnos – dont le Rocambole de Ponson du Terrail constituait le type parfait.

& vingt-septième de l’alphabet jusqu’au XIXe siècle (dite aussi perluette ou perluète) résulte de la ligature du « e » et du « t », donc de la conjonction de coordination « et » dont elle possède la signification. Signe d’association ou de gémellité, elle est particulièrement adaptée au destin de Fantômas, dont on se souvient qu’il ne fait qu’un avec son frère jumeau Juve et qu’il est le produit de l’association de Souvestre & Allain.

Queneau est le troisième homme, celui qui, avec Apollinaire et Desnos, connut sans doute le mieux le roman (il affirma avoir lu plusieurs fois les 32 volumes ente 1923 et 1928) et contribua le plus à sa célébration. Outre les textes qu’il consacra lui-même à Fantômas, Queneau fut celui par qui Fantômas advint à la pataphysique, puis à l’Oulipo et à d’autres potentialités.

ô avec ou sans ? Parmi les propositions de simplification orthographique formulées en 1190 par le Conseil supérieur de la langue française, mais qui ont agité périodiquement la France jusqu’aux années 2015, figure la disparition de l’accent circonflexe sur le i et le u, où il ne joue manifestement aucun rôle phonétique.

De Zigomar, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il est « le Maître invisible », « que nul ne doit voir, que nul ne doit connaître ». Son visage nous est donc inconnu. Seuls transparaissent ses deux yeux, dont l’éclat inquiétant perce la cagoule rouge. Et ces yeux-là sont uniques. « il n’a à au monde que deux  yeux qui avaient ces lueurs vertes, lueur des yeux de tigre, lueur terrible, ce sont ses yeux… ses yeux à Lui, les yeux de Zigomar.

Lu en décembre 2020 janvier 2021

Publié dans BILAN

« Le TAG je lis donc je suis »

C’est la première fois que je me risque dans l’aventure, pas si facile en fait et voilà ce que cela donne avec les livres que j’ai lus en 2020:

Le but est de dresser un portrait littéraire annuel original. Le principe est simple, il vous suffit de répondre aux questions posées en donnant le titre d’un livre lu dans l’année écoulée. Si l’envie vous en dit, n’hésitez pas à vous lancer à votre tour!

Décris-toi :

« La femme révélée«  de Gaëlle Nohant

Comment te sens-tu ?

« Le ghetto intérieur » de Santiago Amigorena

Décris où tu vis actuellement :

« Que les blés sont beaux » d’Alain Yvars

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ?

« Rivage de la colère » de Caroline Laurent

Ton moyen de transport préféré :

« Underground Railroad«  de Colson Whitehead

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est:

« Betty » de Tiffany McDaniel

Toi et tes amis vous êtes :

« La société des belles personnes » de Tobie Nathan

Comment est le temps ?

« Tout le bleu du ciel » de Melissa Da Costa

Quel est ton moment préféré de la journée ?

« Les lumières de l’aube » de Jax Miller

Qu’est la vie pour toi ?

« Les choses humaines«  de Karine Tuil

Ta peur ?

« Pandemia«  de Franck Thilliez

Quel est le conseil que tu as à donner ?

« Survivre »  de Vincent Hauuy

La pensée du jour :

« Ici n’est plus ici » de Tommy Orange

Comment aimerais-tu mourir ?

« Avant la longue flamme rouge » de Guillaume Sire

Les conditions actuelles de ton âme ?

« L’enfant de la colère«  de Michel Serfati

Ton rêve ?

« Lumière » de Christelle Saïani

https://lire-et-vous.fr/

https://voyagesdek.travel.blog/2021/01/01/tag-je-lis-donc-je-suis-bonjour-2021

https://lireetpourquoipas.home.blog/2021/01/02/tag-je-lis-donc-je-suis-2/

https://krolfranca.wordpress.com/2021/01/02/je-lis-donc-je-suis/comment-page-1/#comment-136178

https://mesechappeeslivresques.wordpress.com/2020/12/31/je-lis-donc-je-suis-2020/

Et voilà, pas si simple donc mais jouissif et révélateur de mon état d’âme… Allo ma psy,reste-t-il une place sur le divan?

Si le cœur vous en dit, foncez…

Janvier 2021

Publié dans Fêtes...

« Bonne année 2021 »

OUF, 2020 tire enfin sa révérence, ce n’est pas trop tôt…

Étant donné les circonstances, j’ai décidé de changer ma manière de présenter mes vœux: l’an dernier j’avais souhaité une bonne année et vu le résultat, je n’ai pas dû y mettre suffisamment d’énergie, alors je vous souhaite à toutes et à tous une très bonne santé pour pouvoir affronter d’un bon pied 2021.

Et en petit clin d’oeil avec mon groupe préféré:

et plein de bisous à l’Indienne à tout le monde !!!!

Publié dans BILAN

Bilan livresque 2020

Cette année 2020 fut vraiment une année de M. la motivation et la concentration m’ont quelque peu fait défaut. Finalement, j’ai lu à peu près le même nombre de livres qu’en 2019 donc ce n’est pas si mal vu les circonstances (cocorico !).

Je suis néanmoins insatisfaite car je n’ai honoré que 2 challenges sur tous ceux auxquels je participe d’habitude : le RV  britannique en février et le challenge « Le mois de l’Europe de l’Est.

C’est la première fois de ma vie que je ne lis qu’un roman du XIXe, mon siècle préféré….

Nombres de livres lus :

130 livres dont une majorité de livres français: 74 (contre 136 en 2019)

USA 14

ROYAUME UNI : 12 surtout polars

Russie : 3 + manga crime et châtiment

Allemagne : 1

Islande : 3

Italie : 2

Espagne :2 dont 2 coups de cœur  

Suède : 2

Pologne : 2

Coups de cœur : 29

« L’enfant de la colère » de Michel Serfati

« La femme révélée » de Gaëlle Nohant

« Pandemia » de Franck Thilliez

« Avant la longue flamme rouge » de Guillaume Sire France

« Ce que diraient nos pères » de Pascal Ruter France jeunesse

« La belle Hélène » de Pascale Roze

« Marlène » de Hanni Münzer Allemagne

« Les patients du Docteur Garcia » de Almudena Grandes,  Espagne

« Meurtres à Atlanta » de James Baldwin (essai)

« Les ombres » de Vladimir Korolenko Russie

« La porte » de Magda Szabo Hongrie

« Volia Volnaïa » de Victor Remizov

« Et les vivants autour » de Barbara Abel polar belge

« La leçon de ténèbres » de Léonor de Récondo (une nuit au musée)

« Les choses humaines » de Karine Tuil  9/10 ?

« Le ghetto intérieur » de Santiago Amigorena

« Carmen et Teo » de Olivier Duhamel et Delphine Grouès

« Que les blés sont beaux » d’Alain Yvars

« Rivage de la colère » de Caroline Laurent

« Le silence ce la ville blanche » de Eva Garcia Saenz de Urturi

« La société des belles personnes » de Tobie Nathan

« Histoire du fils » de Marie-Hélène Lafon 9/10 ?

« Rachel et les siens » de Metin Arditi

« La chambre des dupes » de Camille Pascal 9,5/10

« Betty » de Tiffany Mc Daniel

« Né d’aucune femme » de Franck Bouysse,

« Lumière » de Christelle Saïani

« Apeirogon » de Colum McCann

 « La chasse aux âmes » de Sophie Blandinières

Et s’il fallait n’en garder que 5 :

Le choix fut cornélien mais je vais retenir :  :

« Apeirogon » de Colum McCann

« Avant la longue flamme rouge » de Guillaume Sire France

« La société des belles personnes » de Tobie Nathan

« Rivage de la colère » de Caroline Laurent

« La chasse aux âmes » de Sophie Blandinières

Dans la catégorie « auto-éditeurs » deux livres qui m’ont beaucoup touchée et que leurs auteurs ont eu la gentillesse de me permettre de découvrir:

« Lumière » de Christelle Saïani :

« Que les blés sont beaux » d’Alain Yvars

Et deux coups de cœur pour l’Espagne :

« Les patients du Docteur Garcia » de Almudena Grandes,  Espagne

« Le silence de la ville blanche » de Eva Garcia Saenz de Urturi

J’ai lu plus de livres consacrés à l’art : musique, peinture et surtout des romans historiques ou des livres sur l’Histoire…

Challenges

Challenge le mois de l’Europe de l’Est :

« Les ombres » de Vladimir Korolenko Russie Ukraine

« Inavouable » de Zygmunt Miloszewski Pologne

« La porte » de Magda Szabo Hongrie

« Volia Volnaïa » de Victor Remizov Russie

Année en demi-teinte donc et une récapitulation difficile à faire, l’an prochain je ferai un bilan tous les mois cela me facilitera la vie…

Et pour terminer je vous souhaite de belles lectures pour 2021 !!!!

31 Décembre 2020

Publié dans Littérature contemporaine, littérature USA

« Underground Railroad » de Colson Whitehead

Depuis que j’ai refermé « Nickel Boys », enchaîner avec son précédent roman était une priorité, j’avais laissé passer la vague enthousiaste provoquée par sa sortie,et c’est à lui que je consacre ma dernière chronique de 2020. Voici donc ce que j’en pense :

Résumé de l’éditeur :

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’ »Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme.


À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

« Un roman puissant et presque hallucinatoire. Une histoire essentielle pour comprendre les Américains d’hier et d’aujourd’hui.  The New York Times.

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Cora, esclave trimant dans une plantation de coton en Géorgie, alors qu’elle est âgée de seize ans. Le maître des lieux, Randall et ses fils, entretient la terreur pour dissuader dans l’œuf toute idée de rébellion, ou de fuite : coups de fouet, viol. Ce jour-là, Caesar, esclave lui-aussi, vient lui proposer de s’enfuir avec lui.

Réticente au départ, une journée de maltraitance encore pire que les autres, elle finit par se résoudre à le suivre. Cora n’a pas eu une vie simple : Ajarry, sa grand-mère a été kidnappée dans son village en Afrique et après avoir survécu à une marche harassante jusqu’aux bateaux négriers, et résisté à la traversée en fond de cale, elle est vendue à la famille Randall, au marché où l’on exposait « la marchandise » pour évaluer ceux qui seraient assez forts physiquement pour résister au travail acharné dans les champs de coton (trop fatigant pour les Blancs que seul l’argent intéresse !)

Le seul « plaisir » d’Ajarry était de cultiver son petit lopin de terre (3m2 !) ce que faisait également Mabel, la mère de Cora. Un jour, ou plutôt une nuit, Mabel est partie et on ne l’a jamais retrouvée, malgré les kidnappeurs lancés sur ses traces par Randall. Échec qui va hanter autant le maître que Ridgeway, le chef des kidnappeurs, patrouilleurs ou miliciens comme on voudra, alors quand Cora décide de suivre Caesar, on imagine la rancœur, la colère le désir de vengeance….

Caesar et Cora réussissent à ne pas se perdre dans les marais, faisant des détours pour rendre le pistage plus difficile et ils arrivent à la gare souterraine et le train (Underground Railroad) qui va les conduire d’abord en Caroline du Sud, où ils arrivent à trouver un endroit pour dormir et petits travaux. L’accueil est de prime abord chaleureux et nos deux héros décident d’y reste, laissant passer plusieurs trains mais Ridgeway les poursuit âprement avec sa bande.

Il faut repartir, mais elle devra le faire seule, direction le Tennessee puis l’Indiana, Ridgeway toujours à ses trousses.

Tout au long du parcours de Cora, on va rencontrer des Blancs abolitionnistes vrais, et d’autres qui se revendiquent comme tels mais n’hésitent pas à trahir, à dénoncer, à passer à tabac, tuer, pendre (il y a une avenue des pendus !) et bien-sûr ceux qui se revendiquent esclavagistes et se laissent aller sans problème à leur pires instincts, les nazis n’ont rien inventé, ni en théorie ni en pratique…

Voici par exemple la « philosophie » de Ridgeway :

Si les nègres étaient censés jouir de leur liberté, ils ne seraient pas enchaînés. Si le Peau-Rouge était censé conserver sa terre, elle serait encore à lui. Et si le Blanc n’avait pas été destiné à s’emparer de ce nouveau monde, il ne le possèderait pas.

Tel était l’authentique Grand Esprit, le fil divin qui reliait toute entreprise humaine : si vous arrivez à garder quelque chose, c’est que cette chose vous appartient. C’est votre bien : votre esclave, votre continent. L’impératif américain. 

Ne cherchez pas le train, il n’existe pas tel que le décrit l’auteur, en fait le terme Underground Railroad fait référence au réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves pour franchir la ligne de démarcation entre les états esclavagistes du sud et les états du Nord avec les abolitionnistes qui les aidaient.

ColsonWhithead nous brosse un tableau de l’Amérique esclavagiste vraiment très détaillé, reprenant les expressions utilisées par les esclavagistes à l’époque, mais qui résonnent particulièrement avec le règne Trumpiste et le racisme revendiqué haut et fort par les suprématistes Blancs dont la parole a été libérée….

J’ai bien aimé le style de narration : l’auteur parle alternativement de tous les protagonistes, creusant leur personnalité, les chapitres consacrés à Ridgeway et à Ajurry par exemple sont très instructifs, et cela rend le récit moins dur à supporter.

J’ai bien aimé retrouver la plume de ColsonWhithead, dont j’ai beaucoup apprécié récemment « Nickel Boys » et ce roman, même si ce n’est pas un vrai coup de cœur, il n’en est pas passé loin et restera longtemps dans ma mémoire.  

Ce roman qui, je le rappelle, a reçu le prix Pullitzer en 2017 ainsi que le National Book Award en 2016 devrait être mis entre toutes les mains, notamment des plus jeunes pour les sensibiliser à l’autre face du rêve américain…

J’ai beaucoup pensé au feuilleton TV « Racines » il y a longtemps, et je dois reconnaître que ColsonWhithead m’a donné envie de lire enfin le roman d’Alex Haley que je remets à plus tard depuis des années…

9/10

L’auteur :

Né à New-York en 1969, Colson Whitehead est l’auteur de sept romans dont « Underground Railroad », qui relate le périple d’une jeune esclave évadée d’une plantation de Géorgie.

Avec « Nickel Boys », qui s’inspire de la véritable histoire d’une maison de correction en Floride, il poursuit sa troublante exploration de l’histoire américaine, s’imposant comme une voix essentielle de la littérature qui a fait de la question raciale aux USA le cœur de son œuvre et de son combat.

Extraits :

La grand-mère de Cora n’avait jamais vu l’océan jusqu’à ce jour lumineux, dans le port de Ouidah, où l’eau l’avait éblouie après son séjour dans les cachots du fort. C’est là qu’ils avaient été parqués en attendant les navires. Les razzieurs dahoméens avaient d’abord kidnappé les hommes, puis étaient revenus au village à la lune suivante, rafler les femmes et les enfants qu’ils avaient fait marcher de force jusqu’à lamer, enchaînés deux par deux.

On se venge les uns sur les autres quand on ne peut pas se venger sur ceux qui le méritent.

A cette époque, Ridgeway refrénait ses appétits face aux excès les plus tapageurs de ses comparses. Les autres patrouilleurs étaient des garçons et des hommes de personnalité douteuses : ce travail attirait un certain type d’individus. Dans un autre pays, ils auraient été des criminels, mais on était ici en Amérique…

Les autres étudiants proféraient des horreurs sur le gens de couleur de Boston, leur odeur, leurs déficiences intellectuelles, leurs instincts primitifs. Pourtant, quand ses condisciples entamaient de leur lame un cadavre de Noir, ils faisaient davantage progresser la cause de ces gens que l’abolitionniste le plus vertueux. Dans la mort, le Noir devenait un être humain. Alors seulement il était l’égal du Blanc.

Quel est ce monde, pensa-t-elle (Cora) qui fait d’une prison vivante notre seul refuge. Était-elle libérée de ses liens ou prise dans leur toile ? Comment décrire le statut d’une fugitive ? La liberté était une chose changeante selon le point de vue, de même qu’une forêt vue de près est un maillage touffu, un labyrinthe d’arbres, alors que du dehors, depuis la clairière vide, on en voit les limites. Être libre n’était pas une question de chaînes, ni d’espace disponible…

Mon père aimait bien faire son discours indien sur le Grand Esprit, poursuivit Ridgeway. Après toutes ses années, moi je préfère l’esprit américain, celui qui nous a fait venir de l’Ancien Monde pour conquérir, bâtir et civiliser. Et détruire ce qui doit être détruit. Pour élever les races inférieures. Faute de les élever, les subjuguer. Faute de les subjuguer, les exterminer. C’est notre destinée par décret divin : l’impératif américain.

Les plus faibles de votre tribu ont été éliminés, morts à bord des négriers, morts de notre variole européenne, morts dans les champs en cultivant notre coton et notre indigo. Vous devez être forts pour survivre au labeur et pour nous rendre plus puissants, plus glorieux. Si nous engraissons des porcs, ce n’est pas parce que ça nous amuse mais parce que nous avons besoin d’eux pour survivre. Mais on ne peut pas se permettre de vous rendre trop malins. Ni de vous rendre assez résistants pour nous échapper.

« Un Noir libre ne marche pas pareil qu’un esclave, disait-il. Les Blancs le sentent immédiatement, même si ce n’est pas conscient. Il ne marche pas pareil, ne parle pas pareil, ne se tient pas pareil. C’est dans les os. » Les policiers ne l’appréhendaient jamais et les kidnappeurs gardaient leurs distances.

« Le maître répétait souvent que la seule chose qui soit plus dangereuse qu’un nègre avec un fusil, leur dit-il, c’était un nègre avec un livre.  

Et l’Amérique est également une illusion, la plus grandiose de toutes. La race blanche croit, croit de tout son cœur, qu’elle a le droit de confisquer la terre. De faire la guerre. D’asservir ses frères. S’il y avait une justice en ce monde, cette nation ne devrait pas exister, car elle est fondée sur le meurtre, le vol et la cruauté. Et pourtant, nous somme là.

Lu en décembre 2020

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire, Roman historique

« La chasse aux âmes » de Sophie Blandinières

Je vous parle aujourd’hui d’un livre bouleversant à plus d’un titre :

Résumé de l’éditeur :

L’Histoire bouscule les âmes, la perversité de l’occupant nazi qui veut corrompre, voir ses victimes s’autodétruire et met en place un jeu ignoble dont l’objectif est de survivre, à n’importe quel prix : vendre son âme en dénonçant les siens ou ses voisins, abandonner ses enfants affamés, ou sauver son enfant, lui apprendre à ne plus être juif, céder son âme au catholicisme pour un temps ou pour toujours en échange de sa vie.

Pour survivre, il faut sortir du ghetto. Par tous les moyens.

Trois femmes, une Polonaise, Janina, et deux juives, Bela et Chana, vont les leur donner. Elles ont organisé un réseau clandestin qui fait passer le mur aux enfants et leur donne, pour se cacher en zone aryenne, une nouvelle identité, un nouveau foyer, une nouvelle foi, polonais et catholiques.

Ce que j’en pense :

Le roman commence avec une scène très forte : un étranger qui rodait dans les parages, en Pologne, s’en est pris à un homme, le poursuivant avec un gourdin et pour finir lui mettant le feu à lui et à sa maison. Il s’agit d’un vieux « règlement de compte » car l’homme, qui s’appelle Joachim explique son geste par une phrase laconique et néanmoins très explicite : « je suis juif et je reviens ». On a bien compris que l’homme assassiné s’est rendu coupable pendant la seconde guerre mondiale et la justice, même si elle comprend bien cette vengeance, se doit de la condamner pour éviter de donner des idées à d’autres personnes. Il est condamné à dix ans de prison.

On va faire ainsi la connaissance de Joachim, rescapé du ghetto de Varsovie, qui a tenté de fonder une famille en France avec une épouse infirmière et des enfants dont Szymon qui va partir à la recherche du passé de son père, et pour cela il part à Varsovie rencontrer une femme Ava alias Maria, qui a échappé à l’holocauste. Elle est âgée de 79 ans et veut raconter le passé.

On comprend très vite pourquoi Joachim a déserté un jour la famille, laissant en plan sa femme et ses fils, en le suivant dans le ghetto avec ses parents, ses frères ses amis car tout a basculé le 31 octobre 1940 on les a tous parqués comme des bêtes derrière des barbelés avant de construire un mur en brique qu’on leur fera financer bien-sûr !

« … Quatre cent mille personnes sur trois kilomètres carrés, soit 2,4 % de la ville, causant une densité extrême, de cent vingt-huit mille habitants au kilomètre carré contre quatorze mille dans le reste de Varsovie … »

La faim, la promiscuité, puis les maladies vont faire des ravages, mais pas assez vite pour l’Occupant, alors on massacre au hasard pour semer un peu plus la terreur. Le plus débrouillard de la famille Szymon, le frère ainé de Joachim essaie de trouver un peu de nourriture, de venir en aide. Il n’y a qu’une seule manière d’échapper à la faim, à la souffrance ou à la folie : quitter le ghetto.

Luba, veut tenter à tout prix de sortir en apprenant les prières catholiques, et laissant sa culture pour s’imprégner de celle des Polonais (elle pensait pourtant bien être une vraie Polonaise avant le ghetto !) mais l’espoir résiste difficilement à la souffrance du quotidien.

Trois femmes vont faire tout leur possible pour faire sortir des enfants du ghetto et les faire adopter par des familles polonaises chrétiennes ; l’une Janina est Polonaise, les deux autres, Bela et Chana sont juives. Il faut user de stratagèmes pour ne pas se faire arrêter, et la décision n’est pas toujours facile à prendre pour les parents, surtout lorsque l’un des deux espère toujours que les choses vont s’arranger et qu’il vaut mieux rester ensemble…

Je n’entrerai pas dans les détails pour évoquer un comportement que je n’ai jamais réussi à comprendre et encore moins à admettre : à la tête du ghetto se trouvait le Conseil Juif dont les membres se comportaient de manière aussi monstrueuse que les nazis, s’en mettant plein les poches, usant de violence et perversité. A quoi cela leur servira-t-il ensuite quand les trains partiront pour Auschwitz ?

Durant toute cette lecture, j’ai été accompagnée par les images du film génialissime « Le pianiste » que je venais de revoir pour la énième fois. J’avais l’impression d’accompagner Joachim, Szymon et les autres adolescents et leurs familles, le courage des uns, la lâcheté de certains.

On espère toujours que cela ne recommencera pas, mais en 1968 la Pologne renoue avec ses vieux penchants :

« En mars, la Pologne avait renoué avec son vice, avec ses mauvais gestes, son vilain réflexe, sa vieille pulsion de déjudaïsation, (odzydzanie). De nouveau, on refusait aux Juifs le droit d’être polonais et, pour être bien certains qu’ils s’en iraient, habilement, on les avait destitués, on les avait privés de leur métier, de leurs revenus. On comptait sur l’humiliation, l’appauvrissement et la terreur. »

D’autre part, comment oublier le raffut du premier ministre (ou du président ?) il y a un an environ concernant le camp d’Auschwitz ?  Utiliser l’expression « le camp polonais de Auschwitz serait passible de sanction, les Polonais n’y étant pour rien ou comment réécrire l’Histoire ?

Ce livre est un coup de cœur pour moi, malgré un petit, tout petit bémol : la ponctuation est particulière, beaucoup de virgules, moins de points. Je me suis demandé si c’était lié au fait que c’était un livre électronique ou si c’était pour rythmer la narration. Le titre « La chasse aux âmes » m’a beaucoup plu car il est très évocateur, point n’est besoin d’expliquer quelles sont âmes qu’il convient de chasser, voire d’exterminer.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteure.

#rentreelitteraire2020 #NetGalleyFrance

L’auteure :

Sophie Blandinières a été professeur et journaliste avant de devenir nègre littéraire.

Elle a prêté sa plume à des gens aussi divers que Patricia Kaas, Yves Rénier, Charles Berling, Roselyne Bachelot – et à d’autres encore, dont elle s’est engagée par contrat à ne jamais divulguer les noms.

« Le sort tomba sur le plus jeune » (2019), son premier roman, reçoit le Prix Françoise Sagan 2019.

Extraits :

Il était resté là, devant sa porte, jusqu’au bout, il avait regardé l’étranger emmener, à coup de crosse sur la tête, le voisin, vers la grange, et l’y faire rentrer sans le suivre, il avait vu ensuite, très vite, des flammes naître et se démultiplier…

D’après ma mère, la mascarade avait cessé bien avant ma naissance, en 1968 précisément, après le séjour d’une parente (Chana) qui n’avait eu d’autre choix que de fuir la Pologne, quelqu’un qui avait connu mes grands-parents, jamais évoqués par mon père.

L’étranger s’en doutait, qu’il provoquerait la peur et que cette peur raviverait la détestation locale du Juif, elle n’attendait que ça, flamber à nouveau, elle se nourrissait d’un rien, le fantasme l’engraissait, ne plus voir de Juifs inquiétait autant que d’en voir, leur absence se voulait aussi agressive que leur présence, leur rareté aussi insupportable que leur grand nombre.

Personne n’aurait intérêt à relever l’évènement, ne pas fragiliser la paix qui compose souvent avec l’oubli, laisser remisés les jerricanes d’essence, c’était l’option la plus sensée ; quand on sait à quel point l’Histoire déraisonne.

Joachim, Chana l’avait connu enfant, lui, et ses trois frères, l’aîné le beau Szymon, et les petits Mark et Aron, j’avais donc des oncles, ils s’appelaient comme mon frère et moi. Il y avait aussi des grands-parents, Jakub et Hanka.

… ton ennemi se délectera de tes pleurs et ses moqueries y ajouteront une amertume, ton ennemi ne verra ni ton désespoir, ni sa victoire, ta fierté est la seule chose qu’il n’obtiendra pas de toi, rappelle-toi de ne pas gémir, rappelle-toi que tu es un homme, debout insistait Israël…

Ensuite, le vent du dehors inondait la maison de nouvelles aberrantes, qui évoquaient l’absurdité, le grotesque cruel, l’expressionnisme grinçant de l’œuvre d’Alfred Jarry, Ubu roi dont l’exergue l’avait déroutée, l’action se passe en Pologne, c’est à dire nulle part, mais qui résonnait autrement désormais,  comme une divination, nulle part se matérialisait pour les Juifs, la Pologne, comme une banquise, se détachait d’eux, le sol où elle était née ne portait plus ses pieds, son poids léger pourtant, le ciel sous lequel elle riait tombait par lambeaux, comme une mue de Dieu…

Les Juifs n’étaient pas le chien, mais la rage, pas les malades, mais la maladie, les poux qui la transmettaient. La quarantaine avait facilité l’étape suivante, le regroupement de tous les Juifs recensés dans l’enclos du quartier prétendument infecté.

Ce 17 novembre 1941, une certitude l’avait foudroyée (Luba), s’ils ne quittaient pas le ghetto, ils ne survivraient pas. La résistance n’y pourrait pas grand-chose, cette fois, c’était un désastre inédit, sans égal, que Dieu ne revendiquait pas. Et pour lequel il ne ferait rien, à part compter les points.

Que ce soient les familles polonaises ou les institutions chrétiennes, aucune ne secourait les Juifs gratuitement, le bien se révélait lucratif. Mais les riches hassidim du ghetto qui avaient été mobilisés pour aider à subventionner la survie des enfants répugnaient à les confier à des catholiques qui, assurément, bien qu’ils aient promis de s’abstenir, profiteraient du jeune âge de leurs protégés pour les convertir, il en sera comme Dieu voudra, s’excusaient-t-ils. Shel reprenait leur logique, se référant à l’Histoire, à la stratégie ancienne du clergé qui confondait charité et prosélytisme.

Lu en décembre 2020

Publié dans Non classé

JOYEUX NOËL

Je vous souhaite à toutes et à tous, un très joyeux Noël  dans la joie malgré le contexte et en espérant que le Père Noël arrivera en temps et en heure, malgré les bouchons, avec une hotte bien remplie d’amour, de tendresse et de bises.