Publié dans Challenge 19e siècle, XIXe siècle

Projet de l’année 2018…

J’avais décidé de lire, cette année, « Les Rougon Macquart » de Zola dans son intégralité. Bien-sûr, à l’adolescence j’ai lu et beaucoup aimé « L’Assommoir », « Germinal » entre autres… Puis, je n’y suis plus jamais revenue: on verra à le retraite, pensais-je.

 

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La collection, toute en bleu (époque France Loisirs)  me nargue depuis longtemps dans ma bibliothèque, l’étage en dessus, en rouge, ce sont les principaux romans de « La comédie humaine » de mon ami Balzac que j’ai lus et relus davantage et de manière régulière tout au long de ma vie, alors que Zola reste lié à l’adolescence.

J’ai pris du retard car j’ai participé au jury du 17e prix du Roman FNAC : 5 romans, dont 3 pavés dont je ne pourrai parler que lorsqu’ils seront sortis en librairie. Bonne pioche!

Après ma période polars, bien pratique pendant ma cure, je commence ma lecture. J’avais emporter les deux premiers dans ma valises, mais le déclic tardait à venir. J’espère arriver à lire les vingt tomes… et j’ai tout mon temps!

Cela me permettra de reprendre mon Challenge XIXe siècle!

Bon été et bonnes lectures!

Un petit avant-goût avec l’arbre généalogique selon Wikipedia

 

Arbre généalogique des Rougon Macquart de Zola

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Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Le lagon noir » : Arnaldur Indridason

Je continue mon intermède polar avec cet opus de Arnaldur Indridason:

Le lagon noir de Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture:

 

« Il est des disparitions qui hantent un homme, des enquêtes qui forgent un policier »

Le lagon bleu était un petit paradis avant qu’on y trouve un cadavre. Un ingénieur de la base américaine qui serait tombé d’un avion. Dans l’atmosphère de la guerre froide, la police s’intéresse.

 A de mystérieux vols effectués entre le Groenland et l’Islande. En parallèle, l’inspecteur Erlendur enquête sur une jeune fille disparue sur le chemin de l’école, à l’époque où la modernité arrivait clandestinement en Islande, portée par les disques de rock et les jeans venus de la base américaine…

 

Ce que j’en pense:

 

J’ai retrouvé Erlendur avec plaisir, alors qu’il vient juste d’intégrer la brigade criminelle et se trouve sous les ordres de Marion. On suit les deux policiers pour une double enquête.

Tout d’abord, une enquête actuelle dans laquelle on retrouve, dans le lagon jusque-là paradisiaque, le corps d’un homme, sans papiers d’identité, qui a visiblement été assassiné, vues les multiples contusions. Quelques heures plus tard, une jeune femme, qui a entendu parler de cette découverte, vient signaler la disparition de son frère et vérifier si le corps est bien le sien. Ceci nous entraîne dans une base américaine, où il effectuait des réparations sur des avions autour desquels plane le secret le plus glauque. De rebondissement en rebondissement, on va se trouver dans une affaire d’espionnage et notre duo aura beaucoup de mal à pouvoir avancer dans son enquête.

La deuxième enquête est en fait un « Cold case » (affaire classée est beaucoup moins sympathique comme expression !) avec une jeune fille qui a disparu trente ans auparavant. C’est le thème de prédilection d’Erlendur, déjà passionné par les disparitions inexpliquées. C’est l’enquête que j’ai préférée car on retrouve, la recherche méticuleuse du moindre fait nouveau, l’interrogatoire des personnes qui gravitaient autour de la jeune fille, et l’opiniâtreté de l’inspecteur. On retrouve ainsi des années sympathiques, où les jeunes découvraient les variétés américaines, les jeans, mais les jeunes gens, notamment les filles étaient encore soumis à l’autorité de leurs parents pour les sorties.

Par contre, j’ai été moins intéressée par l’enquête principale; certes, on apprend des choses de l’histoire de l’Islande, l’occupation américaine, le mépris des militaires pour ceux qu’ils appellent les « autochtones », pourquoi pas des être inférieurs pendant qu’on y est… ainsi que sur les trafics en tous genres, les expérimentations militaires, éventuellement des armes nucléaires cachées…

On découvre la manière dont le duo Marion-Erlendur se met en place, ce qui se passe dans leurs vies personnelles, et surtout Arnaldur Indridason met en scène une policière américaine, noire(ce qui était rare à l’époque!) qui veut bien les aider dans leur enquête

Le bémol vient du fait que je ne suis pas friande d’espionnage donc je suis restée un peu sur ma faim ! est-ce que je commence à saturer avec la technique Indridason ? à moins que la lenteur du récit et du policier, me perturbe après la lecture de « Nuit » : il se passe plus de choses en trente pages de Nimier, qu’en trois cents pages dans ce roman… un peu comme si on passait d’un épisode de « Derrick » à un épisode des « Experts » ….

Même ma critique me paraît capillotractée! Une pause semble s’imposer…. En fait, et ceci m’arrive très souvent avec les polars, qui ne sont pas mon genre littéraire préféré, mais plutôt un exutoire, au bout de quelques livres d’un auteur, je me lasse et j’abandonne: j’ai eu ma période Agatha Christie, puis Mary Higgins-Clark, que j’ai abandonnée au profit de Patricia Cornwell, qui a fini par m’excéder par sa violence et sa parano, puis  Elizabeth George

 

Extrait:

 

Un vent violent soufflait sur la lande de Midnesheidi. Venu du nord et des hautes terres désertes, il franchissait les eaux agitées du golfe de Faxafloi, puis se précipitait, glacial et mordant, sur les ondulations du paysage, saupoudrant d’une fine couche de neige les plantes rases, transies et prostrées, qui dépassaient à peine des roches et des blocs de pierre. La végétation à la merci de la mer et du vent du nord livrait une lutte incessante. Seules les plantes les plus endurcies parvenaient à survivre ici. La clôture dépassant de l’étendue désolée délimitait le périmètre de la base militaire américaine et sifflait sous l’effet des bourrasques qui s’abattaient sur les murs gigantesques du hangar à avions, au somment de la lande. Le vent redoublait d’intensité aux abords du bâtiment, comme exaspéré par cet obstacle, puis continuait sa route vers la nuit….  P 9

 

Lu en Juillet 2018

Publié dans français, Polars

« Nuit » de Bernard Minier

Encore un polar! le temps s’y prête entre la canicule la coupe du monde de foot et tutti quanti…

 

Nuit de Bernard Minier

 

 

Quatrième de couverture

 

Nuit de tempête en mer du Nord. Secoué pas des vents violents, l’hélicoptère dépose Kirsten Nigaard sur la plate-forme pétrolière. L’inspectrice norvégienne enquête sur le meurtre d’une technicienne de la base off-shore. Un homme manque à l’appel. En fouillant sa cabine, Kirsten découvre une série de photos. Quelques jours plus tard, elle est dans le bureau de Martin Servaz.

L’absent s’appelle Julian Hirtmann, le tueur retors et insaisissable que le policier poursuit depuis des années. Étrangement, sur plusieurs clichés, Martin Servaz apparaît.

Kirsten lui tend alors une autre photo. Celle d’un enfant. Au dos, juste un prénom : Gustav

Pour Kirsten et Martin, c’est le début d’un voyage terrifiant. Avec, au bout de la nuit, le plus redoutable des ennemis.

 

Ce que j’en pense

 

J’ai choisi ce roman par hasard, sans me rendre compte que c’était le troisième volet d’une trilogie. En fait, cela ne m’a pas trop gênée car l’auteur revient sur les éléments passés, ce qui permet de ne pas se perdre dans les évènements ou les personnages.

J’ai beaucoup apprécié ce serial-killer, psychopathe dans les grandes largeurs, qui a plusieurs meurtres sur le dos, disparaît quand il veut, mettant le policier sur les dents, semant des indices, fausses pistes. On ne sait plus lesquels sont les bons et les méchants parfois, mais l’histoire est tellement bien écrite que je l’ai consommée sans modération, le nez dans le guidon.

Les personnages sont tous aussi hauts en couleurs les uns que les autres, et parmi eux beaucoup de cinglés, pervers, de conduites sexuelles tordues, et les policiers ne sont pas en reste, tel ce flic du GIGN, (qui se nomme Rimbaud, ce qui ne manque pas de sel !) qui n’a qu’un seul objectif dans la vie : bouffer du flic pour que sa carrière avance plus vite.

L’auteur nous livre, au passage, un récit sympathique de l’expérience de mort imminente (EMI ou NDE pour les Anglo-saxons) que Martin traverse lors de son coma, après avoir reçu une balle tirée dans des conditions rocambolesque par un violeur récidiviste qu’il poursuivait. Au passage on a même droit à la trajectoire au ralenti de la balle en question, tel un arrêt sur image…. Notre policier est-il toujours le même après être revenu dans le monde des vivants ?

J’ai apprécié l’écriture de Bernard Minier, ce qui n’est pas toujours le cas avec les auteurs de polars. D’où le nombre d’extraits…

C’était exactement le genre de roman qu’il me fallait, en émergeant des soins dans les thermes, et avec la canicule…

Inutile de préciser que je me suis procurée les deux premiers tomes…

 

Extraits

 

Ici, la sauvagerie des temps anciens avait toujours été présente. A chaque signe de civilisation correspond un signe de barbarie, chaque lumière combat une nuit, chaque porte qui s’ouvre sur un foyer éclairé cache une porte ouvrant sur les ténèbres. P 24

 

… Il a les yeux mi-clos, il n’est pas censé voir : « coma stade II », a dit quelqu’un à un moment donné. Il n’est pas censé entendre non plus. Il est peut-être en train de rêver, qui sait ? Mais peut-on imaginer des mots comme « hémostase » – des mots qu’on n’a jamais entendus auparavant et qui, pourtant, ont un sens précis ? Il lui faudra éclaircir cette question, le moment venu. P 87

 

Toulouse était une ville qui sécrétait la délinquance comme une glande libère une hormone. Si l’université était le cerveau, l’hôtel de ville le cœur et les avenues des artères, la police, elle, était le foie, les poumons, les reins… Comme eux, elle assurait l’équilibre de l’organisme par filtration des éléments impurs, élimination éventuelle des substances toxiques, stockage provisoire de certaines impuretés. Les déchets irrécupérables finissaient en taule ou ressortaient dans la rue – autrement dit dans les intestins de la ville. Bien entendu, comme tout organe, il lui arrivait de dysfonctionner. P 127

 

Quand on a un enfant, on cesse de raisonner comme avant. Quand on a un enfant, le monde redevient dangereux, n’est-ce pas ? Avoir un enfant, c’est comprendre que nous sommes fragiles, un enfant vous rend vulnérable. P 447

 

Lu en juin- juillet 2018

Publié dans Littérature française, Polars

« Juste une ombre » de Karine Giebel

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller qui me narguait dans ma PAL depuis des lustres:

 

Juste une ombre de Karine Giebel

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

D’abord, c’est une silhouette, un soir, dans la rue… Un face-à-face avec la mort.

Ensuite, c’est une présence. Le jour: à tous les carrefours. La nuit: à ton chevet. Impossible à saisir, à expliquer, à prouver.

Bientôt, une obsession. Qui ruine ta carrière, te sépare de tes amis, de ton amant. Te rend folle. Et seule.

Juste une ombre. Qui s’étend sur ta vie et s’en empare à jamais.

Tu lui appartiens, il est déjà trop tard…

 

 

CE QUE J’EN PENSE

 

C’est le premier thriller de Karine Giebel que je lis et je l’ai beaucoup apprécié, et pourtant on ne peut pas dire que son héroïne Cloé soit sympathique.

Néanmoins, le suspense est présent, augmente tout doucement pour devenir insoutenable… L’univers psy est bien analysé, tant celui du pervers qui traque sa proie, allant jusqu’à s’introduire dans le moindre recoin de la vie et des pensées de la victime, que celui de Cloé dont on se demande si elle est vraiment victime ou atteinte de psychose paranoïaque…

Les autres personnages sont intéressants, bien étudiés, de même que le monde du travail où chacun est prêt à faire n’importe quoi pour réussir, quitte à perdre son âme.

J’ai beaucoup aimé le flic un peu barge qui pimente le roman avec ses souffrances personnelles, sa femme adorée qui se meurt…

J’ai passé un excellent moment et j’en frissonne encore, car je l’ai littéralement dévoré… Une petite frustration: j’ai trouvé trop vite le coupable…

 

 

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EXTRAIT

 

Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable.

Tu sembles avoir réussi, au moins sur le plan professionnel, peut-être même sur le plan personnel. Question de point de vue.

Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place.

Et puis un jour…

Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi.

Juste une ombre.

A partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche.

Le jour. La nuit, elle est là. Tenace. Déterminée. Implacable.

Tu ne la vois pas vraiment. Tu la devines, tu la sens. Là, juste dans ton dos.

Elle frôle parfois ta nuque. Un souffle tiède, fétide.

On te suit dans la rue, on éteint la lumière derrière toi.

On ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres.

On feuillette tes livres, on froisse tes draps, on pille tes albums secrets.

On t’observe jusque dans les moments les plus intimes… P 13

 

LU EN JUIN 2018

 

 

 

 

 

Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Les nuits de Reykjavík » : Arnaldur Indridason

Fatigue oblige, j’alterne romans « consistants » et polars pour respirer un peu. J’ai mis plus de soin à constituer ma valise de bouquins que j’emmène, que pour celle des vêtements! comme tous les ans…Je viens de terminer un polar de mon auteur islandais préféré:

 

Les nuits de Reykjavik de Arnaldur Indridason

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

La mort inexpliquée d’un sans-abri qu’il croisait à chacune de ses rondes obsède un jeune policier. Intuitif et obstiné, il juge la thèse de l’accident douteuse. Dans la nuit boréale, entre foyers de clochard et planques de dealers, il sillonne Reykjavík, déterminé à résoudre ce mystère. Ce policier n’est autre qu’Erlendur.

 

 

CE QUE J’EN PENSE

C’est un plaisir de retrouver ce cher Erlendur, d’autant plus qu’il s’agit d’un retour aux sources, car on remonte des années en arrière et on le suit en patrouille avec deux coéquipiers arpentant Reykjavík la nuit sur les traces de petits actes délictueux.

Mais, la mort tragique d’un clochard qu’il a un peu connu titille ses neurones et il pressent qu’il s’agit probablement d’un meurtre, d’autant plus qu’une autre mort suspecte pointe le bout de son nez.

On retrouve la recherche méticuleuse des faits, le regroupement des témoignages que l’on connaît et qui fait la spécificité de l’inspecteur talentueux qu’il va devenir.

J’ai bien aimé ce polar, les balades dans cette ville la nuit, dans ce pays où le soleil ne se couche jamais -ou l’inverse selon la saison) et le regard que Arnaldur Indridason porte sur la détresse des clochards, la tentation de l’alcool, dans la quasi-indifférence des habitants. J’apprécie toujours la manière dont l’auteur argumente au fil des récits, en ayant toujours un phénomène de société ou un moment de l’Histoire du pays pour lui servir de trame.

Il me reste encore une ou deux aventures d’Erlendur et d’autres romans de l’auteur à découvrir….

 

EXTRAIT

 

Sentant le sommeil le gagner, il reposa son livre. Il pensait aux nuits de Reykjavík, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. Nuit après nuit, ils sillonnaient la ville à bord d’une voiture de police et voyaient ce qui était caché aux autres: ils voyaient ceux que la nuit agitait et attirait, ceux qu’elle blessait et terrifiait. Lui-même n’était pas un oiseau nocturne, il lui avait fallu du temps pour consentir à quitter le jour et à entrer dans la nuit; mais maintenant qu’il avait franchi cette frontière, il ne s’en trouvait pas plus mal. C’était plutôt la nuit que la ville lui plaisait. Quand, dans les rues désertes et silencieuses, on n’entendait plus que le vent et le moteur de leur voiture. P 77

 

 

LU EN JUIN 2019

Publié dans Nouvelles

Petite pause

Comme vous avez pu le constater je suis en mode pause pour ma cure thermale à Lamalou les Bains! Rhumato + neuro donc fatigant…

 

Lamalou les bains

Je vais donc publier moins de critiques, d’autant plus que j’ai été sélectionnée comme juré pour le prix FNAC. J’ai déjà fait l’expérience il y a quelques années et j’ai eu envie de retenter l’aventure.

J’ai reçu cinq livres (dont 3 pavés) dont je n’aurai le droit de parler dans mon blog qu’à la rentrée…

A bientôt…

 

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« L’Archipel du Chien » de Philippe Claudel

Place aujourd’hui au dernier opus de Philippe Claudel :

 Larchipel du chien de Philippe Claudel

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire. Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans brise aucune.
L’air semblait s’être solidifié autour de l’île, dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait çà et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient liquides.

Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d’une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits. On ne pouvait y jouir d’aucune fraîcheur. Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée, ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d’heure en heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète, pour tout dire clandestine. »

 

CE QUE J’EN PENSE

 

J’ai terminé ce roman, il y a quelques jours et même si le thème m’a plu car il est hélas d’actualité, je reste mitigée ; j’ai bataillé pour rédiger ma critique, oscillant entre des réactions contradictoires…

Tout d’abord, les protagonistes sont vraiment caricaturaux : on a en gros les édiles : l’Instituteur, objecteur de conscience, le Maire corrompu, le Médecin qui cautionne, le Curé qui ne croit plus en rien, l’ancienne institutrice revêche qui ne supporte pas d’avoir céder son poste, des pêcheurs sans scrupules, sans oublier l’idiot du village… On note au passage que les villageois sont présentés comme des rustres !

Je sais que tous les moyens sont bons pour établir son pouvoir mais quand on voit jusqu’où peut aller le maire du village pour satisfaire ses propres besoins et ambitions, on reste sans voix. Seul compte pour lui son projet de thermes et le fric qui va avec, alors on assiste à des manipulations en tous genres, le tout nappé d’une bonne dose de délation, de calomnies, pour aboutir au procès truqué de l’instituteur accusé de viol sur une élève : c’était le seul habitant du village à ne pas être natif de l’île donc un Étranger, la pièce à sacrifier…

« Vous avez compris ma pensée, reprit le maire, et vous savez bien que je ne suis ni un salaud ni un homme dénué de cœur.  Mais, ce n’est pas moi qui ai crée la misère du monde, et ce n’est pas à moi seul non plus de l’éponger. » P 55

Ce roman m’a rappelé bien sûr, les grands mythes sacrificiels, Antigone, Iphigénie … que ne ferait-on pas pour s’attirer la clémence des Dieux et justifier les bassesses ?

Comment réagir après ce qui est arrivé à l’Instituteur ? Ce n’est pas si simple, le Médecin par exemple sent en permanence une odeur de pourriture qui émane de lui et qui ne semble pas perturber les autres, la mauvaise conscience, la culpabilité s’infiltrent dans sa pensée : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn »

On retombe à nouveau sur les grands mythes : Le supplice de Prométhée dont le foie repousse au fur et à mesure que l’aigle le lui dévore) ou le mythe de Sisyphe qui  remonte un rocher qui toujours redescend…

En fait, on peut prendre tout ce récit au premier, au deuxième ou même au ixième degré tant les allusions sont constantes.

En tout cas, c’est une île qui porte bien son nom : ses habitants se comportant comme des chiens (je présente mes excuses à mes amis les chiens, car l’idée d’associer cet animal à la méchanceté me hérisse, mais c’est une expression courante, comme traiter les hommes de cochons d’ailleurs). Cette île est noire car un volcan, le Brau, se manifeste régulièrement, noire tout comme l’âme des habitants…

Philippe Claudel s’érige en donneur de leçon, fustige le comportement des passeurs, la lâcheté des habitants de l’île vis-à-vis des migrants qu’on laisse mourir comme des chiens sur la plage, tente de culpabiliser le lecteur au passage. En fait, en caricaturant et fustigeant de cette manière, il pousse ceux qui se sentent impuissants devant le drame des migrants et l’arrogance des Occidentaux, à se culpabiliser davantage encore, alors que ceux qui vivent des trafics ou ceux qui rejettent les Étrangers, resteront indifférents…

J’aime beaucoup Philippe Claudel, mais ce roman m’a hérissée à force d’être caricatural, et cette lecture m’a soulevé le cœur presque du début à la fin. Il va en rester une frustration, une impuissance renforcée et je ne vois pas ce qu’il a tenté de prouver au fond, à part pousser un grand cri de colère…

Je trouve ce roman clivant et je pense que les avis vont faire le grand écart : il sera encensé ou rejeté…

 

EXTRAITS 

 

Je suis certain que vous vous poserez tôt ou tard une question légitime : a-t-il été le témoin de ce qu’il nous raconte ? Je vous réponds oui, j’en ai été le témoin. Comme vous l’avez été mais vous n’avez pas voulu voir. Vous ne voulez jamais voir. Je suis celui qui vous le rappelle. Je suis le gêneur. Je suis celui à qui rien n’échappe. Je vois tout. Je sais tout. Mais je ne suis rien et j’entends bien le rester. Ni homme, ni femme. Je suis la voix, simplement. C’est de l’ombre que je vous dirai l’histoire.

Les faits que je vais vous raconter ont eu lieu hier. Il y a quelques jours. Il y a un an ou deux. Pas davantage. J’écris « hier » mais il me semble que je devrais dire « aujourd’hui ». Les hommes n’aiment pas l’hier. Les hommes vivent au présent et rêvent de lendemains. P 10

 

C’était le mot de mon enfance. D’une époque où, sur les bancs de l’école, on m’a parlé des Peaux-Rouges, des Jaunes, des Blancs et des Nègres. On m’a appris ainsi le monde. Cela n’empêchait pas le respect. Chacun des hommes de chacune de ces couleurs est un enfant de Dieu. La haine ni le mépris ne résident dans les mots, mais dans l’usage qu’on en fait. P 59 Dixit le curé : politiquement correct 

 

Mais le métier de ces hommes (politiques) est de parler tout le temps, de parler et de ne jamais écouter qui leur parle, de ne jamais s’arrêter de parler, de vivre dans la parole, même la plus creuse et qui devient un bruit inepte et enjôleur, le chant moderne des Sirènes. P 65 Dixit le curé   

 

Les dernières vignes s’épuisent une centaine de mètres plus bas et leurs ceps sont tellement rabougris et courbés sur eux-mêmes qu’on pourrait presque entendre leur plainte d’avoir à pousser très profond leurs racines pour trouver le peu d’eau nécessaire à leur survie. P 70   

 

C’était toujours pareil avec les hommes qui ont étudié. Le Maire se disait que si le monde tournait si mal, c’était la faute aux hommes comme l’Instituteur, empêtrés d’idéaux et de bonté, qui cherchent jusqu’à l’obsession l’explication du pourquoi du comment, qui se persuadent de connaître le juste et l’injuste…   P 81   

 

… Il (le Maire) avait obtenu ce qu’il désirait. Ça n’avait pas été difficile. Quelques promesses mineures, deux ou trois billets, et puis parfois, quand cela n’avait pas suffi, le rappel que l’Instituteur n’était pas d’ici. Qu’il n’était pas né sur l’île. Qu’il n’était pas comme eux. Il n’y avait qu’à l’écouter ou le regarder. C’était le meilleur argument en somme, celui de la naissance, de la communauté, des origines. C’est avec cela que les civilisations se sont construites et fortifiées. P 85  

 

Au-dessus, il y avait Dieu sur son nuage, qui les (les hommes) créait, regardait, les sauvait ou les perdait. Et puis l’homme s’est cru malin. Il a délogé Dieu. L’a fichu à la poubelle. A vécu quelque temps grisé par son petit meurtre, puis s’est rendu compte du vide qu’il avait créé. Le propre de l’homme est de toujours agir trop vite. Toujours. Ça a commencé à lui faire peur tout cet espace vacant. Il a essayé de réchauffer de vieux plats, mais tout avait un goût de brûlé. Là, il a eu vraiment peur. Il s’est réfugié dans la seule chose qui lui restait : le Progrès. P 122  

 

Donnez du feu du fer et un marteau à un homme, il va en deux temps trois mouvements forger une chaîne pour attacher un autre homme qui lui ressemble comme un frère et le tenir en laisse, ou une pointe de lance pour le tuer, plutôt que fabriquer une roue ou un instrument de musique. P 123   

 

La politique est sale. Elle n’est pas la morale. Certains hommes choisissent de rester propres, tandis que d’autres assument de se salir les mains. Il faut des deux, même si on respecte toujours les premiers et en vient à haïr les seconds… P 149  

 

Le monde est devenu commerce, vous le savez. Il n’est plus un champ du savoir. La science a peut-être guidé l’humanité pendant un temps, mais, aujourd’hui, seul l’argent importe. Le posséder, le garder, l’acquérir, le faire circuler… P 224

 

 

LU EN MAI 2018

Publié dans Littérature enfantine

« Le Chat du Cardinal » de Pascal Prévot

Je vous parle aujourd’hui d’un livre pour enfants avec:

 

Le chat du Cardinal T1 de Pascal Prévot

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 Le Chat du Cardinal Au secours de Richelieu 4e de couverture

 

CE QUE J’EN PENSE   

Tout d’abord, je remercie vivement Babelio et les éditions Play Bac pour m’avoir permis de découvrir ce livre.

On revisite un complot pour assassiner Richelieu, ourdi par Gaston d’Orléans et ses complices, le général d’Ornano et le comte de Chalais, grâce à Mimi Piaillon la superbe chatte du cardinal qui trotte allègrement , qui laisse négligemment traîner ses oreilles. Comment faire pour déjouer le complot ?

Ainsi vont entrer en scène un chat de gouttière très futé, Fellimar, un autre matou sympathique, Gazette,  amateur d’imprimerie qui travaille chez Théophraste Renaudot. On va suivre ces trois chats dans les rues de Paris, mettant en place un réseau de détectives : les puces Lin Dao et Fu Chi qui se cachent dans les poils ou les sourcils des protagonistes, le chien Bébert, et bien-sûr, une équipe de contre-espionnage composé des singes de la Reine mère.

On visite Paris, (avec un plan détaillé très sympathique), on remonte la Seine confortablement installé dans la gueule d’un requin. On se croirait dans un roman de capes et d’épées. Au passage Pascal Prévot nous propose des mots de l’époque, savoureux, et des notes de bas de page, très simples pour les expliquer à nos chers petits.

On peut ainsi déguster  « le pâté de béatilles (petits morceaux de viande délicats). Un chef-d’œuvre. ». L’auteur nous parle aussi de conjurés, de spadassins, de coche d’eau ou de rapière, sans oublier les sapajous :

« Dès qu’ils virent que leur gibier leur échappait, les sapajous se lancèrent à leurs trousses. Quand il se retournait pour vérifier leur position Gazette les voyait agiter leurs rapières en de terribles moulinets dont les ombres démesurées, à la lueur des lanternes, dansaient sur les façades et semblaient les découper en rondelles. Ils poussaient aussi des cris aigus. » P 52

Ce petit livre destiné aux enfants à partir de neuf ans m’a beaucoup plu… j’aurais bien aimé lire ce genre lorsque j’avais cet âge-là… une excellente manière d’aborder l’Histoire avec des personnages ayant joué un rôle important, une énigme intéressante résolue par une équipe qui va sûrement leur plaire.

Ce livre est illustré de fort belle manière par Louis Thomas qui nous rend ces animaux vraiment adorables et attachants.

Un clin d’œil au passage à Gladstone, aigle royal qui n’a pas du tout le sens de l’orientation, confond la droite et la gauche…

Le deuxième tome devrait sortir en juin, je l’attend avec impatience…

 

 

LES AUTEURS

 

Pascal Prévot

Il est journaliste et écrivain, a suivi des études d’Histoire et continue à se passionner pour toutes les époques et les sociétés, en écrivant des documentaires et des romans. Enfant, il lisait beaucoup de romans de cape et d’épée et adorait « Les trois Mousquetaires » d’Alexandre Dumas.

Il a reçu le prix Gulli pour son roman « Théo, chasseur de baignoires en Laponie »

 

Louis Thomas

Il est illustrateur et dessine des films d’animation en Californie, réalise des illustrations pour la presse et l’édition entre l’Italie et Paris. Il peint et expose souvent ses œuvres. Il a un chat prénommé Pipo.

 

EXTRAIT  

 

Fellimare, l’époustouflant chat de gouttière, frisait ses moustaches entre les pattes de la statue équestre du bon roi Henri, quand le carrosse du cardinal de Richelieu traversa la foule massée sur le Pont-Neuf.

« Mais, c’est ma direction ! se dit Fellimare, enchanté. Je vais faire un bout de chemin avec Son Éminence.

Et d’un bond, il sauta du socle de la statue jusque sur le toit du carrosse. Mimi-Piaillon, la petite chatte angora qui somnolait sur les genoux du cardinal leva la tête. Quel était ce bruit sourd ? Richelieu, plongé dans la lecture d’un épais dossier, l’apaisa en lui caressant les oreilles.

C’était un jour clair de mai 1626. Le jardin des Tuileries répandait des parfums d’arbres en fleurs. Au beau milieu du pont, un arracheur de dents, vêtu des pieds à la tête d’étoffes dorées, tirait sur la molaire d’un gros bourgeois très pâle qui gigotait sur sa chaise. Le carrosse dût s’arrêter… P 11

 

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LU EN MAI 2018

Publié dans Littérature anglaise, Littérature contemporaine

« Testament à l’anglaise » de Jonathan Coe

 

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui patientait aussi depuis longtemps sur une étagère de ma bibliothèque et que j’ai lu dans le cadre d’une lecture commune organisée par Florence via le Blogoclub

 Testament à l'anglaise de Jonathan Coe

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE 

 

Michael Owen, un jeune homme dépressif et agoraphobe, a été chargé par la vieille Tabitha Winshaw d’écrire la chronique de cette illustre famille. Cette dynastie se taille en effet la part du lion dans tous les domaines de la vie publique de l’Angleterre des années quatre-vingts, profitant sans vergogne de ses attributions et de ses relations.

Et si la tante Tabitha disait vrai ? Si les tragédies familiales jamais élucidées étaient en fait des crimes maquillés ? Par une nuit d’orage, alors que tous sont réunis au vieux manoir de Winshaw Towers, la vérité éclatera…

Un véritable tour de force littéraire, à la fois roman policier et cinglante satire politique de l’Establishment.

CE QUE J’EN PENSE

 

Un vieux château lugubre perdu dans la campagne, digne de ces vieux manoirs hantés par des   vampires ou des spectres, qui part en décrépitude, où l’on entendant grincer les meubles et les portes, où se réunissent les différents membres d’une famille qui se détestent cordialement mais se font des grands salamalecs, où l’on s’attend à tout moment à recevoir une vieille armure sur la tête, autrement dit « Winshaw Towers ».

Jonathan Coe nous invite à faire la connaissance de tout se beau monde, lors d’un prologue savoureux, où est décrit le premier drame : en 1942, l’avion du deuxième fils, pilote de guerre, est abattu par les Nazis alors qu’il effectue une mission et Tabitha sa sœur, sous le choc, devient extrêmement violente vis-à-vis de l’aîné de la fratrie : Lawrence et se retrouve enfermée en clinique psychiatrique jusqu’à la fin de ses jours.

Quelques années plus tard, on lui accorde une permission de sortie, à l’occasion de l’anniversaire du plus jeune frère Mortimer, et elle affirme que leur frère aîné est responsable : ce ne serait donc pas un accident mais un assassinat. Étrangement, un cambriolage a lieu durant la nuit et Lawrence abat le cambrioleur. Illico, Tabitha est renvoyée en psychiatrie.

Durant ce même prologue on fait la connaissance de Michael Owen, passionné par Youri Gagarine et hanté par un film qu’il a vu au cinéma… C’est à lui que Tabitha va s’adresser pour écrire « la saga des Winshaw »

Ce livre dresse, à travers tous ces membres de la famille Winshaw, un portrait au vitriol de la société de l’Establishment sous le règne de Mrs Thatcher : on a tout ce qui se fait de mieux dans le sordide et l’opportunisme avec , Hilary fille de Mortimer, qui réussit à se faire embaucher dans un journal via ses relations, et qui va régner sur la presse puis la télévision avec des chroniques tapageuses, méchantes écrasant tout le monde sur son passage pour abreuver le monde à coups de désinformations : une  journaliste vraiment pourrie.

Puis on trouve Henry, politicien élu sur le banc des travaillistes en bon opportuniste mais qui soutient tout ce que préconisent les conservateurs, tombé sous le charme de Maggie, qui va œuvrer au démantèlement de la sécurité sociale, entre autres, pour la mettre entre les mains des spéculateurs en tous genres : on a donc le politicien pourri…

« Je n’ai jamais vu une femme aussi déterminée, ni une telle énergie de caractère. Elle piétine ses opposants comme de la mauvaise herbe sur son chemin. Elle les renverse d’une chiquenaude. Elle est tellement splendide dans la victoire. Comment pourrais-je la rembourser – comment aucun de nous peut-il espérer la rembourser – de tout ce qu’elle a fait ? « P 201

Dans la même veine, on aura Roddy, marchand d’art soi-disant mécène qui saute sur tout ce qui bouge (un Weinstein avant l’heure), Dorothy, la pire de tous qui épouse un fermier, rachète les terres de tous les paysans autour de sa ferme, et met en place l’agriculture moderne : poulets ou bétail entassés, agriculture intensive, (il faut gagner de l’argent !) ; elle va jusqu’à produire des plats cuisinés qu’elle impose sur le marché (« c’est de la merde » dirait Jean-Pierre Coffe) qu’elle se garde bien de manger. Tout s’utilise dans la ferme, les poussins mâles réduits en bouillie serviront de nourriture pour le bétail par exemple…

On a aussi Thomas qui va investir un autre domaine, la finance avec des spéculations, notamment sur les fonds de pensions, ruinant des petits retraités, coulant des boîtes …  On a donc le financier pourri.

Pour finir, on a Mark, études de cinéma qui va se spécialiser dans les ventes d’armes, et de gaz toxiques etc. à Saddam Hussein qui était le gentil à l’époque…Et qu’à cela ne tienne, si Saddam les utilise, on ira les bombarder. Et, un pourri de plus dans la famille…

Bien-sûr, Jonathan Coe nous parle de son héros, Michael Owen, journaliste écrivain en panne d’inspiration qui ne quitte plus sa chambre, où règne un désordre immense, obsédé par un film qu’il a vu enfant et qu’il se repasse en boucle en se masturbant (physiquement et intellectuellement) et qui va tenter de comprendre s’il y a vraiment eu des meurtres dans cette famille ou si Tabitha délire. Il n’a évidemment pas été choisi au hasard pour écrire ce livre (grassement payé) sur la famille Winshaw…

Une satire au vitriol de cette société des années quatre-vingt, une famille pourrie que j’ai adoré détester tant les portraits sont caricaturaux (à part Dorothy qui est immonde avec son massacre de l’agriculture, ruinant les paysans qui pouvaient résister et surtout la maltraitance animale, cause pour laquelle je suis intransigeante), bref, une famille qui représente tout ce que je déteste.

J’ai beaucoup aimé ce roman, un pavé de 682 pages, que j’ai dévoré car c’’est un véritable page-turner, et Jonathan Coe sait très bien jouer avec le lecteur, alternant les descriptions des personnages, l’étude de toutes les magouilles politiques de l’époque dont je me souviens parfaitement car je n’étais pas un fan de Mrs Maggie, avec une écriture vive, un rythme enlevé : on ne s’ennuie pas une seconde et on n’a pas du tout envie que le roman se termine, et une fin superbe.

L’auteur nous propose un arbre généalogique au début du livre qui est fort utile pour s’y retrouver dans la dynastie et des coupures de presse intéressantes viennent émailler le récit.

Coup de cœur donc…

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EXTRAITS  

 

Mais, l’on peut dire que chaque penny de la fortune des Winshaw – qui remonte au dix-septième siècle, quand Alexander Winshaw entra dans les affaires en s’assurant une part lucrative du fructueux commerce des esclaves – eut pour origine, d’une façon ou d’une autre, l’exploitation éhontée des faibles, et j’estimais par conséquent que l’expression « criminels » leur convenait à la perfection, et que j’accomplissais une mission fort utile en portant leurs méfaits à la connaissance du public, tout en me tenant scrupuleusement dans les limites de ma commande. P 132  

 

… les gens comme moi savent trop bien que même si on pense avoir découvert un nouveau Dostoïevski, on n’en vendra pas le quart que ce que pourrait faire n’importe quelle merde écrite par un type qui présente la météo à leur putain de télévision. P 150  

 

Le fond de l’histoire, c’est que JE CROIS QUE JE SUIS AMOUREUX. Oui ! Pour la toute première fois ! A la tête de l’Association, il y a une fille de Somerville appelée Margaret Roberts et je dois dire qu’elle est à tomber par terre ! Une chevelure châtain absolument superbe – j’avais envie de m’y enfouir le visage. La plupart du temps, je n’ai rien pu faire d’autre que la regarder avec les yeux écarquillés, mais j’ai fini par avoir le cran de me lever pour lui dire combien la réunion m’avait plu… P 175   

 

Ce que nous allons finir par recommander – si j’ai quelque chose à y voir – c’est la participation d’administrateurs extérieurs à tous les niveaux, rémunérés en fonction des résultats. C’est le point crucial. Nous devons nous débarrasser de cette idée enfantine selon laquelle les gens peuvent être motivés par autre chose que l’argent. P 194.     

 

… j’ai toujours eu le sentiment que si la chance peut orienter nos vies, alors c’est que tout est arbitraire et absurde. Il ne m’était jamais vraiment venu à l’esprit que la chance pouvait aussi apporter le bonheur. Je veux dire, c’est la chance seule qui a fait que nous nous sommes rencontrés, la chance seule qui a fait que nous vivons dans le même immeuble, et maintenant nous sommes ici… P 218  

 

Dans les restaurants les plus chics, dans les soirées privées les plus somptueuses, elle s’efforçait de convaincre fonctionnaires et députés de la nécessité d’accorder des subventions toujours plus considérables aux agriculteurs qui désiraient se convertir aux nouvelles méthodes d’élevage intensif… P 340  

 

Comme Hilary (qui ne regardait jamais ses propres programmes de télévision), Dorothy n’avait jamais eu la moindre intention de consommer les produits qu’elle était trop heureuse d’imposer à un public résigné. P 352  

 

… Tu n’as pas à t’inquiéter pour ça, répondit Henry. Les journaux ne vont pas se mettre à parler d’une chose aussi barbante que la production alimentaire, et si jamais ils le font, le public ne s’y intéressera pas, car il est trop stupide. P 353  

 

Le truc, c’est de faire sans cesse des choses scandaleuses. Il ne faut pas laisser aux autres le temps de réfléchir après avoir fait passer une loi révoltante. Il faut aussitôt faire quelque chose de pire avant que le public ne puisse réagir. Vois-tu, la conscience britannique n’a pas plus de capacité que… qu’un petit ordinateur domestique, si tu veux. Elle ne peut conserver en mémoire que deux ou trois choses à la fois.  P 433 

LU EN MAI 2018

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Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« Piège conjugal » de Michelle Richmond

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai reçu dans le cadre d’une opération « Masse critique » :

 Piege conjugal de Michelle Richmond

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Alice, ancienne rockeuse reconvertie en avocate, et Jake, psychologue, s’aiment, l’avenir leur appartient. Le jour de leur mariage, un riche client d’Alice se présente avec un cadeau singulier : l’adhésion au « Pacte ». Le rôle de ce club ? Garantir à ses membres un mariage heureux et pérenne, moyennant quelques règles de conduite : décrocher systématiquement quand le conjoint appelle, s’offrir un cadeau tous les mois, prévoir une escapade trois fois par an… mais surtout, ne parler du Pacte à personne. Alice et Jake sont d’abord séduits par l’éthique, les cocktails glamour et la camaraderie que fait régner le Pacte sur leur vie… Jusqu’au jour où l’un d’eux contrevient au règlement. Le rêve vire au cauchemar. Mais comme le mariage, l’adhésion au Pacte, c’est pour le meilleur… comme pour le pire.

Suspense et tension psychologique constituent le carburant de ce roman au vitriol qui décrypte les hypocrisies de l’institution matrimoniale et entraîne le lecteur dans une intrigue sombre, palpitante et jamais dénuée d’ironie. Publié dans trente pays, « Piège conjugal » est en cours d’adaptation pour le grand écran par la 20th Century Fox.

 

CE QUE J’EN PENSE

 

Après un début un tantinet « fleur bleue », avec une demande en mariage romantique, une organisation de la noce assez classique, Jake psychologue de son état et Alice, chanteuse rock qui est devenue avocate, reçoivent un cadeau étrange, offert par Finnegan, un client d’Alice, invité de dernière minute à la cérémonie : une boîte massive et élégante avec une inscription gravée : « LE PACTE ». « À l’intérieur se trouvait un second coffret posé sur une doublure en velours bleu, encadré de deux stylos coûteux nichés dans les replis du tissu : de l’argent, de l’or blanc voire du platine »

A leur retour de voyage de noce, ils reçoivent la visite de Vivian, une sorte d’inspectrice (qui m’a rappelé la visite traditionnelle de l’assistante sociale lors de notre demande d’adoption : on ne sait jamais ce qu’il faut dire, on brique la maison de fond en comble pour faire bonne impression, on choisit sa tenue…).

Tout en subissant un interrogatoire en règle, ils ouvrent devant elle, le deuxième coffret qui contient le contrat, ainsi que le manuel qui répertorie les principes du Pacte, mise au point par Orla, une Irlandaise, mère fondatrice de l’association, qu’ils devront apprendre par cœur, et mettre en application au quotidien !

Nos deux tourtereaux signent, sans se rendre compte du processus dans lequel ils s’engagent. Après tout, il y a des idées pleines de bon sens : se faire un cadeau tous les mois, aller au restaurant, trouver le juste équilibre entre le travail et le couple et tous les trois mois une invitation à dîner chez un couple qui appartient à leur « région » etc.

Très vite, les choses vont se corser avec des accusations, des séjours dans une prison privée que les chefs du Pacte ont rachetée, et on a des scènes cocasses : arrestations, menottes, cellule, combinaison orange en tissu de bonne qualité, (on est entre gens bien, la preuve on s’appelle mon Ami), interrogatoires, avocats et juges appartenant au groupe, des punitions abracadabrantesques ….

Voici, pour le fun, quelques motifs de « mise en examen » : « lire les e-mails de son conjoint est un délit de niveau 2, la récidive recevra une sanction de niveau similaire, avec une majoration de quatre points »,

Ou encore : ne pas répondre à une injonction constitue un « manque de focalisation, crime de niveau 6 » le conjoint n’étant pas assez « concentré sur son mariage »il s’en suit une condamnation à un dispositif de focalisation : un collier en métal à garder vingt-quatre heures sur vingt-quatre, assorti de séances de thérapie à la soviétique…

Le plus cocasse étant : « Réalignement pour crime d’infidélité émotionnelle »

« Personne n’est ici contre son gré, Jake. Tous nos résidents sont conscients de leurs crimes et heureux de pouvoir procéder à un réalignement psychique dans un environnement où ils se sentent accompagnés. » P 284

Ce roman nous trace un portrait de la maltraitance psychologique, de la manipulation mentale qui font penser aux sectes ou aux méthodes staliniennes ou la Gestapo…

C’est Jake qui raconte l’histoire et l’auteure fait alterner l’enchaînement des évènements liés au Pacte avec les entretiens de thérapie de couples et les groupes d’ados dont il s’occupe, distillant au passage ses réflexions sur la vie, le couple ou la société, ce qui permet au lecteur de récupérer un peu entre deux séances de manipulation.

Michelle Richmond entretient habilement le suspense, et une fois immergée dans l’histoire, je me suis laissée prendre au jeu malgré les invraisemblances. Il y a des rebondissements jusqu’à la dernière page. J’avoue que je me suis bien amusée.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Presse de la Cité qui m’ont permis de découvrir ce roman et  son auteure que je ne connaissais pas du tout.    

 

L’AUTEUR  

Native de l’Alabama, Michelle Richmond a enseigné les techniques de l’écriture à l’université de San Francisco et dirige la revue littéraire en ligne Attic. Son précédent roman, « L’Année brouillard », finaliste du Grand Prix des lectrices de « Elle », s’est vendu à plus de 50 000 exemplaires.

 

EXTRAITS

 

Il y a un écart entre celui que nous sommes et celui que nous pensons être. C’est le cas pour tout le monde. Même si, en ce qui me concerne, j’aime à croire que cet écart est faible, je suis prêt à admettre qu’il existe. P 50

 

Elle utilise le mot « épanouissement ». A priori, c’est une bonne chose, sauf que c’est devenu un terme qui signifie : « Je veux me faire du bien, et tant pis si je piétine les autres au passage… »  P 55  

 

… j’ai lu que les fiancés de la Saint Valentin formaient des couples moins solides, moins résolus. J’en déduis qu’un mariage fondé sur des débuts trop romantiques et impétueux se défait plus facilement. P 200  

 

Un divorce provoque une réaction en chaîne dans l’entourage familial. Prenez Al et Tipper Gore : ils se sont séparés au bout de quarante ans de mariage, un an après le divorce de leur fille Kristin. Et ce n’était que le début. Moins d’un an plus tard, une autre de leurs filles quittait son mari et à la fin de l’année suivante, leur troisième fille était elle-aussi divorcée. P 200  

 

Je ne le dirai jamais à mes patients, mais j’ai acquis la certitude que la plupart des gens ne changent pas. Au mieux, ils sont capables d’accentuer certains traits de leur personnalité par rapport à d’autres, même s’il ne fait aucun doute que l’éducation et es soins prodigués à un enfant peuvent orienter ses tendances naturelles dans le bon sens.  P 231   

 

Les fascistes et les sectes ont toujours une langue bien à eux, des termes dont le but est d’embrouiller les esprits, de dissimuler la vérité, mais aussi de donner aux membres l’impression qu’ils sont élus en les distinguant du commun des mortels. P 278  

 

… Je sais ce que vous pensez, Jake. Je lis l’inquiétude sur votre visage. Mais, je peux vous assurer que, si ces pièces ont été conçues à l’origine pour l’isolement, nous préférons les voir comme des cellules monastiques où les membres qui sont égarés peuvent renouer à leur rythme avec leurs vœux… P 285  

 

Aujourd’hui, les psychologues se moquent de la puissance de la pensée positive qui a fait tant d’adeptes dans les années 1970. Pourtant, je ne serais pas aussi enclin à lui dénier toute efficacité. Les optimistes sont plus heureux que les pessimistes et les cyniques : c’est idiot, mais c’est vrai, même si parfois, il faut se forcer. P 304  

 

Les adolescents sont combattifs. Comme des animaux dans la savane, ils flairent tout de suite la faiblesse et attaquent sans une hésitation. P 305  

 

Le mariage est une entité vivante et changeante dont on doit prendre soin, seul et ensemble. Il évolue de mille façons, tantôt ordinaires, tantôt totalement inattendues… c’est un organisme vivant avec ses contradictions – à la fois prévisible et étonnant, bon et mauvais – qui chaque jour devient plus riche et plus subtil.  P 401

 

 

LU EN MAI 2018