Publié dans Littérature Royaume-Uni

« La chanson de nos souvenirs » d’Emma Cooper

En voyant ce titre sur NetGalley, je n’ai pas pu résister, le résumé était tentant et les symptômes décrits par l’auteure trop alléchants, la couverture plutôt jolie, et je n’ai pas été déçue du voyage, c’est le moins qu’on puisse dire en pareil cas :

Résumé de l’éditeur :

Melody King a une pathologie rare : elle chante et danse dès qu’elle est stressée. Que ce soit à la caisse du supermarché, lors des réunions parents-profs, chez le médecin, impossible de se contrôler. Elle s’y adonne aussi durant son sommeil, mais ses enfants n’osent pas le lui dire de peur de la faire culpabiliser. La famille a appris à se serrer les coudes depuis la disparition de leur père, Dev, onze ans auparavant. Mais lorsqu’ils tombent sur un avis de recherche d’une personne ressemblant étrangement à celui-ci, ils sont confrontés à une vérité qui va bouleverser leur vie. Car même si Melody n’y croit pas une seconde, elle ne peut se résoudre à briser l’espoir de sa fille et de son fils de retrouver leur père …


Traduit de l’anglais par Dominique Haas

Ce que j’en pense :

Melody, la bien-nommée, présente une maladie rare, elle se met à chanter dès que la situation devient stressante. Personne ne peut lui expliquer pourquoi, mais c’est handicap notoire. Il faut dire qu’elle n’a pas eu une vie très simple : son mari a disparu du jour au lendemain sans donner signe de vie et elle élève seule ses deux enfants : Rose et Flynn.

Tout ce petit monde semblait nager dans le bonheur jusqu’au jour où il y a eu cet accident de voiture. C’était Dev qui conduisait et Flynn a perdu un œil et été défiguré.

Un jour, Rose qui n’a jamais renoncé à chercher son père tombe sur un fait divers :  un homme hospitalisé à la suite d’une chute fait l’objet d’un avis de recherche et il a le même tatouage que Dev… Les recherches vont reprendre et leur vie prendre une autre direction.

 Emma Cooper nous entraîne dans ce roman vers de multiples réflexions : comment réagir quand une personne disparait sans laisser de traces : au début, comme Melody, on cherche à l’affut de la moindre trace, ma moindre information quitte à faire des kilomètres pour rien on va vérifier. Puis, vu que le couple fonctionnait bien, une seule conclusion s’impose : la personne est forcément décédée et il faut réapprendre à vivre.

Lorsqu’un nouvel évènement tend à prouver qu’elle est toujours en vie, vient le terrible soupçon : il s’agissait donc d’un abandon… Ce qui remet en cause tout ce qui avait été construit pour vivre avec le deuil.

Elle nous propose aussi une belle réflexion sur la mémoire, l’amnésie, neurologique, psychogène ? et en poussant un peu plus loin, les maladies neurologiques…

Les symptômes présentés par Melody sont-ils liés à l’accident dont elle a été victime ou psychogène à nouveau, entre parenthèse coup de chapeau à la médecine au Royaume Uni avec son retard à l’allumage, et le temps perdu pour Melody. On a vaguement trouvé que ses symptômes, se mettre à chanter en cas de stress important pourrait être un équivalent du syndrome de Gilles de la Tourette, les grossièretés étant remplacées par des chanson. Sous-entendu la belle phrase « c’est dans votre tête » quand on ne sait pas….

J’ai beaucoup aimé ce roman, le premier de l’auteure, où on rit, en imaginant Melody qui se met à chanter, avec tout son corps qui danse, dès que le stress commence à monter, la chanson étant toujours là à bon escient, dans le contexte, ce n’est pas n’importe quelle chanson qui remonte de ses souvenirs, dans les situations parfois incongrues, quand elle doit se rendre à l’école convoquée par le proviseur, ou quand elle va acheter des chaussures pour sa fille. Ce qui déclenche la honte des enfants.

On imagine aussi ce que peuvent ressentir les enfants quand le chant arrive pendant le sommeil, et qu’ils finissent par se relayer auprès d’elle pour pouvoir dormir chacun un peu pour affronter le collège le lendemain. Et elle ne se souvient de rien au réveil, c’est en voyant leur tête qu’elle se rend compte que la nuit a dû être folklorique et donc place à la culpabilité.

Emma Cooper nous offre une scène sublime : Melody s’essayant à la méditation de la pleine conscience : j’ai hurlé de rire…

Pour un premier roman, c’est vraiment une réussite. On ne sombre jamais dans le pathos, même lorsque le cancer fait irruption dans la famille, l’auteure axe plutôt le récit sur le ressenti de chacun… Certes on flirte avec le feel-good mais étrangement, cela ne m’a pas dérangée alors que ce n’est pas un genre que j’affectionne particulièrement.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard-Mazarine qui m’ont permis de découvrir ce premier roman et son auteure.

#Lachansondenossouvenirs #NetGalleyFrance

8-9/10

L’auteure :

Emma Cooper vit dans le Shropshire avec son mari et ses quatre enfants. Ancienne assistante éducative, elle rêve depuis son enfance de devenir écrivain. La Chanson de nos souvenirs est son premier roman.

Extraits :

Je ne propose que des extraits figurant à partir du 2e tiers de lecture, car un incident de liseuse m’a obligée à re-télécharger le livre donc une partie a disparu dans la nature…

L’amour vrai est simple. Il est là, dans les petits messages laissés sur des notes Post-it, dans la tasse de thé apportée au réveil. Il est dans les disputes dont on rit cinq minutes plus tard. Dans le bain qu’on fait couler à la fin d’une journée difficile ? L’amour vrai est désintéressé… à moins que… ?

Mais, maintenant ? Si Dev est vivant ? Si, en fait il nous avait quittés ? Peut-être que ce que nous vivions n’était pas le véritable amour, après tout.

Le sentiment de culpabilité marche main dans la main avec la maternité, on en a déjà parlé, mais ce sentiment-là, cette impuissance, ces reproches que je me fais, rageurs, c’est quelque chose de nouveau.

Je me concentre sur ma respiration, inspiration-expiration. Et merde, est-ce que je dois être en même temps consciente de la chaise sous mon derrière ? Je continue avec ma respiration en essayant également d’avoir conscience de la chaise et aussi de mon derrière qui commence à s’engourdir. J’ai le popotin engourdi, assis sur la chaise en bois qui est dure, je suis consciente de ma respiration, inspiration-expiration, et je me concentre sur mon ventre qui monte et qui descend. Oh zut ! est-ce que ‘ai bien mis le poulet au frigo ? On s’en fout ! reviens au moment présent, cul engourdi, portable chaud, inspirer à fond, expirer à fond. J’ai besoin de péter. Mais je suis consciente de mon estomac qui se dilate et se contracte, mais il faut que je serre les fesses, sinon…

La vie est merdique, on en fait ce qu’on peut. C’est comme ça que je m’étais débrouillé, ces onze dernières années. A toujours courir après une herbe plus verte, on peut finir par se rendre fou.

On dit que les gens nés sous le signe du cancer sont très « famille » et agressivement maternels, qu’ils protègent leur foyer. Et que pour y parvenir, ils sont souvent manipulateurs, vindicatifs et, comme le crabe, prompts à se retirer dans leur coquille et à s’y cacher.

Ça doit être merveilleux d’avoir la certitude que Dieu nous guidera d’un bout à l’autre de notre vie, de savoir que, même quand ça va mal, il y a une raison à cela et qu’il faut seulement la mettre au jour : en tirer la leçon, découvrir le pardon et continuer à avancer dans la vie, armé de cette foi aveugle.

Lutter contre le cancer est le plus grand combat qu’on puisse livrer dans la vie. Il dévore votre corps, vos pensées, mais le plus épuisant de tout, c’est l’espoir qu’il vous agite devant le nez. Cet espoir, il est là, à votre réveil ; il est là avec vous, quand vous êtes cramée par les rayons ; il est là en dépit de votre fatigue, quand le seul fait de lever les bras pour vous gratter vous exténue…

Lu en juillet 2021

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Le cerf-volant » de Laetitia Colombani

Je viens peu à peu à bout de mes « chroniques en retard », il ne m’en restera plus que trois après le roman dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Après le drame qui a fait basculer sa vie, Léna décide de tout quitter. Elle entreprend un voyage en Inde, au bord du Golfe du Bengale, pour tenter de se reconstruire. Hantée par les fantômes du passé, elle ne connait de répit qu’à l’aube, lorsqu’elle descend nager dans l’océan indien. Sur la plage encore déserte, elle aperçoit chaque matin une petite fille, seule, qui joue au cerf-volant.
Un jour, emportée par le courant, Léna manque de se noyer. La voyant sombrer, la fillette donne l’alerte. Léna est miraculeusement secourue par la Red Brigade, un groupe d’autodéfense féminine, qui s’entraînait tout près.

Léna veut remercier l’enfant. Elle découvre que la petite travaille sans relâche dans le restaurant d’un cousin, qui l’a recueillie et l’exploite. Elle n’a jamais été à l’école et s’est murée dans un mutisme complet. Que cache donc son silence ? Et quelle est son histoire ? …


Aidée de Preeti, la jeune cheffe de brigade au caractère explosif, Léna va tenter de percer son secret. Jadis enseignante, elle se met en tête de lui apprendre à lire et à écrire. Au cœur de ce monde dont elle ignore tout, commence alors une incroyable aventure où se mêlent l’espoir et la colère, la volonté face aux traditions, et le rêve de changer la vie par l’éducation…


La rencontre inoubliable et réparatrice entre une femme, une jeune fille et une enfant au milieu d’une Inde tourmentée.

Ce que j’en pense :

A la suite du décès tragique de son mari, François, Lena, enseignante comme lui, décide de quitter la France pour aller en Inde, pays qu’il rêvait de visiter. Elle ne parvient pas à faire son deuil ni à enseigner alors qu’elle adorait son métier. Elle part pour fuir son chagrin et peut-être pour tenter de se reconstruire, repartir à zéro comme on dit.

Elle n’a pas choisi l’Inde touristique des agences de voyage, mais réservé un « petit hôtel » dans un village, Mahäbalipuram, dans le district de Kanchipuram, Tamil Nadu.

Alors qu’elle est sur la plage, elle aperçoit Lalita, une petite fille qui joue avec son cerf-volant. Un jour, où elle est emportée par le courant, Lalita lui sauve la vie aidée par une autre personne. En voulant les remercier elle se rend dans la petite auberge tenue par l’oncle et la tante de la petite fille et découvre que la petite fille est la domestique du couple, elle sert à table malgré son jeune âge.

Les parents de Lalita sont pauvres, ce sont des Intouchables, le père est chasseur de rats, sa mère a quitté la maison à la recherche d’une vie meilleure, mais elle est décédée. L’oncle et la tante ont décidé de changer de religion et de noms pour échapper à cette discrimination. Ils sont devenus James et Mary et la petite fille Holy.

Une autre personne a participé au « sauvetage » de Lena, Preeti, qu’on appelle la cheffe. Victime de viol lorsqu’elle était plus jeune, elle a refusé le destin qu’on lui proposait via le mariage avec un homme plus âgé qu’elle ne connaissait pas pour apprendre les techniques d’autodéfense et elle entraîne tous les jours d’autres jeunes filles. Elles se déplacent en moto tel un gang ce qui n’est pas très apprécié dans le village.

Émue par les conditions précaires dans lesquelles vit Lalita, Lena décide de lui apprendre à lire et à écrire, en anglais. La famille accepte à condition que Lena paye pour embaucher quelqu’un.

Elle donne aussi des cours à Preeti et peu à peu d’autres personnes viennent la trouver pour assister aux cours. Elle finit par décider de créer une école et, avec toutes les tracasseries de l’administration indienne, c’est loin d’être simple.

On va assister à la création de l’école, la difficulté de convaincre les familles que les enfants, les petites filles doivent apprendre à lire compter… ce qui est loin d’être simple car « à quoi cela peut bien servir qu’une fille soit éduquée puisque tout ce qu’on lui demande c’est de se marier et faire enfants, obéir à leur mari et à sa famille sinon elle risque d’être vitriolée ou brûlée vive. Et quand il s’agit en plus d’Intouchables… Alors il faut dédommager, en sacs de riz par exemple…

Le drame arrive lorsqu’une petite fille, l’amie de Lalita, ne vient pas à l’école un matin : elle est pubère et on veut la marier à un homme qui a vingt ou trente ans de plus qu’elle.

La relation d’amitié qui se tisse entre Preeti et Lena est belle, car chacune a un passé douloureux qu’elle enfoui profondément pour se montrer plus forte, et il faut s’apprivoiser.

Léna revient de temps en temps en France, pour des problèmes de visa ou pour des formalités administratives et chaque fois, c’est un choc tant les deux cultures sont différentes. Parfois, il est difficile de ne pas devenir un donneur de leçon, de raisonner comme une Européenne, certes remplie de bonne volonté et d’empathie, mais parfois tutoyant la suffisance.

Laetitia Colombani nous livre, à travers cette histoire, un tableau de l’Inde profonde, pas celle que l’on montre aux touristes avec la pauvreté, la discrimination, les viols qui conduisent à l’exclusion : on ne les considère jamais comme des victimes, mais plutôt elles deviennent la honte de la famille. Elle décrit aussi les mariages forcés, à douze ans, une vieille de la famille vérifie que le mariage à bien été consommé, les grossesses difficiles, où les petites filles laissent souvent leur vie. Le statut des Intouchables, les Dalits dans la religion hindoue ne s’améliore pas et cela ne risque pas d’évoluer avec l’actuel chef du gouvernement, ultra-religieux.

… Partout les Dalits sont assignés aux tâches les plus ingrates. Une soumission institutionnalisée par la religion hindoue qui les place tout en bas de l’échelle des castes, à la périphérie de l’humanité.

Laetitia Colombani trouve les mots justes, et surtout nous fait toucher du doigt une situation que l’on connaît certes mais sous forme de statistique, le nombre de femmes qui meurent en mettant leur bébé au monde, le nombre des viols, toutes ces choses que l’on sait prennent corps lorsqu’elles sont envisagées concrètement, on s’attache à ces petites filles, et là cela devient bien réel, on le ressent presque dans notre propre chair.

J’ai beaucoup aimé ce roman. J’étais restée sur ma faim, avec les précédents romans de l’auteure « La tresse » notamment car je trouvais ces trois portraits de femmes presque trop caricaturaux, notamment l’américaine avocate, snob, hautaine alors que les deux autres portraits m’avaient touchée. Ici, le roman est plus abouti, on croit sans problème à cette histoire, on n’est plus dans le mélo, mais dans la peinture d’une société avec ses codes, aux antipodes de la nôtre.

On ne se soigne pas en fuyant ses problèmes à l’autre bout du monde, certes, mais cela fait du bien de se confronter à la misère.

J’ai décidé de lire ce roman car j’aime l’Inde dont j’ai vu surtout les côtés pauvres, les lépreux à Dharamsala dans l’Himachal Pradesh où siège le gouvernement tibétain en exil, les vaches faméliques. Quand on revient, on fait attention à limiter la consommation d’eau à ne rien gaspiller tant certaines images peuvent continuer à nous hanter. Laetitia Colombani dresse un tableau précis de la société, du statut des femmes, sans tomber dans le pathos.

Belle histoire, beau voyage et belles rencontres…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Lecerfvolant #NetGalleyFrance

8/10

Extraits :

Dans ce monde nouveau, elle a cru dissoudre sa peine – humaine tentative, pauvre rempart qu’elle a voulu opposer au malheur, comme on construit un château de sable au bord d’une mer déchaînée.

Si Léna le savait en théorie, elle en a pris toute la mesure en s’installant ici : l’Inde est le plus grand marché de main-d’œuvre enfantine au monde.

Maintenir les filles dans l’ignorance est le plus sûr moyen de les assujettir, de museler leurs pensées, leurs désirs. En les privant d’instruction, on les enferme dans une prison à laquelle elles n’ont aucun moyen d’échapper.

Elle décrit les coups les humiliations constantes. Elle raconte comment, dans l’état voisin du Kerala, les gens de sa condition devaient jadis marcher à reculons munis d’un balai pour effacer les traces de leurs pas, afin de ne pas souiller les pieds des autres habitants qui empruntaient le même chemin…

Ici, le viol est un sport national, assène la cheffe. Les criminels ne sont jamais punis : les plaintes donnent rarement lieu à des poursuites, surtout lorsque les victimes sont de basse extraction.

L’avenir d’une gosse de dix ans ne les intéresse pas. Le sort des filles n’émeut personne. Elles sont abandonnées de tous, illettrées et asservies, dans ce pays qui ne les aime pas. Voilà la vérité. Voilà l’Inde, la vraie, conclut-elle. Celle qu’aucun guide touristique n’osera lui raconter.

Elle a déjà du mal à conjuguer le présent, le futur lui semble hors de portée. Elle songe à cette phrase de Kierkegaard : « la vie doit être comprise en regardant en arrière. Mais il ne faut pas oublier qu’elle doit être vécue en regardant vers l’avant.

Léna est bientôt saisie d’une certitude : il lui sera impossible de reprendre le cours de sa vie ici. Elle a l’impression de se tenir à la lisière de deux mondes, n’appartenant ni tout à fait à l’un, ni tout à fait à l’autre. Elle a voulu faire un pas de côté en entreprenant ce voyage, et ce pas s’est transformé en fossé.

Le deuil est un chagrin indivisible, que nul ne vous aide à porter. A chacun de s’en arranger.

Léna se surprend à aimer ce bouillonnement permanent, cette ébullition faite de mouvements et de bruits qui n’offre jamais de répit. L’Inde, c’est le chaos, répète de Preeti, et Léna songe qu’elle dit vrai. Elle est venue ici, cherchant l’exil et le silence, et a trouvé le contraire de ce qu’elle attendait.

L’arrivée de la puberté marque pour elles un changement brutal : elles passent sans transition du statut d’enfant à celui de femme…

… La loi fixe pourtant l’âge légal du mariage à la majorité, mais dans les villages, elle n’est jamais respectée.

Lorsqu’elle ne donne pas satisfaction, elle s’expose à de terribles châtiments : il arrive que certaines soient défigurées à l’acide, d’autres aspergées d’essence et brûlées vives. Un sort qui terrifie des millions de filles à travers le pays.

Lu en juillet 2021

Publié dans Psy

« La disparue de Lacan » de Gaspard Dhellemmes

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai découvert sur NetGalley et dont le titre m’a immédiatement accrochée :

Résumé de l’éditeur :

J’ai trouvé mon salut dans la psychanalyse à un moment où tout le monde lui tournait le dos. Aller mieux, sortir de ma torpeur a occupé presque toute mon énergie d’adolescent.
Cette quête m’a mené à Jacques Lacan. Des années plus tard, j’ai voulu revenir au vieux maître, en enquêteur cette fois. Sur lui, n’avions-nous pas déjà tout entendu ? Mais qui sait que le plus célèbre psychanalyste français doit son premier succès à un ténébreux fait divers, sa rencontre impossible avec une femme meurtrière et érotomane ? Quand j’ai découvert le « cas Aimée » et ses déflagrations imprévues dans la vie de Lacan, j’ai eu envie de comprendre. G.D.

 
Dans ce roman tout en subtilités et jeux de miroirs, où l’analysant se transforme en détective, c’est à une poignante méditation sur le rôle du langage que nous invite Gaspard Dhellemmes.
Question éminemment lacanienne. Mais aussi éminemment littéraire.

Ce que j’en pense :

Au cours de son propre travail de psychanalyste, l’auteur découvre Jacques Lacan, qui a alors pignon sur rue, tout le monde voulant à tout prix participer à son show, ses rencontres entre élus, pétris d’admiration pour le grand maître.

Jeune étudiant, Lacan entend parler de Marguerite Anzieu a tenté d’assassiner une comédienne en vue, Huguette Duflos qu’elle accusait de lui piller ses idées, voire les quelques « romans » qu’elle avait tenté d’écrire. Elle travaille à la Poste, travail qui va bien avec son obsession du rangement, se considère comme une incomprise. Il décide d’aller la voir en prison pour entreprendre des soins avec elle, il ira la voir chaque jour dans sa cellule pendant un an et demi.

Celle qu’il va appeler le « cas Aimée » va devenir son sujet de thèse, et va lui permettre d’exposer ses théories, ce qui deviendra sa Méthode. Mais, Lacan n’est pas toujours dans l’éthique, il subtilise à Huguette son journal, ses manuscrits et ne les lui rendra jamais. Il qualifie de vice la lecture de romans ! Plus il se penche sur le cas Aimée, qui l’intéresse, plus l’auteur se rend compte que le génie a des failles.

La thèse paraît en 1932, sous le titre « De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité ».

On note au passage qu’il l’a envoyée à Freud, pensant être encensé par le célèbre psy, qui s’est contenté de le remercié pour l’envoi, alors que les surréalistes vont la porter aux nues ou presque.

L’auteur nous raconte ce qui l’a conduit à s’intéresser au « cas Aimée » et comment il a mené son enquête, en nous révélant sa démarche, sa vie personnelle, ses somatisations ou encore ses doutes:

« Elle voulait être écrivaine, était érotomane, mégalomane : elle préférait rêver sa vie plutôt que de la vivre, ça me parlait vraiment. »

Gaspard Dhellemmes nous propose, dans ce livre, un voyage en psychanalyse, revenant sur les principes exposés par Lacan : la parole vide, où l’analysant meuble la séance de banalités pour ne pas se confronter à ce qui se passe dans sa psyché, la parole pleine, celle qui est productive, le signifié, le signifiant, le stade du miroir et surtout l’importance des mots, allant jusqu’à l’absurde parfois pour les décortiquer.

Il revient au passage sur ses liens avec les Surréalistes qui le portent aux nues, notamment Dali, un autre génie, « grand paranoïaque autoproclamé »

Un jour, Didier Anzieu, le fils de Marguerite-Aimée (le choix du prénom ne doit rien au hasard si on applique la manipulation des mots chère à Lacan) va surgir dans la vie du grand maître et se diriger à son tour vers la psychanalyse, ce qui va donner des interprétations intéressantes. On lui doit le concept du moi-peau qu’il développe dans un de ses livres. Sacrée revanche pour Marguerite d’ailleurs!

On rencontre au passage Gaëtan de Clérambault qui fut autrefois le maître de Lacan et à qui l’on doit des publications magnifiques sur les délires. Mais, Lacan l’éjectera très vite de son entourage, il y avait forcément un génie de trop. Tout comme il dénigrera Freud et Jung…

Gaspard Dhellemmes m’a donné envie de lire « Une saison chez Lacan » de Pierre Rey que j’avais noté sur mes tablettes et remis à plus tard, un plus tard lointain…

Ce livre est intéressant et relativement facile à lire, on pourrait dire qu’il désacralise Lacan, mais celui-ci s’était sabordé tout seul. Je n’ai jamais trop accroché au lacanisme, il se gargarisait trop de mots pour moi, jusqu’à le rendre incompréhensible, les lacaniens se comprennent qu’entre eux, c’est à ce côté amphigourique, qu’ils se reconnaissent. Vous l’aurez compris je préfère Freud et Jung. Pour le côté désacralisation je vous conseille la lecture du livre de François George : « L’effet Yau de poêle de Lacan et des lacaniens » dont je garde un souvenir ébloui du passage à une célèbre émission « Apostrophe » où il a déclenché l’hilarité de Bernard Pivot en lui disant : « Lacan aurait certainement affirmé que vous êtes la plaque tournante de l’émission. »

Ce livre est à mon avis très abordable à tous les lecteurs, il ne s’adresse pas uniquement aux initiés et j’ai eu beaucoup de plaisir à le lire. J’aurais aimé lire, par curiosité, la thèse de Lacan mais a priori, elle n’a pas été rééditée.

Gaspard Dhellemmes explique que chaque époque a son gourou, et que le maître à penser actuel n’est autre, selon lui, que Christophe André dont on s’arracher les livres dès qu’ils sortent. L’heure n’est plus à la psychanalyse mais au comportementalisme : on veut tout faire vite, donc des années sur un divan, les jeunes générations n’ont plus le temps.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteur. Ce fut une lecture assez jouissive, car l’écriture est belle, le propos léger mais bien développé, et on ne s’ennuie pas une seconde.

#LadisparuedeLacan #NetGalleyFrance

9/10

Aparté :

Je vous livre ici mes propres cogitations : Lacan a toujours été un mystère pour moi. J’ai rencontré quelques lacaniens et je n’ai jamais rien compris ou presque dans le langage, leur manière de jouer avec les mots. Il y a des concepts intéressants mais…

Pendant mes études, j’ai suivi un séminaire (on appelait cela des « unités de valeurs », il fallait en valider un certain nombre dans toutes les sphères de la psychiatrie pour valider le CES devenu plus tard le DES pour sombrer dans les oubliettes ou presque avec les différentes réformes des études médicales), séminaire donc animé par un lacanien, on prenait des notes et on traduisait à tête reposée.

Un jour il a tenté de nous affirmer (comme son gourou) et le plus sérieusement du monde, que « La femme n’existe pas ». Je vous laisse imaginer les réactions…

Son ego n’a pas supporté et Narcisse a décidé qu’il n’enseignerait plus, fidélité à son maître oblige.

L’auteur :

Gaspard Dhellemmes, 26 ans, est journaliste pour le site du Journal du dimanche depuis 2012. Il a publié en septembre 2013, avec Olivier Faye, « NKM, la femme du premier rang », biographie de Nathalie Kosciusko-Morizet.

Extraits :

Le potentiel névrotique d’un individu est souvent atteint entre vingt et vingt-cinq ans, âge décisif des débuts dans la vie. Tout cela est, décidément, très mal organisé. L’été de mes vingt-quatre ans, je travaillais comme reporter à la Provence. Le journalisme est un métier d’incarnation, de culot, de débrouille. Moi, j’apparaissais comme un être approximatif et gauche. L’image de mon corps flottait toujours en dehors de moi, que je la rejette ou que j’échoue à en saisir les contours.

Lacan, dans un de ses séminaires, fait la distinction entre la « parole vide », artificielle, celle où se déploient les illusions du moi, qui fait obstacle à la cure, et la « parole pleine », dans laquelle un sujet s’engage véritablement.

Pour bien saisir l’histoire du « cas Aimée » et ses déflagrations très imprévues dans la vie de Lacan, il faut remonter au 4 novembre 1926. L’étudiant dirige sa première présentation de malade. A la société neurologique de Paris, une douzaine de blouses blanches sont assises en demi-cercle. On ne lui passera aucune erreur. Dans sa promotion de médecine Jacques est surnommé « le styliste ».

Première leçon : un malade ne doit pas être écouté mais manœuvré. Quand ils se produisent en public, ils sont intimidés. C’est mauvais pour les statistiques, ça nuit à la qualité du spectacle.

Adolescent, je ne rêvais donc que de malheur banal et de divan. Les choses n’étaient, en réalité, pas si terribles. J’étais né dans un milieu privilégié, des parents aimants, deux petites sœurs lumineuses. Mais je ne voyais alors qu’une forme d’injustice : les inégalités psychiques. Celles qui existent entre les forts et les faibles…

Avec la psychanalyse, Lacan se comporte en amoureux transi. Il tourne autour, cette nouvelle méthode l’attire. Lui qui n’est pourtant pas vraiment un modeste est intimidé, ne sait comment s’y prendre. 

Ce jour de1932, il tombe sur un article de la revue Minotaure consacré aux « mécanismes de l’activité paranoïaque », il est signé d’un jeune artiste de Figueras, récemment installé à Paris : Salvador Dali. Dali y développe une idée étonnante : loin d’être une nébuleuse stérile, le délire paranoïaque serait un mode de connaissance de la réalité comme un autre, plus structuré et créatif qu’on ne le pense. Des images s’y organisent autour d’une idée obsédante qui donne à voir une autre réalité.

J’attendais la bonne histoire, celle qui raconterait la puissance subversive de la psychanalyse, les impasses de la médecine, capable de sauver des vies, mais pas des existences.

Je me suis replongé dans l’histoire du lacanisme comme on feuillette un album de famille. La première fois que je suis tombé sur « le cas Aimée », je me suis dit, fabuleuse histoire. Le moindre analysant qui a posé un demi-fessier sur le divan de Jacques Lacan en a fait le récit…

La thèse de Lacan est bourrée d’incohérences, de bizarreries. Certains aspects sont montés en épingle, tandis que d’autres, décisifs, sont minorés, voire passés sous silence.

Pour lui, Marguerite a toujours été un objet d’étude avant d’être une patiente. Il ne s’est pas contenté de s’approprier son histoire. Il lui a aussi confisqué tous ses manuscrits et refusera toujours de les lui rendre.

Des personnalités comme Camille Claudel, Vincent Van Gogh, Louis Althusser, Dali, ont été comme eux des « enfants de remplacement » comme on les appelle parfois. Cette question est effleurée dans la thèse de Lacan.

Chez Lacan, liquider le transfert se paie en liquide…

Lacan, lui, ne supporte pas plus d’être quitté que d’être désavoué…

Lu en juillet 2021

Publié dans Littérature française

« Juste avant d’éteindre » d’Hélios Azoulay

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour son titre et sa couverture, car je ne connaissais pas l’auteur, et le côté très succinct du résumé qui ne révèle pratiquement rien (génial par rapport à certains qui raconte pratiquement tout le roman !) avec :

Résumé de l’éditeur :

Un roman éblouissant autour du destin tragique et solaire d’un déporté. Une écriture rare pour rendre la rage de celui qui veut rester homme et poète dans ces circonstances tragiques.

Ce que j’en pense :

Ce livre raconte le destin d’un compositeur juif, qui n’a plus le droit d’écrire de la musique, et que l’on a cantonné dans un bureau, pour recopier des documents, en double exemplaire, d’un modèle déjà lui-même en double exemplaire et ceci sans fin, le travail abrutissant par excellence. A son arrivée au ghetto, on en a profité pour lui dérober toutes les partitions qu’il avait emportées avec lui, dernières preuves de son existence.

Pour tromper l’ennui, il récupère des petits bouts de papier, sur lesquels il écrit ce qui lui passe par la tête : ce qui se passe dans le ghetto, ce qu’il voit ou simplement ses pensées du moment.

Il arrive à s’évader et fait une rencontre hallucinante, une vieille dame, et son chien, un molosse baveux qui reconnaît les juifs grâce à son flair ! sur les murs de la petite maison, des tableaux, plutôt hideux peints par son petit-fils et signés… A. Hitler

Hélios Azoulay a choisi l’humour au dixième degré pour dire l’indicible, tournant en dérision aussi bien les nazis que les juifs eux-mêmes ce qui nous donne des réflexions très intéressantes, voire fulgurantes.

Le récit se découpe en deux parties principales ; dans la première, il nous raconte l’histoire du musicien, sa vie dans le ghetto et dans ma deuxième, il nous propose un récit constitué par la juxtaposition de tout ce qu’il a pu écrire sur les petits papiers, sans ponctuation, les uns à la suite des autres, tel un journal intime.

Derrière la figure de style, j’ai l’impression que se cache en fait la folie qui permet de survivre dans le ghetto, en attendant la mort, alors que circulent les cercueils, et ordres vociférés par les nazis. Comme si la pensée était en train de se désagréger, la relation au temps, au présent, au passé qui n’est plus à l’avenir qui n’existera peut-être jamais.

Qu’est-ce qui nous reste quand on sait que la mort est proche ? des souvenirs d’enfance, des moments heureux, les souffrances, le sourire de la mère, l’absence du père ?

Le titre est évocateur : qu’est-ce qui s’éteint ? La vie ? La lumière du jour ou celle de la conscience ?

L’écriture est belle, rythmée comme une composition musicale, sans agressivité, on ne pense pas à Wagner (clin d’œil à l’auteur),  c’est plus léger (Mozart?) et en même temps percutant (Beethoven?), jamais triste, donc on oubliera Chopin et voilà que je me laisse emporter par mes préférences musicales…

C’est arithmétique. On n’aime pas Wagner parce que c’est grand, on aime Wagner parce que c’est gros. Parce que c’est de l’accumulation.

Il y a des livres, comme ça, dont on sait d’avance qu’il va vous bouleverser, jusqu’au fond de l’âme ; bien qu’il n’ait que 136 pages à peine, c’est un uppercut, qui mêle l’humour, le pouvoir de la pensée dans l’enfermement, la manière dont on tutoie la folie pour ne pas sombrer…

Ce livre est un OVNI, d’une puissance énorme qui traite d’une manière on ne peut plus originale, avec de l’humour, de la poésie, d’un sujet tellement fort, monstrueux ; c’est une façon d’aborder la manière dont les nazis ont traité les juifs, tout à fait inédite et qui fait réfléchir tout autant que les livres que j’ai pu lire jusqu’ici.

La rencontre avec la grand-mère d’Hitler est truculente et va rester longtemps dans ma mémoire !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du Rocher qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur que j’ai maintenant, bien sûr envie de connaître davantage, car il a déjà pas mal de livres à son actif.

#Justeavantdéteindre #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Hélios Azoulay est compositeur, clarinettiste, directeur musical de l’Ensemble de Musique Incidentale, écrivain et poète. Il a, entre autres, publié chez La Librairie Vuibert « Tout est musique ! » et « L’enfer a aussi son orchestre », sur la musique jouée et composée dans les camps, et dernièrement, chez Flammarion, un premier roman : « Moi aussi j’ai vécu ».

Extraits :

Les poteaux télégraphiques qui longent la chaussée sont comme de grandes barres de mesure. Et ces mesures sont surchargée de toutes nos peurs. Et de tellement de tout, tout est tellement entassé, les enfants, les mères, les pères, les vieux. Chacun se piétine dans l’autre. Chaque sac pèse une vie, chaque valise pèse tout ce qu’on a dû abandonner.

On a suivi un des flics du ghetto. Je n’en avais jamais vu avant, des juifs qui, en plus de l’étoile et d’une casquette à bande jaune, ont le privilège de la matraque.

J’ai supplié dieu de toutes mes forces puisqu’il est partout. Sauf que Dieu n’a jamais mis les pieds dans mon enfance. Il était tellement de partout qu’il était partout ailleurs.

Nous, les juifs, si on en est là aujourd’hui, c’est parce que toute l’Allemagne ne fait que son métier. Parce que derrière tout homme qui ne fait que son métier, il y a un nazi.

Pour moi, les barbelés ont toujours été l’ornement principal de la culture allemande.

En baissant les yeux, je fixe ma tristesse. Elle a la forme d’une petite bille translucide, couleur miel, un peu grasse et molle, pile entre le ventre et le sternum. Je la prends entre le pouce et l’index et j’appuie. Impossible de la crever.

Les assassins ne tuent pas pour supprimer une vie, ils tuent pour effacer un nom.

J’ai essayé de rester un homme. C’était le plus difficile.

Je ne crois pas qu’on se suicide. Je crois qu’on nous suicide. Je crois que la vie nous suicide.

Un passage où sont juxtaposés les phrases écrites sur les « petits bouts de papier »

L’aveugle marche, trébuche, part en avant, tombe, se relève. Et c’est tout dans le même noir

Derrière la fenêtre de sa cellule, il s’étourdissait du dehors

On dirait que le petit cherche ses yeux au fond de sa tasse

Il a failli s’effondrer mais il s’est souvenu de la haine

Il a trop parlé et s’est pris les pieds dans sa sagesse

J’ai compté, on peut mettre dix-neuf cercueils dans un corbillard

J’ai cru que c’était du chocolat, c’était de la boue sur ses lèvres

 Sur les toits, les cheminées sont muettes. Ces crétins ont peur que la fumée gèle, on m’a dit. Ignare comme un nazi citant Goethe

En se réveillant, il s’est ébroué entre deux morts. Juste pour être sûr qu’il était encore là.

Lu en juillet 2021

Publié dans Coups de coeur, Littérature francophone

« L’homme qui peignait les âmes » de Metin Arditi

Je vous préviens que ma chronique du jour ne saura peut-être pas à la hauteur du choc que j’ai éprouvé avec le livre dont je vous parle aujourd’hui, peut-être parce que mon vocabulaire est trop restreint ou mon émotion trop profonde :

Résumé de l’éditeur :

Acre, quartier juif, 1078. Avner, qui a quatorze ans, pêche avec son père. À l’occasion d’une livraison à un monastère, son regard tombe sur une icône. C’est l’éblouissement. « Il ne s’agit pas d’un portrait mais d’un objet sacré, lui dit le supérieur du monastère. On ne peint pas une icône, on l’écrit, et on ne peut le faire qu’en ayant une foi profonde ».

Avner n’aura de cesse de pouvoir « écrire ». Et tant pis s’il n’a pas la foi, il fait comme si, acquiert les techniques, apprend les textes sacrés, se fait baptiser, quitte les siens. Mansour, un marchand ambulant musulman, le prend sous son aile. C’est l’occasion d’un merveilleux voyage initiatique d’Acre à Nazareth, de Césarée à Jérusalem, puis à Bethléem, jusqu’au monastère de Mar Saba, en plein désert de Judée, où Avner reste dix années où il devient l’un des plus grands iconographes de Palestine.

Refusant de s’astreindre aux canons rigides de l’Église qui obligent à ne représenter que Dieu et les saints, il ose reproduire des visages de gens de la vie ordinaire, cherchant dans chaque être sa part de divin, sa beauté. C’est un triomphe, c’est un scandale. Se prend-il pour un prophète ? Il est chassé, son œuvre est brûlée. Quel sera le destin final d’un homme qui a osé défier l’ordre établi ?

Le roman de l’artiste qui, envers et contre tous les ordres établis, tente d’apporter de la grâce au monde.

Ce que j’en pense :

L’histoire commence en 1078 : alors que son père vient livrer à un monastère les poissons qu’ils ont pêchés tous les deux, Avner ressent un lorsqu’il voit pour la première fois une icône mais aussi en entendant les chants orthodoxes :

« On y voyait trois personnages assis, le regard baissé. Le fond de l’icône brillait comme de l’or, et il émanait des visages une expression de grande douceur. »

Il a alors quatorze ans, et tout va changer pour lui : il veut peindre des icônes, lui-aussi, au grand dam de son père.

Déjà, il avait ressenti de la fascination pour un papillon qu’il appelle le Roi des Rois qu’il aurait tant voulait dessiner, mais chez les Juifs, il est interdit de dessiner le monde, ce serait faire de l’ombre à Dieu de vouloir reproduire son œuvre.

Son père lui donne le choix : si tu veux représenter ainsi, tu quittes la maison et ne reviens jamais plus. Avner résiste devant cette manifestation d’intolérance qui le fait beaucoup réfléchir, mais, il décide de partir, suivre son destin.

Il va demander au père qui dirige le monastère, Anastase, de lui apprendre la technique, mais, il ne pourra pas dépasser le troisième niveau d’étude s’il n’épouse pas la religion orthodoxe, et donc être baptisé, ce qu’il accepte. Il reçoit alors le nom de « petit Anastase ». Mais, est-il sincère dans sa conversion, son Maître en doute mais ne laisse rien transparaître. Avner apprend ainsi qu’on ne dit pas peindre mas écrire une icône, car elle est issue d’une méditation, et non un simple dessin. On parle d’iconographe pour désigner ces hommes qui écrivent une icône.

La première qu’il écrit est une représentation de la vierge, à laquelle il a donné les traits de Myriam, la fillette qui a vécu avec lui durant l’enfance et l’adolescence (et que l’on va marier contre son gré bien sûr à un homme bien plus âgé).

Il va donc commencer son voyage initiatique, Acre, Mar Saba, et plus tard Capharnaüm, Bethléem, Jérusalem apprenant le Grec, les prières orthodoxes, retrouver les chants liturgiques qu’il aime tant, se frottant à la jalousie des autres moines parce qu’il est très doué, pour choisir le meilleur bois pour le support inventer des mélanges, pour créer de nouvelles couleurs, notamment un bleu azur qui va déclencher les hostilités.

Il est accompagné par Mansour, un marchand ambulant musulman qui va lui expliquer les principes de l’Islam et devenir son ami au fil du temps, il prie avec lui pendant les voyages, chacun dans « sa langue » et Mansour lui explique comment tourner sa natte vers la Kâba, baisser la tête par humilité…

Ce voyage que l’on peut qualifier d’initiatique va être une longue méditation, un long chemin pour comprendre ce que représente une icône, que l’on doit se débarrasser le l’orgueil au passage.

Je retiendrai une scène très forte, durant laquelle, Avner dont l’icône, a été choisie trois années par l’évêque, l’higoumène pour être précise, va être obligé de brûler tout son travail, toutes les icônes qu’il a écrites, car les autres moines les jugeaient blasphématoires, Avner se prenant pour Dieu lui-même selon eux. Après un jugement bâclé qui ne l’autorise à garder que celle représentant la Vierge sous les traits de Myriam. Mais sursaut d’orgueil, encore une fois, il va la brûler, elle-aussi avant de quitter le monastère.

J’ai beaucoup aimé, les échanges entre Mansour et Avner sur la religion (ce qui relie, n’oublions pas), sur les différences, et les similitudes, les intolérances de chacun vis-à-vis des autres. Et ce d’autant plus que les Croisés arrivent pour libérer le tombeau du Christ et pour cela se livrent aux pires exactions.

Les réflexions sur l’orgueil, la sagesse la charité sont approfondies, étayées. La fin tragique d’Avner témoigne de l’intolérance de toutes et la puissance du désir de destruction qui peut envahir si facilement tous les hommes, alors que les messages de paix ont tant de mal à être entendus.

J’aime ce genre de livres qui racontent une histoire, mais propose une réflexion profonde sur la vie, que l’on peut prendre au premier, deuxième ou xième degré comme on le voudra. On peut aussi préférer le côté voyage en Terre Sainte, si on préfère.

C’est une période de l’Histoire que m’intéresse depuis toujours, et l’évangélisation par la force me heurte au plus haut point. Toutes les religions ont du sang sur les mains, car l’interprétation du message originel a été « remaniée » par les hommes.

J’ai beaucoup pensé, au cours de ma lecture aux moines tibétains qui créent les mandalas, avec une patience infinie, une méditation dans l’action, et qui ensuite vont le disperser dans la rivière la plus proche, comme une ode à l’impermanence…

Tout est soigné dans ce roman, l’écriture, la couverture et le titre.

J’ai découvert Metin Arditi avec « Le Turquetto » pour lequel j’ai eu un immense coup de cœur et j’ai lu tous les livres qu’il a publié ensuite. J’ai le même plaisir de lecture que celui que je ressens en lisant les romans d’Amin Maalouf avec la révélation que fut pour moi « Léon l’Africain ». L’Orient me fascine qu’il s’agisse du Moyen-Orient ou de l’Extrême-Orient. Ils font partie des auteurs qui font rêver, comme les histoires qu’on pouvait nous raconter dans l’enfance.

Inspiré d’une icône attribuée à Théophane le Grec : « Le christ guerrier » mais il semblerait depuis une restauration de 2012 qu’il pourrait s’agir d’une autre personne, « illustre inconnu ».

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset. qui m’ont permis de retrouver un auteur que j’apprécie énormément avec son dernier roman. Il me reste à découvrir Juliette dans son bain et   Mon père sur mes épaules.

#Lhommequipeignaitlesâmes #NetGalleyFrance

Vous l’aurez compris ce roman est un coup de cœur. J’espère vous avoir donné envie de lire ce beau roman, car ma critique ne me satisfait pas totalement. En effet, chaque fois que j’ai un coup de cœur, je trouve ma prose tellement limitée et insuffisante que je préfère laisser l’émotion prendre la place.

L’auteur :

Écrivain francophone d’origine turque, Metin Arditi est l’auteur d’essais et de romans, parmi lesquels Le Turquetto (Actes Sud, 2011, prix Jean Giono) et, chez Grasset, L’enfant qui mesurait le monde (2016, prix Méditerranée), Mon père sur mes épaules (2017) et Rachel et les siens (2020). En 2019, il a publié le Dictionnaire amoureux de l’esprit français (Plon-Grasset).

Extraits :

Très vite, l’onctuosité du fromage, la douceur du sirop et la tendresse du fruit lui procurèrent une succession de plaisirs qu’il s’amusa à identifier, selon que c’était le fromage, le sirop ou le fruit qui caressait son palais.

A Acre, il restait une vingtaine de familles juives, regroupées au sud de la ville, au-delà des remparts. Les Fatimides toléraient leur présence… quand ils ne les dépouillaient pas.

Cette idée, aussi, de punir les enfants de ceux qui ne respectaient pas les commandements. Ils n’y étaient pour rien, les pauvres ! A l’évidence, le commandement avait pour propos de faire peur. Mais respecter par peur, était-ce respecter ?

… Fallait-il que les gens obéissent par crainte ? N’aurait-il pas été plus juste de leur faire confiance ?

Toutes ces histoires de miracles, de bonté, d’amour, de foi en l’homme que lui racontaient Thomas ou Anastase lui semblaient inventées pour faire autrement que les que les Juifs. Les Chrétiens voulaient paraître doux là où la Torah était intransigeante.

Pourquoi alors ne pouvait-il s’émerveiller des chants orthodoxes ? Parce qu’il était juif ? Cette obligation d’obéir à des lois ridicules, d’avoir le droit d’aimer ceci mais pas cela, de se couper de plaisirs délicats, de joies innocentes, au risque de voir son père exploser de colère, tout cela le révoltait.

L’iconographe l’amenait à franchir huit portes. Tant qu’Avner était juif, seules les trois premières portes lui seraient ouvertes. Pour franchir les suivantes, il lui faudrait embrasser la foi du Christ. Les iconographes étaient tous des moines qui consacraient leur vie à l’écriture des icônes. Devenir iconographe serait pour lui un bouleversement total.

Prier avec un Musulman si tu es Juif, prier avec un Chrétien situ es musulman, ce sont des actes de fraternité. Je suis sûr qu’ils plaisent au Tout-Puissant. Il se dira : voilà un homme de paix.

Pourtant, s’il n’y avait qu’un seul Créateur, ce sur quoi chacun s’accordait, tous les hommes devraient pouvoir s’adresser à lui d’un même élan. Cela relevait du simple bon sens.

Les animaux sont des créatures de Dieu qui gardent en elles toute la pureté de l’Esprit Saint. L’homme aussi est une créature de Dieu. Mais une bête qui accapare et manipule pour sa propre gloire, tu ne la trouveras jamais…

Comment vivre heureux sans connaitre l’exil ? Ce sont ses duretés qui (apprennent à comprendre les hommes et à les aimer.

Célébrer la joie de vivre sur Terre, œuvre de Notre Seigneur, est-ce trahir ? Si la vie terrestre est sacrée, n’est-il pas légitime de glorifier chez l’Homme sa part de divin ?

Être généreux, c’est prendre de la distance avec ce que l’on possède…

… Sais-tu ce que c’est qu’être orgueilleux ? C’est n’avoir aucune distance vis-à-vis de soi-même.

Notre religion dit la Loi. J’ai beau l’avoir abandonnée, sa rigueur et sa majesté m’impressionnent. La vie du Christ m’enseigne la charité, et l’Islam me rappelle l’importance de l’humilité et de la soumission.

L’étude du grec, les débats en monastère, l’intelligence aigüe d’Anastase, sa générosité, avaient permis à Avner d’accéder aux Textes, de les approfondir, d’en saisir l’immense sagesse. Mais ils lui avaient aussi donné l’occasion de n’être pas dupe de l’utilisation qui en était faite, lorsque l’ambition et la vanité se substituaient à la charité.

Lu en juillet 2021

Publié dans Non classé

« Un mariage en été » de Beatriz Williams

Comme je l’avais prévu, j’ai du mal à rédiger ma chronique sur le dernier livre de Metin Arditi : « L’homme qui peignait les âmes » (j’ai tellement de notes, de citations qu’il faut épurer !).  Je vais donc vous parler aujourd’hui d’un livre qui ne me posera pas de problèmes au niveau de la réflexion avec :

Résumé de l’éditeur :

Sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre se joue une passionnante histoire d’amour, de trahison, de quête de pouvoir et de rédemption.

Miranda Schuyler n’est qu’une adolescente lorsqu’elle découvre Winthrop Island, durant l’été 1951, à l’occasion du mariage de sa mère et du richissime Hugh Fisher. Plongée dans une vie légère et glamour faite de pool parties et de sorties au Country Club, Miranda est également fascinée par la communauté de pêcheurs portugais installée sur l’île depuis des générations, et notamment par Joseph Vargas, le fils du gardien du phare.

Mais les rapprochements entre les deux clans sont mal vus. Et alors que Miranda tisse des liens de plus en plus forts avec Joseph, un drame éclate qui va bouleverser le destin de chacun…

Dix-huit ans plus tard, c’est une Miranda accablée qui revient à Winthrop. Mais loin de lui apporter la paix qu’elle espérait, son retour va raviver des plaies laissées béantes. Quels lourds secrets planent sur cette île coupée du monde ? Miranda parviendra-t-elle à briser l’omerta ?

Ce que j’en pense :

Miranda Shuyler débarque pour la première fois sur Winthrop Island en juin 1951 pour assister au mariage de sa mère avec « le richissime » Hugh Fisher. Elle est accueillie par Isobel.

Il s’agit du deuxième mariage de sa mère, dont le premier mari, le père donc de Miranda, est mort sur le front, pendant la guerre, et c’est la même chose pour Hugh qui a divorcé d’Abigail, la mère d’Isobel. Mariage en grande pompe, départ pour le voyage de noces sur un yacht bien-sûr.

Mais, un drame va se produire et Miranda va quitter l’île pour n’y revenir que dix-huit ans plus tard. On a hâte de connaître le pourquoi du comment…

De sa fenêtre, Miranda aperçoit un pécheur en train de se noyer, et un jeune homme se porter à son secours. Il s’agit de Joseph Vargas. Les autres personnages, ne sont que des satellites pour corser un peu l’histoire, il faut bien qu’il y ait grands mariages, adultères, troussage de jupons sur les domestiques sinon …

Le découpage est intéressant, l’auteure raconte l’histoire sur les trois mois d’été, juin, juillet et août et pendant trois années essentielles :1930, 1951 et 1969 ; chaque partie consacrée à Bianca et Miranda autour desquelles tournent les autres personnages.

C’était une idée intéressante, du moins en théorie, car le statut des femmes a certes évolué entre les années trente et l’année où l’homme a marché sur la lune.

Hélas, on est dans les stéréotypes : les nantis d’un côté, qui viennent sur l’île uniquement l’été, qui ne font rien de leurs journées, à part picoler, et les insulaires, en général pauvres, qui vivent de la pèche. Bien-sûr, les rejetons mâles des premiers troussent les filles des seconds, mais ne se marient qu’entre gens de bonne famille…

J’ai trouvé dès le premier tiers du roman quel était le secret (les secrets ?) liant Bianca, Miranda, Isobel (insupportable cette femme, je dirai même plus horripilante) et le beau Joseph. Je suis allée au bout, uniquement pour savoir si j’avais raison, en comptant les pages qui restaient.

J’ai choisi ce roman, car j’avais besoin, encore un peu, de lectures faciles mais là, c’est le summum, on a même droit au milieu des stars, starlettes de cinéma avec des comportements à la Weinstein, et imaginer ces bourgeois oisifs tenter de regarder l’alunissage (qu’ils s’obstinent à qualifier atterrissage !) à la télévision, coupes de champagne à la main, c’est drôle mais affligeant. Ils avalent le champagne, comme le commun des mortels boit de l’eau, à n’importe quelle heure de la journée, et vomissent tout aussi allègrement.

Ils sont désabusés car leurs parents ont été des héros ou ont construit un empire et qu’il ne leur reste rien pour faire quelque chose de leur vie…

Heureusement, il y a quelques bouffées d’air pur dans ce roman, des citations de Shakespeare, notamment « La tempête » … sinon, je ne parlerai pas de l’écriture les extraits que je vous propose ci-dessous sont éloquents. On va dire que c’est une erreur de casting et passer illico presto à la lecture suivante!

En fait, la rédaction de cette critique est assez jouissive, j’ai retrouvé ma tendance à l’ironie et à la dérision (et aussi l’autodérision !). Les quelques neurones qui avaient survécu aux confinements covidiens ont dû se reconnecter et je pense même que d’autres se sont réveillés, car je retrouve mes centres d’intérêt habituels. OUF !  

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#BeatrizWilliams #NetGalleyFrance

5/10

L’auteure :

Beatriz Williams est née en 1972 à Washington. Après une carrière dans le conseil financier, elle s’est tournée vers l’écriture de romans historiques, publiés sous le nom de Juliana Gray. Après L’Été du cyclone vient la série des sœurs Schuyler : La Vie secrète de Violet Grant, Les Lumières de Cape Cod et Une maison sur l’océan et Un mariage en été, son cinquième roman publié aux éditions Belfond.

Extraits :

Ah, les parfums de l’enfance ! Même quand cette enfance a été courte et amère et s’est terminée en catastrophe, un horrible désastre, on se rappelle encore de ces petits bonheurs avec une langueur douloureuse.

Plus âgé que moi. Peut-être pas tant que ça, mais quand même. Pas un garçon, mais un adulte, un homme qui travaillait pour gagner sa croûte, alors que je n’étais encore qu’une enfant, je venais juste de finir ma scolarité. Dix-huit ans au mois de février. Dix-huit ans, mais huit ans dans ma tête, aussi naïve et inexpérimentée qu’un chaton.

A l’époque, maman était quelqu’un d’enfantin, et je le dis comme un compliment. Bien sûr, elle était intelligente, mais elle avait cette innocence si particulière, comme un petit agneau, et, avec la mort de mon père, cette innocence était probablement trahie pour la première fois.

C’est tellement chouette d’avoir de l’argent. Je ne sais pas comment je ferais sans. Je serais obligée de travailler ou un truc comme ça, sûrement a-t-elle dit en bâillant. Sauf que je suis comme papa, je ne sais rien faire, à part faire de la figuration et la conversation.

Ça semble peut-être ennuyeux à mourir pour vous et moi, je sais, mais au moins il faisait quelque chose, non ? Il gagnait sa vie au lieu de dépenser la fortune familiale en restant oisif.

Nous avons échangé les politesses d’usage. Livy et sa mère étaient très gentilles, très jolies, comme deux belles boules de glace vanille ; la jeune fille portait une robe semblable à une meringue au citron. Je me souviens avoir pensé qu’elles semblaient totalement inoffensives, dénuées de crocs et de serres.

Épouser les fils de bonne famille qu’on n’aime pas vraiment, avoir des enfants que l’on ne veut pas vraiment. Je te le dis, je ne le supporte plus. Je vais exploser…

Quand tu as tout raconté, Miranda, quand tu as parlé à la presse, ça, c’était le véritable crime. Tu sais, assassiner quelqu’un c’est une chose mais en parler aux journalistes ?

Lu en juillet 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Hysteria » de Beth Draven

Après avoir été conquise par « L’oubliée » de Florian Dennisson, j’ai eu envie de tenter à nouveau ma chance avec les éditions « Chambre Noire » avec ce roman dont le titre a immédiatement attiré mon attention ainsi que la belle couverture d’ailleurs :

Résumé de l’éditeur :

Seattle. Parc Kerry. Une jeune femme se réveille sans aucun souvenir. Elle en a oublié jusqu’à son propre nom et la raison pour laquelle elle est couverte de sang, ni même à qui il appartient…

Recueillie à l’hôpital, madame X trouve son seul allié en la personne de l’étrange Dr Scott, un neurologue du service de psychiatrie qui semble pourtant ne plus avoir le droit d’exercer.

Quand la police tente d’enquêter sur les circonstances troublantes de sa découverte, l’un des hommes les plus puissants de la ville lui rend enfin son identité en clamant être son mari. Pourtant, de nombreuses zones d’ombres demeurent et des images pleines de violence refont soudain surface et assaillent son esprit.

Simples cauchemars ou souvenirs réels ?

Ce que j’en pense :

Une jeune femme erre, hagarde, couverte de sang dans le parc Perry à Seattle. Un joggeur s’arrête et tente de l’aider et d’appeler les secours. Elle a complétement perdu la mémoire, jusqu’à son nom. A l’hôpital, elle est examinée par plusieurs médecins, dont un dénué de toute empathie la traite de haut, alors que le docteur Scott, neurologue, la prend au sérieux, mais il est hanté par ses démons et a sombré dans l’alcoolisme après une « erreur médicale » qui l’a envoyé pratiquement au placard.

Après avoir subi des examens qui ont conduit au diagnostic d’amnésie rétrograde, le Dr Scott consent finalement à la prendre en charge alors que son collègue veut l’envoyer dans un foyer car elle est forcément sans papiers ou cas social et aux USA on est soigné uniquement si on peut payer ! il l’appelle « Madame X » c’est plus simple n’est-ce pas ?

Un homme surgit et explique que c’est sa femme, donc Olivia Reeds. Étant donné qu’il possède la moitié de Seattle et qu’il est richissime, cela change les choses évidemment.

La police fait son entrée en scène, avec l’inspecteur Ted Warren accompagné de son coéquipier, car Olivia était couverte de sang, donc il y a forcément un cadavre quelque part.

On va suivre l’évolution d’Olivia, son retour à la maison, la relation qui se met en place avec son époux Bradley Reeds : est-elle amoureuse de lui, est-il dangereux ou sincère dans les sentiments qu’il dit ressentir pour elle ? Qui est-elle vraiment ?

Elle va être aidée dans sa quête d’identité par le Dr Daniel Scott qui n’a plus aucune estime de lui-même, et les scènes décrivant son éthylisme sont parfaitement décrites et m’ont fait penser aux scènes de delirium tremens dont est victime le personnage incarné par Yves Montand et dont j’ai oublié le nom dans « le cercle rouge » qui voit des insectes partout !

L’inspecteur Warren qui suspecte une simulation ne la lâche pas d’une semelle alors que Brad essaie de la protéger, n’est pas au bout de ses surprises. Mais chut ! ne divulgâchons pas !

Ce thriller est passionnant, il m’a été impossible de le lâcher, car il y a beaucoup de rebondissements. Beth Draven explore à merveille l’amnésie, la simulation, la maladie mentale, les cauchemars terribles que fait Olivia, réminiscences du passé qui veut revenir ou simplement reflets de son désarroi ?

Beth Draven multiplie les rebondissements dans ce thriller, en explorant au passage, l’enfance brisée, la violence dans les familles, la haine, les dégâts que cela entraîne plus tard et également la capacité ou non de résilience de l’être humain. La relation de confiance qui s’installe entre le Dr Daniel Scott et Olivia Reeds peut-elle les aider tous les deux à reprendre leur vie en mains.

J’ai beaucoup aimé ce roman, je me suis retrouvée dans un univers que j’aime particulièrement, la maladie mentale, et cette enquête bien menée, pleine de surprises m’a donné envie de lire sa trilogie « Stalking ». Je ne connaissais pas les éditions Chambre Noire,   je les ai découvertes avec un autre de leurs auteurs Florian Dennisson.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Chambre Noire qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#bethdraven #NetGalleyFrance

8,5/10

Pour demain, je vous réserve un roman magnifique et j’espère que ma chronique sera à la hauteur…

L’auteure :

Beth Draven, lilloise de 37 ans, maman de deux petites filles, travaille également dans le secteur public où elle est spécialisée dans la gestion des relations sociales.

Passionnée depuis l’enfance par l’écriture, elle a acquis au fil des années toute la discipline, la rigueur et l’équilibre créatif nécessaires à l’achèvement de sa première série : « Stalking » composée de trois romans publiés en 2018.

Extraits :

Daniel sourit, et se surprend lui-même de cette réaction : cela fait si longtemps qu’il ne se l’autorise plus. Il marque à la hâte quelques informations sur « mademoiselle ». Il s’étonne de retrouver aussi facilement ses réflexes d’antan, comme s’il était toujours le bon docteur qu’il a été. Seuls ses mains qui tremblent et ses yeux qui piquent lui rappellent sournoisement qu’il n’a du médecin que le titre ; il n’est plus rien, rien qu’un déchet ambulant…

Mon cœur tambourine à l’approche de la grande révélation, quelle étrange sensation que d’être sur le point de découvrir son propre reflet. Et si j’étais affreuse, repoussante ? Cela expliquerait pourquoi j’attends en vain la venue d’un proche.

Un air candide et réservé est peint sur mon visage et inspire immédiatement de la bonté, pourtant je ne me sens pas intérieurement vertueuse et cette impression me décontenance…

Daniel sourit, bien que légèrement amer, car durant des siècles, des patients victimes d’amnésie ont été systématiquement diagnostiqués hystériques, recevant ensuite pendant des mois des doses importantes de psychotropes, provoquant souvent des dégâts irréversibles pour leur cerveau. Heureusement, aujourd’hui, les progrès de la science permettent de mieux comprendre les mécanismes déclenchant la perte de mémoire et afin d’éviter de véritables drames…

Personne ne peut comprendre tant qu’il n’a pas été confronté à une mort certaine. L’instinct de survie se développe et il ne lâche rien, il se bat, se fout des règles, des conséquences. Cette force qui surgit au fond de vous ne veut juste pas mourir.

Les enfants de psychopathes sont-ils condamnés à répéter les mêmes erreurs que leurs parents ?

Lu en juillet 2021

Publié dans littérature USA, Romance

« Un été à Nantucket » d’Elin Hilderbrand

Place à la romance aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Le roman bouleversant d’un été américain emblématique.

Chaque année, les enfants de la famille Levin attendent l’été avec impatience pour retrouver la maison de leur grand-mère sur l’île de Nantucket. Mais en cette année 1969, rien ne se passe comme prévu.

Le seul garçon, Tiger, est appelé pour rejoindre l’armée des États-Unis au Vietnam. Blair, l’aînée, est enceinte de jumeaux et ne peut pas voyager. Recluse à Boston, elle se débat avec ses doutes au sujet son mari. Kirby, la cadette, qui a vécu une année difficile, entre son engagement pour les droits civiques et ses amours compliqués, décide de changer d’air et part travailler sur l’île voisine de Nantucket, Martha’s Vineyard. Jessie, la benjamine, se retrouve seule entre sa grand-mère, figure de la haute société de l’île, qui lui impose ses règles vieux-jeu, et sa mère, en proie au désarroi le plus profond depuis le départ au front de son fils.

Cet été 1969 sera pour toutes ces femmes celui de la résilience et du renouveau.

Ce que j’en pense :

L’été est arrivé et comme chaque année la famille se retrouve à Nantucket, station balnéaire du Massachusetts, grande rivale de Martha’s Vineyard, où l’on ne rencontre que le gratin de la société américaine de l’époque.

On fait la connaissance d’Exalta Nichols, la grand-mère attachée aux principes éducatifs de son époque qui règne en impératrice sur « sa maison » : elle seule a droit à l’air conditionné, les autres n’ont qu’à suer en silence…

Elle accueille sa fille Kate, dont le premier mari, Wilder Foley, s’est suicidé peu après son retour de la guerre de Corée et qui s’est remariée, au grand dam de sa mère, avec David Levin qui a le défaut d’être juif par Exalta. Et surtout, Wilder était un homme au-dessus du lot, héros de guerre donc sans défaut pour sa mère.

Elle a eu trois enfants de son premier mariage : Blair, étudiante brillante, professeur de lettres à l’université, spécialisée dans l’œuvre d’Edith Wharton, qui a épousé Angus, un astrophysicien perdu dans ses calculs, adepte de la femme au foyer, enceinte jusqu’aux yeux de jumeaux et qui ne pense qu’à manger et dont on imagine aisément le surpoids.

Sa seconde fille, Kirby, la rebelle de la fratrie, a une vie plus compliquée ; fascinée par les discours de Martin Luther King, elle se rend aux manifestations pour la paix, ce qui lui vaudra d’être arrêtée par un policier véreux et pervers. Cette année elle a décidé de fausser compagnie à la famille et de travailler dans l’île voisine et rivale de Martha’s Vineyard où elle va rencontrer Darren, un jeune étudiant Noir brillant dont elle tombe amoureuse. Elle réussit à se faire embaucher dans l’hôtel chic où descendent toutes les célébrités.

Ensuite, nous avons l’unique fils de Kate, Tiger qui a été envoyé au Vietnam. Il est content d’aller défendre son pays, alors qu’il aurait pu échapper à l’enrôlement en continuant ses études.

Enfin Jessie, fille que Kate a eu avec son deuxième mari, à l’aube de ses treize ans qui doit se rendre tous les matins au cours de tennis de la bourgeoisie sous peine de punition, on peut faire confiance à la matriarche, marâtre, pour trouver des idées…

Jessie découvre les premiers émois de l’adolescence avec Pick, un garçon un peu plus âgé qu’elle qui habite avec son grand-père pour l’été dans une dépendance de la maison ; elle raconte son ressenti à Tiger avec lequel elle échange des lettres.

On va suivre les péripéties de cette famille bourgeoise, obsédée par le qu’en dira-t-on, pendant cet été 1969, quelques mois après l’assassinat de Martin Luther King puis celui de Robert Kennedy. La famille Kennedy avait suscité beaucoup d’espoir notamment chez les jeunes qui désiraient la fin de la guerre. En fait, on connaît bien Martha’s Vineyard parce que c’est la résidence d’été des Kennedy.

On assiste à la descente aux enfers de Kate qui ne supporte pas que Tiger risque sa vie au Vietnam et passe son temps à boire, indifférente aux tourments adolescents de Jessie et peu à peu elle va prendre de la distance par rapport à Exalta et lui ouvrir les yeux sur la vraie personnalité de son premier époux.

Une preuve de la délicatesse et la tolérance d’Exalta : elle inscrit sa petite-fille au club de tennis sous son nom à elle ; Levin ce n’est pas assez bien et prouve son antisémitisme pour Jessie.

J’ai choisi ce roman, un peu pour m’évader, et surtout parce que j’aime beaucoup la fin des années soixante, et 1969 avait tout pour me plaire avec ses bouleversements, la société qui veut changer et rompre avec les brides du passé, sur fond de racisme et d’antisémitisme, alors que la génération d’Exalta est attachée aux valeurs bourgeoises de la famille et du sacrifice des femmes : quand on est trompée, on ne dit rien, on serre les dents et on avance et tant pis si on gâche sa vie. En arrière-plan, on a la musique avec le concert de Woodstock qui approche, sans oublier bien-sûr les premiers pas sur la lune. On devine aisément que c’est Angus qui est aux manettes, enfin aux calculs.

A ce propos, l’auteure a eu une idée sympathique : chaque chapitre a pour titre une chanson de l’époque, ce qui donne envie de ressortir nos vieux disques (vinyle bien-sûr !) « those were the days my friend, we thought they’d never end » « The answer, my friend, is blowin’ in the wind », « suspicious Minds »

Dans le roman, Elin Hilderbrand fait intervenir Ted Kennedy et son accident de voiture de Chappaquiddick qui a coûté la vie à Mary-Jo Kopechne dans des conditions suspectes qui ont fini par lui coûter sa carrière politique, du moins son désir d’accéder à la présidence.

J’ai aimé retrouver cette époque, certes et cette histoire familiale commençait plutôt bien, mais le récit a fini par tourner à l’eau de rose et on se retrouve dans Dallas ou les feux de l’amour. « Nantucket, ton univers impitoya-a-a-ble glorifie la loi du plus fort… »  Je préfère les récits consacrés à la ségrégation ou au racisme de l’Amérique profonde, à ce monde de nantis, qui est constamment dans le paraître, les privilèges…  

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et la plume de son auteure. C’est une bonne lecture d’été, les orteils en éventails sur la plage, ou dans le jardin sous un pommier. Elin Hilderbrand tenait un sujet intéressant elle aurait pu creuser davantage au lieu de rester dans les clichés.

#UnétéàNantucket #NetGalleyFrance

6/10

L’auteure :

Après avoir travaillé dans l’édition, Elin Hilderbrand se lance dans l’écriture en 2000. Depuis, ses romans ont été des bestsellers du New York Times de nombreuses fois. Elle vit à Nantucket.

Extraits :

J’ai eu du mal à trouver, mais voici quelques extraits significatifs:

Tant de gens sont morts à All’s fair que Jessie a du mal à croire que la maison n’est pas hantée. Cela dit, Jessie ne verrait pas Exalta tolérer la présence d’un fantôme – ou un fantôme supporter Exalta. La maison a toujours la même odeur : elle sent le vieux et la poussière, comme un musée.

Sa mère a grandi à une époque où les jeunes femmes devaient simplement s’accommoder de maris infidèles. Mais, nous sommes en 1969et Blair ne le tolérera pas.

Après vingt et un ans à nager à contre-courant – remettre en cause l’autorité, se rebeller contre les règles et prendre de mauvaises décisions – Kirby est surprise de découvrir que l’ordre, le calme et la routine sont ses aspects préférés du travail de réceptionniste au Shiretown Inn.

Ça y est. Blair est submergée d’émotion. Elle va avoir un bébé, deux bébés. Elle est sur le point de créer une famille, juste ici, maintenant, le 16 juillet 1969, le même jour où l’homme se dirige vers la lune. Angus doit être absorbé par le lancement imminent de la fusée, à vérifier et revérifier des calculs, en communication constante avec Cape Kennedy…

Qu’attend-elle de la vie ? Il faut qu’elle mette ses peines de cœur et ses désillusions derrière elle et qu’elle se forge une vraie identité. Elle redeviendra la personne qu’elle était le matin de sa première manifestation, quand elle a enfilé son t-shirt tie & dye avec un signe de paix et fermé ses bottines en daim à franges. Cette femme-là était passionnée, maîtresse d’elle-même et avait confiance en elle.

Lu en juillet 2021

Publié dans Littérature française, Polars

« L’oubliée » de Florian Dennisson

En attendant la mise à jour de mes chroniques (cela ne devrait plus tarder, du moins je l’espère), je vous propose un petit détour par le monde de la « Polardie » aujourd’hui avec ce livre en accès libre sur NetGalley :

Résumé de l’éditeur :

Une jeune fille disparaît sans laisser aucune trace. Onze plus tard, elle réapparaît mystérieusement.

À l’époque, l’évènement tragique met en émoi toute la région et Maxime Monceau, alors jeune gendarme, s’en souvient encore. Aujourd’hui adjudant-chef, il est affecté à l’enquête et doit tenter de répondre aux nombreuses questions qui entourent l’affaire. Qu’a subi Victoria Savigny pendant ces onze années ? Où était-elle ? D’autres filles sont-elles en danger ?

Les heures tournent, le kidnappeur court toujours et à la progression difficile de l’enquête en raison de l’ancienneté des faits, s’ajoute l’arrivée massive de journalistes en quête de scoops que le retour inespéré de la jeune femme a attirés.

Désormais spécialiste du langage non verbal, Maxime saura-t-il décrypter l’étrange récit de la jeune femme pour retrouver le ravisseur et sauver les potentielles autres victimes ?

Ce que j’en pense :

J’ai eu la chance de découvrir ce roman en avant-première, en accès direct via NetGalley et cela a été une grande et bonne surprise. Le résumé était prometteur, la couverture intrigante à souhait, alors pourquoi hésiter ?

Victoria Savigny a disparu, il y a onze ans. Les recherches ont été peu à peu abandonnées devant l’absence d’indices et l’enquête supplantées par une autre affaire tristement célèbre, qu’on a appelé « la tuerie de Chevaline ».

Chaque année, à la date anniversaire, la mère de Victoria a reçu une lettre cruelle :

« Madame, votre fille va bien. Cette année encore, elle fêtera son anniversaire en ma compagnie. Ayez une pensée pour elle, car vous ne la reverrez jamais. »

Victoria réapparait brusquement ; après avoir échappé à son ou ses ravisseurs, une course effrénée en forêt, elle est prise en stop par un pervers, elle provoque un accident de la voie publique, et se retrouve sous les projecteurs les gendarmes. Elle va leur raconter son histoire, ce qui lui est arrivé il y a onze ans.

L’interrogatoire est réalisé par l’adjudant-chef Maxime Monceau, qui revient juste d’un burn-out, adepte du langage non verbal, corporel alors que son binôme Boris ne jure que par les méthodes classiques. Inutile de préciser que les deux hommes ne s’entendent guère (doux euphémisme).

Victoria retrouve ses parents, mais le retour est étrange, le père refusant de la reconnaître alors que la mère l’accueille à bras ouverts. On se rend vite compte que la famille est spéciale, religieuse, limite sectaire et que tout est loin d’être simple.

J’ai bien apprécié Maxime, sa fragilité, son enfance brisée, dans une famille toxique sectaire elle-aussi et à laquelle il a échappé autrefois, ce qui fait remonter des souvenirs qu’il aurait préférés enfouis à tout jamais. Après son burn-out il a été sommé de consulter une psychiatre. Son binôme Boris, hyper-rigide, avide de reconnaissance, un peu paranoïaque sur les bords, lui mène la vie dure. J’ai appris beaucoup de choses sur la synergologie et son utilisation dans les techniques d’interrogatoire.

Florian Dennisson maîtrise très bien son sujet notamment lorsqu’il évoque le comportement de Maxime: alors que cette enquête fait remonter les traumatismes de son enfance, ce qui pourrait l’amener à perdre sa lucidité, Maxime parvient à rester professionnel.

Cette brigade de gendarmerie est intéressante, la lieutenante cheffe semblant parfois dépassée, les autres binômes sont un peu en retrait, à part Emma ancien binôme de Maxime qui est motivée. On sourit, au passage, en entendant les moqueries des autres collègues qui traitent Maxime de « mentaliste » On note aussi la présence de la presse à scandale qui veut surfer sur l’histoire de Victoria, n’hésitant pas à utiliser les moyens de corrompre pour avoir la meilleure information. On pense bien-sûr à l’histoire de Natascha Kampusch.

Il s’agit du deuxième épisode des aventures de Maxime mais il faut reconnaître qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu premier, « La liste » pour suivre cette enquête passionnante, pleine de rebondissements et ce jusqu’à la dernière ligne.

C’est la première fois que je lis un polar de Florian Dennisson et j’ai A. DO. RE. Je l’ai lu quasiment en apnée, impossible de le lâcher, car il a tout ce que j’aime dans ce genre littéraire : une histoire compliquée, des personnages parfois ambigus, ou carrément déjantés, des policiers un peu fracassés par la vie du style Sharko ou Martin Servaz. Je vais me procurer « La liste » de ce pas.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Chambre Noire qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur que j’ai hâte de retrouver.

#floriandennisson #NetGalleyFrance

https://www.chambre-noire-editions.com/blog/

8,5/10

L’auteur :

Né à Annecy en Haute-Savoie, Florian Dennisson quitte les bancs de la fac pour se consacrer à sa première passion : la musique. Il écumera – et les écume toujours – les salles de concert de France, d’Europe, du Royaume-Uni et même des États-Unis, avec pour compagnon fidèle : l’écriture.

Fervent adorateur du personnage du Poulpe, c’est avec « Téléski qui croyait prendre » qu’il franchit le pas et vient à bout de son premier roman. Également à l’aise avec la langue de Shakespeare, il traduit de l’anglais une collection de cinq romans de l’écrivain culte américain, Howard Phillips Lovecraft. Le virus est désormais en lui et il ne compte pas s’arrêter là, car si jamais un jour lointain sa guitare lui paraît trop lourde, son stylo sera, quant à lui, toujours aussi léger qu’une plume jusqu’à son dernier souffle.

On lui doit notamment : « La liste », « Un étrange voisin », « Machinations »…

Extraits :

Ce n’était pas écrit noir sur blanc ni de façon officielle, mais Maxime savait très bien que le fait qu’on lui ait « conseillé » de consulter était bien preuve que quelqu’un dans la hiérarchie en avait décidé ainsi et voulait s’assurer que l’adjoint Monceau se tienne tranquille et respecte ses engagements de gendarmes.

On rentrerait trop tard pour un dernier baiser, une dernière tendresse, et on se lèverait encore bien trop tôt pour espérer profiter des derniers instants de calme en famille. A croire qu’on était marié avec ce boulot, avec la gendarmerie. Pas étonnant que les flics baisent entre eux ; il n’y a bien qu’un autre flic pour supporter une vie pareille.

La gorge de son frère se serra. Les griffes froides de la culpabilité lacérèrent ses entrailles. Avait-il été lâche de tout quitter comme ça ? D’abandonner sa mère et sa sœur à leur propre sort ? Il était jeune, elle était majeure, qu’est-ce qu’il aurait bien pu faire d’autre ? Il n’en pouvait plus de cette vie qui les détruisait tous à petit feu. Maxime se repassa les mots du Dr Catarini. C’était leur père qui les avait enrôlé dans cet enfer alors qu’il avait à peine quatre ans, lui n’y était pour rien. Il était simplement victime, au même titre que sa mère et sa sœur.

Maxime avait horreur qu’on réduise la maîtrise de sa discipline à un vulgaire tour de passe-passe, mais il savait qu’Emma n’était pas de ceux qui dénigraient la synergologie, bien au contraire. Elle avait pour habitude de lui envoyer des piques dans des tentatives espiègles de le faire réagir. Il dissipa ses pensées en secouant la tête vigoureusement.

Lu en juillet 2021

Publié dans Cogitations

Quelques news en passant…

Comme vous avez pu le constater, je ne suis pas très présente ces derniers temps.

J’ai à nouveau du mal à me concentrer et ma motivation est un peu en berne, d’où le retard dans mes chroniques. J’arrive encore à lire donc tout n’est pas perdu.

J’ai une énorme poussée du trio habituel : douleurs, fatigue chronique, insomnies… J’ai l’impression d’être revenue cinq ans en arrière, comme lorsque j’étais sous morphine (j’en aurais eu à portée de main je pense que je l’aurais prises. Dieu merci…(entre nous le tramadol à haute dose ce n’est guère mieux! maladie à la C…

Je vais vous présenter mon nouveau compagnon, découvert par hasard, via la presse qui me fait beaucoup de bien, d’où le petit regain de punch: il s’appelle Remedee.

il s’agit d’un bracelet stimulation la production d’endorphines, pour lequel une expérimentation va démarrer mais 150 personnes seront retenues sur toute la France (on doit être à 400 candidats sinon plus) donc ma rhumatologue m’a conseillé de l’acheter.

Il faut faire au moins 3 séances de 30 minutes par jour (jusqu’à 5) et l’appareil est relié à une application qui enregistre tout cela. Cerise sur le gâteau on a des entretiens de 60 min en moyenne J15 J30 J45 en gros et on peut contacter la personne référente quand on veut.

Miracle: en l’espace de15 jours, mon sommeil s’est considérablement amélioré (nombre considérable de micro-réveils à la PSG et 2 cycles de sommeil par nuit seulement 3h en gros, au départ) je suis actuellement à 2 réveils mais je me rendors au lieu de rester un cycle entier réveillée et ma liseuse pour passer le temps.

C’est considérable car j’ai pu enlever certains médicaments et l’amélioration au bout de 2 mois est toujours présente. Pour la fatigue et les douleurs il va falloir du temps mais j’étais prévenue au départ. Je fais 4 séances par jour. Le niveau de stress a énormément baissé.

Je lis moins parce que je dors plus, j’ai beaucoup de retard dans mes chroniques et dans la lecture des vôtres mais j’ai gardé les courriels pour rattraper mon retard…

Voilà à quoi ressemble mon bracelet et le site de la société qui le fabrique (qui est près de chez moi en plus!) :

https://remedeelabs.com/fr/

Les photos ne sont pas terribles car je viens de changer de smartphone (au bout de 4 ou 5 ans de bons et loyaux services il a rendu l’âme)

Mes chroniques à venir :

Excellent week-end à toutes et à tous !