« Le chef-d’œuvre d’Honoré de Balzac » de Julien Spiewak

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu la chance de recevoir grâce à Masse Critique organisée par Babelio, connaissant mon « amour » pour Balzac, il était impossible de résister à la tentation, alors quand la nouvelle est tombée (le courriel en fait) j’ai rugi de plaisir :

Résumé de l’éditeur :

Après lecture du Chef-d’œuvre inconnu d’Honoré de Balzac, Julien Spiewak est stupéfait ! Non seulement tout « parle » au photographe dans ce conte fantastique de Balzac, mais certaines phrases – qu’il s’empresse d’annoter – semblent avoir été écrites pour lui, se référant au plus près aux images qu’il a déjà réalisées pour sa série de photographies Corps de style.

Dans la première partie de ce catalogue monographique, des doubles pages proposent à chaque fois une citation de Balzac, extraite du Chef-d’œuvre inconnu, et une photographie que l’artiste a réalisée dans un musée en associant des œuvres d’art et une partie du corps humain. Dans la seconde partie, Julien Spiewak publie la reproduction du texte complet de Balzac, avec ses annotations dans la marge.

Dominique Baqué voit en Julien Spiewak « la version heureuse de Frenhofer, le vieillard fou et suicidé ». Car là où Frenhofer échoue, Spiewak réussit à insuffler la vie dans l’art, et d’une double façon : en revivifiant le texte de Balzac, avec lequel il entre en écho et noue de surprenantes affinités électives, et en faisant revivre intérieurs de style et espaces muséaux avec ses corps de chair.

Ce que j’en pense :

Ce livre nous propose une idée magnifique : illustrer grâce à des photos, la nouvelle d’Honoré de Balzac.

Dans la première partie du livre, l’auteur a choisi de présenter les photographies sur la page de droite et une citation tirée de la nouvelle sur la page de gauche, utilisant des clichés de sa série Corps de style. Il visite les musées durant la journée et revient photographier les œuvres d’art : peintures, sculptures, tissus… toujours en incorporant un élément du corps, pour coller au mieux au texte.

 Dans la deuxième partie, il nous propose une belle version de la nouvelle de Balzac qu’il a annotée, surligner car il part du texte et l’illustre d’une photographie, avec un travail très minutieux : il surligne en vert, les points importants du texte de Balzac et en orange les citations pour les photos « Corps de style », tout en ajoutant des commentaires…

Ce livre est absolument magnifique, c’est un objet d’art, préfacé de manière magistrale par Dominique Baqué qui nous rappelle au passage le thème de la nouvelle : un jeune peintre qui n’est autre que Nicolas Poussin, vient rendre visite à un maître, Probus, et dans l’escalier il croise un vieux peintre Frenhofer qui s’acharne sur un tableau « La belle Noiseuse » à la recherche de la perfection… il se livre à une critique acerbe des tableaux de Probus qu’il juge sans âme.

Pour Dominique Baqué, du fait de son côté perfectionniste, Spiewak est un Frenhofer qui aurait atteint son but… voici ce qu’elle écrit :

Frenhofer apparaît en fait comme l’emblème du génie fou, qui s’égare dans une quête démiurgique de l’absolu, voulant dérober le secret de Dieu, si ce n’est en devenir le rival. Car, représenter, pour Frenhofer, c’est créer. Donner la vie, au sens quasi littéral du terme.

Comme je le disais en préambule, après l’exultation liée à l’obtention du livre, la joie d’ouvrir le paquet et la découverte, une question s’est posée : comment rédiger une chronique à la hauteur ? côté perfectionnisme je suis imbattable, comme l’auteur ! C’est très difficile de parler d’un tel livre, tant la beauté nous subjugue, il faudrait des superlatifs à chaque phrase. Ce magnifique objet d’art m’a donné envie de me précipiter sur la nouvelle de Balzac car je voulais la découvrir sans les annotations, les interprétations de l’auteur. Je vous en parlerai demain…

Julien Spiewak a eu la délicate attention de joindre à son livre un superbe marque-page, (format carte postale, en fait) dédicacé. Ce fut un très beau cadeau de Noël et si l’art, la photographie, et le texte vous attirent, surtout n’hésitez pas, c’est une belle aventure qui vous attend. Un dernier conseil, pour la route : aller visiter son site Internet.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Espace L qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteur dont on peut apprécier le travail sur le site: https://www.julienspiewak.com/

Je vous conseille également l’excellente chronique: https://clesbibliofeel.blog/2022/01/04/julien-spiewak-le-chef-doeuvre-inconnu-dhonore-de-balzac/

Lu en janvier 2022

« Sphère » de Florent Rigout

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, un OVNI que j’ai choisi pour le titre et pour faire la connaissance avec les éditions L’alchimiste, et le jeu valait la chandelle. Ce fut un petit moment de détente tandis que j’étais plongée dans la lecture de « La plus secrète mémoire des hommes » :

Résumé de l’éditeur :

Lieutenant au Service des violences domestiques, Franck Bassa est soudainement catapulté sur une affaire de meurtre, celui d’un physicien du SNOLAB, le célèbre Centre d’études sur les neutrinos.

Le flic retrouve vite ses vieux réflexes. Armé de méthodes peu conventionnelles, en proie à son passé et en quête de rédemption, il plonge dans cette enquête obscure.

Pourquoi avoir tué ce physicien ? Sur quoi portent réellement les recherches du SNOLAB ? Pourquoi des sbires d’une multinationale tentaculaire le pourchassent-ils ?

Et pourquoi un gamin se découvre-t-il subitement surdoué, écrivant sur les murs des équations dignes des plus grands mathématiciens du monde ?

Noyé au milieu de la Physique de l’Intelligence Artificielle, Franck Bassa s’enfonce dans la plus folle enquête de sa vie, prêt à tout pour découvrir le lien qui unit tous ces mystères.

Ce que j’en pense :

Franck Bassa, lieutenant dans une unité chargée des violences domestiques, où il se morfond, se trouve catapulté sur une scène de crime : un physicien de la société SNOLAB, qui étudie les neutrinos, a été retrouvé mort, assassiné. Le collègue qui travaillait avec lui a pris la fuite.

Curieusement, le directeur du centre de recherches a décidé de renvoyer tout le personnel… Alors que Franck l’arrête chez lui, en train de faire ses valises, et le ramène au commissariat, il est assassiné en pleine rue, au nez et à la barbe de Franck, persuadé de tenir le coupable.

Inutile de dire que sa supérieure le renvoie à son poste, mais une jeune femme, Emma, l’aborde et tente de se rapprocher de lui, sous prétexte qu’elle devait avoir un entretien dans la société. Espionne ? On plonge alors dans le domaine des mathématiques de haut niveau, des neutrinos, tandis qu’un concours est lancé pour résoudre une équation de haut niveau.

Mystérieusement un commando tente d’enlever un jeune adolescent, surdoué, qui écrit des formules incompréhensibles au commun des mortels sur les murs de sa chambre.

Quelle est la découverte faite par les deux scientifiques pour déclencher ces assassinats en série, avec des moyens mafieux ? derrières lesquelles se cache la société Skytral et en toile de fond la mystérieuse Sphère…

Il s’en suit une enquête qui a démarré sur les chapeaux de roues et nous réserve des découvertes intéressantes et un rythme fracassant, dans l’évolution des faits, sur fond de sociétés sans scrupules, qui veulent mettre la main sur tout ce qui peut leur permettre de dominer la planète.

Peu à peu, on fait plus ample connaissance avec Franck policier émérite, qui a fait une brillante carrière dans une unité intensive (RAID ?) jusqu’au jour où une balle dans le genou l’oblige à démissionner : il n’est plus opérationnel malgré la rééducation. Ceci va avoir des répercussions en cascades : Franck est un taiseux, et lorsque son épouse fait une fausse couche, il va se murer dans son silence et son chagrin jusqu’au jour où elle décide de faire sa valise alors exit Franck, direction le Canada…

L’enquête est passionnante. Je redoutais un peu au départ, car les démonstrations mathématiques, physiques, sont de haut niveau, mais je me suis vite immergée dans ce milieu et sur les traces de ce héros mais aussi sur la réflexion sociétale qui accompagne l’intrigue (Ah ! ces chers GAFAB and Cie qui nous polluent tant le paysage !) et il faut reconnaître que l’auteur se met à la portée du commun des mortels : les explications données à Franck nous en apprennent suffisamment pour ne pas se sentir noyés.

J’ai particulièrement apprécié l’opiniâtreté de Franck, son désir de comprendre, que ce soient les mathématiques, l’Intelligence Artificielle, la robotique ou les recherches sur l’autisme, il n’hésite pas à aller à la pêche aux infos, s’approchant des experts dans ces domaines. Et mon goût pour les policiers cabossés est connu.

J’ai beaucoup aimé le style de Florent Rigout que je découvrais avec ce thriller, et particulièrement apprécié, outre le côté addictif du récit, la manière dont il présente les faits, en avançant dans l’intrigue, il nous livre en alternance l’histoire à Bassora (en 998 après J.C.)   d’un jeune étudiant Ibn al-Haytan, alias Alhazen qui a accepté une mission pour étendre la gloire du calife sur tout le Moyen-Orient : découvrir les sources du Nil. Il a choisi pour l’accompagner Abu-Mansir, un jeune géographe qui a bien compris, lui, qu’en cas d’échec ce serait la mort assurée.

Les deux récits s’entrecroisent, nous permettant d’aborder les mathématiciens et les découvertes de l’époque, tout en progressant dans l’enquête et on se rend compte que le désir des hommes de dominer est le même, à l’approche de l’an 1000 qu’à l’heure actuelle, seule la sophistication des méthodes a changé…

A l’heure de la toute puissance des réseaux sociaux, avec les complotistes de tous ordres, ceux qui pensent que la Terre est plate, que l’homme n’a pas marché sur la lune, j’en passe et des meilleures, voici une phrase qui m’a bien plu :

Avant tous ses pairs, il (Alhazen) a affirmé qu’un homme de science doit se défaire de ses opinions, et opinion signifiait religion à cette période. Se débarrasser de l’influence des écrits sacrés, remettre en cause de manière systématique et ne valider uniquement ses théories que sur l’empirisme. Il s’agit de la première pierre de la science, de l’esprit critique et de la logique.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’Alchimiste (que je découvre avec ce livre) qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont j’ai envie de découvrir les deux précédents romans, notamment « Saisons sans toi » car son univers particulier a plus qu’éveillé ma curiosité…

#Sphère #NetGalleyFrance !

9/10

L’auteur :

Dans ses histoires, Florent Rigout explore le domaine de l’hypothèse, cet infime halo de brouillard à la frontière entre science et science-fiction, entre savoir et philosophie. De là, il espère poser humblement quelques mots sur l’inexpliqué et amener de l’eau au moulin des rêves.

On lui doit : « Saisons sans toi » et « Triangle »« Sphère » est son troisième roman.

Extraits :

Puis, sans rien dire, elle était partie un matin. Sans un message, sans explications. Cela dit, Franck n’en avait pas besoin, ne les connaissait que trop bien. Lassée des mois de silence et d’omerta qui avaient suivi sa fausse couche, lassée devoir le boulot regagner du terrain sur ces territoires qu’elle avait mis tant de mal   à conquérir, elle avait lâché.

Avant ce réconfort, une longue journée de cours l’attendait, avec le démarrage d’un nouveau cycle d’études pour sa classe. Ptolémée et Aristote les avaient copieusement occupés ces derniers mois, Ibn al-Haytam encore davantage. Son handicap l’obligeait à une charge de travail plus conséquente. Il devait lire, relire chaque ouvrage plusieurs fois avant d’en saisir le contenu. Cette maladie le fascinait autant qu’elle l’énervait. Confondre certaines lettres, trébucher sur les mots, lire sans trouver le sens…

On appelle cela le syndrome acquis du savant, il n’existe que six ou sept cas répertoriés dans le monde. Le garçon dot vous me parlez souffre-t-il d’une forme d’autisme ?

Parce que le Savantisme est plus fréquent chez les autistes. On n’en connaît pas les causes avec certitude, ni les mécanismes précis qui affectent le cerveau des personnes atteintes d’autisme, mais le développement de capacités prodigieuses, qu’elles soient mathématiques, mnémotechniques ou bien artistiques, ont plus souvent lieu chez eux.

S’il réussissait à asservir le Nil, à dompter les eaux mères, le souverain s’assurait le respect et la vénération du peuple entier. Les inondations jugulées et les récoltes optimisées le mettraient à l’abri de bon nombre de doléances. Discipliner la source du grand Nil signifiait tarir celle des maux et colères des Égyptiens…

Il faut cependant garder à l’idée que l’intelligence artificielle ne choisira pas une direction d’elle-même. L’homme, et l’homme seul, imprimera le chemin sur lequel elle évoluera et ça je crois, c’est ce qui nous terrifie, au fond. Nous savons que ces incertitudes dépendent de nous, et nous savons que nous sommes imprévisibles. Or, l’humanité, aujourd’hui, se situe à un tournant majeur dans l’histoire de l’intelligence artificielle.

Le microtubule est un élément du cytosquelette de nos cellules, donc de nos synapses. Dans le cerveau, Skytral a découvert que les microtubules jouaient un rôle majeur dans la formation de la conscience. A l’intérieur, des réactions quantiques très spécifiques s’y produisent, engendrées par les neutrinos qui voyagent en nous sans arrêt… Sans neutrinos pas de conscience. Pour ce dernier extrait, je vous le concède, un décodeur serait peut-être conseillé !

Lu en janvier 2022

« L’innocence et la loi » de Michael Connelly

J’avais envie de retrouver la plume de Michael Connelly alors son dernier roman était tentant :  

Résumé de l’éditeur :

Au sortir d’un pot pour fêter sa victoire au tribunal, Mickey Haller est arrêté pour défaut de plaque. Mais en ouvrant le coffre de la voiture de Haller, l’agent de police trouve un cadavre à l’intérieur. Celui d’un escroc que l’avocat a défendu à de nombreuses reprises, jusqu’au moment où le client l’a arnaqué à son tour.


Accusé de meurtre et incapable de payer la caution de 5 millions de dollars, Haller est aussitôt incarcéré et confronté à une avocate de l’accusation qui veut sa peau, Dana Berg. Il comprend qu’il a été piégé – mais par qui, et pourquoi ? – et décide d’assurer lui-même sa défense lors du procès.


Pas facile quand, en plus d’être en prison et donc la cible de violences, il est la proie d’une machination que même Harry Bosch, son demi-frère, aura du mal à démêler.

Ce que j’en pense :

Mickey Haller est arrêté par un agent de police alors qu’il sort d’un pot avec ses collègues pour fêter dignement sa dernière réussite, sous prétexte que sa voiture n’a pas de plaque. Il en profite pour l’obliger à ouvrir le coffre de sa voiture, au prétexte qu’il y a du sang et voilà notre avocat menotté arrêté incarcéré séance tenante avec une caution faramineuse…

Il décide d’assurer sa propre défense, mais l’accusation, en la personne de Dana Berg, lui met les bâtons dans les roues (c’est même pire que cela, on est dans le registre de l’acharnement, la subornation) on ne lui donne pas les documents, les témoignages, sur lesquelles se base l’incarcération … Heureusement pour lui, la juge ne se laisse pas manipuler. Et, Mickey est entouré de son équipe pour mener l’enquête, parmi eux son demi-frère Harry Bosch.

Avec ce roman, Michael Connelly nous plonge dans l’univers du système judiciaire américain, et tous ses défauts, ou excès, et la manière dont l’accusation a tous les pouvoirs, par rapport à la défense est sidérante. On comprend mieux pourquoi il y a autant d’erreurs judiciaires, de condamnations injustifiées, surtout quand il s’agit de personnes pauvres, de minorités.

Il est effarant de constater qu’en prison, un homme peut se faire agresser, racketter y compris par les surveillants, y compris dans le fourgon qui conduit les prisonniers au tribunal.

La manière dont les membres du jury sont sélectionnés et haute en couleurs…

Bienvenue dans l’Amérique de Trump, avec son cortège de manipulations, sa justice à 2, 3 (voire plus) vitesses qui laisse le lecteur perplexe.

J’ai eu du plaisir à retrouver l’univers de Michael Connolly, la manière brillante dont il expose les faits et développe son intrigue même si j’ai moins pris de plaisir à la lecture de ce roman pourtant assez addictif. En fait, j’apprécie peu en général les « thrillers judiciaires », tout comme les séries où les avocats sont les héros, je préfère les enquêtes policières pures, avec des experts, des profileurs…

L’auteur est magistral, car il arrive à me faire apprécier un livre qui sort complètement de mes centres d’intérêt en matière de polars. Les aventures d’Harry Bosch m’attendent…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#Linnocenceetlaloi #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

Un procès pour meurtre a tout d’un arbre. Un très grand arbre. Un chêne. Il a été planté et soigné avec attention par l’Etat. Arrosé et émondé quand il en a besoin, examiné pour y détecter maladies et parasites de toutes sortes…

Tout une série de questions me passa par la tête, la première sur ce qu’il y avait dans ce coffre et la dernière celle de savoir si Milton avait un motif raisonnable de l’ouvrir si, moi, je refusais de le faire…

La seule façon de prouver que ce n’est pas moi, c’est de trouver celui qui l’a tué et de le prouver. C’est comme ça que ça fonctionne, l’innocence. 

Elle (la jurée N°21) avait aussi mis la lecture en premier dans la liste de ses passe-temps favoris. Et, je ne pensais pas qu’à lire, on puisse éviter de tomber sur des histoires—de fiction ou de non-fiction—soulignant les fragilités du système juridique américain et, en premier lieu, que les flics comprennent souvent de travers et que des innocents sont alors parfois accusés et condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Lu en janvier 2022

« Le fils de l’homme » de Jean-Baptiste Del Amo

Je vous parle aujourd’hui de ma dernière lecture 2021, avec ce livre que j’ai en fait oublié dans mon bilan ; serait-ce un acte manqué ? Peut-être bien…

Résumé de l’éditeur :

Après plusieurs années d’absence, un homme resurgit dans la vie de sa compagne et de leur jeune fils. Il les entraîne aux Roches, une vieille maison isolée dans la montagne où lui-même a grandi auprès d’un patriarche impitoyable. Entourés par une nature sauvage, la mère et le fils voient le père étendre son emprise sur eux et édicter les lois mystérieuses de leur nouvelle existence. Hanté par son passé, rongé par la jalousie, l’homme sombre lentement dans la folie. Bientôt, tout retour semble impossible.

Après Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo continue d’explorer le thème de la transmission de la violence d’une génération à une autre et de l’éternelle tragédie qui se noue entre les pères et les fils.

Ce que j’en pense :

Le roman débute sur une scène surprenante : un groupe d’hommes femmes et enfants, qui progressent dans une nature, encore vierge, se nourrissant de produits de leurs chasses et de leurs pèche, à la sagaie ou à mains nues. Les plus solides les plus habiles, seuls survivront. On ne saura pas de quel moment de la préhistoire il s’’agit, car là n’est pas le propos, seule compte la survie, l’entraide ainsi que le respect de la nature.

Ensuite, retour au présent avec un break qui emmène un homme, une femme et un enfant vers une contrée isolée, « Les roches ». Un silence de mort règne dans la voiture, ils n’échangeront pas dix mots, seulement quelques regards entre la mère et le fils. De surcroit, un arbre couché au milieu de la route les oblige à continuer à pied, courbés sous le poids des sacs à dos…

L’auteur alterne présent et passé, pour raconter l’histoire du père, sa longue disparition du milieu familial, sa brusque réapparition et son désir de « repartir à zéro » dans la ferme en ruines où il a vécu, enfant, avec son père.

Le récit est angoissant dès les premières pages, la violence monte en puissance, psychologique, physique… Jean-Baptiste Del Amo a choisi de ne pas donner de nom aux personnages, ce sera le père, la mère et l’enfant. Le père est pervers, psychopathe, jaloux, suspectant tout le monde notamment sa femme parce qu’elle a eu une vie alors qu’il était parti. Il refait l’histoire, et tente de monter le fils contre sa mère, en lui racontant des choses qu’il n’est pas en âge d’entendre, car il a neuf ans.

L’auteur tente de prouver, durant ce récit, que la violence est héréditaire : si le père est violent, le fils ne peut que l’être en gros, mais c’est loin d’être aussi simple, l’environnement, le formatage, participent aussi, il y a une répétition des scenarii de vie. La fin est dure, mais on la sent venir, de manière inéluctable…

L’écriture est très belle, les descriptions de la nature sont magnifiques, les réflexions sur la vie, le temps qui passe, sont intéressantes, ce qui permet d’aller au bout de l’histoire. Jean-Baptiste Del Amo manie la langue d’une façon magistrale, ce qui me donne envie de le lire « Règne animal ».

Cette lecture a été difficile sur le plan émotionnel car je sentais très bien ce qui allait se passer, la mère étant enceinte, dans ce coin perdu, loin de toute civilisation et de tout médecins. Alors, j’avais des images, des fantasmes : une grosse seringue peine d’un cocktail de neuroleptiques et la camisole de force, et direction l’hôpital psychiatrique le plus proche…  Pour ne pas dire plus…

Un grand merci à Lecteurs.com et aux éditions Gallimard qui m’ont permis de découvrir ce roman qui a reçu le prix FNAC ainsi que la plume de son auteur…

8/10

L’auteur :

Jean-Baptiste Del Amo est né à Toulouse. Le fils de l’homme est son cinquième roman, après Une éducation libertine, Goncourt du premier roman, Le sel, Pornographia et Règne animal

Extraits :

Ce chant est quelque chose d’avant le chant, d’avant même la voix, une plainte gutturale, modulée, faite de vibratos et d’ondulations dissonantes, d’expirations profondes et graves dont le corps du vieillard est tout entier la caisse de résonance.

La nuit porte maintenant en elle l’attente de l’aube, cette infime variation qui détache les contours du monde sans qu’ils soient encore intelligibles, laissant seulement paraître des degrés d’obscurité. Un voile se déchire : tout ce qui se tenait retranché dans la coulisse de la nuit est soudain baigné par une lueur bleuâtre qui ne semble pas provenir de l’intérieur des choses, mais plutôt émaner d’elle, une phosphorescence livide qui suinterait des pierres, du bitume, du tronc des pins et de la frondaison des arbres.

Il ne garde pas de souvenir précis du départ du père. Il n’a conservé de la vie auprès de lui qu’une suite d’impressions morcelées, peut-être fictives et en partie façonnées par les photographies enfouies dans la commode…

Dans cet apparent silence, le fils éprouve violemment sa solitude et, dans le même temps, l’impression de sa présence au monde, de la nature déployée autour de lui, de l’immensité et de la multitude dans laquelle son existence a pris forme et se trouve à cet instant précis.

Il sent aussi, inexplicablement, le grand mouvement qui les entraîne tous, lui compris, imperceptible, pourtant vertigineux, à travers le temps et à travers l’espace, toutes ces vies mêlées, hommes et bêtes, et avec eux les pierres, les arbres, les astres ignés. De ces instants, il gardera le souvenir d’une épiphanie, la conviction d’avoir été frappé par la véritable nature des choses, qu’aucune langue, aucun mot ne saurait dire …

L’amour est une maladie, un virus inoculé dans e cœur des hommes, ce cœur déjà malade, déjà pourrissant, déjà perverti, rongé de tout temps par la gangrène et dont il serait vain de vouloir sonder le fond. Je te le dis aujourd’hui pour celui que tu deviendras plus tard : garde-toi bien d’aimer, tu n’en tireras rien de bon.   

… Il y a des choses qu’il est préférable de ne pas réveiller, des souvenirs et des hommes qui doivent rester ensevelis. Car ils n’attendent en réalité que cela, que l’on vienne les tirer de leur profonde torpeur pour ressurgir et répéter sans cesse les mêmes hantises, les mêmes désastres…

Lu en décembre 2021

« Je lis, donc je suis: 2021

Si le bilan fut un casse-tête, car il fallait reprendre tous les livres, un par un et établir un classement, je me suis vraiment régalée pour ce TAG que je retrouve avec plaisir. J’ai choisi des livres que j’ai lus, pas forcément des coups de cœur ou des livres que j’ai beaucoup aimés :

Décris-toi :

Une farouche liberté : Gisèle Halimi

Comment te sens-tu ?

La dame d’argile : Cristiana Moreau

Décris où tu vis actuellement :

A l’ombre des loups: Alvydas Slepikas 

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ?

Berlin requiem : Xavier-Marie Bonnot 

Ton moyen de transport préféré :

La carte postale : Anne Berest 

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est :

L’ami arménien : Andreï Makine

Toi et tes amis vous êtes :

Nos frères inattendus: Amin Maalouf

Comment est le temps ?

L’hiver de Solveig: Reine Andrieu 

Quel est ton moment préféré de la journée ?

Juste avant d’éteindre: Helios Azoulay 

Qu’est la vie pour toi ?

Poussières dans le vent : Leonardo Padura

Ta peur ?

Pyromane : Wojgiech Chmielarz

Quel est le conseil que tu as à donner ?

S’adapter : Clara Dupont-Monod

La pensée du jour :

Le bonheur est au fond du couloir à gauche : J. M. Erre

Comment aimerais-tu mourir ?

Sur un air de fado : Nicolas Barral

Les conditions actuelles de ton âme ?

La liberté des oiseaux : Anja  Baumheier 

Ton rêve ?

Le parfum des fleurs la nuit : Leïla Slimani

Bonjour 2022!

Ma maman à deux pattes me confie cette mission, alors j’en profite, pour être la reine de la journée!!!

Je vous souhaite à tous et à toutes

une bonne et heureuse année 2022

avec au menu la santé la joie

en espérant de tout cœur qu’elle sera plus douce que celle qui vient de s’achever!

Bilan de mes lectures pour l’année 2021

Cette année encore, la résolution de faire un bilan mensuel pour alléger la tâche est restée un vœu pieux… Je vais donc axer ce bilan sur les coups de cœur ou du moins les livres dont ma côte d’amour était 9-9,5 /10.

J’ai lu 134 livres, tous genres confondus qui se répartissent ainsi :

Coups de cœur romans :

Sur les 18, je n’ai gardé que les 10 premiers :

  1. Clara Dupont-Monod : « S’adapter »
  2. Xavier-Marie Bonnot : « Berlin Requiem »
  3. Amin MAALOUF « Nos frères inattendus »
  4. Metin Arditi : « L’homme qui peignait les âmes »
  5. Maggie O’Farrell : « Hamnet »
  6. Olga Tokarczuk : « Dieu, le temps, les hommes et les anges »
  7. Robert Jones Jr : « Les prophètes »
  8. Leonardo Padura : « Poussières dans le vent »
  9. Gilles Martin-Chauffier : « Le dernier tribun »
  10. Catalin Mihuleac : « Les Oxenberg et les Berstein »

Coups de cœur polars

Un seul coup de cœur mais deux livres qui n’en sont pas très loin:

Michaël Connelly : « Le poète  » 

Chrystel Duchamp « Le sang des Belasko » : 9,5/10

Preston & Child : « le dard du scorpion »: 9/10

Coups de cœur Essais

Idem le premier est un vrai coup de cœur et les autres obtiennent au moins 9/10:

Delphine Horvilleur : « Vivre avec nos morts »

Gisèle Halimi : « Une farouche liberté »

Leïla Slimani : « Le parfum des fleurs la nuit »

Coup de cœur BD :

Un seul, mais je n’ai pas lu beaucoup de BD, il faut qu’elles soient disponibles à la BM car mon budget achats de livres a explosé en 2021:

Nicolas Barral : « Sur un air de fado »

Clin d’œil spécial :

Enfin, pour terminer un presque coup de cœur pour cette saga dont j’ai tant parlé cet été :

« La fraternité des Maudits » de Jack D. Tikett :

Et voilà, je suis arrivée au bout de ma tâche… Ce bilan me plaît, je tenterai d’être plus régulière l’an prochain car ce fut long, parfois même fastidieux …

Il me reste une chronique à faire, beaucoup plus plaisante le TAG du portrait littéraire…

« La liberté des oiseaux » de Anja Baumheier

J’ai découvert le livre dont je vous parle aujourd’hui sur les blogs dans le cadre du challenge Feuilles allemandes », auquel je n’ai pas pu participer cette année, trop de lectures et de chroniques en retard, motivation en berne, effet collatéral du COVID etc. etc.

Résumé de l’éditeur :

Deux sœurs enquêtent sur leur enfance passée en RDA et sur les non-dits qui pèsent sur leur famille. Une fresque sublime et captivante.

De nos jours, Theresa reçoit une mystérieuse lettre annonçant le décès de sa sœur aînée Marlene. C’est à n’y rien comprendre. Car Marlene est morte il y a des années. C’est du moins ce que lui ont toujours dit ses parents. Intriguée, Theresa, accompagnée de son autre sœur Charlotte, part en quête de réponses. Se révèle alors l’histoire de leurs parents, l’arrivée à Berlin au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la carrière de leur père dans la Stasi, la suspicion et la paranoïa, l’influence terrible de son chef, Kolia. Mais surtout, la personnalité rebelle de Marlene, qui rêvait de fuir à l’Ouest…

Grande saga au formidable souffle romanesque, La Liberté des oiseaux retrace quatre-vingts ans d’histoire allemande et nous plonge au cœur de destinées ballottées par l’Histoire.

Ce que j’en pense :

Nous sommes à Berlin, de nos jours et Theresa reçoit une lettre lui apprenant qu’elle hérite à parts égales avec Tom Halász de la maison de Marlène, tandis que sa sœur aînée, Charlotte, ne figure pas sur le testament. Or Marlène est censée décédée depuis trente ans ! branlebas de combat ! pourquoi Theresa ? et qui est Tom ?

Anna, sa fille va faire des recherches et tomber sur un lourd secret dans la famille Groen, ce qui va nous entraîner, entre Berlin et Rostock, petite ville portuaire du nord de l’Allemagne, sur une période allant de la fin de la deuxième guerre mondiale à nos jours.

Revenant de la guerre, Johannes Groen, un peu perdu, est pris en charge pas Kolia, communiste pur et dur, qui va le faire entrer au Parti, et lui permettre de faire carrière (une belle carrière) dans la Stasi. Il rencontre celle qui deviendra son épouse, Elisabeth, quia survécu aux massacres de la guerre en se cachant dans un sous-sol avec sa mère, alors que leur voisine leur apportait de quoi se nourrir en cachette.

Elisabeth est infirmière, dans le service d’Anton et se lie d’amitié avec une de ses collègues, Eva. Johannes est souvent absent entre ses diverses responsabilités au Parti, ses réunions, la construction de la RDA. Ils fondent une famille avec Charlotte devant laquelle il est béat d’admiration et qui va déployer beaucoup de zèle pour défendre les valeurs du communisme dès son plus jeune âge, et finit par devenir formatée, paranoïaque à force de voir des ennemis partout.

La seconde, Marlène, est aux antipodes de son aînée, fantasque, refusant de plier devant l’injustice. Un jour, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : elle est repérée lors d’une manifestation, pour la liberté, en compagnie de son amoureux et prend la direction prison.

Pour ne pas compromettre la « carrière » de son père, une solution est trouvée par Kolia bien-sûr…

Tout au long du roman, on va suivre les découvertes d’Anna et connaître l’évolution de la famille, sur fond de construction de la RDA, l’emprise du communisme, l’idéal de justice et de liberté qui vole en éclats, remplacé par la surveillance, la délation, les magasins du peuple à moitié vide dès le milieu de la journée. Puis, la construction du mur de Berlin, pour éviter l’hémorragie des « cerveaux », au début puis toute velléité de départ, l’émergence des révoltes, mâtées de la manière la plus forte, jusqu’à la chute du mur, de l’URSS et de la RDA.

J’ai beaucoup aimé cette histoire de secret de famille, de non-dits et l’évolution des personnages, au fur et à mesure que les choses sont révélées. Charlotte que j’ai cordialement détestée au départ par sa manière de vouloir juger et régenter tout le monde, son intransigeance, sa dureté est la plus surprenante dans son évolution.

L’écriture de Anja Baumheier est belle, musicale, rythmée et pour un premier roman c’est une réussite, presque un coup de coeur. J’attends son prochain avec impatience …

Si j’ai lu énormément d’ouvrages sur le nazisme, la Shoah, la Seconde Guerre Mondiale, j’ai peu lu sur Staline, et le communisme soviétique (ou autre), car je trouve que le « petit père des peuple » (sans blague ?) est largement aussi horrible que Hitler et ses sbires et  il en est de même pour le sort des Allemands après la fin de la guerre, mis à part l’excellent livre de Alvydas Slepikas : « A l’ombre des loups » mais je me rattrape (au fait, RV pour le challenge « Le mois de l’Europe de l’Est » bientôt …

Ce roman, qui mêle le présent et le passé, la petite et la grande Histoire se dévore, j’ai apprécié tous les personnages, de Johannes à Elisabeth en passant par Anton, et bien sûr, Marlène la rebelle. Je me rappelle la joie ressentie lors de la chute du mur de Berlin, cette nuit du 9 novembre 1989, où l’on se disait, « j’aurais tellement voulu être là », Rostropovitch et son violoncelle…

Mais qu’en reste-t-il à notre époque troublée du la nostalgie des dictatures et des populismes de tout poil ? Il n’y a qu’à regarder du côté de Poutine, sa détestation de Gorbatchev, sa nostalgie de la Grande Russie qu’il cherche à tout prix à reconstruire… Nostalgie quand tu nous tiens !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#Lalibertédesoiseaux #NetGalleyFrance !

9/10

Cette chanson était dans ma tête, durant cette lecture, certaines descriptions des privilégiés du Parti y sont pour beaucoup, alors je vous en fais profiter !

L’auteure :

Anja Baumheier est née en 1979 à Dresde et a passé son enfance en RDA. Professeure de français et d’espagnol, elle habite aujourd’hui à Berlin avec sa famille. La Liberté des oiseaux est son premier roman.

Extraits :

A côté du bar étaient punaisées des photos d’enfants portant le foulard bleu ou rouge des pionniers, d’adolescents en chemise du mouvement de la Jeunesse et de jeunes gens en uniformes de l’Armée populaire nationale.

D’un point de vue juridique, il était normal que ceux qui tentaient de fuir le pays illégalement fissent de la prison. Je ne comprends pas pourquoi on en fait toute une histoire aujourd’hui.

On remarque peut-être une certaine tension chez les travailleurs et les paysans, mais il n’y a pas lieu de s’en préoccuper. Les campagnes de calomnies pilotées par l’ennemi de classe ne sont pas près de porter leurs fruits. Berlin-Est 1981

Mais, Johannes était obligé de réagir s’il ne voulait pas que Kolia le soupçonne de s’éloigner de la ligne du Parti, maintenant qu’il avait éprouvé dans sa chair les méthodes utilisées pour surveiller la population. Il croyait encore à l’idéal d’égalité entre les citoyens. Mais en RDA, les rêves se heurtaient souvent à la réalité. Tant qu’on obligerait des gens à surveiller leurs voisins pour leur dicter comment ils devaient se comporter, on ne pourrait parler d’égalité. Quant à l’idéal de justice, mieux valait carrément ne pas l’évoquer.

C’est très simple de faire un enfant, continua Tom en montrant le ventre d’Anna. Être mère, par contre, c’est autrement plus difficile. Elle n’a jamais su. Son séjour en prison l’avait brisée.

Il voyait d’un bon œil que les choses bougent enfin en RDA et il avait l’espoir que ce mouvement irait dans le bon sens. Il fallait en finir avec la répression et remettre l’individu au centre des préoccupations. Marx n’avait-il pas écrit que les hommes qui en asservissaient d’autres forgeaient leurs propres chaînes ? Or que représentait la direction politique sinon un groupe d’hommes qui persécutaient ceux qui ne les soutenaient pas.

Lu en décembre 2021

« Le poète » de Michael Connelly

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu la chance de gagner lors d’un concours organisé par Anthony, thriller sur lequel je lorgnais depuis un bon moment :

Quatrième de couverture :

Chroniqueur judiciaire, Jack McEvoy ne peut croire au suicide de son frère jumeau. Si Sean, inspecteur de police, s’est bien tiré une balle dans la bouche, que vient faire ce « Hors de l’espace, hors du temps » d’Edgar Allan Poe écrit sur le pare-brise de sa voiture ?

Et, pourquoi Rusher, un indic qu’il devait voir ce jour-là, reste-t-il introuvable ?

En s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins d’un article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se suicident et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir son plus gros scoop sur des meurtres en série. Mais il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect…

Le poète est LE classique absolu pour les fans de romans policiers.

Ce que j’en pense :

Jack McEvoy, journaliste judiciaire au « Rocky Mountains News », vient d’apprendre que son frère jumeau Sean vient d’être retrouvé mort d’une balle tirée dans la bouche. Il travaillait sur une enquête difficile, le meurtre d’une jeune femme retrouvée coupée en deux morceaux et très rapidement l’enquête a conclu   à un suicide, car plusieurs de ses collègues victimes du « blues du policeman », autrement dit un burn-out ont mis fin à leur jours ces derniers temps.

Après une période de sidération, Jack est submergé par la colère ce qui le pousse à remettre en question les conclusions de l’enquête. Il veut savoir, comprendre, d’autant plus que sur le parebrise de la voiture, on peut lire, à moitié effacés par la buée ces mots étranges : « Hors de l’espace, hors du temps » extraits d’un poème de Edgar Allan Poe.

Autre élément étrange, en faisant des recherches, Jack s’aperçoit, enfin limier, que le FBI enquête sur son frère. Il n’en faut pas plus pour qu’il fasse son enquête, se faisant engager comme consultant. S’ouvre alors une enquête sur les pas d’un serial killer.

L’enquête est passionnante, avec une analyse du comportement et de la pathologie des tueurs en série (comparables à ceux des violeurs), une approche des méthodes d’investigation du FBI, et des rebondissements multiples qui tiennent en haleine jusqu’à la dernière ligne.

J’ai bien aimé l’idée de donner la parole à un journaliste pour suivre et interpréter cette enquête, cela change des enquêtes menées par les policiers.

J’ai littéralement dévoré les quelques 760 pages du livre, les trois cents dernières lus, au détriment du sommeil (bonne compagnie pour une insomniaque chronique comme moi, je vous assure !)

J’ai lu ce thriller au début de l’été, mais je n’ai pas pu rédiger ma chronique à l’époque, car j’étais victime d’une intolérance +++ à un médicament antalgique, avec nécessité d’un sevrage rapide, qui m’a transformée en véritable junkie, donc incapable de lire, de rédiger mes critiques…D’où le laps de temps entre la lecture et cette rédaction. Pour ne pas bâcler, j’ai dû le relire… pour mon plus grand plaisir d’ailleurs !

Un grand merci à Anthony, bien connu de tous pour son blog les livres de K9 auquel je suis fidèlement abonnée, qui m’a permis de découvrir ce roman (que j’ai eu la chance de gagner) et son auteur dont je connaissais uniquement la série consacrée à Bosch que j’apprécie beaucoup. Il y a longtemps que je voulais découvrir les romans de Michael Connelly et j’ai adoré donc l’encombrement de ma PAL ne risque pas de s’améliorer.

https://leslivresdek79.com/

Extraits :

La mort, c’est mon truc. C’est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d’un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence de personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J’ai toujours pensé que, pour s’occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C’est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure.

Mon frère m’avait expliqué un jour sa théorie du seuil limite. Chaque flic, disait-il, possédait une limite, mais cette limite lui était inconnue jusqu’à ce qu’il l’atteigne.

Theresa Lofton symbolisait l’image la plus médiatique qui soit : celle de la pure et simple Jeune Fille américaine. Inévitablement, on compara l’affaire à celle du Dahlia noir survenue cinquante ans plus tôt à Los Angeles…Une émission de télévision racoleuse baptisa Theresa Lofton les « dahlia blanc », en jouant sur le fait qu’on l’avait découverte dans un champ de neige près du lac Grasmere à Denver…  

Mais il n’était pas facile d’en vouloir aux morts. Je ne pouvais pas rester fâché contre Sean. Or, la seule façon de soulager ma colère était de mettre en doute cette histoire. Et le cycle infernal reprenait. Refus, acceptation, colère. Refus, acceptation, colère.

Au centre de cette histoire figuraient les suicides, apparemment sans relations, de trois membres de la police de New-York en moins de deux mois. Les victimes ne se connaissaient pas, mais toutes avaient succombé au « blues du policeman » pour reprendre l’expression du journaliste.

Généralement, les flics s’efforcent de dépersonnaliser leurs enquêtes au maximum. A cet égard, ils ressemblent aux serial killers. Si la victime n’est pas un être humain qui respire et qui souffre, son souvenir ne risque pas de vous hanter.

Quant aux violeurs, reprit-elle, leur pathologie ressemble énormément à celle des meurtriers. De chics types, croyez-moi. Je sentais qu’ils me jaugeaient dès que j’entrais dans la pièce. Je savais qu’ils essayaient de calculer le temps dont ils disposaient avant que le gardien n’intervienne. Est-ce qu’ils pourraient m’avoir avant l’arrivée des renforts.  Très révélateur de leur pathologie. Ils ne pensaient qu’en termes d’aide extérieure. Ils n’envisageaient pas que je puisse me défendre seule. Sauver ma peau. Pour eux, les femmes étaient uniquement des victimes. Des proies.

Lu en juillet 2021

« Debout » de Marie-Pierre Dillenseger

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont la lecture m’a accaparée une partie de l’année 7 mois exactement, par la richesse du contenu :

Résumé de l’éditeur :

« S’incarner, c’est arriver, au fil d’une vie, à lisser les aspérités qui se nichent entre l’âme et le corps. » Marie-Pierre Dillensenger nous donne des outils puissants et inédits pour relever ce défi.

L’incarnation est un voyage, et la naissance une étape, qui nous projette dans la vie sans feuille de route, ni mode d’emploi. Cet ouvrage est une boîte à outils pratique pour nous guider tout au long de notre existence, nous aider à identifier les épreuves à traverser, les parades et forces à déployer pour se préserver, se défendre, s’élever, mais aussi découvrir et accepter qui nous sommes.

Vous trouverez dans ces pages 25 exercices pour mener les actions concrètes qui accompagnent un désir de changement, des conseils et notions clés, des exemples de la vie quotidienne, des analyses ludiques de films et de contes, le tout éclairé par la sagesse chinoise, dont l’autrice nous rappelle tout au long de l’ouvrage les concepts fondamentaux. Cette lecture vous apprendra à relativiser, à vous concentrer sur le courage de se relever plutôt que la douleur de tomber.

Un livre qui nous ramène à l’essentiel et poursuit le chemin ouvert par « Oser s’accomplir : 12 clés pour être soi. »

Ce que j’en pense :

L’auteure nous propose tout d’abord des notions théoriques sur la vie, la mort, la maladie et leurs répercussions en se basant sur le contexte de l’épidémie de COVID, pendant l’année 2020. Elle aborde ensuite des cas cliniques, étudiant des personnes souffrantes pour les mettre en relation avec leurs souffrances passées : mère toxique, père absent… Interprétation plutôt analytique :

L’araignée n’était autre que l’arrêt nié d’une activité qui l’épuisait depuis vingt ans.

Elle donne aux patients des exercices à faire, en insistant sur le fait de mettre des mots sur les émotions, les ressentis, ou encore comment s’est brisé le cœur, ou les répétitions de scénario de vie, comme par exemple écrire une lettre aux ancêtres ou à une personne clé de leur histoire ou encore apprendre d’autres langues pour se libérer l’esprit, se constituer un herbier, et au final se connecter avec soi-même, s’écouter soi-même :

Donnez la parole au cerveau droit, celui qui repère les occurrences signifiantes et se charge de la communication non verbale. Sans lui, la lecture des signes demeure un mystère, une cacophonie ou une illusion.

Apprendre à dire non, à nommer ses qualités à positiver, mais aussi le silence, la méditation… Du bon sens en quelque sorte, avec évocation au passage des expériences de mort imminente, champ de conscience…

Les exercices sont sympathiques à faire, dans la première partie du livre, car on révise les théories de base, en faisant référence à des auteurs variés allant de Pierre Rabhi à Sun Tzu et son art de la guerre, en passant par Confucius, les frères Grimm ou Lise Bourbeau (les cinq blessures) sans oublier Anne Ancelin-Schützberger et son célèbre « Aïe mes aïeux !»  Ou encore S.S le Dalaï Lama et bien-sûr Fabrice Midal, à qui elle fait souvent référence.

J’ai retenu aussi avec attention les différentes épreuves que cite Marie-Pierre Dillenseger, (qui sont en relation avec les éléments : feu, terre, bois, eau, air…) l’épreuve du feu notamment, dont l’interprétation est intéressante mais s’il est facile prendre conscience de ce qui nous a « brûlé », il s’agit ensuite de l’appliquer au quotidien …

Ensuite, dans la deuxième partie, les choses se sont corsées, autant au début, on était face à des révisions, des exercices faciles à réaliser seul, autant là, il a fallu entrer dans le calendrier chinois puis la médecine chinoise, avec l’importance de l’énergie, place au Yin et au Yang, avec les postures Yin les postures Yang, afin d’aborder les parades à aligner en face des épreuves : Yin : ancrage, glisser, répétition et acceptation et pour Yang : recul, feinte, se redresser, l’avancée. Comme dans la première partie, l’auteure propose de nombreux cas cliniques pour illustrer son propos.

Je pense que les techniques concernant les parades sont pointues et nécessitent d’être accompagné par un spécialiste. On n’est pas obligé d’adhérer à tout, je le précise…

Je planche sur ma chronique depuis des lustres, tant ce que propose Marie-Pierre Dillenseger est bien étayé, bien illustré avec de nombreuses références à des auteurs connus de différents milieux : psy, sociologie, astrologie, généalogie, arts martiaux et que tous ceux que j’oublie me pardonnent (la bibliographie à elle seule fait au moins quatre pages)

Ce livre est très riche, et il faut prendre son temps pour le lire, et si possible en version papier pour revenir plus facilement en arrière (version liseuse, j’ai des notes partout presque à toutes les pages…) et cela a été frustrant de le lire à temps pour remettre ma copie (ma critique), je l’ai téléchargé fin mai quand même …

Un grand merci à NetGalley et à Mama-éditions pour m’avoir permis de découvrir ce livre et son auteure qui a déjà plusieurs ouvrages à son actif (que je n’ai pas lus donc une frustration supplémentaire, car il est important, je pense de connaître la pensée de l’auteure dont j’ai très envie de lire « Oser s’accomplir » mais plus tard, l’opération « neurones au repos » se profile à l’horizon.

#Debout #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Marie-Pierre Dillenseger est une écrivaine, conférencière et praticienne des arts chinois consacrés aux forces spatiales et temporelles (Feng Shui, Yi Jing, Énergétique, Art de la guerre, Astrologie…).

Elle a développé une approche fondée sur l’économie des énergies individuelles et le renforcement de la vitalité des personnes, des projets et des entreprises qu’elle accompagne.

Elle a créé PowerSpaces en 1999 à Paris pour mettre au service des particuliers et de l’entreprise, dans le respect de l’éthique occidentale, l’art chinois de choisir le bon moment et le bon endroit. Elle assure jusqu’en 2010 un cycle complet de formation de praticiens et est à l’origine du FSRC France.

On lui doit « Oser s’accomplir » « La voie du Feng-shui »

Extraits

Être seule n’est rien. Être seule sans force est la vraie difficulté.

Je savais que 2020, l’année du rat de Métal, allait redistribuer les cartes et permettre de nouvelles manières de fonctionner ensemble. Je sentais la montée en puissance   des forces de changement. Mais je n’avais pas compris qu’il n’était plus temps de dire. Je devais me taire et laisser advenir.

La conception et la naissance représentent des seuils plus que des états à partir desquels l’incarnation s’accomplit. Conception et naissance nous catapultent dans le monde du manifesté, du tangible, de la matérialité nous rendant visibles, d’abord au microscope puis à l’œil nu.

S’incarner est un processus qui prend du temps, une épreuve qui exige de la résilience et demande des efforts. C’est aussi un processus qui nous permet d’aller au-devant de nous-mêmes et de nos qualités profondes…

Les Amérindiens ne croient pas à une vie d’après, mais en l’immortalité. « Nos âmes quittent le corps et entrent dans le monde des esprits où ils peuvent communiquer librement avec ceux des plantes, des animaux et des hommes. »

Une société qui ne respecte pas les animaux n’est pas connectée à son humanité. Une société qui ne respecte pas ses   fous perd la tête. Un être humain se doit avant tout chose d’être.

Les peines, les obstacles sont des coups de burin qui libèrent nos talents comme un diamant est libéré de la roche. Les mémoires et les douleurs sont les scories d’un monde ancien, y compris au sein d’une même vie.

Les oiseaux écoutaient les prêches de Saint-François d’Assise, comme recueillis et en silence. Ils attendaient sa bénédiction avant de repartir à leurs occupations.

En énergétique chinoise, la question n’est pas de savoir si une chose, une décision, une attitude est bien ou mal, juste ou injuste mais efficace (et donc utile) ou non (et donc inutile) à la vie. La plainte, l’amertume, la rancœur y ont peu de place.

Lorsque le corps est touché (radiothérapie, brûlure, insolation, burn-out, etc.), le renouveau est aussi physique. Pa personne voit soudain clairement ce qu’elle doit changer, ce qu’elle faisait de travers ou ce qu’elle a refusé de voir précédemment. Ses yeux se dessillent.

Lu de juin à décembre 2021