Publié dans Littérature française

« La partition » de Diane Brasseur

Je vous parle aujourd’hui d’un roman qui a attiré ma curiosité sur NetGalley :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

De la Grèce aux rives du lac Léman, une superbe fresque familiale.

Un matin d’hiver 1977, Bruno K, professeur de littérature admiré par ses étudiants, se promène dans les rues de Genève. Alors qu’il devise silencieusement sur les jambes d’une jolie brune qui le précède, il s’écroule, mort.

Quand ses deux frères Georgely et Alexakis apprennent la nouvelle, un espoir fou s’évanouit. Le soir même, ils auraient dû se retrouver au Victoria Hall à l’occasion d’un récital de violon d’Alexakis. Pour la première fois, la musique allait les réunir.

La Partition nous plonge dans l’histoire de cette fratrie éclatée en suivant les traces de leur mère, Koula, une grecque au tempérament de feu. Elle découvre l’amour à 16 ans, quitte son pays natal pour la Suisse dans les années 20 et refera sa vie avec un homme de 30 ans son aîné. Une femme intense, solaire, possessive, déchirée entre ses pays, ses fils et ses rêves. Une épouse et une mère pour qui l’amour est synonyme d’excès.

 

Ce que j’en pense

 

On fait la connaissance de Bruno K. (on ne saura en fait jamais vraiment ce que signifie ce K. que l’on retrouve dans le nom du père…) en 1977, alors qu’il marche dans la rue, suivant une jeune fille dont il admire les jambes, et brusquement il s’écroule, mort ! il s’agit de retrouver sa famille, pour procéder aux démarches habituelles et cela s’avère compliqué…

Bruno avait trois frères, plus ou moins perdus de vue depuis des années, et ce roman propose de remonter le passé à la recherche de secrets de familles. Chaque chapitre propose une lettre de Bruno adressée le plus souvent à sa mère, pas toujours chronologiquement, mais servant de charpente à l’histoire qui se déroule en fait des années 20 à 1977.

La saga commence en Grèce, avec Koula, la mère de Bruno, et raconte un peu qui était sa mère Epistimi, et le grand-père colonel héros de guerre, mais en fait on en saura très peu à son sujet, l’auteure préférant insister sur les principes de l’éducation grecque à l’époque, notamment le statut des filles… Koula rencontre Paul Peter K, un représentant en porcelaine, l’épouse et le suit en Suisse.

Après une première grossesse, (Bruno) elle déchante car son mari est volage, sa belle-mère la Mutti, compatit car elle a vécu la même chose, puis un deuxième enfant fait son entrée Georges…

Koula ne supporte pas la situation et sur les conseils de la Mutti, repart en Grèce, avec Bruno, mais laisse derrière elle Georges. Elle finit par refaire sa vie avec Hyacinthe, alias Cintho, un homme plus âgé dont elle aura un enfant Alexakis. Le décor est planté ! on imagine très bien que les trois frères ne vivront pas des relations « normales ».

Bruno apprend le piano, Alexakis sera violoniste et Georges un inventeur (la laisse élastique pour chien par exemple !) et une partition servira de toile de fond. Il s’agit du Concerto pur violon et orchestre de Beethoven.

Certes, les hésitations, les réflexions de Koula, semblent sincères, après tout on lui a demandé de choisir entre ses deux fils celui qu’elle emmènera, choix extrêmement violent pour retrouver sa liberté, mais cela ne suffit pas à la rendre sympathique. J’ai beaucoup pensé au « Choix de Sophie » en lisant la première partie.

Les amateurs de « mère toxique » seront servis, Koula a tout pour elle, son exubérance, son intolérance, son exigence, son rejet de toutes les femmes qui s’approchent de ses fils, les considérant comme des rivales. Elle est infecte, tellement imbuvable que je n’ai pas accroché du tout, j’ai terminé le roman pour voir où l’auteure voulait aller.

J’aurais aimé que Diane Brasseur laisse une part plus importante aux anciens, pour mieux comprendre le fonctionnement mental de Koula.

Un point positif : la manière dont elle évoque la syphilis, notamment la forme congénitale, et les répercussions sur la famille…

Grosse déception donc… en lisant les autres critiques sur ce roman, je me dis que peut-être je suis passée à côté; bien-sûr je viens de lire « Les déracinés » que j’ai adoré, donc la lecture qui suit un coup de cœur est toujours difficile à apprécier…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Allary qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#LaPartition #NetGalleyFrance

 

L’auteur

 

Diane Brasseur est franco-suisse. Elle a grandi à Strasbourg et fait une partie de sa scolarité en Angleterre.

Après des études de cinéma à Paris, elle devient scripte et tourne, entre autres, avec Albert Dupontel, Olivier Marchal et Abd Al Malik.

« Les Fidélités » (2013) est son premier roman.

 

Extraits

 

Alexakis n’est pas lâche, il ne manque ni de courage ni de franchise, mais cela lui est difficile de soutenir le regard d’un autre parce qu’il a les yeux clairs.

Le regard dit trop. Dans les yeux des autres, Alexakis a peur de devenir transparent.

 

De l’enfance, il manquera toujours quelque chose à Alexakis. Et c’est cela qu’il cherche, tous les soirs sur scène avec son violon.

 

C’était l’époque où le silence des adultes soufflait sur les questions des enfants…

… C’est dans le regard des autres, sincère et désolé, qu’il a appris son drame.

 

Car pour Koula, cela sera de la faute des femmes, de leurs yeux de méduse et de leurs voix de sirènes… Chaque fois, ce sera de la faute des femmes.

 

Koula a la beauté d’une femme qui s’abandonne, et pour toujours, le cœur de Bruno K penchera pour les femmes fragiles et vulnérables. Il ne cessera de fuir les femmes de bon sens et de bonne humeur, celles qui offrent une vie douce, sans soucis et sans surprises.

 

Koula laisse à Paul Peter K son fils le plus fort, Georgely n’est pas malade. C’est le plus Suisse de ses enfants et le plus robuste, celui qui supportera l’abandon.

 

Pas une fois à Langenthal, elle ne s’était demandée, de retour en Grèce, qu’est-ce que je vais y faire ? Elle a l’impression désagréable d’être en morceaux comme les statues brisées du Parthénon auxquelles il manque un bras, une jambe ou une tête.

 

Pour Koula, c’est simple comme une équation : si on aime, on est jaloux.

Pour Monsieur Hyacinthe, la jalousie est du venin.

 

Les lettres suscitent une intimité propice aux confessions. Les mots vont vite sur le papier. L’éloignement provoque le manque. Plus ils s’écrivaient, plus Cyntho et Koula avaient envie de s’écrire.

 

Koula avait envie d’avoir une fille alors tant que c’est possible, elle se fait plaisir – Alexakis portera des robes roses en dentelle à volants et des rubans dans les cheveux.

 

Au piano, Bruno K est un conteur. Il raconte une histoire comme s’il la découvrait alors qu’il connaît la fin.

Au violon, Alexakis pousse et tire l’archet. Il étire la note comme l’élastique d’un lance-pierres.

 

Koula n’a perdu son fils à la guerre, c’est pire, elle l’a perdu à une autre femme.

 

Lu en juillet 2019

Publicités
Publié dans Littérature française, Roman historique

« L’Américaine » de Catherine Bardon

Place aujourd’hui à la suite de l’épopée de la famille Rosenheck avec:

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Septembre 1961. Depuis le pont du bateau sur lequel elle a embarqué, Ruth tourne le dos à son île natale, la République dominicaine. En ligne de mire : New York, l’université, un stage au Times. Une nouvelle vile… Elle n’en doute pas, bientôt elle sera journaliste comme l’était son père, Wilhelm. Ruth devient très vite une véritable New-Yorkaise et vit au rythme du rock, de l’amitié et des amours. Des bouleversements du temps aussi : l’assassinat de Kennedy, la marche pour les droits civiques, les frémissements de la contre-culture, l’opposition de la jeunesse à la guerre du Viêt Nam…

Mais Ruth, qui a laissé derrière elle les siens dans un pays gangrené par la dictature où la guerre civile fait rage, s’interroge et se cherche. Qui est-elle vraiment ? Dominicaine, née de parents juifs autrichiens ? Américaine d’adoption ? Où va-t-elle construire sa vie, elle dont les parents ont dû tout fuir et réinventer leur existence ? Trouvera-t-elle la réponse en Israël où vit Svenja, sa marraine ? Entrelaçant petite et grande histoire, explorant la question de l’exil et de la quête des racines,

Catherine Bardon nous livre une radiographie des États-Unis des années 1960, en poursuivant la formidable fresque romanesque inaugurée avec Les Déracinés.

 

Ce que j’en pense

 

Nous retrouvons dans ce roman, les héros qui ont fait la joie des lecteurs qui ont aimé « Les déracinés ». Le récit alterne toujours les faits et le journal des ressentis, émotions du héros principal, qui est Ruth, la fille de Wilhelm et Almah Rosenheck.

Un drame est survenu à la ferme, Wilhelm est décédé à la suite d’un accident de la route, idiot comme souvent : sa voiture a percuté une vache, dans la nuit, à peine quelques secondes d’inattention et c’est le grand voyage…

Ce drame traumatise tout le monde, on s’en doute, mais Ruth, « le premier bébé » de la colonie, dont le visage a été photographié, a même été utilisé pour des timbres-poste éprouve le besoin de quitter sa famille pour aller faire des études de journalisme à New-York.  Nous sommes en 1961.

Elle part en bateau, refaisant à l’envers le voyage que ses parents ont fait des années plus tôt, comme un pèlerinage. Elle fait la connaissance d’Arturo sur le steamer, un jeune Dominicain qui part faire des études aussi.

Ruth découvre ainsi la sinistre Ellis Island qui depuis ne retient plus personne en quarantaine, et comprend ce que ses parents ont dû ressentir quand les US ont refusé de les accueillir.

Elle vient vivre chez sa tante Myriam, qui tient une école de danse, et dont le mari Aaron a bien réussi dans son métier d’architecte, et une relation forte se noue avec leur fils Nathan, épris de danse lui-aussi. Leur réussite est teintée de tristesse, car Myriam pense à son frère Wil et à Almah qui n’ont pas peu réaliser leur rêve.

« Je voulais vivre ma vie comme je l’entendais sans m’encombrer des bagages pesants de l’histoire familiale. J’allais écrire une page de la vie des Rosenheck en Amérique. Ma propre page. »

Ce roman évoque surtout le statut difficile des enfants de la deuxième génération : ses parents sont des êtres tellement exceptionnels pour Ruth, qu’elle se sent nulle, ne pouvant jamais leur arriver à la cheville. Comment faire son chemin quand les parents ont tant souffert, ont dû supporter tellement de désillusions, travailler la terre, construire leur colonie ?

« Qui étais-je, moi Ruth Rosenheck, née en république Dominicaine de parents juifs autrichiens, parachutée à New-York ? Juive, Autrichienne, Dominicaine, américaine ? Avais-je fait le bon choix ? Je me sentais perdue… »

Un autre élément entre en ligne de compte : ils n’ont jamais parler de leurs propres parents, de l’antisémitisme, de la Shoah pour préserver leurs enfants, car c’était trop lourd à porter, alors ils les ont élevés dans la liberté, l’insouciance : Ils étaient « les petits princes de la colonie » dit Ruth.

Alors dans ce cas, comment savoir qui l’on est et d’où l’on vient ? Comment se construire ? Ruth a choisi le journalisme comme son père, après avoir abandonné ses études d’infirmière, (dans la famille d’Almah, ils étaient médecins depuis des générations) et le virus était entré en elle lorsqu’elle avait couvert le procès d’Eichmann…

A l’université, elle se rend compte qu’il y a des clans, l’élite et les autres dont elle fait partie, ce qui ne facilite pas l’intégration… les US n’ont guère fait de progrès depuis l’arrivée de ses parents, la fermeture d’Ellis Island n’est qu’un symbole et encore…

Ruth a idéalisé aussi le couple formé par ses parents, en mettant la barre aussi haut, comment s’engager dans une histoire d’amour, construire un couple ou une famille ?

Elle se cherche, s’égare dans des amours sans lendemains, comme si elle voulait se perdre elle-même, seul Arturo son ami est fidèle au poste. Avec lui, elle va assister, à l’assassinat de JFK, le racisme, Johnson et la guerre au Vietnam, et la marche des droits civiques avec Martin Luther King, le plus jeune prix Nobel, ne l’oublions pas… en passant par les jeunes hippies, la drogue, l’amour libre, (où elle retrouvera Lizzie qui faisait partie de la bande des quatre copains autrefois.

Même si le récit qui s’étend jusqu’à 1966, allume un projecteur sur Ruth, on ne perd pas de vue les autres personnages, Almah, Marcus, Svenja, Frizzie entre autres, ni l’évolution de la situation politique et sociale de la République Dominicaine, ou la construction d’Israël.

J’ai aimé la manière d’aborder la recherche de l’histoire familiale pour savoir ce que l’on veut transmettre, le besoin de se connecter avec les grands-mères qu’elle n’a pas connues, pour continuer le chemin tout en partant à la quête de son identité. Mettre de la distance, géographiquement parlant, ne rend pas forcément plus autonome. Cette jeune femme est intéressante, même si l’on parfois envie de la « secouer un peu » pour qu’elle avance…

Catherine Bardon, nous fait parcourir les US par le biais de tous les évènements importants qui se sont déroulés sur cette période, et pointe le traitement des Noirs, le rejet dont ils sont victimes. Elle n’est pas tendre dans sa description et tout ce qu’elle évoque résonne tristement avec la période actuelle. En choisissant de faire participer Ruth et Arturo à la marche pour les droits civiques pour écouter le discours de Martin Luther King : « I have a dream », elle donne au lecteur la possibilité de « revivre » cette manifestation pacifique.

J’ai bien aimé ce roman, même s’il manque quelque chose de la magie du premier tome « Les déracinés », cela reste une belle histoire, qui étrille « l’Amérique » et sa société qui ne brille pas par sa tolérance, et se comporte comme le gendarme du monde, n’hésitant pas à envoyer des soldats pour maintenir à tout prix une dictature en République dominicaine par exemple…

Ce roman est dense, il ne s’étend que sur six années et pourtant il se passe tant de choses ! j’espère que l’auteure nous proposera une suite car il est difficile de se détacher des personnages…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et d’apprécier une nouvelle fois son auteure.

♥ ♥  ♥ ♥ ♥

#Laméricaine #NetGalleyFrance

 

Extraits

 

Une fois de plus, il m’a été difficile de choisir les extraits que je propose…

A l’aube d’écrire page de ma vie, j’avais besoin de ce lent arrachement à ma terre natale, et surtout, je m’étais mis en tête de refaire à l’envers le voyage qui avait amené Wilhelm et Almah Rosenheck, mes parents, sur cette île, plus de vingt ans auparavant. Ils comptaient au nombre de cette poignée d’« immigrants involontaires », comme on avait cyniquement baptisé à l’époque ces laissés pour compte, qui avaient échoué là à cause des cahots de l’Histoire, faute d’Amérique ou d’une meilleure terre d’asile.

 

Elle (Almah) se consola en se disant que la vie allait ainsi, une succession de petites déchirures qui ne rendaient que plus étincelantes les retrouvailles.

 

Je passais des heures, alanguie dans une chaise longue, à regarder la mer en faisant défiler les séquences les plus réussies du film de mes jeunes années. C’était une manière de faire mes adieux à mon enfance à laquelle je tournais définitivement le dos, en fermant les yeux, je voyais une longue plage blonde où le bonheur n’en finissait pas de couler…

 

Un véritable voyage à l’envers. Le steamer dépassa lentement Ellis Island. Le purgatoire où mes parents avaient perdu leurs dernières illusions, l’impasse d’où ils s’étaient embarqués pour ce qui devait être leur seconde vie avait triste mine…

 

Elle imaginait ses parents, orphelins de leur pays, patientant dans cet îlot sinistre, dans l’impossibilité de rejoindre ce qu’ils considéraient alors comme le rêve d’une terre promise qui les narguait depuis la rive du fleuve, puis se désespérant devant le spectacle des gratte-ciels de New-York qui leur étaient interdits.

 

Wilhelm était parti, la laissant veuve. Un mot vide de sens qui ne disait rien de son désarroi, du vide incommensurable, du manque chevillé à son esprit, tatoué à la moindre parcelle de sa peau. Wilhelm disparu, un trou dans son âme s’était creusé, qu’elle ne pourrait jamais combler.

 

Il y avait deux camps, celui des étudiants légitimes, issus des collèges new-yorkais huppés et celui des pièces rapportées, les étudiants venus d’autres états ou pire encore de pays étrangers, comme Deborah et moi…

…  On appartenait à l’un ou à l’autre camp, mais il était inenvisageable d’en changer, et il devenait clair que ce ne seraient ni mes efforts de sociabilité ni mes résultats académiques qui me permettraient d’intégrer la caste des Wasp « White anglo-saxon protestant ». J’étais condamnée à rester à la lisière de l’élite de la faculté.

 

Avec Cuba, il y avait bien assez de communistes aux portes de la Floride. Il ne fallait pas renouveler les erreurs du passé, ils devaient garder le contrôle et continuer de tirer les ficelles dans l’ombre pour rester les maîtres du jeu.

 

Elle mit le doigt sur une vérité : mieux valait vivre intensément, ne fût-ce qu’un instant, que de ne vivre qu’à demi sans rien risquer…

 

Les Dominicains, comme tous les Hispaniques, étaient victimes du racisme ordinaire. Ruth et Arturo étaient à peu près épargnés grâce à la couleur de leur peau, mais ils étaient tout à fait conscients de l’ostracisme qui frappait la plupart de leurs concitoyens de couleur.

 

Dans le bus qui les ramenait à New-York, Bernie exultait. Aucun dérapage, aucune violence. La marche avait été exemplaire. Un véritable succès. Un triomphe même. Plus que cela, elle marquerait l’histoire des Etats-Unis …

 

Il me semble que depuis ma naissance, on me fait endosser un rôle trop grand pour moi. Je sais que Maman, Frizzie, ma tante, Svenja, et toi, sans parler de mon père, avez placé de grands espoirs en moi.

Eh bien, vous vous êtes tous illusionnés sur mes capacités et vous attendez trop de moi. Je sens, je sais, que je ne serai jamais à la hauteur de vos espérances, ni même de mes propres rêves…

… Je ne serai pas non plus la plume que papa n’a pas pu être à cause de la guerre. Je n’aurai jamais le millième de son érudition, même si je lisais jusqu’à la fin de mes jours. Je ne réussirai pas non plus à être une femme aussi exceptionnelle que ma mère, je ne lui arrive pas à la cheville. Voilà, je suis une ratée.

 

Tu vois, je ne suis pas capable de grand-chose. J’ai l’impression de faire de l’amateurisme partout où je passe, de rester à la surface des choses et de passer entre les gouttes sans jamais m’investir.

 

Avaient-ils fait une erreur en l’élevant à l’abri des soucis, en la laissant grandir dans un paradis artificiel ? Était-il possible que leur détermination à faire de ces enfants, héritiers d’un lourd passé, des petits princes, les ait finalement fragilisés ? La charge symbolique de sa naissance, de sa vie même, était-elle trop lourde pour Ruth ? Ou n’étaient-ce que les atermoiements d’une jeune fille qui avait du mal à négocier le tournant de sa vie adulte ?

 

Lu en juillet 2019

Publié dans Littérature française, Roman historique

« Les déracinés » de Catherine Bardon

Je vous parle aujourd’hui d’un livre magique, sorti en 2018, que je n’ai pas vu passer (un comble pour moi qui suis fascinée par cette époque de l’Histoire). Heureusement je l’ai découvert sur NetGalley qui le remettait à disposition du fait de la sortie de « L’Américaine »

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Des cafés viennois des années trente aux plages des Caraïbes, découvrez une formidable histoire d’amour et d’exil, et le destin exceptionnel d’Almah et de Wilhelm.

Vienne, 1932. Au milieu du joyeux tumulte des cafés, Wilhelm, journaliste, rencontre Almah, libre et radieuse. Mais la montée de l’antisémitisme vient assombrir leur idylle. Au bout de quelques années, ils n’auront plus le choix ; les voilà condamnés à l’exil. Commence alors une longue errance de pays en pays, d’illusions en désillusions. Jusqu’à ce qu’on leur fasse une proposition inattendue : fonder une colonie en République dominicaine. En effet, le dictateur local a offert cent mille visas à des Juifs venus du Reich.

Là, au milieu de la jungle brûlante, tout est à construire : leur ville, leur vie.

Fondée sur des faits réels, cette fresque au souffle admirable révèle un pan méconnu de notre histoire. Elle dépeint le sort des êtres pris dans les turbulences du temps, la perte des rêves de jeunesse, la douleur de l’exil et la quête des racines.

 

 

Ce que j’en pense

 

On va suivre l’histoire d’un couple et de sa famille dont on fait la connaissance en 1921, alors que Vienne rutile de mille feux, tandis que se profile la montée de l’antisémitisme, du nazisme. Il y a d’abord les moments heureux, la rencontre, de Wilhelm et Almah, leurs familles respectives qui ont pignon sur rue : Julius le père d’Almah est un chirurgien renommé, sa mère Hannah, musicienne, le père de Wil Jacob est imprimeur, autoritaire certes, mais qui laissera son fils choisir le métier qu’il veut, alors qu’il rêvait de lui laisser l’imprimerie familiale, dont la femme Esther est en apparence soumise.

Malgré, les corbeaux noirs qui se profilent à l’horizon, on va assister à leur mariage, à la synagogue ; l’antisémitisme rampant va monter crescendo, les violences, les insultes, et certains commencent à fuir dans l’exil ou le suicide ; les droits se réduisent de plus en plus mais chacun espère que cela va s’améliorer, ils sont là depuis des générations, occupent une place dans la société viennoise…

Il est difficile de prendre la décision de s’exiler en laissant les parents derrière soi, la culpabilité s’insinue… Un jour, Myriam, la petite sœur de Wil se fait traitée de « sale truie » et cela va précipiter sa décision de partir. Pour Almah, c’est impossible de partir en laissant ses parents à Vienne, mais Julius et Hannah vont décider d’en finir, la libérant de ses hésitations et de sa culpabilité.

Ainsi commence l’exil, le passage par la Suisse, où ils atterrissent dans un camp où ils vont rester environ un an, puis la traversée de la France direction Lisbonne, où la vie leur sourit un peu plus et enfin l’embarquement vers l’inconnu dans le bateau qui les emmènent en Amérique, où ils espèrent pourvoir rester, Myriam et son époux Aaron habitant New-York : ils découvrent l’humiliation, Ellis Island où les examine comme des animaux… Leur demande est rejetée, ils acceptent alors d’aller avec le groupe à la Dominique.

Tout construire dans l’île où règne le dictateur Trujillo. Ils vont créer une communauté manière Kibboutz, travaillant la terre, construisant un village sur une usine désaffectée…

Peu à peu la communauté augmente avec d’autres arrivées, notamment Svenja et son frère Mirawek, arrivés de l’Est, Emil, mais aussi Markus qui sera un ami solide pour Wil. Une belle histoire d’amitié entre Svenja, libre, volage, et Almah et en miroir celle de Markus et Wil… Des liens qui se renforcent autour de la création du journal, car ils ont dû renoncer à une partie de leurs rêves, le journalisme pour Wil, alors que sa femme peut encore exercer son métier de dentiste.

Almah est le moteur de ce couple extraordinaire qui résiste même s’il doit parfois s’arc-bouter pour tenir ; elle s’accroche à la vie même dans les pires moments…

Ils élèvent leurs enfants, Frederik, né à Vienne et Ruth, conçue probablement lors du « séjour » à Ellis Island, dans cette atmosphère de liberté et de créativité, mais ne parlent jamais du passé, de ceux qui sont restés à Vienne, voulant à tout prix les protéger dans cette bulle… Ruth est le premier bébé né dans la communauté, ce qui lui donne une aura, parfois dure à assumer pour elle.

Il faut se battre tous les jours pour faire sortir quelque chose de cette terre, avec des périodes de doute voire de suspicion car les semences sont imposées par … Monsanto (déjà), les vaccins et les antipaludéens par Bayer…

Un jour, le 23 février 1942, la nouvelle tombe : Stefan Zweig s’est suicidé. C’était le maître à penser de Wil, il l’admirait profondément Elle connaissait la passion maladive de Wilhelm pour l’écrivain autrichien qu’il avait interviewé avec tant de fierté autrefois. C’était lui qui lui avait donné le goût de la littérature et qui l’avait inspiré par son mode de vie…

Il va lui rendre hommage en publiant la lettre émouvante laissée par Stefan Zweig dans leur journal…

Catherine Bardon évoque aussi avec beaucoup de sensibilité les vagues de nostalgie (Sehnsucht) qui parfois remontent avec une odeur, un mot et les ramènent dix ans en arrière…

Mais peu à peu, la Communauté va s’éloigner des principes qui ont été à la base de sa construction, certains voulant vendre leurs produits directement, faire de l’argent…  Et les liens vont se distendre car il y aura la création de l’État d’Israël et certains, comme Svenja et son frère, partiront créer des Kibboutz avec gestion collective, comme si l’expérience de Sosua était le brouillon, la première mouture, mais où se situe la frontière entre réalité et idéal ?

Catherine Bardon aborde dans ce roman l’histoire de cette famille et de leurs amis, entre 1921 et 1961 (avec le procès de Eichmann) en nous rappelant en parallèle la grande Histoire, sans jamais, tomber dans la facilité, ou la caricature, nous livrant les états d’âme de chacun, en les reliant aux grands évènements, aux grands personnages de l’époque.

Elle ne nous brosse pas un tableau idyllique de l’île car le dictateur Trujillo (alias « le bouc » à cause de son appétit pour la chair fraiche) y règne avec une poigne de fer et le narcissisme et le culte de la personnalité sont bien là, même si la petite communauté est loin de la capitale.

Elle ne cherche pas à nous vendre un couple idéal à travers l’histoire de Wil et Almah : c’est un couple qui s’aime très fort car les liens qui se sont tissés entre eux sont basés (et renforcés) par toutes les épreuves qu’ils ont traversées, mais l’amour n’est jamais un long fleuve tranquille et ils auront tous les deux des blessures, des crises à traverser, ce en quoi ils nous ressemblent.

Un petit mot dur le style : l’auteure a choisi d’alterner le récit des faits et les notes du journal tenu par Wilhelm où il exprime son ressenti, ce qui donne une saveur particulière à son livre.

Etan donné ma passion pour cette époque de l’histoire, ce livre était pour moi, mais il m’a tellement emballée que j’ai du mal à faire une synthèse et ma critique, comme toujours dans ces cas-là part un peu dans tous les sens, tellement j’ai envie de partager mon enthousiasme.

J’ai adoré ce roman, volumineux mais qui se dévore, ces héros que je n’avais pas envie de quitter et dont j’ai appris à connaître les états d’âme, les personnalités. Je vais enchaîner avec le tome 2 « L’Américaine ». Je l’ai acheté pour avoir une version papier et revenir sur tous les passages que j’ai soulignés…

Vous l’avez compris, si vous ne l’avez pas lu, précipitez-vous…

Un immense merci à NetGalley et aux éditions « Les Escales » qui m’ont permis de découvrir ce livre magnifique.

#LesDéracinés #NetGalleyFrance

coeur-rouge-

 

 

L’auteur

 

Catherine Bardon est une amoureuse de la République dominicaine. Elle a écrit des guides de voyage et un livre de photographies sur ce pays, où elle a passé de nombreuses années. Elle vit à Paris et signe avec « Les Déracinés » son premier roman.

 

Extraits

 

Très difficile de choisir des extraits, tans les passages surlignés sont nombreux !

 

Avoir vingt-cinq ans à Vienne était un privilège. C’était une époque brillante et stimulante, qui était encore un vrai creuset de création et, somme toute, le berceau de la modernité de tout l’Occident. (1931)

 

Les Kahn, médecins de père en fils, vivaient à Vienne depuis cinq générations. Les aïeux de la mère d’Almah avaient émigrés de Russie au début du siècle précédent. Ils appartenaient à cette grande bourgeoisie juive qui se croyait à tort assimilée et gardait soigneusement ses distances…

… il (le père) était de ceux pour qui l’appartenance à une classe sociale et à une profession comptait bien plus que leur judaïté.

 

Elle était la pièce manquante du puzzle de ma vie, celle qui lui donnait tout son sens et sans laquelle l’image n’en aurait pas été lisible.

 

Nous cristallisions désormais l’hostilité de nos compatriotes, un rejet presque unanime que rien ne justifiait. A cause de nos racines, ils nous amalgamaient en une masse qui gommait nos individualités et anéantissait nos existences. 1935

 

L’ancienne Vienne, la ville tolérante et ouverte de mes jeunes années, la capitale cosmopolite de Zweig, n’était plus. La liberté d’expression n’y serait bientôt plus qu’un lointain souvenir. L’antisémitisme, chaque jour plus violent, se radicalisait. À croire qu’il était viscéralement ancré dans la mémoire collective de nos compatriotes.

Une espèce d’atavisme voulait que les vieux restent les gardiens du temple, tandis que les jeunes, porteurs d’avenir, allaient tenter leur chance sous des cieux plus bienveillants.

 

Wilhelm se mordit la lèvre. Il préférait rester dans le flou. Il se disait que pour émigrer, il fallait être soit très pauvre, soit très courageux. Or, il n’était ni l’un ni l’autre. Il admirait Myriam qui possédait le courage qu’il n’avait pas.

 

Viscéralement attaché à ma ville natale et à tout ce qu’elle symbolisait, j’espérais chaque jour l’embellie qui nous donnerait une bonne raison de rester.

 

Certains avaient choisi une forme de départ plus radicale, et je me demandais si cela relevait du courage ou de la lâcheté. Egon Friedell (philosophe, journaliste) s’était jeté par une fenêtre au lendemain de l’Anschluss. A Coblence, le mathématicien Albert Smolenskin s’était noyé dans le Danube, tandis que sa femme s’ouvrait les veines. Le corps médical n’échappait pas à la vague de suicides… 1938

 

Les nazis avaient trouvé la solution au « problème » juif : l’expulsion et la relocalisation hors du Reich, dans les pays prêts à les accueillir. A l’initiative de Roosevelt, une conférence internationale débuta le 6 juillet à Evian pour trouver des terres d’accueil…

… Un seul pays s’était porté candidat pour accueillir des Juifs : la République dominicaine. 1938

 

Julius et Hannah avaient choisi de quitter ce monde ensemble. Un geste d’amour l’un envers l’autre pour se protéger de ce qui devait advenir ? Un geste d’amour envers Almah qu’ils libéraient de ses attaches à Vienne ? 

 

Ils auraient voulu être déjà de l’autre côté de la frontière, que l’Autriche soit derrière eux, que c’en soit fini une bonne fois pour toutes. C’était un lent déchirement, une séparation qui s’étirait au fil des paysages qui défilaient. Rien ne les avait préparés à cette sensation qu’on les amputait d’une partie d’eux-mêmes.

 

C’était un accord gagnant-gagnant. D’un côté Trujillo développait son pays grâce aux capitaux juifs et au zèle européen. Au passage, il espérait blanchir une population trop sombre à son goût, un paradoxe pour le métis qu’il était. De l’autre, le projet était un laboratoire pour le Joint…

 

On se sentait si faible et si impuissant au milieu de l’océan, suspendus entre l’eau et le ciel, deux éléments bien trop vastes pour nous. Où étions-nous ? Au milieu de nulle part… Déjà partis et pas encore arrivés. En un point hasardeux, en suspension entre hier et demain, entre la vie et la mort, entre un pays qui nous expulsait et un pays qui ne savait pas encore qu’il allait nous accueillir.

 

Nous sommes un paradoxe. Un observateur étranger serait étonné de voir des paysans au cuir tanné par le soleil et aux mains abîmées par les travaux de la ferme discuter de Nietzsche, analyser les erreurs politiques de Dollfus, débattre des thèses de Herzl…

 

Ruth était comme investie d’une mission, porteuse d’un message. Je commençais à me dire qu’il était possible d’écrire une histoire heureuse sur un passé douloureux.

C’en était fini de baisser les yeux, d’essayer de passer inaperçus, de nous fondre dans le décor, de perdre de la substance. Nous n’’étions plus des mendiants gris. Nous avions retrouvé notre dignité, nous avions une nouvelle terre et une nouvelle famille, et c’était vertigineux.

 

Nous avions changé de paradigme, renonçant à tout le superflu mais à rien d’essentiel.

Peut-être touchions-nous au bonheur ?

 

Ce n’est pas en regrettant le passé qu’on le fait revivre, intervint Emil. Il n’y a que le présent qui se construit et il se réinvente à mesure que le passé lui cède la place.

 

C’est en s’attachant à ceux que l’on rencontre là que l’on refait sa vie, c’est à travers eux qu’on accède à une nouvelle identité.

 

Étions-nous une espèce de brouillon, de test à l’implantation en terre vierge des Juifs urbains ? Je doutais que l’expérience Sosua soit tout à fait concluante et je me demandais si notre Kibboutz allait faire long feu.

 

Il ne pleurait pas la mort de la plus grande gloire littéraire de l’Autriche, mais celle d’un homme qui symbolisait, à lui-seul, tout ce que sa ville et son pays avaient représenté pour lui, les élans de sa jeunesse envolée, les rêves et les illusions perdus, les disparus, ceux qu’il avait laissé sur son chemin, ceux dont il ne savait plus rien. Sa passion pour Zweig n’avait rien à voir avec la raison.

 

La guerre avait fait de Zweig un Juif errant mais il n’avait pas accepté d’être dépossédé de sa germanité et d’être réduit à sa seule identité juive. Il n’avait pas supporté le sort fait aux Juifs, ni son impuissance face à la destruction de son monde.

 

Le temps se contentait de dresser des remparts toujours plus hauts contre les ravages de la conscience et du souvenir. Derrière, le chagrin et la culpabilité guettaient la moindre faille. Il fallait tenir les souvenirs à distance pour être heureux.

 

On prétend que l’âme des morts survit aussi longtemps que quelqu’un est capable de prononcer leur nom. Je prononcerai les leurs en silence chaque jour de ma vie.

 

Cette année (1945), la pire depuis notre arrivée, nous rappelle que le malheur rôde toujours derrière le voile fragile et éphémère du bonheur. Le temps ne guérit que les plaies superficielles, les autres se rouvrent à la moindre alerte.

 

Sans racines, on n’est qu’une ombre…

 

Lu en juin 2019

Publié dans Tombé des mains

« Dunbar et ses filles » : Edward St Aubyn

J’ai choisi ce roman sur NetGalley car il semblait prometteur, le résumé évoquant un  » Roi Lear contemporain » :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Henry Dunbar a décidé de s’enfuir du foyer pour personnes âgées où ses filles l’ont placé en Cumbria, dans la région montagneuse du nord-ouest de l’Angleterre. Son acolyte dans l’aventure est un ancien comédien alcoolique avec lequel il a sympathisé… Ils tentent le tout pour le tout, et aucun des deux n’ignore qu’on essaiera de les retrouver par tous les moyens dès que leur disparition dans la nuit et la neige aura été découverte. Car Henry Dunbar n’est pas n’importe qui : il est l’un des hommes les plus riches de la planète, et même si à plus de quatre-vingts ans, il perd parfois un peu la tête, il est encore officiellement le patron d’un empire médiatique.

Un empire convoité par ses filles Megan et Abigail, qui rêvent de prendre le contrôle du groupe lors de la prochaine assemblée générale. Elles traversent donc l’Atlantique en urgence – et en jet privé – pour essayer de remettre la main sur leur père afin de le neutraliser. Mais Florence, leur petite demi-sœur se montre plus rapide. Elle tient à revoir son père non pas pour s’emparer de l’héritage, mais dans le but de se réconcilier avec lui – il l’avait répudiée quand elle lui avait déclaré que son argent ne l’intéressait pas.  Megan et Abigail, bien au contraire, ne pensent qu’à la fortune : assoiffées de pouvoir, elles sont prêtes à tout pour l’obtenir.

Avec ses rebondissements loufoques ou drolatiques, Dunbar et ses filles est une tragi-comédie peuplée de nymphomanes hystériques, de manipulateurs manipulés et de grands lâches, tous attirés par le pouvoir et l’argent. St Aubyn nous offre non seulement une sorte de Roi Lear contemporain mais il tend surtout un miroir grossissant à notre époque.

Traduit de l’anglais par David Fauquemberg.

 

Ce que j’en pense

 

Le résumé était assez tentant et permettait de penser à la poursuite d’un milliardaire, qui vient de s’échapper d’une sorte de clinique psychiatrique où l’ont enfermé ses filles aînées avec la complicité du médecin. Je m’attendais à une aventure rocambolesque et drôle…

Certes la fuite de Dunbar, en compagnie d’un acteur sur le déclin alcoolique et d’une vieille dame atteinte d’Alzheimer est assez drôle au départ, mais on se lasse très vite de l’alcoolique en question.

Le milliardaire que ses filles Abigail et Megan veulent évincer : on serait tenté de compatir, et bien non, c’est un homme détestable qui piétine tous ceux qui travaillent pour lui.

Les deux sœurs issues d’un premier mariage, complètement cinglés, parano, perverses, magouilleuses, en un mot, exécrables, à vomir, alors que la demi-sœur Florence est clean et a toutes les qualités : un peu trop gros pour qu’on s’intéresse à elles. Les premières se lancent à sa poursuite pour lui voler son empire, l’autre voulant simplement se réconcilier avec lui…

Le seul qui est plutôt drôle, le Dr Bob : complètement accro à des pilules de toutes sortes, excitants, calmants, viagra etc… qui est le jouet sexuel des deux filles, sur le mode sado-maso, bien sûr mais…

Bref, ce livre m’est tombé des mains, je n’ai même pas pu atteindre la moitié du récit, et pourtant j’ai tendance à vouloir donner une chance à l’auteur en général avant de lâcher prise, mais cette lecture devenait un pensum alors ma chronique va se résumer à « circulez il n’y a rien à voir ».

Les extraits ci-dessous sont caractéristiques de l’esprit du roman…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman, moins bonne pioche…

#DunbarEtSesFilles #NetGalleyFrance

 

Extraits

 

Je suis, ou j’ai été un jour—qui sait si j’appartiens désormais au passé, ou pas encore ? – un acteur célèbre, mais je souffre de dépression, ce mal comique, ou ce tragique mal du comique, ou ce mal historique des comédiens tragiques, ou cette fiction d’un mal tragique des comédiens historiques.

 

Dunbar souleva le vase au-dessus de sa tête, déterminé à le lancer contre la fenêtre de sa prison, mais se figea soudain, tout aussi incapable de fracasser l’objet que de le reposer, la parfaite guerre civile entre omnipotence et impotence qui occupait son corps et son esprit empêchant toute action.

 

C’est parce qu’elle avait été adorée qu’elle était maintenant capable d’acquérir cette indépendance, mais un homme aussi possessif que son père ne pouvait vivre cette autonomie comme un compliment, ni s’empêcher de prendre à tort pour de l’amour la cupidité de sas sœurs.

 

De toutes les grandes erreurs de la création, le sommeil l’avait toujours frappé comme étant la plus scandaleuse, plus inexplicable encore que l’altruisme : trois heures, ou dans le cas des plus égarés, huit heures au cours desquelles il était impossible de faire de l’argent.

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature Australienne

« Les fleurs sauvages » de Holly Ringland

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui semble recueillir un certain succès chez les lecteurs depuis quelques temps et dont la couverture, déjà, est une invitation au voyage :

 

https://s3.amazonaws.com/netgalley-covers/cover163233-medium.png

 

Résumé de l’éditeur :

 

« À cœur vaillant, rien d’impossible

Lorsqu’une tragédie change à jamais sa vie, la jeune Alice Hart, âgée de neuf ans, part vivre chez sa grand-mère qu’elle ne connaît pas. Quittant le bord de l’océan où elle a grandi, elle trouve refuge dans la ferme horticole de June, où celle-ci cultive des fleurs sauvages d’Australie.

Au fil du temps, Alice oublie les démons du passé et apprend à perpétuer la tradition familiale en utilisant le langage des fleurs pour remplacer les mots lorsqu’ils se font trop douloureux.
Mais l’histoire des Hart est hantée par de nombreux secrets que June cache à sa petite-fille.

 Une sorte de fatalité semble accabler les femmes de leur famille, aussi June préfère-t-elle tenir Alice à l’abri de la vérité, quitte à la tenir à distance de l’amour.

Une fois adulte, révoltée par ce silence et trahie par celles qui lui sont le plus chères, Alice se rend compte qu’il y a des histoires que les fleurs seules ne peuvent raconter. Si elle veut être libre, elle doit partir et inventer l’histoire la plus importante de toutes : la sienne…

Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Damour

 

 

Ce que j’en pense

 

On fait la connaissance d’Alice Hart, alors qu’elle a autour de neuf ans, vit dans la propriété appartenant à son père, qui cultive la canne à sucre. La petite fille n’a pas le droit de sortir de la propriété et suit sa mère qui cultive son jardin. Même l’école, son père ne veut pas en entendre parler, lui de perdition selon lui. Il règne en véritable tyran sur Agnès, sa femme et sur sa fille, les coups pleuvent dès qu’on ne dit pas comme lui.

« Ce n’est pas un endroit pour une fille, disait son père, tapant du poing sur la table, faisant tressauter assiettes et couverts, chaque fois que la mère d’Alice suggérait de l’envoyer à l’école. Elle est plus en sécurité ici, grondait-il, mettant fin à la conversation. C’était ce que son père savait le mieux faire, mettre fin à tout. »

Un jour, Alice s’échappe et découvre la ville, notamment la bibliothèque municipale, où elle arrive en chemise de nuit, pieds nus et fait ainsi la connaissance de Sally, la bibliothécaire qui comprend vite qu’elle est maltraitée mais n’ose pas trop intervenir, tout le monde ayant peur de Clem Hart. Cette expédition vaut à Alice une pluie de coups. Mais son père finira par l’autoriser à emprunter des livres.

Alice est fascinée par le feu, comme sa mère d’ailleurs, et le pouvoir régénérateur de celui-ci : son père peut-il renaître de ses cendres, meilleur, comme le phénix ? Un jour où elle brave un interdit, pénètre dans l’antre de son père, mais y oublie la lanterne allumée.

Il en résulte un incendie où ses parents meurent et elle, sauvée in extremis, avec une longue hospitalisation et sa grand-mère paternelle, June, dont elle n’a jamais entendu parler, vient la chercher et l’emmène dans sa propriété, à Thornfield, où elle cultive des fleurs, et accueille des jeunes femmes en détresse, qu’elle appelle ses Fleurs.

Pourquoi, Clem a-t-il quitté la maison familiale ? Quels sont les secrets qui rongent cette famille depuis des générations ? June ne parvient pas à en parler, les non-dits s’accumulent, et les mêmes causes ayant les mêmes effets, on assiste à une répétition des scenarii de vie.

Quand on ne parvient pas à parler, on essaie de communiquer autrement, ici par le langage des fleurs, et comme June, on repousse le problème en ayant recours à la fiole de whisky, tout en créant des bijoux avec les fleurs récoltées, les inscrivant ainsi dans le temps.

Chaque chapitre commence par la présentation d’une plante, son nom latin, son nom aborigène, ses caractéristiques, couleurs, action, et apporte une clé pour décrypter, l’histoire.

J’ai adoré ce roman, l’histoire de toutes ces femmes de Thornfield, leurs difficultés, leurs souffrances, est passionnante. outre Alice et June, tous les personnages m’ont plu, notamment la grand-mère June, Ruth qui est à l’origine de la passion familiale pour les fleurs,  de Twig, à qui on enlevé ses enfants pour les confier à des blancs,  et d’autres femmes qu’on découvre tout au long du roman. L’auteure nous propose des portraits de femmes extraordinaires alors que les hommes attirent peu la sympathie, à part certains…

Une scène m’a beaucoup marquée, par exemple : Clem décide d’aller faire de la planche à voile alors qu’il y a énormément de vent, et il prend Alice sur sa planche, l’assied devant lui et elle doit se tenir à ses jambes. Elle n’a que neuf ans, elle a peur et ne se comporte pas comme il veut, alors il la jette à la mer et s’en va sur sa planche sans se soucier de la suite. C’est Agnès, qui va se porte au secours de la fillette qui en réchappe de peu. Et au retour bien-sûr, toutes les deux doivent affronter sa colère, sa violence…

L’écriture est belle, tout autant que l’histoire ; Holly Ringland parle tellement bien de l’Australie, de la mainmise des Blancs, du mépris pour la culture aborigène, pourtant si riche, si proche et si respectueuse de la nature. Elle évoque notamment le parc naturel de Kilipitjara, avec la description d’un cratère où poussent des fleurs splendides, les pois du désert, qui serait selon la légende, le point de chute sur la terre du cœur d’une mère, de l’univers des étoiles, qui aurait laissé tomber son fils sur la terre, dans un moment d’inattention…

C’est le premier roman de Holly Ringland et c’est une belle réussite. Je craignais au départ, qu’il s’agisse d’un roman fleur bleue, c’est le terme qui convient puisqu’on est dans les fleurs, et il n’en est rien. En plus, la couverture est magnifique.

Même la postface est passionnante car l’auteure explique comment elle construit son récit, et quels sont les lieux qui existent réellement et ceux qu’elle inventés.

Je pourrais en parler pendant des heures, car les portes d’entrées dans sont multiples, comme les thèmes abordés, alors un conseil, si vous ne l’avez pas déjà lu, foncez !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard Mazarine qui m’ont permis de découvrir et de dévorer ce roman.

#LesFleursSauvages #NetGalleyFrance

coeur-rouge-

 

L’auteure

 

Holly Ringland a grandi dans le jardin tropical de sa mère, sur la côte est de l’Australie. C’est lors d’un voyage en camping-car de deux ans avec toute sa famille que naît son intérêt pour les autres cultures et leurs légendes alors qu’elle n’a que neuf ans.

À l’âge de vingt ans, Holly travaille pendant quatre ans au sein d’une communauté aborigène perdue dans le désert australien. En 2009, elle déménage en Angleterre et décroche un master d’écriture créative à l’Université de Manchester.

Ses essais et nouvelles ont été publiés dans une multitude de journaux et anthologies. « Les fleurs sauvages » est son premier roman.

 

 

Extraits

 

Alice se souviendrait toujours de cette journée comme de celle qui avait changé irrémédiablement sa vie, même s’il lui faudrait vingt ans pour comprendre : la vie va de l’avant, mais ne se comprend qu’en regardant en arrière. Vous ne pouvez pas voir le paysage qui vous entoure tant que vous êtes à l’intérieur.

 

Certains jours, la mère d’Alice semblait complètement absente.il n’y avait plus ni histoires si promenades au bord de la mer. Elle ne parlait plus aux fleurs. Sa mère restait au lit les rideaux tirés contre la lumière blanche, anéantie, comme si son âme l’avait quittée.

 

Elle avait l’habitude de tenir la barre. Elle semait ses graines et les voyait éclore quand et comme elle s’y attendait. Sa vie avait ses cycles de semailles, croissance et cueillettes, et elle reposait sur ce rythme bien ordonné. Qu’un enfant débarque aujourd’hui dans son existence, alors que son énergie diminuait et qu’elle songeait à la retraite, était particulièrement perturbant.

 

Alice contempla l’arc-en-ciel de couleurs des autres fleurs enchâssées dans les colliers, boucles d’oreilles et bagues. Chacune était à jamais scellée ; figée dans le temps et pourtant colorées à vie. Elle ne noircirait jamais, ne tomberait jamais en poussière. Elle ne mourrait pas.

 

Au temps de la reine Victoria, les gens en Europe parlaient le langage des fleurs. C’est la vérité. Les ancêtres de June – tous tes ancêtres, Alice – des femmes qui ont vécu il y a longtemps, ont emporté cette langue à travers les océans depuis l’Angleterre et l’ont transmise au fil des générations, jusqu’à ce que Ruth Stone l’introduise ici à Thornfield.

 

Tout le monde avait besoin de silence de temps en temps. C’était la magie de Thornfield ; c’était un endroit où il était possible de ridelles choses qu’on ne pouvait pas exprimer.

 

Au pied de l’eucalyptus géant, Ruth s’asseyait et se laissait aller à chanter et pleure. Lire et chanter étaient alors les deux seules occupations qui l’empêchaient de perdre l’esprit. Elle chantait des histoires que sa mère lui avait apprises, qui parlaient de fleurs capables de dire des chose que les mots étaient impuissants à exprimer.

 

June était debout au comptoir de la cuisine avec la bouteille de whisky ouverte devant elle. Elle s’en versa un autre verre. Elle était fatiguée. Lasse de porter le poids d’un passé trop lourd à faire revivre. Elle était lasse des fleurs qui parlaient de choses que les gens n’osaient pas exprimer. De cœurs brisés, de solitudes et de fantômes. Du sentiment d’être incompris.

 

Le passé a une curieuse façon d’engendrer de nouvelles pousses. Si tu ne t’en occupes pas immédiatement, ces histoires se ressèmeront d’elles-mêmes.

 

Mais le remords était une semence étrange ; plus vous l’enterriez, plus il s’escrimait à repousser.

 

Nous ne pouvons pas ignorer le mal que nous avons fait, dit Alice. Même si nous tentons de l’enfouir au plus profond de nous-mêmes.

 

Bien que sa présence apaise les souvenirs douloureux qu’elle voulait oublier, la vie qu’Alice avait laissée derrière elle se glissait dans son cœur comme une plante grimpante, vrille après vrille, feuille après feuille.

 

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature française, Roman jeunesse

« Journal d’un amnésique » de Nathalie Somers

Je vous parle aujourd’hui d’un roman jeunesse, pour varier les plaisirs, avec ce livre choisi sur NetGalley pour le thème abordé ainsi que la couverture…

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

À 15 ans, le quotidien de Romain se transforme en film catastrophe. Il est incapable de reconnaître ses parents ni même son reflet dans une glace… le voilà amnésique, au secours ! Il décide de compiler chaque épisode de sa nouvelle vie dans un journal, et de se lancer dans une (en)quête d’identité.

Entre ses parents cachottiers, l’éblouissante Morgane, l’énigmatique Adeline, le populaire Elias et sa bande calamiteuse, il est vite perdu… Perdu mais pas fichu, car l’un ou l’une d’entre eux pourrait bien l’aider d’une manière inattendue… Et si ce nouveau départ lui permettait enfin de vivre sa vie ?

 

 

Ce que j’en pense

 

Romain commence à tenir son journal sur les conseils du médecin qui l’a examiné aux urgences à la suite d’une chute avec perte de connaissance qui lui a laissé une amnésie, afin de décrire ce qu’il ressent et tenter de retrouver des souvenirs.

Ses parents, notamment son père ne le croient pas et pensent qu’il simule pour échapper à la réalité ou manipuler son entourage. Alors, Romain a recours à la phrase magique : « Céledocteurkiladi » pour tenter de se retrouver.

Son journal commence le 22 mai et s’étend jusqu’au 11 juin, et Romain lui confie tout sans tricher.

Première difficulté : il ne reconnait pas ses parents et décide de les appelle par leurs prénoms, ce qui en dit long sur les relations dans la maison. Un père autoritaire, intransigeant, une mère effacée qui lui cuisine du quinoa, du tofu, ou pilpil galettes de riz…

La maison reluit de sol au plafond, la chaîne Hi-Fi est la propriété exclusive du père et il est interdit d’y toucher et cerise sur le gâteau, on entre dans sa chambre comme dans un moulin, il n’a aucune intimité. Ambiance terrible donc.

Le médecin lui ayant conseillé d’imaginer qu’il est le héros d’un film, il se plonge dans « Le comte de Monte-Cristo » et s’identifie à Edmond Dantès, comparant leur prison respective…

« Moi aussi je suis prisonnier. Mon château d’If, c’est ce corps. Cette vie. Et de cette geôle-là, on ne s’efface pas. »

Ensuite il faut affronter le retour au lycée, où il ne reconnaît personne, les amis, les ennemis ? à qui doit-il faire confiance ?

Ce roman explore, on l’aura deviné, le harcèlement à l’école, car on comprend très vite que l’amnésie permet à Romain de fuir une réalité. Maltraitance des gens qui sont différents, telle Adeline, surnommée « grosse vache », l’auteure utilise une phrase lourde de signification :

« C’est drôle comme les gens vous évitent quand vous êtes différent. On dirait qu’ils ont peur d’attraper votre problème. »

Romain est subjugué par Morgane, une belle adolescente aux cheveux d’or « la fée Morgane » dont il est persuadé d’avoir entretenu une relation privilégiée avant ? il se rapproche du meneur, Elias et de ses « valets », car il veut se faire des amis à tout prix…

L’auteure explore au passage la différence, le piège des réseaux sociaux (dans lequel Elias et ses acolytes le font tomber et pour cause), les vidéos qu’on y poste, les « amis » virtuels, et par voie de conséquence une autre forme de harcèlement, et tout au bout le chantage.

Nathalie Somers démontre dans ce court roman, le terrain sur lequel se greffe et prospère le harcèlement : un ado peu sûr de lui qui a été élevé de façon stricte, auquel on a toujours demandé d’être parfait en tout et à travers lequel, les parents tentent de vivre la vie qu’ils n’ont pas pu vivre. Cela a donné un garçon qui ne s’est jamais révolté, s’est isolé et constitue une proie facile.

Je salue au passage les autres auteurs qui ont collaboré également à l’écriture de ce roman : Nicolo Giacomin et Lucia Calfapietra.

Ce roman jeunesse m’a bien plu, il est bien écrit, et l’auteure a bien su explorer le sujet, avec des termes qui sont propres à l’adolescence, et donc le message passe bien, même si les personnages sont parfois caricaturaux, notamment les parents qui m’ont rappelé des souvenirs…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Didier Jeunesse qui m’ont permis de découvrir ce roman.

#JournalDunAmnésique #NetGalleyFrance

 

L’auteur

 

Après un début de carrière dans l’ingénierie, Nathalie Somers s’est reconvertie dans l’enseignement.

Professeur des écoles à mi-temps, elle profite de son temps libre pour s’occuper de ses 3 enfants et de son mari, pour écrire des contes et histoires pour les plus jeunes, et parfois même des articles pour femmesaujourdhui.com.

 

 

Extraits :

 

C’est aussi pour ça que j’ai commencé ce journal. Pour m’apprivoiser, me découvrir, me structurer. En espérant qu’il y ait quelque chose à découvrir et à structurer. Pour l’instant, ma tête est comme une grande maison vide aux murs lisses.

 

Peut-être étais-je la victime d’une caméra cachée ? Pour m’en convaincre, j’ai cherché à visualiser celle qui était vraiment ma mère. Celle que j’appelais « maman ». J’ai cherché et j’ai cherché encore. Et encore et encore. Je n’ai rencontré que le vide. Un écran blanc. Un trou noir.

 

Comment pouvais-je recouvrer mes esprits (au pluriel) alors que j’avais de plus en plus l’impression de l’avoir perdu (je veux dire « l’esprit » au singulier.

 

Un conseil : vis au jour le jour. Imagine que tu es le héros d’un film. Prends les choses comme elles viennent et surtout, surtout, ne force pas ta mémoire. La mémoire, c’est comme un chat : si tu l’obliges à s’asseoir sur tes genoux, il te fuira. Ignore-le, et il viendra se lover contre toi.

 

Ça me fait penser que cette situation ne manque pas de piquant : d’habitude, la question qui se pose, c’est de savoir si le père va reconnaître son enfant. Pas si l’enfant va reconnaître ses parents.

 

Edmond Dantès n’est-il pas devenu le comte de Monte-Cristo en s’évadant de sa prison ? L’homme d’avant n’avait rien de commun avec celui d’après. Pourquoi cela ne marcherait-il pas pour moi ? Après tout, à chacun son château d’If !

 

« Des mots pour soigner des maux », oui, je l’ai déjà entendu dire. Ça m’a l’air idiot, une jolie formule qu’on agite sous le nez de ceux qui souffrent. Un os à ronger que l’on jette aux victimes qui, comme moi, s’en prennent plein la tronche…

 

Le monde, parfois, est mal fait. Il y a des gens avec des grands cœurs et des petits moyens et d’autres avec de grands moyens mais de petits cœurs.

 

La mémoire est un instrument qui se joue de lui-même. Un évènement traumatisant peut soit y être indélébilement inscrit ou à jamais dissimulé.

 

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Dette de sang » de Kevin Wignall

Petit détour par le polar avec ce livre que j’ai lu en alternance avec un essai de Lydie Salvayre dont j’ai parlé hier :

 

 

 

Quatrième de couverture

 

Assise à une terrasse de café ensoleillée d’une petite ville de Toscane, en compagnie de son petit ami, Ella Hatto profite du calme estival et de la beauté des lieux. Son plaisir sera de courte durée, et l’inconnu qui l’observe de loin le sait très bien. Entraînée brusquement dans une spirale infernale qui vient d’emporter ses parents et son frère, Ella doit tirer un trait sur ses projets et ses rêves d’une vie normale. Si elle veut survivre, il lui faudra se montrer forte et impitoyable face à cet ennemi invisible. Avec l’aide de Lucas, un tueur à gages au passé trouble, pourra-t-elle assouvir sa soif de vengeance ?

 

Ce que j’en pense

 

Ce roman démarre sur les chapeaux de roues avec l’assassinat de Ben et de ses parents, exécutés froidement… ça sent le règlement de compte à plein nez !

Au même moment, Ella la fille du couple est en vacances en Italie avec son copain Chris et sont à la terrasse d’un café lorsqu’un homme qui semblait les surveiller discrètement se lève brusquement et abat deux hommes tout aussi froidement…

Il s’agit de Lucas que le père d’Ella a engagé comme garde du corps pour la jeune fille. Qui a commandité ? C’est ce qu’Ella veut savoir et obtenir justice.

La première partie est pleine de suspense, on est captivé par l’histoire. Puis, l’histoire dérive un peu : on voit Chris prendre le large, avec une certaine lâcheté mais qui pourrait le blâmer, affronter une telle situation à un âge où l’on a envie de profiter de la vie. Ella va vivre chez son oncle et glisse dans la dépression, la sidération plutôt mais comment réagir quand on vient de perdre sa famille, d’échapper à la mort en se rendant compte qu’il y avait pas mal de secrets louches dans cette famille.

Peu à peu, Ella va dériver, obnubilée par sa vengeance, reprendre contact avec Lucas, chercher à comprendre et s’enfoncer dans la spirale de la violence.

Lucas est un personnage intéressant : tueur à gage, il a beaucoup de sang sur les mains, mais depuis quelques années aspire à changer de vie, car il comprend qu’il est passé à côté de l’essentiel, son histoire d’amour a volé en éclats et sa compagne l’a tenu à l’écart de sa fille. Ce travail de garde du corps est le dernier avant de tenter de les retrouver.

Kevin Wignall nous propose ici un duo haut en couleurs, une relation forte qui s’installe entre Ella et Lucas, une intrigue pleine de surprises.

Ce polar oblige le lecteur à se demander ce qu’il ferait s’il était confronté au même drame, doutant de tout le monde. Résilience ou basculement dans le règlement de compte ? Comment une jeune fille apparemment équilibrée peut-elle basculer ainsi?

Ce polar est inégal, alternant le suspense et le ronron des cheminements des héros, mais c’est une lecture intéressante malgré les stéréotypes.

J’ai un faible pour le tueur à gages, féru de lecture qui tombe sous le charme des romans de Jane Austen : « Orgueil et préjugés » dans une main, le flingue dans l’autre alors qu’il veut se « ranger des affaires » …

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Amazon Publishing France qui m’ont permis de découvrir cet auteur.

#DetteDeSang #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Kevin Wignall est un écrivain anglais né à Bruxelles en 1967. Fils de militaire, il a passé de nombreuses années dans différents pays d’Europe, avant d’étudier la politique et les relations internationales à l’université de Lancaster. Il devient écrivain à plein temps après la publication de son premier livre, People Die (2001).

Parmi ses autres romans, on citera « L’Homme sans passé » paru aux éditions AmazonCrossing en 2017, ou encore son dernier roman, encore inédit en français, To Die in Vienna (2018). « Dette de sang » a été porté à l’écran par Jonathan Mostow. Il est sorti dans les salles en 2017.

 

 

Extraits

 

Elle regarda l’arme… Elle avait la désagréable impression que, posée sur cette table de chevet, se trouvait une réalité dont on l’avait protégée, une réalité dont son père l’avait volontairement tenue à l’écart, afin qu’elle ne déteigne pas sur son enfance ou son adolescence.

 

Elle n’avait nulle part o aller, rien vers quoi revenir, une vérité qui aurait pu susciter chez elle un nouveau bouleversement intérieur, mais la douleur éprouvée était comme émoussée maintenant, amenuisée par l’épuisement émotionnel qui l’avait gagnée à travers chaque terminaison nerveuse de son corps…

 

Sa fille pouvait être une de ses personnes. Elle pouvait passer à côté de lui, le frôler dans une gare ou un aéroport, sans qu’il n’en sache rien, sans que ni l’un ni l’autre ne sache jamais que leurs chemins venaient de se croiser, pour se perdre aussi vite de nouveau.

 

Tout le monde voulait qu’elle soit heureuse ; c’était leur grand mensonge, prétendre que le but en toutes circonstances, c’était le bonheur. Avale ces pilules, sois heureuse, oublie que le ciel a disparu du monde cet été. Mais, elle se sentait comme un pays en guerre ; on avait envahi son territoire, massacré ses citoyens et elle luttait pour sa survie. Comment expliquer cela à Chris ?

 

Il la vit accuser le coup, mais elle était dangereuse maintenant, et imprévisible. On pouvait le lire dans son regard ; la douleur du deuil avait cédé la place à une détermination aveugle. Ce basculement, il l’avait vu s’opérer trop souvent au cours de sa carrière, et il ne voulait pas être là pour voir le résultat chez elle. Il devait partir maintenant, pendant qu’il avait encore des raisons de le faire…

 

Lu en juin 2019

Publié dans Essai, Littérature française

« Marcher jusqu’au soir » de Lydie Salvayre

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’avais repéré lors du passage de l’auteure à La Grande Librairie :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

L’humeur railleuse et le verbe corrosif, Lydie Salvayre se saisit du prétexte d’une nuit passée au musée Picasso pour questionner le milieu artistique et ses institutions. Se tournant vers son enfance de pauvre bien élevée et abordant sans masque son lien à un père redouté et redoutable, elle essaie de comprendre comment s’est constitué son rapport à la culture et à son pouvoir d’intimidation, tout en faisant l’éloge de Giacometti, de sa radicalité, de ses échecs revendiqués et de son infinie modestie.

 

 

Ce que j’en pense

 

L’auteure a l’occasion de passer la nuit dans le musée Picasso, à l’ombre de cette sculpture qui lui plaît beaucoup. Elle commence par refuser, puis finit par accepter, mais une immense angoisse l’étreint et elle ne songe qu’à fuir, s’échapper à tout prix, comme si un danger la guettait. Cette nuit au musée va lui permettre d’exprimer son ressenti et tout ce que lui inspire l’œuvre.

La réflexion sur L’Homme qui marche de Giacometti est très intéressante, car Lydie Salvayre creuse dans tous les sens, cherche à approfondir, ce que l’artiste a voulu exprimer.

J’ai aimé aussi la manière dont elle critique les musées qui selon elle enferment les œuvres, les tiennent en cage, et surtout sa diatribe contre le monde de l’art : l’entre soi d’une certaine élite culturelle, sous la houlette de celui qu’elle appelle « le ministre des distractions » au lieu de ministre de la culture, ce qui en dit long, le pouvoir de l’argent dans l’art.

Elle revient aussi sur son enfance avec son père violent, le « fragnol » que l’on parlait à la maison et la manière dont les enfants issus de l’immigration se sentent à part, vis-à-vis de l’art, de la culture, car ils pensent ne pas maîtriser suffisamment la langue.

Lydie Salvayre évoque aussi les doutes de Giacometti, dont l’estime de soi est vraiment très basse et qui se considère comme un raté, ce qui nous vaut une classification des ratés corrosive, que j’ai beaucoup appréciée.

J’apprécie énormément ce ton corrosif si caractéristique de l’auteure et ses réactions épidermiques, sa colère ne sont pas pour me déplaire, même si elles se retournent souvent contre Bernard son compagnon !

On rencontre au passage des artistes qui ont fait un peu de route avec Giacometti : Beckett, Picasso (qu’il n’aimait guère, trop solaire pour lui si modeste) ainsi que le rôle important de son frère Diego dans sa vie…

Bien-sûr la rencontre qui n’a pas pu se faire au cours de la nuit au musée, va se produire plus tard, les réflexions de Lydie Salvayre s’étant un peu décantées et elle comprendra tout le sens du message de Giacometti, en éclairant sa propre histoire. Mais je vous laisse découvrir tout cela…

J’ai choisi ce livre car la sculpture de Giacometti me fascine, alors que je ne l’ai vue qu’en photographie, par le message qu’elle m’envoie et que l’auteure ne tarde pas à percevoir. Je pourrais en parler pendant des heures… J’espère vous avoir convaincus d’y jeter un œil (et plus si affinités).

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet essai et les réflexions de l’auteure me touchent car elle considère que son statut d’enfant d’émigrés pauvres, a tendance à l’exclure du monde de l’art, ce qu’elle a réussi dans la littérature n’est pas encore « mûr » dans la peinture ou la sculpture, comme si elle ne s’en donnait pas le droit, cet art étant monopolisés par les intellos friqués…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui ont permis cette lecture.

 

#MarcherJusquauSoir #NetGalleyFrance

 

l'Homme qui marche de Giacometti

 

Extraits

 

J’ai souligné tellement de passages qui m’ont plu que le choix des extraits a été difficile…

 

L’Homme qui marche, immobile, figé et en même temps mouvant, comme ces vagues de la mer que le froid a gelées dans leur houle. Solitaire, absolument solitaire, absolument impénétrable, clos, retranché en lui-même, hors d’atteinte.

Dur, d’une dureté infracassable, immortel, inhumain…

 

Je me demande parfois quelles traces ont pu laisser en moi ces dix-neuf années passées auprès d’un père parano. Je me demande par ex, si je n’ai pas tendance à m’exagérer certaines peurs, comme en ce moment même où je me suis réfugiée dans les toilettes d’un musée pour m’être simplement heurtée à deux figures à tête de mort.

 

Il y a un talent toutefois que j’ai acquis, grâce à mon père en quelque sorte, et que je vérifie à  chaque fois : c’est que mon corps m’avertit d’instinct dès que je suis en présence d’un pouvoir toxique (tyran, tyranne, tyrannette ou tyranneau) mon corps, comme alerté par un sixième sens, se tient sur ses gardes, comme alerté par un sixième sens, se tient sur ses gardes, il se cabre en dedans, c’est difficile à expliquer, il se hérisse, s’aiguise, se révolte, prêt à se défendre ou à fuir et me murmure gaffe !

 

Colère contre moi qui ne me donnais pas le droit de m’approprier cette langue parlée que d’autres héritaient de plein droit. Colère contre moi qui parfois jouais la comédie de l’appropriation, qui essayais de parler « comme une dame » en usant de tournures tarabiscotées et qui me semblaient élégantes mais dites avec un accent si faux et si guindé que Bernard en m’entendant ne pouvait s’empêcher du rire…

 

Le fait de savoir qu’elle était la sculpture la plus chère de tous les temps (elle fut adjugée en 2010 à Londres à 74 millions d’euros), ce fait m’avait-il portée au respect, avait-il joué dans mon enthousiasme ?

 

Nous vivions dans un monde qui définissait l’être par l’avoir, et la beauté par son prix…

 

Il me restait toutefois une issue : tourner mon échec, ou ce que je vivais comme un échec, en objet de méditation, méditation sur l’impuissance à ressentir des émois artistiques et, par association d’idées, méditation sur l’impuissance à créer des émois artistiques.

 

L’art déchouer de Giacometti était si hautain, si furieux, qu’il en devenait grandiose et faisait taire les soupçonneux de tous poils. Il lui consacra sa vie.

 

Il fallait aller de l’avant obstinément et sans répit, puisqu’aller de l’avant c’était se vérifier vivant. Il fallait aller de l’avant, ne serait-ce qu’en soi-même. Il fallait continuer de marcher, quand bien même le geste de marcher l’emportait irrésistiblement vers un affreux naufrage. Il fallait marcher, marcher, marcher, jusqu’au dernier battement.

 

Et, c’est cette immense modestie de Giacometti, écrivis-je sur mon carnet, et le sentiment profond qu’il avait de ses limites et de ses insuffisances qui lui permirent de concevoir l’Homme qui marche.

 

Giacometti avait en lui assez de puissance pour s’offrir le luxe d’être modeste, il était immensément modeste parce qu’immensément puissant, et réciproquement.

 

L’Homme qui marche n’avait pas, cette nuit-là, marché vers moi, ni moi vers lui. Il s’était refusé à moi, et moi à lui, rendez-vous manqué, c’était indubitable.

 

Il avait gardé d’un accident une légère boiterie. Certains esprits simplistes prétendirent qu’il cultivait la boiterie de son corps tout comme il cultivait la boiterie de son art.

 

Fût-il (Giacometti) victime consentante du dévouement de Diego ? Et Diego victime consentante du génie de son frère ? Les deux victimes l’un de l’autre, victimes à la fois soumises et librement assumées ? Nul ne le saura jamais.

 

Etais-je une handicapée de l’art ? Une infirme du sens esthétique ? Une analphabète du beau ? Sans aucune assise intérieure pour y asseoir la beauté ?

 

La force de L’Homme qui marche excédait-elle les capacités de mon âme et ses très exigües dimensions ? Je me perdais en supputations.

 

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature américaine, Polars

« Mortel mariage » de Mary Jane Clark

Je vous parle aujourd’hui du polar écrit par une auteure que je n’ai encore jamais approchée :

 

mortel mariage de Mary Jane Clark

 

 

Quatrième de couverture

 

Après avoir été actrice dans une série télévisée, Piper s’est reconvertie avec succès dans la création de gâteaux de fête. La prochaine pièce montée qu’elle va réaliser sera le moment fort du mariage de sa cousine Kathy.

Mais, dès son arrivée en Floride, Piper la trouve nerveuse. Qui ne le serait pas : l’une de ses demoiselles d’honneur a disparu depuis plusieurs jours !

Bientôt un cadavre est découvert sur la grève… Dès lors, Piper mène l’enquête. De l’entourage des mariés au personnel de l’hôtel, nul n’échappe à ses soupçons.

Mais, à force de fouiner partout, Piper se met en danger… Sera-t-elle la prochaine à être retrouver sur la plage… Sans vie ?

 

Ce que j’en pense

 

Shelley, témoin du mariage de Kathy a disparu, semant un peu le trouble sur la fête. Et voilà qu’on découvre un corps enterré sur la plage paradisiaque. Les préparatifs de la réception, continue, néanmoins, Piper cousine de Kathy, étant chargé de confectionner le gâteau avec sa mère.

Les invités sont logés dans un hôtel luxueux appartenant au nouveau compagnon de la mère de la mariée qui a pour ambition secrète de racheter toutes les villas jouxtant l’hôtel pour un projet pharaonique. Shelley était chargée de convaincre les récalcitrants…

En fait, il semblerait que des témoins existent : Levi, jeune artiste amish, en rupture avec sa communauté, a vu quelque chose sur la plage, tandis qu’une femme âgée, Roz, a cru voir quelqu’un traverser sa propriété, avec un sac sur le dos (une femme ?).

Le tueur tente d’éliminer tous ceux qui pourraient attirer l’attention de la police vers lui : chantage sur Levi, voiture de Roz propulsée dans le ravin…

On fait ainsi la connaissance de Brad, témoin du marié, sportif ayant un tatouage représentant une femme en train de pleurer ! qui a fait de la prison pour trafic de drogue (dénoncé par Shelley car son propre frère en est mort par overdose). On rencontre aussi un médecin collectionneur de statuettes japonaises hors de prix, le docteur Pinson, un autre amish qui devrait succéder à Shelley… Bref, toute une collection de tueurs présumés…

J’ai bien aimé la manière dont Mary Jane Clark aborde la situation difficile des Amish, communauté marginale aux règles rigides, dans laquelle les jeunes ont une unique chance de voir autre chose, à l’adolescence, lors de leur « rumspringa », durant laquelle ils peuvent vivre un peu comme les autres citoyens avant de revenir faire leur baptême. Une fois celui-ci célébré, tout retour en arrière est impossible ou conduit au bannissement, les autres membres n’ayant plus le droit de garder des liens, ni même de parler à celui qui est exclus.

Autrefois, j’étais fan de Mary Higgins Clark. A l’époque je lisais très peu de polars et je trouvais ses intrigues plaisantes. Puis j’ai commencé à trouver tout cela assez fade, ma route ayant croisé celle de Patricia Cornwell, puis j’ai découvert d’autres auteurs et, même si ce n’est pas mon genre de littérature préféré, j’en lis régulièrement.

J’ai eu envie de découvrir le style de son ex-belle-fille avec ce roman, car j’avais besoin d’une lecture sympathique. En fait, une intrigue policière menée par une ex-actrice de séries télévisées, reconvertie dans la confection de pièces montées pour les mariages, c’était peu banal.

Son héroïne est sympathique quand elle se conduit en « fliquette » mais elle reste quand même peu crédible. Elle m’a fait penser à Erica dans les polars de Camilla Läckberg

Au bout d’un moment, elle devient horripilante avec ses gâteaux, car l’auteure ne nous épargne rien dans la confection ! bien américain et bien dans la lignée de Mary Higgins Clark !

Malgré ce petit bémol, une fois plongée dans le roman, (et malgré mon énervement) je me suis laissée prendre au jeu, car j’avais vraiment envie de savoir qui était le tueur que j’ai dévoré les derniers chapitres (encore une nuit d’insomnie) car le suspense est bien entretenu!

Je remercie vivement Mylène et les éditions l’Archipel qui m’ont permis de découvrir l’auteure.

 

L’auteur

 

Depuis 1998, Mary Jane Clark a publié quinze romans traduits dans 23 pays et vendus plus de 10 millions d’exemplaires. Après avoir longtemps travaillé pour la télévision, l’ex-belle-fille de Mary Higgins Clark s’inspire de sa nouvelle activité – la création de gâteaux de fête—pour pimenter ses intrigues.

 

Extrait:

 

Tout en refermant ses tubes de peinture et en nettoyant ses pinceaux, Levi Fisher pensait aux bouleversements récemment intervenus dans sa vie. Quelques jours plus tôt, il aurait accueilli avec plaisir la commande qu’il venait de recevoir, d’autant qu’il connaissait les mariés, mais les évènements de la plage avaient tout changé. Une chape de plomb s’était abattue sur lui.

Elevé dans le strict respect de la foi amish, Levi avait toujours vécu dans un monde à part. à l’heure d’entrer dans l’âge adulte, on attendait de lui qu’il respecte la tradition. Il était censé tendre la joue gauche, mener une existence humble, frugale et paisible. Il aurait à jamais le devoir sacré de se plier à la volonté divine et de se soumettre à celle de la communauté à laquelle il appartenait. Le respect des règles et des interdits de cette communauté était la clé de la sagesse et de l’épanouissement, conformément aux enseignements du Christ.

 

Au moment de l’adolescence, le « rumspringa » permettait aux jeunes Amish de s’émanciper des règles strictes de la communauté afin de satisfaire leur curiosité et découvrir le monde extérieur…

 

Lu en juin 2019

Publié dans Littérature anglaise, Polars

« Alice » de Heidi Perks

Petit intermède polar, aujourd’hui avec ce roman :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Une enfant disparaît. Deux versions du drame. Une seule vérité. Harriet avait confié sa fille à sa meilleure amie Charlotte pour un après-midi à la kermesse de l’école. Charlotte est persuadée de n’avoir quitté Alice des yeux qu’une fraction de seconde. Le temps pour la fillette de se volatiliser. Dévastée, Harriet ne peut plus envisager de revoir Charlotte. Elle ne lui fera sans doute jamais plus confiance. Mais elle n’aura pas le choix. Car, deux semaines plus tard, les deux femmes sont convoquées par la police pour être interrogées séparément. Il semblerait que chacune d’elles ait des choses à se reprocher…

« Un des thrillers les plus aboutis que j’aie jamais lus. » Amy Lloyd, auteure de Innocente.

« Impossible d’aller dormir avant de connaître la fin. » Hollie Overton, auteure de Baby Doll.

 

Ce que j’en pense

 

Tout commence par la disparition d’Alice, la fille d’Harriet qui l’avait confié à son amie Charlotte. C’était la première fois qu’elle acceptait de confier la petite fille, âgée de 4 ans.

Charlotte a emmené ses trois enfants et Alice à une kermesse et elle la perd de vue dans la première attraction. Hélas, elle était en train de consulter Facebook sur son portable à ce moment-là. Combien de temps son attention a-t-elle été relâchée ?

Heidi Perks choisit de s’intéresser aux réactions des protagonistes, de préférence à l’enquête elle-même en laissant Harriet et Charlotte raconter leurs versions de faits, leur ressenti. Elle choisit également de décrire différentes époques de l’histoire, avant, maintenant, maintenant le suspense, égarant les pistes.

Comment affronter le regard des autres quand on a laissé une petite fille échapper à sa surveillance ? Comment l’amitié profonde qui unit les deux femmes peut-elle résister ? Comment résister aussi aux commérages, aux jugements arbitraires de celles qui se disent vos amies et vous fuient du jour au lendemain.

Surtout, elle creuse la relation dans le couple, Harriet et son époux, qui se révèlent très vite beaucoup plus compliquées que l’amour parfait qu’ils affichent devant les policiers, les journalistes. En parallèle, on voit la réaction des parents lorsqu’on leur annonce la disparition de leur fille, et ce que cela déclenche comme réaction en chaîne, l’amour résiste-t-il, et quelle sorte d’amour ? Très vite on se rend compte qu’il est surprotecteur avec elle, mais cela va se révéler beaucoup plus compliqué pour le plus grand plaisir du lecteur…

J’ai beaucoup aimé ce thriller, qui dénote par rapport aux polars traditionnels riches en hémoglobine, où les policiers sont au premier plan. Ici, on est dans l’étude des relations de couple, d’amitié, de perversion et surtout de manipulation.

Un seul petit bémol, j’aurais aimé que Heidi Perks fouille davantage dans la personnalité de ses personnages.

Plus on avance dans la lecture et plus celle-ci devient addictive et j’ai lu la dernière partie en apnée, jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions les éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#Alice #NetGalleyFrance

 

L’auteur

Romancière anglaise, Heidi Perks est diplômée en gestion de commerce à l’Université de Bournemouth en 1997, elle a travaillé pendant quinze ans dans le domaine du marketing avant de se consacrer entièrement à l’écriture en 2012.

« Alice » est son premier roman.

 

Extraits

 

Un jour, Alice éprouverait, elle aussi, le désir de prendre son envol, tout comme elle-même avait fait. Sa propre mère s’était beaucoup trop accrochée à elle et elle savait pertinemment combien cette attitude pouvait être destructrice. Elle s’était promis de ne jamais se comporter ainsi avec ses propres enfants, et pourtant, c’est bien ce qui s’était produit.

 

Je savais qu’ils avaient toujours tendance à se cacher de moi ou à aller vadrouiller quelque part. Mais Alice ? Je ne pouvais pas l’imaginer faisant une chose pareille. Elle semblait si fragile qu’elle n’avait rien de commun avec les autres gamins que je connaissais. Mais, perdre l’enfant d’une autre était proprement impensable.

 

Ses angoisses de maman à propos de sa petites étaient-elles inscrites dans ses gênes ? se demanda-t-elle. Elle-même aurait-elle été une mère différente si son père avait toujours été là, aplanissant pour son épouse la voie de la parentalité ? Avec sa mère pour seule et unique guide, il n’était pas surprenant qu’elle soit devenue aussi surprotectrice à son tour.

 

Pourquoi tous ces gens s’intéressaient-ils tant à moi ? Ils devraient plutôt se concentrer sur le monstre qui avait enlevé Alice, au lieu de quoi, c’était moi l’objet de toutes leurs attentions. Pourquoi tous ces gens tenaient-ils à ce point à s’assurer que c’était moi et moi seule la grande responsable ?

 

Lu en mai 2019