Publié dans littérature USA, Roman historique

« L’agonie des grandes plaines » de Robert F. Jones

J’ai choisi le livre dont je vous parle aujourd’hui et dont je ne connaissais pas du tout l’auteur car le titre me plaisait et j’avais un tel besoin de m’évader du quotidien covidien :

Résumé de l’éditeur :

Wisconsin 1873. À la mort de ses parents victimes de la grande crise financière, Jenny Doussmann part dans les Grandes Plaines rejoindre son frère, Otto, vétéran de la guerre de Sécession devenu chasseur de bisons. Ceux-ci commencent à se faire rares, sans compter les rivalités entre chasseurs et la plupart des tribus indiennes entrées en guerre. Le premier hiver de ces deux émigrants allemands, seuls dans l’immensité, tourne au cauchemar.

Ils seront sauvés par une vieille connaissance, Two Shields, un Cheyenne du Sud qui s’engage à veiller sur eux. Devenus membres de sa tribu, Jenny et Otto devront combattre à la fois d’autres chasseurs et des tribus ennemies des Cheyennes. Dans ce roman sauvage et lyrique, les Grandes Plaines sont le réceptacle d’un monde à l’agonie et font corps avec l’Indien et le bison décimés. Ce tableau de l’Ouest américain, avec ses descriptions crépusculaires, mais réalistes, n’épargne personne, animaux et humains : Indiens comme Blancs.

Ce que j’en pense :

Emil Doussann, qui a quitté son Allemagne natale, pensant faire fortune, pour tenir une ferme aux USA vient de recevoir une mise en demeure de payer ce qui reste dû de son hypothèque, soit 938 dollars et cinquante cents, mais son ami banquier, refuse de l’aider, au nom de la crise qui touche tout le monde… Il se pend et son épouse après avoir vu le corps met fin à ses jours dans la foulée. Ils laissent leur fille Jenny seule face à son destin !

Leur fils Otto, après avoir combattu pour le général Grant pendant la guerre de Sécession a décidé d’aller chasser le bison dans l’Ouest (participer à l’extermination des bisons pour affamer les Amérindiens serait le terme plus adéquat). Il revient pour assister aux funérailles et Jenny arrive à le convaincre de l’emmener avec lui.

L’auteur nous entraîne dans une belle aventure, après un voyage en train puis à cheval dans ces contrées de l’Ouest où tous les excès sont de mise : dans le climat avec ces périodes de froid, neige, blizzard, mais aussi ces hommes qui sont partis faire fortune et n’ont pas forcément beaucoup de scrupules, qui considèrent les Amérindiens comme des sous-hommes (cela n’a pas beaucoup changé hélas).

On fait la connaissance de Raleigh Mc Kay, l’associé d’Otto, qui a combattu dans les rangs sudistes, de l’écorcheur immonde, Milo Sykes, et de Two Shields, dont le père est Cheyenne et la mère d’origine allemande.

Entre les comportements ignobles de certains Blancs, l’abattage des bisons, dont certaines scènes, trop réalistes, m’ont tellement secouée que j’ai dû faire une pause de quelques mois dans la lecture, les trahisons, la manière dont les Amérindiens sont traités, les traités qui sont bafoués alors qu’ils viennent tout juste d’être signés, le récit est parfois un peu rude, sans oublier la rouerie de Grant devenu président et de ses ministres, notamment Delano…

La manière dont Otto (et les autres) affichent leur mépris vis-à-vis des « Indiens », en les désignant pas « ils » ou Mister Lo (calembour pour se moquer de la citation « Lo, the poor Indian », vers écrit par le poète Alexander Pope, est significative !

J’ai aimé approcher les coutumes des Cheyennes, car Jenny a dû se réfugier chez eux grâce à Two Shields pour pouvoir rester en vie, le maniement des armes, les arcs autant que les fusils (j’aurais pu devenir experte en fusils, carabines, armes à feu en tout genre, mais je déteste les armes !), la sagesse des anciens, la place de chacun dans la vie, dans la communauté, mais aussi les rapports avec les autres : Arapahos, Apaches, Sioux, Crows…

Ce fut un voyage difficile, car certaines scènes sont dures, mais l’écriture est belle, la Nature occupe une belle place, le blizzard aussi. Par contre, mon opinion vis-à-vis des Yankies, (que les Indiens appellent poétiquement les « Araignées ») qui n’a jamais été au top, je le reconnais, ne va pas en sortir renforcée, mais il y avait peu d’espoir en fait…  Il est sidérant de voir que la manière dont les Américains considèrent les Amérindiens, et parlent d’eux comme d’une sous-race est exactement la même que ce qu’ils disent aujourd’hui des Noirs cf. Les propos de Suprémacistes …

Une question que je me pose souvent : pourquoi, n’a-t-on jamais porté plainte ou parler de crime contre l’humanité, pour le génocide des Amérindiens ? entre autres… comme le chante mon ami Renaud : « aucune femme n’a sur les mains le sang du génocide des Indiens d’Amérique, sauf peut-être… »

Voyage difficile, donc mais quel voyage sur les traces de Jenny dont on ne peut qu’admirer l’habileté à la chasse pour se nourrir, le courage, chevauchant avec elle dans ces paysages à couper le souffle, dans ces grandes plaines à l’agonie, qui étaient en fait, un charnier à ciel ouvert.

Et quelle revanche sur les westerns spaghettis ou autres dont on nous abreuvés au cinéma pendant des lustres, louant sans vergogne la supériorité de l’homme blanc face aux vilains Indiens » !

« L’agonie des grandes plaines » ! Quel beau titre n’est-ce pas ? c’est d’ailleurs lui qui a motivé mon choix car je ne connaissais pas l’auteur, dont les talents de conteurs sont immenses. J’aurais aimé retenir les noms indiens tellement poétiques, mais ils sont très compliqués…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du Rocher qui m’ont permis de découvrir ce livre ainsi que l’auteur qui m’était totalement inconnu.

#LAgoniedesgrandesplaines #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Robert F. Jones (1934-2002), romancier, éditorialiste au Men’s Journal et journaliste pour Sports Illustrated et Fields & Stream, a écrit plusieurs ouvrages, documents comme romans, dont Jake et Upland Passage qui ont reçu des prix.

Extraits :

La prairie vierge : pas encore d’ornières creusées parles roues, ni de cheminées, ni d’araignées – le bison dans toute sa plénitude. Ici, pas d’histoire, pas de numéros, pas même de résonances toponymiques. Pas de traitres, ni de héros. Et si cette contrée en a eu jadis, qui sait ce qu’ils signifiaient ?

Rien que la terre, plate, vide, illimitée et intemporelle, coupée jusqu’à l’os par de rares cours d’eau, écrasée de soleil. Le vent souffle sans trêve, nuit et jour, jusqu’à rendre fous les hommes et les animaux. Puis il s’arrête… 

« L’Amérique est une terre bien dure », se dit Jenny. « Elle a essayé de tuer mon frère, et n’y étant pas parvenue, elle a tué mon père et ma mère à la place. Je suis sûre qu’elle essaiera de me tuer, moi aussi, tôt ou tard. Que tous ces banquiers aillent brûler en enfer ! »

Non, les Dousmann n’étaient pas les premiers suicidés qu’avait enterrés le pasteur. L’Amérique était une terre sans pitié…

A cette heure, les terres situées à l’Est du Mississippi étaient le pays du bien-être—ou en tout cas de ce qui passait pour tel dans l’Amérique de ce temps – une région de fermes, de villes, de foyers, d’emploi, de bibliothèques, de journaux, d’églises, d’écoles, une région adaptée aux besoins des hommes de bon sens, des femmes raisonnables, et de leurs enfants policés.

A l’ouest du fleuve, c’étaient les étendues sauvages, les plaines desséchées et les montagnes lugubres, les loups les bisons et les Indiens indomptés, une gigantesque superficie de terres à peine grignotées par les aventuriers, et les désespérés – les employés du chemin de fer, les montagnards, les chasseurs de peaux ; les femmes de petite vertu, les colons, les joueurs et le cow-boys.

Ils (Les lobos, loups chasseurs de bisons) crevaient de faim, à présent que les bisons avaient été exterminés dans les environs. Une idée la frappa : les loups, presque privés de gibier, n’étaient pas sans rappeler la nation toute entière, en proie à la panique qui faisait rage. Oui, c’étaient d’authentique Américains, ces lobos.

Comment un demi-sang saurait-il de quelle façon un gentleman devait se comporter ? De toute façon, il devait se prendre pour un Blanc, tout aussi bien. Il ne savait peut-être même pas, si ça se trouvait, que les races inférieures, n’avaient pas à réconforter les Blancs ou les Blanches. Mais Raleigh savait bien qu’il n’avait de leçons de savoir-vivre à donner à personne…

« Arrivés là, nous avons rencontré le Washington Chief, un grand commandant des soldats bleus qu’on appelle Grant. A présent, c’est lui le chef de toutes les Araignées (les Blancs). C’est un vilain petit bonhomme, avec des poils plein la figure. Mais coriace.

Lu entre janvier et juin 2021

Publié dans Beaux livres

« Le jeu de la dame: le vrai du faux » de Sophie Gindensperger, Damien Leloup, Joffrey Ricome et Pierre Trouvé

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, choisi via l’opération Masse critique de Babelio et les éditions Gründ :

Résumé de l’éditeur :

La série à succès de Netflix décryptée par 4 spécialistes du fact checking. Au cœur des années 60, la quête d’une jeune orpheline prodige des échecs pour devenir championne du monde. Beth Harmon, l’héroïne de la série, n’a rien au départ pour atteindre le grade élevé de  » Grand Maître « . Orpheline – son père l’a abandonnée et sa mère s’est suicidée -, elle grandit dans un pensionnat où l’on apprend plus à devenir une bonne épouse qu’une femme émancipée.


Beth montre cependant des belles dispositions pour les mathématiques. Elle sympathise peu à peu avec le concierge de l’orphelinat, qui l’initie aux échecs… Ce jeu est une révélation qui va déterminer son avenir. Cette série est adaptée du roman de Walter Tevis, Le Jeu de la dame, paru en 1983. Beth Harmon n’a jamais existé mais les grandes figures des échecs qu’elle affronte évoquent des joueurs célèbres comme Bobby Fischer ou Garry Kasparov.


Mais jusqu’où va la vraisemblance dans cette série ? Quelle était la place des femmes dans les clubs d’échecs à l’époque ? Quels joueurs, quelles joueuses, ont inspiré les personnages ? Quelle était l’ambiance dans les tournois ? Faut- il être surdoué pour jouer aux échecs ? Faut-il se droguer pour visualiser mentalement une partie d’échecs ? Autant de questions qui trouveront leurs réponses dans cet ouvrage destiné aux fans de la série, comme aux joueurs d’échecs, débutants ou confirmés.

Ce que j’en pense :

Voilà une chronique qui m’a posé énormément de problèmes, le principal étant d’être à la hauteur de la qualité de l’ouvrage donc, une fois n’est pas coutume, je suis très en retard pour rendre ma copie.

Les auteurs nous proposent un décryptage de la série « Le jeu de la Dame » inspirée du livre de l’écrivain américain Walter Tevis d’une grande profondeur, tous les aspects étant passés au peigne fin, afin de déterminer s’il existe ou non des incohérences.

On part du personnage de Beth Harmon pour décrire la misogynie dans le monde des Échecs dont elles ont été exclues longtemps, on ne les jugeait pas assez intelligentes pour être douées dans ce jeu. On revient ainsi sur les femmes qui ont fait carrière dans cet univers, l’accès aux concours leur ayant été refusé, notamment celles qui ont marqué. Les auteurs insistent sur le quasi absence de sexisme dans la série.

On revient également sur les valeurs jugées essentielles dans la série : le rôle e la famille, la vision du jeu, la corrélation avec le fait d’être « doué en mathématiques » pour être bon dans la discipline, les nations les plus fortes, car dans la réalité, c’est plus subtil.

Les auteurs ont également posé la question : Beth est-elle un Bobby Fisher au féminin ? Pour cela, ils ont étudié la vie du champion américain, qui a découvert un jeu d’échecs à six ans, et la manière dont il affrontait les compétitions, sous domination soviétique à l’époque, évoquant au passage le favoritisme, les « ententes tacites » entre joueurs (tricherie ?) il a même quitté la compétition pendant deux ans car lors de la 1ere les trois premiers étaient soviétiques avant d’affronter Spassky en 1972.

Les échecs ont servi de luttes entre URSS et USA, via le KGB surtout et accessoirement la CIA qui n’a pas saisi tout de suite l’importance de l’enjeu. Ils évoquent « La croisade de Jésus » afin de battre les communistes !

Ensuite, on aborde la vie de Beth telle qu’elle est présentée dans la série, en relevant des inexactitudes, tel l’orphelinat où elle est placée à l’âge de 8 ans (à l’époque, en 1958, on ne plaçait plus les orphelins dans les grandes structures, mais on privilégiait les familles d’accueil ou des établissements plus petits. Il s’agirait d’un anachronisme pour les auteurs. Il en est de même pour l’adoption.

Autre élément : les tranquillisants que l’on faisait ingérer à Beth, au petit-déjeuner à l’orphelinat qui auraient entraîné son addiction plus tard, de même que leur utilisation comme anti-stress pour aborder les compétitions, car ils entraînent des troubles de la concentration, compensée par une ingestion massive de café pour compenser.

On revient ensuite sur les tenues que portent Beth, look inspiré des actrices des années soixante, ou sur la maison où elle habite dans la série, avec les papiers peints de l’époque, les peintures de Rosa Bonheur

En ce qui concerne les parties, les tournois, certains sont crédibles, d’autres moins, mais les auteurs de la série ont eu recours à des grands champions internationaux, notamment Gary Kasparov.

Cet ouvrage est magnifique, car outre le travail de recherche, il nous propose beaucoup de photos de la série, des acteurs, mais aussi des photos et des interviews des grands champions, avec un entretien avec Jennifer Shahade qui nous explique que, dans la réalité, les choses sont moins belles que dans la série, car celle-ci n’évoque jamais les remarques sexistes sur la tenue, ou le corps des joueuses.

Je salue la qualité et la rigueur des analyses, parfois trop techniques mêmes, d’où le temps qu’il m’a fallu pour arriver au bout et, je le répète, ce livre est un bel objet, que l’on a plaisir à tenir dans les mains, donc à offrir en cadeau aux fans de la série.

Je précise, au passage, que je n’ai pas vu la série (Netflix) à mon grand regret, donc, je suis passée à côté de certaines choses, certainement, en tout cas, le jour où elle passera sur d’autres chaînes, je la suivrai avec le livre à portée de mains.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Gründ qui m’ont permis grâce à Masse Critique, de découvrir ce magnifique ouvrage.

9/10

Les auteurs :

Ce livre a été écrit par Sophie Gindensperger, Damien Leloup, Joffrey Ricome et Pierre Trouvé.

« Vous regardez, ils vérifient » : Vérifiction est un podcast de « fact checking » lancé en 2019 par des journalistes du Monde spécialisés dans les nouvelles technologies, qui ont décidé, sur leur temps libre, de se consacrer au décryptage des séries.

Extraits :

Pour mieux découvrir le livre je vous propose quelques photos, la qualité est très moyenne car prises avec mon portable (sauf pour les deux premières) et le papier glacé n’arrange rien :

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française

« Les possibles » de Virginie Grimaldi

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a particulièrement touchée :

Résumé de l’éditeur :

Juliane n’aime pas les surprises. Quand son père fantasque vient s’installer chez elle, à la suite de l’incendie de sa maison, son quotidien parfaitement huilé connaît quelques turbulences.
Jean dépense sa retraite au téléachat, écoute du hard rock à fond, tapisse les murs de posters d’Indiens, égare ses affaires, cherche son chemin.

Juliane veut croire que l’originalité de son père s’est épanouie avec l’âge, mais elle doit se rendre à l’évidence : il déraille.

Face aux lendemains qui s’évaporent, elle va apprendre à découvrir l’homme sous le costume de père, ses valeurs, ses failles, et surtout ses rêves.

Tant que la partie n’est pas finie, il est encore l’heure de tous les possibles.


Avec un humour jubilatoire et une infinie tendresse, Virginie Grimaldi nous conte une magnifique histoire de transmission et de résilience.

Ce que j’en pense :

Julianne vit sa vie comme elle peut, en ayant bien tout baliser autour d’elle, tant chez elle qu’au travail, pour avoir l’impression de tout maîtriser. Rien ne traîne, sauf « la chambre d’amis » où elle s’autorise le désordre, telle une soupape de sécurité.

Hélas, la maison de son père a pris feu et elle est obligée de l’héberger. Tant qu’il était loin, son côté hors norme, haut en couleur comme elle dit, elle arrivait à le supporter mais la voisine de son père, fouineuse, qui passe son temps à épier derrière ses carreaux, lui fait bien comprendre qu’il est devenu un danger, et a un comportement de plus en plus étrange.

Seulement voilà, une fois chez elle plutôt bien accueilli d’ailleurs par son fils Charlie et son mari Gaëtan, elle commence à prendre conscience que, sur le plan neurologique, il semble y avoir un problème.

D’abord, une idée saugrenue : passionné par les Amérindiens depuis toujours, il veut installer un tipi dans le jardin, puis sème la discorde avec le voisin, en lui prenant sa place de parking, alors que celui-ci est obsédé par le respect du règlement, ou encore quand il invite ses vieux copains et qu’ils écoutent du rock avec le son au maximum.

Julianne se trouve bien seule pour gérer la situation. Elle a une sœur, mais elle vit aux USA, et elle est bien contente d’être à distance à ce moment-là car il lui serait difficile d’assumer son père chez elle.

De quiproquos un peu drôles au départ, aux fugues, aux troubles de la mémoire, il va falloir consulter un (plutôt des !) spécialiste. Le premier pense qu’il s’agit d’inattention, liée à l’incendie et au départ de sa maison, car Jean arrive bien à tromper son monde et à se fermer comme une huitre si on le questionne trop (et on connaît la durée des tests de mémoire !).

La mère de Julianne est partie il y a longtemps, laissant ses filles derrière elle avec leur père qui n’a pas digéré la rupture. Elle est obsédée par son image : gym, nourriture quasi ascétique, sans oublier les interventions de chirurgie esthétique et bien sûr elle ne sait que critiquer Julianne…

J’ai bien aimé la manière dont la relation entre Julianne et son père évolue, le fait d’avoir l’impression de porter seule la charge alors que l’entourage minimise, obligée d’aller aux RV avec lui, sans le lâcher d’une semelle sinon il se perd… la culpabilité de ne pas se sentir à la hauteur, et d’être obligée de penser qu’il va peut-être falloir envisager le placement en EHPAD.

« Attendre un diagnostic, attendre un délabrement, attendre que la raison s’échappe assez pour pouvoir l’enfermer. »

En plus de la réflexion sur le vieillissement, ls étapes qui conduisent à l’acceptation ou les rôles qui s’inversent quand « le père disparaît peu à peu », Virginie Grimaldi pose aussi les questions pratiques : comment font ceux qui n’ont personne ou pas assez d’argent pour payer ?

L’idée de lui proposer un voyage, rien que lui et ses deux filles est très intéressante, même si elle est risquée…

C’est le premier livre de Virginie Grimaldi que j’ouvre : je la snobais jusqu’à présent en la classant dans la chick-litt, feel-good et tous les anglicismes possibles et imaginables, mais j’ai tenté l’expérience, car je vis la même chose que Julianne avec ma mère, et j’ai trouvé sons analyse très juste, je me suis sentie en phase avec elle et ses moments de culpabilité ou de ras-le-bol qui se traduisent par des accès de boulimie par exemple. Quelle que soit la décision que l’on prend, et cela la plupart du temps sous la contrainte des évènements, elle est accompagnée par une culpabilité hyper-présente et la crainte du jugement des autres.

Ce roman m’a touchée, par la simplicité et la sincérité du propos, comme l’avait fait il y a quelques mois Melissa Da Costa avec « tout le bleu du ciel ». Alors, finalement, je lirai peut-être ses autres romans…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard quim’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#Lespossibles #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Virginie Grimaldi est née en 1977 à Bordeaux où elle vit toujours. Traduits dans plus de vingt langues, ses romans sont portés par des personnages attachants et une plume poétique et sensible.

Ses histoires, drôles et émouvantes, font écho à la vie de chacun. Elle est la romancière française la plus lue de France en 2019 et 2020 (Palmarès Le Figaro : GFK).

Extraits :

Enfant, j’idolâtrais ce papa haut en couleur, qui chantait à tue-tête au volant et nous servait du petit-déjeuner au dîner…

… Adolescente, j’avais honte de ce père pas dans le rang, avec ses cheveux longs, ses shorts en jean et sa dégaine prépubère, qui venait me chercher au collège à mobylette et parler à mes potes comme si c’étaient les siens.

Mon père n’est pas un cheveu sur la soupe, il est la touffe entière.

Combien de fois l’ai-je entendu arguer que la vie était trop courte pour faire le ménage ? Globalement, selon lui, la vie est trop courte pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à une contrainte.

J’ai envie de me lever et de le prendre dans mes bras. Mais, chez nous, on ne fait pas ce genre de chose. La tendresse c’est comme la culotte, on ne la montre pas en public.

Je tourne sur le parking du centre commercial jusqu’à trouver une place à l’écart des autres voitures. Je me gare, recule le siège, ouvre le bouton de mon jean et commence mon festin. Le plaisir est intense, mais bref. Au bout de quelques bouchées à peine, je déborde, mais je continuer. Je sais que je vais le payer, avoir mal au ventre pendant des heures, la nausée sans compter la culpabilité. Je vais me trouver faible, lâche, sans volonté.

Je ne mange pas, j’avale, j’engloutis, je dévore, je me remplis, je m’étouffe. Je bouffe mes chagrins, j’engouffre mes angoisses, j’ingurgite mes joies.

C’est terrible de le voir se transformer. Difficile de savoir ce qui est de l’ordre de son caractère et ce qui est un symptôme. Mais le plus tragique, pour moi, c’est de prendre conscience de ses qualités seulement aujourd’hui, alors qu’elles s’évaporent.

C’est déchirant de conjuguer son père à l’imparfait.

La nuit est devenue le refuge de mes idées noires. Vers trois heures du matin, sous le règne de la pénombre et du silence le sommeil se défile et le ballet des regrets commence.  Les premiers rôles sont tenus par Nostalgie et Culpabilité qui enchaînent les arabesques dans le passé.

Il prenait rarement des nouvelles, il se contentait de celles que je lui donnais. J’ai espacé mes appels en pensant qu’ils avaient peu d’intérêt pour lui. J’ai laissé le silence devenir normal, je me suis accommodée de cette relation en pointillé.

Seules deux personnes au monde sont capables de m’anéantir en une seule remarque : ma mère et mon père. Chaque infime critique, si bienveillante soit-elle, remet en question tout mon être. Je suis un château de cartes face à eux, je ne supporte que leur tendresse…

… C’est le privilège des parents : leurs mots comptent triple. C’est pire encore quand leurs mots disent la vérité.

C’est à cette certitude – il ne se rend pas compte – qu’il faudra que je m’accroche de toutes mes forces quand le chagrin m’engloutira. S’il ne sait pas, il ne souffre pas. C’est pour nous que c’est grave. Lui, il perd sa carte vitale. Nous, notre père.

Comment font les gens qui n’ont personne ? Comment font les gens qui n’ont pas les moyens ? On est démunis, désemparés, largués dans un monde opaque et sinueux.

Lu en mai-juin 2021

Publié dans Littérature canadienne, Polars

« Une voisine encombrante » de Shari Lapena

Encore un intermède polar, aujourd’hui, avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

« Voici une lettre bien difficile à écrire. J’espère que vous ne nous maudirez pas trop. Mon fils s’est récemment introduit chez vous en votre absence. »

Aylesford, une banlieue new-yorkaise pleine de charme, offre à ses habitants une qualité de vie exceptionnelle. Pourtant un adolescent y a pris la mauvaise habitude d’entrer par effraction chez ses voisins et de fouiller dans leurs ordinateurs. Lorsque les victimes reçoivent une lettre anonyme à ce sujet, les rumeurs vont bon train et la suspicion monte. Qui est ce visiteur clandestin et où ce sale gamin est-il allé fourrer son nez ?

Quand la belle et séductrice Amanda Pierce est retrouvée morte au fond d’un lac de la région, la tension atteint son point de rupture…

Dans ce nouveau thriller électrisant, Shari Lapena revient à ce qu’elle sait faire de mieux : gratter la surface des apparences pour mettre au jour la part d’ombre en chacun de nous. Banlieue proprette, couples soudés, barbecues du dimanche… Méfiez-vous de tout le monde : l’assassin est parmi nous.

Ce que j’en pense :

Le roman s’ouvre sur la scène de crime : une femme est assassinée à coups de marteau sans que le tueur ressente le moindre scrupule… en gros, elle méritait d’être punie. On va suivre l’enquête sur quelques semaines, avec moult rebondissements.

Deux jours plus tard, un homme vient signaler à la police que son épouse, Amanda, n’est pas rentrée d’un week-end de shopping avec une amie. Tout le monde pense à un abandon du domicile conjugal, et d’un mari cocu, car l’amie en question dit qu’il n’a jamais été question de week-end ensemble.

Une quinzaine de jours plus tard, on retrouve par hasard la voiture d’Amanda est retrouvée dans un lac et la jeune femme est enfermée dans le coffre, morte.

En même temps, un adolescent, Raleigh Sharpe, reconnait avoir « visiter » des maisons la nuit, et visitant surtout leurs ordinateurs, et n’hésitant pas à envoyer des courriels bidons mais ravageurs à d’autres personnes. Sa mère, Olivia décide d’écrire une lettre d’excuse anonyme, bien sûr, et de la glisser dans les boites aux lettres des deux maisons que son fils lui a désignées dont l’une est celle de Pierce. Paul Sharpe préfère s’abstenir, mais consulter un avocat, en famille pour que son fils prenne conscience qu’il s’est comporté comme un délinquant.

On va se retrouver ainsi en milieu quasiment clos, puisque tout se passe dans une petite banlieue tranquille, Aylesford, où les voisins s’entendent bien, se connaissent tous, du moins le croient-ils, à part le couple Pierce, arrivés seulement depuis plusieurs mois, et une autre femme plus récemment encore qui n’arrive pas à se faire accepter et surveille tout le monde derrière ses rideaux.

Encore une histoire de meurtre entre voisins comme aime les écrire Shari Lapena. Il faut bien reconnaître qu’on se laisse prendre parle suspense, rien que pour voir jusqu’où elle va nous emmener. L’auteure décrit ses amitiés de longue date qui s’écroulent car elles étaient en fait très superficielles, revisite le mythe de la jalousie et de l’adultère, sous fond de manipulation.

J’ai passé un bon moment, certes, c’est vite lu mais je reste toujours perplexe devant la façon de vivre des Américains, leurs diners entre amis, la manière dont chacun pleure sur l’épaule l’autre, sur fond d’hypocrisie… Tant qu’à faire, je préfère m’encanailler à Wistéria Lane avec les « desperate housewives ».

On a au passage quelques réflexion d’actualité sur la difficulté à élever des ados à l’heure actuelle, le danger des réseaux sociaux, sur le « piratage » (il faut reconnaître que Raleigh est doué mais il devient addict, la décharge d’adrénaline qui accompagne ses visites nocturnes mettent un peu de piment dans sa vie, c’est toujours mieux que le fils des voisins qui passent ses nuits à boire.

J’ai hésité avant de choisir ce roman car je connaissais déjà Shari Lapena (« un assassin parmi nous » et « L’étranger dans la maison » et je craignais qu’elle ne surfe sur la vague du style « petit meurtre entre amis » et ce qui devait arriver arriva. Il faut reconnaître, toutefois, que l’auteure arrive à maintenir le suspense et ce roman se laisse lire sans gaspiller trop de neurones. Ceci dit, j’espère que je vais retrouver mon état normal d’attention et mes centres d’intérêt habituels en littérature, car je commence à m’inquiéter sérieusement…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Presse de la cité pour m’avoir permis de lire ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Unevoisineencombrante #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

Comment peut-on enseigner quoi que ce soit aux enfants, de nos jours, avec tous les mauvais comportements qu’ils voient autour d’eux, aux infos, tout le temps, de la part de personnes en position d’autorité.

Ce n’était pas comme ça avant. Elles se retrouvaient autour de la pataugeoire, bavardes et rieuses, sereines à l’idée que leurs rejetons deviendraient beaux, intelligents et équilibrés. Les parents ont toujours une vision exagérément optimiste des talents et de l’avenir de leurs enfants quand ils sont tout petits, se dit-elle. C’est peut-être ce qui permet de tenir

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française

« Plus immortelle que moi » de Sophie Henrionnet

Aujourd’hui, petit détour par la psychiatrie, ma compagne depuis si longtemps, avec ce livre dont la couverture a attiré mon regard, encore plus que le résumé, et soyons honnête, le titre aussi est accrocheur :

Résumé de l’éditeur :

Comment Mathilde, la petite quarantaine ordinaire, s’est-elle retrouvée enfermée dans un « institut de repos » ? À quel moment la vie de cette pharmacienne mariée et mère d’un adorable adolescent a-t-elle basculé ? Sur les conseils de sa psy, Mathilde tient un journal où elle lui livre ses états d’âme, ses souvenirs d’enfance – la cruauté dont elle a fait preuve à l’encontre de son frère Charly – son quotidien chez les fous avec l’odieuse infirmière qu’elle a surnommée Moustache, ou encore sa rencontre marquante avec une certaine Daphné. Peu à peu, la parole se libère : Mathilde étouffait dans cette existence étriquée, se sentait transparente ; son cocon s’est fissuré, elle a perdu ses repères et explosé. Mais que s’est-il réellement passé ? Y a-t-il eu un élément déclencheur ? Pourquoi son frère, qui a su tant de fois lui pardonner et être à ses côtés, est-il aux abonnés absents ? Qui est Daphné et quel rôle va-t-elle jouer ?

Une construction implacable et une chute inattendue.

Ce que j’en pense :

Une rencontre étrange, avec « cet homme à la mèche » qui croise son regard et qu’elle interprète comme une histoire d’amour possible, un anniversaire que tout le monde a oublié (ses quarante ans ce n’est pas rien !) et voilà que Mathilde explose en vol (ou implose) et se retrouve dans un établissement psychiatrique, aux bons soins de Dorine qui, voyant que les échanges verbaux sont inconsistants pour ne pas dire stériles, lui conseille d’écrire, de poser des mots sur son mal-être.

Un peu au ralenti sous l’effet des psychotropes, elle a tendance à tourner un peu en rond, avec des allers et retours dans le temps, tandis que sa voisine de chambre Véronique, qui, officiellement du moins, ne parle pas car elle est « surveillée » par la CIA ou autre, car elle se dit agent secret. Toujours est-il que Véro lui parle de manière à ne pas être vue (les fameux angles morts des caméras de surveillance) et lit en douce les carnets sur lesquels Mathilde prend ses notes.

On a d’autre personnages truculents, tel ce jeune homme informaticien qui a tout oublié, ou un homme qui se dit général et donne des ordres à tout le monde, le tout chapeauté par une infirmière psychorigide qu’elle a surnommée…

Peu à peu les souvenirs vont remonter, l’enfance où elle a toujours subi, le petit frère Charly qui captait l’attention, le mariage, la naissance de son fils Ruben (miracle car elle est atteinte d’endométriose, jusqu’au passage à l’acte, la fuite avec Daphné, pour enfin commencer à vivre ce qui va nous réserver pas mal de surprise…

J’ai bien aimé ce roman, la manière dont Sophie Henrionnet a construit son histoire, les liens très (trop ?) forts qui unissent Mathilde et son frère, le roman familial et le grain de sable qui fait basculer un édifice apparemment solide mais qui était quand même miné.

 L’analyse de l’absence de réaction de l’entourage qui ne voit rien, ne fait rien est très juste, car c’est ce qui se passe très souvent, la personne qui souffre s’enferme dans une carapace, refusant de montrer ce qui pourrait être un signe de faiblesse, en mode « je serre les dents et j’avance » en attendant que les autres comprennent sans qu’elle ait besoin de le dire.

Je me suis mise à détester ma vie, mes proches, à les haïr viscéralement. Ça gonflait, ça enflait, j’étouffais. Une cocotte-minute je vous dis Dorine, et pas un n’a été foutu de soulever le couvercle pour libérer un peu la pression.

J’ai aimé l’idée de la lecture à voix haute que fait Mathilde aux autres patients, idée qui a beaucoup contrarié Moustache qui avait l’impression qu’on empiétait sur ses prérogatives. Mathilde obtient, à force d’insister un lieu et un créneau horaire pour partager cette lecture avec un petit groupe qui sera de moins en moins passif.

Je découvre l’auteure avec ce livre et c’est une belle expérience, les choses sont bien abordées, sans avoir recours au pathos qui pourrait faire sortir les mouchoirs, et il faut reconnaître que la chute est extraordinaire, tant on ne la voit pas venir, même si on la subodore…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du Rocher (Elidia) qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure dont le style original me donne envie d’explorer davantage, avec notamment « Sur les balcons du ciel » mais, vu l’encombrement défiant toute concurrence de ma PAL, il risque d’attendre….

Jolie couverture que l’on peut interpréter comme on veut…

#Plusimmortellequemoi #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Romancière française, Sophie Henrionnet a hésité pendant longtemps entre des études médicales et littéraires. Elle a exercé le métier de chirurgien-dentiste avant de se consacrer à l’écriture.

Elle est l’auteure de quatre romans parmi lesquels « Drôle de Karma » et « Sur les balcons du ciel » et de plusieurs titres en littérature jeunesse : Trilogie des Mondes de l’Arbre, les calamiteuses journées de Clémence...)

Également scénariste du roman graphique, elle sort « Et puis Colette » (Mathou aux illustrations) aux éditions Delcourt en septembre 2018.  

https://sophiehenrionnet.com/a-propos-2/

Extraits :

Utiliser l’écrit pour ordonner le foutoir insensé qu’est devenue ma vie. A ma décharge, il s’est tracé, sur l’encéphalogramme de mon existence, plus de choses ces dernières semaines que depuis mon tout premier cri sur terre.

Disons que l’on fait un certain nombre de choses par habitudes, une fois la majorité passée, et les illusions perdues. Contraindre mes cheveux chaque mois est l’exemple parfait de cette logique parfaitement illogique.

J’ai toujours été si sage, si obéissante… Un bon petit soldat. A croire que, sitôt la maternité, on m’a désigné une place et que je suis restée docilement dans le périmètre, tout en rêvant d’en sortir, évidemment.

Empêchée, voilà. Depuis toujours je me sens empêchée. Tout cela aurait-il pu se dérouler différemment ? J’aime à croire que non, c’est trop douloureux, mais je sais que c’est pourtant probable.

Charly, c’est un fou rire nerveux, c’est marcher sur un chemin de crête et ne pas savoir si l’on va rouler sur le versant des larmes ou flâner sur celui, en pente douce, du rire.

Depuis que je suis arrivée ici, tout le monde a un avis sur ce qui s’est produit, ce qui m’est arrivé, et je m’oppose à ces tentatives d’explications par principe. Parce que personne ne peut savoir mieux que moi ce qui s’est passé, je rejette en bloc les spéculations. Mais cette fois vous avez sans doute raison, l’homme à la mèche, ce refus d’anniversaire… Ce ne sont que des alibis. Je voulais uniquement une bonne ou mauvaise raison de presser sur le détonateur.

Véronique n’a pas la moindre visite. Elle prétend qu’elle ne veut pas communiquer sa géolocalisation, ce qui n’a aucun sens puisque, comme nous tous, elle est placée à la demande d’un tiers. Cette femme est un mystère. Quand je pense avoir trouvé une certaine logique à ses divagations, elle bifurque et me perd un peu plus dans ses bois profonds.

J’ai toujours eu conscience d’avoir des faiblesses, des fêlures. Toujours su qu’il ne tenait à rien que je déraille. J’ai joué la comédie toute ma vie à la perfection. Charly est le seul à me savoir tout à fait.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Pasakukoo » de Roy Braverman

Ayant passé un bon moment avec « Manhatan sunset » il y a une semaine ou deux, j’avais envie de retourner dans l’univers de Roy Braverman avec ce au livre au titre aussi évocateur que sa couverture :

Résumé de l’éditeur :

Rhode Island, l’été indien, un manuscrit disparu, deux écrivains rivaux, une histoire d’amour : le page-turner d’été, lumineux et divertissant !

Lac Pasakukoo, dans le Rhode Island des étés indiens. Le corps noyé d’une jeune romancière prometteuse, égérie annoncée d’une nouvelle génération d’écrivains.

De chaque côté du lac, la résidence de deux auteurs à succès, meilleurs ennemis du monde. Un shérif qui ne les aime pas et un village où aucun secret ne résiste à la douceur de vivre apparente.

Un avocat noir et théâtral qui débarque.

Une secrétaire à faire pâlir Vénus en personne.

Un assistant littéraire appliqué et ambitieux.

Un manuscrit dont la seule existence fait frémir les familles les plus puissantes de la région. Des mots qui deviennent des armes, et des pages blanches des linceuls.

Et soudain, une série de violences qui se déchainent entre les rancœurs d’hier et les menaces de demain.

Ce que j’en pense :

Cette fois, immersion à Rhode Island avec ses lodges majestueux d’écrivains milliardaires auxquels tout semble réussir :

Nous avons, d’un côté Benjamin Dempsey, auteur sérieux et reconnu et de l’autre côté du lac Pasakukoo. Le lodge de Akerman, auteur de best-sellers dont les fêtes sont somptueuses et dont le talent laisse plus à désirer. Tous les deux ont été amis, autrefois, mais actuellement il semblerait que tous les coups soient bons pour se dénigrer mutuellement. Chacun a affublé l’autre d’un surnom moqueur : Gasby le petit pour Akerman, versus Emile pour Dempsey

Dempsey est en train de rédiger son dernier roman, et il est assisté d’un stagiaire, Matthew, chargé de faire les corrections, avant de mettre le manuscrit dans le coffre, le soir, tout en discutant philosophiquement sur la vie, l’amour, voire le talent de manière cynique le plus souvent.

Un soir, alors qu’ils sont installés confortablement, débarquent trois jeunes femmes, champagne à la main, décolletés plongeants, invitées à la fête d’Akerman. Dempsey les expédie en face, plus ou moins vexé qu’on ait pu confondre les deux propriétés, la sienne étant quand même la plus belle !

Une des jeunes femmes, Esther, va revenir dans la soirée, traversant le lac en barque avec l’envie d’accrocher Dempsey à son tableau de chasse, mais il préfère s’abstenir et demande à son stagiaire de la raccompagner, étant donné qu’elle a déjà beaucoup bu !

Le lendemain le corps de la belle est retrouvé flottant sur le lac. Meurtre, suicide ? Toujours est -il que Blansky, le shérif débarque. Or, il y a un vieux contentieux entre eux : Dempsey a séduit l’épouse puis la fille du shérif, et la vengeance est un plat que se mange froid.

La belle était en train d’écrire un roman sur sa vie et celle de sa famille, les familles paternelle et maternelle sont richissimes, magouilleuse et n’hésite pas à proposer une grosse somme pour être prévenue des moindres avancées de l’enquête… Et curieusement, intervient Douglas Dwayne, un tueur à gages au casier judiciaire long comme le bras ainsi que sa sœur Abigail.

Un crime en entraînant un autre, je me suis laissée happer par ce roman addictif (je lui dois deux nuits d’insomnie car je ne voulais pas le lâcher !) et cette histoire m’a beaucoup plu , car Roy Braverman nous entraîne dans les coulisses du monde littéraire, les bons écrivaines et les moins bons, les arrivistes qui veulent devenir calife à la place du calife, les vies sexuelles débridées, Dempsey et Akerman font les mêmes conquêtes, se piquant leurs amourettes, leur animosité n’est pas seulement littéraire !

On aborde aussi les maisons d’éditions aux procédés pas toujours corrects (cf. le duo d’avocats : Tom Whitaker, le beau Noir musclé et la belle hispanique, Melinda Mendes qui choisit ses tenues en fonction de l’effet recherché pour troubler l’adversaire… ou encore des émissionsTV truquées pour faire le buzz et booster les ventes…

Et bien-sûr, on a encore et toujours, les flics intègres et les ripoux… ce qui confère de nombreux rebondissements, au cours de la lecture, avec une idée intéressante : Roy Braverman donne la parole à un des protagoniste, censé être mort, au moment il livre ses réflexions en nous laissant le soin de deviner de qui il s’agit en prenant un malin plaisir à nous induire en erreur. Ses cogitations étant écrites en italiques.

Bien-sûr, on ne peut pas, ne pas penser à « La vérité du l’affaire Harry Québert » de Joël Dicker, où il est question également de la relation de maître à élève. J’ai lu les deux mais j’ai préféré « Pasakukoo », car l’intrigue est bien plus aboutie.

J’ai retrouvé avec plaisir la plume, le style, la créativité de Roy Braverman, alias Ian Manook et il me reste encore quelques opus ) découvrir sous les deux (et probablement plus)  pseudos !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo publishing poche qui m’ont permis de découvrir ce roman addictif et de retrouver la plume d’un auteur qui me plaît bien décidément…

#Pasakukoo #NetGalleyFrance

9/10

Extraits :

Peu importe qui je suis pour l’instant, puisque je suis mort maintenant, mais voilà ce que je sais de cette curieuse affaire. Tout commence par un malentendu, du côté de Notchbridge, Rhode Island, où l’écrivain Benjamin Dempsey possède un lodge sur les rives du lac Pasakukoo. Un havre de paix que j’ai bien connu, moi aussi…

Matthew, le grand amour, le mariage, la fidélité sont des artifices sociétaux. Le véritable amour, c’est une attirance reptilienne pour la survie. La sienne, égoïste, pas celle de l’autre. J’aime, donc je vis.

Ce colosse noir a pris l’ascendant sur les deux policiers en quelques minutes à peine et moi, comme Dempsey, je me serais aussi laissé piéger par sa colère. Pourtant je sais qu’une colère, ça se construit et ça se maîtrise. Une colère, ça ne trébuche pas comme un élan de hargne ou de haine. Une belle colère, c’est fait pour avancer en bon ordre, ça ne part pas dans tous les sens, c’est comme une tortue de centurions romains, ça suit son plan.

Pou r ceux qui ont eu le bonheur d’avoir une enfance, tout se décide à vingt ans. Nous avons, à cet âge-là la capacité d’envisager toutes sortes d’avenirs, sans mettre en balance le prix à payer pour qu’ils se réalisent.

Nous ne détruirons jamais la nature, elle reprendra toujours ses droits, d’une façon ou d’une autre. Tout ce que nous détruisons, c’est-ce que nous avons construit. Les choses comme les vies, c’est-à-dire nous.

Pas étonnant que cette puissance de destruction fascine les auteurs. Je me sens depuis le début de ce roman comme un gladiateur dans une arène. Est-ce un hasard si, au temps des jeux du cirque, celui qui avait le pouvoir d’arrêter le combat ou d’exiger qu’il se poursuive jusqu’à la mort s’appelait « l’éditeur ».

Les auteurs mentent. Ils n’ont pas vécu ce qu’ils racontent. Raconter, c’est déjà mentir un peu. Écrire, c’est mentir beaucoup. L’auteur de ce roman n’a jamais tué personne. A ma connaissance. Et pourtant, voyez comment il tue. On pourrait même croire qu’il y prend plaisir…

Chaque roseau est différent, mais le vent couche toutes les herbes dans le même sens. Je suppose que l’auteur est fier de cette métaphore, puisque lui-même se prend pour le vent qui nous courbe tous selon son désir.

Lu en mai 2021

Publié dans challenge Voisin Voisines, Littérature italienne, Roman noir

« L’autre bout du fil » d’Andrea Camilleri

Toujours dans ma période polar, je vous parle aujourd’hui d’un auteur que j’aborde pour la deuxième fois seulement avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

A Vigàta, tandis que l’arrivée chaque nuit de barques contenant des migrants rescapés de naufrages bouleverse la vie du commissariat, Livia, l’éternelle fiancée gênoise de Montalbano le contraint à affronter une autre épreuve : il doit se faire faire un costume sur mesure. A cette occasion, le commissaire rencontre la très belle et aimable Elena et son assistante tunisienne Meriam. Tandis que la crise migratoire s’aggrave sur les côtes siciliennes, avec son lot de racisme et de violences, Elena est assassinée à coups de ciseaux de tailleur, les suspects du meurtre ont apparemment des alibis, et un coupon de tissu d’une exceptionnelle qualité recèle peut-être des révélations sur le passé de la défunte couturière…

Assisté par l’inénarrable Catarella, tombé amoureux d’un chat qui ne le lui rend guère, d’un Augello que son donjuanisme aveugle et d’un Fazio ombrageux, le commissaire Montalbano progresse vers la vérité grâce à son art du mensonge, et sans jamais oublier d’honorer son culte biquotidien à la gastronomie sicilienne…

Ce que j’en pense :

Après avoir émergé d’un cauchemar, où sa pantoufle a tête de chat l’avait griffé, Le commissaire (dottor) Montalbano a une discussion animée avec sa compagne, Livia : celle-ci veut qu’il aille se faire faire un costume sur mesure, à l’atelier d’Elena, une de ses copines. Idée qui ne lui plaît guerre, surtout qu’il va falloir prendre ses mesures (partout), et se déshabillé devant une femme. Mais ils sont invités à renouveler les vœux de mariages d’un couple ami (autre idée qui ne le réjouit guère).

Il faut dire que notre commissaire a du pain dur la planche : durant la nuit « accueillir » les migrants qui débarquent sur la plage après avoir subi un voyage sur des embarcations surchargées, et il faut les faire débarquer sans déclencher de fuites liées à la peur, ils ont tellement attendu (et fantasmé) sur cette terre d’accueil, qu’ils tentent tous de se précipiter. Il est aidé par le Dr Osman qui peut leur expliquer dans leur langue ce qu’on attend d’eux.

La journée, il doit vaquer à ses obligations habituelles, avec un manque de moyens dramatiques. Il se rend néanmoins à son essayage et la belle Elena lui tourne un peu la tête, surtout ses jambes.

Un matin, Elena est retrouvée assassinée à coups de couteaux et l’enquête commence dans des conditions assez rocambolesques, la belle dame avait beaucoup d’admirateurs et on ignore tout de son passé…

J’ai bien aimé cette enquête sur fond de migrants, de réflexions sur l’Europe qui se cloître, pour n’accueillir personne. On rencontre des personnages intéressants, et les coéquipiers de Montalbano valent chacun leur pesant d’or. Qu’il s’agisse de Catarelle, et ses mésaventures avec le chat d’Elena, ou d’Augello amoureux transi, jaloux, au langage fleuri ou du plus réservé Fazio… J’ai bien aimé le docteur Osman et son dévouement par la traduction et l’aide qu’il apporte, ainsi que Meriam, l’assistante tunisienne d’Elena qui s’investit aussi à fond pour venir en aide aux migrants.

Je vais garder en tête des images fortes, tel le joueur de flûte qui pleure, se débat parce qu’on veut lui arracher sa flûte, lui qui était musicien reconnu dans son pays et à qui il ne reste plus que cet instrument.

Ou encore, ces passeurs infects qui n’ont pas eu le temps de sauter de l’embarcation en train de couler, et osent se faire passer pour des migrants, alors qu’ils ont profité du « voyage » pour violer une gamine…

Je voudrais rendre hommage au traducteur, Serge Quadruppani, qui a réussi à bien adapter en français, les 3 niveaux d’italien, ce qui en soi un exploit : l’italien officiel dans un registre familier, le dialecte et l’italien sicilianisé ce qui donne un texte savoureux. De plus, il a choisi le parti de la littéralité dans la construction des phrases : « Montalbano sono, Montalbano je suis » par exemple.

C’est la deuxième fois, seulement, que je me lance dans un roman d’Andréa Camilleri, car j’ai gardé un souvenir mitigé de « La danse des mouettes » et cette fois, j’ai apprécié l’auteur et le livre car l’intrigue est intéressante mais ce qui m’a vraiment séduite c’est la truculence de la langue…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fleuve Noir qui m’ont permis de découvrir ce roman et de replonger dans l’écriture d’Andrea Camilleri

#Lautreboutdufil #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Italien d’origine sicilienne, né en 1925, Andrea Camilleri a mené une longue carrière de metteur en scène pour le théâtre, la radio et la télévision, avant de se tourner vers la littérature.

 D’abord auteur de poèmes et de nouvelles, Andrea Camilleri s’est mis sur le tard à écrire dans la langue de sa Sicile natale. Sa série consacrée au commissaire Montalbano a rencontré un tel succès qu’elle a été adaptée en feuilleton à la télévision.

Son héros, un concentré détonnant de fougue méditerranéenne et d’humeur bougonne, évolue avec humour et gourmandise au fil de ses enquêtes, parmi lesquelles : Jeu de miroirs(2016), Une voix dans l’ombre (2017), Nid de vipères (2018) et La Pyramide de boue (2019).

Andrea Camilleri a reçu en 2014 le prix Federico Fellini pour l’excellence artistique de son œuvre. Tous ses romans ont été publiés chez Fleuve Éditions et sont repris chez Pocket. Andrea Camilleri est décédé à Rome en 2019 à l’âge de 93 ans.

Extraits :

Le dos ! voilà ’ne autre partie du corps qui t’avise des premiers ennuis de la vieillerie.

Quand ils se mirent à la rambarde, ils virent ‘ne masse informe : tous s’étaient comme empaquetés dans les couvertures thermiques qu’on leur avait données. On ne voyait que les yeux, étincelants, écarquillés, attentifs, tels ceux des chiens quand ils attendent un os.

Et soudain, une idée le frappa : parmi ces misérables, combien de pirsonnes capables d’enrichir le monde par leurs talents ? Combien parmi les cataferi (cadavres) qui se trouvaient à présent dans l’invisible cimetière marin, auraient pu écrire ‘ne poésie dont les paroles auraient consolé, égayé, comblé le cœur de ses lecteurs.

Aussi, ces considérations mises à part, combien d’altruisme, de générosité de l’homme envers l’homme se perdait dans cette tragédie qui se répétait chaque nuit ?

Sa discipline de flic lui permettait de faire ce qu’il devait faire, mais son âme d’homme n’en pouvait plus de contenir toute c’te tragédie.

Moi, je pense qu’après le grand rêve de c’t’Europe unie, nous avons fait de notre mieux pour en détruire les fondements. Nous avons envoyé se faire foutre l’histoire, la politique, l’économie communes. La seule chose qui restait peut-être ‘ntacte, c’était cette idée de paix. Passequ’après s’être entre-massacrés pendant des siècles, on en pouvait plus. Mais maintenant, on l’a oublié, cette idée, et donc, on a trouvé la bonne excuse de c’tes migrants pour remettre des frontières, des vieilles et des nouvelles, avec des barbelés. Ils disent qu’au milieu de c’tes migrants, il y a des terroristes qui se cachent, au lieu de dire que ces malheureux fuient justement les terroristes.

Il aréussit ‘ne espèce de miracle, à savoir ne laisser passer aucune pinsée dans sa coucourde. Sa cervelle lui était advenue comme un tableau noir où n’apparaissaient que des expressions élogieuses sur les saveurs qui, partant de sa bouche, réjouissaient tout le corps jusqu’à la pointe des pieds, pour remonter ensuite.

Montalbano pinsa que parfois, être orphelin d’une mère du sud, ça pouvait bien ne pas être une malédiction.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française

« Le chant du perroquet » de Charline Malaval

J’ai beaucoup aimé le précédent roman de l’auteure, « Le marin de Casablanca », alors lire ce livre était une évidence, d’autant plus qu’un petit voyage au Brésil, en plein confinement cela ne se refuse pas : 

Résumé de l’éditeur :

São Paulo, 2016. Tiago, un jeune journaliste indépendant, fait la connaissance de son voisin, Fabiano, qui habite le quartier depuis plusieurs décennies, avec un perroquet pour seul compagnon. Au fil de leurs rencontres, le vieil homme raconte son passé à Tiago, l’épopée d’une existence soumise aux aléas de l’Histoire. Le départ de son Nordeste natal pour participer à la construction de Brasília avec ses parents, son travail d’ouvrier dans les usines Volkswagen de São Paulo… et, surtout, il lui parle de la femme de sa vie, qui a disparu à la fin des années 1960, sous la dictature.

Avec l’idée d’en faire le sujet de son premier roman, Tiago recueille, fasciné, ce palpitant récit et, son instinct de journaliste reprenant le dessus, il décide d’effectuer des recherches par lui-même. Mais bientôt les pistes se brouillent et le doute s’insinue dans son esprit.


Véritable ode à la transmission, à l’amour, à la résistance, Le Chant du perroquet nous offre également, grâce à ses personnages inoubliables et à son écriture vive et magnétique, un magnifique et vibrant hommage à un Brésil immortel, celui d’hier et d’aujourd’hui.

Ce que j’en pense :

Tiago est journaliste, et pense devenir écrivain donc cherche un bon sujet. Un jour, alors qu’il se rend au travail sa vieille Fusca, l’équivalent brésilien de la coccinelle, la voiture ne veut plus démarrer et c’est un homme âgé, son voisin, Fabiano qui réussit à la remettre en marche. C’est ainsi qu’ils font un peu connaissance, car ils se contentaient de se croiser.

Un soir où un peu éméché Tiago ramène sa nouvelle conquête Juliana (le plus beau cul du monde dit-il avec beaucoup d’élégance) ils entendent des hurlements : « Laisse-moi partir, laiiiiiiiiiiiiisse moi partir…), ils foncent chez Fabiano et … C’est Chico, le perroquet, qui hurle et menace son propriétaire…

Peu à peu, Fabiano va leur raconter sa terrible histoire, en dépit des bâillements de Juliana, Tiago sent qu’il tient enfin un scoop.

On repart ainsi en 1956, sur les traces de Fabiano, dont l’enfance a été difficile entre un père alcoolique, une mère battue, qui un jour fait ses valises. Josefa a elle-aussi quitté cet endroit sous la protection de Lucio, accompagné de sa guitare magique.

Ils avaient quitté le Nordeste car la sécheresse avait anéanti les récoltes, pour aller construire la ville idéale du régime : Brasilia, dans un coin perdu du Brésil, née de la folie des grandeurs du président de l’époque et des esquisses de Niemeyer. Un paradis sur terre, mais qui sera probablement pour les riches, personne n’ayant les moyens de se payer un appartement. Fabiano fait la connaissance de Josefa qui va devenir l’amour de sa vie, ils sont à peine ados quand ils se rencontrent.

Il y a des pervers qui tournent autour d’elle, notamment deux hommes qui travaillent avec le père de Fabiano, compagnons de beuverie qui le poussent à la violence. Pour les fuir, ils vont quitter le chantier grâce à une opportunité : lors de la visite du Président, Fabiano ose prendre la parole, et ce dernier lui propose une embauche à l’usine Volkswagen de Sao Paulo. Il réussit à emmener Josefa avec lui pour l’éloigner des pervers et commencer une nouvelle vie.

Comme l’embauche vient du président, Fabiano va être très mal accueilli par le contremaître qui va lui pourrir la vie, mais grâce à Zé son binôme pour faire les pièces, il va s’accrocher.  Il est amoureux de Josefa, mais celle-ci se méfie des hommes et veut être indépendante. Pour tenter de la conquérir, il va apprendre à jouer de la guitare et à chanter.

Un jour, Pedro le fils du chef de la publicité de VW aperçoit Josefa et réussit à convaincre son père qu’elle doit être l’égérie de la marque, de la Fusca surtout.

Voilà nous connaissons tous les protagonistes, car leurs destins vont s’entremêler, alors que le coup d’état se profile, libérant les instincts sadiques et collabos des uns, et la résistance des autres. Maintenant que le décor (la trame de l’histoire plutôt) est planté, je vous laisse découvrir la suite. Et, l’auteure nous réserve des surprises…

J’ai choisi ce roman car, si j’aime beaucoup la musique, la culture du Brésil je connais assez mal son histoire, à part les dictatures et l’hécatombe qu’a déclenché le coup d’état de 1964. A l’ère Bolsonaro, c’était le moment ou jamais de m’y plonger pour tenter de comprendre pourquoi, un peuple qui a autant souffert, avec un nombre de morts effarant, où la torture était très inventive avec notamment le Pau-de-arara « le perchoir du perroquet » où les prisonniers étaient suspendus par les genoux et les poignets à une barre horizontale, la tête en bas, avec un psychiatre, le Doutor Sumiu et sa gueule d’ange, qui a l’art de mettre les gens en confiance lors des entretiens pour mieux les briser, et qui semble être une réincarnation de Mengele. L’hôpital psychiatrique de Barbacena est resté tristement célèbre.

L’auteure dénonce au passage la complicité de Volkswagen avec la dictature, sa chasse aux syndicats, ses délateurs zélés et leurs archives auxquelles il n’est pas évident d’accéder :

L’entreprise est déjà depuis trop longtemps dans le collimateur, avec ses dirigeants nazis, bien connus pour leur très grand sens de l’organisation et de l’ordre…

Tout au long du roman, ce style de roman gigogne que j’aime beaucoup où on alterne le présent et le passé pour rendre ce dernier plus supportable, la musique est omniprésente, la musique traditionnelle, la samba, puis la bossa nova, cette musique qui fait toujours autant vibrer, et me met des papillons dans le ventre (eh oui !). En annexe, l’auteure nous propose une liste de chansons : « du Brésil de Fabiano et Josefa au Brésil de Tiago et Juliana » avec quelques pépites.

Charline Malaval a truffé son roman d’expressions portugaises que j’ai retrouvées avec plaisir, étant lusophone, lusophile, donc ce livre avait tout pour me plaire d’où le coup de cœur…

Maintenant, il ne me reste plus qu’à lire les auteurs brésiliens de l’époque et ceux qui ont évoqué la dictature …

J’ai beaucoup apprécié l’écriture et les talents de conteuse de Charline Malaval que j’ai découverts avec « Le marin de Casablanca ». J’ai mis beaucoup de temps à rédiger ma chronique car j’avais samba et bossa nova dans la tête et pas du tout envie de refermer le livre…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce nouveau livre de Charline Malaval dont j’apprécie beaucoup la plume.

#LeChantduperroquet #NetGalleyFrance

Mes élucubrations :

Comme je l’ai déjà dit, j’ai appris le portugais cette langue, le portugais via Assimyl pour pouvoir discuter avec la famille de mon mari au Portugal donc il m’en reste encore un peu…

De plus, j’aime beaucoup le portugais en mode sud-américain (comme l’anglais USA versus Grande Bretagne par exemple ou français versus Québec), car les intonations sont plus douces, plus chantantes.

C’est un pays que l’on rêve de visiter, tous les deux mais il va falloir attendre un peu (pas seulement le COVID mais le départ de Jaïr Bolosonaro (vous l’avez sans doute remarqué, l’avoir affublé de ce prénom était peut-être dans le but de défier le destin, faire « jaillir » une parcelle d’intelligence, chez Bolso alias grippette-tapette pour reprendre ses mots favoris !!! Sans rancune, Mr le Président, je sais que vous appréciez l’humour!

En gros comme la Russie, quand Vladimir 1er va tirer sa révérence, on sera mort ! ou mes dernières notions de russe se seront évaporées…

L’auteure :

Charline Malaval est née en 1984 à Limoges et a grandi en Corrèze. Après avoir enseigné au Brésil, à l’île Maurice, en Bulgarie et au Vanuatu, elle est aujourd’hui professeure de lettres au lycée français de Riga (Lettonie). 

On lui doit « Le marin de Casablanca » et « Le chant du perroquet ».

Extraits :

Au fond, il n’y a pas plus brésilien que ces animaux-là… Ils sont comme l’âme de la samba, jamais si beaux, si colorés et le cœur à la fête que lorsque leur monde est en train de s’effondrer.

Chacun a droit à l’amour, mais chacun aime à sa façon. Alors que certains aiment tièdement et se contentent de sentiments étriqués, d’autres aiment corps et âme, constamment prêts à en mourir. Ceux qui savent aimer y sacrifient tout, leur cœur et leur âme.

Avec Fabiano, ce sera différent, Tiago l’a compris depuis quelques temps déjà, cet homme possède un secret, cache un drame, une tragédie derrière ses sourires. Selon Tiago, c’est précisément ce qui fait l’âme d’un roman. Jusque-là, son inspiration s’était toujours fait refouler par la page blanche qui l’interrogeait, frondeuse : « quel nœud vas-tu défaire ? Quel mystère vas-tu résoudre ? De quoi vas-tu bien pouvoir parler ?

Brasilia, c’est le symbole d’un pays qui gueule à tue-tête au reste du monde : on peut tout se permettre, que ça vous plaise ou non ! Et le Brésil s’est tout permis dans ces années-là ! La bossa-nova, le tropicalisme, la première coupe du monde remportée par la Seleção… Le Brésil a osé toutes les esthétiques, a associé des couleurs, des notes qui juraient ensemble pour en faire des œuvres d’art !

Le coup d’état de 1964 et la dictature sont d’ailleurs la conséquence de cette curiosité avide, de cet appétit de vie unique au monde.

Ils étaient des milliers comme eux, à avoir voulu tenter leur chance ailleurs, loin de ces terres que la pluie avait fuies. Il n’y avait plus rien à cultiver, plus rien à manger. Les récoltes de maïs et de haricots noirs séchaient sur pied depuis de longues années. On avait attendu en vain le retour de la pluie. On avait imploré tous les dieux, tous les esprits possibles, mais rien n’y avait fait.

Josefa, en silence, avait pleuré de joie de quitter le spectacle de désolation de son foyer. Mais elle savait qu’elle serait désormais exilée. Comme le lui avaient enseigné la douce voix rauque et la guitare enjôleuse de Lucio, une vie s’écrit en prenant des risques, et la musique les fait passer pour un jeu.

Du travail s’était ensuite présenté à Rio d’où Lucio faillit ne jamais repartir. En 1931, peu après son arrivée, il assista à l’inauguration de la célèbre statue du Cristo Redentor ouvrant grand ses bras à la cité merveilleuse. L’année suivante, la roue tourna encore et il connut les insurrections contre le dictateur Vargas, et bien entendu la crise économique qui suivit…

Mais, il faut tout de même avancer, et c’est grâce à cela que nous apprenons à nous connaître et à compter sur nous-mêmes.

Mais, la samba, c’est l’âme du Brésil. La musique n’a pas être digne puisqu’elle est le dernier rempart avant la folie. C’est une expression qu’on ne peut museler car elle imprègne tous les pores de ce fichu pays !

La saudade, douce et vibrante, réchauffait son âme, et malgré lui cette rythmique paresseuse et nouvelle agitait son corps. Ses pieds et ses jambes battaient la mesure. Il se laissa effleurer par le chant de la flûte et la voix si chaleureuse qui fredonnait la mélancolique mélodie.

« Il n’y a rien de mieux qu’un roman pour faire comprendre que la réalité est mal faite, qu’elle n’est pas suffisante pour satisfaire les désirs, les appétits, les rêves humains. » C’est de Mario Vargas-Llosa. Alors, arrange-toi pour en faire une histoire qui en tiendra compte.

Celui-ci (l’hôpital de Barbacena) avait servi, au cours des décennies du XXe siècle, et bien plus activement entre 1960 et 1970, à éliminer quelques soixante mille « patients ». Des femmes prétendument traitées pour hystérie ou schizophrénie. Des opposants politiques. Des fauteurs de troubles. Au plus fort des années de plomb, ils gênaient et avaient miraculeusement disparu de la circulation.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature canadienne, Thriller psychologique

« Du bruit dans la nuit » de Linwood Barclay

Il me reste encore quelques thrillers polars, quel que soit le nom qu’on leur donne, pour laisser mes neurones reconstruire leurs connexions défaillantes, ce qui semble sur la bonne voie, du moins je l’espère. Voici donc ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Un thriller psychologique empreint de folie et d’humour noir, riche de twists à la Gillian Flynn et d’un suspense si intense que vous n’oserez plus fermer l’œil de la nuit.

Paul Davis n’est que l’ombre de lui-même : huit mois plus tôt, ce professeur de littérature à l’existence sans relief a vu un assassin transporter des cadavres de femmes dans le coffre de sa voiture.

Depuis, Paul subit les assauts d’un violent syndrome de stress post-traumatique. Comment se libérer de cette nuit d’horreur ? Pour l’aider, son épouse l’encourage à coucher sur le papier les pensées qui le rongent et lui offre, pour ce faire, une vieille machine à écrire.

Mais bientôt, aux images cauchemardesques de ses nuits viennent s’ajouter des bruits étranges, le tac tac tac frénétique des touches d’un clavier. Et plus inquiétants encore sont les messages cryptiques, tapés par la machine, que Paul découvre au petit matin.

Somnambulisme ? Machination ? Démence ? À moins que les victimes du tueur ne s’adressent à lui pour réclamer vengeance ? Avec le soutien d’Anna White, sa charmante psychiatre, Paul s’enfonce dans les méandres d’une enquête aux soubresauts meurtriers…

Ce que j’en pense :

Paul Davis, professeur de littérature à l’université, constate en rentrant chez lui que la voiture de son ami Kenneth Hoffman fait de sacrés zigzags sur la route. Conduit-il en été d’ébriété ? Toujours est il qu’il décide de le suivre pour éviter une catastrophe. Mal lui en prend, lorsque Kenneth s’arrête, Paul sort de sa voiture, et se dirige vers lui et aperçoit deux cadavres de femmes dissimulés sur la banquette mais, à peine le temps de demander ce qui se passe, il se prend un grand coup de pelle sur la tête.

Mal en point, il récupère mal, toujours en arrêt de travail car il présente ce qui ressemble fort à un syndrome de stress post traumatique : troubles du sommeil, cauchemars terribles malgré ses séances chez la psychologue. Il décide, fortement encouragé par son épouse, (notons que la psy est réticente) d’écrire son histoire, pour tenter d’y voir plus clair, et son épouse lui offre une machine Underwood, trouvée dans une brocante. Mais la machine ressemble à celle sur laquelle Kenneth a obligé ses victimes à reconnaître leur faute (il les draguait toutes les deux en même temps et elles voulaient prendre leur distance)

Curieusement la nuit, on entend le tac-tac-tac de la machine à écrire, cauchemar ? Somnambulisme ? Hallucinations ? Paul sombre-t-il dans la folie ?

L’histoire s’installe tranquillement, et au moment où je commençais à trouver le temps long et l’intérêt de piètre qualité, à imaginer toutes sortes de scenarii possibles, à suspecter tout le monde, folie, manipulation entre autres,  coup de théâtre, un évènement vient tout remettre en question, mettant mes hypothèses à dure épreuve, et redonnant du piment à ma lecture.

J’ai trouvé Paul très attachant dans sa recherche acharnée pour essayer de comprendre, lorsqu’il lit tout ce qu’il peut trouver sur le procès, les pièces à conviction, les articles parus dans la presse…

Même si je ne suis pas très emballée, (j’avais trouvé certaine choses concernant la culpabilité car Kenneth qui purge sa peine en prison a quand même fait très, trop, rapidement des aveux complets) j’ai passé un bon moment, les relations étranges de Paul avec son épouse sont assez drôles mais surtout ce qui m’a interpelée et m’a finalement plu, ce sont les relations de la psy Anna White avec son propre père, (le cordon est-il coupé ?) ou avec ses patients dont certains sont franchement tordus et la manière dont elle ne cloisonne pas vie privée vie professionnelle.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond Noir qui m’ont permis de découvrir ce roman, pour le moins original ainsi que son auteur. Peut-être devrais-je tenter de lire un autre de ses romans pour me faire une meilleure idée de son univers, car il a beaucoup d’adeptes, semble-t-il…

#LinwoodBarclay #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteur :

Américain d’origine, Linwood Barclay vit à Toronto, au Canada, avec son épouse et leurs deux filles. La publication de Cette nuit-là (2009) est un succès immédiat, suivi par Les Voisins d’à côté(2010), couronné au Canada par le prestigieux Arthur Ellis Award.

Depuis, Linwood Barclay est devenu un auteur majeur de la littérature polar, traduit dans plus de dix langues et occupant la tête des ventes aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni et en Allemagne, à chacune de ses publications. Ses dix-sept romans sont publiés dans la collection Belfond noir et repris chez J’ai lu.

Extraits :

Sur le chemin du retour, Paul était de bonne humeur : le Dr White n’avait pas ouvertement découragé son projet de chercher à en savoir davantage sur Kenneth Hoffman, plutôt que de tirer un trait sur le passé. Il avait fini par croire que ses cauchemars, enracinés dans son expérience de mort –imminente, au sens le plus littéral du terme, puisqu’il avait effectivement bien failli y rester – persisteraient aussi longtemps qu’il se laisserait ronger par le traumatisme.

Ce qu’il fallait faire, à présent, c’était en apprendre davantage sur le début.

Qui était Kenneth Hoffman, exactement ? Un professeur respecté ? Un père aimant ? Un mari coureur de jupons. Un tueur sadique ? Était-il possible d’être tout cela à la fois ? Et, si tel était le cas, la pulsion de meurtre existait-elle en chacun de nous, attendant de se manifester ?

Tu te rappelles de « Pastorale américaine », le double fictionnel de Philip Roth, Nathan Zuckerman, écrit sur la vie de ce type qu’il appelle « Le Swede » ? Il commence par ce qu’il sait mais, arrivé aux épisodes qu’il ne connaît pas, il les imagine. Pour remplir les blancs du récit…

Vous n’imaginez pas le nombre de psys qui ont une vie personnelle totalement chaotique. Nous prodiguons des conseils aux autres pour qu’ils reprennent leur vie en main alors que la nôtre est une vraie cata. Elle eut un ricanement d’autodérision…

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature canadienne, Thriller

« Sans retour » de Tom Clearlake

Toujours dans ma quête de varier les genres littéraires, voici un roman que je ne risque pas d’oublier, mais pour les raisons habituelles :

Résumé de l’éditeur :

Lors d’un séjour à la montagne, John Gardner, dirigeant d’un groupe de sociétés, et sa famille, reçoivent amis et associés dans un lodge luxueux, au cœur des Rocheuses. Au deuxième jour, une tempête de neige se lève. Les routes sont bloquées. Les réseaux hors-services. Ils se retrouvent coupés du monde.

Quand le blizzard cesse, dix-huit jours ont passé. Les occupants du lodge sont secourus et placés en observation. Cinq d’entre eux sont portés disparus. 


Les survivants sont extrêmement amaigris. Et en état de choc. Ils ne parleront pas. Ils garderont le secret.

Le plus atroce des secrets.

Ce que j’en pense :

John Gardner, milliardaire à la tête d’une société créée par son père et son oncle qui ont investi dans la scierie, décrochant des coupes de bois ici et là dans l’irrespect total de ce qui peut arriver aux gens qui habite dans ces forêts (des Amérindiens par exemple ou d’autres populations autochtones selon le pays où ils ont sévi) a décidé d’emmener sa famille dans un lodge hérité de l’oncle Jeffrey, en plein cœur des Montagnes Rocheuses. Dans sa grande bonté, il a emmené avec lui son associé Jack, sa femme Gina et ses enfants, et deux autres couples avec lequel il est « en affaires ».

Tout se passe pour le mieux dans ce complexe luxueux avec salle de sport, jacuzzi entre autres, mais le blizzard se lève, de plus en plus violent avec la neige qui tombe sans arrêt.

On a droit aux jérémiades des ados privés d’Internet, réseaux sociaux jeux vidéo and Co mais il y a une antenne parabolique qui permet de mettre en place les connections jusqu’à ce que, tempête oblige, l’antenne est pulvérisée par la chute d’un arbre.  

Le blizzard s’intensifie, et il faut se rationner, et vont commencer les conflits entre égo, et cela va durer 18 jours, au terme desquels les hélicos vont les repérer, les hélitreuillés, dans un état physique et psychique déplorable.

Un policier Wesley, alias Wes, fraichement débarqué dans la région va recueillir le témoignage des survivants, car il en manque à l’appel… Wes est surpris par ces déclarations qui sont toutes les mêmes, sous la houlette de John et décide de mener sa petite enquête… Que s’est-il passé dans ce lodge, pour que les protagonistes en sortent dans un tel état ?

Ce huis-clos que nous promet l’éditeur m’intriguait, alors j’ai décidé de me lancer dans la lecture de ce roman, toujours dans l’idée de découvrir d’autres genres littéraires, et j’ai été servie : on a droit à tout ce qui peut exister dans l’horreur, (mais je préfère quand c’est Stephen King) la violence dépasse tout ce qu’on peut imaginer, avec des tueurs féroces, des évadés de prison, du chantage, racket et l’auteur pose un question jusqu’où peut-on aller quand on crève de faim, jusqu’au cannibalisme ?

Je suis allée jusqu’au bout du récit, haletant il faut bien le reconnaître, et je considère que c’est déjà un exploit, mais j’ai eu du mal et j’ai fini, le cœur au bord des lèvres, dans tous les sens du terme.

La morale de cette histoire ? Je vous laisse imaginer. En tout cas, c’est une expérience qui a été dure, voire traumatisante et cela m’étonnerait que je me laisse tenter par un autre livre de l’auteur.

Je n’ai rien divulgâché et je fais une chronique réduite à sa plus simple expression, pour ne dégoûter personne, ce qui est, je le répète, un exploit et je pense que ce livre aura sûrement des adeptes…

Un grand merci à NetGalley et aux Moonligth éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur

#Sansretour #NetGalleyFrance

4/10

L’auteur :

Pour en savoir plus sur Tom Clearlake, je vous conseille d’aller jeter un coup d’œil sur son site :

https://www.tomclearlake.com/

Quelques extraits choisis parmi les plus légers :

Au-dessus des forêts, dans la voûte céleste, le tissu de lumière des constellations continuait sa lente rotation. Le froid était encore descendu. Sa lame glaciale fauchait le peu de vie qui subsistait dans les bois. Bientôt ce fut au tour de la lune d’être emportée par des hordes de nuages noirs… Une à une, les étoiles disparurent à leur tour et le ciel, les arbres et les montagnes ne furent plus qu’un même espace obscur, sans forme distincte. Alors, les premiers flocons se mirent à tomber.

L’avantage avec la cocaïne, c’est qu’on est toujours en super forme. L’inconvénient, c’est qu’on a tendance à se croire immortel. Et le jour où on arrive au bord du précipice, lancé à pleine vitesse, il est trop tard pour freiner.

Je me dis qu’on est peut-être en train de vivre une sorte d’apocalypse, causée pour mettre un terme à l’absurdité dénoter civilisation.

Mais avait-il vraiment existé comme une personne entière ? Ou était-il seulement l’illusion d’un homme, un être composé de toutes pièces par les circonstances de son existence de dirigeant ? Personne n’avait jamais entendu ce qu’il avait au fond de lui. Ce qu’il était réellement. La vie l’avait bâillonné.

Lu en mai 2021