Publié dans BD

« Les Vieux Fourneaux : T5 bons pour l’asile » de Lupano et Cauuet

Je viens de terminer (en de relire encore une fois! avant de le rendre à la bibliothèque) ce dernier opus:

Les Vieux Fourneaux T5

 

Résumé :

 

Retour à Paris pour Antoine, Mimile et Juliette.

Le plan est simple : ramener Juliette auprès de sa mère, puis filer au Stade de France pour assister au match de rugby France-Australie. C’est du moins ce qui est prévu…

Mais, désireuse de voir son père et son grand-père se rabibocher, Sophie les oblige à s’occuper ensemble de Juliette jusqu’au lendemain. Mimile ne peut donc compter que sur Pierrot pour l’accompagner au match. Or, Pierrot l’anarchiste mène un nouveau combat : il s’est engagé en faveur des migrants. Alors vous pensez bien qu’assister à un match opposant la France, qui refuse d’accueillir les migrants, à l’Australie, qui ne pense qu’à les entasser dans des camps, bafouant ainsi les droits de l’homme, c’est hors de question ! Mimile n’a plus pour seule compagnie que ses désillusions…

Et si lui aussi était bon pour l’asile ?

 

Ce que j’en pense   

 

Ma critique sera brève, pour une fois! mais l’enthousiasme est toujours là…

Encore un tome savoureux ! je m’éclate toujours autant avec ces vieux compères qui sont devenus les miens…

Laisser Juliette avec son Papoutch (son arrière-grand-père) et son grand-père pour qu’ils se rabibochent ce n’était pas peut-être pas l’idée du siècle mais cela donne lieu à des scènes comiques.

Pierrot qui manifeste devant une banque suisse avec ses complices et tout le monde se fait coffrer, d’où une garde à vue géniale qui permet de faire la connaissance de Patate…

Le tout sur fond de match de rugby au stade de France, sur fond de danses océanes…

 Une mention spéciale pour la plaque de l’hôtel de Fanfan (ex île de la tortue) :

Dave HIOCK et Demi GRANTS

GLOBAL TRADE

INVESTISMENTS EXPERTISE

 

J’ai beaucoup ri encore et adoré! peut-être suis-je aussi bonne pour l’asile comme eux!

 

Extraits

 

Les Vieux Fourneaux T5 planche 1

 

On a réfléchi, et on s’est dit :quand c’est le Qatar qui rachète les musées, les plages privées et les clubs de foot, personne ne crie à l’invasion arabe. Tout le monde est content.

Donc ce ne sont pas les étrangers qui font peur, ce sont les étrangers pauvres.

 

Hugo Boss ? Mais ça vaut cher !

Oui, enfin euh, ils sont comme qui dirait un peu… tombés du camion…

Vous les avez piqués ?

Disons qu’on a estimé qu’après avoir habillé les nazis des bottes à la casquette, Hugo Boss pouvait bien fournir quelques costumes gratos à des nécessiteux basanés… C’est de bonne guerre.

 

C’est peut-être ça, la France. On se trouve glorieux dans la défaite, ce qui nous rend quasi invincibles.

Lu en janvier 2019

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Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« Chien-Loup » de Serge Joncour

Je partage aujourd’hui ma dernière lecture de 2018 avec le dernier roman de Serge Joncour:

 

Chien-Loup de Sege Joncour

 

 

Quatrième de couverture   

 

L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître.

En arrivant cet été-là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, c’était en arrivant.

Serge Joncour raconte l’histoire, à un siècle de distance, d’un village du Lot, et c’est tout un passé peuplé de bêtes et anéanti par la guerre qu’il déterre, comme pour mieux éclairer notre monde contemporain. En mettant en scène un couple moderne aux prises avec la nature et confrontés à la violence, il nous montre que la sauvagerie est un chien-loup, toujours prête à surgir au cœur de nos existences civilisées.

 

Ce que j’en pense   

 

Dans ce roman, l’auteur alterne deux histoires, une qui se déroule en 1914, la guerre vient de commencer, les hommes et le bétail sont réquisitionnés, les femmes doivent prendre en main les travaux fermiers dans ce village d’Orcières perdu, maudit car plus rien n’y pousse, on a brûlé les sols à force de traitements pour le Phylloxera.

Un jour arrive un oiseau de mauvais augure : un pèlerin et sa mule qui se dirigent vers Saint-Jacques et font halte chez le docteur Manouvrier et sa femme Joséphine…

« Après une nuit courte le marcheur et sa mule étaient repartis à l’aube, ne doutant pas de cheminer comme ça jusqu’à Saint-Jacques, alors qu’ils fonçaient droit vers un jour de guerre. » P 19

Un dompteur allemand, déserteur en quelque sorte car il veut que ses fauves échappent à la réquisition, va s’installer avec lions et tigres, sur les hauteurs d’Orcières, donnant lieu à toutes sortes de spéculations, il faut bien nourrir ces animaux, que l’on entend hurler dans la plaine. Le récit en 1914 est centré sur Joséphine, la femme du médecin du village, qui sera une de première victime de la guerre et sur le dompteur.

En 2017, débarque dans cette même région, un couple, Lise, qui vient de réchapper d’un cancer et Franck : elle a trouvé une maison isolée dans les Causses loin de tout, pour se ressourcer, méditer, marcher communier avec la nature, elle en a assez de toutes ces pollutions : sonores, fumées des véhicules, ondes de toutes sortes, sans parler des phytosanitaires et des perturbateurs endocriniens et de l’incivilité actuelle.

Franck est très anxieux car pas de connexion Wi Fi alors que ses associés veulent le mettre sous la touche. Il est producteur de cinéma et fait face à deux jeunes loups, issus du milieu du jeu vidéo et qui ne cherchent qu’à récupérer son catalogue pour faire des affaires avec Netflix, l’avenir du cinéma selon eux.

J’ai adoré ce roman car Serge Joncour nous livre une très belle réflexion. Qu’y a-t-il de si différent entre la guerre de 14 qui a fait tant de morts et de violence, et le climat qui règne aujourd’hui ? On est toujours dans la violence, avec la guerre numérique qui a remplacé celle des chars, elle est plus subtile mais elle est là. La société actuelle n’est pas tendre, il y a de la violence, de la haine, de la jalousie.

Les prédateurs ont changé, avant c’était les souverains, « Ces filiations prodigieuses où le Kaiser était le neveu du roi d’Angleterre et le cousin du tsar, elles étaient sur le point d’exploser » qui voulaient agrandir leurs royaumes et envoyaient leur peuple au casse-pipe; maintenant les prédateurs ont pour nom Netflix, Amazon qui ont les dents aussi longues et veulent bouffer ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre.

« L’image que Franck se faisait d’Amazon et Netflix, c’était celle de deux prédateurs mille fois plus gros que tout le monde, avec un appétit sans limite, deux super-prédateurs qui comme les loups régulent l’écosystème en éliminant d’abord les proies les plus faibles, les plus petites, les plus vulnérables, avant de s’imposer comme les maîtres absolus du jeu… » P 229

Serge Joncour évoque au passage le « conflit des générations » avec les jeunes loups, qui sont les associés aux dents longues de Franck, d’un égoïsme sans bornes, qui écrasent tout sur leur passage, pour encaisser le maximum d’argent et de notoriété, tellement imbus d’eux-mêmes qu’ils ne se remettent jamais en question : ils ont tous les droits ! en 1914, la solidarité était davantage présente, mais les gens du village se surveillaient, se jalousaient, la violence avait un exutoire au combat…

L ’homme est un loup pour l’homme. Dès que la société est en crise, elle a besoin d’un ennemi, une tête de turc, en 1914, un dompteur allemand, de nos jours un étranger que l’on stigmatise.

Au passage, j’ai adoré ce chien-loup, croisement d’un chien civilisé (!) et d’un sauvage, qui adopte Franck, lui révèle sa puissance potentielle, déclenchant une réaction vis-à-vis de ses associés.

La solitude peut être contrainte, le village s’est vidé de ses hommes, et leur absence résonne, ou elle peut être choisie, c’est le cas de Lise qui retrouve une sens à sa vie dans le contact avec la nature, la méditation, la vie saine. Qu’elle soit choisie ou pas, le silence est maître dans ce décor grandiose, un silence peut se révéler assourdissant.

Les chapitres se succèdent assez rapidement, alternant les deux périodes du récit, ce qui donne un rythme de plus en plus puissant, haletant.

La dépendance de certains personnages vis-à-vis de leur portable, du Wi-Fi, d’Internet est abordée de manière très drôle: circuler le bras tendu vers le ciel, à la recherche du réseau, en proie à la panique…

« Depuis des années, sans même qu’il s’en rende compte, aller sur Internet relevait du réflexe. Il en avait autant besoin que de café. »P 135

J’aime beaucoup Serge Joncour, car à chaque page on retrouve son amour de la Terre, de la Nature avec laquelle il communique, de son respect pour le monde rural qui ne l’empêche pas de se montrer parfois intransigeant et un peu caustique.  On sent son écriture monter en puissance au fil des romans.

J’ai eu la chance de le rencontrer, lors d’une séance de dédicace à la bibliothèque et je suis restée sous le charme… Il en impose par la manière dont il parle de ses romans de la manière dont il écrit autant que par sa stature (il ne doit pas être loin des 1,90m).

Ce roman est un véritable coup de cœur, il me permet de terminer 2018 en beauté. Un des romans phare de cette rentrée littéraire, en ce qui me concerne.

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Extraits   

 

Ici au village les fils comme les pères se faisaient gagner par la hantise de devoir partir, comme une meute de chevreuils apeurés. Même là, au plus profond de la campagne la plus reculée, on voyait bien que le monde était soumis à l’inconséquence d’une poignée de régnants, tous cousins qui plus est, plus ou moins de la même famille…P 11

 

Ce samedi 1er août 1914, les hommes croyaient ne déclarer la guerre qu’aux hommes, portant ce n’est pas seulement une marée d’êtres humains qu’on envoya à la mort, mais aussi des millions d’animaux

…tout ce que l’homme avait domestiqué de bêtes dociles et loyales se retrouva engagé dans la fureur des combats et devint une cible pour l’ennemi. P 26 et 27

 

Du jour au lendemain, les hommes basculèrent dans la barbarie et la fureur, et la mort, ce microbe peu subtil qui enjambe allègrement la barrière des espèces, faucha en quatre ans de guerre des générations d’hommes en même temps que des millions de chevaux, de bœufs et de mules, tout autant que des chiens, des pigeons et des ânes, sans compter tous les gibiers coincés dans la démence des feux… P 27

 

Pourtant, ce soleil rayonnant sur l’émeraude verni des collines l’émerveillait. Il y a des paysages qui sont comme des visages, à peine on les découvre qu’on s’y reconnaît. P 46

 

Des vignes pour lesquelles on aura tout tenter dans l’espoir d’éradiquer la malédiction. Mais, l’insecte jaune avait gagné la partie. Ici, comme partout, le phylloxéra avait anéanti le vignoble, signe qu’un minuscule insecte peut parfaitement changer la face du monde. P 50

 

… ici, c’est par la sueur des ancêtres que la terre calcaire était devenue arable. P 85

 

La nature de l’homme est de vite oublier les catastrophes passées, autant que de ne pas voir celles qui s’amorcent… dès qu’on vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, la peur qu’elle tombe est bien pire supplice que si elle chutait véritablement. P 87

 

C’est la guerre qui donne le goût des hommes aux loups… tout aura commencé par la guerre de Cent Ans, puis les guerres de Religion et celles de l’empereur, c’est les guerres qui leur donnent le goût de la chair de l’homme, dès qu’il y a une guerre, ils profitent que les hommes soient partis pour s’en prendre aux plus faibles, à chaque fois, ils attaquent, et la guerre, une fois encore, on est en plein dedans. P 98

 

… si par chance, un jour, il n’y avait plus de guerre, en supposant de faire cet énorme effort d’imagination, des loups il en faudrait toujours, qui à en réinventer ou à les faire revenir, car l’homme porte en lui le besoin de se savoir des ennemis et d’identifier ses peurs, ne serait-ce que pour fédérer les troupes. P 134

 

Les enfants servent à cela, à combler le silence, le vide, les humains ne font pas des enfants pour peupler le monde mais pour se prouver qu’ils existent. P 174

 

Puis un jour, l’irrationnel l’emporta. A la mi-octobre, le soleil baissa d’un coup comme c’est le cas tous les automnes, mais les anciens se mirent à décréter que cette ombre qui durait jusqu’à midi, cette fois c’était la faute de l’Allemand… 

… Seulement, comme à tout malheur il faut un coupable, on rejeta tout sur le Boche, voilà qu’il était devenu le voleur de matins, il gardait le soleil pour lui, et plus on irait vers l’hiver, pire ce serait. P 210

 

… ils avaient à peine trente ans mais ils avaient faim, et justement, c’était ce côté « jeunes loups » qui lui avait plu. Mais là, après deux jours de recul, il était certain que ces deux-là relevaient du clan des charognards plus que des loups. P 225

 

Peut-être que, ces fauves leur communiqueraient un peu de leur irréductible force, comme s’il suffisait d’inspirer l’air des forêts pour devenir chêne soi-même. P 265

 

C’est par l’esprit que qu’un homme s’approche au plus près d’une femme, en faisant ce chemin qui va de l’égoïsme à la compréhension. P 265

 

« On s’aime mais on ne se le dit plus, on s’aime de telle manière qu’il n’y a même plus lieu de se le dire, de le penser… » c’est peut-être le stade ultime de l’harmonie, le seuil de la béatitude entre deux êtres, l’amour devenu à ce point naturel qu’il ne s’énonce même plus. P 295

 

Depuis le départ des hommes, leur silence hantait, un silence qui n’en finissait pas de dire qu’ils n’étaient plus là… Maintenant tout ce qu’on distinguait d’eux, c’était le silence qui régnait partout dehors, un silence déchiqueté par des cris de lions, c’était pire qu’un mort. Même les chiens n’aboyaient plus… P 366

 

En sentant le chien près de lui, Franck se sentit réconcilié avec cette ambiguïté fondatrice, dans la vie, il ne s’agit pas d’être le bon ou le méchant, tout comme dans les affaires, il ne s’agit pas prêter le flanc ou de mordre, il convient plutôt de toujours maîtriser   les deux registres, en fonction des circonstances. Tout animal est fondé sur cette ambivalence. P 411

 

L’homme, c’est cette créature de Dieu qui corrompt et dilapide, qui se fait un devoir de tout salir et d’abîmer. Sans qu’il soit question de malveillance ou de jalousie, de frustration ou de colère, par sa seule présence un homme peut tout détruire. P 436

 

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Fêtes...

« Bonne année 2019 »

 

Je vous souhaite à tous une très belle année 2019, avec de la joie, de la douceur, de l’amour, de l’amitié et surtout la santé pour pouvoir en profiter….

Je serai un peu moins présente pendant le premier trimestre 2019 car je vais subir une intervention neurochirurgicale pour une hernie discale qui m’empoisonne la vie depuis presque un an, et tous les traitements envisagés n’ayant apporté que peu de répit…

Et une citation de Jules Renard pour la route:

« Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu »

Tous mes vœux encore!

 

Publié dans BD

« Les Vieux Fourneaux T4 La magicienne » de Lupano et Cauuet

Place à la BD aujourd’hui avec le T4 des aventures de mon trio préféré et de leurs acolytes :

Les Vieux Fourneaux T4

 

Résumé de l’éditeur :   

 

Les Vieux Fourneaux raconte les aventures de trois septuagénaires, amis depuis leur plus tendre enfance : Antoine, Émile et Pierrot. Chacun a suivi sa route, chacun a fait ses choix, chacun a fondé (ou pas) une famille. Séquelles, souvenirs, fragments de vies (presque) passées.

Il reste pourtant à ces trois-là de belles choses à vivre, et une solide amitié chevillée au corps. Les Vieux Fourneaux, à travers d’incessants va-et-vient entre les années cinquante et les années 2010, raconte sur un mode tragi-comique notre époque, ses bouleversements sociaux, politiques et culturels, ses périodes de crise.

 

Ce que j’en pense   

 

Quelle joie de retrouver les compères !

La petite-fille d’Antoine, Sophie, est en train de terminer sa tournée « les loups en slip », et c’est lui qui veille sur Juliette pendant les spectacles.

En rentrant au bercail, la fourgonnette rouge tombe en panne. Source d’une série de petits ennuis : réparation du véhicule mais aussi du toit (les artisans s’engagent puis ne donnent plus signe de vie !

Et soudain, grande nouvelle, une ZAD a été érigée sur le terrain que Berthe a vendu au labo Garan-Servier : on a découvert une sauterelle rare la « magicienne dentelée » qui est une espèce protégée. Ceci donne lieu à des échanges savoureux dans le village…

Et bien-sûr la bande « ni yeux ni maître » en profite pour débarquer, Pierrot en tête, pour soutenir l’occupation des lieux…

On croise en route, les zadistes, les chasseurs, un bel entomologiste tout en cheveux, et Antoine fidèle à son rôle de défenseur des travailleurs, sans oublier Berthe circulant pied sur l’accélérateur dans sa nouvelle voiture : une Chrysler 300H rouge de 1962 comme celle de Marilyn Monroe…

Les dialogues et les dessins sont toujours aussi bons, et mine de rien, les auteurs abordent des thèmes de société très actuels.

J’ai beaucoup ri, comme d’habitude et j’en avais besoin alors je réserve le T5!

 

Extraits

Les Vieux Fourneaux T4 planche 1

 

Quelques dialogues savoureux :

 

« Bande d’égoïstes !

Les champignons, la Chope ! C’est bien la France, ça !

Vous passez votre temps à râler que rien ne change, et quand ça change, vous gueulez que ce ne sera plus comme avant !

Eh ben quoi ? On veut le changement dans la continuité. C’est notre droit.

Ben, je vais aller leur expliquer moi, aux babas cools, ça va pas traîner ! et tu vas voir, ta continuité !

 

Ou encore :

 La vache, ça a l’air violent la fédération de chasse !

Si vous saviez !! vous connaissez Guimauve Frombze ?

 Gui comment ?

Guimauve Frombze , la série télé avec les dragons !

 Gu… Ah ! game of thrones ?

 

Encore un petit dernier pour donner envie d’ouvrir cette BD :

 

… on vient défendre la magicienne dentelée, je te signale ! tu te rends compte qu’elle se reproduit par clonage ? Arno en a fait des recherches, et…

Ben, elle nous emmerde ta magicienne dentelée ! elle peut aller se cloner le fion dans le champ d’à côté et pas freiner la reprise économique !  

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature espagnole

« Rose de cendres » de Pilar Rahola

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley du fait de mon goût pour l’Histoire, et j’avoue que je ne connaissais peu pour ne pas dire pas du tout  l’histoire de la Catalogne  :

 

Rose de cendres de Pilar Rahula

 

Résumé de l’éditeur :    

 

D’origine modeste et issu d’une famille républicaine, Albert Corner a combattu lors de la première guerre d’indépendance de Cuba. À son retour au pays, il n’a plus qu’une idée en tête: s’enrichir, quitte à verser dans la criminalité. Des années plus tard, il jouit d’un statut d’homme d’affaires reconnu. Mais, en 1909, la révolte est aux portes de la ville : le syndicalisme ouvrier affronte violemment le gouvernement espagnol au sujet de la mobilisation pour la guerre au Maroc. Et dans cette Catalogne au bord de l’explosion, les enfants Corner pourraient bien trahir les idéaux fraîchement bourgeois de leur père.

Entre les aspirations révolutionnaires des uns et les désirs d’émancipation des autres, l’équilibre de la famille et des affaires est en danger…

 

 

Ce que j’en pense   

 

On fait la connaissance du héros principal Albert Corner alors qu’il se bat pour l’Espagne à Cuba, combat dont il réchappe à force de volonté, de rage. Il connaît les affres de la traversée, en fond de cale, partageant la litière des chevaux. En fait le bien-être des chevaux compte davantage que celui des hommes qu’on envoie à la boucherie, car ils sont plus utiles. Cette guerre violente se soldera par la perte de Cuba pour l’Espagne.

De retour, Albert n’a qu’un seul but ; échapper à la pauvreté de sa famille, s’enrichissant grâce à la spéculation et à des méthodes peu orthodoxes, mais quand il a été normal de tuer au nom de l’Espagne, cela devient facile… Il va construire sa famille, s’impliquant en politique, pour la Catalogne.

On assiste à l’évolution de cette famille, alors que les émeutes de 1909 se déclenchent car les catalans refusent d’aller se battre contre le Maroc (la guerre de Melilla), un premier contingent ayant été envoyé purement et simplement à l’abattoir faisant trois cents morts.

Trois partis influents s’opposent à cette époque, car le peuple veut l’indépendance de la Catalogne, de manière modérée pour les uns : Solidarité catalane, les anarchistes purs et durs et le parti conservateur qui veut rester avec l’Espagne. C’est le départ d’un convoi de soldats réquisitionnés (on peut y échapper si on paye, alors le sentiment d’injustice des ouvriers pauvres ne peut qu’exploser) qui va déclencher les émeutes que l’on retiendra dans l’histoire sous le nom de « Semaine tragique » du 26 juillet au 2 août 1909

Tout commence par une grève générale, visant à paralyser le pays, mais ce sera un bain de sang : on érige des barricades, on arrache les pavés, on met le feu aux églises, car on rejette la toute puissante église catholique qui a la mainmise sur tout, jusqu’à l’école. Les anarchistes essaient de mettre en place une école laïque mais il n’y a qu’un pas entre projet et utopie. Barcelone est en feu.

 

« Au-dehors, Barcelone flambait et elle écrivait en lettres de feu un des chapitres les plus tragiques de son histoire. Mais à l’intérieur de la famille d’Avel-li aussi se dressait un bûcher d’incompréhension, de douleur et de violence, aussi dévastateur que les flammes qui avaient détruit des églises dont la plupart avaient résisté au passage du temps et des violences des siècles. »

 

J’ai beaucoup aimé cette famille et ses dysfonctionnements, chacun optant pour un camp, pour des raisons différentes : Albert ne veut pas que son empire financier lui échappe, Enric croit à une société meilleure plus égalitaire, le fils aîné, Avel-li, désire une Catalogne libre, républicaine sans utiliser la violence.

Tout oppose ces deux frères, car Avel-li se comporte en aîné responsable, suit les traces de son père donc reconnu par ce père, alors qu’Enric le deuxième fils est un être d’une grande sensibilité, il a été couvé par sa grand-mère, et déclenche la colère paternelle de manière quasi permanente.

Il porte le nom de son grand-oncle mort à la guerre, ce qui ne facilitera pas les choses… l’un est marié, installé dans sa vie alors que l’autre se cherche sur tous les plans, politique, sexuel, donc le drame sera inévitable…

 

« L’oncle de mon père, c’est-à-dire, le frère de ma grand-mère Mercé, est mort éventré par un cheval pendant la révolte de 1835. Mon frère Enric porte son prénom, à la demande de grand-mère Mariona quand il est né.« 

 

J’aurais aimé avoir de la sympathie pour Enric, mais c’est difficile car son sentiment de ne pas être aimé et d’être sans cesse comparé avec son frère aîné, qui est pourtant légitime, le pousse à se poser en victime et lui sert de justification sans cesse…

Les femmes de la famille sont intéressantes aussi : Elisenda, l’épouse d’Albert est soumise, tient sa maison le mieux possible, c’est l’épouse modèle prototype de l’époque, les filles d’Albert, par contre, ne sont pas résignées et obéissante comme leur mère, elles se rebellent, Merceneta en particulier, affirment davantage leurs idées. On retient aussi la place importante de l’art dans cette ville, où passer Gaudi, décrié par la population de l’époque car on ne comprend pas son travail…

J’ai suivi comme tout le monde les évènements récents avec le référendum pour l’indépendance, mais je ne comprenais pas bien les positions de chacun. Il s’agit d’un phénomène ancien, et ce roman m’a permis d’apprendre beaucoup de choses,  tant sur la période historique que sur la société de l’époque: Lerroux, Cambo, Maura et Ferrer étaient d’illustres inconnus pour moi et donc envie de creuser encore…

Cependant, j’adresserai un reproche à l’auteure : avoir trop décortiqué, embrouillant le lecteur par trop de détails à mon goût, je me suis perdue parfois dans les noms des protagonistes (leurs noms à rallonge sont durs à mémoriser !) et j’ai parfois survolé la description des combats, des violences de rues, des radicalisations, car trop de détails tue parfois…

Ainsi, Pilar Rahola cite fréquemment des extraits de l’époque du journal « La Veu de Catalunya » ou les comptes-rendus d’interventions lors des réunions politiques, pour appuyer son récit, et cela finit par devenir soporifique…

  ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Je remercie vivement NetGalley et les éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure.

#PilarRahola #NetGalleyFrance

 

L’auteur   

 

Née à Barcelone en 1958 dans une famille républicaine antifasciste, Pilar Rahola est une journaliste, écrivaine et femme politique catalane.

Diplômée d’une licence en philologie catalane et espagnole de l’université de Barcelone, elle a publié plusieurs livres et écrit pour de nombreux journaux, dont La Vanguardia (Espagne). Rose de cendres, qui a reçu le prix Ramon Llull 2017, est son premier ouvrage publié en France.

 

Extraits   

 

Trop endurci pour croire aux dieux et aux curés, Albert n’avait jamais été très religieux, il jugeait néanmoins l’Église efficace pour endiguer les idées révolutionnaires qui ne pouvaient conduire qu’au chaos.

 

… Le passé pouvait être un grand prestidigitateur, un escamoteur qui trompait les sens et les plongeait dans la nostalgie. Or, lui (Albert) n’avait pas le temps de vivre dans le passé, surtout à présent que l’orage grondait.

 

Gaudi est un mystique et un poète, mais sera-t-il un bon architecte pour nos maisons ?

 

Et d’un bout à l’autre de l’Espagne, la moindre tentative pour obtenir une amélioration dans l’intérêt des Catalans était aussitôt taxée de séparatiste. « pourtant nous n’avons jamais été aussi nombreux, aussi puissants et aussi unis, et personne ne pourra nous arrêter si nous persévérons, du moment que nous évitons de nous disputer et de nous poignarder dans le dos »

 

Papa est né avec l’instinct de survie, ce qui explique qu’il possède un sens de l’opportunité très développé…

 

« Notre famille est comme cette terre, elle tombe mais elle se relève toujours » disait-elle. De telles phrases éveillaient chez le jeune garçon (Avel-li) des émotions qu’il expliquait difficilement. C’était comme un battement de cœur qui le rattachait à quelque chose de plus grand que lui, dont il faisait partie sans pouvoir le comprendre.

 

Les actions héroïques des vieux carlistes ou, avant cela, la défense des murailles de Barcelone durant la guerre de 1714, ou encore et surtout l’engagement de l’arrière-grand-mère Mariona pendant le bombardement de Gràcia, tous ces hauts faits avaient peuplé son enfance, mais à mesure qu’il grandissait, Avel-li s’intéressait davantage aux évènements politiques qu’à l’épopée historique.

 

Il avait assumé le rôle de fils aîné avec un zèle qui l’accablait maintenant de responsabilités … « tu es l’aîné de la famille Corner, Avel-li, mais pas l’aîné de l’humanité » tentait de le raisonner Dolcina

 

Quand il parvint enfin à réagir, sa douleur fut insupportable, et il comprit aussi qu’il le savait depuis longtemps qu’il le niait. « Je lui ai pardonné beaucoup de choses, mais cette infamie répugnante, cet outrage misérable à notre famille, c’est impossible », et il sortit fou de rage… Réaction d’Albert en découvrant l’homosexualité de son fils Enric 

 

Son frère était un perverti, un libertin qui faisait jaser toute la ville, le pantalon sur les chevilles et le sexe exhibé, une crapule… Plutôt mort qu’inverti ! s’écria-t-il fou de rage, avant de s’effondrer, brisé dans les bras de Dolcina qui le caressait comme un petit enfant… Réaction d’Avel-li

 

Il n’y a pas de feu aussi mortel que celui qu’on attise soi-même pensait-il, accablé, la tête basse en essayant de trouver sa place dans cette maison paternelle, à présent remplie de proches, et qui pourtant lui semblait étrangère…

 

Les femmes étaient les grandes perdantes, bannies du récit humain, et l’exclusion du regard féminin avait peut-être été la plus grave erreur de l’humanité.    

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Littérature contemporaine

« Khalil » de Yasmina Khadra

Je vous parle aujourd’hui d’un roman de la rentrée littéraire qui m’attendait depuis longtemps dans ma PAL :

 

Khalil de Yasmina Khadra

 

Quatrième de couverture    

 

Vendredi 13 novembre 2015. L’air est encore doux pour un soir d’automne. Tandis que les Bleus électrisent le Stade de France, aux terrasses des brasseries parisiennes on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses. Une ceinture d’explosifs autour de la taille, Khalil attend de passer à l’acte. Il fait partie du commando qui s’apprête à ensanglanter la capitale.

Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ?

Dans ce nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche inédite du terrorisme, d’un réalisme et d’une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l’esprit d’un kamikaze qu’il suit à la trace, jusque dans ses derniers retranchements, pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l’insoutenable brutalité de la folie.

 

Ce que j’en pense    

 

Ce roman nous ramène à la date tragique du 13 novembre 2015 et l’on découvre Khalil, jeune homme beur, originaire de la ville tristement célèbre de Molenbeek. Il est revenu de tout, sans illusion, ne trouvant pas sa place dans la société. Les relations avec son père sont tendues, sa mère peu épanouie, affaiblie plusieurs grossesses, tente de maintenir un peu de cohésion.

Seule sa sœur jumelle, Zahra, qui entre parenthèses m’a beaucoup touchée, partage quelque chose avec lui, un minimum de tendresse, mais elle est dans un autre monde, bien ancrée dans la réalité, sortant avec ses copines…

Comment résister quand on s’est senti toute sa vie, sans valeur, et qu’un imam, vous prend dans ses bras en vous murmurant ce que vous avez eu envie d’entendre toute votre vie : « Tu es un soldat du Miséricordieux », un preux chevalier en quelque sorte… je n’ai jamais remarqué ce style de geste ou la voix douce que Khalil décrit, chez le grand prêcheur de Daesh par exemple. On en arriverait presque à penser, en lisant ce roman, qu’on est face un Bouddha rempli de compassion !!!

Mais, tout n’est pas aussi simple, ces imams, cheiks et autres émirs sont des manipulateurs, des pervers de haut niveau qui, comme toute secte, endoctrinent tellement leurs adeptes qu’ils sont incapables de penser par eux-mêmes et Khalil se rend compte que tout n’est pas aussi rose…

Se mettre dans la tête d’un islamiste, il fallait oser et Yasmina Khadra nous avait déjà proposer cette idée en entrant dans celle de Kadhafi, dans « La nuit du Raïs ». Il tente d’analyser les causes de la bascule dans la conversion rédemptrice, puisque tuer des « incroyants » rachète tous les actes négatifs qu’on a pu commettre avant et, cerise sur le gâteau, on peut en commettre jusqu’à la dernière minute puisqu’on va se faire exploser !

J’ai lu ce roman en deux jours à peine, peut-être en espérant un regain de lucidité de Khalil, mais ce gamin n’a pas entrainé d’empathie, tellement il est opportuniste, cherchant un refuge chez son ancien ami, Rayan,  par exemple, auquel il ment effrontément, sans aucun scrupule…

Souvent revient dans ce livre, le thème du respect, pour tenter de justifier la dérive, il faudrait peut-être enseigner à ce gamin que pour être respecté, il faut être soi-même respectable… j’utilise exprès le terme gamin, car on a l’impression que Khalil a quinze ans (à peine)

J’ai trouvé dérangeante la thèse de l’auteur: on a l’impression que l’évolution vers l’intégrisme est inéluctable et s’explique du point de vue sociologique, alors que c’est beaucoup plus compliqué, la fatalité n’explique (et n’excuse) pas tout.

Un roman sympathique, mais qui laisse une sensation de malaise, rappelant les souvenirs des attentats sur lesquels l’auteur insiste beaucoup, trop à mon avis…

 

Extraits   

 

Il (l’émir) nous a appris à dire des choses sensées avec talent, à n’exiger des autres que ce que lui était capable d’entreprendre, et quand il lui arrivait de hausser le ton, je m’abreuvais sans modération à la source de ses lèvres. P 13 14   

 

Ma mère était figée dans le temps, sans âge et sans repères ; une Berbère venue en Occident se languir de son Rif, pareille à un remords qui se cherche une culpabilité pour se justifier et qui s’aperçoit que la peine est double lorsque l’on est coupable d’être une victime. P 20

   

Ce que manigançaient les autres m’importait peu. Le Seigneur jugerait. La cupidité, les frasques et les paillettes, j’avais fait une croix dessus. J’étais le soldat du Miséricordieux ; je relevais désormais d’un ordre de chevalerie sans équivalent. P 27   

 

J’en voulais à Rayan ; je lui en voulais de se croire plus intelligent que les milliers de braves qui irriguait de leur sang la voix du salut. Je lui en voulais de tourner le dos aux siens, de se faire passer pour ce qu’il ne serait jamais : un bon citoyen intégré, lui, un vulgaire assimilé. P 83   

 

J’étais la lie de l’humanité, Rayan, un putain de zonard sans devenir qui ne savait où donner de la tête et qui attendait que le jour se lève pour courir se refaire dans une mosquée. P 88   

 

La mosquée nous a restitué le RESPECT qu’on nous devait, le respect qu’on nous avait confisqué, et elle nous a éveillés à nos splendeurs cachées… P 88   

 

L’exclusion exacerbe les susceptibilités, les susceptibilités provoquent la frustration, la frustration engendre la haine et la haine conduit à la violence. C’est mathématique. P 91   

 

Il faut en finir une fois pour toutes avec le discours de l’extrême droite. Un pays ne se construit pas sur l’identité, mais sur la citoyenneté. P 92   

 

Si on m’avait dit, un mois plus tôt que je ne pourrais plus me passer de « mes frères », je ne l’aurais pas cru une seconde. J’avais développé une très forte addiction à leur compagnie ; j’étais une partie intégrante d’eux, indissociables de leur organisme. P 119   

 

Autrefois, je passais mon chemin sans m’attarder sur ce qui m’entourait, mais depuis le vendredi 13 novembre 2015, chacun de mes pas se muait en escale. Comme si je découvrais un autre aspect de ce que je croyais connaître. P 200   

 

La curiosité est la mère nourricière des tentations et les tentations sont traîtresses. P 229  

 

Au diable les racistes, à mort les islamophobes ; tu ne tendras plus l’autre joue. Le temps de te rendre compte de ce qu’il t’arrive, et déjà tu es quelqu’un d’autre, un être flambant neuf, une personne que tu ne soupçonnais même pas. Tu es respecté, écouté à ton tour, aimé ; tu te découvres une vraie famille, des projets et un idéal. Tu deviens le frère et tu marches la tête haute parmi les hommes, comme un seigneur. Enterré le citoyen résiduel qui rasait les murs, tu es le nombril du monde… P 229   

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« La mère parfaite » par Aimée Molloy

J’ai choisi ce roman sur NetGalley après avoir vu passer plusieurs critiques sur des blogs, et comme j’ai du mal à résister à la tentation…

 

La mere parfaite Aimée Molloy

 

Résumé de l’éditeur :   

 

Les Mères de mai, un groupe de jeunes mères de Brooklyn, ont fait connaissance en échangeant des conseils pendant leurs grossesses. Après la naissance de leurs enfants, elles se réunissent deux fois par semaine dans leur parc de Brooklyn pour discuter des joies, des craintes et des angoisses de leurs nouvelles vies. Un soir, pour échapper quelques heures à leurs routines, elles organisent une virée dans un bar. Elles parviennent même à convaincre Winnie, la mère célibataire du groupe, de confier Midas, six semaines, à une baby-sitter. Mais lorsque Winnie rentre chez elle, l’enfant a disparu. Alors que l’enquête piétine et que l’attention des médias se fait pesante, trois Mères de mai se lancent dans une course effrénée à la recherche de l’enfant durant laquelle les mariages vacillent, les amitiés volent en éclats et les secrets éclatent au grand jour.

 

Ce que j’en pense :   

 

Les mères du groupe ont réussi à convaincre Winnie de faire une sortie au bar pour prendre un verre et profiter d’une soirée entre filles sans les bébés ; une nounou est là pour veiller sur Midas, mais Winnie, inquiète, consulte sans cesse une application sur son téléphone portable comme une caméra où elle peut voir le berceau. Nell, déjà un peu ivre, désinstalle l’appli, et cache le portable pendant que Winnie va se chercher un verre au bar.

Le drame, Midas a été enlevé, la nounou s’étant endormie… enquête de police, durant laquelle un bleu pollue la « scène de crime », la presse malsaine qui s’empare de l’histoire, tellement juteuse : une ex-star de la TV, qui élève son bébé seule, pas de père,  shocking pour cette société américaine bien-pensante.

Dans ce groupe de mères de mai, on retient surtout Winnie, ex-star d’une série télévisée qui a eu son heure de gloire, Nell qui se bat contre le kilos qu’elle doit reperdre et se perd un peu dans l’alcool, Colette qui écrit la biographie du maire à sa place, Francie qui va tenter de retrouver Midas à tout prix car elle trouve que la police fait n’importe quoi, ou Gonze le seul père au foyer qui fréquent le groupe sans oublier Scarlett qui a réponse à tout…

Ce roman dénonce le mythe de la mère parfaite, qui doit tout assumer : la maternité, le travail, le couple, la maison, allaiter (supprimer la caféine le vin et la cigarette pour que le lait soit de meilleure qualité) se culpabilisant parce que son lait n’est pas top, ou parce qu’elle n’est plus aussi sexy qu’avant, cette mère qui n’y parvient pas, justement à être parfaite et oui comme c’est drôle…

Comment ne pas ruer dans les brancards quand on reçoit tous les matins des conseils, qui poussent à se sentir de nulle ? Et si mon bébé ne tient pas sa tête au jour J ? Est-ce qu’il évolue normalement s’il ne sourit pas à la bonne date, dois-je consulter un spécialiste ? De quoi rendre n’importe quelle mère folle d’angoisse au lieu de laisser bébé évoluer selon son rythme…

Un exemple du conseil-courriel du jour :

Votre bébé a cinquante et un jours.

Au cours de cette septième semaine, votre bébé devrait commencer à mieux contrôler ses muscles, donner des coups de pied, gigoter, tenir sa tête droite….  Continuez de le couvrir de baisers, de lui sourire et de le féliciter pour lui montrer à quel point maman est fière de ses progrès.

Aimée Molloy nous décrit à merveille cette société américaine, puritaine qui juge, critique, démolit au nom de la bien-pensance, ces médias omniprésents qui surveillent tout à l’affut de la moindre fake-new, sans oublier la santé aux US avec, entre autres, un congé maternité ridicule, les fins de mois difficiles quand il faut rembourser des prêts vertigineux…

Ce roman, le premier de l’auteure, est perturbant car ces femmes sont caricaturales, prototypes de cette société américaine qui me hérisse le poil ; cependant elles sont touchantes, et la manière dont elles sont solidaires les rend sympathiques.

J’ai fini par me laisser prendre au jeu, mettant de côté mes considérations philosophiques sur la société américaine et j’ai ainsi passé un bon moment, même si ce n’est pas le roman du siècle.

Je remercie vivement NetGalley et les éditions Les Escales qui m’ont permis de le découvrir.

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

#LaMèreParfaite #NetGalleyFrance

 

 

Extraits    

 

Les mères de mai, mon groupe de mamans. Je n’ai jamais aimé ce terme. Maman. C’est tellement chargé, tellement politique. Nous n’étions pas des mamans. Nous étions des mères. Des personnes. Des femmes ayant, par hasard, ovulé à la même période et ayant en conséquence accouché à le même mois.    

 

D’abord, il y avait Francie. Si notre groupe avait une mascotte, quelqu’un à même de nous fédérer, de nous féliciter d’être mère, c’était elle, madame aimez-moi, perfectionniste jusqu’au bout des ongles, la fille du Sud bien en chaire et toujours pleine d’espoir.   

 

Elle ne peut pas prendre le risque de se faire remplacer, pas avec ce que coûte la vie à New-York… c’est son salaire à elle qui leur permet d’habiter New-York, elle ne peut pas tout mettre en péril pour quatre semaines supplémentaires de congé maternité…   

 

Vous croyez que si on rappelle aux gens qu’ils ont tous été des bébés avant d’être des adultes, ils seraient plus nombreux à militer pour le congé maternité ?     

 

Comment Nell peut-elle faire ça ? Laisser son bébé toute la journée à des inconnues ? Il vaut mieux, durant les six premiers mois le tenir contre soi autant que possible…   

 

Ils ne peuvent pas assumer le loyer de leur appartement avec le seul salaire de Sebastian et les mensualités de son prêt étudiant, et les vacances qu’ils se sont promis de prendre à Noël, les premières ne quatre ans. C’est la première fois depuis qu’ils se connaissent qu’ils s’en sortent financièrement.    

 

Colette n’arrive toujours pas à croire qu’elle puisse elle-même éprouver un amour aussi infini. On dirait qu’il n’a pas de fond, comme la carrière abandonnée dans laquelle elle avait peur de sauter quand elle était petite, celle qui plus tard avait englouti un garçon de son lycée.   

 

Cela fait neuf mois que vous avez accouché. Il est temps de parler ÉQUILIBRE. On sait comment c’est. S’occuper du bébé. Retrouver sa ligne. Pour certaines d’entre nous, se préparer à retourner travailler. Ce n’est pas facile. Le mieux pour vous et votre bébé, c’est de faire votre possible pour trouver l’équilibre qui vous convient… Après tout, à maman heureuse, foyer heureux, c’est bien connu, non ?

 

Lu en décembre 2018

Publié dans Anticipation, Littérature française, Polars

« Erectus » de Xavier Müller

Je vous parle aujourd’hui d’un livre découvert grâce aux Éditions XO et NetGalley :

 

Erectus de Xavier Müller

 

Résumé de l’éditeur:   

 

Et soudain l’humanité se mit à régresser

A Richards Bay, en Afrique du Sud, c’est le choc. Un homme s’est métamorphosé. Il arbore des mâchoires proéminentes, est couvert de poils, ne parle plus

Bientôt, à New York, Paris, Genève, des Homo erectus apparaissent en meutes, déboussolés, imprévisibles, semant la panique dans la population ?

De quel virus s’agit-il ? Que se cache-t-il derrière cette terrifiante épidémie ?

Une scientifique française, Anne Meunier, se lance dans une course contre la montre pour comprendre et freiner cette régression de l’humanité.

Partout, la question se pose, vertigineuse : les erectus sont-ils encore des hommes ? Faut-il les considérer comme des ancêtres à protéger ou des bêtes sauvages à éliminer ?

Un cauchemar planétaire

 

Ce que j’en pense    

 

J’ai adoré ce roman ! je me suis retrouvée dans un milieu que j’aime particulièrement, la virologie, avec ses modes de transmission, les conséquences et, cerise sur le gâteau,  les dinosaures me fascinent depuis des lustres…

On se trouve devant un virus inconnu aussi agressif que celui du SIDA ou Ebola, qui affecte d’abord un éléphanteau qui a quatre défenses : anomalie génétique ? Or il ressemble beaucoup a un ancêtre disparu depuis longtemps le gomphotérium !

Et bien-sûr, il va s’avérer transmissible à l’homme… On décide de l’appeler Kruger du nom de l’homme qui s’occupe de la réserve sauvage du parc Kruger, en Afrique du Sud.

Ce virus n’est pas mortel, il provoque un coma dont la personne émerge sous la forme d’un ancêtre de l’homme : Erectus et que faire de tous ces êtres devenus des Erectus, avec le réveil des vieilles peurs et les théories fantaisistes qui vont entourer l’épidémie.

On va chercher une paléontologue dont on avait dénigré les travaux sur la possibilité d’une évolution régressive alors qu’elle vient de découvrir le squelette d’un « archéoptéryx le premier spécimen de dinosaure aviaire répertorié au XIXe siècle ».

Puis on s’aperçoit que la végétation change aussi, les arbres reprennent leur parure d’antan et si tout mute, que va devenir l’humanité ? Comment va-t-elle se nourrir ? La cohabitation est-elle possible ?

Tous les spécialistes de tous bords de la planète, l’OMS, l’ONU vont cogiter sur la conduite à tenir et évidemment la mesure qui est prise c’est tuer ces « êtres dégénérés » (cela ne vous rappelle rien ?)

J’ai tout aimé dans ce roman d’anticipation biologique : l’attitude des chercheurs, leur prudence, la réaction des politiques notamment une délibération à l’ONU géniale avec un ambassadeur russe qui est mélange savoureux de Vladimir 1er et Alexeï (Labrov) avec son intolérance et sa mauvaise foi qui réussit à faire voter la noble assemblée comme il veut suivi par les Chinois évidemment !

Bien-sûr, c’est parfois caricatural avec l’Occident tolérant qui cherche à trouver les solutions optimales et la méchants, les Russes qui tirent à vue et les Chinois qui tuent aussi et en profitent pour incarcérer les témoins au nom de la raison d’état.

On a aussi les histoires personnelles des héros, leurs problèmes familiaux le travail qui passe avant la vie personnelle sans oublier le vilain méchant avec un laboratoire digne de Frankenstein et consorts…. Mais n’y a-t-il pas une touche de vérité ?

L’auteur a fait un travail de rechercher très impressionnant car son histoire tient la route, elle repose sur des faits scientifiques sur lesquels il a construit une très belle fiction, retraçant très bien la « gestion » d’une pandémie (on se souvient du SIDA de la grippe aviaire).

Quand on voit ce que l’Homme fait à la planète, mérite-t-il d’être sauvé et de survivre ? Je n’en suis pas si sûre…

« Malgré son intelligence et sa cruauté, l’espèce humaine aurait pu tout aussi bien finir à quatre pattes au bout d’une laisse tenue par un chien bipède ! »

En tout cas ce livre nous pousse à la réflexion avec quelques phrases choc :

 « Vous savez, sur l’arbre de l’évolution, l’homme ne constitue qu’une brindille à l’extrémité de la branche des mammifères. Un incident de parcours. »

Un roman, que j’ai dévoré tout en pensant à Jurassic Park, et que je recommande vivement que l’on soit ou non passionné par la préhistoire ou la biologie…. et je remercie encore les Editions XO et NetGalley qui m’ont permis de le découvrir.

 

#Erectus #NetGalleyFrance

 

 

Pour en savoir plus sur le Gomphoterium :

https://www.alamyimages.fr/photo-image-gomphotherium-gomphotherium-lelephant-disparu-primitiv-76078398.html

et sur l’archéoptéryx

https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-archeopteryx-217/

 

 

Extraits    

 

L’enveloppe contenait plusieurs photos de l’animal malade. L’anomalie était flagrante. L’éléphanteau possédait quatre défenses. Sous la paire normale, une seconde, plus courte, descendait de la lèvre inférieure. Simple malformation génétique, conclut Cathy, une fois l’étonnement passé. Les plaies purulentes qui sillonnaient sa peau l’inquiétèrent davantage…Une fièvre hémorragique causée par un virus ?   

 

 

Dingue ou pas, la métamorphose avait eu lieu, l’agent pathogène venait d’entraîner une mutation radicale et la cellule musculaire était devenue… autre chose! Une chose qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à une cellule nerveuse. Du muscle changé en neurone! pensa-t-elle, survoltée.

 

Parvenue devant lui, elle s’agenouilla. Elle avait besoin de le toucher pour s’assurer qu’il était réel. Lentement, elle tendit la main. L’image d’Armstrong foulant le sol lunaire lui traversa brièvement l’esprit. Ses doigts parcoururent l’espace qui la séparait du gomphotherium, une dizaine de centimètres qui équivalaient à dix millions d’années. Il demeura tranquille, comme indifférent à sa présence. Contrairement aux éléphants d’Afrique, il ne possédait pas de bosse sur le sommet du crâne. Elle effleura sa peau grise et rugueuse, appuya sa caresse. Au toucher, elle put sentir les pulsations émises par son cœur. Sa main glissa vers les défenses surnuméraires, s’arrêta avant de les atteindre.   

 

Anna s’était frayé un passage jusqu’au tronc de l’acacia. Délicatement, elle ramassa une fleur tombée à terre. Un picotement d’excitation et de peur lui hérissa les poils. Le bouton était composé de neuf corolles en forme de coupes. Elle leva la tête pour mieux contempler le feuillage. Une pure merveille… À deux mètres, les pétales paraissaient énormes. Ce qu’elle admirait maintenant, c’étaient les premières fleurs apparues au crétacé, cent trente millions d’années avant notre ère.   

 

L’homme est une goutte d’eau dans un océan de vie.   

 

Au-dessus d’eux, des dinosaures emplumés – d’anciennes mouettes – tournoyaient, à la recherche de proies. Dans ce décor de verre et d’acier, l’ensemble était anachronique, presque irréel.   

 

Au cours de sa carrière de chasseur de virus, il avait traqué des agents pathogènes redoutables aux quatre coins du monde, mais aucun de ces fléaux ne l’avait préparé au virus Kruger. Celui-ci ne tuait pas en cinq jours comme l’Ebola. Il ne laissait pas son hôte exsangue et apathique comme le Marburg. En réalité, le Kruger épargnait la vie de son hôte, mais ses effets étaient plus dévastateurs qu’une bombe. Une bombe à retardement…   

 

 

Lu en décembre 2018

 

 

 

Publié dans BD

« Les Vieux Fourneaux T3 Celui qui part de Lupano et Cauuet

Place au troisième volume de cette belle épopée avec :

 

Les Vieux fourneaux T3

 

Quatrième de couverture   

 

« Plutôt crever !

ils ont engraissé les banques toute leur vie comme des esclaves pour se payer leur petit pavillon de merde et leur piscine, qu’ils comptent pas sur moi pour venir leur racler la véranda »

 

Ce que j’en pense   

 

Quel plaisir de retrouver les tontons (pardon, les papys) flingueurs !

L’aventure démarre sur les chapeaux de roues : Pierrot déguisé en abeille, pour manifester contre l’emploi des pesticides et autres joyeusetés fabriqués par les lobbies phytosanitaires tout puissants qui ont le droit d’empoisonner le monde en commençant par les abeilles !

Hélas, la manif tourne mal et il se retrouve avec ses potes de « Ni yeux, ni maître » en garde à vue.

Pendant ce temps, Mimile et Antoine luttent contre le dégât de eaux dans la maison de Sophie dont la toiture fuit de partout… La jeune femme leur a confié sa fille et la petite se met à pleurer. Mimile se précipite et glisse dans l’eau…

Entre temps, sa voisine Berthe, ennemie de longue date, l’appelle au secours car les moutons sont emportés par la pluie, d’où une scène d’anthologie entre Berthe et Antoine, la rancune et la haine sont tenaces !

C’est le moment que choisit un homme, ne s’exprimant qu’en anglais et qui chercher à retrouver un ancien pote, la Biouche !

Pour ce tome 3, on apprend beaucoup de choses sur le passé de Mimile, ancien rugbyman, qui était parti faire carrière en Australie et y était resté… ainsi que sur les origines de la brouille tenace avec Berthe.

Les personnages sont toujours aussi bien croqués, les dialogues savoureux…

J’ai eu un immense moment de plaisir pendant cette lecture, car ces trois larrons et leurs copains me plaisent  toujours autant… vivement le tome 4

https://www.bedetheque.com/BD-Vieux-fourneaux-Tome-3-Celui-qui-part-258072.html

 

 

Extraits   

 

PFFIOU ! dis donc, parler à des flics, ça reste quand même le dernier grand vertige intellectuel. A nos âges, on devrait être dispensés.

 

Et puis c’est pas de la folie, c’est une action militante croquignolesque !

 

C’est pas vos psys à deux balles qui vont m’apprendre si Fanfan a le chou qui fane !  T’étais encore dans les burnes de ton père qu’on militait déjà ensemble, peigne-cul !

 

Antoine, c’est Pierrot ! écoute un peu ça ! je me suis foutu à la baille avec ma bagnole à cause d’un vieil Australien repoussant, farci de prothèses ! on dirait qu’il a été mâché par Belzébuth ! « La Biouche » il l’appelle ! c’était son surnom dans le rugby, tu te rappelles pas ? Emile Carabignac dit « La Bûche »   

Les vieux fourneaux T3 Planche 1

Lu en décembre 2018