Publié dans Littérature française, 19e siècle

« Boule de suif… » de Guy de Maupassant

J’ai commencé à vraiment découvrir Maupassant en regardant l’émission « Apostrophe » durant laquelle Giscard d’Estaing, président de la République, était venu parler à Bernard Pivot de ses auteurs préférés, fin des années 70 et de sa passion pour cet auteur. Illico, j’avais foncé sur des nouvelles, je ne sais plus lesquelles… et la magie a opéré tout de suite.

Je viens de relire ce livre, publié dans la collection « Les grands Ecrivains » choisis par l’Académie Goncourt.

 Boule de suifet... de Guy de Maupassant

Résumé proposé par les classiques du livre de poche

« Boule de Suif, le conte de mon disciple dont j’ai lu ce matin les épreuves, est un chef-d’œuvre, je maintiens le mot, un chef-d’œuvre de composition, de comique d’observation. »
Paul Morand n’est pas moins enthousiaste que Flaubert : « une grande nouveauté, une parfaite réussite », souligne-t-il, tout en comparant la nouvelle à l’Olympia de Manet.

Issue, seule de son espèce, d’une sorte de concours littéraire lancé lors d’une des soirées de Médan, « Boule de Suif » fait figure non de manifeste, mais d’accomplissement. Le bonheur d’un titre, la virtuosité d’un conteur qui joue sur tous les registres – y compris le comique -, servis par une plume souple et ferme à la fois, employée à peindre la cupidité aussi bien que l’amour, les préjugés ou le bonheur, n’y sont pas étrangers.

Mais quelle recette mystérieuse et efficace est ici à l’œuvre ? Maupassant à son meilleur saisit « dans leurs côtés cruels les réalités de la vie », non sans dégager de cet amalgame soigneux de bourgeois avides et d’humiliés perdus une poésie âcre et forte.

Ce que j’en pense

Ce livre propose vingt et une nouvelles, à commencer par « Boule de suif » qui est un bijou qui nous raconte le voyage d’une « fille de joie » qui tente de rejoindre Rouen pour échapper à l’invasion prussienne, en compagnie de gens « bien comme il faut », notables, bourgeois, catholiques, sans oublier deux bonnes sœurs accrochées à leurs chapelets.

C’est une critique féroce de la bourgeoisie bienpensante de l’époque (mais les choses ont-elles changé ?) qui se permet de porter des jugements à l’emporte-pièces, sur le bien le mal, l’hypocrisie, le mépris vis-à-vis de cette femme qu’on envoie à l’abattoir, pour pouvoir continuer la route.

On regarde avec ironie et condescendance sa surcharge pondérale, mais on n’a plus de scrupules quand il s’agit de partager ses provisions au cours du chemin, car elle avait été plus prévoyante qu’eux.

On fait pression sur elle pour qu’elle partage le lit de l’officier prussien qui prend le petit groupe en otage, parce qu’après tout c’est son métier, alors qu’elle-même refuse de « pactiser avec l’ennemi ». Ce sont les mêmes qui la condamnent et la traitent par le mépris ensuite, sans aucune reconnaissance pour le sacrifice qu’elle a accompli.

Parmi les autres nouvelles, j’ai bien aimé : « La moustache », accessoire érotique indispensable et irrésistible pour Jeanne, « Le lit 29 » où Irma, contaminée par les Prussiens qui ont abusé d’elles décide de ne pas se soigner pour contaminer un maximum d’officiers ennemis.

« Une vendetta » nous raconte la vengeance diabolique et extraordinaire d’une mère contre celui qui a tué son fils unique.

Autre nouvelle intéressante : « La chevelure » dans laquelle Maupassant trace un bon portrait du fétichisme et de l’obsession qui conduisent à la folie.

L’auteur nous propose une réflexion sur la mort, avec une référence à Schopenhauer et un hommage à la lecture au passage, dans une très courte nouvelle « Auprès d’un mort ».

La magie opère toujours, j’aime tellement cette écriture !!! c’est un des rares auteurs dont j’ai les œuvres entières dans la Pléiade !!! Avec « Les fables » de La Fontaine et depuis Noël dernier, Zweig… et que je relis encore et encore.

J’ai vu toutes les adaptations télévisées des nouvelles de Maupassant, et, moi qui trouve que c’était toujours mieux avant, j’ai beaucoup aimé l’adaptation TV avec Marie-Lou Berry dans le rôle de Boule de Suif. Ces nouvelles n’ont pas pris une ride!

Maupassant fait partie de mon tiercé parmi les auteurs français du XIXe siècle, avec Balzac et Zola, et Stendhal n’est pas loin, tiercé qui, selon les époques de ma vie, a été dans l’ordre ou le désordre !!!

Challenge XIXe siècle

 

Extraits

Les vases du fleuve ensevelissaient ces vengeances obscures, sauvages et légitimes, héroïsmes inconnus, attaques muettes, plus périlleuses que les batailles au grand jour et sans le retentissement de la gloire.

Car la haine de l’Étranger arme toujours quelques Intrépides prêts à mourir pour une Idée. P 12 « Boule de Suif »

Quand il y a des gens qui font tant de découvertes pour être utiles, faut-il que d’autres se donnent tant de mal pour être nuisibles ! Vraiment, n’est-ce pas une abomination de tuer des gens, qu’ils soient Prussiens, ou bien Anglais, ou bien Polonais, ou bien Français.

Ces hommes de lettres, vraiment, ne savent rien du monde. Ils ignorent tout à fait comment on pense et comment on parle chez nous. Je leur permettrais parfaitement de mépriser nos usages, nos conventions et nos manières, mais je ne leur permets point de ne pas les connaître. P 81 « La moustache »

Je suis possédé par le désir des femmes d’autrefois ; j’aime, de loin, toutes celles qui ont aimé ! – L’histoire des tendresses passées m’emplit le cœur de regrets. Oh ! la beauté, les sourires, les caresses jeunes, les espérances ! Tout cela ne devrait-il pas être éternel ? P117 « La chevelure »

Le passé m’attire, le présent m’effraie parce que l’avenir c’est la mort. Je regrette tout ce qui est fait, je pleure tous ceux qui ont vécu ; je voudrais arrêter le temps, arrêter, l’heure. Mais, elle va, elle passe, elle me prend de seconde en seconde un peu de moi pour le néant de demain. Et je ne revivrai jamais. P 117

Alors, il ne remuait plus, il lisait, il lisait de l’œil et de la pensée ; tout son pauvre corps expirant semblait lire, toute son âme s’enfonçait, se perdait, disparaissait dans ce livre jusqu’à l’heure où l’air rafraichi le faisait un peu tousser. Alors, il se levait et rentrait. P 189 « Auprès d’un mort »

Lu en mai 2017

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature italienne

« Avec les pires intentions » : Alessandro Piperno

Je vous parle aujourd’hui du roman assez particulier d’un auteur italien qui était un illustre inconnu pour moi, découvert grâce à une amie babeliote :

 avec les pires intentions Alessandro Piperno

Quatrième de couverture

Iconoclaste, provocateur, politiquement incorrect, ce roman dresse le portrait d’une famille de la bonne bourgeoisie juive romaine, les Sonnino. Tout d’abord Bepy, qui préfère oublier le  » clownesque couple  » Mussolini-Hitler pour revenir à une scintillante et futile existence dans laquelle les femmes, surtout celles de ses amis, occupent la place centrale.

Il ne comprendra jamais pourquoi son fils cadet Teo, doué et séduisant, choisit d’aller vivre  » dans ce pays insensé dénommé Israël « . Heureusement son aîné, Luca, s’inscrit dans la lignée paternelle : manteau croisé en cachemire, Porsche Carrera et fréquentation assidue de la business class.

Quant à son petit-fils Daniel, le narrateur, issu d’un improbable mariage mixte, il est pris dans un insoluble dilemme :  » être juif pour les gentils et gentil pour les juifs « . Handicap auquel viendront s’ajouter sa timidité sexuelle et son incapacité à entreprendre la belle Gaia, dans le tourbillon de la jeunesse dorée romaine.

Un roman de  » déformation  » jubilatoire, où Piperno se livre à une « expérience génétique mêlant la manière américaine de Philip Roth à la syntaxe française de Proust « !

Ce que j’en pense

Avec ce roman, composé de deux partie, la première qui aborde la splendeur puis la décadence de Bepy Sonnino et la deuxième partie est centrée sur le héros Daniel, son petit-fils, passant en revue son adolescence, puis sa vie d’adulte, l’amour de sa vie Gaia, Alessandro Piperno nous propose une satire de la bourgeoisie des années 90.

Nous avons donc Bepy, le patriarche au passé douteux, juif et néanmoins plutôt fasciste, qui assume difficilement, pour ne pas dire pas du tout, le fascisme de l’époque, pas très au clair non plus avec le judaïsme, marié avec Ada dont plusieurs membres de la famille ont été déportés.

Ils ont deux enfants Luca, albinos, coaché à fond par Bepy pour en faire un atout, est un homme sûr de lui, qui vit toujours entre deux avions, roule en Porsche, mais voit peu ses enfants, un peu mégalo, tandis que l’autre, Teo finit par émigrer en Israël, devenant un fondamentaliste, anti palestinien.

Casanova aux aventures multiples, (même la femme de son associé a fait partie de son tableau de chasse), Bepy, à force de flamber, finira ruiné et devra s’exiler aux USA.

De l’autre côté, nous avons l’autre famille Cittadini, à sa tête Nanni, l’ex associé de Bepy, toujours en quête de prestige social, qui a épousé une femme de la haute société, avec villa de luxe où passe toute la bonne société bourgeoise… quelques hics bien-sûr dans le tableau : son fils s’est suicidé car Nanni avait fait pression sur lui pour qu’il ne divorce pas. Il laisse deux enfants : Gaia la préférée de Nanni et Giacomo psychotique….

Évidemment, Daniel, fétichiste, collectionneur de collants ou petites culottes, onaniste effréné, est amoureux en secret de Gaia, et devient son confident à défaut d’autre chose…

J’ai aimé les ruminations de Daniel, qui rappelle étrangement Philip Roth, notamment sur la judéité ou semi-judéite ou plutôt le côté biculturel, qui le conduit à écrire un essai anti juif : « tous les juifs antisémites. D’Otto Weininger à Philip Roth », on voit qu’il est à la recherche d’une identité, aussi bien spirituelle que sociale, car il baigne dans un milieu nanti dont il dénonce les codes et tente plus ou moins de s’en affranchir. Mais, il finit par devenir lassant à force de vouloir tenter de tout interpréter…

Des pages grinçantes, au vitriol même,  sur le mariage de Luca avec une Goy, fille de catholiques purs et durs, avec des négociations interminables, tant les deux familles se détestent.

Les cogitations et personnalités des autres protagonistes sont intéressantes aussi : la culpabilité apparente de Nanni, ainsi que son mépris pour tout ce qui ne brille pas, le besoin de Luca d’avoir une idole, une figure paternelle à admirer, reportant sur Nanni l’idéal du père lorsque son propre père meurt, sans oublier Giacomo fumeur, alcoolique, drogué, qui manipule en fait tout le monde.

Sans oublier le fils de Théo, Lele, donc le cousin de Daniel, homosexuel : « lui, petit enfant imprégné des intégrismes paternels maniaques, a reçu un signe du Vengeur Biblique, la punition divine provoquée par ces pensées illicites à propos de ses compagnons, par l’anormalité de ces pensées » P 79

Et cerise sur le gâteau : Gaia, nymphette aux mœurs légères, totalement déconnectée de la réalité, sans oublier les copains préoccupés uniquement de fêtes, d’argent, voitures… Ah les problèmes existentiels des riches !!!

Alessandro Piperno nous trace un portrait tellement acide, ironique, de ses personnages qu’on a l’impression de lire un manuel de psychiatrie, toutes les pathologies y figurent. Les personnages sont caricaturaux. On comprend vite qu’un évènement important s’est passé, obligeant Daniel à s’exiler, mais l’auteur fait durer le suspense.

Donc, un roman intéressant, avec des longueurs, de belles réflexions pleines d’ironie, mais une overdose de sexe, en ce qui me concerne, entre l’onanisme de l’un, l’érotomanie de l’autre, fétichisme, en passant par l’homophobie, avec peu d’élégance dans le langage parfois… On peut lire par exemple « Celui qui a embrassé avec tant d’enthousiasme le traditionalisme juif le plus extrême se retrouve avec pour fils cette pédale travailliste ».

Une critique difficile car j’ai bien aimé par moments, j’ai râlé pas mal aussi, en tout cas, ce livre de 440 pages ne m’a pas laissée indifférente.

L’auteur

Né à Rome en1972, Alessandro Piperno publie, en 2000,  un essai intitulé « Proust antijuif » et en 2005 « avec les pires intentions », suivront « Persécution », « Inséparables »…

Extraits

Les nazis voulaient me tuer pour des raisons que je ne connais toujours pas. Je m’en suis tiré. Ne me demandez ni comment, ni pourquoi. Je ne suis pas un type qui a des réponses toutes prêtes. Je crierai mon bonheur. Je sanctifierai ma bonne foi. Je gratifierai matériellement ma progéniture. Ensuite, ce sera son tour. P 31

Bepy est né pour simplifier. Il ne comprend pas – et il ne comprendra jamais, même à la fin – que la légèreté est parfois l’antichambre de l’indifférence. Et l’indifférence, à son tour, le viatique pour le désastre. P 31

L’éclat doré du crâne chauve de Bepy fait penser aux coupoles de Jérusalem dans les couchers de soleil incandescents d’Israël. P 60

Un demi-juif contre les juifs. Un demi-juif qui accuse les juifs de racisme et un demi-catholique qui accuse les catholiques d’œcuménisme. P 71

L’homosexualité, voilà l’héritage du mal. Le Gigantesque Châtiment. La maladie n’est que le moyen d’en sortir indemne. C’est la voie de la rédemption. P 79

Tu vois, Bepy, je crois être le premier juif de l’humanité à avoir subi la discrimination de son propre grand-père. Le premier juif de l’Histoire avec un grand-père antisémite. P 157

Son histoire (Nanni) était captivante, mais elle avait le mérite de ne pas virer au fantastique et de revenir toujours dans les limites de l’inépuisable machine narrative qu’est le capitalisme du XXe siècle. Une de ces histoires capables de transformer un morveux mordu d’ordinateur en homme le plus riche de la planète, ou un jeune juif russe ayant fui le stalinisme en producteur de cinéma le plus important d’Hollywood. P 176

Une des rares choses que j’ai apprises dans la vie c’est que les gens trouvent les prétextes les plus disparates et les plus niais pour avoir honte : fautes inventées, présumées qui sont follement transfigurées par celui qui les sent peser sur lui comme une maladie fatale. P 244

A quoi bon l’espoir si votre mère, au-delà de ses rêves de gloire, a eu le bon goût de ne pas projeter sur vous d’ambition intellectuelle ou professionnelle et si votre père est trop apatride pour exiger de vous l’orgueil dynastique qu’on attendait du rejeton d’une famille au patrimoine solide ? P 259

Lu en mai 2017

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Le coeur du pélican » de Cécile Coulon

Je vous parle aujourd’hui d’un autre livre de Cécile Coulon qui m’a vraiment séduite lors de la rencontre littéraire à la médiathèque.

 Le coeur du pélican de Cécile Coulon

Quatrième de couverture

Adolescent prodige du huit cents mètres, Anthime n’a jamais couru pour le plaisir. Avant sa blessure, gagner était son unique objectif. Seul comptait le prestige attaché à son surnom : le Pélican. Désormais, plus rien ne guide son existence. Il a enfoui sa colère dans la médiocrité d’un lotissement anonyme. Malgré les années écoulées, son corps d’athlète attend patiemment l’heure de la revanche.

« Je me suis arraché le cœur et j’ai rempli le trou de terre, de larmes et de colère. »

Ce que j’en pense

Cette fois encore, les personnages sont très fouillés, dans tous les détails, avec leurs qualités et leurs défauts qui les rendent attachants ou repoussoir.

Deux mondes s’opposent, s’entremêlent : la vie monotone monochrome dans un lotissement ordinaire, avec ses barbecues, ses apéros de bienvenue pour tenter d’intégrer les derniers arrivés, mais deux mondes s’opposent en fait : ceux qui sont natifs du village, ont pignon sur rue, connaissent tout le monde et les nouveaux arrivants que l’on observe à la loupe.

Pour Anthime, il faut s’imposer dès le premier contact pour pouvoir passer une année scolaire tranquille et ne pas subir de harcèlement, alors il donne le maximum lors du combat, courant plus vite que les autres pour gagner, dans la scène du jeu de quilles.

« Son frère venait de remporter sa première victoire. Il échappait ainsi aux persécutions réservées aux nouveaux arrivés : son exploit ferait le tour du collège avant qu’il n’y mette les pieds. Anthime était sauvé. » P 30

Il court vite, toujours plus vite, et se fait remarquer lors du fameux cross opposant des collèges différents, par un entraîneur, dont les rêves de médailles ont sombré. Dès lors, son quotidien va changer, sport intensif, entraînement pour arriver aux championnats du huit cents mètres.

Ce qui compte pour lui, ce n’est pas le plaisir de courir, c’est gagner à tout prix, seule la victoire est belle. L’équipe de son collège arbore un maillot avec un pélican qui deviendra le surnom d’Anthime.

Mais, le jour J, il se blesse et tout s’écroule. Le Pélican git en larmes sur le sol, son ego en prend un coup et il entre dans une deuxième vie qu’il subit : mariage, enfants, obésité, jusqu’au jour où une réflexion sur son poids le blesse et l’oblige à réagir…

On assiste alors à une reprise en mains : Anthime se remet au sport, s’acharne sur son vélo d’appartement, en cachette et se lance dans un nouveau défi que je vous laisse découvrir…

Bien-sûr, ce roman parle de la chute d’une idole, du passage de l’admiration des autres à l’anonymat, loin des projecteurs, mais il va beaucoup plus loin, posant des questions sur le sens de la vie…

Que désirait-il vraiment ? Pourquoi ses parents n’ont-ils pas exprimé de réserves, surtout quand l’entraîneur, qui ne court qu’après l’alcool et cherche une revanche, le fait participer aux sélections alors qu’il n’est pas assez prêt ? Peut-on réussir sa vie quand l’ambition dévorante l’emporte sur la passion, sur le plaisir à pratiquer un sport ?

Cécile Coulon décrit très bien cette période de l’adolescence, surtout quand on est différent par rapport aux autres, le rapport presque fusionnel entre Anthime et sa sœur Héléna, chacun protégeant l’autre à sa façon, et le fonctionnement de cette famille où la communication est très limitée, de même que les affects. Ils cohabitent.

Deux autres filles gravitent autour d’Anthime : Béatrice, son premier amour, à qui il s’était promis de déclarer sa flamme s’il gagnait ces sélections, et de Joanna, la voisine d’en face, qui l’espionne et tisse sa toile autour de lui.

J’aime beaucoup la façon dont l’auteure nous interpelle, s’adresse directement à nous, sous implique. Même si le thème m’a moins passionnée que « Trois saisons d’orage », j’ai ressenti la même avidité d’en découvrir plus dans l’évolution du héros, sa recherche d’identité, tant Cécile Coulon sait bien tenir le lecteur en haleine, et ici, c’est aussi bien au sens propre que figuré.

Extraits

Les tragédies familiales semblent toujours insignifiantes quand elles se jouent sur une autre scène que la vôtre. P 11

Les parents de Joanna étaient nés ici, leurs familles faisaient partie des seigneurs du village, insupportables fins de race accrochées à leurs terres telles des montagnes humaines qu’aucune érosion ne peut altérer. P 19

Il était seul. Le goût de la victoire circulait dans sa bouche, bourdonnait dans ses oreilles, infiltrait ses narines et grisait sa pensée. Gagner. Que voulait-il faire de sa vie ? Il voulait gagner. Encore et encore. Jusqu’à vivre dans le vent. P 54

Courir le rendait fort. Gagner le rendait fort. L’adolescence passait sur lui, pluie fine sur des plumes d’oiseau. Elle glissait… Courir lui donnait de bonnes notes à l’école, des amis fidèles, des regards bienveillants. P 59

Le jeune athlète a toujours joué un rôle à part dans l’existence de ses admirateurs. Ce n’est pas tant le talent du sportif qui exacerbe leur désir que la vie qu’ils lui imaginent. Prisonnier de leurs passions frustrées et de leur quotidien, il joue la comédie, présent jusque dans leur chair, et chaque fois qu’il passe la ligne d’arrivée, les spectateurs sentent leur cœur battre la chamade à la place du sien, meurs muscles contractés gonflent comme s’ils avaient couru à sa place. P 81

Assistant social, il continuait à vendre du sourire, de la vie rêvée en maison de lotissement, des paroles réconfortantes. Quoi qu’il arrive, même s’il ne s’en rendait pas compte, il faisait tout pour se retrouver en position de force. Si ses interlocuteurs s’en sortaient, c’était grâce à lui. P 107

Nous avons trois familles. Celle que l’on rêve d’avoir, celle que l’on croit avoir, et celle qu’on a vraiment. Déjà qu’avec une seule rien n’est simple, pas étonnant que ça craque.  P 161

Si on devait faire la liste de tous ceux qui ont raté leur vie et l’on fait payer à leurs mômes, on aurait besoin d’une palanquée de stylos et de cahiers d’école.  Regardez autour de vous ; aucun enfant n’est responsable du manque d’originalité, du manque de courage de ceux qui l’ont élevé. P 161

Le seul adversaire à vaincre, c’était lui-même, cette version diminuée du champion qu’il aurait dû devenir, ce type à la bedaine visible sous la chemise de fonctionnaire, avachi sur sa terrasse. P 205

Lu en mai 2017

Publié dans Rencontres

Rencontre avec Cécile Coulon

J’ai parlé, il y a quelques temps d’un livre que j’ai lu parce que Cécile Coulon venait le dédicacer à la médiathèque: « Trois saisons d’orage », il était sur ma liste interminable depuis sa sortie…

cecile coulon

J’ai aimé ses passages à « La Grande Librairie » mais, pas encore lu un de ses romans, et pour une belle rencontre, cela en fut une.

Cette jeune femme est fascinante, elle aura bientôt vingt-sept ans et s’intéresse à tout: une surdouée! elle a écrit son premier ouvrage à onze ans, publié son premier livre à l’âge de seize ans, et elle a déjà écrit neuf…

Elle nous a parlé de ses thèmes de prédilection, notamment l’opposition ville campagne, ou les relations entre l’être humain et la nature, l’obsession qui prend le dessus sur la passion, ainsi que la façon dont le livre prend naissance et se construit dans sa tête.

Elle attache beaucoup de soin au choix des noms de ses personnages,  les consonances, la relation avec leur métier (Ex: les frères Charrier qui tiennent la carrière dans « Trois saisons d’orage » : charrier la  pierre)

Ce qui frappe le plus, c’est sa sensibilité, la façon très spontanée dont elle s’exprime et répond aux questions et la multitude de ses centres d’intérêt: elle participe à l’élaboration d’un jeu vidéo, envisage de  se lancer dans l’écriture d’une pièce de théâtre…

Une très belle rencontre, qui m’a donné envie de lire tous ses livres, et je suis repartie avec « Le cœur du Pélican ». Si je m’étais écoutée, j’aurais acheté tous ceux qui étaient proposés!!!

Un petit clin d’oeil…

Samedi  13 mai 2017

Publié dans Non classé

Lectrice du mois

J’avais accepté de participer à l’opération  » à la rencontre des membres de babelio »

Voici donc l’entretien :

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Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ?

Grâce à une amie, Hibernatus il y a quelques années et depuis je suis devenue assidue, j’ai découvert des auteurs en échangeant avec des amis,  j’ai commencé par écrire des critiques basiques puis un blog…

Ce site a changé ma vie car je m’étais désocialisée à cause d’une maladie chronique, il m’a permis de trouver de nouveaux types de lecture, nouveaux auteurs… de sortir de ma grotte.

 

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Quels genres contient votre bibliothèque ?

Absolument tout : beaucoup d’auteurs du XIX e siècle mon siècle fétiche, des auteurs contemporains, des polars, des livres de psychiatrie, des biographies, notamment des rois et reines de France, ou d’écrivains, des livres sur le Bouddhisme, quelques BD et manga…

Je suis boulimique et éclectique…

 

Vous lisez beaucoup de romans historiques : qu’aimez-vous dans ce genre en particulier

J’aime beaucoup connaître les événements qui ont marqué la vie des auteurs que j’aime, que ce soit d’ordre psychologique, familial et surtout le contexte historique qui entoure leur œuvre.

Quand un auteur me plaît, je fouille car il éveille ma curiosité. J’ai une soif d’apprendre toujours.

L’intérêt pour l’Histoire est lié à une prof de terminale géniale puis à la découverte des « Rois maudits » de Maurice Druon.

Je préfère les vraies biographies aux biographies romancées qui me laissent toujours sur ma faim.

 

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Un coup de foudre pour « Eugénie Grandet » que j’avais reçu en prix (à l’époque il y avait distribution des prix en fin d’année scolaire !!!) ce livre a changé ma vie car je suis entrée dans la cours des grands et ma passion pour Balzac a débuté à ce moment-là, j’ai rêvé avec Lucien de Rubempré et le père Goriot entre autres… Je dis souvent que je suis « Balzacolâtre » ce mot n’existe pas mais il me plaît !!!

Depuis mon attachement au XIXe siècle s’est encore renforcé et étendu à d’autres pays, en particulier les auteurs russes : Dostoïevski entre autres…

 

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

C’est difficile de répondre à cette question car il y en a plusieurs:

 

« L’être de sable » de Sonia Frisco m’a beaucoup touchée,

« Les demeurées » de Jeanne Benameur

« Dîtes aux loups que je suis chez moi » de Caroll Rifka Brunt que j’ai découvert via une opération masse critique

Au passage, « L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafon, auteur que je ne connaissais pas…

 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Il y en a au moins 3 : « Les illusions perdues » de Balzac,

« Léon l’Africain » d’Amin Maalouf que j’ai lus déjà 2 ou 3 fois et que je relirai

et le collector « Les rois maudits » de Maurice Druon.

J’aime bien feuilleter des recueils de poésies : Baudelaire, Verlaine notamment sont sur ma table de chevet.

C’est dur de choisir…

 

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ?

Je suis passée complètement à côté d’Alexandre Dumas (père) je connais ses romans via le cinéma ou les feuilletons mais je n’ai jamais ouvert un de ses livres…  J’ai « Le comte de Monte-Cristo » en projet….

Réflexion faite, j’ai lu « La reine Margot » quand le film est sorti et déception…

Je suis nulle ou presque, en littérature américaine exception faite de Philip Roth, mais je ne désespère pas…

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

« Les quatrains » d’Omar Khayyam, un poète persan que j’ai découvert via le roman « Samarcande » d’Amin Maalouf

Et aussi un auteur ukrainien découvert via le challenge XIXe siècle : Vladimir Korolenko avec en particulier « Le musicien aveugle »

 

Tablette, liseuse ou papier ?

J’aime beaucoup le support papier, mais j’ai des problèmes rhumato avec mes mains alors ça devient difficile de lire des gros pavés alors j’utilise régulièrement ma liseuse car je peux télécharger des livres libres de droit et comme j’adore le XIXe … et en vacances c’est bien pratique cela évite la valise de livres qui pèse plus lourd que celle contenant les vêtements….

 

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Un bon fauteuil : au salon l’hiver, dans le jardin l’été ou dans mon lit…

En fait, n’importe où car il y a des livres partout dans ma maison… je rêve de remplacer les meubles par des murs entiers de livres du sol au plafond.

 

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Longtemps, ma phrase fétiche a été : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » de Friedrich Nietzsche

Depuis quelques temps, je l’ai remplacée par « J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé » de Voltaire

 

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Je vais récupérer 2 livres à la médiathèque : « Le bal mécanique » de Yannick Grannec sur les conseils de ma bibliothécaire qui m’a fait découvrir il n’y a pas longtemps « Le fracas du temps » de Julian Barnes

Et « Ce dont on rêvait » de François Le Roux parce que j’ai beaucoup aimé « Le bonheur national brut »

 

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Sans hésitation, une critique qui éveille ma curiosité et me donne immédiatement envie de lire le livre, de le rajouter à ma PAL qui va finir par s’écrouler !!!!

Ce n’est pas forcément une critique étoffée, cela peut être d’ordre émotionnel, parce que le lecteur a su faire passer son ressenti …

 

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? 

J’ai fait la connaissance (épistolaire hélas seulement) avec une auteure que j’aime beaucoup, via le premier livre que j’ai lu d’elle, elle m’a permis de découvrir son œuvre et son écriture me touche énormément…. Sonia Frisco

Et deuxième rencontre épistolaire via nos blogs et nos mails, avec une lectrice dont j’aime beaucoup les critiques sur babelio.com et qui est aussi auteure LydiaB

Elles se reconnaîtront.

Publié dans 19e siècle, Littérature française

« Mémoires de deux jeunes mariées » : Honoré de Balzac

Je renoue aujourd’hui avec mon auteur préféré : reconnaissez que mes délires balzaciens commençaient à vous manquer !!

mémoires de deux jeunes marièes de Balzac 

Résumé de l’éditeur

Elles sont deux, Renée et Louise, qui, à peine sorties du couvent, vont suivre des destinées contraires. Faut-il mettre de la passion dans le mariage ? Ou y chercher un bonheur raisonnable ? Derrière cette « dispute », menée par correspondance, une lutte sourde oppose deux ambitions : Renée, la sage, n’exige pas moins de la vie que Louise la folle. Débat sur le mariage, les « Mémoires de deux jeunes mariées » sont aussi l’histoire d’une rivalité.

Et si la sagesse finit par triompher du « romanesque », il ne faut peut-être pas trop se fier au dénouement : « J’aimerais mieux être tué par Louise que de vivre longtemps avec Renée », disait Balzac.

Ce que j’en pense

Balzac a choisi le genre épistolaire pour nous présenter le mariage sous plusieurs formes. Louise et Renée se sont connues au couvent, et une fois rendues à la liberté, elles continuent à correspondre alors que leurs vies ont pris des tournures différentes.

Tout semble les opposer, le physique, le statut social, à tel point qu’on à parfois l’impression d’avoir deux aspects d’une même personnalité, tant le lien qui les unit est particulier…

D’un côté Louise, blonde, fille de la noblesse (un Duc parmi les ancêtres, exilé, mis à mal sous Napoléon, avec un retour en grâce sous Louis XVIII), un héritage que la famille la contraint à abandonner au profit d’un frère. Elle épouse, sans dot donc, un noble espagnol devenu apatride, son frère ayant hérité du titre et de la fiancée, devenant ainsi Louise de Macumer.

L’autre, brune, épouse un homme plus âgé qu’elle, dont la vie a été difficile, sa famille l’a cru mort au combat et part vivre avec lui en Provence, devenant Renée de l’Estorade.

Balzac nous raconte ainsi deux mariages aussi différents que le sont ces deux héroïnes : Louise s’est mariée par amour, Renée a fait un mariage de raison, d’où une réflexion sur l’amour passion par rapport à l’amour raison qui se construit peu à peu.

On se rend compte que Louise est amoureuse de l’amour : son premier mari est fou d’elle, et amoureuse de son propre reflet, tel Narcisse, elle se laisse adorer, vénérée, s’étourdissant dans la vie parisienne et les fêtes, l’insouciance, jalouse de toute femme qui peut lui faire de l’ombre, prenant un peu des distances épistolaires avec son amie tant leurs milieux diffèrent.

« Ton mariage purement social, et mon mariage qui n’est qu’un amour heureux, sont deux mondes qui ne peuvent pas plus se comprendre que le fini ne peut comprendre l’infini. Tu restes sur la terre, je suis dans le ciel ! Tu es dans la sphère humaine, je suis dans la sphère divine ! »

Avec son deuxième mariage, avec un poète qu’elle emmène loin de tout, dans un paradis terrestre (pour vivre heureux, vivons cachés), ce sera l’inverse, c’est elle qui se consume d’amour.

Renée construit sa vie, s’épanouissant dans son rôle de mère, œuvrant pour que son époux arrive à la députation. Pour elle, il s’agit de devoir conjugal où le plaisir est absent, de dévouement envers la famille.

« Tu peux avoir les illusions de l’amour, toi, chère mignonne ; mais moi, je n’ai plus que les réalités du ménage. »

Balzac nous fournit ainsi une étude approfondie du mariage à travers deux conceptions différentes, voire opposées, sans prendre parti. Il nous donne probablement accès à sa part féminine en même temps qu’il évoque la condition des femmes à son époque. Renée représente-t-elle pour lui la mère idéale qu’il n’a pas eue ?

Bien-sûr, les lettres s’espacent au fil du temps et de la vie de chacun, mais l’auteur nous raconte aussi une belle histoire d’amitié entre Louise et Renée, même si leurs idées divergent de plus en plus, il y a une forme d’entraide : Louise se sert de ses relations pour aider la carrière politique du mari de Renée par exemple. Renée qui tente, elle, de faire prendre conscience à Louise de son égoïsme, son auto-centrisme,  se fait rabrouer.

Certes, ce n’est pas le roman de Balzac que je préfère, mais son analyse du statut de la femme mariée au XIXe siècle m’a plu et il n’y a pas si longtemps que cela qu’une femme peut choisir librement son mari, sans subir des pressions de sa famille et dans certaines cultures les choses ont guère évolué.

 

Extraits

Ma chère, à Paris, il y a de l’héroïsme à aimer les gens qui sont auprès de nous, car nous ne sommes pas souvent avec nous-mêmes. Comme on oublie les absents dans cette ville !

La bravoure, en France, recule devant un feutre rond et faute de courage pendant une journée on y reste ridiculement coiffé pendant toute sa vie.

 

L’amour est certainement une incarnation, et quelles conditions ne faut-il pas pour qu’elle ait lieu ! Nous ne sommes même pas certaines d’être toujours bien d’accord avec nous-mêmes, que sera-ce à deux ? Dieu seul peut résoudre ce problème.

Je ne me sens pas le moindre respect pour quelque homme que ce soit, fût-ce un roi. Je trouve que nous valons mieux que tous les hommes, même les plus illustres. Oh ! comme j’aurais dominé Napoléon ! comme je lui aurais fait sentir, s’il m’eût aimée, qu’il était à ma discrétion !

Sais-tu, mon enfant, quels sont les effets les plus destructifs de la Révolution ? Tu ne t’en douterais jamais. En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de familles aujourd’hui, il n’y a que des individus. En voulant devenir une nation, les Français ont renoncé à être un empire. En proclamant l’égalité des droits à la succession paternelle, ils ont tué l’esprit de famille, ils ont créé le fisc !

Le mariage propose la vie, tandis que l’amour ne propose que le plaisir ; mais aussi le mariage subsiste quand les plaisirs ont disparu, et donne des intérêts bien plus chers que ceux de l’homme et de la femme qui s’unissent. Aussi, peut-être ne faut-il, pour faire un mariage heureux, que cette amitié qui, en vue de ses douceurs, cède sur beaucoup d’imperfections humaines.

L’amour, comme tous les principes, ne se calcule pas, il est l’infini de notre âme.

La fausseté est aussi nécessaire à la femme que son corset, si par fausseté on entend le silence de celle qui a le courage de se taire, si par fausseté l’on entend le calcul nécessaire de l’avenir. Toute femme mariée apprend à ses dépens les lois sociales qui sont incompatibles en beaucoup de points avec celles de la nature.

Si la tendresse est inépuisable, l’amour ne l’est point.

Une femme qui n’est pas mère est un être incomplet et manqué. Dépêche-toi d’être mère, mon ange ! tu multiplieras ton bonheur actuel par toutes mes voluptés.

Les choses qui ne nous fatiguent point, le silence, le pain, l’air, sont sans reproche parce qu’elles sont sans goût ; tandis que les choses pleines de saveur, en irritant nos désirs, finissent par les lasser.

Oui, la femme est un être faible qui doit, en se mariant, faire un entier sacrifice de sa volonté à l’homme, qui lui doit en retour le sacrifice de son égoïsme.

 

Lu en mai 2017

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Le bal mécanique » de Yannick Grannec

J’ai eu  du mal à rédiger cette critique car ce livre, découvert grâce à ma bibliothécaire,  est hors du commun et m’a fait faire un voyage extraordinaire…

 Le bal mecanique de Yannick Grannec

 

Quatrième de couverture

Un soir de 1929, la prestigieuse école du Bauhaus, à Dessau, a donné un bal costumé. C’était avant que les nazis ne dévorent l’Europe, c’était un temps où l’on pouvait encore croire au progrès, à l’Art et au sens de l’Histoire. Pendant ce bal, une jeune femme, Magda, a dansé, bu et aimé.

Quel rapport avec Josh Shors, animateur à Chicago d’une émission de téléréalité dont le succès tapageur mêle décoration d’intérieur et thérapie familiale ? Quel rapport avec son père, Carl, peintre oublié qui finit sa vie à Saint-Paul-de-Vence, hanté par les fantômes de la guerre de Corée et les mensonges d’une enfance déracinée ? Quel rapport avec Cornelius Gurlitt, cet homme discret chez qui on a découvert en 2012 la plus grande collection d’art spoliée par le IIIe Reich ? Quel rapport avec le marchand d’art Theodor Grenzberg, qui poursuit sa femme, Luise, dans la folle nuit berlinoise ? Quel rapport avec Gropius, Klee, Rothko, Marx, Scriabine, l’obsession de la résilience et Ikea ?

Un siècle, une famille, l’Art et le temps. Vous êtes invités au Bal mécanique.

 

Ce que j’en pense

J’ai tellement aimé ce pavé de près de 540 pages que j’ai fait durer la lecture, je n’avais pas envie de laisser ces personnages. L’auteure a si bien su introduire ses personnages fictifs dans l’Histoire et les faire entrer dans la vie des grands artistes qu’on a parfois l’impression qu’ils ont vraiment existé.

Ce livre est composé de deux parties, qui se complètent et se répondent (alors qu’il aurait pu fort bien s’agir de deux romans distincts).

La première se déroule de nos jours  et nous fait découvrir Josh et son émission de téléréalité (les cinquante premières pages, j’ai un peu rongé mon frein car la téléréalité et moi cela ne fait pas bon ménage du tout) mais cela valait le coup, l’auteure décrivant très bien notre époque où le virtuel est roi et surtout en le prenant au deuxième degré, Yannick Grannec évoque le couple, la filiation (Vickie, la compagne de Josh est enceinte), ce que l’on transmet à l’enfant que ce soit par la génétique ou par l’amour (ou pas) que l’on reçoit.

En fait, Josh est lucide, il dit par exemple : « Narcissisme et fond de teint sont la base du métier. » ou encore,  « La solitude ne m’effraie pas, elle est même mon seul luxe. Je concède mon narcissisme et je le rentabilise. » P 85

Le roman réussit à nous ferrer lors de l’entrée en scène de Carl, le père de Josh, peintre ravagé par l’alcool, la guerre de Corée, sa propre filiation : il a été confié par son père à des amis qui ont fui le nazisme pendant qu’il était encore temps et il a toujours su ce qu’il en était jusqu’à ce que tombe une nouvelle : un marchand d’art qui a spolié les tableaux juifs pendant la guerre vient d’être « découvert » provoquant des révélations lourdes de conséquences qui nous emmènent sur les traces de parents biologiques de Carl… inutile de préciser ce qu’il pense du travail de Josh.

C’est le sujet de la seconde partie, sublime qui met nos pas dans ceux de Théodore et Luise, leur rencontre, leur mariage, la naissance de leur fille Magdalena leur vie qui s’inscrit dans ce début du XXe siècle, la « folie créative » des années 20, le Bauhaus de Nessau : sa création, son architecture, ses professeurs, ses élèves :  on vit littéralement avec Paul Klee (le parrain de Magdalena alias Gurkie), Kandinski, Otto Dix, Gropius, Hannes Meyer, un déchaînement  de couleurs, de créativité, de génie, que les nazis appelleront « l’art dégénéré ».

Beaucoup auront une fin tragique ou seront contraints à l’exil…

Ce roman m’a plu car il mêle des thèmes que j’aime, et au passage l’Histoire, la politique et l’art, qui sont des personnages en eux-mêmes. Il est intense, documenté et éveille la curiosité du lecteur.

A chaque chapitre, Yannick Grannec nous propose une œuvre : tableau, photographie… en relation avec le thème du chapitre. Inutile de préciser que j’ai été vissée sur Internet pour trouver l’œuvre en question, et déniché tout ce que j’ai pu sur cette période.

Je ne suis pas experte en peinture : en général, ça se limite à des coups de cœur pour tel ou tel artiste et je suis très éclectique dans mes goûts. Un déclic dans une salle d’attente il y a très longtemps pour une reproduction de Kandinski qui m’avait touchée et donné envie d’en savoir plus, idem pour Klee, alors avec le Bauhaus feu d’artifice !

Le titre du roman est évocateur : c’est le nom d’un tableau de Paul Klee, mais il évoque aussi, dans le livre, un autre bal, organisé par les étudiants du Bauhaus…

Le deuxième roman de Yannick Grannec et bien sûr il m’a donné envie de lire le premier : « La déesse des petites victoires » dont le titre m’avait intriguée alors…

J’ai terminé ce roman, il y a près de quinze jours, et j’en suis restée tellement imprégnée que j’ai eu du mal à rédiger ma critique, et je n’ai en fait qu’une suggestion : à lire absolument !

 

L’auteur

http://www.leblogmcmd.fr/art/yannick-grannec-une-crise-de-la-quarantaine-decisive/

 

Extraits

Un choix très difficile, bien sûr :

 

Je me suis inspiré du roman familial ultime, du scénario le plus universel : le catalogue Ikea. Depuis sa première parution, il en a été imprimé au moins deux fois plus d’exemplaires que de bibles. Or si la Bible est une fiction sur l’Éden à venir, le catalogue Ikea raconte le bonheur à la portée de tous, dans tous les pays, maintenant. P 48

L’espoir d’une vie meilleure a traversé l’océan dans une coquille de noix. Il a cimenté les cathédrales. Il a renversé les régimes. Et qu’a fait la modernité sinon nous convaincre que cette vie meilleure nous est due ici et maintenant. Pas à l’autre bout du monde, pas après la mort… P 51

La première injustice est celle de la naissance ; la seconde, celle de la vocation. Ne pas choisir qui te donne la vie, ne pas choisir ce que tu vas en faire. P 134

Seul le vide donne sa vibration à l’espace, comme le silence soutient la musique ; l’inachevé, la peinture ; l’elliptique la narration. Et comme l’absence renforce l’attachement… L’espace entre les choses est aussi important que les choses en elles-mêmes. P 201

Je voulais que Luise me donne un enfant pour qu’elle-même cesse de l’être. Et pour grandir à mon tour. P 267

… Les « Expressionnistes ». Il fallait bien baptiser sous un seul tropisme ce qui n’était, comme toujours, qu’un rassemblement de singularités artistiques. Elles avaient une caractéristique commune : un mouvement centrifuge de l’intériorité vers la toile, et non plus centripète, du paysage ou du modèle vers la toile. P 273 

A mes yeux, le chaos était la source et le carburant de mon bon plaisir : l’art, la fête, l’intensité du présent. Nous étions tous deux des enfants dans des corps d’hommes. Reproche-t-on leur égoïsme à des enfants ? Non, il faut respecter leur aptitude à la joie. P 285

Passent en file indienne trois bêtes étranges. Un loup efflanqué. Poum. Otto dix. Un chien fou. Poum. Kokoschka. Pa da pam, étirant ses grandes jambes à contretemps, l’échassier Kandinsky. Le trompettiste à douze doigts. Poum pa poum, conclut le batteur épuisé. Les danseurs réclament un tango. Et le violoniste s’ennuie. P 344

L’apprentissage n’est jamais linéaire. Il est un escalier à gravir, marche après marche, si possible avec lenteur, histoire de ne pas trébucher sur sa propre arrogance et chuter jusqu’en bas, cul par-dessus tête. A cette époque, j’étais persuadée d’être une artiste parce que j’avais déjà tenu un crayon. Et j’avais le corps ailleurs. P 385

Oui, sur ces toits, filles et garçons dansaient, fumaient et refaisaient le monde, mais, j’allais vite l’apprendre, seuls les garçons en auraient le véritable usufruit. P 393

Le coup de foudre. Cette imprégnation définitive et instantanée est une malédiction quand elle est unilatérale, mythique quand elle est réciproque. P 412

Exil est un mot qui s’épelle en dernières fois. P 493

A propos du Bauhaus:

http://www.culture-sens.fr/pour-se-faire-une-idee/1505/le-bauhaus-cest-quoi

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bauhaus

 

Autres liens intéressants :

http://www.lesartsdecoratifs.fr/?page=expo-archives

http://www.leblogmcmd.fr/art/yannick-grannec-une-crise-de-la-quarantaine-decisive/

https://www.google.fr/search?q=larmes+de+verre+man+ray&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwidhPn5sNHTAhVGqxoKHSEBAVgQ_AUIBigB&biw=1584&bih=704

https://www.google.fr/search?q=l%C3%A1szl%C3%B3+moholy-nagy&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ved=0ahUKEwid09HfsNHTAhVBVhoKHQNxBEYQ_AUIBigB&biw=1584&bih=704

https://www.google.fr/search?tbm=isch&q=pastorale+klee&ei=NpMIWa-cIIu0acKdgqgE&emsg=NCSR&noj=1

 

Lu en avril mai 2017

 

 

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Journal d’un vampire en pyjama » de Mathias Malzieu

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui m’a harponnée par sa couverture originale.

 journal dun vampire en pyjama de Mathias Malzieu

journal dun vampire en pyjama de Mathias Malzieu quatrième de couverture

 

 

 

 

 

 

 

Ce que j’en pense

Ce livre est un journal intime dans lequel Mathias Malzieu raconte son combat contre son aplasie médullaire, du diagnostic, aux traitements, des transfusions qui font de lui un vampire, du pyjama en papier de l’hôpital et il se compare à un « Vampire en pyjama

On le suit dans les chambres stériles où il s’est retrouvé pour ne pas avoir d’infections, », partageant avec lui l’épreuve du harpon du myélogramme,  les prises de sang et transfusions, les souffrances physiques,  les couloirs des hôpitaux par lesquels il est passé,  sans oublier Rosy sa femme, fidèle au poste, déguisée parfois elle aussi en cosmonaute, …

Il rend hommage, mine de rien,  au personnel soignant pour son empathie, et partage aussi ses moments de doute, d’espoir, la mort qui rôde, et nous ouvre la porte de son imaginaire, des lieux où il se sent en sécurité: son « appartelier »,  son « fauteuil-oeuf »…

Au passage, il nous livre une belle réflexion sur la greffe de moelle osseuse, sa mère biologique, et celle qui a permis sa deuxième vie et sur l’être hybride qu’on devient après…

J’ai beaucoup aimé : l’humour, l’autodérision, le punch, la rage de l’auteur qui se bat, qui s’accroche à la vie, la sortie de son film, s’acharne sur son vélo d’appartement… ainsi que la poésie de l’écriture, les références à Walt Whitman dont il ne lâche jamais les poèmes qu’il connaît par cœur.

J’ai aimé également la manière dont il s’approprie les termes médicaux, joue avec, créant de façon imagée ses propres mots, son propre langage : les  « nymphirmières sont venues me prêter main forte avec leurs yeux et leurs voix de sirènes », les haricots qu’on lui transfuse… »Dame Oclès » pour désigner la mort…

« Résister. Je n’ai plus d’autre choix désormais que devenir un véritable Jedi. Il me reste quelques semaines pour terminer ma formation. Face à Dame Oclès, la tentation de passer de l’autre côté de la Force sera terriblement séduisante ». P 151

Le choix de la couverture est elle-même très soignée et lourde de signification : les lettres sont en majuscule sous forme de petits points rouges (globules rouges) pour son nom et des petits points blancs pour les leucocytes le tout sur fond noir : superbe. Et le petit bonhomme, dessiné comme par un enfant, avec en guise de tête un gros cœur rouge !!!!

Ce livre m’a donné envie d’écouter les chansons de Dionysos et de découvrir d’autres textes de Mathias Malzieu.

 

L’auteur

Mathias Malzieu parle de son livre ainsi:

« Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur.  »

 

Extraits

Chacun ses béquilles, les miennes sont des toupies électrifiées : je ne peux m’appuyer sur elles que lorsqu’elles sont en mouvement. P 14

Le problème, c’est que je donne plus que ce que j’ai. Je suis le plus con des dragons. Celui qui crache des étincelles et se crame les ailes avec. P 14

Je suis comme dans un train à l’arrêt lorsque personne ne donne d’information. Impossible de savoir ce qui m’attend. P 26

Un bug… Je me suis fait hacker le système immunitaire, du coup je m’autodétruis. Je suis mon propre cancer. P34

Désormais, j’aurai besoin du sang des autres pour survivre. C’est officiel, je suis devenu un vampire. P 35

Je vais me faire changer les plaquettes. M’en faire poser de nouvelles, disons. J’ai plus de sang-frein. Liquidation quasi-totale des particules coagulantes. Si je caresse un hérisson du bout des doigts, j’aurai un bleu sur l’avant-bras. P 54

Être malade, c’est se sentir comme un enfant et un vieillard en même temps. Être privé de vie sociale. Ne plus travailler. Dans le regard les uns et l’intonation des autres, on se transforme en monstre fragile. Et surtout, on commence à se faire peur… Mon identité est frelatée, chaque jour qui passe rend le combat pour rester moi-même plus difficile. Car désormais, je suis un vrai vampire. P 110

Et je vais naître une deuxième fois. Ce qui implique qu’il faudra mourir un peu aussi.la (science)fiction dépasse la réalité. Je vais devenir une chimère, mon sang sera mixte pour toujours. P 150

 

Lu en mai 2017

Publié dans BD

« Le périple de Baldassare T3 » de Joël Alessandra

Place au tome 3 dont le sous-titre est « La tentation de Gênes »

 

Le périple de BaldassareT3 de Joël Alessandra

 

Quatrième de couverture

Septembre 1666. Parti sur les traces du Centième Nom, ouvrage légendaire qui contiendrait le nom caché de Dieu capable d’assurer le salut du monde, Baldassare Embriaco vit un voyage mouvementé qui le conduit finalement à Londres. Mais un incendie ravage la ville, tandis que les flottes hollandaise et française menacent… La confirmation tant redoutée de l’Apocalypse annoncée par le « Chiffre de la bête » ?

La tentation de gênes est le dernier volet de la séduisante adaptation du roman d’Amin Maalouf.

Ce que j’en pense

Confirmation de ce que je ressentais en lisant le tome précédent : déception, le récit se traîne, et l’ennui est toujours là…

On quitte Londres en feu à cause du fameux livre, et Baldassare continue à s’enfuir, et à courir après une chimère. On voyage toujours autant : Paris, Lyon, Avignon, Nice, Gênes… et la beauté des dessins est la seule raison de continuer l’aventure qui se termine de manière étrange.

J’ai lu cette série par hasard, en explorant le rayon BD de la médiathèque, alors que je ne connaissais pas son existence et j’ai testé car j’avais un bon souvenir du roman d’Amin Maalouf.

Cette saga vaut le détour pour les dessins et les carnets tenus par Baldassare, mais je conseille de lire plutôt le roman, à la rigueur de jeter un coup d’oeil au premier tome pour se faire sa propre idée, ou se rendre sur le site planetebd.com.

Extraits

« Seigneur, ne sois jamais trop loin de moi! mais ne sois pas non plus trop proche. Laisse-moi admirer les étoiles sur les pans de Ta robe! mais, ne montre pas Ton visage! »

Le périple de BaldassareT3 planche de Joël Alessandra

http://www.planetebd.com/bd/casterman/le-periple-de-baldassare/la-tentation-de-genes/17889.html

 

 

Lu en mai 2017

Publié dans BD

« Le périple de Baldassare T2 » de Joël Alessandra

 

Je continue à découvrir les aventures de Baldassare avec le tome 2 dont le sous-titre est : Un ciel sans étoile »

Le périple de BaldassareT2 de Joël Alessandra

 

Quatrième de couverture

Décembre 1665. Parti sur les traces du « centième Nom », ouvrage légendaire qui contiendrait le nom caché de Dieu, et de ce fait capable d’assurer le salut du monde, Baldassare Embriaco, Gênois d’Orient, négociant en livres et curiosités, débarque à Smyrne en compagnie de la belle Marta, une veuve avec qui s’est nouée une intense relation amoureuse. Rien ne va s’y dérouler comme ils l’escomptaient.

Une adaptation délicate et sensuelle du roman éponyme d’Amin Maalouf.

Ce que j’en pense

On suit les traces de Baldassare dans son périple pour retrouver le manuscrit. Après une traversée houleuse, il débarque à Smyrne (Izmir) et tente de trouver les preuves du décès du mari de Marta.

Baldassare y retrouve son ami Maïmoun et apprend qu’un juif du nom de Sabbataï se fait passer pour le Messie. Il apprend que le livre se trouve désormais en Angleterre et de surcroît, le mari de Marta  est remarié, a des enfants mais sa nouvelle famille ne le sait pas.…

Marta se rend seule chez son mari et ne revient pas, tombée dans un traquenard. Baldassare est obligé de fuir…

Je me suis ennuyée ferme, car on est presque toujours sur une mer démontée avec, entre autres, un capitaine fou qui voit des ennemis partout, se sent persécuté, poursuivi par les mouettes et ne guide plus vraiment le navire.

Certes, on visite Gênes, Lisbonne, Amsterdam, Londres, avec les guerres navales entre Anglais et Hollandais mais, en dépit des planches toujours aussi belles et colorées, la magie n’est pas au rendez-vous. Les extraits des carnets de note de Baldassare, par contre, sont bien mis en relief et laissent entrevoir l’art de conteur de l’auteur du roman.

Cette lecture confirme ce que j’ai ressenti avec le premier tome, les adaptations en BD de romans que j’ai aimés me laissent une grande frustration car je préfère laisser libre cours à mon imaginaire en lisant le texte original.

J’ai emprunté les trois tomes, donc je vais finir la lecture… et ensuite, je me limiterai à des BD ou manga classiques…

Extraits

Je m’étais toujours dit que je pleurerais devant Gênes, mais les circonstances de ces retrouvailles n’auront pas été celles que j’avais imaginées. C’est dans cette ville que je suis né bien avant ma naissance, et de ne l’avoir jamais vue la rendait plus chère à mon cœur, comme si je l’avais abandonnée et que je devais l’aimer davantage pour qu’elle me pardonne. Personne n’appartient à Gênes comme lui appartiennent les Génois d’Orient.

Le périple de BaldassareT2 de Joël Alessandra planche

http://www.planetebd.com/bd/casterman/le-periple-de-baldassare/un-ciel-sans-etoile/15743.html

 

Lu en mai 2017