« SARA, elle veille sur vous » de Sylvain Forge

J’adore me faire peur avec la cybercriminalité, la psychose des robots qui viennent se substituer aux humains, alors j’ai eu envie de me replonger dans l’univers de Sylvain Forge, car pourquoi résister à la tentation ?  

Résumé de l’éditeur :

Big sister is watching you « SARA peut retrouver votre enfant perdu dans une foule ou veiller sur votre adolescente qui rentre de son cours de gym, à la nuit tombée. Pourquoi tant de gens la détestent-ils? »

Nantes est devenue la terre de toutes les luttes. Confrontée à une explosion de la délinquance, la cité des Ducs élit un nouveau maire, le très populiste Guillaume de Villeneuve : avec SARA, un réseau de caméras intelligentes, il entend mettre la ville au pas.
Quand l’un de ses proches, expert en robotique connu dans le monde entier, disparaît mystérieusement, la commandante de police Isabelle Mayet est chargée de l’enquête. Jeune maman tiraillée entre sa nouvelle vie de famille et son devoir de flic, elle doit compter sur l’aide  de Lucas, son nouvel adjoint aux méthodes peu orthodoxes, et d’un jeune expert en cybersécurité.
Mais dans cette affaire, les policiers nantais, déconsidérés et menacés par l’intelligence artificielle à qui certains prêtent toute-puissance, vont payer le prix fort.
Applaudi par les uns, farouchement combattu par les autres, le système de surveillance divise  : jusqu’où chacun est-il prêt à aliéner sa liberté au nom de la sécurité  ?

Ce que j’en pense :

Bienvenue à Nantes, terre de révoltes, où règne la délinquance, et qui vient d’élire un nouveau maire, populiste : Guillaume de Villeneuve. Celui-ci a, illico, doté sa ville d’un système de vidéosurveillance sophistiqué, SARA, dont le but est de faire une place belle à le reconnaissance faciale, système particulièrement prisé par la Chine… comme par hasard, l’assistante du maire est Chinoise, alors…

Le meilleur ami du maire, expert en robotique (de haut niveau là encore) qui a mis au point la main bionique du maire, a brusquement disparu des radars. On ne tarde pas à retrouver son corps, noyé dans sa piscine. Une enquête commence avec la commissaire Isabelle Mayet, son collaborateur Lucas et un jeune expert en cybercriminalité.

Une enquête passionnante, menée de main de maître par Sylvain Forge, qui est comme un poisson dans l’eau dans ce milieu de l’informatique de la robotique, de la vidéosurveillance. J’ai beaucoup aimé, beaucoup tremblé, et ce roman ne va pas améliorer ma défiance, méfiance vis-à-vis de la reconnaissance faciale de la surveillance de haute volée sous prétexte de protéger une ville de la délinquance. SARA propose aux habitants de retrouver un enfant disparu, ou de dénoncer le stationnement illégal en échange d’un bon d’achat dans un magasin de la ville…

Dans ce milieu tous les coups sont permis, on n’hésite pas à tuer à compromettre pour arriver à ses fins…

Après avoir refermé le livre, je n’ai plus regardé mon robot cuiseur de la même manière, en l’imaginant désormais capable de me maltraiter ! pas la peine non plus de me proposer un aspirateur robot pour la fête des mères : penser qu’il puisse enregistrer tout ce qui se dit dans la maison…. Si vous êtes cyber-paranoiaque il vaut peut-être mieux faire un détour…

J’ai beaucoup aimé ce thriller, même si la fin m’a heurtée, et ce fut un réel plaisir de retrouver la plume de Sylvain Forge dont j’ai apprécié « Sauve-là ».

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir un nouveau roman de cet auteur.

#Sara #NetGalleyFrance !

Un autre avis qui m’a donné envie de lire ce roman : https://vagabondageautourdesoi.com/2022/04/01/sylvain-forge/#comment-13156

8/10

Extraits :

Vous pouvez désormais signaler les voitures en stationnement illégal ; il suffit de les prendre en photo, puis de déposer les images sur la plateforme de la Ville. Pour chaque amende adressée, vous recevrez dans votre boite mail un bon d’achat à utiliser dans les boutiques du centre-ville, partenaires du programme…

Peu de risque d’ailleurs qu’ils se salissent les mains avec une arme à feu ou un couteau, comme ces types qui poignardaient des passants au nom d’Allah. Détourner une machine ou injecter un virus informatique dans un système vital était bien plus retors et tout aussi efficace.

Il fait partie du package fourni par Corpo Network. Un algorithme fondé sur l’architecture des réseaux neuronaux qui analyse les visages pour mettre à nu les sentiments. La société affirme que le programme est efficace à 75% pour repérer la surprise, la peur, la colère ou la joie…

Lu en mai 2022

« Summit » de Mo Malø

Je vais essayer de combler mon retard, en continuant à vous proposer des chroniques allégées pendant quelques temps, d’autant plus que, début mai, je me suis inscrite au Challenge NetGalley, pour essayer de me motiver, (encore une idée de génie, version fuite en avant) notamment avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

À Nuuk, capitale du Groenland, Qaanaaq Adriensen, le chef de la police locale, mi-Inuit mi-Danois, est chargé d’organiser la première réunion de la Scandinavian Police Association. Les plus grands flics islandais, danois, norvégiens et finlandais se retrouvent à Kangerlussaq, à l’ouest du grand pays blanc, pour sauver le Danemark d’une guerre des gangs qui menace sa stabilité. Mais tout se complique quand l’un d’entre eux disparaît…

Malgré la situation, le groupe doit partir en expédition dans l’Inlandsis – une nappe de glace recouvrant la terre ferme et qui peut atteindre plusieurs milliers de mètres d’épaisseur. Mais pendant le voyage, des événements de plus en plus inquiétants se produisent : leurs balises de repérages sont désactivées, ils évitent un accident de justesse, deux autres participants disparaissent à leur tour… Et si quelqu’un cherchait délibérément à provoquer leur perte ? Dans cette atmosphère angoissante, Qaanaaq doit affronter une blessure ancienne, liée à un secret de famille qui vient de refaire surface. Au milieu du blizzard et des blocs de glaces, tous sont désormais coupés du monde : si la faim et le froid n’ont pas raison d’eux, ce pourrait bien être la folie polaire…

Ce que j’en pense :

Il y a un moment que je voulais découvrir cet auteur et j’avais des envies de froid, polaire ou pas en cette période presque caniculaire et de surcroit la couverture magnifique est une incitation au dépaysement…

L’histoire m’a plu, l’idée du voyage initiatique avec les flics les plus chevronnés, islandais, danois, norvégiens et finlandais qui composent la Scandinavian Police Association, dans une sorte de chasse au trésor flirtant avec Koh Lanta, sans réseau, avec uniquement un équipement rudimentaire (kit de survie) …

On se promène dans l’Inlandsis, avec des températures frôlant les moins 50°, en butte à la gourmandise des ours polaires, des techniques qui respectent peu la biodiversité et les espèces protégées et, cerise sur le gâteau le chef (qui dirige bien au chaud dans son bureau) n’a qu’une idée en tête se débarrasser de Qaanaaq …

En principe, ce livre, le 4e de la série est censé se lire même si on n’a pas lu la trilogie, mais c’est très frustrant car il y beaucoup de choses, d’événements personnels ou liés aux intrigues qui gâchent le plaisir… à mon humble avis, il faut absolument avoir lu les précédents pour apprécier vraiment « Summit ». Je vais essayer de lire « Qaanaaq » pour ne pas avoir de regrets.

Je pensais découvrir un auteur nordique et je me suis rendue compte que derrière Mo Malo se cachait un auteur français écrivant sous plusieurs identités, j’ai appris quelque chose, mieux vaut tard que jamais.

Que l’ours polaire soit sans inquiétude, je l’assure de toute ma compassion, car ses prédateurs ont encore de longues années devant eux hélas… Par ailleurs, la réflexion sur le comportement de l’homme vis-à-vis de la Nature et des espèces protégées me plaît énormément car je suis sur la même longueur d’ondes…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de la Martinière qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

7/10

Extraits :

L’animal n’a eu besoin ni de ses griffes ni de sa gueule pour terrasser les intrus venus l’importuner sur son territoire. L’Homme se charge si bien de se détruire lui-même.

Dur au mal et résistant, l’ours polaire exprimait parfois des sentiments qu’on ne prête qu’aux humains : détermination, orgueil, susceptibilité… Mais c’était bien la première fois que l’un d’entre eux paraissait animé par la rancune. Par l’envie d’en découdre avec cette espèce dominante qui envahissait son territoire et menaçait son mode de vie.

Y aurait-il un jour créature plus nuisible pour ses semblables que l’Homme.

Lu en mai 2022

« Love after love » d’Ingrid Persaud

Mes chroniques sont en mode épuré pendant quelques temps, avec programmation automatique…

Petit détour à Trinidad et Tobago avec le livre dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

La révélation d’une nouvelle voix puissante venue de Trinidad, lauréate du Costa Book Award.

Betty Ramdin, veuve et mère célibataire, loue une chambre dans sa maison de Trinidad à un collègue bien sous tous les rapports, Mr Chetan. C’est un vieux garçon doux et attentionné qui amène à Solo, le fils de Betty, la figure paternelle qui lui a tant manqué depuis la mort de son père. Pour Betty, il incarne une présence masculine rassurante. Et pour Mr Chetan, cette famille recomposée lui donne un foyer qu’il n’a plus eu depuis longtemps.

Mais un soir, l’équilibre de cette famille recomposée vole en éclat quand Betty et Mr Chetan s‘avouent mutuellement leur terrible secret. Solo entend ses confidences et ne peut pas les supporter ; il part alors pour les États-Unis, bien décidé à couper les ponts avec sa mère et à ne jamais remettre les pieds à Trinidad. Jusqu’au jour où il reçoit un coup de fil qui va changer sa vie.

Ce que j’en pense :

J’avais envie de voyager un peu alors cap sur Trinidad que je sais juste repérer sur une carte et dont je ne connais pratiquement rien au niveau culturel.

On fait la connaissance de trois héros : Betty, son fils Solo et son colocataire Mr Chetan.

Betty est veuve, son mari ayant fait une chute dans les escaliers alors qu’il était une fois de plus en état d’ébriété. Elle élève seule son fils, et travaille dans une école, mais cela ne suffit pas pour vivre alors elle décide de louer une chambre à Mr Chetan, un de ses collègues.

Le trio vit plutôt harmonieusement : Mr Chetan assurant le rôle de père laissé vacant, ils forment une famille. Un jour où Betty et lui partagent leur petit secret : Mr Chetan lui confie qu’il est homosexuel alors que  Betty raconte qu’elle était une femme battue, violentée par son mari dès qu’il était sous l’emprise de la boisson, et que le jour de l’anniversaire de Solo, il s’en était pris également à l’enfant et… qu’elle l’avait poussé dans les escaliers pour les protéger tous les deux. Solo les a entendus et à partir de cet instant il va détester sa mère, la renier, n’hésitant pas à s’exiler aux USA chez le frère de son père.

Ce roman est assez plaisant à lire, on baigne dans la cuisine du pays, les parfums, la culture, l’importance de l’Église et celle des sectes, mais je n’ai pas réussi à vraiment m’attacher aux héros, la conduite de Solo m’a exaspérée, la violence qui règne, l’intolérance vis-à-vis des homosexuels, et la fin un peu étrange quand même qui donne une impression d’inachevé… c’est dur de n’avoir rien à dire après avoir refermé un roman, mais encore une rencontre qui semblait prometteuse et pourtant ne s’est pas faite.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure

6/10

Quelques extraits quand même :

Et moi, à quoi je sers ? Je ne suis que la mère. Les enfants prennent toujours leurs parents pour des imbéciles.

Jusqu’à ce soir, je m’étais menti à moi-même en me disant que je n’étais pas gay à cent pour cent, mais seulement à quatre-vingt ou même quatre-vingt-dix pour cent. A présent, la possibilité de fonder une famille s’était volatilisée…

C’était nouveau pour moi, ça. Donc, en Amérique, y a des Blancs, et des gens qui ont l’air blancs mais ne le sont pas vraiment ? Ils sont fous, ces Ricains.

Lu en mai 2022

Cogito ergo sum

Bonjour à tous et à toutes!

Je vais être moins présente pendant quelques temps, car je n’ai plus assez d’énergie pour rédiger mes chroniques et lire les vôtres: 4 jours sans ouvrir ma boite aux lettres et vlan 600 messages à consulter, entre les lectures des blogs, tous les amis qui me souhaitent n’importe quoi, (dernier en date la fête des mères après le black friday version made un France) vous les aurez reconnus: FNAC, Damart, Yves Rocher et tous les autres… j’ignorais qu’on pensait autant à moi, du moins à mon porte-monnaie…

Je fréquente les cabinets médicaux comme d’autres les cinémas ou les expo… je n’oublie personne même si je vous prive de mes brillants commentaires et j’essaierai de me mettre à jour (ou pas) mais, je continue à lire même si quelques choix ont été surprenants et m’ont laissée perplexe…

Quelques livres en attente parmi la pile qui s’étoffe de plus en plus et parmi eux deux que je viens de récupérer à la bibliothèque :

Je vous quitte car la piscine m’attend à l’hôpital pour ma séance de balnéo et quelques projets en vue: retour sur mon zafu (coussin de méditation) imminent, exploration du massage hypnotique et plus si affinité, travail intensif sur les FODMAPS et les huiles essentielles: donc l’inaction n’est pas en vue !

« Le retournement » de Manuel Carcassonne

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui me tentait mais quand cela ne veut pas, cela ne veut pas et pourtant je lui ai laissé plusieurs chances :

Résumé de l’éditeur :

« L’idée que les mains brunes de mon fils fouillent un jour, au son des pétards de la fête mariale du 15 août, mes ossements français ironiques, et les dispersent au pied du Mont Hermon, où des chiens faméliques les retourneront d’une patte indécise, me rend de bonne humeur. »
 
Le Retournement tient à la fois de l’archéologie familiale, de la généalogie historique, du questionnement identitaire et de la fouille existentielle : un texte autobiographique qui semble emprunter au genre littéraire de l’autofiction et aux sujets d’actualité (l’identité, le genre, la religion…) pour mieux les subvertir.

Comment le juif honteux de l’enfance est-il rendu à son judaïsme par la rencontre amoureuse avec son double inversé ?

Manuel est un descendant de Juifs alsaciens par la mère et de la communauté judéo-provençale des Juifs du Pape par le père ; Nour est une arabe d’Achrafieh, née à Boulogne, d’origine grecque-catholique. D’un côté, des minorités persécutées ; de l’autre, une minorité schismatique et persécutée : la rencontre improbable et fusionnelle de Carpentras et de Beyrouth ! ls ont en partage l’aristocratie des opprimés qui ont retourné la persécution en distinction, mais doivent composer avec des univers culturels si différents que tout leur est sujet de querelle, source d’une histoire d’amour souvent drolatique. Et voilà que celui qui voulait être Swann, à naviguer habilement dans les eaux hostiles du beau-monde (sa belle-famille d’Ormesson par la grâce d’un premier mariage) et du Paris des lettres, se retrouve appelé au Liban « Abou Hadri » : le père d’Hadrien

L’auteur ressuscite ici les mondes engloutis : les fantômes de sa famille sur laquelle plane l’ombre de morts plus présents que les vivants, le génie de la Jérusalem du Comtat-Venaissin, sa lignée d’ancêtres improbables où Nostradamus côtoie Maimonide et Bernard Lazare donne la main à Adolphe Crémieux.

Placé sous le signe d’une inquiétude mêlée d’ironie, ce récit est la plus merveilleuse réfutation qui se puisse imaginer à l’assignation identitaire qui caractérise nos temps modernes.

Ce que j’en pense :

Étant donné mon intérêt pour tout ce qui concerne la Shoah, l’histoire du peuple juif, sa religion, ce roman aurait dû me plaire mais après 3 tentatives j’ai abandonné…ce qui est rare chez moi, d’habitude je laisse toujours une chance. Il faut reconnaître que le résumé était tentant, sinon prometteur…

Son analyse des massacres de Sabra et Chatila (mes souvenirs étant assez limités) me tentait, mais le style de narration qui vire au catalogue trop vite, le ton un peu geignard de l’auteur avec tendance à la victimisation, ont eu raison de mon empathie.

J’ai posé le livre, je l’ai repris, reposé, et à la troisième tentative, n’ayant progressé que de dix pages, j’ai renoncé tant j’étais épuisée …  Et dire que je l’ai téléchargé début janvier ! soit je suis complètement passée à côté car ce n’était pas le bon moment, soit il n’était simplement pas pour moi.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#LeRetournement #NetGalleyFrance !

Autres avis: https://vagabondageautourdesoi.com/2022/01/06/manuel-carcassonne/

ou encore: https://netsdevoyages.car.blog/page/2/

Abandonné en mai 2022

« Un barrage contre l’Atlantique » de Frédéric Beigbeder

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi parce que son titre me rappelait un autre roman que j’avais adoré il y a longtemps : « Un barrage contre le Pacifique » de Marguerite Duras :

Résumé de l’éditeur :

« Ce livre a été écrit dans un endroit qui devrait être sous l’eau ».  F.B.


 Au hasard d’une galerie de Saint-Jean-de-Luz, Frédéric Beigbeder aperçoit un tableau représentant une cabane, dans une vitrine. Au premier plan, un fauteuil couvert d’un coussin à rayures, devant un bureau d’écrivain avec encrier et carnets, sur une plage curieusement exotique. Cette toile le fait rêver, il l’achète et soudain, il se souvient : la scène représente la pointe du bassin d’Arcachon, le cap Ferret, où vit son ami Benoît Bartherotte. Sans doute fatigué, Frédéric prend cette peinture pour une invitation au voyage. Il va écrire dans cette cabane, sur ce bureau.


  Face à l’Atlantique qui à chaque instant gagne du terrain, il voit remonter le temps. Par vagues, les phrases envahissent d’abord l’espace mental et la page, réflexions sur l’écriture, la solitude, la quête inlassable d’un élan artistique aussi fugace que le désir, un shoot, un paysage maritime. Puis des éclats du passé reviennent, s’imposent, tels « un mur pour se protéger du présent ». A la suite d’Un roman français, l’histoire se reconstitue, empreinte d’un puissant charme nostalgique : l’enfance entre deux parents divorcés, la permissivité des années 70, l’adolescence, la fête et les flirts, la rencontre avec Laura Smet, en 2004… Temps révolu. La fête est finie. Pour faire échec à la solitude, reste l’amour. Celui des siens, celui que Bartherotte porte à son cap Ferret. Et Beigbeder, ex dandy parisien devenu l’ermite de Guétary , converti à cette passion pour un lieu, raconte  comment Bartherotte, « Hemingway en calbute », s’est lancé dans une bataille folle contre l’inéluctable montée des eaux, déversant envers et contre tous des millions de tonnes de gravats dans la mer. Survivaliste avant la lettre, fou magnifique construisant une digue contre le réchauffement climatique, il réinvente l’utopie et termine le roman en une peinture sublime et impossible, noyée d’eau et de soleil.  La foi en la beauté, seule capable de sauver l’humanité.


  Une expérience de lecture, unique et bouleversante, aiguisée, impitoyable, poétique, et un chemin du personnel à l’universel.

Ce que j’en pense :

Dans la première partie l’auteur nous livre un exercice de style : après chaque phrase, non seulement il va à la ligne mais en profite pour en sauter une (ligne) tout en demandant au lecteur s’il va supporter encore longtemps l’exercice ! ce qui se révèle assez jouissif, en ce qui me concerne bien sûr !

Progressivement, les phrases s’allongent, les sauts de ligne se sont font plus rares, on est entré dans le vif du sujet, c’est-à-dire la vie de Frédéric Beigbeder : réflexions autour de moi-même, mon nombril, ma petite personne : sa famille, ses relations avec se mère, les femmes de sa vie, sa sexualité… C’est la partie du livre qui m’a le moins intéressée.

Mon histoire est celle d’un homme qui a tellement tout tourné en ridicule qu’il ne sait même plus comment retrouver le sérieux.

Peu à peu, le ton cesse d’être ironique, désabusé, laissant apparaître au grand jour les fragilités de l’homme qui s’interroge sur la Vie en général, la Terre qui va mal, à cause de l’homme, chez cet adulescent en proie au syndrome de Peter Pan et au départ de sa fille aînée pour vivre sa vie, ce qui lui a brisé le cœur. Refaire un enfant quand la cinquantaine approche, (entre parenthèse, quand on l’âge de devenir grand-père) c’est une manière de rester un éternel ado.

J’ai aimé la manière dont Frédéric Beigbeder compare la vie et un barrage contre l’Atlantique, des digues à ériger sans cesse pour se protéger, de soi et des autres, de la Nature qui reprend ses droits ainsi que les phrases vibrantes consacrées à Laura Smet, sa famille et sa vie compliquée, qui a partagé sa vie durant un temps, à la manière de Oona et Chaplin.

Ce livre pessimiste et mélancolique m’a bien plu, malgré quelques velléités de laisser tomber quand l’auteur tournait trop autour de la sexualité (la sienne en fait) car je partage en grande partie sa vision des choses sur l’inexorabilité de la disparition de la civilisation actuelle, en même temps que la montée des eaux qui fera disparaître les côtes telles que nous les connaissons, et ce n’est pas le dernier rapport du GIEC qui va nous restaurer une once d’optimisme. La littérature pourra-t-elle nous sauver ?

Petit hommage à Bartherotte, monarchiste, au passage, qui lutte contre l’enlisement proche du Cap Ferret, que l’auteur compare aux Pays-Bas, sous le niveau de la mer, dans son énergie à combattre en érigeant digue après digue… Comme l’écrivain qui construit son œuvre phrase après phrase.

Ce livre entre en résonance avec le roman de Marguerite Duras, que j’ai lu il y a très longtemps, cette famille qui se bat pour construire un barrage pour sauver sa terre de la puissance des vagues du Pacifique, comme Don Quichotte et les moulins à vents, dans un combat presque perdu d’avance.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur que j’ai très peu lu en fait : j’ai beaucoup aimé « Oona et Salinger » et j’aimais bien, jadis, son émission littéraire car l’homme m’est sympathique, il suffit de ne pas trop se limiter à son côté provocateur pour ne s’intéresser qu’à ses fragilités…

Si le sujet abordé et la manière de l’aborder m’ont plu, le côté victimisation m’a parfois énervée, bémol qui explique la note…

#UnbarragecontrelAtlantique #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

L’intuition de Kafka était juste : il n’y a plus de différence entre l’humanité et le cafard.

Chaque phrase doit donner envie de lire la phrase suivante, mais exister aussi de façon autonome.

La dune du Pyla est un écran de cinéma où le soleil projette son film, dont les nuages sont les acteurs principaux.

Il est crucial de réinventer notre façon d’écrire si nous ne voulons pas que la littérature disparaisse au XXIe siècle.

L’idée est simple : pour sauver les phrases, il faut peut-être sacrifier le roman.

Planquées dans de longs développements, les phrases se serrent les coudes ; comme les hommes, elles sont plus courageuses en groupe.

L’avantage d’être né dans un milieu bourgeois est notre capacité à transformer tout drame passionnel en pièce de Feydeau.

L’âge ingrat dure toute la vie.

Conclusion : les hommes et les femmes ne sont pas égaux ; à la fin de leur existence, les femmes sont plus seules que les hommes parce qu’elles ne peuvent plus avoir d’enfants.

Je suis un enfant qui veut qu’on l’adopte.

Toute ma vie je me suis cherché des maîtres, comme un chien abandonné.

La famille des années 1970 est comme un jeu de Lego : ce jeu consistant à bâtir quelque chose afin de le détruire ensuite, puis à reconstruire autre chose, pour le déconstruire à nouveau.

Ma carte d’identité affirme que j’ai cinquante-cinq ans, alors que j’en ai quatorze.

On écrit pour être le meilleur, mieux que le vrai ? Ou bien on écrit pour être soi, pour être vrai ? Je ne sais pas, cela dépend du niveau d’angoisse.

Selon les psychanalystes les hommes adultes se prenant pour des gamins sont souvent des enfants dont le père était absent et qui ont été contraints de se comporter en adultes dans leur enfance. Pour simplifier : le garçon a été adulte trop, alors l’adulte veut rester enfant.

C’est le problème avec l’érosion : la terre devient définitivement de la mer.

La puissance de l’homme capable de dompter la nature (rêve des années 1950) est devenue ensuite la culpabilité de l’homme responsable de la destruction de la nature (dystopie des années 1970) et bientôt la disparition de l’homme exterminé par la nature (réalité des années 2020).

L’antinature est le combat du XXIe siècle. Ce que personne n’ose dire (parce que c’est trop horrible, c’est que la nature a cessé d’accepter l’homme.

Lu en avril-mai 2022

« Guetter l’aurore » de Julie Printzac

Aujourd’hui je vous propose un voyage, en Ariège, département que j’apprécie particulièrement, avec un retour aux années terribles de la seconde guerre mondiale avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

Tumultueuse et pleine d’espoir : une histoire de famille, d’amour et d’amitié pendant la Seconde Guerre mondiale.

Été 1941. Les Brodsky, une famille juive originaire de Russie, ont fui la zone occupée et la menace nazie pour se réfugier dans le sud de la France. Mais, brutalement rattrapés par les nouvelles lois de Vichy, ils se retrouvent en résidence forcée à Saint-Girons, au pied des Pyrénées, dans une grande demeure délabrée.

Peu à peu, la vie s’organise. Esther, l’aînée des enfants de la famille, rencontre Clara. L’heure est à l’adolescence, aux premiers émois et aux grandes amitiés. C’est également le temps de l’engagement dans la Résistance, des luttes pour survivre, mais aussi des rafles… Dans la tourmente, Esther et Clara feront tout pour rester maîtresses de leur destin. Mais c’est compter sans la brutalité de l’Histoire.

Des décennies plus tard, la petite-fille d’Esther, Deborah, surprend sa grand-mère qui, dans un moment d’égarement, crie un prénom : Clara. Mais lorsqu’elle la questionne, Esther se mure dans le silence. Troublée, Deborah va alors tenter par tous les moyens de reconstituer l’histoire de sa famille et de remonter le fil de ce passé si longtemps gardé secret.

Ce que j’en pense :

Deborah, en proie à un chagrin d’amour, ou tout au moins une rupture récente, vient de quitter l’Italie pour revenir à Meudon, chez sa mère et sa grand-mère Esther qu’elle aime énormément. Cette dernière alterne les moments de lucidité où les souvenirs viennent parfois la hanter, alors qu’à d’autres moments, elle semble perdue. Une nuit, dans une de ces phases, elle crie un prénom, Clara que la famille ne semble pas connaître.

Alors que sa mère commence à penser qu’il serait peut-être temps de la placer, car elle est souvent obligée de s’absenter pour son travail.

Deborah, quant à elle, voudrait savoir ce qui est vraiment arrivé à Esther, dans cette famille où les non-dits, les secrets sont omniprésents, et tendent à se répéter de générations en générations.

On va ainsi découvrir l’histoire d’Esther, de la famille Brodsky et de leurs amis pendant la seconde guerre mondiale, avec une alternance passé présent pour entretenir le suspense et rendre le récit moins douloureux.

La famille Brodsky, Mihaïl, et son épouse Leah, a fui les persécutions, les pogroms en Russie, pour faire sa vie en France, « pays de la liberté », dans lequel elle s’est totalement intégrée. Mais, le destin frappe toujours à la porte, quand il s’agit de persécutions et de haine raciale. Il faut fuir Paris occupé pour la zone libre, puis à peine intégré, il faut quitter à nouveau le domicile, car les Juifs ont été recensés, et pour finir parqués à Saint-Girons, au pied des Pyrénées.

De l’autre côté, c’est l’Espagne franquiste, et les Résistants commencent à fuir par les chemins de montagne, avec des passeurs, pour structurer la Résistance, mettant leurs vies en péril, car les collabos veillent…

Ils habitent dans une grande maison, style château en ruines, où il n’y a pas de chauffage, où le seul robinet, dans la cuisine, distribue une eau qui n’est pas potable, donc des kilomètres à pied pour aller en chercher. Malgré la peur, il règne une ambiance chaleureuse. Les amitiés avec d’autres familles sont solides, on partage des repas, des lectures, Leah organise même un club de lectures, grâce au libraire qui se procure, sous le manteau, des livres prohibés.

Esther, pour sa part, dévore les livres de l’immense bibliothèque des propriétaires de la maison, découvrant des classiques, notamment Zola…

Parmi les amis, figurent Clara, la meilleure amie d’Esther jeune rebelle qui s’engage très vite dans la Résistance, distribuant des tracts pour commencer, Marius le premier amour d’Esther, à l’adolescence, l’âge des premiers émois.

Esther ne se sent pas prête à suivre son amie Clara dans la lutte contre les nazis, les miliciens, les collabos, les antisémites de tout poil, toujours prêts à dénoncer… elle est préfère pour l’instant vivre son premier amour… On est frappé dans ce récit par la détermination de ces jeunes gens, qui sont encore au lycée, mais n’hésitent pas à faire des choix et mettre leur vie en danger.

Ce livre m’a beaucoup plu ! Julie Printzac a une manière bien à elle de parler de cette période difficile, où l’amitié, de l’amour dans qui unissent ces familles, laissant toujours une place à l’espoir, le silence dans l’après-guerre, on n’avait pas trop envie d’entendre les témoignages des rescapés, et eux-mêmes choisissant souvent de se taire. Elle évoque les premiers émois, l’envie d’avoir à tout prix des amis, comme Daniel, le frère d’Esther qui se sent attiré par son copain de classe, ce qui va l’entraîner vers le pire. Ce sont des ados qui se cherchent et qui sont terriblement d’actualité.

Le retour aux sources qu’effectue Deborah est tout à fait crédible, on n’est pas dans le pathos ou la mièvrerie, dans la comparaison entre l’époque héroïque de la guerre et la période contemporaine, davantage autocentrées, ce qui est parfois le cas dans ce genre de récit.

Enfin, Julie Printzac rend à la ville de Saint-Girons, dans ce beau département de l’Ariège, baignée par le Salat, ses héros et les autres, les combats pied à pied pour se libérer du joug nazi, son musée du Chemin de la Liberté avec un hommage au passage à Gaston Massat dont elle nous propose un poème : « Voici ma voix » en guise de prélude.

Ce n’est pas un énième roman sur la persécution des Juifs et l’héroïsme des Résistants face aux collabos, mais plutôt l’histoire de familles qui tentent de survivre, de s’entraider alors que les exactions, alors que les lois se durcissent et les rafles s’intensifient, rythmées par les bruits de bottes, l’auteure mettant en évidence, avant tout la montée de la peur au fur et à mesure, que la guerre avance et semble de plus en plus perdue par ceux qui ont semé la terreur et préfèrent tout détruire plutôt que se rendre, ce qui résonne particulièrement depuis l’invasion de l’Ukraine.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure…

#Guetterlaurore #NetGalleyFrance !

9/10

https://www.ville-st-girons.fr/votre-ville/histoire-et-patrimoine

L’auteure :

Éditrice et traductrice, Julie Printzac vit à Paris. Elle a publié en 2017 : La Solitude des femmes qui courent et « Guetter l’aurore » est son deuxième roman.

Extraits :

Ma mère raison, je me sens démunie depuis que je suis chez elle. Outre le désastre de ma vie personnelle, j’ai du mal à accepter qu’Esther s’en aille, qu’elle me quitte ainsi, petit à petit. Je me rends compte que j’en sais si peu surelle et sur ma famille. Pourtant, tout disparaîtra avec elle et d’immenses zones d’ombre demeureront. Alors, il sera trop tard. S’il ne l’est pas déjà.

Ce sont des Juifs étrangers, je crois. Ceux qui sont arrivés en France récemment. Les Français se plaignent qu’à cause de la guerre il y a déjà trop de restrictions, et que l’afflux de réfugiés aggrave les pénuries. Je crois qu’ils veulent tous les renvoyer chez eux, intervint Mihaïl.

Ce soir-là, dans mon lit, je ne trouve pas le sommeil. Jeanne a raison, j’ai envie d’aller à Saint-Girons, envie de trouver des réponses, pour moi, pour comprendre d’où je viens et, peut-être, pour avancer. Je veux y aller pour ma mère, même si elle ne veut rien savoir, parce que je suis certaine que pour elle aussi, cette démarche sera salutaire.

Sur le chemin du retour, Esther repensa à leur conversation. Était-ce mal de sa part de ne pas vouloir rejoindre la Résistance ? Était-ce égoïste de privilégier son amour pour Marius, ses projets d’avenir avec lui ?

Il y a des secrets de famille que l’on aimerait laisser enterrés tant ils sont douloureux. J’ai le cœur brisé pour Daniel, ce gamin empli de culpabilité et manipulé, ce gamin qui a payé si cher la découverte de l’amour.

Je crois que les émotions les plus fortes, les plus violentes, se transmettent de génération en génération, comme un héritage destructeur. Ma grand-mère crevait de peur pendant la guerre et moi je crève de trouille; ma mère aussi à sa manière, elle qui s’est réfugiée toute sa vie dans le travail et a gardé ses distances avec ceux qu’elle aimait… Voilà ce qu’une guerre est capable de faire sur plusieurs générations : détruire l’espoir et la confiance.

Lu en mai 2022

« Le premier jour du printemps » de Nancy Tucker

Je vous parle aujourd’hui d’un livre bouleversant que j’ai découvert grâce à Ceciloule Palmolico :

Résumé de l’éditeur :

« Alors donc, j’ai pensé, y avait que ça à faire, et ça suffisait pour que j’aie l’impression d’avoir tout le pouvoir du monde. Un matin, un instant, un petit garçon aux cheveux jaunes. En fait, c’était pas grand-chose. »

Peut-on pardonner l’impardonnable ?

Chrissie est une enfant solitaire qui grandit dans une banlieue anglaise sordide. Délaissée par un père absent et une mère démissionnaire qui fait tout pour ne plus avoir à s’occuper d’elle, son quotidien est violent et misérable. La seule chose qui donne à Chrissie l’impression d’être vivante, c’est son secret. Et rien que d’y penser, elle en a des papillons dans le ventre.

Le premier jour du printemps, elle a tué un petit garçon.

Quinze ans plus tard, Chrissie s’appelle Julia. Elle cache sa véritable identité et tente d’être une bonne mère pour Molly, sa fille de cinq ans, malgré ses nombreuses inquiétudes. Va-t-elle pouvoir subvenir aux besoins de sa fille ? Réussir à lui donner ce qu’elle n’a jamais reçu ? Quand, un soir, elle commence à recevoir de mystérieux appels, elle craint que son passé ne refasse surface. Et que sa plus grande peur, celle de se voir retirer Molly, ne soit sur le point de se réaliser.

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Chrissie, dont l’enfance est tout sauf joyeuse : son père constamment absent, a tel point qu’elle pense chaque fois qu’il est mort, tandis que sa mère ne s’occupe pas d’elle. Elle a une énorme carence affective car non seulement sa mère ne lui manifeste aucun intérêt, constamment au fond de son lit ou sortie, elle ne pense même pas à lui faire à manger.

Chrissie crève de faim, dans tous les sens du terme, essayant de trouver quelques miettes dans le réfrigérateur ou les placards, s’invitant parfois chez les voisins ou à l’église s’il y a un buffet, sinon il ne lui reste plus qu’à jeûner ou aller chercher quelques bonbons chez la commerçante suspicieuse qui ne l’aime pas.

Elle se conduit parfois brutalement avec les copines d’école, verbalement ou physiquement prête à tout pour exister, être vue, ne plus être ignorée. Elle vit dans un quartier pauvre, mais il y a encore plus pauvre qu’elle. Un jour, le premier jour du printemps, alors qu’elle a huit ans elle va commettre l’irréparable : étrangler Steven, le petit frère de son amie, âgé de deux ans et laisser le corps dans une maison isolée.

On la retrouve des années plus tard : elle a une nouvelle identité, est devenue Julia et a une fille Molly. On a bien compris que la justice l’avait rattrapée, après une enquête compliquée, un passage par le Foyer de Haverleigh.

Nancy Tucker décortique avec minutie, détails, la manière dont la misère affective de cette petite fille, qui ne s’est jamais sentie aimée, ce qui peut la conduire à ce geste, certes odieux, mais en retraçant la souffrance de la petite fille qui ne se rend pas forcément compte de ce que représenta la mort, et surtout son côté inéluctable : comme son père est censé être mort pendant ses absences, elle pense que Steven va « revenir ».

Enfin bref, voilà comment je savais qu’être mort, c’était pas pour toujours. Pas définitif. Les gens disaient le contraire, soit ils mentaient, soit ils étaient bêtes, parce que moi, je connaissais deux personnes qui étaient vraiment revenues de chez les morts. Le premier c’était mon papa, le deuxième, c’était Jésus.

On comprend aussi l’évolution de Chrissie devenue Julia en état mère à son tour : comment être une bonne mère quand on n’a pas été aimée par la sienne, durant l’enfance : sa mère a même cherché à la faire adopter ! mais Chrissie était trop grande, et comme chacun sait, la plupart du temps, les parents adoptifs préfèrent des bébés, donc encore un rejet !

J’ai aimé la manière dont l’auteure a structuré son récit, la petite fille qui devient mère, et se sent illégitime, redoutant toujours que les services sociaux lui enlèvent Molly, car elle n’est pas à la hauteur. Notamment lorsque cette dernière fait une chute, et sa casse le poignet et que mystérieusement le téléphone se met à sonner de manière intempestive. Elle ne peut évoquer que le pire : être accusée de maltraitance.

Nancy Tucker, qui travaille en unité psychiatrique, connaît suffisamment son sujet pour que son roman soit crédible, étoffé et durant la lecture, on ne juge jamais Chrissie, on essaie de comprendre le pourquoi du comment, en espérant qu’elle va s’en sortir : elle n’avait que huit ans, au moment des faits, elle a payé sa dette même si ce n’est jamais assez pour la famille des victimes, car la perte d’un enfant dépasse tout ce qu’on peut imaginer, il n’y a d’ailleurs pas de terme pour désigner cet état : on parle d’orphelin quand ce sont les parents qui décèdent mais curieusement il n’y a aucun mot pour un parent dont l’enfant est décédé.

L’auteure, aborde aussi la capacité de résilience de l’individu : ce n’est pas parce qu’on a commis un acte grave, qu’on n’est pas capable d’évoluer, de devenir quelqu’un de respectable. L’enfermement dans un Foyer ne conduit pas forcément à un comportement encore plus violent, la prison n’est pas forcément l’école du crime. L’auteure nous livre cette phrase ô combien significative sur le Foyer avec majuscule ou minuscule :

« Haverleigh était certes un « Foyer », mais du genre qui prend une majuscule et que borde une haute clôture – un endroit réservé aux enfants trop méchants pour qu’on les laisse dans leur « foyer » avec une minuscule… »

Ce roman, le premier de l’auteure, est bien écrit, les phrases sont percutantes, incisives (comme les actes des protagonistes), précises et il va rester longtemps dans ma mémoire car c’est un uppercut et c’est assez difficile de traduire en mots, toutes les émotions qui m’ont envahie. Vous l’aurez certainement compris, je pourrais en parler pendant des heures. J’espère vous avoir donné envie de le lire malgré la dureté du vécu de cette petite fille car ce livre est particulièrement réussi.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et la plume de son auteure qu’on retrouvera bientôt j’espère.

#LePremierJourduprintemps #NetGalleyFrance

9/10

Autres avis : https://pamolico.wordpress.com/2022/03/16/le-premier-jour-du-printemps-nancy-tucker/

L’auteure :

Diplômée de l’université d’Oxford en psychologie expérimentale, Nancy Tucker travaille au sein d’une unité de soins psychiatriques au Royaume-Uni. Le Premier Jour du printemps est son premier roman. À la sortie de l’école, elle écrit son premier livre, The time in between (Icon, 2015) qui explore son expérience des troubles alimentaires et du rétablissement. Son deuxième livre, C’était quand les gens commençaient à s’inquiéter (Icon, 2018), traitait plus largement de la maladie mentale chez les jeunes femmes. 

Extraits :

Quand la gardienne est revenue pour nous ouvrir le portail, nous avions été rejointes par une armée de mères et de gamins, ce qui m’a rappelé pourquoi j’avais mis en place le plan anti-mères. Elles se regroupaient les unes contre les autres, parlaient à toute vitesse, éclataient de rires qui me vrillaient les oreilles. J’éprouvais toujours la même sensation en me retrouvant au milieu d’elles : celle d’être déguisée, et d’appartenir en réalité à une autre espèce…

Maintenant, les maisons des pauvres, on les détruisait l’une après l’autre, et les familles, elles avaient plus d’endroit pour vivre. Après qu’elles seraient toutes démolies, on allait construire de grands immeubles tout neufs, qui ressembleraient à des boîtes empilées les unes sur les autres, mais les familles pauvres, elles pourraient pas vivre dedans parce que ça coûterait trop cher.

Il y avait des années qu’ils voulaient me prendre Molly, mais ils n’avaient jamais trouvé de motif valable, sauf qu’à présent, ils en tenaient un. Un gros, bien anguleux et couvert de dessins au feutre.

Maman, elle en avait toujours autant marre de moi, mais elle a pas réessayé de me donner à adopter. En général, elle était pas là quand je rentrais de l’école ou après avoir joué dehors, ou alors elle était dans la chambre, avec la porte et la lumière fermées. On allait toujours à la messe tous les dimanches. Maman aimait bien Dieu, même si moi, elle ne m’aimait pas.

La naissance de Molly n’avait pas mis fin à ce besoin que j’éprouvais ; au contraire, j’avais encore plus besoin de ma mère. Pendant neuf mois, Molly avait été mon second cœur, mais quand la sage-femme me l’a arrachée, je n’ai pas songé à mon corps, soudain privé de son pendule. J’ai pensé : « il y a vingt ans j’étais Molly. Il y a vingt ans, maman, c’était moi » et je me suis sentie plus proche d’elle que jamais, même à l’époque où nous vivions dans la maison et respirions le même air.

Mon ventre se crispait en pensant à cette cage aux barrières si hautes, dans laquelle je me déplaçais sans baisser la tête, où je me tenais droite sans avoir à me faire toute petite, parce que la liberté, ce n’était pas la même chose que la sensation d’être libre.

J’aurais voulu lui dire combien la faim m’avait façonnée, fabriquée, parce qu’elle était immense et que j’étais si petite, qu’elle était toujours là, comme une présence constante, qui toujours me rongeait. Il aurait été extrême de conclure que j’avais tué parce que j’étais affamée, seulement cette faim était une forme de folie. Elle était la cause de tant de choses que j’avais faites à l’époque.

Parfois, je me demande si je l’ai jamais  réellement vue telle qu’elle est vraiment, parce que ce n’est pas son visage que je vois en regardant Molly. Je vois un visage auquel on a ôté la vie. Mais, il y a des moments où j’oublie, lorsqu’elle éclate de rire par exemple, alors je me surprends à prendre du plaisir, et puis je me rappelle que je ne peux pas. Parce que j’ai enlevé ça à d’autres gens, et ils n’ont pas pu profiter de leur enfant quand il riait, quand il souriait, tandis qu’il grandissait. Plus jamais.

Pendant des années, je m’étais accrochée à maman, parce que votre maman, c’est la personne qui est censée vous réconforter quand vous vous sentez vie, seulement la mienne n’avait jamais fait ça pour moi. Elle m’avait donné des miettes de chaleur, et maintenant que je l’avais revue je comprenais qu’elle n’était pas capable de faire plus – sauf que ça n’était pas suffisant. Jamais elle ne pourrait me donner assez.

Lu en avril 2022

« La mer Noire dans les Grands Lacs » d’Annie Lulu

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai découvert via une opération Masse critique spéciale organisée par Babelio :

Quatrième de couverture :

La Mer Noire, c’est cette Roumanie où elle est née, ce « coin pourri d’Europe » gangréné par le racisme et la honte. Les Grands Lacs, c’est ce Congo supplicié, le pays de ce père qu’elle n’a jamais connu. Parce qu’elle ne se sent nulle part à sa place, Nili se met en quête de ses racines. A son enfant à naitre, la jeune métisse raconte son voyage – ce long voyage d’une barbarie à l’autre, d’une tyrannie à l’autre – où elle retrace le fil des origines entre guerre et paix, exil intérieur et renaissance à soi-même…

Ce que j’en pense :

Nili est née en Roumanie, à Iasi, d’une mère roumaine, Elena et d’un père congolais, Exaucé Mabasi Motembé, venu y faire ses études : nous sommes sous l’ère Ceaucescu, le conducator, autoproclamé Génie des Carpates, qui voulaient enseigner le communisme à des étudiants africains pour qu’ils puissent l’instaurer en Afrique, après la fin du colonialisme.

Nili est le fruit de leurs brèves amours, elle est reconnue par son père qui veut construire une vraie famille, alors qu’Elena ne l’entend pas de cette oreille. Elle rejette le bébé, essaie même de s’en débarrasser, « la jeter aux ordures », d’autant plus que les « grandes oreilles » du gouvernement tracent tout le monde (pas besoin de smartphone à l’époque !), les employées de l’État, la harcelant chaque jour, durant la grossesse pour qu’elle avorte.

J’aurais dû te noyer quand tu es née, j’aurais dû t’écraser avec une brique. Cette phrase entendue enfant me revient sans cesse en tête. C’est ainsi qu’a commencé cette histoire de parias, parce que, d’une façon ou d’une autre, elles nous ont détruites, nos mères. Elles nous ont donné tout ce qui les consume, la haine qu’elles nourrissent pour leur propre désir, elles nous ont refourgué le paquet en nous disant : Démerde-toi.

Elena finit par accepter Nili, mais refusera toujours de lui parler de son père, renvoyant toutes les lettres qu’Exaucé lui a écrites (à elle-même et à Nili) et chaque fois que cette dernière osera demander où est son père, elle recevra une correction, donc elle finira par ne plus rien demander, vivant son statut de métis, sa couleur de peau comme une tare dans ce pays dont le passé est hanté par les pogroms.

Des phrases impossibles à oublier qu’il faudrait qu’on raconte, pour qu’un jour les gens sachent, ce que c’est qu’être le rare enfant d’un Noir dans une province du monde où la lune est encore pleine de pogroms.

Ce roman évoque la difficulté d’être métisse mais aussi, celle de vivre sans père, finissant pas croire qu’il est un salaud, tant sa mère diffuse son venin. Difficulté de se construire, sans image paternelle avec une mère qui lui répond de chercher la solution à ses interrogations dans la lecture, (point de salut sans études supérieures et sans avoir rédigé une thèse !)

À défaut de se perdre, Nili va partir à la recherche de ses racines, tenter de retrouver son père, sa famille, le Congo, ce qui n’est pas simple quand on ne dispose que d’un nom et d’un pays, chercher une aiguille dans une meule de foin.

On découvre avec elle l’histoire de ce pays : l’époque du Congo belge, puis la naissance du Zaïre qui deviendra Congo Kinshasa, puis la RDC, ainsi que tous ces hommes et femmes qui se sont battus pour vivre en démocratie, mais coups d’état, présidents à vie, arrestations et tortures à la moindre velléité de révolte, et en même temps on revisite aussi la Roumanie sous Ceausescu… Les dictatures ont de beaux jours devant elles.

Annie Lulu a choisi une forme de récit originale : elle s’adresse à son futur bébé, pour lui raconter l’histoire familiale. Elle évoque des noms célèbres, notamment Patrice Lumumba, Thomas Sankara, Samora Machel, Blaise Compaoré mais bien d’autres encore, les révoltes dans des pays voisins, revenant sur la guerre d’Angola contre le Portugal, le Mozambique, l’Éthiopie, le génocide du Rwanda…

L’écriture est belle, pleine de poésie et d’érotisme, émaillée de mots dont les consonances chantantes font rêver et on s’attache à Nili qui va se trouver entraînée dans la grande Histoire. Annie Lulu nous propose un glossaire, avec la signification des mots, mais aussi des détails sur la vie des hommes et des femmes (Kimpa Vita) qui ont fait l’Afrique.

Ce livre, le premier de l’auteure, contient tous les thèmes qui m’intéressent : famille, relation mère-fille toxique, quête de l’identité, exil et bien sûr, l’Histoire, il  a tenu ses promesses et j’espère qu’on pourra retrouver bientôt l’auteure.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Pocket qui m’ont permis de découvrir ce roman qui a reçu le Prix Senghor, le Prix de la littérature de l’exil et a été finaliste du Prix du livre Orange et la belle plume de son auteure.

9/10

L’auteure :

Annie Lulu est née à Iasi, en Roumanie, d’un père congolais et d’une mère roumaine. Arrivée très jeune en France, elle étudie la philosophie, puis se consacre pleinement à l’écriture. « La Mer Noire dans les Grands Lacs » est son premier roman, publié en 2021.

Extraits :

Alors moi, je te parle entre les côtes, depuis ce bord de lac calme, depuis l’odeur qui s’y est accrochée et toi, mon fils, écoute bien tout ce que je vais te dire, je ne pourrai pas répéter, ce sera dur de dire deux fois cette histoire jusqu’au glissement lent de ton père dans le plein de la nuit.

Les absents, tu vois, mon chéri, on n’y peut pas grand-chose. Tu l’apprendras plus tard, ce n’est pas souvent qu’ils choisissent de partir. Il ne faut pas en avoir après eux. Quand j’ai fini par réaliser combien disparaître n’est pas toujours un choix, en venant ici au Congo, c’était trop tard : la haine avait déjà fait son œuvre dans mes entrailles.

Et surtout, ce qu’Elena n’a jamais compris, c’est que le corps, on ne peut pas le laver de ce qui l’a taché de façon indélébile, c’est-à-dire, la tristesse et la peur. Ma mère, elle avait beau me frotter, m’éponger et me frotter encore, ça ne servait à rien, derrière sa dureté, elle avait toujours peur elle était toujours triste. Elle était triste d’être une femme et elle avait peur que j’en sois une aussi.

Mon fils, tu sais, jamais des livres n’ont pu remplacer un père pour qui que ce soit. J’ai vraiment essayé qu’ils le fassent et qu’ils substituent la moelle grise de leurs pages à la poitrine d’un homme. Pourtant, je le sais bien, j’ai vécu dans la folie d’Elena, une folle que personne n’enfermera jamais.

En traversant le monde pour rencontrer mon père, le blues des Carpates s’est métamorphosé en spleen Kongo. A force d’essayer et d’essayer encore, je ne crois pas que j’y sois vraiment arrivée, à être une Africaine. Une vraie Congolaise. Je te l’ai dit, je ne crois pas qu’on puisse se connaître dans les livres, en tout cas pas quand on vient, même de façon lointaine, de la terre des léopards, comme mon père.

En réalité, je ne suis pas partie de mon propre chef. C’est ce monde pourri là-bas, qui m’a déguerpie, sans aucun ménagement, vers la voix de ma grand-mère, vers la tombe de mon père.

Impossible de fermer l’œil dans cette odeur, avec toutes ces images, dans cette pièce mystérieuse, ma première nuit à Kinshasa. Je commençais à comprendre qui était Exaucé Makasi Motembé, à deviner sa stature, découvrir l’ampleur de sa force. Mais moi, as fille, jamais je ne m’étais engagée, dans une association, un parti, un groupe, en Roumanie rien n’existait d’intéressant, enfin, c’est ce que je me disais.

Ceux qui nous précèdent, ils attendent de nous que nous continuions quelque chose d’eux pour pouvoir revenir. Toi aussi, mon fils, quand tu auras des enfants, tu les verras comme une articulation d’étoiles au segment de ta vie, tu attendras d’eux qu’ils miroitent qui tu as été.

Lu en avril 2022

« Froid comme l’enfer » de Lilja Sigurdadottir

Je suis bientôt à jour dans mes chroniques, il ne m’en reste qu’une à rédiger, qui ne va pas être simple, alors je vous propose encore un petit détour par l’Islande aujourd’hui avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Avoir une sœur c’est la meilleure et la pire des choses, on se trouve coincée dans des rôles depuis l’enfance. Aurora n’a aucune envie de quitter l’Angleterre pour aller en Islande s’occuper de la disparition d’Ísafold, mais difficile de résister à une mère qui ne veut pas comprendre qu’une enquêtrice financière n’est pas un détective privé. Ce qu’elle sait bien faire, elle, c’est démasquer les fraudeurs et les faire payer en se servant au passage. Et comme l’Islande a une réputation établie pour ce genre de problème, elle va y aller. Et tester ses compétences ainsi que sa séduction. 

Mais Ísafold est introuvable. Il semble que son mari la battait, ce qu’elle niait farouchement. Au fil des témoignages qu’Aurora recueille dans ce pays baigné dans la lumière magique d’un soleil de minuit éblouissant, des personnages inquiétants émergent. Au cours de son enquête elle met au jour des détails subtils sur les façons de vivre et de se parler, et par ce travail de dentellière elle nous fait entrer dans un monde plus complexe qu’il n’en a l’air.

Un livre sombre et imprévisible.

Ce que j’en pense :

Le roman s’ouvre sur la scène de crime : un homme vient de déposer le cadavre d’une femme, enfermé dans une valise, après lui avoir ôté sa bague, et enfoui quelque part dans la lave. Qui ? A nous de spéculer !

Ísafold n’a pas de donner de nouvelles depuis environ quinze jours. En Angleterre, sa mère commence à s’inquiéter et charge son autre fille, Aurora, de se rendre en Islande pour tenter de découvrir ce qui se passe. Cette dernière s’y rend à contre-cœur car Ísafold est victime de violences conjugales, mais chaque fois qu’Aurora a tenté de l’aider, de lui trouver un lieu refuge, elle retourne toujours chez son époux qui jure de ne plus recommencer.

Tout le monde est au courant dans leur immeuble car Ísafold a l’habitude de se réfugier chez les voisins après chaque accès de violence de son époux. Le couple vit en marge de la société, petits boulots, trafics en tous genre.

Lors de leur dernière entrevue, Ísafold a sommé sa sœur de s’occuper de ce qui la regardait et une brouille s’en est suivie, d’où le peu d’enthousiasme d’Aurora qui a une vie stable en Angleterre, où elle est enquêtrice financière, traquant les magouilles, l’argent détourné puis caché dans des paradis fiscaux… Elle va être aidée dans son enquête sur la disparition d’Ísafold (qu’elle estime être une énième tentative pour attirer l’attention sur elle) par un oncle par alliance, policier de son état et qui n’est pas insensible à son charme.

L’enquête est intéressante, malgré sa lenteur (si typique aux polars islandais, ce qui fait leur charme), l’auteure prenant un malin plaisir à nous orienter sur des fausses pistes, sur fond de migrants en situation illégale, ou de voisin amoureux transis. L’auteure évoque aussi, au passage, les mariages mixtes : le père d’Aurora est Islandais, sa mère Anglaise, et cette dernière est retournée vivre en Angleterre. Les deux filles ont également fait un choix, seule Ísafold a choisi de rester à Reykjavik.

Le dénouement m’a beaucoup plu, même si je l’avais quelque peu anticipé. Le dépaysement est toujours garanti, avec ces polars nordiques, champs de lave, soleil qui ne se couche jamais (ou l’inverse selon la saison), les noms aussi mystérieux qu’imprononçables…

C’est le premier roman de Lilja Sigurdardottir que je lis, alors qu’il s’agit de son cinquième opus, sa trilogie Reykjavík Noir connaissant un certain succès et je dois reconnaître que c’est une agréable surprise.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

J’ai encore quelques polars en réserve, mais l’enthousiasme est en train de baisser, je reviens, peu à peu, à mes centres d’intérêt habituels, c’est comme le chocolat, il ne faut pas en abuser…

#Froidcommelenfer #NetGalleyFrance !

7/10

L’auteure :

Lilja SIGURDARDÓTTIR est née en 1972, elle est auteur de théâtre et de romans noirs, et participe à l’organisation du Festival Iceland Noir de Reykjavík. Elle vit entre l’Islande et Glasgow. Sa trilogie Reykjavík Noir est traduite en huit langues et a rejoint la liste des best-sellers dans de nombreux pays. Elle est aussi choriste du groupe de rock Fun Lovin’ Crime Writers.

Extraits :

Cet instant constituait un véritable tournant dans son existence. Accablé de chagrin, il était mû par une détermination nouvelle, aussi vive et acérée qu’une lame d’acier. Désormais, tout serait différent. Il n’était plus le même homme. Désormais, il était capable de tuer.

Ils marchaient dans une direction bien déterminée, contrairement aux touristes, et beaucoup plus vite, dans une attitude indiquant qu’ils étaient en retard pour leur travail. C’était tellement islandais, de toujours vivre dans la précipitation, de toujours tout faire à la dernière minute.

Voilà une des choses qui lui avaient manqué de l’Islande, enfant, après que sa famille s’était installée en Angleterre. Ces matins d’été porteurs d’une promesse. Le soleil déjà haut et le vent marin encore à peine perceptible permettant aux petites maisons recouvertes de tôle ondulée bigarrée d’absorber la chaleur des rayons lumineux.

Il était souvent envahi de ce même sentiment en démarrant une enquête, et en général cette petite lueur qui clignotait dans sa tête, ce petit caillou dans sa chaussure, ce petit sifflement ô combien agaçant se révélaient fondés. Une sorte d’intuition qu’il avait sans doute toujours possédée mais à laquelle il avait appris à se fier avec l’âge et qui n’annonçait jamais rien de bon.

Lu en avril 2022