Publié dans Littérature française, Non classé

« Les victorieuses » de Laetitia Colombani

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, même pas doudou, lu entre deux romans qui m’ont plu bien davantage, comme une pause en somme… et c’était le seul roman récent disponible à la bibliothèque…

 

les victorieuses de Laetitia Colombani

 

 

Quatrième de couverture

 

A 40 ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate : ses rêves, ses amis, ses amours. Un jour, elle craque, s’effondre. C’est la dépression, le burn-out. Tandis qu’elle cherche à remonter la pente, son psychiatre l’oriente vers le bénévolat : sortez de vous-même, tournez-vous vers les autres, lui dit-il. Peu convaincue, Solène répond pourtant à une petite annonce :  » association cherche volontaire pour mission d’écrivain public «.

Elle déchante lorsqu’elle est envoyée dans un foyer pour femmes en difficultés… Dans le hall de l’immense Palais de la Femme où elle pose son ordinateur, elle se sent perdue. Loin de l’accueillir à bras ouverts, les résidentes se montrent distantes, insaisissables. A la faveur d’un cours de Zumba, d’une lettre à la Reine d’Angleterre ou d’une tasse de thé à la menthe, Solène va découvrir des femmes aux parcours singuliers, issues de toutes les traditions, venant du monde entier.

Auprès de Binta, Sumeya, Cynthia, Iris, Salma, Viviane, La Renée et les autres, elle va se révéler étonnamment vivante, et comprendre le sens de sa vocation : l’écriture.

Près d’un siècle plus tôt, Blanche Peyron a un combat. Capitaine de l’Armée de Salut, elle rêve d’offrir un toit à toutes les femmes exclues de la société. Sa bataille porte un nom : le Palais de la Femme. Le Palais de la Femme existe.

Laetitia Colombani nous invite à y entrer pour découvrir ses habitantes, leurs drames et leur misère, mais aussi leurs passions, leur puissance de vie, leur générosité.

 

 

Ce que j’en pense:

 

Solène, avocate de son métier, contre toute attente, vient de perdre un procès, et son client opte pour une solution radicale… Tout tangue autour d’elle : quarante ans, elle n’a vécu que pour son travail, son « compagnon » si l’on peut dire car chacun vivait chez soi, uniquement centré sur leur job, l’a laissé tomber…

Conclusion : burn-out, elle finit par tout envoyer promener pour faire du bénévolat sur les conseils de son psychiatre et devenir « écrivain public » dans un foyer d’accueil pour femmes « le palais de la femme ».

Visiblement, elle n’a bien compris la différence entre écrivain public et écrivain tout court. Elle finit par se rapprocher de ces femmes en situation précaire, venant de pays ou continents différents, en les accompagnant au cours de zumba.

L’auteur retrace, en parallèle, l’histoire du Palais de la femme, et donc celle de Blanche et Albin Peyron, un siècle plus tôt, couple extraordinaire qui se sont engagés pour la vie, chacun relevant l’autre, en cas de défaillance, vaillants soldats de l’Armée du salut.

J’ai beaucoup d’admiration, pour Blanche, qui arpente la ville la nuit pour servir une soupe chaude, qui se bat à chaque instant contre l’injustice sociale, va haranguer les foules pour récolter de l’argent.

Comme pour le précédent roman de Laetitia Colombani, j’ai trouvé que les deux histoires étaient trop inégales, Solène n’ayant pas l’aura de Blanche : une petite heure de bénévolat par semaine à côté d’une vie à parcourir les rues pour aider les autres. Sacerdoce pour l’une, bénévolat pour l’autre, trop nombriliste pour être crédible.

Déception donc, mais j’ai fermé ce roman en essayant d’en savoir plus sur ce couple admirable, et ô combien discret…

Et en plus, la quatrième de couverture n’a rien arrangé, avec seulement quelques phrases consacrées à Blanche, Albin n’étant même pas cité, les trois-quarts étant consacrés à Solène, avec, en prime une couverture rose fuchsia sur laquelle trône une femme  BCBG, entourée de profils (ébauchés bien-sûr) de toutes les couleurs, forcément pour signifier que les autres femmes sont la pour glorifier la madone, en restant bien dans l’ombre.  GRRRRR

Paradoxalement je n’ai gardé qu’une citation consacrée à leur combat, comme si je voulais respecter leur désir de rester, le plus possible, anonymes. Les temps ont changé… et en plus, au départ je ne voulais pas le lire. Merci Blanche, (devenue officier à l’Armée du Salut) de m’avoir suffisamment captivée pour que je le termine.

 

Le palais de la femme

 

http://www.devenirofficier.org/images/bibliotheque/Une%20Victorieuse%20Blanche%20Peyron.pdf

 

 

 

Extraits

 

Elle est en panne, telle une voiture sans carburant au bord de la chaussée. En panne l’année de ses quarante ans.

 

« Tu as tout pour toi » disent-ils (les parents) « une place dans un cabinet réputé, un bel appartement » … Et après ? songe Solène amèrement. Sa vie ressemble à une maison témoin que l’on fait visiter. La photo est jolie, mais il manque l’essentiel. Elle n’est pas habitée…

 

… Ah cette manie de ne rien jeter, comme si l’on conservait par le truchement de souvenirs futiles un peu de sa jeunesse envolée…

 

C’est ainsi, dit-elle, dans rue les femmes doivent se cacher pour survivre. Un cercle infernal et vicieux : en devenant invisible elles s’effacent, disparaissent de la société. Elles sont des Intouchables, des fantômes errant à la périphérie de l’humanité.

 

C’est Albin, le partenaire fidèle et dévoué, le complice de toujours, le compagnon d’armes et de cordée qui trouve les mots pour la relever. Ils se l’étaient promis, ce jour-là, sur le grand-bi :si l’un tombe, l’autre le rattrapera. Ainsi font les soldats. A deux, on est plus fort. Seuls on ne va jamais loin. Blanche se souvient de ce qu’il avait dit…

 

Les mots sont des papillons, fragiles, volatiles. Il faut le bon filet pour les attraper.

 

Lu en novembre 2019

Publié dans Lectures anciennes

« Elle s’appelait Sarah » de Tatiana de Rosnay

Retour sur une lecture ancienne avec:

 

Elle s'appelait Sarah de Tatiana de Rosnay

 

Résumé de l’histoire:

 

            L’histoire commence le 16 juillet 1942, dans un appartement parisien où habite une petite fille, Sarah avec ses parents et son petit frère Michel. Les policiers frappent à la porte violemment alors que son père est caché quelque part dans une cave car la rumeur court qu’il va peut-être y avoir des arrestations dans les familles juives.

            Prise de panique, elle cache son petit frère dans un placard dérobé, invisible pour qui ne le connaît pas en lui promettant de revenir le chercher plus tard.

            Bien sûr c’est le début d’un épisode sombre de la guerre : la rafle du Vel d’Hiv, tristement célèbre où vont être déportés des milliers de Juifs dont 400o enfants.

            Julia Jarmond est une Américaine, vivant à Paris depuis ses études, mariée à un Français issu d’un milieu bourgeois, architecte, très imbu de lui-même avec lequel elle a eu une petite fille prénommée Zoé âgée d’une dizaine d’années. Elle travaille pour un journal américain destiné aux américains vivant en France et son patron lui demande d’écrire un article sur la rafle du Vel d’Hiv dont cela ca être le 60ème anniversaire.

            Son mari l’emmène dans l’appartement de sa grand-mère entrée depuis peu en maison de retraite car il a le projet de le refaire pour aller l’habiter. Cette idée de plaît pas trop à Julia.

            Les deux histoires se déroulent en parallèle. Julia ne connaît pas ce qui s’est passé en juillet 1942 et elle va chercher sur Internet tout les documents qu’elle peut trouver, rencontrer des gens qui s’intéresse au sort des Juifs et aux camps de concentration, d’autres dont la famille a été déportés et a péri dans les chambres à gaz. Elle découvre avec surprise que c’est la police française qui a organisé, planifié avec minutie la rafle. Elle découvre l’horreur.

            Tandis que l’enquête de Julia avance, l’histoire de Sarah continue. La petite fille explique ce qu’elle voit, ce qu’elle comprend dans les événements qui s’enchaînent : le départ des cars vers le Vel d’Hiv, l’entassement sans manger sans boire, sans sanitaires, les suicides, les pleurs, la peur. Puis le parcours à pied pour se rendre à la gare pour les emmener à Drancy, la séparation les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre, puis une deuxième séparation, on arrache les enfants à leur mère. Sarah pense sans cesse à son petit frère à qui elle a promis de revenir le chercher, elle l’a trahi comment va-t-il s’en sortir…..

            Dans la famille de Julia, il y a d’autres souffrances, enfin d’une autre sorte, elle a fait de multiples fausses couches, au fur et à mesure que ses recherches avancent, elle sent qu’il y a un secret dans la famille de son mari.

            On va découvrir peu à peu qu’il existe un lien entre la famille de Sarah et celle du mari de Julia, Bertrand. Mais le poids du secret est là. Le  couple de Julia bat de l’aile. Et elle s’aperçoit qu’elle est enceinte et je vous laisse découvrir la suite.

 

Ce que j’en pense :

 

          Ce roman repose sur deux histoires qui se déroulent en parallèle, un chapitre consacré à l’histoire de Sarah, le suivant consacré à celle de Julia comme un concerto à deux instruments type le concerto pour violon et harpe de Mozart, à 60 ans d’écart. Celle de Sarah est poignante, elle nous plonge dans l’horreur, on a beau savoir ce qui s’est passé, cela reste en quelque sorte abstrait pour nous qui n’avons pas vécu à cette époque.

          Ici, la petite fille nous raconte les choses avec ses mots à elle, percutants, dans l’émotion au départ et après avec de plus en plus de froideur car c’est la seule façon pour elle de s’en sortir.

          En quelques jours, la petite fille de 10 ans est devenue une adulte. Elle résiste car elle a promis à son frère de revenir le chercher.

          Julia est l’américaine type, elle laisse sortir ses émotions au fur et à mesure de ce qu’elle découvre. Parfois, elle est énervante car elle semble donner des leçons, elle nous pousse à nous sentir coupable de n’avoir rien fait, de n’avoir pas voulu savoir et c’est pour cela qu’elle est attachante. (C’est vrai, j’avoue je ne connaissais pas les camps du Loiret notamment Beaune-la-Rolande.)

          Elle est extravertie alors que nous traînons cette vieille culpabilité due à notre éducation judéo-chrétienne avec le cortège des secrets de famille, des émotions tues car on ne doit pas se donner en spectacle et ça nous dérange. Et surtout elle pose la question qui hante (et que Jean-Jacques Goldman à si bien exprimé dans sa chanson « si j’étais né en 17 à … aurais-je été meilleur ou pire que ces gens…» » , de quel côté aurait-on été : résistants ou collabo ? « on ne saura jamais vraiment ce qu’il y a dans nos ventres… »

          J’aime ce personnage, car je la comprends et j’aime son combat pour la justice, la reconnaissance de ces crimes sur lesquels Jacques Chirac s’exprimera, ce sera la première fois qu’un Président de la République française osera reconnaître que la France a eu des responsabilités en 1942.

          Elle mène en parallèle un autre combat : alors qu’elle est plongée dans la mort des enfants juifs, elle se retrouve enfin enceinte et son mari lui demande froidement d’avorter car il ne veut pas de bébé, il veut vivre en bon égoïste qu’il est.

          Tous les personnages du roman sont intéressants, la grand-mère Mamé haute en couleur et en énergie, le père de Bertrand dont la personnalité se modifie à mesure que Julia découvre des choses du passé et une complicité s’installe entre eux d’ailleurs, Zoé qui soutient sa mère dans ses recherches avec de plus en plus d’enthousiasme.

 

Et aujourd’hui:

 

J’ai beaucoup aimé ce livre. Ce sujet me tient particulièrement à cœur. J’avais été séduite par le film où Kristin Scott-Thomas est éblouissante et c’est le film qui m’avait poussée à lire le roman.

Je suis plus nuancée qu’à l’époque, car Tatiana de Rosnay joue avec nos émotions, l’héroïne se posant parfois en donneuse de leçon, mais c’est important de le lire, et de le faire lire aux ados…

L’émotion est donc toujours là , ce livre est très présent dans ma mémoire, surtout avec les populismes qui montent inexorablement, le négationnisme qui surfe allègrement sur la vague…

 

 

Extraits :

 

         « C’est dans mon adolescence que j’ai senti les premiers appels de la France, une fascination insidieuse qui grandissait à mesure que le temps passait. pourquoi la France ? Pourquoi Paris ? La langue française m’avait toujours attirée. Je la trouvais plus douce, plus sensuelle que l’allemand, l’espagnol ou l’italien..

 

            Quand j’ai découvert Paris pour la 1ère fois, ce sont ses contrastes qui m’ont ensorcelée. Les quartiers rudes et populaires me parlaient autant que les quartiers haussmanniens. Je voulais tout savoir de ses paradoxes, de ses secrets, de ses surprises. J’ai mis vingt ans à me fondre dans cet univers, mais j’y suis parvenue. »

 

            « Dans la vie douce et protégée d’avant, qui semblait à présent si lointaine, la fillette aurait cru sa mère. Elle croyait tout ce que disait sa mère. Mais dans ce monde nouveau et cruel, la fillette semblait plus grande, plus mûre. Elle avait la sensation d’être plus âgée que sa mère. Elle était sûre que les autres femmes disaient la vérité. Elle savait que les rumeurs étaient fondées. Elle ignorait en revanche, comment expliquer cela à sa mère. Sa mère, qui était devenue une enfant. »

 

            « Des enfants avaient déjà quitté le camp, escortés par les policiers. Elle les avait suivis du regard, frêles créatures en haillons au crâne lisse. Où les emmenait-on ? Etait-ce loin ? Allaient-ils rejoindre les mères et les mères ? Elle en doutait. Rachel aussi en doutait. Si tout le monde devait aller au même endroit, pourquoi la police avait-elle séparés les parents des enfants ? Pourquoi tant de souffrance, tant de douleur ? C’est parce qu’ils nous haïssent lui avait dit Rachel de sa drôle de voix éraillée. Ils détestent les Juifs. Pourquoi cette haine ? elle n’avait jamais haï personne dans sa vie, à l’exception d’un institutrice »

           

 

Lu en août 2013

Publié dans Nostalgie

Il a neigé sur Yesterday…

Une pensée émue pour la fille au yeux d’or qui vient de nous quitter…

 

 

Il a neigé sur Yesterday
Le soir où ils se sont quittés
Le brouillard sur la mer s’est endormi
Et Yellow Submarine fût englouti

Et Jude habite seule, un cottage à Chelsea
John et Paul je crois sont les seuls
À qui elle ait écrit
Le vieux sergent Peppers a perdu ses médailles
Au dernier refrain d’Hello Good Bye
Hello Good Bye

Il a neigé sur Yesterday
Le soir où ils nous ont quitté
Penny Lane aujourd’hui a deux enfants
Mais il pleut sur l’île de Wight au printemps
Eleonor Rigby, vos quatre musiciens
Viennent séparément vous voir
Quand ils passent a Dublin
Vous parler de Michèle
La belle des années tendres
De ces mots qui vont si bien ensemble
Si bien ensemble

Il a neigé sur Yesterday
Le soir où ils se sont quittés
Penny Lane c’est déjà loin maintenant
Mais jamais elle n’aura de cheveux blancs

Il a neigé sur Yesterday
Cette année-là, même en été
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé
Mais ce n’était pas de froid

Il a neigé sur Yesterday
Cette année-là, même en été
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé
Mais ce n’était pas de froid

Il a neigé sur Yesterday
Cette année-là, même en été
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé

 

 

 

Publié dans Lectures anciennes

« No et moi » de Delphine de Vigan

Retour aux anciennes lectures avec:

No et moi de Delphine de Vigan

 

Je le rapatrie aujourd’hui car sur Canalblog j’ai encore trouvé des spams en russe, anglais, chinois …

Cela fait quand même du boulot pour tout recueillir, je ne voudrais pas oublier toutes ces analyses de mes lectures d’alors.

 

Mon résumé de l’histoire:

 

C’est l’histoire de Lou Bertignac, âgée de 14 ans. Intellectuellement précoce, elle est en classe de seconde avec des adolescents plus âgés qu’elle et notamment Lucas qui s’est mis en échec scolaire car personne ne s’intéresse à lui. Lou est différente des autres de la classe, elle ne pense pas de la même façon, se livre à des expériences bizarroïdes dans sa chambre, essaie de tout maîtriser par le mental. Elle est loin des préoccupations des filles de sa classe.

Un jour, un professeur demande de faire un exposé et Lou brillante à l’écrit peine à s’exprimer oralement et devant les sourires plutôt moqueurs des autres, elle se lance encouragé du regard par Lucas dont elle est sous le charme, elle fera son exposé sur les SDF car elle en croise une le matin en venant en cours.

Le professeur est surpris par ce choix difficile et promet de l’aider.

Paralysée par le trac elle va à la rencontre de No (Nolween en fait) et lui dit qu’elle veut l’interviewer pour son exposé et pour cela mieux la connaître autour d’un café, c’est tout ce qu’elle peut lui offrir avec son argent de poche.

Peu à peu elle entre dans la vie de No, qui dort dans la rue la nuit, fait la manche dans l’indifférence générale, elle est sale, mal habillée mange quand elle peut… entre elles, un lien fort se noue, No arrive à faire confiance à Lou car elle est différente et accepte de la suivre un jour chez ses parents.

Après être passées chez Lucas, pour se laver et se montrer sous un jour plus propre dans la famille de Lou qui en fait ne raconte qu’une partie de la tragédie de No, sinon ils auraient dit non, elle va entamer une autre vie. Au début elle dort des jours entiers car elle dormait d’un œil jusqu’ici, participe aux travaux de la maison..

La mère de Lou est dépressive depuis qu’elle a perdu son deuxième enfant (mort subite du nourrisson) et depuis elle est en mode survie, les rôles sont inversés, c’est Lou qui la protège, qui joue la maman alors que le père fait ce qu’il peut comme il dit. La mère de Lou se réveille au contact de la détresse de No, enfin elle s’intéresse à quelqu’un (et ce n’est pas Lou) donc sort de la torpeur où la plongent ses médicaments. No finit par trouver un travail, très dur et peu à peu commence à boire. Et d’autres problèmes vont commencer….

 

Ce que j’en pensais alors :

 

         Delphine de Vigan nous raconte l’histoire de 3 solitudes : celle de Lou enfermée dans son « surdouement » qui intellectualise tout, raisonne sans cesse mais est incapable de nouer ses lacets et qui pense pouvoir sauver No parce que rien ne doit être impossible. Elle est seule dans sa famille, face à la dépression, aux silences, au manque d’intérêt de sa mère qu’elle défend pourtant quand la famille ne supporte pas qu’elle ne fasse pas d’effort. Elle est enfermée dans un monde sans émotion, les adultes et les autres lycéens ne comprennent pas son mode de pensée.

            Puis la solitude de No, que sa mère a abandonnée quand elle était enfant car issue d’un viol collectif et qui a eu une vie à peu près normale tant que sa grand-mère a été là. Sa mère qu’elle cherche à retrouver mais qui la repousse toujours comme si elle voulait l’effacer de sa vie. Elle doit essayer de survivre quand les autres vivent, avec la cigarette dans une main la bière dans l’autre, dans le dénuement le plus absolu et l’indifférence générale.

            Il y a aussi une troisième solitude, celle de Lucas, jeune homme rebelle de 17 ans qui passe son temps à se faire renvoyer d’un lycée à un autre, qui se fait expulser des cours car il est dans la provocation. Il vit tout seul dans l’appartement d’un de ses parents. Son père est parti à l’étranger et vit sa vie, sa mère habite avec un autre homme et passe de temps en temps remplir le frigo et laisser de l’argent pour se donner bonne conscience.

            Delphine de VIGAN nous décrit superbement bien ces trois êtres paumés, réunis par leur vie solitaire et qui trouvent, en aidant No qui est encore plus abîmée qu’eux par la vie, un sens à la leur par l’empathie. Ils sont révoltés par l’indifférence générale vis-à-vis des SDF et refusent de restés passifs devant cette misère.

            Un beau livre bien écrit, qui m’a encore plus touchée que « rien ne s’oppose à la nuit » où je trouvais que les émotions étaient bridées.

 

Et aujourd’hui:

 

En relisant cette chronique l’émotion et l’enthousiasme sont toujours là. Je ne change pas un iota…

Ce livre est un de mes préférés, peut-être mon préféré parmi tous les livres de Delphine de Vigan que j’ai lus.

 

Extraits :

 

            Parler, je n’aime pas trop ça, j’ai toujours l’impression que les mots m’échappent, qu’ils se dérobent, s’éparpillent, ce n’est pas une question de vocabulaire ni de définition, parce que des mots, j’en connais pas mal, mais au moment de les dire, ils se troublent, se dispersent, c’est pourquoi j’évite les récits et les discours, je me contente de répondre aux questions que l’on me pose, je garde pour moi l’excédent, l’abondance, ces mots que je multiplie en silence pour approcher la vérité.

 

            Ma mère est tombée malade. Nous l’avons vue s’éloigner petit à petit, sans pouvoir la retenir, nous avons tendu la main sans pouvoir la toucher, nous avons crié sans qu’elle semble nous entendre….     …….Maintenant, je sais une bonne fois pour toutes qu’on ne chasse pas les images, et encore moins  les brèches invisibles qui se creusent au fond des ventres, on ne chasse pas les résonances ni les souvenirs qui se réveillent quand la nuit tombe ou au petit matin, on ne chasse pas l’écho des cris et encore moins celui du silence.

 

            Elle n’aime pas parler d’elle. Elle le fait à travers la vie des autres, ceux qu’elle croise, ceux qu’elle sui, elle raconte leur dérive, et parfois avec violence, elle parle des femmes, elle précise, pas des clochardes, non, pas des timbrées, elle dit note bien ça Lou, avec tes mots, des femmes normales qui ont perdu leur travail, ou qui se sont enfuies de chez elles, des femmes battues ou chassées qui sont hégergées en centre d’urgence ou vivent dans leur voiture, des femmes qu’on croise sans les voir, sans savoir…

 

            Parfois, il me semble qu’à l’intérieur de moi quelque chose fait défaut, un fil inversé, une pièce défectueuse, une erreur de fabrication, non pas quelque chose en plus comme on pourrait le croire, mais quelque chose qui manque.

 

            Noël est un mensonge qui réunit les familles autour d’un arbre mort recouvert de lumières, un mensonge tissé de conversations insipides, enfoui sous de kilos de crème au beurre, un mensonge auquel personne ne croit.

 

            La nuit, quand on ne dort pas les soucis se multiplient, ils enflent, s’amplifient, à mesure que l’heure avance les lendemains s’obscurcissent, le pire rejoint l’évidence plus rien ne parait tranquille. L’insomnie est la face sombre de l’imagination.

 

            Je croyais que l’on pouvait enrayer le cours des choses, échapper au programme. Je croyais que la vie pouvait être autrement. Je croyais qu’aider quelqu’un ça voulait dire tout partager, même ce qu’on ne peut pas comprendre, même le plus sombre…..    la vérité c’est que je n’arrive pas à faire mes lacets et que je suis équipée de fonctionnalités merdiques qui ne servent à rien. La vérité c’est que les choses sont ce qu’elles sont. La réalité reprend toujours le dessus et l’illusion s’éloigne sans qu’on s’en rende compte. La réalité a toujours le dernier mot.

 

            Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était dans les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu’elle est parfois invisible à l’œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l’enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence es ce qui ne trouve pas d’explication, ce qui à jamais restera opaque.

 

Lu en juillet 2013

 

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« Civilizations » de Laurent Binet

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont la lecture m’a pris du temps, il fallait assimiler les noms Incas, faire appel aux souvenirs de l’Histoire des deux camps.

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Vers l’an mille : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.
1492 : Colomb ne découvre pas l’Amérique.
1531 : les Incas envahissent l’Europe.

À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ?
Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors. Donnez-leur le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi ?
L’Inquisition espagnole, la Réforme de Luther, le capitalisme naissant. Le prodige de l’imprimerie, et ses feuilles qui parlent. Des monarchies exténuées par leurs guerres sans fin, sous la menace constante des Turcs. Une mer infestée de pirates. Un continent déchiré par les querelles religieuses et dynastiques.
Mais surtout, des populations brimées, affamées, au bord du soulèvement, juifs de Tolède, maures de Grenade, paysans allemands : des alliés.

De Cuzco à Aix-la-Chapelle, et jusqu’à la bataille de Lépante, voici le récit de la mondialisation renversée, telle qu’au fond, il s’en fallut d’un rien pour qu’elle l’emporte, et devienne réalité.

 

Ce que j’en pense

 

Une idée brillante ! on refait l’Histoire en partant de trois postulats :  les Incas ont été vaincus par les envahisseurs venus d’Europe car ils n’étaient pas immunisés contre toutes les infectieuses apportés dans les « cales et les corps » des marins, donc des morts en masse.

Ils ne possédaient pas de chevaux, ni les techniques maîtrisées par les colonisateurs. Donc impossible de lutter…

Première idée de génie : les Vikings ont débarqué quelques siècles auparavant et ont permis une sélection naturelle : une partie les Incas se sont immunisés naturellement contre certaines maladies infectieuses et qui dit anticorps dit résistance à l’arrivée des miasmes des colonisateurs, donc exit l’hécatombe et l’infériorité numérique.

De plus, guerre fratricide entre deux frères descendants du Soleil : Huascar et Atahualpa. Acculé à la défaite, ce dernier s’enfuit avec ses hommes au bord du dernier bateau (et oui, ils étaient tellement en retard sur la science européenne qu’ils ne savaient pas fabriquer et encore moins maitriser les navires!

Atahualpa aépousé une princesse cubaine Higuénamota qui va jouer un rôle important dans sa conquête et lui servir souvent d’ambassadrice, d’égérie… il s’est entouré de conseillers aux noms tous aussi imprononçables tel Chalco Chimac,  Quizquiz…

Poussés par des vents favorables (cela tient à si peu de chose une découverte et un effet papillon !) Atahualpa et ses hommes débarquent à Lisbonne puis dans l’Espagne de l’Inquisition, où l’on exécute à tour de bras tout ce qui ne pense pas catholique pur et dur. Il assiste horrifié aux scènes où les gens sont brûlés vifs.

Comment faire pour s’installer et mettre en place le culte du Soleil à ces croyants obtus qui vénèrent un « Dieu cloué » pour reprendre son expression ? S’allier à ceux que l’on persécute : « morisques », juifs, mettre en place sa propre lignée en épousant des reines ou princesses (ils sont tous cousins entre eux, même s’ils se font la guerre…)

Une invention de génie permet à Atahualpa de lire « Le prince » de Machiavel et il va s’en inspirer pour mettre en place ce qui ressemble beaucoup au premier régime socialiste : laisser les paysans profiter de la terre qu’ils cultivent au lieu d’être rançonnés par les Seigneurs qui ont besoin de toujours plus taxer les pauvres pour faire des guerres…

Atahualpa comprend aussi très vite qu’il faut produire pour se nourrir, favoriser le commerce (on dirait de nos jours équitable) donc il établira des liens avec toutes les dynasties en place pour les réformer…

On va croiser ainsi Charles Quint, François Ier, Luther qui veut imposer sa religion et à qui on va réserver un sort impressionnant, sans oublier un personnage extraordinaire : Hassan al-Wazzan alias Léon l’Africain qui m’a toujours fascinée et que j’ai découvert grâce au roman magnifique d’Amin Maalouf que j’ai lu au moins deux fois…

Quelle belle revanche sur Pizzaro et Cortes, héros tristement célèbres de la conquête du Nouveau Monde !

On fait beaucoup d’autres rencontres et la dernière partie est excellente mais je n’en dirai rien pour ne pas divulgâcher… (j’adore ce mot, tellement plus beau, mystérieux et savoureux que « spoiler »

Ce livre, une uchronie, est excellent car il repose sur les solides connaissances de Laurent Binet sur Christophe Colomb, les cultures amérindiennes, mais aussi l’histoire de l’Europe. L’imagination marche si les bases sont solides au niveau culturel et historique.

Cela m’a un peu gênée au début de ma lecture, car je me suis peu documentée sur « la découverte des Amériques » parce que pour moi, Christophe Colomb a sur les mains le sang des Amérindiens, premier génocide qui mériterait d’être reconnu par les Ricains mais à l’ère du trumpisme flamboyant, (j’allais écrire triomphant mais flamboyant convient mieux, plus adapté à la chevelure du maître de l’univers), on en est loin.

Cela a failli me coûter cher, m’empêchant de savourer pleinement ce roman. En fait j’exagère un peu, je ne suis pas aussi ignare que je le prétends et ce livre m’a rappelé un ouvrage qui m’avait passionnée à l’époque : « 1492 » de Jacques Attali. Il m’a donné une furieuse envie de m’y replonger.

 J’ai fait une pause dans ma lecture pour aller réviser un peu et cela m’a permis de savourer pleinement chaque instant, chaque phrase… C’est une lecture qui se mérite, il faut prendre son temps. J’en suis sortie d’ailleurs avec une envie folle d’aller explorer la civilisation Inca…

L’écriture de Laurent Binet est superbe, on peut s’immerger dans le passé simple, l’imparfait du subjonctif avec délectation. Et dire que « La septième fonction du langage attend toujours dans ma PAL…

Bref, vous avez compris ce roman est un coup de cœur, je pourrais en parler pendant des heures,  et bingo, il vient de recevoir le grand prix de l’Académie Française !

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de lire cette pépite. Je vais acheter la version papier pour le plaisir de me replonger dans cette belle fresque historique….

#Civilizations #NetGalleyFrance

coeur-rouge-

 

Étant donné qu’on ne peut pas diffuser des photos Atahualpa sous peine de poursuites, je fais un petit clin d’oeil à un musicien célèbre Atahualpa Yupanqui

 

 

 

Extraits

 

Ici, comme en tous lieux que j’ai découverts et que j’espère découvrir avant mon retour en Castille, je dis que toute la Chrétienté trouvera grand négoce, et spécialement l’Espagne à qui tout doit être soumis.

 

Ils atteignirent la mer et surent que l’île était une bande étroite qu’on pouvait traverser dans sa largeur en quelques jours. Ils n’avaient pas pénétré ce territoire en conquérants mais en fugitifs et cela, assurément, ne fut pas sans conséquence sur le sort de Cuba et du monde.

 

Les sacrifices humains n’étaient pas étrangers aux Incas. Pourtant nous savons qu’Atahualpa, même s’il n’ne voulut rien laisser paraitre, fut choqué par le spectacle des corps qui se tordaient en se consumant, et par les cris des suppliciés.

 

Il voulut leur expliquer qu’un dieu qui exigeait qu’on brûlât des hommes vivants, quel qu’ait pu être leur crime, était un dieu mauvais, car le corps des morts devait être conservé afin qu’ils puissent continuer à vivre après la mort, et qu’un tel dieu ne méritait pas qu’on l’adore. 

 

Au sud, proche de l’Espagne mais séparée d’elle par la mer, il y avait une région qui semblait l’objet de toutes les convoitises, l’Italie, terrain de guerres perpétuelles, où vivait le chef des tondus, représentant sur terre du dieu cloué. Le grand rival de Charles (Quint) pour la suprématie du Nouveau Monde était le roi d’un pays qui coupait son empire en deux, la France, dont le territoire lui-même était menacé par une île du Nord, l’Angleterre…

 

Atahualpa reçut un très jeune homme en provenance de Florence, la ville de l’amauta Machiavel qu’il avait étudié à Salamanque. Le jeune homme se faisait appeler Lorenzino, il était issu d’une grande famille, les Médicis…

 

Un amauta, arrivé lui aussi d’Augsbourg, vint l’entretenir de la présence réelle du dieu cloué lors des cérémonies religieuses impliquant de boire du breuvage noir et de manger du pain. Il s’appelait Mélanchthon et portait un chapeau plat en tissu noir…

 

Isabelle, anéantie par le mort de son fils, n’eut pas la force de repousser une seconde fois la demande d’Atahualpa ; ainsi la veuve de Charles Quint devint-elle son épouse secondaire.

 

« Rien ne fait autant estimer un prince que ne le font les grandes entreprises, et de donner de soi des exemples exceptionnels » disait Machiavel dans les feuilles qui parlent. (les livres)

 

Atahualpa buvait les mots de ce Machiavel parce qu’il lui semblait qu’ils racontaient son histoire à travers celle d’un autre.

 

Le pape lui-même lui dépêcha son géographe personnel, un Maure converti du nom d’Hassan al-Wazzan, qu’on appelait Léon l’Africain pour sa grande connaissance du monde mahométisant.

 

Pour les Espagnols, Atahualpa était désormais le « conquistador ». Pour les Maures, le libérateur…

 

Cependant, en Allemagne qui préparait le sacre de Ferdinand continuait à se déchirer… On jugeait que l’Église romaine avait suffisamment profité de la crédulité des pauvres gens et que si le corps du dieu cloué était contenu dans une galette de sel ou dans un bout de pain, ce bout de pain n’en restait pas moins un bout de pain.

 

Pourquoi avoir donné le libre arbitre aux hommes, si c’est pour leur permettre de faire le mal ?

 

Lu en septembre octobre 2019

 

CHALLENGE 1% 2019

Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire

« La folle ardeur » de Michelle Tourneur

 

Je vous parle aujourd’hui d’un livre étonnant que j’ai choisi sur NetGalley car il se déroule au XIXe siècle qui est , ce n’est un secret pour personne mon siècle préféré.

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Pendant dix ans, trois des plus grands génies du romantisme ont vécu dans une étroite intimité.
Delacroix fait flamber la couleur dans ses toiles et dans ses somptueux décors muraux.
Chopin enchante le piano avec des irisations et des mirages.
Entre les deux, George Sand veille. Inspiratrice, admiratrice, amie, amante, parfois soignante.

Et la nuit, elle écrit.

Méandres amoureux, ardeur au travail, défi à tous les canons artistiques du temps.
Leurs lieux de résidence à Paris sont si proches qu’ils partagent repas, sorties au théâtre ou à l’opéra, fêtes officielles, soirées musicales.

Quand le besoin de paix se fait sentir, ils retrouvent la douceur du Berry : Nohant, le petit bois, la table abondamment servie, le grand Pleyel au salon.

Jusqu’à ce que la soudaine violence des événements mette en pièces leur étincelant trio.

 

Ce que j’en pense

Eugène Delacroix arrive chez George Sand à Nohant. Un tableau est prévu. On va assister à la rencontre entre trois géants de l’époque, George bien-sûr, mais aussi Chopin, son amant depuis quelques années et les échanges savoureux entre ces trois artistes, tant sur le plan sentimental que des réflexions sur la peinture, la musique et l’écriture et la manière dont elles interagissent.

Chopin est malade, et le diagnostic finit par tomber : phtisie et la pauvreté n’arrange rien, commet se nourrir quand on a peu d’argent et que la survie est liée aux cours qu’il donne…. Et il voit son cher amour s’éloigner de lui. Il continue à composé avec plus ou moins de succès car il est trop lié à George donc les critiques qu’on lui adresse ne concernent pas sa musique mais visent à attaquer l’écrivaine. Il s’acharne sur une barcarole qui sera mieux accueillie. Son pays lui manque, notamment les sonorités de la langue et seule sa sœur Ludowicka lui permet de garder le contact.

Pour Delacroix, il y a aussi des problèmes d’inspiration, il s’attaque à une Pieta qui n’est pas du goût des bien-pensants, il a aussi des projets de plafonds entre autres, ou son travail su Sardanapale. Il sait garder la bonne distance avec George Sand.

Le trio partage sa vie entre Paris où tout se passe, où tout le monde s’agite, et Nohant, où l’on vient se reposer au calme et profiter de la nature qui inspire, mais où la promiscuité relative (la maison est grande, dans ce Berry où il ne fait pas très chaud) ravive des souffrances, des amours déçues ou finissantes, et où traîne l’ombre de Musset qui est pourtant parti depuis longtemps.

« Alfred de Musset dessine, sans doute en avez-vous entendu parler ? N’importe où, n’importe quand, il dessine, il a ce don-là aussi. Il les a tous, en plus de celui de se détruire. »

D’autres personnages gravitent, les enfants de George notamment et sa fille n’est pas en reste dans le domaine de la séduction et de la manipulation.

Michelle Tourneur n’a pas choisi les années au hasard, c’est la fin d’un régime, on s’achemine vers 1848, les trois glorieuses, les révoltes. Elle utilise beaucoup les lettres échangées entre les trois héros, ce qui donne encore plus de relief au texte.

George Sand, n’a jamais hésité à exposer ses opinions et à défendre les pauvres, les paysans, ce qui ne lui vaudra pas que des amis.

J’ai beaucoup aimé ces trois personnages : je connais assez bien la vie de Chopin que j’admire énormément, j’ai lu des livres de George Sand comme tout le monde, mais je connaissais très mal Delacroix, à part « la liberté guidant le Peuple » comme tout un chacun…

Les discussions sur l’art, la conception de chacun sur sa discipline, les sonorités, associées aux couleurs et à la valse des mots de l’écriture, le tout baignant dans les sentiments amoureux, sont passionnantes et l’écriture de Michelle Tourneur est très belle, digne du XIXe siècle auquel elle rend un bel hommage.

C’est un superbe roman plein de magie, de douceur, de tristesse ou d’exaltation…Je l’ai refermé à regret et je m’y replongerai sûrement, en me procurant la version papier…

Un énorme merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce beau roman.

 

#LaFolleArdeur #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Romancière et scénariste, Michelle Tourneur est passée maître dans la restitution par l’écriture des émotions artistiques.

Chez Fayard, elle a publié La beauté m’assassine, Cristal noir et La ballerine qui rêvait de littérature.

 

Une petite touche personnelle :

 

Je ne résiste pas à l’envie de vous proposer quelques vidéos de compositions de Chopin , évoquées dans le roman

 

Tout d’abord ce lien avec « La Barcarole » de Chopin dont il est question dans le livre

 

Personnellement, fan de Chopin, je préfère « les nocturnes » entre autres et dans les vidéos qui suivent  je réunis mes deux passions : Chopin interprété par Katia Buniatichvili pianiste pour laquelle j’ai une véritable adoration…

 

 

 

 

 

Extraits

 

Avant de se retirer, il a pris avec Chopin l’infusion de tilleul qui calme les nerfs et que les enfants refusent. Chopin ne s’est pas beaucoup exprimé non plus. Par instants, il sortait de sa rêverie. Il l’appelait « cher ami, mon cher Delacroix », le regardant comme s’il mettait sa présence en doute. Elle l’avait prévenu à demi-mot de cet état : « Nous vous attendons avec une impatience pleine de bonheur. Venez donc, cher bon petit. Mon Chopinet est bien heureux et bien agité de vous attendre. » 

 

 À cette heure il est probable qu’il dorme. Que tous soient endormis.  Elle ne l’est pas.  La nuit est un voyage. L’écriture s’y déploie au fil des heures comme un ruban qu’on dévide dans un compartiment fermé : la chambre.

 

Est-elle en train d’écrire à l’heure qu’il est ? Édifie-t-elle un château enveloppé de brume, quelque part dans le flot du temps, alors que la clarté de la lune inonde la façade ? Il pressent. Il voit. Tous deux ont la disposition unique de partager ces vibrations à distance. Depuis huit ans leurs relations s’inventent et se réinventent à travers cette faculté.  Depuis leur rencontre officielle à l’atelier, exactement.

 

 

Tout portrait est une capture, le peintre est capturé à son tour. Il lui semble qu’elle confonde sa vie avec ce qu’elle s’apprête à écrire, et que peu à peu il y prenne place lui-même. À mesure qu’elle lui entre dans l’œil, son expression absente devient attention, l’attention le cerne

 

Aujourd’hui elle sait, elle ne l’ignore pas, qu’après l’épisode blessant du portrait le peintre n’avait désiré la revoir que pour rencontrer Chopin.

Pour les mirages éblouissants déployés un soir chez Pleyel, ce sylphe de vingt-huit ans devant un parterre subjugué. Eugène en était. Envoûté par la fougue d’exécution, par les éclats et par les miroitements où il lui semblait retrouver ses propres visions ; touché par la gracilité de ce jeune homme …  Eugène avait adoré la musique et le musicien. Il avait éprouvé l’envie de le rencontrer personnellement. On lui avait appris peu après la nouvelle rocambolesque de sa liaison avec celle dont il avait fait le portrait à l’automne. Il s’était mis à répondre assidûment aux invitations.

 

 

Gloire. Gloire absolue et confort cultivé contre les offensives imprévisibles du zal slave.   Mais guérit-on de la nostalgie par l’absorption des philtres euphorisants de la gloire ? Guérit-on des bronches quand ni les boissons émétiques, ni les eaux de Reizneck n’ont réussi à apaiser l’inflammation chronique de l’enfance ?

 

George Sand observe et s’informe. Elle capte les atmosphères. En matière de musique, elle a un sens instinctif d’animal sauvage à l’affût. Dans sa petite enfance, elle se blottissait sous le clavecin de sa grand-mère. Lorsque Liszt est au piano elle se replie sous l’instrument pour sentir la vibration des accords passer sur sa peau. Mais elle ne pense qu’à Chopin. Progressivement, l’obsession lui est venue de ce jeune Polonais au génie étrange, un artiste, un vrai, ce qu’elle révère, ce qu’elle préfère, et cette idée fixe la fait souffrir.  On connaît la liste de ses amants, les élans mystiques qui la traversent dans les intermèdes.

 

Il joue des airs tristes du bord de la Vistule. Il joue sans s’interrompre, hanté par la certitude d’avoir trahi un pays de troïkas perdues dans la neige et de maisonnettes en bois aux charpentes toutes de guingois. Un pays blessé, sans cesse soumis à la fatalité des destructions et des partages. Il ne voit pas celle qui vient d’entrer. Il ne voit ni décor ni présence. Il perçoit la tiédeur de son souffle comme il perçoit les respirations dans les concerts au point que parfois il suffoque. Et à l’instant il sent ses yeux à elle chercher les siens. Son corps tendu l’appeler. Ses yeux ne plus le quitter. Un torrent d’énergie le pénètre et le réchauffe. Assiégé, submergé par ces regards, il chancelle.   Il ne connaît rien de l’amour.

 

Vous êtes aussi un artiste immense. Depuis le premier jour où j’ai découvert La Mort de Sardanapale à l’atelier, je vous ai senti à la recherche de clés qui ouvrent sur des profondeurs vertigineuses.   – De clés ? Je ne sais pas du tout… La peinture est une puissance silencieuse, elle ne parle qu’aux yeux d’abord, il ne faut pas chercher l’idée… elle s’empare de l’âme ensuite.

 

Ensuite, presque immédiatement, le long commentaire ébloui de Berlioz.  « Chopin se tient toujours à l’écart… on dirait qu’il a peur de la musique et des musiciens. Tous les ans, une fois, il sort de son nuage et se fait entendre quelques instants dans le salon de Pleyel… Son jeu est toujours le type de la grâce capricieuse, de la finesse et de l’originalité, et ses nouvelles compositions ne le cèdent point à leurs aînées pour la hardiesse harmonique et la suavité des mélodies… »

 

La maison est silencieuse à cette heure. Les Préludes sont chargés de réminiscences. Le no 4 retient la détresse du moment où il a été composé

 

Chopin, l’admiré des femmes et des grandes familles, Chopin l’adulé des capitales d’Europe, consigné sous les voûtes d’une cellule « en forme de grand cercueil ». Enfermé là pour cause de contagion mortelle. Le froid, la bronchite aiguë, la toux, le sang qui tache les mouchoirs. Le mal et la nouvelle du mal se propageant plus rapidement que les coups de vent sur l’île assiégée par la sauvagerie des éléments.   Le mot a été lâché, il file de hameau en hameau : phtisie. Autant dire la peste noire, à Majorque.

 

Le souvenir revient au peintre, avec ce rouge incandescent resté dans son regard au sortir de l’église, de la bague en rubis rouge au doigt de George Sand.   Rouge cinabre intense. Rouge du sang des batailles et rouge du cri de toutes les révoltes, il revient à ce détail qui n’est pas un détail.  – Ce rubis de famille est une sorte de pont entre deux mondes, elle ne le quitte pas. Sa grand-mère l’a donné à sa mère après des mois de provocation et de haine.

 

Ce que nous avons à donner nous, artistes, ce ne sont pas des idées. Elles courent les rues. Comme le dit Balzac, Spinoza ou Kant, ouvrir ou fermer une porte, le mouvement est toujours le même… Ce que nous avons à donner est plus rare. Et sacré. C’est l’émotion… Il faut qu’elle le comprenne…

 

Chopin a entrouvert sa fenêtre sur la fin d’après-midi ensoleillée.   On entend parler depuis la cour. Piano, silence, piano, voix du maître : « … vos harmonies naissent des relations entre les accords… de leurs reflets. Elles s’enchaînent. En peinture, c’est pareil. Les contours n’existent pas, la lumière les brise, les ombres glissent, elles n’ont aucun point d’arrêt distinct… »

 

Soudain une pensée malicieuse le traverse. Qui, dans les temps futurs, soupçonnera que le Dante représenté de profil par Eugène Delacroix au Luxembourg pourrait être le compositeur Frédéric Chopin ?

 

Viens, ma chérie. Suis-moi au salon, Ludwika ! Je te jouerai tout ce que tu voudras, lübia moya, mais auparavant, donne-moi ton rire…

… Celui-ci, le Prélude numéro 12, je l’ai écrit presque mort, enfermé derrière des seaux de pluie qui ne voulaient pas cesser. Ce sont mes états d’âme, j’en ai composé 24, ordonnés selon les 24 tons de la gamme.

 

Lu en octobre 2019

 

CHALLENGE 1% 2019

Publié dans Lectures anciennes

« La trahison de Thomas Spencer » de Philippe Besson

Bessonmania oblige, voici un autre livre de Philippe BESSON qui m’a beaucoup plu aussi dans un genre différent de ceux dont j’ai parlé jusqu’à présent. Et oui, après l’uppercut de « Son frère », j’ ai enchaîné ses romans à l’époque…

 

La trahison de Thomas Spencer de Philippe Besson

 

 

Ce que j’en pensais alors :

 

Ce livre raconte l’histoire de deux enfants, Paul et Thomas, qui sont nés le même jour dans la même ville le jour où la bombe a été lancée sur Hiroshima. Cela va créer chez eux un lien très fort. Ils se considèrent comme frères jumeaux, font tout ensemble découvre la télévision ensemble, Elvis Presley…ils se protègent mutuellement à l’école.

Le grand frère de Paul est mort en héros lors de la guerre de Corée à l’âge de 18 ans. La famille tient une épicerie et elle est très rigide.

Ils vont découvrir le racisme : leurs parents leur interdisent de jouer avec un petit garçon car il est noir dans cet état du Sud où le racisme est ancré profondément, il y a les restes encore présent et actifs de l’esclavage.

Ils vont grandir ensemble et Philippe Besson met en parallèle l’évolution de « l’Amérique » l’élection d’un jeune président John Fitzgeral Kennedy les fait rêver, et l’épisode de la baie des cochons les amènent à détester le communisme. L’assassinat de JFK les traumatise: comment cela peut-il arriver dans notre pays.

Ils ont des expériences avec les filles; Thomas obtient une bourse à l’université et suit un parcours littéraire, milite contre l’injustice avec une amie de l’époque puis décide de  tout lâcher pour rentrer dans sa ville.

Leur destin commun continue avec une amitié toujours aussi solide et une fille Claire qu’ils avaient connue enfant revient dans leur vie devenant la compagne de Paul. Alors surgit un nouveau bouleversement  avec l’assassinat de  mort de Martin Luther King suivi de près de celui de Bob Kennedy, avec en toile de fond la guerre au Vietnam.

Le trio vit normalement pourrait-on dire mais Paul est rongé et finit par s’engager pour le Vietnam….

C’est un roman bouleversant sur l’amitié pure entre deux garçons et le fait que l’on peut trahir alors qu’on aime. On se jure que c’est  « à la vie à la mort » mais  ce n’est pas si simple que cela et on le découvre en grandissant.

Dans ce livre, il y a un 3ème héros qui s’appelle  le Mississippi, ce fleuve dans lequel ils ont connu leurs premiers émois et qui est aussi capricieux que la vie.

 

Et aujourd’hui?

 

Ce roman est encore très présent dans ma mémoire, car c’est l’histoire d’une belle amitié, avec ses joies, ses découvertes, ses peines aussi et Philippe Besson en parle avec une telle sensibilité… Il n’enjolive jamais, reste au plus près des émotions, des ressentis, vis-à-vis du racisme, de la lâcheté, de la manipulation de « la Grande Amérique » pour justifier ses actions. « Make America great again » répétait sans cesse tel un mantra un récent candidat aux élections ….

On traverse les évènements majeurs d’une époque qui est la mienne: j’avais quatorze ans quand J.F.K. a été assassiné, en classe, avec les copines, on pleurait, car on était toutes plus ou moins amoureuses de lui et la violence venait d’entrer brutalement dans notre vie jusque là bien protégée.

 

Extraits :

 

A dix ans j’ai appris en une seule phrase, prononcée sur un ton désolé et néanmoins badin tout le racisme du sud.

 

Il en va de la solitude comme des plantes : il en existe plusieurs variétés.

 


Première variété : la claustration. Oui, j’ai eu l’impression d’être placé en quarantaine, à l’isolement. La solitude est une prison, un cloître. On s’y sent comme entre quatre murs. On cogne contre une porte close et personne ne nous entend, personne ne vient ouvrir. On est ravitaillé régulièrement par le dehors, histoire de ne pas mourir tout à fait, de ne pas disparaître au monde. Mais même si ces rations données comme à un chien sont la mesure de notre enchaînement. Et puis, on apprend l’endurance, la résistance. Enfin, on reconnaît au premier coup d’oeil ses compagnons d’infortune car les visages des enfermés se ressemblent tous.

 


Deuxième variété : l’abandon. On est laissé, démuni. On est dans une pauvreté incroyable, on ne possède plus rien, on n’appartient plus à rien, on est un déclassé, on n’a personne à qui se raccrocher. On perd la réalité. Les alentours deviennent imprécis. On peut trouver du plaisir à se délester ainsi, à devenir aussi léger. Pourtant, on se rend compte rapidement que ce dénuement n’est que de l’inconsistance. La sensation du vide est effrayante.

 


Troisième variété : l’exil. C’est comme un bannissement, un départ obligé, une déportation, un ostracisme. On est renvoyé, relégué. On se sent importun, en excès. Il faut partir, s’éloigner, ne plus déranger. Même en accomplissant une distance infime, on se retrouve au plus loin. Et les autres, ceux qui restent, deviennent inaccessibles, intouchables. On se voit les perdre.

 


Quatrième variété : la méditation. On loge dans une tour d’ivoire, on se recueille, on réfléchit, on se persuade qu’on a décidé de son sort, on est bien là où on est, on prend du recul. Du reste, on voit mieux de loin. Vrai, cela s’apparente à une retraite, un renoncement délibéré. Il arrive souvent qu’on s’y ennuie.

 

 

Cinquième variété : la séparation. J’ai parlé de ça, ce retranchement. Cette ombre. Une sauvagerie.
(p. 117-119)

 

 

On est persuadé qu’on ne trahira jamais. On serait prêt à en faire le serment. On a cette certitude que rien ne peut ébranler. Et à ceux qui osent mettre notre parole en doute, on répond par un haussement d’épaules ou par un énigmatique « Tu ne peux pas comprendre. »
J’étais sincèrement, intimement convaincu que je ne trahirais jamais Paul. Je le savais, je le disais. Cette affirmation n’exigeait de moi aucun courage, aucun aplomb. J’avais, au contraire, le sentiment très net de proférer une évidence, d’enfoncer une porte ouverte.
[…]

 

De mon côté, j’ai découvert que je pouvais me tromper. Renoncer à mes principes, abdiquer mes certitudes, m’arranger avec ma mauvaise conscience. J’ai trahi.
[…]

 

Et certains soirs, où la tristesse est plus violente qu’à l’accoutumée, où elle vient cogner contre les parois de ma carcasse, où elle coupe ma respiration, le souvenir de cette trahison me donne envie d’ouvrir les fenêtres et de sauter dans le vide.
Mais je suis en vie. On est donc parfaitement capable de vivre avec la conscience de sa bassesse, avec le dégoût de soi.
Je suis en vie. J’écris. (p. 73-74)

 

 

 

Et, à l’instar des vrais scélérats, nous avons décidé de vivre cachés, dissimulés aux regards, dérobés aux jugements. Nous n’éprouvions pas de honte mais nous redoutions l’opprobre, le déferlement de haine et de mépris, les crachats. (p. 240)

 

 

 

 « Il y a des pans entiers de notre destin qui sont peuplés de rien, à propos desquels on n’a rien à raconter des années après, qui ne sont émaillés d’aucun évènement, d’aucun accident, qui ne laissent pas de traces. Toutefois, cette vacuité n’est pas synonyme de fadeur, insignifiance. C’est un temps apparemment sans relief mais pas sans saveur car nous y sommes tranquilles et chanceux, en paix et réjouis, cette harmonie nous satisfait.

 

 

 

Maman m’a simplement répondu qu’il fallait se garder de fréquenter le petit Carter. Comme je lui demandais la raison de cette interdiction, elle a eu ces mots, qui sont restés pour toujours gravés dans ma mémoire : »Mais parce que Franklin est noir, mon chéri. »

Voilà, à dix ans, j’ai appris, en une seule phrase, prononcée sur un ton désolé et néanmoins badin, tout le racisme du Sud.

 

Lu en juin 2013

Publié dans Lectures anciennes

« Nous étions faits pour être heureux de Véronique Olmi

Retour aujourd’hui, sur ce livre que j’ai bien aimé. Je connaissais Véronique OLMI de nom mais je n’avais lu aucun de ses livres. Je ne regrette vraiment pas d’être entrée dans son univers.

 

Nous etions faits pour etre heureux de Véronique Olmi

 

 

Ce que j’en pensais :

 

J’ai bien aimé ce livre, le premier que je lis de Véronique Olmi. Elle nous raconte l’histoire de Serge, la soixantaine, qui est marié à une femme superbe, Lucie la trentaine. Serge est agent immobilier, gagne très bien sa vie, dans une maison cossue, dans un quartier bourgeois et il a eu deux enfants avec Lucie : Théo 7 ans et Chloé 3 ans.

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un jour, il croise Suzanne qui a, à peu près, le même âge que lui, venue accorder le piano que Lucie vient d’acheter pour Théo. Il ne remarque pratiquement pas.

De son côté, Suzanne vit avec Antoine depuis longtemps. Ils forment un drôle de couple. C’est elle qui assure la stabilité du ménage, elle regarde les matches de foot afin qu’il puisse en parler avec les collègues de travail à la pause café sinon, il n’a rien à partager avec eux.

Suzanne doit venir plusieurs fois accorder le piano et Serge finit par la voir et il se sent attiré irrésistiblement vers elle. Il va la suivre chez elle et faire l’amour avec elle car c’est vital pour lui et elle le laisse entrer dans sa vie sans bien comprendre ce qu’il veut vraiment.

Il l’entraîne dans un appartement qu’il n’arrive pas à vendre et il va peu à peu lui raconter ce qu’il n’a jamais dit à personne : un lourd secret d’enfance qu’il a enfoui à jamais au fond de sa mémoire pour pouvoir vivre normalement.

Peu à peu, il raconte son enfance, sa mère morte quand il avait 10 ans qui jouait du piano dans le salon, son père violent tyrannique, les coups qui pleuvent, une scène importante à laquelle il assiste et qui va le perturber toute sa vie.

Je ne dévoilerai pas plus l’intrigue car c’est important de découvrir la fragilité de Serge, qu’il cache derrière une réussite plutôt flamboyante, la culpabilité de faire souffrir Lucie, le contact qu’il n’arrive pas à établir avec Théo son fils (il ne l’écoute jamais jouer du piano car cela déclenche d’affreuses migraines, il ne partage pas ses jeux, car il ne sait pas communiquer. Il y a une tendresse et une souffrance infinies chez cet homme.

C’est cela qui pousse Suzanne à l’écouter, avec elle, il se sent bien, en sécurité, donc il pourra dire ce qui le hante. C’est une femme pleine d’empathie, qui sait écouter, donner sans attendre quelque chose en retour.

Chacun voit sa vie se transformer, tout au long du récit mais vont-ils suivre ce que leur dicte leur instinct ? Pouvons-nous aimer sans avoir peur de perdre l’autre, s’il connait nos faiblesses ?

Dans ce roman, il y aussi la musique, Liszt occupe une place importante dans la vie de Serge, sa mère répétait pendait des heures, « un rêve d’amour » qu’elle avait du mal à maitriser au piano, et Suzanne est accordeuse de piano (comme elle tente de ré accorder la vie de Serge qui écoute Faust et le chante).

 

 

Et aujourd’hui?

 

Bon roman, belle écriture. J’aime bien les récits tournant autour des difficultés relationnelles, les non-dits …. Donc, j’aurais probablement du plaisir à le relire. Je pensais lire d’autres romans de Véronique Olmi et en fait je n’ai lu que « Bakhita » que j’ai beaucoup plus aimé…

 

Extraits :

 

C’est étrange comme il suffit d’un rien pour qu’une vie se désaccorde, elle aussi, que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur. Comme si elle était faite d’air, et rien que de cela.

 

Il ne peut rien refuser à Lucie, elle est belle et elle a trente ans de moins que lui, c’est finalement la seule dette qu’il ait en ce monde, cette sensation d’avoir à rendre toutes ces années qu’il lui vole, et tout ce qu’il lui tait, comme on tait l’essentiel de ses frayeurs à une enfant que l’on ne chérit que pour son innocence.

 

Il y a partout autour de lui des vérités qu’il ignore, des évidences qu’il ne soupçonne même pas, et des êtres prédestinés, à qui il n’a pas encore fait attention.

 

Il y a tant de façon de s’aimer et ce désir qui se nourrit de lui-même, qui se renouvelle à peine assouvi, les accapare tout entiers. Ce qu’ils ont laissé avant de venir, ce qu’ils rejoignent quand ils se quittent, ils n’en parlent pas. Ils le savent. Il n’est question que de l’instant partagé. Le reste est un décor, celui d’une vie familiale qui ressemble à une position sociale.

 

J’étais enfant unique. Ça m’allait bien, j’aimais ça. Seul avec ma mère. Je ne pouvais pas m’imaginer grandir et la quitter. Je ne l’ai pas quittée. C’est l’enfance qui s’est barrée, quand j’avais huit ans, l’enfance s’est cassée en deux, crac ! Du petit bois qu’on brise et puis qu’on jette, d’un coup, comme ça un soir, sans prévenir, c’était fini. Et on ne le sait pas ce soir-là, on ne peut le deviner qu’après… qu’on sera quelqu’un d’autre. La vie sera une autre vie, un truc horrible, qu’on aurait jamais pu imaginer, c’est comme… se découvrir dans un cauchemar : qu’est-ce qu’on fait là, on se le demande, mais qu’est-ce qu’on fait là ? Et on y reste. C’est ça le plus angoissant.

 

Il est à quelques centimètres de moi. Il est à une main. Un geste de moi. Et je ne le fais pas. Alors, je peux survivre à tout. Toutes les solitudes, toutes les peurs, tous les élans. Si je m’en vais avant de saisir le visage de cet homme dans mes mains et d’enfoncer ma langue dans sa bouche, et tenir, longtemps, ce baiser plein de sang et de reconnaissance, si j’arrive à ce froid-là, cette inhumanité, alors plus rien jamais ne pourra m’atteindre. Je ne suis plus une femme. Je suis la désincarnation. La sublimation désespérée. Enfermée en moi-même, pire qu’un couvent.

 

 

Lu en juin 2013

Publié dans Lectures anciennes

« Son frère » de Philippe Besson

Aujourd’hui,  je partage un des premiers romans de Philippe Besson que j’ai lus et qui est à l’origine de ma Besson-mania.

 

Son Frère de Philippe Besson

 

Résumé

 

Une histoire simple et déchirante par l’auteur de « En l’absence des hommes ».

Thomas meurt. Thomas accepte de mourir. C’est ici, dans la maison de Saint-Clément, la maison de l’enfance, qu’il choisit d’attendre de mourir. Je suis auprès de lui. C’est encore l’été. J’ignorais qu’on pouvait mourir en été. Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu’il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation, que c’est seulement ainsi qu’elle pouvait se sentir sur son terrain. Je découvre qu’elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière.

Je songe que Thomas l’accueillera en pleine lumière. » Un jour, Thomas apprend qu’il est gravement malade et qu’il va probablement mourir. La nouvelle touche en plein cœur ce jeune homme si vivant, si amoureux. Comment supporter une telle épreuve? Lucas, son frère va l’accompagner pendant ces quelques mois. Ils iront se réfugier dans la maison d’enfance, la maison blanche de l’île de Ré. Non pas pour attendre la mort mais pour vivre intensément chacune des heures qui leur est donnée.

On retrouve dans ce nouveau roman les qualités de « En l’absence des hommes », premier roman très remarqué de Philippe Besson paru en janvier 2001. « Son frère » a été adapté par Patrice Chéreau, avec Eric Caravaca et Bruno Todescini. Le film sera diffusé sur Arte au printemps 2003, puis sortira en salle. Il a reçu l’Ours d’argent du Festival du film de Berlin (la Berlinale).

 

Ce que j’en pense

 

Ce livre est très émouvant. Un homme nous raconte la lente agonie de son frère atteint d’un cancer.

On a en parallèle l’histoire de la maladie et celle de leur relation, des liens profonds qui les unissent.

Ils partagent les ressentis, les doutes, les espoirs liés aux traitements puis les échecs et l’espoir qui s’en va. Les amis qui peu à peu s’éloigne, la mère qui est consternante par son attitude égocentrique et va même jusqu’à dire : « pourquoi c’est arrivé à toi et pas à ton frère, tu ne méritais pas ça… », ils se rendent compte qu’un fils est préféré à l’autre mais cela les rapproche tandis que la mère fuit, ce qui arrive est trop dur pour elle comme si c’était elle la malade. On ne sent pas de chaleur chez cette mère. La fin est superbe dans une maison qu’ils aiment.

Ce livre est émouvant, pudique. Il parle directement à notre cœur comme sait si bien le faire Philippe Besson.

 

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Et aujourd’hui?

 

Pour une fois, je n’ai rien à rajouter, pas de bémol… Il m’a suffi de relire ce que j’avais écrit, ainsi que les extraits, pour que l’émotion que j’avais ressentie à l’époque m’envahisse à nouveau…

A l’époque, j’avais choisi de m’étendre très peu et de laisser la parole à Philippe Besson, d’où l’abondance des extraits.

 

Extraits :

 

« Il est encore paisible lorsqu’il m’apprend cet évènement. C’est qu’il parle d’un autre. Il parle de cet autre qui est lui, qu’il est devenu, un être extérieur pourtant un être consubstantiel. Le débit est monocorde, lent, il s’est beaucoup ralenti, le signe, peut-être, d’un affaissement général. Je pourrais finir par m’habituer à cette horreur ordinaire, m’accoutumer à cette tragédie familière. Je pourrais à mon tour finir par croire qu’il ne s’agit pas de mon frère, de ma chair, du plus proche, de ce double original et, dans le même mouvement, assumer comme une évidence acceptable qu’il s’agit bien de lui, que c’est ainsi, sanas doute possible. Je pourrais, moi aussi contempler ce corps comme celui d’un étranger et l’éteindre aussitôt pour retrouver tous les repères de l’enfance, un toucher d’éternité. Dans mon expression, je jure qu’on serait incapable de distinguer désormais l’empreinte d’une surprise, de débusquer l’indice d’une épouvante. Le calme de Thomas me rend moi-même paisible. »

 

« Thomas meurt. Thomas accepte de mourir. C’est ici dans la maison de Saint-Clément, la maison de l’enfance, qu’il choisit d’attendre de mourir. Je suis près de lui. C’est encore l’été. J’ignorais qu’on pouvait mourir en été.
Je croyais que la mort survenait toujours en hiver, qu’il lui fallait le froid, la grisaille, une sorte de désolation, que c’est seulement ainsi qu’elle pouvait se sentir sur son terrain. Je découvre qu’elle peut tout aussi bien exercer sa besogne en plein soleil, en pleine lumière. Je songe que Thomas l’accueillera en pleine lumière. »

 

 

« Voilà. Il faut retrouver cette terreur, désormais presque familière. Il faut vivre avec cela, la peur que tout s’arrête, en une minute, que l’hémorragie survienne et l’emporte. Je songe qu’à tout instant, la tête pourrait partir en arrière, explosée de sang, comme si elle avait été atteinte par une balle tirée de loin. J’ai cette image saugrenue dont je ne parviens pas à me débarrasser, celle du président Kennedy, à Dallas, le 22 novembre 1963, à l’arrière de sa Lincoln décapotable. Je vois la tête qui part en arrière, sous l’impact des balles, le corps qui s’affaisse. Je vois l’affolement et je songe que ce qu’il pourrait nous être donné de connaitre. J’ai beau me dire que c’est absurde, malsain sans doute, je n’arrive pas à éloigner cette vision. Dans l’ignorance où nous nous trouvons, il y a la place pour tous les fantasmes, tous les cauchemars. »

 

 

« Saint-Clément, c’est la terminaison d’un monde, comme l’était dans mon imaginaire enfantin le Cap Horn. C’est le point au-delà duquel les eaux prennent le dessus, à partir duquel les hommes doivent déposer les armes. On raconte que les bateaux se sont perdus dans les eaux mauvaises, au large, malgré le phare, que des marins se sont noyés, que leurs cadavres ont été charriés par les marées, ramenés par elles à la terre ferme. On raconte des histoires extraordinaires. »

 

« Ici, on peut facilement éprouver une manière d’abandonner, comme si on était le dernier homme, et comme s’il suffisait de se laisser aller désormais, de n’avoir plus aucune prise sur rien. Ce sentiment, c’est autant celui du relâchement que celui de l’offrande, autant celui de la solitude imposée que celui de l’exil choisi. »

 

 

« On n’est pas préparé à la perte, à la disparition d’un proche. Il n’y a pas d’apprentissage de cela. On ne sait pas acquérir l’habitude de la mort. La mort de l’autre, nous prend forcément par surprise, elle est un événement qui nous désarme, qui nous laisse désemparé, y compris lorsqu’elle est prévisible, le plus prévisible des événements. Elle est une occurrence absolument certaine et cependant pratiquement inconcevable, et qui nous précipite dans une étrange hébétude.
On sait la nommer , parler d’elle et lorsqu’elle est là , lorsqu’elle survient , lorsqu’elle fauche un proche , lorsqu’elle s’empare d’un ami , d’un frère , on est dans la détresse intégrale , dans l’ignorance de ce qu’il faut faire , dire , on est sonné comme un boxeur qui a vu le coup arriver et qui est pourtant surpris par sa violence , qui vacille sur ses jambes avant de s’écrouler sans pouvoir s’y opposer . La chute , on ne peut pas l’empêcher »

 

 

Lu 25/02/2013

Publié dans Lectures anciennes

« Dix-neuf secondes » de Pierre Charras

Aujourd’hui, arrive dans le giron de mon blog, ce petit livre de 144 pages que j’ai plutôt bien aimé à l’époque et que j’avais eu envie de  partager…

 

Dix neuf secondes de Pierre Charras

 

Ce que j’en pense : 

 

Ce petit livre est étonnant, on s’attend à une histoire d’amour qui se délite entre un homme Gabriel et une femme Sandrine (ceci pourrait être n’importe lequel d’entre nous). Ils se fixent un challenge car ils sentent que l’amour entre eux ne ressemble plus à celui des premiers jours afin de faire le bilan, voir s’il faut continuer à vivre ensemble, s’ils peuvent encore partager des choses. Ils se donnent rendez-vous dans une station de métro(Zeus), lui attend sur le quai et elle doit se trouver dans le troisième wagon. Si elle descend comme prévu à cette station, leur couple sera sauvé sinon ce sera la séparation.

La décision doit se prendre en 19 secondes, c’est le temps que mettent les portes à se refermer. Chaque chapitre est en fait une seconde qui s’écoule donc 19 chapitres, durant lesquels vont se passer des tas de choses, car l’auteur fait intervenir d’autres personnages : un homme bizarre en blouson jaune qui aide une jeune fille Sophie à monter in extremis dans la wagon pour aller trouver son copain Ludo en cachette de ses parents, Emmanuel qui enseigne le Français à la faculté de Vincennes, homosexuel plus ou moins bien dans sa peau, Gilbert, photographe, Chrystelle qui fait le trajet tous les jours pour le travail (elle est la seule à travailler dans son couple, son mari devenu alcoolique.

Pierre Charras nous expose tantôt les cogitations des deux héros Sandrine avec sa tache de vin sur le cou (« son Gorbatchew » comme elle dit, qu’elle assume sans problème) et Gabriel, tantôt, il nous décrit les autres personnages. De ce fait, il y a un rythme saccadé, oppressant qui s’installe au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture. On se pressent que quelque chose de grave va se passer, on le devine même. La vie de tous va être bouleversée…

Ce livre prend possession de nous, l’angoisse monte à peine suggérée au début et on se laisse entraîner avec fascination. Pierre Charras essaie de nous démontrer que la vie peut basculer d’une seconde à l’autre, que chaque instant est fragile, que le bonheur est fragile et s’en va si on ne le cultive pas. C’est aussi une illustration du papillon et du cyclone.

(On retrouve aussi l’idée que le hasard n’existe pas.)

C’est bien écrit, les phrases sont percutantes et on s’immerge complètement dans ce petit livre. Tous les personnages sont attachants, certains plus sympathiques que d’autres, bien sûr, et la chute est bien….

 

Ce que cela me suggère aujourd’hui:

 

C’est terrible, je ne garde aucun souvenir de ce roman qui m’avait pourtant bien plu , semble-il. Je trouve l’idée originale et l’écriture est belle ainsi qu’en témoignent les extraits. Je devrais peut-être le relire.

Il a reçu le prix du roman FNAC 2003…

 

L’auteur :

 

Pierre Charras, né à Saint-Etienne en 1945, est un acteur, écrivain, et traducteur d’anglais. Il a publié plusieurs romans dont « Monsieur Henri », prix des deux Magots (1995), « Juste avant la nuit » (1998), « Comédien » (2000) et « Dix-neuf secondes », prix du roman FNAC 2003.

Sa filmographie est intéressante…

Il est décédé en 2014.

 

Extraits :

 

« Malgré son jean, ses grosses chaussures militaires, son blouson de cuir, ses cheveux courts, elle avait une grâce que rien ne peut entamer, qui dure quelques années, entre quatorze et dix-huit ans, le plus souvent. Avant, ce sont des enfants, ensuite ce sont des femmes, mais pendant la parenthèse, elles sont invincibles, inaltérables. Des sortes de déesses antiques. Ou, pour le moins, des Terriennes privilégiées qui auraient reçu des cieux ce cadeau hors de prix : plaire à tout le monde »

 

« Il a beaucoup de mal à classer les adolescents entre quatorze et dix-neuf ans. Comme si, au sortir de l’enfance, ils basculaient tous d’un bloc dans un âge commun. C’est à cause de cette dureté qu’ils ont aujourd’hui, indépendamment de leur milieu social, de l’entente de leurs parents, de leurs expériences intimes. Pendant quelques temps, après qu’ils ont quitté les rêves des premières années et qu’ils échappent encore aux illusions auxquelles les adultes sont bien obligés de se raccrocher pour survivre, ils sont durs, tout droits, héroïques, pourrait-on dire. Ils font bravement face à un avenir menaçant, désespérant, menacé. »

 

Il sent chez lui, parfois, une carence en haine. Car c’est reposant la haine, c’est naturel, c’est la plus grande pente. Comment expliquer, sinon, qu’elle soit si répandue ? Emmanuel ne hait personne. Cela ne veut pas dire qu’il a de la sympathie pour tout le monde, mais, enfin, il y a de quoi s’inquiéter.

 

Ça a commencé après la mort de Benoît. Emmanuel s’est perçu un jour comme imaginaire. Comme si celui qu’il voyait dans le miroir, qu’il lavait, qu’il habillait, qu’il nourrissait bouchée après bouchée, ce n’était pas lui mais encore Benoît. Cet effacement du corps, c’est son deuil, peut-être.

 

Personne ne semble avoir remarqué le sac. Emmanuel pense, amusé, qu’il pourrait bien contenir une bombe et il a presque envie de crier « attention » … mais il imagine la suite, lorsqu’on s’apercevra que le sac ne renferme que des chaussures de course et un short. Comme ils auront honte, tous, d’avoir eu peur et comme ils chercheront à noyer leur malaise en se retournant contre le messager.

 

 

Oui, comme ils se moqueront de lui, alors ! La moquerie, c’est bien ce qui le terrifie le plus. Comme tous les enseignants sans doute. Lorsqu’ils montent sur l’estrade, gagnent leur bureau et affrontent leur auditoire, ils préfèreraient n’importe quoi à une moquerie. Un coup de feu, de couteau. Une bombe, oui, justement. Plutôt mourir qu’avoir honte.

 

 

Lu en juillet 2013