« Les raisons du cœur » de Jean-Paul Enthoven

Je me suis lancée dans la lecture du livre dont je vous parle aujourd’hui, parce que le résumé était tentant et également pour découvrir un auteur que je ne connaissais que de nom, et via les potins mondains :

Résumé de l’éditeur :

Par quelle alchimie une peine de cœur peut-elle se transformer en accident cardiaque  ?
Que se passe-t-il secrètement dans un cœur ardent et vivant qui, d’un coup, se brise  ?
Tel est le mystère que tente d’éclaircir ce récit véridique, drolatique et fantasmagorique.
On y croise des balles de tennis et le chat de Schrödinger, des femmes fatales et un héros virgilien, une Thunderbird rutilante et des effluves d’outremer, Françoise Sagan et Michel Berger, des amitiés salvatrices, quelques doses de morphine et des souvenirs embrouillés de rêves.

Une saison en enfer ? Un aller-retour dans le néant ? Certainement pas.

Voici plutôt la confession d’un homme allégé, réconcilié, détaché, libéré, qui choisit d’en finir avec sa part de comédie.

 Et de se raconter, soudain, à cœur ouvert.

Ce que j’en pense :

Jean-Paul est victime d’un accident cardiaque sur le court de tennis, alors qu’il est concentré le rebond de la « baballe » que lui renvoie avec dextérité son ami Archibald, négociant en soja plus ou moins transgénique.

Il se retrouve aux urgences, clinique privée, bien-sûr, et un chirurgien « réputé » et très imbu de lui-même est invité à le prendre en charge : un écrivain a droit à des égards, voire des passe-droits…

Le Grand Ponte s’autoproclame le Paganini du cœur ! et profite du statut d’écrivain de l’auteur pour qu’il lui arrange un rendez-vous avec Amélie Nothomb qu’il affectionne sans jamais avoir lu une ligne de ses livres, uniquement pour son look, notamment son chapeau. Ou encore pour se faire dédicacer le dernier livre car sa femme a beaucoup aimé le côté partouze, et qui voudrait qu’on lui propose des « parties fines » …

Dans la chambre voisine, un acteur célèbre (dont on ignore le nom) dérange le personnel tout le temps, beugle qu’il faut le soulager, et ne pense qu’au « minou des infirmières…

Notre patient apprend qu’il est un « vivant-mort » car son cœur s’est arrêté pendant un nombre d’heures impressionnant. Pendant ses moments d’inconscience, il fait des rencontres, discutent avec d’autres morts célèbre : Michel Berger, Marcel Proust, Françoise Sagan… Que du beau monde, on est entre gens de la bonne société, ainsi que son père, ses anciennes femmes et maitresses… Rencontres qui vont d’ailleurs se poursuivre pendant qu’on le place sous morphine, avec la Mort en personne, naturellement…

Au début, le récit m’a intéressée, je m’attendais à une réflexion sur la mort qui peut tomber sur l’homme sans crier gare, et la manière dont on évolue en y réchappant, une approche philosophico-spirituelle et bien non, c’est raté. Entre le chirurgien qui se prend pour Dieu ou pour Paganini, un auteur qui fait de la promotion au passage pour don dernier livre qui n’a pas très bien marché, son fils qui lui a brisé le cœur, ou du moins l’aorte, cela finit par ne plus être drôle du tout.

« Parle-moi de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse », tendance à la victimisation, « mon fils m’a brisé le cœur avec son dernier livre et depuis je suis fâché avec lui » … On a même droit à la visite de BHL, Bernard LesVies comme il l’appelle, entre deux voyages en Afghanistan, ou ailleurs pour sauver le monde…

C’est le premier livre de Jean-Paul Enthoven que je lis et ce n’est pas l’enthousiasme débordant, en plus j’avais dans les oreilles « Raphaël, quatre consonnes et trois voyelles », en gros je me suis sentie en position de voyeur… L’auteur se raconte à cœur ouvert sur les conseils de BHL qui lui dit de prendre des notes, et lui laisse même le magnétophone dont il ne sépare jamais…

J’espère que Balzac, Zweig et Dostoïevski vont se précipiter à mes côtés le jour où cela m’arrivera, mais ce n’est pas sûr … En tout cas, une chose est certaine, je dois être atteinte du « syndrome de Padura » (eh oui, il n’y a pas que le syndrome de Stendhal) car depuis que j’ai refermé « Poussière dans le vent », aucune plume ne trouve grâce à mes yeux!

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur…

#Lesraisonsducoeur #NetGalleyFrance

4-5/10

Extraits :

A chaque course, mon corps me précède. Il choisit mes gestes et mes réflexes sans me consulter. Je lui obéis. J’ai confiance. J’approuve par principe les mouvements qu’il m’impose. D’une manière générale, mon corps décide avant moi. Ça m’a toujours rendu la vie plus facile Plus intelligente…

Michel a été mon premier mort. Enfin, le premier qui, dans ma vie, fût mort avant l’heure. Mes autres morts, mes morts d’avant lui, étaient parti aux horaires corrects et prévisibles. Mais, c’est grâce à Michel que j’ai admis la possibilité des grands départs que rien n’annonce…

Excellent, Marcel pour les bobos de l’amour ! Si ça ne passe pas, on essaiera Fitzgerald, Tchekhov, Baudelaire, tu verras, ça hiérarchise les malheurs, ça dégage les bronches, ça « élargit le cœur » comme disait cette fofolle de Madame de La Fayette qui n’est pas vraiment mon genre… Moi, la romance, la poésie, ça m’a souvent guérie … Françoise Sagan qui vient le visiter dans son état de vivant-mort

Je suis ébloui. Pétrifié. Plongé dans des secondes qui ont chacune la densité d’une vie. Le temps instille son premier tic-tac d’horloge dans mon corps qui jusque-là se confondait avec l’éternité de l’eau ou des cailloux…

Plusieurs dizaines d’amis et d’ennemis, informés de ma situation par le tam-tam urbain, ont envoyé des messages. Tout le monde m’aime, c’est officiel. Même ceux qui me détestent.

… et vous pouvez être fier parce que ça n’arrive pas à tout le monde d’être vivant-mort pendant quelques heures…

Recevoir la visite de Marcel au sortir de ma mort provisoire était un privilège. J’ai été heureux de vérifier que mon héros ressemblait en tous points, pour l’œil et l’oreille, à l’individu que j’ai toujours imaginé. Je suis heureux, aussi, qu’il connaisse ma mère. Rien ne m’interdit de supposer qu’ils se fréquentent désormais…

L’article est intitulé Des peines de cœur aux problèmes cardiaques. Serais-je concerné ? Car c’est, assure mon maestro, un phénomène très rare, mais bien réel, et repéré vingt ans plus tôt par un Japonais. On appelle ça le syndrome de tako-tsubo…

… Cette « cardiopathie de stress », se déclenche, dit-on, après une rupture très violente, la perte d’un être cher, une mise au chômage, la perte d’un être cher, une mélancolie inédite, un deuil, un conflit familial…Était-ce mon cas ?

J’ai fini par comprendre que les êtres sont des mosaïques sans cesse inachevées. Et qu’ils se persuadent selon leur fantaisie qu’il leur manque un morceau, une bribe, un « punctum », sans lequel leur identité mosaïque serait à jamais en manque et inachevée.

Lu en novembre 2021