Publié dans Littérature américaine, Science fiction

« Élévation » de Stephen King

Petit détour par la SF, aujourd’hui avec ce dernier opus de Stephen King :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Dans la petite ville de Castle Rock, les rumeurs circulent vite. Trop vite.

C’est pourquoi Scott Carey ne veut confier son secret à nul autre que son ami le docteur Bob Ellis. Car avec ou sans vêtements, sa balance affiche la même chose, et chaque jour son poids diminue invariablement. Que se passera-t-il quand il ne pèsera plus rien ?

Scott doit également faire face à un autre problème : les chiens de ses nouvelles voisines ont décidé que sa pelouse était le lieu idéal pour faire leurs besoins. Entre le couple et Scott, la guerre est déclarée. Mais lorsqu’il comprend que le comportement des habitants de Castle Rock, y compris le sien, envers les deux femmes mariées met en péril le restaurant qu’elles ont ouvert en ville, il décide de mettre son « pouvoir » à contribution pour les aider.

Un roman joyeux, exaltant et teinté de tristesse.

 

Ce que j’en pense

 

L’histoire de Scott est très belle : atteint de surpoids, il monte rarement sur la balance, mais brutalement il se met à perdre du poids de manière incompréhensible : les chiffres baissent alors qu’il continue à mal se nourrir, et en plus, cela ne se voit pas, son corps reste le même, il entre toujours dans ses habits. Cela laisse son ami le doc, avec lequel il joue au tennis, perplexe et inquiet.

Il vit seul, avec son chat, car sa femme est partie et il ne s’en remet pas si bien que cela. De surcroît, ses relations avec ses voisines lesbiennes qui sont mariées et tiennent un restaurant, ne sont pas au beau fixe : elles vont courir laissant leurs chiens en liberté, lesquels vont faire leurs crottes sur sa pelouse.

Il en résulte une prise de bec, car l’une des deux a un caractère de cochon et nie les faits, il va donc surveiller et les prendre sur le fait.

Stephen King raconte de belle manière la chute des kilos, les angoisses de Scott qui veut absolument que les relations de voisinage soient bonnes, mais que faire quand Deirdre le rabroue sans cesse. Certes, c’est difficile pour les deux femmes : les gens se moquent d’elles, boycottent leur restaurant, l’homophobie bat son plein.

La perte de poids a des avantages, Scott se sent léger, sait que l’horloge tourne, il finira par ne plus rien peser… Il se paye le luxe d’une course à pied, affrontant Deirdre qui est une ancienne championne, doublant au passage des concurrents qui se moquent de « cet obèse » qui ose se confronter aux sportifs au corps svelte !

Mine de rien, l’auteur dénonce tous les travers de l’Amérique profonde : raciste, homophobe, grossophobe… et comme la vie serait légère sinon… il ne tombe jamais dans la caricature, alors que son propos vise Donald Trump au passage !

A force de le délester de ses kilos, le corps évolue différemment comme en apesanteur, ou comme Icare voulant s’approcher du soleil, plus rien ne pèse sur la vie de Scott, ce qui permet à Stephen King de faire des référencer à la mort…

Quel plaisir de retrouver Stephen King que j’avais un peu délaissé depuis la lecture de 22/11/63… Ce roman m’a énormément plu, même si le ton est différent des autres romans de l’auteur, on reste dans le fantastique. Le titre m’a beaucoup plus : on s’élève avec le héros, car cette « élévation » du corps suggère aussi celle de l’esprit et l’histoire se termine en feu d’artifice.

En outre, ce roman est « illustré » : des dessins nous sont proposés pour illustrer chacun des chapitres rendant la lecture encore plus savoureuse.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Le Livre de Poche pour m’avoir permis de découvrir de roman.

#Elevation #NetGalleyFrance

♥ ♥ ♥ ♥

Extraits

 

Je connais bien le syndrome d’évitement de la balance : je l’ai rencontré pendant toute ma carrière. J’ai aussi vu l’inverse : les pesées compulsives, en général chez les boulimiques ou les anorexiques. Tu n’as pas vraiment l’air de l’un ou l’autre.

 

Scott se rappelait sa joie quand il avait enfin trouvé le courage de monter sur la balance au début du mois. Son ravissement, même. Perdre du poids régulièrement depuis le préoccupait, oui, mais pas tant que ça. C’était le truc des vêtements qui avait changé la préoccupation en peur…

 

Le temps est invisible. Contrairement au poids.

Quoique, peut-être, n’était-ce pas vrai. On sentait le poids, oui – quand on avait trop, cela rendait « traînasson » – mais n’était-ce pas principalement, comme le temps, une création humaine ? Les aiguilles de l’horloge, les chiffres de la balance n’étaient-ils pas seulement les instruments d’une tentative de mesure des forces invisibles ayant des effets visibles ? Un faible effort pour circonscrire une réalité plus vaste, au-delà de ce que les simples humains considéraient comme telle ?

 

Allumant son ordinateur, il déplaça le Jour Zéro au 15 mars. Il avait peur – ne pas avoir peur aurait été de l’inconscience – mais il était aussi curieux. Et autre chose encore, heureux ?  Était-ce cela ? Oui. C’était sans doute dingue, mais il était heureux. Il se sentait sans conteste privilégié. Ça, c’était dingue, dirait le docteur Bob, mais Scott jugeait cette impression sensée. Pourquoi se lamenter de ce qu’on ne pouvait changer ? Pourquoi ne pas l’accepter ?

 

Scott n’avait jamais été aussi heureux de sa vie. Quoique le mot heureux fût trop faible : ce qu’il découvrait en explorant les limites ultimes de sa résistance, c’était un autre monde.

Tout mène là, songea-t-il. A cette élévation. Si c’est ce qu’on ressent quand on meurt, on devrait se réjouir de partir.

 

Tout le monde devrait connaître cela, songea-t-il, et peut-être est-ce le cas à la fin ? Peut-être tout le monde s’élève-t-il au moment de mourir ?

 

Lu en mai 2019