Publié dans Littérature française, Polars

« Un lieu incertain » de Fred Vargas

Un petit passage par le polar, dans le cadre de l’opération « Neurones au repos » avec un opus de Fred Vargas:

 

Un lieu incertain de Fred Vargas

 

Quatrième de couverture:

« – Bien, dit Clyde-Fox en se rechaussant. Sale histoire. Faites votre job, Radstock, allez voir ça. C’est un tas de vieilles chaussures posées sur le trottoir. Préparez votre âme. Il y en a une vingtaine peut-être, vous ne pouvez pas les manquer.

– Ce n’est pas mon job, Clyde-Fox.

– Bien sûr que si. Elles sont alignées avec soin, les pointes dirigées vers le cimetière. Je vous parle évidemment de la vieille grille principale.

– Le vieux cimetière est surveillé la nuit. Fermé pour les hommes et pour les chaussures des hommes.

– Eh bien elles veulent entrer tout de même, et toute leur attitude est très déplaisante. Allez les regarder, faites votre job.

– Clyde-Fox, je me fous que vos vieilles chaussures veuillent entrer là-dedans.

– Vous avez tort, Radstock. Parce qu’il y a les pieds dedans. Il y eut un silence, une onde de choc désagréable.

Une petite plainte sortit de la gorge d’Estalère, Danglard serra les bras.

Adamsberg arrêta sa marche et leva la tête. »

 

Ce que j’en pense:

Il  y a très longtemps que je n’avais pas lu un polar de Fred Vargas, en fait je n’ai lu que « Debout les morts » et surtout « Pars vite et reviens tard », il y a très longtemps…

L’intrigue est loufoque: le commissaire Adamsberg, flanqué de son fidèle Danglard et d’Estalère, haut en couleurs lui aussi, sont partis trois jours en colloque à Londres, et découvre, avec leur collègue anglais, Radstock, des chaussures avec les pieds à l’intérieur, face  au cimetière de Highgate, de triste renommée.

De retour à Paris, une affaire sordide les attend: un corps entièrement écrabouillé sur lequel le tueur s’est acharné. Bien-sûr, il y aura un lien entre les deux et l’auteur va nous faire voyager jusqu’en Serbie sur la trace des vampires.

Je me suis bien amusée, car plus c’est gros et tordu, plus on a tendance à s’accrocher et  ne plus vouloir lâcher le livre. On retrouve un commissaire Adamsberg avec sa mémoire bizarre, sa manière d’associer les idées toujours aussi particulière, alors que son collègue Danglard est un puits de sciences, avec au passage quelques pourris dans la hiérarchie et une suspicion de complot…

J’aime bien la manière dont Fred Vargas nous emmène sur des pistes différentes, noyant un peu le poisson au passage, opposant les modes de fonctionnement de la pensée des vieux deux compères et la partie consacrée à la Serbie est assez drôle, avec Dracula, Nosferatu et autres comparses.

Je préfère les polars nordiques, les plumes de Indridason ou Adler-Ölsen, néanmoins, j’ai passé un bon moment…

 

Extraits:

Il y a des chose, dit Radstock, pendant que Danglard traduisait en simultané, que l’homme n’est pas apte à concevoir tant qu’un autre homme n’a pas eu l’idée saugrenue de les réaliser. Mais une fois cette chose effectuée, bonne ou mauvaise, elle pénètre dans le patrimoine de l’humanité. Utilisable, reproductible et même surpassable. P 17

Ainsi  que le lui avait expliqué Adamsberg, l’énergie que dépensait Danglard pour résoudre les questions et curer les cuvettes était vaine. Car dès qu’une cuvette était assainie, elle libérait de l’espace pour en créer d’autres, emplies de nouvelles questions taraudantes. A s’en occuper sans cesse, il empêchait la sédimentation tranquille et le comblement naturel des excavations par l’oubli. P 34

Toute chose très belle ou très laide abandonne un fragment d’elle dans les yeux de ceux qui regardent. On sait cela. C’est d’ailleurs comme cela qu’on les reconnaît. P 46

On cherche une cause extérieure à sa souffrance, et plus dure est las souffrance, plus grande doit être la cause. Ici la souffrance du tueur est immense. Et la réponse est prodigieuse. P 263

A chacun de ses pas, ses idées montaient et descendaient en vrac, comme il en avait l’habitude, poissons plongeant dans l’eau, remontant en surface, qu’il n’essayait pas d’attraper. Il avait toujours fait ainsi avec les poissons qui flottaient dans son crâne, il les avait toujours laissés libres de nager à leur guise, d’effectuer leur danse rythmée par le choc de ses pas. P 305

 

Lu en septembre 2017

 

 

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Publié dans Littérature suédoise, Polars

« Cyanure » de Camilla Läckberg

Je n’avais plu rien à lire, en attendant de récupérer les livres que j’avais réservés à la bibliothèque, alors, pour meubler les quelques heures qui restaient,  j’ai choisi le plus petit, un qui traînait sur mes étagères depuis des lustres:

Cyanure de Camilla Läckberg

 

Quatrième de couverture:

Quelques jours avant Noël, Martin Molin, le collègue de Patrick Hedström, accompagne sa petite amie Lisette à une réunion de famille sur une île au large de Fjällbacka. Mais, au cours du premier repas, le grand-père, un richissime magnat de l’industrie, leur annonce une terrible nouvelle avant de s’effondrer terrassé. Dans son verre, Martin décèle une odeur faible mais distincte d’amande amère. Une odeur de meurtre. Une tempête de neige fait rage, l’île est isolée du monde et Martin décide de mener l’enquête. Commence alors un patient interrogatoire que va soudain troubler un nouveau coup de théâtre…

Offrant une pause à son héroïne Erica Falck, Camilla Läckberg livre un polar familial délicieusement empoisonné.

Ce que j’en pense:

Nullissime! Soit, l’auteure devait avoir besoin de se reposer entre deux polars consacrés à Erica (que je supporte plus et que j’ai abandonnée depuis) mais là, elle se moque de ses lecteurs.

Une famille bourgeoise qui relève de la psychiatrie, une histoire capillotractée, un inspecteur dépassé… il y a plus de suspense dans la quatrième de couverture que dans le récit. Certes, j’avais quelques heures à tuer, mais j’ai bien failli y laisser ma peau!

Quand je pense au nombre d’arbres sacrifiés pour éditer des romans, cela me…  fend le cœur, pour ne pas tomber dans la vulgarité.

Je viens de récupérer « La tresse » de Lætitia Colombani, « Dans une coque de noix » de Ian McEwan et « Écoute la pluie » de Michèle Lesbre, je vais pouvoir me rattraper…

 

Extrait: 

Ça sentait de nouveau la neige. Noël était dans moins d’une semaine et le mois de décembre avait déjà apporté son lot de froid et de flocons. Pendant plusieurs semaines, une glace épaisse avait recouvert la mer, mais le redoux de ces derniers jours l’avait rendu fragile et traîtresse…..

 

Lu en août 2017

Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Hypothermie » de Arnaldur Indridason

Un petit détour par le polar et l’Islande, histoire de se rafraîchir un peu en cette période de canicule avec:

Hypothermie Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture:

Au bout de la corde bleutée, le cadavre de Maria. Un suicide? Erlendur n’y croit pas. Il rouvre le dossier. La vie de la jeune femme est un théâtre d’ombres: médiums, insomnies glacées, terreurs nocturnes, les morts vivaient à ses côtés. Quand e »lle était enfant, son père s’est noyé sous ses yeux. En Islande, on murmure que les secrets les mieux gardés demeurent au fond des lacs.

« Il planait sur elle comme une ombre menaçante. »

Ce que j’en pense:

j’ai retrouvé avec plaisir un de mes inspecteurs préférés, taciturne à souhait, pour ne pas dire mélancolique.

Une enquête sur un pseudo-suicide, truffée d’expérience de mort imminente, avec une jeune femme, Maria, hantée par la mort accidentelle de son père quand elle était enfant, (chute et noyade dans un lac), surprotégée par une mère toxique qui vient de mourir d’un cancer et qui « voyait » apparaître sa mère dont elle attendait un signe de l’au-delà… Le décor est planté.

On rajoute une expérience de mort provoquée pendant quelques minutes par hypothermie entraînant un arrêt cardiaque et que l’on ramène à la vie ensuite pour avoir une description de cette fameuse mort imminente (vous savez le tunnel, la lumière…) effectuée par des étudiants en médecine plutôt barges…

On pimente le tout avec des disparitions survenues trente plus tôt, un vieil homme à l’agonie qui aimerait savoir pourquoi son fils a pu disparaître ainsi et que notre ami Erlendur voudrait voir partir en paix car les disparitions le hantent au fil des enquêtes, lui-même ne s’étant pas remis de la disparition de son petit-frère dans un tempête de neige alors qu’il était enfant.

On a donc tous les ingrédients pour faire une bonne histoire, en évoquant au passage le problème des suicides en Islande et les croyances qui poussent les gens à avoir recours aux médiums, et toujours en toile de fond les problèmes familiaux de notre inspecteur, rongé par la culpabilité qui ne vit que par et pour son travail.

J’ai pris du plaisir à lire ce polar, mais je me suis sentie frustrée car je l’ai trouvé moins bon que les précédents et j’ai compris tout de suite, donc pas de grands frissons. On se laisse porter par l’histoire et le voyage autour des lacs, dans ce pays qui me fascine, le fait d’évoquer tempêtes de neige, lacs gelés, (les noms des lacs, des lieux sont déjà un voyage en eux-même) cela permet d’oublier la canicule et de laisser les neurones se prélasser, avant d’entamer la lecture des les livres de la rentrée littéraire…

Une mention spéciale pour la manière dont la mère de Maria doit prouver à sa fille qu’elle bien au paradis: elle se manifeste en faisant tomber de la bibliothèque le premier volume de la « Recherche du temps perdu », ouvert à une page particulière bien entendu.

Extrait:

Trouver un extrait dans un polar n’est jamais simple, il faut donner une idée de l’ambiance, sans dévoiler l’intrigue, donc:

Maria n’avait pas raconté au médium que, quelques mois après que sa mère avait fait ses adieux à cette vie, elle s’était mise à avoir des visions très nettes qui ne l’effrayaient aucunement, en dépit de sa grande peur du noir. Leonora lui était apparue dans l’embrasure de la porte de la chambre à coucher, dans le couloir ou, encore, elle la voit assise sur le bord de son lit…

… Elle savait également que les recherches sur le phénomène indiquaient que c’était son esprit, ce fameux œil intérieur, qui les suscitaient. C’était une intellectuelle, elle ne croyait pas aux fantômes…

… Au fil du temps, Maria fut convaincue que ses visions étaient nettement plus que de simples illusions, que son esprit, sa dépression et l’adversité suscitaient en elle. A une certaine époque, elles avaient été tellement réelles qu’elle avait eu l’impression qu’elles lui venaient d’un monde parallèle, en dépit de ce qu’affirmait la science.Elle s’était graduellement mise à croire à la possibilité d’un tel monde. P 77 et 78

Lu en août 2017

 

Publié dans Littérature Australienne, Littérature contemporaine, Polars

« Canicule » de Jane Harper

C’est un commentaire enthousiaste de Lydia qui a éveillé ma curiosité pour ce livre:

Canicule de Jane Harper

 

 

Quatrième de couverture:

Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Écrasée par le soleil, terrassée par une sécheresse sans précédent. Sa poussière. Son bétail émacié. Ses fermiers désespérés.
Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ? C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste :
« Luke a menti. Tu as menti. Sois présent aux funérailles… »
Revenir à Kiewarra est la dernière chose dont Aaron a envie. Trop vives sont encore les blessures de son départ précipité des années auparavant. Trop dangereux le secret qu’il a gardé pendant tout ce temps. Mais Aaron a une dette, et quelqu’un a décidé que le moment est venu de la payer…
Ce que j’en pense:
J’ai beaucoup aimé ce polar que j’ai dévoré, canicule oblige: trente sept degrés chez moi, c’est quand même plus supportable que la sécheresse en Australie…
Décrivant de manière hyper réaliste le quotidien de ces fermiers accablés par la chaleur, qui voit leur bétail mourir, Jane Harper sait admirablement bien brouiller les pistes, alternant les morts actuels: Luke, sa femme et son fils avec une mort ancienne, celle d’Ellie, l’amie d’enfance d’Aaron et Luke.
S’agit-il du meurtre commis sur sa femme par Luke, sur fond de désespoir, qui finit par se suicider ensuite ou y a t-il eu un crime commis par une tierce personne? Étant donné le passé tumultueux de Luke toutes les spéculations sont permises…
J’aime bien ce style d’enquête alliant un meurtre en cours et un « cold case » et  Jane Harper excelle à entretenir le suspense, faussant les pistes, sur fond de drame des fermiers, étranglés financièrement, certains voulant maintenir les autres sous leur emprise, sur fond d’alcoolisme…
Extraits:
Falk songea à cette photo. Luke, Gretchen, lui. Et Ellie Deacon, avec ses cheveux châtain foncé et ses yeux noirs. Inséparables tous les quatre, comme on peut l’être quand on est adolescent, que l’on croit que les amis sont des âmes sœurs et que ces liens seront éternels.
C’est ça le drame avec les problèmes d’argent, c’est contagieux. Les fermiers n’ont pas de fric à dépenser dans les magasins, les commerces font faillite et, du coup, il y a encore moins de gens qui ont de l’argent à dépenser dans les magasins. Apparemment, ils sont tombés comme des dominos.
Sa propre naïveté le terrassa tel un accès de folie. Comment avait-il pu s’imaginer que l’eau fraiche coulait encore près de ces fermes quand une bonne partie de leur bétail gisait mort dans les champs? Comment avait-il pu se contenter de hocher bêtement la tête en entendant le mot sécheresse répété à l’infini, sans que jamais ne lui vienne à l’esprit l’idée que la rivière était à sec?
Certes, il avait pour habitude de tenir les gens à distance, de se faire des connaissances plutôt que des amis. Mais cela valait beaucoup mieux que de voir à nouveau l’un d’eux flotter à la surface d’une rivière, boursouflé, les membres brisés, à un jet de pierres de sa propre maison.
La mort modifie rarement les sentiments qu’on éprouve pour quelqu’un. Et quand c’est le cas, la plupart du temps, elle ne fait que les renforcer.
Lu en juillet 2017
Publié dans Littérature américaine, Polars

« Le chirurgien » de Tess Gerritsen

Un petit moment de détente avec un polar:

Le chirurgien de Tess Gerritsen

 

Quatrième de couverture:

Boston, de nos jours. Des jeunes femmes sont retrouvées à leur domicile, après avoir été torturées et tuées. Même modus operandi que celui d’un serial killer ayant sévi en Géorgie trois ans auparavant.

Pour Jane Rizzoli et son équipier Thomas Moore, cette enquête s’annonce déroutante: le tueur en question est mort, tué par sa dernière victime. Cette dernière, aujourd’hui médecin reconnu, a refait sa vie à Boston, justement…

Rizzoli et le très intègre « Saint Thomas » vont tout faire pour éviter que « le Chirurgien » n’opère à nouveau…

Ce que j’en pense:

Ayant apprécié la série télé « Rizzoli et Isles », j’ai eu envie de découvrir le premier opus de l’auteure.

J’ai apprécié ce polar car l’intrigue est intéressante et rondement menée: un serial killer qui neutralise des femmes, pour se livrer à une dissection alors qu’elle sont pleinement consciente, afin de leur ôter leur utérus, car cela le stimule sexuellement, c’est peu commun, même si cela donne la chair de poule.

Tess Gerritsen choisit un style de narration que j’aime bien en général, en alternant le déroulement des faits et les cogitations du tueur, fasciné par les sacrifices de femmes, avec des références aux meurtres rituels dans les civilisations antiques, notamment le sacrifice aux Dieux d’Iphigénie par son père Agamemnon…

On découvre Jane Rizzoli, qui n’est encore que simple inspecteur, seule femme dans une équipe d’hommes où le machisme règne en maître: remarques sexistes, tampax dans la bouteille d’eau minérale…

On a droit également au gentil flic, Thomas Moore, veuf inconsolable, que ses collègues appellent « Saint Thomas », qui s’entend plutôt bien avec Jane, et tombe amoureux de la victime, à l’inévitable bavure qui nécessite une mise sur la touche pour enquête…

Un livre au rythme soutenu, une enquête qui suit plusieurs directions, avec plusieurs meurtres de femmes, avec une victime principale , chirurgienne urgentiste, qui s’épuise au travail, et qui voit la menace se rapprocher alors qu’elle avait tué son agresseur, trois ans auparavant: imitateur?

Ce livre, qui a été écrit en 2001, tient encore bien la route, mais j’ai préféré la série télé, plus soft, car se faire disséquer l’utérus en pleine conscience, c’est quand même dur, on souffre en lisant.   J’aimais bien auparavant, les histoires de tueurs en série trash, machiavéliques, avec les experts en ADN, les profileurs, mais je préfère maintenant les polars nordiques, ou psychologiques. Donc, pas sûr que je continue d’explorer l’univers de Tess Gerritsen.

Extraits:

Moore plongea à contrecœur sa main gantée dans la blessure, en explorant les côtés de la plaie avec les doigts. La chair était fraiche après plusieurs heures de réfrigération. Cela lui rappela l’impression qu’on avait en enfonçant la main dans une carcasse de dinde pour farfouiller  à la recherche des abats. Cette fouille de la partie la plus intime de l’anatomie d’une femme était un véritable viol. Il évita de regarder le visage d’Elena Ortiz. C’était la seule façon de considérer sa dépouille mortelle avec détachement, la seule façon de se concentrer sur ce qu’on lui avait fait subir froidement. Il manque l’utérus, dit-il… P 18

Tu entres dans la chambre. Les fins rideaux, une simple cotonnade imprimée sans doublure, laissent filtrer la lumière des réverbères, qui tombe sur le lit. Sur la jeune femme endormie. Tu t’attardes certainement un moment pour la regarder, savourer le plaisir de la tâche qui t’attend. Parce qu’elle t’est agréable n’est-ce pas? Ton excitation ne cesse de croître. La sensation se répand dans tes veines comme une drogue, agaçant tous tes nerfs, au point que le bout de tes doigts finit par palpiter. P 27

 

Lu en juillet 2017

 

Publié dans Littérature française, Polars

« Vertige » de Franck Thilliez

Petit voyage au pays du polar par ces temps de canicule avec :

 

Vertige de Franck Thilliez

 

Résumé de l’éditeur

Un homme se réveille au fond d’un gouffre, au cœur d’un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d’infortune.Il est enchaîné au poignet, l’un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d’un masque effroyable, qui explosera s’il s’éloigne des deux autres.Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s’imposera, impérieuse : jusqu’où faut-il aller pour survivre ?

Ce que j’en pense:

Une histoire rondement menée. certes, on comprend très vite que ces trois personnages ne sont pas coincés par hasard dans cette grotte, glaciaire, et glaciale. On les voit évoluer, s’unir pour gérer la survie, même si tout le monde ne joue pas le jeu, celui qui semble là par hasard au début n’est pas si innocent que cela.

Voyage intéressant au pays des extrêmes, de la survie dans les conditions difficiles de l’escalade, le vertige que procure une arrivée au sommet quand on a tenter de dépasser ses limites, le tout accompagné de petits textes sympathiques.

Par contre, la maltraitance du chien, le canibalisme presque banalisé, la brutalité du thème, la jalousie, les femmes qui sont à conquérir comme des sommets de l’ Everest ou autre, cela m’a soulevé le cœur…

Certes, ce livre se dévore comme les autres romans de Thilliez que j’ai lus, mais il y a des limites quand même…

Extraits:

D’un coup sec, je lève le gobelet, l’araignée sent l’appel d’air et se rétracte. Elle est bien réelle, elle, au moins. Quel animal fascinant. Réussir à vivre dans un environnement si rigoureux. Je joue un peu avec elle, la laisse fuir, la piège, elle glisse sur mes doigts, danse du bout de ses pattes. J’ai l’impression que sous les lueurs bleues des flammes, elle me salue, qu’elle applaudit même, parfois. Je me surprends à parler seul, et me rends vite compte du danger de la situation. Ce n’est pas bon signe et le pire, c’est que j’en ai conscience. Je vais mal, je me sens mal.

C’est souvent au bout de nos forces, quand le filet de notre existence s’échappe par nos lèvres entrouvertes, que nous réalisons à quel point la vie est précieuse, et que, pour la plupart des gens, mourir glorieux ne vaut pas tant que de vivre en ayant essayé.

Lu en juin 2017

Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Hiver arctique » : Arnaldur Indridason

Petit détour dans le monde des polars nordiques avec:

Hiver arctique Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture:

Comment peut-on poignarder un enfant? Au cœur de l’hiver arctique, en Islande, un garçon d’origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné. Il avait dix ans. Crime raciste? Le commissaire Erlendur mène l’enquête, s’acharne et s’embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s’obstine à survivre dans une nature hostile. L’absurdité du mal ordinaire lui échappe…

Ce que j’en pense:

J’aime bien faire un tour de temps en temps en Islande avec le commissaire Erlendur, avec ici l’hiver rude qui s’installe, les vents qui s’intensifient, le verglas, la neige…

Le meurtre du petit garçon, retrouvé étendu sur le verglas, poignardé, ramène le  souvenir de la mort de son petit frère, alors qu’ils s’étaient perdus dans la tempête, il y a longtemps, mort dont il se sent toujours responsable. Cette enquête s’avère difficile car l’auteur brouille les pistes: acte raciste, acte pédophile, le tout parasité par les étranges coups  de fil qu’ Erlendur reçoit et qu’il attribue à une femme ayant disparu depuis quelques semaines. Y a-t-il un lien?

Arnaldur Indridason parvient, une nouvelle fois, à parler, durant cette enquête des problèmes sociaux de son pays: les mariages mixtes entre des femmes thaïlandaises et des hommes islandais, qu’ils soient par amour ou pour obtenir la nationalité et des répercussions qu’ils peuvent provoquer : rejet par une certaine partie de la population raciste qui a peur que « la race pure » disparaisse un jour à cause du métissage…

Il évoque aussi le problème des enfants: ceux qui s’adaptent, travaillent à l’école comme Elias, comprenant que maitriser la langue est la condition de l’adaptation réussie, et ceux comme son frère Niran arrivé plus âgé et qui, nostalgique de son pays d’origine, veut continuer à parler sa langue et entretenir le culte de sa culture et traîne avec d’autres enfants thaïlandais…

Au passage, quel rôle a pu jouer Niran dans cette tragédie, étant donné qu’il a mystérieusement disparu?

L’auteur évoque aussi l’attitude des enseignants dans l’apprentissage de la langue et l’Histoire du pays d’accueil,  avec un professeur d’Islandais, gloire déchue du sport,  facho, ouvertement raciste, mais chien qui aboie mord-il? …

Arnaldur Indridason nous raconte au passage, des détails sur la vie du commissaire, ses problèmes relationnels avec ses enfants, (il n’a rien d’un super héros et cela me plaît bien) mais aussi de ses collègues: Sigurdur Oli et ses réticences vis-à-vis de l’adoption qui créent des tensions dans son couple, Elinborg qui se culpabilise car elle devrait être au chevet de sa fille malade…

J’ai bien aimé ce polar car il n’y a pas d’hémoglobine au litre, au contraire le récit est   sobre et axé sur la psychologie sociale et ce commissaire Erlendur me plaît beaucoup; de plus, l’auteur nous démontre au passage que racisme et intolérance sont présents dans toutes les sociétés et en plus l’Islande est un pays qui me fascine et que je rêve de visiter…

Extraits

Il alla s’asseoir dans son fauteuil. Il était souvent resté ainsi assis dans le noir à regarder par la grande fenêtre de la salle à manger. Quand il était dans cette position, il ne voyait rien d’autre à sa fenêtre que le ciel infini. Parfois, les étoiles scintillaient dans le calme des nuits d’hiver. Parfois, il regardait la lune qui passait devant sa fenêtre dans toute sa splendeur, froide et inaccessible… P 112

 

… Ce ne fut qu’alors, au moment où il se trouva plongé dans la tranquillité nocturne de sa salle à manger, seul avec lui-même, qu’il comprit combien la découverte du petit garçon au pied de l’immeuble l’avait ébranlé. Erlendur ne pouvait s’empêcher de penser à son propre frère, à la blessure que la mort avait laissée derrière elle et qu’il n’était jamais parvenue à refermer. Depuis cette époque, il avait toujours été rongé par la culpabilité car il lui semblait être responsable du destin de son petit frère. P 113

Un bref article y mentionnait le danger de disparition qui menaçait les Islandais comme race nordique d’ici une centaine d’années à la suite de métissage constant qu’ils subissaient. On y élaborait une stratégie de riposte: on préconisait un arsenal de lois compliquant l’accès à la nationalité, on émettait même l’idée de fermer les frontières à toute immigration… P 216

 

Lu en juin 2017

Publié dans Littérature américaine, Polars

« Tu me manques » : Harlan Coben

Dans la famille polar, voici un autre genre avec :

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Quatrième de couverture

Kat Donovan est flic à New York. Comme son père, comme son grand-père avant elle, presque comme une malédiction familiale.

Kat est jeune, plutôt mignonne, mais célibataire. Alors, quand la renversante Stacy, sa meilleure amie, l’inscrit sur un site de rencontres, Kat cède, se connecte, surfe… et tombe soudain sur Jeff, son premier amour. Celui qui l’a quittée sans un mot juste après le meurtre de son père, il y a dix-huit ans. Après un premier contact froid, étrange, le doute s’installe. Qui est-il vraiment ?

Au même moment, un adolescent vient lui faire des révélations troublantes. Des révélations qui télescopent les apparences, ébranlent les certitudes et font ressurgir un effroyable passé…

 

Ce que j’en pense

C’est une lecture due au hasard, ce polar traînait sur une étagère, pendant les vacances, et comme je n’avais jamais lu l’auteur…

Cette enquête montre le danger des sites de rencontre avec un pervers, proxénète dont le job est devenu moins lucratif à cause des réseaux sociaux et qui passe à la drague sur un site de rencontre, pour ferrer des gens riches en quête de l’âme sœur. Le plan est donc : enlèvement, séquestration, piratage de données et meurtres.

Parmi les personnages, on trouve un ado féru d’informatique dont la mère a disparu alors qu’elle venait de rencontrer l’homme de sa vie et qui tente d’attirer l’attention de la police qui ne le prend pas au sérieux d’où la rencontre avec une femme flic Kat.

Kat dont le père a été tué dans des conditions douteuses : le meurtre a été avoué par un mafieux emprisonné à vie dont la mort d’un cancer la pousse à reprendre l’enquête car il y a trop de zones d’ombres.

Son amie, qui l’a inscrite sur le site de rencontre : « JustMyType.com » car Kat n’a pas fait le deuil de son amour de jeunesse Jeff qui l’a quitté brusquement et a disparu des écrans radars.

Quand on voit comment on peut utiliser des comptes Facefook qui ont été stoppés ou des sites internet où l’on ne publie plus rien pour usurper des identités, cela me rend encore plus parano…

Harlan Coben multiplie les récits, les histoires s’entremêlent plutôt bien, ce qui fait de polar une lecture agréable qu’on n’a pas envie de lâcher car le suspense est bien entretenu mais je suis un peu déçue, je m’attendais à mieux de la part de l’auteur qui semble avoir un fan club enthousiaste…  J’en lirai peut-être un autre pour ne pas avoir de regrets…

 

Extraits

La vérité n’avait rien à voir là-dedans. Plutôt que de se montrer tel qu’on était, on décrivait celui qu’on croyait être ou qu’une éventuelle partenaire pourrait imaginer qu’on soit. Plus vraisemblablement, ces profils reflétaient ce qu’on avait envie d’être. P 19

Titus en avait eu assez du milieu de la prostitution. Ce monde devenait dangereux, rempli d’écueils mais aussi source d’ennui. Dès qu’on réussissait quelque part, le moindre abruti aux penchants ultra-violents voulait sa part du gâteau. La mafia débarquait les fainéants voyaient ça comme de l’argent facile : on abuse d’une fille désespérée, on la met sur le trottoir, on ramasse les gains. Internet qui avait réduit tant d’intermédiaires au chômage, avait également rogner sur le rôle des proxénètes, les putes proposaient maintenant leurs services en ligne et les petits macs se faisaient avaler par les gros « consolidateurs  » (sic) comme les quincailleries de papa par une grande chaîne de bricolage. La prostitution n’était plus un business rentable, les risques l’emportaient sur les bénéfices. P 275

L’amour rend aveugle certes, mais moins que le désir d’être aimé. P 373

 

Lu en février 2017

Publié dans Polars

« Mort à la Fenice » de Donna LEON

 

Je vous parle aujourd’hui d’une lecture de vacances avec ce polar

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Quatrième de couverture

Fin d’entracte à la Fenice. Les minutes passent, le silence devient pesant. Le directeur du théâtre a du mal à maîtriser sa voix : « Y-a-t-il u médecin dans la salle ? » Le maestro a été assassiné en pleine représentation. Aussitôt dépêché sur les lieux, le commissaire Brunetti conclut rapidement à un empoisonnement au cyanure. Dans les coulisses de l’opéra, il découvre l’envers du décor.

Ce que j’en pense

Ce polar m’a permis de faire enfin la connaissance du commissaire Brunetti, tout en parcourant dans ses pas les rues et les canaux de Venise, les coulisses de l’opéra et son atmosphère.

L’auteure décrit très bien la magie de Venise, et aborde de belle manière le milieu de la musique, avec Wellauer, ce chef d’orchestre considéré comme le génie de son époque et qui s’avère être pervers narcissique, dans les grandes largeurs, homophobe, ancien nazi.

On fait la connaissance des autres personnages : la cantatrice, la femme du chef bien plus jeune que lui, le metteur en scène…

J’ai bien aimé Brunetti, ce commissaire normal (comme dirait un certain président) pas un homme déjanté comme dans certains polars, marié à une fille de comte richissime qui peut lui ouvrir certaines portes, ses enfants ados… bref, il a les problèmes de tout le monde ce qui le rend attachant , il progresse de façon rigoureuse dans son enquête et se sert de « ses petites cellules grises » comme dirait Hercule Poirot.

Je n’ai pas été happé par le suspens (qui est très relatif) mais l’histoire m’a plu ainsi que le côté secret de chaque personnage et l’importance des ragots dans la Sérénissime.

Extraits

Comment se faisait-il qu’ils devinaient toujours ce que vous alliez leur annoncer ? Était-ce le ton, ou bien une sorte d’instinct animal qui leur faisait entendre « mort » dans la voix qui leur apportait la nouvelle ?

Jadis capitale des plaisirs de tout un continent, Venise n’était plus qu’une ville de province somnolente plongée dans un quasi-coma après neuf ou dix heures du soir. Pendant les mois d’été, elle pouvait s’imaginer revenue au temps de sa splendeur galante, tant que les touristes payaient et que le beau temps se prolongeait ; mais, en hiver, elle n’était plus qu’une vieille mémère fatiguée, seulement désireuse de se couler de bonne heure sous sa couette et de laisser ses rues désertées aux chats et au passé.

Ces heures étaient cependant celles où Venise était la plus séduisante, pour Brunetti, les heures où lui, pur Vénitien, sentait le plus vivement la présence de son ancienne gloire. L’obscurité de la nuit dissimulait la mousse qui envahissait les marches des palais, le long du grand canal, faisait disparaître les fissures des églises et les plaques d’enduit manquantes aux façades des bâtiments publics.  Comme beaucoup de femmes d’un certain âge, la ville avait besoin de cet éclairage trompeur pour donner l’illusion de sa beauté évanouie. P 41

Et comment se faisait-il que lorsque régnait l’affection, on comprenait tout de ses enfants, et plus rien dès qu’ils étaient en colère ? P 203

Lu en février 2017

Publié dans Polars

« l’homme du lac »: Arnaldur Indridason

Pour changer, je vous parle aujourd’hui d’un polar, dévoré l’espace d’un week-end, petite pause de récupération entre deux autres romans :

 lhomme-du-lac-arnaldur-indridason

 

Quatrième de couverture

Il dormait au fond d’un lac depuis soixante ans. Il aura fallu un tremblement de terre pour que l’eau se retire et dévoile son squelette, lesté par un émetteur radio recouvert d’inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacés. Qui est donc l’homme du lac ? L’enquête révélera au commissaire Erlendur le destin tragique d’étudiants islandais confrontés aux rouages implacables de la Stasi.

« L’enquête policière n’est chez Indridason qu’un prétexte à une réflexion souvent féroce sur la société islandaise, ses dérives et ses travers. » Le Magazine littéraire

 

Ce que j’en pense

J’ai passé un bon moment avec l’inspecteur Erlendur, héros fatigué, toujours empêtré dans ses problèmes familiaux, son équipe dans une enquête qui, en elle-même est plutôt lente mais intéressante.

Un lac qui se vide à la suite d’un tremblement de terre laissant apparaître un squelette relié à un appareil de transmission datant de l’époque soviétique, des personnes portées disparues sans que les enquêtes de l’époque aient été vraiment approfondies… on concluait facilement au suicide dans ce pays où les journées s’étirent indéfiniment en été…

Indridason utilise l’enquête pour régler ses comptes avec le passé de l’Islande, notamment les méthodes d’espionnage mises en place par l’ex RDA : on attribuait des bourses à des étudiants islandais appartenant au parti communiste et une fois arrivés à Leipzig, on les manipulait pour qu’ils dénoncent les faits et gestes de leurs copains.

En plus des cours, ils étaient obligés, sous peine de sanctions, de travailler dans les champs, les usines ou la restauration de l’Allemagne en ruines, et de participer à toutes les réunions…

Le PC était actif à l’époque, car certains Islandais ne supportaient pas les bases militaires américaines installées sur l’île et tout le monde espionnait tout le monde ou presque d’intelligence avec l’ennemi. C’était l’époque de la guerre froide.

Une belle évocation des méthodes de la Stasi, des pouvoirs de manipulation, du lavage de cerveau et du traitement accordé à ceux qui commençaient à réfléchir par eux-mêmes, voire de révolter, avec une histoire d’amour. C’est ce que j’ai préféré dans ce polar.

Je me souviens de la révolte à Hongrie et l’entrée des chars soviétiques pour la mater : nous étions suspendus aux infos pour tenter de savoir comme la situation évoluait et la chape de plomb qui a mis fin à l’espoir… cela paraît très loin, très abstrait pour les plus jeunes, mais cela a existé et qui sait ce que l’avenir peut apporter…

J’aime beaucoup la manière dont Indridason met en lumière l’Islande : la société, l’histoire du pays à travers ses polars éveillant la curiosité du lecteur, l’envie d’en apprendre davantage.

 

Extraits

Il avait commencé par disserter sur l’adhésion des étudiants aux idéaux tout en rappelant les quatre objectifs des études universitaires : inculquer le marxisme aux étudiants, les rendre socialement actifs, les inciter à prendre part au travail social organisé par les jeunesses communistes et former une classe de gens qui deviendraient ensuite des spécialistes dans leurs domaines respectifs.

Après l’émerveillement initial de leur séjour à Leipzig, quand la réalité leur était apparue, les Islandais avaient discuté de la situation. Tomas s’était fait sa propre conception des choses sur cette société de surveillance, ce qu’on appelait « surveillance réciproque » et qui consistait pour chaque citoyen à observer les autres et à dénoncer les comportements ou les opinions contraires à l’esprit socialiste.

J’ai toujours eu l’impression que la version est-allemande du socialisme n’était qu’une prolongation du nazisme. Certes, les gens vivaient sous la botte soviétique mais j’ai eu très vite le sentiment que le socialisme de là-bas était juste une autre version du nazisme.

 

Lu en février 2017