Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Betty » Arnaldur Indridason

Je vous parle aujourd’hui d’un roman noir, pour changer un peu avec :

 Betty Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture

Quand j’ai rencontré Betty, j’ai su que ma via allait basculer. Elle était magnétique et fatale.

J’aurais tout donné pour elle. J’ai même accepté de travailler pour son mari. Mais maintenant, c’est moi qui suis derrière les barreaux. Aux yeux de tous, je suis coupable de meurtre. Parce que, si l’amour se joue à trois, il y en a toujours un de trop.

Ce que j’en pense

Cette lecture se voulait un petit sas entre deux romans plutôt durs et en fait, ce fut une petite déception…

Ce roman d’Arnaldur Indridason est en fait un « one shot » pour employer l’expression consacrée, où l’on ne retrouve ce cher Erlendur, pas plus que ses fidèles adjoints.

Il s’agit d’un roman noir, axé sur un trio amoureux où le troisième devient un obstacle à éliminer. On sait que le crime a eu lieu et que le coupable est en cours d’interrogatoire et le but est de réaliser tous les évènements qui ont conduit à cet acte, une autopsie, en quelque sorte.

J’avais beaucoup aimé cet exercice entrepris par Elizabeth George dans « Anatomie d’un crime », donc le sujet avait tout pour me plaire, mais, ici, cela n’a pas fonctionné.

J’ai aimé l’étude de l’auteur sur la perversion dans la relation amoureuse, le déni dans lequel s’enferme l’héroïne et les raisons pour lesquelles elle s’y enferme, mais on reste trop dans le schéma de victimisation, de relation mère-fille toxique, et malgré un rebondissement (P 133) qui vient corser un peu l’histoire je suis restée sur ma faim.

Je pourrais réaliser « l’autopsie d’une déception », mais ce serait de l’énergie gaspillée pour rien.  Je commence à croire que je deviens difficile… toujours est-il que passer après « L’art de perdre » et « La Muette » a été préjudiciable à Indridason à qui je laisserai encore une chance quand même.

Donc place au livre suivant qui n’est autre que « Bakhita » de Véronique Olmi.

 

Extraits

C’est curieux comme il est facile de commettre une erreur lorsqu’on est au courant de rien. Ce n’est même pas une erreur, tant qu’on ne se rend compte de rien et que c’est beaucoup plus tard que l’on comprend ce qui s’est passé ; tant qu’on ne regarde pas en arrière et qu’on ne voit pas pourquoi ni comment tout cela s’est produit. P 9

 

Pourquoi fait-on le choix de ne pas voir les dangers alors qu’ils sont devant notre nez ? Est-ce que c’est ça l’amour ? Est-ce que c’est pour ça que l’amour rend aveugle ?

Ces questions se bousculent dans mon esprit pendant toutes ces longues nuits et exigent des réponses que je n’ai pas parce qu’il faudrait m’interroger moi-même plus à fond que je ne le désir. Qui entreprendrait d’examiner sa vie au microscope ? Qui en aurait le courage ?  Personne ne peut supporter d’aller au fond de soi sans s’apitoyer ou être complaisant envers soi. Celui qui dit le contraire est un menteur. P 89

Lu en novembre 2017

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Publié dans Littérature islandaise, Polars

« La rivière noire »: Arnaldur Indridason

Petit détour par le polar avec:

La riviere noire de Arnaldur Indridason

Quatrième de couverture

Le sang a séché sur le parquet, le tapis est maculé. Égorgé, Runolfur porte le T-shirt de la femme qu’il a probablement droguée et violée avant de mourir. Sa dernière victime serait-elle son assassin ? Pas de lutte, pas d’arme. Seul un châle parfumé aux épices gît sur le lit. L’inspectrice Elinborg enquête sur cet employé modèle qui fréquentait salles de sport et bars… pour leur clientèle féminine.

« Il n’a pas été capable de se protéger. Il a connu lui-même les effets du traitement qu’il infligeait »

Ce que j’en pense

Traversant une période difficile sur le plan familial, j’avais besoin d’une lecture facile qui ne prenne pas la tête : c’est chose faite.

Runolfur est retrouvé assassiné chez lui, le pantalon baissé, le torse revêtu d’un T-Shirt trop petit pour lui, probable trophée qu’il a dérobé à sa victime, pour affirmer sa toute-puissance… seul indice : le châle retrouvé sous le lit imprégné d’une forte odeur d’épices qui va réveiller les papilles d’Elinborg, chargée de l’enquête et grande amatrice de Tandoori… (un fin limier donc!!!)

Notre homme a-t-il été assassiné par la dernière femme qu’il a violée et qui a disparu ? Ou est-ce beaucoup plus compliqué ?

Ce polar d’un auteur que j’apprécie particulièrement, m’a permis de passer un bon moment, abordant un thème qui marche toujours : le viol sous psychotrope, ici le « Rohypnol ».

L’inspecteur Erlendur est absent de cette enquête assez rondement menée par Elinborg, et je dois dire qu’il m’a manqué…

J’ai bien aimé la manière dont Elinborg gère sa famille, ses ados dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont peu sympathiques avec elle, exception faite de la petite Théodora, enfant    surdouée, écumant les bibliothèques.

La magie de l’Islande fonctionne toujours mais ce polar ne laissera probablement pas une trace indélébile dans ma mémoire. Un bon moment où mes neurones ont pratiqué le bronzage et le farniente. J’espère qu’il n’agit d’une petite baisse de forme d’Arnaldur Indridason et j’attends le retour d’Erlendur.

Il est vrai que lire ce roman juste après « Cette étrange chose en moi » d’Orhan Pamuk n’était pas la meilleure idée. Néanmoins, j’ai eu une grosse envie de restaurant indien tout au long de ce polar…

Extraits

Elinborg savait que les viols sous l’emprise de cette drogue étaient des affaires très complexes. On n’en décelait aucune trace dans le sang ni dans les urines. Le poison avait en général disparu de l’organisme au moment où la victime était examinée, mais elle présentait toutefois un certain nombre de signes attestant du fait que son violeur l’avait droguée : perte de mémoire, présence de sperme dans les voies vaginales, contusions diverses sur le corps. P 30

                                                             * * *

Elinborg inspira profondément le châle ne laine de couleur violette. Elle sentit l’odeur âcre de la fumée de cigarette, le parfum féminin et, son collègue avait parfaitement raison, elle y décelait clairement une épice qu’elle connaissait très bien…

… Enfin, il s’agit plutôt d’un mélange. Un mélange indien. On dirait bien que… cela me fait penser à du tandoori. Il me semble que c’est l’odeur du tandoori. P 32

Lu en novembre 2017

Publié dans Littérature italienne, Polars

« La fille dans le brouillard » de Donato Carrisi

Je vous parle aujourd’hui d’un livre choisi lors de la dernière opération « Masse critique » :

 La Fille dans le brouillard de Donato Carrisi

 

Quatrième de couverture

Anna Lou est une jeune fille exemplaire.

Alors pourquoi aurait-elle fugué la veille de Noël ?

Ou serait-ce un kidnapping ? Mais qui lui voudrait du mal dans son paisible village des Alpes ?

Le commandant Vogel, star de la police, est envoyé sur place. Entouré de sa horde de caméras, il piétine.

Aucune piste, aucun indice ne s’offre à lui.

Devant ses fans, il ne peut pas perdre la face.

Vogel résister a-t-il à la pression de son public qui réclame un coupable ?

Ce que j’en pense

C’est le premier roman de Donato Carrisi que je lis. Jusqu’ici, j’avais toujours repoussé car je redoutais la violence…

Une jeune fille sans histoires, transparente même, a disparu, dans un village un peu paumé, dans une famille étrange, pieuse, pratiquante, mais façon secte : elle a beaucoup d’interdits de la part de sa mère, adepte de lois drastiques qu’elle instaure elle-même, au nom de Dieu, et qui n’ont rien de spirituel, avec des jeûnes un peu fantaisistes entre autres. En fait, cette gamine n’a droit à aucun plaisir ; elle est obligée de tenir un deuxième journal intime car sa mère lit le premier, dans son dos !

 Plus que l’intrigue elle-même, c’est la manière dont l’auteur aborde le rôle des médias, qui veulent vendre de l’image choc à tout prix, faire le buzz comme on dit de nos jours, le tout orchestré par Vogel, un flic tordu, manipulateur qui n’hésite pas à fabriquer des preuves pour imposer sa théorie et mettre en scène les évènements:

« A ce moment-là, Vogel mit son plan à exécution. D’abord, il missionna deux de ses hommes pour acheter des bougies et des lampions, ainsi qu’une douzaine de chats en peluche. Puis, il envoya quelques agents en civil poser ces objets sur un muret devant chez les Kastner. Maintenant, il fallait attendre. » P 73

Lors de cette enquête, il ne s’agit plus de répertorier les faits, rechercher les preuves. Non, pas du tout, on désigne le coupable et on monte la population contre lui, on fait ingurgiter des tonnes d’informations (ou plutôt de désinformations !) aux gens qui ne sont plus capables en penser par eux-mêmes et se laissent imbiber par tous ces matraquages.

Donato Carrisi décrit bien la société actuelle, branchée en permanence, où l’on veut être vu, à la télé ou autre : être célèbre à tout prix pour être sûr qu’on existe, à l’heure où la téléréalité est omniprésente !

Il pose aussi une question : y a-t-il un manipulateur en chacun de nous, car personne n’est blanc, en fait dans cette histoire.

Au cours de cette lecture, on pense forcément à l’affaire du petit Gregory, aux rancœurs qui peuvent s’accumuler dans les petits villages, où tout le monde surveille tout le monde, aux fuites d’informations…

Bonne pioche donc, car une fois commencé ce roman se lit de façon addictive et le suspense est présent jusqu’à la dernière ligne et un grand merci à Babelio et aux éditions « le livre de poche », en particulier à Ninon qui se reconnaîtra…

Extraits

… Parce qu’il n’y avait rien de pire qu’un cadeau qui n’arrive pas à son destinataire. Le bonheur qu’il contient pourrit lentement, contaminant tout autour de lui. P 32

                                                                 * * *

La télévision avait cet effet-là. Comme si les mots et les gestes prenaient une consistance nouvelle.

Autrefois, elle se contentait de reproduire la réalité, maintenant, c’était le contraire. Elle la rendait tangible, consistante. P 43

                                                                 * * *

Mais, dès que les projecteurs sont pontés sur nous, quelque chose se passe. Soudain, on découvre qu’on aime ne plus être l’individu anonyme qu’on croyait être. Du jour au lendemain, on y prend goût. On se sent différent des autres, « spécial » et on voudrait que cette sensation ne s’arrête pas, qu’elle dure pour toujours. P 72

                                                                 * * *

Un crime bien raconté générait d’excellents résultats en termes d’audience et rapportait des millions en sponsors et publicité, le tout avec un minimum de moyens. P 81

                                                                 * * *

Un roman, un film, un jeu vidéo où tout va bien n’intéresse personne… Rappelez-vous, c’est le méchant qui fait l’histoire. P 124

                                                                 * * *

Les gens ne cherchent pas la justice, ils veulent un coupable. Pour donner un nom à la peur, pour se sentir en sécurité. Pour continuer de croire que tout va bien, qu’il y a toujours une solution. P 194

Lu en octobre 2017

Publié dans Littérature française, Polars

« Un lieu incertain » de Fred Vargas

Un petit passage par le polar, dans le cadre de l’opération « Neurones au repos » avec un opus de Fred Vargas:

 

Un lieu incertain de Fred Vargas

 

Quatrième de couverture:

« – Bien, dit Clyde-Fox en se rechaussant. Sale histoire. Faites votre job, Radstock, allez voir ça. C’est un tas de vieilles chaussures posées sur le trottoir. Préparez votre âme. Il y en a une vingtaine peut-être, vous ne pouvez pas les manquer.

– Ce n’est pas mon job, Clyde-Fox.

– Bien sûr que si. Elles sont alignées avec soin, les pointes dirigées vers le cimetière. Je vous parle évidemment de la vieille grille principale.

– Le vieux cimetière est surveillé la nuit. Fermé pour les hommes et pour les chaussures des hommes.

– Eh bien elles veulent entrer tout de même, et toute leur attitude est très déplaisante. Allez les regarder, faites votre job.

– Clyde-Fox, je me fous que vos vieilles chaussures veuillent entrer là-dedans.

– Vous avez tort, Radstock. Parce qu’il y a les pieds dedans. Il y eut un silence, une onde de choc désagréable.

Une petite plainte sortit de la gorge d’Estalère, Danglard serra les bras.

Adamsberg arrêta sa marche et leva la tête. »

 

Ce que j’en pense:

Il  y a très longtemps que je n’avais pas lu un polar de Fred Vargas, en fait je n’ai lu que « Debout les morts » et surtout « Pars vite et reviens tard », il y a très longtemps…

L’intrigue est loufoque: le commissaire Adamsberg, flanqué de son fidèle Danglard et d’Estalère, haut en couleurs lui aussi, sont partis trois jours en colloque à Londres, et découvre, avec leur collègue anglais, Radstock, des chaussures avec les pieds à l’intérieur, face  au cimetière de Highgate, de triste renommée.

De retour à Paris, une affaire sordide les attend: un corps entièrement écrabouillé sur lequel le tueur s’est acharné. Bien-sûr, il y aura un lien entre les deux et l’auteur va nous faire voyager jusqu’en Serbie sur la trace des vampires.

Je me suis bien amusée, car plus c’est gros et tordu, plus on a tendance à s’accrocher et  ne plus vouloir lâcher le livre. On retrouve un commissaire Adamsberg avec sa mémoire bizarre, sa manière d’associer les idées toujours aussi particulière, alors que son collègue Danglard est un puits de sciences, avec au passage quelques pourris dans la hiérarchie et une suspicion de complot…

J’aime bien la manière dont Fred Vargas nous emmène sur des pistes différentes, noyant un peu le poisson au passage, opposant les modes de fonctionnement de la pensée des vieux deux compères et la partie consacrée à la Serbie est assez drôle, avec Dracula, Nosferatu et autres comparses.

Je préfère les polars nordiques, les plumes de Indridason ou Adler-Ölsen, néanmoins, j’ai passé un bon moment…

 

Extraits:

Il y a des chose, dit Radstock, pendant que Danglard traduisait en simultané, que l’homme n’est pas apte à concevoir tant qu’un autre homme n’a pas eu l’idée saugrenue de les réaliser. Mais une fois cette chose effectuée, bonne ou mauvaise, elle pénètre dans le patrimoine de l’humanité. Utilisable, reproductible et même surpassable. P 17

Ainsi  que le lui avait expliqué Adamsberg, l’énergie que dépensait Danglard pour résoudre les questions et curer les cuvettes était vaine. Car dès qu’une cuvette était assainie, elle libérait de l’espace pour en créer d’autres, emplies de nouvelles questions taraudantes. A s’en occuper sans cesse, il empêchait la sédimentation tranquille et le comblement naturel des excavations par l’oubli. P 34

Toute chose très belle ou très laide abandonne un fragment d’elle dans les yeux de ceux qui regardent. On sait cela. C’est d’ailleurs comme cela qu’on les reconnaît. P 46

On cherche une cause extérieure à sa souffrance, et plus dure est las souffrance, plus grande doit être la cause. Ici la souffrance du tueur est immense. Et la réponse est prodigieuse. P 263

A chacun de ses pas, ses idées montaient et descendaient en vrac, comme il en avait l’habitude, poissons plongeant dans l’eau, remontant en surface, qu’il n’essayait pas d’attraper. Il avait toujours fait ainsi avec les poissons qui flottaient dans son crâne, il les avait toujours laissés libres de nager à leur guise, d’effectuer leur danse rythmée par le choc de ses pas. P 305

 

Lu en septembre 2017

 

 

Publié dans Littérature suédoise, Polars

« Cyanure » de Camilla Läckberg

Je n’avais plu rien à lire, en attendant de récupérer les livres que j’avais réservés à la bibliothèque, alors, pour meubler les quelques heures qui restaient,  j’ai choisi le plus petit, un qui traînait sur mes étagères depuis des lustres:

Cyanure de Camilla Läckberg

 

Quatrième de couverture:

Quelques jours avant Noël, Martin Molin, le collègue de Patrick Hedström, accompagne sa petite amie Lisette à une réunion de famille sur une île au large de Fjällbacka. Mais, au cours du premier repas, le grand-père, un richissime magnat de l’industrie, leur annonce une terrible nouvelle avant de s’effondrer terrassé. Dans son verre, Martin décèle une odeur faible mais distincte d’amande amère. Une odeur de meurtre. Une tempête de neige fait rage, l’île est isolée du monde et Martin décide de mener l’enquête. Commence alors un patient interrogatoire que va soudain troubler un nouveau coup de théâtre…

Offrant une pause à son héroïne Erica Falck, Camilla Läckberg livre un polar familial délicieusement empoisonné.

Ce que j’en pense:

Nullissime! Soit, l’auteure devait avoir besoin de se reposer entre deux polars consacrés à Erica (que je supporte plus et que j’ai abandonnée depuis) mais là, elle se moque de ses lecteurs.

Une famille bourgeoise qui relève de la psychiatrie, une histoire capillotractée, un inspecteur dépassé… il y a plus de suspense dans la quatrième de couverture que dans le récit. Certes, j’avais quelques heures à tuer, mais j’ai bien failli y laisser ma peau!

Quand je pense au nombre d’arbres sacrifiés pour éditer des romans, cela me…  fend le cœur, pour ne pas tomber dans la vulgarité.

Je viens de récupérer « La tresse » de Lætitia Colombani, « Dans une coque de noix » de Ian McEwan et « Écoute la pluie » de Michèle Lesbre, je vais pouvoir me rattraper…

 

Extrait: 

Ça sentait de nouveau la neige. Noël était dans moins d’une semaine et le mois de décembre avait déjà apporté son lot de froid et de flocons. Pendant plusieurs semaines, une glace épaisse avait recouvert la mer, mais le redoux de ces derniers jours l’avait rendu fragile et traîtresse…..

 

Lu en août 2017

Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Hypothermie » de Arnaldur Indridason

Un petit détour par le polar et l’Islande, histoire de se rafraîchir un peu en cette période de canicule avec:

Hypothermie Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture:

Au bout de la corde bleutée, le cadavre de Maria. Un suicide? Erlendur n’y croit pas. Il rouvre le dossier. La vie de la jeune femme est un théâtre d’ombres: médiums, insomnies glacées, terreurs nocturnes, les morts vivaient à ses côtés. Quand e »lle était enfant, son père s’est noyé sous ses yeux. En Islande, on murmure que les secrets les mieux gardés demeurent au fond des lacs.

« Il planait sur elle comme une ombre menaçante. »

Ce que j’en pense:

j’ai retrouvé avec plaisir un de mes inspecteurs préférés, taciturne à souhait, pour ne pas dire mélancolique.

Une enquête sur un pseudo-suicide, truffée d’expérience de mort imminente, avec une jeune femme, Maria, hantée par la mort accidentelle de son père quand elle était enfant, (chute et noyade dans un lac), surprotégée par une mère toxique qui vient de mourir d’un cancer et qui « voyait » apparaître sa mère dont elle attendait un signe de l’au-delà… Le décor est planté.

On rajoute une expérience de mort provoquée pendant quelques minutes par hypothermie entraînant un arrêt cardiaque et que l’on ramène à la vie ensuite pour avoir une description de cette fameuse mort imminente (vous savez le tunnel, la lumière…) effectuée par des étudiants en médecine plutôt barges…

On pimente le tout avec des disparitions survenues trente plus tôt, un vieil homme à l’agonie qui aimerait savoir pourquoi son fils a pu disparaître ainsi et que notre ami Erlendur voudrait voir partir en paix car les disparitions le hantent au fil des enquêtes, lui-même ne s’étant pas remis de la disparition de son petit-frère dans un tempête de neige alors qu’il était enfant.

On a donc tous les ingrédients pour faire une bonne histoire, en évoquant au passage le problème des suicides en Islande et les croyances qui poussent les gens à avoir recours aux médiums, et toujours en toile de fond les problèmes familiaux de notre inspecteur, rongé par la culpabilité qui ne vit que par et pour son travail.

J’ai pris du plaisir à lire ce polar, mais je me suis sentie frustrée car je l’ai trouvé moins bon que les précédents et j’ai compris tout de suite, donc pas de grands frissons. On se laisse porter par l’histoire et le voyage autour des lacs, dans ce pays qui me fascine, le fait d’évoquer tempêtes de neige, lacs gelés, (les noms des lacs, des lieux sont déjà un voyage en eux-même) cela permet d’oublier la canicule et de laisser les neurones se prélasser, avant d’entamer la lecture des les livres de la rentrée littéraire…

Une mention spéciale pour la manière dont la mère de Maria doit prouver à sa fille qu’elle bien au paradis: elle se manifeste en faisant tomber de la bibliothèque le premier volume de la « Recherche du temps perdu », ouvert à une page particulière bien entendu.

Extrait:

Trouver un extrait dans un polar n’est jamais simple, il faut donner une idée de l’ambiance, sans dévoiler l’intrigue, donc:

Maria n’avait pas raconté au médium que, quelques mois après que sa mère avait fait ses adieux à cette vie, elle s’était mise à avoir des visions très nettes qui ne l’effrayaient aucunement, en dépit de sa grande peur du noir. Leonora lui était apparue dans l’embrasure de la porte de la chambre à coucher, dans le couloir ou, encore, elle la voit assise sur le bord de son lit…

… Elle savait également que les recherches sur le phénomène indiquaient que c’était son esprit, ce fameux œil intérieur, qui les suscitaient. C’était une intellectuelle, elle ne croyait pas aux fantômes…

… Au fil du temps, Maria fut convaincue que ses visions étaient nettement plus que de simples illusions, que son esprit, sa dépression et l’adversité suscitaient en elle. A une certaine époque, elles avaient été tellement réelles qu’elle avait eu l’impression qu’elles lui venaient d’un monde parallèle, en dépit de ce qu’affirmait la science.Elle s’était graduellement mise à croire à la possibilité d’un tel monde. P 77 et 78

Lu en août 2017

 

Publié dans Littérature Australienne, Littérature contemporaine, Polars

« Canicule » de Jane Harper

C’est un commentaire enthousiaste de Lydia qui a éveillé ma curiosité pour ce livre:

Canicule de Jane Harper

 

 

Quatrième de couverture:

Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Écrasée par le soleil, terrassée par une sécheresse sans précédent. Sa poussière. Son bétail émacié. Ses fermiers désespérés.
Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ? C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste :
« Luke a menti. Tu as menti. Sois présent aux funérailles… »
Revenir à Kiewarra est la dernière chose dont Aaron a envie. Trop vives sont encore les blessures de son départ précipité des années auparavant. Trop dangereux le secret qu’il a gardé pendant tout ce temps. Mais Aaron a une dette, et quelqu’un a décidé que le moment est venu de la payer…
Ce que j’en pense:
J’ai beaucoup aimé ce polar que j’ai dévoré, canicule oblige: trente sept degrés chez moi, c’est quand même plus supportable que la sécheresse en Australie…
Décrivant de manière hyper réaliste le quotidien de ces fermiers accablés par la chaleur, qui voit leur bétail mourir, Jane Harper sait admirablement bien brouiller les pistes, alternant les morts actuels: Luke, sa femme et son fils avec une mort ancienne, celle d’Ellie, l’amie d’enfance d’Aaron et Luke.
S’agit-il du meurtre commis sur sa femme par Luke, sur fond de désespoir, qui finit par se suicider ensuite ou y a t-il eu un crime commis par une tierce personne? Étant donné le passé tumultueux de Luke toutes les spéculations sont permises…
J’aime bien ce style d’enquête alliant un meurtre en cours et un « cold case » et  Jane Harper excelle à entretenir le suspense, faussant les pistes, sur fond de drame des fermiers, étranglés financièrement, certains voulant maintenir les autres sous leur emprise, sur fond d’alcoolisme…
Extraits:
Falk songea à cette photo. Luke, Gretchen, lui. Et Ellie Deacon, avec ses cheveux châtain foncé et ses yeux noirs. Inséparables tous les quatre, comme on peut l’être quand on est adolescent, que l’on croit que les amis sont des âmes sœurs et que ces liens seront éternels.
C’est ça le drame avec les problèmes d’argent, c’est contagieux. Les fermiers n’ont pas de fric à dépenser dans les magasins, les commerces font faillite et, du coup, il y a encore moins de gens qui ont de l’argent à dépenser dans les magasins. Apparemment, ils sont tombés comme des dominos.
Sa propre naïveté le terrassa tel un accès de folie. Comment avait-il pu s’imaginer que l’eau fraiche coulait encore près de ces fermes quand une bonne partie de leur bétail gisait mort dans les champs? Comment avait-il pu se contenter de hocher bêtement la tête en entendant le mot sécheresse répété à l’infini, sans que jamais ne lui vienne à l’esprit l’idée que la rivière était à sec?
Certes, il avait pour habitude de tenir les gens à distance, de se faire des connaissances plutôt que des amis. Mais cela valait beaucoup mieux que de voir à nouveau l’un d’eux flotter à la surface d’une rivière, boursouflé, les membres brisés, à un jet de pierres de sa propre maison.
La mort modifie rarement les sentiments qu’on éprouve pour quelqu’un. Et quand c’est le cas, la plupart du temps, elle ne fait que les renforcer.
Lu en juillet 2017
Publié dans Littérature américaine, Polars

« Le chirurgien » de Tess Gerritsen

Un petit moment de détente avec un polar:

Le chirurgien de Tess Gerritsen

 

Quatrième de couverture:

Boston, de nos jours. Des jeunes femmes sont retrouvées à leur domicile, après avoir été torturées et tuées. Même modus operandi que celui d’un serial killer ayant sévi en Géorgie trois ans auparavant.

Pour Jane Rizzoli et son équipier Thomas Moore, cette enquête s’annonce déroutante: le tueur en question est mort, tué par sa dernière victime. Cette dernière, aujourd’hui médecin reconnu, a refait sa vie à Boston, justement…

Rizzoli et le très intègre « Saint Thomas » vont tout faire pour éviter que « le Chirurgien » n’opère à nouveau…

Ce que j’en pense:

Ayant apprécié la série télé « Rizzoli et Isles », j’ai eu envie de découvrir le premier opus de l’auteure.

J’ai apprécié ce polar car l’intrigue est intéressante et rondement menée: un serial killer qui neutralise des femmes, pour se livrer à une dissection alors qu’elle sont pleinement consciente, afin de leur ôter leur utérus, car cela le stimule sexuellement, c’est peu commun, même si cela donne la chair de poule.

Tess Gerritsen choisit un style de narration que j’aime bien en général, en alternant le déroulement des faits et les cogitations du tueur, fasciné par les sacrifices de femmes, avec des références aux meurtres rituels dans les civilisations antiques, notamment le sacrifice aux Dieux d’Iphigénie par son père Agamemnon…

On découvre Jane Rizzoli, qui n’est encore que simple inspecteur, seule femme dans une équipe d’hommes où le machisme règne en maître: remarques sexistes, tampax dans la bouteille d’eau minérale…

On a droit également au gentil flic, Thomas Moore, veuf inconsolable, que ses collègues appellent « Saint Thomas », qui s’entend plutôt bien avec Jane, et tombe amoureux de la victime, à l’inévitable bavure qui nécessite une mise sur la touche pour enquête…

Un livre au rythme soutenu, une enquête qui suit plusieurs directions, avec plusieurs meurtres de femmes, avec une victime principale , chirurgienne urgentiste, qui s’épuise au travail, et qui voit la menace se rapprocher alors qu’elle avait tué son agresseur, trois ans auparavant: imitateur?

Ce livre, qui a été écrit en 2001, tient encore bien la route, mais j’ai préféré la série télé, plus soft, car se faire disséquer l’utérus en pleine conscience, c’est quand même dur, on souffre en lisant.   J’aimais bien auparavant, les histoires de tueurs en série trash, machiavéliques, avec les experts en ADN, les profileurs, mais je préfère maintenant les polars nordiques, ou psychologiques. Donc, pas sûr que je continue d’explorer l’univers de Tess Gerritsen.

Extraits:

Moore plongea à contrecœur sa main gantée dans la blessure, en explorant les côtés de la plaie avec les doigts. La chair était fraiche après plusieurs heures de réfrigération. Cela lui rappela l’impression qu’on avait en enfonçant la main dans une carcasse de dinde pour farfouiller  à la recherche des abats. Cette fouille de la partie la plus intime de l’anatomie d’une femme était un véritable viol. Il évita de regarder le visage d’Elena Ortiz. C’était la seule façon de considérer sa dépouille mortelle avec détachement, la seule façon de se concentrer sur ce qu’on lui avait fait subir froidement. Il manque l’utérus, dit-il… P 18

Tu entres dans la chambre. Les fins rideaux, une simple cotonnade imprimée sans doublure, laissent filtrer la lumière des réverbères, qui tombe sur le lit. Sur la jeune femme endormie. Tu t’attardes certainement un moment pour la regarder, savourer le plaisir de la tâche qui t’attend. Parce qu’elle t’est agréable n’est-ce pas? Ton excitation ne cesse de croître. La sensation se répand dans tes veines comme une drogue, agaçant tous tes nerfs, au point que le bout de tes doigts finit par palpiter. P 27

 

Lu en juillet 2017

 

Publié dans Littérature française, Polars

« Vertige » de Franck Thilliez

Petit voyage au pays du polar par ces temps de canicule avec :

 

Vertige de Franck Thilliez

 

Résumé de l’éditeur

Un homme se réveille au fond d’un gouffre, au cœur d’un environnement hostile, deux inconnus et son fidèle chien comme seuls compagnons d’infortune.Il est enchaîné au poignet, l’un des deux hommes à la cheville et le troisième est libre, mais sa tête est recouverte d’un masque effroyable, qui explosera s’il s’éloigne des deux autres.Qui les a emmenés là ? Pourquoi ? Bientôt, une autre question s’imposera, impérieuse : jusqu’où faut-il aller pour survivre ?

Ce que j’en pense:

Une histoire rondement menée. certes, on comprend très vite que ces trois personnages ne sont pas coincés par hasard dans cette grotte, glaciaire, et glaciale. On les voit évoluer, s’unir pour gérer la survie, même si tout le monde ne joue pas le jeu, celui qui semble là par hasard au début n’est pas si innocent que cela.

Voyage intéressant au pays des extrêmes, de la survie dans les conditions difficiles de l’escalade, le vertige que procure une arrivée au sommet quand on a tenter de dépasser ses limites, le tout accompagné de petits textes sympathiques.

Par contre, la maltraitance du chien, le canibalisme presque banalisé, la brutalité du thème, la jalousie, les femmes qui sont à conquérir comme des sommets de l’ Everest ou autre, cela m’a soulevé le cœur…

Certes, ce livre se dévore comme les autres romans de Thilliez que j’ai lus, mais il y a des limites quand même…

Extraits:

D’un coup sec, je lève le gobelet, l’araignée sent l’appel d’air et se rétracte. Elle est bien réelle, elle, au moins. Quel animal fascinant. Réussir à vivre dans un environnement si rigoureux. Je joue un peu avec elle, la laisse fuir, la piège, elle glisse sur mes doigts, danse du bout de ses pattes. J’ai l’impression que sous les lueurs bleues des flammes, elle me salue, qu’elle applaudit même, parfois. Je me surprends à parler seul, et me rends vite compte du danger de la situation. Ce n’est pas bon signe et le pire, c’est que j’en ai conscience. Je vais mal, je me sens mal.

C’est souvent au bout de nos forces, quand le filet de notre existence s’échappe par nos lèvres entrouvertes, que nous réalisons à quel point la vie est précieuse, et que, pour la plupart des gens, mourir glorieux ne vaut pas tant que de vivre en ayant essayé.

Lu en juin 2017

Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Hiver arctique » : Arnaldur Indridason

Petit détour dans le monde des polars nordiques avec:

Hiver arctique Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture:

Comment peut-on poignarder un enfant? Au cœur de l’hiver arctique, en Islande, un garçon d’origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné. Il avait dix ans. Crime raciste? Le commissaire Erlendur mène l’enquête, s’acharne et s’embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s’obstine à survivre dans une nature hostile. L’absurdité du mal ordinaire lui échappe…

Ce que j’en pense:

J’aime bien faire un tour de temps en temps en Islande avec le commissaire Erlendur, avec ici l’hiver rude qui s’installe, les vents qui s’intensifient, le verglas, la neige…

Le meurtre du petit garçon, retrouvé étendu sur le verglas, poignardé, ramène le  souvenir de la mort de son petit frère, alors qu’ils s’étaient perdus dans la tempête, il y a longtemps, mort dont il se sent toujours responsable. Cette enquête s’avère difficile car l’auteur brouille les pistes: acte raciste, acte pédophile, le tout parasité par les étranges coups  de fil qu’ Erlendur reçoit et qu’il attribue à une femme ayant disparu depuis quelques semaines. Y a-t-il un lien?

Arnaldur Indridason parvient, une nouvelle fois, à parler, durant cette enquête des problèmes sociaux de son pays: les mariages mixtes entre des femmes thaïlandaises et des hommes islandais, qu’ils soient par amour ou pour obtenir la nationalité et des répercussions qu’ils peuvent provoquer : rejet par une certaine partie de la population raciste qui a peur que « la race pure » disparaisse un jour à cause du métissage…

Il évoque aussi le problème des enfants: ceux qui s’adaptent, travaillent à l’école comme Elias, comprenant que maitriser la langue est la condition de l’adaptation réussie, et ceux comme son frère Niran arrivé plus âgé et qui, nostalgique de son pays d’origine, veut continuer à parler sa langue et entretenir le culte de sa culture et traîne avec d’autres enfants thaïlandais…

Au passage, quel rôle a pu jouer Niran dans cette tragédie, étant donné qu’il a mystérieusement disparu?

L’auteur évoque aussi l’attitude des enseignants dans l’apprentissage de la langue et l’Histoire du pays d’accueil,  avec un professeur d’Islandais, gloire déchue du sport,  facho, ouvertement raciste, mais chien qui aboie mord-il? …

Arnaldur Indridason nous raconte au passage, des détails sur la vie du commissaire, ses problèmes relationnels avec ses enfants, (il n’a rien d’un super héros et cela me plaît bien) mais aussi de ses collègues: Sigurdur Oli et ses réticences vis-à-vis de l’adoption qui créent des tensions dans son couple, Elinborg qui se culpabilise car elle devrait être au chevet de sa fille malade…

J’ai bien aimé ce polar car il n’y a pas d’hémoglobine au litre, au contraire le récit est   sobre et axé sur la psychologie sociale et ce commissaire Erlendur me plaît beaucoup; de plus, l’auteur nous démontre au passage que racisme et intolérance sont présents dans toutes les sociétés et en plus l’Islande est un pays qui me fascine et que je rêve de visiter…

Extraits

Il alla s’asseoir dans son fauteuil. Il était souvent resté ainsi assis dans le noir à regarder par la grande fenêtre de la salle à manger. Quand il était dans cette position, il ne voyait rien d’autre à sa fenêtre que le ciel infini. Parfois, les étoiles scintillaient dans le calme des nuits d’hiver. Parfois, il regardait la lune qui passait devant sa fenêtre dans toute sa splendeur, froide et inaccessible… P 112

 

… Ce ne fut qu’alors, au moment où il se trouva plongé dans la tranquillité nocturne de sa salle à manger, seul avec lui-même, qu’il comprit combien la découverte du petit garçon au pied de l’immeuble l’avait ébranlé. Erlendur ne pouvait s’empêcher de penser à son propre frère, à la blessure que la mort avait laissée derrière elle et qu’il n’était jamais parvenue à refermer. Depuis cette époque, il avait toujours été rongé par la culpabilité car il lui semblait être responsable du destin de son petit frère. P 113

Un bref article y mentionnait le danger de disparition qui menaçait les Islandais comme race nordique d’ici une centaine d’années à la suite de métissage constant qu’ils subissaient. On y élaborait une stratégie de riposte: on préconisait un arsenal de lois compliquant l’accès à la nationalité, on émettait même l’idée de fermer les frontières à toute immigration… P 216

 

Lu en juin 2017