Publié dans Littérature espagnole, Polars

« Le silence de la ville blanche » de Eva Garcia Saenz de Urturi

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui a été proposé sur NetGalley à la demande générale et insistante des lecteurs, libraires et autres :

Résumé de l’éditeur :

Dans la cathédrale de Sainte-Marie à Vitoria, un homme et une femme d’une vingtaine d’années sont retrouvés assassinés, dans une scénographie macabre : ils sont nus et se tiennent la main comme des amoureux alors que les deux victimes ne se connaissaient pas.

Détail encore plus terrifiant : l’autopsie montrera que leur mort a été provoquée par des abeilles mises dans leur bouche. L’ensemble laisse croire qu’il existe un lien avec une série de crimes qui terrorisaient la ville vingt ans auparavant. Sauf que l’auteur de ces actes, jadis membre apprécié de la communauté de Vitoria, est toujours derrière les barreaux. Alors que sa libération conditionnelle est imminente, qui est le responsable de ces nouveaux meurtres et quel est vraiment son but ?

Une certitude, l’inspecteur Unai López de Ayala, surnommé Kraken, va découvrir un tout autre visage de la ville.

Ce que j’en pense :

A Vitoria, dans le pays Basque espagnol, la veille de la Saint Jacques, a lieu la fête de la blouse, prélude à celles de la Vierge blanche (Virgen Blanca) et tout le monde se retrouve dans la rue pour faire la fête. Dans la cathédrale Sainte-Marie, on retrouve deux corps, un homme et une femme assassinés, dans une mise en scène particulière : ils sont nus, se tiennent la main, la main de l’un posée sur le visage de l’autre et réciproquement. Et, petite signature : trois chardons « eguzkilore » en basque, c’est tellement plus joli et mystérieux !

L’enquête va démontrer qu’ils ne se connaissaient pas et qu’ils sont morts à la suite de piqures de guêpes que l’assassin avait pris soin de mettre dans leur bouche, les bâillonnant ensuite par un adhésif, dénué d’empreinte bien-sûr. Cette mise en scène rappelle des meurtres commis vingt ans plus tôt pour lesquels Tasio, archéologue très médiatisé, un des jumeaux d’une famille ayant pignon sur rue et surtout omnipotente alors. C’est Ignacio, policier, le propre frère de Tasio qui a procédé à l’interpellation à l’époque…

Qui peut avoir commis ce crime odieux suivi de plusieurs autres, alors que Tasio doit bientôt sortir de prison ? il faut donc reprendre l’enquête, ce qui sera fait par un tandem d’inspecteurs : Estibaliz Ruiz de Gauna et Unai Lopez de Ayala, alias Kraken, profileur.

« Je me fiais aux impressions d’Estibaliz comme la roue arrière d’un tandem se fie à la roue avant. C’était notre façon de fonctionner, de pédaler ensemble. »

Tous deux sont chapeautés par la sous-commissaire Alba Diaz de la Salvatierra, qui vient juste d’arriver au commissariat.

On se retrouve en pleine immersion dans cette ville de Vitoria, pleine de mystères, au passé prestigieux sur le plan historique, artistique, architectural, et le côté « endogame » comme dit l’auteure, « tous les gens nés à plus de cinquante kilomètres d’ici sont des « étrangers » disait la grand-mère » de Kraken. Mais aussi, on apprend beaucoup de choses sur les noms propres des gens avec une partie espagnole à laquelle un nom basque évocateur, de la région d’Avala, pour être plus précise, est ajouté ce qui nous donne des noms interminables qui sonnent bien dans l’oreille.

Autre élément important, que j’aime beaucoup dans les polars, l’alternance des récits entre les années 70 et l’époque actuelle, où l’on fait la connaissance de Javier Ortiz de Zarate, descendant d’esclavagiste, l’ignoble père des jumeaux et de Blanca Diaz de Antonana leur mère, qui est une femme maltraitée, par un mari jaloux, convaincu d’être intouchable.

Eva Garcia Saenz de Urturi nous promène dans la ville mais aussi dans la campagne environnante, au gré des légendes, des récits bibliques, les symboles en nous orientant vers différentes pistes. J’ai adoré cette enquête, cette promenade (ces promenades en fait) car il y a plusieurs évènements durant les fêtes de la Virgen Blanca et, cerise sur le gâteau, on sait dès le prologue que l’inspecteur s’est fait tirer dessus par le meurtrier…

En parlant de symboles : que peuvent signifier entre autres, l’eguzkilore, l’abeille, l’if, sans parler des postures dans lesquels sont retrouvés les victimes, ou encore leur âge qui raconte aussi une histoire…

J’adore ce genre de thriller, qui mêle des crimes bien typés, en rapport avec la religion, l’art, l’ésotérisme ou autres, avec des inspecteurs loin d’être parfaits, avec des failles. C’est très rare quand je mets un coup de cœur à un polar mais là je ne résiste pas, ce roman est génial, la lecture addictive. C’est le premier d’une série, alors j’attends avec impatience la publication en français du suivant…

Ce roman a été adapté en série disponible que Netflix: avis aux abonnés…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fleuve noir qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure dont le style est si particulier qu’on n’a plus qu’une seule envie, en le refermant, de se procurer le prochain… j’espère qu’il ne faudra pas attendre trop longtemps sinon je vais être obligée d’apprendre l’espagnol pour retrouver cet univers ;

#Lesilencedelavilleblanche #NetGalleyFrance

Extraits :

Les caméras de télévision se mirent à harceler mes amis sans relâche. Les journalistes avaient besoin d’un scoop, et ils étaient persuadés qu’ils pourraient le leur fournir. Lorsque la nouvelle se répandit que le tueur m’avait tiré dessus, ils ne les lâchèrent plus d’une semelle : dès lors, aucun d’entre eux ne connut le repos.

L’un comme l’autre, étions sacrément doués pour résoudre des affaires, un peu moins pour suivre les règles. Après quelques avertissements pour indiscipline, nous avions appris à nous couvrir. Quant à suivre les règles, eh bien… on y travaillait.

Dans la culture basque, l’eguzkilore était un antique symbole de protection, que l’on plaçait à la porte des maisons pour les protéger des sorcières et autres démons ? de fait, en l’occurrence, elle n’avait pas protégé les victimes…

La première série de meurtres représentait l’histoire alavaise dans l’ordre chronologique… Les victimes étaient des nouveau-nés, comme s’ils représentaient le premier âge de l’humanité.

Nous avons la preuve que les Celtes l’utilisaient déjà (l’if) comme poison dès le troisième millénaire avant Jésus-Christ. Ça fait partie de ces secrets qui ne se disent pas à voix haute, mais dans les villages, tous les anciens le savent. L’écorce, les feuilles…  Dans l’if, tout est toxique, hormis la partie charnue des graines. Pour les Celtes, c’était un arbre sacré, à qui ils attribuaient l’immortalité en raison de son extrême longévité, et du temps des premiers chrétiens, on a continué à en planter près des églises et des cimetières…

Durant ma formation à l’académie d’Arkaute, j’avais étudié les dossiers d’Argentins d’origine allemande qui avaient découvert avec horreur que leurs charmants grands-pères étaient des criminels de guerre nazis. Comment concilier dans sa vie deux perceptions, deux réalités si divergentes. Pourrions-nous embrasser à nouveau cette personne, lui donner un baiser sur le front, la regarder dans les yeux ? Le dénoncerions-nous ? Est-il possible de cesser d’aimer quelqu’un qui a pris son de vous, qui vous a donné tant d’affection durant toute votre vie ?

Les groupes se forment au lycée, c’est dur de t’intégrer quand tu viens de l’extérieur. C’est un petit monde endogame. A quinze ans, tu connais des jeunes, des gars et des filles, qui sortent ensemble, untel avec unetelle, unetelle avec untel ou tel autre… Bref, vingt ans plus tard, si tu les revois, les couples auront changé, mais aucun d’entre eux n’aura pris la peine de regarder si dans le vaste monde, hors de leur microcosme, il n’y a pas d’autres individus susceptibles de leur plaire.

Je maudis le pouvoir qu’avait un seul cerveau de changer la vie de tant de gens étrangers à son entreprise. J’étais consterné de constater avec quelles facilité la folie d’un seul était capable de transformer le visage de toute une ville.


Lu en septembre 2020

Publié dans Littérature française, Polars

« Sauve-la » de Sylvain Forge

Je vous parle aujourd’hui d’une belle découverte :

Résumé de l’éditeur :

Alexis Lepage, modeste employé d’assurances, est sur le point de se marier avec la fille de son patron lorsqu’il reçoit un message de Clara, son amour de jeunesse, qui refait surface après des années.


Alors qu’elle le supplie de l’aider à retrouver sa fille disparue, Alexis hésite. Que dissimule cette demande impromptue, si longtemps après leur séparation ? Et pourquoi Clara refuse-t-elle de le rencontrer ?


Replongé dans un passé dont il n’a jamais fait le deuil, Alexis va partir à la recherche d’une fille dont il ignore tout.


Son enquête le conduira droit en enfer.


Un thriller haletant sur l’intrusion du numérique dans nos vies, son impact sur nos représentations du monde et de la mort.

Ce que j’en pense :

Alexis est sur le point de se marier avec Clémence, la fille de son employeur, ce qui ne lui vaut pas que de la sympathie dans l’entreprise d’assurances. Tous deux envisagent également une PMA et le boss n’hésite pas à convoquer Alexis pour en entretien,afin de lui donner sa bénédiction et un contact influent au centre médical !

Et soudain, il reçoit un message sur son portable,émanant de son amour de jeunesse Clara, dont il n’avait pas de nouvelles depuis vingt ans au moins et qui lui demande de retrouver sa fille Olivia, censée avoir disparu dans un tragique accident d’autocar dans les Pyrénées. Mais voilà, elle croit l’avoir reconnue sur des photos.

Et le voilà parti sur les traces d’une enquête bâclée par la gendarmerie, sur un chemin semé d’embûches, sur les route de l’Ariège, dans des paysages grandioses et peu hospitaliers sur fond de migrants, venant d’Espagne, de mafia locale, de laboratoires dénués de tout principe. Éthique, déontologique ou autre, prêt à tout pour garantir aux plus riches une éternelle jeunesse.

Surtout, on se promène dans le monde de l’intelligence artificielle, on « tchatte » avec l’au-delà, via des programmes informatiques qui font quand même froid dans le dos, mais qui existent vraiment, les « chatbots » par exemple,sans oublier les puces GPS implantées sous la peau…

J’ai vraiment adoré ce thriller passionnant, que j’ai lu en apnée : il m’a été pratiquement impossible de poser le livre une fois ouvert, quelle que soit l’heure (du jour ou de la nuit). L’enquête est passionnante, les protagonistes attachants, notamment Alexis, Clémence ou le gendarme qui n’est pas toujours très clair …

Un petit plus : l’auteur nous fournit beaucoup de sites internet pour en savoir davantage sur le cyberespace, laisser des messages post-mortem (et oui, il y a des fêlés qui font cela) sur les chatbots….

Il est inutile de préciser que ma méfiance vis-à-vis du traçage, piratage et autres amis du smartphone, s’est renforcée : j’ai regardé mon téléphone d’un œil noir pendant un bon moment !  

C’est le premier roman de Sylvain Forge que je lis, (et pourtant je voyais passer des critiques enthousiastes!) et je suis « tombée sous le charme » et je mets illico une option sur « Tension extrême » et « Parasite » .

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur qui ont mis un rayon de soleil (euh lumière, parce que soleil, vue la canicule, on est servi!) dans cette période pandémique masquée.

#Sauvela #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Spécialiste en cybersécurité et conférencier en dramaturgie, lauréat du Prix du Quai des Orfèvres 2018 avec  « Tension extrême » (Fayard), Sylvain Forge est notamment l’auteur de  « Parasite »  (Mazarine, 2019) et de « Un parfum de soufre »  (Prix Plume d’argent 2016 du thriller francophone).


Il parvient à associer des recherches scientifiques fouillées à un sens aigu du suspense. Ses ouvrages ont déjà conquis plus de 200 000 lecteurs.

Extraits :

Dans un ralenti cauchemardesque, elle vit l’unique phare éclairer le gouffre, puis les sièges voltiger dans l’habitacle : l’autocar se disloquait.

Le bruit de sa chute épouvantable se répercuta dans la vallée avant de retomber dans une pluie de poussière et de roches éclatées.

Ensevelie sons un monceau de tôles et de débris, en état de choc, le souffle coupé par l’effroi et la douleur, elle voulut dégager ses mains et sa tête. Le vent s’était levé, déchirant les nuages.

Les premières étoiles.

Autour d’elle, ni bruit, ni râle.

Un silence de mort. 

Une certitude glacée l’envahit : Clémence avait raison. Il était accro à Clara, à ces lignes de code qui l’incarnaient, prisonnier de ce labyrinthe géant de combinaisons capable de lâcher des mots et des phrases toujours plus pertinentes.
Le piège s’était déjà refermé car, aussi factice soit-il, l’avatar numérique de Clara lui ressemblait suffisamment pour qu’Alexis ne parvienne pas à s’en défaire.

Je crois que jusqu’à maintenant, ce n’est pas Olivia que je cherchais, mais une part de toi. J’espérais la trouver en vie et découvrir que son regard était pareil au tien. Alors, je me serais tenu devant elle, face à face, et toi tu ne serais plus partie pour toujours mais vivante et jeune comme je t’avais laissée, il y a vingt-six ans.

Lu en août 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature islandaise, Polars

« La dame de Reykjavik » de Ragnar Jonasson

Pour rester dans le cadre du challenge « Tour du monde de l’été », ou comment voyager par temps de COVID, distanciation, je me suis plongée dans un polar islandais :

Résumé de l’éditeur :

« L’inspectrice islandaise Hulda Hermannsdottir est la meilleure héroïne tragique que nous avons lue depuis longtemps.  » The Times

Hulda a tout donné à sa carrière. Mais en faisant toujours cavalier seul. Elle a beau être une des meilleures enquêtrices du poste de police de Reykjavík, à soixante-quatre ans, sa direction la pousse vers la sortie.

La perspective de la retraite l’affole. Tout ce temps et cette solitude qui s’offrent à elle, c’est la porte ouverte aux vieux démons et aux secrets tragiques qu’elle refoule depuis toujours. Et ses échappées dans la magnificence des paysages islandais, pour respirer à plein poumons la sauvagerie de son île, ne suffiront plus, cette fois.

Alors, comme une dernière faveur, elle demande à son patron de rouvrir une affaire non résolue. Elle n’a que quinze jours devant elle. Mais l’enquête sur la mort d’Elena, une jeune russe demandeuse d’asile, bâclée par un de ses collègues, va s’avérer bien plus complexe et risquée que prévu. Hulda a-t-elle vraiment pesé tous les risques ?

Ce que j’en pense :

Hulda Hermannsdottir est convoquée dans le bureau de son chef Magnus qui lui signifie brutalement sa mise à la retraite, car un jeune loup brillant a été choisi pour prendre son poste. Elle est âgée de soixante-quatre ans et des poussières, et on aurait bien pu la laisser tranquillement travailler jusqu’au bout.

Elle prend cela très mal, notamment la manière dont on la propulse à la porte, alors qu’elle a toujours bien travaillé, pointilleuse dans ses enquêtes, mais c’est une femme, dans un milieu où le machisme règne en maître, où elle subit depuis longtemps les railleries de ses collègues masculins qui ne se gênent même pas à faire des remarques devant elle. Elle est veuve, sa vie a été compliquée, mais comme elle s’est isolée pour pouvoir résister, on l’accuse de travailler en solo, de n’avoir aucun sens du travail en équipe !

Pour faire passer la pilule, Magnus lui dit qu’elle peut aller déterrer un « cold case » et reprendre l’enquête pour la faire aboutir. Elle choisit d’enquêter sur la disparition d’Elena, jeune Russe en attente dé régularisation, que l’on a retrouvée noyée, et l’inspecteur de l’époque, atteint d’hypertrichose palmaire aigüe, comme toujours, a classé le dossier, sans se donner la peine de creuser, affirmant que c’était un suicide.

L’auteur entretient le suspense en alternant le présent et des évènements antérieures, parfois même très antérieurs) nous racontant l’histoire d’une jeune femme qui s’est retrouvée enceinte après avoir eu une aventure avec un soldat américain, au grand dam de ses parents qui vont tout faire pour la pousser à abandonner le bébé, une petite fille.

Un autre récit vient s’encastrer dans l’histoire : une jeune femme part faire une ballade en montagne, avec un homme en qui elle semble avoir confiance, affrontant une tempête de neige, doudounes, piolets, sac de couchage…

Ce roman m’a plu, j’ai passé un bon moment, car j’ai éprouvé d’emblée beaucoup d’empathie pour Hulda, la manière exécrable dont elle est traitée, dans cet univers machiste, et ces collègues tellement avide de prendre du galon qu’ils en ont « les dents qui rayent le parquet ».

 Sa manière de mener l’enquête, avec obstination, notant chaque détail, allant à la rencontre des gens qui ont pu côtoyer Elena, la difficulté d’obtenir une régularisation, pour ne pas être renvoyée dans son pays d’origine, dans un pays dont on ne connait pas la langue…

J’ai aimé aussi toute la réflexion sur la retraite : comment vivre, lorsqu’on a tout misé sur le travail, et supporter la solitude, quand on est veuve, peut-on refaire sa vie, envisager de rencontrer quelqu’un…

Cependant, vous avez dû le sentir, il y a un mais : malgré le suspense que tente d’entretenir l’auteur, j’ai eu l’impression de m’essouffler un peu, de trouver le temps parfois long (quand on commence à compter les pages qui restent, en lisant un thriller, cela devient un peu gênant) et surtout, je n’ai pas du tout aimé la fin, même si elle m’a prise en dépourvu, elle m’a vraiment dérangée, je dirais même choquée …

J’aime beaucoup les polars nordiques, l’Islande, et je me réjouissais à l’idée de crapahuter dans la neige, alors que la canicule règne chez moi, mais j’ai un peu de mal avec Ragnar Jonasson, dont je n’ai pas trop apprécié « Snjor » : je trouvais son inspecteur, peu dynamique et le récit lent. Je préfère Arnaldur Indridason et son inspecteur Erlendur qui n’est pourtant pas un réputé pour sa vivacité…. C’est le premier tome d’une trilogie et je ne sais pas si je continuerai…

7/10

L’auteur :

Ragnar Jonasson est né à Reykjavik en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à 17 ans, la traduction de ses romans en islandais.

Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en 3 ans seulement au rang des plus grands auteurs de polars internationaux.

Extraits :

Le temps avait passé si vite. Le jour où elle était devenue mère, celui où elle s’était mariée : c’était hier. Pourtant, si on faisait le décompte des années, cela remontait à une éternité. Le temps est comme un accordéon : un instant comprimé, le suivant s’étirant interminablement.

Elle avait, au contraire, passé en revue tous les désavantages d’une relation et son âge lui semblait un obstacle insurmontable. Ce qui ne lui ressemblait pas : elle faisait habituellement de son mieux pour l’oublier, s’accrochant à la jeunesse de son esprit. Cette fois, un nombre l’en empêchait. Soixante-quatre. Elle ne cessait de se demander si c’était une bonne idée de se lancer.

… Elle savait aussi que si elle avait accepté de le revoir, après un premier rendez-vous, c’était parce qu’elle était terrifiée à l’idée de vieillir seule.

C’est comme ça que je gagne ma vie. Je dois rester concentrée sur la gestion quotidienne. Il s’agit peut-être de vie ou de mort, mais moi, j’essaie juste de faire tourner le centre. Dora, directrice du foyer pour migrants

Ce n’était pas la première fois qu’elle subissait ce genre de remarques. Question de territoire. Ça allait de pair avec les blagues sordides et le harcèlement pur et simple. Elle pouvait être difficile dans ses relations avec les autres, elle en était bien consciente, mais elle avait dû se forger une carapace pour survivre. Par contrecoup, les types de la criminelle s’étaient crus autorisés à la prendre pour cible.

Penser à elle la ramenait inévitablement à son point de départ : les circonstances dans lesquelles la mort de la fille avait atterri sur son bureau. Aujourd’hui, elle s’était plus ou moins fait virer. On lui avait demandé de vider son bureau, de dégager ; on l’avait balayé comme un vulgaire détritus.

Elle avait souvent essayé de pénétrer dans la tête des suspects, pas tant par sympathie pour leur situation que pour perfectionner sa technique d’interrogatoire…

Les champs de lave noire se déployaient sous ses yeux, volaient devant les vitres de la voiture, majestueux dans leur austère simplicité et aussi monotones qu’un refrain répété en boucle…

Lu en juillet 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Sept mensonges » d’Elizabeth Kay

Encore un intermède thriller aujourd’hui car j’avais besoin de me détendre après trois lectures sérieuses dont je parlerai dans les prochains jours car les chroniques sont assez difficiles à concocter :  

Résumé de l’éditeur :

Jane et Marnie sont inséparables depuis l’enfance. Et si Jane avait été honnête depuis le début – si elle n’avait pas menti cette toute première fois –, alors peut-être que les choses auraient pu tourner autrement. Peut-être que le mari de sa meilleure amie serait encore en vie.

Le temps est venu pour Jane de dire la vérité, enfin… sa vérité. Tandis qu’elle se confie et décortique les sept mensonges qu’elle a racontés à Marnie, chacun plus terrible que le précédent, elle révèle les couches de noirceur qui ont infiltré leur amitié et les secrets toxiques qui remuent sous la surface. Mais une vérité peut toujours en cacher une autre…

« Sept mensonges est l’histoire glaçante de ce qui arrive quand l’amitié devient obsession. » Harlan Coben.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce thriller car la couverture est absolument géniale (l’escalier où a eu lieu le crime et les petites encoches façon répertoire, correspondant au nombre de mensonges !) et le résumé assez alléchant…

Jane et Marnie sont devenues amies en classe de sixième, Jane timide, effacée a été attirée par Marnie, déjà solaire et sûre d’elle. Elles resteront toujours très proches, Jane allant dîner le vendredi soir chez Marnie, même lorsque Charles est entré dans la vie de cette dernière.

Jane n’a pas été aimée par sa mère, qui n’avait d’yeux que pour Emma la petite sœur, née prématurément quoi qu’elle puisse faire, elle est transparente, trouve du réconfort auprès de son père mais celui-ci finit par quitter la maison pour sa maîtresse devenue veuve…

Jane est brillante dans les études mais se retrouve dans un travail où elle s’épanouit peu. Elle a trouvé le grand amour avec Jonathan, mais celui-ci, sportif, se fait renverser par un chauffeur de taxi ivre, alors qu’il vient de terminer le marathon de Londres, ce qui met fin brutalement à sa vie amoureuse. Pendant ce temps, Emma plonge dans l’anorexie.

Marnie, fin cordon bleu se filme en train de réaliser ses recettes et son site a beaucoup de succès ; elle n’a pas eu une enfance trop difficile, mais ses parents n’étaient jamais là, toujours en congrès à droite ou à gauche, alors elle est devenue autonome très vite. Après des aventures sans lendemain, et elle rencontre enfin Charles qu’elle épouse.

Un jour, elle demande à son amie si Charles et elles sont faits l’un pour l’autre, et Jane répond oui alors qu’elle le déteste. Premier mensonge, qui va en entraîner d’autres, immanquablement car elle ne veut pas perdre cette amitié.

Jane est possessive, jalouse, elle veut Marnie pour elle et tous les moyens sont bons pour lui prouver qu’elle s’est trompée en l’épousant, qu’il est pervers… Cela tourne à l’obsession…

Cette amitié est extrêmement toxique, car Jane est prête à tout pour garder Marnie uniquement pour elle, transformant la réalité, interprétant sans arrêt les choses, les évènements pour les faire coïncider avec sa réalité à elle. Elle veut retrouver les moments où elles cohabitaient toutes les deux. Ce qui est surprenant, c’est le fait que cela ne lui a pas posé de problème d’épouser Jonathan et de vivre le grand amour avec lui, alors que son amie n’en a pas le droit, à ses yeux.

Le récit commence de manière lente, on finit par se demander s’il va se passer quelque chose, mais une fois le meurtre perpétré, le suspense monte et on se laisse prendre à ce jeu machiavélique. Au fil du récit, on s’aperçoit que Jane s’adresse à quelqu’un, qu’elle tutoie, avec toutes les suppositions que cela engendre : s’adresse-t-elle au lecteur, à un confident. En fait, c’est encore pire que ce qu’on pouvait imaginer.

« VOICI DONC MA VERITE ; Je ne veux pas paraître mélodramatique, mais je trouve que tu mérites de connaître cette histoire. Je pense qu’il « faut « que tu l’entendes. Elle t’appartient autant qu’à moi. »

La lenteur de la mise en route m’a un peu déstabilisée quand même, mais il est vrai que je venais de terminer le roman haletant de Karin Slaughter … On est dans le thriller psychologique pur jus.

Pour un premier roman, je trouve que c’est plutôt réussi, Elizabeth Kay a bien su capter l’attention, l’intérêt du lecteur, et aborde au passage d’autres thèmes : le manque d’amour de cette mère qui sombre dans la sénilité et que Jane va voir tous les week-ends dans sa maison de retraite, alors que la mère préfèrerait voir Emma qui bien-sûr fui, trouvant toujours un  prétexte pour se dérober ; l’anorexie est bien abordée aussi ainsi que la manipulation mentale et la personnalité borderline de Jane.

Auteure à suivre donc…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont

#Septmensonges #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteure :

Elizabeth Kay a commencé sa carrière comme assistante éditoriale chez Penguin Random House, à Londres. Elle est aujourd’hui éditrice et se consacre en parallèle à sa passion de l’écriture.

« Sept mensonges » est son premier thriller.

Extraits :

Et, comme il (Charles) se nourrissait du respect et de l’admiration des autres – et peut-être parce qu’il ne recevait aucun des deux de ma part – il les soutirait aux autres invités.

Je voudrais dire te une chose avant de commencer. Marnie Gregory est la femme la plus impressionnante, la plus admirable et la plus étonnante que je connaisse. C’est ma meilleure amie depuis plus de dix-huit ans, depuis notre rencontre en sixième.

Marnie n’a pas peur de l’échec, no pas parce qu’elle n’a jamais échoué, mais parce que, pour elle, une défaite n’est qu’un détour, une petite diversion sur le chemin qui la mène au succès.

Les vieilles amitiés sont comme des cordes nouées depuis longtemps, elles sont usées à certains endroits.

Je me suis rapprochée de mon père – qui ne pouvait pas faire grand-chose au cours des premiers mois de ma sœur – ma mère n’était plus là pour moi que physiquement. Elle ne s’intéressait ni aux histoires du soir, ni aux photos de l’école, ni aux détails de ma journée d’enfant.

Je me souviens que j’espérais son coup de fil le jour de mon anniversaire – parce que les mères et les filles sont au moins liées par la naissance – mais il n’est jamais arrivé.

Quand un drame se passe, une chose terrible, inattendue, chaque étape qui a mené à cet événement prend un sens différent.

Il (Jonathan) est là dans chaque avenir qui se profile, dans chaque espoir, dans chaque rêve. Il me hante, toujours.

Une personne qui, toute sa vie, s’est appuyée sur ses proches est-elle capable de soutenir quelqu’un d’autre ? Je n’en suis pas convaincue.

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, littérature USA, Polars

« La dernière veuve » de Karin Slaughter

Il y a longtemps que je voulais lire un thriller de Karin Slaughter, alors quand il a été proposé sur NetGalley je n’ai pas hésité :

Résumé de l’éditeur :

Août 2019. Une attaque à la bombe touche un quartier stratégique d’Atlanta. Sara Linton et son compagnon Will Trent, enquêteur pour le Georgia Bureau of Investigation, se précipitent sur le lieu de l’explosion. Alors que Sara tente de venir en aide aux victimes, elle est enlevée sous les yeux de Will par les poseurs de bombes et conduite au pied des Appalaches, dans un camp peuplé d’hommes armés et de femmes en longues robes blanches. Ce groupuscule paramilitaire aux airs de secte prévoit de multiplier les attaques terroristes à l’échelle nationale afin de rétablir la suprématie de l’homme blanc.

La menace est sans commune mesure. Le danger, imminent.

Ensemble, Will et Sara parviendront-ils à déjouer l’attentat le plus meurtrier du XXIe siècle ?

Ce que j’en pense :

Sara et son compagnon Will sont en train de partager le repas avec Cathy, la mère de Sara qui est littéralement allergique à ce dernier. Une explosion retentit puis une deuxième, dans le secteur de l’hôpital. Ils précipitent lorsqu’ils sont arrêtés par un accident survenu depuis peu.

Sara, en sa qualité de médecin, Will, comme enquêteur essaient de comprendre ce qui a peu se passer, mais Sara est prise en otage devant les yeux de Will, qui ne sait comment agir. En fait, il s’agit des poseurs de bombes et ils ont déjà enlever une infectiologue réputée, sous les yeux de sa fille quelques semaines auparavant.

Au même moment, se tient une réunion au sommet avec tous les policiers, fédéraux, etc. à propos d’un détenu arrêté récemment, Novak, braqueur de banque, ne reculant devant rien. En haut lieu on redoute une évasion spectaculaire…

« Novak avait vécu aux côtés d’un groupe d’hommes qui croyaient comprendre la Constitution mieux que quiconque. Pire, ils étaient prêts à prendre les armes pour agir. Ce qui signifiait que, grâce à tous ces braquages, quelqu’un, quelque part, disposait d’un demi-million pour soutenir cette cause… »

Will s’était senti frustré de ne pas être invité à cette réunion, alors que sa collègue Faith, y participait, ce qui ne pouvait pas arrange son manque d’estime de lui-même…

On se retrouve ainsi dans un coin isolé transformé en « camp militaire-secte », où Dash le grand Manitou entraîne ses hommes. Parmi eux, des militaires, des jeunes recrues en manque de reconnaissance…

On y voit donc des soldats qui sont rentrés d’Irak, Afghanistan, déboussolés après avoir vu ce qu’ils ont vu, la rage au ventre avec l’envie de tuer tout ce qui n’est pas Blanc, et qui ont bien compris les méthodes d’endoctrinement et d’entraînement pour les mettre en pratique lorsque l’armée n’a plus voulu d’eux pour une raison ou une autre et déclencher une guerre sainte à leur façon…

Ces mecs (ça ne mérite pas le nom d’homme dit la féministe en moi !) s’organisent comme à l’armée, écoute leur chef autoproclamé refaire l’Histoire pour étayer son discours, en tout bon révisionniste, se sentant castré par les féministes qui ont trop de pouvoir, alors il faut les ramener à l’état de serpillère avec des méthodes dignes de leur tête décérébrée (les neurones sont tous en bas alors…) via le viol, la pédophilie, l’inceste, tout ce qui peut les casser dès le plus jeune âge…

« Les races s’organisent selon une pyramide. L’homme blanc est toujours au sommet, après quoi vient sa subalterne, la femme blanche, qui n’a qu’un seul maître à servir. Plus bas, on trouve diverses races. Tout le monde n’est pas égal sur cette terre… »

Ensuite, il faut passer à l’action en tuant le plus possible de gens, Dash, c’est le nom du chef, lave plus blanc, c’est connu…

Mais ne divulgâchons pas… Comment vont-ils s’y prendre ? c’est une enquête passionnante, tant sur le plan des personnages, des personnalités des policiers, les cachoteries entre services, je n’ai pas vu passer les 580 pages…

On apprend pas mal de choses, au passage, sur Rockwell, le fondateur du Parti nazi américain, ou Butler, fondateur des Nations aryennes et autres personnages non fréquentables, mais ayant le vent en poupe pour étayer le raisonnement du FBI.

Le seul bémol : au début, l’auteure reprend le récit des évènements, de la manière dont ils sont vécus par les différents protagonistes, ce qui aurait pu plomber la lecture, mais le style change peu à peu, alternant les récits de chacun : ce que vit Sara, les progrès de l’enquête… j’ai trouvé le final un peu trop rapide, j’aurais aimé plus de détails, c’est bien-sûr un page-turner…

Il y a pas mal de temps que je vois passer des critiques enthousiastes sur Karin Slaughter, et c’est ma première incursion dans son univers, le fait que les héros soient récurrents ne m’a pas gênée, on n’a pas besoin de savoir ce qu’il leur est arrivé à chacun avant d’ouvrir ce thriller, mais on a envie d’en savoir plus après… pour écrire ce roman elle s’est beaucoup documenté, méthode Franck Thilliez, pour ne laisser aucun détail au hasard afin que son histoire soit crédible.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Harper Collins Noir qui m’ont permis de lire ce roman et de découvrir enfin le talent de son auteure…

#Ladernièreveuve #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

N°1 sur les listes internationales de best-sellers, Karin Slaughter est l’un des auteurs les plus populaires et les plus plébiscités dans le monde. Publiée en 36 langues et vendue à plus de 35 millions d’exemplaires, elle est l’auteur de 16 romans, parmi lesquels figurent les séries Grant County et Will Trent, le roman COP TOWN, nominé pour l’Edgar Award, et PRETTY GIRLS, son premier thriller psychologique.

Née en Géorgie, Karin Slaughter vit actuellement à Atlanta.

Extraits :

Le problème, c’était de trouver un homme. Faith ne voulait pas sortir avec un flic, parce qu’il suffisait de sortir avec un flic pour que tous les autres s’imaginent qu’ils pouvaient nous baiser…

Elle (Sara) l’avait persuadé de faire faire ses costards sur mesure si bien que, de portemanteau de soldes dans un magasin grandes tailles, il s’était mué en mannequin de vitrine chez Hugo Boss…

Entendre Dash régurgiter cette idéologie raciste avait conduit Sara à voir d’un autre œil les enfants de cet homme. Leurs cheveux blonds, leurs yeux bleus brillants, leurs robes blanches qui les faisaient ressembler à des figurines de gâteau de mariage lui évoquaient maintenant « Les femmes de Stepford » plutôt que « La petite maison dans la prairie »…

Nous menons ici une vie simple avec des rôles traditionnels. C’est comme ça que les premiers Américains ont non seulement vécu mais prospéré. On vit tous plus heureux quand on sait ce qu’on attend de nous. Les hommes font des travaux d’hommes et les femmes, des travaux de femmes. Nous ne laissons pas le monde moderne perturber nos valeurs…

Vous êtes en train de dire que le nombre de membres dans ces groupes racistes (les suprématistes) augmente parce que l’économie est dans la merde et que les emplois sont rares, donc que les gens cherchent autour d’eux des gens à blâmer…

Une équipe du ministère de la Sécurité intérieure a produit un document sur le mouvement suprémaciste blanc au sein de l’armée, et non seulement ils ont perdu leur financement, mais ils ont été obligés de retirer les conclusions qu’ils présentaient.

Je suppose que vous avez déjà entendu tout ça, dit Van. Les femmes blanches qui n’ont pas le même taux de natalité que celles des minorités, le féminisme qui détruit le monde occidental, les hommes blancs qu’on castre…

Ils sont des centaines, et tout autant de loups solitaires installés dans leurs caravanes, qui déversent des conneries comme quoi il faut tuer tous les Noirs et violer ces nazies de féministes…

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature canadienne, Polars

« Un assassin parmi nous » de Shari Lapena

Place à un polar, aujourd’hui, avec le dernier livre d’une auteure que j’ai découverte l’an dernier :

Résumé de l’éditeur :

Rien de tel qu’un séjour au Mitchell’s Inn pour se refaire une santé…

Le Mitchell’s Inn est un hôtel de charme perdu au cœur de la forêt. Ses pensionnaires croient avoir choisi la destination idéale pour se détendre au coin du feu, loin de la frénésie new-yorkaise. Là-bas, pas de portables ni d’Internet. Mais la tempête fait rage et, après une coupure d’électricité, on découvre Dana, venue pour une escapade romantique avec son fiancé, morte au pied de l’escalier. Chute accidentelle ? Drame conjugal ? Alors que les conditions météorologiques se dégradent encore et que l’établissement est coupé du monde, un deuxième cadavre est retrouvé. Le doute n’est alors plus permis : l’assassin est dans la place, et pas moyen de lui échapper…

Un huis clos façon murder party qui se lit sans temps mort. Qui est le meurtrier et quelle est sa motivation ? Qui est le prochain sur sa liste ? Écrivaine pleine d’ambition, couple au bord du divorce, héritier richissime, amies de longue date… Tous les protagonistes, clients comme employés, ont quelque chose à cacher !

Ce que j’en pense :

Les uns après les autres les clients arrivent, non sans peine, à l’hôtel Mitchell’s Inn, pour y passer un week-end de détente. C’est un hôtel de charme, loin de tout, sans Internet, Wi-Fi et autres joyeusetés indispensables pour certains… tenu par James et son fils Bradley.

La route est verglacée et déjà, Gwen et son amie Riley se font remarquer : sous l’effet du stress, Gwen perd le contrôle de sa voiture qui se retrouve dans le fossé. Il faut dire que conduire à côté d’une journaliste de terrain qui a été longtemps sur les scènes de guerre, notamment en Afghanistan, dont elle est revenue avec un SSPT pas trop pris en charge…

Parmi les autres clients, David un avocat pénaliste reconnu, dont la femme a été assassinée dans des conditions bizarres. Un couple venu se ressourcer avant le mariage : Matthew, riche famille, sa fiancée Dana beauté qui rend les autres femmes jalouses ; Beverly et Henry dont le couple bat de l’aile depuis que les enfants ont grandi, et enfin, un dernier couple Ian et Lauren.

Tout ce petit monde fait connaissance et semble aller pour le mieux. Une autre cliente, Candice White est dans sa chambre penchée sur son ordinateur pour avancer dans l’écriture de son nouveau roman.

Soudain un cri, Lauren vient de découvrir le corps de la belle Dana au pied de l’escalier, morte. Chute accidentelle ? Meurtre ? C’est ce que pense David qui va tenter de comprendre et décide qu’il faut laisser le corps dans l’escalier, afin que la police puisse procéder à son enquête.

Dehors, règne une magnifique tempête de neige qui va provoquer une panne d’électricité et enfermer tout ce petit monde, incapable de vivre sans être connecté dans un huis-clos féroce, un autre meurtre ne tardant pas à être commis, et avec la météo la police ne risque pas d’arriver rapidement.

En fait, on comprend vite que chacun a un secret enfoui dans le placard, et tout le monde va se mettre à suspecter tout le monde avec, pour pimenter le tout, Riley qui noie son stress post traumatique dans l’alcool et probablement les médicaments et en rajoute une couche avec ses idées délirantes, à l’affut du moindre bruit….

Au début, un peu dubitative, je me suis laissée emporter par l’habilité avec laquelle Shari Lapena fait monter la tension, étoffant l’histoire de chaque protagoniste au fur et à mesure qu’on avance avec un final que je n’ai pas vu venir. C’est la marque de fabrique de l’auteure, il semblerait, de jouer sur le contexte psychologique, alors qu’on a l’impression qu’on n’avance pas : j’ai découvert son style avec « L’étranger dans la nuit » que j’ai plutôt apprécié, mais celui-ci m’a plu davantage.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Presses de la Cité qui m’ont permis de découvrir ce roman et de mieux connaître l’univers de son auteure. Il me reste encore « Le couple d’à côté » qui a eu pas mal de succès.

#Unassassinparminous #NetGalleyFrance

Challenge Tour du monde de l’été.

8/10

L’auteure :

Shari Lapena a travaillé comme avocat et professeur d’anglais avant de se consacrer à l’écriture.

Elle est surtout connue pour son roman à suspense de 2016, « Le couple d’à côté », qui a été un best-seller tant au Canada qu’à l’étranger.

En 2017 paraît « L’étranger dans la maison ».

Elle vit à Toronto.

Extraits :

Riley regarde par la vitre en direction des bois sombres. Une sourde angoisse l’étreint à la pensée qu’à tout instant un soldat pourrait surgir devant leur véhicule et leur ordonner de s’arrêter. Alors, elle serre les poings dans les poches de sa parka et s’efforce de se rappeler qu’elle n’est plus stationnée en Afghanistan mais de retour dans l’état de New-York et parfaitement en sécurité. Rien ne peut plus lui arriver.

Tout cela à cause de la guerre et des horreurs dont elle a été le témoin qui l’ont irrémédiablement brisée, au point qu’elle a du mal à se reconnaître aujourd’hui…

Candice a la nette impression d’avoir perdu sur les deux tableaux. D’abord, elle n’a pas connu le bonheur d’avoir des enfants – un bonheur, cela dit, que ses sœurs ne semblent pas apprécier à sa juste valeur. Mais, en prime, on lui a refourgué la corvée éreintante de démoralisante de veiller sur une personne âgée. (Dépendante celle-ci ne la reconnaît même plus.)

Les clients font mine de se rassembler une nouvelle fois dans le lobby vers 16 heures, l’heure du thé. Ils continuent de faire leur possible pour ignorer le corps au bas des marches, passant rapidement sur le côté pour rejoindre la salle à manger…

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature Royaume-Uni, Polars

« La Nanny » de Gilly MacMillan

Je vous parle aujourd’hui d’un polar que j’ai choisi surtout pour m’aérer l’esprit alors que le précédent de l’auteure m’avait laissée sur ma faim, mais j’ai une envie de polars ces derniers jours…

Résumé de l’éditeur :

Entre Chanson douce de Leïla Slimani et Rebecca de Daphné Du Maurier, un thriller élégant et terrifiant.

Jocelyn, sept ans, aime sa nourrice plus que tout. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de traces, Jo est inconsolable. Comment a-t-elle pu partir ainsi, sans même lui dire au revoir ?
Trente ans plus tard, Jo se voit obligée de retourner vivre dans la demeure familiale, malgré la relation conflictuelle qu’elle entretient avec sa mère.

Alors qu’elle passe des jours sombres dans la bâtisse immense et inquiétante, une nouvelle vient bouleverser son quotidien : Hannah, sa nourrice, est de retour. Jo exulte, ravie de retrouver enfin la seule personne qui l’a réellement aimée.

Mais lorsque des restes humains sont découverts dans le jardin, la situation vire au cauchemar. Que s’est-il réellement passé lorsqu’elle était enfant ? Quels secrets cachait sa nourrice et que fuyait-elle ? Peut-elle faire confiance à sa mère ?

Huis clos étouffant, La Nanny prouve une nouvelle fois le talent de Gilly Macmillan pour les intrigues psychologiques parfaitement maîtrisées.

Ce que j’en pense :

Jocelyn a sept ans lorsque sa Nanny adorée, Hannah, disparaît du jour au lendemain sans laisser la moindre explication ? Elle déteste sa mère, vénère son père et les relations ne sont pas parties pour s’arranger. Elle est partie aux USA pour se marier et restée dix ans sans revoir ses parents, n’est même pas venue assister aux funérailles de son père. Mais son mari décède brutalement d’un accident de la route et elle est obligée de rentrer au manoir familial avec Ruby sa fille de dix ans.

Bref, il règne une ambiance délétère dans le manoir et elle voit d’un mauvais œil qu’une complicité s’installe entre Ruby et Virginia. Brutalement, un crâne est découvert dans le lac qui borde le manoir. Qui est-ce ? serait-ce Hannah ? Et voici qu’Hannah revient toquer à la porte…

Inutile de dire que cela ne va pas arranger la situation entre Jo et sa mère. L’enquête avance laborieusement avec un policier farouchement anti-aristocrate et le ton hautain de Lady Holt va l’exaspérer au plus haut point…

Il s’agit d’un thriller psychologique, assez lent, dans un contexte de non-dits, de haine familiale avec une Nanny très déjantée, dans un milieu aristocrate qui est aux antipodes du mien et que j’ai du mal à comprendre, et Jocelyn qui veut absolument qu’on l’appelle Jo (imaginez la réaction de Lady Virginia !) est exaspérante, on se demande souvent si sa fille n’est pas plus mature qu’elle !

Il y a des incursions intéressantes dans le monde de l’art et des descriptions des codes de cette société qui se croit parfois au-dessus des lois, avec les fêtes somptueuses, les toilettes, les bijoux, la frivolité que l’auteure décrit férocement. Certaines phrases sont des uppercuts parfois, notamment lorsqu’elle évoque la haine d’un enfant pour sa mère et les répercussions que cela peut avoir. Cela sent le vécu, on dirait !

Gilly MacMillan alterne le passé et le présent pour que l’on en apprenne progressivement davantage sur les protagonistes, les évènements, procédé qui me plaît toujours.

Le rythme est lent au départ, mais le récit devient de plus en plus opaque, pervers, on ne sait plus qui manipule qui et l’intrigue se corse, le suspense s’installe et va croissant…

C’est le deuxième roman de l’auteure que je lis, et celui-ci m’a plu davantage que « Je sais que tu sais » J’ai passé un bon moment avec ce roman, mais le rythme est trop lent pour moi, je préfère les thrillers où les choses vont vite, où la perversité est plus prégnante. C’est un bon polar pour l’été.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteure dont je lirais peut-être finalement « Ne pars pas sans moi ».

#LaNanny #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Gilly Macmillan a grandi à Swindon dans le Wiltshire et en Californie du Nord.

Après des études en histoire de l’art et avoir travaillé pour le Butlington Magazine, elle devient professeur de photographie dans le secondaire.

Puis elle se consacre à l’écriture, publiant, entre autres : « Ne pars pas sans moi », « La fille idéale », « La Nanny »

Extraits :

Je me dis que les lumières du lustre doivent refléter joliment mes yeux, mais je ne me sens pas détendue ; à vrai dire, mon état d’esprit serait parfaitement illustré par le célèbre tableau de Munch, « Le cri ».

Ma mère, soixante-dix ans, une relique de l’aristocratie anglaise, froide, vieux jeu, snob, égoïste et cupide, veillant toujours à soigner son langage.

Ruby : dix ans, née et élevée en Californie, vive, gentille, fan de jeux sur Internet, ex-membre d’une équipe de foot féminine et garçon manqué depuis toujours.

Aimer son enfant sans qu’il vous aime en retour est un déchirement terrible de tous les instants. Jocelyn ne m’a jamais aimée, même quant elle était petite, même quand elle était bébé. La faute ne peut venir que de moi, du parent, et pourtant je n’ai jamais compris ce que j’avais fait de mal.

En même temps que leur première bouillie, on nourrit les pairs du royaume de l’idée qu’ils ne devraient jamais avoir à dépendre d’une femme, qu’il leur faut se fier avant tout à leur propre pouvoir.

Quand un mari veut que son épouse soit le miroir de sa réussite, il risque d’aller voir ailleurs si elle lui renvoie une image qui le diminue.

Auparavant, la perspective de la maternité éveillait en moi un désir ardent, m’emplissait d’un délicieux sentiment d’impatience… Or, ce fut mon plus grand échec. Avez-vous la moindre idée de ce qu’on peut ressentir en croisant le regard haineux de son enfant ? J’avais l’impression qu’on m’arrachait l’âme. J’avais tant d’amour à lui donner… Mais, elle n’en voulait pas…

Lu en juillet 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Un pique-nique presque parfait » de Faith Martin

Je vous parle aujourd’hui de Tome 2 de la série Loveday et Ryder que j’ai pu découvrir grâce à une opération « masse critique » spéciale organisée par Babelio :

Résumé de l’éditeur :

Été 1960. Après une fête de fin d’année organisée par les étudiants de St Bede’s College sur les berges d’une rivière, le corps d’un certain Derek Chadworth est retrouvé flottant dans les eaux de Port Meadow. Et si tous les jeunes gens présents sur les lieux affirment que la mort de Derek est accidentelle, aucun d’entre eux ne peut attester avoir bel et bien aperçu l’étudiant à la fête. Confronté à des témoignages vagues qu’il juge peu crédibles, le Dr Clement Ryder décide d’ouvrir une enquête, assisté de la jeune policière Trudy Loveday, qui entreprend de se faire passer pour une étudiante de St Bede’s College. Trudy arrivera-t-elle à gagner la confiance des élèves et percer le mystère qui entoure la mort du jeune homme le plus populaire de l’université ? Car une chose est sûre : Derek Chadworth n’était pas un étudiant comme les autres…

Ce que j’en pense :

Le corps d’un homme a été retrouvé, flottant dans la rivière à Port Meadows, lors d’un pique-nique bien arrosé. Il s’agit de Derek Chadworth. Parmi les témoins du drame, étrangement, personne n’a rien vu, c’est tout juste si on pense qu’il était là. Tous els témoignages se ressemblent étrangement, comme si les étudiants avaient tous répété leur leçon avant. Il faut dire, que le « chef » est un notable, dont le père est influent…

Le Dr Clement Ryder relève des failles lors des témoignages et obtient qu’une enquête soit ouverte pour déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un meurtre. Il demande au chef de la police de lui adjoindre Trudy Loveday, stagiaire, pour l’aider dans son enquête car il a déjà travaillé avec elle, avec succès, sur une précédente affaire, ce que le chef n’apprécie guère, mais comme il n’apprécie pas que des femmes entrent dans la police, il accepte…

Ce roman propose une enquête intéressante, sur fond de sexisme, nous sommes en 1960, alors les femmes qui travaillent ne sont pas vues d’un bon œil et cela donne des réflexions savoureuses sur le sexisme dans la police, mais aussi sur l’influence des nobles sur ladite police : un coup de fil suffit pour bloquer une enquête pour que le rejeton ne soit pas inquiété !

On se promène avec plaisir dans la campagne anglaise et le duo Loveday et Ryder est plutôt attachant, même si parfois on a l’impression de se retrouver dans un épisode de « Barnaby » ce polar léger, sans hectolitres d’hémoglobine, mais plutôt orienté psycho-sociologique, est intéressant et se consomme sans modération.

Dès que j’ai découvert le livre dans ma boite aux lettres, je me suis précipitée dessus pour le lire, il faut dire que la couverture était alléchante, et en plus, il me permettait de commencer le challenge du « Mois anglais »…

C’est le premier livre de l’auteure que je lis, et j’ai vraiment envie de découvrir le premier opus de ce duo: « Le corbeau d’Oxford »

Un grand merci à Babelio et aux éditions Harper-Collins de m’avoir permis de faire la connaissance de ce duo fort sympathique et de l’auteure que je découvre.

7,5/10

L’auteure :

Faith Martin, également connue sous son véritable nom, Jacquie Walton, est l’auteure de nombreux romans policiers à succès. Née à Oxford et amoureuse de la campagne anglaise, elle situe nombre de ses romans dans le cadre bucolique de la région oxonienne.

Extraits :

Comme souvent avec les polars, j’ai relevé peu de citations, est-ce dû au fait qu’il s’agit d’un polar, ou à l’immersion dans l’action ?

Coroner depuis deux ans, Clement avait appris à lire les jurys aussi clairement que ses livres de médecine autrefois. Quelle que soit l’affaire, il s’était aperçu que tous les jurys présentaient certains points communs.

Par exemple, la majorité des jurés avaient conscience de la responsabilité qui leur incombait, et cela les inquiétait. C’était particulièrement visible dans les cas de suicide, où aucun d’eux ne voulant ajouter à la détresse de la famille endeuillée en s’appesantissant sur les raisons du passage à l’acte de leur proche, ils préféraient inclure dans leur verdict la formule « alors qu’il n’était pas en pleine possession de ses moyens »

Vraiment, la jeunesse d’aujourd’hui avait un comportement extraordinaire. Ils se déplaçaient sur des mobylettes Vespa bruyantes et avaient l’air ridicule avec leurs chaussures pointues et leur cheveux gominés. Elle se réjouissait simplement de n’avoir jamais vécu à Brighton, étant donné les problèmes qu’ils avaient eu là-bas avec les rockers ou Dieu savait quoi…

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Dans l’ombre » de Arnaldur Indridason

Intermède polar aujourd’hui avec ce livre d’un de mes auteurs nordiques préférés :

Quatrième de couverture :  

La mort a été immédiate. Une balle dans la tête. Aucune trace de lutte n’a été relevée dans ce modeste appartement de Reykjavik. Le seul détail troublant est une croix gammée tracée sur le front de la victime. Très vite, en cet été 1941, les soupçons se portent sur les soldats étrangers venus contrer l’expansion nazie. Les enquêteurs Flovent et Thorson doivent agir avec prudence : malgré l’occupation alliée, l’ombre du Troisième Reich plane toujours au-dessus de l’Islande.

Ce que j’en pense :

Nous sommes en Islande, à Reykjavik, en été 1941. Un homme vient d’être retrouvé mort dans un appartement, le crâne explosé par une balle de gros calibre qui tendrait à faire penser à une arme appartenant aux militaires. Sur le front de la victime une croix gammée tracée avec le sang de la victime. Il s’agit de l’appartement de Felix Lunden donc dans un premier temps on pense qu’il s’agit de la victime.

L’enquête est menée par un policier islandais : Flovent auquel l’armée va adjoindre Thorson, un jeune homme de leur camp, un Islandais de l’Ouest, ainsi qu’on surnomme les personnes dont les parents islandais ont émigré au Canada ou aux USA par exemple qui parle très bien la langue même s’il parle bizarrement selon l’avis des gens du coin !

En fait, ce n’est pas aussi simple, le corps n’est pas celui de Felix mais d’un autre homme, représentant commercial comme lui, que sa compagne, Vera, avait quitté en son absence pour ouvrir une blanchisserie avec l’aide d’un militaire.

Ce roman, nous entraine, dans ce pays occupé d’abord par les Anglais, qui sont en train de laisser la place aux Américains, pour éviter que l’Allemagne nazie l’envahisse. Il y a peu de militants pronazis, ils ont été plus ou moins neutralisés, arrêtés et certains envoyés en Grande-Bretagne, mais certains sont encore là, tels Rudolf Lunden le père de Felix, médecin ayant tenté des expériences médicales pour prouver l’origine génétique de la délinquance et autrefois il a utilisé son fils pour arriver à ses fins, l’obligeant à devenir amis avec des élèves issus de milieu pauvre, avec alcoolisme, violences, emprisonnements…

On voyage ainsi dans les méandres des théories nazies fumeuses sur la pureté de la race, le déterminisme génétique de la délinquance, car ils pensaient au départ que les Islandais étaient des descendants des Vikings, donc des surhommes, alors que l’enquête ouvre d’autres possibilités, avec ces femmes qui tentaient à tout prix d’avoir une meilleure vie en se trouvant un compagnon anglais ou américain et si possible de l’épouser, dans ce qu’on appelait « la situation », occupation par les troupes anglaises puis américaines.

L’enquête est passionnante, car l’auteur nous promène au gré des pistes, des indices, sur les pas tantôt du policier Flovent, tantôt dans ceux de Thorson, alors que l’armée a tellement peur d’être reconnue responsable, qu’elle veut garder la mainmise sur ladite enquête.

J’ai retrouvé avec plaisir la plume d’Arnaldur Indridason dans ce premier tome passionnant de la « trilogie de l’ombre » et ce pays fascinant dont chaque livre de l’auteur me fait découvrir un pan de l’Histoire, trilogie que je vais bien-sûr continuer à découvrir, délaissant pour quelques temps le commissaire Erlendur, héros fétiche de l’auteur que j’ai découvert avec « La femme en vert » que j’ai beaucoup aimé et que depuis je suis régulièrement.

9/10

L’auteur :

On ne présente plus Arnaldur Indridason, né en 1961 à Rekjavik, et sa célèbre saga consacrée à l’inspecteur Erlendur, hanté par la mort de son frère lorsqu’ils étaient enfants, pas très heureux en ménage, dont la fille est toxicomane…

On lui doit, entre autres, « La cité des jarres », « La femme en vert » l’homme du lac » ….

Avec la trilogie des ombres on explore une autre face de l’Islande.

Extraits :

Si ce qu’ils affirment est vrai et si la piste les conduit jusqu’à l’armée, cela risque de poser problème, d’autant que tout le monde n’est pas franchement satisfait de notre présence ici. Gardez bien à l’esprit que nous ne voulons pas que ce regrettable évènement nous crée des problèmes. Nous en avons assez comme ça.

On y pratique des recherches en génétique et sur la sélection des espèces, certaines d’entre elles portent sur les criminels. Cette université (Iéna) est la meilleure d’Allemagne dans ce domaine. Les nazis semblent croire qu’il existe un terrain génétique propre à la délinquance et ils ont engagé des travaux de grande envergure pour prouver leur théorie.

Rudolf semblait l’avoir abandonnée au milieu de la lecture d’un article concernant l’origine des Islandais. L’auteur développait la théorie selon laquelle ces derniers descendaient d’une peuplade baptisée les Hérudes, qui était originaire du pourtour de la mer No. ire et était montée vers le nord de l’Europe à la faveur des grandes migrations.

Felix est parfois odieux. Il n’a pas tardé à acquérir un certain ascendant sur ces garçons qui lui obéissaient dans tous les domaines. Il profitait de cette supériorité pour les commander. Il savait parfaitement que son père les avaient pris comme cobayes parce qu’ils venaient de familles à problèmes et il s’en prenait aux plus faibles. Aux plus malheureux. Ce qui ne l’empêchait pas d’imposer aussi sa volonté aux plus forts.

Selon lui, (Hans Lunden) si les ancêtres des Islandais avaient vécu aujourd’hui, ils auraient été des surhommes doublés de génies militaires et il rêvait de les ressusciter. Il menait des études anthropologiques sur la race nordique dans un institut fondé par Himmler à Berlin. Cet institut s’appelle « Héritage ancestral »…

Lu en mai 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Je sais que tu sais » de Gilly Macmillan

Pour fuir l’intox quotidienne où règne en maître une bestiole microscopique nommée Covid 19, qui entre parenthèses m’a conduit à boycotter les journaux télévisés (une seule exception ARTE journal, court, bien fait sans blablas, j’ai opté pour un polar garanti dépaysant :

Résumé de l’éditeur :

Bristol, 19 août 1996. Les corps de deux enfants assassinés sont retrouvés au petit matin dans un terrain vague. Lorsqu’un nouveau cadavre est découvert sur le même lieu vingt ans plus tard, l’inspecteur Fletcher se voit obligé de replonger dans ses anciens dossiers. Les deux affaires pourraient-elles être liées ? L’enquête a pourtant été résolue par Fletcher lui-même. À moins qu’une erreur n’ait été commise ?

 Pour Cody Swift, jeune homme encore hanté par la mort de ses deux meilleurs amis d’enfance, d’évidentes zones d’ombre persistent. Il lance alors un podcast dans lequel il diffuse les avancées de sa propre enquête, quitte à réveiller chez certains des traumatismes enfouis et des blessures encore vives… Que s’est-il réellement passé en 1996 lors de cette nuit étouffante ? L’homme qui a été envoyé derrière les barreaux à l’époque était-il innocent ? Et si oui, où se trouve le meurtrier aujourd’hui ?

Ce que j’en pense :

Qu’est-ce qui peut arriver de pire en période de confinement que choisir un livre censé apporter la détente, l’évasion : se tromper…

Un crime odieux a donc été commis en août 1996 : on a découvert deux enfants de dix et onze ans odieusement tabassés à mort. L’un des deux est mort dans les bras de l’inspecteur Fletcher, qui est chargé de l’enquête. On pourrait penser que, vue la situation, il aurait à cœur de faire une enquête approfondie, sérieuse or il ne pensa qu’à sa carrière, et se comporte en pourri, manipulant un jeune homme, qui a un retard mental comme on disait à l’époque, de manière à lui faire reconnaître qu’il a fait du mal aux enfants. (dont il était le souffre-douleur attitré !)

Des années plus tard, le « coupable » se suicide en prison  et Cody Swift, qui était l’ami, le copain de jeux et de bêtises de Charlie et Scott (et a échappé à la tuerie,  car il était puni pour avoir déchiré son T-Shirt) décide de faire la lumière et prouver que l’enquête a été menée à charge, et qu’on n’a pas condamné la bonne personne, via une méthode particulière : les podcasts dans lesquels il interroge les personnes qui ont pu avoir un rapport avec le crime : les parents des victimes, les policiers, les gens du quartier…

Évidemment, un autre corps est retrouvé par hasard, pas loin de l’endroit où ont été retrouvé les deux enfants. Et une autre enquête démarre avec un inspecteur Fletcher toujours aussi pourri, qui fricote avec des gens peu recommandables qui ont joué un rôle en 1996.

J’aime assez les flics cabossés par l’existence mais pas les corrompus, alors pourri autant que Fletcher, c’est horripilant, du début à la fin. De toute façon, dans ce roman, c’est celui qui sera plus manipulateur, malfaisant que l’autre, pour preuve le lynchage de Jess, la mère de Charlie, considérée comme une mère indigne ou presque…

De plus, je pense que c’est lié à la version e-book, la mise en page laisse à désirer, et on passe d’une période à l’autre, sans démarcation, ce qui ne facilite pas la lecture.

Mauvaise pioche, alors que je l’avais choisi car Gilly Macmillan connaît un certain succès… et il ne me donne même pas envie de lire « Ne pars pas sans moi », autant regarder une bonne série policière à la TV, même si en période de confinement on nous abreuve de rediffusions…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales Noires (que j’apprécie en général) qui m’ont permis de découvrir l’auteure…

#JeSaisQueTuSais #NetGalleyFrance

4/10

L’auteure :

Gilly Macmillan a grandi à Swindon dans le Wiltshire et en Californie du Nord.

Après des études en histoire de l’art et avoir travaillé pour le Butlington Magazine, elle devient professeur de photographie dans le secondaire.

Puis elle se consacre à l’écriture, publiant, entre autres : « Ne pars pas sans moi », « La fille idéale », « La Nanny »

Extraits :

La perte de mes amis et la culpabilité du survivant sont une sombre douleur avec laquelle je vis depuis cette nuit-là. Je ne suis pas le seul. Si fouiller le passé n’a pas été facile pour moi, il en est de même pour certaines personnes avec lesquelles je me suis entretenu.

Il existait une loi du silence dans la cité ; on protégeait les siens. Ce code n’avait plus de valeur si des enfants étaient impliqués, cependant. Ceux qui s’en prenaient aux enfants étaient les pires des ordures.

Écoutez, quand les choses roulent, la brigade criminelle est le meilleur endroit au monde où travailler mais quand ça ne tourne pas rond, il peut devenir l’endroit le plus isolé sur terre.

Qu’est-ce qu’on fait quand la vie vous a mis K-O ? Est-ce qu’on devient le fantôme de celui qu’on était avant, à jamais hanté, ou bien est-ce qu’on avance et qu’on essaie de se reconstruire en tirant les leçons du passé ? Il est possible de se relever, j’en suis la preuve….

Lu en avril 2020