Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Ni vu, ni connu » de Jeffrey Archer

Petit intermède polar entre deux lectures fortes qui m’ont particulièrement marquée ces derniers jours avec le livre dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Le nouveau roman de Jeffrey Archer, « conteur de la trempe d’Alexandre Dumas » selon le New York Times.

William Warwick a été promu et intègre la brigade des stupéfiants. Ses membres ont pour objectif prioritaire d’appréhender Assem Rashidi, le fameux baron de la drogue du sud de Londres, connu sous le nom de La Vipère.

Alors que l’enquête progresse, William va devoir faire face à des adversaires redoutables tout droit revenus de son passé. Son ennemi juré, Miles Faulkner, est toujours libre, mais une erreur de jugement de sa part pourrait bien le voir partir en prison. William et sa fiancée, Beth, s’occupent des préparatifs de leur mariage sans se douter qu’une mauvaise surprise les attend à l’autel.

William devra ruser pour traduire en justice Miles Faulkner et Assem Rashidi en élaborant un stratagème qu’aucun des deux hommes ne pourra prévoir, un piège caché à la vue de tous…

Ce que j’en pense :

William Warwick, qui vient d’être nommé brigadier à la brigade des stups, est en plein préparatif de son mariage avec Beth qui travaille dans le domaine de l’art. en même temps, son vieil ennemi, le baron de la drogue Miles Faulkner qu’il s’agit de prendre la main dans le sac.

Un ancien copain de collège, consommateur, avec lequel il a eu autrefois des démêlés, va être recruter comme « taupe » en échange d’une fuite au Brésil avec sa dulcinée. Devenu témoin protégé, il va devoir raconter comment fonctionne le trafiquant. Mais, est-il fiable ?

Un autre baron de la drogue, Assem Rashidi, alias la Vipère, fait également l’objet d’une surveillance, et William participe au plan mis en œuvre par l’équipe.

L’enquête policière est sympathique, sur fond de mariage, voyage de noces à Rome, pour William et Beth, et de divorce tonitruant (allez, j’ose, abracadabrantesque !) avec argent sale, tableaux de grands maîtres, notamment Vermeer pour Faulkner.

J’ai lu ce livre d’une traite car je voulais respirer entre deux romans forts de cette rentrée. J’ai aimé les relations entre les membres de la famille Warwick : Sir John, le père, avocat représentant la Couronne, sa fille qui doit prouver qu’elle est douée aussi, et William qui a choisi la police au grand dam de son père, après avoir entamé des études d’art.

J’ai aimé l’humour, « so british », mais l’histoire en elle-même n’est pas vraiment trépidante. C’était mon premier « contact » avec Jeffrey Archer et je suis restée sur ma faim. L’auteur nous propose un récit drôle et des réflexions sur le monde des dealers intéressantes mais, on les connaît, ce n’est pas mieux chez nous… il faut dire aussi qu’après avoir refermer « Berlin Requiem » c’était ce polar partait avec un sérieux handicap…

Lectures en cours, entre autres, : « S’adapter » « La carte postale » et « Enfant de salaud », ce qui explique le besoin d’humour…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et découvrir son auteur.

#Nivuniconnu #NetGalleyFrance

Sortie le 06/10/2021

6,5/10

L’auteur :

Né en Angleterre en 1940, sir Jeffrey Archer fait ses études à l’université d’Oxford avant de se tourner vers la politique. Il démissionne de la Chambre des communes en 1974 pour se consacrer à l’écriture. Il est aujourd’hui traduit dans une trentaine de langues et ses livres se sont écoulés à plus de 270 millions d’exemplaires.

Extraits :

Le trafic de drogue est désormais une industrie internationale, au même titre que le pétrole, la finance ou l’acier. Si certains des plus gros cartels devaient déclarer leurs revenus, non seulement ils se retrouveraient dans la liste des cent entreprises les plus cotées en bourses, mais surtout le ministère de finances pourrait récupérer des milliards en impôts.

Il (Michel Ange et le plafond de la chapelle Sixtine) y a travaillé sans relâche de 1508 à 1512, répondit William. Le pauvre homme a passé presque tout ce temps allongé sur le dos au somment d’un échafaudage grossièrement monté. Quand il a eu terminé, il était presque infirme. Et en plus, le pape Jules ne l’a pas payé dans les délais voulus.

La drogue tue sans distinction les jeunes et les plus vulnérables, pendant qu’un petit groupe d’individus sans pitié se remplit les poches, sans aucune considération pour la souffrance humaine qu’ils causent et gonflés de l’arrogance d’être au-dessus des lois.

Il n’aurait pas cru pouvoir encore être surpris après ce à quoi il venait d’assister mais la vue de tant d’argent, sûrement le résultat d’une seule journée, lui rappela pourquoi les criminels modernes ne se fatiguaient plus à dévalise les banques puisque leurs victimes leur remettaient volontairement leurs économies.

Lu en août 2021

Publié dans Littérature française, Polars

« L’oubliée » de Florian Dennisson

En attendant la mise à jour de mes chroniques (cela ne devrait plus tarder, du moins je l’espère), je vous propose un petit détour par le monde de la « Polardie » aujourd’hui avec ce livre en accès libre sur NetGalley :

Résumé de l’éditeur :

Une jeune fille disparaît sans laisser aucune trace. Onze plus tard, elle réapparaît mystérieusement.

À l’époque, l’évènement tragique met en émoi toute la région et Maxime Monceau, alors jeune gendarme, s’en souvient encore. Aujourd’hui adjudant-chef, il est affecté à l’enquête et doit tenter de répondre aux nombreuses questions qui entourent l’affaire. Qu’a subi Victoria Savigny pendant ces onze années ? Où était-elle ? D’autres filles sont-elles en danger ?

Les heures tournent, le kidnappeur court toujours et à la progression difficile de l’enquête en raison de l’ancienneté des faits, s’ajoute l’arrivée massive de journalistes en quête de scoops que le retour inespéré de la jeune femme a attirés.

Désormais spécialiste du langage non verbal, Maxime saura-t-il décrypter l’étrange récit de la jeune femme pour retrouver le ravisseur et sauver les potentielles autres victimes ?

Ce que j’en pense :

J’ai eu la chance de découvrir ce roman en avant-première, en accès direct via NetGalley et cela a été une grande et bonne surprise. Le résumé était prometteur, la couverture intrigante à souhait, alors pourquoi hésiter ?

Victoria Savigny a disparu, il y a onze ans. Les recherches ont été peu à peu abandonnées devant l’absence d’indices et l’enquête supplantées par une autre affaire tristement célèbre, qu’on a appelé « la tuerie de Chevaline ».

Chaque année, à la date anniversaire, la mère de Victoria a reçu une lettre cruelle :

« Madame, votre fille va bien. Cette année encore, elle fêtera son anniversaire en ma compagnie. Ayez une pensée pour elle, car vous ne la reverrez jamais. »

Victoria réapparait brusquement ; après avoir échappé à son ou ses ravisseurs, une course effrénée en forêt, elle est prise en stop par un pervers, elle provoque un accident de la voie publique, et se retrouve sous les projecteurs les gendarmes. Elle va leur raconter son histoire, ce qui lui est arrivé il y a onze ans.

L’interrogatoire est réalisé par l’adjudant-chef Maxime Monceau, qui revient juste d’un burn-out, adepte du langage non verbal, corporel alors que son binôme Boris ne jure que par les méthodes classiques. Inutile de préciser que les deux hommes ne s’entendent guère (doux euphémisme).

Victoria retrouve ses parents, mais le retour est étrange, le père refusant de la reconnaître alors que la mère l’accueille à bras ouverts. On se rend vite compte que la famille est spéciale, religieuse, limite sectaire et que tout est loin d’être simple.

J’ai bien apprécié Maxime, sa fragilité, son enfance brisée, dans une famille toxique sectaire elle-aussi et à laquelle il a échappé autrefois, ce qui fait remonter des souvenirs qu’il aurait préférés enfouis à tout jamais. Après son burn-out il a été sommé de consulter une psychiatre. Son binôme Boris, hyper-rigide, avide de reconnaissance, un peu paranoïaque sur les bords, lui mène la vie dure. J’ai appris beaucoup de choses sur la synergologie et son utilisation dans les techniques d’interrogatoire.

Florian Dennisson maîtrise très bien son sujet notamment lorsqu’il évoque le comportement de Maxime: alors que cette enquête fait remonter les traumatismes de son enfance, ce qui pourrait l’amener à perdre sa lucidité, Maxime parvient à rester professionnel.

Cette brigade de gendarmerie est intéressante, la lieutenante cheffe semblant parfois dépassée, les autres binômes sont un peu en retrait, à part Emma ancien binôme de Maxime qui est motivée. On sourit, au passage, en entendant les moqueries des autres collègues qui traitent Maxime de « mentaliste » On note aussi la présence de la presse à scandale qui veut surfer sur l’histoire de Victoria, n’hésitant pas à utiliser les moyens de corrompre pour avoir la meilleure information. On pense bien-sûr à l’histoire de Natascha Kampusch.

Il s’agit du deuxième épisode des aventures de Maxime mais il faut reconnaître qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu premier, « La liste » pour suivre cette enquête passionnante, pleine de rebondissements et ce jusqu’à la dernière ligne.

C’est la première fois que je lis un polar de Florian Dennisson et j’ai A. DO. RE. Je l’ai lu quasiment en apnée, impossible de le lâcher, car il a tout ce que j’aime dans ce genre littéraire : une histoire compliquée, des personnages parfois ambigus, ou carrément déjantés, des policiers un peu fracassés par la vie du style Sharko ou Martin Servaz. Je vais me procurer « La liste » de ce pas.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Chambre Noire qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur que j’ai hâte de retrouver.

#floriandennisson #NetGalleyFrance

https://www.chambre-noire-editions.com/blog/

8,5/10

L’auteur :

Né à Annecy en Haute-Savoie, Florian Dennisson quitte les bancs de la fac pour se consacrer à sa première passion : la musique. Il écumera – et les écume toujours – les salles de concert de France, d’Europe, du Royaume-Uni et même des États-Unis, avec pour compagnon fidèle : l’écriture.

Fervent adorateur du personnage du Poulpe, c’est avec « Téléski qui croyait prendre » qu’il franchit le pas et vient à bout de son premier roman. Également à l’aise avec la langue de Shakespeare, il traduit de l’anglais une collection de cinq romans de l’écrivain culte américain, Howard Phillips Lovecraft. Le virus est désormais en lui et il ne compte pas s’arrêter là, car si jamais un jour lointain sa guitare lui paraît trop lourde, son stylo sera, quant à lui, toujours aussi léger qu’une plume jusqu’à son dernier souffle.

On lui doit notamment : « La liste », « Un étrange voisin », « Machinations »…

Extraits :

Ce n’était pas écrit noir sur blanc ni de façon officielle, mais Maxime savait très bien que le fait qu’on lui ait « conseillé » de consulter était bien preuve que quelqu’un dans la hiérarchie en avait décidé ainsi et voulait s’assurer que l’adjoint Monceau se tienne tranquille et respecte ses engagements de gendarmes.

On rentrerait trop tard pour un dernier baiser, une dernière tendresse, et on se lèverait encore bien trop tôt pour espérer profiter des derniers instants de calme en famille. A croire qu’on était marié avec ce boulot, avec la gendarmerie. Pas étonnant que les flics baisent entre eux ; il n’y a bien qu’un autre flic pour supporter une vie pareille.

La gorge de son frère se serra. Les griffes froides de la culpabilité lacérèrent ses entrailles. Avait-il été lâche de tout quitter comme ça ? D’abandonner sa mère et sa sœur à leur propre sort ? Il était jeune, elle était majeure, qu’est-ce qu’il aurait bien pu faire d’autre ? Il n’en pouvait plus de cette vie qui les détruisait tous à petit feu. Maxime se repassa les mots du Dr Catarini. C’était leur père qui les avait enrôlé dans cet enfer alors qu’il avait à peine quatre ans, lui n’y était pour rien. Il était simplement victime, au même titre que sa mère et sa sœur.

Maxime avait horreur qu’on réduise la maîtrise de sa discipline à un vulgaire tour de passe-passe, mais il savait qu’Emma n’était pas de ceux qui dénigraient la synergologie, bien au contraire. Elle avait pour habitude de lui envoyer des piques dans des tentatives espiègles de le faire réagir. Il dissipa ses pensées en secouant la tête vigoureusement.

Lu en juillet 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Pour tout te dire » de Gilly Macmillan

Voyage au pays du polar aujourd’hui avec le dernier livre de l’auteure dont j’ai bien aimé « La Nanny » :

Résumé de l’éditeur :

Pour tout te dire… tout le monde ment.

Le talent d’écrivaine de Lucy Harper lui a tout donné : la gloire, la fortune et des fans par millions. Il lui a aussi donné Dan, son mari jaloux dont la carrière d’écrivain est au point mort.

Un jour, Dan disparaît ; ce n’est pas la première fois qu’une personne disparaît dans la vie de Lucy. Trois décennies plus tôt, son petit frère Teddy s’est lui aussi volatilisé et n’a jamais été retrouvé. Lucy, seul témoin, n’a jamais dit la vérité sur cette soirée, au grand désarroi de ses parents. C’est à ce moment-là qu’elle a développé son talent de conteuse.

Mais aujourd’hui Lucy est une femme adulte qui ne peut plus se cacher derrière la fiction. Le monde entier la regarde, et sa vie est passée au peigne fin. Une vie faite d’histoires, certaines plus plausibles que d’autres. Aurait-elle pu blesser Teddy ? A-t-elle tué Dan ?

Lucy Harper devra enfin dire la vérité. Croix de bois, croix de fer, si elle ment, elle va en enfer.

Ce que j’en pense :

Lucy Harper, auteure de polars célèbre grâce à son inspectrice, Eliza Grey, vient d’achever son nouveau livre et l’envoie à son éditeur. Elle a décidé de supprimer Eliza pour écrire le livre qui lui tient à cœur.

Hélas, cela ne plaît pas à Max son éditeur ni, surtout, à son époux Dan, écrivain raté qui gère les finances du couple et vient d’acquérir une demeure sublime (à retaper) après avoir craqué pour une voiture de sport. Quand elle écrit, Lucy s’enferme dans son bureau, dans une petite maison de banlieue dans le cas présent pour trouver l’inspiration.

Dan lui a fait une surprise en achetant cette nouvelle demeure, sans lui en parler, mais elle est située tout près de la maison où Lucy a vécu enfant dans ce village où un drame s’est produit quand elle avait neuf ans. En effet, alors qu’elle l’avait emmené avec elle pour assister à la fête du solstice d’été, celui-ci a disparu et tous les soupçons se sont portés sur elle car elle n’a pas voulu dire la vérité. Elle l’avait laissé dans le bunker où elle aimait aller seule, et quand elle est revenue, il n’y avait plus personne.

Alors qu’elle commence à se poser des questions sur Dan, suspectant qu’il la trompe avec une femme qui habite maintenant juste à côté d’eux, voilà que celui-ci disparaît mystérieusement alors que l’on retrouve sa voiture incendiée.

Le suspense est bien entretenu, Dan est-il ou non un pervers narcissique ? Que cachait-il ? Pourquoi a-t-il acheté cette maison ? le tout surfant sur la vague des réseaux sociaux, des médias avides de sensations qui la traquent sans cesse.

Est-ce que Lucy est folle ? Elle « discute » sans arrêt avec Eliza depuis l’enfance, et on assiste parfois à des scènes troublantes, (dissociation? subterfuge?) … et elle en a fait l’héroïne de ses romans, un double d’elle-même…

Gilly Macmillan alterne l’époque actuelle et celle où Teddy a disparu, ce que j’aime, bien en général, mais je ne me suis pas attachée à Lucy, malgré sa tendance à masquer ses émotions pour ne pas donner prise aux autres personnes, notamment les policiers, sa personnalité est étrange, flirtant avec la maladie mentale. J’ai bien aimé Lucy, enfant, car elle a du caractère, reste dans sa position initiale « je ne sais pas ce qui est arrivé à Teddy », ne variant pas d’un iota malgré les ruses des policiers, les pressions diverses de l’entourage. L’adulte qu’elle est devenue est plus dérangeante.

Un polar où le suspense et la manipulation psychologique sont au rendez-vous, où l’auteure nous oriente sans cesse sur des nouvelles pistes, nous faisant suspecter tout le monde, donc une lecture sympathique mais qui m’a laissée sur ma faim. J’ai davantage apprécié son précédent roman, « La Nanny ».

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Pourtouttedire #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

Mon programme d’un livre par an me faisait parfois perdre la notion du temps, dont la dimension linéaire devenait pareille à un jeu de cartes susceptible d’être rebattu. Créer de la fiction ne me laissait pas d’espace mental pour mettre mes souvenirs en ordre. Je les voyais comme de hautes herbes que le vent pouvait coucher d’un côté ou de l’autre.

Ce n’était pas la première fois que je pleurais à la fin d’un livre. Chacun, à sa manière, m’avait vidée.

Je me demande aujourd’hui comment il est possible que je n’aie rien vu venir. Moi qui étais capable en un clin d’œil d’imaginer le mal à l’état pur et de le transcrire sur la page de façon à glacer mes lecteurs, comment ai-je pu glisser si facilement dans un sommeil bienheureux, les muscles des joues douloureux à force d’avoir souri ? C’est un peu embarrassant. Après tout, il ne faut pas être un génie pour savoir que toutes les surprises ne sont pas bonnes. Surtout quand on dissimule soi-même un secret.

Lu en juin 2021

Publié dans Littérature canadienne, Polars

« Une voisine encombrante » de Shari Lapena

Encore un intermède polar, aujourd’hui, avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

« Voici une lettre bien difficile à écrire. J’espère que vous ne nous maudirez pas trop. Mon fils s’est récemment introduit chez vous en votre absence. »

Aylesford, une banlieue new-yorkaise pleine de charme, offre à ses habitants une qualité de vie exceptionnelle. Pourtant un adolescent y a pris la mauvaise habitude d’entrer par effraction chez ses voisins et de fouiller dans leurs ordinateurs. Lorsque les victimes reçoivent une lettre anonyme à ce sujet, les rumeurs vont bon train et la suspicion monte. Qui est ce visiteur clandestin et où ce sale gamin est-il allé fourrer son nez ?

Quand la belle et séductrice Amanda Pierce est retrouvée morte au fond d’un lac de la région, la tension atteint son point de rupture…

Dans ce nouveau thriller électrisant, Shari Lapena revient à ce qu’elle sait faire de mieux : gratter la surface des apparences pour mettre au jour la part d’ombre en chacun de nous. Banlieue proprette, couples soudés, barbecues du dimanche… Méfiez-vous de tout le monde : l’assassin est parmi nous.

Ce que j’en pense :

Le roman s’ouvre sur la scène de crime : une femme est assassinée à coups de marteau sans que le tueur ressente le moindre scrupule… en gros, elle méritait d’être punie. On va suivre l’enquête sur quelques semaines, avec moult rebondissements.

Deux jours plus tard, un homme vient signaler à la police que son épouse, Amanda, n’est pas rentrée d’un week-end de shopping avec une amie. Tout le monde pense à un abandon du domicile conjugal, et d’un mari cocu, car l’amie en question dit qu’il n’a jamais été question de week-end ensemble.

Une quinzaine de jours plus tard, on retrouve par hasard la voiture d’Amanda est retrouvée dans un lac et la jeune femme est enfermée dans le coffre, morte.

En même temps, un adolescent, Raleigh Sharpe, reconnait avoir « visiter » des maisons la nuit, et visitant surtout leurs ordinateurs, et n’hésitant pas à envoyer des courriels bidons mais ravageurs à d’autres personnes. Sa mère, Olivia décide d’écrire une lettre d’excuse anonyme, bien sûr, et de la glisser dans les boites aux lettres des deux maisons que son fils lui a désignées dont l’une est celle de Pierce. Paul Sharpe préfère s’abstenir, mais consulter un avocat, en famille pour que son fils prenne conscience qu’il s’est comporté comme un délinquant.

On va se retrouver ainsi en milieu quasiment clos, puisque tout se passe dans une petite banlieue tranquille, Aylesford, où les voisins s’entendent bien, se connaissent tous, du moins le croient-ils, à part le couple Pierce, arrivés seulement depuis plusieurs mois, et une autre femme plus récemment encore qui n’arrive pas à se faire accepter et surveille tout le monde derrière ses rideaux.

Encore une histoire de meurtre entre voisins comme aime les écrire Shari Lapena. Il faut bien reconnaître qu’on se laisse prendre parle suspense, rien que pour voir jusqu’où elle va nous emmener. L’auteure décrit ses amitiés de longue date qui s’écroulent car elles étaient en fait très superficielles, revisite le mythe de la jalousie et de l’adultère, sous fond de manipulation.

J’ai passé un bon moment, certes, c’est vite lu mais je reste toujours perplexe devant la façon de vivre des Américains, leurs diners entre amis, la manière dont chacun pleure sur l’épaule l’autre, sur fond d’hypocrisie… Tant qu’à faire, je préfère m’encanailler à Wistéria Lane avec les « desperate housewives ».

On a au passage quelques réflexion d’actualité sur la difficulté à élever des ados à l’heure actuelle, le danger des réseaux sociaux, sur le « piratage » (il faut reconnaître que Raleigh est doué mais il devient addict, la décharge d’adrénaline qui accompagne ses visites nocturnes mettent un peu de piment dans sa vie, c’est toujours mieux que le fils des voisins qui passent ses nuits à boire.

J’ai hésité avant de choisir ce roman car je connaissais déjà Shari Lapena (« un assassin parmi nous » et « L’étranger dans la maison » et je craignais qu’elle ne surfe sur la vague du style « petit meurtre entre amis » et ce qui devait arriver arriva. Il faut reconnaître, toutefois, que l’auteure arrive à maintenir le suspense et ce roman se laisse lire sans gaspiller trop de neurones. Ceci dit, j’espère que je vais retrouver mon état normal d’attention et mes centres d’intérêt habituels en littérature, car je commence à m’inquiéter sérieusement…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Presse de la cité pour m’avoir permis de lire ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Unevoisineencombrante #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

Comment peut-on enseigner quoi que ce soit aux enfants, de nos jours, avec tous les mauvais comportements qu’ils voient autour d’eux, aux infos, tout le temps, de la part de personnes en position d’autorité.

Ce n’était pas comme ça avant. Elles se retrouvaient autour de la pataugeoire, bavardes et rieuses, sereines à l’idée que leurs rejetons deviendraient beaux, intelligents et équilibrés. Les parents ont toujours une vision exagérément optimiste des talents et de l’avenir de leurs enfants quand ils sont tout petits, se dit-elle. C’est peut-être ce qui permet de tenir

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Bal tragique à Windsor » de S. J. Bennett

Je vous parle aujourd’hui de premier livre de la série « Sa Majesté mène l’enquête » que Babelio a eu la gentillesse de me proposer dans le cadre d’une opération « masse critique » spéciale :

Résumé de l’éditeur :

« Sa Majesté mène l’enquête » : une nouvelle série de cosy crimes dont l’héroïne est Elizabeth II, reine d’Angleterre.

Quand Miss Marple rencontre The Crown !

Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s’apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d’une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu. Shocking ! Quel scandale si la presse l’apprenait !


Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son fidèle personnel d’être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu’ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C’est donc Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière adjointe, une brillante jeune femme d’origine nigériane, qui va l’aider à démêler ce sac de nœuds en toute discrétion… God save the Queen du cosy crime !

Ce que j’en pense :

Soirée de bal à Windsor, le château préféré de la reine Élizabeth. Un jeune pianiste russe de talent a été convié, à ce « dine-et-sleep », lequel s’est avéré aussi être un bon danseur, il a entraîné la reine dans un tango puis d’autres femmes ont dansé avec lui et leur manière de danser le tango était assez suggestive. Même l’archevêque a esquissé des pas de danse…

Stupeur, au petit-déjeuner du lendemain, on apprend qu’il a été retrouvé nu, une cravate nouée autour du coup et l’enquête s’oriente vers une asphyxie auto-érotique… Mais, rien n’est simple au pays de Sa Majesté : on ne tarde pas à constater que le nœud de cravate est étrangement noué, donc il a été assassiné.

Grand branlebas de combat ! on voit débarquer, un commissaire, le directeur du MI5 qui est obsédé par Poutine, et voit la main de Moscou derrière ce crime : la victime est russe, Vladimir aime bien trucider ceux qui lui déplaisent (parapluie bulgare, novitchok…) mais de là à oser agir dans un palais de la reine… étrange…

La reine n’est pas convaincue et va charger sa secrétaire particulière adjointe Rozie Oshodi qui vient juste de revenir du Nigéria pour un mariage. Elle-même est très occupée, son quatre-vingt-dixième anniversaire approche, de même que la visite du couple Obama…

Son entourage a souvent tendance à considérer la reine comme une vieille dame fragile, ce qui donne des scènes assez drôles surtout lorsqu’on veut lui faire un schéma pour être sûre qu’elle comprend bien de quoi on lui parle, alors qu’elle pianote sur allègrement sur son iPad…

Les échanges entre la reine et Philip sont assez savoureux, et je les ai d’autant plus appréciés qu’il a tiré sa révérence récemment. (Cf. Extraits)

Rosie Oshogi, est une femme très sympathique, à l’esprit aussi vif que le corps, malheur à qui tente de s’en approcher avec de mauvaises intentions… on imagine cette belle jeune femme d’origine nigériane, qui se déplace en tailleur, jupe étroite, perchée sur ses talons de 12 cm, et qui est par ailleurs une excellente cavalière…

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture rafraîchissante, bien stylée, avec l’humour « so british », les coups de griffe de Philip à David Cameron… C’est le genre de roman qui se déguste comme une friandise, et qui fait du bien au moral, dans la grisaille quotidienne. C’est le premier opus de la série, et j’espère que la sortie en France du deuxième ne tardera pas car j’ai hâte de retrouver Rozie, qui je l’espère prendra davantage de place.

On sent que S. J. Bennett connait bien la famille royale, le protocole, le fonctionnement des différents services car elle a failli devenir secrétaire particulière adjointe de la reine.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Presse de la cité qui m’ont permis de découvrir cette série « soft polar » un peu dans le style des « Détectives du Yorkshire » mais avec un petit plus savoureux, car on visite les salles de réunion, la manière dont le château fonctionne… oui, je l’avoue j’ai un petit faible pour Sa Majesté (j’avais un gros faible pour Philip, c’était un bel homme à l’époque et il faut bien dire qu’il l’est resté longtemps, dans son bel uniforme ou en kilt…

De plus, ce livre est un bel objet : belle couverture, joli papier, avec un arbre généalogique de la famille royale, de 1837 à nos jours, dont je n’ai pas eu besoin car je les connais tous assez bien, mais qui apporte un petit plus aux jeunes générations qui auraient un peu oublié Édouard VIII dont l’histoire d’amour et le mariage avec Wallis Simpson ont fait la joie de tabloïds autrefois, ou   George V et George VI…

8/10

L’auteure :

Après avoir été consultante en stratégie, S. J. Bennett s’est lancée dans l’écriture de livres pour la jeunesse, puis de romans policiers.

Elle vit aujourd’hui à Londres. Par le passé, elle a elle-même failli devenir la secrétaire particulière adjointe de Sa Majesté. Autant dire qu’elle connaît son sujet !

Extraits :

Quand il la retrouva pour le café, après le déjeuner, Philip brûlait d’aborder le sujet.

  • Lilibet, vous a-t-on dit que l’homme était nu ?
  • Oui en effet, cela m’a été rapporté.
  • Pendu, comme un certain député conservateur. Il y a un nom pour cela. Comment dit-on, déjà ? Quelque chose auto-sexuel
  • Asphyxie auto-érotique, l’informa sombrement la reine qui venait d’effectuer une recherche Google sur son iPad.

Les chiens, eux, savaient. Comme Candy, ce matin. Les corgis avaient détesté Vladimir Poutine au premier regard et cherché à lui mordre les chevilles lors d’une visite officielle. Même le chien-guide d’un ministre aveugle s’était mis à aboyer. Les chiens ont un tel instinct…

Certes, la presse à scandale, avait publié un ou deux articles sur la nouvelle secrétaire « particulière » de la reine, sans oublier de mentionner son « physique exotique ». Et, dans les palais royaux, elle avait parfois droit à quelques airs étonnés ou à de petits excès de politesse.

La reine résout des énigmes criminelles. Je crois qu’elle a démêlé sa première affaire, vers l’âge de 12 ou 13 ans. Toute seule. Elle voit des choses que les autres ne voient pas – souvent parce qu’ils ont tous le regard rivé sur elle. Ses connaissances couvrent énormément de domaines. Elle a un œil de lynx, du flair pour déceler les mensonges et une mémoire fabuleuse. Son personnel devrait lui faire plus confiance.

Philip avait l’air de sortir tout droit d’un magazine. Elle n’avait jamais vu quiconque porter aussi bien l’uniforme ou le smoking. Quand ils s’étaient mariés, il était le meilleur parti d’Europe. Elle s’était sentie chanceuse à l’époque, et c’était toujours le cas aujourd’hui… même s’il était affreusement agaçant la moitié du temps.

Lu en mai 2021

Publié dans littérature USA, Polars

« Le dard du scorpion » de Preston & Child

J’ai découvert ces deux auteurs, pour la première fois, il y a quelques mois avec « Tombes oubliées » et roman m’a tellement plu que j’ai foncé sur « Le dard du scorpion », c’était une évidence :

Résumé de l’éditeur :

Le corps étrangement momifié d’un homme est retrouvé dans une ville fantôme du Nouveau-Mexique. À son côté : une croix en or du XVIIe siècle datant de l’ère coloniale espagnole.

L’archéologue Nora Kelly et Corrie Swanson, jeune agente du FBI, doivent déterrer l’homme pour l’identifier, déterminer les causes de sa mort et rechercher un éventuel trésor enfoui…

Mais leur présence dérange et les morts s’accumulent… D’abord l’homme qui a découvert le cadavre. Puis un militaire… L’armée, justement, qui se livrait dans le secteur à des essais nucléaires, ne serait-elle pas responsable de la mort du chercheur d’or, dont le cadavre présente des traces de radioactivité ?

Et quid du supposé trésor ? Une fois encore, l’intervention d’Aloysius Pendergast pourrait lever le voile sur ce mystère…

Ce que j’en pense :

Un corps momifié a été découvert dans une ville fantôme du Nouveau-Mexique, et il s’agit de déterminer son identité, à quand remonte la mort et si le décès est de cause naturelle ou criminelle. Chose surprenante, on a découvert près de lui une croix en or sertie de pierres précieuses.

Corrie Swanson, agent du FBI, affectée à Albuquerque, un peu sur la touche depuis sa dernière enquête, est chargée par son supérieur, l’agent Morwood, de résoudre ce qu’on pourrait appeler un Cold Case (je préfère les mots français mais il faut reconnaître que c’est beaucoup plus joli et mystérieux en anglais, mais nos amis Canadiens vont sûrement trouver un terme adapté).

Le corps a été découvert par un délinquant, Pick Rivers, qui était occupé à déterrer des restes humains lorsqu’il a été surpris par le shérif Homère Watts, et appréhendé après un échange de coup de feu. Rivers reste muet comme une carpe pendant l’interrogatoire. Agissait-il de son propre chef ou travaillait-il pour quelqu’un ?

Corrie décide d’aller demander l’aide du professeur Nora Kelly, archéologue réputée, qui est en train de faire des fouilles sur un chantier important, avec son adjoint Adamsky. Nora rechigne car son chantier va prendre du retard et aussi parce que l’Institut a été « remanié », l’ancienne directrice ayant commis des « infractions ». Et voilà notre duo de « Tombes oubliées » qui se reforme, sans enthousiasme au départ.

Il s’avère que la croix date du XVIIe siècle et qu’elle a une très grande valeur (déjà, elle est alléchante sur la couverture du livre !) et l’enquête commence. Les agents du FBI se comportent de façon machiste, avec Corrie, avec des réflexions sexistes sur son travail autant que son jeune âge et sa morphologie.

Cette enquête va nous emmener dans cette ville fantôme, vidée de ses habitants, une fois que dans les mines l’or a commencé à se faire rare. Mais d’autres événements se sont produits au Nouveau-Mexique, tous les propriétaires de Ranches ont été priés de vider les lieux, leurs propriétés rachetés par l’État à des prix dérisoires pour en faire une base importante de l’armée. C’est là qu’a eu lieu Trinity, le premier essai nucléaire 16/07/1945 à 5 h 29 du matin.

Les auteurs nous emmènent aussi sur les colons espagnols, la christianisation, la construction d’églises sur les sites sacrés des Indiens, les Pueblos, la fièvre de l’or et la légende du trésor enfoui quelque part dans cette région. Mais, il est difficile de mener une enquête lorsque l’on a l’armée sur le dos, avec un général trop poli pour être honnête…

J’ai adoré retrouvé ce tandem Corrie-Nora et découvrir le Nouveau-Mexique et son histoire, les zones d’accès difficile,malgré jeep et autre 4 x 4, les méfaits de la colonisation les massacres commis au nom de Dieu, et cette fièvre de l’or qui s’empare des Blancs, les poussant à faire n’importe quoi pour s’enrichir.

Le roman démarre lentement, on ne sait pas trop bien où l’on va car les auteurs tiennent à nous maintenir en haleine, et à nous faire réfléchir également, mais progressivement le rythme s’accélère et il m’est devenu impossible de le lâcher. Je lui dois une nuit peu reposante car je voulais absolument le terminer !

Je dois reconnaître au passage, que je connais l’Histoire des USA certes, mais je n’ai jamais eu tellement envie de l’approfondir, pour moi les Américains ont sur les mains le sang des Amérindiens et leur côté gendarme du monde me tape sur le système, alors j’ai appris des choses et j’ai envie d’approfondir bien sûr. J’aime ces lectures qui font passer un bon moment et qui me donnent envie d’en savoir plus.

Je trouve géniale, l’idée d’associer une « agente » du FBI et une archéologue pour résoudre une enquête, car cela permet de sortir des sentiers battus, et les vieilles pierres et les fouilles m’ont toujours passionnée, c’est un métier qui m’aurait plu, en dehors des clichés véhiculés par les séries TV… explorer spectromètre de masse dans une main microscope électronique de l’autre, un fragment de cheveu (pour ne pas dire autre chose) qui se trouvait là comme par hasard c’est sympathique aussi, mais cela prend beaucoup plus de temps que dans « Les experts » qu’ils soient de Miami Manhattan ou autre… Donc, je n’aurais pas la patience …

Une anecdote drôle au passage : l’origine du mot Scotch

« A l’époque de la mise au point de ce produit, seuls les bords étaient adhésifs. Un plaisantin a remarqué que cette radinerie était digne des Écossais, conformément à un stéréotype courant, et le nom Scotch est resté. »

Depuis quelques années, je m’intéresse de plus près à la littérature américaine que j’avais un peu snobée pour les mêmes raisons, alors je rattrape le temps perdu, d’où le puits sans fond qu’est devenue ma PAL.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions l’archipel qui ont accepté de me confier ce roman dont j’ai retrouvé les auteurs avec infiniment de plaisir. J’attends de pied ferme la prochaine enquête de ce duo et j’ai également envie de lire les autres livres du duo Preston-Child, et faire la connaissance de l’inspecteur Aloysius Pendergast..

#LEDARDDUSCORPION #NetGalleyFrance

9/10

Les auteurs :

Depuis Relic (1995), Preston & Child forment le duo le plus réputé dans l’univers du suspense. Ensemble, ils ont signé une trentaine de romans, dont 19 mettent en scène l’inspecteur Aloysius Pendergast, du FBI, le Sherlock Holmes des temps modernes.

En langue française, leurs romans, tous parus aux éditions de l’Archipel, dont le dernier Rivière maudite, se sont vendus à plus de 1,5 million d’exemplaires. « Preston & Child renouent avec la veine de leurs premiers romans, Relic et Le Grenier des enfers. » Publishers Weekly.

Extraits :

Enfin, aux environs de 11 h 30 du matin, elles découvrir High Lonesome depuis une crête. Nora avait vu un certain nombre de villes fantômes au cours de sa carrière,mais aucune n’était à la hauteur de celle-ci et ses regrets de participer à un tel périple s’évaporèrent instantanément.

C’est la raison pour laquelle j’aime autant le Nouveau-Mexique. Cet état regorge de trésors insoupçonnés. Vous avez de la chance d’avoir atterri au bureau d’Albuquerque.

Le Nouveau Mexique a été colonisé en 1598 par le conquistador Don Juan de Onate. Un certaine nombre d’Européens l’accompagnaient, parmi lesquels des moines qui ont entrepris de convertir au christianisme les populations pueblos nouvellement conquises. Ces religieux ont érigé un certain nombre de missions et les ont dotées d’objets sacrés tels que des croix, des cloches, des calices ou des statues de la Vierge…

En 1860 a eu lieu un soulèvement indien au cours duquel quatre cents colons et plusieurs dizaines de prêtres ont trouvé la mort, le reste des populations espagnoles locales ayant été chassées.

Tous les individus qui avaient été baptisés ont été lavés rituellement et les mariages prononcés par les prêtres ont été dissous, ce qui explique la rareté des objets ayant survécu à ces destructions, surtout lorsqu’ils étaient en or.

A la suite de la conquête, les Pueblos considéraient l’or comme un métal maudit au prétexte qu’il plongeait les Espagnols dans la folie. Ils le voyaient comme la cause essentielle de leur servitude au fond des mines…

Je viens de vous dire qu’il n’existait pas de bombe atomique à l’époque, mais c’est faux. Il y en avait une. La toute première, expérimentée ici-même au Nouveau Mexique, dans une région désertique au sud de High Lonesome. Corrie, regardez sur votre iPad à quelle date a eu lieu Trinity, le premier essai nucléaire.

Lu en avril 2021

Publié dans Challenge le mois de l'Europe de lEst, Littérature polonaise, Polars

« Pyromane » de Wojciech Chmielarz

Je vous parle aujourd’hui d’un polar que j’ai lu dans le cadre du Challenge « Le mois de Pays de l’Est organisé par Patrice :

Résumé de l’éditeur :

À Varsovie, au cœur d’un hiver glacial, l’inspecteur Mortka est appelé un samedi matin aux aurores sur les lieux d’un incendie criminel. Dans les ruines fumantes d’une villa d’un quartier chic, on découvre le corps de Jan Kameron, un businessman qui a connu des revers de fortune. Sa femme Klaudia, une ex-star éphémère de la chanson, lutte pour sa vie à l’hôpital.

 
Mortka espère d’abord qu’il s’agisse d’un règlement de comptes lié aux affaires pas toujours limpides de Kameron. Mais bien vite, il lui faut se rendre à l’évidence : un pyromane sévit dans les rues de la capitale, balançant des cocktails Molotov par les cheminées et semant la mort sur son passage…

Il faudra toute la ténacité de Mortka, déjà fragilisé par son divorce récent et épuisé par les fiestas de ses colocs étudiants, pour mener à bien une enquête où les fausses pistes abondent. Sans compter le harcèlement de sa hiérarchie qui lui colle une profileuse dans les pattes, et le comportement suspect de son adjoint porté sur la boisson…

Ce que j’en pense :

Le roman commence par la description de la manière dont le pyromane déclenche l’incendie d’une maison, et les émotions qu’il ressent, la jouissance, notamment, qui lui déclenche une érection.

La maison est celle de Jan Kameron, businessman douteux qui a joué en bourse et perdu des sommes astronomiques. Il a épousé une starlette, Klaudia Klau qui a failli être miss Pologne, et a enregistré un disque à succès et ensuite, les flops se sont succédé… le couple aurait dû être absent ce soir-là.

Kowalski, le pompier, a appelé l’inspecteur Jakub Mortka car Kameron est mort, carbonisé, alors que sa femme, qu’il avait enfermée dans un placard, à la suite d’une dispute a réussi à s’échapper, grièvement brulée.

Kowalski s’est aperçu que d’autres incendies bizarres avaient eu lieu dans ce quartier résidentiel, avec la même technique de mise à feu. L’inspecteur va donc mener l’enquête secondé par, Kochan, son adjoint efficace mais avec une tendance à boire…

En fait, c’est plus compliqué qu’il n’y paraît : Kameron était mort avant de rôtir…

C’est ma première incursion dans les aventures de l’inspecteur Mortka, sa première enquête en fait, et je dois dire que ce polar, de structure classique dans la manière de mener l’enquête, m’a bien plu. Il y a des rebondissements, des interactions entre la vie des policiers et l’intrigue et je me suis laissée emporter.

L’inspecteur Mortka, alias le Kub, divorcé, deux enfants, dont la vie de famille est aussi compliquée que celle d’Erlendur d’Indridason, avec des faiblesses qui le rendent attachant, m’a bien plu et donné l’envie de continuer à suivre ses enquêtes. Et son adjoint n’est pas en reste, dans un autre genre, j’ai eu très souvent envie de lui mettre des claques avec son misogynie XXL.  

On est frappé par le contraste saisissant qui existe entre les moyens de la police, avec un ordinateur qui met au moins cinq minutes pour démarrer, quand il veut bien démarrer, et ceux des délinquants, qui sont carrément des mafieux, les poings et la gâchette faciles. Ou encore par la consommation vertigineuse de vodka. Ou a aussi le procureur toujours pressé, la hiérarchie qui met la pression, à cause de la Presse, mais cela c’est valable à peu près dans tous les pays.

Le style de Wojciech Chmielarz, (j’ai réussi à mémoriser et orthographier son nom de famille mais j’ai encore du mal avec son prénom !) m’a plu, aussi bien l’enquête que les personnages et l’écriture

En fait, j’ai commencé à m’intéresser aux auteurs polonais, par le biais du Challenge « Le mois de l’Europe de l’Est » et je me suis rendu compte que, hormis les auteurs russes, je n’en connaissais pratiquement pas les autres. J’ai découvert, l’an dernier les enquêtes du procureur Teodore Szacki d’un auteur polonais de polars : Sygmunt Miloszewski qui m’avait bien plu également.

J’avais une liste de livres pour le challenge 2021, mais la motivation étant en berne, j’ai revu mes exigences à la baisse, mais je fais de belles découvertes, et passer par des polars m’a stimulée. Les deux opus suivants sont déjà dans ma PAL…

7,5/10

L’auteur :

Wojciech Chmielarz, né en 1984, est journaliste et rédacteur en chef de niwserwis.pl, un site internet dédié à l’étude du crime organisé, du terrorisme et de la sécurité internationale.

Il est l’auteur de quatre romans mettant en scène l’inspecteur Mortka, pour lesquels il a été nominé trois fois au prestigieux prix du Gros Calibre, récompensant les meilleurs polars polonais.

Extraits :

L’inspecteur Jakub Mortka, dit le Kub, finit une dernière gorgée de café dans le gobelet de son Thermos. La boisson chaude le réveillait plaisamment. Il s’examine dans le rétroviseur. Il avait une tête affreuse. Pas rasé, les yeux cernés, un teint gris terreux qui lui donnait au moins cinq ans de plus que dans la réalité…

Quel foutu pays ! se dit-il. Ceux qui risquent leur vie au nom de l’ordre, du droit, de la protection des proches ne gagnent que des clopinettes. Et on exige d’eux d’être disponibles à chaque appel et professionnellement efficaces.

Ce sont (les pyromanes) des criminels en série. Des malades, parce que la pyromanie est une maladie. Le plus souvent des jeunes, des hommes d’une vingtaine d’années. Ils commencent par allumer de petits feux, puis visent des objectifs plus importants, pour finir avec des maisons, des hangars, des annexes de jardins. Ils éprouvent de la haine pour le monde, et ont des problèmes d’acceptation de soi.

Les policiers avaient trop peu d’argent, trop peu d’hommes, de moyens et de droits pour lutter contre un véritable groupe organisé, tel que Borzestowski, justement avait organisé le sien. Ce gangster n’avait pas à demander s’il pouvait briser des os, brûler une voiture ou loger une balle dans le crâne d’untel ou d’un autre. Il n’avait qu’à le faire. Quand la police, de son côté, étouffait sous la bureaucratie.

La bicoque n’était pas grande et contenait tout au plus trois pièces, cuisine et salle d’eau comprises. Un hangar, des toilettes peut-être hors d’usage, une niche à chien et une serre démolie dont l’intérieur était aussi enneigé que la cour, complétaient le tableau. Le tout ressemblait à un musée délabré de la campagne polonaise, destiné à montrer un retard de civilisation.

Lu en mars 2021

Publié dans Littérature italienne, Polars

« Une affaire italienne » de Carlo Lucarelli

Je vous propose un voyage intéressant en Italie, au début des années cinquante, aujourd’hui avec ce polar :

Résumé de l’éditeur :

Le retour d’un personnage littéraire qui a fait le succès de Lucarelli, best-seller en Italie.

Pendant le fascisme, le commissaire De Luca était le meilleur flic d’Italie. Avec la guerre froide et l’arrivée de la frivolité médiatique, les homicides deviennent de plus en plus étranges et on lui demande de devenir un nouveau type de policier.

Dans une Bologne sous la neige, quelques jours avant Noël 1953, la très belle épouse d’un professeur universitaire est retrouvée noyée dans une baignoire. Pour découvrir ce qui s’est passé, la police a besoin d’un vrai limier et fait appel au commissaire De Luca, policier de renom pendant la période fasciste et qui avait été mis sur la touche depuis cinq ans. Mais malgré les pistes, les traces et les indices qui s’offrent à De Luca, rien n’est ce qu’il paraît. Épaulé par un jeune policier censé l’aider (ou l’espionner), séduit par une très jeune chanteuse de jazz avec un passé de partisane, le commissaire se retrouve au milieu d’une affaire ambiguë et dangereuse qui l’obligera à s’immiscer dans les coulisses des guerres politiques et du milieu musical et mondain de la ville.

Avec son talent pour construire des intrigues convaincantes et ses solides connaissances historiques, Carlo Lucarelli écrit un récit au charme puissant dans l’Italie de l’après-guerre, entre frivolités du festival de San Remo et violences sourdes de la guerre froide.

Ce que j’en pense :

L’intrigue se déroule à Bologne sur une courte période, débutant quelques jours avant Noël. Nous sommes en 1953. Une femme a été assassinée dans un petit appartement. La voisine qui habite l’étage situé au-dessous a prévenu la police.

La victime est Stefania, l’épouse du professeur Cresca, victime quelques mois plutôt d’un étrange accident qui a causé également la mort d’un enfant.   On fait appel aux lumières du commissaire De Luca, plus ou moins sur la touche car policier durant la seconde guerre mondiale, donc suspecté de collusion avec les fascistes…

Il est assisté dans son enquête par un jeune policier, Giannino, féru de jazz et on va suivre le duo à un concert où ils vont rencontrer une jeune femme dont la voix ressemble à celle de Lena Horne.

J’ai beaucoup aimé me retrouver à cette époque si particulière : la seconde guerre mondiale n’est pas si loin, la guerre froide bat son plein, on ne sait plus qui espionne qui et on a la gâchette facile… il y a des règlements de compte dans l’air, des policiers ripoux…

Bologne, dans le froid de l’hiver : il neige et il faut bien dire que le chauffage n’était pas particulièrement au point à l’époque. L’atmosphère est glauque, et les méthodes d’investigation limitées, les experts n’étaient pas encore entrés en scène.

Quel plaisir d’arpenter ses rues où l’on peut se faire trucider à tout instant, sur fond de jazz et de musique italienne, de belles brunettes, aux jambes divines qui aiment bien se déplacer pieds-nus, et surtout notre belle chanteuse Claudia, alias Facetta Nera, dont notre commissaire s’éprend au passage… sur fond de cuisine italienne qui fait saliver alors que De Luca est quasiment anorexique et soigne son insomnie à la caféine (ah les vertus de l’expresso !)

De Luca, ex-commissaire qui pourrait le redevenir, que l’on appelle Ingénieur, est un personnage sympathique et attachant qui met un point d’honneur à résoudre une enquête plombée d’avance, sous les ordres du commandeur d’Umberto qui s’empiffre de bomboloni, sorte de beignets à la crème, plutôt du style barbouze, ripoux comme on veut…

Carlo Lucarelli multiplie les pièges, les fausses pistes jusqu’au bout du roman pour notre plus grand plaisir. Il nous offre au passage des coupures de journaux de l’époque de la guerre froide, ce qui intéressait la population à cette époque pour nous donner le temps de souffler un peu entre deux coups d’accélérateur sur la belle voiture de Giannino dont la « conduite sportive » comme disent les djeuns donne souvent le tournis.

C’est la première fois que je lis un polar de Carlo Lucarelli et cela me donne envie de continuer à explorer son univers. Son style est plaisant, ses réflexions sur le démenti plausible, ou le crime parfait ou perfectible ou encore la manière de « gérer l’imperfection » ou ses comparaisons avec les différentes races de chien pour étiqueter les flics, les ripoux, ceux qui sont doués…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Metailié qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

#Uneaffaireitalienne #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Carlo LUCARELLI est né à Parme en 1960. Chroniqueur, scénariste et dramaturge, il a publié de nombreux romans policiers, thrillers et livres d’enquêtes, dont le best-seller Misteri d’Italia, enquêtes sur des faits divers non résolus., La Huitième Vibration et Le Temps des hyènes.

Il écrit également des scénarios de BD et anime une célèbre émission de télévision sur des affaires non résolues.

Extraits :

L’aiguille du compte-tours se cabra en vibrant, rapide, dans l’œil rond du cadran de droite, tandis que De Luca encastrait son dos entre siège et portière. L’Aurelia avait fait un bond en avant mais s’était arrêtée aussitôt, avec le rugissement du moteur qui s’éteignait dans un grognement contenu…

Tu vois, De Luca, pour faire flic, il faut un cœur de chien, mais de races différentes. Il y a des flicards ordinaires qui ont un cœur de chien de garde et il y a ceux de la Criminelle qui en ont un de chien de chasse. Tu es un chien truffier, mon gars. Voilà, pour ceux comme nous en fait, il faut un chien bâtard.

Je vaux savoir si ce meurtre a été ordonné par quelqu’un de mon bureau, ou d’un bureau parallèle, ou d’un bureau concurrent, les Russes, papa Noël, expliqua-t-il en montrant un sapin décoré dans un coin, la Madone ou le Petit Jésus…

Tu vois, mon garçon, il y a une confusion chez nous, mais une confusion… autrefois, les choses étaient plus claires mais maintenant, avec les lois et les contre-lois, c’est devenu un bordel… les choses se font et ne se font pas, les ordres, on les donne et on ne les donne pas…et tous les jours, il y a un nouveau groupe qui fait ce qui lui chante.

Lu en février 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Metropolis » de Philip Kerr

Intermède polar, aujourd’hui, avec ce livre dernier opus des aventures de Bernie Gunther, sorti en Grande Bretagne l’an dernier, tandis que son auteur tirait sa révérence, atteint par un cancer :

Résumé de l’éditeur :

« Un ultime épisode qui bouleversera les lecteurs de Philip Kerr. » The Guardian

Berlin, 1928. Les corps de quatre prostituées sont retrouvés massacrés dans le même quartier. Bernie Gunther, jeune flic idéaliste à la brigade des mœurs est invité à rejoindre le chef de la Kripo pour enquêter sur cette sinistre affaire.

Alors que ces meurtres laissent la population indifférente, le père de l’une des victimes, un chef de la pègre très influent, est prêt à tout pour se venger de l’assassin de sa fille.

Dès lors qu’une nouvelle vague de victimes, des vétérans de guerre handicapés, déferle sur la ville, Bernie est confronté au silence imposé par la voix montante du nazisme.

Une première enquête aux allures de course contre la montre dans un Berlin sous tension, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Ce que j’en pense :

Il y a très longtemps que je voulais découvrir l’univers de Bernie Gunther, dont la « Trilogie berlinoise » me nargue effrontément sur une étagère de ma bibliothèque (quelle idée aussi d’avoir opté pour le modèle poche qui fait mille pages et pèse plus de cinq cents grammes, quand on n’a plus beaucoup de force dans les mains…

Quand on me l’a gentiment proposé au cours d’une masse critique spéciale de Babelio, je n’ai pas hésité plus d’une demi-seconde, car il s’agissait de sa première enquête donc cela me permettait de faire la connaissance de Bernie.

L’action se situe en 1928, à Berlin, sous la République de Weimar, alors que frémissent déjà la moustache d’Hitler, ses Sections d’Assaut tristement célèbres, les violences perpétrées contre tout ce qui les dérangent…

Trois prostituées sont retrouvées assassinées et scalpées par un mystérieux tueur que l’on surnommé Winnetou, l’une d’entre elle étant la fille d’un mafieux.

Le tueur nargue la police et joue avec elle, en laissant des indices trompeurs pour les envoyer sur de fausses pistes. Brusquement, il change de victimes et s’en prend aux hommes qui ont été blessés pendant la guerre et se retrouvent à mendier, dans leurs petits charriots roulants, aux sorties du métro. Il écrit un texte à un journal justifiant ses crimes par la nécessité de nettoyer Berlin de tous les inutiles… il se fait appeler « Gnadenschuss », coup de grâce.

J’ai beaucoup aimé découvrir le Berlin de 1928, aux côtés de Bernie, la société allemande de la métropole de l’époque, les références à l’Histoire, la faim, la chute de la monnaie, la montée du Nazisme, le racisme ambiant, mais aussi la culture car on croise Fritz Lang et sa compagne de l’époque Thea von Harbou, le milieu du théâtre… Une période qui ressemble parfois un peu trop à la nôtre avec la montée des extrémismes de tous bords…

J’ai lu beaucoup de livres sur la période du Nazisme, la seconde guerre mondiale, mais je connais moins bien la République de Weimar et la manière dont Philip Kerr mêle ses héros avec des personnages ayant existé, aussi bien dans la police qu’au gouvernement, aux acteurs, entre autres m’a beaucoup plu.

Bernie Gunther est un héros intéressant et sympathique, dont j’ai aimé découvrir l’univers,  la manière de vivre, les cauchemars liés aux souffrances passées dans les tranchées, qu’il tente d’oublier dans l’alcool, les méthodes d’investigation ainsi que ses relations avec les autres, qu’il s’agisse de ses collègues ou des femmes et que j’ai hâte de retrouver…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Seuil qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

9/10

Une très belle chanson de Marie-Paule Belle, que j’adore, pour rendre hommage à Berlin :

L’auteur :

Philip Kerr (1956-2018) a étudié le droit à l’université de Birmingham et la philosophie en Allemagne. Auteur de plus de trente livres – dont plusieurs pour la jeunesse – acclamés dans le monde entier, il a reçu l’Ellis Peters Historical Dagger de la Crime Writers’ Association en 2009 et plusieurs Shamus Awards.

Extraits :

Comme toute personne ayant lu la Bible, je connaissais Babylone, cette ville synonyme d’iniquité et symbole de toutes les abominations terrestres, quelles qu’elles puissent être. Et, comme toute personne ayant vécu à Berlin à l’époque de la République de Weimar, je savais également que l’on comparait souvent ces deux villes…

Autrefois, avant la guerre, Berlin était une ville respectable. La vie humaine a cessé d’avoir de la valeur après 1914. C’était déjà terrible, mais à cause de l’inflation de 1923, notre monnaie ne vaut plus rien elle non plus. Quand vous avez tout perdu, la vie a moins d’importance.

J’ai lu dans le journal, dit-il, sans s’adresser à quiconque en particulier, que Benito Mussolini avait mis fin aux droits des femmes en Italie le jour-même où mon pays leur accordait le droit de vote à vingt et un ans, au lieu de trente. Pour une fois, je suis presque fier d’être anglais.

Berlin n’avait plus grand-chose à voir avec le reste du pays. La capitale ressemblait de plus en plus à un gros navire qui avait rompu ses amarres et dérivait toujours plus loin des côtes allemandes…

… Car il n’y a pas que les humains qui s’affranchissent de leurs parents et de leurs origines ; les métropoles aussi.

Je vais vous dire un truc : tout ce pays est devenu complètement fou. Avant, il y avait un asile de fous près d’ici, mais ils l’ont fermé. Pourtant, j’ai l’impression qu’on en a besoin plus que jamais…

L’accueil a été mitigé. Même de la part de mon cher mari. Quand il entend des critiques sur Metropolis, il me tient pour responsable. Mais quand il entend des louanges, il s’en attribue tout le mérite. C’est ça les réalisateurs. Il n’y a pas que les caméras qui ont besoin d’un trépied, leur ego aussi.

Ce que les Français appellent le coup de grâce, nous autres, Allemands, l’appelons Gnadenschuss : une unique balle dans la tête pour mettre fin aux souffrances d’un homme blessé. Mais en 1928, dans les rues de Berlin, les hommes à qui était accordée cette clémence douteuse en plein jour avaient été grièvement blessés plus de dix ans auparavant. En effet toutes les victimes étaient d’anciens combattants estropiés, des moitiés d’homme qui se déplaçaient dans des chariots et mendiaient devant les stations de métro…

Selon eux (deux médecins qui s’occupent d’un refuge pour blessés de guerre), tout homme qui ne travaille pas est non seulement un fardeau pour la société, mais également un psychopathe antipatriotique qui ne mérite pas de vivre. Un névrosé qui doit être exterminé…

Le rôle des journaux, c’est de provoquer l’hystérie collective. Ils s’en contrefichent qu’on arrête ce salopard ou pas. Ce qui les intéresse, c’est d’attiser la peur et de répandre la panique pour vendre plus d’exemplaires.

Les Allemands de la Volga descendaient majoritairement des Bavarois, des Rhénans et des Hessois invités en 1762 par l’impératrice Catherine II – elle-même native de Stettin en Poméranie – à venir cultiver les terres de Russie. Ils avaient aidé à moderniser l’agriculture russe arriérée et, en bons Allemands, ils avaient prospéré, du moins jusqu’à la révolution bolchévique, lorsque leurs terres avaient été confisquées et qu’ils avaient été obligés de regagner la mère patrie. Inutile de préciser qu’ils n’avaient pas été reçus à bras ouverts.

Lu en novembre 2020

Publié dans littérature USA, Polars

« Les lumières de l’aube » de Jax Miller

Petit intermède polar aujourd’hui pour changer un peu avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

30 décembre 1999, Welsh, Oklahoma. Lauria Bible et sa meilleure amie Ashley Freeman, 16 ans, passent la soirée ensemble chez les Freeman. Le lendemain matin, le mobile home familial est en feu et les deux jeunes filles ont disparu. Les corps des parents d’Ashley, sont découverts dans les décombres, deux balles dans la tête.


L’affaire est restée non résolue et les jeunes filles n’ont jamais été retrouvées.
Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ? Entre règlement de compte sur fond de trafic de drogue, vengeance, corruption et négligence policière, Jax Miller nous plonge dans les villes oubliées de l’Amérique profonde, loin des lois, là où les plus sombres secrets peuvent s’épanouir.

Ce que j’en pense :

Comme prévu, Lauria Bible est allée dormir chez son amie Ashley Freeman. Nous sommes le 30 décembre 1999, le réveillon et l’an 2000 pointent le bout de leur nez, mais hélas, elles ne le verront pas car dans la nuit le mobile home prend feu dans des conditions étranges.

Le shérif arrive sur les lieux avec son équipe de bras cassés et bizarrement sous les cendres, on ne retrouve qu’un corps, celui de Kathy, la mère d’Ashley. On en conclut que son mari, Danny se cache dans la forêt après avoir pris les filles en otages, donc rubalise, et on fait une battue.

Etrangement, le lendemain Lorene Bible et son mari retourne sur les lieux et découvrent sous la cendre le corps du père d’Ashley. L’enquête prend une toute autre direction, enfin aurait dû… Le shérif dépassé, on fait appel aux agents spéciaux, chacun se renvoyant la balle.

Jax Miller nous raconte dans ce roman une histoire vraie qui a tenu en haleine tout l’Oklahoma, et l’incurie du shérif et de ses adjoints est incommensurable… Ce sont les époux Bible qui vont faire des recherches, ainsi que l’auteure. C’est devenu l’affaire Freeman-Bible, « une histoire vraie qui dépasse la fiction ».

Pour les Freeman, la famille penche pour crime commis par les flics, car un an auparavant le frère d’Ashley a été tué « accidentellement » lors d’un contrôle, l’adjoint du shérif (qui n’est autre que son frère) aurait cru avoir aperçu une arme dans la main du jeune homme de dix-sept ans et les parents coulaient obtenir réparation…

Pour les Bible, on cherche plutôt à savoir où sont passées les deux jeunes filles âgées de seize ans, qu’on n’a toujours pas retrouvées, et ils explorent la piste de la drogue, Danny étant connu pour être un consommateur régulier de cannabis.

Jax Miller va enquêter, rencontrer les protagonistes, les Bible, la famille des Freeman : les parents de Kathy, le demi-frère de Danny, mais aussi ceux qui ont enquêter à  l’époque, les agents spéciaux, le shérif et son frère, les détectives privée, allant jusqu’à rencontrer des malfrats, drogués à fond à la « meth », la méthamphétamine, , qu’ils fabriquent dans leur grange, leur sous-sol, et tout le monde le sait. Ils sont pervers, et quand ils sont sous l’emprise de la drogue, deviennent hyper-violent, et pendant leurs « parties » torturent les femmes, les violent…

Jax Miller est touchante tant par son désir de trouver les coupables que par ses crises d’angoisse, ses peurs qu’elle tente de contrôler par des pratiques respiratoires, perdant le sommeil, l’appétit coupé car personne ne va lui faciliter la tâche, menaces de mort comprises.

L’incurie des enquêteurs est stupéfiante c’est le cas de le dire, au pays des « experts », on ne trouve pas d’indices, parce qu’on n’en cherche pas en fait….

J’ai choisi ce roman car j’ai bien apprécié un précédent roman de Jax Miller : « Les infâmes » et même si je trouve son enquête intéressante et si j’admire son opiniâtreté je n’ai pas réussi à m’intéresser vraiment à ce livre, même si l’affaire en elle-même est intéressante, j’ai souvent décroché, je me suis perdue dans les noms de protagonistes, ne me souvenant plus si Untel était un policier ou un truand et il m’a fallu du temps pour en arriver à bout…

Bref, je suis restée sur ma faim, je cherchais un polar haletant pour lutter contre le blues covidien, mais cela n’a pas vraiment marché.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Leslumièresdelaube #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

Le shérif m’a dit un jour que cette région de l’Oklahoma était hantée. Une fois qu’on en faisait partie, on ne pouvait plus jamais la quitter.

Les secrets sont là, dans les murmures de la prairie de l’Oklahoma, dans ses railleries. Et, tandis que des ombres imaginaires se meuvent autour de moi, j’apprends que, s la prairie est joueuse le jour, elle joue des tours la nuit. Quelque part, ici, une conclusion sera peut-être enfin trouvée. Comme je ne cesserai de le répéter, la prairie a ses méthodes.

Pourtant, ce qui m’aide le mieux à me rapprocher de Lauria est son classeur d’écolière, rempli de rédactions écrites pendant les mois précédant sa disparition.

Lorene Bible n’est pas comme la plupart des mères. Elle reste campée sur ce stoïcisme du Midwest qui a forgé les générations passées ; dans l’Amérique rurale, une culture du « garde tes larmes pour ton oreiller » tient tête aux désastres.

Ce n’était pas le seul devoir que Nutter et les autres agents mandatés par l’OSBI avaient négligé : ils n’avaient pas non plus fouillé le mobile home. Pas un meuble n’avait été retourné ; pas une trace de cendres ne tachait leurs vêtements…

Je trouve intéressant qu’ils aient décidé non seulement de boucler l’enquête si vite, mais aussi de la confier à un potentiel suspect.

Cette enquête change les ombres de ma psyché épuisée en assassins toujours prêts à venir à ma rencontre, nageant dans la paranoïa et les hallucinations fugaces…

C’était une ville pieuse de la Ceinture biblique de l’Amérique, mais le Dieu que ses habitants vénéraient restait parfois introuvable, et, pour pallier ce manque, beaucoup avaient cherché de nouvelles béquilles. A la fin des années 1990, la meth régnait en maître, accueillant à bras ouverts les fatigués et les accablés, puis les chômeurs et les déracinés.

J’ai toujours eu l’impression que les Freeman se concentraient sur le « pourquoi » des crimes commis contre leur famille, tandis que les Bible préféraient se concentrer sur le « où »…

Je n’ai pas besoin de m’aventurer très loin dans la campagne pour constater l’emprise que la meth a sur ce comté, une épidémie qui glisse comme une savonnette entre les doigts du shérif.

Lu en octobre novembre 2020