Publié dans Challenge le mois de l'Europe de lEst, Littérature polonaise, Polars

« Pyromane » de Wojciech Chmielarz

Je vous parle aujourd’hui d’un polar que j’ai lu dans le cadre du Challenge « Le mois de Pays de l’Est organisé par Patrice :

Résumé de l’éditeur :

À Varsovie, au cœur d’un hiver glacial, l’inspecteur Mortka est appelé un samedi matin aux aurores sur les lieux d’un incendie criminel. Dans les ruines fumantes d’une villa d’un quartier chic, on découvre le corps de Jan Kameron, un businessman qui a connu des revers de fortune. Sa femme Klaudia, une ex-star éphémère de la chanson, lutte pour sa vie à l’hôpital.

 
Mortka espère d’abord qu’il s’agisse d’un règlement de comptes lié aux affaires pas toujours limpides de Kameron. Mais bien vite, il lui faut se rendre à l’évidence : un pyromane sévit dans les rues de la capitale, balançant des cocktails Molotov par les cheminées et semant la mort sur son passage…

Il faudra toute la ténacité de Mortka, déjà fragilisé par son divorce récent et épuisé par les fiestas de ses colocs étudiants, pour mener à bien une enquête où les fausses pistes abondent. Sans compter le harcèlement de sa hiérarchie qui lui colle une profileuse dans les pattes, et le comportement suspect de son adjoint porté sur la boisson…

Ce que j’en pense :

Le roman commence par la description de la manière dont le pyromane déclenche l’incendie d’une maison, et les émotions qu’il ressent, la jouissance, notamment, qui lui déclenche une érection.

La maison est celle de Jan Kameron, businessman douteux qui a joué en bourse et perdu des sommes astronomiques. Il a épousé une starlette, Klaudia Klau qui a failli être miss Pologne, et a enregistré un disque à succès et ensuite, les flops se sont succédé… le couple aurait dû être absent ce soir-là.

Kowalski, le pompier, a appelé l’inspecteur Jakub Mortka car Kameron est mort, carbonisé, alors que sa femme, qu’il avait enfermée dans un placard, à la suite d’une dispute a réussi à s’échapper, grièvement brulée.

Kowalski s’est aperçu que d’autres incendies bizarres avaient eu lieu dans ce quartier résidentiel, avec la même technique de mise à feu. L’inspecteur va donc mener l’enquête secondé par, Kochan, son adjoint efficace mais avec une tendance à boire…

En fait, c’est plus compliqué qu’il n’y paraît : Kameron était mort avant de rôtir…

C’est ma première incursion dans les aventures de l’inspecteur Mortka, sa première enquête en fait, et je dois dire que ce polar, de structure classique dans la manière de mener l’enquête, m’a bien plu. Il y a des rebondissements, des interactions entre la vie des policiers et l’intrigue et je me suis laissée emporter.

L’inspecteur Mortka, alias le Kub, divorcé, deux enfants, dont la vie de famille est aussi compliquée que celle d’Erlendur d’Indridason, avec des faiblesses qui le rendent attachant, m’a bien plu et donné l’envie de continuer à suivre ses enquêtes. Et son adjoint n’est pas en reste, dans un autre genre, j’ai eu très souvent envie de lui mettre des claques avec son misogynie XXL.  

On est frappé par le contraste saisissant qui existe entre les moyens de la police, avec un ordinateur qui met au moins cinq minutes pour démarrer, quand il veut bien démarrer, et ceux des délinquants, qui sont carrément des mafieux, les poings et la gâchette faciles. Ou encore par la consommation vertigineuse de vodka. Ou a aussi le procureur toujours pressé, la hiérarchie qui met la pression, à cause de la Presse, mais cela c’est valable à peu près dans tous les pays.

Le style de Wojciech Chmielarz, (j’ai réussi à mémoriser et orthographier son nom de famille mais j’ai encore du mal avec son prénom !) m’a plu, aussi bien l’enquête que les personnages et l’écriture

En fait, j’ai commencé à m’intéresser aux auteurs polonais, par le biais du Challenge « Le mois de l’Europe de l’Est » et je me suis rendu compte que, hormis les auteurs russes, je n’en connaissais pratiquement pas les autres. J’ai découvert, l’an dernier les enquêtes du procureur Teodore Szacki d’un auteur polonais de polars : Sygmunt Miloszewski qui m’avait bien plu également.

J’avais une liste de livres pour le challenge 2021, mais la motivation étant en berne, j’ai revu mes exigences à la baisse, mais je fais de belles découvertes, et passer par des polars m’a stimulée. Les deux opus suivants sont déjà dans ma PAL…

7,5/10

L’auteur :

Wojciech Chmielarz, né en 1984, est journaliste et rédacteur en chef de niwserwis.pl, un site internet dédié à l’étude du crime organisé, du terrorisme et de la sécurité internationale.

Il est l’auteur de quatre romans mettant en scène l’inspecteur Mortka, pour lesquels il a été nominé trois fois au prestigieux prix du Gros Calibre, récompensant les meilleurs polars polonais.

Extraits :

L’inspecteur Jakub Mortka, dit le Kub, finit une dernière gorgée de café dans le gobelet de son Thermos. La boisson chaude le réveillait plaisamment. Il s’examine dans le rétroviseur. Il avait une tête affreuse. Pas rasé, les yeux cernés, un teint gris terreux qui lui donnait au moins cinq ans de plus que dans la réalité…

Quel foutu pays ! se dit-il. Ceux qui risquent leur vie au nom de l’ordre, du droit, de la protection des proches ne gagnent que des clopinettes. Et on exige d’eux d’être disponibles à chaque appel et professionnellement efficaces.

Ce sont (les pyromanes) des criminels en série. Des malades, parce que la pyromanie est une maladie. Le plus souvent des jeunes, des hommes d’une vingtaine d’années. Ils commencent par allumer de petits feux, puis visent des objectifs plus importants, pour finir avec des maisons, des hangars, des annexes de jardins. Ils éprouvent de la haine pour le monde, et ont des problèmes d’acceptation de soi.

Les policiers avaient trop peu d’argent, trop peu d’hommes, de moyens et de droits pour lutter contre un véritable groupe organisé, tel que Borzestowski, justement avait organisé le sien. Ce gangster n’avait pas à demander s’il pouvait briser des os, brûler une voiture ou loger une balle dans le crâne d’untel ou d’un autre. Il n’avait qu’à le faire. Quand la police, de son côté, étouffait sous la bureaucratie.

La bicoque n’était pas grande et contenait tout au plus trois pièces, cuisine et salle d’eau comprises. Un hangar, des toilettes peut-être hors d’usage, une niche à chien et une serre démolie dont l’intérieur était aussi enneigé que la cour, complétaient le tableau. Le tout ressemblait à un musée délabré de la campagne polonaise, destiné à montrer un retard de civilisation.

Lu en mars 2021

Publié dans Littérature italienne, Polars

« Une affaire italienne » de Carlo Lucarelli

Je vous propose un voyage intéressant en Italie, au début des années cinquante, aujourd’hui avec ce polar :

Résumé de l’éditeur :

Le retour d’un personnage littéraire qui a fait le succès de Lucarelli, best-seller en Italie.

Pendant le fascisme, le commissaire De Luca était le meilleur flic d’Italie. Avec la guerre froide et l’arrivée de la frivolité médiatique, les homicides deviennent de plus en plus étranges et on lui demande de devenir un nouveau type de policier.

Dans une Bologne sous la neige, quelques jours avant Noël 1953, la très belle épouse d’un professeur universitaire est retrouvée noyée dans une baignoire. Pour découvrir ce qui s’est passé, la police a besoin d’un vrai limier et fait appel au commissaire De Luca, policier de renom pendant la période fasciste et qui avait été mis sur la touche depuis cinq ans. Mais malgré les pistes, les traces et les indices qui s’offrent à De Luca, rien n’est ce qu’il paraît. Épaulé par un jeune policier censé l’aider (ou l’espionner), séduit par une très jeune chanteuse de jazz avec un passé de partisane, le commissaire se retrouve au milieu d’une affaire ambiguë et dangereuse qui l’obligera à s’immiscer dans les coulisses des guerres politiques et du milieu musical et mondain de la ville.

Avec son talent pour construire des intrigues convaincantes et ses solides connaissances historiques, Carlo Lucarelli écrit un récit au charme puissant dans l’Italie de l’après-guerre, entre frivolités du festival de San Remo et violences sourdes de la guerre froide.

Ce que j’en pense :

L’intrigue se déroule à Bologne sur une courte période, débutant quelques jours avant Noël. Nous sommes en 1953. Une femme a été assassinée dans un petit appartement. La voisine qui habite l’étage situé au-dessous a prévenu la police.

La victime est Stefania, l’épouse du professeur Cresca, victime quelques mois plutôt d’un étrange accident qui a causé également la mort d’un enfant.   On fait appel aux lumières du commissaire De Luca, plus ou moins sur la touche car policier durant la seconde guerre mondiale, donc suspecté de collusion avec les fascistes…

Il est assisté dans son enquête par un jeune policier, Giannino, féru de jazz et on va suivre le duo à un concert où ils vont rencontrer une jeune femme dont la voix ressemble à celle de Lena Horne.

J’ai beaucoup aimé me retrouver à cette époque si particulière : la seconde guerre mondiale n’est pas si loin, la guerre froide bat son plein, on ne sait plus qui espionne qui et on a la gâchette facile… il y a des règlements de compte dans l’air, des policiers ripoux…

Bologne, dans le froid de l’hiver : il neige et il faut bien dire que le chauffage n’était pas particulièrement au point à l’époque. L’atmosphère est glauque, et les méthodes d’investigation limitées, les experts n’étaient pas encore entrés en scène.

Quel plaisir d’arpenter ses rues où l’on peut se faire trucider à tout instant, sur fond de jazz et de musique italienne, de belles brunettes, aux jambes divines qui aiment bien se déplacer pieds-nus, et surtout notre belle chanteuse Claudia, alias Facetta Nera, dont notre commissaire s’éprend au passage… sur fond de cuisine italienne qui fait saliver alors que De Luca est quasiment anorexique et soigne son insomnie à la caféine (ah les vertus de l’expresso !)

De Luca, ex-commissaire qui pourrait le redevenir, que l’on appelle Ingénieur, est un personnage sympathique et attachant qui met un point d’honneur à résoudre une enquête plombée d’avance, sous les ordres du commandeur d’Umberto qui s’empiffre de bomboloni, sorte de beignets à la crème, plutôt du style barbouze, ripoux comme on veut…

Carlo Lucarelli multiplie les pièges, les fausses pistes jusqu’au bout du roman pour notre plus grand plaisir. Il nous offre au passage des coupures de journaux de l’époque de la guerre froide, ce qui intéressait la population à cette époque pour nous donner le temps de souffler un peu entre deux coups d’accélérateur sur la belle voiture de Giannino dont la « conduite sportive » comme disent les djeuns donne souvent le tournis.

C’est la première fois que je lis un polar de Carlo Lucarelli et cela me donne envie de continuer à explorer son univers. Son style est plaisant, ses réflexions sur le démenti plausible, ou le crime parfait ou perfectible ou encore la manière de « gérer l’imperfection » ou ses comparaisons avec les différentes races de chien pour étiqueter les flics, les ripoux, ceux qui sont doués…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Metailié qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

#Uneaffaireitalienne #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Carlo LUCARELLI est né à Parme en 1960. Chroniqueur, scénariste et dramaturge, il a publié de nombreux romans policiers, thrillers et livres d’enquêtes, dont le best-seller Misteri d’Italia, enquêtes sur des faits divers non résolus., La Huitième Vibration et Le Temps des hyènes.

Il écrit également des scénarios de BD et anime une célèbre émission de télévision sur des affaires non résolues.

Extraits :

L’aiguille du compte-tours se cabra en vibrant, rapide, dans l’œil rond du cadran de droite, tandis que De Luca encastrait son dos entre siège et portière. L’Aurelia avait fait un bond en avant mais s’était arrêtée aussitôt, avec le rugissement du moteur qui s’éteignait dans un grognement contenu…

Tu vois, De Luca, pour faire flic, il faut un cœur de chien, mais de races différentes. Il y a des flicards ordinaires qui ont un cœur de chien de garde et il y a ceux de la Criminelle qui en ont un de chien de chasse. Tu es un chien truffier, mon gars. Voilà, pour ceux comme nous en fait, il faut un chien bâtard.

Je vaux savoir si ce meurtre a été ordonné par quelqu’un de mon bureau, ou d’un bureau parallèle, ou d’un bureau concurrent, les Russes, papa Noël, expliqua-t-il en montrant un sapin décoré dans un coin, la Madone ou le Petit Jésus…

Tu vois, mon garçon, il y a une confusion chez nous, mais une confusion… autrefois, les choses étaient plus claires mais maintenant, avec les lois et les contre-lois, c’est devenu un bordel… les choses se font et ne se font pas, les ordres, on les donne et on ne les donne pas…et tous les jours, il y a un nouveau groupe qui fait ce qui lui chante.

Lu en février 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Metropolis » de Philip Kerr

Intermède polar, aujourd’hui, avec ce livre dernier opus des aventures de Bernie Gunther, sorti en Grande Bretagne l’an dernier, tandis que son auteur tirait sa révérence, atteint par un cancer :

Résumé de l’éditeur :

« Un ultime épisode qui bouleversera les lecteurs de Philip Kerr. » The Guardian

Berlin, 1928. Les corps de quatre prostituées sont retrouvés massacrés dans le même quartier. Bernie Gunther, jeune flic idéaliste à la brigade des mœurs est invité à rejoindre le chef de la Kripo pour enquêter sur cette sinistre affaire.

Alors que ces meurtres laissent la population indifférente, le père de l’une des victimes, un chef de la pègre très influent, est prêt à tout pour se venger de l’assassin de sa fille.

Dès lors qu’une nouvelle vague de victimes, des vétérans de guerre handicapés, déferle sur la ville, Bernie est confronté au silence imposé par la voix montante du nazisme.

Une première enquête aux allures de course contre la montre dans un Berlin sous tension, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Ce que j’en pense :

Il y a très longtemps que je voulais découvrir l’univers de Bernie Gunther, dont la « Trilogie berlinoise » me nargue effrontément sur une étagère de ma bibliothèque (quelle idée aussi d’avoir opté pour le modèle poche qui fait mille pages et pèse plus de cinq cents grammes, quand on n’a plus beaucoup de force dans les mains…

Quand on me l’a gentiment proposé au cours d’une masse critique spéciale de Babelio, je n’ai pas hésité plus d’une demi-seconde, car il s’agissait de sa première enquête donc cela me permettait de faire la connaissance de Bernie.

L’action se situe en 1928, à Berlin, sous la République de Weimar, alors que frémissent déjà la moustache d’Hitler, ses Sections d’Assaut tristement célèbres, les violences perpétrées contre tout ce qui les dérangent…

Trois prostituées sont retrouvées assassinées et scalpées par un mystérieux tueur que l’on surnommé Winnetou, l’une d’entre elle étant la fille d’un mafieux.

Le tueur nargue la police et joue avec elle, en laissant des indices trompeurs pour les envoyer sur de fausses pistes. Brusquement, il change de victimes et s’en prend aux hommes qui ont été blessés pendant la guerre et se retrouvent à mendier, dans leurs petits charriots roulants, aux sorties du métro. Il écrit un texte à un journal justifiant ses crimes par la nécessité de nettoyer Berlin de tous les inutiles… il se fait appeler « Gnadenschuss », coup de grâce.

J’ai beaucoup aimé découvrir le Berlin de 1928, aux côtés de Bernie, la société allemande de la métropole de l’époque, les références à l’Histoire, la faim, la chute de la monnaie, la montée du Nazisme, le racisme ambiant, mais aussi la culture car on croise Fritz Lang et sa compagne de l’époque Thea von Harbou, le milieu du théâtre… Une période qui ressemble parfois un peu trop à la nôtre avec la montée des extrémismes de tous bords…

J’ai lu beaucoup de livres sur la période du Nazisme, la seconde guerre mondiale, mais je connais moins bien la République de Weimar et la manière dont Philip Kerr mêle ses héros avec des personnages ayant existé, aussi bien dans la police qu’au gouvernement, aux acteurs, entre autres m’a beaucoup plu.

Bernie Gunther est un héros intéressant et sympathique, dont j’ai aimé découvrir l’univers,  la manière de vivre, les cauchemars liés aux souffrances passées dans les tranchées, qu’il tente d’oublier dans l’alcool, les méthodes d’investigation ainsi que ses relations avec les autres, qu’il s’agisse de ses collègues ou des femmes et que j’ai hâte de retrouver…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Seuil qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

9/10

Une très belle chanson de Marie-Paule Belle, que j’adore, pour rendre hommage à Berlin :

L’auteur :

Philip Kerr (1956-2018) a étudié le droit à l’université de Birmingham et la philosophie en Allemagne. Auteur de plus de trente livres – dont plusieurs pour la jeunesse – acclamés dans le monde entier, il a reçu l’Ellis Peters Historical Dagger de la Crime Writers’ Association en 2009 et plusieurs Shamus Awards.

Extraits :

Comme toute personne ayant lu la Bible, je connaissais Babylone, cette ville synonyme d’iniquité et symbole de toutes les abominations terrestres, quelles qu’elles puissent être. Et, comme toute personne ayant vécu à Berlin à l’époque de la République de Weimar, je savais également que l’on comparait souvent ces deux villes…

Autrefois, avant la guerre, Berlin était une ville respectable. La vie humaine a cessé d’avoir de la valeur après 1914. C’était déjà terrible, mais à cause de l’inflation de 1923, notre monnaie ne vaut plus rien elle non plus. Quand vous avez tout perdu, la vie a moins d’importance.

J’ai lu dans le journal, dit-il, sans s’adresser à quiconque en particulier, que Benito Mussolini avait mis fin aux droits des femmes en Italie le jour-même où mon pays leur accordait le droit de vote à vingt et un ans, au lieu de trente. Pour une fois, je suis presque fier d’être anglais.

Berlin n’avait plus grand-chose à voir avec le reste du pays. La capitale ressemblait de plus en plus à un gros navire qui avait rompu ses amarres et dérivait toujours plus loin des côtes allemandes…

… Car il n’y a pas que les humains qui s’affranchissent de leurs parents et de leurs origines ; les métropoles aussi.

Je vais vous dire un truc : tout ce pays est devenu complètement fou. Avant, il y avait un asile de fous près d’ici, mais ils l’ont fermé. Pourtant, j’ai l’impression qu’on en a besoin plus que jamais…

L’accueil a été mitigé. Même de la part de mon cher mari. Quand il entend des critiques sur Metropolis, il me tient pour responsable. Mais quand il entend des louanges, il s’en attribue tout le mérite. C’est ça les réalisateurs. Il n’y a pas que les caméras qui ont besoin d’un trépied, leur ego aussi.

Ce que les Français appellent le coup de grâce, nous autres, Allemands, l’appelons Gnadenschuss : une unique balle dans la tête pour mettre fin aux souffrances d’un homme blessé. Mais en 1928, dans les rues de Berlin, les hommes à qui était accordée cette clémence douteuse en plein jour avaient été grièvement blessés plus de dix ans auparavant. En effet toutes les victimes étaient d’anciens combattants estropiés, des moitiés d’homme qui se déplaçaient dans des chariots et mendiaient devant les stations de métro…

Selon eux (deux médecins qui s’occupent d’un refuge pour blessés de guerre), tout homme qui ne travaille pas est non seulement un fardeau pour la société, mais également un psychopathe antipatriotique qui ne mérite pas de vivre. Un névrosé qui doit être exterminé…

Le rôle des journaux, c’est de provoquer l’hystérie collective. Ils s’en contrefichent qu’on arrête ce salopard ou pas. Ce qui les intéresse, c’est d’attiser la peur et de répandre la panique pour vendre plus d’exemplaires.

Les Allemands de la Volga descendaient majoritairement des Bavarois, des Rhénans et des Hessois invités en 1762 par l’impératrice Catherine II – elle-même native de Stettin en Poméranie – à venir cultiver les terres de Russie. Ils avaient aidé à moderniser l’agriculture russe arriérée et, en bons Allemands, ils avaient prospéré, du moins jusqu’à la révolution bolchévique, lorsque leurs terres avaient été confisquées et qu’ils avaient été obligés de regagner la mère patrie. Inutile de préciser qu’ils n’avaient pas été reçus à bras ouverts.

Lu en novembre 2020

Publié dans littérature USA, Polars

« Les lumières de l’aube » de Jax Miller

Petit intermède polar aujourd’hui pour changer un peu avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

30 décembre 1999, Welsh, Oklahoma. Lauria Bible et sa meilleure amie Ashley Freeman, 16 ans, passent la soirée ensemble chez les Freeman. Le lendemain matin, le mobile home familial est en feu et les deux jeunes filles ont disparu. Les corps des parents d’Ashley, sont découverts dans les décombres, deux balles dans la tête.


L’affaire est restée non résolue et les jeunes filles n’ont jamais été retrouvées.
Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ? Entre règlement de compte sur fond de trafic de drogue, vengeance, corruption et négligence policière, Jax Miller nous plonge dans les villes oubliées de l’Amérique profonde, loin des lois, là où les plus sombres secrets peuvent s’épanouir.

Ce que j’en pense :

Comme prévu, Lauria Bible est allée dormir chez son amie Ashley Freeman. Nous sommes le 30 décembre 1999, le réveillon et l’an 2000 pointent le bout de leur nez, mais hélas, elles ne le verront pas car dans la nuit le mobile home prend feu dans des conditions étranges.

Le shérif arrive sur les lieux avec son équipe de bras cassés et bizarrement sous les cendres, on ne retrouve qu’un corps, celui de Kathy, la mère d’Ashley. On en conclut que son mari, Danny se cache dans la forêt après avoir pris les filles en otages, donc rubalise, et on fait une battue.

Etrangement, le lendemain Lorene Bible et son mari retourne sur les lieux et découvrent sous la cendre le corps du père d’Ashley. L’enquête prend une toute autre direction, enfin aurait dû… Le shérif dépassé, on fait appel aux agents spéciaux, chacun se renvoyant la balle.

Jax Miller nous raconte dans ce roman une histoire vraie qui a tenu en haleine tout l’Oklahoma, et l’incurie du shérif et de ses adjoints est incommensurable… Ce sont les époux Bible qui vont faire des recherches, ainsi que l’auteure. C’est devenu l’affaire Freeman-Bible, « une histoire vraie qui dépasse la fiction ».

Pour les Freeman, la famille penche pour crime commis par les flics, car un an auparavant le frère d’Ashley a été tué « accidentellement » lors d’un contrôle, l’adjoint du shérif (qui n’est autre que son frère) aurait cru avoir aperçu une arme dans la main du jeune homme de dix-sept ans et les parents coulaient obtenir réparation…

Pour les Bible, on cherche plutôt à savoir où sont passées les deux jeunes filles âgées de seize ans, qu’on n’a toujours pas retrouvées, et ils explorent la piste de la drogue, Danny étant connu pour être un consommateur régulier de cannabis.

Jax Miller va enquêter, rencontrer les protagonistes, les Bible, la famille des Freeman : les parents de Kathy, le demi-frère de Danny, mais aussi ceux qui ont enquêter à  l’époque, les agents spéciaux, le shérif et son frère, les détectives privée, allant jusqu’à rencontrer des malfrats, drogués à fond à la « meth », la méthamphétamine, , qu’ils fabriquent dans leur grange, leur sous-sol, et tout le monde le sait. Ils sont pervers, et quand ils sont sous l’emprise de la drogue, deviennent hyper-violent, et pendant leurs « parties » torturent les femmes, les violent…

Jax Miller est touchante tant par son désir de trouver les coupables que par ses crises d’angoisse, ses peurs qu’elle tente de contrôler par des pratiques respiratoires, perdant le sommeil, l’appétit coupé car personne ne va lui faciliter la tâche, menaces de mort comprises.

L’incurie des enquêteurs est stupéfiante c’est le cas de le dire, au pays des « experts », on ne trouve pas d’indices, parce qu’on n’en cherche pas en fait….

J’ai choisi ce roman car j’ai bien apprécié un précédent roman de Jax Miller : « Les infâmes » et même si je trouve son enquête intéressante et si j’admire son opiniâtreté je n’ai pas réussi à m’intéresser vraiment à ce livre, même si l’affaire en elle-même est intéressante, j’ai souvent décroché, je me suis perdue dans les noms de protagonistes, ne me souvenant plus si Untel était un policier ou un truand et il m’a fallu du temps pour en arriver à bout…

Bref, je suis restée sur ma faim, je cherchais un polar haletant pour lutter contre le blues covidien, mais cela n’a pas vraiment marché.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Leslumièresdelaube #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

Le shérif m’a dit un jour que cette région de l’Oklahoma était hantée. Une fois qu’on en faisait partie, on ne pouvait plus jamais la quitter.

Les secrets sont là, dans les murmures de la prairie de l’Oklahoma, dans ses railleries. Et, tandis que des ombres imaginaires se meuvent autour de moi, j’apprends que, s la prairie est joueuse le jour, elle joue des tours la nuit. Quelque part, ici, une conclusion sera peut-être enfin trouvée. Comme je ne cesserai de le répéter, la prairie a ses méthodes.

Pourtant, ce qui m’aide le mieux à me rapprocher de Lauria est son classeur d’écolière, rempli de rédactions écrites pendant les mois précédant sa disparition.

Lorene Bible n’est pas comme la plupart des mères. Elle reste campée sur ce stoïcisme du Midwest qui a forgé les générations passées ; dans l’Amérique rurale, une culture du « garde tes larmes pour ton oreiller » tient tête aux désastres.

Ce n’était pas le seul devoir que Nutter et les autres agents mandatés par l’OSBI avaient négligé : ils n’avaient pas non plus fouillé le mobile home. Pas un meuble n’avait été retourné ; pas une trace de cendres ne tachait leurs vêtements…

Je trouve intéressant qu’ils aient décidé non seulement de boucler l’enquête si vite, mais aussi de la confier à un potentiel suspect.

Cette enquête change les ombres de ma psyché épuisée en assassins toujours prêts à venir à ma rencontre, nageant dans la paranoïa et les hallucinations fugaces…

C’était une ville pieuse de la Ceinture biblique de l’Amérique, mais le Dieu que ses habitants vénéraient restait parfois introuvable, et, pour pallier ce manque, beaucoup avaient cherché de nouvelles béquilles. A la fin des années 1990, la meth régnait en maître, accueillant à bras ouverts les fatigués et les accablés, puis les chômeurs et les déracinés.

J’ai toujours eu l’impression que les Freeman se concentraient sur le « pourquoi » des crimes commis contre leur famille, tandis que les Bible préféraient se concentrer sur le « où »…

Je n’ai pas besoin de m’aventurer très loin dans la campagne pour constater l’emprise que la meth a sur ce comté, une épidémie qui glisse comme une savonnette entre les doigts du shérif.

Lu en octobre novembre 2020

Publié dans Littérature française, Polars

« Écarlate » de Philippe Auribeau

Place à un polar aujourd’hui avec ce roman choisi d’abord pour son titre et également sur le résumé :

Résumé de l’éditeur :

Providence, 1931. Une troupe de théâtre est sauvagement assassinée alors qu’elle travaillait à l’adaptation du roman La Lettre écarlate. Si la piste d’un ancien anarchiste italien semble évidente pour la police locale, l’équipe fédérale de Thomas Jefferson flaire des raisons bien plus obscures. Une ombre plane sur ce meurtre… et sur ceux qui mènent l’enquête.

Après L’Héritage de Richelieu, roman de fantasy qui fait suite aux Lames de Cardinal de Pierre Pevel, Philippe Auribeau nous plonge dans un polar noir et fantastique dans l’univers du mythe de Cthulhu.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce livre sur Babelio dans le cadre de l’opération « Masse critique mauvais genre » car j’ai flashé sur le titre et j’avais vraiment envie de retourner dans l’ambiance de « La lettre écarlate » de Nathaniel Hawthorne, que j’ai lu il y a quelques années et bien aimé.

L’intrigue se situe en 1931 à Providence, où une troupe de théâtre est sauvagement assassiné à l’arme blanche, les corps disposés d’une manière évoquant un meurtre rituel… Seule une comédienne échappe à la tuerie, mais elle a été frappée et abusée sexuellement. La police locale s’oriente sur le régisseur, Italien donc forcément suspect d’appartenance mafieuse, mais les policiers sont loin d’être à la hauteur, à part O’Riley alors on fait appel au BOI Bureau Of Investigation, l’ancêtre du FBI dirigé par Hoover.

C’est ainsi que débarque sur la scène de crime, à bord d’une belle Cadillac, Thomas Jefferson, accompagné de son chauffeur Noir Caleb Beauford et son assistante Diane Crane. Seul Thomas est agent du BOI, mais chacun à son rôle dans l’enquête. Au passage, on note que le directeur du théâtre est un harceleur notoire, aux mains baladeuses, et à la misogynie exemplaire, draguant même Diane lorsqu’elle l’interroge… on pense bien-sûr à Weinstein…

Les pistes sont multiples et je me suis replongée avec plaisir à l’époque de la prohibition, des gangs mafieux, les Irlandais et les Italiens, je m’attendais presque à retrouver Eliott Ness à un coin de rue ou Al Capone dans un speakeasy alias speaky, autrement dit les bars clandestins de l’époque.

Ce roman m’a énormément plu, de fait de l’époque certes mais aussi, pour les débuts du BOI sous l’égide de Hoover, avec les flics et les politiciens corrompus, tout le sexisme qui pouvait régner à l’époque, vis-à-vis des jeunes comédiennes qui devaient forcément se laisser violer sans rien dire, les risques du métier, n’est-ce-pas ?

Les cent cinquante dernières pages sont magiques, car elles font la part belle à Nathaniel Hawthorne et ses descendants, et on rencontre aussi Lovecraft, qui va jouer un rôle dans l’enquête,  avec un hommage à la littérature au passage, ainsi que toutes les légendes qui ont pu tourner autour de « La lettre écarlate », le fameux Homme Noir à qui on attribue tant de puissance maléfique, en passant par les sorcières de Salem ou les rites sataniques, sans oublier un établissement psychiatrique haut en couleur lui aussi.

A l’époque, on avait la gâchette facile, alors il y aura des morts, des coupables tout désignés d’avance, pour que les trafics en tout genre restent protégés, sur fond de rapport d’autopsie ou de dossiers qui disparaissent.

C’est aussi l’époque des luttes syndicales, des idées communistes, de Sacco et Vanzetti, ce qui permet de revisiter l’histoire et rappelle que la crise de 29 a laissé bon nombre de personnes sur le carreau.

Thomas Jefferson (ses parents avaient de l’humour !)  est issu de ce que l’on appelle une grande lignée, il se déplace en Cadillac alors qu’il ne sait pas conduire, mais confie sa précieuse automobile à Caleb, alors que le racisme envers les Noirs se pratique ouvertement (est-ce que cela a beaucoup changé depuis les années trente, je ne crois pas…) et notre agent a des petits rituels : une croix dans son carnet chaque fois que quelqu’un lui demande s’il est de la même famille que l’ancien président pour jouer les chiffres à la loterie, ou qui ne voyage jamais sans un nombre impressionnant de costumes.

Caleb fait le sale boulot, récoltant des passages à tabac, Diane a toujours une idée d’avance, un flair, ou de l’intuition, une intelligence aigüe de l’aspect criminologique (cela n’existe pas encore à l’époque) des liens entre les évènements et le passé et elle note tout sur son carnet. Chacun a une personnalité particulière et cela les rend sympathiques. L’enquête est pleine de rebondissements ce qui rend le livre passionnant, une fois commencé il est difficile de le lâcher.

Notre trio fait marcher ses « petites cellules grises » comme dirait Hercule Poirot, car on est loin des techniques actuelles, ADN, spectromètre de masse, et autres joyeusetés que l’on peut retrouver dans les séries qui ont enchantés toute une génération, en particulier « Les experts » : un poil pubien bien caché qui n’échappe pas à l’œil exercé et permet d’identifier le criminel en deux temps trois mouvements… Je plaisante, je fais partie des mordus de ces séries…

La couverture rouge et noire est sublime, le titre et le nom de l’auteur sont en relief, y compris pour la quatrième de couverture, avec en minuscules, le texte de « La lettre écarlate » du moins je le suppose, car c’est écrit à la main, en rouge sur fond noir aussi, et vraiment en petites caractères….

Philippe Auribeau a une belle écriture, le rapide est rapide et le choix de chapitres courts entretient le suspense et capte l’attention du lecteur pour ne plus la lâcher.

Ce roman environ 460 pages et je l’ai littéralement englouti en à peine quarante huit heures, mon insomnie chronique n’a soudain pas dérangée !

Un grand merci à Babelio (opération masse critique mauvais genre) et aux éditions ACTUSF qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur qui est connu sa série « L’héritage de Richelieu » qu’il me reste à découvrir dans une autre vie, vu l’état de ma PAL…

9,5/10

L’auteur :

Philippe Auribeau est né en 1974 à Aix-en-Provence et il lui a été impossible de s’en éloigner depuis. Il est passionné par les civilisations américaines, en particulier celle des Amérindiens, et aussi grand lecteur de Shakespeare, Dumas, Beaumarchais, Rostand… et de thrillers.

Il organise également tous les deux ans un événement ludique et littéraire nommé « Les Chimériades ».

Il est auteur d’une série « L’Héritage de Richelieu » (2016), qui prend pour cadre « Les lames du Cardinal » de Pierre Pevel et s’inscrit dans la continuité du jeu de rôle.

Extraits :

Caleb Beauford gara la Cadillac le long du trottoir. C’était une conduite bleu pâle, aux chromes rutilants et aux sièges de cuir blanc ivoire. Des passants suspendirent leurs pas pour s’émerveiller devant les courbes de la luxueuse automobile, avant que leurs visages ne se ferment en découvrant que son chauffeur était noir. Nombre d’entre eux passèrent alors leur chemin.

Je vais me renseigner auprès des flics. O’Riley m’a parlé de quelques risques dans le quartier, sans compter les Italiens et les Irlandais qui se chauffent régulièrement. Il doit bien y avoir quelques « speakies » ici et là… Mais ceux qui les tiennent assurent la sécurité dans les coins où ils se trouvent.

L’agent fédéral déboucha dans une grande salle emplie de fumée de cigares et de cigarettes. S’y déployaient une trentaine de tables. Elles étaient, pour la plupart, occupées par des noctambules en costume chic, des femmes aux tenues légères et quelques hommes d’affaires ou truands. La différence n’était pas toujours évidente.

Le « speakeasy » était luxueux. Il accueillait une bonne partie de la jeunesse de la ville, pour qui le parfum de l’interdit était aussi grisant que l’alcool et la drogue. Quelques notables, plantés autour des tables centrales, pavoisaient auprès de charmantes ingénues dont les regards trahissaient le manque d’intérêt pour leur projets politiques.

Cette citation plaira aux férus de la littérature et de sa petite histoire :

Vous le savez peut-être Nathaniel Hawthorne était le descendant direct du juge Hathorne, qui présida au procès des sorcières de Salem en 1692…

… Nathaniel Hawthorne eut beaucoup de mal à assumer cet héritage. La honte d’avoir un aïeul ayant présidé à un massacre d’innocentes a sans doute semé le trouble dans son esprit. C’est la raison pour laquelle il a fait le choix de changer de patronyme, devenant Hawthorne. Ceci est l’histoire connue. Ce qui l’est moins est que Nathaniel Hawthorne, avant de rédiger sa lettre écarlate, se lança dans des recherches minutieuses sur les mœurs de l’époque. Il éplucha les notes du juge Hathorne.

Alors que celle-ci est terriblement d’actualité :

Pour beaucoup, les valeurs qui nous sont proposées – imposées pourrai-je dire—nous ont conduit dans une situation inextricable de malheur et de pauvreté. L’âme a été sacrifiée sur l’autel du progrès et de la course aux richesses. La famille s’est morcelée. Ce qui a uni notre peuple est aujourd’hui prétexte aux déchirements…

Lu en octobre 2020

Publié dans Littérature américaine, Polars

« Tombes oubliées » de Lincoln Child et Douglas Preston

Encore un intermède thriller, aujourd’hui, avec le dernier roman de ce duo d’écrivains bien connu des amateurs :

Résumé de l’éditeur :

Nora Kelly, de l’Institut archéologique de Santa Fe, est approchée par l’historien Clive Benton pour localiser le Campement perdu de l’expédition Donner, introuvable depuis 1847, afin d’y effectuer des recherches historiques… et mettre la main sur un trésor.

Benton a en effet trouvé le journal d’une victime de l’expédition, au cours de laquelle des pionniers, coincés par une tempête de neige dans la Sierra Nevada, n’ont eu d’autre choix que de s’entredévorer pour survivre…

Mais, outre de vieux ossements et quelques pièces d’or, ce qu’ils vont découvrir va faire grimper la température de plusieurs degrés. D’autant que la jeune agente du FBI Corrie Swanson, qui a rejoint Nora et son équipe, leur apprend que les fouilles en cours ont un lien avec des exactions commises de nos jours…

Dans le premier volet de cette nouvelle série, Preston & Child braquent le projecteur sur deux femmes, déjà croisées dans certaines des enquêtes de l’inspecteur Pendergast, du FBI, leur personnage fétiche.

Ce que j’en pense :

Clive Benton, historien de son état, s’est introduit par effraction dans la « Maison Donner » qui doit être démolie, à la recherché d’un carnet relatant une expédition qui s’est mal terminée en 1847, car l’un des protagonistes, Wolfinger, avait emporté un trésor constitué de pièces d’or dont la valeur actuelle serait évaluée à 20 millions de dollars.

Benton arrive à mettre la main sur le carnet qui appartenait à Tamzene Donner, partie avec son époux George et leurs cinq filles. Sur ce carnet elle avait noté tous les renseignements qu’elle avait pu récolter sur le Campement perdu, entre autres…

Les pionniers étaient, à peu près, au nombre de quatre-vingt-dix, et parmi eux des enfants.  Cette expédition a été tragique car bloqués dans le blizzard après s’être séparé en trois groupes, le troisième groupe s’est perdu. On dénombre de nombreux morts, ceux qui ne sont pas morts de faim ou de froid en ont été réduits au cannibalisme et sont devenus fous. Le trésor quant à lui a disparu. A-t-il vraiment existé ou est-ce un mythe ?

Deux campements ont été retrouvés et fouillés par les archéologues mais le troisième, celui qui nous occupe dans cette histoire était resté un mystère et surnommé « le Campement perdu »

Après avoir réussi à mettre la main sur le carnet, Clive Benton entre en contact avec Nora Kelly qui travaille pour l’Institut archéologique de Santa Fé sous la direction de Jill Fugit, qui n’intéresse surtout à la gestion économique de l’institut (économies et fouilles, cela ne va pas forcément bien ensemble !)

En même temps, un homme chargé de déterrer un corps clandestinement se fait assassiner, un autre à Paris et une série de meurtres (ou disparitions bizarres) frappe mystérieusement une famille dont un ancêtre a participé à la fameuse expédition. C’est une jeune policière, Corrie Swanson, fraichement émoulue du FBI se voit confier l’enquête dans une équipe sexiste…

Sous la direction de Nora, les fouilles commencent, des corps de personnes ayant participé à la fameuse expédition, sont mis à jour. Mais, si tout se passe bien dans les fouilles, des évènements bizarres se produisent, sous fond de légendes, de fantômes, telle la légende sur une petite fille morte à l’époque et dont on a coupé la jambe pour la manger ce qui donne lieu à moultes récits la montrant en train de circuler dans la forêt en boitant…  Les esprits sont là ?

J’ai planté le décor et bien sûr, on va voir débarquer notre jeune flic, car il se passe des choses étranges, un des participants a fait une chute dans un ravin alors qu’il avait quitté le camp, pour donner une sépulture décente, notamment à la petite fille … Alors qui est honnête, qui trahit, dans cette expédition ? quels sont les intérêts de chacun alors que le trésor commence à hanter les esprits, susciter des convoitises ?

J’ai bien aimé ce roman, m’immerger dans la forêt dans la difficulté de vivre dans la Sierra Nevada, se déplaçant à cheval, se levant tôt pour fouiller le sol à la recherche d’ossements. Je me suis prise pour Indiana Jones, je le reconnais et j’ai participé activement aux fouilles comme à l’enquête… Archéologue est un métier qui m’aurait bien plu aussi, alors chaque fois qu’on parle de tombes anciennes, ou de manuscrits, ou de préhistoire j’enfile ma panoplie et je me glisse dans l’équipement d’Indiana Jones ou Bones, ou autrefois dans celui de lord Carnarvon sur le site de Toutankhamon etc. etc.

Bref, j’ai adoré! cette lecture a été jouissive pour plein de raisons. Le mélange recherche archéologique et enquête policière est équilibré, des rebondissements nous guettent, tout en surfant sur l’histoire de la Sierra Nevada et des pionniers qui n’hésitaient pas à se lancer dans l’aventure, conquête de l’Ouest, ruée vers l’or et il faut bien reconnaître que Nora et Corrie ont des personnalités bien affirmées et sont attachantes. Tout comme Maggie, la cuisinière en chef de l’équipe qui mitonne ses petits plats en racontant les légendes.

La manière dont Cora prend soin des os qu’elle trouve, notamment la boîte crânienne, la nettoyant avec délicatesse et respect est touchante. Et il faut reconnaître que les scènes évoquant le cannibalisme ne soulèvent ni nausée ni terreur.

La couverture du livre a attiré mon regard immédiatement, et il m’est alors devenu impossible de passer mon chemin!

C’est la première fois que je lis un roman de Preston & Child, et il s’agit d’une nouvelle série, dans laquelle des protagonistes ont déjà participé aux séries précédentes, mais ne pas avoir lu les romans en question n’est pas gênant, les auteurs fournissant les détails importants. Par contre, j’ai une furieuse envie de lire d’autres romans de ces deux auteurs. Ma PAL en gémit d’avance et menace de se mettre en grève….

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman passionnant que j’ai lu avec avidité, goulûment accompagnée de mon mug de thé ou de mes galettes végétariennes (clin d’œil au cannibalisme) et de m’immerger dans l’univers de ces deux auteurs que j’ai hâte de retrouver, et vu le contexte anxiogène actuel, couvre-feu confinement et autres joyeusetés, je vais faire des provisions pour soutenir un siège, notamment la trilogie des aventures de l’inspecteur Pendergast pour commencer… Et sur ce bon appétit !

#TombesOubliées #NetGalleyFrance

8/10

Les auteurs :

Depuis Relic (1995), Preston & Child forment le duo le plus réputé dans l’univers du suspense. Ensemble, ils ont signé une trentaine de romans, dont 19 mettent en scène l’inspecteur Aloysius Pendergast, du FBI, le Sherlock Holmes des temps modernes.

En langue française, leurs romans, tous parus aux éditions de l’Archipel, dont le dernier Rivière maudite, se sont vendus à plus de 1,5 million d’exemplaires. « Preston & Child renouent avec la veine de leurs premiers romans, Relic et Le Grenier des enfers. » Publishers Weekly.

Extraits :

J’ai choisi des extraits assez caractéristiques du roman et qui dévoilent très peu de choses sur l’enquête…

Benton, historien de métier, connaissait mieux que quiconque le passé de cette région californienne qui s’était trouvée au cœur de la ruée vers l’or de 1849. On distinguait encore les trouées provoquées par l’extraction hydraulique. Les puissants jets d’eau avaient remodelé le paysage en transportant d’énormes quantités de graviers, à travers des écluses conçues pour retenir les paillettes d’or. Cette époque était révolue depuis longtemps et les collines qui s’étendaient au pied de la Sierra, à soixante-dix kilomètres de Sacramento, étaient largement dépeuplées.

Sur la page de garde s’étalaient quelques mots, rédigés d’une écriture féminine précise. C’est tout juste su l’émotion n’étouffa pas Benton. Ce trésor tant convoité, ce véritable Graal de l’épopée de l’Ouest américain existait bel et bien…

Une première expédition de secours est arrivée au mois de février. Ceux qui la composaient ont découvert des scènes d’horreur défiant l’entendement. L’un d’eux a raconté par la suite avoir découvert des enfants assis sur un rondin, le visage couvert de sang, en train de manger le foie et le cœur à moitié cru de leur propre père, des restes humains éparpillés autour d’eux…

Ce qui m’amène aux raisons de ma présence ici. Ainsi que je vous l’ai expliqué, on a retrouvé les deux principaux campements : celui du Lac Truckee et celui de l’Alder Creek. En revanche ce n’est pas le cas du Campement perdu…

… Je suis obsédé depuis toujours par l’énigme du Campement perdu. Je me suis évertué à le localiser pendant six ans en suivant différentes pistes, jusqu’au jour om j’ai décidé de mettre la main sur le journal de Tamzene.

Nora partait du principe que tout ce qui était enterré là avait été apporté par les membres de l’expédition Donner. De toute évidence, le foyer et les restes du refuge de fortune des pionniers se trouvaient au creux du vallon.

Il s’agit de l’un des signes caractéristiques du cannibalisme, provoqué par l’ouverture du crâne à l’aide d’une pierre…

… Cette usure est un autre signe évident du cannibalisme. Elle est apparue lorsque le crâne a été suit.

Il y a quelques années, j’ai exhumé les restes de jeunes gens assassinés par un tueur en série au XIXe siècle. J’ai également participe à l’excavation d’un site cannibale pueblo datant de la préhistoire en Utah…

Lu en octobre 2020

Publié dans Littérature française, Polars

« Grossir le ciel » de Franck Bouysse

Je vous parle aujourd’hui d’un roman qui dormait dans ma PAL depuis longtemps, mais cet été, c’était le moment :

Résumé de l’éditeur :

Les Doges, un lieu-dit au fin fond des Cévennes. C’est là qu’habite Gus, un paysan entre deux âges, solitaire et taiseux. Ses journées : les champs, les vaches, le bois, les réparations. Des travaux ardus, rythmés par les conditions météorologiques. La compagnie de son chien, Mars, comme seul réconfort.

C’est aussi le quotidien d’Abel, voisin dont la ferme est éloignée de quelques centaines de mètres, devenu ami, un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Un jour, alors que l’abbé Pierre disparaît, tout bascule : Abel change, des évènements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent.

Un suspense rural surprenant, riche et rare.

Ce que j’en pense :

Je ne vais faire une énième chronique de ce roman, il y en a déjà tant, je vais simplement partager mon ressenti car cette lecture a une histoire : ce livre m’a accompagnée pendant ma cure thermale, et je lisais lorsqu’il y avait une attente entre les soins, car cure thermale et COVID, cela fut particulier…

Je voulais le lire depuis longtemps et, en fait, le format poche en 235 pages était le format idéal, pas trop lourd, solide, résistant plutôt bien à l’humidité omniprésente.

Trêve de plaisanterie, je ne m’attendais pas du tout à ça : roman noir plus que polar, dans cette campagne reculée, dans les Cévennes, les Doges, où le travail de la terre est dur, où le voisin le plus proche n’est pas très commode. A défaut d’amitié, il existe l’entraide entre les deux hommes, mais les mystères d’Abel sont souvent un frein à la confiance.

Devant son poste de télévision, alors que se déroulent les funérailles de l’Abbé Pierre qu’il aimait beaucoup, Gus se rend quand même compte que les éloges dithyrambiques sonnent parfois faux, et en descendant sa bouteille de prune pour combattre son rhume, car l’hiver est froid aux Doges, il pense à sa propre vie.

Franck Bouysse évoque ici des évènements étranges, mais on est loin du polar, on entre dans le domaine de la souffrance, de l’enfance maltraitée, des parents violents, des taloches pour un oui ou un non, de la haine, à part la tendresse de la grand-mère qui le protège comme elle peut.

Gus n’a jamais compris pourquoi ses parents le haïssaient, se demande ce qu’il a bien pu faire, et les violences et les moqueries continuent à l’école. On devine qu’il y a des secrets de famille lourds derrière tout ceci et cela aboutit un beau roman.

Une scène m’a marquée : la mort de la mère et la manière dont elle est ressentie par Gus et ce qu’il en fait.

Un regard tendre, au passage, au tracteur Massey-Fergusson, qui me rappelle tant de souvenirs : mon grand-père en avait un, c’était son premier tracteur, et il avait remisé le Percheron à l’écurie, ne lui confiant que des efforts pas trop durs pour entretenir sa forme…

J’ai découvert la plume de Franck Bouysse avec ce roman et j’ai vraiment beaucoup aimé l’histoire, les personnages, au caractère bien trempé, comme la nature, qu’il s’agisse de Gus ou de son voisin étrange Abel, ainsi que toute la réflexion sur la dureté de la vie, la solitude, le bon sens de Gus…

Le titre est magnifique, il évoque ces lignées de paysans qui s’éteignent peu à peu et s’en vont « grossir le ciel ».

9/10

L’auteur :

Franck Bouysse est né en 1965 et partage sa vie entre Limoges et sa Corrèze natale. Sélection du prix polar SNCF, « Grossir le ciel » a rencontré un succès critique et public.

Franck Bouysse est également l’auteur de « Vagabond », « Pur-Sang » et « Plateau » ou encore « Né d’aucune femme », « Glaise » …

Extraits :

Gus l’observait attentivement en se disant que le vin apportait plus de choses qu’il n’en prenait, que c’était une des grandes lois de la nature, étant donné que son père était bien plus calme quand il avait picolé, comme apaisé…

Pour autant que Gus s’en souvienne, ses parents étaient comme chien et chat, et lui il était bien souvent au milieu, à ne pas savoir qui avait raison ou tort. A ne pas savoir pourquoi il finissait toujours par prendre une torgnole de l’un ou de l’autre, et souvent des deux à la fois.

Ces fragments d’enfance remontaient à la surface comme des corps sans vie gorgés d’eau, et ça n’était visiblement pas prêt de s’arrêter.

Il avait ressenti une sorte de jouissance, un pouvoir tombé du ciel, lui donnant droit de vie et de mort sur celle qui avait toujours apparemment souhaité la sienne, pour d’obscures raisons.

Gus se disait qu’une vie comme la sienne ne se fabriquait pas au milieu des vaches et des cochons, et devait nécessiter l’envie et le besoin de vouloir du bien aux autres sans qu’il soit question de le rendre pour autant. (A propos de l’Abbé Pierre)

A bien y réfléchir, maintenant qu’elle avait quitté ce monde, Gus se disait que, si elle avait vécu aussi longtemps, c’était qu’elle craignait probablement de le laisser seul avec ses parents.

Le vieil homme était d’une ancienne famille de meuniers qui s’était éteinte avec lui. Ici, les lignées, elles s’éteignent toutes les unes après les autres, comme des bougies qui n’ont plus de cire à brûler. C’est ça le truc, la mèche, c’est rien du tout s’il n’y a plus de cire autour, une sorte de pâte humaine, si bien que l’obscurité gagne un peu plus de terrain chaque jour ; et personne n’est assez puissant pour contrecarrer le projet de la nuit.

Il trouvait sacrilège que personne n’ait entretenu l’endroit pour que la mémoire des temps anciens ne se perde pas définitivement, mais c’était plus compliqué que de goudronner une route électorale.

Lu en août septembre 2020

Publié dans Littérature espagnole, Polars

« Le silence de la ville blanche » de Eva Garcia Saenz de Urturi

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui a été proposé sur NetGalley à la demande générale et insistante des lecteurs, libraires et autres :

Résumé de l’éditeur :

Dans la cathédrale de Sainte-Marie à Vitoria, un homme et une femme d’une vingtaine d’années sont retrouvés assassinés, dans une scénographie macabre : ils sont nus et se tiennent la main comme des amoureux alors que les deux victimes ne se connaissaient pas.

Détail encore plus terrifiant : l’autopsie montrera que leur mort a été provoquée par des abeilles mises dans leur bouche. L’ensemble laisse croire qu’il existe un lien avec une série de crimes qui terrorisaient la ville vingt ans auparavant. Sauf que l’auteur de ces actes, jadis membre apprécié de la communauté de Vitoria, est toujours derrière les barreaux. Alors que sa libération conditionnelle est imminente, qui est le responsable de ces nouveaux meurtres et quel est vraiment son but ?

Une certitude, l’inspecteur Unai López de Ayala, surnommé Kraken, va découvrir un tout autre visage de la ville.

Ce que j’en pense :

A Vitoria, dans le pays Basque espagnol, la veille de la Saint Jacques, a lieu la fête de la blouse, prélude à celles de la Vierge blanche (Virgen Blanca) et tout le monde se retrouve dans la rue pour faire la fête. Dans la cathédrale Sainte-Marie, on retrouve deux corps, un homme et une femme assassinés, dans une mise en scène particulière : ils sont nus, se tiennent la main, la main de l’un posée sur le visage de l’autre et réciproquement. Et, petite signature : trois chardons « eguzkilore » en basque, c’est tellement plus joli et mystérieux !

L’enquête va démontrer qu’ils ne se connaissaient pas et qu’ils sont morts à la suite de piqures de guêpes que l’assassin avait pris soin de mettre dans leur bouche, les bâillonnant ensuite par un adhésif, dénué d’empreinte bien-sûr. Cette mise en scène rappelle des meurtres commis vingt ans plus tôt pour lesquels Tasio, archéologue très médiatisé, un des jumeaux d’une famille ayant pignon sur rue et surtout omnipotente alors. C’est Ignacio, policier, le propre frère de Tasio qui a procédé à l’interpellation à l’époque…

Qui peut avoir commis ce crime odieux suivi de plusieurs autres, alors que Tasio doit bientôt sortir de prison ? il faut donc reprendre l’enquête, ce qui sera fait par un tandem d’inspecteurs : Estibaliz Ruiz de Gauna et Unai Lopez de Ayala, alias Kraken, profileur.

« Je me fiais aux impressions d’Estibaliz comme la roue arrière d’un tandem se fie à la roue avant. C’était notre façon de fonctionner, de pédaler ensemble. »

Tous deux sont chapeautés par la sous-commissaire Alba Diaz de la Salvatierra, qui vient juste d’arriver au commissariat.

On se retrouve en pleine immersion dans cette ville de Vitoria, pleine de mystères, au passé prestigieux sur le plan historique, artistique, architectural, et le côté « endogame » comme dit l’auteure, « tous les gens nés à plus de cinquante kilomètres d’ici sont des « étrangers » disait la grand-mère » de Kraken. Mais aussi, on apprend beaucoup de choses sur les noms propres des gens avec une partie espagnole à laquelle un nom basque évocateur, de la région d’Avala, pour être plus précise, est ajouté ce qui nous donne des noms interminables qui sonnent bien dans l’oreille.

Autre élément important, que j’aime beaucoup dans les polars, l’alternance des récits entre les années 70 et l’époque actuelle, où l’on fait la connaissance de Javier Ortiz de Zarate, descendant d’esclavagiste, l’ignoble père des jumeaux et de Blanca Diaz de Antonana leur mère, qui est une femme maltraitée, par un mari jaloux, convaincu d’être intouchable.

Eva Garcia Saenz de Urturi nous promène dans la ville mais aussi dans la campagne environnante, au gré des légendes, des récits bibliques, les symboles en nous orientant vers différentes pistes. J’ai adoré cette enquête, cette promenade (ces promenades en fait) car il y a plusieurs évènements durant les fêtes de la Virgen Blanca et, cerise sur le gâteau, on sait dès le prologue que l’inspecteur s’est fait tirer dessus par le meurtrier…

En parlant de symboles : que peuvent signifier entre autres, l’eguzkilore, l’abeille, l’if, sans parler des postures dans lesquels sont retrouvés les victimes, ou encore leur âge qui raconte aussi une histoire…

J’adore ce genre de thriller, qui mêle des crimes bien typés, en rapport avec la religion, l’art, l’ésotérisme ou autres, avec des inspecteurs loin d’être parfaits, avec des failles. C’est très rare quand je mets un coup de cœur à un polar mais là je ne résiste pas, ce roman est génial, la lecture addictive. C’est le premier d’une série, alors j’attends avec impatience la publication en français du suivant…

Ce roman a été adapté en série disponible que Netflix: avis aux abonnés…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fleuve noir qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure dont le style est si particulier qu’on n’a plus qu’une seule envie, en le refermant, de se procurer le prochain… j’espère qu’il ne faudra pas attendre trop longtemps sinon je vais être obligée d’apprendre l’espagnol pour retrouver cet univers ;

#Lesilencedelavilleblanche #NetGalleyFrance

Extraits :

Les caméras de télévision se mirent à harceler mes amis sans relâche. Les journalistes avaient besoin d’un scoop, et ils étaient persuadés qu’ils pourraient le leur fournir. Lorsque la nouvelle se répandit que le tueur m’avait tiré dessus, ils ne les lâchèrent plus d’une semelle : dès lors, aucun d’entre eux ne connut le repos.

L’un comme l’autre, étions sacrément doués pour résoudre des affaires, un peu moins pour suivre les règles. Après quelques avertissements pour indiscipline, nous avions appris à nous couvrir. Quant à suivre les règles, eh bien… on y travaillait.

Dans la culture basque, l’eguzkilore était un antique symbole de protection, que l’on plaçait à la porte des maisons pour les protéger des sorcières et autres démons ? de fait, en l’occurrence, elle n’avait pas protégé les victimes…

La première série de meurtres représentait l’histoire alavaise dans l’ordre chronologique… Les victimes étaient des nouveau-nés, comme s’ils représentaient le premier âge de l’humanité.

Nous avons la preuve que les Celtes l’utilisaient déjà (l’if) comme poison dès le troisième millénaire avant Jésus-Christ. Ça fait partie de ces secrets qui ne se disent pas à voix haute, mais dans les villages, tous les anciens le savent. L’écorce, les feuilles…  Dans l’if, tout est toxique, hormis la partie charnue des graines. Pour les Celtes, c’était un arbre sacré, à qui ils attribuaient l’immortalité en raison de son extrême longévité, et du temps des premiers chrétiens, on a continué à en planter près des églises et des cimetières…

Durant ma formation à l’académie d’Arkaute, j’avais étudié les dossiers d’Argentins d’origine allemande qui avaient découvert avec horreur que leurs charmants grands-pères étaient des criminels de guerre nazis. Comment concilier dans sa vie deux perceptions, deux réalités si divergentes. Pourrions-nous embrasser à nouveau cette personne, lui donner un baiser sur le front, la regarder dans les yeux ? Le dénoncerions-nous ? Est-il possible de cesser d’aimer quelqu’un qui a pris son de vous, qui vous a donné tant d’affection durant toute votre vie ?

Les groupes se forment au lycée, c’est dur de t’intégrer quand tu viens de l’extérieur. C’est un petit monde endogame. A quinze ans, tu connais des jeunes, des gars et des filles, qui sortent ensemble, untel avec unetelle, unetelle avec untel ou tel autre… Bref, vingt ans plus tard, si tu les revois, les couples auront changé, mais aucun d’entre eux n’aura pris la peine de regarder si dans le vaste monde, hors de leur microcosme, il n’y a pas d’autres individus susceptibles de leur plaire.

Je maudis le pouvoir qu’avait un seul cerveau de changer la vie de tant de gens étrangers à son entreprise. J’étais consterné de constater avec quelles facilité la folie d’un seul était capable de transformer le visage de toute une ville.


Lu en septembre 2020

Publié dans Littérature française, Polars

« Sauve-la » de Sylvain Forge

Je vous parle aujourd’hui d’une belle découverte :

Résumé de l’éditeur :

Alexis Lepage, modeste employé d’assurances, est sur le point de se marier avec la fille de son patron lorsqu’il reçoit un message de Clara, son amour de jeunesse, qui refait surface après des années.


Alors qu’elle le supplie de l’aider à retrouver sa fille disparue, Alexis hésite. Que dissimule cette demande impromptue, si longtemps après leur séparation ? Et pourquoi Clara refuse-t-elle de le rencontrer ?


Replongé dans un passé dont il n’a jamais fait le deuil, Alexis va partir à la recherche d’une fille dont il ignore tout.


Son enquête le conduira droit en enfer.


Un thriller haletant sur l’intrusion du numérique dans nos vies, son impact sur nos représentations du monde et de la mort.

Ce que j’en pense :

Alexis est sur le point de se marier avec Clémence, la fille de son employeur, ce qui ne lui vaut pas que de la sympathie dans l’entreprise d’assurances. Tous deux envisagent également une PMA et le boss n’hésite pas à convoquer Alexis pour en entretien,afin de lui donner sa bénédiction et un contact influent au centre médical !

Et soudain, il reçoit un message sur son portable,émanant de son amour de jeunesse Clara, dont il n’avait pas de nouvelles depuis vingt ans au moins et qui lui demande de retrouver sa fille Olivia, censée avoir disparu dans un tragique accident d’autocar dans les Pyrénées. Mais voilà, elle croit l’avoir reconnue sur des photos.

Et le voilà parti sur les traces d’une enquête bâclée par la gendarmerie, sur un chemin semé d’embûches, sur les route de l’Ariège, dans des paysages grandioses et peu hospitaliers sur fond de migrants, venant d’Espagne, de mafia locale, de laboratoires dénués de tout principe. Éthique, déontologique ou autre, prêt à tout pour garantir aux plus riches une éternelle jeunesse.

Surtout, on se promène dans le monde de l’intelligence artificielle, on « tchatte » avec l’au-delà, via des programmes informatiques qui font quand même froid dans le dos, mais qui existent vraiment, les « chatbots » par exemple,sans oublier les puces GPS implantées sous la peau…

J’ai vraiment adoré ce thriller passionnant, que j’ai lu en apnée : il m’a été pratiquement impossible de poser le livre une fois ouvert, quelle que soit l’heure (du jour ou de la nuit). L’enquête est passionnante, les protagonistes attachants, notamment Alexis, Clémence ou le gendarme qui n’est pas toujours très clair …

Un petit plus : l’auteur nous fournit beaucoup de sites internet pour en savoir davantage sur le cyberespace, laisser des messages post-mortem (et oui, il y a des fêlés qui font cela) sur les chatbots….

Il est inutile de préciser que ma méfiance vis-à-vis du traçage, piratage et autres amis du smartphone, s’est renforcée : j’ai regardé mon téléphone d’un œil noir pendant un bon moment !  

C’est le premier roman de Sylvain Forge que je lis, (et pourtant je voyais passer des critiques enthousiastes!) et je suis « tombée sous le charme » et je mets illico une option sur « Tension extrême » et « Parasite » .

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur qui ont mis un rayon de soleil (euh lumière, parce que soleil, vue la canicule, on est servi!) dans cette période pandémique masquée.

#Sauvela #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Spécialiste en cybersécurité et conférencier en dramaturgie, lauréat du Prix du Quai des Orfèvres 2018 avec  « Tension extrême » (Fayard), Sylvain Forge est notamment l’auteur de  « Parasite »  (Mazarine, 2019) et de « Un parfum de soufre »  (Prix Plume d’argent 2016 du thriller francophone).


Il parvient à associer des recherches scientifiques fouillées à un sens aigu du suspense. Ses ouvrages ont déjà conquis plus de 200 000 lecteurs.

Extraits :

Dans un ralenti cauchemardesque, elle vit l’unique phare éclairer le gouffre, puis les sièges voltiger dans l’habitacle : l’autocar se disloquait.

Le bruit de sa chute épouvantable se répercuta dans la vallée avant de retomber dans une pluie de poussière et de roches éclatées.

Ensevelie sons un monceau de tôles et de débris, en état de choc, le souffle coupé par l’effroi et la douleur, elle voulut dégager ses mains et sa tête. Le vent s’était levé, déchirant les nuages.

Les premières étoiles.

Autour d’elle, ni bruit, ni râle.

Un silence de mort. 

Une certitude glacée l’envahit : Clémence avait raison. Il était accro à Clara, à ces lignes de code qui l’incarnaient, prisonnier de ce labyrinthe géant de combinaisons capable de lâcher des mots et des phrases toujours plus pertinentes.
Le piège s’était déjà refermé car, aussi factice soit-il, l’avatar numérique de Clara lui ressemblait suffisamment pour qu’Alexis ne parvienne pas à s’en défaire.

Je crois que jusqu’à maintenant, ce n’est pas Olivia que je cherchais, mais une part de toi. J’espérais la trouver en vie et découvrir que son regard était pareil au tien. Alors, je me serais tenu devant elle, face à face, et toi tu ne serais plus partie pour toujours mais vivante et jeune comme je t’avais laissée, il y a vingt-six ans.

Lu en août 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature islandaise, Polars

« La dame de Reykjavik » de Ragnar Jonasson

Pour rester dans le cadre du challenge « Tour du monde de l’été », ou comment voyager par temps de COVID, distanciation, je me suis plongée dans un polar islandais :

Résumé de l’éditeur :

« L’inspectrice islandaise Hulda Hermannsdottir est la meilleure héroïne tragique que nous avons lue depuis longtemps.  » The Times

Hulda a tout donné à sa carrière. Mais en faisant toujours cavalier seul. Elle a beau être une des meilleures enquêtrices du poste de police de Reykjavík, à soixante-quatre ans, sa direction la pousse vers la sortie.

La perspective de la retraite l’affole. Tout ce temps et cette solitude qui s’offrent à elle, c’est la porte ouverte aux vieux démons et aux secrets tragiques qu’elle refoule depuis toujours. Et ses échappées dans la magnificence des paysages islandais, pour respirer à plein poumons la sauvagerie de son île, ne suffiront plus, cette fois.

Alors, comme une dernière faveur, elle demande à son patron de rouvrir une affaire non résolue. Elle n’a que quinze jours devant elle. Mais l’enquête sur la mort d’Elena, une jeune russe demandeuse d’asile, bâclée par un de ses collègues, va s’avérer bien plus complexe et risquée que prévu. Hulda a-t-elle vraiment pesé tous les risques ?

Ce que j’en pense :

Hulda Hermannsdottir est convoquée dans le bureau de son chef Magnus qui lui signifie brutalement sa mise à la retraite, car un jeune loup brillant a été choisi pour prendre son poste. Elle est âgée de soixante-quatre ans et des poussières, et on aurait bien pu la laisser tranquillement travailler jusqu’au bout.

Elle prend cela très mal, notamment la manière dont on la propulse à la porte, alors qu’elle a toujours bien travaillé, pointilleuse dans ses enquêtes, mais c’est une femme, dans un milieu où le machisme règne en maître, où elle subit depuis longtemps les railleries de ses collègues masculins qui ne se gênent même pas à faire des remarques devant elle. Elle est veuve, sa vie a été compliquée, mais comme elle s’est isolée pour pouvoir résister, on l’accuse de travailler en solo, de n’avoir aucun sens du travail en équipe !

Pour faire passer la pilule, Magnus lui dit qu’elle peut aller déterrer un « cold case » et reprendre l’enquête pour la faire aboutir. Elle choisit d’enquêter sur la disparition d’Elena, jeune Russe en attente dé régularisation, que l’on a retrouvée noyée, et l’inspecteur de l’époque, atteint d’hypertrichose palmaire aigüe, comme toujours, a classé le dossier, sans se donner la peine de creuser, affirmant que c’était un suicide.

L’auteur entretient le suspense en alternant le présent et des évènements antérieures, parfois même très antérieurs) nous racontant l’histoire d’une jeune femme qui s’est retrouvée enceinte après avoir eu une aventure avec un soldat américain, au grand dam de ses parents qui vont tout faire pour la pousser à abandonner le bébé, une petite fille.

Un autre récit vient s’encastrer dans l’histoire : une jeune femme part faire une ballade en montagne, avec un homme en qui elle semble avoir confiance, affrontant une tempête de neige, doudounes, piolets, sac de couchage…

Ce roman m’a plu, j’ai passé un bon moment, car j’ai éprouvé d’emblée beaucoup d’empathie pour Hulda, la manière exécrable dont elle est traitée, dans cet univers machiste, et ces collègues tellement avide de prendre du galon qu’ils en ont « les dents qui rayent le parquet ».

 Sa manière de mener l’enquête, avec obstination, notant chaque détail, allant à la rencontre des gens qui ont pu côtoyer Elena, la difficulté d’obtenir une régularisation, pour ne pas être renvoyée dans son pays d’origine, dans un pays dont on ne connait pas la langue…

J’ai aimé aussi toute la réflexion sur la retraite : comment vivre, lorsqu’on a tout misé sur le travail, et supporter la solitude, quand on est veuve, peut-on refaire sa vie, envisager de rencontrer quelqu’un…

Cependant, vous avez dû le sentir, il y a un mais : malgré le suspense que tente d’entretenir l’auteur, j’ai eu l’impression de m’essouffler un peu, de trouver le temps parfois long (quand on commence à compter les pages qui restent, en lisant un thriller, cela devient un peu gênant) et surtout, je n’ai pas du tout aimé la fin, même si elle m’a prise en dépourvu, elle m’a vraiment dérangée, je dirais même choquée …

J’aime beaucoup les polars nordiques, l’Islande, et je me réjouissais à l’idée de crapahuter dans la neige, alors que la canicule règne chez moi, mais j’ai un peu de mal avec Ragnar Jonasson, dont je n’ai pas trop apprécié « Snjor » : je trouvais son inspecteur, peu dynamique et le récit lent. Je préfère Arnaldur Indridason et son inspecteur Erlendur qui n’est pourtant pas un réputé pour sa vivacité…. C’est le premier tome d’une trilogie et je ne sais pas si je continuerai…

7/10

L’auteur :

Ragnar Jonasson est né à Reykjavik en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à 17 ans, la traduction de ses romans en islandais.

Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en 3 ans seulement au rang des plus grands auteurs de polars internationaux.

Extraits :

Le temps avait passé si vite. Le jour où elle était devenue mère, celui où elle s’était mariée : c’était hier. Pourtant, si on faisait le décompte des années, cela remontait à une éternité. Le temps est comme un accordéon : un instant comprimé, le suivant s’étirant interminablement.

Elle avait, au contraire, passé en revue tous les désavantages d’une relation et son âge lui semblait un obstacle insurmontable. Ce qui ne lui ressemblait pas : elle faisait habituellement de son mieux pour l’oublier, s’accrochant à la jeunesse de son esprit. Cette fois, un nombre l’en empêchait. Soixante-quatre. Elle ne cessait de se demander si c’était une bonne idée de se lancer.

… Elle savait aussi que si elle avait accepté de le revoir, après un premier rendez-vous, c’était parce qu’elle était terrifiée à l’idée de vieillir seule.

C’est comme ça que je gagne ma vie. Je dois rester concentrée sur la gestion quotidienne. Il s’agit peut-être de vie ou de mort, mais moi, j’essaie juste de faire tourner le centre. Dora, directrice du foyer pour migrants

Ce n’était pas la première fois qu’elle subissait ce genre de remarques. Question de territoire. Ça allait de pair avec les blagues sordides et le harcèlement pur et simple. Elle pouvait être difficile dans ses relations avec les autres, elle en était bien consciente, mais elle avait dû se forger une carapace pour survivre. Par contrecoup, les types de la criminelle s’étaient crus autorisés à la prendre pour cible.

Penser à elle la ramenait inévitablement à son point de départ : les circonstances dans lesquelles la mort de la fille avait atterri sur son bureau. Aujourd’hui, elle s’était plus ou moins fait virer. On lui avait demandé de vider son bureau, de dégager ; on l’avait balayé comme un vulgaire détritus.

Elle avait souvent essayé de pénétrer dans la tête des suspects, pas tant par sympathie pour leur situation que pour perfectionner sa technique d’interrogatoire…

Les champs de lave noire se déployaient sous ses yeux, volaient devant les vitres de la voiture, majestueux dans leur austère simplicité et aussi monotones qu’un refrain répété en boucle…

Lu en juillet 2020