Publié dans Musique, Poésie

« C’est extra » de Léo Ferré

Un peu de douceur par les temps qui courent avec cette superbe chanson:

Une rob’ de cuir comme un fuseau
Qu’aurait du chien sans l’ fair’ exprès
Et dedans comme un matelot
Une fill’ qui tangue un air anglais
C’est extra
Les moody blues qui chante(nt) la nuit
Comm’ un satin de blanc marié
Et dans le port de cette nuit

Un’ fill’ qui tangue et vient mouiller

C’est extra, C’est extra, C’est extra, C’est extra

Des cheveux qui tomb’nt comm’ le soir
Et d’ la musique en bas des reins
Ce jazz qui d’jazze dans le soir
Et ce mal qui nous fait du bien
C’est extra
Ces mains qui jouent de l’arc-en-ciel
Sur la guitare de la vie
Et puis ces cris qui mont’nt au ciel
Comme une cigarett’ qui prie

C’est extra, C’est extra, C’est extra, C’est extra

Ces bas qui tiennent haut perchés
Comme les cordes d’un violon
Et cette chair que vient troubler
L’archet qui coule ma chanson
C’est extra
Et sous le voile à peine clos
Cette touffe de noir Jésus
Qui ruisselle dans son berceau
Comme un nageur qu’on n’attend plus

C’est extra, C’est extra, C’est extra, C’est extra

Un’ rob’ de cuir comme un oubli
Qu’aurait du chien sans l’ faire exprès
Et dedans comme un matin gris
Un’ fille qui tangue et qui se tait
C’est extra
Les moody blues qui s’en balancent
Cet ampli qui n’ veut plus rien dire
Et dans la musique du silence
Une fill’ qui tangue et vient mourir

C’est extra, C’est extra, C’est extra, C’est extra

Ce texte, écrit en 1969, n’a pas pris une ride,et sa voix enchante toujours autant… J’aime énormément cet artiste qui nous a quitté depuis longtemps, un quatorze juillet, sacré pied de nez de la part d’un anarchiste qui disait aimer le confort, quand on lui reprochait de descendre dans un hôtel quatre étoiles lors d’une tournée… ça avait de la gueule quand même….

Publié dans Citations, Poésie

« Nostalgie » poème de Nâzim Hikmet

J’ai découvert ce poète grâce au roman de Michel Serfati :« L’enfant de la colère ». Il m’a beaucoup touchée donc je vais tenter de trouver le recueil dont il est extrait, à savoir :

« Il neige dans la nuit et autres poèmes » : traduit du turc par Münevver Andaç et Güzin Dino.

 

Il neige dans la nuit et autres poèmes de Nâzim Hikmet

 

 

 » Cela fait cent ans

 Que je n’ai pas vu ton visage

 Que je n’ai pas passé mon bras

 Autour de ta taille

 Que je ne vois plus mon visage dans tes yeux

 Cela fait cent ans que je ne pose plus de question

 À la lumière de ton esprit

 Que je n’ai pas touché à la chaleur de ton ventre.

  

 Cela fait cent ans

 Qu’une femme m’attend

 Dans une ville.

 Nous étions perchés sur la même branche,

 Sur la même branche

 Nous en sommes tombés, nous nous sommes quittés

 Entre nous tout un siècle

 Dans le temps et dans l’espace.

 Cela fait cent ans que dans la pénombre

 Je cours derrière toi. »

 

 

L’auteur :

 

Nâzim Hikmet est un né à Salonique en 1901.Il est considéré comme un grand poète turc du XXe siècle.

Victime de persécutions en Turquie car il était communiste, donc considéré comme dissident, il a dû s’exiler, à Moscou, où il est mort en 1963.

Le Turquie va attendre trente ans après sa mort (1993) pour le réhabiliter…

Ce recueil (on pourrait dire, une anthologie) est venu se rajouter à ma PAL déjà très encombrée…

Pour en savoir davantage :

http://www.francopolis.net/Vie-Poete/nazimhikmet.htm

 

 

Publié dans Poésie

« L’art » : Elizabeth Bishop

Dans « L’art de perdre », Alice Zeniter cite  ce magnifique poème d’Elizabeth Bishop qui lui a inspiré le titre de son roman. Je vous le livre, pour prolonger un peu le plaisir…

 

Dans l’art de perdre, il n’est pas dur de passer maître,

tant de choses semblent si pleines d’envie

d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre.

 

Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre

tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit.

Dans l’art de perdre, il n’est pas dur de passer maître.

 

Puis entraîne-toi, va plus vite, il faut étendre

tes pertes : aux endroits, aux noms, au lieu où tu fis

le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.

 

J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière

ou l’avant-dernière de trois maisons aimées : partie ?

Dans l’art de perdre, il n’est pas dur de passer maître.’

 

J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes

des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.

Ils me manquent, mais il n’y eut pas là de désastre.

 

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste

que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui

dans l’art de perdre il n’est pas trop dur d’être maître

même s’il y a là comme (écris-le !) comme un désastre.

 

Extrait de « Géographie III », dans une traduction de Alix Cléo Roubaud, Linda Orr et Claude Mouchard, Circé, 1991