Publié dans Adultes jeunes, Littérature française

« Les roches rouges »: Olivier Adam

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai sélectionné lors de l’opération masse critique, spéciale jeunesse sur Babelio, en mai dernier, car j’avais très envie de retrouver la prose d’Olivier Adam :

Résumé de l’éditeur :

– Faut qu’on se tire d’ici.

– Et on ira où ?

– Je sais pas. T’inquiète. On trouvera.

– Et s’il revient ?

– Eh ben il reviendra.

– S’il s’en prend à tes parents ?

– C’est pas après eux qu’il en a. Qu’est-ce que Leila fout avec moi ?


J’ai tout juste dix-huit ans. Je vis chez mes parents. Je vais plus au lycée et j’ai pas de boulot. Je picole trop et je me bourre de médocs. Comment peut-elle croire que je suis capable de la protéger, de lui offrir quoi que ce soit de plus ou de mieux que son mec ?
Depuis qu’on roule elle m’a pas posé la moindre question. Elle m’a même pas demandé où on allait exactement. Je lui ai juste dit que je connaissais un endroit où on serait pénards. Et ça a semblé lui suffire…


Après le succès de La Tête sous l’eau, déjà en cours d’adaptation, Olivier Adam nous offre un nouveau roman bouleversant. Un de ceux qui vous marquent pour longtemps.

Ce que j’en pense :

Leila raconte sa vie de tous les jours, ses émotions ce qu’elle pense dans un carnet que lui a offert Antoine. Tous deux se sont connus à Pôle Emploi, se sont rapprochés au cours de jeux de rôles, et sont devenus amants. Tous les deux sont des estropiés de la vie et pourtant, Antoine n’a que dix-huit ans et Leila vingt-et-un.

Leila est mariée à Alex, vigile violent verbalement et physiquement. Il était son coach au volley et il l’a embrassée, harcelée, mise dans son lit et épousée quand elle s’est retrouvée enceinte, au grand dam de ses parents. Mais monsieur avait des principes, on n’avorte pas c’est un meurtre, mais cela ne le dérange pas d’être gros pervers, doublé d’un pédophile.

Comment Leila aurait-elle pu échapper à son emprise, alors que son père a toujours fait régner la terreur à la maison, violent avec sa femme, tyran avec ses filles, à tel point que la grande sœur de Leila a fui la maison sans jamais donner de nouvelles. Elle sent bien qu’il y a quelque chose d’opaque dans cette fuite mais préfère occulter.

Elle n’a jamais le droit de sortir le dimanche, même pour promener son fils Gabi, car Alex est vautré sur le canapé à regarder les matches de foot en picolant.

De son côté, Antoine qui a des parents aimants, chez lesquels il squatte, a complètement perdu pied, car un jour « il a pris une vie sans le vouloir » mais ça le hante et il est devenu marginal, carburant au haschich.

Mais, Alex les a surpris, on ne sait pas trop comment, vu qu’il bombarde Leila de messages pour la surveiller et frappe violemment Antoine, hurlant qu’il va faire la peau à « sa pute d’épouse » et c’est la cavale. Fuite dans le Sud, la mer, son décor somptueux, dans une maison appartenant à la famille, où ils se retrouvent nez à nez avec la sœur d’Antoine avec laquelle il est fâché : Lise qui veut en finir avec la vie…

Olivier Adam nous propose une belle histoire, qui fait parfois penser à « Thelma et Louise », avec des personnages cabossés par la vie, par leurs manques affectifs et leurs actes passés qui les rattrapent et qui vont être dans l’obligation de prendre leur vie en mains et sortir de l’adulescence en ce qui concerne Antoine, ou devenus adulte trop tôt pour Leila qui, répétant un scenario familial se retrouve sous l’emprise d’un pervers. On les voit évoluer, prendre conscience de leur capacité de résilience.

Tout acte a ses conséquences exprimant très bien la loi de causalité et tout de découle ou s’inscrit dans la continuité des traumatismes antérieurs ; cela soulève une question : comment réagir en face d’un pervers, violent, pour éviter que cela se termine par un féminicide ?

L’idée de faire écrire Leila dans son carnet est très intéressante car on se rend compte qu’elle est sincère, lucide, se posant les bonnes questions. Elle est sans concession vis-à-vis d’elle-même et des autres, mais elle garde les pieds sur terre devant tous ces évènements qui s’enchaîne sur le mode loi de Murphy dite de « l’emmerdement maximum ».

J’aime bien Olivier Adam pour son côté sombre, mélancolique, souvent blasé dans ses romans et qui aborde le désir de mourir, la mort intérieure qui précède la mort physique avec beaucoup de justesse et de sensibilité. J’ai lu plusieurs de ses romans et la plupart m’ont plu, je dois dire, pour ce côté noir. Là, il s’agit d’un roman pour adultes jeunes mais qui peut toucher tous les publics.

J’ai vraiment apprécié ce roman, j’ai essayé de le faire durer car j’ai retrouvé ce qui m’avait plu dans « Les falaises » ou « Les lisières » mais une fois plongée dedans, ce fut difficile…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour m’avoir permis grâce à cette opération masse critique jeunesse, de lire ce roman et de retrouver l’auteur que j’avais un peu délaissé ces derniers temps. Olivier Adam fait partie comme Philippe Besson, Philippe Claudel, Serge Joncour ou Jean-Philippe Blondel (entre autres et pour ne parler que des hommes et que ceux que j’ai oubliés me pardonnent!) des auteurs que j’aime retrouver sans être une groupie : quand je n’aime pas je le dis, je ne cire pas les pompes…

8/10

L’auteur :

Né en 1974, Olivier Adam est l’auteur de nombreux livres : son premier roman « Je vais bien ne t’en fais pas » est publié en 2000 et sera adapté au cinéma avec succès.

On lui doit notamment « Passer l’hiver » Goncourt de la nouvelle en 2004, puis « Falaises », « à l’abri de rien », « Des vents contraires », « Les lisières », « Peine perdue » ou « La renverse » inspirée par l’affaire Georges Tron.

Il écrit également des livres pour la jeunesse : « On ira voir la mer » ou « La tête sous l’eau »…

Extraits :

.. Mariée à ce type que je déteste et qui m’effraie. Qui me considère comme sa chose, sa propriété, sa boniche. Mère d’un enfant que j’adore. Mais qui aurait mérité une autre vie. Un autre père. Une autre ère. Mieux armée que moi. Mieux préparée. Plus heureuse. Plus stable. Je m’inquiète tellement pour lui. Il doit bien sentir que je n’aime pas son père. Et qu’Alex me traite comme une merde. Comment on grandit dans ces conditions ?

J’ai dix-huit ans et je trouve la vie minuscule alors qu’il parait que c’est l’âge où on a encore des illusions, où on se l’imagine encore vaste et remplie de possibilités. De toute façon, pour moi, tout s’est arrêté il y a bientôt dix-huit mois. J’ai ôté une vie, même si je ne l’ai pas fait exprès. J’ai ôté une vie et on a pris la mienne pour me punir. C’est réglo, je trouve. Franchement, il n’y a rien à redire…

Qu’est-ce qu’elle voulait fuir à ce point ? Mes parents ? OK ils n’étaient pas drôles mais quand même. Pas au point de partir sans plus jamais donner de nouvelles. J’ai toujours pensé qu’il s’était passé quelque chose, mais quoi ? Les familles sont tellement pleines de mystères. Si opaques. De loin tout paraît simple mais quand on s’approcher, c’est gorgé de secrets dégueulasses, de silences qui cachent des trucs pas clairs, inavouables.

Avec des vieux qui tiennent à lui. Qui ont l’air de se soucier de lui. De l’aimer. De tout lui passer. De l’épauler. De le soutenir. Dans le confort de cette baraque. Il a l’air fracassé mais je me demande bien pourquoi. Quand tu as ce qu’il a, de quoi t’as besoin pour te tenir droit, pas faire de conneries, avoir confiance en toi et dans les autres.

Je ne sais pas ce que ça me fait. Ce que je pense. Où j’en suis. Ce que je vis exactement. Mais peut-être que ça n’a pas d’importance. Qu’il faut prendre acte. De ce qui advient. Et de ce qui a précédé. Et faire avec. Peut-être qu’il faut juste avancer au jour le jour. Même dans le brouillard. Même sans savoir où on va. Même sans savoir ce qu’on ressent, ce qu’on pense. Peut-être que c’est ça la vie. Des sentiments contradictoires. Un mélange permanent de douleur et de joie, de remords, de regrets et d’insouciance, de présent et de passé, de lumière et de ténèbres, de lourdeur et de légèreté.

Je ne sais pas combien de temps je vais continuer comme ça. A vivre tout en étant morte de l’intérieur. Quand je suis arrivée ici, je voulais en finir. Mais je n’étais pas pressée. J’étais seule. Je ne parlais à personne. Je n’existais pour personne. J’étais juste un corps posé sur le sable. Sous le soleil…

Avant que vous n’arriviez j’étais tranquille. J’allais mourir. J’attendais juste le bon moment. Je ne sais pas lequel. Mais, je me disais que je le saurais le moment venu. Évidemment, maintenant, c’est autre chose. Je ne peux pas mourir tranquille. Pas ici en tout cas.

Lu en juin 2020