« Céleste : bien sûr Monsieur Proust » de Chloé Cruchaudet

Cela n’a échappé à personne, c’est l’anniversaire de la mort de Marcel Proust, alors quand j’ai vu la BD sur NetGalley, j’ai foncé :  

Résumé de l’éditeur :

À l’occasion du centenaire de la mort de Marcel Proust, ce diptyque, signé Chloé Cruchaudet, repose sur une structure en miroir et s’intéresse au lien qui unit Céleste Albaret et l’écrivain de génie.

Grâce à de multiples sources, Chloé Cruchaudet tisse le portrait dévoué et passionné de Céleste Albaret, gouvernante et parfois secrétaire de Marcel Proust jusqu’à sa mort, en 1922. Elle révèle leur lien, l’écrivain sous toutes ses aspérités, l’atmosphère d’une époque et les dessous de la construction d’une fiction. Monde réel et monde fantomatique s’entremêlent pour nourrir ce sublime diptyque.

Ce que j’en pense :

Céleste Albaret est tout juste arrivée de Lozère et par l’intermédiaire de son époux Odilon, chauffeur de Marcel Proust, elle entre au service de l’auteur et une amitié amoureuse va se mettre en place. Amour platonique évidemment et unilatéral…

Officiellement, elle est engagée comme gouvernante, mais elle est aussi secrétaire, gère les rendez-vous de Proust avec ses éditeurs, recueille les petits papiers, post-it de l’époque, que l’ami Marcel appelle joliment des « paperoles » sur lesquels il note les modifications qu’il désire apporter au manuscrit en cours et qui volent un peu partout. Elle met au points un joli procédé de collage pour les inclure au manuscrit qui de ce fait double rapidement de volume.

Céleste affronte les demandes rarement simples de son « maître » : la chasse à la poussière, (Proust est comme chacun le sait asthmatique), l’alimentation frugale et spéciale, filtrer les visiteurs, ce qui donne parfois des scènes très drôle et nous remplit d’empathie pour Céleste.

Je ne suis pas une inconditionnelle de Proust, dont je n’ai lu pour l’instant que les deux premiers tomes de la Recherche mais je ne désespère pas d’en arriver à bout… mais je connaissais l’histoire de Céleste Albaret. Je suis Balzacolâtre, groupie de Maupassant et Dostoïevski, entre autres, mais chaque chose en son temps… Pourquoi ne pas tenter cette œuvre en version BD ?

Le graphisme de Chloé Cruchaudet est superbe, les couleurs m’ont énormément plu, avec des camaïeux de bleus de mauve, et une présentation de l’œuvre de Marcel Proust presque en filigrane. Un ravissement pour l’œil cette bande dessinée, même si la lecture sur tablette modifie le dessin, l’étire beaucoup ce qui gâche un peu le plaisir.

J’ai adoré ce premier volume et comme je préfère la version album j’ai immédiatement investi et je lorgne déjà vers le tome 2 avec impatience.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Soleil qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure dont une BD m’attend depuis longtemps dans ma PAL démesurée : « Mauvais genre » …

#CélesteBiensûrmonsieurProust #NetGalleyFrance !

8,5/10

Chloé Cruchaudet, née le 2 novembre 1976 à Lyon, est une dessinatrice, scénariste et coloriste française de bande dessinée. Pour l’écriture, elle s’inspire d’histoires vécues ; de livres historiques, d’autobiographies ou de reportages vus à la télé.  On lui doit notamment « Mauvais genre »,

Extraits :

Désolée pour la piètre qualité des photos, je les ai prises sur ma tablette avec mon portable mais elle donne une idée de la déformation en format PDF:

Lu en juillet 2022

« Feuilles volantes » d’Alexandre Clérisse

Dernière participation au challenge, avec une BD aujourd’hui, et il s’agit d’une première pour moi, car j’inaugure la lecture sur tablette et c’est également la première BD de l’auteur qui me tombe entre les mains :

Résumé de l’éditeur :

Trois personnages à trois époques différentes, avec un point commun : ils racontent des histoires avec des images. Un moine copiste du Moyen Âge invente un récit imagé et un procédé d’impression, un jeune garçon au 20e siècle découvre le pouvoir inouï de la bande dessinée, et sa fille au 21e siècle vit de la création virtuelle. Chacun éprouve les nécessités vitales de la création et doit affronter des dangers et désillusions propres à leurs époques…

Ce que j’en pense :

C’est avec ce roman graphique que s’achève ma participation au challenge de NetGalley, et pour une découverte, ce fut une belle découverte ! déjà, je n’ai pas pu résister à la tentation en voyant la couverture, je n’ai même pas essayé de résister, l’expérience était trop tentante ; l’auteur nous propose en effet trois histoires, à trois époques différentes : Moyen-âge, XXe siècle et dans le futur au XXIe, avec le moine copiste Raoul, un jeune adolescent qui veut devenir auteur de BD et cherche l’inspiration dans le passé et sa fille Suzie qui nous emmène à l’heure des robots et de l’Intelligence Artificielle.

Très vite, on se rend compte que le récit n’est et ne sera jamais linéaire, les trois histoires s’entremêlent, pour mieux désarçonner le lecteur.

L’histoire m’a plu mais je suis surtout tombée en pâmoison devant les dessins, la découpe, du moins la mise en page, qui s’affranchit totalement du mode de narration habituel, et surtout, on assiste à un festival de couleurs, qui se marient très harmonieusement. 

Je suis passée assez près du coup de cœur, il y a juste un bémol sur le scenario, qui est pour le moins déroutant, du moins au départ, car certes on voyage dans le temps mais également, l’auteur nous perd entre réalité et fiction, tutoyant l’incohérence parfois, alors j’ai décidé de me laisser porter… d’où la note qui récompense le graphisme…

Dernier point : c’est la première fois que je lis une BD sur ma tablette, j’avais tenté l’expérience sur mon ordinateur, mais le confort n’était vraiment pas terrible. Je préfère lire roman graphique, manga ou BD en version papier mais, ici, cela a tellement bien fonctionné que je recommencerai certainement.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions qui m’ont permis de découvrir cette BD et son auteur.

#Feuillesvolantes #NetGalleyFrance !

7-8/10

Extraits :

Lu en juin 2022

« 1984 » de George Orwell et Fido Nesti

Par trois fois, j’ai tenté de lire « 1984 » le roman de George Orwell et j’ai dû progresser de dix pages chaque fois, alors j’ai décidé de tenter l’aventure avec la BD dont je vais tenter de vous parler aujourd’hui :

Quatrième de couverture :

Au Ministère de la Vérité, Winston Smith réécrit l’Histoire.

Adapter le passé afin de ne pas contredire le Parti, tout faire pour préserver le règne et les ambitions de Big Brother, voici les missions de cet homme dont la soif de révolte grandit pourtant jour après jour. Mais sa liberté de penser pourrait lui couter la vie, car la menace est permanente au cœur de cette tyrannie de la surveillance qui ressemble étrangement à notre société contemporaine…

Portée par le dessin puissant et envoûtant de Fido Nesti, cette version graphique de 1984, le roman culte de George Orwell, constitue un évènement exceptionnel.

Ce que j’en pense :

Winston Smith travaille au Ministère de la Vérité, où il est chargé de réécrire l’Histoire, selon les desiderata du Parti car le Sociang règne sur Londres, Big Brother vous regarde inscrit partout, avec un télécran qui espionne en permanence.

Le Parti a donc gagné et règne sur un monde divisé en trois états : Océanie, Eurasie et Estasie qui se font la guerre en permanence. On a modifié la langue, la rebaptisant Novlang ou Néoparler, et la réduisant à un nombre de mots limités, toutes les nuances, les affects ont disparu, manière très efficace pour niveler la population par le bas, d’un côté les « prolos » de l’autre les membres du Parti, l’élite donc chargée de trier les infos, et éliminer tout ce qui ne plaît pas en haut lieu et qui devient la vérité, la seule.

Ceux qui tentent de se rebeller disparaissent mystérieusement et sont rayés définitivement, ils n’ont jamais existé…. Le sexe et l’amour sont interdits… Winston, zélé au départ, se cache pour écrire son journal mais quoi écrire ? Il rencontre une jeune femme dont il tombe amoureux, bravant un deuxième interdit, mais jusqu’où pourra-t-il aller ?

Je suis fière de moi, j’ai terminé cette BD (223 pages quand même) et franchement, j’ai eu beaucoup de mal : la société que décrit l’auteur est tellement proche de ce qui se passe à l’heure actuelle avec Big Brother qui surveille (nos ordinateurs, nos téléphones …) la liberté de penser qui se rétrécit, ainsi que la capacité de réfléchir par soi-même (cf. les complotistes). Certes c’est plus important dans certains pays, notamment à l’Est, mais les USA de Trump ne se débrouillent pas mal non plus…

Le formatage des cerveaux, les séances de torture rappellent les méthodes chinoises en particulier, mais les camps de rééducation russes n’ont rien à leur envier.

Les dessins de Fido Nesti sont tout à fait en harmonie avec le texte et déclenchent des cauchemars… tant le graphisme que les couleurs…

Cette lecture relève plus du pensum que du plaisir mais c’est intéressant, il sera difficile de l’oublier et il faut reconnaître que malgré sa dureté, c’est une réussite, d’où la note, car adapter le texte de George Orwell et l’illustrer de manière adéquate était loin d’être simple. Le roman m’attend toujours mais je ne suis pas sûre de retenter l’expérience…

8/10

Extraits :

Ne vois-tu pas que tout le propos du néoparler est de rétrécir le champ de la pensée ? à terme, nous rendrons littéralement impossible le mentocrime pour la bonne raison qu’il n’y aura plus de mot pour le commettre, tout concept sera exprimé par un seul vocable, la révolution sera complète quand la langue sera parfaite.

La seule chose qui les tienne en échec, ils peuvent te faire dire n’importe quoi, mais ils ne peuvent pas te le faire croire, ils ne peuvent pas s’immiscer dans ta tête.

Nous savons que personne ne s’empare du pouvoir dans l’intention d’y renoncer un jour. Le pouvoir n’est pas un moyen, c’est une fin.

Lu en novembre décembre 2021

« Aimer pour deux » de Stephen Desberg et Emilio Van der Zuiden

Petit détour par la BD et la Seconde Guerre Mondiale aujourd’hui avec :

Résumé de l’éditeur :

Pour vivre son histoire d’amour, elle va renoncer à ce qu’elle a de plus cher.

Monique a 20 ans et ne rêve que de s’émanciper. En 1941, elle débarque dans un Paris occupé et découvre l’euphorie de la capitale. Elle fait la connaissance de Francis, l’épouse sur un coup de tête et donne naissance à Nicole. Mais Monique cherche à comprendre comment elle doit aimer sa propre fille, cette enfant innocente qui la prive de sa liberté…

À la Libération, Monique rencontre un officier américain et découvre le grand amour. Pour vivre sa passion, la jeune femme décide de renoncer à tous ses droits sur sa fille et l’abandonne à son père. Dorénavant, la mère et la fille sont faites pour se chercher, se rater, se retrouver.

Une histoire bouleversante inspirée de la vie de l’auteur.

Ce que j’en pense :

Monique a quitté Boulogne-sur-Mer pour découvrir Paris. Mais voilà, nous sommes en 1941, la capitale est occupée par l’Allemagne nazie, mais elle a vingt ans et désire profiter de la vie malgré tout. Elle y retrouve sa sœur Jacqueline, ainsi qu’un Allemand qui a fait autrefois un stage chez leur père, et qui est tout de suite beaucoup moins sympathique qu’à l’époque. Il est devenu le lieutenant Shaar et lui demande d’espionner pour lui le milieu intellectuel parisien, ni plus ni moins.

Monique rencontre Francis, père d’une petite fille qu’il n’a jamais revue et tous les deux sympathisent. Enfin Francis tombe amoureux alors qu’elle veut profiter de la vie, continuer à s’amuser, danser au club où elle a rencontré Gin, musicien noir. Lorsqu’elle se retrouve enceinte, Francis est ravi et l’épouse mais l’instinct maternel n’est pas au rendez-vous.

Sur fond de persécutions par les nazis, bombardements qui obligent à descendre aux abris, on fait davantage connaissance avec les protagonistes. Le récit alterne les périodes, 1941, puis les règlements de comptes lors de la Libération avec les femmes qui ont « couché avec l’occupant », puis quelques années plus tard, pour suivre l’évolution de Monique et celle de sa petite fille Nicole…

J’ai bien aimé cette histoire, découvrir cette mère, trop jeune pour la maternité et son évolution lorsqu’elle a un enfant avec un officier américain qu’elle a rencontré à la Libération, et comment ceci va la transformer. Cette histoire est d’autant plus touchante qu’elle est celle d’un des auteurs, Stephen Desberg. J’aurais aimé qu’il creuse davantage, notamment la personnalité de Monique mais cela ne devait lui être facile. On la suit avec plaisir et curiosité même si on a du mal à éprouver de la sympathie pour elle, alors que Francis est attachant.

Les personnages « secondaires », comme Gin musicien talentueux qui a le malheur d’être Noir et juif, ou Manon l’amie de Monique qui pactise avec l’ennemi.

Les dessins d’Emilio Van der Zuiden m’ont beaucoup plu, les couleurs sont belles, Paris est bien illustré. Les auteurs utilisent beaucoup les récitatifs, laissant moins de place aux bulles de dialogues, ce qui permet d’apprendre des choses mais laisse un peu le lecteur à distance au niveau émotionnel.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Grand-Angle (Bamboo ) qui m’ont permis de découvrir cette BD et leurs auteurs.

7,5/10

Les auteurs :

Stephen Desberg est un scénariste de bande dessinée belge.

Il est né d’un père américain et d’une mère française. Dès 1976 il écrit quelques courts récits complets dans le Journal « Tintin. » Ce n’est réellement qu’en 1978 qu’il démarre sa carrière de scénariste professionnel.

Né en 1967, Emilio Van der Zuiden est un dessinateur et scénariste de bandes dessinées, né « d’un père batave et d’une mère gitane andalouse ».

Il a étudié à Paris, puis a exercé plusieurs métiers dans la presse écrite, pour finalement se lancer en 2007 dans la bande dessinée.

Quelques planches :

Lu en octobre 2021

« Les vieux fourneaux,T6 l’oreille bouchée » de Lupano et Cauuet

Place à la BD aujourd’hui avec le T6 des « Vieux fourneaux » :

Quatrième de couverture :

« L’air pollué aux microparticules, les fruits et légumes exposés toute la journée aux gaz d’échappement sur les trottoirs ; l’incubation microbienne du métro, les bols de cacahuètes sur le comptoir de Jean-Claude, tout ça, ça ne me fait rien.

Mais ICI, je suis en danger !

Ici, la nature est trop naturelle ! »

Ce que j’en pense :

On démarre en fanfare avec Pierrot, toujours aussi râleur, qui vient de s’en prendre au minuteur des WC dans le bar : quelle idée aussi, de devoir « pisser » pendant une durée limitée, pour économiser de l’électricité, alors que les terrasses abritant les fumeurs sont chauffées H 24. Et quid des problèmes de prostate ? Maltraitance déguisée ?

Furieux, il dérobe un parapluie qui va lui servir d’arme pour la journée de manif pour Geneviève bousculée par les flics… ce qui nous offre des scènes à se tordre de rire.

En fait, Pierrot a du mal a se remettre de la mort de Fanfan, et se laisse un peu aller, il suffit de voir l’état de son appartement et de son réfrigérateur ! il se demande ce que vont devenir « Ni yeux, ni maîtres » et où pourront-ils se réunir dorénavant, en attendant le passage devant le notaire.

De retour chez lui, il reçoit un appel de son ami : Mimile leur a organisé une surprise en Guyane ce qui donne à Pierrot l’occasion de râler un peu plus, l’aéroport et le fait qu’il déclenche les alarmes, son passé de fiché S qui le poursuit… Enfin, c’est l’arrivée en Guyane où Mimile a bien fait les choses avec son copain le philosophe grec à l’accent so british…

Un album qui fait la part belle à la Nature, à la pollution par les métaux lourds liée à l’extraction de l’or à grande échelle…

J’ai bien aimé le singe atèle qui se prend d’affection pour Pierrot, avec des scènes assez cocasses, mais j’ai été moins emballée par cet opus. On rit toujours, mais c’est parfois un peu lourd, capillotracté.

Peut-être aussi qu’après toute la morosité covidienne ambiante, je suis passée un peu à côté ? la tête ailleurs, pas le bon moment… En plus, je l’avais oublié dans un coin alors que je l’avais commencé début juillet et lâché en route… En deuxième lecture, j’ai plus apprécié…

7/10

Extraits :

Lecture terminée en septembre 2021

« Sur un air de fado » de Nicolas Barral

Place à la BD aujourd’hui avec ce splendide ouvrage :

Résumé de l’éditeur :

Lisbonne, été 1968.

Depuis 40 ans, le Portugal vit sous la dictature de Salazar.

Mais, pour celui qui décide de fermer les yeux, la douceur de vivre est possible sur les bords du Tage. C’est le choix de Fernando Pais, médecin à la patientèle aisée. Tournant la page d’une jeunesse militante tourmentée, le quadragénaire a décidé de mettre de la légèreté dans sa vie et de la frivolité dans ses amours.

Un jour où il rend visite à un patient au siège de la police politique, Fernando prend la défense d’un gamin venu narguer l’agent en faction. Mais entre le flic et le médecin, le gosse ne fait pas de distinguo. Et si le révolutionnaire en culottes courtes avait vu juste ? Si la légèreté de Fernando était coupable ?

Le médecin ne le sait pas encore, mais cette rencontre fera basculer sa vie…

Ce que j’en pense :

L’histoire démarre sur un beau paysage, lumineux et plein de douceur : Estoril, le 3 août 1968, Salazar lit son journal face à la mer. On lui annonce l’arrivée de la pédicure, il s’assoit en continuant à lire et la chaise casse, il tombe… AVC ? quoi qu’il en soit, il est obligé d’abandonner le pouvoir.

Tout le monde en parle, et cela s’agite au siège de la tristement célèbre P.I.D.E. (Policia Internacional & Defesa do Estado) alias police d’état…

Le docteur Fernando Pais est en train de s’y rendre, comme tous les matins, pour soigner l’inspecteur ; lorsqu’il arrive sur les lieux des gamins sont en train de mettre le feu à une crotte de chien plié dans un journal et le plus téméraire sonne… le doutor lui sauve la mise, temporairement. Dans le bureau, on plaisante sur l’accident de chaise du dictateur, alors que d’autres interrogent de manière musclée, comme il se doit, un jeune homme.

Le docteur retourne à son cabinet et une de ses maîtresses lui faisant faux bond décide d’aller « prendre une cuite » avec son ami, dans l’Alfama. Et tous les deux vont parler du passé, de l’époque où ils étaient étudiants, de Marisa, communiste qui deviendra l’épouse du docteur, alors que lui vient d’une famille ayant pignon sur rue donc penchant plus de côté de la droite. Il n’est pas très bien accueilli par les amis de Marisa…

Il sera rappelé pour examiner un détenu, en fait on lui demande de le remettre sur pied pour que les policiers puissent continuer à le torturer… Il subit des pressions mais sa rencontre avec Joao, et surtout la famille de celui-ci lui fait prendre conscience peu à peu de sa passivité.

La guerre d’Angola se dessine, en toile de fond comme le fado.

J’ai aimé l’histoire du docteur Fernando Pais, l’ambiance de Lisbonne, cette ville magnifique, que l’on parcourt dans cette BD et l’architecture est très bien représentée sur les planches. Le tramway est un des personnages, certains quartiers tel l’Alfama avec ses ruelles en pente qui descendent vers l’estuaire du Tage… Les couleurs sont belles et elles varient en fonction de évènements, des moments joyeux ou sinistres…

On croise Horacio Lobo Antunes qui deviendra plus tard un écrivain et psychiatre connu, qui n’est autre ici que l’ami de Pais auquel il confie un manuscrit « L’enfant et la baleine » pour qu’il lui donne son avis. Antunes va être censuré par la dictature, tant pour ses écrits que pour son homosexualité. Entre parenthèses, on attend toujours le prix Nobel…

On rencontre aussi un homme, dans le train, qui s’appelle… Perreira comme le journaliste spécialisé dans les nécrologies, du beau roman d’Antonio Tabucchi, « Perreira prétend » qui parcourt la ville en avalant des tonnes de citronnade.

Nicolas Barral évoque aussi la torture, et fait un clin d’œil à Fernando Pessoa : un des prisonniers finit par donner des noms, qui sont en fait les pseudonymes du l’écrivain. On sent l’amour que l’auteur porte à Lisbonne et au Portugal qui est le pays de sa femme.

J’aime bien le portugais, ses sonorités, et Nicolas Barral l’utilise avec des expressions, ou les titres des chapitres par exemple.

J’ai choisi cette BD, roman graphique, vue la taille parce que le Portugal est le pays où né mon mari et qu’il a dû fuir sous la dictature dans des conditions assez rocambolesques, comme la plupart. J’y suis allée pour la première fois quelques mois après la Révolution des Œillets et son histoire, sa culture, le fado m’intéressent depuis longtemps même si je parle très mal la langue (il a choisi d’être Français et n’a pas souvent envie d’y retourner…

On a de très belles images dans les tons gris bleu de la baleine dans le port puis au-dessus de Lisbonne, sous la forme d’un rêve de Fernando Pais qui s’est endormi sur le manuscrit…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman graphique et son auteur. Mais, je tiens à préciser que la version numérique ne convenant pas j’ai préféré l’acheter, pour profiter des couleurs, pour revenir en arrière… Lire une BD sur un ordinateur enlève beaucoup de plaisir et en plus c’est très inconfortable…

#Surunairdefado #NetGalleyFrance

L’auteur :

Né en 1966 Nicolas Barral est un dessinateur de bande dessinée. Il débute sa carrière à OK Podium où il réalise les pages BD. En 2008, il est le scénariste de « Mon pépé est un fantôme », puis publie avec Tonino Benacquista « dieu n’a pas réponse à tout ».

Avec « Sur un air de fado », il est pour la première fois scénariste et dessinateur.

Extrait :

« Mon hypothèse est que le consentement est dans la nature des Portugais. N’ayant jamais connu que la dictature, nous avons appris à nous contenter du bonheur que Salazar nous octroie.

Mais si cette soumission est ancrée en nous, n’est-ce pas aussi qu’elle présente certains avantages ?

Dans un régime libéral, l’homme est en prise directe avec son bonheur, dont il fabrique lui-même les ingrédients. Par conséquence, s’il échoue, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

N’est-il pas plus confortable, au fond, d’avoir au-dessus de soi quelqu’un à qui s’en remettre ou contre lequel se retourner ? »

Lu en mars 2021

« Hercule Poirot: T1 Le crime de l’Orient-Express de Benjamin von Esckartsberg et Chaiko

Petit détour par la BD aujourd’hui avec :

Résumé de l’éditeur :

Le crime de l’Orient-Express est, avec Dix petits nègres, l’un des romans d’Agatha Christie ayant connu le plus grand succès. Il a été traduit en plus de trente langues.

Hiver 1937. Juste après minuit, une congère force l’Orient-Express à s’arrêter en pleine voie. Le luxueux train est étonnamment plein pour cette période de l’année, mais, au petit matin, on dénombre un passager de moins… Un magnat américain est mort d’une dizaine de coups de couteau, la porte de son compartiment verrouillée de l’intérieur.

Hercule Poirot mène l’enquête dans le train coupé du monde.

Ce que j’en pense :

On ne dira jamais assez le pouvoir de persuasion des amies blogueuses… Après avoir lu les chroniques de Lydia et Belette, il m’était impossible de résister (de toute manière, je suis incapable de résister à la tentation devant des livres alors…). Bref, je me suis ruée sur la première boutique venue pour me procurer cette BD.

Il faut dire que « Le crime de l’Orient-Express » est mon roman préféré de la reine Agatha.

Je ne vais pas raconter l’histoire, tout le monde la connaît. Cette adaptation en BD m’a énormément plu, et je l’ai dévorée, tant j’avais besoin (faim) de lecture plaisante.

J’ai beaucoup aimé les dessins de Chaiko, les couleurs, les personnages sont bien croqués. J’ai retrouvé l’intrigue avec plaisir. J’ai vu plusieurs adaptations à l’écran de ce beau roman, avec une préférence pour celle où joue Sean Connery. Par contre, j’ai trouvé la version de Kenneth Branagh tellement fade que je me suis assoupie en route…

Cette lecture fut un pur bonheur et je renouvellerais bien l’expérience avec un autre titre, car c’est le premier tome de la série et vous l’avez sûrement remarqué, la couverture est sublime.

8/10

Les auteurs :

Benjamin von Eckartsberg a étudié la Communication visuelle à Munich et est membre depuis 1995 de  »l’Artillerie ». Il travaille depuis 1993 comme illustrateur indépendant, et collabore à de nombreuses reprises avec Thomy. En dehors de ça, il attend inlassablement le moment propice de pouvoir commencer son propre album.

Chaiko (de son vrai nom Cai Feng) est un réalisateur de dessins animés basé à Shanghai. Son style très personnel capte l’air du temps de la jeunesse chinoise privilégiée qu’il transpose ici dans un Paris magnifié. Ses personnages affrontent les interrogations d’une jeunesse qui a sauté d’un seul coup du 19e au 21e siècle. Il a déjà publié avec succès le graphic novel “Love Fragments Shanghai” chez Xiaopan.

Faute de pouvoir proposer des photos ou extraits, voici la 4e de couverture:

Lu en février 2021

« Les Vieux Fourneaux : T5 bons pour l’asile » de Lupano et Cauuet

Je viens de terminer (en de relire encore une fois! avant de le rendre à la bibliothèque) ce dernier opus:

Les Vieux Fourneaux T5

 

Résumé :

 

Retour à Paris pour Antoine, Mimile et Juliette.

Le plan est simple : ramener Juliette auprès de sa mère, puis filer au Stade de France pour assister au match de rugby France-Australie. C’est du moins ce qui est prévu…

Mais, désireuse de voir son père et son grand-père se rabibocher, Sophie les oblige à s’occuper ensemble de Juliette jusqu’au lendemain. Mimile ne peut donc compter que sur Pierrot pour l’accompagner au match. Or, Pierrot l’anarchiste mène un nouveau combat : il s’est engagé en faveur des migrants. Alors vous pensez bien qu’assister à un match opposant la France, qui refuse d’accueillir les migrants, à l’Australie, qui ne pense qu’à les entasser dans des camps, bafouant ainsi les droits de l’homme, c’est hors de question ! Mimile n’a plus pour seule compagnie que ses désillusions…

Et si lui aussi était bon pour l’asile ?

 

Ce que j’en pense   

 

Ma critique sera brève, pour une fois! mais l’enthousiasme est toujours là…

Encore un tome savoureux ! je m’éclate toujours autant avec ces vieux compères qui sont devenus les miens…

Laisser Juliette avec son Papoutch (son arrière-grand-père) et son grand-père pour qu’ils se rabibochent ce n’était pas peut-être pas l’idée du siècle mais cela donne lieu à des scènes comiques.

Pierrot qui manifeste devant une banque suisse avec ses complices et tout le monde se fait coffrer, d’où une garde à vue géniale qui permet de faire la connaissance de Patate…

Le tout sur fond de match de rugby au stade de France, sur fond de danses océanes…

 Une mention spéciale pour la plaque de l’hôtel de Fanfan (ex île de la tortue) :

Dave HIOCK et Demi GRANTS

GLOBAL TRADE

INVESTISMENTS EXPERTISE

 

J’ai beaucoup ri encore et adoré! peut-être suis-je aussi bonne pour l’asile comme eux!

 

Extraits

 

Les Vieux Fourneaux T5 planche 1

 

On a réfléchi, et on s’est dit :quand c’est le Qatar qui rachète les musées, les plages privées et les clubs de foot, personne ne crie à l’invasion arabe. Tout le monde est content.

Donc ce ne sont pas les étrangers qui font peur, ce sont les étrangers pauvres.

 

Hugo Boss ? Mais ça vaut cher !

Oui, enfin euh, ils sont comme qui dirait un peu… tombés du camion…

Vous les avez piqués ?

Disons qu’on a estimé qu’après avoir habillé les nazis des bottes à la casquette, Hugo Boss pouvait bien fournir quelques costumes gratos à des nécessiteux basanés… C’est de bonne guerre.

 

C’est peut-être ça, la France. On se trouve glorieux dans la défaite, ce qui nous rend quasi invincibles.

Lu en janvier 2019

« Les Vieux Fourneaux T4 La magicienne » de Lupano et Cauuet

Place à la BD aujourd’hui avec le T4 des aventures de mon trio préféré et de leurs acolytes :

Les Vieux Fourneaux T4

 

Résumé de l’éditeur :   

 

Les Vieux Fourneaux raconte les aventures de trois septuagénaires, amis depuis leur plus tendre enfance : Antoine, Émile et Pierrot. Chacun a suivi sa route, chacun a fait ses choix, chacun a fondé (ou pas) une famille. Séquelles, souvenirs, fragments de vies (presque) passées.

Il reste pourtant à ces trois-là de belles choses à vivre, et une solide amitié chevillée au corps. Les Vieux Fourneaux, à travers d’incessants va-et-vient entre les années cinquante et les années 2010, raconte sur un mode tragi-comique notre époque, ses bouleversements sociaux, politiques et culturels, ses périodes de crise.

 

Ce que j’en pense   

 

Quelle joie de retrouver les compères !

La petite-fille d’Antoine, Sophie, est en train de terminer sa tournée « les loups en slip », et c’est lui qui veille sur Juliette pendant les spectacles.

En rentrant au bercail, la fourgonnette rouge tombe en panne. Source d’une série de petits ennuis : réparation du véhicule mais aussi du toit (les artisans s’engagent puis ne donnent plus signe de vie !

Et soudain, grande nouvelle, une ZAD a été érigée sur le terrain que Berthe a vendu au labo Garan-Servier : on a découvert une sauterelle rare la « magicienne dentelée » qui est une espèce protégée. Ceci donne lieu à des échanges savoureux dans le village…

Et bien-sûr la bande « ni yeux ni maître » en profite pour débarquer, Pierrot en tête, pour soutenir l’occupation des lieux…

On croise en route, les zadistes, les chasseurs, un bel entomologiste tout en cheveux, et Antoine fidèle à son rôle de défenseur des travailleurs, sans oublier Berthe circulant pied sur l’accélérateur dans sa nouvelle voiture : une Chrysler 300H rouge de 1962 comme celle de Marilyn Monroe…

Les dialogues et les dessins sont toujours aussi bons, et mine de rien, les auteurs abordent des thèmes de société très actuels.

J’ai beaucoup ri, comme d’habitude et j’en avais besoin alors je réserve le T5!

 

Extraits

Les Vieux Fourneaux T4 planche 1

 

Quelques dialogues savoureux :

 

« Bande d’égoïstes !

Les champignons, la Chope ! C’est bien la France, ça !

Vous passez votre temps à râler que rien ne change, et quand ça change, vous gueulez que ce ne sera plus comme avant !

Eh ben quoi ? On veut le changement dans la continuité. C’est notre droit.

Ben, je vais aller leur expliquer moi, aux babas cools, ça va pas traîner ! et tu vas voir, ta continuité !

 

Ou encore :

 La vache, ça a l’air violent la fédération de chasse !

Si vous saviez !! vous connaissez Guimauve Frombze ?

 Gui comment ?

Guimauve Frombze , la série télé avec les dragons !

 Gu… Ah ! game of thrones ?

 

Encore un petit dernier pour donner envie d’ouvrir cette BD :

 

… on vient défendre la magicienne dentelée, je te signale ! tu te rends compte qu’elle se reproduit par clonage ? Arno en a fait des recherches, et…

Ben, elle nous emmerde ta magicienne dentelée ! elle peut aller se cloner le fion dans le champ d’à côté et pas freiner la reprise économique !  

 

Lu en décembre 2018

« Les Vieux Fourneaux T3 Celui qui part de Lupano et Cauuet

Place au troisième volume de cette belle épopée avec :

 

Les Vieux fourneaux T3

 

Quatrième de couverture   

 

« Plutôt crever !

ils ont engraissé les banques toute leur vie comme des esclaves pour se payer leur petit pavillon de merde et leur piscine, qu’ils comptent pas sur moi pour venir leur racler la véranda »

 

Ce que j’en pense   

 

Quel plaisir de retrouver les tontons (pardon, les papys) flingueurs !

L’aventure démarre sur les chapeaux de roues : Pierrot déguisé en abeille, pour manifester contre l’emploi des pesticides et autres joyeusetés fabriqués par les lobbies phytosanitaires tout puissants qui ont le droit d’empoisonner le monde en commençant par les abeilles !

Hélas, la manif tourne mal et il se retrouve avec ses potes de « Ni yeux, ni maître » en garde à vue.

Pendant ce temps, Mimile et Antoine luttent contre le dégât de eaux dans la maison de Sophie dont la toiture fuit de partout… La jeune femme leur a confié sa fille et la petite se met à pleurer. Mimile se précipite et glisse dans l’eau…

Entre temps, sa voisine Berthe, ennemie de longue date, l’appelle au secours car les moutons sont emportés par la pluie, d’où une scène d’anthologie entre Berthe et Antoine, la rancune et la haine sont tenaces !

C’est le moment que choisit un homme, ne s’exprimant qu’en anglais et qui chercher à retrouver un ancien pote, la Biouche !

Pour ce tome 3, on apprend beaucoup de choses sur le passé de Mimile, ancien rugbyman, qui était parti faire carrière en Australie et y était resté… ainsi que sur les origines de la brouille tenace avec Berthe.

Les personnages sont toujours aussi bien croqués, les dialogues savoureux…

J’ai eu un immense moment de plaisir pendant cette lecture, car ces trois larrons et leurs copains me plaisent  toujours autant… vivement le tome 4

https://www.bedetheque.com/BD-Vieux-fourneaux-Tome-3-Celui-qui-part-258072.html

 

 

Extraits   

 

PFFIOU ! dis donc, parler à des flics, ça reste quand même le dernier grand vertige intellectuel. A nos âges, on devrait être dispensés.

 

Et puis c’est pas de la folie, c’est une action militante croquignolesque !

 

C’est pas vos psys à deux balles qui vont m’apprendre si Fanfan a le chou qui fane !  T’étais encore dans les burnes de ton père qu’on militait déjà ensemble, peigne-cul !

 

Antoine, c’est Pierrot ! écoute un peu ça ! je me suis foutu à la baille avec ma bagnole à cause d’un vieil Australien repoussant, farci de prothèses ! on dirait qu’il a été mâché par Belzébuth ! « La Biouche » il l’appelle ! c’était son surnom dans le rugby, tu te rappelles pas ? Emile Carabignac dit « La Bûche »   

Les vieux fourneaux T3 Planche 1

Lu en décembre 2018