« L’antre du diable » de Douglas Preston et Lincoln Child

Aujourd’hui, je vous propose un petit tour dans le monde des ovnis, avec ce tome 3 de la série des aventures de Nora Kelly, que j’ai découverte avec « La tombes des oubliés » et « le dard du scorpion » et beaucoup apprécié :

Résumé de l’éditeur

Sept décennies après, le mystère plane encore à Roswell…

Licenciée de l’Institut archéologique de Santa Fe, Nora Kelly accepte la proposition pour le moins inattendue du milliardaire Lucas Tappan : diriger des fouilles sur le site de Roswell, où un ovni se serait écrasé en 1947 !

En fait de vaisseau, Nora met au jour les corps de deux inconnus abattus d’une balle en pleine tête. Détail étrange : deux disques d’argent sont retrouvés auprès des cadavres. Aussi fait-elle appel à la jeune agente du FBI Corrie Swanson.

À mesure que progresse l’enquête, les incidents se multiplient sur le chantier. Disparitions suspectes et morts violentes apportent bientôt la preuve qu’une puissance – extraterrestre ou non – est en action, prête à tout pour protéger certains secrets.

Dans cette aventure, la plus déstabilisante et la plus périlleuse qu’elles aient jamais vécue, Nora et Corrie sont aux prises avec des forces qui les dépassent…

Ce que j’en pense :

Nous retrouvons donc, dans cet opus notre brillante archéologue, Nora Kelly, qui vient de se faire licencier de l’Institut archéologique de Sante Fe, en désaccord sur un nouveau chantier, sous l’impulsion d’un milliardaire, Lucas Tappan et victime de la jalousie du lèche-bottes de service, Digby. Elle est très sceptique en ce qui concerne les ovnis, le mystère de Roswell qui hante l’imaginaire américain depuis des lustres (1947 pour être précise)

Sur le parking, alors qu’elle emporte ses affaires personnelles, elle est abordée par ledit milliardaire qui arrive à la convaincre de le suivre dans cette aventure. Il s’est entouré de tout le gratin des scientifiques ayant travaillé sur le sujet, et au passage Skip Kelly, le frère de Nora, qui vient de démissionner aussi de l’institut.

Tout le monde se retrouve sur le chantier de fouilles, et Nora et ses acolytes tombent sur un corps le visage défiguré ainsi que les empreintes digitales, exécutés proprement. Un deuxième corps est mis à jour dans la foulée. Nora fait appel à son amie l’agent Corrie Swanson…

Cette enquête nous emmène sur les secrets d’état, (CIA, FBI etc.) : que s’est-il vraiment passé sur ce site ? Qui sont les deux personnes exécutées ? sur fond d’espionnage, pendant la guerre froide, de bombe H., d’essais atomiques, d’ovnis armés ou non d’intentions pacifiques, le tout dans un contexte de groupe paramilitaire obsédé par le secret et la « protection de l’Amérique » qui n’hésitent pas à infiltrer toutes les hautes instances pour empêcher toute tentative de recherche, en employant les grands moyens…

J’ai passé un bon moment avec ce roman, qui m’a moins plu que les précédents car je ne suis pas convaincue de l’existence des ovnis, mais ça m’amuse toujours. Je comprends mieux l’état de santé florissant des complotistes de tous bords aux USA, étant donné leur culte du secret (défense ou pas).

J’ai aimé les références à scientifiques qui ont testé les bombes atomiques, les comparaisons entre les extraterrestres agressifs et les civilisations détruites par les colons.

Ce roman, lu de manière addictive, a été pour moi l’occasion de respirer un peu entre deux lectures difficiles dont je parlerai prochainement : « Nous, les Allemands » d’Alexander Staritt, et« Trois sœurs » de Laura Poggioli et après avoir refermé « Quand tu écouteras cette chanson » de Lola Lafon…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver ces deux auteurs qui ne cessent de m’étonner.

 #LANTREDUDIABLE #NetGalleyFrance

8/10

Extraits :

Ils ont conscience de l’impact que cela ne manquerait pas d’avoir sur l’espèce humaine. Nous avons nous-mêmes été témoins de ce phénomène sur cette planète : chaque fois qu’un peuple indigène s’est trouvé au contact d’une civilisation aussi avancée sur le plan technologique que le monde occidental, sa culture en a fait les frais.

J’entends évoquer un incident survenu au laboratoire national de Los Alamos au cours de l’été 1950, lorsque ce centre de recherche était encore une ville secrète. On mettait au point la bombe H. Enrico Fermi, le célèbre physicien italien, était parti déjeuner ce jour-là en compagnie d’Emil Konopinski, d’Herbert York et d’Edward Teller. Tous les quatre travaillaient sur le projet « Super », le nom de code de la bombe H. En chemin, ils évoquent les nombreux témoignages récents mentionnant des ovnis, à commencer par ceux liés à l’incident de Roswell. Leur discussion porte sur la probabilité de l’existence de formes de vie intelligentes dans l’univers…

Mes amis, c’est ainsi qu’est née l’énigme désormais connue sous le nom de « paradoxe de Fermi ». La clé du mystère se trouve au cœur des travaux que nous effectuons ici. Tout indique que des extraterrestres nous ont déjà rendu visite…

… Nul besoin de préciser qu’il s’agira de la découverte scientifique la plus extraordinaire de tous les temps : savoir que nous ne sommes pas seuls, qu’il existe dans l’univers des êtres semblables à nous, doués d’intelligence et de conscience, possédant une sagesse et des connaissances infiniment supérieures aux nôtres.

Nous aimerions tous croire en la possibilité d’un univers bienveillant et hospitalier, mais cela relève d’une utopie naïve. Montezuma entretenait des fantasmes similaires lorsqu’il a accueilli Cortès comme un dieu. Nous savons comment l’histoire s’est terminée, par la destruction de sa civilisation…

Lu en novembre 2022

« La mémoire de l’eau » de Miranda Cowley Heller

Aujourd’hui, on met le cap aux USA, direction Cap Cod (oui, c’est facile, je le reconnais !) avec une histoire sympathique :

Résumé de l’éditeur

Un matin d’août. Tout le monde dort encore dans la maison familiale nichée au milieu des bois. Ellie se glisse dans l’eau froide de l’étang voisin. C’est ici, au cap Cod, que sa famille passe l’été depuis des générations. Mais ce matin est différent. La veille, Ellie et Jonas, son ami d’enfance, se sont échappés quelques instants pour faire l’amour.

Dans les heures à venir, Ellie va devoir choisir entre ce qu’elle a construit avec l’époux qu’elle chérit, Peter, et l’histoire qu’elle a longtemps désirée avec Jonas, avant que le sort en décide autrement. Vingt-quatre heures et cinquante ans de la vie d’une femme au bord du précipice. Durant cette journée de doute mêlant bonheurs et regrets, Ellie sera rattrapée par l’héritage familial, tissé de tragédies intimes et de secrets.

Ce que j’en pense :

Comme chaque été, Ellie passe ses vacances en famille au cap Cod, mais cette année, son ami d’enfance Jonas est là avec sa femme Gilda. Elle est mariée avec Peter et ils ont trois enfants, donc tout devrait aller pour le mieux. La mère d’Ellie règne sur tout ce petit monde.

Seulement voilà rien n’est vraiment solide et joué dans la vie et un soir, après le barbecue, Jonas et Ellie font l’amour. Le lendemain matin, la culpabilité a fait place au désir et Ellie va se baigner dans les eaux froides de l’étang qu’elle connaît si bien, pour revenir sur terre mais les souvenirs vont remonter : comment a-t-elle pu en arriver là alors qu’elle a fait un mariage d’amour avec Peter, même si ses enfants comme tous les adolescents (on pourrait presque parler d’adulescents en fait !) sont agressifs avec elle.

Miranda Cowley-Heller nous raconte une journée de l’époque actuelle, heure par heure, presque minute par minute, à l’entremêlant des souvenirs d’enfance d’Ellie. On découvre ainsi le couple étrange formée par ses parents : la mère très autocentrée qui se dérobe dès que ses filles veulent aborder un sujet important, le père qui ne sait faire que des promesses qu’il ne tient jamais.

Le mariage ne résiste pas et chacun refait sa vie de son côté, mais les conjoints, pièces rapportées ne sont pas forcément à la hauteur, car les deux « nouveaux couples » se comportent en parfaits égoïstes, car il ne faut surtout pas de vagues, et si on ne dit rien, cela signifie qu’il ne s’est rien passé, donc secrets trahisons pointent le bout de leur nez.

L’été Ellie et sa sœur retrouvent Jonas qui est plus jeune qu’elles et quand on est ados, quelques années c’est important. Tout est prétexte à baignade, promenades en bateau etc. Mais, un été, débarque Conrad, le fils de la nouvelle épouse de leur père, gamin obèse, pervers, ignoble, qui ne pense qu’à épier les filles, avec des remarques crues, désobligeantes et un drame va se jouer qui va marquer le reste de leur vie, et dont Ellie ne parlera jamais, sauf à son journal intime…

Avec la baignade en eau fraiche, l’auteure suggère que l’eau se souvient de ce qui s’est passé dans la vie chacun, un peu le procédé utilisé par Clara Dupont-Monod quand elle fait parler les pierres dans « S’adapter » mais c’est moins abouti.

J’ai aimé ce roman car il traite de sujets qui m’intéressent : secrets, familles, déconstruction, reconstruction, harcèlement et tutti quanti, et les personnages sont intéressants certes, mais un peu trop futiles pour moi, des bobos qui se posent des questions existentielles.

Ce roman se lit tranquillement au coin du feu, on a du mal à le lâcher, le style est lapidaire, avec des phrases courtes, mais cela m’étonnerait qu’il reste beaucoup de choses après l’avoir refermé. (cf. les quelques extraits que je vous propose!) J’aurais aimé plus de profondeur, mais il s’agit d’un premier roman alors je vais être indulgente car j’ai passé un bon moment…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Presses de la Cité qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

 #LaMémoiredeleau #NetGalleyFrance

7/10

Miranda Cowley Heller a grandi à New York. Diplômée de Harvard, elle a travaillé comme éditrice avant de devenir vice-présidente de HBO, où elle a développé des séries telles que Les SopranosSix Feet Under ou encore The Wire. Elle vit aujourd’hui entre la Californie, Londres et le cap Cod. La Mémoire de l’eau est son premier roman.

Extraits :

Je me dirige vers le chalet des enfants, en songeant que le plus étrange dans cette histoire, c’est que ma mère a perdu toute estime pour les femmes, pas pour les hommes. Son beau-père était un pervers, c’est la dure réalité. Mais la faiblesse et la trahison de Nanette l’ont dégoûtée des femmes. Dans le monde de ma mère, les hommes ont droit au respect. Le plafond de verre n’est pas fait pour être brisé.

J’ai des haut-le-cœur au-dessus de la cuvette. Finalement la nausée passe. Je n’ai jamais réussi à me forcer à vomir. Je le déteste. Tout ce qu’il n’a jamais fait pour nous. Tout ce qu’il a promis. Les trahisons à répétition…

L’attente commence tôt. Les mensonges commencent tôt. Mais les rêves et les espoirs aussi, je suppose.

Je sais que toutes les familles malheureuses le sont chacune à leur façon, mais là, pendant quelques heures, je veux juste une putain de Famille Heureuse. Tant que je ne serai pas en sécurité sur le rivage, j’aurais besoin de me raccrocher à cette idée comma à une bouée de sauvetage. Ne pas lâcher.

Les hommes s’écroulent après l’orgasme. Les femmes se réveillent. C’est curieux, ce décalage. Peut-être est-ce parce qu’ils ont accompli leur tâche. Ils ont essayé de nous féconder, maintenant ils doivent récupérer. La nôtre, c’est de nous lever pour balayer la caverne, border les enfants sur leur couche de paille, les épouiller, leur raconter des histoires qu’un jour ils répèteront à leurs propres enfants…

Lu en novembre 2022

« Le Pays au-delà des mers » de Christina Baker Kline

Aujourd’hui, je vous emmène dans un long voyage, direction l’Australie, plus précisément la Tasmanie avec ce beau roman historique que j’ai découvert grâce à des blogs amis:

Résumé de l’éditeur

Dans la lignée du Train des orphelins, Christina Baker Kline nous entraîne dans la Tasmanie coloniale de l’ère victorienne, sur les traces de ces « femmes de mauvaise vie » exilées par la Couronne britannique. Inspirée de faits réels, une fresque inoubliable.

Pour avoir naïvement cru aux promesses d’amour de son employeur, Evangeline, jeune gouvernante anglaise, a été accusée de vol et condamnée à la déportation. Sur le navire qui l’emmène en terre australe, elle pense à ce que sera sa vie dans le « pays au-delà des mers », qu’on dit si inhospitalier, peuplé d’indigènes et de renégats. Elle pense aussi à l’enfant qu’elle porte : saura-t-elle le protéger ? Pourra-t-elle s’appuyer sur la débrouillarde Hazel avec qui elle a noué une forte amitié lors de la traversée ?

Au même moment, sur l’île Flinders, au large de l’Australie, Mathinna, une orpheline aborigène, est-elle aussi retenue prisonnière. Arrachée à sa tribu, la petite a été adoptée par le gouverneur et son épouse, qui entendent bien la civiliser à tout prix.

Ces trois femmes l’ignorent encore, mais leur sort est inextricablement lié. Sur ces terres soumises à la folie des hommes, elles auront besoin de toutes leurs forces, de tout leur courage pour survivre et se frayer un chemin vers la liberté.

Ce que j’en pense :

Evangeline a été engagée comme gouvernante dans une famille huppée, les Whitstone. Fille d’un vicaire décédé brutalement, elle a eu une éducation assez rigide et ne connaît rien des duretés du monde extérieur. Naïve, elle tombe sous le charme de Cecil le fils de la maison qui lui a offert la bague de sa grand-mère avant de partir en voyage. EN son absence, Evangeline est accusée de vol par une bonne qui la jalouse. Sous le coup de la colère devant cette injustice, elle la pousse dans les escaliers… Il s’en suit une condamnation pour vol de sept ans à laquelle se rajoute sept ans pour tentative de meurtre.

Jugement expéditif, qui ne laisse aucune place à la défense, et donc direction une prison sinistre dans des conditions insalubres (on est en 1840) et comme il faut peupler l’Australie, ces condamnées, les convicts, sont envoyées par bateau dans des conditions encore plus effroyables, avec des marins avinés qui ne pensent qu’à leur mettre la main aux fesses et même les violer. En fait, on utilise les bateaux négriers d’autrefois. Donc, elles sont dans les même conditions infâmes. Seul le médecin du bord fait preuve d’humanité.

Comble de l’infamie, Evangeline est enceinte, donc dépravée, crime impardonnable dans cette société anglaise hyper-religieuse.

Deux autres jeunes femmes font partie du voyage : Hazel, dont la mère, sage-femme a fait une faute lors d’un accouchement et s’est retrouvée déchue, plongeant dans l’alcool et obligeant sa fille à voler. Lorsqu’Hazel sera arrêtée elle se gardera bien de soutenir sa fille. La troisième compagne d’infortune est Olive.

Pendant ce temps-là, à l’autre bout du monde sur la Terre de Van Diemen (ainsi s’appelait alors la Tasmanie) une riche bourgeoise décide de prendre sous son aile Mathinna, une jeune aborigène à peine sortie de l’enfance, pour « la civiliser » et lui inculquer la culture et la religion des Blancs. Elle l’arrache à son île (à l’arrivée des Blancs tous les aborigènes ont été traqués, exécutés sommairement pour faire main basse sur leurs terres et les survivants ont été envoyés sur l’île de Flinders, rocher perdu dans l’océan.

Elle la loge dans une pièce dont les fenêtres ont été clouées avec des planches (regarder le paysage à l’extérieur ne permettant pas de d’adapter à sa nouvelle vie). On lui apprend à lire parler, plusieurs langues, on l’exhibe, comme un animal qu’on adopte et qu’on abandonne dès qu’il ne plaît plus.

J’ai beaucoup aimé cette histoire, car ces femmes sont très attachantes, elles ne se laissent pas faire, refuse de subir malgré le prix à payer, et j’ai aimé les suivre dans ce voyage à l’autre bout du monde, fers aux pieds. J’ai beaucoup aimé Mathinna, la manière dont on la traite au nom de la suprématie blanche, le réconfort qu’elle trouve dans la compagnie de son opossum, la manière dont on la dépossède de tout : de sa culture, des colliers confectionnés par sa mère autrefois qui vont enrichir la collection de sa « bienfaitrice » qui exhibe dans son salon les crânes d’aborigènes qu’on a fait bouillir pour enlever toute trace de chair : ce ne sont pas des humains n’est-ce pas ? pour ces Blancs dégénérés…

J’ai dévoré ce roman, il m’a été impossible de le poser, une fois la lecture entamée, car Christina Baker Kline décrit très bien le statut des femmes en ce milieu du XIXe siècle, la conquête à tout prix de la Terre de Van Diemen qu’on décidera de rebaptiser Tasmanie plus tard, pour se dédouaner comme si changer le nom pouvait faire disparaître les atrocités commises contre les Aborigènes. Les femmes apparaissent comme des citoyennes de seconde zone que l’ont méprise presque autant que les Aborigènes mais elles seront bien utiles pour la descendance.

Ce récit est bien écrit, dynamique, les descriptions des paysages, des tempêtes sur le bateau ou autres sont très colorées, on fait très vite partie de l’histoire. C’est le premier livre de Christina Baker Kline que je lis et je suis sous le charme donc je vais tenter, si ma PAL ne s’y oppose pas, de découvrir « Le Train des orphelins », dans un premier temps et plus si affinité.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure

#ChristinaBakerKline #NetGalleyFrance

9/10

Auteure de cinq romans et d’essais, c’est avec Le Train des orphelins (2015 ; Pocket, 2016) que Christina Baker Kline s’est révélée au public. Après Le Monde de Christina (2018 ; Pocket, 2019), Le Pays au-delà des mers est son troisième roman à paraître chez Belfond.

Extraits :

Avant, l’Angleterre envoyait le rebut de la société en Amérique, mais après la rébellion il a fallu qu’ils trouvent une nouvelle décharge ; l’Australie. En un rien de temps, il y avait neuf hommes pour une femme, là-bas ! On ne peut pas fonder une colonie seulement avec des hommes, hein ? Personne n’y avait pensé, à ça. Alors, ils ont pris n’importe quelles excuses pour nous envoyer là-bas.

Leurs principales divinités étaient deux frères qui descendaient du Soleil et de la Lune. Moinee avait créé la terre et les rivières. Quant à Droemerdene, il vivait dans le ciel sous l’apparence d’une étoile ? C’était lui qui avait formé le premier être humain, à partir d’un kangourou, en modifiant ses genoux pour que l’homme puisse se reposer et en lui retirant sa queue encombrante…

Les Palawas se partageaient en douze nations, chacune formée de clans. Tous parlaient une langue différente, et dans aucune d’elles, il n’existait de mot pour désigner la propriété. La terre faisait simplement partie d’eux.

Durant de nombreuses années, les seuls Blancs assez vigoureux pour rester l’hiver étaient les baleiniers et les chasseurs de phoques, et la plupart s’avéraient si grossiers et brutaux que les Palawas les voyaient comme des êtres moitié hommes, moitié animaux.

Les Palawas s’étaient battus, en vain, avec des pierres, des lances et des waddies contre les groupes itinérants de convicts et de colons qui avaient reçu du gouvernement britannique l’autorisation officielle de capturer ou tuer tous les indigènes en vue. Ils parcouraient l’île avec des lévriers australiens et les chassaient pour le plaisir.

Elle avait appris qu’elle pouvait supporter le mépris et l’humiliation – et trouver des moments de grâce au milieu du chaos. Elle avait pris conscience de sa force. Et voilà qu’elle se trouvait en chemin pour l’autre bout du monde. La gouvernante naïve qui avait passé les portes de Newgate quelque mois auparavant n’était plus. A la place, il y avait une femme nouvelle.

Sur la carte du capitaine, la Terre de Van Diemen paraissait énorme et l’île Flinders, toute petite. Sur ce globe, elle n’était qu’un rocher dans l’océan, trop insignifiant pour avoir un nom. C’était comme si la terre qu’elle aimait et ceux qui la peuplaient, avaient été effacés. Personne ne savait qu’ils existaient.

Même quand elle était petite, tous ces sermons sur le péché et le vice l’indignaient. Les règles ne semblaient pas être les mêmes pour les riches et les pauvres, et ces derniers étaient toujours coupables. On leur disait qu’ils devaient confesser leurs fautes pour triompher des maladies comme la typhoïde, alors que les rues étaient pleines de crasse et l’eau infecte. Et elle avait toujours estimé que la condition des filles et des femmes était encore pire. Enlisées dans la boue, sans possibilité d’en sortir.

Lu en octobre 2022

« Lincoln Highway » par Amor Towles

Aujourd’hui, petit voyage aux USA, sur une route mythique, qui permet de s’évader un peu dans la sinistrose ambiante :

Résumé de l’éditeur

Juin 1954. Emmett Watson, dix-huit ans, rentre chez lui, dans le Nebraska, après avoir passé quinze mois dans un centre de détention pour mineurs. Il y retrouve Billy, son frère de huit ans. Leur père vient de mourir, leur mère les a abandonnés des années auparavant, et la banque s’apprête à saisir la ferme familiale. Les deux frères doivent partir, mais où aller ?

Leur choix se porte sur la Californie : Billy espère y rejoindre leur mère après avoir découvert les cartes postales que celle-ci leur a envoyées tout au long de la Lincoln Highway, route mythique traversant tout le pays qu’elle a empruntée des années plus tôt pour fuir à l’autre bout des États-Unis.

Leur plan est chamboulé lorsque deux codétenus d’Emmett en cavale, le roublard Duchess et son acolyte Woolly, qui semble toujours tombé de la lune, décident de se joindre à eux. À peine le voyage entamé, Duchess et Woolly décampent dans la voiture d’Emmett, emportant le pécule laissé par son père et leurs rêves de vie nouvelle. Les deux frères se lancent alors à leur poursuite.

Tissant avec brio les grands motifs de l’Americana, Amor Towles livre un roman choral aux personnages hauts en couleur et au rythme haletant, une véritable épopée dans la tradition du road novel. Tout au long de l’imprévisible Lincoln Highway, Towles déploie son immense talent de conteur et d’écrivain virtuose pour embarquer le lecteur dans un voyage tourbillonnant.

Ce que j’en pense :

12 juin 1954 : Emmett vient d’être libéré du centre de détention pour mineurs où il purgeait une peine pour avoir tué accidentellement un homme qui se moquait de lui et de son petit frère Billy. C’est le directeur de l’établissement qui l’a ramené chez lui, après le décès de leur père.

La ferme a été mise en vente car le père croulait sous les dettes, il s’était improvisé fermier mais ne connaissait rien à l’agriculture. Emmett veut quitter la région et commencer une vie ailleurs, avec Billy. Il avait envisagé plusieurs possibilités, mais Billy veut tenter de retrouver leur mère qu’il pense, sur la foi d’une dizaine de cartes postales qu’il a retrouvées récemment qu’elle demeure en Californie et leur donne rendez-vous pour le feu d’artifice du 4 juillet…

Affaire conclue, ils iront en Californie via la route mythique « Lincoln Highway » au volant de la vieille voiture d’Emmett. Mais deux « ex codétenus », Duchess et Woollie ont profité du retour d’Emmett pour s’évader en se cachant dans le coffre de la voiture du directeur. Et les ennuis commencent… les envies ne sont pas les mêmes : Emmett veut se donner une seconde chance, alors que Duchess vaut mette la main sur un mystérieux coffre-fort appartenant à la famille de Woollie et partager le magot.

Emmett estimant qu’il a contracté une dette vis-à-vis de la société, est bien décidé à ne plus se laisser emporter par la violence, à prendre sa vie en mains et prendre soin de son petit frère. Mais peut-on raisonner quelqu’un qui est dans le déni, ne se remettant jamais en question car tout est toujours de la faute des autres.

Duchess est touchant au départ, car il a été abandonné par son père, acteur shakespearien qui faisait passer sa « carrière » (de loser en fait !) et ses histoires de cœur avant son fils. Hélas, cela ne dure pas et il devient très vite horripilant.

Woollie est sympathique, mais fragile psychologiquement. Mon préféré dans cette histoire qui tourne vite en rond est bien sûr Billy, jeune prodige, brillant en maths et dont le raisonnement est très affuté du haut de ses huit ans. Billy qui emporte partout avec lui le livre du Pr Abernathe qui raconte de manière résumée tous les grands mythes ou les romans célèbres. Billy adore lire, par exemple, l’histoire du Comte de Monte-Cristo à d’autres personnes sans jamais se lasser car il l’a déjà lue de nombreuses fois.

Une autre personne est attachante, Sally, la fille du fermier voisin qui veille sur les deux frères.

Ce roman démarrait bien, avec des personnages intéressants, une histoire qui faisait penser à « Nous rêvions juste de liberté » mais très vite on a les bons d’un côté, souvent à la limite de la naïveté, le méchant de l’autre, prêt à tout pour régler ses comptes avec la société et récupérer l’argent.

L’auteur a bien su raconter la dureté des établissements dit de redressement de l’époque des années cinquante, les brimades, les châtiments corporels etc.  Ainsi que la manière de considérer les personnes fragiles psychologiquement : on enferme, on met sous tutelle et on s’approprie ce qui leur appartient. On a une photographie des USA de l’époque.

J’ai choisi ce livre après avoir été conquise par « Un gentleman à Moscou » un précédent roman d’Amor Towles, donc j’en attendais probablement trop. Ce roman est agréable à lire, le rythme est soutenu, l’écriture est belle et on passe un bon moment, mais on finit par tourner un peu en rond, ce qui amène un peu de déception.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#LincolnHighway #NetGalleyFrance

7/10

Né en 1964 dans la banlieue de Boston, Amor Towles est un romancier américain, diplômé des universités de Yale et de Stanford. Après une carrière dans la finance, il se consacre désormais à l’écriture. Il est l’auteur de deux romans qui ont rencontré un immense succès critique et commercial aux États-Unis, Les Règles du jeu (Albin Michel, 2012) et Un Gentleman à Moscou, tous deux traduits dans une vingtaine de pays. Son premier roman, Les Règles du jeu, a été couronné en France par le prix Fitzgerald.

Extraits :

Peu importait qui avait été provoqué par qui, qui avait provoqué qui, quand Emmett avait frappé le jeune Snyder sur le champ de foire, il avait contracté une dette comme son père quand il avait hypothéqué la ferme familiale. Et, à compter de ce jour, cette dette hanterait Emmett – l’empêchant de dormir la nuit – tant qu’il ne rembourserait pas son créditeur devant ses semblables qui plus est.

 
Qu’une chose soit nouvelle ne signifie pas qu’elle soit meilleure ; souvent d’ailleurs, c’est le contraire. Dire « s’il vous plaît » et « merci », c’est archi-démodé. Se marier, élever ses enfants, c’est démodé. Les traditions, c’est-à-dire ce qui nous aide à savoir qui nous sommes, sont par nature démodées.

Pour ce qui est d’attendre, les has-been ne manquent pas de pratique. Ils ont attendus leur jour de gloire, le jour où ils tireraient le numéro gagnant. Quand il est devenu clair qu’il n’arriverait jamais, ils ont commencé à attendre d’autres choses. L’heure de l’ouverture des bars, par exemple, ou le jour d’arrivée du chèque des allocations.

Ce qu’il y a de drôle avec une photo, c’est qu’elle sait tout ce qui s’est passé avant qu’on la prenne, mais rien de ce qui va ses passer après. Pourtant, une fois encadrée et accrochée à un mur, ce qu’on y voit quand on regarde de près, ce sont ces choses sur le point de se produire…

Comme cela aurait été formidable si la vie de chacun d’entre nous avait été une pièce de puzzle ! Parce que, alors, aucune n’aurait constitué une gêne pour les autres. Chaque vie se serait calée dans son petit emplacement à elle et, ce faisant, aurait contribué à la reconstitution complète de l’image complexe.

Lu en octobre 2022

« American Dirt » de Jeanine Cummings

J’ai noté ce roman sur mes tablettes lors de sa sortie, mais vue l’ampleur de ma PAL j’avais remis à plus tard, mais quand les éditions 10/18 l’ont proposé sur NetGalley je me suis dit que c’’était le moment de tenter ma chance :

Résumé de l’éditeur :

Libraire à Acapulco au Mexique, Lydia mène une vie calme avec son mari journaliste Sebastián et leur famille, malgré les tensions causées dans la ville par les puissants cartels de la drogue. Jusqu’au jour où Sebastián, s’apprêtant à révéler dans la presse l’identité du chef du principal cartel, apprend à Lydia que celui-ci n’est autre que Javier, un client érudit avec qui elle s’est liée dans sa librairie… La parution de son article, quelques jours plus tard, bouleverse leur destin à tous.

Contrainte de prendre la fuite avec Luca, son fils de huit ans, Lydia se sait suivie par les hommes de Javier. Tous deux vont alors rejoindre le flot de migrants en provenance du sud du continent, en route vers les États-Unis, devront voyager clandestinement à bord de la redoutable Bestia, le train qui fonce vers le Nord, seront dépouillés par des policiers corrompus, et menacés par les tueurs du cartel…

Porté par une écriture électrique, American Dirt raconte le quotidien de ces femmes et de ces hommes qui ont pour seul bagage une farouche volonté d’avancer vers la frontière.

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Lydia qui s’investit à fond dans sa librairie, discutant avec ses clients pour les conseiller au mieux et leur faire découvrir les livres et les auteurs qu’elle aime. Son mari Sebastian est journaliste et travaille sur les cartels, dénonçant les meurtres, les enquêtes qui n’aboutissent pas. Ils ont un fils Luca et vivent en harmonie avec leur famille, donc tout va bien pour eux pourrait-on dire.

Un homme devient un client assidu de la librairie et surtout de la libraire ; ils échangent sur les auteurs qui leur plaisent. Et Lydia tombe sous le charme de cet homme qui évoque sa famille, l’amour qu’il porte à sa fille… Mais, il s’avère que cet homme, séducteur, manipulateur de grande classe n’est autre que Javier, chef du nouveau cartel et Lydia découvre que Sebastian enquête sur lui. Lorsque l’article sur Javier est publié, c’est le carnage lors d’une fête de famille.

Lydia parvient à rester en vie et à sauver son fils et c’est l’exode qui commence avec toutes les souffrances qui l’accompagnent, alors que la tête de Lydia est mise à prix. Elle devient un « migrante » comme tant d’autres.

Elle apprend à se tenir sur ses gardes à sauter sur le toit des wagons de marchandise en marche, au risque de tomber, se fracasser le corps, et même y laisser la vie, et d’encourager Luca à faire de même alors qu’elle était une mère poule à peine quelques jours auparavant. Une fois parvenu sur le toit, il faut ensuite s’attacher solidement, attacher le sac de voyage pour ne pas tomber, ne pas bouger surtout si un tunnel approche. Ce fameux train que les migrants ont surnommé la Bestia

Les différentes façons de mourir à bord de la Bestia sont plus épouvantables les unes que les autres ; vous pouvez être écrasé entre deux wagons quand le train emprunte une courbe. Vous pouvez vous endormir, tomber du toit, être aspiré sous les roues, avoir les jambes sectionnées…

Ce livre nous permet de découvrir le long calvaire des migrants sur les routes de l’exil, la nécessité de se cacher, d’être constamment sur la défensive pour ne pas être reconnus, pour Lydia, comment on peut devenir un « migrante » du jour au lendemain alors qu’on menait une vie agréable. On découvre aussi la manière dont les flics pourris de tous bords rançonnent prennent jusqu’au dernier sous le peu d’argent qu’ils ont emporté avec eux pour payer les passeurs, les viols notamment quand dans le cortège il y a de jolies (trop jolie) jeunes filles et comment elles sont traumatisées à vie.

Je connaissais bien le sort des migrants qui fuient le Honduras, le Venezuela, entre autres pour fuir la misère sociale la pauvreté, ainsi que les méthodes des cartels au Mexique qui tuent en toute impunité, chacun se souvient des étudiants qui ont disparus sans laisser de traces il y a quelques années à peine, mais c’est autre chose de suivre une famille traquée, de marcher avec elle la nuit, la peur au ventre, parfois sous une pluie diluvienne pour échapper à la police des frontières la Migra, aux narcotrafiquants, repentis ou non, qui infiltrent les groupes de migrants, puis le mur trumpien et les cow-boys suprématistes blancs qui vont à la chasse aux migrants la nuit…

On apprend également beaucoup de choses sur les tatouages des narcotrafiquants, leur signification, ce qui permet de les identifier.

Ce livre est bien écrit, de la manipulation du chef de cartel, pervers narcissique, pour séduire une femme lettrée et se faufiler vers son époux journaliste, en passant par les familles qui cherchent leurs disparus pour pouvoir enfin faire leur deuil, en passant par la route elle-même car on se la représente vraiment très bien en mettant nos pas dans les leurs.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions 10/18 qui m’ont permis de découvrir ce roman et de découvrir la plume de son auteure.

#AmericanDirt #NetGalleyFrance !

9/10

Jeanine Cummins vit à New-York avec son mari et leurs trois enfants. Elle est l’auteure de trois romans, dont American Dirt est le premier traduit en français.

Extraits :

… ces conflits restent purement symboliques. Le taux d’affaires criminelles non résolues au Mexique dépasse les quatre-vingt-dix pour cent. L’existence d’une Policia en tenue constitue un contrepoids illusoire à l’impunité réelle du cartel.

Mais, à présent, les cartels assassinaient un journaliste mexicain presque chaque semaine, et Lydia jugeait plus sévèrement l’intégrité de son mari. Elle lui trouvait un côté moralisateur égoïste. Sebastian vivant lui importait plus que ses solides principes.

Il faudra organiser une cérémonie funéraire dès qu’ils seront en sécurité. Luca aura besoin de ce rituel, une méthode pour modeler son chagrin en quelque chose sur quoi il pourra exercer une certaine maitrise. Elle contemple l’étendue de cette tâche, mais pour le moment, elle doit s’en tenir à son mantra : n’y pense pas, n’y pense pas, n’y pense pas.

Bien calée dans sa chaise, Lydia observe son fils, perdu dans la contemplation d’une silhouette pourpre allongée qui plane sur le mur au-dessus d’eux. Migrant. Comment lui appliquer ce mot ? Pourtant c’est ce qu’ils sont, c’est ainsi que ça arrive. Ils ne sont pas les premiers à partir. Acapulco se vide de ses habitants.

Dans les trains, les uniformes représentent rarement ce qu’ils sont censés représenter. La moitié des gens qui se prétendent migrants, coyotes, ingénieurs des chemins de fer, policiers, ou membres de la migra, (police migratoire) travaille pour le cartel. Tout le monde touche des pots-de-vin.

Un an avant le meurtre de Sebastian, le Mexique était devenu le pays le plus mortel pour les journalistes, autant qu’une zone de guerre. Autant que la Syrie ou l’Irak.

Dans les mois à venir, Luca regrettera parfois d’avoir, les premiers jours, gaspillé son chagrin, de ne pas s’être laissé davantage abattre. Parce que, au fur et à mesure que l’oubli s’ancrera en lui, il aura l’impression de commettre une trahison.

En écoutant Rebecca lui révéler ces bribes d’histoires qu’elle connaît, Luca commence à comprendre que, si tous les migrants partagent une chose, c’est la solidarité qui existe entre eux bien qu’ils viennent de pays différents que leurs situations sociales soient différentes, qu’ils soient pauvres ou bourgeois, cultivés ou illettrés…

Ils voyageront ensemble tous les quatre, Lydia, Luca, Rebecca et Soledad, aussi longtemps que ce sera possible. Tant de choses se sont passées que chaque heure de ce voyage semble valoir une année mais il y a plus encore. Ce qui les unit, c’est le partage d’une expérience indescriptible. Quoi qu’il arrive, personne d’autre qu’eux ne comprendra totalement l’épreuve qu’a représenté ce pèlerinage, les individus qu’ils ont rencontrés, la peur qui les accompagne, le chagrin et la fatigue qui les dévorent.

Assis dos à dois avec Mami, Luca a tout le temps de réfléchir à cette situation étrange qui fait qu’un migrante passe plus de temps à l’arrêt qu’à marcher. Leurs vies sont devenues un cycle erratique de mouvement et de paralysie.

Lu en août 2022

« Insoluble » de James Patterson & Ellis David

Intermède thriller, pour respirer entre deux romans de la rentrée que j’ai particulièrement appréciés, (patience, les chroniques tardent à venir mais elles vont finir par arriver !) avec le livre dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Depuis l’assassinat de sa sœur (Invisible, L’Archipel, 2016), Emmy Dockery, analyste au FBI, ne cesse d’identifier des crimes impunis là où ses collègues concluent à des morts accidentelles.

À travers le pays, des sans-abris ou les personnes qui leur viennent en aide meurent sans que personne ne s’émeuve. Sauf Emmy, persuadée qu’un tueur est aux manettes. Un homme qui, selon son enquête, se déplace en fauteuil roulant.

Pendant ce temps, Citizen David défraie la chronique. Ce justicier fait sauter le siège d’entreprises qu’il estime manquer d’éthique. Ne laissant aucun mort derrière lui, il s’attire les faveurs du public. Jusqu’au jour où il fait exploser, à Chicago, un centre d’accueil pour SDF. Bilan : près de deux cents morts.

Parallèlement, l’ex-agent Harrison Bookman est chargé par une huile du FBI de surveiller Emmy, son ancienne petite amie, suspectée d’être la taupe qui livre des informations confidentielles à la presse au sujet de Citizen David. Mais quelqu’un d’autre surveille Emmy. L’observe, l’épie… Et attend le moment opportun pour frapper !

Ce que j’en pense :

Emmy Dockery, analyste chevronnée au FBI travaille d’arrache-pied sur la piste d’un nouveau tueur en série qui s’en prend aux sans- et aux personnes qui leur viennent en aide dans l’indifférence générale. Toutes ces morts ont été classées comme accidentelles donc aucune enquête en vue officiellement.

Emmy a été violemment agressée lors de sa précédente enquête (sa sœur ayant été assassinée) n’a pas repris son poste de travail, mais travaille chez elle sur ses ordinateurs personnels en rendant des comptes à ses supérieurs pas forcément bienveillants (résoudre une enquête, en ayant été torturée cela crée des tensions, des jalousies !) qui n’hésitent pas à mettre en doute ses capacités mentales.

En parallèle, des attentats sont commis sans jamais faire de victimes, le but étant de créer des dégâts matériels pour tenter de réveiller les consciences sur la cause animale, les banques qui n’accordent pas de crédit aux personnes de couleur etc. et évidemment c’est l’enquête jugée la plus importante… il faut absolument mettre la main sur celui que l’on finit par désigner sous le nom de Citizen David. Mais un jour, (piratage oblige) un attentat est commis minutieusement contre une agence de crédit au-dessus de laquelle se trouve un centre d’accueil pour des sans-abris. Deux cents morts ! et même si le motus operandi diffère de celui du « justicier », mais ne divulgâchons point !

J’ai aimé la manière dont les auteurs nous entraînent sur de fausses pistes, multipliant les coupables possibles, sur fond de vétérans atteints de SSPT, en fauteuil roulant pour attirer la sympathie, de trumpistes convaincus que l’assistanat et médicare révulsent, de génies de l’informatique, pirate de courriels, d’adresse IP, d’usurpation d’identité réelle ou virtuelle.

On a toutes les failles et forces du FBI et autres enquêteurs, la taupe qui renseigne les journalistes, les petites (et grandes) magouilles en haut lieu… Et évidemment qui est suspectée d’être la taupe ? Emmy bien sûr, qui se retrouve sous la surveillance d’un ex-agent reconverti en libraire, Harrison Bookman qui n’est autre que l’ex petit ami d’Emmy.

Je n’ai pas lu « Invisible » le roman précédent des auteurs qui raconte l’enquête qui a failli coûter la vie à Emmy, mais ce n’est pas gênant pour comprendre les tenants et les aboutissants de l’enquête et les liens des personnages entre eux, leur histoire personnelle, (mais cela donne évidemment envie de réparer cet écueil !).

J’ai aimé les thèmes étudiés au cours de l’enquête, la société étasuniennes et ses dérives, (car les auteurs ne sont pas tendres) autant que l’intrigue elle-même et j’ai littéralement dévoré ce thriller au rythme haletant, impossible à lâcher… et je vais me procurer « Invisible » c’est évident.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de L’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et ses auteurs

#Insoluble #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

Je ne suis ni le Mal incarné, ni un fou. Je ne suis pas ignare, je ne suis pas pauvre, et je ne suis pas le produit d’une éducation violente. Ce que je fais, je le fais pour une raison et une seule raison.

Et qu’on ne me parle pas de cruauté ou de pitié. L’homme réfléchi n’a ni sentiments, ni préjugés ; seulement un cœur de pierre. Je suis tel qu’on m’a fait. Le résultat des lois de la nature, pas des lois conçues par je ne sais quel groupe d’humains ineptes.

Les meilleurs perceurs de coffres et cambrioleurs du monde travaillent pour le FBI.

Le processus de consultation et de recoupement n’est pas aussi rapide qu’on peut le voir dans certaines séries télé – quand une déesse de l’informatique tape deux ou trois mots sur son écran, presse quelques boutons sur son clavier avant d’annoncer le nom d’un méchant. Dans la réalité, l’opération peut dure longtemps.

Tous ceux que j’ai frappé l’ont bien cherché. Les banques qui refusent des prêts à des personnes de couleur ? Qu’elles aillent se faire foutre. Et franchement, tu plains ces chaînes de fast-food qui torturent des animaux ? Ce pays va droit en enfer, quelqu’un doit se lever pour prendre la défense des plus faibles…

Lu en août 2022

« Real Life » de Brandon Taylor

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont la lecture n’a pas été simple car le thème est difficile :

Résumé de l’éditeur :

C’est la fin de l’été et Wallace retrouve ses camarades au sein d’une prestigieuse université du Midwest. Mais parmi ces jeunes gens blancs et insouciants, Wallace peine à trouver sa place. Le veut-il vraiment ? Hanté par son passé, troublé par de récents événements, le jeune homme garde sans cesse une distance avec ceux qui l’entourent. Le temps d’un week-end, entre les fêtes et les discussions qui refont le monde, Miller va tenter de se rapprocher de lui. Leur liaison va pousser Wallace dans ses derniers retranchements. Comme si James Baldwin rencontrait Sally Rooney,

Real Life est un campus novel et un roman d’apprentissage d’un ordre nouveau, porté par une prose élégante et un regard tranchant. D’une maturité impressionnante, Real Life pointe sans manichéisme le diable caché dans les détails d’une jeunesse américaine faussement apaisée, et dresse le portrait sensible et touchant d’un homme en crise d’identité. Un premier roman intense et politique qui marque la naissance d’un auteur puissant, finaliste du Man Booker Prize et du Dylan Thomas Prize.

Ce que j’en pense :

C’est la fin de l’été et Wallace retrouve ses « amis » , si on peut appeler amis des personnes, étudiant comme vous dans une université prestigieuse, plus ou moins insouciants, n’ayant pas de problèmes financiers, ni de difficultés à s’adapter…

Mais voilà, Wallace est Noir et homosexuel, alors c’est plus dur. Il s’efforce de passer inaperçu le plus possible, noyé dans la masse, courbant le dos, souvent trop d’ailleurs. Il travaille dans un laboratoire, sur les nématodes, analyse, culture etc. Malgré son application, son zèle, les heures qu’il ne compte pas (il est boursier alors on lui en demande encore plus : obligation de résultats, sous l’œil intransigeant de Simone la directrice du labo.

Mais Dana, une jeune étudiante aux dents longues devient la protégée de Simone. Et tous les coups bas seront permis pour miner son travail. C’est le genre de personnalité narcissique, un ego surdimensionné, qui n’a jamais tort : tout est de la faute des autres, notamment celle de Wallace car Dana est raciste pour compléter le tableau.

Wallace désire se faire accepter par les autres étudiants, mais parle peu de lui car son passé est trop lourd à porter, il a préféré l’enfouir. Mais également parce qu’il redoute que des confidences puissent lui rendre la vie encore plus impossible. Ce qui l’a amené à ne par leur dire que son père est décédé quelques jours plus tôt. Mais, comment expliquer, que cette mort ne le touche pas car il y a bien longtemps qu’il a dû en faire le deuil, celui-ci ne l’ayant jamais soutenu, aidé durant l’enfance.

Brandon Taylor nous décrit très bien, avec une précision chirurgicale, microscope à l’appui, la difficulté de s’intégrer, voire de trouver sa place, quand on est pauvre, Noir, boursier et homosexuel et d’un autre côté comment les souffrances endurées dans l’enfance (les coups, les abus sexuels, la solitude) que l’on a pris soin d’enfouir peuvent refaire surface de manière inopinée et violente risquant de remettre en question certains choix.

Mais, car il y a un mais, le récit est cru, l’auteur nous racontant avec moult détails des scènes sexuelles violentes, sadomasochistes qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour lire, ce qui est loin d’être mon cas.

Il y a aussi une avalanche de détails qui ne sont pas forcément nécessaires : je suis devenue spécialiste en nématodes et boîte de Pétri (je n’en avais plus entendu parler depuis si belle lurette !) ou sur le système universitaire américain… Ce qui explique pourquoi j’ai mis si longtemps à arriver à bout de cette lecture qui va, je pense, hanter durablement ma mémoire, certaines phrases étant vraiment percutantes…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions La Croisée qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure

#RealLife #NetGalleyFrance !

7,5/10

Brandon Taylor est un écrivain américain. Il est titulaire de diplômes d’études supérieures de l’Université du Wisconsin-Madison et de l’Université de l’Iowa et a reçu plusieurs bourses pour ses écrits. Ses nouvelles et essais ont été publiés dans de nombreux médias et ont été acclamés par la critique.

Extraits :

« C’était ton père Wallace », fit Emma. Le rire de Wallace s’éteignit dans sa gorge. Il se sentit un peu humilié par ses mots. Oui, c’était son père. Il le savait. Mais le problème avec ces gens, avec ses amis, avec le monde, c’était qu’ils pensaient que les choses devaient être d’une certaine façon, avec la famille. Ils pensaient qu’on devait éprouver quelque chose pour ses parents, et de préférence la même chose que tout le monde, sans quoi, c’était qu’on s’y prenait mal.

Une obscurité profonde, dense. Pourquoi lui revient-elle maintenant ? Tous ces kilomètres parcourus. Ces années. Son ancienne vie tranchée comme une cataracte. Rejetée. Mais ici, retrouvée au fond de son esprit comme un détritus qui surnage. Ici. En ce lieu. Dans la solitude du labo. Il fait presque un bond de frayeur, tant le souvenir est complet. Son corps se souvient. Son corps traître…

Dana, essoufflée, halète comme un animal blessé. Elle s’est mise dans une rage écumante, une colère violente… Elle a de la bave au coin des lèvres. Ses yeux plissés jettent des éclairs. Il la reconnait dans le feu futile, destructeur, de sa colère. Le plus injuste, se dit-il, c’est que ce moment où elle vide son sac, elle peut se le permettre ? Elle n’aura pas de problème. Elle s’en sortira très bien. Elle est douée, et il est seulement Wallace.

Rien de tout cela n’est juste. Rien de tout cela n’est bon, il le sait. Mais, il sait aussi que la justice n’est pas la question. Ce qui compte n’est pas d’être traité justement, ou d’être bien traité. Ce qui compte, c’est de faire son travail. Ce qui compte, c’est obtenir des résultats…

C’est injuste parce que les Blancs ont un intérêt direct à sous-estimer le racisme, sa quantité, son intensité, sa forme et ses effets. Ils sont les renards dans le poulailler.

Dans l’ensemble, ça va . C’est pour ça que Wallace ne dit jamais rien à personne. C’est pour ça qu’il garde la vérité pour lui, parce que les gens ne savent pas quoi faire de vos bagages, de la réalité des sentiments des autres. Ils ne savent pas quoi faire quand ils entendent une perspective qui ne cadre pas avec leur propre perception des choses…

La mémoire passe au crible. La mémoire élimine l’horrible. La mémoire fait avec ce qu’on lui donne. La mémoire n’est pas une affaire de faits. La mémoire est une mesure peu fiable de la douleur d’une vie.

Ce dont parle Roman, c’est d’un déficit de blancheur, d’un manque de ressemblance requise. Cette déficience-là ne peut être comblée. Le fait est que, quels que soient l’ampleur des efforts fournis, les savoirs acquis et le nombre de techniques maitrisées, il sera toujours provisoire aux yeux des gens, même s’ils ont de l’affection pour lui et lui témoignent de la gentillesse.

La gentillesse est une dette, se dit Wallace. La gentillesse est quelque chose qu’on doit et qu’on rembourse. La gentillesse est une obligation.

Il y aura toujours des gentils Blancs qui l’aiment et lui veulent du bien mais qui ont plus peur d’autres Blancs que de le laisser tomber. C’est plus facile pour eux de laisser faire et d’analyser ensuite la blessure plutôt que d’introduire un élément inconnu dans la situation. Aussi gentils soient-ils, aussi aimants, ils seront toujours complices, un danger, une blessure en puissance.

Le passé n’est pas un horizon qui s’éloigne. Au contraire, il progresse un instant à la fois, il marche d’un pas régulier vers l’avant jusqu’à ce qu’il ait tout réquisitionné, que nous redevenions qui nous avons été ; nous devenons des fantômes quand le passé nous rattrape. Je ne peux pas vivre tant que vit mon passé. C’est lui ou moi.

De fait, le potentiel sexuel n’est que l’ombre de la possibilité sexuelle menée à son terme par projection ; nous savons que nous désirons quelqu’un en le rencontrant à cause de ce qui pourrait se produire si nous nous avançons simplement pour le dire : « Hé, regarde-moi »

Lu en juillet- août 2022

« Le lâche » de Jarred McGinnis

J’ai choisi le livre dont je vais vous parler aujourd’hui, attirée par la couverture plutôt sympathique, car NetGalley ne proposait aucun résumé, donc il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité :

Résumé de l’éditeur :

Un terrible accident de voiture, une femme meurt, un homme reste paralysé et un père retrouve son fils. Dix ans après s’être enfui de sa maison, l’adolescent qui fuguait sur les trains de marchandises et qui traversait le pays en stop est maintenant en fauteuil roulant. Son père, aussi aimant qu’écorché, est la seule personne qui viendra sans hésiter le chercher à l’hôpital.


Le Lâche est un premier roman poignant, touchant et plein d’humour sur les retrouvailles impossibles, les reconstructions d’un corps, d’une relation, d’une vie, d’une mémoire, et sur la possibilité de redécouvrir le bonheur quand tout semble perdu.


Ce livre décapant, qui explore avec puissance le pardon et le regard d’autrui sur la différence, signe la naissance d’un grand auteur capable de faire cohabiter la brutalité avec la lumière, le rire et la tendresse avec les souvenirs explosifs, le café filtre et les donuts avec l’ivresse de l’aventure.

Ce que j’en pense :

Jarred se retrouve paraplégique à la suite d’un accident au cours duquel une jeune femme Melissa a perdu la vie. A l’hôpital on le garde le minimum de temps, cela coûterait trop cher et on connait le système de santé américain. On lui demande d’appeler quelqu’un pour venir le chercher et s’occuper de lui. Il finit par se résoudre à appeler son père, Jack. Or, il ne l’a pas vu depuis dix ans.

Comment se raccrocher à la vie quand on est cloué dans un fauteuil roulant à vie, en proie à des cauchemars lui faisant revivre accident ? Comme il le dit, il est devenu « un patin à roulettes géant ». Il s’agace lorsqu’on veut l’aider alors qu’il n’a rien demandé ou encore lorsqu’on lui demande s’il remarchera un jour…

Jarred était en fuite depuis environ dix ans : sa mère est morte d’une rupture d’anévrisme, dont il se sent responsable parce qu’il l’avait contrarié. Elle a survécu quelques mois et son père la bichonnait. Un couple fusionnel où l’amour est tellement intense que les enfants peuvent avoir l’impression d’être quantité négligeable. après la mort de son épouse, Jack sombre dans l’alcool, devient violent, frappe son fils pour un oui ou pour un non car ne sait plus communiquer avec lui. De son côté, Jarred multiplie les bêtises à l’école, ou ailleurs, mais comment faire pour attirer l’attention de l’adulte ? Ils sont incapables l’un comme l’autre de mettre de mots sur leur souffrance, le manque…

Peut-on corriger sinon réparer les erreurs du passé, donner une chance à l’autre, faire connaissance ? Surtout quand on est écorché vif comme Jarred, persuadé d’être coupable de tout ce qui est arrivé et de « porter la poisse » : il rabroue tous ceux qui tentent de l’aider, même la jolie Sarah qui lui sert le café dans le bar.

Jarred McGinnis alterne le récit de la « reconstruction » et celui des évènements qui ont conduit à lui faire quitter la maison, jusqu’à l’accident, ce qui permet de découvrir le jeune homme peu à peu, à mieux le comprendre. La relation père-fils n’est pas simple, Jack a arrêté de boire, et se rend compte de l’impact de son alcoolisme sur la rébellion de son fils…

Il pose aussi le problème de la culpabilité, de la rédemption : est-elle possible et quel chemin emprunte-t-elle, et du droit au bonheur…

Il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans cette histoire, inspirée de la vie de l’auteur, car surtout dans les cinquante premières pages (environ) il est tellement odieux, provocateur, victime qu’on a plutôt envie de lui taper dessus ! mais, une fois immergée, j’ai dévoré ce livre, car leur évolution, à tous les deux, m’a plu, les personnages secondaires aussi, les coups de pattes à la société américaine, son système de santé, en particulier la psychiatrie font frémir. De même que la manière dont les juges, et surtout, l’agent de recouvrement peuvent se transformer en persécuteurs….

Une scène touchante, parmi d’autres : l’épopée vers le casino pour faire plaisir à Marco, le frère de Sarah, atteint d’une maladie grave pour laquelle il est sous dialyse (à domicile !) où ils jouent allègrement, oubliant ainsi pour quelques heures la maladie.

Jarred McGinnis ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières, il reste dans la description des évènements, les comportements et les ressentis de chacun. Il joue sur l’humour, l’autodérision. Pour un premier livre, c’est plutôt réussi. S’il croise votre route, je vous conseille de faire un bout de chemin avec lui, car il risque de devenir une valeur sûre de la rentrée littéraire (sortie prévue la deuxième semaine d’août).

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Metailié qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#LeLâche #NetGalleyFrance !

8/10

Jarred McGinnis est né aux États-Unis. Il a grandi entre la Floride et le Texas, où il a eu un groupe de rock mais a décidé, à l’encontre du bon sens, de le quitter pour se consacrer à ses études. Il a vécu en Écosse et en Angleterre, et est docteur en Intelligence artificielle. Il vit actuellement à Marseille où il aime prendre les transports publics et amener ses filles au parc. Son premier roman, Le Lâche, en cours de traduction en plusieurs langues, a été élu l’un des meilleurs livres de l’année par The Guardian et la BBC.

Extraits :

On ne peut pas dire à un individu physiquement apte que se retrouver infirme n’est pas un coup de tonnerre. Il ne peut pas l’accepter. A ce moment-là, je ne pouvais pas. Quelle que soit la manière dont on l’envisage la vie suppose l’usage de deux jambes qui fonctionnent.

Les roues, le fauteuil deviennent mes roues, mon fauteuil. Les gens pleins de bonnes intentions qui vous poussent pour remonter une pente sans vous demander votre avis n’ont aucune idée de l’intrusion dans votre espace personnel que ça représente.

Mes problèmes n’étaient plus de ma faute. Les coupables étaient le fauteuil roulant, la perte. Les deuils au pluriel. C’était eux qu’il fallait accuser. Pas moi. Jack avait dû voir cette transformation commencer à opérer. Il avait vécu la même chose à la mort de maman.

Le passé, c’est l’histoire qu’on se raconte pour supporter le présent.

Au fil des ans, les histoires qu’on se raconte se modifient. Forcément. Qui voudrait être un faire-valoir ou un personnage secondaire dans le récit de sa propre vie ? On choisit les scènes et les chapitres pour raconter une fiction dont on est le héros. C’est la seule manière de survivre aux entailles, aux blessures et aux cicatrices que la vie nous réserve. Et pourtant, on garde le couteau à la main.

Il (le père de Sarah) se rappelle avoir regardé ma mère à ce moment-là et compris qu’elle allait nous abandonner. Et elle l’a fait. Elle a tout laissé : ses fringues, ses mômes, c’était du pareil au même pour elle. Disparue. Papa est rentré du travail et il a trouvé le bébé en train de hurler. Moi, je ne m’en souviens pas. Je devais jouer dans ma chambre.

Au bout d’un mois d’internement, je suis devenu un adepte du langage clinique et thérapeutique pour slalomer entre ce que les gens voulaient entendre sans jamais toucher à la culpabilité que je ressentais concernant la mort de maman, la honte d’avoir un père alcoolique, la violence la colère tous azimuts, la solitude, la confusion et surtout la tristesse débordante qui me prenait au corps.

Je savais que je devais entrer dans leur jeu une dernière fois, ensuite ils me libéreraient et je pourrais n’en faire qu’à ma tête. Le psychiatre semblait ravi de la façon remarquable dont j’étais réceptif à tout ce que la psychiatrie moderne avait à offrir à un jeune homme troublé.

Lu en août 2022

« Le dernier vol » de Julie Clark

Petit intermède thriller avec le livre dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Claire avait tout planifié pour fuir Rory, homme politique charismatique doublé d’un mari tyrannique.

Mais, à la dernière minute, la mécanique s’enraye. Son chemin croise alors celui d’Eva à l’aéroport JFK. Elle aussi a de bonnes raisons de vouloir changer de vie.

Et si chacune prenait la place de l’autre ? Les deux jeunes femmes décident d’échanger leurs billets d’avion.

Claire s’envole donc pour Oakland au lieu de Porto Rico, où elle apprend, horrifiée, que le vol qu’elle aurait dû prendre s’est abîmé en mer.

Claire est désormais Eva aux yeux de tous. Mais la nouvelle vie dont elle rêvait pourrait se révéler pire que celle qu’elle a laissée derrière elle.

Eva avait des secrets ; Claire en a hérité. Des menaces pèsent à présent sur elle…

Ce que j’en pense :

Claire est une femme victime de maltraitance aussi bien physique que psychologique de la part de son époux, Rory Cook qui appartient à une famille riche et puissante. Elle est le faire valoir de son époux qui envisage de se présenter au Sénat. Elle a tout prévu avec son amie Petra pour fuir vers le Canada, lors d’un voyage programmé.  Mais, au dernier moment, Rory change d’avis, et l’envoie à Porto-Rico, la prévenant à la dernière seconde.

Grosse panique à bord, il faut changer les plans. A l’aéroport JFK, Claire est abordée par Eva James qui lui raconte qu’elle doit fuir car accusée d’avoir « mis un terme aux souffrances » de son époux atteint d’un cancer en phase terminale. Claire ne se rend pas compte qu’Eva joue la comédie mais accepte de changer d’identité avec elle : changement de sac, de papiers d’identité, de carte d’embarquement.

Claire s’envole vers la Californie, l’appartement d’Eva mais l’avion de celle-ci s’est écrasé en vol. Claire est donc considérée comme morte. Elle va vite se rendre compte qu’Eva fuyait, elle-aussi, une situation sans issue.

L’auteure va jouer avec nous : pourquoi l’avion s’est-il écrasé ? Rory y est-il pour quelque chose, car sa première compagne est décédée de manière mystérieuse ? Eva était-elle dans l’avion ?

La personnalité de Rory, pervers narcissique, est bien abordée par l’auteure avec une scène intéressante sur la préparation de l’oraison funèbre de Claire qui vaut le détour, tant sa peine est immense !

Les deux femmes ont beaucoup de points communs : la mère et la sœur de Claire sont mortes dans un accident, Eva a été abandonnée par une mère toxicomane. Chacune va réagir à sa manière.

Julie Clark alterne les récits, avec brio : l’histoire présente pour Claire, les évènements des derniers mois précédant sa fuite pour Eva.

J’ai lu ce livre d’une traite, car ces deux femmes sont attachantes, la vie n’ayant fait de cadeaux ni à l’une ni à l’autre. Alors que je m’attendais à éprouver de l’empathie pour Claire, car c’est la maltraitance au sein du couple qui m’avait conduite à choisir cette lecture, mais très vite je me suis attachée à Eva, trahie elle aussi par les hommes mais qui lutte.

Eva a été abandonnée par sa mère toxicomane, et par ses grands-parents et confiée à des religieuses, après une tentative de placement en famille d’accueil. Mais dès qu’il a été question d’adoption possible son comportement a changé, elle a tout fait pour se faire rejeter. Ella arrive à décrocher une bourse, est admise à l’université de Berkeley où ses talents de chimiste fait des envieux. De désillusions en manipulations, elle se retrouve à fabriquer de la drogue chez elle, mais en prise à des mafieux.

C’est le deuxième roman de Julie Clark (le premier paru en France, il me semble !), et il est assez réussi ; une fois le livre entamé, on ne le lâche plus. Les personnages dits secondaires sont très intéressants aussi, des amitiés se nouent quand même, pour l’une comme pour l’autre, même si la méfiance est omniprésente car de rigueur pour rester anonyme.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LEDERNIERVOL #NetGalleyFrance !

8/10

Née à Santa Monica, en Californie, Julie Clark est une enseignante et romancière. Après des études à l’Université du Pacifique (Californie) et un bref passage au département des sports de l’Université de Californie à Berkeley, elle est retournée à Santa Monica où elle est devenue enseignante.

Extraits :

Dans ce monde, l’argent et le pouvoir sont garants d’immunité.

Au cours de l’année suivante, Petra et moi avons mis au point un plan visant à chorégraphier ma disparition avec plus de minutie qu’un ballet. Un enchaînement d’évènements organisé à la minute près, qui ne souffrait pas la moindre erreur, et me voilà maintenant à quelques heures de son exécution.

Raconter notre histoire, c’est nous la réapproprier.

Comme beaucoup de femmes dans la même situation, j’étais prise dans une spirale de violence. J’avais peur de le mettre en colère, tout comme j’avais peur que personne ne me croit si je parlais. C’est le genre de vie qui vous ronge, qui bouleverse votre rapport à la vérité.

Il m’a coupée de toutes les personnes à qui j’aurais pu demander de l’aide. J’ai déjà essayé de le quitter, de dire la vérité sur mon couple. Seulement les hommes puissants constituent des ennemis puissants… La seule façon d’éviter un scandale public ou une procédure judiciaire interminable, c’était de disparaître.

Il y a tout un système qui tend à nous faire croire que nous ne sommes qu’accessoires. Que notre parole ne vaut rien face à celle d’un homme.

Lu en juillet 2022

« Les hommes ont peur de la lumière » de Douglas Kennedy

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi parce que le thème était d’actualité et encore, la cour suprême des USA n’avait pas pris sa décision inique :

Résumé de l’éditeur :

Dans un Los Angeles crépusculaire, le grand retour de Douglas Kennedy au roman noir !

Un après-midi calme et ensoleillé, un bâtiment en apparence anonyme et, soudain, l’explosion d’une bombe.

L’immeuble dévasté abritait l’une des rares cliniques pratiquant l’avortement. Une victime est à déplorer et parmi les témoins impuissants, Brendan, un chauffeur Uber d’une cinquantaine d’années, et sa cliente Élise, une ancienne professeure de fac qui aide des femmes en détresse à se faire avorter.

Au mauvais endroit au mauvais moment, l’intellectuelle bourgeoise et le banlieusard désabusé vont se retrouver embarqués malgré eux dans une dangereuse course contre la montre. Car si au départ tout semble prouver qu’il s’agit d’un attentat perpétré par un groupuscule d’intégristes religieux, la réalité est plus trouble et bien plus inquiétante…

Tout à la fois thriller haletant et chronique d’une Amérique en crise, Les hommes ont peur de la lumière est surtout le puissant portrait d’un homme et d’une femme qui, envers et contre tout, essaient de rester debout.

Ce que j’en pense :

Brendan est chauffeur pour Uber, passe sa vie dans les embouteillages, calcule les courses au millimètre près, ou à la milliseconde près, pour grignoter un trajet supplémentaire et tenter de survivre, pour à peine un peu plus que le salaire minimum. Il a fait un mariage de raison, sous l’aile plus ou moins bienveillante de son Église. Son premier enfant est décédé (mort subite du nourrisson) et son épouse a commencé à se sentir punie par Dieu et se tourner de plus en plus vers la religion. Ils ont eu une fille Klara, à qui sa mère a bien fait comprendre qu’elle n’était pas intéressante et n’arriverait jamais à la cheville du petit frère.

Plus le temps passe, plus elle vire à la mégère, intégriste et milite contre l’avortement en compagnie de son amie Teresa, intolérante, agressive, virago, extrémiste etc.  

Un jour Brendan croise la route d’Élise, veuve, qui fait partie d’une association qui accompagne les femmes qui finissent par se résoudre à l’avortement. Lorsqu’il arrive devant le centre, une bombe est soudain lâchée, un vigile se tord dans les flammes et meurt dans ses bras. Dans un premier temps il est pris pour le « pyromane » dans la confusion qui suit l’attentat et c’est Élise qui va le sortir de là. Brendan subit sa vie, habitué depuis l’enfance à obéir aux desiderata de son père, il se contente de ne pas faire de vagues, alors qu’Élise prend la sienne en mains énergiquement.

Ces deux-là ne sont pas du même bord, sur le plan social, sur le plan des idées, et encore, car Brendan a pris ses distances par rapport à l’Église, va rarement à la messe. Peu à peu, ils vont se rapprocher mais la tension monte de plus en plus entre Pro-Life et IVG.

J’ai aimé la relation de complicité qui existe entre Brendan et sa fille Klara qui travaille dans un foyer pour femmes battues : leur amour leur proximité en ce qui concerne la vie en général, la rébellion contre l’intégrisme maternel donne des scènes fort sympathiques…

Douglas Kennedy dénonce aussi le statut on ne peut plus précaire d’Uber, esclavage des temps moderne, les clients qui ne respectent pas le chauffeur, ne lui laisse même pas un pourboire, quand il ne l’insulte pas en ne se gênant pas pour laisser des appréciations infâmes sur l’application.

Il pose un regard sans concession sur les USA et leurs dérives ! sur les actions des intégristes religieux catholiques ou évangélistes, des « Pro-Life » qui commettent des crimes pour défendre les droits du fœtus, qualifiant l’avortement d’infanticide… l’emprise des Évangélistes et des ultra-catholiques dans ce pays est impressionnant, ce sont eux qui font les élections, main dans la main avec les milliardaires… Affligeant !

Si l’histoire nous a appris une chose, c’est que ceux qui croient détenir la lumière condamnent souvent les autres à l’obscurité.

Ce pays est certes fascinant, mais sa dérive vers le suprémacisme blanc, le racisme revendiqué sans complexe, qui se sent en danger, en face des femmes, des minorités, se promène un flingue à la main et tire à vue sur tout ce qui ne lui ressemble pas.

Ce ne sont pas les dernières actualités qui vont me donner tort, tant en ce qui concerne le meurtre « autorisé » par les policiers que le triste sort réservé à la loi sur l’avortement par la cour suprême, qui n’est plus neutre comme elle devrait l’être puisque les nominations ont été bloquées sous l’ère Obama par les Trumpistes flamboyants (je parle, bien sûr, des cheveux !), pour ne désigner que des réactionnaires.

Aux dernières nouvelles, la contraception, la « sodomie » (je cite !) et j’ai oublié la troisième (acte manqué ? Mémoire sélective ?) sont les prochains sur la liste de ce juge. Et la femme mineure à vie, c’est pour bientôt ?

Douglas Kennedy dénonce aussi le statut on ne peut plus précaire d’Uber, esclavage des temps moderne, les clients qui ne respectent pas le chauffeur, ne lui laisse même pas un pourboire, quand il ne l’insulte pas en ne se gênant pas pour laisser des appréciations infâmes sur l’application.

J’ai beaucoup aimé, également, le titre de ce livre, « Les hommes ont peur de la lumière » inspiré de Platon :

On peut aisément pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité ; la vraie tragédie de la vie, c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière.

J’ai beaucoup aimé ce dernier opus de Douglas Kennedy qui flirte avec le thriller, ou le roman noir, et se lit de façon addictive dès qu’on est entré dans l’histoire. C’est un bon roman, du même cru que ceux qui ont valu la notoriété à l’auteur : « La poursuite du bonheur » ou « L’homme qui voulait vivre sa vie ». J’avais moins apprécié les suivants qui m’avaient fait prendre quelques distances avec l’auteur qui surfait un peu trop sur la vague à mon goût.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur

#DouglasKennedy #NetGalleyFrance !

9/10

Douglas Kennedy est né à New York en 1955 et vit entre les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Auteur de trois récits de voyage remarqués, dont Combien ? (2012), il s’est imposé avec, entre autres, L’Homme qui voulait vivre sa vie et La Poursuite du bonheur (1998 et 2001), suivis des Charmes discrets de la vie conjugale (2005), de La Femme du Ve (2007), Quitter le monde (2009), Cet instant-là (2011), Cinq jours (2013), Mirage(2015), la trilogie La Symphonie du hasard (2017, 2018) et Isabelle, l’après-midi(2020), ainsi que son recueil de nouvelles Murmurer à l’oreille des femmes (2014) et son essai Toutes ces grandes questions sans réponse(2016), tous parus chez Belfond et repris chez Pocket.

Extraits :

Mais j’avais pour règle de ne jamais dépasser les bornes, une attitude inculquée dès mon plus jeune âge par un tribunal de parents et de prêtres. Je la mettais en œuvre dans toutes mes interactions sociales, surtout celles qui se déroulaient dans ma Prius blanc cassé vieille de huit ans. Dans le monde d’Uber, la moindre plainte à votre encontre vous place en tort. Alors quand des pulsions de ce genre faisaient surface, je les étouffais de toutes mes forces.

Lors de ces moments-là, à 4 heures du matin, où je me regarde dans la glace en me demandant comment j’en suis arrivé là, je suis bien obligé de l’admettre : à chaque instant crucial de ma jeunesse où j’aurais pu m’émanciper, j’ai choisi de céder à mon père. Peut-être que je n’ai jamais été doué pour imposer ma volonté, mes préférences et mes rêves.

Douze dollars de l’heure, c’est à peine supérieur au salaire minimum. Autrement dit, c’est tien. Mais ces temps-ci, rien vaut mieux qu’absolument rien.

La croyance que l’échec est un manquement personnel et que nous sommes tous capables de nous relever, d’épousseter nos vêtements et de repartir à zéro est enracinée dans le cœur de très nombreux Américains…

Difficile de se plaindre de quoi que ce soit puisqu’il n’y a pas de locaux dans lesquels se rendre. Bien sûr, il existe un numéro d’assistance pour les chauffeurs – mais il faut compter au moins trente minutes d’attente pour parler à un être humain.

Était-ce là tout ce qui m’attendait pendant les années à venir ? Un quotidien d’embouteillages, de cohue routière et de gens pour lesquels je n’étais personne, juste un chauffeur provisoire à ignorer ou à maltraiter sans jamais le gratifier d’un pourboire ou d’un merci ?

Je me repassais en boucle le moment où l’agent de sécurité avait pris feu, victime d’un homme qui trouvait juste d’attaquer à la bombe incendiaire le personnel d’une clinique spécialisée dans une opération tout à fait légale. Aux yeux de ce pyromane, les médecins et toutes les autres personnes qui se trouvaient dans le bâtiment méritaient d’être assassinés. Parce qu’ils étaient tout coupable de meurtre. 

Depuis quand ma femme avait-elle rejoint la version chrétienne des talibans ?

C’est ça le problème dans ce pays.  Quand on a besoin de moyens, on doit lécher les bottes d’un millionnaire au lieu de demander à l’État. Il ne faudrait quand même pas que l’argent du contribuable finance autre chose que l’armée, la police et les cadeaux fiscaux aux riches.

Peu importe à quel point on nous répète qu’il y a ceux qui ont raison et ceux qui ont tort. La seule et unique vérité, c’est que c’est un choix personnel ? Et il revient à chaque femme de faire ce choix.

… Mais il n’empêche qu’on est en guerre – en guerre contre le mâle blanc qui sent ses privilèges lui échapper et ne reculera devant rien pour garder le pouvoir. Et ces salopards ne se plient à aucune règle. Ils piétinent les droits des femmes, les minorités, les immigrés, les personnes LGBT… Petit à petit, ils transforment ce pays en république bananière entièrement contrôlée par une élite d’ultrariches.

Bienvenue dans l’Amérique moderne. Le sale type gagne toujours.

Lu en juillet 2022