Publié dans littérature USA, Rentrée littéraire 2021

« Marie-Blanche : Au fil de la vie » de Jim Fergus

Je vous parle aujourd’hui d’un livre plutôt autobiographique qui me tentait beaucoup sur NetGalley, et sur les blogs :

Résumé de l’éditeur :

1995, région des Grands Lacs. Jim Fergus rend visite à sa grand-mère, Renée, 96 ans. Fille d’aristocrates français désargentés, mariée trois fois, celle-ci a connu un destin hors du commun qui l’a menée de son petit village natal de la région de Senlis jusqu’aux États-Unis, en passant par les sables de l’Égypte. D’un caractère entier, froide et tyrannique, elle a brisé la vie de sa famille, en particulier celle de sa propre fille, Marie-Blanche, la mère de Jim. Pour essayer de comprendre cette femme, et peut-être de lui pardonner, l’écrivain va tenter de retracer son parcours. Puis celui de Marie-Blanche, dont la vie a commencé comme un conte de fées avant de prendre des allures de tragédie.

Jim Fergus s’inspire ici de son histoire personnelle pour nous offrir une bouleversante saga familiale. À la façon de Dalva, de Jim Harrison, il inscrit l’intime dans l’Histoire et nous présente d’inoubliables portraits de femmes dans la tourmente. On retrouve surtout dans cette fresque qui s’étend sur un siècle et trois continents toute la puissance romanesque de l’auteur de Mille femmes blanches associée à une force d’émotion rare.

Ce que j’en pense :

Après avoir rendu visite à sa grand-mère, Renée, atteinte de la maladie d’Alzheimer et qu’il ne porte pas vraiment dans son cœur, Jim essaie de retracer l’histoire de cette branche maternelle de sa famille. On va ainsi suivre dans un premier temps l’enfance de Renée, dans une famille qui se dit de la noblesse (son père est comte). Henriette, sa mère, est amoureuse de son beau-frère, le ténébreux Gabriel qui a une propriété en Égypte, dont il revient de régulièrement pour filer le parfait amour avec elle !

Dès la petite enfance, Renée se cache pour assister à leurs ébats et se promet de séduire plus tard son oncle… et comme Gabriel n’aime que les très jeunes filles, on comprend très vite ce qui va arriver…

En fait, il s’avère qu’Henriette et Pierre ne sont pas les parents biologiques de Renée (elle serait la fille d’une danseuse de revue parisienne, accessoirement une des maîtresses du comte). Ils auront un autre enfant (merci Gabriel) mais ne s’intéresseront guère plus à lui. Famille de noble, fin du 19e début du 20e siècle avec toutes les caractéristiques de l’époque : adultère, jalousie, parents qui ne pensent qu’à eux…

On va suivre l’évolution de Renée, sa liaison avec Gabriel alors qu’elle a à peine quatorze ans : que l’on se rassure : elle est aussi tordue et manipulatrice que lui. Elle finira par épouser quelqu’un de son rang qu’elle s’empressera de « plaquer » après deux grossesses…

Fille indigne, mère indigne, Renée a tout pour elle ! et ne peut que manipuler ses enfants qu’elle n’aime pas et Marie-Blanche sa fille va payer le prix fort. Dès sa plus tendre enfance, Renée assènera sans relâche à sa fille, qu’elle n’est pas intelligente, qu’elle est moche (elle a le même nez que son père ! et elle va aller jusqu’à le lui faire remodeler par la chirurgie esthétique !). Mais stop, ne divulgâchons pas…

Jim Fergus a déjà écrit une première mouture de son histoire familiale, et cela lui a permis de rencontrer Marie-Antoinette, une cousine qui a pu lui révéler davantage de choses sur cette branche maternelle de la famille. Jim est le troisième enfant de Marie-Blanche, dont l’aîné est mort tragiquement d’un accident. Leurs parents n’ont jamais fait le deuil et ont décidé d’avoir deux autres enfants pour continuer à avancer, on devine aisément ce que cette décision a pu provoquer, on ne remplace pas un enfant par un autre…

C’est le deuxième « roman » de Jim Fergus que je lis : j’ai aimé « Mille femmes blanches » mais je n’ai pas lu les suivants. J’ai adoré détester Renée, bien sûr, comme mère toxique, on en fait pas mieux et j’admire l’auteur quand il dit qu’il lui a pardonné, car on ne sait pas si on en serait capable à sa place, mais on comprend le fait qu’il n’ait pas voulu avoir d’enfant…

Ce fut un plaisir de lecture, même si les pages consacrées à Renée sont difficiles à encaisser, tant la première partie, que dans le reste de cette autobiographie « romancée » comme le dit Jim Fergus himself.

L’auteur nous propose de nombreuses photographies de Renée, Marie-Blanche, Billy, entre autres, ainsi que des différents châteaux, demeures de la famille, ce qui en fait un beau livre et donne envie de tenter la version papier…

J’ai lu ce livre via ma tablette et c’est toujours aussi compliqué, la liseuse est tellement plus pratique et moins lourde à transporter, (mais, à sa décharge, elle permet d’apprécier les photographies) … Mais il n’était disponible que via adobe… Il y a des supports qui ne me conviennent pas trop : j’ai récemment tenté un livre audio et mon attention s’envole très vite, j’ai besoin de l’écrit…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du Cherche midi qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#MarieBlanche #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Jim Fergus est né à Chicago en 1950 d’une mère française et d’un père américain. Il vit dans le Colorado.

On lui doit, entre autres, « Mille femmes blanches », « La vengeance des mères », « Les Amazones », ou encore « La fille sauvage »

Extraits :

La comtesse fut la première à noter l’intérêt soudain de son amant pour sa fille. Bien des mères redoutent secrètement ce jour où les hommes, se détachant d’elles, regardent plutôt vers leurs filles et c’est avec un sentiment d’horreur qu’Henriette voyait Gabriel considérer Renée avec l’œil inquisiteur du mâle.

Aussi jeune fut elle, elle prît conscience de sa force innée et de sa supériorité. D’instinct, elle comprenait que les femmes n’avaient de pouvoir que dans le monde des hommes et que leur survie, leur prospérité dépendaient de leur aptitude à manœuvrer DANS ce monde, à s’approprier une partie des prérogatives masculines.

Après tout Renée avait tenu sa promesse, quelques semaines plus tard elle quittait Guy de Brotonne et ses deux enfants – Marie-Blanche et Toto, âgés respectivement de deux et un ans – s’enfuyant en pleine nuit avec le sémillant comte de Fleurieux.

Je garde un souvenir précis de ma conception, du premier bref accouplement de mes parents, dans un lit à baldaquin, sur des draps de dentelle, par une douce nuit de printemps 1920, en Bourgogne. Le sperme enivré de papa, semence de ma propre destruction, cerne l’ovule amer et froid de maman. Je serai le fruit de ces ébats. Quelle mauvaise étoile m’est donc réservée ?

Bien que Louise me nourrisse et me berce depuis toujours, je suis parfaitement consciente – un bébé le sait d’instinct – que ma mère m’a abandonnée. Je ressentirai cette absence jusqu’à la tombe, tel un membre fantôme après l’amputation.

Quand chacun a un verre en main, que les rires fusent de tous les côtés, je ne vais quand même pas me priver. La vie est tellement plus drôle dans les brumes accueillantes de l’alcool, dans cette bulle de bonne humeur qui se forme autour de vous. S’exclure en restant sobre, en braquant sur les autres un jugement froid et distant, très peu pour moi. Au contraire, j’ai envie de les rejoindre et de m’amuser…

Je suis une garce immature et ingrate qui n’aurait jamais dû se marier ni enfanter ! Maman avait raison, j’aurais au moins pu me choisir quelqu’un de fortuné avec une ribambelle de domestiques pour s’acquitter des corvées.

Il a tellement aimé son premier petit garçon qu’il ne peut s’empêcher de le comparer. Oui, même si nous n’en parlons pas, la vérité est que nous sommes déçus par la petite sœur et le petit frère. Leur présence n’arrange rien et, au lieu de nous aider à l’oublier, ils nous rappellent sans cesse leur aîné.

Lu en septembre 2021

Publié dans littérature USA, Thriller, Tombé des mains

« Nous étions les reines » de Laurie Elizabeth Flynn

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, choisi pour me permettre de respirer un peu, car mes dernières lectures ont été souvent des coups de cœur (certaines chroniques sont encore à venir) et voilà ce qu’il advint de ladite expérience…

Résumé de l’éditeur :

QUATORZE ANS PLUS TÔT, LEURS JEUX PERVERS ONT BRISÉ DES VIES. AUJOURD’HUI, C’EST À ELLES DE RENDRE DES COMPTES.

À leur retour sur le campus, dix ans après l’avoir quitté, deux anciennes amies de fac réalisent que quelqu’un cherche à se venger de ce qu’elles y ont fait à l’époque – et que cette personne ne reculera devant rien pour arriver à ses fins.

Un thriller psychologique aussi subtil qu’efficace sur l’ambition, les amitiés toxiques et les désirs mortels. Un premier roman impressionnant et magistral.

Depuis qu’Ambrosia Wellington a quitté la fac, elle s’est donnée beaucoup de mal pour s’inventer une nouvelle vie et laisser le passé derrière elle. Lorsqu’elle reçoit un mail l’invitant à la célébration des dix ans de sa promo, son instinct la pousse d’abord à refuser. Jusqu’à ce qu’arrive un étrange message anonyme :  » Nous devons parler de ce que nous avons fait cette nuit-là. « 

Les secrets qu’Ambrosia pensait enfouis ne le sont pas. Quelqu’un sait. Quelqu’un sait que l’amitié entre Ambrosia et l’extravagante Sloane « Sully’ Sullivan les a poussées à jouer à des jeux de séduction de plus en plus troubles, de plus en plus pervers. Mais comment résister au charme vénéneux de Sully, capable de faire faire ce qu’elle voulait à toutes celles et tous ceux que ce charme envoûtait ?

De retour sur le campus, assaillies par les souvenirs et par les remords, Ambrosia et Sully reçoivent des messages de plus en plus menaçants. Celui ou celle qui les écrit ne cherche pas seulement à connaître la vérité, mais à se venger. À se venger de ce que les deux filles ont fait à l’époque, et dont Ambrosia réalise enfin toute la cruauté.

Alternant entre le récit du premier semestre d’Ambrosia sur le campus et celui de son retour quatorze ans plus tard, Nous étions les reines mêle thriller, tragédie, trouble et trahison pour décrire avec brio la brutalité et la perversité des jeux amoureux et la cruauté des jeunes filles entre elles, à un âge où l’on ne réalise pas qu’il n’y a parfois qu’un souffle ténu entre l’amour et la mort.

Ce que j’en pense :

Ambrosia Wellington, mariée à Adrian, couple improbable, reçoit une invitation pour célébrer les dix ans de la promotion à l’université. Or, il s’est passé quelque chose comme le dit si bien le résumé !!!! et elle craint le retour de la vengeance…

Dès les premiers chapitres, malgré l’alternance présent-passé (quatorze ans plus tôt), j’ai vraiment fait des efforts pour m’accrocher, mais il règne un tel degré de perversité, perversion ne sait même plus quel terme employé chez Amb et son amie Sloane, alias Sully, sur fond de sexualité débridée, malsaine que…. Il m’est tombé des mains.

En gros, c’est sexe pur et dur, langage cru, mettre le grappin sur le compagnon d’une autre, sans vergogne, le tout sur fond d’alcool et de joints, puis cocaïne.

Trop c’est trop, nausées permanentes, ces filles feraient bon ménage avec tous les mecs tordus, style Weinstein, Epstein et comparses… j’avais déjà des nausées XXL à cause d’une intolérance à un antalgique alors, pas eu envie d’insister, ni même savoir qui s’était réellement passé quatorze ans auparavant… On se demande en quoi consistent les études supérieures aux USA…

Je m’attendais à un thriller, et je me suis retrouvée dans une quatrième ou cinquième dimension… certes, c’est le premier livre de l’auteure et elle trouvera probablement son public…

Le résumé de l’éditeur, en dit trop, et j’aurais dû m’en tenir à sa lecture…. Je préfère encore entendre Goebbels pérorer sur l’utilisation de la musique, à des fins de propagande que cette soit disant « lecture détente ». Je vais m’empresser de l’oublier…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thriller qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure qui visiblement n’est pas pour moi…

#Nousétionslesreines #NetGalleyFrance

Tombé des mains ou plutôt jeté contre le mur mais j’aurais abîmé ma liseuse et c’eût été fort dommage.

Extraits :

Un jour, un poing s’est refermé sur notre monde, en expulsant toute lumière. Cette scène de carnage à laquelle nous avons assisté, massés devant notre résidence universitaire, nous l’avions couvée en notre sein. Une pulsion de destruction qui a anéanti notre capacité de création. P 2

C’était ça, Wesleyan, une université toujours prête à sauver le monde, mais remplie de filles qui ne pouvaient pas se sauver elles-mêmes.

De toute façon, a continué Sully, on est toutes les mêmes pour eux. On a le même corps. C’est ce qu’on fait avec qui compte. Pourquoi tu penses qu’ils sont si nombreux à céder à la tentation ? Pourquoi tu crois que les enterrements de vie de garçon génèrent, genre, des milliards de dollars ? C’est une industrie qui repose sur l’idée que presque tous les hommes vont tromper leur copine à un moment ou un autre…

Abandonné en septembre 2021

Publié dans Environnement écologie, littérature USA

« Nous vivions dans un pays d’été » de Lydia Millet

Petit tour, aujourd’hui dans le monde de l’écologie avec ce roman qu’il est difficile de classer : on n’est pas dans le post-apocalyptique, l’uchronie la dystopie ou la science-fiction, c’est un objet terrestre non identifié :

Résumé de l’éditeur :

Un roman puissant sur l’aliénation adolescente et la complaisance des adultes dans un monde en mutation.

Une grande maison de vacances au bord d’un lac. Cet été-là, cette maison est le domaine de douze adolescents à la maturité étonnante et de leurs parents qui passent leurs journées dans une torpeur où se mêlent alcool, drogue et sexe.

Lorsqu’une tempête s’abat sur la région et que le pays plonge dans le chaos, les enfants – dont Eve, la narratrice – décident de prendre les choses en main. Ils quittent la maison, emmenant les plus jeunes et laissant derrière eux ces parents apathiques qu’ils méprisent et dont l’inaction les exaspère autant qu’elle les effraie.

Ce que j’en pense :

Des adolescents sont en vacances, comme tous les étés dans une grande maison, avec leurs parents respectifs. Les adultes, classe petits bourgeois, passent leur temps dans des discussions interminables sur tout et rien, certains pensent quand même à gérer la petite communauté » les courses, la cuisine….

Trop occupés d’eux-mêmes, ils en oublient qu’ils sont des enfants, et peut-être des responsabilités, mais en fait, leur progéniture livrée à elle-même, gère au mieux et, sans illusion sur les adultes, constatent quand même qu’ils ne se rendraient même compte de leur départ, s’ils voulaient aller s’amuser ailleurs. Ils se défoulent en dérobant des choses, en fouillant dans les affaires, détruisant du matériel au passage. Vaine tentative pour attirer l’attention….

Un jour, la catastrophe s’abat sur leur petit coin de paradis, sous la forme d’une tempête qui entraîne le déracinement des arbres, des coulées de boue, inondations. Comment vont-ils tous réagir ?

Lydia Millet a choisi de donner la parole à une des ados, Evie, pour raconter, avec ses mots à elle, la catastrophe ses conséquences et nous livrer ainsi ses craintes sur l’avenir de la planète, son désir de prendre soin d’elle à son niveau à elle.

Je retiens le manque de maturité et le narcissisme, l’addiction à l’alcool et à al société de consommation des parents qui ont complètement démissionné de leur rôle de parents justement si toutefois ils l’on exercé un jour.

Les enfants par contre sont beaucoup plus matures que leur âge, mais en était-il possible autrement, vu qu’eux seuls ont toujours eu le sens de responsabilité, envers les plus jeunes, et envers la Terre elle-même.

Quand survient la catastrophe l’inaction des parents est monstrueuse : on discute, on s’écoute parler, noble discours bien sûr mais tellement vide. Ils ne savent même pas comment planter un clou, alors protéger la maison pour empêcher l’eau d’entrer… Il y en a qui essayent quand même, alors que d’autres regardent critiquent et trouvent inutile de se protéger : ça va passer.

Aucune conscience écologique, même la plus élémentaire, alors que leurs enfants ont compris l’ampleur de la catastrophe, et tentent de trouver des solutions de bon sens. Cela rappelle, le naufrage du Titanic, où les gens se sont préoccupés de baffrer (le mot est moche mais il est encore faible !) les premières chaloupes sont parties presque vides.

Et bien ici, bis repetita, les parents mangent mais surtout boivent, se droguent. Ils ne s’aperçoivent même pas que les enfants ont fini par partir.

La gestion du téléphone portable et du wifi est différente selon justement les âges après la tempête : pour les ados, il faut se tenir au courant de l’évolution et des conséquences ailleurs dans le monde, pour les parents vérifier où en sont leurs investissements !

J’ai bien aimé la relation d’Evie avec son petit frère Jack, qui est conscient du danger imminent et tente avec son ami Shel de sauver les animaux (comme l’arche de Noé. Tous les deux sont sensibles à la cause animale du plus petit insecte à la chouette ou aux chèvres. Shel est atteint d’aphasie et s’exprime en langue des signes, mais avec de tels parents a-ton quelque chose à dire à son âge ou mieux vaut économiser sa salive ?

Il est inutile de préciser de quel côté je me suis rangée, cela se devine aisément. Je pense qu’à la place de ces ados, j’aurais fait encore plus de bêtises (les petits larcins et la destruction de meubles, ne suffisant manifestement pas) pour voir jusqu’où pouvaient aller les parents…

Lydia Millet décrit bien ce qui peut se produire en cas de catastrophe, y compris les meutes armées de kalachnikov ou autre bijou du même style, semant la terreur pour tout piller, ce qu’on l’on peut constater souvent, quand d’autres pratiquent l’entraide, la solidarité.

On n’est jamais, dans le cours magistral sur l’écologie ou la nécessité de revoir notre système de consommation, ni dans le côté sombre négatif du catastrophisme, Lydia Millet choisit de se placer au niveau du ressenti et de la manière de pensée d’une ado et son groupe d’amis. Et son message pas très bien car non moralisateur. La fin est très réussie.

Un roman prophétique sur le monde de demain dit son éditeur et il a tout à fait raison, surtout quand vient de nous arriver le dernier rapport du GIEC. Je vous ferai un topo plus tard à ce sujet, ou pas….

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure dont la plume et le ton gentiment ironique pour aborder des thèmes cruciaux pour la survie de la planète m’ont plu et rejoignent ma manière d’envisager les choses. Cette lecture me donne envie d’aller jeter un coup d’œil sur ses précédents livres.

#Nousvivionsdansunpaysdété #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Lydia Millet est née à Boston d’un père égyptologue et d’une mère libraire. Elle est sans conteste l’une des voix les plus marquantes de la nouvelle fiction américaine, un écrivain à la fois engagé et d’une sensibilité peu commune aux différentes formes romanesques.

On lui doit également Magnificence, Lumière fantôme ou encore Le cœur est un noyau candide.

Extraits :

Avant, nous vivions dans un pays d’été. Dans les bois, il y avait des cabanes perchées dans les arbres, et sur le lac des bateaux.

Même un tout petit canoé pouvait nous emmener jusqu’à l’océan. Nous traversions le lac en pagayant, franchissions un marais, suivions un ruisseau et arrivions à l’embouchure de la rivière. Là où l’eau rencontrait le ciel. Laissant nos embarcations sur le sable, nous courrions sur la plage, portés par une brise saline.

Ils aimaient boire : c’était leur passe-temps favori, ou, d’après l’un des nôtres, peut-être bien une forme de religion…

… Cela semblait leur procurer de la satisfaction. Ou du moins leur permettre de tenir le coup. Le soir, ils se rassemblaient pour manger de la nourriture et boire plus.

Ils ne savaient pas qu’il y avait des sujets urgents ? Des questions qu’il fallait poser ? Si l’un de nous disait quelque chose de sérieux, ils balayaient son intervention d’un revers de la main.

Bien entendu, il y avait toujours des traces. L’astuce était de les cacher. Nous avions à coup sûr laissé des molécules derrière nous, ai-je pensé tout en ramant. Mais rien qui trahissent notre identité. Juste de la peau, des ongles, des cheveux, emportés loin, très loin dans la mer.

Les présentateurs météo parlaient de catégories et de vitesse du vent, de trajectoires, de cônes et bandes. Nous avions déjà entendu ces termes. Il y avait des évacuations forcées et des gens têtus qui voulaient « l’affronter ». Des gens qui mourraient par pure stupidité. D’autres parce qu’ils aimaient trop leur maison. Certains étaient frêles et âgés. D’autres mourraient en essayant de les secourir.

Les mères qui s’occupaient d’ordinaire de la cuisine semblaient en grève. J’en avais vu deux se faire des rails de coke dans la salle de bains.

Pendant la nuit, l’ancienne génération s’était gavé d’ecstasy. Allez savoir si cela avait été planifié ou s’il s’agissait d’une opération clandestine. En tout cas, ils avaient rapidement atteint des sommets d’ignominie.

Je n’en revenais pas : les parents, pris en flagrant délit d’altruisme.

Et puis j’ai pensé : Attends. Oublie la tique. Pourquoi nous plaignons-nous tout le temps ? Nous avons la chance d’être en vie.

C’était malsain de se vautrer dans le malheur des autres, avait justifié l’une des mères. Ils faisaient des exceptions pour l’argent et le travail. Les pères disaient devoir surveiller leurs investissements, et quelques parents étaient toujours employés sous une forme ou une autre.

Hormis cela, ils suivaient leur routine habituelle. Au petit-déjeuner, des bloody mary et des irish coffee. A midi, des bières, et à seize heures pétantes, open bar.

Les parents, indignés, se plaignaient. Cela avait été tellement soudain, se lamentaient-ils. Tous avaient entendu dure qu’il restait encore du temps. Beaucoup de temps. C’était la faute de quelqu’un d’autre, à n’en pas douter. Pas celle des scientifiques, a dit l’un. Eux avaient fait de leur mieux. Peut-être celles des hommes politiques. Et sans doute, celle des journalistes.

Lu en juillet-août 2021

Publié dans littérature USA

« Julip-La femme aux lucioles-L’été où il faillit mourir » de Jim Harrison

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui a constitué un véritable défi pour moi, puisqu’il doit y avoir un an que je l’ai ouvert en version électronique grâce à NetGalley, reposé puis repris en version papier :

Résumé de l’éditeur :

Péninsule nord du Michigan. Terre d’errance de Chien Brun, métis indien. Membre d’un clan détonnant, il va devoir composer entre détresse charnelle et blessures à l’âme…

Trois républicaines. Bien mariées, bien installées. Mais qui, depuis toujours, en pincent pour un sulfureux don Juan. À tel point qu’elles souhaitent mettre fin à ses jours…

D’anciens copains de campus aujourd’hui bien rangés volent au secours d’un des leurs dont l’engagement terroriste ne s’est pas élimé…

Dans ces longues nouvelles, dans l’art desquelles il était passé maître, Jim Harrison exalte autant les paysages américains que l’âme de ses nombreux personnages, à qui il prête des voix conquérantes, désabusées ou gloutonnes, des voix à son image.

 « L’œuvre de Jim Harrison danse, galope, tangue vers le large, embrasse l’infini d’un continent sans limites. Né sous le signe du coyote, Jim Harrison ne s’apprivoise pas. Par ces temps de sieste prolongée, il nous remet debout et nous offre bien plus qu’une tranche d’exotisme : une cure de sauvagerie. » André Clavel, L’Express

Ce que j’en pense :

Il y a un bon moment que j’avais envie de découvrir la plume de Jim Harrison, dont François Busnel nous a tellement parlé dans sa Grande Librairie, et dont je ne connaissais que le film adapté de « Légendes d’automne » donc pourquoi pas tenter ces nouvelles pour commencer ?

En fait de trois nouvelles, on s’aperçoit très vite que chacune se décline en trois versions ce qui nous donne neuf novellas. On découvre ainsi Chien Brun, Amérindien dont on va découvrir plusieurs épisodes de la vie, du défenseur de tombes et cultures amérindienne, amoureux depuis l’adolescence de Rose qui saute sur tout ce qui bouge (Rose a pris trente kg depuis leur première rencontre, elle a un copain mais pourquoi pas ? Elle l’entraîne dans des dépenses inconsidérées, lui qui a déjà dépensé sa bourse d’étudiant (alcool, filles…)

On fait la connaissance de professeur de lettres, qui se fait harceler par ses étudiantes notamment une, avec des plaintes pour viol faisant de sa vie un cauchemar. J’ai aimé l’évolution du vieux professeur qui s’improvise cow-boy pour redonner du piment à sa vie, ce qui va l’amener à se faire manipuler, bis repetita, par une femme bien plus jeune et surtout sans scrupules via le Mexique, la drogue et des scènes olé-olé. De l’art de se retrouver dans une situation abracadabrantesque. Il donne vraiment l’impression de prendre du plaisir en répétant les mêmes erreurs.

Jim Harrison nous dresse un portrait au vitriol, une description au scalpel de l’Amérique profonde, sur fond de sexualité à la limite du porno parfois tant les termes utilisés sont crus, en parcourant des contrées variées tout aussi brutes de décoffrage que les héros. Le ton est caustique, souvent, l’auteur ne fait pas de cadeau à son pays ni à ses habitants. Ses portraits de femme oscillent entre pudeur et lubricité, moins misogyne qu’on ne le pense à commençant la lecture, car dans « La femme aux lucioles » par exemple, il est beaucoup moins caustique que dans Julip.

Le langage cru m’a beaucoup dérangée, car j’attends d’un auteur ou d’un livre évasion, culture, si c’est pour se retrouver dans une série TV ou de la téléréalité, c’est perturbant. Mais, chose étrange, je me suis laissée prendre au jeu et ce fut une belle et troublante expérience.

Je pensais aborder l’auteur, de façon soft avec les nouvelles, mais vu qu’il s’agit de nouvelles à tiroirs, on arrive à 940 pages et c’est beaucoup. Je reviendrai certainement dans son univers, d’autant plus que « Légendes d’automne » dont j’ai adoré la version cinématographique, m’attend depuis un bon moment dans ma PAL et en plus, « Dalva » me fait de l’oeil …

Je suis passée par toutes les émotions avec ce roman, parfois j’avais envie de l’enfouir aux tréfonds de ma PAL car l’épaisseur est quand même un défi à elle seule, puis, survenait l’envie de m’y replonger. Ce qui explique le temps qu’il m’a fallu pour en venir à bout. Donc une satisfaction supplémentaire : j’en suis venue à bout, ce qui me paraissait un exploit à certains moments donc, je m’auto-congratule pour ma persévérance et m’auto-décerne une médaille, en cette période olympique il faut bien des petits plaisirs.

Cela dit, je ne regrette pas d’avoir insisté, pris mon temps, car je me suis rendu compte que c’est un auteur qui s’apprivoise. Il suffit d’être patient et d’entrer dans son univers. Son écriture est rythmée, pleine d’énergie, donnant parfois l’impression de galoper dans les grands espaces, américains cheveux au vent.

Un incident de liseuse a fait que j’ai perdu mes « surlignages ». J’ai donc fini par acheter le livre version papier car j’avais envie d’y revenir et d’approfondir ! pour une fois plus pratique car on peut revenir en arrière quand certains héros sont récurrents comme Chien Brun par exemple.

 Un grand merci à NetGalley et aux éditions 10/18 qui m’ont permis de tenter une première expérience avec l’auteur.

#JulipLaFemmeauxluciolesLétéoùilfaillitmourir#NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Né dans le Michigan en 1937, Jim Harrison est aujourd’hui considéré comme le chantre de la littérature américaine. Scénariste, critique gastronomique et littéraire, journaliste sportif et automobile, il est l’auteur d’une œuvre considérable, parmi laquelle on compte de grands succès comme Légendes d’automne, Dalva, Un bon jour pour mourir.

Il a publié une autobiographie, En marge, et de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont De Marquette à Veracruz, L’été où il faillit mourirJim Harrison est décédé le 26 mars 2016 à l’âge de 78 ans.

Terminé en juillet 2021

Publié dans littérature USA, Romance

« Un été à Nantucket » d’Elin Hilderbrand

Place à la romance aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Le roman bouleversant d’un été américain emblématique.

Chaque année, les enfants de la famille Levin attendent l’été avec impatience pour retrouver la maison de leur grand-mère sur l’île de Nantucket. Mais en cette année 1969, rien ne se passe comme prévu.

Le seul garçon, Tiger, est appelé pour rejoindre l’armée des États-Unis au Vietnam. Blair, l’aînée, est enceinte de jumeaux et ne peut pas voyager. Recluse à Boston, elle se débat avec ses doutes au sujet son mari. Kirby, la cadette, qui a vécu une année difficile, entre son engagement pour les droits civiques et ses amours compliqués, décide de changer d’air et part travailler sur l’île voisine de Nantucket, Martha’s Vineyard. Jessie, la benjamine, se retrouve seule entre sa grand-mère, figure de la haute société de l’île, qui lui impose ses règles vieux-jeu, et sa mère, en proie au désarroi le plus profond depuis le départ au front de son fils.

Cet été 1969 sera pour toutes ces femmes celui de la résilience et du renouveau.

Ce que j’en pense :

L’été est arrivé et comme chaque année la famille se retrouve à Nantucket, station balnéaire du Massachusetts, grande rivale de Martha’s Vineyard, où l’on ne rencontre que le gratin de la société américaine de l’époque.

On fait la connaissance d’Exalta Nichols, la grand-mère attachée aux principes éducatifs de son époque qui règne en impératrice sur « sa maison » : elle seule a droit à l’air conditionné, les autres n’ont qu’à suer en silence…

Elle accueille sa fille Kate, dont le premier mari, Wilder Foley, s’est suicidé peu après son retour de la guerre de Corée et qui s’est remariée, au grand dam de sa mère, avec David Levin qui a le défaut d’être juif par Exalta. Et surtout, Wilder était un homme au-dessus du lot, héros de guerre donc sans défaut pour sa mère.

Elle a eu trois enfants de son premier mariage : Blair, étudiante brillante, professeur de lettres à l’université, spécialisée dans l’œuvre d’Edith Wharton, qui a épousé Angus, un astrophysicien perdu dans ses calculs, adepte de la femme au foyer, enceinte jusqu’aux yeux de jumeaux et qui ne pense qu’à manger et dont on imagine aisément le surpoids.

Sa seconde fille, Kirby, la rebelle de la fratrie, a une vie plus compliquée ; fascinée par les discours de Martin Luther King, elle se rend aux manifestations pour la paix, ce qui lui vaudra d’être arrêtée par un policier véreux et pervers. Cette année elle a décidé de fausser compagnie à la famille et de travailler dans l’île voisine et rivale de Martha’s Vineyard où elle va rencontrer Darren, un jeune étudiant Noir brillant dont elle tombe amoureuse. Elle réussit à se faire embaucher dans l’hôtel chic où descendent toutes les célébrités.

Ensuite, nous avons l’unique fils de Kate, Tiger qui a été envoyé au Vietnam. Il est content d’aller défendre son pays, alors qu’il aurait pu échapper à l’enrôlement en continuant ses études.

Enfin Jessie, fille que Kate a eu avec son deuxième mari, à l’aube de ses treize ans qui doit se rendre tous les matins au cours de tennis de la bourgeoisie sous peine de punition, on peut faire confiance à la matriarche, marâtre, pour trouver des idées…

Jessie découvre les premiers émois de l’adolescence avec Pick, un garçon un peu plus âgé qu’elle qui habite avec son grand-père pour l’été dans une dépendance de la maison ; elle raconte son ressenti à Tiger avec lequel elle échange des lettres.

On va suivre les péripéties de cette famille bourgeoise, obsédée par le qu’en dira-t-on, pendant cet été 1969, quelques mois après l’assassinat de Martin Luther King puis celui de Robert Kennedy. La famille Kennedy avait suscité beaucoup d’espoir notamment chez les jeunes qui désiraient la fin de la guerre. En fait, on connaît bien Martha’s Vineyard parce que c’est la résidence d’été des Kennedy.

On assiste à la descente aux enfers de Kate qui ne supporte pas que Tiger risque sa vie au Vietnam et passe son temps à boire, indifférente aux tourments adolescents de Jessie et peu à peu elle va prendre de la distance par rapport à Exalta et lui ouvrir les yeux sur la vraie personnalité de son premier époux.

Une preuve de la délicatesse et la tolérance d’Exalta : elle inscrit sa petite-fille au club de tennis sous son nom à elle ; Levin ce n’est pas assez bien et prouve son antisémitisme pour Jessie.

J’ai choisi ce roman, un peu pour m’évader, et surtout parce que j’aime beaucoup la fin des années soixante, et 1969 avait tout pour me plaire avec ses bouleversements, la société qui veut changer et rompre avec les brides du passé, sur fond de racisme et d’antisémitisme, alors que la génération d’Exalta est attachée aux valeurs bourgeoises de la famille et du sacrifice des femmes : quand on est trompée, on ne dit rien, on serre les dents et on avance et tant pis si on gâche sa vie. En arrière-plan, on a la musique avec le concert de Woodstock qui approche, sans oublier bien-sûr les premiers pas sur la lune. On devine aisément que c’est Angus qui est aux manettes, enfin aux calculs.

A ce propos, l’auteure a eu une idée sympathique : chaque chapitre a pour titre une chanson de l’époque, ce qui donne envie de ressortir nos vieux disques (vinyle bien-sûr !) « those were the days my friend, we thought they’d never end » « The answer, my friend, is blowin’ in the wind », « suspicious Minds »

Dans le roman, Elin Hilderbrand fait intervenir Ted Kennedy et son accident de voiture de Chappaquiddick qui a coûté la vie à Mary-Jo Kopechne dans des conditions suspectes qui ont fini par lui coûter sa carrière politique, du moins son désir d’accéder à la présidence.

J’ai aimé retrouver cette époque, certes et cette histoire familiale commençait plutôt bien, mais le récit a fini par tourner à l’eau de rose et on se retrouve dans Dallas ou les feux de l’amour. « Nantucket, ton univers impitoya-a-a-ble glorifie la loi du plus fort… »  Je préfère les récits consacrés à la ségrégation ou au racisme de l’Amérique profonde, à ce monde de nantis, qui est constamment dans le paraître, les privilèges…  

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et la plume de son auteure. C’est une bonne lecture d’été, les orteils en éventails sur la plage, ou dans le jardin sous un pommier. Elin Hilderbrand tenait un sujet intéressant elle aurait pu creuser davantage au lieu de rester dans les clichés.

#UnétéàNantucket #NetGalleyFrance

6/10

L’auteure :

Après avoir travaillé dans l’édition, Elin Hilderbrand se lance dans l’écriture en 2000. Depuis, ses romans ont été des bestsellers du New York Times de nombreuses fois. Elle vit à Nantucket.

Extraits :

J’ai eu du mal à trouver, mais voici quelques extraits significatifs:

Tant de gens sont morts à All’s fair que Jessie a du mal à croire que la maison n’est pas hantée. Cela dit, Jessie ne verrait pas Exalta tolérer la présence d’un fantôme – ou un fantôme supporter Exalta. La maison a toujours la même odeur : elle sent le vieux et la poussière, comme un musée.

Sa mère a grandi à une époque où les jeunes femmes devaient simplement s’accommoder de maris infidèles. Mais, nous sommes en 1969et Blair ne le tolérera pas.

Après vingt et un ans à nager à contre-courant – remettre en cause l’autorité, se rebeller contre les règles et prendre de mauvaises décisions – Kirby est surprise de découvrir que l’ordre, le calme et la routine sont ses aspects préférés du travail de réceptionniste au Shiretown Inn.

Ça y est. Blair est submergée d’émotion. Elle va avoir un bébé, deux bébés. Elle est sur le point de créer une famille, juste ici, maintenant, le 16 juillet 1969, le même jour où l’homme se dirige vers la lune. Angus doit être absorbé par le lancement imminent de la fusée, à vérifier et revérifier des calculs, en communication constante avec Cape Kennedy…

Qu’attend-elle de la vie ? Il faut qu’elle mette ses peines de cœur et ses désillusions derrière elle et qu’elle se forge une vraie identité. Elle redeviendra la personne qu’elle était le matin de sa première manifestation, quand elle a enfilé son t-shirt tie & dye avec un signe de paix et fermé ses bottines en daim à franges. Cette femme-là était passionnée, maîtresse d’elle-même et avait confiance en elle.

Lu en juillet 2021

Publié dans littérature USA, Roman historique

« L’agonie des grandes plaines » de Robert F. Jones

J’ai choisi le livre dont je vous parle aujourd’hui et dont je ne connaissais pas du tout l’auteur car le titre me plaisait et j’avais un tel besoin de m’évader du quotidien covidien :

Résumé de l’éditeur :

Wisconsin 1873. À la mort de ses parents victimes de la grande crise financière, Jenny Doussmann part dans les Grandes Plaines rejoindre son frère, Otto, vétéran de la guerre de Sécession devenu chasseur de bisons. Ceux-ci commencent à se faire rares, sans compter les rivalités entre chasseurs et la plupart des tribus indiennes entrées en guerre. Le premier hiver de ces deux émigrants allemands, seuls dans l’immensité, tourne au cauchemar.

Ils seront sauvés par une vieille connaissance, Two Shields, un Cheyenne du Sud qui s’engage à veiller sur eux. Devenus membres de sa tribu, Jenny et Otto devront combattre à la fois d’autres chasseurs et des tribus ennemies des Cheyennes. Dans ce roman sauvage et lyrique, les Grandes Plaines sont le réceptacle d’un monde à l’agonie et font corps avec l’Indien et le bison décimés. Ce tableau de l’Ouest américain, avec ses descriptions crépusculaires, mais réalistes, n’épargne personne, animaux et humains : Indiens comme Blancs.

Ce que j’en pense :

Emil Doussann, qui a quitté son Allemagne natale, pensant faire fortune, pour tenir une ferme aux USA vient de recevoir une mise en demeure de payer ce qui reste dû de son hypothèque, soit 938 dollars et cinquante cents, mais son ami banquier, refuse de l’aider, au nom de la crise qui touche tout le monde… Il se pend et son épouse après avoir vu le corps met fin à ses jours dans la foulée. Ils laissent leur fille Jenny seule face à son destin !

Leur fils Otto, après avoir combattu pour le général Grant pendant la guerre de Sécession a décidé d’aller chasser le bison dans l’Ouest (participer à l’extermination des bisons pour affamer les Amérindiens serait le terme plus adéquat). Il revient pour assister aux funérailles et Jenny arrive à le convaincre de l’emmener avec lui.

L’auteur nous entraîne dans une belle aventure, après un voyage en train puis à cheval dans ces contrées de l’Ouest où tous les excès sont de mise : dans le climat avec ces périodes de froid, neige, blizzard, mais aussi ces hommes qui sont partis faire fortune et n’ont pas forcément beaucoup de scrupules, qui considèrent les Amérindiens comme des sous-hommes (cela n’a pas beaucoup changé hélas).

On fait la connaissance de Raleigh Mc Kay, l’associé d’Otto, qui a combattu dans les rangs sudistes, de l’écorcheur immonde, Milo Sykes, et de Two Shields, dont le père est Cheyenne et la mère d’origine allemande.

Entre les comportements ignobles de certains Blancs, l’abattage des bisons, dont certaines scènes, trop réalistes, m’ont tellement secouée que j’ai dû faire une pause de quelques mois dans la lecture, les trahisons, la manière dont les Amérindiens sont traités, les traités qui sont bafoués alors qu’ils viennent tout juste d’être signés, le récit est parfois un peu rude, sans oublier la rouerie de Grant devenu président et de ses ministres, notamment Delano…

La manière dont Otto (et les autres) affichent leur mépris vis-à-vis des « Indiens », en les désignant pas « ils » ou Mister Lo (calembour pour se moquer de la citation « Lo, the poor Indian », vers écrit par le poète Alexander Pope, est significative !

J’ai aimé approcher les coutumes des Cheyennes, car Jenny a dû se réfugier chez eux grâce à Two Shields pour pouvoir rester en vie, le maniement des armes, les arcs autant que les fusils (j’aurais pu devenir experte en fusils, carabines, armes à feu en tout genre, mais je déteste les armes !), la sagesse des anciens, la place de chacun dans la vie, dans la communauté, mais aussi les rapports avec les autres : Arapahos, Apaches, Sioux, Crows…

Ce fut un voyage difficile, car certaines scènes sont dures, mais l’écriture est belle, la Nature occupe une belle place, le blizzard aussi. Par contre, mon opinion vis-à-vis des Yankies, (que les Indiens appellent poétiquement les « Araignées ») qui n’a jamais été au top, je le reconnais, ne va pas en sortir renforcée, mais il y avait peu d’espoir en fait…  Il est sidérant de voir que la manière dont les Américains considèrent les Amérindiens, et parlent d’eux comme d’une sous-race est exactement la même que ce qu’ils disent aujourd’hui des Noirs cf. Les propos de Suprémacistes …

Une question que je me pose souvent : pourquoi, n’a-t-on jamais porté plainte ou parler de crime contre l’humanité, pour le génocide des Amérindiens ? entre autres… comme le chante mon ami Renaud : « aucune femme n’a sur les mains le sang du génocide des Indiens d’Amérique, sauf peut-être… »

Voyage difficile, donc mais quel voyage sur les traces de Jenny dont on ne peut qu’admirer l’habileté à la chasse pour se nourrir, le courage, chevauchant avec elle dans ces paysages à couper le souffle, dans ces grandes plaines à l’agonie, qui étaient en fait, un charnier à ciel ouvert.

Et quelle revanche sur les westerns spaghettis ou autres dont on nous abreuvés au cinéma pendant des lustres, louant sans vergogne la supériorité de l’homme blanc face aux vilains Indiens » !

« L’agonie des grandes plaines » ! Quel beau titre n’est-ce pas ? c’est d’ailleurs lui qui a motivé mon choix car je ne connaissais pas l’auteur, dont les talents de conteurs sont immenses. J’aurais aimé retenir les noms indiens tellement poétiques, mais ils sont très compliqués…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du Rocher qui m’ont permis de découvrir ce livre ainsi que l’auteur qui m’était totalement inconnu.

#LAgoniedesgrandesplaines #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Robert F. Jones (1934-2002), romancier, éditorialiste au Men’s Journal et journaliste pour Sports Illustrated et Fields & Stream, a écrit plusieurs ouvrages, documents comme romans, dont Jake et Upland Passage qui ont reçu des prix.

Extraits :

La prairie vierge : pas encore d’ornières creusées parles roues, ni de cheminées, ni d’araignées – le bison dans toute sa plénitude. Ici, pas d’histoire, pas de numéros, pas même de résonances toponymiques. Pas de traitres, ni de héros. Et si cette contrée en a eu jadis, qui sait ce qu’ils signifiaient ?

Rien que la terre, plate, vide, illimitée et intemporelle, coupée jusqu’à l’os par de rares cours d’eau, écrasée de soleil. Le vent souffle sans trêve, nuit et jour, jusqu’à rendre fous les hommes et les animaux. Puis il s’arrête… 

« L’Amérique est une terre bien dure », se dit Jenny. « Elle a essayé de tuer mon frère, et n’y étant pas parvenue, elle a tué mon père et ma mère à la place. Je suis sûre qu’elle essaiera de me tuer, moi aussi, tôt ou tard. Que tous ces banquiers aillent brûler en enfer ! »

Non, les Dousmann n’étaient pas les premiers suicidés qu’avait enterrés le pasteur. L’Amérique était une terre sans pitié…

A cette heure, les terres situées à l’Est du Mississippi étaient le pays du bien-être—ou en tout cas de ce qui passait pour tel dans l’Amérique de ce temps – une région de fermes, de villes, de foyers, d’emploi, de bibliothèques, de journaux, d’églises, d’écoles, une région adaptée aux besoins des hommes de bon sens, des femmes raisonnables, et de leurs enfants policés.

A l’ouest du fleuve, c’étaient les étendues sauvages, les plaines desséchées et les montagnes lugubres, les loups les bisons et les Indiens indomptés, une gigantesque superficie de terres à peine grignotées par les aventuriers, et les désespérés – les employés du chemin de fer, les montagnards, les chasseurs de peaux ; les femmes de petite vertu, les colons, les joueurs et le cow-boys.

Ils (Les lobos, loups chasseurs de bisons) crevaient de faim, à présent que les bisons avaient été exterminés dans les environs. Une idée la frappa : les loups, presque privés de gibier, n’étaient pas sans rappeler la nation toute entière, en proie à la panique qui faisait rage. Oui, c’étaient d’authentique Américains, ces lobos.

Comment un demi-sang saurait-il de quelle façon un gentleman devait se comporter ? De toute façon, il devait se prendre pour un Blanc, tout aussi bien. Il ne savait peut-être même pas, si ça se trouvait, que les races inférieures, n’avaient pas à réconforter les Blancs ou les Blanches. Mais Raleigh savait bien qu’il n’avait de leçons de savoir-vivre à donner à personne…

« Arrivés là, nous avons rencontré le Washington Chief, un grand commandant des soldats bleus qu’on appelle Grant. A présent, c’est lui le chef de toutes les Araignées (les Blancs). C’est un vilain petit bonhomme, avec des poils plein la figure. Mais coriace.

Lu entre janvier et juin 2021

Publié dans littérature USA, Polars

« Le dard du scorpion » de Preston & Child

J’ai découvert ces deux auteurs, pour la première fois, il y a quelques mois avec « Tombes oubliées » et roman m’a tellement plu que j’ai foncé sur « Le dard du scorpion », c’était une évidence :

Résumé de l’éditeur :

Le corps étrangement momifié d’un homme est retrouvé dans une ville fantôme du Nouveau-Mexique. À son côté : une croix en or du XVIIe siècle datant de l’ère coloniale espagnole.

L’archéologue Nora Kelly et Corrie Swanson, jeune agente du FBI, doivent déterrer l’homme pour l’identifier, déterminer les causes de sa mort et rechercher un éventuel trésor enfoui…

Mais leur présence dérange et les morts s’accumulent… D’abord l’homme qui a découvert le cadavre. Puis un militaire… L’armée, justement, qui se livrait dans le secteur à des essais nucléaires, ne serait-elle pas responsable de la mort du chercheur d’or, dont le cadavre présente des traces de radioactivité ?

Et quid du supposé trésor ? Une fois encore, l’intervention d’Aloysius Pendergast pourrait lever le voile sur ce mystère…

Ce que j’en pense :

Un corps momifié a été découvert dans une ville fantôme du Nouveau-Mexique, et il s’agit de déterminer son identité, à quand remonte la mort et si le décès est de cause naturelle ou criminelle. Chose surprenante, on a découvert près de lui une croix en or sertie de pierres précieuses.

Corrie Swanson, agent du FBI, affectée à Albuquerque, un peu sur la touche depuis sa dernière enquête, est chargée par son supérieur, l’agent Morwood, de résoudre ce qu’on pourrait appeler un Cold Case (je préfère les mots français mais il faut reconnaître que c’est beaucoup plus joli et mystérieux en anglais, mais nos amis Canadiens vont sûrement trouver un terme adapté).

Le corps a été découvert par un délinquant, Pick Rivers, qui était occupé à déterrer des restes humains lorsqu’il a été surpris par le shérif Homère Watts, et appréhendé après un échange de coup de feu. Rivers reste muet comme une carpe pendant l’interrogatoire. Agissait-il de son propre chef ou travaillait-il pour quelqu’un ?

Corrie décide d’aller demander l’aide du professeur Nora Kelly, archéologue réputée, qui est en train de faire des fouilles sur un chantier important, avec son adjoint Adamsky. Nora rechigne car son chantier va prendre du retard et aussi parce que l’Institut a été « remanié », l’ancienne directrice ayant commis des « infractions ». Et voilà notre duo de « Tombes oubliées » qui se reforme, sans enthousiasme au départ.

Il s’avère que la croix date du XVIIe siècle et qu’elle a une très grande valeur (déjà, elle est alléchante sur la couverture du livre !) et l’enquête commence. Les agents du FBI se comportent de façon machiste, avec Corrie, avec des réflexions sexistes sur son travail autant que son jeune âge et sa morphologie.

Cette enquête va nous emmener dans cette ville fantôme, vidée de ses habitants, une fois que dans les mines l’or a commencé à se faire rare. Mais d’autres événements se sont produits au Nouveau-Mexique, tous les propriétaires de Ranches ont été priés de vider les lieux, leurs propriétés rachetés par l’État à des prix dérisoires pour en faire une base importante de l’armée. C’est là qu’a eu lieu Trinity, le premier essai nucléaire 16/07/1945 à 5 h 29 du matin.

Les auteurs nous emmènent aussi sur les colons espagnols, la christianisation, la construction d’églises sur les sites sacrés des Indiens, les Pueblos, la fièvre de l’or et la légende du trésor enfoui quelque part dans cette région. Mais, il est difficile de mener une enquête lorsque l’on a l’armée sur le dos, avec un général trop poli pour être honnête…

J’ai adoré retrouvé ce tandem Corrie-Nora et découvrir le Nouveau-Mexique et son histoire, les zones d’accès difficile,malgré jeep et autre 4 x 4, les méfaits de la colonisation les massacres commis au nom de Dieu, et cette fièvre de l’or qui s’empare des Blancs, les poussant à faire n’importe quoi pour s’enrichir.

Le roman démarre lentement, on ne sait pas trop bien où l’on va car les auteurs tiennent à nous maintenir en haleine, et à nous faire réfléchir également, mais progressivement le rythme s’accélère et il m’est devenu impossible de le lâcher. Je lui dois une nuit peu reposante car je voulais absolument le terminer !

Je dois reconnaître au passage, que je connais l’Histoire des USA certes, mais je n’ai jamais eu tellement envie de l’approfondir, pour moi les Américains ont sur les mains le sang des Amérindiens et leur côté gendarme du monde me tape sur le système, alors j’ai appris des choses et j’ai envie d’approfondir bien sûr. J’aime ces lectures qui font passer un bon moment et qui me donnent envie d’en savoir plus.

Je trouve géniale, l’idée d’associer une « agente » du FBI et une archéologue pour résoudre une enquête, car cela permet de sortir des sentiers battus, et les vieilles pierres et les fouilles m’ont toujours passionnée, c’est un métier qui m’aurait plu, en dehors des clichés véhiculés par les séries TV… explorer spectromètre de masse dans une main microscope électronique de l’autre, un fragment de cheveu (pour ne pas dire autre chose) qui se trouvait là comme par hasard c’est sympathique aussi, mais cela prend beaucoup plus de temps que dans « Les experts » qu’ils soient de Miami Manhattan ou autre… Donc, je n’aurais pas la patience …

Une anecdote drôle au passage : l’origine du mot Scotch

« A l’époque de la mise au point de ce produit, seuls les bords étaient adhésifs. Un plaisantin a remarqué que cette radinerie était digne des Écossais, conformément à un stéréotype courant, et le nom Scotch est resté. »

Depuis quelques années, je m’intéresse de plus près à la littérature américaine que j’avais un peu snobée pour les mêmes raisons, alors je rattrape le temps perdu, d’où le puits sans fond qu’est devenue ma PAL.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions l’archipel qui ont accepté de me confier ce roman dont j’ai retrouvé les auteurs avec infiniment de plaisir. J’attends de pied ferme la prochaine enquête de ce duo et j’ai également envie de lire les autres livres du duo Preston-Child, et faire la connaissance de l’inspecteur Aloysius Pendergast..

#LEDARDDUSCORPION #NetGalleyFrance

9/10

Les auteurs :

Depuis Relic (1995), Preston & Child forment le duo le plus réputé dans l’univers du suspense. Ensemble, ils ont signé une trentaine de romans, dont 19 mettent en scène l’inspecteur Aloysius Pendergast, du FBI, le Sherlock Holmes des temps modernes.

En langue française, leurs romans, tous parus aux éditions de l’Archipel, dont le dernier Rivière maudite, se sont vendus à plus de 1,5 million d’exemplaires. « Preston & Child renouent avec la veine de leurs premiers romans, Relic et Le Grenier des enfers. » Publishers Weekly.

Extraits :

Enfin, aux environs de 11 h 30 du matin, elles découvrir High Lonesome depuis une crête. Nora avait vu un certain nombre de villes fantômes au cours de sa carrière,mais aucune n’était à la hauteur de celle-ci et ses regrets de participer à un tel périple s’évaporèrent instantanément.

C’est la raison pour laquelle j’aime autant le Nouveau-Mexique. Cet état regorge de trésors insoupçonnés. Vous avez de la chance d’avoir atterri au bureau d’Albuquerque.

Le Nouveau Mexique a été colonisé en 1598 par le conquistador Don Juan de Onate. Un certaine nombre d’Européens l’accompagnaient, parmi lesquels des moines qui ont entrepris de convertir au christianisme les populations pueblos nouvellement conquises. Ces religieux ont érigé un certain nombre de missions et les ont dotées d’objets sacrés tels que des croix, des cloches, des calices ou des statues de la Vierge…

En 1860 a eu lieu un soulèvement indien au cours duquel quatre cents colons et plusieurs dizaines de prêtres ont trouvé la mort, le reste des populations espagnoles locales ayant été chassées.

Tous les individus qui avaient été baptisés ont été lavés rituellement et les mariages prononcés par les prêtres ont été dissous, ce qui explique la rareté des objets ayant survécu à ces destructions, surtout lorsqu’ils étaient en or.

A la suite de la conquête, les Pueblos considéraient l’or comme un métal maudit au prétexte qu’il plongeait les Espagnols dans la folie. Ils le voyaient comme la cause essentielle de leur servitude au fond des mines…

Je viens de vous dire qu’il n’existait pas de bombe atomique à l’époque, mais c’est faux. Il y en avait une. La toute première, expérimentée ici-même au Nouveau Mexique, dans une région désertique au sud de High Lonesome. Corrie, regardez sur votre iPad à quelle date a eu lieu Trinity, le premier essai nucléaire.

Lu en avril 2021

Publié dans littérature USA

« Meurtres et pépites de chocolat » de Joanne Fluke

Continuons encore un peu avec ce polar au titre singulier que j’ai choisi par curiosité, alléchée par la couverture :

Résumé de l’éditeur :

Hannah Swensen est de retour dans sa ville natale d’Eden Lake. Entre sa mère, plutôt envahissante, et l’ouverture de sa boutique, le Cookie Jar, elle a fort à faire. Son quotidien devient plus passionnant encore quand son livreur, Ron LaSalle, est retrouvé assassiné juste derrière son magasin. Le beau-frère d’Hannah, shérif adjoint du comté, fait appel à elle pour l’aider à trouver le coupable. Un nombre surprenant de suspects et de mobiles émergent alors. Très vite Hannah va réaliser qu’elle n’est pas seulement douée pour les cookies, mais qu’elle est aussi une enquêtrice hors pair.

Fous rires et frissons, mystères et pépites : cette histoire pleine de rebondissements ressemble au meilleur cookie du monde : sucrée mais légère, surprenante de bout en bout.

Ce que j’en pense :

En se rendant à sa boutique, le Cookie Jar, Hannah aperçoit comme tous les matin Ron LaSalle, en train de livrer ses produits laitiers. Elle le trouve différent des autres jours, lui si ponctuel est en retard dans sa tournée.

En arrivant, elle se met au travail (aux fourneaux) pour réaliser des cookies originaux, secondée efficacement par son employée Lisa, se promettant de demander à Ron si tout va bien pour lui, quand il fera sa livraison chez elle.

Une visite inattendue perturbe quelque peu ses plans : sa sœur entre dans la boutique, toujours pressée, pour lui confier pendant quelques heures sa fille. Elle doit faire visiter un bien immobilier à un client, c’est tellement plus intéressant que la fabrication des cookies…

Mais, soudain retentit un bruit de moteur qui pétarade et qui s’avère être un coup de feu tiré à bout portant sur Ron.

Hannah cherche à comprendre, à participer à la résolution du crime en donnant un coup de main à son beau-frère, assez dépassé par les évènements pour ne pas dire plus.

J’avais bien remarqué que NetGalley ne proposait que les 140 premières pages, et je pensais m’amuser comme le suggérait l’éditeur…

Une pâtissière, certes fort sympathique, qui mène l’enquête, les cancans du village où tout le monde se connaît et se surveille, des relents de « desperate houswives », on remplace Wisteria Lane ( ?), par Lake Eden, le tout entrecoupé de recettes de cookies,  cela n’a pas fonctionné et même si l’extrait se termine sur un « élément capital », je ne lirai pas la suite. C’est trop « rose bonbon » pour moi et au lieu de me détendre, ça m’énerve… et en plus, toutes ces sucreries, cela m’a donné des nausées pour un bon moment…

On est en plein dans le cliché, la société américaine dans ce qu’elle a de plus superficiel, ou la famille avec la mère d’Hannah qui l’invite à dîner une fois par semaine pour lui présenter un prétendant convenable (pour elle évidemment) car il est choquant de ne pas être mariée à son âge etc.

Cela dit, je conçois très bien que l’on puisse apprécier ce genre de livre, étant donnés les commentaires que j’ai lus sur Babelio, mais j’assume…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Le Cherche Midi qui m’ont permis de tenter un autre style de polar et de découvrir une auteure…

4/10

L’auteure :

Joanne Fluke est auteure de roman policier américaine, née en 1943 à Swanville, dans le Minnesota.

En 2000 elle inaugure sa série mettant en scène le personnage d’Hannah Swensen avec Chocolate Chip Cookie Murder.

Extraits :

A part Hannah Swensen, qui aurait eu l’idée d’adopter un chat de douze kilos, affligé d’une oreille déchirée et d’un œil crevé ? Elle l’avait baptisé Moshe et, même s’il risquait de finir bon dernier au concours de beauté de Lake Eden, s’était vite attachée à lui. Et lui à elle. A cause d’un point commun peut-être. Ils étaient des guerriers, l’un et l’autre, chacun dans son genre bien sûr. Lui avait dû se battre pour survivre dans les rues, elle pour sortir indemne de ses dîners hebdomadaires avec sa mère.

Il faisait frisquet ce matin-là, mais après tout, on était déjà mi-octobre. Dans le Minnesota, l’automne se réduisait à presque rien. Dès les premiers signes avant-coureurs, les photographes amateurs devaient se hâter d’immortaliser les rouges sombres, les orange vifs et les jaunes dorés parsemant les ramures, car très vite les feuilles se mettaient à tomber et les arbres à ressembler à des squelettes noirâtres se profilant sur un ciel de plomb malmené par la bise…

Lu en avril 2021

Publié dans littérature USA

« Rassemblez-vous en mon nom » de Maya Angelou

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley pour sa couverture et également pour le petit bandeau rouge, où figurent les commentaires enthousiastes de Michelle Obama, Christiane Taubira :

Résumé de l’éditeur :

Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d’une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d’une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l’espoir et la joie, l’accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté.

Après l’inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d’autres encore lui ont rendu hommage.

Traduit de l’anglais par Christiane Besse.

Ce que j’en pense :

La seconde guerre mondiale, vient de s’achever, les héros sont rentrés au Pays, Blancs et Noirs ont participé à la libération des camps nazis alors on espère que le racisme a fait long feu…  En fait, ce n’est pas si simple, les usines d’armement ferment, les ouvriers sont plus en moins renvoyés vers leur sud natal, certains préfèrent rester.

Leur intellect élargi ne pourrait plus jamais se réadapter à ces étroits confins. Ils étaient libres, ou du moins plus poches de la liberté que jamais auparavant, et ils refusèrent de repartir.

Maya nous raconte une période de sa vie de ses dix-neuf à ses vingt et un ans pour être précise. Elle est mère d’un petit garçon, âgé de quelques mois, dont le père n’a fait que passer dans sa courte vie. Il faut travailler, alors elle va enchaîner les boulots difficiles : serveuse, cuisinière, avec un petit passage par la danse… son frère Bailey qui travaille aux chemins de fer américain, est présent par intermittence. Elle a gardé des liens avec sa grand-mère, sa mère et son beau-père mais ils sont plus ou moins harmonieux. Elle a bien compris qu’elle en pouvait que se débrouiller seule.

Côté amour, ce n’est pas la joie non plus, elle a le chic pour rencontre des hommes qui ne peuvent que la faire souffrir : Curly, un homme qui est, en fait, fiancé avec une autre, un danseur de claquettes, amant doué mais qui reste amoureux de son ex-femme, droguée, un gigolo…

Maya est intelligente, lit beaucoup, fascinée par les auteurs russes, elle dévore Dostoïevski dont l’univers lui semble tellement proche du sien puis s’attaque à Gorki, Tchekhov Tourgueniev qui deviennent ses compagnons sous le soleil californien. Elle est souvent obligée de partir, revenir au Sud après le séjour californien, par exemple, est une sorte de régression sociale dont ses anciens amis se moquent ouvertement…

Malgré sa force de caractère et sa combattivité, elle a l’art de se mettre en danger, de se retrouver dans des situations compliquées, voire dégradantes, car elle espère toujours rencontrer le grand amour, mais elle est encore jeune, ceci explique cela…

A ma grande honte, je ne connaissais pas Maya Angelou, son talent, sa notoriété et en lisant cette autobiographie centrée sur 3 années de sa vie, j’ai beaucoup apprécié son écriture, sa personnalité qui commence à poindre dans cette fin d’adolescence ou début d’âge adulte, comme on préfère, et j’ai une furieuse envie de la découvrir davantage, dont notamment son précédent livre, autobiographique également : « Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage ».

Christine Taubira la décrit ainsi :

« Maya Angelou, c’est du feu. Un feu d’indicible joie, qui anéantit l’adversité et embrase la combattivité. Un feu qui éclaire, m’éclaire encore. »

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure brillante.

#Rassemblezvousenmonnom #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Née à Saint-Louis, dans le Missouri en 1928, Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, fut poète, écrivaine, actrice, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats pour les droits civiques avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes.

En 2013, en tant que militante des droits civiques américains, elle a reçu le National Book Award pour « service exceptionnel rendu à la communauté littéraire américaine ».

On lui doit : « Je sais pourquoi chante l’oiseau dans sa cage », « Lettre à ma fille », ou encore « Tant que je serai Noire »

Elle est décédée le 28 mai 2014 à l’âge de 86 ans.

Extraits :

Plus besoin de discuter du préjugé racial. Ne venions-nous pas tous ensemble, Noirs et Blancs, d’arracher ce qui restait de Juifs à l’enfer des camps de concentration ? Le racisme était mort. Une erreur commise par un jeune pays. Une chose à oublier au même titre que la conduite déplaisante d’un ami en état d’ivresse.

L’apitoiement sur soi, à ses débuts, est aussi agréable qu’un matelas de plumes. Ce n’est qu’à la longue, qu’il devient inconfortable.

La vie, d’après ce que j’avais pu en conclure jusqu’ici, était une série de contraires : Noir/Blanc, dessus/dessous, vie/mort, riche/pauvre, amour/haine, heureux/malheureux, sans zones de compromis intermédiaires. D’où la logique crime/châtiment.

La lourde richesse de l’univers de Dostoïevski était celle où je vivais depuis toujours. Les intérieurs tristes, sans lumière, les ratiocinations complexes des personnages et leurs humeurs fâcheuses m’étaient aussi familiers que la solitude.

Il existe dans l’imaginaire américain un pays bien-aimé où des femmes très pâles voguent en permanence sous de sombres magnolias, tandis que des hommes blancs aux mains douces époussettent des brins de glycine sur les épaules laiteuses de leurs amantes. Une harmonieuse musique noire flotte comme une parfum dans cet air précieux que rien de menaçant ne vient jamais troubler…

Les rapportes entre Bailey et moi s’étaient détériorés durant notre adolescence, alourdis par le cynisme de mon frère. Il ne me comprenait plus très bine et je ne pouvais pas deviner ses désillusions d’homme noir à l’égard de la vie.

Il est intéressant qu’ils ne soient pas rendu compte dans ces jours anciens du désir, ni même dans ces jours présents de compréhension, que, si la femme avait le droit de décider, elle souffrait de son incapacité à formuler la demande. Car, enfin, elle ne peut dire oui ou non que si on lui pose la question.

Mon courage s’effilochait. Hélas ! la force d’âme n’était pas comme la couleur de ma peau, acquise une fois pour toutes et mienne à jamais. Il fallait la ressusciter chaque matin et l’exercer avec soin. Il fallait aussi la nourrir de quelques succès. Mon énergie m’avait abandonnée comme se fanent les traits d’une jolie femme qui vieillit.

Lu en janvier 2021

Publié dans littérature USA, Thriller

« Diamants de sang » de James Patterson et Marshall Karp

Petit intermède polar aujourd’hui avec ce livre d’un auteur prolixe dont je n’ai encore lu aucun des romans, celui-ci ayant été écrit à quatre mains :

Résumé de l’éditeur :

L’avant-première d’un film à gros budget… Le tout-Manhattan attendu… Alors que la comédienne vedette s’apprête à fouler le tapis rouge, exhibant une parure d’émeraudes et de diamants valant huit millions de dollars, une détonation retentit, suivie du crash d’une Cadillac.

Un crime vient d’être commis. Les bijoux ont disparu… et personne n’a rien vu ! Une enquête cousue main pour le NYPD Red, l’unité d’élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous.

Des penthouses aux bas-fonds de la ville où le crime ne s’arrête jamais, le détective Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald – son ex-petite amie – n’auront guère le temps de chômer. D’autant que le tueur a d’autres cibles en vue…

Ce que j’en pense :

L’action démarre sur un vol de bijou rondement mené, si ce n’est le fait que l’actrice qui le portait y laisse sa vie, mortellement blessée par un coup de feu : son garde du corps et du cœur a voulu la protéger en s’emparant de l’arme brandie sur elle mais le coup est parti… envolé le tapis rouge et surtout le collier d’émeraudes et de diamants confectionné par Leo Bassett d’une valeur de huit millions de dollars…

Le duo d’enquêteurs formé par Zach Jordan et Kylie MacDonald, pour le NYPD Red est chargé de l’affaire. Mais, ils ne sont pas au bout des surprises : Leo Bassett devait normalement accompagner l’actrice, mais lui a fait faux bond au dernier moment, sous prétexte qu’il puait le poisson (incident lors d’un buffet) ce qui était au-dessus de ses forces !

Les deux frères Bassett sont des « bijoutiers » ayant pignon sur rue, très riches et méprisant ceux que ne sont pas de la haute comme dit l’auteur…

En même temps, la maire fraîchement élue de New-York fait appel à eux, en toutes discrétion bien sûr car des vols de matériels médicaux hors de prix ont lieu dans des hôpitaux : scanners, IRM, appareil à mammographie…

Ils doivent donc mener les deux enquêtes de front et vu le caractère bien trempé de chacun, surtout de Kylie, on peut s’attendre à de multiples rebondissements, d’autant plus que leur vie privée est loin d’être de tout repos.

Spence, le mari de Kylie est toxicomane et a rechuté après avoir résisté dix ans après avoir subi une cure de désintoxication. Il fait n’importe quoi, c’est l’escalade dans l’usage des drogues, et il va même jusqu’à saccager les studios où il travaille.

Zach vient d’emménager avec Cheryl, flic aussi et ce n’est pas de tout repos car chaque fois que Kylie l’appelle au secours pour partir à la recherche de son mari… Tous les deux ont eu une aventure des années auparavant et Zach accoure chaque fois que Kylie l’appelle…

C’est la première fois que je lis un thriller de James Patterson et, ma foi, j’ai passé un bon moment, on ne trouve des litres d’hémoglobine, les héros sont attachants avec leurs défauts, comme leurs qualités. On a une belle exploration des liens tumultueux entre police et politique, ou des milieux huppés de la ville qui ne pensent qu’à l’argent, à arnaquer les autres et éliminer ceux qui se mettent en travers de leur chemin.

Un clin d’œil au passage à Annie Ryder, une mamie magouilleuse de la petite délinquance dont le rejeton Teddy, ayant ses quelques neurones mal connectés, à l’art de se mettre dans des situations compliquées. Annie est truculente à souhait, parlant à son mari par l’intermédiaire de l’urne contenant ses cendres, mais elle fourmille d’idées pour sauver son rejeton…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de faire la connaissance de la prose de son auteur, ici en collaboration avec Marshall Karp, découverte fort sympathique. En général, j’aime bien les polars publiés par les éditions de l’Archipel, car ils ont une trame intéressante, le côté psychologique et les relations entre les policiers, ou les protagonistes sont bien appréhendés.

J’ai très envie de lire d’autres de ses nombreux romans, notamment ceux dont le héros est un détective noir du nom d’Alex Cross, série qui comprend une vingtaine de tomes ou retrouver ce duo dans la série NYPD Red…

#Diamantsdesang #NetGalleyFrance

7/10

Les auteurs :

Avec quelque 385 millions de livres vendus, James Patterson est l’auteur de thrillers le plus lu au monde. En 2020, ses nouveautés ont toutes figuré en tête des meilleures ventes aux États-Unis.

Marshall Karp, coauteur des romans de la série « NYPD Red » – Tapis rouge, Lune pourpre, Lettres de sang et Alerte rouge, tous publiés aux éditions de l’Archipel –, est scénariste à Hollywood.

Extrait :

En travaillant pour le Red, je suis aux premières loges pour observer les mœurs des gens de la haute. Bien sûr, les frères Bassett, ce n’était pas exactement la haute. Plutôt le un pour cent du un pour cent ultra-privilégié, et leur « résidence » avait tout d’un palace.

A l’époque où New-York connaissait son apogée industrielle, le sud de Manhattan était truffé de lofts qui abritaient des bureaux et des usines mais n’avaient pas vocation à accueillir des résidents. Au début des années 1980, la loi avait changé, et les spéculateurs immobiliers avertis avaient racheté pour une bouchée de pain ces immeubles froids austères et infestés de rats.

Les Bassett s’y étaient pris tôt, transformant un entrepôt de six étages sur la 21e Rue Ouest en un remarquable triplex. Leo occupait la moitié inférieure de l’immeuble, alors Kylie et moi avons pris l’ascenseur jusqu’au troisième…

Lu en janvier 2021