Publié dans littérature USA, Romance

« Un été à Nantucket » d’Elin Hilderbrand

Place à la romance aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Le roman bouleversant d’un été américain emblématique.

Chaque année, les enfants de la famille Levin attendent l’été avec impatience pour retrouver la maison de leur grand-mère sur l’île de Nantucket. Mais en cette année 1969, rien ne se passe comme prévu.

Le seul garçon, Tiger, est appelé pour rejoindre l’armée des États-Unis au Vietnam. Blair, l’aînée, est enceinte de jumeaux et ne peut pas voyager. Recluse à Boston, elle se débat avec ses doutes au sujet son mari. Kirby, la cadette, qui a vécu une année difficile, entre son engagement pour les droits civiques et ses amours compliqués, décide de changer d’air et part travailler sur l’île voisine de Nantucket, Martha’s Vineyard. Jessie, la benjamine, se retrouve seule entre sa grand-mère, figure de la haute société de l’île, qui lui impose ses règles vieux-jeu, et sa mère, en proie au désarroi le plus profond depuis le départ au front de son fils.

Cet été 1969 sera pour toutes ces femmes celui de la résilience et du renouveau.

Ce que j’en pense :

L’été est arrivé et comme chaque année la famille se retrouve à Nantucket, station balnéaire du Massachusetts, grande rivale de Martha’s Vineyard, où l’on ne rencontre que le gratin de la société américaine de l’époque.

On fait la connaissance d’Exalta Nichols, la grand-mère attachée aux principes éducatifs de son époque qui règne en impératrice sur « sa maison » : elle seule a droit à l’air conditionné, les autres n’ont qu’à suer en silence…

Elle accueille sa fille Kate, dont le premier mari, Wilder Foley, s’est suicidé peu après son retour de la guerre de Corée et qui s’est remariée, au grand dam de sa mère, avec David Levin qui a le défaut d’être juif par Exalta. Et surtout, Wilder était un homme au-dessus du lot, héros de guerre donc sans défaut pour sa mère.

Elle a eu trois enfants de son premier mariage : Blair, étudiante brillante, professeur de lettres à l’université, spécialisée dans l’œuvre d’Edith Wharton, qui a épousé Angus, un astrophysicien perdu dans ses calculs, adepte de la femme au foyer, enceinte jusqu’aux yeux de jumeaux et qui ne pense qu’à manger et dont on imagine aisément le surpoids.

Sa seconde fille, Kirby, la rebelle de la fratrie, a une vie plus compliquée ; fascinée par les discours de Martin Luther King, elle se rend aux manifestations pour la paix, ce qui lui vaudra d’être arrêtée par un policier véreux et pervers. Cette année elle a décidé de fausser compagnie à la famille et de travailler dans l’île voisine et rivale de Martha’s Vineyard où elle va rencontrer Darren, un jeune étudiant Noir brillant dont elle tombe amoureuse. Elle réussit à se faire embaucher dans l’hôtel chic où descendent toutes les célébrités.

Ensuite, nous avons l’unique fils de Kate, Tiger qui a été envoyé au Vietnam. Il est content d’aller défendre son pays, alors qu’il aurait pu échapper à l’enrôlement en continuant ses études.

Enfin Jessie, fille que Kate a eu avec son deuxième mari, à l’aube de ses treize ans qui doit se rendre tous les matins au cours de tennis de la bourgeoisie sous peine de punition, on peut faire confiance à la matriarche, marâtre, pour trouver des idées…

Jessie découvre les premiers émois de l’adolescence avec Pick, un garçon un peu plus âgé qu’elle qui habite avec son grand-père pour l’été dans une dépendance de la maison ; elle raconte son ressenti à Tiger avec lequel elle échange des lettres.

On va suivre les péripéties de cette famille bourgeoise, obsédée par le qu’en dira-t-on, pendant cet été 1969, quelques mois après l’assassinat de Martin Luther King puis celui de Robert Kennedy. La famille Kennedy avait suscité beaucoup d’espoir notamment chez les jeunes qui désiraient la fin de la guerre. En fait, on connaît bien Martha’s Vineyard parce que c’est la résidence d’été des Kennedy.

On assiste à la descente aux enfers de Kate qui ne supporte pas que Tiger risque sa vie au Vietnam et passe son temps à boire, indifférente aux tourments adolescents de Jessie et peu à peu elle va prendre de la distance par rapport à Exalta et lui ouvrir les yeux sur la vraie personnalité de son premier époux.

Une preuve de la délicatesse et la tolérance d’Exalta : elle inscrit sa petite-fille au club de tennis sous son nom à elle ; Levin ce n’est pas assez bien et prouve son antisémitisme pour Jessie.

J’ai choisi ce roman, un peu pour m’évader, et surtout parce que j’aime beaucoup la fin des années soixante, et 1969 avait tout pour me plaire avec ses bouleversements, la société qui veut changer et rompre avec les brides du passé, sur fond de racisme et d’antisémitisme, alors que la génération d’Exalta est attachée aux valeurs bourgeoises de la famille et du sacrifice des femmes : quand on est trompée, on ne dit rien, on serre les dents et on avance et tant pis si on gâche sa vie. En arrière-plan, on a la musique avec le concert de Woodstock qui approche, sans oublier bien-sûr les premiers pas sur la lune. On devine aisément que c’est Angus qui est aux manettes, enfin aux calculs.

A ce propos, l’auteure a eu une idée sympathique : chaque chapitre a pour titre une chanson de l’époque, ce qui donne envie de ressortir nos vieux disques (vinyle bien-sûr !) « those were the days my friend, we thought they’d never end » « The answer, my friend, is blowin’ in the wind », « suspicious Minds »

Dans le roman, Elin Hilderbrand fait intervenir Ted Kennedy et son accident de voiture de Chappaquiddick qui a coûté la vie à Mary-Jo Kopechne dans des conditions suspectes qui ont fini par lui coûter sa carrière politique, du moins son désir d’accéder à la présidence.

J’ai aimé retrouver cette époque, certes et cette histoire familiale commençait plutôt bien, mais le récit a fini par tourner à l’eau de rose et on se retrouve dans Dallas ou les feux de l’amour. « Nantucket, ton univers impitoya-a-a-ble glorifie la loi du plus fort… »  Je préfère les récits consacrés à la ségrégation ou au racisme de l’Amérique profonde, à ce monde de nantis, qui est constamment dans le paraître, les privilèges…  

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et la plume de son auteure. C’est une bonne lecture d’été, les orteils en éventails sur la plage, ou dans le jardin sous un pommier. Elin Hilderbrand tenait un sujet intéressant elle aurait pu creuser davantage au lieu de rester dans les clichés.

#UnétéàNantucket #NetGalleyFrance

6/10

L’auteure :

Après avoir travaillé dans l’édition, Elin Hilderbrand se lance dans l’écriture en 2000. Depuis, ses romans ont été des bestsellers du New York Times de nombreuses fois. Elle vit à Nantucket.

Extraits :

J’ai eu du mal à trouver, mais voici quelques extraits significatifs:

Tant de gens sont morts à All’s fair que Jessie a du mal à croire que la maison n’est pas hantée. Cela dit, Jessie ne verrait pas Exalta tolérer la présence d’un fantôme – ou un fantôme supporter Exalta. La maison a toujours la même odeur : elle sent le vieux et la poussière, comme un musée.

Sa mère a grandi à une époque où les jeunes femmes devaient simplement s’accommoder de maris infidèles. Mais, nous sommes en 1969et Blair ne le tolérera pas.

Après vingt et un ans à nager à contre-courant – remettre en cause l’autorité, se rebeller contre les règles et prendre de mauvaises décisions – Kirby est surprise de découvrir que l’ordre, le calme et la routine sont ses aspects préférés du travail de réceptionniste au Shiretown Inn.

Ça y est. Blair est submergée d’émotion. Elle va avoir un bébé, deux bébés. Elle est sur le point de créer une famille, juste ici, maintenant, le 16 juillet 1969, le même jour où l’homme se dirige vers la lune. Angus doit être absorbé par le lancement imminent de la fusée, à vérifier et revérifier des calculs, en communication constante avec Cape Kennedy…

Qu’attend-elle de la vie ? Il faut qu’elle mette ses peines de cœur et ses désillusions derrière elle et qu’elle se forge une vraie identité. Elle redeviendra la personne qu’elle était le matin de sa première manifestation, quand elle a enfilé son t-shirt tie & dye avec un signe de paix et fermé ses bottines en daim à franges. Cette femme-là était passionnée, maîtresse d’elle-même et avait confiance en elle.

Lu en juillet 2021

Publié dans littérature USA, Roman historique

« L’agonie des grandes plaines » de Robert F. Jones

J’ai choisi le livre dont je vous parle aujourd’hui et dont je ne connaissais pas du tout l’auteur car le titre me plaisait et j’avais un tel besoin de m’évader du quotidien covidien :

Résumé de l’éditeur :

Wisconsin 1873. À la mort de ses parents victimes de la grande crise financière, Jenny Doussmann part dans les Grandes Plaines rejoindre son frère, Otto, vétéran de la guerre de Sécession devenu chasseur de bisons. Ceux-ci commencent à se faire rares, sans compter les rivalités entre chasseurs et la plupart des tribus indiennes entrées en guerre. Le premier hiver de ces deux émigrants allemands, seuls dans l’immensité, tourne au cauchemar.

Ils seront sauvés par une vieille connaissance, Two Shields, un Cheyenne du Sud qui s’engage à veiller sur eux. Devenus membres de sa tribu, Jenny et Otto devront combattre à la fois d’autres chasseurs et des tribus ennemies des Cheyennes. Dans ce roman sauvage et lyrique, les Grandes Plaines sont le réceptacle d’un monde à l’agonie et font corps avec l’Indien et le bison décimés. Ce tableau de l’Ouest américain, avec ses descriptions crépusculaires, mais réalistes, n’épargne personne, animaux et humains : Indiens comme Blancs.

Ce que j’en pense :

Emil Doussann, qui a quitté son Allemagne natale, pensant faire fortune, pour tenir une ferme aux USA vient de recevoir une mise en demeure de payer ce qui reste dû de son hypothèque, soit 938 dollars et cinquante cents, mais son ami banquier, refuse de l’aider, au nom de la crise qui touche tout le monde… Il se pend et son épouse après avoir vu le corps met fin à ses jours dans la foulée. Ils laissent leur fille Jenny seule face à son destin !

Leur fils Otto, après avoir combattu pour le général Grant pendant la guerre de Sécession a décidé d’aller chasser le bison dans l’Ouest (participer à l’extermination des bisons pour affamer les Amérindiens serait le terme plus adéquat). Il revient pour assister aux funérailles et Jenny arrive à le convaincre de l’emmener avec lui.

L’auteur nous entraîne dans une belle aventure, après un voyage en train puis à cheval dans ces contrées de l’Ouest où tous les excès sont de mise : dans le climat avec ces périodes de froid, neige, blizzard, mais aussi ces hommes qui sont partis faire fortune et n’ont pas forcément beaucoup de scrupules, qui considèrent les Amérindiens comme des sous-hommes (cela n’a pas beaucoup changé hélas).

On fait la connaissance de Raleigh Mc Kay, l’associé d’Otto, qui a combattu dans les rangs sudistes, de l’écorcheur immonde, Milo Sykes, et de Two Shields, dont le père est Cheyenne et la mère d’origine allemande.

Entre les comportements ignobles de certains Blancs, l’abattage des bisons, dont certaines scènes, trop réalistes, m’ont tellement secouée que j’ai dû faire une pause de quelques mois dans la lecture, les trahisons, la manière dont les Amérindiens sont traités, les traités qui sont bafoués alors qu’ils viennent tout juste d’être signés, le récit est parfois un peu rude, sans oublier la rouerie de Grant devenu président et de ses ministres, notamment Delano…

La manière dont Otto (et les autres) affichent leur mépris vis-à-vis des « Indiens », en les désignant pas « ils » ou Mister Lo (calembour pour se moquer de la citation « Lo, the poor Indian », vers écrit par le poète Alexander Pope, est significative !

J’ai aimé approcher les coutumes des Cheyennes, car Jenny a dû se réfugier chez eux grâce à Two Shields pour pouvoir rester en vie, le maniement des armes, les arcs autant que les fusils (j’aurais pu devenir experte en fusils, carabines, armes à feu en tout genre, mais je déteste les armes !), la sagesse des anciens, la place de chacun dans la vie, dans la communauté, mais aussi les rapports avec les autres : Arapahos, Apaches, Sioux, Crows…

Ce fut un voyage difficile, car certaines scènes sont dures, mais l’écriture est belle, la Nature occupe une belle place, le blizzard aussi. Par contre, mon opinion vis-à-vis des Yankies, (que les Indiens appellent poétiquement les « Araignées ») qui n’a jamais été au top, je le reconnais, ne va pas en sortir renforcée, mais il y avait peu d’espoir en fait…  Il est sidérant de voir que la manière dont les Américains considèrent les Amérindiens, et parlent d’eux comme d’une sous-race est exactement la même que ce qu’ils disent aujourd’hui des Noirs cf. Les propos de Suprémacistes …

Une question que je me pose souvent : pourquoi, n’a-t-on jamais porté plainte ou parler de crime contre l’humanité, pour le génocide des Amérindiens ? entre autres… comme le chante mon ami Renaud : « aucune femme n’a sur les mains le sang du génocide des Indiens d’Amérique, sauf peut-être… »

Voyage difficile, donc mais quel voyage sur les traces de Jenny dont on ne peut qu’admirer l’habileté à la chasse pour se nourrir, le courage, chevauchant avec elle dans ces paysages à couper le souffle, dans ces grandes plaines à l’agonie, qui étaient en fait, un charnier à ciel ouvert.

Et quelle revanche sur les westerns spaghettis ou autres dont on nous abreuvés au cinéma pendant des lustres, louant sans vergogne la supériorité de l’homme blanc face aux vilains Indiens » !

« L’agonie des grandes plaines » ! Quel beau titre n’est-ce pas ? c’est d’ailleurs lui qui a motivé mon choix car je ne connaissais pas l’auteur, dont les talents de conteurs sont immenses. J’aurais aimé retenir les noms indiens tellement poétiques, mais ils sont très compliqués…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du Rocher qui m’ont permis de découvrir ce livre ainsi que l’auteur qui m’était totalement inconnu.

#LAgoniedesgrandesplaines #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Robert F. Jones (1934-2002), romancier, éditorialiste au Men’s Journal et journaliste pour Sports Illustrated et Fields & Stream, a écrit plusieurs ouvrages, documents comme romans, dont Jake et Upland Passage qui ont reçu des prix.

Extraits :

La prairie vierge : pas encore d’ornières creusées parles roues, ni de cheminées, ni d’araignées – le bison dans toute sa plénitude. Ici, pas d’histoire, pas de numéros, pas même de résonances toponymiques. Pas de traitres, ni de héros. Et si cette contrée en a eu jadis, qui sait ce qu’ils signifiaient ?

Rien que la terre, plate, vide, illimitée et intemporelle, coupée jusqu’à l’os par de rares cours d’eau, écrasée de soleil. Le vent souffle sans trêve, nuit et jour, jusqu’à rendre fous les hommes et les animaux. Puis il s’arrête… 

« L’Amérique est une terre bien dure », se dit Jenny. « Elle a essayé de tuer mon frère, et n’y étant pas parvenue, elle a tué mon père et ma mère à la place. Je suis sûre qu’elle essaiera de me tuer, moi aussi, tôt ou tard. Que tous ces banquiers aillent brûler en enfer ! »

Non, les Dousmann n’étaient pas les premiers suicidés qu’avait enterrés le pasteur. L’Amérique était une terre sans pitié…

A cette heure, les terres situées à l’Est du Mississippi étaient le pays du bien-être—ou en tout cas de ce qui passait pour tel dans l’Amérique de ce temps – une région de fermes, de villes, de foyers, d’emploi, de bibliothèques, de journaux, d’églises, d’écoles, une région adaptée aux besoins des hommes de bon sens, des femmes raisonnables, et de leurs enfants policés.

A l’ouest du fleuve, c’étaient les étendues sauvages, les plaines desséchées et les montagnes lugubres, les loups les bisons et les Indiens indomptés, une gigantesque superficie de terres à peine grignotées par les aventuriers, et les désespérés – les employés du chemin de fer, les montagnards, les chasseurs de peaux ; les femmes de petite vertu, les colons, les joueurs et le cow-boys.

Ils (Les lobos, loups chasseurs de bisons) crevaient de faim, à présent que les bisons avaient été exterminés dans les environs. Une idée la frappa : les loups, presque privés de gibier, n’étaient pas sans rappeler la nation toute entière, en proie à la panique qui faisait rage. Oui, c’étaient d’authentique Américains, ces lobos.

Comment un demi-sang saurait-il de quelle façon un gentleman devait se comporter ? De toute façon, il devait se prendre pour un Blanc, tout aussi bien. Il ne savait peut-être même pas, si ça se trouvait, que les races inférieures, n’avaient pas à réconforter les Blancs ou les Blanches. Mais Raleigh savait bien qu’il n’avait de leçons de savoir-vivre à donner à personne…

« Arrivés là, nous avons rencontré le Washington Chief, un grand commandant des soldats bleus qu’on appelle Grant. A présent, c’est lui le chef de toutes les Araignées (les Blancs). C’est un vilain petit bonhomme, avec des poils plein la figure. Mais coriace.

Lu entre janvier et juin 2021

Publié dans littérature USA, Polars

« Le dard du scorpion » de Preston & Child

J’ai découvert ces deux auteurs, pour la première fois, il y a quelques mois avec « Tombes oubliées » et roman m’a tellement plu que j’ai foncé sur « Le dard du scorpion », c’était une évidence :

Résumé de l’éditeur :

Le corps étrangement momifié d’un homme est retrouvé dans une ville fantôme du Nouveau-Mexique. À son côté : une croix en or du XVIIe siècle datant de l’ère coloniale espagnole.

L’archéologue Nora Kelly et Corrie Swanson, jeune agente du FBI, doivent déterrer l’homme pour l’identifier, déterminer les causes de sa mort et rechercher un éventuel trésor enfoui…

Mais leur présence dérange et les morts s’accumulent… D’abord l’homme qui a découvert le cadavre. Puis un militaire… L’armée, justement, qui se livrait dans le secteur à des essais nucléaires, ne serait-elle pas responsable de la mort du chercheur d’or, dont le cadavre présente des traces de radioactivité ?

Et quid du supposé trésor ? Une fois encore, l’intervention d’Aloysius Pendergast pourrait lever le voile sur ce mystère…

Ce que j’en pense :

Un corps momifié a été découvert dans une ville fantôme du Nouveau-Mexique, et il s’agit de déterminer son identité, à quand remonte la mort et si le décès est de cause naturelle ou criminelle. Chose surprenante, on a découvert près de lui une croix en or sertie de pierres précieuses.

Corrie Swanson, agent du FBI, affectée à Albuquerque, un peu sur la touche depuis sa dernière enquête, est chargée par son supérieur, l’agent Morwood, de résoudre ce qu’on pourrait appeler un Cold Case (je préfère les mots français mais il faut reconnaître que c’est beaucoup plus joli et mystérieux en anglais, mais nos amis Canadiens vont sûrement trouver un terme adapté).

Le corps a été découvert par un délinquant, Pick Rivers, qui était occupé à déterrer des restes humains lorsqu’il a été surpris par le shérif Homère Watts, et appréhendé après un échange de coup de feu. Rivers reste muet comme une carpe pendant l’interrogatoire. Agissait-il de son propre chef ou travaillait-il pour quelqu’un ?

Corrie décide d’aller demander l’aide du professeur Nora Kelly, archéologue réputée, qui est en train de faire des fouilles sur un chantier important, avec son adjoint Adamsky. Nora rechigne car son chantier va prendre du retard et aussi parce que l’Institut a été « remanié », l’ancienne directrice ayant commis des « infractions ». Et voilà notre duo de « Tombes oubliées » qui se reforme, sans enthousiasme au départ.

Il s’avère que la croix date du XVIIe siècle et qu’elle a une très grande valeur (déjà, elle est alléchante sur la couverture du livre !) et l’enquête commence. Les agents du FBI se comportent de façon machiste, avec Corrie, avec des réflexions sexistes sur son travail autant que son jeune âge et sa morphologie.

Cette enquête va nous emmener dans cette ville fantôme, vidée de ses habitants, une fois que dans les mines l’or a commencé à se faire rare. Mais d’autres événements se sont produits au Nouveau-Mexique, tous les propriétaires de Ranches ont été priés de vider les lieux, leurs propriétés rachetés par l’État à des prix dérisoires pour en faire une base importante de l’armée. C’est là qu’a eu lieu Trinity, le premier essai nucléaire 16/07/1945 à 5 h 29 du matin.

Les auteurs nous emmènent aussi sur les colons espagnols, la christianisation, la construction d’églises sur les sites sacrés des Indiens, les Pueblos, la fièvre de l’or et la légende du trésor enfoui quelque part dans cette région. Mais, il est difficile de mener une enquête lorsque l’on a l’armée sur le dos, avec un général trop poli pour être honnête…

J’ai adoré retrouvé ce tandem Corrie-Nora et découvrir le Nouveau-Mexique et son histoire, les zones d’accès difficile,malgré jeep et autre 4 x 4, les méfaits de la colonisation les massacres commis au nom de Dieu, et cette fièvre de l’or qui s’empare des Blancs, les poussant à faire n’importe quoi pour s’enrichir.

Le roman démarre lentement, on ne sait pas trop bien où l’on va car les auteurs tiennent à nous maintenir en haleine, et à nous faire réfléchir également, mais progressivement le rythme s’accélère et il m’est devenu impossible de le lâcher. Je lui dois une nuit peu reposante car je voulais absolument le terminer !

Je dois reconnaître au passage, que je connais l’Histoire des USA certes, mais je n’ai jamais eu tellement envie de l’approfondir, pour moi les Américains ont sur les mains le sang des Amérindiens et leur côté gendarme du monde me tape sur le système, alors j’ai appris des choses et j’ai envie d’approfondir bien sûr. J’aime ces lectures qui font passer un bon moment et qui me donnent envie d’en savoir plus.

Je trouve géniale, l’idée d’associer une « agente » du FBI et une archéologue pour résoudre une enquête, car cela permet de sortir des sentiers battus, et les vieilles pierres et les fouilles m’ont toujours passionnée, c’est un métier qui m’aurait plu, en dehors des clichés véhiculés par les séries TV… explorer spectromètre de masse dans une main microscope électronique de l’autre, un fragment de cheveu (pour ne pas dire autre chose) qui se trouvait là comme par hasard c’est sympathique aussi, mais cela prend beaucoup plus de temps que dans « Les experts » qu’ils soient de Miami Manhattan ou autre… Donc, je n’aurais pas la patience …

Une anecdote drôle au passage : l’origine du mot Scotch

« A l’époque de la mise au point de ce produit, seuls les bords étaient adhésifs. Un plaisantin a remarqué que cette radinerie était digne des Écossais, conformément à un stéréotype courant, et le nom Scotch est resté. »

Depuis quelques années, je m’intéresse de plus près à la littérature américaine que j’avais un peu snobée pour les mêmes raisons, alors je rattrape le temps perdu, d’où le puits sans fond qu’est devenue ma PAL.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions l’archipel qui ont accepté de me confier ce roman dont j’ai retrouvé les auteurs avec infiniment de plaisir. J’attends de pied ferme la prochaine enquête de ce duo et j’ai également envie de lire les autres livres du duo Preston-Child, et faire la connaissance de l’inspecteur Aloysius Pendergast..

#LEDARDDUSCORPION #NetGalleyFrance

9/10

Les auteurs :

Depuis Relic (1995), Preston & Child forment le duo le plus réputé dans l’univers du suspense. Ensemble, ils ont signé une trentaine de romans, dont 19 mettent en scène l’inspecteur Aloysius Pendergast, du FBI, le Sherlock Holmes des temps modernes.

En langue française, leurs romans, tous parus aux éditions de l’Archipel, dont le dernier Rivière maudite, se sont vendus à plus de 1,5 million d’exemplaires. « Preston & Child renouent avec la veine de leurs premiers romans, Relic et Le Grenier des enfers. » Publishers Weekly.

Extraits :

Enfin, aux environs de 11 h 30 du matin, elles découvrir High Lonesome depuis une crête. Nora avait vu un certain nombre de villes fantômes au cours de sa carrière,mais aucune n’était à la hauteur de celle-ci et ses regrets de participer à un tel périple s’évaporèrent instantanément.

C’est la raison pour laquelle j’aime autant le Nouveau-Mexique. Cet état regorge de trésors insoupçonnés. Vous avez de la chance d’avoir atterri au bureau d’Albuquerque.

Le Nouveau Mexique a été colonisé en 1598 par le conquistador Don Juan de Onate. Un certaine nombre d’Européens l’accompagnaient, parmi lesquels des moines qui ont entrepris de convertir au christianisme les populations pueblos nouvellement conquises. Ces religieux ont érigé un certain nombre de missions et les ont dotées d’objets sacrés tels que des croix, des cloches, des calices ou des statues de la Vierge…

En 1860 a eu lieu un soulèvement indien au cours duquel quatre cents colons et plusieurs dizaines de prêtres ont trouvé la mort, le reste des populations espagnoles locales ayant été chassées.

Tous les individus qui avaient été baptisés ont été lavés rituellement et les mariages prononcés par les prêtres ont été dissous, ce qui explique la rareté des objets ayant survécu à ces destructions, surtout lorsqu’ils étaient en or.

A la suite de la conquête, les Pueblos considéraient l’or comme un métal maudit au prétexte qu’il plongeait les Espagnols dans la folie. Ils le voyaient comme la cause essentielle de leur servitude au fond des mines…

Je viens de vous dire qu’il n’existait pas de bombe atomique à l’époque, mais c’est faux. Il y en avait une. La toute première, expérimentée ici-même au Nouveau Mexique, dans une région désertique au sud de High Lonesome. Corrie, regardez sur votre iPad à quelle date a eu lieu Trinity, le premier essai nucléaire.

Lu en avril 2021

Publié dans littérature USA

« Meurtres et pépites de chocolat » de Joanne Fluke

Continuons encore un peu avec ce polar au titre singulier que j’ai choisi par curiosité, alléchée par la couverture :

Résumé de l’éditeur :

Hannah Swensen est de retour dans sa ville natale d’Eden Lake. Entre sa mère, plutôt envahissante, et l’ouverture de sa boutique, le Cookie Jar, elle a fort à faire. Son quotidien devient plus passionnant encore quand son livreur, Ron LaSalle, est retrouvé assassiné juste derrière son magasin. Le beau-frère d’Hannah, shérif adjoint du comté, fait appel à elle pour l’aider à trouver le coupable. Un nombre surprenant de suspects et de mobiles émergent alors. Très vite Hannah va réaliser qu’elle n’est pas seulement douée pour les cookies, mais qu’elle est aussi une enquêtrice hors pair.

Fous rires et frissons, mystères et pépites : cette histoire pleine de rebondissements ressemble au meilleur cookie du monde : sucrée mais légère, surprenante de bout en bout.

Ce que j’en pense :

En se rendant à sa boutique, le Cookie Jar, Hannah aperçoit comme tous les matin Ron LaSalle, en train de livrer ses produits laitiers. Elle le trouve différent des autres jours, lui si ponctuel est en retard dans sa tournée.

En arrivant, elle se met au travail (aux fourneaux) pour réaliser des cookies originaux, secondée efficacement par son employée Lisa, se promettant de demander à Ron si tout va bien pour lui, quand il fera sa livraison chez elle.

Une visite inattendue perturbe quelque peu ses plans : sa sœur entre dans la boutique, toujours pressée, pour lui confier pendant quelques heures sa fille. Elle doit faire visiter un bien immobilier à un client, c’est tellement plus intéressant que la fabrication des cookies…

Mais, soudain retentit un bruit de moteur qui pétarade et qui s’avère être un coup de feu tiré à bout portant sur Ron.

Hannah cherche à comprendre, à participer à la résolution du crime en donnant un coup de main à son beau-frère, assez dépassé par les évènements pour ne pas dire plus.

J’avais bien remarqué que NetGalley ne proposait que les 140 premières pages, et je pensais m’amuser comme le suggérait l’éditeur…

Une pâtissière, certes fort sympathique, qui mène l’enquête, les cancans du village où tout le monde se connaît et se surveille, des relents de « desperate houswives », on remplace Wisteria Lane ( ?), par Lake Eden, le tout entrecoupé de recettes de cookies,  cela n’a pas fonctionné et même si l’extrait se termine sur un « élément capital », je ne lirai pas la suite. C’est trop « rose bonbon » pour moi et au lieu de me détendre, ça m’énerve… et en plus, toutes ces sucreries, cela m’a donné des nausées pour un bon moment…

On est en plein dans le cliché, la société américaine dans ce qu’elle a de plus superficiel, ou la famille avec la mère d’Hannah qui l’invite à dîner une fois par semaine pour lui présenter un prétendant convenable (pour elle évidemment) car il est choquant de ne pas être mariée à son âge etc.

Cela dit, je conçois très bien que l’on puisse apprécier ce genre de livre, étant donnés les commentaires que j’ai lus sur Babelio, mais j’assume…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Le Cherche Midi qui m’ont permis de tenter un autre style de polar et de découvrir une auteure…

4/10

L’auteure :

Joanne Fluke est auteure de roman policier américaine, née en 1943 à Swanville, dans le Minnesota.

En 2000 elle inaugure sa série mettant en scène le personnage d’Hannah Swensen avec Chocolate Chip Cookie Murder.

Extraits :

A part Hannah Swensen, qui aurait eu l’idée d’adopter un chat de douze kilos, affligé d’une oreille déchirée et d’un œil crevé ? Elle l’avait baptisé Moshe et, même s’il risquait de finir bon dernier au concours de beauté de Lake Eden, s’était vite attachée à lui. Et lui à elle. A cause d’un point commun peut-être. Ils étaient des guerriers, l’un et l’autre, chacun dans son genre bien sûr. Lui avait dû se battre pour survivre dans les rues, elle pour sortir indemne de ses dîners hebdomadaires avec sa mère.

Il faisait frisquet ce matin-là, mais après tout, on était déjà mi-octobre. Dans le Minnesota, l’automne se réduisait à presque rien. Dès les premiers signes avant-coureurs, les photographes amateurs devaient se hâter d’immortaliser les rouges sombres, les orange vifs et les jaunes dorés parsemant les ramures, car très vite les feuilles se mettaient à tomber et les arbres à ressembler à des squelettes noirâtres se profilant sur un ciel de plomb malmené par la bise…

Lu en avril 2021

Publié dans littérature USA

« Rassemblez-vous en mon nom » de Maya Angelou

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley pour sa couverture et également pour le petit bandeau rouge, où figurent les commentaires enthousiastes de Michelle Obama, Christiane Taubira :

Résumé de l’éditeur :

Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d’une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d’une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l’espoir et la joie, l’accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté.

Après l’inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d’autres encore lui ont rendu hommage.

Traduit de l’anglais par Christiane Besse.

Ce que j’en pense :

La seconde guerre mondiale, vient de s’achever, les héros sont rentrés au Pays, Blancs et Noirs ont participé à la libération des camps nazis alors on espère que le racisme a fait long feu…  En fait, ce n’est pas si simple, les usines d’armement ferment, les ouvriers sont plus en moins renvoyés vers leur sud natal, certains préfèrent rester.

Leur intellect élargi ne pourrait plus jamais se réadapter à ces étroits confins. Ils étaient libres, ou du moins plus poches de la liberté que jamais auparavant, et ils refusèrent de repartir.

Maya nous raconte une période de sa vie de ses dix-neuf à ses vingt et un ans pour être précise. Elle est mère d’un petit garçon, âgé de quelques mois, dont le père n’a fait que passer dans sa courte vie. Il faut travailler, alors elle va enchaîner les boulots difficiles : serveuse, cuisinière, avec un petit passage par la danse… son frère Bailey qui travaille aux chemins de fer américain, est présent par intermittence. Elle a gardé des liens avec sa grand-mère, sa mère et son beau-père mais ils sont plus ou moins harmonieux. Elle a bien compris qu’elle en pouvait que se débrouiller seule.

Côté amour, ce n’est pas la joie non plus, elle a le chic pour rencontre des hommes qui ne peuvent que la faire souffrir : Curly, un homme qui est, en fait, fiancé avec une autre, un danseur de claquettes, amant doué mais qui reste amoureux de son ex-femme, droguée, un gigolo…

Maya est intelligente, lit beaucoup, fascinée par les auteurs russes, elle dévore Dostoïevski dont l’univers lui semble tellement proche du sien puis s’attaque à Gorki, Tchekhov Tourgueniev qui deviennent ses compagnons sous le soleil californien. Elle est souvent obligée de partir, revenir au Sud après le séjour californien, par exemple, est une sorte de régression sociale dont ses anciens amis se moquent ouvertement…

Malgré sa force de caractère et sa combattivité, elle a l’art de se mettre en danger, de se retrouver dans des situations compliquées, voire dégradantes, car elle espère toujours rencontrer le grand amour, mais elle est encore jeune, ceci explique cela…

A ma grande honte, je ne connaissais pas Maya Angelou, son talent, sa notoriété et en lisant cette autobiographie centrée sur 3 années de sa vie, j’ai beaucoup apprécié son écriture, sa personnalité qui commence à poindre dans cette fin d’adolescence ou début d’âge adulte, comme on préfère, et j’ai une furieuse envie de la découvrir davantage, dont notamment son précédent livre, autobiographique également : « Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage ».

Christine Taubira la décrit ainsi :

« Maya Angelou, c’est du feu. Un feu d’indicible joie, qui anéantit l’adversité et embrase la combattivité. Un feu qui éclaire, m’éclaire encore. »

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Notabilia qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure brillante.

#Rassemblezvousenmonnom #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Née à Saint-Louis, dans le Missouri en 1928, Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, fut poète, écrivaine, actrice, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats pour les droits civiques avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes.

En 2013, en tant que militante des droits civiques américains, elle a reçu le National Book Award pour « service exceptionnel rendu à la communauté littéraire américaine ».

On lui doit : « Je sais pourquoi chante l’oiseau dans sa cage », « Lettre à ma fille », ou encore « Tant que je serai Noire »

Elle est décédée le 28 mai 2014 à l’âge de 86 ans.

Extraits :

Plus besoin de discuter du préjugé racial. Ne venions-nous pas tous ensemble, Noirs et Blancs, d’arracher ce qui restait de Juifs à l’enfer des camps de concentration ? Le racisme était mort. Une erreur commise par un jeune pays. Une chose à oublier au même titre que la conduite déplaisante d’un ami en état d’ivresse.

L’apitoiement sur soi, à ses débuts, est aussi agréable qu’un matelas de plumes. Ce n’est qu’à la longue, qu’il devient inconfortable.

La vie, d’après ce que j’avais pu en conclure jusqu’ici, était une série de contraires : Noir/Blanc, dessus/dessous, vie/mort, riche/pauvre, amour/haine, heureux/malheureux, sans zones de compromis intermédiaires. D’où la logique crime/châtiment.

La lourde richesse de l’univers de Dostoïevski était celle où je vivais depuis toujours. Les intérieurs tristes, sans lumière, les ratiocinations complexes des personnages et leurs humeurs fâcheuses m’étaient aussi familiers que la solitude.

Il existe dans l’imaginaire américain un pays bien-aimé où des femmes très pâles voguent en permanence sous de sombres magnolias, tandis que des hommes blancs aux mains douces époussettent des brins de glycine sur les épaules laiteuses de leurs amantes. Une harmonieuse musique noire flotte comme une parfum dans cet air précieux que rien de menaçant ne vient jamais troubler…

Les rapportes entre Bailey et moi s’étaient détériorés durant notre adolescence, alourdis par le cynisme de mon frère. Il ne me comprenait plus très bine et je ne pouvais pas deviner ses désillusions d’homme noir à l’égard de la vie.

Il est intéressant qu’ils ne soient pas rendu compte dans ces jours anciens du désir, ni même dans ces jours présents de compréhension, que, si la femme avait le droit de décider, elle souffrait de son incapacité à formuler la demande. Car, enfin, elle ne peut dire oui ou non que si on lui pose la question.

Mon courage s’effilochait. Hélas ! la force d’âme n’était pas comme la couleur de ma peau, acquise une fois pour toutes et mienne à jamais. Il fallait la ressusciter chaque matin et l’exercer avec soin. Il fallait aussi la nourrir de quelques succès. Mon énergie m’avait abandonnée comme se fanent les traits d’une jolie femme qui vieillit.

Lu en janvier 2021

Publié dans littérature USA, Thriller

« Diamants de sang » de James Patterson et Marshall Karp

Petit intermède polar aujourd’hui avec ce livre d’un auteur prolixe dont je n’ai encore lu aucun des romans, celui-ci ayant été écrit à quatre mains :

Résumé de l’éditeur :

L’avant-première d’un film à gros budget… Le tout-Manhattan attendu… Alors que la comédienne vedette s’apprête à fouler le tapis rouge, exhibant une parure d’émeraudes et de diamants valant huit millions de dollars, une détonation retentit, suivie du crash d’une Cadillac.

Un crime vient d’être commis. Les bijoux ont disparu… et personne n’a rien vu ! Une enquête cousue main pour le NYPD Red, l’unité d’élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous.

Des penthouses aux bas-fonds de la ville où le crime ne s’arrête jamais, le détective Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald – son ex-petite amie – n’auront guère le temps de chômer. D’autant que le tueur a d’autres cibles en vue…

Ce que j’en pense :

L’action démarre sur un vol de bijou rondement mené, si ce n’est le fait que l’actrice qui le portait y laisse sa vie, mortellement blessée par un coup de feu : son garde du corps et du cœur a voulu la protéger en s’emparant de l’arme brandie sur elle mais le coup est parti… envolé le tapis rouge et surtout le collier d’émeraudes et de diamants confectionné par Leo Bassett d’une valeur de huit millions de dollars…

Le duo d’enquêteurs formé par Zach Jordan et Kylie MacDonald, pour le NYPD Red est chargé de l’affaire. Mais, ils ne sont pas au bout des surprises : Leo Bassett devait normalement accompagner l’actrice, mais lui a fait faux bond au dernier moment, sous prétexte qu’il puait le poisson (incident lors d’un buffet) ce qui était au-dessus de ses forces !

Les deux frères Bassett sont des « bijoutiers » ayant pignon sur rue, très riches et méprisant ceux que ne sont pas de la haute comme dit l’auteur…

En même temps, la maire fraîchement élue de New-York fait appel à eux, en toutes discrétion bien sûr car des vols de matériels médicaux hors de prix ont lieu dans des hôpitaux : scanners, IRM, appareil à mammographie…

Ils doivent donc mener les deux enquêtes de front et vu le caractère bien trempé de chacun, surtout de Kylie, on peut s’attendre à de multiples rebondissements, d’autant plus que leur vie privée est loin d’être de tout repos.

Spence, le mari de Kylie est toxicomane et a rechuté après avoir résisté dix ans après avoir subi une cure de désintoxication. Il fait n’importe quoi, c’est l’escalade dans l’usage des drogues, et il va même jusqu’à saccager les studios où il travaille.

Zach vient d’emménager avec Cheryl, flic aussi et ce n’est pas de tout repos car chaque fois que Kylie l’appelle au secours pour partir à la recherche de son mari… Tous les deux ont eu une aventure des années auparavant et Zach accoure chaque fois que Kylie l’appelle…

C’est la première fois que je lis un thriller de James Patterson et, ma foi, j’ai passé un bon moment, on ne trouve des litres d’hémoglobine, les héros sont attachants avec leurs défauts, comme leurs qualités. On a une belle exploration des liens tumultueux entre police et politique, ou des milieux huppés de la ville qui ne pensent qu’à l’argent, à arnaquer les autres et éliminer ceux qui se mettent en travers de leur chemin.

Un clin d’œil au passage à Annie Ryder, une mamie magouilleuse de la petite délinquance dont le rejeton Teddy, ayant ses quelques neurones mal connectés, à l’art de se mettre dans des situations compliquées. Annie est truculente à souhait, parlant à son mari par l’intermédiaire de l’urne contenant ses cendres, mais elle fourmille d’idées pour sauver son rejeton…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions de l’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de faire la connaissance de la prose de son auteur, ici en collaboration avec Marshall Karp, découverte fort sympathique. En général, j’aime bien les polars publiés par les éditions de l’Archipel, car ils ont une trame intéressante, le côté psychologique et les relations entre les policiers, ou les protagonistes sont bien appréhendés.

J’ai très envie de lire d’autres de ses nombreux romans, notamment ceux dont le héros est un détective noir du nom d’Alex Cross, série qui comprend une vingtaine de tomes ou retrouver ce duo dans la série NYPD Red…

#Diamantsdesang #NetGalleyFrance

7/10

Les auteurs :

Avec quelque 385 millions de livres vendus, James Patterson est l’auteur de thrillers le plus lu au monde. En 2020, ses nouveautés ont toutes figuré en tête des meilleures ventes aux États-Unis.

Marshall Karp, coauteur des romans de la série « NYPD Red » – Tapis rouge, Lune pourpre, Lettres de sang et Alerte rouge, tous publiés aux éditions de l’Archipel –, est scénariste à Hollywood.

Extrait :

En travaillant pour le Red, je suis aux premières loges pour observer les mœurs des gens de la haute. Bien sûr, les frères Bassett, ce n’était pas exactement la haute. Plutôt le un pour cent du un pour cent ultra-privilégié, et leur « résidence » avait tout d’un palace.

A l’époque où New-York connaissait son apogée industrielle, le sud de Manhattan était truffé de lofts qui abritaient des bureaux et des usines mais n’avaient pas vocation à accueillir des résidents. Au début des années 1980, la loi avait changé, et les spéculateurs immobiliers avertis avaient racheté pour une bouchée de pain ces immeubles froids austères et infestés de rats.

Les Bassett s’y étaient pris tôt, transformant un entrepôt de six étages sur la 21e Rue Ouest en un remarquable triplex. Leo occupait la moitié inférieure de l’immeuble, alors Kylie et moi avons pris l’ascenseur jusqu’au troisième…

Lu en janvier 2021

Publié dans Littérature contemporaine, littérature USA

« Underground Railroad » de Colson Whitehead

Depuis que j’ai refermé « Nickel Boys », enchaîner avec son précédent roman était une priorité, j’avais laissé passer la vague enthousiaste provoquée par sa sortie,et c’est à lui que je consacre ma dernière chronique de 2020. Voici donc ce que j’en pense :

Résumé de l’éditeur :

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’ »Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme.


À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

« Un roman puissant et presque hallucinatoire. Une histoire essentielle pour comprendre les Américains d’hier et d’aujourd’hui.  The New York Times.

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Cora, esclave trimant dans une plantation de coton en Géorgie, alors qu’elle est âgée de seize ans. Le maître des lieux, Randall et ses fils, entretient la terreur pour dissuader dans l’œuf toute idée de rébellion, ou de fuite : coups de fouet, viol. Ce jour-là, Caesar, esclave lui-aussi, vient lui proposer de s’enfuir avec lui.

Réticente au départ, une journée de maltraitance encore pire que les autres, elle finit par se résoudre à le suivre. Cora n’a pas eu une vie simple : Ajarry, sa grand-mère a été kidnappée dans son village en Afrique et après avoir survécu à une marche harassante jusqu’aux bateaux négriers, et résisté à la traversée en fond de cale, elle est vendue à la famille Randall, au marché où l’on exposait « la marchandise » pour évaluer ceux qui seraient assez forts physiquement pour résister au travail acharné dans les champs de coton (trop fatigant pour les Blancs que seul l’argent intéresse !)

Le seul « plaisir » d’Ajarry était de cultiver son petit lopin de terre (3m2 !) ce que faisait également Mabel, la mère de Cora. Un jour, ou plutôt une nuit, Mabel est partie et on ne l’a jamais retrouvée, malgré les kidnappeurs lancés sur ses traces par Randall. Échec qui va hanter autant le maître que Ridgeway, le chef des kidnappeurs, patrouilleurs ou miliciens comme on voudra, alors quand Cora décide de suivre Caesar, on imagine la rancœur, la colère le désir de vengeance….

Caesar et Cora réussissent à ne pas se perdre dans les marais, faisant des détours pour rendre le pistage plus difficile et ils arrivent à la gare souterraine et le train (Underground Railroad) qui va les conduire d’abord en Caroline du Sud, où ils arrivent à trouver un endroit pour dormir et petits travaux. L’accueil est de prime abord chaleureux et nos deux héros décident d’y reste, laissant passer plusieurs trains mais Ridgeway les poursuit âprement avec sa bande.

Il faut repartir, mais elle devra le faire seule, direction le Tennessee puis l’Indiana, Ridgeway toujours à ses trousses.

Tout au long du parcours de Cora, on va rencontrer des Blancs abolitionnistes vrais, et d’autres qui se revendiquent comme tels mais n’hésitent pas à trahir, à dénoncer, à passer à tabac, tuer, pendre (il y a une avenue des pendus !) et bien-sûr ceux qui se revendiquent esclavagistes et se laissent aller sans problème à leur pires instincts, les nazis n’ont rien inventé, ni en théorie ni en pratique…

Voici par exemple la « philosophie » de Ridgeway :

Si les nègres étaient censés jouir de leur liberté, ils ne seraient pas enchaînés. Si le Peau-Rouge était censé conserver sa terre, elle serait encore à lui. Et si le Blanc n’avait pas été destiné à s’emparer de ce nouveau monde, il ne le possèderait pas.

Tel était l’authentique Grand Esprit, le fil divin qui reliait toute entreprise humaine : si vous arrivez à garder quelque chose, c’est que cette chose vous appartient. C’est votre bien : votre esclave, votre continent. L’impératif américain. 

Ne cherchez pas le train, il n’existe pas tel que le décrit l’auteur, en fait le terme Underground Railroad fait référence au réseau de routes clandestines utilisées par les esclaves pour franchir la ligne de démarcation entre les états esclavagistes du sud et les états du Nord avec les abolitionnistes qui les aidaient.

ColsonWhithead nous brosse un tableau de l’Amérique esclavagiste vraiment très détaillé, reprenant les expressions utilisées par les esclavagistes à l’époque, mais qui résonnent particulièrement avec le règne Trumpiste et le racisme revendiqué haut et fort par les suprématistes Blancs dont la parole a été libérée….

J’ai bien aimé le style de narration : l’auteur parle alternativement de tous les protagonistes, creusant leur personnalité, les chapitres consacrés à Ridgeway et à Ajurry par exemple sont très instructifs, et cela rend le récit moins dur à supporter.

J’ai bien aimé retrouver la plume de ColsonWhithead, dont j’ai beaucoup apprécié récemment « Nickel Boys » et ce roman, même si ce n’est pas un vrai coup de cœur, il n’en est pas passé loin et restera longtemps dans ma mémoire.  

Ce roman qui, je le rappelle, a reçu le prix Pullitzer en 2017 ainsi que le National Book Award en 2016 devrait être mis entre toutes les mains, notamment des plus jeunes pour les sensibiliser à l’autre face du rêve américain…

J’ai beaucoup pensé au feuilleton TV « Racines » il y a longtemps, et je dois reconnaître que ColsonWhithead m’a donné envie de lire enfin le roman d’Alex Haley que je remets à plus tard depuis des années…

9/10

L’auteur :

Né à New-York en 1969, Colson Whitehead est l’auteur de sept romans dont « Underground Railroad », qui relate le périple d’une jeune esclave évadée d’une plantation de Géorgie.

Avec « Nickel Boys », qui s’inspire de la véritable histoire d’une maison de correction en Floride, il poursuit sa troublante exploration de l’histoire américaine, s’imposant comme une voix essentielle de la littérature qui a fait de la question raciale aux USA le cœur de son œuvre et de son combat.

Extraits :

La grand-mère de Cora n’avait jamais vu l’océan jusqu’à ce jour lumineux, dans le port de Ouidah, où l’eau l’avait éblouie après son séjour dans les cachots du fort. C’est là qu’ils avaient été parqués en attendant les navires. Les razzieurs dahoméens avaient d’abord kidnappé les hommes, puis étaient revenus au village à la lune suivante, rafler les femmes et les enfants qu’ils avaient fait marcher de force jusqu’à lamer, enchaînés deux par deux.

On se venge les uns sur les autres quand on ne peut pas se venger sur ceux qui le méritent.

A cette époque, Ridgeway refrénait ses appétits face aux excès les plus tapageurs de ses comparses. Les autres patrouilleurs étaient des garçons et des hommes de personnalité douteuses : ce travail attirait un certain type d’individus. Dans un autre pays, ils auraient été des criminels, mais on était ici en Amérique…

Les autres étudiants proféraient des horreurs sur le gens de couleur de Boston, leur odeur, leurs déficiences intellectuelles, leurs instincts primitifs. Pourtant, quand ses condisciples entamaient de leur lame un cadavre de Noir, ils faisaient davantage progresser la cause de ces gens que l’abolitionniste le plus vertueux. Dans la mort, le Noir devenait un être humain. Alors seulement il était l’égal du Blanc.

Quel est ce monde, pensa-t-elle (Cora) qui fait d’une prison vivante notre seul refuge. Était-elle libérée de ses liens ou prise dans leur toile ? Comment décrire le statut d’une fugitive ? La liberté était une chose changeante selon le point de vue, de même qu’une forêt vue de près est un maillage touffu, un labyrinthe d’arbres, alors que du dehors, depuis la clairière vide, on en voit les limites. Être libre n’était pas une question de chaînes, ni d’espace disponible…

Mon père aimait bien faire son discours indien sur le Grand Esprit, poursuivit Ridgeway. Après toutes ses années, moi je préfère l’esprit américain, celui qui nous a fait venir de l’Ancien Monde pour conquérir, bâtir et civiliser. Et détruire ce qui doit être détruit. Pour élever les races inférieures. Faute de les élever, les subjuguer. Faute de les subjuguer, les exterminer. C’est notre destinée par décret divin : l’impératif américain.

Les plus faibles de votre tribu ont été éliminés, morts à bord des négriers, morts de notre variole européenne, morts dans les champs en cultivant notre coton et notre indigo. Vous devez être forts pour survivre au labeur et pour nous rendre plus puissants, plus glorieux. Si nous engraissons des porcs, ce n’est pas parce que ça nous amuse mais parce que nous avons besoin d’eux pour survivre. Mais on ne peut pas se permettre de vous rendre trop malins. Ni de vous rendre assez résistants pour nous échapper.

« Un Noir libre ne marche pas pareil qu’un esclave, disait-il. Les Blancs le sentent immédiatement, même si ce n’est pas conscient. Il ne marche pas pareil, ne parle pas pareil, ne se tient pas pareil. C’est dans les os. » Les policiers ne l’appréhendaient jamais et les kidnappeurs gardaient leurs distances.

« Le maître répétait souvent que la seule chose qui soit plus dangereuse qu’un nègre avec un fusil, leur dit-il, c’était un nègre avec un livre.  

Et l’Amérique est également une illusion, la plus grandiose de toutes. La race blanche croit, croit de tout son cœur, qu’elle a le droit de confisquer la terre. De faire la guerre. D’asservir ses frères. S’il y avait une justice en ce monde, cette nation ne devrait pas exister, car elle est fondée sur le meurtre, le vol et la cruauté. Et pourtant, nous somme là.

Lu en décembre 2020

Publié dans littérature USA, Rentrée littéraire

« Nickel Boys » de Colson Whitehead

Je vous parle aujourd’hui du dernier roman d’un auteur, très apprécié, dont le précédent livre a obtenu plusieurs prix et qu’il était temps que je découvre :

Résumé de l’éditeur :

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à cœur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Ce que j’en pense :

On va suivre le parcours d’un jeune afro-américain, Elwood Curtis, dont le parcours scolaire brillant le différencie de ses copains d’enfance. Il a été élevé par sa grand-mère, Harriet,  qui surveille de près ses fréquentations, car ses parents sont partis alors qu’il était très jeune. Son père, revenu de la guerre où on le traitait avec respect, a déchanté à son retour, car on lui contestait le droit de porter son uniforme dans ce Sud où règne la ségrégation.

Un jour Harriet lui offre un disque acheté au hasard, et il s’agit des discours de Martin Luther King qu’il écoute en boucle et ceci éveille une aspiration à l’égalité raciale, une conscience politique mais cela risque aussi de lui jouer des tours, car il pense que l’avenir sera radieux.

Nous sommes dans les années soixante, et si des lois ont bien été votées, on est encore loin de les voir appliquées. Elwood travaille dans la boutique de Mr Marconi, tout en continuant sa scolarité. Un de ses professeurs lui obtient une bourse pour aller étudier à l’université.

Alors qu’il voulait aller visiter le campus, il est pris en stop par un homme dont il ne se méfie pas. Hélas, la voiture était volée et Elwood est condamné pour vol de voiture alors qu’il n’y était pour rien, il était seulement au mauvais endroit au mauvais moment comme on dit.

Il se retrouve à la Nickel Académy où il est censé être scolarisé… en fait, c’est pour la vitrine, l’institution (qui fait référence à la Dozier School qui a fermé ses portes il n’y a pas si longtemps) comprend une aile pour les Blancs et une autre pour les Noirs, avec des différences, à tous les niveaux, nourriture, traitement… il faut travailler dur, aux champs ou ailleurs, et le moindre prétexte suffit pour être passé à tabac.

En fait, à Nickel, maison de redressement, comme on disait autrefois, règne un régime de terreur, les gamins sont victimes de sévices, de barbarie plus exactement, le summum étant atteint dans ce qu’ils appellent « La maison blanche » où le fouet règne en maître ou encore la « cage à sueur » où on les fait pratiquement rôtir.

Elwood se lie d’amitié avec Turner, très lucide car c’est son deuxième séjour,  et qui n’espère plus rien de la vie, car pour lui,  quoi qu’il advienne ils n’auront jamais aucun droit.

Colson Whitehead nous met dans le bain dès le prologue lorsqu’il décrit la mise à jour d’un cimetière fantôme où sont enterrés des corps, avec des fractures multiples, dans l’anonymat : pas même une croix, un charnier alors qu’un promoteur commençait des travaux. Voici l’incipit:

« Même morts, ces garçons étaient un problème »

Le cimetière clandestin se trouvait dans la partie nord du campus de Nickel, sur un demi-hectare de mauvaises herbes entre l’ancienne grange et la déchetterie de l’école. Ce champ avait servi de pâture à l’époque où l’établissement exploitait une laiterie et en vendait las production dans la région – une des combines de l’État de Floride pour décharger les contribuables du fardeau que représentait l’entretien des garçons.

L’auteur alterne les périodes pour que le récit soit moins dur, alternant le présent avec la mise à jour du cimetière et l’association des anciens de la Maison Blanche où les survivants se réunissent régulièrement pour parler et l’histoire d’Elwood.

J’ai particulièrement apprécié les liens qui unissent Elwood et sa grand-mère, ainsi que son amitié avec Turner, ainsi qu’un autre garçon latino-américain, Jaimie, qui passe son temps à aller et venir entre le pavillon des Blancs et celui des Noirs au gré des humeurs des geôliers, trop basané pour les uns ou la peau trop blanche pour les autres.

J’ai beaucoup aimé ce roman et la plume de Colson Whitehead et je ressors de cette lecture un peu sonnée et toujours aussi révoltée par cette Amérique raciste, ségrégationniste, nostalgique de l’esclavage en me demandant si elle a vraiment beaucoup évolué après quatre années de Trumpisme (aigu ou chronique, là est la question !). Quoi qu’il en soit, ce roman m’a donné envie d’en savoir plus sur ce sujet.

Je n’ai pas lu « Underground Railroad » le précédent roman de Colson Whitehead que j’ai rajouté à ma PAL délirante l’année dernière mais l’heure viendra c’est certain…

Dernière précision, et non des moindres, « Nickel Boys » a reçu le prix Pulitzer.

9/10

https://www.lefigaro.fr/international/2015/02/17/01003-20150217ARTFIG00345-etats-unis-un-siecle-d-horreur-dans-une-maison-de-redressement.php

http://dombosco.over-blog.com/article-arthur-g-dozier-school-for-boys-115890736.html

L’auteur :

Né à New-York en 1969, Colson Whitehead est l’auteur de sept romans dont « Underground Railroad », qui relate le périple d’une jeune esclave évadée d’une plantation de Géorgie.

Avec « Nickel Boys », qui s’inspire de la véritable histoire d’une maison de correction en Floride, il poursuit sa troublante exploration de l’histoire américaine, s’imposant comme une voix essentielle de la littérature qui a fait de la question raciale aux USA le cœur de son œuvre et de son combat.

Extraits :

Ainsi donc, il feuilletait des magazines pendant ses temps morts. Ses heures de travail chez Marconi lui fournissaient des modèles d’hommes qu’il pourrait devenir et l’éloignaient du type de garçons du quartier qu’il n’était pas. Sa grand-mère l’avait depuis longtemps dissuadé de traîner avec les gamins du coin, qu’elle traitait de fainéants et de fauteurs de trouble.

… les paroles du Révérend King emplissaient le salon de la petite maison tout en longueur. Elwood appliquait un code et le Révérend mettait ce code en mots, lui donnait une forme et un sens. Il y a dans ce monde de grandes forces, les lois Jim Crow notamment, qui visent à rabaisser les Noirs, et de plus petites forces, les autres personnes par exemple, qui cherchent à vous rabaisser, et face à toutes ces choses, les grandes comme les petites, il faut garder la tête haute et ne jamais perdre d vue qui l’on est.

Il se rappela que Yolanda King avait six ans quand son père lui a révélé la réalité du parc d’attractions et de l’ordre blanc qui lui en interdisait l’entrée. Qui lui fermait les portes de cet autre univers. Elwood avait six ans quand ses parents avaient mis les voiles et il y voyait un point commun entre elle et lui, car c’est à ce moment-là qu’il avait ouvert les yeux sur le monde.

Il eut (le père d’Elwood) à peine le temps de sortir de sa voiture—tout le monde savait que les Blancs lynchaient les Noirs en uniforme, mais il n’aurait jamais imaginé être un jour pris pour cible. Pas lui. Une bande de Blanc jaloux de son uniforme et effrayés par ce monde qui autorisaient les Noirs à en porter un.

Changer la loi, très bien, mais ça ne changera pas les gens ni leur façon de traiter leurs semblables. Nickel était un établissement raciste jusqu’à la moelle – la moitié du personnel enfilait probablement un costume du Klan tous les week-ends – mais aux yeux de Turner sa cruauté allait plus loin que la couleur de la peau ?

Durant l’été 45, un jeune garçon fit un arrêt cardiaque dans une cage à sueur, une punition courante à l’époque, et le médecin légiste qui l’examina conclut à une mort naturelle. Imaginez-vous cuire dans une boite en métal jusqu’au moment où votre cœur lâche, à bout de forces.

Fuir était une folie, ne pas fuir aussi. En regardant ce qui s’étendait à l’extérieur de l’école, en voyant ce monde libre et vivant, comment ne pas songer à prendre le risque vers la liberté ? à écrire soi-même son histoire pour changer. S’interdire de penser à la fuite, ne serait-ce que pour un instant, c’était assassiner sa propre humanité.

Chaque année en novembre, le marathon ébranlait son scepticisme à l’égard de l’humanité en lui montrant qu’ils étaient tous solidaires dans cette ville crasseuse, une étrange famille.

Lu en novembre 2020

Publié dans littérature USA, Polars

« Les lumières de l’aube » de Jax Miller

Petit intermède polar aujourd’hui pour changer un peu avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

30 décembre 1999, Welsh, Oklahoma. Lauria Bible et sa meilleure amie Ashley Freeman, 16 ans, passent la soirée ensemble chez les Freeman. Le lendemain matin, le mobile home familial est en feu et les deux jeunes filles ont disparu. Les corps des parents d’Ashley, sont découverts dans les décombres, deux balles dans la tête.


L’affaire est restée non résolue et les jeunes filles n’ont jamais été retrouvées.
Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ? Entre règlement de compte sur fond de trafic de drogue, vengeance, corruption et négligence policière, Jax Miller nous plonge dans les villes oubliées de l’Amérique profonde, loin des lois, là où les plus sombres secrets peuvent s’épanouir.

Ce que j’en pense :

Comme prévu, Lauria Bible est allée dormir chez son amie Ashley Freeman. Nous sommes le 30 décembre 1999, le réveillon et l’an 2000 pointent le bout de leur nez, mais hélas, elles ne le verront pas car dans la nuit le mobile home prend feu dans des conditions étranges.

Le shérif arrive sur les lieux avec son équipe de bras cassés et bizarrement sous les cendres, on ne retrouve qu’un corps, celui de Kathy, la mère d’Ashley. On en conclut que son mari, Danny se cache dans la forêt après avoir pris les filles en otages, donc rubalise, et on fait une battue.

Etrangement, le lendemain Lorene Bible et son mari retourne sur les lieux et découvrent sous la cendre le corps du père d’Ashley. L’enquête prend une toute autre direction, enfin aurait dû… Le shérif dépassé, on fait appel aux agents spéciaux, chacun se renvoyant la balle.

Jax Miller nous raconte dans ce roman une histoire vraie qui a tenu en haleine tout l’Oklahoma, et l’incurie du shérif et de ses adjoints est incommensurable… Ce sont les époux Bible qui vont faire des recherches, ainsi que l’auteure. C’est devenu l’affaire Freeman-Bible, « une histoire vraie qui dépasse la fiction ».

Pour les Freeman, la famille penche pour crime commis par les flics, car un an auparavant le frère d’Ashley a été tué « accidentellement » lors d’un contrôle, l’adjoint du shérif (qui n’est autre que son frère) aurait cru avoir aperçu une arme dans la main du jeune homme de dix-sept ans et les parents coulaient obtenir réparation…

Pour les Bible, on cherche plutôt à savoir où sont passées les deux jeunes filles âgées de seize ans, qu’on n’a toujours pas retrouvées, et ils explorent la piste de la drogue, Danny étant connu pour être un consommateur régulier de cannabis.

Jax Miller va enquêter, rencontrer les protagonistes, les Bible, la famille des Freeman : les parents de Kathy, le demi-frère de Danny, mais aussi ceux qui ont enquêter à  l’époque, les agents spéciaux, le shérif et son frère, les détectives privée, allant jusqu’à rencontrer des malfrats, drogués à fond à la « meth », la méthamphétamine, , qu’ils fabriquent dans leur grange, leur sous-sol, et tout le monde le sait. Ils sont pervers, et quand ils sont sous l’emprise de la drogue, deviennent hyper-violent, et pendant leurs « parties » torturent les femmes, les violent…

Jax Miller est touchante tant par son désir de trouver les coupables que par ses crises d’angoisse, ses peurs qu’elle tente de contrôler par des pratiques respiratoires, perdant le sommeil, l’appétit coupé car personne ne va lui faciliter la tâche, menaces de mort comprises.

L’incurie des enquêteurs est stupéfiante c’est le cas de le dire, au pays des « experts », on ne trouve pas d’indices, parce qu’on n’en cherche pas en fait….

J’ai choisi ce roman car j’ai bien apprécié un précédent roman de Jax Miller : « Les infâmes » et même si je trouve son enquête intéressante et si j’admire son opiniâtreté je n’ai pas réussi à m’intéresser vraiment à ce livre, même si l’affaire en elle-même est intéressante, j’ai souvent décroché, je me suis perdue dans les noms de protagonistes, ne me souvenant plus si Untel était un policier ou un truand et il m’a fallu du temps pour en arriver à bout…

Bref, je suis restée sur ma faim, je cherchais un polar haletant pour lutter contre le blues covidien, mais cela n’a pas vraiment marché.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Leslumièresdelaube #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

Le shérif m’a dit un jour que cette région de l’Oklahoma était hantée. Une fois qu’on en faisait partie, on ne pouvait plus jamais la quitter.

Les secrets sont là, dans les murmures de la prairie de l’Oklahoma, dans ses railleries. Et, tandis que des ombres imaginaires se meuvent autour de moi, j’apprends que, s la prairie est joueuse le jour, elle joue des tours la nuit. Quelque part, ici, une conclusion sera peut-être enfin trouvée. Comme je ne cesserai de le répéter, la prairie a ses méthodes.

Pourtant, ce qui m’aide le mieux à me rapprocher de Lauria est son classeur d’écolière, rempli de rédactions écrites pendant les mois précédant sa disparition.

Lorene Bible n’est pas comme la plupart des mères. Elle reste campée sur ce stoïcisme du Midwest qui a forgé les générations passées ; dans l’Amérique rurale, une culture du « garde tes larmes pour ton oreiller » tient tête aux désastres.

Ce n’était pas le seul devoir que Nutter et les autres agents mandatés par l’OSBI avaient négligé : ils n’avaient pas non plus fouillé le mobile home. Pas un meuble n’avait été retourné ; pas une trace de cendres ne tachait leurs vêtements…

Je trouve intéressant qu’ils aient décidé non seulement de boucler l’enquête si vite, mais aussi de la confier à un potentiel suspect.

Cette enquête change les ombres de ma psyché épuisée en assassins toujours prêts à venir à ma rencontre, nageant dans la paranoïa et les hallucinations fugaces…

C’était une ville pieuse de la Ceinture biblique de l’Amérique, mais le Dieu que ses habitants vénéraient restait parfois introuvable, et, pour pallier ce manque, beaucoup avaient cherché de nouvelles béquilles. A la fin des années 1990, la meth régnait en maître, accueillant à bras ouverts les fatigués et les accablés, puis les chômeurs et les déracinés.

J’ai toujours eu l’impression que les Freeman se concentraient sur le « pourquoi » des crimes commis contre leur famille, tandis que les Bible préféraient se concentrer sur le « où »…

Je n’ai pas besoin de m’aventurer très loin dans la campagne pour constater l’emprise que la meth a sur ce comté, une épidémie qui glisse comme une savonnette entre les doigts du shérif.

Lu en octobre novembre 2020

Publié dans littérature USA, Rentrée littéraire

« Betty » de Tiffany McDaniel

Puisque nous sommes à l’heure américaine, ces derniers temps, je vous parle aujourd’hui d’un livre de la rentrée qui m’a particulièrement touchée :

Résumé de l’éditeur :

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne. »


La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société́ car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Betty par une discussion qu’elle a avec son père, qui lui raconte une jolie histoire : son cœur est en verre et contient un oiseau et il se briserait s’il venait à la perdre, libérant l’oiseau qui s’envolerait alors vers le ciel guidant l’âme vers le Paradis.

Son père, Landon Carpenter, Cherokee de père et de mère, est né au début du XXe siècle et rencontre une jeune fille, Alka Lark qu’il venait de cueillir des champignons (des trompettes de la mort, serait-ce un signe ?) et ils font l’amour. Il a 29 ans, elle en a dix-huit et se retrouve enceinte. Elle va se faire battre à coups de ceinturon par son père, alors que la mère ne dit rien : enceinte c’est un scandale et en plus ce n’est pas un Blanc…apprenant cela, Landon va aller lui infliger une sévère correction. ainsi commence le récit :

DEVENIR FEMME, c’est affronter le couteau. C’est apprendre à supporter le tranchant de la lame et les blessures. Apprendre à saigner. Et malgré les cicatrices, faire en sorte de rester belle et d’avoir les genoux assez solides pour passer la serpillère tous les samedis.  

Sont-ils vraiment amoureux, on le suppose ; en tout cas, ils vont sillonner le pays, avoir huit enfants, Betty étant la sixième. Deux vont mourir jeunes: Yarrow et Waconda. La famille vit des petits boulots du père mais un jour, la mère veut rentrer dans sa ville natale Breathed, dans l’Ohio et un ami lui procure une maison, où une famille a été massacrée, ce qui alimente toutes sortes de légendes. On va voir grandir Betty, au milieu de l’immense jardin, où son père arrive à faire pousser toutes sortes de légumes, de fruits, arbres, plantes dont il tire des potions qui ont des vertus thérapeutiques.

Dans la famille, il y a le fils aîné, Leland, peu fréquentable, puis deux sœurs Fraya, sage raisonnable, et Flossie qui ne songe qu’à devenir comédienne et se comporte toujours comme si elle avait un public en face d’elle, ensuite Betty qui ressemble beaucoup à son père, puis les deux petits frères de Betty : Trustin très habile en dessins, fusain notamment et le petit dernier Lint, enfant angoissé, affligé d’un bégaiement.

Alka, la mère donc, a un comportement plutôt étrange, on se demande parfois si elle aime ses enfants, notamment Betty qu’elle surnomme entre autres, Pocahontas…

Tiffany McDaniel nous raconte l’enfance de Betty, qui en est fait l’histoire de sa propre mère, dans cette Amérique des années cinquante et soixante, la difficulté d’être une enfant « sang-mêlé » typés puisque sa peau est sombre, ses cheveux très noirs comme son père. On assiste à la cruauté des enfants à l’école, mais aussi des instituteurs qui la traitent avec mépris. Polly la Peau-Rouge, Tomahawk Kid, Pocahontas, squaw etc. etc. ils vont même jusqu’à baisser sa culotte pendant la récréation pour vérifier si elle a une queue !

L’auteure évoque le racisme, la pauvreté, les violences sexuelles, viol, inceste, suicide sans jamais tomber dans le pathos, elle nous dresse un tableau sans concession de l’Amérique profonde.

La mère est difficile à comprendre, avec des accès de violence, mais l’histoire nous révèle pourquoi, sans pour autant l’excuser, et le père est attachant, essayant de positiver, de relativiser, et la manière dont il vit en harmonie avec la Nature, en cultivant le sol sans l’appauvrir, en respectant les éléments, l’équilibre de la Terre Mère, racontant les légendes cherokees qui illuminent le récit. Il est un père rassurant, sécurisant, pour Betty et la puissance de l’amour paternel va structurer sa vie.

J’aime beaucoup la relation des Amérindiens avec la Terre, qu’il vénère, respecte alors que nous, Occidentaux nous l’exploitant à mort, la détruisant au passage au nom du profit. En fait, cette société matriarcale me plaît tellement plus que notre approche patriarcale pure et dure… Et à l’heure du Trumpisme triomphant, tous les mots et maux évoqués par l’auteur sont plus que jamais présent dans ces deux premières décennies du XXIe siècle

Ce roman est surtout une histoire de résilience, car cette petite fille endure toutes les méchancetés (et encore à l’époque il n’y avait pas les réseaux sociaux !) et s’accroche, elle se réfugie dans l’écriture, notant tout ce qui se passe d’important dans la famille comme à l’école, la violence dont elle est parfois témoin, sur des papiers qu’elle enferme dans des boites et elle les enterre dans la grange.

L’écriture est belle, pleine de poésie, les descriptions de la nature font voyager, donnent envie de caresser  les plantes, ou les animaux que l’on sent si proches et je rends hommage au passage à la belle traduction de François Happe ; c’est un roman qui va rester longtemps dans ma mémoire. Il a obtenu le Prix FNAC.

Bref, un superbe livre publié aux éditions Gallmeister dont je commence à explorer le catalogue, on leur doit notamment « My absolute Darling » encensé par les lecteurs l’an passé….

L’auteure :

Née en 1985 dans l’Ohio, Tiffany McDaniel est une romancière, poétesse et artiste visuelle américaine.

Auteure autodidacte sans formation artistique universitaire particulière, elle écrit de nombreux textes non publiés avant que son premier roman, « L’Été où tout a fondu » (« The Summer That Melted Everything », 2016), soit finalement accepté par un éditeur.


Son deuxième roman « Betty » (2020), particulièrement remarqué par la critique lors de sa parution en français, reçoit le prix du roman Fnac 2020. Tiffany McDaniel s’inspire de la vie de sa mère, une métisse cherokee, pour livrer un roman enchanteur et tragique.

Extraits :

Les temps changent pour ne jamais revenir, alors nous donnons au temps un autre nom, un nom plus beau, pour qu’il nous soit plus facile d’en supporter le poids, à mesure qu’il passe et que nous continuons à nous rappeler d’où nous venons.

Les autorités avaient décrété que les Cherokees devaient être « civilisés » ou expulsés. Ils n’ont eu d’autre choix que de parler l’anglais de l’homme blanc et de se convertir à sa religion. On leur a dit que Jésus était mort pour eux aussi.

A l’entrée de chaque carré, il avait planté des savonniers. Les arbustes n’étaient pas là pour faire joli, mais parce qu’ils constituaient un apport naturel en azote. Il savait toutes ces choses comme d’autres savent qu’ils peuvent acheter un engrais tout prêt dans un magasin.

Pas besoin de s’asseoir sur un banc pour entendre parler de la création divine, disait-il. Tout ce que vous avez à faire pour savoir qu’il existe quelque chose de plus grand, c’est aller vous promener dans les montagnes.  Un arbre prêche mieux que n’importe quel homme.

Je n’arrivais pas à comprendre comment elle avait pu endurer cela. J’arrivais encore moins à comprendre comment son cœur avait pu survivre, sachant que c’était sa propre mère qui l’avait portée sur la couche du diable. Que fait-on lorsque les deux personnes qui sont censés nous protéger le plus sont justement les monstres qui nous déchirent et nous mettent en pièces ?

La foudre, c’est le diable qui frappe à la porte du paradis, a-t-il dit. Il projette tout son corps contre la porte avec une telle force qu’il fendille le ciel. Le diable ne frappe à l, a porte du paradis que pendant un orage.

Il y avait des choses chez mon père qui commençaient à s’écailler, comme une peinture qui vieillit. Quand je lisais les livres que j’empruntais à la bibliothèque, je pensais que mon père – comme les histoires que ces livres racontaient – était né de l’esprit des écrivains.

J’étais bien trop jeune pour ça. Neuf ans seulement et j’étais là, à flotter au-dessus du monde, voyant des pères qui détruisaient leur fille. Des frères qui détruisaient leur sœur.

Toutes les mères sont envieuses de leurs filles,  dans une certaine mesure, parce que les filles ne sont qu’au début de leur jeunesse, alors que les mères voient la leur s’évanouir peu à peu…

Ne laisse pas une telle chose t’arrive, Betty. N’aie pas peur d’être toi-même. Faut pas que tu vives aussi longtemps pour t’apercevoir à la fin que tu n’as pas vécu du tout.

A ce moment-là, j’ai compris que les pantalons et les jupes, tout comme les sexes, n’étaient pas considérés comme égaux dans notre société. Porter un pantalon, c’était être habillé pour exercer le pouvoir. Porter une jupe, c’était être habillé pour faire la vaisselle.

La pensée m’est alors venue qu’être enfant, c’est savoir que le balancement du berceau nous rapproche et en même temps nous éloigne de nos parents. C’est le flux et le reflux de la vie qui, tour à tour, nous poussent vers les autres, puis nous en écartent, peut-être dans le but de nous faire acquérir la force nécessaire pour affronter l’instant où ce mouvement de balancier nous aura tellement éloigné de la personne que nous aimons le plus qu’elle ne sera plus là quand nous reviendrons vers elle…

Lu en novembre 2020