Publié dans littérature USA, Rentrée littéraire

« Glory » d’Elizabeth Wetmore

Je vous parle aujourd’hui d’un premier roman prometteur dont le résumé m’a tout de suite attirée, et après avoir quelque peu hésité, vu l’embouteillage massif de ma PAL je me suis lancée : 

Résumé de l’éditeur :

Roman choral puissant et envoûtant, Glory met en scène les retombées d’une terrible agression dans une petite ville du Texas et donne la parole à celles que l’on n’a pas l’habitude d’entendre.

14 février 1976, jour de la Saint-Valentin. Dans la ville pétrolière d’Odessa, à l’ouest du Texas, Gloria Ramirez, quatorze ans, apparaît sur le pas de la porte de Mary Rose Whitehead.
L’adolescente vient d’échapper de justesse à un crime brutal. Dans la petite ville, c’est dans les bars et dans les églises que l’on juge d’un crime avant qu’il ne soit porté devant un tribunal. Et quand la justice se dérobe, une des habitantes va prendre les choses en main, peu importe les conséquences.


Elizabeth Wetmore n’hésite pas à sonder les tréfonds de l’âme humaine et livre un roman dur et âpre à la beauté mordante.

Ce que j’en pense :

Nous sommes donc en 1976, le soir de la Saint Valentin, une jeune fille de quatorze ans, Gloria Ramirez, accepte de monter dans la voiture d’un homme âgé de quelques années de plus. Il va en profiter pour la violer pendant une partie de la nuit, sous l’effet des amphétamines et de l’alcool, répétant sans cesse son prénom, Gloria, qu’elle va prendre en horreur par la suite et se fera appeler Glory.

Elle arrive à s’enfuir pieds nus dans ce désert de pétrole et parviendra à frapper à la porte de Mary-Rose qui habite une ferme isolée, perdue dans ce coin désertique. Mais, son violeur arrive à retrouver la maison, tentant de persuader Mary-Rose que c’est sa copine mais celle-ci ne s’en laisse pas compter, le menaçant avec son fusil…

Que vaut la vie d’une jeune latino, « une basanée » comme ils disent, elle était forcément consentante et bien-sûr ces filles-là sont adultes à quatorze ans ! même si le visage est tuméfié, si on a dû lui enlever la rate, tellement elle avait reçu de coups dans le ventre…

J’ai bien aimé la manière dont l’auteure structure son récit : elle nous présente le viol de Glory, mais le laisse en trame de fond, préférant mêler à ce drame, l’histoire d’autres femmes de la petite ville d’Odessa, chacune ayant une vie plus ou moins compliquée, comme pour atténuer la violence et la rendre plus supportable.

Elizabeth Wetmore va nous entraîner avec brio dans ce Texas des années soixante-dix, où le machisme et le racisme, le suprémacisme blanc règnent en maîtres (est-ce que cela a vraiment changé dans l’Amérique de Trump ?), où l’on n’hésite pas à harceler les témoins d’un viol au téléphone : « quoi, bousiller la vie d’une honnête jeune homme blanc plein d’avenir pour une basanée ? »

Superbe roman choral, où l’on rencontre des personnages féminins bien trempés, des hommes, qui veulent rester les maîtres du jeu, ou parfois, une femme préfère partir tenter sa chance ailleurs, sur une terre marquée par le passé esclavagiste… et en même temps, l’auteure raconte les dégâts des forages, sur la nature, les concessionnaires rachetant les terres aux paysans ruinés, par la sécheresse…

L’image qui m’a touchée : Debra-Ann, quatorze ans, qui cherche à aider Jesse, ancien militaire, en dérobant des aliments à l’une, une couverture à l’autre, parle de livre et qui tient la maison propre depuis que sa mère est partie :

« Lorsque Ginny reviendra, Debra-Ann ne veut pas que la maison soit sens dessus dessous. Sa mère pourrait tourner les talons et repartir aussi sec… »

Elizabeth Wetmore nous cite au passage quelques blagues du coin, telle celle-ci :

« Pourquoi les filles d’Odessa ne jouent-elles pas à cache-cache ? Parce que personne n’irait les chercher. » ou encore : « Quelle est la différence entre un seau de merde et Odessa ? Le seau. »

Bref, pour un premier roman, c’est une belle réussite et il m’a beaucoup plu, tout comme l’écriture de son auteure.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman puissant, portrait au vitriol ou presque, d’une certaine Amérique ainsi que son auteure, dont je vais attendre le prochain livre avec impatience.

#Glory #NetGalleyFrance

8,5/10

L’auteure :

Née aux USA à Odessa, Elizabeth Wetmore a suivi des cours d’écriture et obtenu des bourses d’études au sein de plusieurs programmes universitaires prestigieux. « Glory » est son premier roman.

Extraits :

Il y a au moins un truc bien dans chaque livre, explique-t-elle à Jesse, car elle est quasiment certaine qu’il ne sait pas lire, pas vraiment. Les histoires d’amour, les mauvaises nouvelles, les génies maléfiques, les intrigues impénétrables, les endroits et les gens qu’elle aimerait tellement connaître dans la vraie vie, ou les mots dont la beauté et la musique lui donnent envie de pleurer chaque fois qu’elle les prononce à haute voix.

Autrefois, un homme élevait des vaches laitières sur une terre où il vivait aussi avec une femme et leurs trois enfants. Durant la sécheresse de 1934, le prix du bétail était tombé à douze dollars par tête, même pas ce que coûtait le transport jusqu’aux enclos de Fort Worth. Ils leur tiraient une balle dans le front, expliquait grand-mère…

Quelle femme abandonne son mari et sa fille ? Celle qui comprend que l’homme qui partage son lit est, et restera à jamais, le gamin qui l’a engrossée. Celle qui ne supporte pas l’idée d’affirmer un jour à sa propre fille : tout cela est bien assez pour toi. Celle qui croit qu’elle reviendra quand elle aura trouvé un endroit où se poser.

Certes elle déteste le pétrole, mais elle aime la chaleur et le paysage, cette beauté aride, cette lumière inépuisable. C’était quelque chose qui la reliait à  sa  grand-mère, tout comme le donut au chocolat et la tasse de café qu’elle aimait s’octroyer en guise de dîner.

Mais la cinquantaine d’hommes de tous âges debout autour de l’installation de forage ne regardent ni les herbes, ni les animaux, ni la terre elle-même. Ils fixent le ciel, l’air subjugué. Ça va tuer toute la vie déclare Viola…

… Cette odeur, souffle-t-elle. C’est comme si toutes les vaches de l’ouest du Texas avaient pété en même temps. Et nos arbres, pleure-t-elle, fixant un bosquet de jeunes pacaniers se trouvant pile sue le chemin d’une rivière de pétrole. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ?

Un bassin grand comme une maison se forme en quelques heures et déborde très vite ensuite, le pétrole dévastant tout sur son passage. Plus de trente mille barils de pétrole sont déversée dans la nature avant que les hommes reprennent le contrôle de la situation…

Et ensuite, vous êtes tous rentrés (de la guerre), vous les hommes, et on n’a plu eu d’autres choix que de tomber enceinte aussi vite que possible et filer en cuisine comme un brave troupeau de vieilles vaches qu’on renvoie à l’étable.

Nos arrière-grands-pères contraignaient des hommes à sortir de leurs lits avec des fouets et des torches, ils tiraient des enfants par les pieds pour les obliger à voir leurs mères se faire traîner par les cheveux dans les champs. Certains de nos pères et de nos frères possèdent encore un fouet à bestiaux sous le siège avant de leur pick-up.

Les gens croient que les champs pétrolifères pullulent de serpents et de scorpions, mais diable, ce ne sont pas eux les plus dangereux du comté. Au moins, les serpents à sonnette préviennent lorsqu’ils arrivent, enfin, la plupart du temps.

Lu en septembre 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, littérature USA, Polars

« La dernière veuve » de Karin Slaughter

Il y a longtemps que je voulais lire un thriller de Karin Slaughter, alors quand il a été proposé sur NetGalley je n’ai pas hésité :

Résumé de l’éditeur :

Août 2019. Une attaque à la bombe touche un quartier stratégique d’Atlanta. Sara Linton et son compagnon Will Trent, enquêteur pour le Georgia Bureau of Investigation, se précipitent sur le lieu de l’explosion. Alors que Sara tente de venir en aide aux victimes, elle est enlevée sous les yeux de Will par les poseurs de bombes et conduite au pied des Appalaches, dans un camp peuplé d’hommes armés et de femmes en longues robes blanches. Ce groupuscule paramilitaire aux airs de secte prévoit de multiplier les attaques terroristes à l’échelle nationale afin de rétablir la suprématie de l’homme blanc.

La menace est sans commune mesure. Le danger, imminent.

Ensemble, Will et Sara parviendront-ils à déjouer l’attentat le plus meurtrier du XXIe siècle ?

Ce que j’en pense :

Sara et son compagnon Will sont en train de partager le repas avec Cathy, la mère de Sara qui est littéralement allergique à ce dernier. Une explosion retentit puis une deuxième, dans le secteur de l’hôpital. Ils précipitent lorsqu’ils sont arrêtés par un accident survenu depuis peu.

Sara, en sa qualité de médecin, Will, comme enquêteur essaient de comprendre ce qui a peu se passer, mais Sara est prise en otage devant les yeux de Will, qui ne sait comment agir. En fait, il s’agit des poseurs de bombes et ils ont déjà enlever une infectiologue réputée, sous les yeux de sa fille quelques semaines auparavant.

Au même moment, se tient une réunion au sommet avec tous les policiers, fédéraux, etc. à propos d’un détenu arrêté récemment, Novak, braqueur de banque, ne reculant devant rien. En haut lieu on redoute une évasion spectaculaire…

« Novak avait vécu aux côtés d’un groupe d’hommes qui croyaient comprendre la Constitution mieux que quiconque. Pire, ils étaient prêts à prendre les armes pour agir. Ce qui signifiait que, grâce à tous ces braquages, quelqu’un, quelque part, disposait d’un demi-million pour soutenir cette cause… »

Will s’était senti frustré de ne pas être invité à cette réunion, alors que sa collègue Faith, y participait, ce qui ne pouvait pas arrange son manque d’estime de lui-même…

On se retrouve ainsi dans un coin isolé transformé en « camp militaire-secte », où Dash le grand Manitou entraîne ses hommes. Parmi eux, des militaires, des jeunes recrues en manque de reconnaissance…

On y voit donc des soldats qui sont rentrés d’Irak, Afghanistan, déboussolés après avoir vu ce qu’ils ont vu, la rage au ventre avec l’envie de tuer tout ce qui n’est pas Blanc, et qui ont bien compris les méthodes d’endoctrinement et d’entraînement pour les mettre en pratique lorsque l’armée n’a plus voulu d’eux pour une raison ou une autre et déclencher une guerre sainte à leur façon…

Ces mecs (ça ne mérite pas le nom d’homme dit la féministe en moi !) s’organisent comme à l’armée, écoute leur chef autoproclamé refaire l’Histoire pour étayer son discours, en tout bon révisionniste, se sentant castré par les féministes qui ont trop de pouvoir, alors il faut les ramener à l’état de serpillère avec des méthodes dignes de leur tête décérébrée (les neurones sont tous en bas alors…) via le viol, la pédophilie, l’inceste, tout ce qui peut les casser dès le plus jeune âge…

« Les races s’organisent selon une pyramide. L’homme blanc est toujours au sommet, après quoi vient sa subalterne, la femme blanche, qui n’a qu’un seul maître à servir. Plus bas, on trouve diverses races. Tout le monde n’est pas égal sur cette terre… »

Ensuite, il faut passer à l’action en tuant le plus possible de gens, Dash, c’est le nom du chef, lave plus blanc, c’est connu…

Mais ne divulgâchons pas… Comment vont-ils s’y prendre ? c’est une enquête passionnante, tant sur le plan des personnages, des personnalités des policiers, les cachoteries entre services, je n’ai pas vu passer les 580 pages…

On apprend pas mal de choses, au passage, sur Rockwell, le fondateur du Parti nazi américain, ou Butler, fondateur des Nations aryennes et autres personnages non fréquentables, mais ayant le vent en poupe pour étayer le raisonnement du FBI.

Le seul bémol : au début, l’auteure reprend le récit des évènements, de la manière dont ils sont vécus par les différents protagonistes, ce qui aurait pu plomber la lecture, mais le style change peu à peu, alternant les récits de chacun : ce que vit Sara, les progrès de l’enquête… j’ai trouvé le final un peu trop rapide, j’aurais aimé plus de détails, c’est bien-sûr un page-turner…

Il y a pas mal de temps que je vois passer des critiques enthousiastes sur Karin Slaughter, et c’est ma première incursion dans son univers, le fait que les héros soient récurrents ne m’a pas gênée, on n’a pas besoin de savoir ce qu’il leur est arrivé à chacun avant d’ouvrir ce thriller, mais on a envie d’en savoir plus après… pour écrire ce roman elle s’est beaucoup documenté, méthode Franck Thilliez, pour ne laisser aucun détail au hasard afin que son histoire soit crédible.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Harper Collins Noir qui m’ont permis de lire ce roman et de découvrir enfin le talent de son auteure…

#Ladernièreveuve #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

N°1 sur les listes internationales de best-sellers, Karin Slaughter est l’un des auteurs les plus populaires et les plus plébiscités dans le monde. Publiée en 36 langues et vendue à plus de 35 millions d’exemplaires, elle est l’auteur de 16 romans, parmi lesquels figurent les séries Grant County et Will Trent, le roman COP TOWN, nominé pour l’Edgar Award, et PRETTY GIRLS, son premier thriller psychologique.

Née en Géorgie, Karin Slaughter vit actuellement à Atlanta.

Extraits :

Le problème, c’était de trouver un homme. Faith ne voulait pas sortir avec un flic, parce qu’il suffisait de sortir avec un flic pour que tous les autres s’imaginent qu’ils pouvaient nous baiser…

Elle (Sara) l’avait persuadé de faire faire ses costards sur mesure si bien que, de portemanteau de soldes dans un magasin grandes tailles, il s’était mué en mannequin de vitrine chez Hugo Boss…

Entendre Dash régurgiter cette idéologie raciste avait conduit Sara à voir d’un autre œil les enfants de cet homme. Leurs cheveux blonds, leurs yeux bleus brillants, leurs robes blanches qui les faisaient ressembler à des figurines de gâteau de mariage lui évoquaient maintenant « Les femmes de Stepford » plutôt que « La petite maison dans la prairie »…

Nous menons ici une vie simple avec des rôles traditionnels. C’est comme ça que les premiers Américains ont non seulement vécu mais prospéré. On vit tous plus heureux quand on sait ce qu’on attend de nous. Les hommes font des travaux d’hommes et les femmes, des travaux de femmes. Nous ne laissons pas le monde moderne perturber nos valeurs…

Vous êtes en train de dire que le nombre de membres dans ces groupes racistes (les suprématistes) augmente parce que l’économie est dans la merde et que les emplois sont rares, donc que les gens cherchent autour d’eux des gens à blâmer…

Une équipe du ministère de la Sécurité intérieure a produit un document sur le mouvement suprémaciste blanc au sein de l’armée, et non seulement ils ont perdu leur financement, mais ils ont été obligés de retirer les conclusions qu’ils présentaient.

Je suppose que vous avez déjà entendu tout ça, dit Van. Les femmes blanches qui n’ont pas le même taux de natalité que celles des minorités, le féminisme qui détruit le monde occidental, les hommes blancs qu’on castre…

Ils sont des centaines, et tout autant de loups solitaires installés dans leurs caravanes, qui déversent des conneries comme quoi il faut tuer tous les Noirs et violer ces nazies de féministes…

Lu en juillet 2020

Publié dans littérature USA

« Isabelle, l’après-midi » de Douglas Kennedy

Il y avait un moment que je n’avais pas ouvert un roman de l’ami Douglas, (pour être parfaitement sincère j’ai mis du temps à m’intéresser à la littérature états-unienne), et comme ce titre éveillait ma curiosité, j’ai foncé :

Résumé de l’éditeur :

Après La Symphonie du hasard, Douglas Kennedy nous offre une œuvre sensuelle, délicate, nostalgique, sur les amours contrariées, le destin que l’on se forge et les regrets qui peuvent jalonner l’existence. C’est aussi sa déclaration d’amour à Paris, ville de tous les possibles et de toutes les réinventions.

Avant Isabelle, je ne savais rien du sexe.

Avant Isabelle, je ne savais rien de la liberté.

Avant Isabelle, je ne savais rien de la vie.

Paris, début des années 1970.

Dans une librairie de la rive gauche, un jeune homme rencontre une femme. Il est américain, étudiant, sans le sou, et a tout quitté pour assouvir ses fantasmes de la Ville Lumière ; elle est française, un peu plus âgée, sophistiquée, mystérieuse et… mariée.

Entre Sam et Isabelle, c’est le coup de foudre.

Commence alors une liaison tumultueuse, des cinq à sept fiévreux, des rendez-vous furtifs, des moments volés. Mais Sam veut plus. Isabelle lui a ouvert les portes d’une autre vie mais est-elle prête à tout lui sacrifier ? La passion saura-t-elle résister au quotidien, aux épreuves et au temps qui passe ? 

Ce que j’en pense :

Samuel étudiant américain, peu argenté est venu passer quelques mois à Paris. Petit intermède avant d’intégrer Harvard, découvrir la magie de la ville, fuir une famille peu aimante.

Un jour, dans une librairie où une auteure est venue présenter son livre, il rencontre Isabelle, plus âgée que lui, mariée et le coup de foudre est immédiat. Ils vont se retrouver l’après-midi vers 17 h dans le studio où se situe le bureau d’Isabelle, traductrice de son métier.

Il tombe amoureux d’elle, à moins que ce soit plutôt amoureux de l’amour. Elle a subi un drame dans sa vie, son bébé étant décédé de la mort subite du nourrisson et elle s’en est mal remise, les blessures sont à vif, elle s’est contentée de continuer à vivre, pour se conformer à la tradition de la famille d’aristocrate de son époux. Lui, se console avec ses maîtresses sans même prendre la peine de se cacher. Alors ces rendez-vous de l’après-midi (on note au passage que c’est Isabelle qui décide du jour autant que de l’heure). Est-ce pour pimenter un peu ?

Cependant, tout a une fin. Sam doit rentrer aux USA, il aurait pu tout quitter pour construire un couple, une vie avec Isabelle mais elle l’a renvoyé dans ses pénates, lui annonçant qu’elle ne quitterait jamais son époux, son milieu aisé et que de toute manière elle voulait démarrer une nouvelle grossesse et donner une chance à son couple. En fait, elle n’est pas prête à abandonner sa vie avec Charles, elle est trop confortable : l’appartement luxueux, la maison familiale en Normandie…

Sam reprend donc ses études, il travaille d’arrache-pied car, comme il le dit si bien : « Contrairement à la plupart de mes condisciples, je ne me plaignais pas de l’emprise dévorante des études à Harvard. Ma vie ne contenait rien d’autre. »

Il rencontre une jeune femme, « libérée au lit » avec un comportement sadomaso souvent, cette violence contraste avec la douceur des relations qu’il avait avec Isabelle : il a choisi une femme complètement à l’opposé ; en fait ce serait plutôt Siobhan qui l’a choisi lui… Pour elle c’est un dernier défoulement avant de commencer une vie typique de l’Amérique des années 70. Elle est quand même lucide, a bien compris qu’il y a une femme dans l’ombre :

« Même quand tu auras trouvé ce que tu penseras être l’amour, tu te prendras à rêver d’une autre réalité. Tu ne poseras jamais tes valises. Ta solitude te hantera pour toujours, parce qu’elle fait partie de toi. C’est elle qui te définit » lui dit-elle !

Sam va tenter de se persuader qu’il peut tomber amoureux d’une autre femme lorsqu’il rencontre Rebecca, et finit par l’épouser. Il ne fait qu’obéir aux diktats de l’époque : un mariage ou plutôt une association de deux personnes compatibles qui ont les mêmes buts, dans la vie, un travail rémunérateur et qui confère un statut privilégié, des enfants…

Ce qui frappe dans ce roman, c’est d’abord l’aura de tristesse qui entoure Sam tout au long de son histoire. Sa mère est morte quand il était jeune, son père est d’une froideur extrême et il est sans cesse en quête d’amour, de reconnaissance, avec une estime de soi dans les chaussettes. Il a le chic pour tomber sur des femmes qui sont soit inaccessible, l’idéal de l’amour avec Isabelle qui ne peut que rendre les autres femmes ternes, car il subit sa vie au lieu de la vivre.

On baigne dans le mélodrame : Rebecca est « foldingue », elle relève de la psychiatrie, elle est alcoolique, obsédée par le rangement, et a complètement décompensé lorsque Sam a eu la promotion dont elle rêvait et qu’elle n’a pas eu dans le cabinet d’avocat où elle devait devenir associé… Elle se montre jalouse, une tigresse, mais même s’il est conscient qu’elle est malade, il continue à subir.

Sam est amoureux de l’amour, il ne cherche pas à agir, il préfère subir, et il est parfois lourd, le roman s’éternise car un pas en avant, deux pas en arrière. Il revoit régulièrement Isabelle, même si parfois des années s’écoulent entre deux visites, ils s’écrivent de la même manière, par période.

Douglas Kennedy nous offre une belle histoire d’amour et de souffrances, digne du Romantisme du XIXe siècle, avec des allusions fréquentes à « Madame Bovary » : Isabelle lui ressemble étrangement avec son ennui abyssal, et n’oublions pas que son mari se prénomme Charles. Il aurait d’ailleurs pu appeler son roman « La poursuite du malheur » ! (Clin d’œil à un de ses romans précédents « La poursuite du bonheur »). Il insiste sur la sensibilité du héros, ses états d’âme, et le côté rédempteur de la souffrance. Certes, c’est jouissif intellectuellement, mais on plonge vite dans la victimisation.

Petit bémol : même si c’est une lecture agréable, car les personnages sont bien étudiés, et la plume de Douglas Kennedy est quand même belle ; on a de jolies réflexions sur l’amour, l’espoir, les regrets mais il faut s’accrocher parfois pour pouvoir résister à ce côté mélancolique, fataliste même qui plombe un peu la lecture…

C’est le troisième roman de l’auteur que je lis et je n’ai pas retrouvé la fougue, l’inventivité de « L’homme qui voulait vivre sa vie » ou surtout, « La poursuite du bonheur » qui m’avait tant plu…Quitte à baigner dans la mélancolie ou le blues, je préfère la plume d’Olivier Adam

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver un auteur que j’apprécie.

#Isabellelaprèsmidi #NetGalleyFrance

7/10

L’auteur :

Douglas Kennedy est né à New York en 1955, et vit entre les Etats-Unis, le Canada et la France. Auteur de trois récits de voyages remarqués, dont Combien (2012), il s’est imposé avec, entre autres, « L’homme qui voulait vivre sa vie »et « La Poursuite du bonheur » (1998 et 2001), suivis des « Charmes discrets de la vie conjugale »(2005), de « La Femme du Ve »et tant d’autres,notamment sa trilogie « La Symphonie du hasard »

Extraits :

Après l’ « avant » et avant l’ « après »… C’est de ça que sont faites les histoires. Surtout celles qui ont trait aux choses de l’intime.

Toute vie n’est qu’un conte éphémère. C’est ce qui rend mon histoire, la vôtre, la nôtre, si essentielles. Toute vie a sa propre portée, si fugace et si mineure qu’elle puisse paraître.

Il était la voix de l’autorité, et je ressentais toujours le besoin de lui obéir. Si mon père avait été un homme complètement renfermé sur lui-même, il m’aurait sans doute été plus facile de rationaliser notre manque de proximité.

Comme je l’ai compris avec le temps, lorsqu’on commet une grossière erreur ou que l’on prend une décision stupide, on en vient souvent à réécrire l’histoire afin de s’épargner reproches et remords.

Mes tentatives pour initier un semblant d’intimité père-fils n’ont fait que le rendre plus évasif et mal à l’aise. Il n’y avait pas la moindre antipathie dans nos rapports ; juste un manque criant de proximité.

L’espoir amoureux n’est souvent rien d’autre que l’art de se dérober soigneusement à l’évidence.

Pourquoi est-ce qu’on veut toujours ce qu’on n’a pas ? Et pourquoi, dès qu’on obtient ce qu’on voulait, on se rend compte que ça ne valait pas du tout le coup de courir après pendant tout ce temps ?

Quand on est profondément amoureux, il est impossible de se borner à considérer l’instant présent. Notre regard se porte de lui-même vers l’avant, vers la vie à deux qui ne peut manquer de nous attendre. Former un couple, c’est se rendre à jamais captif d’une obsession : le futur.

Notre vie sentimentale est entièrement dirigée par cela : le désir de quelque chose au-delà de ce qu’on possède. La croyance en une meilleure expérience de l’amour. Un rempart contre les incertitudes de l’existence.

Elle était, à bien des égards, le meilleur choix à faire – à supposer qu’on puisse choisir quand tomber amoureux. Ces réflexions me semblaient désespérément pragmatiques, mais je ne cessais de me répéter que Rebecca était la femme que m réservait le destin, et qu’avec elle un avenir était possible…

Une action produit un résultat. L’inaction, un autre. Mais, à la fin, nous faisons tous nos choix en fonction des choix d’autrui. Qui eux-mêmes se décident en fonction des signaux que nous leur envoyons. Ou que nous ne leur envoyons pas.

On pleure sur ce qui aurait pu exister, sur une histoire triste à présent achevée et dont le dénouement ne changera jamais.

Je savais aussi que je vivrais toujours dans l’ombre de mon père qui, par son triste caractère, n’avait jamais été présent pour moi. Il y avait donc dans mon désir de devenir père une volonté de montrer à cet homme qui m’avait courtoisement évité toute ma vie que, contrairement à lui, je saurais me montrer disponible et aimant.

Il suffit d’une fausse note dans la symphonie du hasard pour précipiter un couple dans la mésentente.

Un regard échangé, deux vies bouleversées. Ainsi va la vie, lorsque le hasard répond à la plus humaine des quêtes : la recherche d’une passion qui ne s’éteint jamais.

Car le plus grand mystère de la vie n’est pas la personne auprès de laquelle on cherche l’amour. Le plus grand mystère réside en nous-même.

Lu en juin 2020

Publié dans Essai, littérature USA

« Meurtres à Atlanta » de James Baldwin

Je vous parle aujourd’hui d’un livre et d’un auteur dont j’ai suivi le combat, (tout comme celui de Malcolm X ou encore de Martin Luther King) pendant des années mais dont je n’avais encore rien lu.

Résumé de l’éditeur :

Entre 1979 et 1981, vingt-huit enfants, tous âgés entre 7 et 16 ans, tous noirs, tous issus de familles pauvres sont assassinés à Atlanta, Géorgie, dans le Sud profond des États-Unis.

En juin 1981, un Noir de 23 ans, Wayne Williams, est arrêté pour le meurtre de deux hommes. C’est le suspect idéal. Et c’est lui qui sera jugé, puis condamné à la prison à vie pour le meurtre des vingt-huit enfants, sans aucune preuve tangible.

Quand James Baldwin, qui s’est toujours senti du côté des plus faibles, est invité à écrire un livre sur les meurtres de ces enfants, il accepte. Après une enquête menée sur place, quatre ans après les événements, Baldwin ne conclut ni à la culpabilité de Williams, ni à son innocence. L’essentiel est ailleurs.

Le drame d’Atlanta agit en effet à la manière d’un révélateur et montre la limite des conquêtes du mouvement des droits civiques. Baldwin décrit une société déchirée par la haine et la peur, par la hantise raciale.

Trente-cinq ans après sa première publication, ce texte n’a rien perdu de sa force ni de sa modernité. Ni, tragiquement, de son actualité.

Ce que j’en pense :

En l’espace de deux ans, environ, vingt-huit enfants dont l’âge varie de 7 ou 16 ans, ont été assassinés. Le seul point commun : ils sont tous noirs, issus de familles pauvres. L’enquête piétine, on évoque au passage la main du Ku Klux Klan, dans cette ville du Sud, dont les dirigeants sont noirs. On n’envisage pas d’emblée que le tueur puisse être noir, jusqu’à ce que le FBI mette en évidence ce qu’il a appelé « un faisceau d’indices » et curieusement un homme noir est arrêté.

Mauvais endroit au mauvais moment ? il aurait été trouvé sur les lieux d’un des crimes mais pourquoi ? Tout ceci est un peu capillotracté car on va le juger en fait sur deux meurtres, en sous entendant qu’il est coupable des autres aussi, c’est tellement plus simple.

James Baldwin, appelé à se rendre à Atlanta va essayer de décortiquer l’histoire, en mettant en parallèle des notions fortes : les relations entre Blancs et Noirs, la déségrégation qui pour lui aurait été la solution plutôt que l’intégration. Il met en relation la pauvreté, qui est toujours dans les mêmes quartiers, et la manière dont ces enfants sont souvent dans la rue, car ils y sont mieux qu’à la maison, et non pour le plaisir de traîner la nuit.

Il pose la question de la culpabilité : est-on coupable d’office si l’on est noir ? est-ce que Wayne Williams est vraiment le meurtrier ou était-il temps de mettre un terme à ce drame pour calmer le jeu ? il est le coupable idéal car c’est un jeune homme peu agréable, arrogant, qui avait tendance à être violent avec ses parents : le mauvais garçon, qu’on n’a aucun scrupule à condamner d’office. (Même si d’autres meurtres ont été commis pendant son incarcération) …

Comment les jurés ont-ils peu le désigner coupable et le condamner sans véritable preuve ?Certes, je le répète, c’est le climat engendré par ces meurtres qui l’a conduit au banc des accusés. D’un point de vue judiciaire, il est accusé de deux assassinats. Et pourtant, il est présumé coupable de vingt-huit meurtres, pour lesquels il est jugé sans être inculpé !

James Baldwin revient, avec brio, sur l’esclavagisme, la manière dont s’est déroulée la période après l’abolition de l’esclavage, le poids de l’homme blanc dans l’exploitation des pauvres, les effets de la colonisation, la manière dont les différents présidents américains ont été élus, et sur quels critères, et surtout la manière dont ils ont envisagé le racisme et la lutte éventuelle à mener pour en venir à bout, dans ce pays où la violence est omniprésente et où les marchands d’armes sont tout puissants.

Il aborde aussi l’Afrique du Sud et l’Apartheid, et il n’aura pas eu la chance de connaître, de son vivant, Madiba président…

Autre question soulevée : les soldats noirs ont un comportement héroïque pendant les guerres, mais ils ne seront pas mieux considérés pour autant, ceci se retrouve aussi dans les guerres plus récentes (Afghanistan, Irak…) ils ont le droit de mourir en héros, mais s’ils reviennent ils doivent faire à nouveau profil bas, situation que l’on peut retrouver dans les pays colonisateurs.

Il évoque aussi la notion de communauté qui ne doit pas aboutir à une exclusion ou encore le fait que certains voudraient être des blancs et se comportent comme eux. Il compare aussi la situation à Harlem à celle d’Atlanta, rivant son clou au passage à « autant en emporte le vent » de Margaret Mitchell bien trop complaisante à ses yeux.

Petite parenthèse, il se vend encore plus d’armes actuellement pendant la pandémie de COVID 19 que d’habitude, car ce sont des produits de première nécessité (sic) et les gens ont besoin de se sentir en sécurité…

Il y a longtemps que je voulais me plonger dans un texte de James Baldwin et   je n’ai pas été déçue du voyage, sa démonstration est brillante, même si elle ne peut rien changer au cours des choses, l’affaire étant considérée comme résolue. Le raisonnement de l’auteur est brillant, même si on n’est pas toujours totalement en accord avec lui. Afin de ne pas trop divulgâcher, j’ai choisi de limiter ma chronique aux éléments du discours de l’auteur qui m’intéressaient le plus, mais il évoque beaucoup d’autres thèmes tout aussi passionnants les uns que les autres.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui m’ont permis de découvrir ce livre qui est toujours terriblement d’actualité et n’a pas pris une ride trente-cinq après avoir été publié pour la première fois. C’est le genre de livre qu’il faut déguster en prenant son temps et dont je pourrais parler pendant des heures, alors un conseil : si ce n’est pas déjà fait, lisez-le !

️ ❤️ ❤️ ❤️ ❤️    

L’auteur :

Né le 02/08/1924 à Harlem et mort le 1er décembre 1987 à Saint-Paul de Vence, James Baldwin est un écrivain américain, auteur de romans, de nouvelles, de poésies, et on lui doit aussi des pièces de théâtre et des essais.

Son premier roman « La conversion » est une autobiographie. Ses essais explorent les distinctions raciales, « Chroniques d’un pays natal », ou sexuelles « La chambre de Giovanni » au sein des sociétés occidentales, notamment dans l’Amérique du milieu du XXe siècle.


Extraits :

À distance, on s’imagine aisément que l’on a saisi la logique des événements. Mais tant qu’elle n’est pas confrontée aux faits, cette logique n’est-elle pas une création imaginaire bâtie à partir de souvenirs ?

Et, sous les strates du refoulement, semblables à des couches géologiques, est assoupie, du moins veut-on le croire, la terreur essentielle, celle que la mémoire veut nier. Cependant elle ne dort jamais complètement, cette terreur qui n’est pas la peur de la mort (laquelle est inconcevable) mais celle de la destruction.

Ce qui est oublié est la clé de nos crises de colère ou de notre maîtrise de soi. L’oublié est le serpent du jardin de nos rêves.

Chacun sait, même si cela nous déplaît, qu’une salle de tribunal est par essence un cirque romain pour tous ceux qui y participent. Impossible d’y être impartial.

La présence d’une administration noire était censée prouver que la ville « trop occupée pour haïr », comme on l’a souvent qualifiée, ne pouvait en aucune façon être accusée d’avoir une justice « sudiste ».

Dans cette affaire, toutefois, et conformément aux réalités concrètes de la vie aux États dits « unis », les enfants disparus et assassinés ont été agressés selon des critères de couleur et de condition sociale : ils étaient noirs – une malédiction dans cette démocratie – et pauvres, une condition que la morale dominante du travail et de la compétition condamne avec une cruauté sans pareille.

… et pour un jeune de condition pauvre, la différence entre la rue et chez lui n’est pas évidente : la maison c’est aussi l’insécurité et la misère, avec un lit et un toit. Et avec une maman, et parfois un papa, et d’autres mouflets, et ce sentiment confus, étouffant, intolérable qu’il doit sortir faire quelque chose !

Je n’ai rien dit de la réaction à l’échelle nationale car elle fut insignifiante par rapport à la réaction américaine au sort des otages en Iran – ou, dans le même ordre d’idées, au raid sur Entebbe.

Les jeunes sont sacrés pour la société. Ils représentent son unique espoir, et les anciens ont la responsabilité de les guider, de les protéger et de les élever – ce qui signifie d’abord et avant tout d’assumer leur autorité et de les réprimander. Si personne ne le fait lorsqu’ils sont au zénith éphémère de leur jeunesse, comment pourraient-ils espérer trouver une telle aide plus tard ?

Il existe, selon Andrew, un mal qui atteint particulièrement la communauté noire, la « sorriness », une sorte de pitié de soi-même. Je ne suis pas du Sud, et je n’avais jamais entendu cette expression auparavant. Cette maladie frappe les Noirs de sexe masculin. Elle est transmise par la mère, dont l’instinct est évidemment de protéger le mâle noir de la destruction qui le menace dès lors qu’il s’affirme en tant qu’homme.

L’effet du système blanc dans la vie des hommes noirs a toujours été, et demeure, l’émasculation.

Ce que revendiquaient les Noirs, c’était la déségrégation, qui est une question à la fois juridique, publique et sociale : l’exigence d’être traités comme des êtres humains et non comme des bêtes de somme ou des chiens.

Les Américains ont décidé que déségrégation signifiait intégration et, armés de ce concept, ils ont anéanti toutes les institutions noires de ce pays, à l’exception de l’Église noire.

Au tout début de l’affaire des meurtres d’enfants, que nous appellerons désormais la Terreur, les gens ont pensé instinctivement qu’il s’agissait d’une nouvelle convulsion du Ku Klux Klan – ce qui aurait paradoxalement pu être rassurant. Mais du fait de la présence d’une administration noire, cette hypothèse était non seulement intenable mais honteuse.

Les intérêts « vitaux » du monde occidental exigeaient l’exploitation des richesses extorquées aux colonies : sans ce pillage à l’échelle mondiale, il n’y aurait jamais eu de révolution industrielle.

Pour nous, la nation était sacrée, comme la terre. Mais pour eux, la nation était un terrain de pillage. Nous pensions que nous appartenions à la nation. Ils pensaient que la nation leur appartenait.

Seuls les Amérindiens, c’est-à-dire les Indiens pauvres, ont été traités avec encore moins d’égards, « tentant, comme le résumait un de mes amis blancs, d’investir les taudis que les Noirs essayent à tout prix de quitter ».

Lu en mars 2020

   

Publié dans littérature USA, Nouvelles

« Propriétés privées » de Lionel Shriver

J’ai choisi ce recueil de nouvelles pour faire enfin la connaissance d’une auteure appréciée sur les sites littéraires :

Résumé de l’éditeur :

Ne dit-on pas que les choses que l’on possède finissent toujours par nous posséder ?

Alors que son meilleur ami décide de l’exclure de sa vie, une artiste tente de récupérer le cadeau démesuré qu’elle lui avait offert. 

Un couple entreprend de bouter hors de chez lui son fils de trente ans qui, en bon millenial, va mettre en scène cet « abandon » sur les réseaux sociaux et devenir une star du net. 

Un businessman détourne l’argent de son entreprise et s’envole pour une vie dorée au soleil, avant de se voir rongé par la culpabilité. 

Une femme s’acharne à posséder une maison qui ne veut pas d’elle… 

Portées par la verve sarcastique, l’esprit d’analyse, la provocation d’une Shriver au meilleur de sa forme, douze histoires sur un sujet aussi inattendu que central : la propriété. Celle que nous nous octroyons sur les autres, sur les objets, celle qui définit notre statut social, celle qui nous aliène aussi.  

Critique acerbe de nos sociétés malades, miroir peu flatteur de notre course effrénée à la possession, une œuvre d’une brûlante actualité, salutaire et éclairante.

Ce que j’en pense :

J’ai donc choisi ce recueil de nouvelles pour faire la connaissance de Lionel Shriver, dont le roman « il faut qu’on parle de Kevin » a été encensé.

L’auteure aborde le thème des propriétés privées sous divers angles : la propriété dans le sens maison, mais dans un sens beaucoup plus poussée :appartient-on à quelqu’un quand on l’épouse, comme c’est le cas dans la première Novella « Le lustre en pied » où on trouve Jillian et Baba,  un duo amis depuis dans années, qui ont été amants à certaines périodes, mais l’amitié peut-elle résister quand la future épouse déteste Jillian, et somme son « futur » de mettre un terme à cette relation… Un bel exemple de lâcheté masculine…

Grand procrastinateur devant l’Éternel, il avait encaissé les bénéfices liés au fait de laisser tomber Frisk sans en payer le prix. Le plus dur était l’autre moitié de la décision qui, du fait même que c’était le plus dur, constituait en réalité toute la décision : parler à Frisk. Car il avait juste assez d’intelligence pour comprendre que, lorsqu’on annonce la fin d’une relation, celle-ci se termine instantanément.

La deuxième « Le sycomore à ensemencement spontané » évoque la solitude du veuvage et la capacité à ne pas s’y enfermer, surtout quand le jardin dont s’occupait amoureusement le mari est soudain envahi par les pousses du sycomore du voisin. Celle-ci est plutôt drôle. Est-ce que l’arbre du voisin vous appartient un peu quand il vous envahi (peut-on le faire tailler?)

Pourtant, dès le début, l’angoisse avait été amplifiée par le fait de savoir à l’avance que l’acuité de sa perte s’émousserait, en entraînant une seconde : la perte de la perte.

Quand j’ai abordé la troisième, avec le fils de la maison qui joue les Tanguy s’incruste, ne fait rien tout le jour et spécule sur la sénilité future de ses parents pour prendre possession totalement de la maison, les parents étant, dans un premier temps, relégués au sous-sol, c’était trop pour moi. S’il s’était agi d’un livre version papier, je l’aurais fracassé, mais je tiens trop à ma liseuse…

J’ai donné une chance encore à « Repossession » dans laquelle Helen, comptable fiscaliste, qui achète une maison sur un coup de tête et dont l’ex propriétaire a été expulsée et tout se met à aller de travers, comme si des fantômes y avaient élu domicile. Jusqu’où peut-on aller pour garder sa maison ? très loin dans le cas d’Helen.

Comptable fiscaliste, Helen tenait les règles en haute estime. Elle n’éprouvait aucune sympathie pour les gens qui ne contrôlaient pas leur situation – qui laissaient leur vie partir en vrille, créant un souk pas possible que des citoyens responsables devaient ensuite gérer à leur place.

La relation d’un homme qui a inventé « un truc génial » révolutionnant la dialyse et qui a oublié d’être un père : que faire lorsque celui-ci est proche de la mort et exige la présence du seul de ses enfants à ne pas être parti à des milliers de kilomètres ? celle-ci est assez drôle, car « le baume à lèvres » est le héros de l’histoire ou du moins un symbole, un « truc génial » qui peut pourrir la vie…

De fait, Dod n’avait pas été un père cruel. Il avait été peu investi, ce qui était pire. Au moins, la cruauté impliquait une certaine forme d’attention.

J’ai continué bravement ma lecture en râlant et trainant des pieds, mais la dernière Novella m’a achevée, j’ai abandonné car ma liseuse était à nouveau en péril et c’eût été dommage pour elle…

Je pense avoir compris le message, le désir de provoquer, mais la notion de parasite, de spéculation sur la mort des parents pour hériter, j’ai connu et je ne peux pas prendre au second degré ! … une de mes copines employait l’expression :  « la génération TPMG » (Tout Pour Ma Gueule)

Je me suis donnée une journée supplémentaire pour poster cette chronique, mais quand cela ne veut pas, cela ne veut pas ! Je suis passée à côté de ce recueil, ce n’était peut-être pas le bon moment…ou alors je vieillis mal …

« Il faut qu’on parle de Kevin » est dans ma PAL depuis des lustres et je crois qu’il bien qu’il va y rester encore quelques temps.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce recueil et son auteure.

#Propriétésprivées #NetGalleyFrance

4/10

L’auteure :

Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast. Après Il faut qu’on parle de Kevin (Belfond, 2006 ; J’ai Lu, 2008), lauréat de l’Orange Prize en 2005, La Double Vie d’Irina (Belfond, 2009), Double faute (Belfond, 2010), Tout ça pour quoi ? (Belfond, 2012 ; J’ai Lu, 2014), Big Brother (Belfond, 2014 ; J’ai Lu, 2016) et Les Mandible, une famille (Belfond, 2017 ; Pocket, 2019), Propriétés privées est son septième roman traduit en français. Lionel Shriver vit entre Londres et New York avec son mari, jazzman renommé.

Encore quelques extraits :

« Le lustre en pied »

Le corollaire inhérent à cette tendance – celle de susciter ce type de détestation – est la propension à se creuser les méninges afin de découvrir ce qui peut bien provoquer des réactions épidermiques si radicales.

En plus de toutes ses horribles manières, il lui suffisait de se retrouver en présence d’une personne dont elle savait être détestée pour qu’apparaissent en surface nervosité, contrition et crise de doute, au point d’en arriver à rallier son ennemi au lieu de le combattre.

Tous, nous constituons l’auditoire de notre propre vie, et en écoutant la symphonie de ses propres sentiments, Baba était comme ces prodiges de la musique capables d’entendre l’absence d’une altération – si bémol, et non si naturel – au cinquième alto du pupitre, ce qui gâchait pour lui tout le morceau, alors que des auditeurs moins attentifs auraient trouvé l’orchestre juste.

« Terrorisme domestique »

 Rien ne changeait-il donc jamais ? Est-ce que personne n’aimait ses parents et ne se réjouissait à l’idée de les voir ? Ou tous les enfants devenus adultes lançaient-ils des regards furtifs à la montre de leur père pour évaluer s’ils avaient purgé une partie suffisante de leur peine et pouvaient être relâchés pour bonne conduite ?

Lu en mars 2020

Publié dans littérature USA

« Le petit-fils » de Nickolas Butler

Il y un bon moment que j’avais remarqué l’engouement pour Nickolas Butler sur Babelio alors quand j’ai vu cette magnifique couverture sur NetGalley, je n’ai pas pu résister, il était temps   pour moi de faire enfin connaissance avec sa plume :

Résumé de l’éditeur :

Après trente ans à travailler dans un petit commerce, Lyle vit désormais au rythme des saisons avec sa femme Peg, dans leur ferme du Wisconsin. Il passe ses journées au verger où il savoure la beauté de la nature environnante. Leur fille adoptive, Shiloh, et leur petit-fils bien aimé, Isaac, se sont récemment installés chez eux, pour leur plus grande joie.


Une seule ombre au tableau : depuis qu’elle a rejoint les rangs des fidèles de Coulee Lands, Shiloh fait preuve d’une ferveur religieuse inquiétante. Cette église, qui s’apparente à une secte, exige la foi de la maison entière et Lyle, en proie au scepticisme, se refuse à embrasser cette religion. Lorsque le prédicateur de Coulee Lands déclare qu’Isaac a le pouvoir de guérison, menaçant par là-même la vie de l’enfant, Lyle se trouve confronté à un choix qui risque de déchirer sa famille.


Interrogeant les liens filiaux, la foi et la responsabilité, Le Petit-fils dépeint avec justesse, tendresse et amour le combat d’un couple de grands-parents prêts à tout pour leur petit-fils.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mireille Vignol.

Ce que j’en pense :

Lyle, à la retraite, a trouvé un petit job : il s’occupe du verger d’un couple plus âgé qui vit simplement, chichement, car Otis est plus radin qu’économe, mais ils ont connu la grande récession alors on comprend mieux. Ce contact avec la nature fait un bien fou à Lyle, car il vit en harmonie avec les saisons.

Il est marié à Peg depuis de longues années et les épreuves en ont fait un couple solide : ils ont perdu leur fils, âgé de neuf mois, ce qui aurait pu les détruire mais ils ont adopté Shiloh, dont la mère, adolescente, a accouché dans les toilettes, et leur a confié le bébé à l’adoption…

Shiloh a été choyée par ses parents qui l’aiment énormément, y compris quand elle dérape à l’adolescence. Ils pardonnent tout. Elle a eu un enfant Isaac, de père inconnu et tous les deux sont revenus vivre dans la maison de Lyle.

Mais, un malaise règne : Shiloh s’est entichée de Steven, un « pasteur » qui dirige une église qui s’apparente plus à une secte qu’à une église en fait, avec des prêches qui durent des heures, des chants, un endoctrinement pour faire simple.

Lyle fréquente le dimanche l’église luthérienne dont le pasteur est son ami Charlie, avec lequel il peut discuter de ses doutes : depuis la mort de son fils, il a perdu la foi, est rempli de doutes mais va à la messe quand même.

C’est un homme plein de qualités qui s’occupe de son ami Hoot, qui est malade, alors qu’il fume depuis l’âge de neuf ans et absorbe beaucoup de bière. Il aide Otis à ramasser et livrer ses pommes, est toujours disponible pour tout le monde.

Isaac tombe malade, alors qu’il est chez ses grands-parents et à l’hôpital on diagnostique un diabète. Mais Shiloh refuse de le soigner, seule la prière va le guérir, et c’est de la faute de Lyle, suppôt de Satan qu’Isaac est malade !!!

Ce roman est basé sur une histoire vraie, une petite fille morte, faute de soins appropriés, et Nickolas Butler, décrit très bien l’impuissance des parents qui voient leur fille sous emprise, tentant par tous les moyens de ne pas être exclus, coupés de leur petit-fils, tentant à tout prix d’empêcher le pire d’arriver, même s’il faut pour cela aller assister aux grand-messes de la communauté…

Il parle aussi du deuil, du chagrin causé par la perte d’un enfant, de l’amour que Lyle éprouve pour Shiloh alors qu’elle est odieuse avec lui.

J’ai beaucoup aimé ce roman, les réflexions de l’auteur sur la maladie, la mort, l’amour dans le couple et l’amour paternel, mais aussi, sur l’altruisme et l’amitié et tout ce que l’on peut faire pour ceux qu’on aime. La réflexion sur la foi est très intéressante également. Quel décalage entre ce grand-père bienveillant et le pasteur autoproclamé (ou presque) de la congrégation qui ne pense qu’à asseoir son pouvoir et à l’argent…

C’est le premier roman de Nickolas Butler que je lis, j’ai découvert l’engouement sur Babelio pour ses précédents ouvrages, et les critiques élogieuses dans l’ensemble pour celui-ci.

Un immense merci à NetGalley et aux Éditions Stock qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur que je vais suivre de près désormais.

#Lepetitfils #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Nickolas Butler est un écrivain américain, né le 02/10/79 à Allentown, Pennsylvanie.


Diplômé de l’Université du Wisconsin et de l’atelier de l’écrivain Iowa, il vit actuellement dans le Wisconsin avec sa femme et leurs deux enfants.

On lui doit, entre autres : « Retour à Little Wing », « Des hommes de peu de foi » …

Extraits :

Le monde, il le savait, était divisé en deux camps, comme c’est si souvent le cas à moins qu’on ne le réduise tout aussi souvent à cela pour simplifier : les gens pour qui les cimetières étaient des endroits tristes et inquiétants ; et ceux, à son instar, qui y puisaient un sens d’unité, de stabilité et de continuité profondes.

Hoot était le meilleur ami de Lyle. Ils étaient différents à plus d’un titre mais ils avaient leur bon cœur en commun et la gentillesse compte pour beaucoup dans notre capacité à nous lier d’amitié avec autrui, et peut-être à aimer.

Peg et Lyle persistaient. Si Lyle avait perdu la foi, Peg avait depuis longtemps saisi son mari par le poignet et, alors même qu’ils s’agrippaient tous les deux à une falaise qui s’effondrait, elle ne le lâchait pas – elle croyait pour lui et aussi en lui, d’une certaine manière.

C’est ainsi que Lyle avait passé des années, d’innombrables dimanches, assis devant son ami pour l’écouter prêcher et ce qu’il appréciait le plus dans sa manière de diriger l’église, c’était que Charlie (en dépit de sa vie exceptionnelle et de sa taille) dégageait une certaine vulnérabilité.

Les fidèles l’adoraient car eux aussi percevaient chez le pasteur de vieux défauts et imperfections. Ils se reconnaissaient en lui.

« Papy, si l’homme descend des gorilles et des singes, est-ce que ça veut dire qu’Adam et Ève descendaient des gorilles et des singes ? Ils ressemblaient plus à des gorilles ou plus à nous ? À moins que ce soit juste une histoire ? Et si Adam et Ève étaient les premiers humains sur Terre, est-ce qu’ils ont toujours été grands ? Je veux dire, est-ce qu’ils ont été enfants ? Tu trouverais pas ça cool si à un moment donné on était tous des enfants ? Juste deux enfants sur la planète entière ? »

… (Otis) offrit de l’embaucher dans le verger Sourdough, un emploi qui valait ce qu’il valait, mais qui s’avéra une véritable aubaine pour Lyle. Pas pour l’argent qu’il lui rapportait – en vérité, le salaire était très modique –, mais parce que les cycles du verger lui donnèrent ce qui lui avait manqué sans même qu’il s’en aperçût : un sens à sa vie. Et aussi parce qu’il redécouvrit le bonheur de travailler en plein air.

et bien que Lyle n’eût pas la moindre envie de fréquenter une autre église que celle dans laquelle il avait été baptisé, confirmé et marié, il prit soudain conscience que sa fille avait le pouvoir d’éloigner son petit-fils de lui, une pensée déchirante qui s’apparentait à une amputation.

Tous les jours sont importants, tous, jusqu’au dernier. Plus on vieillit, plus c’est évident.

Si tu sais que quelqu’un est en danger de mort et que tu pries pour lui au lieu de l’amener chez le docteur, c’est de la négligence. Et si quelqu’un souffre et que tu penses que Dieu va trouver un moyen de le guérir par magie, c’est purement et simplement illégal : non-assistance à personne en danger.

Tu risques de ne plus la revoir. Ça devient un combat entre eux et le monde entier. Ils croient que tout le monde essaie de leur nuire. Et ça ne fait que renforcer leur foi.

Il n’existe aucune source d’espoir plus importante que celle des parents envers leurs enfants – perdre espoir en eux revient à perdre espoir dans le monde – et, même à ce stade, Lyle refusait de renoncer à croire en Shiloh.

Être parent, c’est aimer son enfant plus qu’il ne t’aimera jamais, avait-il dit.

Lu en mars 2020

Publié dans Lectures anciennes, littérature USA

« 22/11/63 » de Stephen King

 

Je suis toujours dans la récupération des anciennes chroniques de mon ancien blog, ce qui me permet de me rafraîchir un peu la mémoire.

Tout le monde connaît ce superbe ouvrage de Stephen KING qui m’a beaucoup  plu lors de cet été 2013, je ne rappellerai donc pas l’histoire:

 

22 11 63 de Stephen King

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

Imaginez que vous puissiez remonter le temps, changer le cours de l’Histoire. Le 22 novembre 1963, le président Kennedy était assassiné à Dallas.

À moins que… Jake Epping, professeur d’anglais à Lisbon Falls, n’a pu refuser la requête d’un ami mourant : empêcher l’assassinat de Kennedy. Une fissure dans le temps va l’entraîner dans un fascinant voyage dans le passé, en 1958, l’époque d’Elvis et de JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d’un dégénéré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d’une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake…

 

Ce que j’en pensais alors :

 

 C’est le 2ème livre de Stephen King que je lis, (le 1er étant « la petite fille qui aimait Tom Gordon » donc un style tout à fait différent). C’est un chef d’œuvre, pour moi. Entraîné dans cette histoire avec ivresse, les presque mille pages ne font même pas peur, on est plongé dedans et on n’a pas envie d’en sortir tellement on veut savoir. Pour moi il y aurait pu avoir 500 pages de plus le plaisir aurait été le même. On ne se lasse à aucun moment.

 La description des années soixante a excellente et rappelle beaucoup de bons souvenirs (j’avais 13 ans quand JFK a été assassinée et comme toutes les filles de ma classe j’avais le béguin pour lui, et le côté glamour du couple qu’il formait avec Jackie était fascinant.

Toute cette époque, avec ses musique, les relations entre Blancs et Noirs, les tabous de la société américaine de l’époque (cela a-t-il vraiment beaucoup changé ?) très puritaine. La crainte du communisme, la violence dans les couples ou dans la rue sont très bien décrits. Et la belle histoire d’amour avec « sa pépette » Sally est crédible, on a envie que ce soit possible, que cela finisse bien entre eux, c’est tellement séduisant à l’esprit qu’un homme de 2011 puisse être amoureux d’une femme qui a 20 ans en 1958. Cela prouverait que quand on aime tout est possible.

La traque de Lee Harvey Oswald est passionnante aussi, crédible. D’emblée le personnage est antipathique, borné, violent et on a envie que George/Jake réussisse à l’arrêter à temps et que cela modifie le monde ensuite

 J’aime cette idée que l’on peut changer l’histoire, ce mythe de l’effet papillon, même s’il a été souvent utilisé dans la littérature, dans ce livre, on le voit sous un autre angle.

Bref, ce livre est génial, je l’ai lu avec avidité, passionné par le texte (l’écriture est belle, les phrases se déroulent au même rythme que l’énigme). Tout m’a plu, et la fin est superbe, Stephen King ne tombe jamais dans le pathos ou le côté fleur bleue du happy-end hollywoodien.

 

Et aujourd’hui?

 

J’aime toujours autant cette histoire, que je relirai sûrement un jour, dans cette vie ou dans une autre, vu l’embouteillage permanent de ma PAL.

J’aime particulièrement cette période de l’Histoire américaine, j’avais treize ans lorsque J.F.K. a été assassiné, et j’ai suivi toutes les théories farfelues ou non pour expliquer cet acte. Par conséquent, l’alchimie marcherait encore: l’idée de pouvoir empêcher cet assassinat, c’est trop tentant.

Comme j’ai vu le film plusieurs fois, j’ai toutes les images des voitures de l’époque, de la manière dont les gens s’habillaient, notamment les femmes, ce qui donne une petite note Kitsch en plus, même si le film est très décevant par rapport à la magie de l’écriture du King. Depuis j’ai lu d’autres romans de l’auteur que je découvre tranquillement, à mon rythme…

Je rappelle au passage que la science-fiction n’est pas mon genre préféré, mais je suis rarement déçue par Stephen King. Et je lui donne la même note!

❤️ ❤️ ❤️ ❤️ ❤️

 

 

 

Extraits :

 

A la porte, je me suis arrêté pour jeter un regard en arrière. Deux employés travaillaient sur des machines à calculer, mais sinon, les transactions se faisaient toutes à la plume et à l’huile de coude. Il m’est venu à l’esprit qu’à quelques détails près, Charles Dickens se serait senti ici comme chez lui. Il m’est également venu à l’esprit que vivre dans le passé, c’était un peu comme vivre sous l’eau et respirer avec un tuba.

 

Ne jamais regarder en arrière. Combien de fois se donne-t-on ce genre d’injonction après avoir vécu une expérience exceptionnellement bonne (ou exceptionnellement mauvaise) ? Souvent j’imagine. Et l’injonction reste généralement lettre morte. Les êtres humains sont ainsi faits qu’ils regardent en arrière, c’est même pour cela que nous avons cette articulation pivotante dans le cou.

 

Tous les jours matin et soir, quand l’eau était calme, je prenais un canoë et allais pagayer. Je me souviens, par une de ces soirées, du lever silencieux de la pleine lune au dessus des arbres et du sentier qu’elle illumina sur l’eau tandis que le reflet de mon canoë flottait au dessus de nous comme son frère siamois immergé…. Relevant ma pagaie, je suis resté assis là, à 300m du rivage, à contempler la lune et à écouter les huards converser. Je me rappelle avoir penser que si le paradis existait et qu’il ne ressemblait pas à ça, alors je n’avais pas envie d’y aller.

 

Mes débuts en qualité de remplaçant me permirent de renouer avec un élément fondamental de ma personnalité : j’aimais écrire et j’avais découvert que j’étais doué pour ça, mais ce que j’aimais le plus, c’était enseigner. Cela me comblait d’une façon que je ne saurais expliquer. Ou que je ne souhaite pas expliquer. Les explications, c’est de la poésie trop bon marché.

 

Être chez soi, c’est regarder la lune se lever sur la vaste terre endormie et pouvoir appeler quelqu’un à la fenêtre pour la contempler ensemble.

On est chez soi quand on danse avec les autres. Et quand la vie est une danse.

 

Mais Internet est une arme à double tranchant. Pour chaque information trouvée qui vous réconforte (comme découvrir que la femme que vous aimiez a survécu à son cinglé d’ex-mari) il y en a deux qui ont le pouvoir de vous blesser. Comme par exemple une personne qui chercherait des nouvelles d’une autre personne pourrait découvrir que cette personne a été tuée dans un accident. Ou qu’elle est morte d’un cancer du poumon à force de fumer. Ou qu’elle s’est suicidée, et dans le cas de cette personne en particulier, très probablement à l’aide d’un cocktail alcool-somnifères.

 

Lu en juillet 2013

Publié dans littérature USA, Psy

« Mensonges sur le divan » de Irvin D. Yalom

Je vous parle aujourd’hui d’un livre roman qui attendait sagement sur une étagère de ma bibliothèque :

 

Mensonges sur le divan de Irvin D. Yalom

 

Quatrième de couverture :

 

Psychanalyste reconnu, Ernest Lash est en proie au doute : en se montrant plus proche de ses patients ne parviendrait-il pas à de meilleurs résultats ? Quand Carol Leftman, brillante et séduisante avocate, entre dans son cabinet, il met en pratique sa nouvelle théorie. Mauvaise pioche : Carol, convaincue que son mari l’a quittée sur les conseils dudit psychanalyste a décidé de le piéger…

 

 

Ce que j’en pense :

 

Carol, femme plutôt autoritaire, complètement barjot, vient de se faire quitter par son mari Justin, client assidu du psychanalyste Ernest Lash. En fait Justin a consulté pendant des années, alors qu’il n’arrivait pas à quitter sa femme, quelle que soit la technique utilisée, au grand dam d’Ernest et il a rompu parce qu’il vient de rencontrer une jeune femme. Ce n’est donc pas grâce à la thérapie, et cela ne présage pas forcément quelque chose de bon : il peut très bien quitter une femme autoritaire pour une autre du même style…

Carol furieuse veut se venger d’Ernest Lash : pour elle tout est de sa faute si Justin est parti et comme elle a eu des expériences traumatisantes lors de thérapies antérieures (viol) elle veut le piéger. Elle devient une de ses patientes, sous un faux nom et ne cesse de l’aguicher, de lui parler d’amour, de sexe durant chaque séance !

Or, Ernest veut justement tester une nouvelle approche sur le prochain nouveau patient qui se présentera à son cabinet en se montrant plus proche, se dévoilant davantage pour sortir de la relation thérapeutique traditionnelle et bien-sûr cela va tomber sur Carol, alias Carolyn…

Cela donne lieu à des séances hilarantes, où elle arrive en tenue hyper-sexy, veut s’asseoir à côté de lui, le quitte chaque fois après une étreinte plutôt chaude, lui fait croire qu’en dépit de son âge et de physique peu amène, bedonnant, elle est amoureuse de lui…

La manière dont Ernest réagit est bien étudiée, il tente de rester dans les clous qu’il s’est fixés, même si elle lui plaît bien alors que Carol éveille tout de même ses sens.

Irvin Yalom aborde très bien les différents sujets, tout ce qui peut se passer dans le cadre d’une analyse : le transfert et le contre transfert, la manipulation dans la psychanalyse, l’alliance thérapeutique, les supervisions indispensables pour ne rien projeter de soi sur l’analysé.

La relation entre Ernest et son superviseur, Marshal, sont loin d’être de tout repos, car Marshal jalouse secrètement de « jeune homme » qui a déjà écrit plusieurs livres alors que lui-même a des tas d’idées, de thèmes mais qui ne débouchent sur rien de concret. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il aurait encore largement besoin d’être supervisé !

Il évoque aussi la société de psychanalyse et ses travers, où tous les coups sont permis pour évincer un analyste qui a commis une faute déontologique, alors que celui-ci est proche de la retraite, en phase terminale de cancer, on aurait pu se contenter de le mettre sur la touche, sans l’exclure avec perte et fracas, uniquement pour prendre sa place.

On croise aussi tous ceux qui ont compté (et comptent encore) dans la psychanalyse : Freud, Jung, Ferenczi, Rank, Reich …

Irvin Yalom évoque aussi l’empathie et ses limites : peut-on toucher les patients ? mais aussi, que peut-on révéler de soi, de sa propre vie au patient, pour le faire avancer ou s’en tenir à la neutralité bienveillante.

Et enfin, le problème de l’argent, dans la thérapie, mais aussi dans sa pathologie avec les joueurs compulsifs.

J’ai adoré ce roman, tout comme j’avais adoré « Et Nietzsche a pleuré » mais c’est un domaine où je suis comme un poisson dans l’eau alors, je ne suis probablement pas impartiale !

J’ai déjà « Le problème Spinoza » en attente dans ma bibliothèque et bien-sûr « La méthode Schopenhauer » et « Le jardin d’Épicure » entre autres dans ma PAL.

 

Extraits :

 

Avez-vous jamais réfléchi au fait qu’il est plus facile d’établir un diagnostic la première fois que vous voyez un patient, mais que, plus vous le connaissez, plus ça devient difficile.

 

Mais Ernest n’était pas un patient. Du moins, pas tout à fait. Car la supervision se situait dans un « no man’s land » entre la thérapie et l’apprentissage. Parfois, le superviseur devait aller au-delà du cas étudié et explorer en profondeur les motivations et les conflits inconscients de l’étudiant. Néanmoins, en l’absence d’un contrat thérapeutique clairement défini, il y avait des limites que le superviseur ne devait pas franchir.

 

Où est-il écrit, rétorqua Marshal, que le patient analysé doit éternellement traiter son ancien psychanalyste avec une dévotion filiale ? Vous m’avez enseigné que le but du traitement et du travail sur le transfert est justement d’aider le patient à se détacher de ses parents pour développer sa propre autonomie et raffermir son intégrité.

 

Avec de nombreux patients, Ernest faisait intervenir le concept de regret dans la thérapie. Il leur demandait d’analyser les regrets que suscitait leur comportement passé et les exhortait à ne pas entretenir de nouveaux regrets dans l’avenir. Le but, disait-il était de vivre de telle sorte que dans cinq ans vous ne vous retourniez pas en regrettant amèrement les cinq dernières années qui se sont écoulées.

 

Voilà qu’il lui racontait maintenant un rêve à propos d’elle. Elle se dit alors qu’il y avait là peut-être une piste intéressante à explorer. Mais sans grande conviction : elle sentait bien qu’elle ne maitrisait plus du tout la situation. Pour un psy, Ernest était totalement imprévisible ; à chaque séance, il faisait, disait quelque chose qui la surprenait. Et à chaque séance, il lui montrait un aspect d’elle-même qu’elle n’avait jamais soupçonnée.

Ecoutez, Ernest, c’est très curieux, parce que j’ai également rêvé de vous cette nuit. Ce n’est pas ce que Jung appelait la synchronicité ?

Pas tout à fait. Par synchronicité, Jung entendait la coïncidence de deux phénomènes reliés entre eux, l’un se produisant dans le monde subjectif, et l’autre dans le monde physique, objectif…

 

Lu en janvier 2019

Publié dans littérature USA

« Un gentleman à Moscou » de Amor Towles

Fan totale de la littérature russe, notamment du XIXe siècle, j’ai repéré ce roman très vite, et je me suis inscrite illico pour le recevoir :

 

Un gentleman à Moscou de Amor Towles

 

 

Quatrième de couverture   

 

Au début des années 1920, le comte Alexandre Illitch Rostov, aristocrate impénitent, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le comte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée – officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski –, des diplomates étrangers de passage – dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d’esprit, et de vodka –, une belle actrice inaccessible – ou presque ­–, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie. Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol.

Trois décennies durant, le comte vit nombre d’aventures retranché derrière les grandes baies vitrées du Metropol, microcosme où se rejouent les bouleversements la Russie soviétique.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Cunnington

 

Ce que j’en pense    

 

Le comte Alexandre Illitch  Rostov (Sasha pour les intimes) a été assigné à résidence à vie dans l’hôtel Metropol où il vivait dans une suite.

On lui reproche d’avoir écrit un poème, contre la révolution (1916 !) et d’être revenu d’exil « pour prendre les armes » et « d’avoir succombé de manière irrévocable au pouvoir corrupteur de sa classe », il est donc une menace pour le régime. Il n’échappe au peloton d’exécution que parce qu’il n’a pas été tendre non plus avec le régime tsariste.

Amor Towles fait démarrer son récit alors que la révolution d’octobre vient d’avoir lieu, et on va suivre ainsi le héros de 1922 à 1954 durant toute la période soviétique, on croisera ainsi Staline alias Soso, Khrouchtchev dont on suivra les manœuvres pour prendre la succession.

Ce comte m’a énormément plu par la manière dont il réussit à transformer cet exil intérieur, cette prison qu’est devenue l’hôtel, où il a été relégué sous les combles dans un réduit qu’il va organiser pour le rendre habitable et lui donner une âme. Il fait rapidement le tri dans ce qu’il peut et veut y emporter, ce qui a de la valeur pour lui, pour se souvenir du passé, de sa sœur décédée très jeune : l’horloge de son père qui ne sonne que deux fois par jour : midi et minuit, ce que l’on a fait avant midi prouve que l’on a été efficace sans perdre son temps et quand elle sonne à minuit : il est trop tard…

Il voit défiler les nouveaux « grands du régime » : on est pour le partage, mais on garde le plaisir du bien manger et du confort (Léo Ferré ne disait-il pas : « on peut être anarchiste et aimer le confort ») et leur réunionite, il rencontre Nina dont le père est un notable et cette petite fille, par sa curiosité, ses questions, va établir une relation profonde avec lui, lui faisant explorer tous les recoins de l’hôtel, les couloirs cachés, il va ainsi s’approprier un domaine qui lui était étranger.

Amor Towles introduit un autre personnage savoureux avec Ossip, un dignitaire du régime qui veut tout apprendre de l’Europe, et demande à Sasha de lui expliquer la civilisation et la littérature françaises puis anglaises puis américaines ce qui donne des échanges savoureux, clin d’œil au passage à Humphrey Bogart, au faucon maltais !

J’ai beaucoup aimé Nina et la relation qu’ils tissent tous les deux ; Nina qui veut qu’il lui explique l’éducation des filles sous le tsarisme, ou Nina qui veut vérifier la loi de Newton en faisant tomber divers objets du haut de l’escalier, chronomètre à la main, Nina pleine de fougue et d’idéalisme qui va partir loin dans la campagne participer à la réforme de l’agriculture, Nina qui prend conscience de la réalité…

Le comte explique à Nina comment une princesse doit apprendre à se comporter en société:

Une posture avachie tend à suggérer une certaine paresse de caractère, ainsi qu’un manque d’intérêt pour autrui. Alors qu’un dos bien droit affirme la maîtrise de soi et le sens des obligations – qualités toutes deux attendues d’une princesse.

Sasha évolue tout au long du roman, en même temps que la société bouge, que l’on nomme des gens incompétents mais pistonnés pour servir à table, surveiller les commandes et les stocks… et faire des dossiers sur le personnel… Par exemple l’épisode des vins est extraordinaire : on arrache toutes les étiquettes des bouteilles, et on n’aura plus qu’un seul choix : vin blanc ou vin rouge, où on pourra servir aussi bien un Petrus que de la piquette pour le même prix !

Oui, une bouteille de vin était la distillation suprême du temps et du lieu ; une expression poétique de l’individualité elle-même. Mais là, dans cette cave, elle se retrouvait précipitée dans l’océan de l’anonymat, royaume de l’ordinaire, de l’insignifiant.

Sasha réussit à s’adapter, à l’imbécillité, à la surveillance à peine voilée, devenant à son tour serveur dans un des restaurants de l’hôtel, en gardant la même élégance, la même maîtrise et forme avec ses deux amis en cuisine,  ce qu’ils appelleront le triumvirat

On suit aussi l’évolution d’un autre personnage, Mischka, l’ami de Sasha, écrivain qui peut continuer son métier : il veut publier des lettres de Tchékhov mais manuscrit refusé car la dernière phrase de la dernière lettre porte atteinte au régime ! comme il ne veut pas céder, déportation… il disait que Sasha était un assigné à résidence verni, car plus libre dans sa prison-hôtel que lui en liberté…

D’autres personnages haut en couleur passent aussi dans l’hôtel, véritable lieu de rencontre, avec des Américains, tel Richard avec lequel il échange des idées en partageant un verre au bar… et bien-sûr on rencontre des personnages féminins savoureux aussi, telle la belle comédienne Anna…

J’ai bien aimé également la manière dont l’auteur parle de l’exil, et la différence entre l’exil intérieur et l’exil de la patrie et sa comparaison avec Adam chassé du paradis : l’exil n’est pas une punition assez forte car on peut refaire sa vie ailleurs, alors il faut aller plus loin avec la déportation : on continue de rêver de Moscou lorsqu’on est au bagne!

Mais lorsque nous exilez un homme dans son propre pays, il lui est impossible de recommencer à zéro. Pour l’exilé intérieur – que ce soit en Sibérie ou à travers la Moins Six – l’amour du pays ne sera jamais flou ou dissimulé dans le brouillard du temps qui passe.

Pour ne pas spolier, je ne dirai rien d’un autre personnage qui jouera un rôle important dans la vie de Sasha et montrera les ressources de cet homme.

J’ai retrouvé dans ce roman l’âme russe que j’aime tant, j’avais l’impression que l’ami Fiodor n’était pas loin, alors que le régime dégommait la statue de Gogol car pas assez souriant pour la remplacer par celle de Gorki, tout acquis au régime…

On ne s’ennuie pas une seconde en lisant ce roman et on peut l’aborder par différentes clés, la politique, la réforme agraire, la révolte des paysans, le goulag, ou par le côté délation avec l’immonde Fou, ou l’amitié entre ces trois hommes, la relation paternelle, la résilience etc….

L’écriture est magnifique elle aussi, avec des références littéraires, un éloge des écrivains de Montaigne à Dostoïevski. Et la dernière partie est géniale ! j’ai fait durer le plaisir, car je n’avais aucune envie d’abandonner les personnages…

Bref, j’ai adoré ce livre, dont la couverture est magnifique, c’est mon coup de cœur de cette rentrée, qui hélas est passé beaucoup trop inaperçu à mon goût. En fait je l’ai découvert en lisant quelques critiques sur babelio et je vous engage vivement à le lire… et comme toujours quand j’adore, je suis dithyrambique mais j’assume !

Je remercie vivement les éditions Fayard et NetGalley qui m’ont permis de lire ce roman !

#UnGentlemanàmoscou #NetGalleyFrance

https://www.fayard.fr/litterature-etrangere/un-gentleman-moscou-9782213704449

 

 

 

L’auteur   

 

Né en 1964 dans la banlieue de Boston, Amor Towles est un romancier américain, diplômé des universités de Yale et de Stanford. Après une carrière dans la finance, il se consacre désormais à l’écriture. Il est l’auteur de deux romans qui ont rencontré un immense succès critique et commercial aux États-Unis, Les Règles du jeu (Albin Michel, 2012) et Un Gentleman à Moscou, tous deux traduits dans une vingtaine de pays. Son premier roman, Les Règles du jeu, a été couronné en France par le prix Fitzgerald.

 

 

Extraits   

 

C’est drôle, songea-t-il, comme il s’apprêtait à abandonner sa suite. Dès notre plus jeune âge, nous apprenons à dire au revoir aux amis et à la famille. Nous accompagnons nos parents et nous frères et sœurs à la gare ; nous rendons visite à nos cousins, nous allons à l’école, entrons au régiment ; nous nous marions, voyageons à l’étranger…

… Mais l’expérience est moins susceptible de nous apprendre à dire adieu à nos biens les plus chers. Et à supposer que cela s’apprenne ? Nous ne voudrions pas de cet apprentissage. Car, en fin de compte, nous accordons plus d’importance à nos biens qu’à nos amis…

 

Reconnaissant qu’un homme devait maîtriser le cours de sa vie s’il ne voulait pas en devenir le jouet, le comte songea qu’il serait avisé de réfléchir à la manière d’atteindre ce but quand on a été condamné à passer sa vie, enfermé.

 

Dans les mains du barbier, les ciseaux évoquaient les entrechats du danseur classique dont les jambes s’entrecroisent pendant le temps de suspension.

 

En Russie, quel que soit le spectacle, tant que le décor a de l’éclat et le ténor de la grandiloquence, il trouvera son public.

 

Resteront à notre homme deux options : braire comme un âne ou trouver le réconfort dans des livres oubliés dénichés dans des librairies oubliées.

 

Pourtant, il arrive que les évènements se déroulent de telle façon que, du jour au lendemain, l’homme déphasé se retrouve où il faut, quand il faut.

 

Une assignation à domicile est une violation claire et nette de votre liberté, certes, mais cela se veut également une humiliation. Si bien que la fierté et le bon sens vous commanderaient plutôt de ne pas marquer l’occasion…

 

Depuis qu’il y a des hommes sur terre, songea le comte, il y a des hommes en exil. Que ce soit dans les tribus primitives ou les sociétés les plus avancées, ils ont invité leurs compatriotes à faire leurs valises, à traverser la frontière et à ne plus jamais poser le pied sur le sol natal. 

 

Tout aussi important est le fait qu’en tenant compte scrupuleusement des jours qui passent l’homme isolé remarque qu’il a enduré une année de souffrances, y a survécu, l’a vaincue. Qu’il ait trouvé la force de persévérer grâce à une détermination inlassable ou par la vertu d’un optimisme téméraire, ces trois cent soixante cinq marques attestent sa ténacité à toute épreuve.

 

Après tout, nos premières impressions, que nous apprennent-elles d’une personne aperçue une minute dans un hôtel ? J’irais plus loin : nos premières impressions nous apprennent-elles quelque chose ? Réponse : pas plus que ce qu’un accord nous apprend de Beethoven, ou un coup de pinceau de Botticelli…

 

Adapté au gobelet en fer-blanc tout autant qu’à la porcelaine de Limoges, le café donne de l’énergie au travailleur à l’aube, calme l’âme songeuse à midi et redonne courage aux désespérés au cœur de la nuit.

 

Parce que les bolcheviques, férocement déterminés à refondre l’avenir dans un moule façonné par leurs propres soins, n’auraient de cesse qu’ils n’arrachent, ne brisent et n’effacent jusqu’aux derniers vestiges de sa Russie à lui.

 

Un peu plus tôt dans la journée, Vassili l’avait informé que le célèbre grand hall bleu et or du Bolchoï avait été repeint en blanc, tandis que dans le quartier de la rue Arbat, la sombre statue de Gogol, œuvre d’Andreïev, avait été retirée de son piédestal et remplacée par une sculpture plus joyeuse représentant Gorki...

 

Comme je vous l’ai déjà dit, les Américains et nous seront les nations dirigeantes de ce siècle parce que nous sommes les seules nations à avoir appris à balayer le passé plutôt que de nous incliner devant lui. Seulement eux ont agi au nom de leur cher individualisme, alors que nous efforts à nous sont on service du bien commun. Ossip, un dirigeant au pouvoir, avec lequel le comte s’entretient régulièrement car celui-ci désire apprendre la culture française, anglaise et enfin américaine

 

Je vois bien que l’idée de table rase n’est pas vraiment nouvelle ici en Russie, et que la destruction d’un beau bâtiment ancien suscite forcément la nostalgie de ce qui n’est plus et l’ivresse de ce qui est à venir. Discussion avec Richard, capitaine américain.

 

… Quand le destin transmet quelque chose à la postérité, il le fait en cachette.

 

Car lorsque la vie empêche un homme de poursuivre ses rêves, il fera tout pour les poursuivre quand même.

 

« Savez-vous que sans l’Anglais l’humanité peut vivre, sans l’allemand elle le peut aussi, sans le Russe elle ne le peut que trop, sans la science elle le peut, sans PAIN aussi, c’est sans la beauté seulement que cela est impossible. Fiodor Dostoïevski : « Les démons » 1872 Mischa a écrit un texte sur le pain imprimé en sauvette et qu’il confie au comte en reprenant des textes de la Genèse jusqu’aux grands auteurs russes

 

« Tu vois ces pierres dans ce désert aride ? Change-les en PAINS et l’humanité accourra sur tes pas, tel un troupeau docile et reconnaissant… Mais tu n’as pas voulu priver l’homme de sa liberté, et tu as refusé, estimant qu’elle était incompatible avec l’obéissance acheté par des PAINS. Fiodor Dostoïevski : « les Frères Karamazov » 1880

 

Car ce qui compte dans la vie, ce n’est pas si oui ou non on va nous applaudir ; non, ce qui compte, c’est si oui ou non nous avons le courage de prendre le risque malgré le caractère incertain de notre victoire.   

 

Lu en novembre 2018

Publié dans littérature USA, Polars

« Ne le dis à personne » de Harlan Coben

Un petit passage par le Polar avec ce roman qui traînait depuis longtemps dans ma PAL:

Ne le dis à personne de Harlan Coben

 

Quatrième de couverture

Imaginez…
Votre femme a été tuée par un sérial killer.
Huit ans plus tard, vous recevez un e-mail anonyme.
Vous cliquez une image…
C’est son visage, au milieu d’une foule, filmé en temps réel.
Impossible, pensez-vous ?
Et si vous lisiez « Ne le dis à personne… » ?

 

Ce que j’en pense

Pour moi, rien ne vaut un polar quand la fatigue et les douleurs pointent à nouveau le bout de leur nez, car je mets alors en route l’opération « Neurones en vacances ».

Cette histoire m’a plu: Alex Beck, le héros, a perdu sa femme Elizabeth dans des conditions étranges; il a même était soupçonné, car il avait été assommé par les personnes qui l’ont enlevée, mais s’en est sorti donc forcément suspect… mais le meurtre est mis sur le compte d’un serial-killer car le corps retrouvé passablement défiguré, et néanmoins identifié par le père d’Elizabeth, portait sa marque

Depuis Beck, comme l’appelle ses proches,  est inconsolable, se culpabilise d’être en vie, se noie dans le travail (il est pédiatre dans un centre médical financé par le groupe Medicaid) et a tendance à boire un peu plus que de raison:

« Oui, je bois. Mais je ne suis pas un ivrogne. Ce n’est pas un déni. Je sais que je flirte avec l’alcoolisme. Je sais également que flirter avec l’alcoolisme est à peu près aussi inoffensif que de flirter avec la fille mineure d’un gangster. « 

Et voilà qu’un jour, (la date de leur anniversaire et donc connu d’eux seuls) il reçoit un message curieux via webcam suggérant qu’Elizabeth est peut-être en vie. Alex va essayer de reprendre l’enquête, et résoudre le mystère.

Des éléments nouveaux permettent de pimenter l’histoire, avec des caïds prêts à tuer, presque pour le plaisir, des inspecteurs du FBI qui ont retrouvé deux cadavres dans une zone très proche de l’endroit où a eu lieu l’agression et veulent à tout prix prouver que Beck est coupable du meurtre de sa femme.

Évidemment, toutes les catastrophes, imbroglio, vont tomber sur la tête de Beck, lorsqu’il se lance à la poursuite de sa femme, et avec un rythme haletant, car il court tout le temps, on se sent aussi épuisé que lui. C’est un héros attachant, parfois naïf, un peu le docteur Mamour de la série « Grey’s « anatomie »…

Ceci nous permet de rencontrer des personnages hauts en couleurs, telle Linda, la sœur de David, qui fricote avec des gens peu recommandables, sa compagne Shauna, l’amie sincère avec laquelle il partage ses secrets, (personnage qui me plaît beaucoup), le père d’Elizabeth, ancien flic au comportement un peu étrange ou encore un dealer dévoué à Alex qui a sauvé  de son fils, et bien-sûr des flics louches et des délinquants…

Un petit clin d’oeil au passage à Chloé, le chien de Beck qui comble les vides affectifs (ah! le pouvoir thérapeutique des animaux de compagnie!):

 » … j’aimais bien regarder Chloé en promenade. Ça semble bizarre, je sais, mais un chien tire un tel plaisir de cette simple activité que la regarder est un bonheur totalement zen »

Je me rappelle que j’avais aimé le film de Guillaume Canet (adaptation libre de ce polar, avec entre autres, François Cluzet), alors qu’étrangement je ne gardais aucun souvenir de l’histoire, seulement d’une ambiance, mais cela m’arrive souvent avec les films…

Bref, un polar bien ficelé, que j’ai lu pratiquement en apnée, car le poser était difficile, même pour manger ou dormir, avec des rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine, même si c’est quelquefois un peu « capillotracté »…

C’est le deuxième roman d’Harlan Coben que je lis et j’aime bien son style, ses phrases courtes, presque lapidaires, la vitesse à laquelle l’enquête se complique tout en progressant, donc je vais continuer l’aventure.

 

 

Extraits:

Il aurait dû y avoir un souffle funeste dans l’air. Ou un froid à vous glacer la moelle des os. Quelque chose. Une mélodie éthérée que seuls Elizabeth et moi aurions pu entendre. Un sentiment de tension. Quelque classique prémonition. Il y a des malheurs quasi prévisibles — ce qui est arrivé à mes parents, par exemple — et puis d’autres moments sombres, des moments de violence soudaine qui changent irrémédiablement le cœur d’une existence. Il y a eu ma vie avant le drame. Et il y a ma vie actuelle. Les deux, hélas, n’ont plus grand chose en commun. P 6

 

On peut se fier à la nature, mais pas à l’homme. P 92

 

Une vérité première à propos de ces tragédies: l’âme en sort bonifiée. P 98

 

Vivre un drame enfonce le clou. Le drame le grave dans votre âme. Si vous n’en sortez pas plus heureux, vous serez probablement meilleur. P 99

 

Lu en février 2018