« L’innocence et la loi » de Michael Connelly

J’avais envie de retrouver la plume de Michael Connelly alors son dernier roman était tentant :  

Résumé de l’éditeur :

Au sortir d’un pot pour fêter sa victoire au tribunal, Mickey Haller est arrêté pour défaut de plaque. Mais en ouvrant le coffre de la voiture de Haller, l’agent de police trouve un cadavre à l’intérieur. Celui d’un escroc que l’avocat a défendu à de nombreuses reprises, jusqu’au moment où le client l’a arnaqué à son tour.


Accusé de meurtre et incapable de payer la caution de 5 millions de dollars, Haller est aussitôt incarcéré et confronté à une avocate de l’accusation qui veut sa peau, Dana Berg. Il comprend qu’il a été piégé – mais par qui, et pourquoi ? – et décide d’assurer lui-même sa défense lors du procès.


Pas facile quand, en plus d’être en prison et donc la cible de violences, il est la proie d’une machination que même Harry Bosch, son demi-frère, aura du mal à démêler.

Ce que j’en pense :

Mickey Haller est arrêté par un agent de police alors qu’il sort d’un pot avec ses collègues pour fêter dignement sa dernière réussite, sous prétexte que sa voiture n’a pas de plaque. Il en profite pour l’obliger à ouvrir le coffre de sa voiture, au prétexte qu’il y a du sang et voilà notre avocat menotté arrêté incarcéré séance tenante avec une caution faramineuse…

Il décide d’assurer sa propre défense, mais l’accusation, en la personne de Dana Berg, lui met les bâtons dans les roues (c’est même pire que cela, on est dans le registre de l’acharnement, la subornation) on ne lui donne pas les documents, les témoignages, sur lesquelles se base l’incarcération … Heureusement pour lui, la juge ne se laisse pas manipuler. Et, Mickey est entouré de son équipe pour mener l’enquête, parmi eux son demi-frère Harry Bosch.

Avec ce roman, Michael Connelly nous plonge dans l’univers du système judiciaire américain, et tous ses défauts, ou excès, et la manière dont l’accusation a tous les pouvoirs, par rapport à la défense est sidérante. On comprend mieux pourquoi il y a autant d’erreurs judiciaires, de condamnations injustifiées, surtout quand il s’agit de personnes pauvres, de minorités.

Il est effarant de constater qu’en prison, un homme peut se faire agresser, racketter y compris par les surveillants, y compris dans le fourgon qui conduit les prisonniers au tribunal.

La manière dont les membres du jury sont sélectionnés et haute en couleurs…

Bienvenue dans l’Amérique de Trump, avec son cortège de manipulations, sa justice à 2, 3 (voire plus) vitesses qui laisse le lecteur perplexe.

J’ai eu du plaisir à retrouver l’univers de Michael Connolly, la manière brillante dont il expose les faits et développe son intrigue même si j’ai moins pris de plaisir à la lecture de ce roman pourtant assez addictif. En fait, j’apprécie peu en général les « thrillers judiciaires », tout comme les séries où les avocats sont les héros, je préfère les enquêtes policières pures, avec des experts, des profileurs…

L’auteur est magistral, car il arrive à me faire apprécier un livre qui sort complètement de mes centres d’intérêt en matière de polars. Les aventures d’Harry Bosch m’attendent…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#Linnocenceetlaloi #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

Un procès pour meurtre a tout d’un arbre. Un très grand arbre. Un chêne. Il a été planté et soigné avec attention par l’Etat. Arrosé et émondé quand il en a besoin, examiné pour y détecter maladies et parasites de toutes sortes…

Tout une série de questions me passa par la tête, la première sur ce qu’il y avait dans ce coffre et la dernière celle de savoir si Milton avait un motif raisonnable de l’ouvrir si, moi, je refusais de le faire…

La seule façon de prouver que ce n’est pas moi, c’est de trouver celui qui l’a tué et de le prouver. C’est comme ça que ça fonctionne, l’innocence. 

Elle (la jurée N°21) avait aussi mis la lecture en premier dans la liste de ses passe-temps favoris. Et, je ne pensais pas qu’à lire, on puisse éviter de tomber sur des histoires—de fiction ou de non-fiction—soulignant les fragilités du système juridique américain et, en premier lieu, que les flics comprennent souvent de travers et que des innocents sont alors parfois accusés et condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Lu en janvier 2022

« Le poète » de Michael Connelly

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu la chance de gagner lors d’un concours organisé par Anthony, thriller sur lequel je lorgnais depuis un bon moment :

Quatrième de couverture :

Chroniqueur judiciaire, Jack McEvoy ne peut croire au suicide de son frère jumeau. Si Sean, inspecteur de police, s’est bien tiré une balle dans la bouche, que vient faire ce « Hors de l’espace, hors du temps » d’Edgar Allan Poe écrit sur le pare-brise de sa voiture ?

Et, pourquoi Rusher, un indic qu’il devait voir ce jour-là, reste-t-il introuvable ?

En s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins d’un article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se suicident et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir son plus gros scoop sur des meurtres en série. Mais il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect…

Le poète est LE classique absolu pour les fans de romans policiers.

Ce que j’en pense :

Jack McEvoy, journaliste judiciaire au « Rocky Mountains News », vient d’apprendre que son frère jumeau Sean vient d’être retrouvé mort d’une balle tirée dans la bouche. Il travaillait sur une enquête difficile, le meurtre d’une jeune femme retrouvée coupée en deux morceaux et très rapidement l’enquête a conclu   à un suicide, car plusieurs de ses collègues victimes du « blues du policeman », autrement dit un burn-out ont mis fin à leur jours ces derniers temps.

Après une période de sidération, Jack est submergé par la colère ce qui le pousse à remettre en question les conclusions de l’enquête. Il veut savoir, comprendre, d’autant plus que sur le parebrise de la voiture, on peut lire, à moitié effacés par la buée ces mots étranges : « Hors de l’espace, hors du temps » extraits d’un poème de Edgar Allan Poe.

Autre élément étrange, en faisant des recherches, Jack s’aperçoit, enfin limier, que le FBI enquête sur son frère. Il n’en faut pas plus pour qu’il fasse son enquête, se faisant engager comme consultant. S’ouvre alors une enquête sur les pas d’un serial killer.

L’enquête est passionnante, avec une analyse du comportement et de la pathologie des tueurs en série (comparables à ceux des violeurs), une approche des méthodes d’investigation du FBI, et des rebondissements multiples qui tiennent en haleine jusqu’à la dernière ligne.

J’ai bien aimé l’idée de donner la parole à un journaliste pour suivre et interpréter cette enquête, cela change des enquêtes menées par les policiers.

J’ai littéralement dévoré les quelques 760 pages du livre, les trois cents dernières lus, au détriment du sommeil (bonne compagnie pour une insomniaque chronique comme moi, je vous assure !)

J’ai lu ce thriller au début de l’été, mais je n’ai pas pu rédiger ma chronique à l’époque, car j’étais victime d’une intolérance +++ à un médicament antalgique, avec nécessité d’un sevrage rapide, qui m’a transformée en véritable junkie, donc incapable de lire, de rédiger mes critiques…D’où le laps de temps entre la lecture et cette rédaction. Pour ne pas bâcler, j’ai dû le relire… pour mon plus grand plaisir d’ailleurs !

Un grand merci à Anthony, bien connu de tous pour son blog les livres de K9 auquel je suis fidèlement abonnée, qui m’a permis de découvrir ce roman (que j’ai eu la chance de gagner) et son auteur dont je connaissais uniquement la série consacrée à Bosch que j’apprécie beaucoup. Il y a longtemps que je voulais découvrir les romans de Michael Connelly et j’ai adoré donc l’encombrement de ma PAL ne risque pas de s’améliorer.

https://leslivresdek79.com/

Extraits :

La mort, c’est mon truc. C’est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d’un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence de personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J’ai toujours pensé que, pour s’occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C’est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure.

Mon frère m’avait expliqué un jour sa théorie du seuil limite. Chaque flic, disait-il, possédait une limite, mais cette limite lui était inconnue jusqu’à ce qu’il l’atteigne.

Theresa Lofton symbolisait l’image la plus médiatique qui soit : celle de la pure et simple Jeune Fille américaine. Inévitablement, on compara l’affaire à celle du Dahlia noir survenue cinquante ans plus tôt à Los Angeles…Une émission de télévision racoleuse baptisa Theresa Lofton les « dahlia blanc », en jouant sur le fait qu’on l’avait découverte dans un champ de neige près du lac Grasmere à Denver…  

Mais il n’était pas facile d’en vouloir aux morts. Je ne pouvais pas rester fâché contre Sean. Or, la seule façon de soulager ma colère était de mettre en doute cette histoire. Et le cycle infernal reprenait. Refus, acceptation, colère. Refus, acceptation, colère.

Au centre de cette histoire figuraient les suicides, apparemment sans relations, de trois membres de la police de New-York en moins de deux mois. Les victimes ne se connaissaient pas, mais toutes avaient succombé au « blues du policeman » pour reprendre l’expression du journaliste.

Généralement, les flics s’efforcent de dépersonnaliser leurs enquêtes au maximum. A cet égard, ils ressemblent aux serial killers. Si la victime n’est pas un être humain qui respire et qui souffre, son souvenir ne risque pas de vous hanter.

Quant aux violeurs, reprit-elle, leur pathologie ressemble énormément à celle des meurtriers. De chics types, croyez-moi. Je sentais qu’ils me jaugeaient dès que j’entrais dans la pièce. Je savais qu’ils essayaient de calculer le temps dont ils disposaient avant que le gardien n’intervienne. Est-ce qu’ils pourraient m’avoir avant l’arrivée des renforts.  Très révélateur de leur pathologie. Ils ne pensaient qu’en termes d’aide extérieure. Ils n’envisageaient pas que je puisse me défendre seule. Sauver ma peau. Pour eux, les femmes étaient uniquement des victimes. Des proies.

Lu en juillet 2021

« Noces sanglantes » de Marshall Karp et James Patterson

Je vous parle aujourd’hui d’un gentil polar, lu en même temps que je découvrais « Les prophètes » mais aussi parallèlement à une autre lecture forte: « La liberté des oiseaux » car j’avais besoin de pouvoir reprendre mon souffle :

Résumé de l’éditeur :

Quand le mariage du siècle…

Erin Easton, star de téléréalité, vient d’épouser le fils de Veronica Gibbs, la richissime directrice d’une agence de mannequins. « Mariage du siècle », « Mariage de rêve » … Autant de superlatifs pour qualifier ces noces people retransmises en direct à la télévision.

Mais, alors qu’elle doit monter sur scène après la cérémonie pour un tour de chant devant ses invités, Erin est introuvable. Une fois sa loge ouverte, on découvre des traces de lutte et sa robe de mariée maculée de sang !

… s’achève dans le sang !

Une affaire pour le NYPD Red, l’unité d’élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous. Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald pensent d’abord à un énorme coup de pub. Jusqu’à ce que le ravisseur se manifeste à nouveau… de façon spectaculaire !

Ce que j’en pense :

La scène s’ouvre sur la réception du mariage d’Erin Easton, star bien connue de la téléréalité. Alors que la fête bat son plein sous l’œil des invités endimanchés comme il se doit, Erin s’absente pour aller se changer avant de se livrer à un show.

Tous les flics, actuels et ceux qui se sont recyclés dans le business plus rentable de gardes du corps, videurs et autres. Comme elle ne revient pas, le grand jeu : on défonce la porte, la robe de mariée est bien là tachée de sang mais plus d’Erin… Kylie, invitée de dernière minute, est sur les lieux et se lance dans l’enquête avec son coéquipier et ex-amant Zach Jordan, dans le cadre du NYPD Red, chargée de protéger les personnes riches et célèbres (cela va souvent ensemble !).

Une demande rançon ne tarde pas à arriver car le nouvel époux est riche, mais la fortune est entre les mains de sa mère, Veronica, gérante d’une agence de mannequins, qui désapprouve le mariage auquel elle n’a pas voulu assister. Celle-ci clamant haut et fort qu’elle ne paiera jamais.

L’enquête va nous entraîner dans un milieu qu’affectionnent notre duo : fortunes colossales, jalousie, téléréalité, journalistes sans foi ni loi, prêts à tout pour faire monter les audiences. On apprend très vite que le preneur d’otage est un fan amoureux d’Erin, qui la poursuit depuis des lustres, car il est persuadé qu’elle l’aime aussi !

On passe par tous les états d’âme car les auteurs nous entraînent sur différentes pistes, en ajoutant une autre enquête, le gang des ambulances, qui dévalise les personnes aisées et âgées, pour mieux nous perdre…

C’est la 6e enquête de la série « NYPD Red » de notre duo (et la deuxième que je lis) et j’ai eu du plaisir à les retrouver, car l’enquête est crédible, mais comme ce milieu du showbiz ne l’intéresse guère, il y a forcément des bémols.

C’est le genre de polar qui m’accompagne entre deux lectures difficiles ou de manière concomitante, car il se lit d’une traite, l’humour des auteurs est toujours présent, et certaines scènes sont savoureuses : Il faut reconnaître que le mari d’Erin, qui ne brille pas particulièrement par son intelligence et son esprit d’initiative, maltraité par sa mère acariâtre est attachant.

Les relations entre Kylie et Zach, leurs histoires d’amour, sont amusantes et la description de la police et de ses méthodes face aux médias est également drôle car assez proche de la réalité.

Quoi qu’il en soit, cette lecture a rempli son rôle et en période de sinistrose, et cela fait du bien.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver leurs auteurs.

#Nocessanglantes #NetGalleyFrance !

7/10

Extraits :

Bobby mit une semaine à repérer l’endroit où il allait se garer. Il fallait que ce soit près du lieu où se déroulerait la réception, mais pas trop. Et comme il risquait de rester pendant deux ou trois heures dans un fourgon volé, il valait mieux opter pour un secteur où les flics ne patrouillent presque jamais…

Apprends des erreurs des autres, avait coutume de lui dire son père. Tu ne vivras pas assez vieux pour les faire toutes toi-même

Nous venions de traverser le pont Robert Kennedy reliant le Bronx à Manhattan et roulions vers le commissariat. Il était minuit passé mais on y trouverait une armée de flics plongés dans leurs notes après des centaines d’interrogatoires, y cherchant la pépite susceptible de propulser leur carrière sur orbite.  Penchés sur eux, un peloton de chefs impatients exigeant des réponses immédiates car sommés de fournir des réponses immédiates à leurs propres chefs impatients…

Lu en décembre 2021

« Les prophètes » de Robert Jones Jr

J’ai terminé le roman de je vous parle aujourd’hui, il y a quelques jours et il fallait que l’émotion retombe pour que je puisse rédiger ma chronique et qu’elle soit à la hauteur du roman et de son auteur :

Résumé de l’éditeur :

Sur la plantation de Paul et Ruth Halifax dans le Mississippi, des centaines d’esclaves travaillent dans les champs de coton. Les sévices corporels sont quotidiens, et la misère, la règle. Seuls Isaiah et Samuel, deux jeunes esclaves, bénéficient d’un peu d’intimité, car autorisés à dormir dans la grange avec les chevaux dont ils ont la charge. Maggie, qui travaille à la cuisine pour les Halifax, veille sur eux. Comme beaucoup d’autres, elle sait que les deux hommes sont amants.


Ce fragile équilibre est mis à mal quand Amos, un autre esclave, demande à Paul Halifax de lui enseigner les Évangiles, avant de convertir petit à petit les esclaves à sa nouvelle foi. Isaiah et Samuel se retrouvent alors de plus en plus isolés. Le jour où Ruth les accuse de l’avoir provoquée, les deux sont châtiés publiquement. Sous l’autorité de Maggie, un groupe de femmes les soigne en pratiquant des rituels ancestraux, mais leur répit sera de courte durée. Car peu après, leur calvaire prend une tournure inattendue lorsque le jeune Timothy Halifax, de retour du Nord, s’intéresse à eux. Rien ni personne ne semble pouvoir arrêter la tragédie qui s’annonce.


Porté par un souffle lyrique d’une puissance rare, Les Prophètes nous offre une grande fresque historique sur l’esclavage et un grand roman d’amour. Robert Jones, Jr. a incontestablement réussi son entrée en littérature avec ce roman flamboyant et profondément personnel sur la condition noire et la sexualité ; le livre s’est immédiatement classé dans la liste des best-sellers du New York Times à sa sortie aux États-Unis.

Ce que j’en pense :

Plein feu sur Empty une plantation dans le Mississippi, tenue d’une main de fer par Paul et Ruth Halifax et leurs sbires dont l’un est le propre cousin du propriétaire, empire avec des champs de coton à perte de vue, un nombre d’esclaves conséquent…

Parmi eux, on fait en particulier la connaissance de deux jeunes : Isaiah et Samuel, qui vivent sur la plantation depuis leur naissance, sans connaître leurs origines d’ailleurs et qui ont été affectés à l’écurie. Ils s’entendent bien depuis toujours, la qualité de leur travail est reconnue autant que faire se peut, mais ils sont homosexuels…

Dans ce contexte déjà dur, où les esclaves comptent moins que les animaux, où les sévices pleuvent, les Blancs ont pour cela une imagination sans bornes, alors Noirs et homosexuels…

Parmi les autres esclaves, certains les protègent du mieux qu’ils peuvent telle Maggie, alors que d’autres ne pensent qu’à leur nuire, tel Amos au nom de dieu bien sûr !

Quand le propriétaire (non, je ne dirai pas le maître !) veut améliorer ce qu’il considère comme son troupeau, sans dépenser trop et pour « préserver la qualité » comme il dit, il a recours au viol ; il n’hésite pas à participer si les esclaves tentent de se rebiffer…

Paul les ferait alors se reproduire, dans l’espoir de créer un cheptel de nègres doux mais forts, capables de porter la production de cette plantation vers de nouveaux sommets…

Le statut des femmes esclaves est encore pire que celui des hommes, elles comptent pour encore moins et leur corps est à la disposition des Blancs même s’ils les méprisent. On s’attache à l’histoire de Sarah, séparée très vite de Mary dont elle était amoureuse.

Robert Jones Jr. nous décrit l’Amérique de l’esclavage, de la maltraitance, les coups de fouet, les supplices de toutes sortes : Isaiah et Samuel ont été attelés à une charrette sur laquelle on a fait monter d’autres esclaves et sommés de la tirer sous les coups de fouet et ceux qui parmi les esclaves n’étaient pas monté dans la charrette, priés d’assister au spectacle et tout cela parce que Ruth Halifax prétendait qu’ils lui avaient jeté un mauvais regard…

Les femmes se sont unies malgré leurs désaccords, jalousie, pour soigner leurs dos à vif avec des recettes ancestrales.

L’auteur décrit très bien le sort réservé aux esclaves, l’impossibilité de s’échapper, alors que dans le Nord, les Noirs commencent à avoir certains droits, mais aussi la manière dont ils ont été arrachés à leurs pays d’origine et réduits en esclavage, transportés en fond de cale par les négriers. On suit l’histoire de l’esclavage du départ à l’arrivée dans les plantations et le traitement inhumain qui est déjà présent dès la première seconde de l’enlèvement, tous les moyens étant bons pour les humilier et tuer dans l’œuf toute velléité de résistance en pillant au passage les richesses du sol tout cela béni par les prêtres bien sûr…

Pour eux, tous ceux de son peuple n’étaient que des pépites de minerai vivantes : du carburant pour les moteurs les plus impies qui soient, mais tout cela, et c’était déroutant, au nom d’un dieu qu’ils juraient pacifiste. Un agneau disaient-ils. Elle ne pouvait savoir qu’il ne s’agissait là que d’un déguisement.

J’ai mis du temps à lire ce roman, j’alternais avec d’autres livres,  car certains passages sont vraiment très, très durs mais les talents de conteur de Robert Jones Jr. apportent de la magie au récit, on entend les chants (africains), (contre lesquels les propriétaires ne peuvent et n’osent rien faire). J’avais des images plein la tête, et certaines cauchemardesques, car il ne nous fait grâce d’aucun détail.

Cela ne va pas arranger mon antiaméricanisme primaire, ( je plaisante, cela ne va pas jusque là!) car comment un pays a-t-il peu se construire ainsi sur le sang de tant de personnes des Amérindiens aux Noirs, mais malgré sa noirceur, je conseille vivement de lire cet ouvrage ; si vous avez aimé « Underground roailroad » de Colson Whitehead, il devrait vous plaire.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#LesProphètes #NetGalleyFrance

L’auteur :

Robert Jones, Jr. est né à New York où il vit toujours. Titulaire d’un master de création littéraire du Brooklyn College, il écrit régulièrement pour des revues ou journaux américains tels que le New York Times ou la Paris Review.

Il est aussi le créateur du site communautaire “Son of Baldwin”, engagé pour la justice sociale.

Extraits :

Notre devoir est de vous dire la vérité. Mais, étant donné que personne ne vous l’a jamais dite, vous la prendrez pour un mensonge. Les mensonges sont plus affectueux que la vérité, ils vous serrent à deux bras. Vous arracher à eux est notre châtiment. Oui, nous aussi, nous avons été punies. Nous l’avons tous été.  Car il n’y a pas d’innocents. L’innocence, nous l’avons découvert, est la plus grave de toutes les atrocités. Elle est ce qui sépare les vivants des morts…

Quand les femmes s’y mettaient, c’était comme être poignardée par deux couteaux au lieu d’un seul. Deux coups de poignards, l’un dans le dos et l’autre dans un endroit qu’on ne pouvait pas voir, seulement sentir.

Elle (Sarah) pouvait attribuer sans risque de se tromper la joie à l’un (Isaiah) et le désespoir à l’autre (Samuel) car l’esprit du premier avait visiblement déployé ses ailes tandis que celui du second trouvait encore refuge dans l’écho des grottes. Tous deux, elle le savait, avaient un but, aussi imparfait soit-il. La vie, on s’y accrochait, par un baume ou par l’épée.

En vérité c’était des mains de Sarah, et non de Mary qu’ils avaient dû arracher de force la lame. Pourquoi la lui avaient-ils donnée, d’ailleurs ? Si elle pouvait faucher la canne, elle pouvait faucher les hommes.

Les nègres voyaient dans le noir, vous savez. Eux qui naissaient des ténèbres, en étaient la progéniture, les portaient sans honte sur leurs traits. Comment pouvaient-ils ne pas avoir honte, même en plein jour ? C’était pour cette raison qu’il fallait les fouetter parfois. Pas par méchanceté ni par sadisme, même si cela y participait. Mais pour leur rappeler la disgrâce qu’ils portaient sur eux comme un habit, et le fait qu’il n’y avait aucune fierté à en tirer. 

Là où la paix avait jadis été possible se succéderaient des siècles de bains de sang et de pestilence, et la terre elle-même se verrait dépouillée de ses richesses naturelles et, par conséquent, rejetterait continuellement les enfants qu’elle était désormais incapable d’identifier. 

La honte était un maître vigoureux, avec des jambes solides et une étreinte impossible à déverrouiller.

Et puis, les négrillons n’étaient pas du tout des enfants ; des nègres-en-devenir, peut-être, mais pas des enfants. Le plan, c’était de les faire se multiplier grâce à un usage stratégique de leur semence. Si on les accouplait avec la jeune fille adéquate, chacun de leurs petits serait parfaitement adapté pour travailler au champ ou à la ferme, pour baiser ou alimenter la machine. Des nègres avec un objectif.

Peu importe où on l’enterrait – si seulement ils l’enterraient : Adam avait toutes les chances de mourir au bout d’une corde et de se balancer sous la branche d’un arbre avant qu’on le fasse flamber et qu’on furète parmi ses restes en quête de morceaux – il serait illuminé par la possibilité que ceux-là lui montraient, pas par les dernières braises d’une torche cruelle.

Ils étaient belliqueux et portaient l’odeur d’un labeur que nul ne pouvait faire partir. Ils mangeaient des rebuts et leur peau était marquée par la malédiction de la sauvagerie. Il était plus facile de les considérer comme des animaux, pas si différents des vaches et des chevaux, comme des singes doués d’un grand talent d’imitation qui parvenaient à parler la langue des humains.

Parfois, les nègres mouraient. Se gâtaient, disaient les négriers. Alors, avec d’autres hommes, guère plus âgés que lui, James devait défaire les chaînes des morts, transporter jusqu’au pont leur corps libérés, en décomposition, et les lancer par-dessus bord pour que les bêtes marines ou l’océan lui-même en disposent.

Il se demandait combien de nègres avaient connu pareil sort, et si, dans l’amorti, ils ne s’étaient pas rassemblés au fond de la mer pour planifier les contours de leur vengeance qui viendrait sous la forme d’un tourbillon d’une infinie noirceur ou d’un raz-de-marée dévastateur qui raserait la surface la terre comme au temps de Noé.

Lu en novembre-décembre 2021

« Ceux d’ici ne savent pas » de Heather Young

Je vous parle aujourd’hui d’un livre au suspense garanti, difficile à classer et dont la couverture et le résumé m’ont vraiment donné envie de me lancer :

Résumé de l’éditeur :

Dans le décor aride des plaines du Nevada, Heather Young tisse un roman poignant, un suspense psychologique d’une grande finesse, où s’animent des personnages vibrants, qui restent longtemps dans les mémoires.

Adam Merkel, professeur de mathématiques du collège de Lovelock, Nevada, est mort cette nuit. C’est Sal Prentiss, l’un de ses élèves, qui vient de découvrir le cadavre calciné de ce quinquagénaire sur les pentes d’un canyon.

Une annonce terrible qui secoue la petite ville et remue profondément la jeune professeurs Nora Wheaton. Elle qui se sentait liée à Adam par une solitude et une souffrance commune veut comprendre : qui a pu assassiner aussi brutalement cet homme sans histoires ?

Alors qu’elle s’immerge dans le passé de son défunt collègue, Nora découvre peu à peu que Sal, ce jeune orphelin timide et farouche, semble en savoir bien plus qu’il ne veut le dire… Avec lui, la jeune femme se lance dans une enquête délicate. Une plongée aux confins de l’âme des habitants de cette région oubliée du monde, qui portent en eux un héritage de violence et de survie dont ils n’ont plus conscience.

Ce que j’en pense :

Bienvenue donc au Nevada, dans une région un peu hors du temps et de l’espace, où la pauvreté est omniprésente, les êtres et les destins hors norme. Le roman s’ouvre dix mille ans plus tôt avec un jeune garçon, parti explorer une grotte, près de Allelu, un lac aujourd’hui disparu et qui va faire une chute fatale. Un autre drame va donc survenir en ces mêmes lieux…

Adam Merkel, professeur au collège, est mort, calciné, seul là-haut sur la colline. C’est un de ses élèves Sal Prentiss qui l’a retrouvé en allant prendre son car. Il appelle un jeune pompier pour se rendre sur les lieux.

La police, cantonnée dans les vols, n’a pas l’habitude de faire face à une mort suspecte alors son efficacité est loin d’être optimale.

Que s’est-il réellement passé ? Adam avait été nommé à ce collège, à la rentrée scolaire et une fois la sidération passée, chacun s’aperçoit que l’on ne savait pratiquement rien de lui, collègues, parents d’élèves…

Nora, une des professeurs, va tenter d’en apprendre davantage et l’auteure va nous faire entrer par petites touches, dans la vie de chacun des protagonistes parmi lesquelles beaucoup ont vécu des tragédies.

Sal a retrouvé sa mère, un matin, morte, une seringue plantée dans le bras. Il a été confié à ses oncles qui vivent dans des conditions marginales, insalubres. Gideon fabrique des meubles bizarres mais qui se vendent plutôt bien. Ezra est un dealer qui va entraîner son neveu dans une histoire tragique.

Nora a fait des études d’archéologie et son rêve était de rendre en Afrique pour participer à des fouilles. Mais elle a dû tout lâcher pour revenir s’occuper de sa famille. Se pencher sur le passé d’Adam lui permet de mieux comprendre ce qui a pu se passer, pour que cet homme, universitaire reconnu, se retrouve brusquement enseignant dans un collège.

Heather Young évoque au passage des fléaux de la société de Lovelock, la solitude, l’alcoolisme, les addictions, l’escalade où comment, partant des antalgiques type Oxycontin pour des douleurs rebelles, avec des ordonnances non renouvelées qui aboutissent à la dépendance et au trafic, on finit par se tourner vers l’héroïne, qui coûte finalement bien moins cher et que les trafiquants de tous ordres s’en mettent plein les poches.

Du côté de Nora, c’est la dépendance à l’alcool de son père, qui est passé de la bringue de la troisième mi-temps, à l’imprégnation massive à la suite d’un accident de la route où son fils a perdu la vie.

Dans ce roman, ce n’est pas l’enquête qui est le sujet principal, ce sont tous les évènements qui vont amener à la mort du professeur, qui, lui aussi, a dû faire face à un décès tragique dans la famille. Que se passe-t-il après un tel drame, et comment peut-on réagir ? Lâcheté, déni, ou prendre sa vie en mains…

Heather Young nous offre au passage, une approche passionnante des mathématiques telles que les voit Adam, ainsi qu’une étude de la région au moment de civilisations antérieures, car sur la propriété des Prentiss, se trouve une grotte, témoin de cette vie qui a existé bien avant nous, avec les migrations des Vikings, arrivés dans la région après avoir traversé détroits, glaciers…

Tous les personnages sont attachants dans cette histoire. Ils ont chacun leur parcours, leurs faiblesses pour les uns, leurs forces pour d’autres, et l’auteure arrive bien à démontrer que ce n’est pas forcément la loi de Murphy qui l’emporte si on veut bien aller se salir les mains et sortir de la victimisation et du déni.

J’ai apprécié également la construction du roman, l’auteure livre les éléments au compte-gouttes, ce qui entretient le suspense, en se concentrant, tour à tour, sur chacun des protagonistes, alternant présent et passé et on voit bien comment les témoignages peuvent être sujets à caution, comment on peut réécrire ce que l’on a vu ou cru voir, ce que l’on a ou non envie de dire, pour protéger quelqu’un ou soi-même…

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui m’a entraînée très loin, dans ce Nevada mystérieux, avec ses hameaux perdus, ses communautés : Blancs pur jus et descendants de tribus qui n’arrivent pas à se rencontrer, se contentant de cohabiter…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure, dont j’aimerais bien découvrir le précédent roman « Un été près du lac ».

#HeatherYoung #NetGalleyFrance !

8/10

L’auteure :

Américaine, Heather Young a renoncé à une carrière dans le droit pour s’adonner à sa passion pour l’écriture. Elle est l’auteure de deux romans remarqués par la critique, Un été près du lac (Belfond, 2017 ; Pocket, 2019) et Ceux d’ici ne savent pas, tous deux sélectionnés pour le prestigieux Edgar Award, prix majeur de la littérature américaine. Elle vit dans la Mill Valley, en Californie, avec son mari et leurs deux enfants.

Extraits :

Debout à l’entrée de la grotte, il s’émerveilla à la vue du panorama qui s’étendait à ses pieds. Aux abords des promontoires rocheux qui avaient poussé à la surface de la plaine telles des cloques, la prairie cédait la place aux arbustes. Le lac lui-même était vaste : une couverture bleue qui se fondait avec le ciel chatoyant au nord et à l’est. Son peuple l’avait nommé Allelu, ce qui, dans son langage, signifiait « eau de vie ». Dix mille ans plus tard, un autre peuple, de l’autre côté de la terre, ferait d’Allelu un chant de louange. Le grand lac aurait disparu, laissant place à un désert…

Toutes les histoires ont besoin d’un public. Sinon, c’est comme si elles ne s’étaient jamais déroulées.Jusqu’à présent, il n’avait jamais tenté d’expliquer cette idée – comment, dans son esprit, une histoire sans audience était comme un arbre qui chute dans une forêt sans que personne ne l’entende – et il avait l’impression qu’il s’y prenait mal…

Mais, mon père était un homme qui assemblait des lave-linges pour gagner sa vie et il voulait que son fils construise quelque chose de mieux que lui. Quelque chose qui lui permettrait de se dire qu’il y avait contribué en m’élevant. Pour lui, c’est à ça qu’un fils devait servir.

C’est le but des mathématiques ! Depuis Euclide, on n’a pas cessé d’émettre des hypothèses sur la manière dont les chiffres fonctionnent et d’élaborer des théories pour les démontrer. Des tas de types brillants meurent sans jamais avoir réussi, en laissant à leurs successeurs qui parfois naissent des centaines d’années après eux, le soin de les résoudre.

Pi est défini par le cercle, et le cercle est la forme la plus parfaite de la création. Il est aussi au cœur des cycles, qui sont au temps ce que le cercle est à l’espace. Sans pi, impossible de définir un processus cyclique. On le retrouve partout où il y a des ondes, des orbites ou des motifs. Dans le rythme des océans et celui de la musique, dans le battement cardiaque et la rotation des planètes autour du soleil. D’une certaine manière, c’est bien plus qu’un nombre. C’est l’un des fils du tissu de l’univers.

Lu en décembre 2021

« Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes » de Lionel Shriver

Le titre du roman dont je vous parle aujourd’hui, le dernier livre d’une auteure que je découvre peu à peu, m’a suffisamment intriguée pour que je tente l’expérience :

Résumé de l’éditeur :

Porté par une plume incisive et un humour ravageur, un roman explosif sur un couple en crise dans nos sociétés obsédées par la santé et le culte du corps. Une bombe de provocation qui prouve, s’il le fallait encore, que Lionel Shriver est l’une des plus fines observatrices de notre temps.

Un beau matin, Remington fait une annonce à son épouse Serenata : cette année, il courra un marathon. Tiens donc ! Ce sexagénaire, certes encore fringant mais pour qui l’exercice s’est longtemps résumé à faire les quelques pas qui le séparaient de sa voiture, profiterait de sa retraite anticipée pour se mettre enfin au sport ? Un projet d’autant plus ironique que, dans le couple, la sportive a toujours été Serenata – avant ses problèmes de genoux.

Enfin, c’est certainement une passade.

Sauf que Remington s’accroche. Les week-ends sont désormais consacrés à l’entraînement, sous la houlette de Bambi, sa très sexy et très autoritaire coach. Et quand Remington envisage de participer à un triathlon, Serenata réalise que son mari, jadis débonnaire et vaguement empoté, a laissé place à un être arrogant et impitoyable.

Quoi, ce serait donc ça, vieillir à deux ? Finalement, qu’aime-t-on le plus, la personne ou les habitudes qu’on a créées ensemble ? A la retraite ou avant, le couple est-il soluble dans le sport ?

Ce que j’en pense :

Après avoir été congédié manu militari, ou presque, de son travail, alors qu’il avait plus de 20ans d’ancienneté, Remington s’est décidé brusquement à faire un marathon, alors qu’il n’a jamais fait de sport. Il s’entraîne via une application (vive Internet et les réseaux sociaux), sous le regard incrédule de Serenata son épouse qui, elle, s’entraîne depuis des nombreuses années : vélo pour se rendre au travail, exercices dans une des pièces de sa maison.

Inutile d’être devin pour comprendre que cela va mal tourner dans le couple : Remington se met au sport précisément au moment où Serenata doit subir une double arthroplastie du genou. Tout ce qu’elle peut dire, est forcément vécu comme de la jalousie, du moins de l’envie, ou de la frustration.

Contrairement aux prévisions, il arrive à terminer le marathon en question, bon dernier, mais une jeune bimbo du nom de Bambi (sic !), via ses encouragements frénétiques, arrive à le convaincre qu’il peut faire mieux, surtout en la prenant comme coach sportif, moyennant 1200 dollars mensuels !

Exit le marathon, place au triathlon, et comme ce n’est pas suffisant, le mettle-man (on multiplie les distances par 3). Commencent alors les entrainements intensifs, en faisant fi des douleurs, il faut transcender, n’est-ce pas ? exit le vélo payé pourtant très cher six mois auparavant, pour un vélo en titane à 10 000 dollars, (alors qu’il ne travaille plus !) sans compter les inscriptions aux compétitions… Mais Bambi veille au grain envahit le foyer, traitant Serenata comme une imbécile, ironisant sur l’état de ses genoux, elle ne devrait continuer à faire du sport, ne pas s’écouter, alors qu’elle n’a plus de cartilages !  et son rôle se limite désormais à faire la cuisine, servir à table, pour tous les mordus de l’équipe.

Voilà pour le pitch. Ce roman démarre plutôt bien, racontant avec humour le licenciement de Remington, au nom du racisme, de la nécessité de la mixité (sa supérieure, jeune afro-américaine, de vingt ans de moins que lui, embauchée sans diplôme pour prouver qu’on est bien dans l’intégration, la non-discrimination…

Lionel Shriver décrit bien le côté secte de ses sportifs de l’extrême, obsédés par leur performances, leurs chronos, leur matériel, au point de ne plus éprouver le moindre plaisir en dehors de la douleur transcendée, et le refus de vieillir. De Gaulle disait que « la vieillesse est un naufrage », certes mais il reste encore des choses à faire, du plaisir, on n’est pas mort quand on franchit la barre des soixante ans, foi de septuagénaire débutante, et le sport extrême ne va repousser la mort, il risque même de l’avancer ou de rendre le corps inutilisable, et il ne faut pas oublier qu’on n’en a qu’un !

Détail croustillant : notre couple a voulu élever ses enfants dans le respect de la liberté (68 est passé par là) et bien sûr, ils se font traités de maltraitant, d’indifférent ce qui conduit Valeria leur fille dans une secte ultra-catho, tandis que leur fils flirte avec l’illégalité, donc des scènes plutôt drôles et une phrase que j’aime beaucoup: « j’ai essayé d’être la mère que j’aurais voulu avoir »…

La critique des sexagénaires, qui refusent de vieillir et se mettent tardivement au sport extrême pour tenter de donner un sens à leur vie, commence bien, on rit sincèrement, puis on commence à rire jaune, car cela devient crispant !!! chacun campe sur ses positions, et je me suis demandée pourquoi Serenata acceptait d’être maltraitée par tout le monde, Remington étant tellement sous la coupe de folle de coach que cela devenait insupportable. La fin de l’aventure du trail est prévisible, celle du roman moins, il faut le reconnaître…

Je suis un peu partagée, en refermant ce livre, car certains protagonistes m’ont vraiment irritée, et même si je suis assez d’accord avec Serenata, sa façon de s’y prendre en a fait tout autant. En fait, j’ai bien aimé être irritée, il faut le reconnaître, alors je retiendrai surtout l’humour de l’auteure qui m’a permis d’arriver au bout. Il y a des romans qui vous insupportent au point de les jeter contre le mur (et bien oui, je ne suis pas du genre calme) et il y a ceux dans lesquels l’humour avec lequel le sujet est traité vous laisse une certaine joie.

Il faut absolument que je lise « Il faut qu’on parle de Kevin » qui est dans ma PAL depuis des lustres, même si ce roman, comme d’ailleurs « Propriétés privées » me laisse un peu sur ma faim, mais pas au point de renoncer à poursuivre ma découverte de l’auteure.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#LionelShriver #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteure :

Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast.

Après Il faut qu’on parle de Kevin lauréat de l’Orange Prize en 2005, La Double Vie d’Irina, Double faute, Tout ça pour quoi, Big Brother, Les Mandible, une familleet Propriétés privées, Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes est son huitième roman traduit en français.

Lionel Shriver vit entre Londres et New York avec son mari, jazzman renommé.

Extraits :

Une bucket list, a-t-elle répété en reculant sa chaise. Où j’ai été pêcher ça ?

Le fait d’utiliser une expression à la mode était l’illustration même de ce manque d’originalité, de ce comportement moutonnier qui la mettait en rage. Et ce n’était pas vraiment rendre justice aux moutons. Comment ces pauvres bêtes étaient-elles devenues la métaphore du conformisme.

Il ne m’a pas échappé, commença-t-il, que tu as vécu ma découverte du sport d’endurance comme quelque chose qu’on te retirait. J’aimerais donc que nous nous penchions sur ce que je ne peux appeler autrement que ton sens de la propriété sur l’exercice physique.

Malheureusement, l’amertume et l’aigreur sont des sentiments qui se propagent comme la rouille sur les pommes de terre.

Tu dis qu’on « glorifie » la pratique sportive. Le terme est pertinent. Mais moi, je n’ai jamais considéré l’exercice comme quelque chose de glorieux. C’est du ménage biologique, comme passer l’aspirateur sur le tapis du salon. De nos jours, on atteint un état de grâce en s’épuisant. Tous ces petits nouveaux ont l’air de croire qu’ils ont fait le grand saut du statut d’homme à celui de dieu…

… Je ne veux pas que tu sois contaminé par ce narcissisme pseudo-nazi sacralisé.

Aucun homme de plus de soixante ans ne devrait continuer à attendre l’approbation de son papa.

Par conséquent, pour élever sa fille, elle s’était efforcée d’être le genre de mère qu’elle aurait voulu avoir…

… Serenata était finalement arrivée à la conclusion que ce qui pour elle relevait de la liberté était pour Valeria (sa fille) pure négligence.

Car l’église de l’effort physique offrait de la clarté. C’est-à-dire qu’elle mettait en avant toute une série de vertus dénuées d’ambiguïté – effort physique, épuisement, négation de la douleur, mépris des limites ressenties, aucune distance qui ne soit supérieure à la précédente, aucune cadence qui ne soit soutenue – ce qui avait le mérite d’éviter toute confusion sur ce qui répondait aux critères d’une journée productive.

Adepte des extrêmes, l’Église de l’effort physique promettait alors, non seulement de mettre un terme à tout vieillissement et toute infirmité – sinon de les inverser – mais aussi la vie éternelle.

La douleur vous isole, car si on ne la ressent pas, on n’y pense pas et si on la ressent, on ne peut pas pense à autre chose. Cet état vous sépare à ce point des autres qu’on peut l’assimiler à une forme ce confinement solitaire.

D’une certaine façon, la tristesse que le spectacle de l’affaiblissement et de la dégradation de cette charge robuste et depuis toujours à son service avait engendrée n’était pas de même nature que celle ressentie à l’idée qu’elle aussi périrait bientôt. Même si cela en avait tout l’air, affirmer qu’elle habitait une créature bien faite n’était pas de la frime. Ce corps était venu à elle. Ce n’était pas elle qui avait fabriqué la créature. Elle lui avait été confiée…

Mais l’aspect le plus mystérieux de cette espèce distincte était son absence de sex-appeal. Personne n’avait envie de baiser avec un homme qui se désirait si fort lui-même…

Elle ne se battait plus contre la misanthropie de plus en plus joyeuse, voire fantasque, et qui, à mesure qu’elle approchait de son propre néant, perdait de son hypocrisie. La meilleure chose dans le fait de vieillir était de se vautrer dans ce grand rien-à-cirer.

Lu en novembre 2021

« Marie-Blanche : Au fil de la vie » de Jim Fergus

Je vous parle aujourd’hui d’un livre plutôt autobiographique qui me tentait beaucoup sur NetGalley, et sur les blogs :

Résumé de l’éditeur :

1995, région des Grands Lacs. Jim Fergus rend visite à sa grand-mère, Renée, 96 ans. Fille d’aristocrates français désargentés, mariée trois fois, celle-ci a connu un destin hors du commun qui l’a menée de son petit village natal de la région de Senlis jusqu’aux États-Unis, en passant par les sables de l’Égypte. D’un caractère entier, froide et tyrannique, elle a brisé la vie de sa famille, en particulier celle de sa propre fille, Marie-Blanche, la mère de Jim. Pour essayer de comprendre cette femme, et peut-être de lui pardonner, l’écrivain va tenter de retracer son parcours. Puis celui de Marie-Blanche, dont la vie a commencé comme un conte de fées avant de prendre des allures de tragédie.

Jim Fergus s’inspire ici de son histoire personnelle pour nous offrir une bouleversante saga familiale. À la façon de Dalva, de Jim Harrison, il inscrit l’intime dans l’Histoire et nous présente d’inoubliables portraits de femmes dans la tourmente. On retrouve surtout dans cette fresque qui s’étend sur un siècle et trois continents toute la puissance romanesque de l’auteur de Mille femmes blanches associée à une force d’émotion rare.

Ce que j’en pense :

Après avoir rendu visite à sa grand-mère, Renée, atteinte de la maladie d’Alzheimer et qu’il ne porte pas vraiment dans son cœur, Jim essaie de retracer l’histoire de cette branche maternelle de sa famille. On va ainsi suivre dans un premier temps l’enfance de Renée, dans une famille qui se dit de la noblesse (son père est comte). Henriette, sa mère, est amoureuse de son beau-frère, le ténébreux Gabriel qui a une propriété en Égypte, dont il revient de régulièrement pour filer le parfait amour avec elle !

Dès la petite enfance, Renée se cache pour assister à leurs ébats et se promet de séduire plus tard son oncle… et comme Gabriel n’aime que les très jeunes filles, on comprend très vite ce qui va arriver…

En fait, il s’avère qu’Henriette et Pierre ne sont pas les parents biologiques de Renée (elle serait la fille d’une danseuse de revue parisienne, accessoirement une des maîtresses du comte). Ils auront un autre enfant (merci Gabriel) mais ne s’intéresseront guère plus à lui. Famille de noble, fin du 19e début du 20e siècle avec toutes les caractéristiques de l’époque : adultère, jalousie, parents qui ne pensent qu’à eux…

On va suivre l’évolution de Renée, sa liaison avec Gabriel alors qu’elle a à peine quatorze ans : que l’on se rassure : elle est aussi tordue et manipulatrice que lui. Elle finira par épouser quelqu’un de son rang qu’elle s’empressera de « plaquer » après deux grossesses…

Fille indigne, mère indigne, Renée a tout pour elle ! et ne peut que manipuler ses enfants qu’elle n’aime pas et Marie-Blanche sa fille va payer le prix fort. Dès sa plus tendre enfance, Renée assènera sans relâche à sa fille, qu’elle n’est pas intelligente, qu’elle est moche (elle a le même nez que son père ! et elle va aller jusqu’à le lui faire remodeler par la chirurgie esthétique !). Mais stop, ne divulgâchons pas…

Jim Fergus a déjà écrit une première mouture de son histoire familiale, et cela lui a permis de rencontrer Marie-Antoinette, une cousine qui a pu lui révéler davantage de choses sur cette branche maternelle de la famille. Jim est le troisième enfant de Marie-Blanche, dont l’aîné est mort tragiquement d’un accident. Leurs parents n’ont jamais fait le deuil et ont décidé d’avoir deux autres enfants pour continuer à avancer, on devine aisément ce que cette décision a pu provoquer, on ne remplace pas un enfant par un autre…

C’est le deuxième « roman » de Jim Fergus que je lis : j’ai aimé « Mille femmes blanches » mais je n’ai pas lu les suivants. J’ai adoré détester Renée, bien sûr, comme mère toxique, on en fait pas mieux et j’admire l’auteur quand il dit qu’il lui a pardonné, car on ne sait pas si on en serait capable à sa place, mais on comprend le fait qu’il n’ait pas voulu avoir d’enfant…

Ce fut un plaisir de lecture, même si les pages consacrées à Renée sont difficiles à encaisser, tant la première partie, que dans le reste de cette autobiographie « romancée » comme le dit Jim Fergus himself.

L’auteur nous propose de nombreuses photographies de Renée, Marie-Blanche, Billy, entre autres, ainsi que des différents châteaux, demeures de la famille, ce qui en fait un beau livre et donne envie de tenter la version papier…

J’ai lu ce livre via ma tablette et c’est toujours aussi compliqué, la liseuse est tellement plus pratique et moins lourde à transporter, (mais, à sa décharge, elle permet d’apprécier les photographies) … Mais il n’était disponible que via adobe… Il y a des supports qui ne me conviennent pas trop : j’ai récemment tenté un livre audio et mon attention s’envole très vite, j’ai besoin de l’écrit…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du Cherche midi qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#MarieBlanche #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Jim Fergus est né à Chicago en 1950 d’une mère française et d’un père américain. Il vit dans le Colorado.

On lui doit, entre autres, « Mille femmes blanches », « La vengeance des mères », « Les Amazones », ou encore « La fille sauvage »

Extraits :

La comtesse fut la première à noter l’intérêt soudain de son amant pour sa fille. Bien des mères redoutent secrètement ce jour où les hommes, se détachant d’elles, regardent plutôt vers leurs filles et c’est avec un sentiment d’horreur qu’Henriette voyait Gabriel considérer Renée avec l’œil inquisiteur du mâle.

Aussi jeune fut elle, elle prît conscience de sa force innée et de sa supériorité. D’instinct, elle comprenait que les femmes n’avaient de pouvoir que dans le monde des hommes et que leur survie, leur prospérité dépendaient de leur aptitude à manœuvrer DANS ce monde, à s’approprier une partie des prérogatives masculines.

Après tout Renée avait tenu sa promesse, quelques semaines plus tard elle quittait Guy de Brotonne et ses deux enfants – Marie-Blanche et Toto, âgés respectivement de deux et un ans – s’enfuyant en pleine nuit avec le sémillant comte de Fleurieux.

Je garde un souvenir précis de ma conception, du premier bref accouplement de mes parents, dans un lit à baldaquin, sur des draps de dentelle, par une douce nuit de printemps 1920, en Bourgogne. Le sperme enivré de papa, semence de ma propre destruction, cerne l’ovule amer et froid de maman. Je serai le fruit de ces ébats. Quelle mauvaise étoile m’est donc réservée ?

Bien que Louise me nourrisse et me berce depuis toujours, je suis parfaitement consciente – un bébé le sait d’instinct – que ma mère m’a abandonnée. Je ressentirai cette absence jusqu’à la tombe, tel un membre fantôme après l’amputation.

Quand chacun a un verre en main, que les rires fusent de tous les côtés, je ne vais quand même pas me priver. La vie est tellement plus drôle dans les brumes accueillantes de l’alcool, dans cette bulle de bonne humeur qui se forme autour de vous. S’exclure en restant sobre, en braquant sur les autres un jugement froid et distant, très peu pour moi. Au contraire, j’ai envie de les rejoindre et de m’amuser…

Je suis une garce immature et ingrate qui n’aurait jamais dû se marier ni enfanter ! Maman avait raison, j’aurais au moins pu me choisir quelqu’un de fortuné avec une ribambelle de domestiques pour s’acquitter des corvées.

Il a tellement aimé son premier petit garçon qu’il ne peut s’empêcher de le comparer. Oui, même si nous n’en parlons pas, la vérité est que nous sommes déçus par la petite sœur et le petit frère. Leur présence n’arrange rien et, au lieu de nous aider à l’oublier, ils nous rappellent sans cesse leur aîné.

Lu en septembre 2021

« Nous étions les reines » de Laurie Elizabeth Flynn

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, choisi pour me permettre de respirer un peu, car mes dernières lectures ont été souvent des coups de cœur (certaines chroniques sont encore à venir) et voilà ce qu’il advint de ladite expérience…

Résumé de l’éditeur :

QUATORZE ANS PLUS TÔT, LEURS JEUX PERVERS ONT BRISÉ DES VIES. AUJOURD’HUI, C’EST À ELLES DE RENDRE DES COMPTES.

À leur retour sur le campus, dix ans après l’avoir quitté, deux anciennes amies de fac réalisent que quelqu’un cherche à se venger de ce qu’elles y ont fait à l’époque – et que cette personne ne reculera devant rien pour arriver à ses fins.

Un thriller psychologique aussi subtil qu’efficace sur l’ambition, les amitiés toxiques et les désirs mortels. Un premier roman impressionnant et magistral.

Depuis qu’Ambrosia Wellington a quitté la fac, elle s’est donnée beaucoup de mal pour s’inventer une nouvelle vie et laisser le passé derrière elle. Lorsqu’elle reçoit un mail l’invitant à la célébration des dix ans de sa promo, son instinct la pousse d’abord à refuser. Jusqu’à ce qu’arrive un étrange message anonyme :  » Nous devons parler de ce que nous avons fait cette nuit-là. « 

Les secrets qu’Ambrosia pensait enfouis ne le sont pas. Quelqu’un sait. Quelqu’un sait que l’amitié entre Ambrosia et l’extravagante Sloane « Sully’ Sullivan les a poussées à jouer à des jeux de séduction de plus en plus troubles, de plus en plus pervers. Mais comment résister au charme vénéneux de Sully, capable de faire faire ce qu’elle voulait à toutes celles et tous ceux que ce charme envoûtait ?

De retour sur le campus, assaillies par les souvenirs et par les remords, Ambrosia et Sully reçoivent des messages de plus en plus menaçants. Celui ou celle qui les écrit ne cherche pas seulement à connaître la vérité, mais à se venger. À se venger de ce que les deux filles ont fait à l’époque, et dont Ambrosia réalise enfin toute la cruauté.

Alternant entre le récit du premier semestre d’Ambrosia sur le campus et celui de son retour quatorze ans plus tard, Nous étions les reines mêle thriller, tragédie, trouble et trahison pour décrire avec brio la brutalité et la perversité des jeux amoureux et la cruauté des jeunes filles entre elles, à un âge où l’on ne réalise pas qu’il n’y a parfois qu’un souffle ténu entre l’amour et la mort.

Ce que j’en pense :

Ambrosia Wellington, mariée à Adrian, couple improbable, reçoit une invitation pour célébrer les dix ans de la promotion à l’université. Or, il s’est passé quelque chose comme le dit si bien le résumé !!!! et elle craint le retour de la vengeance…

Dès les premiers chapitres, malgré l’alternance présent-passé (quatorze ans plus tôt), j’ai vraiment fait des efforts pour m’accrocher, mais il règne un tel degré de perversité, perversion ne sait même plus quel terme employé chez Amb et son amie Sloane, alias Sully, sur fond de sexualité débridée, malsaine que…. Il m’est tombé des mains.

En gros, c’est sexe pur et dur, langage cru, mettre le grappin sur le compagnon d’une autre, sans vergogne, le tout sur fond d’alcool et de joints, puis cocaïne.

Trop c’est trop, nausées permanentes, ces filles feraient bon ménage avec tous les mecs tordus, style Weinstein, Epstein et comparses… j’avais déjà des nausées XXL à cause d’une intolérance à un antalgique alors, pas eu envie d’insister, ni même savoir qui s’était réellement passé quatorze ans auparavant… On se demande en quoi consistent les études supérieures aux USA…

Je m’attendais à un thriller, et je me suis retrouvée dans une quatrième ou cinquième dimension… certes, c’est le premier livre de l’auteure et elle trouvera probablement son public…

Le résumé de l’éditeur, en dit trop, et j’aurais dû m’en tenir à sa lecture…. Je préfère encore entendre Goebbels pérorer sur l’utilisation de la musique, à des fins de propagande que cette soit disant « lecture détente ». Je vais m’empresser de l’oublier…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thriller qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure qui visiblement n’est pas pour moi…

#Nousétionslesreines #NetGalleyFrance

Tombé des mains ou plutôt jeté contre le mur mais j’aurais abîmé ma liseuse et c’eût été fort dommage.

Extraits :

Un jour, un poing s’est refermé sur notre monde, en expulsant toute lumière. Cette scène de carnage à laquelle nous avons assisté, massés devant notre résidence universitaire, nous l’avions couvée en notre sein. Une pulsion de destruction qui a anéanti notre capacité de création. P 2

C’était ça, Wesleyan, une université toujours prête à sauver le monde, mais remplie de filles qui ne pouvaient pas se sauver elles-mêmes.

De toute façon, a continué Sully, on est toutes les mêmes pour eux. On a le même corps. C’est ce qu’on fait avec qui compte. Pourquoi tu penses qu’ils sont si nombreux à céder à la tentation ? Pourquoi tu crois que les enterrements de vie de garçon génèrent, genre, des milliards de dollars ? C’est une industrie qui repose sur l’idée que presque tous les hommes vont tromper leur copine à un moment ou un autre…

Abandonné en septembre 2021

« Nous vivions dans un pays d’été » de Lydia Millet

Petit tour, aujourd’hui dans le monde de l’écologie avec ce roman qu’il est difficile de classer : on n’est pas dans le post-apocalyptique, l’uchronie la dystopie ou la science-fiction, c’est un objet terrestre non identifié :

Résumé de l’éditeur :

Un roman puissant sur l’aliénation adolescente et la complaisance des adultes dans un monde en mutation.

Une grande maison de vacances au bord d’un lac. Cet été-là, cette maison est le domaine de douze adolescents à la maturité étonnante et de leurs parents qui passent leurs journées dans une torpeur où se mêlent alcool, drogue et sexe.

Lorsqu’une tempête s’abat sur la région et que le pays plonge dans le chaos, les enfants – dont Eve, la narratrice – décident de prendre les choses en main. Ils quittent la maison, emmenant les plus jeunes et laissant derrière eux ces parents apathiques qu’ils méprisent et dont l’inaction les exaspère autant qu’elle les effraie.

Ce que j’en pense :

Des adolescents sont en vacances, comme tous les étés dans une grande maison, avec leurs parents respectifs. Les adultes, classe petits bourgeois, passent leur temps dans des discussions interminables sur tout et rien, certains pensent quand même à gérer la petite communauté » les courses, la cuisine….

Trop occupés d’eux-mêmes, ils en oublient qu’ils sont des enfants, et peut-être des responsabilités, mais en fait, leur progéniture livrée à elle-même, gère au mieux et, sans illusion sur les adultes, constatent quand même qu’ils ne se rendraient même compte de leur départ, s’ils voulaient aller s’amuser ailleurs. Ils se défoulent en dérobant des choses, en fouillant dans les affaires, détruisant du matériel au passage. Vaine tentative pour attirer l’attention….

Un jour, la catastrophe s’abat sur leur petit coin de paradis, sous la forme d’une tempête qui entraîne le déracinement des arbres, des coulées de boue, inondations. Comment vont-ils tous réagir ?

Lydia Millet a choisi de donner la parole à une des ados, Evie, pour raconter, avec ses mots à elle, la catastrophe ses conséquences et nous livrer ainsi ses craintes sur l’avenir de la planète, son désir de prendre soin d’elle à son niveau à elle.

Je retiens le manque de maturité et le narcissisme, l’addiction à l’alcool et à al société de consommation des parents qui ont complètement démissionné de leur rôle de parents justement si toutefois ils l’on exercé un jour.

Les enfants par contre sont beaucoup plus matures que leur âge, mais en était-il possible autrement, vu qu’eux seuls ont toujours eu le sens de responsabilité, envers les plus jeunes, et envers la Terre elle-même.

Quand survient la catastrophe l’inaction des parents est monstrueuse : on discute, on s’écoute parler, noble discours bien sûr mais tellement vide. Ils ne savent même pas comment planter un clou, alors protéger la maison pour empêcher l’eau d’entrer… Il y en a qui essayent quand même, alors que d’autres regardent critiquent et trouvent inutile de se protéger : ça va passer.

Aucune conscience écologique, même la plus élémentaire, alors que leurs enfants ont compris l’ampleur de la catastrophe, et tentent de trouver des solutions de bon sens. Cela rappelle, le naufrage du Titanic, où les gens se sont préoccupés de baffrer (le mot est moche mais il est encore faible !) les premières chaloupes sont parties presque vides.

Et bien ici, bis repetita, les parents mangent mais surtout boivent, se droguent. Ils ne s’aperçoivent même pas que les enfants ont fini par partir.

La gestion du téléphone portable et du wifi est différente selon justement les âges après la tempête : pour les ados, il faut se tenir au courant de l’évolution et des conséquences ailleurs dans le monde, pour les parents vérifier où en sont leurs investissements !

J’ai bien aimé la relation d’Evie avec son petit frère Jack, qui est conscient du danger imminent et tente avec son ami Shel de sauver les animaux (comme l’arche de Noé. Tous les deux sont sensibles à la cause animale du plus petit insecte à la chouette ou aux chèvres. Shel est atteint d’aphasie et s’exprime en langue des signes, mais avec de tels parents a-ton quelque chose à dire à son âge ou mieux vaut économiser sa salive ?

Il est inutile de préciser de quel côté je me suis rangée, cela se devine aisément. Je pense qu’à la place de ces ados, j’aurais fait encore plus de bêtises (les petits larcins et la destruction de meubles, ne suffisant manifestement pas) pour voir jusqu’où pouvaient aller les parents…

Lydia Millet décrit bien ce qui peut se produire en cas de catastrophe, y compris les meutes armées de kalachnikov ou autre bijou du même style, semant la terreur pour tout piller, ce qu’on l’on peut constater souvent, quand d’autres pratiquent l’entraide, la solidarité.

On n’est jamais, dans le cours magistral sur l’écologie ou la nécessité de revoir notre système de consommation, ni dans le côté sombre négatif du catastrophisme, Lydia Millet choisit de se placer au niveau du ressenti et de la manière de pensée d’une ado et son groupe d’amis. Et son message pas très bien car non moralisateur. La fin est très réussie.

Un roman prophétique sur le monde de demain dit son éditeur et il a tout à fait raison, surtout quand vient de nous arriver le dernier rapport du GIEC. Je vous ferai un topo plus tard à ce sujet, ou pas….

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure dont la plume et le ton gentiment ironique pour aborder des thèmes cruciaux pour la survie de la planète m’ont plu et rejoignent ma manière d’envisager les choses. Cette lecture me donne envie d’aller jeter un coup d’œil sur ses précédents livres.

#Nousvivionsdansunpaysdété #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Lydia Millet est née à Boston d’un père égyptologue et d’une mère libraire. Elle est sans conteste l’une des voix les plus marquantes de la nouvelle fiction américaine, un écrivain à la fois engagé et d’une sensibilité peu commune aux différentes formes romanesques.

On lui doit également Magnificence, Lumière fantôme ou encore Le cœur est un noyau candide.

Extraits :

Avant, nous vivions dans un pays d’été. Dans les bois, il y avait des cabanes perchées dans les arbres, et sur le lac des bateaux.

Même un tout petit canoé pouvait nous emmener jusqu’à l’océan. Nous traversions le lac en pagayant, franchissions un marais, suivions un ruisseau et arrivions à l’embouchure de la rivière. Là où l’eau rencontrait le ciel. Laissant nos embarcations sur le sable, nous courrions sur la plage, portés par une brise saline.

Ils aimaient boire : c’était leur passe-temps favori, ou, d’après l’un des nôtres, peut-être bien une forme de religion…

… Cela semblait leur procurer de la satisfaction. Ou du moins leur permettre de tenir le coup. Le soir, ils se rassemblaient pour manger de la nourriture et boire plus.

Ils ne savaient pas qu’il y avait des sujets urgents ? Des questions qu’il fallait poser ? Si l’un de nous disait quelque chose de sérieux, ils balayaient son intervention d’un revers de la main.

Bien entendu, il y avait toujours des traces. L’astuce était de les cacher. Nous avions à coup sûr laissé des molécules derrière nous, ai-je pensé tout en ramant. Mais rien qui trahissent notre identité. Juste de la peau, des ongles, des cheveux, emportés loin, très loin dans la mer.

Les présentateurs météo parlaient de catégories et de vitesse du vent, de trajectoires, de cônes et bandes. Nous avions déjà entendu ces termes. Il y avait des évacuations forcées et des gens têtus qui voulaient « l’affronter ». Des gens qui mourraient par pure stupidité. D’autres parce qu’ils aimaient trop leur maison. Certains étaient frêles et âgés. D’autres mourraient en essayant de les secourir.

Les mères qui s’occupaient d’ordinaire de la cuisine semblaient en grève. J’en avais vu deux se faire des rails de coke dans la salle de bains.

Pendant la nuit, l’ancienne génération s’était gavé d’ecstasy. Allez savoir si cela avait été planifié ou s’il s’agissait d’une opération clandestine. En tout cas, ils avaient rapidement atteint des sommets d’ignominie.

Je n’en revenais pas : les parents, pris en flagrant délit d’altruisme.

Et puis j’ai pensé : Attends. Oublie la tique. Pourquoi nous plaignons-nous tout le temps ? Nous avons la chance d’être en vie.

C’était malsain de se vautrer dans le malheur des autres, avait justifié l’une des mères. Ils faisaient des exceptions pour l’argent et le travail. Les pères disaient devoir surveiller leurs investissements, et quelques parents étaient toujours employés sous une forme ou une autre.

Hormis cela, ils suivaient leur routine habituelle. Au petit-déjeuner, des bloody mary et des irish coffee. A midi, des bières, et à seize heures pétantes, open bar.

Les parents, indignés, se plaignaient. Cela avait été tellement soudain, se lamentaient-ils. Tous avaient entendu dure qu’il restait encore du temps. Beaucoup de temps. C’était la faute de quelqu’un d’autre, à n’en pas douter. Pas celle des scientifiques, a dit l’un. Eux avaient fait de leur mieux. Peut-être celles des hommes politiques. Et sans doute, celle des journalistes.

Lu en juillet-août 2021

« Julip-La femme aux lucioles-L’été où il faillit mourir » de Jim Harrison

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui a constitué un véritable défi pour moi, puisqu’il doit y avoir un an que je l’ai ouvert en version électronique grâce à NetGalley, reposé puis repris en version papier :

Résumé de l’éditeur :

Péninsule nord du Michigan. Terre d’errance de Chien Brun, métis indien. Membre d’un clan détonnant, il va devoir composer entre détresse charnelle et blessures à l’âme…

Trois républicaines. Bien mariées, bien installées. Mais qui, depuis toujours, en pincent pour un sulfureux don Juan. À tel point qu’elles souhaitent mettre fin à ses jours…

D’anciens copains de campus aujourd’hui bien rangés volent au secours d’un des leurs dont l’engagement terroriste ne s’est pas élimé…

Dans ces longues nouvelles, dans l’art desquelles il était passé maître, Jim Harrison exalte autant les paysages américains que l’âme de ses nombreux personnages, à qui il prête des voix conquérantes, désabusées ou gloutonnes, des voix à son image.

 « L’œuvre de Jim Harrison danse, galope, tangue vers le large, embrasse l’infini d’un continent sans limites. Né sous le signe du coyote, Jim Harrison ne s’apprivoise pas. Par ces temps de sieste prolongée, il nous remet debout et nous offre bien plus qu’une tranche d’exotisme : une cure de sauvagerie. » André Clavel, L’Express

Ce que j’en pense :

Il y a un bon moment que j’avais envie de découvrir la plume de Jim Harrison, dont François Busnel nous a tellement parlé dans sa Grande Librairie, et dont je ne connaissais que le film adapté de « Légendes d’automne » donc pourquoi pas tenter ces nouvelles pour commencer ?

En fait de trois nouvelles, on s’aperçoit très vite que chacune se décline en trois versions ce qui nous donne neuf novellas. On découvre ainsi Chien Brun, Amérindien dont on va découvrir plusieurs épisodes de la vie, du défenseur de tombes et cultures amérindienne, amoureux depuis l’adolescence de Rose qui saute sur tout ce qui bouge (Rose a pris trente kg depuis leur première rencontre, elle a un copain mais pourquoi pas ? Elle l’entraîne dans des dépenses inconsidérées, lui qui a déjà dépensé sa bourse d’étudiant (alcool, filles…)

On fait la connaissance de professeur de lettres, qui se fait harceler par ses étudiantes notamment une, avec des plaintes pour viol faisant de sa vie un cauchemar. J’ai aimé l’évolution du vieux professeur qui s’improvise cow-boy pour redonner du piment à sa vie, ce qui va l’amener à se faire manipuler, bis repetita, par une femme bien plus jeune et surtout sans scrupules via le Mexique, la drogue et des scènes olé-olé. De l’art de se retrouver dans une situation abracadabrantesque. Il donne vraiment l’impression de prendre du plaisir en répétant les mêmes erreurs.

Jim Harrison nous dresse un portrait au vitriol, une description au scalpel de l’Amérique profonde, sur fond de sexualité à la limite du porno parfois tant les termes utilisés sont crus, en parcourant des contrées variées tout aussi brutes de décoffrage que les héros. Le ton est caustique, souvent, l’auteur ne fait pas de cadeau à son pays ni à ses habitants. Ses portraits de femme oscillent entre pudeur et lubricité, moins misogyne qu’on ne le pense à commençant la lecture, car dans « La femme aux lucioles » par exemple, il est beaucoup moins caustique que dans Julip.

Le langage cru m’a beaucoup dérangée, car j’attends d’un auteur ou d’un livre évasion, culture, si c’est pour se retrouver dans une série TV ou de la téléréalité, c’est perturbant. Mais, chose étrange, je me suis laissée prendre au jeu et ce fut une belle et troublante expérience.

Je pensais aborder l’auteur, de façon soft avec les nouvelles, mais vu qu’il s’agit de nouvelles à tiroirs, on arrive à 940 pages et c’est beaucoup. Je reviendrai certainement dans son univers, d’autant plus que « Légendes d’automne » dont j’ai adoré la version cinématographique, m’attend depuis un bon moment dans ma PAL et en plus, « Dalva » me fait de l’oeil …

Je suis passée par toutes les émotions avec ce roman, parfois j’avais envie de l’enfouir aux tréfonds de ma PAL car l’épaisseur est quand même un défi à elle seule, puis, survenait l’envie de m’y replonger. Ce qui explique le temps qu’il m’a fallu pour en venir à bout. Donc une satisfaction supplémentaire : j’en suis venue à bout, ce qui me paraissait un exploit à certains moments donc, je m’auto-congratule pour ma persévérance et m’auto-décerne une médaille, en cette période olympique il faut bien des petits plaisirs.

Cela dit, je ne regrette pas d’avoir insisté, pris mon temps, car je me suis rendu compte que c’est un auteur qui s’apprivoise. Il suffit d’être patient et d’entrer dans son univers. Son écriture est rythmée, pleine d’énergie, donnant parfois l’impression de galoper dans les grands espaces, américains cheveux au vent.

Un incident de liseuse a fait que j’ai perdu mes « surlignages ». J’ai donc fini par acheter le livre version papier car j’avais envie d’y revenir et d’approfondir ! pour une fois plus pratique car on peut revenir en arrière quand certains héros sont récurrents comme Chien Brun par exemple.

 Un grand merci à NetGalley et aux éditions 10/18 qui m’ont permis de tenter une première expérience avec l’auteur.

#JulipLaFemmeauxluciolesLétéoùilfaillitmourir#NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Né dans le Michigan en 1937, Jim Harrison est aujourd’hui considéré comme le chantre de la littérature américaine. Scénariste, critique gastronomique et littéraire, journaliste sportif et automobile, il est l’auteur d’une œuvre considérable, parmi laquelle on compte de grands succès comme Légendes d’automne, Dalva, Un bon jour pour mourir.

Il a publié une autobiographie, En marge, et de nombreux romans et recueils de nouvelles, dont De Marquette à Veracruz, L’été où il faillit mourirJim Harrison est décédé le 26 mars 2016 à l’âge de 78 ans.

Terminé en juillet 2021