« Été après été » de Elin Hilderbrand

Intermède américain, pour le fun, avec dépaysement à Nantucket avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

Leur histoire d’amour est un secret depuis des décennies, jusqu’à cet été…

Printemps 2020. Quand Mallory Blessing meurt, c’est à son fils Link de s’occuper de ses dernières volontés. Il apprend qu’il doit convier Jake McCloud aux obsèques de sa mère. Link, qui avait une relation fusionnelle avec sa mère, n’a jamais entendu parler de cet homme. Il ne comprend pas pourquoi sa présence lui tenait tant à cœur.

Été 1993. Mallory vient d’hériter d’une petite maison sur l’île de Nantucket, à une centaine de kilomètres au sud-est de Boston. Elle y reçoit les amis de son frère pour son enterrement de vie de garçon, dont un certain Jake McCloud. Entre eux, le coup de foudre est immédiat. Ils passent un week-end inoubliable, coupés du monde, cachant leur idylle aux autres invités.

Mais Jake et Mallory savent que leur histoire d’amour est impossible. Ils se font alors une promesse : quoi qu’il arrive, et peu importe leurs vies de famille respectives, ils se retrouveront chaque été en secret à Nantucket le temps d’un week-end.

Le nouveau best-seller d’Elin Hilderbrand.

Ce que j’en pense :

Une lecture sympathique entre deux livres plus sérieux, et canicule oblige, il faut se préserver.

On fait la connaissance de Mallory Blessing alors qu’elle est sur le point de commencer les soins palliatifs pour un mélanome. Elle charge son fils Link de prévenir une personne qui a beaucoup compté dans sa vie : Jake McCloud. Ce qui permet au jeune homme de comprendre que sa mère a une part de mystère dans sa vie.

Quand Mallory et Jake se sont rencontrés, ils avaient la vingtaine et se retrouvaient dans la maison qu’elle a hérité de sa tante Greta, sur l’île de Nantucket pour fêter l’enterrement de vie de garçon de son frère, Cooper, en compagnie de ses copains. Est présente également Leland, la meilleure amie de Mallory ! rien ne se passe comme prévu mais Jake et Mal se rapprochent, en regardant un film.

Mais, Jake a une idylle depuis l’adolescence avec Ursula, et on comprend rapidement qu’il ne sera jamais libre, car il s’enferme lui-même dans cet amour étrange. Néanmoins, ils décident de se retrouver pour un week-end tous les ans, été après été, lors de la fête du travail. Un rituel se met en place : toujours les mêmes repas, revoir le film, se baigner etc.

L’auteure nous fait le bilan de chaque année écoulée, dans la vie des personnages, comme dans l’histoire des USA, les évènements qui ont été importants, pas seulement le 11 septembre, Barak Obama, ou l’élection de Donald Trump mais tout ce qui construit la société américaine.

Ces personnages sont attachants : Mallory trop romantique, voire naïve qui a des aventures, s’éclate dans son travail de professeur, mais dont toute la vie se déroule sur 28 ans dans l’attente des trois jours de bonheur, et des trois cent soixante-deux d’attente, au rythme des mariages multiples de Cooper. Jake est sympathique, certes, mais j’ai eu constamment envie de lui botter les fesses : quelle passivité, quelle soumission à son épouse dont il n’est que le faire-valoir.

Quant à la meilleure amie de Mallory, Leland, je préfère passer tant elle est la caricature de l’amie toxique, nombriliste, jalouse, envieuse…

J’ai apprécié Nantucket, la plage, les bateaux, imaginé les paysages, car c’est l’île qui est le personnage principal, en fait… je dois reconnaître, quand même que la partie consacrée aux attentats du 11 septembre est émouvante.

C’est un roman sympathique, pour se reposer entre deux lectures plus exigeantes, ou sur la plage, que j’ai un peu plus apprécié que le précédent de l’auteure qui publie deux romans par an, Amélie Nothomb est battue…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure

#Étéaprèsété #NetGalleyFrance !

Un autre avis : https://pamolico.wordpress.com/2022/06/03/ete-apres-ete-elin-hilderbrand/

7/10

Extraits :

Comme la plupart de ceux qui sont nés sur cette île et y ont passé leur enfance, il se sent coupable de ne pas apprécier le paysage à sa juste valeur. Il se sent coupable de ne pas avoir apprécié sa mère à sa juste valeur. Sa mère qui est en train de mourir, à51 ans. Le mélanome a provoqué une métastase cérébrale ; elle a déjà perdu un œil. Les soins palliatifs commenceront demain matin.

« Grandir, c’est aussi apprendre à dire au revoir », lui ont appris ses parents

Ils ont allumé la télé et sont tombés sur un film qui commençait justement, « Même heure, l’année prochaine », avec Alan Alda et Ellen Burstyn. Ça racontait l’histoire d’un couple qui se rencontre dans un hôtel de bord de mer en 1951 et décide de se retrouver tous les ans, ce week-end-là, même si chacun est marié de son côté.

Ursula veut marcher. L’air frais, le soleil. Les gens dans la rue sont soit insouciants, soit rivés sur leurs portables dans un état de bouleversement palpable. Un attroupement s’est formé devant la vitrine d’un magasin d’électroménager où est installé un écran plat. Ursula jette un coup d’œil par-dessus l’épaule d’un homme et aperçoit d’autres images d’un avion s’écrasant sur la tour. A moins qu’il ne s’agisse de la seconde, la tour sud ?

Lu en juin 2022

« Le silence des repentis » de Kimi Cunningham Grant

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, découvert grâce aux blogs, et à Babelio, qui va rester longtemps dans ma mémoire, moi qui ne rêve que Nature, grotte, voire exil par moment :

Résumé de l’éditeur :

Il a enfin trouvé le silence, mais pas encore la paix.

 Cooper et sa fille de huit ans, Finch, vivent coupés du monde dans une cabane dans le nord des Appalaches. La petite fille a grandi au milieu des livres et de la forêt, respectant les dures règles de la vie sauvage. En grandissant, elle cherche à repousser les limites de leur isolement et commence à s’interroger sur le monde extérieur. Hanté par les démons de son passé, Cooper sait qu’il ne peut pas révéler à sa fille les raisons qui ont provoqué leur fuite.
Dans le silence de la forêt, leurs seuls compagnons sont un étrange « voisin » du nom de Scotland, dont l’omniprésence bienveillante ressemble curieusement à une menace, et Jake, un vieil ami de Cooper qui leur apporte des vivres chaque hiver. Sauf que cette année, Jake ne vient pas.

Kimi Cunningham Grant signe un thriller atmosphérique sur le lien familial, les ombres du passé et la rédemption. Elle décrit avec puissance un lieu hors du monde où le moindre son est annonciateur d’un danger, où la nature est aussi bien refuge que prison.

Ce que j’en pense :

Cooper et sa fille Finch vivent depuis plusieurs années dans une cabane en bois appartenant à Jake, un ami fidèle qui vient, chaque année, le 14 décembre, leur apporter le ravitaillement. Cette année, pas de Jake, qui avait précisé l’année précédente que s’il ne venait pas cela signifierait qu’il lui arrivé quelque chose de grave…

On découvre peut à peu ce qui a conduit Cooper et sa fille à venir vivre, cachés, en autarcie, se contentant de peu, chassant pêchant… Un seul voisin, aux alentours : Scotland qui les surveille avec sa longue-vue et qui sait très bien pourquoi Cooper a fui le monde normal. Traître ? Ami ?

Cooper est un héros de guerre qui a combattu notamment en Afghanistan, a traversé des évènements difficiles qui ont laissé de graves séquelles, notamment un syndrome de Stress Post Traumatique. Et visiblement l’Amérique oublie très vite les services rendus au pays par ces héros, ne les prend absolument pas en charge et au moindre incident les condamne sommairement…

J’ai beaucoup aimé la relation profonde qui unit Cooper et Finch, l’amour parent-enfant est prodigieux, leur complicité aussi même si en prenant de l’âge, elle se rebelle un peu plus.

Les attaques de panique qui jette Cooper à terre sont très bien décrites, la manière dont Finch gère lesdites crises, les codes : quand Cooper crie « Terrier », Finch fonce aux abris en un temps record.

Leur relation avec la Nature, pleine de respect, car on ne prend que le strict nécessaire, on respecte tout même les ours qui rôdent.

J’ai aimé aussi la manière dont Finch s’imprègne des livres de l’immense bibliothèque de Jake, notamment les recueils de poésie. Avec les moments de rébellion, on note aussi la solitude qui commence à peser sur la petite fille, qui n’a que huit ans, n’est jamais entrée dans un magasin car on pourrait les reconnaître, donc la socialisation ne fait pas bon ménage avec la nécessité de se cacher : elle n’a rencontré que des adultes, tout au long de sa vie, et des hommes.

En découvrant peu à peu le drame familial qu’a vécu Cooper, on ne peut pas être dans une posture de jugement à son égard. Mais, entre Jake qui n’est pas venu cette année, une jeune fille qui arpente la forêt, avec son appareil photo et qui disparaît soudain on sent que cela va se compliquer.

Malgré le résumé, qui nous promet une enquête policière, ce roman parle de tout autre chose, de sujets sociétaux profonds, de ce qui peut pousser un homme à se mettre dans une telle situation et bien évidemment, se pose la question : jusqu’où peut-on aller pour sauver son enfant, ne pas en être séparé arbitrairement.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Buchet Chastel qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure dont j’ai beaucoup apprécié la plume.

#Lesilencedesrepentis #NetGalleyFrance !

8,5/10

L’auteure :

Kimi Cunningham Grant vit en Pennsylvanie. Elle est également poétesse, ses textes ont été publiés dans plusieurs revues et elle a reçu le Dorothy Sargent Memorial Prize pour sa poésie.

Extraits :

J’étais prêt à n’importe quoi. Je n’avais aucune limite parce que j’avais déjà franchi toutes celles qu’on peut imaginer. Le truc, c’est qu’une fois qu’on est passé de l’autre côté, une fois qu’on a fait presque tout ce qu’on s’était juré de ne jamais faire, on perd aussi une forme de confiance, l’assurance qu’on ne recommencera pas.

Et puis j’avais dix-neuf ans. J’étais si jeune. Encore libre de toutes les souffrances et trahisons qui commencent à vous rattraper à peine dix ans plus tard. Et contrairement à d’autres, je n’avais pas de nostalgie du pays pour me retenir ou me distraire.

L’armée m’offrait une chance de tourner la page, de devenir quelqu’un que je n’étais pas, et dès que je l’ai compris je me suis épanoui. Je me suis fait des amis. Jake a été le premier, bien-sûr et le meilleur, mais j’en ai rencontré d’autres… Pour la première fois les gens me voyaient sous un jour différent. Ce qui m’a conduit à me voir, moi, autrement.

Ce qui me console malgré tout, ce qui m’empêche de m’empêtrer dans un sentiment de culpabilité, c’est que la vie que je lui offre, si elle n’a rien de conventionnel, est fondamentalement une bonne vie. Une vie saine. En ce qui concerne ses besoins essentiels, elle ne manque de rien. Elle est prise en charge. Aimée.

Elle ne respecte personne, la guerre. Même quand elle ne touche pas au corps, elle abîme l’âme. La mienne notamment. Je viens d’ailleurs de sombrer à nouveau dans le souvenir de cette horrible journée. J’ai l’impression d’être incapable de la fuir, de m’en libérer complètement.

Tout le temps où j’ai joué mon rôle de père auprès de Finch, j’aspirais à deux choses. La première, et la plus importante, c’était d’être là, de prendre soin d’elle. Mais, la seconde, qui était presque du même niveau, c’était de l’élever correctement. De l’aider à devenir en grandissant, une personne avec des bonnes valeurs et de la compassion. Une personne qui ferait ce qu’il faut, quoi qu’il en coûte…

Lu en mai 2022

« Dans la forêt » de Jean Hegland

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui sommeillait depuis longtemps dans ma PAL, démentielle comme chacun le sait, et qui vient de prendre plusieurs kilos à la fin du challenge : « Le mois de l’Europe de l’Est » (je vois d’ici les sourires !)

Résumé de l’éditeur :

Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt. Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Considéré depuis sa sortie comme un véritable choc littéraire aux États-Unis, Dans la forêt, roman sensuel et puissant, met en scène deux jeunes femmes qui entraînent le lecteur vers une vie nouvelle.

Ce que j’en pense :

Nell et Eva fêtent un étrange Noël puisque le monde a changé brutalement. Elles se font un cadeau symbolique : pour Nell un vieux carnet retrouvé derrière une commode et pour Eva passionnée de danse, une paire de chaussons de danse reprisés méticuleusement par Nell.

En effet, tout a changé, il n’y a plus d’électricité, plus de téléphone, plus d’essence (il ne leur reste qu’un bidon retrouvé en rangeant la maison, sujet à dispute, chacune voulant l’utiliser à sa manière.

Nell devait intégrer l’université et Eva une école de danse, mais tout est tombé à l’eau, il faut désormais apprendre à survivre, à se restreindre, ne pas consommer trop, faire des conserves avec les légumes du jardin les fruits cueillis dans la forêt, tamiser la farine car les sacs se sont remplis de vers, rationner le thé, qui devient blanc à force d’être dilués avant de devenir de l’eau chaude.

Les deux sœurs ont toujours vécu dans une ferme rudimentaire, et un terrain d’une trentaine d’hectares, leur chère forêt où elles aimaient crapahuter enfants. Leur mère avait dû abandonner la danse et se concentrer sur le tissage, la création de couleurs à partir de pigments naturels, et faire des conserves. Elles n’ont pas été scolarisées, les parents s’occupant de les instruire. Quand elles se sont retrouvées orphelines, une fois le choc passé, elles se sont organisées pour survivre, et leur mode de vie d’avant les a certainement rendues plus fortes.

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui à travers une belle histoire de sororité, dénonce la société de consommation, alerte sur ses dangers, sur notre dépendance aux énergies fossiles, sur tous ces objets qui nous sont soi-disant indispensables, téléphones, machines à laver, fours micro-ondes ou autre, produits d’hygiène, et nous donne des idées pour remplacer ce qui peut l’être et devenir moins « consommateurs ».

C’est aussi un hymne à la Nature, à la respecter, à utiliser ce qu’elle nous donne sans la piller… Jean Hegland l’a écrit il y a presque vingt ans et il résonne particulièrement depuis le Covid, la guerre en Ukraine, sans oublier tous les scandales sanitaires… Serions-nous (serons-nous serait peut-être plus adéquate) capable de modifier notre comportement si l’inéluctable venait à se produire ?

Il y a longtemps que je voulais lire ce roman, et j’ai dû attendre que l’engouement soit un peu retombé, et surtout qu’il soit disponible à la bibliothèque. Dans ces cas-là, je redoute toujours d’être déçue. Et bien non ! J’ai beaucoup aimé la plume de l’auteure, la manière de raconter les évènements comme une légende telle « L’île au trésor », ou un conte philosophique sur notre existence, la vie, la mort, l’harmonie avec la forêt, les animaux et les plantes qui y vivent.

9/10

L’auteure :

Jean Hegland est née en 1956 dans l’état de Washington. Après avoir accumulé les petits boulots, elle devient professeure et se lance dans l’écriture. Son premier roman, « Dans la forêt » paraît en 1996 et rencontre un succès éblouissant. Elle vit aujourd’hui au milieu des forêts du nord de la Californie et partage son temps entre l’apiculture et l’écriture.

Extraits :

C’est étrange, d’écrire ces premiers mots, comme si je me penchais par-dessus le silence moisi d’un puits, et que je voyais mon visage apparaître à la surface de l’eau – tout petit et se présentant sous un angle si inhabituel que je surprise de constater qu’il s’agit de mon reflet. Après tout ce temps, un stylo a quelque chose de raide et d’encombrant dans ma main…

Peut-être que nous aurions dû nous douter plus tôt que ce qui se passait était différent. Mais, même en ville, je pense que les changements sont produits si lentement – ou s’inscrivaient tellement dans la trame familière des problèmes et des désagréments – que  les gens ne les ont vraiment identifiés que plus tard, au printemps.

Les gens se tournaient vers le passé pour se rassurer et y puiser l’inspiration…

En fait, l’unique conviction commune à presque tous les extrémistes les plus excessifs, c’était que cette situation ne durerait pas, que le monde auquel nous appartenions renaîtrait bientôt et que nous pourrions alors en arrière et considérer ce que nous étions en trin de vivre comme une interruption momentanée, une bonne histoire à raconter aux petits-enfants.

Contre toute attente, Eva et moi étions en vie, et peut-être que la conscience irrépressible de notre force vitale nous donnait un éclat qui compensait largement notre gaucherie d’enfants non scolarisés. Nous avions la passion des survivants, et le manque de prudence des survivants. Nous étions immortelles dans un monde éphémère…

Nous aussi, on tient, ai-je pensé en tamisant la farine infestée de vers, on tient le coup, jour après jour, et tout ce qui nous menace, ce sont les souvenirs, tout ce qui me fait souffrir, ce sont les regrets.

Je n’ai jamais vraiment su combien nous consommions. C’est comme si nous ne sommes tous qu’un ventre affamé, comme si l’être humain n’est qu’un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu’il y ait des guerres, que la terre et l’eau et l’air soient pollués…

Je me dis parfois que ce serait tellement mieux si on devait taire tous nos désirs, nous débarrasser de notre besoin d’eau et d’abri et de nourriture. Pourquoi s’embête-t-on avec tout ça ? A quoi cela sert-il ? Hormis tenir un peu plus longtemps.

Pourtant, il y a une lucidité qui nous vient parfois dans ces moments-là, quand on se surprend à regarder le monde à travers ses larmes, comme si elles servaient de lentilles pour rendre plus net ce que l’on regarde…

AVANT j’étais Nell, et la forêt n’était qu’arbres et fleurs et buissons. Maintenant, la forêt, ce sont des toyons, des manzanitas, des arbres à suif, des érables à grandes feuilles, des paviers de Californie, des baies, des groseilles à maquereau, des groseilliers en fleurs, des rhododendrons, des asarets, des roses à fruits nus, des chardons rouges, et je suis juste un être humain, une autre créature au milieu d’elle.

Lu en avril 2022

« Les femmes n’ont pas d’histoire » d’Amy Jo Burns

Je vous emmène aujourd’hui, dans une contrée isolée, au fin fond non pas du désert mais des… Appalaches ! avec ce roman que j’ai choisi pour la beauté de sa couverture et surtout parce que le titre m’interpellait :

Résumé de l’éditeur :

En Pennsylvanie, dans cette région désolée qu’on appelle la « ceinture de rouille », la vie ressemble à une condamnation. Les habitants se sentent tellement oubliés de Dieu qu’ils se raccrochent à lui, aveuglément. C’est un pays d’hommes déchus, où les femmes n’ont pas voix au chapitre. Élevée dans l’ombre de son père, un prêcheur implacable et charismatique qui envoûte même les serpents, la jeune Wren grandit, comme sa mère avant elle, dans un monde où l’espoir n’est pas de mise. Il faudra des drames, un décès, une disparition, pour qu’enfin cette société rigide se fissure et que peu à peu se révèlent tous les secrets et les non-dits qui pèsent sur sa famille et sur le village. Alors seulement, peut-être, Wren pourra-t-elle aller au-delà d’un destin tout tracé, sauver ce qui peut l’être et prendre sa vie en main.

Ce premier roman inoubliable, qui dépeint la lutte de deux générations de femmes pour devenir elles-mêmes dans un pays en pleine désolation, annonce la naissance d’une écrivaine au talent époustouflant.

Ce que j’en pense :

Ce roman nous raconte l’histoire d’une région perdue de Pennsylvanie, tellement perdue et pauvre qu’on l’appelle « La Ceinture de Rouille », où les habitants désabusés, sans illusions se réfugie dans la « religion ». Ils sont en adoration non seulement devant Dieu mais devant le prêcheur, faiseur de miracles qui lancent en l’air des serpents, venimeux bien-sûr mais pas pour lui…

Il s’agit de Briar Bird qui a été inondé par la grâce divine depuis qu’un éclair l’a aveuglé, ce qui a entraîné chute et perte de connaissance. Depuis il a un œil blanc, qui lui a valu son surnom … il était alors adolescent.

L’auteure nous raconte l’histoire de deux amitiés : celle qui lie Ruby et Ivy et celle de Briar et Flynn, et la manière dont le destin et l’emprise peuvent jouer des tours. Ruby et Ivy étaient des adolescentes vives, espiègles et avaient hâte de fuir leurs familles respectives, où les pères dominaient toute la famille en patriarche tendance dictateur, et même pervers narcissique pour l’un d’eux. Elles voulaient s’enfuir et découvrir la ville, le travail…

Du côté de Flynn et Briar : même complicité, jusqu’à la fameuse scène de la foudre, qui va modifier totalement son mode de fonctionnement, ou plutôt révéler sa vraie personnalité. Et un évènement va les éloigner pour de bon.

Amy Jo Burns a décidé de nous faire faire une promenade dans le temps, alternant les récits de jeunesse et l’époque actuelle, comme une partition à quatre mains : quatre parties où le narrateur est différent, dans la première c’est Wren la fille de Briar et Ruby qui décrit la période actuelle et ensuite on revient sur l’amitié des deux femmes, celles des deux hommes, en faisant la connaissance de Ricky, l’époux d’Ivy et de leur progéniture.

Une construction intéressante, donc, qui permet de décrire le statut des femmes, à l’époque, serait-on tenté de dire mais pas que, car Ruby et Ivy avaient des velléités d’indépendance à 16 ans, leur éducation rigide, sans amour, interdites de sortie :  

Leurs mères avaient bercé Ivy et Ruby de même refrain depuis leur plus tendre enfance : les filles audacieuses devenaient des filles faciles, et les filles faciles, on les brise. Ivy ne pouvait se représenter d’autre avenir si elles restaient.

Elles se sont enfermées pourtant dans le mariage, devenant l’ombre d’elles-mêmes et de leurs époux et surtout (dans le cas de Ruby essentiellement) se sont libérées du joug du père pour subir l’emprise terrible d’une religion rétrograde, où tout repose dans les mains de Dieu (et du prêcheur aux serpents) : on ne doit pas se soigner, toute maladie étant avant tout dans l’esprit !  Donc si on meurt, c’est la volonté de Dieu…

J’ai apprécié l’histoire de Flynn, le Moonshiner, qui fabrique du whisky de contrebande, qu’on appelle le moonshine, la nuit dans son alambic, en prenant moultes précautions pour ne pas se faire arrêter : tout le monde sait que c’est inégal mais tout le monde lui en achète…

Ce roman est puissant, il fait réfléchir, car la situation des femmes y est extrêmement bien décrite, il résonne particulièrement car on aimerait que l’histoire de Ruby et d’Ivy remonte au siècle précédent hélas… il n’en est rien, et l’émancipation des femmes encore loin, quand règnent obscurantisme, superstition, sur fond d’alcoolisme… On espère que Wren et la nouvelle génération sauront relever le défi !

Certaines images vont me hanter longtemps : ces femmes qui cousent des robes à partir de vieux vêtements, puis les retaillant pour leurs enfants, fabriquent leur savon, ces enfants qui, entre parenthèses, ne sont pas scolarisés pour limiter le risque de contestation… Tout enferme dans ce roman, le lieu, le mode de vie…

 Amy Jo Burns réussit à travers ces deux histoires d’amitié, dont l’une est beaucoup plus forte que l’autre, car elle de Briar et Flynn n’a pas résisté au temps, à l’amour, à la jalousie, a dressé un portrait de l’emprise de la religion.

Belle découverte, et pour un premier roman c’est très prometteur car l’écriture est belle, puissante !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions 10 18 qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure que j’espère retrouver bientôt.

#Lesfemmesnontpasdhistoire #NetGalleyFrance !

9,5/10

L’auteure :

Amy Jo Burns a grandi en Pennsylvanie. Elle est l’auteure d’un mémoire dénonçant un scandale sexuel survenu dans sa ville natale.

« Les femmes n’ont pas d’histoire » est son premier roman.

Extraits :

La vérité s’aigrit si elle s’attarde trop longtemps dans nos bouches. Les histoires, comme les bouteilles de Moonshine, sont faites pour être distribuées.

Pour nous, la maladie ne se logeait jamais dans le corps. Elle logeait dans l’esprit. Si la maladie s’en prenait à l’un des fidèles, on priait et on attendait l’intervention divine. La preuve de la faveur de Dieu reposait sur le nombre de fois où l’on trompait la mort, après l’avoir frôlée.

Les histoires de mon père plastronnaient de bravoure, celles de ma mère sanglotaient de chagrin. J’ai écouté ces histoires longtemps après être devenue grande, car elles m’évitaient d’avoir à raconter les miennes. J’avais des choses dont je ne pouvais parler, moi aussi.

Les serpents venimeux se changeaient en soie entre ses mains, et il les traitait comme j’aurais voulu qu’il me traite – avec tendresse et émerveillement.

Les moonshiners avaient toujours été mal vus dans les collines. Les gens buvaient leur whisky en secret, mais le travail nécessaire à sa fabrication ne pouvait pas être approuvé au grand jour.

Flynn s’affaissa et s’adossa contre le saule à côté d’elle. Il n’en pouvait plus de l’histoire d’amour entre les gens de l’église et le ciel. Ils parlaient tous de la vie après la vie, mais en fait, c’était à autre chose qu’ils pensaient : à la douleur, la mort, la damnation, le deuil. Car la vérité résidait là – si vous croyiez au paradis, il fallait qu’il y ait un enfer, tout comme les ténèbres sont la condition de la lumière.

Ce dont parlait Ruby semblait trop précieux pour être vrai. Elle ne se rendait pas compte que la pire des choses chez un homme n’était pas sa malveillance. C’était sa douceur, qu’il utilisait pour obtenir ce qu’il voulait.

Ivy connaissait la douleur immense de mettre un enfant au monde, et celle-ci n’avait rien à voir avec l’accouchement. Elle tenait à la pauvreté du choix : soit Ivy donnerait naissance à un homme, soit elle aurait une fille qui grandirait pour en servir un. Il n’y a pas d’entre-deux, comme lui avait dit un jour Ruby, quand elles avaient envisagé de quitter leurs collines.

C’est un art, chez les femmes de se punir elles-mêmes…

Lu en mars 2022

D’autres critiques : https://pamolico.wordpress.com/2021/03/03/les-femmes-nont-pas-dhistoire-amy-jo-burns/comment-page-1/#comment-8401, https://melieetleslivres.fr/2021/04/12/les-femmes-nont-pas-dhistoire-amy-jo-burns/comment-page-1/#comment-3898, https://melieetleslivres.fr/2021/04/12/les-femmes-nont-pas-dhistoire-amy-jo-burns/comment-page-1/#comment-3898, https://mesechappeeslivresques.wordpress.com/2021/06/17/les-femmes-nont-pas-dhistoire-amy-jo-burns/

« Les Nétanyahou » de Joshua Cohen

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi, en fait, pour connaître un peu mieux cette famille, mais la lecture ne fut pas simple :

Résumé de l’éditeur :

Hiver 1959-1960, dans une petite ville de l’État de New York. Ruben Blum est historien, fils de parents (névrosés et excentriques) d’origine russo-ukrainienne, gendre de beaux-parents (plus névrosés et excentriques encore) d’origine germanique, et père d’une jeune fille qui a hérité de cette folie familiale. Il enseigne à l’Université de Corbin où il est le seul professeur de confession juive, ce qui fait de lui un sujet de curiosité, de conversation et, par de sombres raccourcis, la personne idéale pour évaluer la candidature d’un spécialiste de l’Inquisition, juif lui aussi, qui postule à la faculté : Ben-Zion Nétanyahou.

Ce dernier est attendu chez les Blum pour un cocktail de bienvenue avant ses entretiens, mais lorsque sa voiture s’arrête devant la maison, quatre autres personnes apparaissent à ses côtés – Ben-Zion a fait le voyage avec sa femme et ses trois garçons, l’aîné s’appelle Jonathan, le plus jeune Iddo, et entre les deux : Benjamin Nétanyahou, 10 ans. La soirée qui attend les Blum et les Nétanyahou restera dans les mémoires de tous les habitants de la ville, du directeur de l’université jusqu’au Shérif de Corbindale, de l’équipe locale de football jusqu’aux draps de la fille de Ruben…

Ce que j’en pense :

Le Pr Ruben Blum enseigne l’histoire à l’université de Corbin, petite ville située dans le nord de l’état de New-York. Il est le seul enseignant de confession juive dans l’établissement et un jour le Pr Morse, son supérieur (à qui on octroie un poste supplémentaire dans le département d’Histoire) lui demande d’étudier la candidature du Pr Ben-Zion Nétanyahou, spécialiste de l’Ibérie, à la période de l’Inquisition et de la persécution des Juifs à l’époque.

Il est chaudement recommandé par le « doyen » d’une autre université qui ne peut pas lui renouveler son contrat. Quoi de plus naturel que de confier à un Juif l’enquête en vue d’embauche d’un autre Juif (de toute manière, comme dit la belle-mère de Ruben, quel que soit le choix, cela se retournera contre lui !).

Ruben se lance dans l’étude de la thèse de Nétanyahou, ainsi qu’à son curriculum vitae, son parcours en Israël en particulier, où il semblerait qu’il soit peu apprécié (de même que ses travaux…)

Cette lecture fut très difficile pour moi, je suis passée complètement à côté de l’humour juif que me promettait le résumé. Le côté excentrique de Ruben Blum (inspiré du Pr Bloome) m’a amusée car il me faisait penser à Woody Allen que j’adore (ce qui m’a permis de ne pas refermer le livre définitivement). C’est drôle de le voir se confronter à sa femme Edith et à sa fille Judy, et surtout, ses parents Juifs russes/ukrainiens loufoques, ses beaux-parents Juif exilés de Rhénanie qui le sont tout autant, chacun campant sur ses positions (géographiques ou autres).

Lorsque Ben-Zion Nétanyahou débarque avec femme et enfants pour la conférence qu’il doit donner à l’université, cela devient franchement insupportable car leur sans-gêne, la manière dont il s’incruste, les gamins qui cassent tout sur leur passage. Parmi les gamins, vous l’aurez compris, nous avons Jonathan, alias Yoni, Benjamin alias Bibi (qu’on retrouvera plus tard hélas à la tête d’Israël) et Iddo, le plus jeune, souffre-douleur de ses aînés.

A ce moment-là, le roman est passé à un cheveu de la case « tombé des mains » mais étant donnée ma curiosité notoire, j’ai persévéré car c’est vraiment un épisode de la vie de la famille Nétanyahou aux USA …

J’ai lu avec attention les arguments présentés par Nétanyahou, dans sa thèse, car l’Histoire de la Reconquista, Isabelle la Catholique, l’Inquisition m’intéresse depuis longtemps. Je suis tombée amoureuse de l’Andalousie au premier regard. D’où ma gêne…

En voyant la tornade Ben-Zion Nétanyahou ses propos révisionnistes, sa réinterprétation pour ne pas dire sa réécriture de l’Histoire, et son épouse hystérique, je me suis dit que Bibi ne s’en était pas trop mal tiré : comment devenir un adulte responsable quand on a un père qui ne reconnaît jamais ses torts : c’est de la faute des autres… Il va soutenir ce père et ses thèses jusqu’au bout en fait…

Un grand merci, au passage, à Woody Allen car si je n’avais pas pensé à lui, caché sous les traits de Ruben Blum, j’aurais peut-être lâché prise.

J’aime beaucoup Philip Roth à qui l’on compare Joshua Cohen, d’où ma déception. Étant donné qu’il est considéré comme « un des meilleurs écrivains de sa génération », j’essaierai de lui donner une autre chance, car la défiance est surtout liée à la famille Nétanyahou, alors un autre thème me plairait peut-être.

J’ai quand même retenu une scène assez drôle : Judy, qui déteste son nez et dont l’entourage refuse la chirurgie esthétique se fait fracasser ledit nez par son grand-père qui ouvre brutalement la porte de sa chambre (elle l’a fait exprès bien-sûr) ;

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#LesNétanyahou #NetGalleyFrance !

7/10

Elles en parlent aussi : https://pamolico.wordpress.com/2022/02/03/les-netanyahou-joshua-cohen/ https://vagabondageautourdesoi.com/2022/01/27/joshua-cohen/

L’auteur :

Né en 1980 à Atlantic City, Joshua Cohen est romancier, nouvelliste, traducteur et critique littéraire. Salué par le New Yorker comme « l’un des auteurs les plus prodigieux de notre époque », pétri d’influences européennes et de littérature juive, Joshua Cohen fait partie des meilleurs écrivains américains de la décennie selon le magazine Granta. Après David King s’occupe de tout(Grasset, 2019), Les Nétanyahou est son quatrième ouvrage traduit en français.

Extraits :

Les goys croient au Verbe fait Chair mais les Juifs croient en la Chair faite Verbe – une incarnation plus naturelle, plus rationnelle en somme.

Notre histoire (les rabbins utilisaient la première personne du pluriel plus souvent encore que le Pr Morse) ressemblait davantage à une chronologie des traumatismes, aussi acquise et déterminante que les dix commandements reçus en haut du mont Sinaï : son cours était inaltérable, sa force irrésistible ; le carnage était le lot juif et ceux d’entre nous qui ne survivaient pas pouvaient au moins être sûrs d’une chose – les survivants interpréteraient notre mort comme un sacrifice ordonné de tout temps.

Alors pourquoi l’Église renvoya-t-elle au judaïsme tous ces convertis qu’elle venait de passer la majeure partie des croisades à tenter de rallier à sa cause, selon le Pr Nétanyahou ? … aussi longtemps que les catholiques auraient besoin d’un peuple à haïr, les Juifs devaient rester un peuple condamné à souffrir.

Le Juif, en ce qui le concernait, n’était pas simplement cet être moyenâgeux souscrivant au géocentrisme et pensant la terre plate ; il était une Idée platonicienne ou un archétype, un absolu hégélien, une identité plus ou moins stable et immuable à travers les âges.

En général, l’amour est périssable et ne négocie en face à face ; les histoires de haine, en revanche, ont tendance à se décliner selon des typologies immortelles, chaque changement d’identité se traduisant en termes toujours plus pointus, de sorte que les distinctions en vigueur dans le Vieux Monde entre mes parents, Juifs d’origine russe/ukrainienne, et les parents d’Édith, originaires de Rhénanie, devinrent, une fois transplantées dans le Nouveau, une suite de rivalités sécularisées… 

On considère que certains rêves relèvent de la prophétie, quand d’autres ne sont qu’inepties – soit une forme de prophétie non encore manifeste ; or tous ces rêves s’imposent à nous, y compris ceux que nous faisons éveillés – des rêves éveillés qui ne se distinguent nullement de nos désirs les plus ardents.

Ma fille et les Nétanyahou avaient tous deux une tendance à surjouer leurs rôles, dont les meilleurs consistaient à épingler sur le dos d’autrui les reproches qu’eux-mêmes méritaient, tout en exigeant pour cela d’être applaudis – et ils s’apitoyaient sur leur sort si tel n’était pas le cas.

Le département d’histoire doit décider du sort d’un Juif et il s’en remet à un autre Juif pour l’aider à trancher. Leur Juif à eux. Un Juif à qui ils peuvent faire confiance. En partie du moins…

L’identité, sur un plan racial, ethnique, religieux, est ce sur quoi on se rabat après l’échec de tout projet transnational.

Lu en janvier -février 2022

« Retour à Martha’s Vineyard de Richard Russo

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui me tentait depuis longtemps, après avoir lu des chroniques pour le moins enthousiastes sur les blogs :

Résumé de l’éditeur :

Septembre 2015. Lincoln s’apprête à vendre sa maison de Martha’s Vineyard, et invite sur l’île, pour un dernier week-end, ses amis de fac, Teddy et Mickey. Ces trois hommes ne pourraient être plus différents, entre Lincoln, le « beau gosse » devenu agent immobilier et père de famille, Teddy, l’éditeur universitaire célibataire et angoissé, et Mickey, forte tête et rockeur invétéré, et pourtant, ils partagent une vie de souvenirs.

Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue il y a plus de trente ans, et dont ils étaient tous amoureux. Qu’est-il advenu d’elle ? Lequel avait sa préférence ? Les trois hommes vont rouvrir ensemble ce dossier « classé », et alors que par bribes la vérité émerge, ils vont devoir reconsidérer tout ce qu’ils croyaient savoir les uns des autres…

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch

Ce que j’en pense :

Lincoln Moser est sur le point de mettre en vente la maison familiale de Martha’s Vineyard qui lui vient de sa mère. Pour ce faire, il donne rendez-vous à ses amis Teddy et Mickey qu’il connaît depuis leurs années étudiantes. Alors qu’il vient à peine de débarquer du ferry, un fantôme vient s’ajouter au trio : leur amie commune Jacy a disparu il y a près de quarante ans et personne ne l’a jamais revue. Est-elle morte, s’est-elle enfuie ? le passé va refaire inévitablement surface.

Par un jeu d’allers-retours, l’auteur nous en apprend plus sur les trois compères : Lincoln, fils de Wolfgang Amadeus Moser (soyons fous !), alias Dub Yay, homme imbu de lui-même, narcissique, manipulateur, chrétien fondamentaliste avec tout ce que cela comporte pour asseoir sa tyrannie, qui règne en patriarche sur sa famille (réduite à sa femme et son fils !) et sur les ouvriers qui travaillent dans sa mine en Arizona. Lincoln a plus tard épousé Anita et vit confortablement, même si la crise de 2008 a fait quelques ravages.

Teddy, atteint de troubles bipolaires qui le font passer de l’euphorie à l’abattement le plus profond, auquel ses parents professeurs ne se sont jamais vraiment intéressés (ils connaissent mieux leurs élèves que leur propre fils !) qui a trouvé refuge dans la religion, la quiétude des monastères permettant de juguler ses crises d’angoisse. Gamin il a été victime de violence de harcèlement, car perçu comme « différent » avec une chute provoquée au basket qui lui a valu un handicap (il a failli se retrouver paraplégique quand même). Il a été sous l’influence d’un professeur de lettres à l’université dont le maître mot était : n’écrire un roman que lorsqu’on est sûr qu’il est parfait et qu’on ne pourra jamais faire mieux !

Mickey, fils d’un héros de la seconde guerre mondiale, dernier de la fratrie, et unique garçon après sept filles, passionné par le rock and roll, qui a encore un groupe et fait des concerts, habile à se servir de ses poings quand quelque chose l’énerve. Le voisin de Lincoln en a fait les frais quand il a tenté de se livrer à des attouchements sur Jacy…

Nous sommes à l’heure de la guerre du Vietnam quand ils terminent leurs études, et la date de naissance de Mickey est tirée au sort, neuvième, donc sûr de partir. Il est décidé à la faire en mémoire de son père, mais les autres notamment Jacy qui tente de le persuader de s’exiler au Canada.

En ce qui concerne Jacy, on sait peu de choses, au début, à part que, contrairement à notre trio, boursier, elle vient d’une famille huppée, et le but du roman est de nous apprendre davantage sur sa disparition et sur l’enquête de police bâclée de l’époque. Il est inutile de préciser, vous l’avez déjà compris, ils étaient tous les trois amoureux d’elle.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans cette histoire, car le premier tiers du roman ronronne, et j’ai eu du mal à m’attacher, mais, peu à peu je me suis laissée prendre au jeu. Les surprises vont s’accumuler, Richard Russo prend un malin plaisir à nous orienter vers des fausses pistes, de lourds secrets de famille remontent, et nous remet dans l’atmosphère de l’époque : Guerre du Vietnam qui oppose les générations, références à Nixon, président plus ou moins pourri, (élu, il ne faudrait pas l’oublier, car Bobby Kennedy et Martin Luther King candidats en 1968 face à lui ont été assassinés) les hippies qui émergent, les relations dans le couple, la situation des femmes notamment.

L’auteur nous offre une réflexion sur l’amitié : peut-on vraiment dire qu’on est amis quand on se voit tous les dix ou vingt ans? La vie finit-elle pour prendre le pas sur ce que l’on éprouvait, étudiant?

C’est le premier roman de Richard Russo et grâce à lui j’ai passé un bon moment, mais je suis restée sur ma faim, peut-être ai-je trop attendu, et donc espéré davantage, ou était-ce compliqué d’arriver après avoir quitté l’univers si particulier de Jon Kalman Stefansson ?

Un grand merci à NetGalley et aux éditions 10/18 qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont j’ai beaucoup entendu parler, du moins lu beaucoup de critiques enthousiastes…

#RetouràMarthasVineyard #NetGalleyFrance !

7,5/10

L’auteur :

Richard Russo est née en 1949 aux USA. Après avoir longtemps enseigné la littérature à l’université, il se consacre à l’écriture.

On lui doit, entre autres : « Un homme presque parfait », « Le déclin de l’empire Whiting », « Quatre saisons à Mohawk »

Extraits :

Certaines se manifestent sous forme d’authentiques accès de panique, des ouragans qui s’abattent sur lui pendant un jour ou deux avant de repartir vers le large, tandis que d’autres se traduisent par un état de fugue dissociative et peuvent, à l’instar d’une zone de basse pression durer une semaine ou deux.

Et puis il y a les crises précédées d’une sorte d’euphorie, la conviction profonde qu’une chose merveilleuse va se produire, une promesse de sensibilité accrue, voire de sagesse. Ce sont celles qu’il redoute le plus, car ensuite, quand la réalité retrouve ses droits et que la clairvoyance promise ne parvient pas à se concrétiser, il a vraiment l’impression d’être détraqué.

Avait-il senti que sa femme, si elle retournait à l’endroit où elle avait été heureuse enfant, risquait d’y rester ? Elle pourrait se souvenir de la personne qu’elle avait été avant de le rencontrer, avant qu’il ne la façonne à sa manière… (Dub-Yay le père de Lincoln)

A l’époque de la fac, je croyais qu’on pouvait changer la façon de penser des gens. Il suffisait de raisonner avec eux et si on savait plus de choses, si on était plus habile, plus tenace, on finissait par les convaincre.

Car, à une époque, Jacy avait donné l’impression de les étudier, intriguée par leur existence si éloignée de Greenwich. Les écoles publiques. Les Ford Galaxy garées dans l’allée des maisons mitoyennes. Les hypothèques. Les quartiers remplis d’immigrants de la première et de la deuxième génération.

Ce qui Mickey aime aujourd’hui – le rock and roll joué à fond – c’est ce qu’il aimait gamin. Ayant trouvé ce qui emplit son âme à la faire exploser, il s’y est cramponné, et au fil des décennies, sa passion et lui sont restés les plus fidèles des amants.

La croyance et le savoir sont deux choses différentes.

Lincoln avait des doutes. L’idée principale semblait être que le comportement masculin couvrait un large spectre, à l’image de l’autisme. D’accord, certains hommes étaient mieux élevés que d’autres, mais en définitive, ils étaient tous complices car ils serraient les rangs, pour reprendre son expression, dès que cela devenait nécessaire.

Ils croyaient que le fait d’avoir raison à propose d’une guerre au sujet de laquelle leurs parents s’obstinaient à avoir tort faisait d’eux des êtres à part, voire exceptionnels. Ils changeraient le monde.

Peut-être était-ce le but non formulé de l’éducation : inciter les gens jeunes à voir le monde à travers les yeux fatigués de la vieillesse ; la déception, l’épuisement et l’échec prenant l’apparence de la sagesse.

Lu en janvier 2021

« Gagner n’est pas jouer »: Harlan Coben

Intermède thriller, aujourd’hui ! j’avais promis de rédiger ma chronique sur « Le chef-d’œuvre inconnu » d’Honoré de Balzac, mais je devais absolument rendre ce livre à la bibliothèque :

Quatrième de couverture :

Un vieil homme sauvagement assassiné à New-York. A ses côtés, une toile de maître et une valise portant l’inscription WHL III.

WINDSOR HORNE LOCKWOOD III.

Win. Un privé aux méthodes très spéciales, héritier d’une influente famille américaine.

Quel lien entre ce crime abject et les Lockwood ? Le passé remonte à la surface.

Une jeune fille séquestrée dans la « cabane des horreurs ».

Un groupe d’ados illuminés devenus terroristes.

Une spirale de colère, de haine, de vengeance, que rien ne semble pouvoir arrêter.

L’heure est venue pour Win de faire justice lui-même.

LA MORT EST UN JEU DANGEREUX…

POUR GAGNER, TOUS LES COUPS SONT PERMIS.

Ce que j’en pense :

L’histoire commence par une scène épique : Win après avoir assister à un match dans lequel son équipe s’illustre suit à la trace un individu qu’il a repéré (en fait il n’a assisté au match que pour cela) et lui inflige une correction en règle.

On apprend ensuite que Win, alias Windsor Horne Lockwood, troisième du nom, héritier d’une famille richissime et très en vue, est un privé, ayant autrefois appartenu au FBI, dont les méthodes laissent grandement à désirer. En arrivant à ses bureaux, qu’il partage avec une avocate en vie Saddie, il apprend que l’homme qu’il a copieusement agressé est un psychopathe, pervers narcissique, violent avec les femmes. Or une de ses victimes avait enfin accepté de témoigner, d’où la rage de Saddie qui espérait un procès en bon et due forme… En fait Win savait très bien ce qu’il faisait, car il était persuadé que l’homme ne serait jamais condamné…

Au même moment, il apprend qu’un homme vient d’être retrouvé assassiné dans son appartement, où règne un désordre indescriptible (Diogène, sors ton trou, euh de ton tonneau) : seule la chambre, scène de crime est très bien rangée et au mur trône un tableau dérobé à la famille de Win trente auparavant ainsi qu’une valise de luxe aux « armoiries » de la famille… il s’agit de Ry Strauss.

Le décor est planté, l’enquête va démarrer sur les chapeaux de roues, car la victime est un truand, membre du groupe des six, jeunes gens « révolutionnaires » qui avaient fait exploses une bombe artisanale trente ans auparavant aussi. A la même époque, Aldrich Lockwood, l’oncle de Win avait été assassiné à son domicile et Patricia, sa fille enlevée et séquestrée dans la « cabane des horreurs » où plusieurs jeunes filles avaient été torturées à mort. Miraculeusement, elle s’en était sortie et avait créé une association pour aider les femmes victimes de violence.

L’enquête est passionnante, et Win est sympathique malgré ses méthodes rudes et sa tendance à sortir ses poings, et de ce fait, on espère toujours qu’il va s’en sortir (un peu à la manière de ce cher Dexter, tueur en série, justicier autoproclamé qui punit les criminels ayant échappé à la justice !).

L’enquête est pleine de rebondissements, la richissime famille étant loin d’être exemplaire et comme toujours, avec un roman d’Harlan Coben, une fois bien entrée dans l’histoire, j’ai lu ce thriller en apnée, car la lecture devient rapidement addictive, par le rythme de l’enquête comme l’écriture. C’est seulement le troisième livre (je dois en lire un tous les trois ans environ) de l’auteur que je lis et c’est toujours un plaisir.  

8/10

L’auteur :

Né en 1967, Harlan Coben vit dans le New-Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants. Diplômé en sciences politiques de Amherst College, il a rencontré un succès immédiat dès la publication de ses premiers romans, tant auprès de la critique que du public.

Depuis « Ne le dis à personne » (2002) récompensé du Grand Prix des Lectrices de ELLE et adapté avec succès au cinéma par Guillaume Canet, Belfond a publié 22 romans de Harlan Coben

Extraits :

Tous les amoureux super-attentionnés ne sont pas des psychopathes, mais tous les psychopathes sont des amoureux super-attentionnés.

Le travail ne l’intéresse pas… Pourquoi travaillerait-il alors que rien ne l’y oblige ? Il pratique la bienfaisance comme la plupart des gens riches, donnant suffisamment pour paraître généreux, mais sans que cela implique le moindre sacrifice. Il est très attaché aux apparences et à la réputation…

… C’est le syndrome de tous ceux qui héritent d’une très grande fortune : au fond d’eux-mêmes ils savent qu’ils n’ont rien fait pour la mériter, que c’était juste une question de chance, et pourtant, ils doivent bien avoir quelque chose de plus que les autres, non ?

Nous sommes tous très forts pour nous trouver des excuses. Nous réécrivons l’histoire pour nous rendre plus aimables. Vous aussi, d’ailleurs. Si vous lisez ces lignes, c’est que vous faites partie des privilégiés, c’est sûr et certain. Le luxe dans lequel vous vivez, la plupart des hommes depuis l’aube de l’humanité n’auraient même pas osé l’imaginer.

Longtemps, on a mis en avant le concept de « nous sommes tous égaux », que les Américains ont brillamment promu au cours de leur honorable histoire, mais il faut se rendre à l’évidence : c’est l’argent qui fait pencher la balance. L’argent, c’est le pouvoir. Nous ne sommes pas dans un roman de John Grisham : en réalité, l’individu lambda ne peut pas tenir tête au système…

Lu en janvier 2022

« L’innocence et la loi » de Michael Connelly

J’avais envie de retrouver la plume de Michael Connelly alors son dernier roman était tentant :  

Résumé de l’éditeur :

Au sortir d’un pot pour fêter sa victoire au tribunal, Mickey Haller est arrêté pour défaut de plaque. Mais en ouvrant le coffre de la voiture de Haller, l’agent de police trouve un cadavre à l’intérieur. Celui d’un escroc que l’avocat a défendu à de nombreuses reprises, jusqu’au moment où le client l’a arnaqué à son tour.


Accusé de meurtre et incapable de payer la caution de 5 millions de dollars, Haller est aussitôt incarcéré et confronté à une avocate de l’accusation qui veut sa peau, Dana Berg. Il comprend qu’il a été piégé – mais par qui, et pourquoi ? – et décide d’assurer lui-même sa défense lors du procès.


Pas facile quand, en plus d’être en prison et donc la cible de violences, il est la proie d’une machination que même Harry Bosch, son demi-frère, aura du mal à démêler.

Ce que j’en pense :

Mickey Haller est arrêté par un agent de police alors qu’il sort d’un pot avec ses collègues pour fêter dignement sa dernière réussite, sous prétexte que sa voiture n’a pas de plaque. Il en profite pour l’obliger à ouvrir le coffre de sa voiture, au prétexte qu’il y a du sang et voilà notre avocat menotté arrêté incarcéré séance tenante avec une caution faramineuse…

Il décide d’assurer sa propre défense, mais l’accusation, en la personne de Dana Berg, lui met les bâtons dans les roues (c’est même pire que cela, on est dans le registre de l’acharnement, la subornation) on ne lui donne pas les documents, les témoignages, sur lesquelles se base l’incarcération … Heureusement pour lui, la juge ne se laisse pas manipuler. Et, Mickey est entouré de son équipe pour mener l’enquête, parmi eux son demi-frère Harry Bosch.

Avec ce roman, Michael Connelly nous plonge dans l’univers du système judiciaire américain, et tous ses défauts, ou excès, et la manière dont l’accusation a tous les pouvoirs, par rapport à la défense est sidérante. On comprend mieux pourquoi il y a autant d’erreurs judiciaires, de condamnations injustifiées, surtout quand il s’agit de personnes pauvres, de minorités.

Il est effarant de constater qu’en prison, un homme peut se faire agresser, racketter y compris par les surveillants, y compris dans le fourgon qui conduit les prisonniers au tribunal.

La manière dont les membres du jury sont sélectionnés et haute en couleurs…

Bienvenue dans l’Amérique de Trump, avec son cortège de manipulations, sa justice à 2, 3 (voire plus) vitesses qui laisse le lecteur perplexe.

J’ai eu du plaisir à retrouver l’univers de Michael Connolly, la manière brillante dont il expose les faits et développe son intrigue même si j’ai moins pris de plaisir à la lecture de ce roman pourtant assez addictif. En fait, j’apprécie peu en général les « thrillers judiciaires », tout comme les séries où les avocats sont les héros, je préfère les enquêtes policières pures, avec des experts, des profileurs…

L’auteur est magistral, car il arrive à me faire apprécier un livre qui sort complètement de mes centres d’intérêt en matière de polars. Les aventures d’Harry Bosch m’attendent…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteur.

#Linnocenceetlaloi #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

Un procès pour meurtre a tout d’un arbre. Un très grand arbre. Un chêne. Il a été planté et soigné avec attention par l’Etat. Arrosé et émondé quand il en a besoin, examiné pour y détecter maladies et parasites de toutes sortes…

Tout une série de questions me passa par la tête, la première sur ce qu’il y avait dans ce coffre et la dernière celle de savoir si Milton avait un motif raisonnable de l’ouvrir si, moi, je refusais de le faire…

La seule façon de prouver que ce n’est pas moi, c’est de trouver celui qui l’a tué et de le prouver. C’est comme ça que ça fonctionne, l’innocence. 

Elle (la jurée N°21) avait aussi mis la lecture en premier dans la liste de ses passe-temps favoris. Et, je ne pensais pas qu’à lire, on puisse éviter de tomber sur des histoires—de fiction ou de non-fiction—soulignant les fragilités du système juridique américain et, en premier lieu, que les flics comprennent souvent de travers et que des innocents sont alors parfois accusés et condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

Lu en janvier 2022

« Le poète » de Michael Connelly

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu la chance de gagner lors d’un concours organisé par Anthony, thriller sur lequel je lorgnais depuis un bon moment :

Quatrième de couverture :

Chroniqueur judiciaire, Jack McEvoy ne peut croire au suicide de son frère jumeau. Si Sean, inspecteur de police, s’est bien tiré une balle dans la bouche, que vient faire ce « Hors de l’espace, hors du temps » d’Edgar Allan Poe écrit sur le pare-brise de sa voiture ?

Et, pourquoi Rusher, un indic qu’il devait voir ce jour-là, reste-t-il introuvable ?

En s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins d’un article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se suicident et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir son plus gros scoop sur des meurtres en série. Mais il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect…

Le poète est LE classique absolu pour les fans de romans policiers.

Ce que j’en pense :

Jack McEvoy, journaliste judiciaire au « Rocky Mountains News », vient d’apprendre que son frère jumeau Sean vient d’être retrouvé mort d’une balle tirée dans la bouche. Il travaillait sur une enquête difficile, le meurtre d’une jeune femme retrouvée coupée en deux morceaux et très rapidement l’enquête a conclu   à un suicide, car plusieurs de ses collègues victimes du « blues du policeman », autrement dit un burn-out ont mis fin à leur jours ces derniers temps.

Après une période de sidération, Jack est submergé par la colère ce qui le pousse à remettre en question les conclusions de l’enquête. Il veut savoir, comprendre, d’autant plus que sur le parebrise de la voiture, on peut lire, à moitié effacés par la buée ces mots étranges : « Hors de l’espace, hors du temps » extraits d’un poème de Edgar Allan Poe.

Autre élément étrange, en faisant des recherches, Jack s’aperçoit, enfin limier, que le FBI enquête sur son frère. Il n’en faut pas plus pour qu’il fasse son enquête, se faisant engager comme consultant. S’ouvre alors une enquête sur les pas d’un serial killer.

L’enquête est passionnante, avec une analyse du comportement et de la pathologie des tueurs en série (comparables à ceux des violeurs), une approche des méthodes d’investigation du FBI, et des rebondissements multiples qui tiennent en haleine jusqu’à la dernière ligne.

J’ai bien aimé l’idée de donner la parole à un journaliste pour suivre et interpréter cette enquête, cela change des enquêtes menées par les policiers.

J’ai littéralement dévoré les quelques 760 pages du livre, les trois cents dernières lus, au détriment du sommeil (bonne compagnie pour une insomniaque chronique comme moi, je vous assure !)

J’ai lu ce thriller au début de l’été, mais je n’ai pas pu rédiger ma chronique à l’époque, car j’étais victime d’une intolérance +++ à un médicament antalgique, avec nécessité d’un sevrage rapide, qui m’a transformée en véritable junkie, donc incapable de lire, de rédiger mes critiques…D’où le laps de temps entre la lecture et cette rédaction. Pour ne pas bâcler, j’ai dû le relire… pour mon plus grand plaisir d’ailleurs !

Un grand merci à Anthony, bien connu de tous pour son blog les livres de K9 auquel je suis fidèlement abonnée, qui m’a permis de découvrir ce roman (que j’ai eu la chance de gagner) et son auteur dont je connaissais uniquement la série consacrée à Bosch que j’apprécie beaucoup. Il y a longtemps que je voulais découvrir les romans de Michael Connelly et j’ai adoré donc l’encombrement de ma PAL ne risque pas de s’améliorer.

https://leslivresdek79.com/

Extraits :

La mort, c’est mon truc. C’est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d’un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence de personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J’ai toujours pensé que, pour s’occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C’est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure.

Mon frère m’avait expliqué un jour sa théorie du seuil limite. Chaque flic, disait-il, possédait une limite, mais cette limite lui était inconnue jusqu’à ce qu’il l’atteigne.

Theresa Lofton symbolisait l’image la plus médiatique qui soit : celle de la pure et simple Jeune Fille américaine. Inévitablement, on compara l’affaire à celle du Dahlia noir survenue cinquante ans plus tôt à Los Angeles…Une émission de télévision racoleuse baptisa Theresa Lofton les « dahlia blanc », en jouant sur le fait qu’on l’avait découverte dans un champ de neige près du lac Grasmere à Denver…  

Mais il n’était pas facile d’en vouloir aux morts. Je ne pouvais pas rester fâché contre Sean. Or, la seule façon de soulager ma colère était de mettre en doute cette histoire. Et le cycle infernal reprenait. Refus, acceptation, colère. Refus, acceptation, colère.

Au centre de cette histoire figuraient les suicides, apparemment sans relations, de trois membres de la police de New-York en moins de deux mois. Les victimes ne se connaissaient pas, mais toutes avaient succombé au « blues du policeman » pour reprendre l’expression du journaliste.

Généralement, les flics s’efforcent de dépersonnaliser leurs enquêtes au maximum. A cet égard, ils ressemblent aux serial killers. Si la victime n’est pas un être humain qui respire et qui souffre, son souvenir ne risque pas de vous hanter.

Quant aux violeurs, reprit-elle, leur pathologie ressemble énormément à celle des meurtriers. De chics types, croyez-moi. Je sentais qu’ils me jaugeaient dès que j’entrais dans la pièce. Je savais qu’ils essayaient de calculer le temps dont ils disposaient avant que le gardien n’intervienne. Est-ce qu’ils pourraient m’avoir avant l’arrivée des renforts.  Très révélateur de leur pathologie. Ils ne pensaient qu’en termes d’aide extérieure. Ils n’envisageaient pas que je puisse me défendre seule. Sauver ma peau. Pour eux, les femmes étaient uniquement des victimes. Des proies.

Lu en juillet 2021

« Noces sanglantes » de Marshall Karp et James Patterson

Je vous parle aujourd’hui d’un gentil polar, lu en même temps que je découvrais « Les prophètes » mais aussi parallèlement à une autre lecture forte: « La liberté des oiseaux » car j’avais besoin de pouvoir reprendre mon souffle :

Résumé de l’éditeur :

Quand le mariage du siècle…

Erin Easton, star de téléréalité, vient d’épouser le fils de Veronica Gibbs, la richissime directrice d’une agence de mannequins. « Mariage du siècle », « Mariage de rêve » … Autant de superlatifs pour qualifier ces noces people retransmises en direct à la télévision.

Mais, alors qu’elle doit monter sur scène après la cérémonie pour un tour de chant devant ses invités, Erin est introuvable. Une fois sa loge ouverte, on découvre des traces de lutte et sa robe de mariée maculée de sang !

… s’achève dans le sang !

Une affaire pour le NYPD Red, l’unité d’élite de la police new-yorkaise chargée de protéger les rich and famous. Zach Jordan et sa partenaire Kylie MacDonald pensent d’abord à un énorme coup de pub. Jusqu’à ce que le ravisseur se manifeste à nouveau… de façon spectaculaire !

Ce que j’en pense :

La scène s’ouvre sur la réception du mariage d’Erin Easton, star bien connue de la téléréalité. Alors que la fête bat son plein sous l’œil des invités endimanchés comme il se doit, Erin s’absente pour aller se changer avant de se livrer à un show.

Tous les flics, actuels et ceux qui se sont recyclés dans le business plus rentable de gardes du corps, videurs et autres. Comme elle ne revient pas, le grand jeu : on défonce la porte, la robe de mariée est bien là tachée de sang mais plus d’Erin… Kylie, invitée de dernière minute, est sur les lieux et se lance dans l’enquête avec son coéquipier et ex-amant Zach Jordan, dans le cadre du NYPD Red, chargée de protéger les personnes riches et célèbres (cela va souvent ensemble !).

Une demande rançon ne tarde pas à arriver car le nouvel époux est riche, mais la fortune est entre les mains de sa mère, Veronica, gérante d’une agence de mannequins, qui désapprouve le mariage auquel elle n’a pas voulu assister. Celle-ci clamant haut et fort qu’elle ne paiera jamais.

L’enquête va nous entraîner dans un milieu qu’affectionnent notre duo : fortunes colossales, jalousie, téléréalité, journalistes sans foi ni loi, prêts à tout pour faire monter les audiences. On apprend très vite que le preneur d’otage est un fan amoureux d’Erin, qui la poursuit depuis des lustres, car il est persuadé qu’elle l’aime aussi !

On passe par tous les états d’âme car les auteurs nous entraînent sur différentes pistes, en ajoutant une autre enquête, le gang des ambulances, qui dévalise les personnes aisées et âgées, pour mieux nous perdre…

C’est la 6e enquête de la série « NYPD Red » de notre duo (et la deuxième que je lis) et j’ai eu du plaisir à les retrouver, car l’enquête est crédible, mais comme ce milieu du showbiz ne l’intéresse guère, il y a forcément des bémols.

C’est le genre de polar qui m’accompagne entre deux lectures difficiles ou de manière concomitante, car il se lit d’une traite, l’humour des auteurs est toujours présent, et certaines scènes sont savoureuses : Il faut reconnaître que le mari d’Erin, qui ne brille pas particulièrement par son intelligence et son esprit d’initiative, maltraité par sa mère acariâtre est attachant.

Les relations entre Kylie et Zach, leurs histoires d’amour, sont amusantes et la description de la police et de ses méthodes face aux médias est également drôle car assez proche de la réalité.

Quoi qu’il en soit, cette lecture a rempli son rôle et en période de sinistrose, et cela fait du bien.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver leurs auteurs.

#Nocessanglantes #NetGalleyFrance !

7/10

Extraits :

Bobby mit une semaine à repérer l’endroit où il allait se garer. Il fallait que ce soit près du lieu où se déroulerait la réception, mais pas trop. Et comme il risquait de rester pendant deux ou trois heures dans un fourgon volé, il valait mieux opter pour un secteur où les flics ne patrouillent presque jamais…

Apprends des erreurs des autres, avait coutume de lui dire son père. Tu ne vivras pas assez vieux pour les faire toutes toi-même

Nous venions de traverser le pont Robert Kennedy reliant le Bronx à Manhattan et roulions vers le commissariat. Il était minuit passé mais on y trouverait une armée de flics plongés dans leurs notes après des centaines d’interrogatoires, y cherchant la pépite susceptible de propulser leur carrière sur orbite.  Penchés sur eux, un peloton de chefs impatients exigeant des réponses immédiates car sommés de fournir des réponses immédiates à leurs propres chefs impatients…

Lu en décembre 2021