Publié dans Littérature japonaise, XXe siècle

« Le fusil de chasse » de Yasushi Inoué

Retour à l’opération « libération PAL au bord de l’explosion » avec ce roman qui attendait patiemment depuis quelques années:

 

le fusil de chasse de Yasushi Inoué

 

Quatrième de couverture:

« Le fusil de chasse » raconte l’histoire d’une liaison entre un homme marié, Josuké, et une jeune femme divorcée, mère d’une grande fille. Trois lettres, trois récits à la première personne forment les trois faisceaux du drame. Il y a la lettre de la jeune fille qui expose à Josuké qu’elle a lu le journal de sa mère et qu’elle sait comment et pourquoi celle-ci est morte. Il y a la lettre de la femme légitime qui explique pourquoi elle ne le reverra plus. Il y a la lettre de la maîtresse écrite avant son suicide. Au centre, omniprésent, l’homme  solitaire avec son fusil de chasse. De lettre en lettre, se dévoilent au lecteur les différents aspects de cette tragédie.

En découvrant « le fusil de chasse », Jean d’Ormesson avait écrit: « c’est un chef-d’œuvre… Le tout est d’une sobriété et d’une force remarquables, sans aucun éclat de voix, d’une intensité glacée et brûlante à la fois ».

 

Ce que j’en pense:

Après avoir envoyé, après avoir beaucoup hésité, son cœur ne penchant pas du côté des chasseurs, un poème à une revue de chasse,  le narrateur a la surprise de recevoir la lettre de Josuké, qui s’est reconnu le portrait du chasseur évoqué dans le poème. Il va lui envoyer également trois lettres émanant de femmes qui ont compté dans sa vie dans des registres différents.

Yasushi Inoué nous raconte une histoire de secrets: l’amour secret qu’il éprouve pour Saïko qui vient de mourir et leur liaison dissimulée, du moins le croyaient-ils tous les deux. Hélas, la femme légitime les avait surpris, au début de leur mariage et a accumulé les rancœurs pour ne pas dire la haine, et les non-dits au fil des années.

On ne dira jamais assez à quel point les secrets pèsent sur les vies, avec la culpabilité de la maîtresse qui la ronge et l’empêche de vivre cet amour au jour le jour et les jalousies qui consument les deux femmes car, malgré ce contexte, les deux femmes et Josuké sont des amis proches!

L’auteur nous décrit très bien aussi la capacité de l’homme à s’aveugler, et ne pas voir ce qui se passe dans son couple ou dans sa liaison amoureuse: je vais bien, tout va bien, et on assiste à son désarroi…

« En vérité, toutes sortes de chagrins se précipitent sur moi de toutes parts, telles les vagues blanches d’écume, à Ashiya, les jours de grand vent, et ces chagrins me plongent dans la confusion. Il n’empêche, je veux continuer ». P 22

La lettre de Shoko, fille de Saïko, est très touchante car elle découvre le secret enlisant le journal intime de sa mère (il faut bien confier sa peine à quelqu’un pour vivre dans le mensonge!) donc les illusions s’envolent car elle aimait bien Josuké, qui a si bien su gérer les formalités lors de la mort de sa mère.

Cette mort sert de catalyseur, faisant exploser cette relation triangulaire toxique libérant Midori de ses scrupules à quitter son époux. Chacun sort transformé de cet évènement.

Au passage, Yasushi Inoué nous livre une très belle réflexion sur le thème: vaut-il mieux aimer ou être aimé?

J’ai adoré ce texte, très court, plein de poésie et tout en retenue; il n’y a pas de disputes, pas de clash, les ruptures se font en douceur, presque trop d’ailleurs et cela nous rappelle au passage la différence entre les cultures asiatiques et occidentales.

Un auteur dont je vais continuer à explorer l’œuvre. Je ne dirai jamais assez à quel point le Japon et sa culture me fascinent!

Extraits:

En plus des trente couleurs au moins que contient une boîte de peinture, il en existe une qui est propre à la tristesse et que l’oeil humain peut fort bien percevoir. P 23

Je croyais que l’amour gagnait peu à peu en puissance, tel un cours d’eau limpide qui scintille dans toute sa beauté sous les rayons du soleil, frémissant de mille rides soulevées par le vent et protégé par des rives couvertes d’herbe, d’arbres et de fleurs. Je croyais que c’était cela l’amour. Comment pouvais-je imaginer un amour que le soleil n’illumine pas et qui coule de nulle part à nulle part, profondément encaissé dans la terre, comme une rivière souterraine. P 24

Quand nous jetons un regard sur le passé, notre mariage, qui n’existe que de nom, semble avoir durer très longtemps, n’est-ce pas? Alors n’as-tu pas envie d’en finir une fois pour toutes? Certes, il est assez  triste d’en arriver là, mais, si tu n’y vois pas d’objection, prenons tous les deux les mesures propres à retrouver notre liberté. P 48

… Et, de fil en aiguille, nous avons atteint cet actuel degré de froideur, ce merveilleux esprit de famille si glacial que l’un et l’autre nous avions souvent l’impression que nos cils étaient raidis par le givre. P 58

Ainsi n’avons-nous jamais eu de scènes. La tranquillité de nos citadelles respectives n’a jamais été troublée. Seule l’atmosphère qui régnait chez nous était devenue étrangement orageuse, menaçante, irritante comme la chaleur dans le désert. P 59

Je reçois le châtiment mérité par une femme qui, incapable de se contenter d’aimer, a cherché à dérober le bonheur d’être aimée. P 89

Lu en septembre 2017

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Publié dans Littérature japonaise, Manga

« Quartier lointain: T2 de Jirô Taniguchi

J’avais besoin de respirer après « le Chirurgien », alors petit détour par ce manga:

Quartier lointain T 2 de Jirô Tanguchi

 

Quatrième de couverture:

Ce soir-là… D’après les conclusions de l’enquête de police…

A 21 heures 30 passées, papa s’est dirigé vers la gare d’Agei.

Vers 22 heures, on sait qu’il a acheté au guichet un aller simple pour Tottori…

Ensuite, plus rien…

Mon père a disparu comme ça.

On n’a plus jamais eu aucune nouvelle de lui.

Ce que j’en pense:

On continue à suivre Hirochi Nakahara dans son retour dans l’adolescence, sa vie de famille, sa scolarité, ses amis, sa copine Tomoko… Pour notre plus grand plaisir.

Ce tome 2 est plus axé sur la famille car Hirochi cherche à comprendre  pourquoi son père a disparu brutalement ce fameux trente et un août laissant son entourage désemparé, plein d’interrogations, de questions qui resteront sans réponses. Ce n’est pas un simple retour dans le passé, car il analyse les situations avec son œil d’adulte.

Jirô Taniguchi s’intéresse davantage à la famille, la façon dont les parents de Hirochi se sont rencontrés, mariés, ont eu des enfants. L’adolescent cherche à comprendre, si ses parents s’aimaient, s’il y a une raison à ce départ et surtout: peut-on modifier le cours des choses, en recommençant l’histoire?

Mine de rien, l’auteur nous livre une très belle réflexion sur le temps qui passe, sur les moyens pour prendre nos vies en mains, sans subir, sur le libre choix et la force de l’habitude, sur la notion de fatalité.

Les dessins sont toujours aussi beaux, et poétiques, précis, comme par exemple le métier à tisser de la grand-mère, le détail des gares, les postures à table, le mouvement est bien capté également.

J’ai beaucoup aimé ce manga, et lui ai trouvé un seul petit défaut: il se lit comme une BD et non à l’envers, comme les  mangas traditionnels, mais je chipote …

Extraits:

Quartier lointain T 2 de Jirô Tanguchi. planche jpg

Quartier lointain T 2 de Jirô Tanguchi. planche 2

Publié dans Littérature japonaise, Manga

« Quartier lointain » de Jirô Taniguchi

Aujourd’hui, place à un manga avec:

quartier lointain T1de Jirô Taniguchi

 

Résumé de l’éditeur

Qui n’a jamais rêvé de retourner en enfance ? C’est exactement ce qui arrive à cet homme mûr, qui de retour d’un voyage d’affaires, fait un détour par sa ville natale, pour se recueillir sur la tombe de sa mère. Il est alors projeté dans le passé, où il revit une journée de son enfance, tout en gardant son caractère et son expérience d’adulte. Pour la première fois, il verra ses parents avec le regard de quelqu’un à même de comprendre.

Entre nostalgie, souvenirs et magie de la mémoire, les œuvres de Jiro Taniguchi sont toujours des invitations à la rêverie d’une grande sensibilité. Maître du manga, il en détourne les codes pour mieux se rappeler le monde de son enfance, qui constitue le cœur de son inspiration graphique. Un véritable chef d’œuvre.

Ce que j’en pense

Il y a longtemps que je désirais faire la connaissance de Jirô Taniguchi qui nous a quitté il y a quelques temps.

Qui n’a pas rêvé de faire un voyage dans le temps ? Quoi de mieux pour remonter le temps que se tromper de train et revenir dans la ville de son enfance ?

J’ai bien aimé la manière dont Taniguchi le fait : se retrouver dans le corps de l’enfant que le héros Hiroshi Nakahara, a été à quatorze ans, alors que dans sa tête il en a toujours quarante huit et retourner à l’école, apprendre les choses beaucoup plus facilement, voir ses camarades d’un autre œil, car il sait ce qu’ils vont devenir plus tard .

Même ses performances sportives sont meilleures qu’autrefois, car son corps est devenu tellement plus léger…

Hiroshi va pouvoir mieux analyser ses relations avec ses parents, comprendre pourquoi son père est parti un jour sans explications.

l’auteur évoque aussi un autre aspect de ce retour dans le temps : peut-on modifier le cours des choses, corriger ce qui a laissé des regrets ?

J’ai bien aimé l’histoire et les dessins de Jirô Taniguchi, donc je vais continuer à explorer son œuvre.

http://www.canalbd.net/canal-bd_catalogue_detail_Quartier-Lointain-T1–9782203372344

 

Extraits

quartier lointain Planche 1

Lu en juin 2017