Publié dans Littérature Australienne

« Le garçon et l’univers » de Trent Dalton

J’ai flashé sur la couverture de ce roman australien (encore un)  avec:

 

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

Une enfance australienne.

Darra, banlieue de Brisbane, 1985. Eli, bientôt 13 ans, grandit entre une mère toxico, un grand frère mutique et, en guise de baby-sitter, l’un des anciens prisonniers les plus célèbres d’Australie : Arthur « Slim » Halliday. Mais Eli ne connaît rien d’autre et, en l’absence de son père biologique, peut compter sur les « good bad men » qui l’entourent : son beau-père Lyle, qui a plongé sa mère dans la drogue mais tente maintenant de l’en sortir ; Slim, que sa longue expérience en cellule d’isolement a rendu philosophe ; Gus, son frère, qui communique en écrivant dans l’air et semble avoir des talents de devin. Un jour, Eli découvre dans le pavillon familial une pièce secrète qui contient de la drogue et un mystérieux téléphone rouge : il suit
Lyle et comprend que celui-ci travaille pour un gang de trafiquants local. Furieux et fasciné à la fois, Eli demande à travailler pour lui…

Traduit de l’anglais (Australie) par Maxime Shelledy et Souad Degachi

 

Ce que j’en pense

 

Eli Bell a douze ans lorsque nous faisons sa connaissance. Son frère August, alias Gus, qui a un an de plus, ne parle plus depuis l’âge de six ans, à la suite d’un accident des plus bizarres à la suite duquel les parents se sont séparés. Ces deux ados vivent avec leur mère, Frances, ex-junkie et son compagnon Kyle que les enfants aiment bien. Ils habitent près de Brisbane, un coin où la drogue circule, inonde tout sur son passage.

Eli et Gus ont eu pour baby-sitter, un ancien prisonnier, Arthur « Slim » Halliday, alias le Houdini de Boggo Road, car il a réussi des évasions spectaculaires de cette prison de Boggo Road, condamné pour le meurtre d’un chauffeur de taxi (meurtre dont on ne saurait jamais s’il était vraiment coupable!) et les relations d’amitié qui unissent Eli et Slim sont très fortes, il lui donne de bons conseils, et le pousse à se donner les moyens de réaliser ses rêves.

Cerise sur le gâteau, Slim adore Omar Khayyâm et ses quatrains, comme moi et nous en livre quelques uns au passage…

Mais Kyle n’est pas très net, à côté de son travail, il est dealer et rêve d’offrir à sa belle une maison, une autre vie. Eli et Gus l’accompagnent parfois lors de ses « livraisons » et côtoient ainsi les vendeurs vietnamiens, hauts en couleurs, une sommité de la ville, vendeur de prothèses « au dessus de tout soupçonnons » et son homme de main, habile dans l’art du découpage des corps…

Un jour, Kyle est emmené par le sbire du « Baron » de la drogue et on ne le reverra jamais. Trahi probablement par son ami d’enfance Teddy…

Cette famille est bien sûr hautement dysfonctionnelle, Eli ayant plus de plomb dans la cervelle que sa mère ou son père, qui picole du matin au soir. Il rêve d’être journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, et la manière dont il tombe amoureux de la journaliste responsable de la rubrique est adorable; il a treize ans, elle en a dix de plus, et espère qu’elle l’attendra.

J’ai beaucoup aimé ce roman; il démarre pourtant par des scènes de violence, traite de la misère, de la drogue, des dealers sans scrupules, des flics qui cautionnent, mais les personnages de cette famille sont tellement attachants qu’on laisse la violence de côté pour ne s’intéresser qu’à eux.

Frances, alias Frankie dit toujours que ses enfants sont spéciaux, et si l’intelligence d’Eli ne fait pas de doute, on s’interroge sur Gus, qui refuse de parler, s’exprime en écrivant ses phrases dans l’espace. Parfois on a l’impression que cela ne veut rien dire du tout et qu’il a des hallucinations, ou un syndrome de stress post traumatique (on le serait à moins avec tout ce que ces deux-là ont vécu).

Il y a un élément marquant: derrière le placard de la penderie, dont le fond coulisse, il y a un passage secret, donnant sur une pièce fermée, où trône un téléphone rouge qui sonne de temps en temps, quand les les gamins s’y trouvent! hallucinations? Manipulation? Magie?

La dernière partie est grandiose, et montre comment les pièces du puzzle, qui ont été semées, échappant parfois à l’attention du lecteur, s’articulent.

C’est un pavé, 580 pages, il me semble que j’ai dévoré, après quelques pages où la violence me freinait beaucoup, mais il faut tenir le coup car cette lecture est passionnante. Je pourrais en parler pendant des heures…

Cet auteur est prometteur… et je remercie NetGalley et les Editions Harper Collins France qui m’ont permis de le découvrir.

La couverture est magnifique et j’ai littéralement flashé sur elle…

#LeGarçonEtLunivers #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Trent Dalton est journaliste pour The Weekend Australian Magazine et scénariste. Il a été plusieurs fois récompensé pour ses articles, notamment son recueil Detours : Stories from the Street (2011), résultat de trois mois d’immersion dans des communautés de sans-abris de Brisbane.

Son travail de scénariste a également été couronné de prix prestigieux comme le prix Canal+ International, décerné par le Festival du Court-Métrage de Clermont-Ferrand.

 

 

Extraits

 

August écrit dans l’air de la même façon que Mozart jouait du piano, à ce que m’en a dit mon vieux voisin, Gene Crimmins: comme si le destin de chaque mot était d’arriver jusqu’à nous tel un colis expédié depuis un lieu imaginé par son esprit en ébullition.

 

Les mots, c’est pas terrible à l’intérieur, il vaut mieux les laisser sortir.

Tout le monde fuit quelque chose — des idées la plupart du temps…

 

D’après ce que j’ai vu, le grand amour est une chose difficile. La véritable passion a beaucoup à voir avec la mort.

 

Maman était une néphile, ces années-là. Mais elle était aussi la toile et le papillon — le papillon tigre bleu aux ailes de saphir, en train de se faire dévorer vivant par l’araignée.

 

La vérité, dit Bich, c’est que les enfances australiennes sont si idylliques et joyeuses, pleines de journées à la mer et de parties de cricket dans le jardin, que l’âge adulte ne peut pas répondre aux espoirs des enfants.

 

Le temps, c’était l’ennemi antique. Il a dit que le temps nous tuait lentement.

C’est toujours le temps qui gagne, a-t-il dit. Alors fais ton temps avant qu’il ne te fasse la peau.

 

Je ne sais pas ce que j’attendais d’un deal. Plus de romanesque, peut-être. Du danger, du suspense, de l’adrénaline? Je me rends compte que le dealer moyen de banlieue n’est pas très éloignée du livreur de pizza lambda.

 

Et c’est comme ça pour tous les hommes, gamin. On a tous un peu de bon et un peu de mauvais en nous. Le truc compliqué, c’est d’apprendre à être bon tout le temps, et jamais mauvais. Certains d’entre nous y arrivent. Mais la plupart, non.

 

Il me regarde dans les yeux et essaye de me comprendre, et je pense qu’il me comprend car il respire, et c’est ce que les humains font. Nous respirons. Mais, nous pouvons aussi devenir fous. Fous de tristesse.

 

Le temps est la réponse à tout, bien sûr. La réponse à nos prières, à nos meurtres, à nos pertes, à nos hauts et nos bas, à nos amours, à nos morts.

 

Le temps, on ne peut pas le contrôler; le planifier ou le manipuler, parce qu’il n’est pas vraiment là. Ce n’est pas l’univers qui a inscrit des noms sur nos calendriers et des chiffres romains sur nos horloges, c’est nous.

 

Oh! viens le vieux Khayyam et laisse le sage parler;

Seule une chose est certaine, la vie s’envole;

Seule une chose est certaine, le reste n’est que mensonge;

La fleur, jadis épanouie, meurt pour toujours.

 

Chaque jour de ta vie t’a emmené vers demain. Mais, bien sûr, chaque jour de ta vie t’a aussi mené à aujourd’hui.

 

Lu en mai 2019

 

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18 commentaires sur « « Le garçon et l’univers » de Trent Dalton »

  1. Merci de nous présenter ce nouveau roman d’un auteur australien qui est un parfait inconnu pour moi !! Je trouve comme toi la couverture magnifique ! Je le note mais j’attendrai car les pavés en ce moment ce n’est pas pour moi je profite du printemps pour balader car dès le 1er juin la plupart des massifs provençaux vont encore être interdits à cause des risques de feu et ensuite…avec les beaux jours, je ne lis plus que le soir…

    Aimé par 1 personne

    1. c’est son premier roman, il est surtout connu comme journaliste, en fait et il faut dépasser les quelques scènes violentes du début, cela vaut le coup de persévérer , ces deux gamins sont extras…
      J’ai ralenti mon rythme de lecture, la cure me fatigue alors je dois me reposer… en plus c’est mon ordi de secours alors c’est plus compliqué et je suis mal installée… On ne peut pas tout avoir 🙂
      bon week-end à toi!
      ces fichus pyromanes!!! en plus cet année il y a beaucoup de vent ce qui ne va rien arranger!

      J'aime

    1. j’ai eu du mal au début, mais j’ai bien fait de m’accrocher, cette histoire est belle, sur fond de société australienne tout aussi en difficulté que nos sociétés européennes 🙂

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  2. Un premier roman et Australien c’est hyper tentant. D’autant plus que tu as donné l’envie de rentrer dans ce monde hors normes 🙂 Je vais de ce pas aller chercher ce qui est écrit sur cet auteur. Je lis beaucoup et ne chronique pas.

    Aimé par 1 personne

    1. j’espère qu’il te plaira car l’univers de l’auteur est particulier et il m’a beaucoup plu! la société australienne connaît les mêmes problèmes que la notre, notamment la drogue.
      rien que pour suivre Eli et Gus cela vaut le coup 🙂

      Aimé par 1 personne

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