Publié dans 19e siècle, Littérature américaine

« La lettre écarlate » de Nathaniel Hawthorne

Petit détour par le XIXe siècle avec ce roman américain, qui dormait dans ma liseuse depuis assez longtemps :

la lettre ecarlate de Nathaniel Hawthorne

 

Résumé sur Ebooks  libres et gratuits

À Boston, dans la Nouvelle-Angleterre puritaine du XVIIe siècle, Hester Prynne, jeune épouse d’un vieux savant anglais dont on est maintenant sans nouvelles, a commis le péché d’adultère et refuse de révéler le nom du père de son enfant. Elle est condamné à affronter la vindicte populaire sur le pilori, avec sa fille Pearl de trois mois, puis à porter, brodée sur sa poitrine, la lettre écarlate «A». Elle est bannie et condamnée à l’isolement. Le jour de son exhibition publique, son mari, un temps captif parmi les Indiens, la reconnait sur la place du Marché, s’introduit auprès d’elle en prison grâce à ses talents de médecin et lui fait promettre de ne pas révéler son retour. Il se jure de découvrir qui est le père afin de perdre l’âme de cet homme…

Écrit en 1850, La Lettre écarlate est considéré comme le premier chef-d’oeuvre de la littérature américaine. Avec ce roman historique, Nathaniel Hawthorne a écrit un pamphlet contre le puritanisme, base de la société américaine de l’époque, à laquelle appartenaient ses ancêtres qui avaient participé à la chasse aux sorcières de 1692. Honteux de ce passé, Nathaniel Hathorne ira jusqu’à transformer l’orthographe de son nom en Hawthorne…

Ce que j’en pense :

Ce roman nous décrit très bien la société puritaine, pour ne pas dire intégriste, de l’époque, où les droits des femmes étaient précaires, l’adultère sévèrement condamné au pilori avec obligation de porter la lettre écarlate A sur ses vêtements, dans un contexte d’hypocrisie notoire.

Hester aurait pu choisir l’exil, néanmoins elle choisit de continuer à vivre dans cette communauté qui les méprise, elle et sa fille Pearl, vivant de ses travaux de couture, et adoptant une conduite irréprochable.

Elle refuse de dénoncer son amant et force l’admiration. On note au passage que ce sont les femmes, vraies grenouilles de bénitier, qui sont les plus dures avec elle. Quant aux représentants de la loi, qu’ils soient juge, homme d’Église ou autres, ils brillent par leur mépris des femmes, et leur désir de les dominer.

Même si je préfère le personnage d’Hester, j’ai apprécié les deux personnages masculins principaux: le Pasteur Dimmesdale, cet homme d’église que beaucoup prennent pour un saint avec ses sermons qui enflamment ses ouailles mais qui s’étiole, rongé par un mal intérieur qui le brûle autant que la lettre écarlate portée par Hester.

D’autre part, le mari d’Hester, haut en couleurs, qui réapparaît le jour de sa condamnation, exigeant d’elle le silence, changeant de nom, autoproclamé médecin qui va utiliser les vertus des plantes apprises au contact des Indiens à des fins bien funestes:

« En un mot, le vieux Roger Chillingworth était une preuve évidente de la faculté qu’a l’homme, de se transformer en diable si pendant assez longtemps il joue un rôle de diable. Ce malheureux personnage avait subi pareille transformation en se consacrant pendant sept ans à l’analyse d’un cœur torturé, en tirant de cet office tout son bonheur, en attisant cette douleur dévorante dont il se repaissait passionnément. »

Nathaniel Hawthorne raconte donc les ravages de l’amour mais aussi ceux de la haine, les deux pouvant conduire à la destruction, mais aussi comment prendre son destin en mains et ne pas devenir une victime dans cette société puritaine et fermée sur elle-même.

J’ai beaucoup aimé ce roman, symbole du Romantisme américain, tant par l’histoire qu’il raconte que par le style de l’auteur. Je n’ai pas vu le film mais pourquoi pas?

 

Extraits :

Quand la jeune femme, la mère de l’enfant, se trouva pleinement exposée à la vue de la foule, son premier mouvement fut de serrer étroitement le nouveau-né contre elle. Ceci moins par tendresse maternelle que pour dissimuler certaine marque sur sa robe. L’instant d’après, jugeant sagement qu’un des signes de sa honte ne servirait que bien mal à cacher l’autre, elle prit l’enfant sur son bras. Puis avec une rougeur brûlante et pourtant un sourire hautain, elle leva sur les habitants de la ville le regard de quelqu’un qui n’entend pas se laisser décontenancer. Sur le corsage de sa robe, en belle étoffe écarlate et tout entourée des arabesques fantastiques d’une broderie au fil d’or, apparut la lettre A. C’était si artistiquement ouvré, avec une telle magnificence, une telle surabondance de fantaisie, que cela faisait l’effet d’un ornement des mieux faits pour mettre la dernière main au costume que portait la jeune femme – lequel répondait par sa splendeur au goût de l’époque, mais outrepassait de beaucoup les limites permises par les lois somptuaires de la colonie.

 

Mais il existe une fatalité, un sentiment, si impérieux qu’il a force de loi, qui oblige presque invariablement les êtres humains à ne pas quitter, à hanter comme des fantômes, les endroits où quelque événement marquant a donné sa couleur à leur vie ; et ceci d’autant plus irrésistiblement que cette couleur est plus sombre. Son péché, sa honte étaient les racines qui implantaient Hester en ce sol. C’était comme si une seconde naissance– une naissance qui l’aurait mieux pénétrée de son ambiance que la première – avait transformé pour elle ce pays de forêts, encore si rebutant pour les autres Européens, en une patrie. Une patrie sauvage et lugubre mais où elle était véritablement chez elle et pour toute sa vie.

 

C’est là le malheur d’une vie fausse comme l’était la sienne : elle dépouille de leur moelle et de leur substance toutes les réalités qui nous entourent et que le ciel avait désignées pour être la nourriture et la joie de l’esprit. Le menteur voit tout l’univers devenir mensonge, se réduire à néant dans sa main. Et lui-même, dans la mesure où il se montre sous un faux jour, devient une ombre, cesse en vérité d’exister.

 

Elle s’était de sa propre main ordonnée sœur de charité. Ou disons plus exactement que c’était la lourde main du monde qui avait procédé à cette ordination sans que ni Hester ni lui eussent eu en vue ce résultat. La lettre écarlate était le symbole de sa vocation. Cette femme était tellement secourable, on trouvait en elle une telle puissance de travail et de sympathie, que bien des gens se refusaient à donner à la lettre A sa signification première. Ils disaient qu’elle voulait dire « Active » tant Hester était forte de toutes les forces de la femme et les prodiguait.

Lu en septembre 2017

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Publié dans 19e siècle, Littérature française

« Trois contes » de Gustave Flaubert

Toujours, dans ma période « nouvelles », j’enchaîne avec ce recueil:

 Trois contes de Gustave Flaubert

 

 

Ce que j’en pense

Flaubert nous propose ici trois contes, situés dans des périodes différentes de l’Histoire.

J’ai bien aimé la première nouvelle : « Un cœur simple », nous raconte la vie de Félicité, une femme pauvre et sans instruction, dont l’enfance a été difficile. Embauchée par Mme Aubain, elle va s’occuper de la maison et des enfants de celle-ci, Paul et Virginie.

C’est une belle histoire d’altruisme, car elle s’attache aux enfants, elle apprend au contact de Virginie, et étudie le catéchisme avec elle. Mais, ils vont s’éloigner pour les études. Elle compense alors en protégeant son neveu, Victor, qui finit par partir aussi. Il s’agit d’une femme simple de par ses origines sociales mais dont le cœur, la générosité l’empathie sont immenses. Elle s’attache aussi au perroquet Loulou qu’elle finira par faire empailler et qui sera investi de façon quasi religieuse.

« La Légende de Saint Julien l’Hospitalier », qui s’inspire d’un vitrail de la cathédrale de Rouen qui retrace la légende du Moyen-âge de saint Julien, ne m’a guère plu, mais je l’ai quand même terminée. Déjà, je déteste l’univers de la chasse, donc cet enfant promis à un grand destin qu’on élève dans le luxe, l’initiant à la vénerie et qui se met à massacrer tous les animaux, oiseaux qui lui tombent sous la main, ou plutôt le fusil, l’arbalète etc. cela m’a révulsée.

C’est massacre à la tronçonneuse au Moyen-âge. Et cet homme qui tue tout ce qui bouge, même ses proches et tente de se racheter en fuyant le monde, passant du luxe à la pauvreté et finissant sanctifié !!!

« Hérodias » m’a plu davantage : Flaubert remonte encore plus loin dans le passé et nous raconte un épisode de la vie du tétrarque Hérode Antipas, et aborde ici plusieurs thèmes : la haine des Juifs d’Hérodote Antipas, l’inceste car il a épousé sa nièce Hérodias, la détention arbitraire de Iaokannan, que l’on connaît mieux sous le nom de Jean le Baptiste, car celui-ci veut qu’il se sépare d’elle.

Antipas est confronté à un dilemme : soit il écoute sa femme et fait exécuter Iaokannan au risque d’être châtié par Dieu, soit il le laisse libre en échange de la soumission des Esséniens, réflexion interrompue par l’arrivée de Vitellius, chef des Romains, qui profite du banquet d’anniversaire d’Antipas, pour visiter la citadelle.

Une réflexion aussi sur l’hypocrisie dans le mariage, la recherche de l’intérêt personnel, l’avidité pour le trésor présumé d’Hérode Antipas, la venue de Jésus, la religion, sans oublier la danse de Salomé, fille d’Hérodias…

Passons au style de Flaubert : l’écriture est belle, les mots sont précis, tantôt ils ont la puissance de la houle, de l’océan déchaîné, tantôt, ils s’enroulent en douceur, comme l’eau qui vient lécher les galets. Il y a une musique Flaubert, mais parfois, à force de chercher le terme exact, et le rythme adéquat, cette écriture est tellement peaufinée, (certainement travaillée et retravaillée dans son « Gueuloir ») qu’elle en devient parfois trop précieuse, manquant de cette spontanéité que j’aime tant chez son élève préféré, Maupassant.

Pour moi, ces trois contes sont faits pour être lus à haute voix, pour en apprécier davantage la puissance.

Cette critique m’a donné beaucoup de mal: d’une part, c’est la première fois que je parle d’un livre de cet auteur, donc l’impression de commettre un crime de lèse-majesté,  et surtout, les trois thèmes sont très différents, donc la synthèse difficile . J’espère que les puristes me pardonneront…

challenge 19e siècle.

Extraits

Presque toujours on se reposait dans un pré, ayant Deauville à gauche, Le Havre à droite et en face, la pleine mer. Elle était brillante de soleil, lisse comme un miroir, tellement douce qu’on entendait à peine son murmure ; des moineaux cachés pépiaient, et la voute immense du ciel recouvrait tout cela. P 25 « Un cœur simple »

 

Toujours enveloppé d’une pelisse de renard, il se promenait dans sa maison, rendait la justice à ses vassaux, apaisait les querelles des voisins. Pendant l’hiver, il regardait les flocons de neige tomber ou se faisait lire des histoires. Dès les premiers beaux jours, il s’en allait sur sa mule le long des petits chemins, au bord des blés qui verdoyaient, et causait avec les manants, auxquels il donnait des conseils. Après beaucoup d’aventures, il avait pris pour femme une demoiselle de haut lignage. P 77 « La Légende de Saint Julien l’Hospitalier »

 

Sa propre personne lui faisait tellement horreur qu’espérant s’en délivrer il l’aventura dans des périls. Il sauva des paralytiques des incendies, des enfants du fond des gouffres. L’abîme le rejetait, les flammes l’épargnaient. P 117 idem

 

Tous ces monts autour de lui, comme des étages de grands flots pétrifiés, les gouffres noirs sur le flanc des falaises, l’immensité du ciel bleu, l’éclat violent du jour, la profondeur des abîmes le troublaient ; et une désolation l’envahissait au spectacle du désert, qui figure, dans le bouleversement de ses terrains, des amphithéâtres et des palais abattus. Le vent chaud apportait, avec l’odeur du soufre, comme l’exhalaison des villes maudites, ensevelies plus bas que le rivage sous les eaux pesantes. Ces marques d’une colère immortelle effrayaient sa pensée. P 134 « Herodias »

 

Lu en juin 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature française

« Mademoiselle Fifi… » de Guy de Maupassant

Je continue ma relecture des nouvelles de Maupassant avec :

Mademoiselle Fifi de Maupassant

Ce que j’en pense

Ce recueil comporte en fait dix-huit nouvelles qui épinglent au passage la société de l’époque à travers les thèmes de prédilection de Maupassant : la prostitution, le libertinage, la relation homme femme, l’occupation de la France par les Prussiens…

« Mademoiselle Fifi » qui est en fait un prussien « Le marquis Wilhem d’Eyrik, un tout petit blondin fier et brutal avec les hommes, dur aux vaincus, et violent comme une arme à feu. » qui occupe, avec ses compagnons, le château qu’une famille française a dû fuir. Seul le curé du village fait de la résistance en ne faisant plus sonner son clocher, au grand dam des Prussiens.

« C’était sa manière à lui de protester contre l’invasion, protestation pacifique, protestation du silence, la seule, disait-il, qui convînt au prêtre, homme de douceur et non de sang. »

Tout ce petit monde s’ennuie et tue le temps en se livrant à des exactions, détruisant les meubles, la vaisselle ou les tableaux par jeu macabre : la toute-puissance de l’occupant donc… alors, on décide de faire une soirée légère en allant chercher des femmes.

On retrouve ce thème dans une autre nouvelle : « deux amis », deux hommes, adeptes de la pêche, se retrouvent au bord de la rivière après avoir traversé les lignes.  Ils entendent les détonations en provenance du Mont Valérien, se croient en sécurité car ils ne font rien de mal. Ils se font arrêter par les Prussiens, force occupante, et sous couvert d’une accusation gratuite d’espionnage condamnés exécutés pour le simple plaisir de tuer… cette nouvelle fait penser bien-sûr à l’occupation et aux exactions nazies.

Ma préférée est « Madame Baptiste » : enfant, elle a été victime d’abus sexuel par un homme qui a été condamné mais c’est elle que les bien-pensants montrent du doigt et accuse de mœurs légères ; on s’éloigne d’elle comme si elle était contagieuse, on se moque d’elle ouvertement. On retrouve le thème de l’hypocrisie, une fois qu’on a été cloué au pilori, quoi qu’il puisse arriver on sera condamné… hypocrisie de la société mais en premier lieu de l’Église qui lui refuse les derniers sacrements, et donc seules quelques personnes assisteront à l’enterrement.

Dans « Le lit », l’auteur nous propose une analyse quasi philosophique du rôle du lit dans la vie des hommes et des femmes. « Le lit, mon ami, c’est toute notre vie. C’est là qu’on naît, c’est là qu’on aime, c’est là qu’on meurt… mais c’est aussi là qu’on souffre ! Il est le refuge des malades, un lieu de douleur aux corps épuisés»

Maupassant aborde aussi l’amour, dans « Les mots d’amour », il égratigne au passage une femme qui a l’habitude de dire après l’amour, des mots doux qui ne plaisent pas à son amant (mon gros chien, mon chat ou mon coq ou encore mon gros lapin adoré) qui sont pour lui des tue-l’amour et qu’il en vient à préférer ses silences.

Et bien-sûr quelques scènes sur le couple, le mariage, l’infidélité ou des femmes légères, qui relèvent parfois de la misogynie (cf. « La bûche » ou « La relique ») mais il n’est pas tendre non plus avec les hommes : dans « A cheval », il étrille un homme qui veut parader, se croyant supérieur aux autres, car bien né…

Et encore dans ce recueil, une nouvelle consacrée à la folie, avec « Fou ? », l’histoire d’une homme tellement jaloux qu’il l’est de tout ce qui approche la dame de ses pensées, et même de son cheval !!! est-il vraiment amoureux d’ailleurs, car il passe de l’amour à la haine d’une minute à l’autre.

J’ai lu la plupart des nouvelles de Maupassant, il y a longtemps et j’ai beaucoup de plaisir à les relire, tant l’écriture est belle, fascinante et le ton, tour à tour, lucide, féroce, voire caustique,  ou ironique, mais toujours léger.

Extraits

La pluie tombait à flots, une pluie normande qu’on aurait dit jetée par une main furieuse, une pluie en biais, épaisse comme un rideau, formant une sorte de mur à raies obliques, une pluie cinglante, éclaboussante, noyant tout, une vraie pluie des environs de Rouen, ce pot de chambre de la France. « Mademoiselle Fifi »

Depuis son arrivée en France, ses camarades ne l’appelaient plus que Melle Fifi. Ce surnom lui venait de sa tournure coquette, de sa taille fine qu’on aurait dit tenue par un corset, de sa figure pâle où sa naissante moustache apparaissait à peine, pour exprimer son souverain mépris des êtres et des choses, d’employer à tout moment la locution française – fi, fi, donc – qu’il prononçait avec un léger sifflement. « Mademoiselle Fifi »

La petite fille grandit, marquée d’infamie, isolée, sans camarade, à peine embrassée par les grandes personnes qui auraient cru se tacher les lèvres en touchant son front. « Madame Baptiste »

« Voyez-vous, madame, quel que soit l’amour qui les soude l’un à l’autre, l’homme et la femme sont toujours étrangers d’âme, d’intelligence ; ils restent deux belligérants ; ils sont d’une race différente ; il faut qu’il y ait toujours un dompteur et un dompté, un maître et un esclave ; tantôt l’un, tantôt l’autre ; ils ne sont jamais deux égaux. « La bûche »

Mais, connaît-on jamais les femmes ? Toutes leurs opinions, leurs croyances, leurs idées sont à surprises. Tout cela est plein de détours, de retours, d’imprévu, de raisonnements insaisissables, de logique à rebours, d’entêtement qui semblent définitifs et qui cèdent parce qu’un petit oiseau est venu se poser sur le bord d’une fenêtre. « La relique »

Vois-tu, ma pauvre enfant, pour les hommes pas bêtes, un peu raffinés, un peu supérieurs, l’amour est un instrument si compliqué qu’un rien le détraque. Vous autres femmes, vous ne percevez jamais le ridicule de certaines choses quand vous aimez, et le grotesque des expressions vous échappe. « Les mots d’amour »

Lu en mai 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature française

« La maison Tellier… » de Guy de Maupassant

Je vous parle aujourd’hui d’un deuxième recueil de nouvelles regroupées sous le titre « La maison Tellier »

La maison Tellier Guy de Maupassant1 

Quatrième de couverture

« Fermé pour cause de première communion » : un tel avis, sur la porte d’une maison close, n’est pas chose courante, et les habitués de la maison Tellier, de Fécamp, n’en reviennent pas. Pendant ce temps, Madame et ses cinq pensionnaires vont retrouver à la campagne, le temps d’une fête, leurs émois et leur innocence de petites filles…

A côté de ce chef-d’œuvre, huit autres nouvelles déploient ici l’éventail du génie de Maupassant. Petits employés parisiens, paysans timides, noceurs désabusés, filles rouées ou naïves : toute une humanité, où des surprenantes candeurs se mêlent à la violence des appétits et des intérêts, est dépeinte avec la couleur éclatante et le réalisme vigoureux des toiles de Renoir, de Manet ou de Toulouse-Lautrec

Ce que j’en pense

Ce recueil est composé de neuf nouvelles toutes savoureuses.

On commence par « La maison Tellier »Maupassant nous livre une description drôle, incisive, parfois ironique d’une maison close », qui est fermée à ses habitués désorientés, pour cause de … « première Communion ». On assiste au voyage de ces dames, toutes sur leur trente et un, et un moment d’anthologie avec l’accès de ferveur pendant la messe, où elles prient à genoux avec candeur sous l’œil presque attendri du vieux prêtre. On a là deux aspects de la vie de ces prostituées qui s’entremêlent : attitude respectable à l’extérieur et « débauche » dans la maison close, elles passent de l’un à l’autre de façon très naturelle.

J’ai beaucoup aimé aussi « histoire d’une fille de ferme », destin d’une jeune femme amoureuse, dont l’amant s’en va la laissant seule et enceinte. L’auteur décrit très bien la découverte de la grossesse du corps qui change, puis l’enfant qu’elle doit confier à une nourrice. Elle jongle, elle-aussi entre deux vies, le dur travail à la ferme et les visites rares à son enfant dont le maître ignore l’existence. Une longue nouvelle très plaisante à lire.

Maupassant aborde aussi, dans « Le Papa de Simon », la difficulté pour un enfant de ne pas avoir de père et la manière dont il devient le souffre-douleur des autres à l’école : les parents jasent sur la légèreté de la mère et leurs enfants reproduisent la même chose sur Paul.

Une autre nouvelle qui m’a beaucoup plu : « En famille », la vie monotone de Mr Caravan, commis au Ministère de la marine, dont la mère habite l’étage au-dessus acariâtre et pingre est retrouvée inerte. Le pseudo médecin qu’il côtoie tous les jours en se rendant au travail, certifie le décès. Sous l’effet de ce deuil, il s’effondre, tentant de raconter son malheur dans l’indifférence, buvant beaucoup alors que sa femme commence à penser à récupérer la commode et la pendule, afin qu’elles échappent à la belle-sœur avec qui les relations sont plus que froides. Ce qui donne une scène de déménagement des meubles très drôle…

 C’est un texte féroce sur l’hypocrisie, entre les membres de la famille, la belle-fille qui pleure sur commande quand il y a des visites, sa fille qui agit par mimétisme en organisant des visites de copains, le mari tellement dépassé par les évènements sans oublier la chute géniale…

Ce sont mes quatre nouvelles préférées mais les autres ne sont pas dénuées de charme et l’écriture de Maupassant toujours aussi belle…

Un petit clin d’œil au passage à la deuxième nouvelle : « Les tombales » qui nous raconte les visites au cimetière d’une femme en grand deuil qui cherche en fait un amoureux, un plan drague assez drôle…

Extraits

Fumant, les coudes sur la table, un verre de fine champagne à moitié plein devant son assiette, engourdi dans une atmosphère de tabac aromatisé par le café chaud, il semblait chez lui tout à fait, comme certains êtres sont chez eux absolument, en certains lieux et en certains moments, comme une dévote dans une chapelle, comme un poisson rouge dans son bocal.  « Les tombales »

 

Et puis, j’aime les cimetières parce que ce sont des villes monstrueuses, prodigieusement habitées. Songez donc à ce qu’il y a de morts dans ce petit espace, à toutes les générations de Parisiens qui sont logés là, pour toujours, troglodytes définitifs enfermés dans leurs petits caveaux, dans leurs petits trous couverts d’une pierre ou marqués d’une croix, tandis que les vivants occupent tant de place et font tant de bruit, les imbéciles. « Les tombales »

La terre est bornée pour le pêcheur, et dans l’ombre, quand il n’y a pas de lune, la rivière est illimitée. Un marin n’éprouve point la même chose pour la mer. Elle est souvent dure et méchante, c’est vrai, mais elle crie, elle hurle, elle est loyale, la grande mer ; tandis que la rivière est silencieuse et perfide. « Sur l’eau »

Alors commença le délire, ce délire fuyant des gens de la campagne qui se croient frappés par un sort, un besoin fou de partir, de s’échapper, de courir devant le malheur comme un vaisseau devant la tempête. « Histoire d’une fille de ferme »

Car dans cette banlieue parisienne, remplie d’une population de province, on retrouve cette indifférence du paysan pour le mort, fût-il son père ou sa mère, cet irrespect, cette férocité inconsciente si commune dans les campagnes et si rares à Paris. « En famille »

Sa vie était coupée au milieu ; et sa jeunesse entière disparaissait engloutie dans cette mort. Tout l’ « autrefois » était fini ; tous les souvenirs d’adolescence s’évanouissaient ; personne ne pourrait plus lui parler des choses anciennes, des gens qu’il avait connus jadis, de son pays, de lui-même, de l’intimité de sa vie passée ; c’était une partie de son être qui avait fini d’exister ; à l’autre de mourir maintenant. « En famille »

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Lu en mai 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature française

« Boule de suif… » de Guy de Maupassant

J’ai commencé à vraiment découvrir Maupassant en regardant l’émission « Apostrophe » durant laquelle Giscard d’Estaing, président de la République, était venu parler à Bernard Pivot de ses auteurs préférés, fin des années 70 et de sa passion pour cet auteur. Illico, j’avais foncé sur des nouvelles, je ne sais plus lesquelles… et la magie a opéré tout de suite.

Je viens de relire ce livre, publié dans la collection « Les grands Ecrivains » choisis par l’Académie Goncourt.

 Boule de suifet... de Guy de Maupassant

Résumé proposé par les classiques du livre de poche

« Boule de Suif, le conte de mon disciple dont j’ai lu ce matin les épreuves, est un chef-d’œuvre, je maintiens le mot, un chef-d’œuvre de composition, de comique d’observation. »
Paul Morand n’est pas moins enthousiaste que Flaubert : « une grande nouveauté, une parfaite réussite », souligne-t-il, tout en comparant la nouvelle à l’Olympia de Manet.

Issue, seule de son espèce, d’une sorte de concours littéraire lancé lors d’une des soirées de Médan, « Boule de Suif » fait figure non de manifeste, mais d’accomplissement. Le bonheur d’un titre, la virtuosité d’un conteur qui joue sur tous les registres – y compris le comique -, servis par une plume souple et ferme à la fois, employée à peindre la cupidité aussi bien que l’amour, les préjugés ou le bonheur, n’y sont pas étrangers.

Mais quelle recette mystérieuse et efficace est ici à l’œuvre ? Maupassant à son meilleur saisit « dans leurs côtés cruels les réalités de la vie », non sans dégager de cet amalgame soigneux de bourgeois avides et d’humiliés perdus une poésie âcre et forte.

Ce que j’en pense

Ce livre propose vingt et une nouvelles, à commencer par « Boule de suif » qui est un bijou qui nous raconte le voyage d’une « fille de joie » qui tente de rejoindre Rouen pour échapper à l’invasion prussienne, en compagnie de gens « bien comme il faut », notables, bourgeois, catholiques, sans oublier deux bonnes sœurs accrochées à leurs chapelets.

C’est une critique féroce de la bourgeoisie bienpensante de l’époque (mais les choses ont-elles changé ?) qui se permet de porter des jugements à l’emporte-pièces, sur le bien le mal, l’hypocrisie, le mépris vis-à-vis de cette femme qu’on envoie à l’abattoir, pour pouvoir continuer la route.

On regarde avec ironie et condescendance sa surcharge pondérale, mais on n’a plus de scrupules quand il s’agit de partager ses provisions au cours du chemin, car elle avait été plus prévoyante qu’eux.

On fait pression sur elle pour qu’elle partage le lit de l’officier prussien qui prend le petit groupe en otage, parce qu’après tout c’est son métier, alors qu’elle-même refuse de « pactiser avec l’ennemi ». Ce sont les mêmes qui la condamnent et la traitent par le mépris ensuite, sans aucune reconnaissance pour le sacrifice qu’elle a accompli.

Parmi les autres nouvelles, j’ai bien aimé : « La moustache », accessoire érotique indispensable et irrésistible pour Jeanne, « Le lit 29 » où Irma, contaminée par les Prussiens qui ont abusé d’elles décide de ne pas se soigner pour contaminer un maximum d’officiers ennemis.

« Une vendetta » nous raconte la vengeance diabolique et extraordinaire d’une mère contre celui qui a tué son fils unique.

Autre nouvelle intéressante : « La chevelure » dans laquelle Maupassant trace un bon portrait du fétichisme et de l’obsession qui conduisent à la folie.

L’auteur nous propose une réflexion sur la mort, avec une référence à Schopenhauer et un hommage à la lecture au passage, dans une très courte nouvelle « Auprès d’un mort ».

La magie opère toujours, j’aime tellement cette écriture !!! c’est un des rares auteurs dont j’ai les œuvres entières dans la Pléiade !!! Avec « Les fables » de La Fontaine et depuis Noël dernier, Zweig… et que je relis encore et encore.

J’ai vu toutes les adaptations télévisées des nouvelles de Maupassant, et, moi qui trouve que c’était toujours mieux avant, j’ai beaucoup aimé l’adaptation TV avec Marie-Lou Berry dans le rôle de Boule de Suif. Ces nouvelles n’ont pas pris une ride!

Maupassant fait partie de mon tiercé parmi les auteurs français du XIXe siècle, avec Balzac et Zola, et Stendhal n’est pas loin, tiercé qui, selon les époques de ma vie, a été dans l’ordre ou le désordre !!!

Challenge XIXe siècle

 

Extraits

Les vases du fleuve ensevelissaient ces vengeances obscures, sauvages et légitimes, héroïsmes inconnus, attaques muettes, plus périlleuses que les batailles au grand jour et sans le retentissement de la gloire.

Car la haine de l’Étranger arme toujours quelques Intrépides prêts à mourir pour une Idée. P 12 « Boule de Suif »

Quand il y a des gens qui font tant de découvertes pour être utiles, faut-il que d’autres se donnent tant de mal pour être nuisibles ! Vraiment, n’est-ce pas une abomination de tuer des gens, qu’ils soient Prussiens, ou bien Anglais, ou bien Polonais, ou bien Français.

Ces hommes de lettres, vraiment, ne savent rien du monde. Ils ignorent tout à fait comment on pense et comment on parle chez nous. Je leur permettrais parfaitement de mépriser nos usages, nos conventions et nos manières, mais je ne leur permets point de ne pas les connaître. P 81 « La moustache »

Je suis possédé par le désir des femmes d’autrefois ; j’aime, de loin, toutes celles qui ont aimé ! – L’histoire des tendresses passées m’emplit le cœur de regrets. Oh ! la beauté, les sourires, les caresses jeunes, les espérances ! Tout cela ne devrait-il pas être éternel ? P117 « La chevelure »

Le passé m’attire, le présent m’effraie parce que l’avenir c’est la mort. Je regrette tout ce qui est fait, je pleure tous ceux qui ont vécu ; je voudrais arrêter le temps, arrêter, l’heure. Mais, elle va, elle passe, elle me prend de seconde en seconde un peu de moi pour le néant de demain. Et je ne revivrai jamais. P 117

Alors, il ne remuait plus, il lisait, il lisait de l’œil et de la pensée ; tout son pauvre corps expirant semblait lire, toute son âme s’enfonçait, se perdait, disparaissait dans ce livre jusqu’à l’heure où l’air rafraichi le faisait un peu tousser. Alors, il se levait et rentrait. P 189 « Auprès d’un mort »

Lu en mai 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature française

« Mémoires de deux jeunes mariées » : Honoré de Balzac

Je renoue aujourd’hui avec mon auteur préféré : reconnaissez que mes délires balzaciens commençaient à vous manquer !!

mémoires de deux jeunes marièes de Balzac 

Résumé de l’éditeur

Elles sont deux, Renée et Louise, qui, à peine sorties du couvent, vont suivre des destinées contraires. Faut-il mettre de la passion dans le mariage ? Ou y chercher un bonheur raisonnable ? Derrière cette « dispute », menée par correspondance, une lutte sourde oppose deux ambitions : Renée, la sage, n’exige pas moins de la vie que Louise la folle. Débat sur le mariage, les « Mémoires de deux jeunes mariées » sont aussi l’histoire d’une rivalité.

Et si la sagesse finit par triompher du « romanesque », il ne faut peut-être pas trop se fier au dénouement : « J’aimerais mieux être tué par Louise que de vivre longtemps avec Renée », disait Balzac.

Ce que j’en pense

Balzac a choisi le genre épistolaire pour nous présenter le mariage sous plusieurs formes. Louise et Renée se sont connues au couvent, et une fois rendues à la liberté, elles continuent à correspondre alors que leurs vies ont pris des tournures différentes.

Tout semble les opposer, le physique, le statut social, à tel point qu’on à parfois l’impression d’avoir deux aspects d’une même personnalité, tant le lien qui les unit est particulier…

D’un côté Louise, blonde, fille de la noblesse (un Duc parmi les ancêtres, exilé, mis à mal sous Napoléon, avec un retour en grâce sous Louis XVIII), un héritage que la famille la contraint à abandonner au profit d’un frère. Elle épouse, sans dot donc, un noble espagnol devenu apatride, son frère ayant hérité du titre et de la fiancée, devenant ainsi Louise de Macumer.

L’autre, brune, épouse un homme plus âgé qu’elle, dont la vie a été difficile, sa famille l’a cru mort au combat et part vivre avec lui en Provence, devenant Renée de l’Estorade.

Balzac nous raconte ainsi deux mariages aussi différents que le sont ces deux héroïnes : Louise s’est mariée par amour, Renée a fait un mariage de raison, d’où une réflexion sur l’amour passion par rapport à l’amour raison qui se construit peu à peu.

On se rend compte que Louise est amoureuse de l’amour : son premier mari est fou d’elle, et amoureuse de son propre reflet, tel Narcisse, elle se laisse adorer, vénérée, s’étourdissant dans la vie parisienne et les fêtes, l’insouciance, jalouse de toute femme qui peut lui faire de l’ombre, prenant un peu des distances épistolaires avec son amie tant leurs milieux diffèrent.

« Ton mariage purement social, et mon mariage qui n’est qu’un amour heureux, sont deux mondes qui ne peuvent pas plus se comprendre que le fini ne peut comprendre l’infini. Tu restes sur la terre, je suis dans le ciel ! Tu es dans la sphère humaine, je suis dans la sphère divine ! »

Avec son deuxième mariage, avec un poète qu’elle emmène loin de tout, dans un paradis terrestre (pour vivre heureux, vivons cachés), ce sera l’inverse, c’est elle qui se consume d’amour.

Renée construit sa vie, s’épanouissant dans son rôle de mère, œuvrant pour que son époux arrive à la députation. Pour elle, il s’agit de devoir conjugal où le plaisir est absent, de dévouement envers la famille.

« Tu peux avoir les illusions de l’amour, toi, chère mignonne ; mais moi, je n’ai plus que les réalités du ménage. »

Balzac nous fournit ainsi une étude approfondie du mariage à travers deux conceptions différentes, voire opposées, sans prendre parti. Il nous donne probablement accès à sa part féminine en même temps qu’il évoque la condition des femmes à son époque. Renée représente-t-elle pour lui la mère idéale qu’il n’a pas eue ?

Bien-sûr, les lettres s’espacent au fil du temps et de la vie de chacun, mais l’auteur nous raconte aussi une belle histoire d’amitié entre Louise et Renée, même si leurs idées divergent de plus en plus, il y a une forme d’entraide : Louise se sert de ses relations pour aider la carrière politique du mari de Renée par exemple. Renée qui tente, elle, de faire prendre conscience à Louise de son égoïsme, son auto-centrisme,  se fait rabrouer.

Certes, ce n’est pas le roman de Balzac que je préfère, mais son analyse du statut de la femme mariée au XIXe siècle m’a plu et il n’y a pas si longtemps que cela qu’une femme peut choisir librement son mari, sans subir des pressions de sa famille et dans certaines cultures les choses ont guère évolué.

 

Extraits

Ma chère, à Paris, il y a de l’héroïsme à aimer les gens qui sont auprès de nous, car nous ne sommes pas souvent avec nous-mêmes. Comme on oublie les absents dans cette ville !

La bravoure, en France, recule devant un feutre rond et faute de courage pendant une journée on y reste ridiculement coiffé pendant toute sa vie.

 

L’amour est certainement une incarnation, et quelles conditions ne faut-il pas pour qu’elle ait lieu ! Nous ne sommes même pas certaines d’être toujours bien d’accord avec nous-mêmes, que sera-ce à deux ? Dieu seul peut résoudre ce problème.

Je ne me sens pas le moindre respect pour quelque homme que ce soit, fût-ce un roi. Je trouve que nous valons mieux que tous les hommes, même les plus illustres. Oh ! comme j’aurais dominé Napoléon ! comme je lui aurais fait sentir, s’il m’eût aimée, qu’il était à ma discrétion !

Sais-tu, mon enfant, quels sont les effets les plus destructifs de la Révolution ? Tu ne t’en douterais jamais. En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de familles aujourd’hui, il n’y a que des individus. En voulant devenir une nation, les Français ont renoncé à être un empire. En proclamant l’égalité des droits à la succession paternelle, ils ont tué l’esprit de famille, ils ont créé le fisc !

Le mariage propose la vie, tandis que l’amour ne propose que le plaisir ; mais aussi le mariage subsiste quand les plaisirs ont disparu, et donne des intérêts bien plus chers que ceux de l’homme et de la femme qui s’unissent. Aussi, peut-être ne faut-il, pour faire un mariage heureux, que cette amitié qui, en vue de ses douceurs, cède sur beaucoup d’imperfections humaines.

L’amour, comme tous les principes, ne se calcule pas, il est l’infini de notre âme.

La fausseté est aussi nécessaire à la femme que son corset, si par fausseté on entend le silence de celle qui a le courage de se taire, si par fausseté l’on entend le calcul nécessaire de l’avenir. Toute femme mariée apprend à ses dépens les lois sociales qui sont incompatibles en beaucoup de points avec celles de la nature.

Si la tendresse est inépuisable, l’amour ne l’est point.

Une femme qui n’est pas mère est un être incomplet et manqué. Dépêche-toi d’être mère, mon ange ! tu multiplieras ton bonheur actuel par toutes mes voluptés.

Les choses qui ne nous fatiguent point, le silence, le pain, l’air, sont sans reproche parce qu’elles sont sans goût ; tandis que les choses pleines de saveur, en irritant nos désirs, finissent par les lasser.

Oui, la femme est un être faible qui doit, en se mariant, faire un entier sacrifice de sa volonté à l’homme, qui lui doit en retour le sacrifice de son égoïsme.

 

Lu en mai 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Terres vierges » : Ivan Tourgueniev

Encore un petit tour en terre russe avec ce roman, pioché sur « bibliothèque russe et slave » :

 Terres vierges de Tourgueniev

Résumé

Alexis Nejdanof, fils naturel d’un prince russe, milite avec les étudiants révolutionnaires de Saint-Petersbourg, les « nihilistes » tous se retrouvent dans son appartement lorsqu’un inconnu arrive: le prince Sipiaguine qu’Alexis a rencontré lors d’une soirée au théâtre.

Celui-ci  l’embauche comme précepteur  pour son fils Kolia. Il sera hébergé, dans la maison du prince, faisant ainsi la connaissance de son épouse Valentina, de Marianne jeune parente que l’on a recueillie en lui faisant bien sentir son statut inférieur. Entre en scène ensuite le frère de   révolutionnaire convaincu et actif.

Ces jeunes étudiants ont pour mission de convertir les paysans à « l’œuvre », la cause révolutionnaire, allant à leur contact, haranguant le peuple, distribuant des tracts.

Le prince Sipiaguine se prétend libéral intéressé par les idées nouvelles et tente de débaucher Solomine qui fait tourner une usine proche, et proche des idées et idéaux de nos étudiants.

Alexis et Marianne surveillés constamment par la princesse finissent par s’enfuir ensemble…

 

Ce que j’en pense

Tourgueniev, nous décrit avec brio les mouvements révolutionnaires de l’époque, avec d’un côté des jeunes gens remplis d’idéaux et qui sont persuadés qu’ils vont pousser le peuple à prendre le pouvoir. Ils ont compris que l’abolition du servage n’avait guère changé les choses.

La pauvreté face à la vie insouciante des nobles, dont certains semblent tentés par les idées progressistes, mais tant qu’il ne s’agit que de mots, car ils sont attachés à leur privilège, tel prince Sipiaguine qui vise en parallèle un poste au gouvernement et flatte ceux qui peuvent lui permettre d’y accéder.

Le personnage d’Alexis Nejdanoff est intéressant : il est le fils naturel d’un prince, ce qui lui vaut des railleries, et son entrée dans le mouvement relève de l’idéal révolutionnaire et de cette frustration. Il essaie d’être un « bon militant » mais n’est pas très adroit, car timide et fasciné par ceux qui ont plus de charisme. Il subit plus qu’il ne décide par amour pour Marianne qui elle est bien résolue à participer à l’œuvre : il a subi le même type de vexations mais cela lui a donné davantage de force morale.

« Ses camarades l’aimaient, attirés par la sincérité, la bonté et la pureté qu’ils trouvaient en lui. Mais le pauvre Néjdanof n’était pas né sous une heureuse étoile ; la vie ne lui était pas facile. Il sentait cela profondément, et, malgré l’attachement de ses amis, il se faisait l’effet d’être à jamais isolé… »

Un autre personnage intéressant : Markelov, le beau-frère de Sipiaguine qui sert de guide aux autres, n’hésitant pas à se mettre en danger. Les autres sont plus ambivalents, Pakline qui parle trop à tort et à travers, mettant les autres en danger, Manchourina idéaliste mais engagée efficacement, amoureuse en secret d’Alexis pour ne citer qu’eux.

Seul, Solomine est dans l’action et non dans l’idéal, il gère au quotidien, sans s’enflammer, sans trahir trop ses idées, c’est ce qui lui permettra de faire avancer les choses.

L’auteur analyse bien les nobles de l’époque avec le caricatural Kalloméïtsiev, attaché à ses privilèges, odieux, imbuvable, et Sipiaguine est-il si différent ? Et une mention particulière pour Valentine et la façon dont elle règne dans la maison, espionnant et manipulant tout le monde:

« Valentine possédait ce genre particulier de grâce câline et tranquille qui est le propre des égoïstes « aimables » ; cette grâce où il n’y a ni poésie, ni sentiment véritable, mais qui respire la bienveillance, la sympathie et même une sorte de tendresse. Seulement ces charmants égoïstes n’aiment pas à être contredits ; ils sont despotiques et ne supportent pas l’indépendance chez les autres. »

Tourgueniev a écrit ce roman en 1876 et l’on sent bien ses sympathies pour ces jeunes gens qui veulent aller au contact du peuple pour le libérer, mais il aussi démontre les failles de leur idéalisme. Il a étudié avec beaucoup de soin la psychologie des personnages, autant que le contexte social. On imagine l’accueil qui fut réservé à ce roman très fort, tant du côté des révolutionnaires que celui du pouvoir.

J’ai lu et beaucoup aimé « Premier amour » de Tourgueniev, quand j’étais adolescente, et ressenti la même émotion en le relisant des années plus tard, mais ici l’auteur aborde un tout autre sujet et ne joue plus sur l’émotion du lecteur. On est dans un autre registre, ce roman explore la société de l’époque, tel Zola qu’il a rencontré et dont il a publié les romans en Russie, (et d’autres auteurs français)…

 

Extraits

La tristesse qui s’était emparée de lui venait de cette impression qu’éprouvent les mélancoliques, les rêveurs, quand il leur faut changer de place. Les caractères aventureux, les sanguins ignorent cette impression-là ; ils sont plutôt portés à se réjouir quand le cours ordinaire de leur vie est interrompu, quand l’occasion se présente pour eux de changer de milieu.

Néjdanof s’était enfoncé si profondément dans ses rêveries, que peu à peu, presque inconsciemment, il les traduisit en paroles ; les impressions qui flottaient en lui se cadençaient et rimaient entre elles.

Dans notre rapprochement, le sentiment personnel a joué un rôle… secondaire, et nous sommes unis pour toujours… « au nom de l’œuvre » ? Oui, au nom de l’œuvre. »

Ainsi pensait Néjdanof, et lui-même ne soupçonnait pas combien il y avait de vrai — et de faux — dans ce qu’il pensait.

Il se trouva que Solomine ne croyait pas à l’imminence d’une révolution en Russie ; mais, ne voulant pas imposer son avis, il laissait les autres essayer leurs forces, et les regardait faire, non de loin, mais de côté. Il connaissait parfaitement les révolutionnaires de Pétersbourg, et, jusqu’à un certain point, il sympathisait avec eux, car il était du peuple ; mais il se rendait compte de l’absence inévitable de ce même peuple, sans lequel pourtant « rien ne marcherait », de ce peuple qu’il faudrait longtemps préparer, mais d’une tout autre façon et vers un tout autre but. Voilà pourquoi il se tenait à côté, non comme un finaud qui biaise, mais comme un homme de bon sens qui ne veut perdre inutilement ni lui-même, ni les autres. Quant à écouter, pourquoi pas ? et même s’instruire s’il y a lieu !

Quel diable de révolutionnaire veux-tu faire ? Écris des versiculets, mets-toi dans un coin pour vivre avec tes petites pensées et tes petites impressions misérables, fouille dans toutes sortes de menues subtilités psychologiques, et surtout ne va pas t’imaginer que tes caprices, tes exaspérations maladives et nerveuses, aient rien de commun avec la mâle indignation, avec l’honnête colère d’un homme convaincu ! Ô Hamlet, prince de Danemark ! comment sortir de ton ombre ? Comment faire pour n’être pas ton imitateur en tout, même dans la honteuse jouissance que l’on éprouve à s’injurier soi-même ?

Ah ! oui ; je comprends à présent. Alors, vous êtes de ceux qui veulent se simplifier. Il y en a beaucoup dans ce temps-ci.

— Comment avez-vous dit, Tatiana ?… Se simplifier ?

— Oui… c’est une manière de dire que nous avons à présent : vivre tout à fait comme le peuple. Se simplifier, quoi ! C’est de la bonne besogne, enseigner au peuple à raisonner. Mais ça n’est pas commode, oh ! non ! Dieu vous donne de la chance !

— Se simplifier ! répéta Marianne. Entends-tu, Alexis ? en ce moment nous sommes des simplifiés ! »

https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Tourgueniev%20-%20Terres%20vierges.htm

Lu en mars 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Entre la mort et la vie » : Alexeï Apoukhtine

Je vous parle aujourd’hui d’un auteur, inconnu pour moi jusqu’à il y a quelques jours à peine, avec cette  nouvelle écrite en 1892:

 Entre la mort et la vie Alexeï Apoukhtine

 

Résumé

Ce texte nous raconte ce qui se passe au moment de la mort et dans les heures qui suivent : ce que voit le héros, le comportement des proches, les images qui reviennent et la possibilité d’une réincarnation…

 

Ce que j’en pense

Ce texte est très beau récit fantastique, mais aussi philosophique, avec une analyse fine, l’auteur explorant toutes les possibilités qui donnent un sens à la vie et à la mort.

Tout d’abord, le héros voit et entend ce qui se passe autour de lui, le comportement, le chagrin, l’organisation des funérailles, l’avis de décès, les prières. Puis, peu à peu, les images du présent sont moins nettes et d’autres souvenirs affleurent, les émotions qu’il a ressenties alors comme une hyperesthésie ou une lucidité particulière.

L’auteur nous décrit ensuite le passage vers un univers qui peut évoquer l’enfer, où ces lieux où les âmes errent dans d’autres religions…

J’ai bien aimé la manière dont Alexeï Apoukhtine décrit les sensations de déjà-vu, la possibilité de vies antérieures, et donc de vies futures, donnant ainsi un sens à la vie comme à la mort, le cycle des existences.

Ce thème me passionne, donc sa théorie m’a beaucoup plu car le texte a été écrit en 1892, donc de telles idées ne courraient pas les rues et il fallait oser.

Ce texte est très bien écrit, plein de sensibilité et de poésie, bien trop court et je sens que je vais continuer à explorer l’univers de cet auteur.

Bref, j’ai adoré…

Les challenges ont du bon, ils permettent de découvrir des trésors… et le premier trimestre de celui-ci donnait une « prime » pour les auteurs russes, je crois bien que je vais continuer à les explorer

Challenge XIXe siècle 2017

 

L’auteur

Né en 1840, Alexeï Apoukhtine (en russe : Алексей Николаевич Апухтин) est un nouvelliste, un romancier et un poète russe.

Il meurt en 1893 à Saint-Pétersbourg.

Beaucoup de ses textes furent mis en musique par Tchaïkovski, par Sergueï Rachmaninov, etc…

 

Extraits

On pleure sur moi ; dans un instant, on va me mettre au cercueil ; dans deux jours on m’ensevelira ; mon corps, qui, tant d’années, m’a obéi, n’est plus mien ; sûrement je suis mort ; et cependant je continue à voir, à entendre, à comprendre. La vie persiste peut-être quelque temps dans le cerveau ; mais, en somme, le cerveau lui aussi, fait partie du corps. Ce corps est un logement que j’ai habité bien des années et que j’ai enfin résolu de quitter : portes et fenêtres sont larges ouvertes, tous les meubles ont déjà été emportés, tous ses hôtes l’ont quitté, sauf le maître qui, au moment de sortir, s’arrête et jette un dernier regard sur les chambres où bruissait sa vie et dont le vide et le silence maintenant l’étonnent.

Le pressentiment a son rôle dans la vie de chacun de nous, et il ne déçoit pas. Le poète parle avec une admirable justesse quand il dit : « Les événements futurs jettent une ombre devant eux. »

Ma femme était sans doute très attristée de ma mort ; mais, dans toute manifestation extérieure de douleur, il y a presque toujours une certaine dose d’effet théâtral : l’homme même le plus sincèrement attristé ne peut oublier que les autres le regardent.

Le grand problème qui m’avait tourmenté toute ma vie était résolu : la mort n’existe pas, la vie est infinie.

Si la matière est immortelle, pourquoi faudrait-il que la conscience se dissipât sans traces, et, si elle disparaît, d’où venait-elle et quel est le but de cette apparition éphémère ? Il y avait là des contradictions que je ne pouvais admettre.

On ne peut admettre que la vie soit faite pour la seule souffrance ; elle doit avoir quelque autre but ; mais le connaîtrai-je jamais ?

L’homme ne sait rien des choses essentielles : il ignore pourquoi il naît, pourquoi il vit, pourquoi il meurt ; il oublie ses existences passées et ne pressent pas les futures. Et veut-il sortir des ténèbres, s’efforcer de comprendre, essayer d’améliorer son existence, ses efforts sont vains, ses inventions, même géniales, ne résolvent pas une seule des questions qui le troublent.

https://bibliotheque-russe-et-slave.com/Livres/Apoukhtine%20-%20Entre%20la%20mort%20et%20la%20vie.htm

 

Lu en mars 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« Oblomov, Scènes de la vie russe » par Ivan Gontcharov

Je vous parle aujourd’hui d’un auteur russe que je découvre :

Oblomov de Ivan Gontcharov 

Résumé :

Elie Ilitch Oblomov est un propriétaire terrien qui a laissé son domaine pour venir habiter en ville. Il a travaillé un temps comme fonctionnaire et a fini par démissionner

Une journée de sa vie se résume ainsi : se lever, peut-être ou pas tout de suite, échanger des propos aigres-doux avec son valet : se laver ou pas…  Ce jour-là, on voit défiler dans sa chambre, plusieurs personnes : des amis qui tentent de l’inviter à sortir pour la fête, et surtout deux pique-assiettes qui vivent à ses crochets.

Le propriétaire lui a fait savoir qu’il devait déménager mais inenvisageable, trop compliqué et en plus il reçoit une lettre de son intendant lui annonçant la baisse de ses fermages.

Il faut agir mais…. Il préfère rester couché.

 

Ce que j’en pense

J’ai lu ce livre via le site ebooks libres et gratuits et j’ai eu du mal, l’impression qu’il n’y avait pas de logique, et pour cause… je me suis aperçue en lisant des critiques sur babelio.com qu’il manquait une partie : Stolz n’est présent que par les souvenirs et pas d’Olga !!!

Frustration extrême donc.

Ce que j’en retiens, c’est l’éloge de la paresse certes, car Elie passe son temps couché, tourné vers le passé, la nostalgie de l’enfance où tout était mieux, il remet tout à plus tard, il procrastine dirait-on aujourd’hui… on constate le même état d’esprit chez son père, la vie au présent, le fatalisme.

Surtout, c’est loin d’être aussi simple, notre héros semble plutôt atteint de mélancolie, neurasthénie… même l’idée de vivre semble le fatiguer, même lire ; sortir de chez lui l’angoisse. Parfois, il s’enflamme quelques instants, des idées bouillonnent avant qu’il ne retombe dans son apathie.

On a parlé de : Oblovisme, le terme utilisé en Russie est oblomovchtchina, pour décrire cet état de langueur mélancolique. Tout était mélancolique à l’époque, sous la férule de Nicolas 1er, les êtres mais aussi les chants, les écrivains avaient été réduits au silence.

« Ainsi dit-on qu’autrefois le peuple était plus robuste… On ne le faisait point pâlir sur des livres qui soulèvent des milliers de questions ; or, les questions rongent l’intelligence et le cœur et abrègent la vie. »

J’ai aimé cet aspect du roman, ainsi que les souvenirs d’enfance à Oblomovka avec sa famille qui veillait sur Elie comme un objet très précieux qu’il ne fallait pas casser, ainsi que se relations avec Zakhar son valet : ce dernier est très dévoué à son maître, mais n’hésite pas à le calomnier, à le voler. Cette terre est vécue comme un refuge, un paradis perdu.

J’ai l’impression d’être passée à côté d’un chef-d’œuvre de la littérature russe réaliste, mais, malgré les critiques élogieuses, je n’ai pas envie pour l’instant de lire la version « entière », car suivre ce héros nécessite beaucoup d’énergie. Voir l’extrait de l’adaptation au théâtre, avec Guillaume Gallienne jouant Oblomov éveille un peu ma curiosité…

Je remanierai ma critique si je change d’avis…

Challenge XIXe siècle 2017

 

L’auteur

Ivan Aleksandrovitch Gontcharov,  né à Simbirsk le 18 juin 1812 et mort à Saint-Pétersbourg le 27 septembre 1891, est un écrivain russe célèbre au XIXe siècle, considéré comme un maître du réalisme.

 

Extraits

Garder le lit était son état normal. Quand il restait chez lui – et il ne sortait presque jamais – il était toujours au lit, et nécessairement dans la même pièce où nous l’avons trouvé, et qui lui servait de chambre à coucher, de cabinet et de salon de réception.

Le journal était de l’année précédente et, si l’on avait trempé une plume dans l’encrier, peut-être qu’une mouche effrayée s’en serait échappée en bourdonnant.

La famille des Oblomov avait jadis été riche… Seuls, les domestiques qui avait blanchi à son service se passaient les uns aux autres la mémoire fidèle du temps qui n’était plus, et la chérissait comme une relique.

Toujours, il faisait ses préparatifs, toujours il était sur le point de vivre, toujours il brodait son avenir des couleurs de son imagination ; mais à chaque année qui passait, il était obligé de modifier son plan et de laisser de côté un lambeau de sa broderie.

C’est ainsi qu’il traversa la société et abandonna paresseusement toutes les illusions juvéniles qui l’avaient trompé, et auxquelles lui-même avait failli, tous les souvenirs tendres, mélancoliques, brillants qui parfois, même au déclin de l’âge, font battre le cœur des autres hommes.

Il se refroidissait encore plus vite qu’il ne s’enthousiasmait, et ne revenait plus jamais au livre abandonné.

L’étude eut sur Oblomov une bizarre influence. Chez lui entre la science et la vie s’ouvrait un abîme profond, qu’il n’essaya même pas de combler. Pour lui, la vie était la vie et la science était la science.  

Et il rentra dans sa solitude sans le bagage de savoir capable de diriger sa tête qui vaguait à l’aventure et sa pensée qui sommeillait dans l’oisiveté. Que faisait-il donc ? Toujours, il continuait à broder la trame de sa propre existence.

Il éprouvait des souffrances inconnues, sans nom, une sorte de nostalgie et de vagues aspirations vers un pays lointain…

Lu en mars 2017

Publié dans 19e siècle, Littérature russe

« La femme d’un autre et un mari sous le lit » de Fiodor Dostoïevski

Et voilà, une rechute… je suis tombée sur une critique de cette nouvelle de Dostoïevski et je n’ai pas pu résister…

la femme d'un autre et un mari sous le lit de Fiodor Dostoïevski

 

Résumé

Persuadé que sa femme le trompe, Ivan Andréiévitch est prêt à tout pour confondre l’infidèle. Il la suit et la guette pendant des heures, il l’espionne et ouvre son courrier à la recherche d’une preuve, il se cache et se ridiculise…

 

Ce que j’en pense

Une autre corde de plus à l’arc de Fiodor Dostoïevski, il peut être drôle !

Il nous livre ici, une comédie sur la jalousie et le mari trompé, ou qui croit l’être, un récit proche du Vaudeville. Mais bien sûr, avec sa touche personnelle avec un héros tourmenté qui interprète tout en fonction de sa présomption.

La nouvelle est composée de deux parties : dans la première, Ivan espionne sa femme, prenant un passant à témoin ce qui donne un long dialogue qui permet de penser qu’il pourrait s’agir de l’amant présumé.

Dans la deuxième partie, c’est beaucoup plus drôle, avec un comique de situation et des échanges savoureux. En fait, il s’agissait au départ de deux nouvelles différentes écrites en 1848  : »La femme d’un autre » et « Le mari jaloux » que l’auteur a réunies à son retour du bagne.

Il y a beaucoup de dialogues, comme au théâtre et des scènes très drôles, notamment dans la deuxième partie, où il se trouve dans un appartement, caché sous le lit avec celui qui est censé être l’amant de sa femme, car ils se sont trompés d’appartement. Il s’en suit un échange truculent, alors que le couple de propriétaires discute dans cette chambre !

Un texte très drôle, mais féroce, ironique car il insiste sur le côté ridicule du personnage, qui au départ, est dans le déni (il enquête pour un ami !) et de sa jalousie et l’épisode du chien est à lui seul un moment de fou-rire. En fait, ce texte aurait pu être écrit directement  pour le théâtre, et il a d’ailleurs été adapté, en 2015, par la jeune troupe des « Nuits humides »…

Challenge XIXe siècle 2017

 

Extraits

Le voilà le bonheur de la famille… Hier c’était lui qui rendait cocus les maris, aujourd’hui il boit le calice…

D’habitude, Ivan Andreievitch avait grand plaisir à ronfler une heure ou deux à l’opéra italien. Il disait même à ses amis, parfois, que c’était agréable et doux.  « La prima dona miaule comme une chatte blanche sa berceuse ! » Mais, des mois avaient passé depuis la dernière saison, et maintenant hélas, Ivan Andreievitch, même chez lui, ne dormait plus la nuit.

On affirme que la musique a ceci de bon, qu’on peut mettre les impressions musicales en harmonie avec n’importe quelle sensation. Un homme joyeux percevra de la joie dans les sons, un homme triste y entendra la douleur. Ce fut une tempête qui siffla dans les oreilles d’ Ivan Andreievitch.

Je ne me tairai pas. Je ne vous permettrai pas de donner des ordres. Certainement, vous êtes l’amant. Si on nous découvre, je ne suis en rien coupable. J’ignore tout.

Lu sur ebooks libres et gratuits

 

Lu en mars 2017