Publié dans Littérature Royaume-Uni

« La chanson de nos souvenirs » d’Emma Cooper

En voyant ce titre sur NetGalley, je n’ai pas pu résister, le résumé était tentant et les symptômes décrits par l’auteure trop alléchants, la couverture plutôt jolie, et je n’ai pas été déçue du voyage, c’est le moins qu’on puisse dire en pareil cas :

Résumé de l’éditeur :

Melody King a une pathologie rare : elle chante et danse dès qu’elle est stressée. Que ce soit à la caisse du supermarché, lors des réunions parents-profs, chez le médecin, impossible de se contrôler. Elle s’y adonne aussi durant son sommeil, mais ses enfants n’osent pas le lui dire de peur de la faire culpabiliser. La famille a appris à se serrer les coudes depuis la disparition de leur père, Dev, onze ans auparavant. Mais lorsqu’ils tombent sur un avis de recherche d’une personne ressemblant étrangement à celui-ci, ils sont confrontés à une vérité qui va bouleverser leur vie. Car même si Melody n’y croit pas une seconde, elle ne peut se résoudre à briser l’espoir de sa fille et de son fils de retrouver leur père …


Traduit de l’anglais par Dominique Haas

Ce que j’en pense :

Melody, la bien-nommée, présente une maladie rare, elle se met à chanter dès que la situation devient stressante. Personne ne peut lui expliquer pourquoi, mais c’est handicap notoire. Il faut dire qu’elle n’a pas eu une vie très simple : son mari a disparu du jour au lendemain sans donner signe de vie et elle élève seule ses deux enfants : Rose et Flynn.

Tout ce petit monde semblait nager dans le bonheur jusqu’au jour où il y a eu cet accident de voiture. C’était Dev qui conduisait et Flynn a perdu un œil et été défiguré.

Un jour, Rose qui n’a jamais renoncé à chercher son père tombe sur un fait divers :  un homme hospitalisé à la suite d’une chute fait l’objet d’un avis de recherche et il a le même tatouage que Dev… Les recherches vont reprendre et leur vie prendre une autre direction.

 Emma Cooper nous entraîne dans ce roman vers de multiples réflexions : comment réagir quand une personne disparait sans laisser de traces : au début, comme Melody, on cherche à l’affut de la moindre trace, ma moindre information quitte à faire des kilomètres pour rien on va vérifier. Puis, vu que le couple fonctionnait bien, une seule conclusion s’impose : la personne est forcément décédée et il faut réapprendre à vivre.

Lorsqu’un nouvel évènement tend à prouver qu’elle est toujours en vie, vient le terrible soupçon : il s’agissait donc d’un abandon… Ce qui remet en cause tout ce qui avait été construit pour vivre avec le deuil.

Elle nous propose aussi une belle réflexion sur la mémoire, l’amnésie, neurologique, psychogène ? et en poussant un peu plus loin, les maladies neurologiques…

Les symptômes présentés par Melody sont-ils liés à l’accident dont elle a été victime ou psychogène à nouveau, entre parenthèse coup de chapeau à la médecine au Royaume Uni avec son retard à l’allumage, et le temps perdu pour Melody. On a vaguement trouvé que ses symptômes, se mettre à chanter en cas de stress important pourrait être un équivalent du syndrome de Gilles de la Tourette, les grossièretés étant remplacées par des chanson. Sous-entendu la belle phrase « c’est dans votre tête » quand on ne sait pas….

J’ai beaucoup aimé ce roman, le premier de l’auteure, où on rit, en imaginant Melody qui se met à chanter, avec tout son corps qui danse, dès que le stress commence à monter, la chanson étant toujours là à bon escient, dans le contexte, ce n’est pas n’importe quelle chanson qui remonte de ses souvenirs, dans les situations parfois incongrues, quand elle doit se rendre à l’école convoquée par le proviseur, ou quand elle va acheter des chaussures pour sa fille. Ce qui déclenche la honte des enfants.

On imagine aussi ce que peuvent ressentir les enfants quand le chant arrive pendant le sommeil, et qu’ils finissent par se relayer auprès d’elle pour pouvoir dormir chacun un peu pour affronter le collège le lendemain. Et elle ne se souvient de rien au réveil, c’est en voyant leur tête qu’elle se rend compte que la nuit a dû être folklorique et donc place à la culpabilité.

Emma Cooper nous offre une scène sublime : Melody s’essayant à la méditation de la pleine conscience : j’ai hurlé de rire…

Pour un premier roman, c’est vraiment une réussite. On ne sombre jamais dans le pathos, même lorsque le cancer fait irruption dans la famille, l’auteure axe plutôt le récit sur le ressenti de chacun… Certes on flirte avec le feel-good mais étrangement, cela ne m’a pas dérangée alors que ce n’est pas un genre que j’affectionne particulièrement.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard-Mazarine qui m’ont permis de découvrir ce premier roman et son auteure.

#Lachansondenossouvenirs #NetGalleyFrance

8-9/10

L’auteure :

Emma Cooper vit dans le Shropshire avec son mari et ses quatre enfants. Ancienne assistante éducative, elle rêve depuis son enfance de devenir écrivain. La Chanson de nos souvenirs est son premier roman.

Extraits :

Je ne propose que des extraits figurant à partir du 2e tiers de lecture, car un incident de liseuse m’a obligée à re-télécharger le livre donc une partie a disparu dans la nature…

L’amour vrai est simple. Il est là, dans les petits messages laissés sur des notes Post-it, dans la tasse de thé apportée au réveil. Il est dans les disputes dont on rit cinq minutes plus tard. Dans le bain qu’on fait couler à la fin d’une journée difficile ? L’amour vrai est désintéressé… à moins que… ?

Mais, maintenant ? Si Dev est vivant ? Si, en fait il nous avait quittés ? Peut-être que ce que nous vivions n’était pas le véritable amour, après tout.

Le sentiment de culpabilité marche main dans la main avec la maternité, on en a déjà parlé, mais ce sentiment-là, cette impuissance, ces reproches que je me fais, rageurs, c’est quelque chose de nouveau.

Je me concentre sur ma respiration, inspiration-expiration. Et merde, est-ce que je dois être en même temps consciente de la chaise sous mon derrière ? Je continue avec ma respiration en essayant également d’avoir conscience de la chaise et aussi de mon derrière qui commence à s’engourdir. J’ai le popotin engourdi, assis sur la chaise en bois qui est dure, je suis consciente de ma respiration, inspiration-expiration, et je me concentre sur mon ventre qui monte et qui descend. Oh zut ! est-ce que ‘ai bien mis le poulet au frigo ? On s’en fout ! reviens au moment présent, cul engourdi, portable chaud, inspirer à fond, expirer à fond. J’ai besoin de péter. Mais je suis consciente de mon estomac qui se dilate et se contracte, mais il faut que je serre les fesses, sinon…

La vie est merdique, on en fait ce qu’on peut. C’est comme ça que je m’étais débrouillé, ces onze dernières années. A toujours courir après une herbe plus verte, on peut finir par se rendre fou.

On dit que les gens nés sous le signe du cancer sont très « famille » et agressivement maternels, qu’ils protègent leur foyer. Et que pour y parvenir, ils sont souvent manipulateurs, vindicatifs et, comme le crabe, prompts à se retirer dans leur coquille et à s’y cacher.

Ça doit être merveilleux d’avoir la certitude que Dieu nous guidera d’un bout à l’autre de notre vie, de savoir que, même quand ça va mal, il y a une raison à cela et qu’il faut seulement la mettre au jour : en tirer la leçon, découvrir le pardon et continuer à avancer dans la vie, armé de cette foi aveugle.

Lutter contre le cancer est le plus grand combat qu’on puisse livrer dans la vie. Il dévore votre corps, vos pensées, mais le plus épuisant de tout, c’est l’espoir qu’il vous agite devant le nez. Cet espoir, il est là, à votre réveil ; il est là avec vous, quand vous êtes cramée par les rayons ; il est là en dépit de votre fatigue, quand le seul fait de lever les bras pour vous gratter vous exténue…

Lu en juillet 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Pour tout te dire » de Gilly Macmillan

Voyage au pays du polar aujourd’hui avec le dernier livre de l’auteure dont j’ai bien aimé « La Nanny » :

Résumé de l’éditeur :

Pour tout te dire… tout le monde ment.

Le talent d’écrivaine de Lucy Harper lui a tout donné : la gloire, la fortune et des fans par millions. Il lui a aussi donné Dan, son mari jaloux dont la carrière d’écrivain est au point mort.

Un jour, Dan disparaît ; ce n’est pas la première fois qu’une personne disparaît dans la vie de Lucy. Trois décennies plus tôt, son petit frère Teddy s’est lui aussi volatilisé et n’a jamais été retrouvé. Lucy, seul témoin, n’a jamais dit la vérité sur cette soirée, au grand désarroi de ses parents. C’est à ce moment-là qu’elle a développé son talent de conteuse.

Mais aujourd’hui Lucy est une femme adulte qui ne peut plus se cacher derrière la fiction. Le monde entier la regarde, et sa vie est passée au peigne fin. Une vie faite d’histoires, certaines plus plausibles que d’autres. Aurait-elle pu blesser Teddy ? A-t-elle tué Dan ?

Lucy Harper devra enfin dire la vérité. Croix de bois, croix de fer, si elle ment, elle va en enfer.

Ce que j’en pense :

Lucy Harper, auteure de polars célèbre grâce à son inspectrice, Eliza Grey, vient d’achever son nouveau livre et l’envoie à son éditeur. Elle a décidé de supprimer Eliza pour écrire le livre qui lui tient à cœur.

Hélas, cela ne plaît pas à Max son éditeur ni, surtout, à son époux Dan, écrivain raté qui gère les finances du couple et vient d’acquérir une demeure sublime (à retaper) après avoir craqué pour une voiture de sport. Quand elle écrit, Lucy s’enferme dans son bureau, dans une petite maison de banlieue dans le cas présent pour trouver l’inspiration.

Dan lui a fait une surprise en achetant cette nouvelle demeure, sans lui en parler, mais elle est située tout près de la maison où Lucy a vécu enfant dans ce village où un drame s’est produit quand elle avait neuf ans. En effet, alors qu’elle l’avait emmené avec elle pour assister à la fête du solstice d’été, celui-ci a disparu et tous les soupçons se sont portés sur elle car elle n’a pas voulu dire la vérité. Elle l’avait laissé dans le bunker où elle aimait aller seule, et quand elle est revenue, il n’y avait plus personne.

Alors qu’elle commence à se poser des questions sur Dan, suspectant qu’il la trompe avec une femme qui habite maintenant juste à côté d’eux, voilà que celui-ci disparaît mystérieusement alors que l’on retrouve sa voiture incendiée.

Le suspense est bien entretenu, Dan est-il ou non un pervers narcissique ? Que cachait-il ? Pourquoi a-t-il acheté cette maison ? le tout surfant sur la vague des réseaux sociaux, des médias avides de sensations qui la traquent sans cesse.

Est-ce que Lucy est folle ? Elle « discute » sans arrêt avec Eliza depuis l’enfance, et on assiste parfois à des scènes troublantes, (dissociation? subterfuge?) … et elle en a fait l’héroïne de ses romans, un double d’elle-même…

Gilly Macmillan alterne l’époque actuelle et celle où Teddy a disparu, ce que j’aime, bien en général, mais je ne me suis pas attachée à Lucy, malgré sa tendance à masquer ses émotions pour ne pas donner prise aux autres personnes, notamment les policiers, sa personnalité est étrange, flirtant avec la maladie mentale. J’ai bien aimé Lucy, enfant, car elle a du caractère, reste dans sa position initiale « je ne sais pas ce qui est arrivé à Teddy », ne variant pas d’un iota malgré les ruses des policiers, les pressions diverses de l’entourage. L’adulte qu’elle est devenue est plus dérangeante.

Un polar où le suspense et la manipulation psychologique sont au rendez-vous, où l’auteure nous oriente sans cesse sur des nouvelles pistes, nous faisant suspecter tout le monde, donc une lecture sympathique mais qui m’a laissée sur ma faim. J’ai davantage apprécié son précédent roman, « La Nanny ».

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Pourtouttedire #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

Mon programme d’un livre par an me faisait parfois perdre la notion du temps, dont la dimension linéaire devenait pareille à un jeu de cartes susceptible d’être rebattu. Créer de la fiction ne me laissait pas d’espace mental pour mettre mes souvenirs en ordre. Je les voyais comme de hautes herbes que le vent pouvait coucher d’un côté ou de l’autre.

Ce n’était pas la première fois que je pleurais à la fin d’un livre. Chacun, à sa manière, m’avait vidée.

Je me demande aujourd’hui comment il est possible que je n’aie rien vu venir. Moi qui étais capable en un clin d’œil d’imaginer le mal à l’état pur et de le transcrire sur la page de façon à glacer mes lecteurs, comment ai-je pu glisser si facilement dans un sommeil bienheureux, les muscles des joues douloureux à force d’avoir souri ? C’est un peu embarrassant. Après tout, il ne faut pas être un génie pour savoir que toutes les surprises ne sont pas bonnes. Surtout quand on dissimule soi-même un secret.

Lu en juin 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni

« Hamnet » de Maggie O’Farrell

Grande fan (le mot est mal choisi car ça fait groupie, un peu déjantée sur les bords !) de l’auteure, quand j’ai vu ce titre sur NetGalley, je me suis précipitée sur ce livre dès que je l’ai repéré :

Résumé de l’éditeur :

Un jour d’été 1596, dans la campagne anglaise, une petite fille tombe gravement malade. Son frère jumeau, Hamnet, part chercher de l’aide car aucun de leurs parents n’est à la maison…

Agnes, leur mère, n’est pourtant pas loin, en train de cueillir des herbes médicinales dans les champs alentour ; leur père est à Londres pour son travail ; tous deux inconscients de cette maladie, de cette ombre qui plane sur leur famille et menace de tout engloutir.

Porté par une écriture d’une beauté inouïe, ce nouveau roman de Maggie O’Farrell est la bouleversante histoire d’un frère et d’une sœur unis par un lien indéfectible, celle d’un couple atypique marqué par un deuil impossible. C’est aussi l’histoire d’une maladie « pestilentielle » qui se diffuse sur tout le continent. Mais c’est avant tout une magnifique histoire d’amour et le tendre portrait d’un petit garçon oublié par l’Histoire, qui inspira pourtant à son père, William Shakespeare, sa pièce la plus célèbre.

Ce que j’en pense :

L’histoire que nous raconte Maggie O’Farrell nous propulse au XVIe siècle dans la petite ville de Stratford. Une petite fille Judith est très malade, elle a beaucoup de fièvre, et son frère jumeau Hamnet, très inquiet, parcourt la ville à la recherche de sa mère partie cueillir des plantes pour faire les décoctions avec lesquelles elle soigne les gens du village.

Il n’arrive pas à la trouver, et tous les autres membres de la famille ont mystérieusement disparus, eux-aussi, quant à leur père, il est à Londres. Il finit par aller frapper à la porte du médecin, car la fièvre pestilentielle s’installe avec son cortège de souffrance et de morts.

Agnes, alias Anne Hattaway a épousé William quelques années auparavant, ils sont tombés amoureux, au grand dam du père, John, car ils viennent de milieux différents.

John, le père de William est gantier, il a été un notable de la ville de Stratford mais il a été exclu de la guilde pour des manquements divers, notamment un trafic de laine. Il est très autoritaire, aurait voulu que ce fils aîné prenne sa succession alors que ce dernier ne s’intéresse qu’aux livres, au théâtre.

Le récit alterne l’époque de la rencontre entre Agnes, dont la mère est morte, et dont le père, assez inconsolable, s’est remarié et William, les difficultés qu’ils rencontrent, la souffrance car la belle-mère d’Agnes est maltraitante, et un peu jalouse de la beauté de la jeune femme qui ne peut compter que sur son frère. Du côté de William, on est davantage dans la maltraitance psychologique.

Ils vont avoir trois enfants et sont obligés de vivre dans la même maison que John, même si les appartements sont séparés et Agnes n’est pas la bienvenue. Elle est jolie, un peu spéciale avec ses décoctions, les heures passées à chercher des plantes, racines, un peu « sorcière » sur les bords, ce qui leur déplaît. Elle sent les choses, selon les vibrations des personnes qui viennent la voir.

Maggie O’Farrell est partie du fait que l’enfant de William Shakespeare s’appelait Hamnet, décédé alors qu’il était encore enfant, et lui a donné vie à sa manière dans ce superbe roman ; elle a fait beaucoup de recherches pour construire son récit, sans anachronisme, se basant sur la vie des gens à l’époque.

Sa description de la peste, la manière dont elle s’est répandue, à partir de puces contaminées sur la tête d’un petit singe et la transmission par contact, piqures etc. bien-sûr, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec la pandémie actuelle et les ravages qu’elle entraîne.

J’ai terminé ce roman il y a quelques jours déjà, et j’avais envie de rester sous le charme, dans l’atmosphère de l’époque, dans le destin tragique de l’enfant tel que l’a imaginé Maggie O’Farrell, dans la difficulté de faire son deuil, de manière différente selon le père et la mère d’Hamnet, l’une sombrant dans l’émotion, la dépression, l’autre essayant de transcender en écrivant une pièce de théâtre. Comment exprimer des sentiments dans une famille aussi rigide que celle de William ? il ne peut rester sur place à Stratford s’il veut rester en vie…

L’écriture est magnifique, les personnages, comme les lieux sont admirablement décrits, on a des images plein les yeux et l’auteure a bâti l’histoire sur Agnes, c’est la femme, son statut à l’époque, qui est l’héroïne, William est bien pâlot à côté d’elle, en artiste méprisé par son père, qui n’arrive à exister que loin de lui, comme s’il fonctionnait de manière quasi schizophrène.

Les relations intrafamiliales sont bien étudiées, tant du côté de William que du côté d’Agnes et le petit Hamnet (autre orthographe d’Hamlet) est très attachant, très mature.

« Hamnet et Hamlet sont en fait le même prénom, parfaitement interchangeables dans les registres de Stratford de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle. »

J’ai eu un immense coup de cœur pour « L’étrange disparition d’Esme Lennox » de Maggie O’Farrell, il y a quelques années, et depuis je lis tous ses livres au dur et à mesure de leur sortie en France, il ne me reste plus que les plus anciens à découvrir. Je n’ai jamais été déçue, même avec son recueil de nouvelles « I’am, I’am, I’am » le dernier en date, alors que j’ai plus de mal avec les nouvelles (surtout à rédiger des chroniques en fait plus que la lecture elle-même).

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver les talents de conteur de Maggie O’Farrell que j’aime tant et en plus, j’ai une énorme envie de me replonger dans l’œuvre de Shakespeare, ce qui ne m’est pas arrivé depuis un long moment, faute de temps et de PAL démentielle.

Vous l’avez compris, si l’auteure vous plaît, foncez, vous ne serez pas déçus…

#MaggieOFarrell #NetGalleyFrance

L’auteure :

Née en 1972 en Irlande du Nord, Maggie O’Farrell a grandi au pays de Galles et en Écosse. À la suite du succès de son premier roman, Quand tu es parti (2000, rééd. 2017), elle a abandonné sa carrière de journaliste littéraire pour se consacrer à l’écriture.

Après La Maîtresse de mon amant (2003 ; 10/18, 2005), La Distance entre nous (2005 ; 10/18, 2008), L’Étrange Disparition d’Esme Lennox(2008 ; 10/18, 2009), Cette main qui a pris la mienne (2011 ; 10/18, 2013), lauréat du prestigieux Costa Book Award 2010, En cas de forte chaleur(2014 ; 10/18, 2015), Assez de bleu dans le ciel (2017 ; 10/18, 2018) et I am, I am, I am (2019 ; 10/18, 2020), Belfond publie son huitième livre.

Extraits :

Les affaires, cependant, restent bonnes, car les gens auront toujours besoin de gants. Peu importe que ces hommes soient au courant de son trafic de laine, des rappels à l’ordre à cause de ses absences à l’église, des contraventions pour avoir jeter ses ordures en pleine rue. John n’a que faire de leur jugement, de leurs amendes, de leurs avertissements, de leurs messes basses sur la ruine de sa famille, de son exclusion des rassemblements. Sa maison est la plus belle de la ville – il y aura toujours cela…

Chaque arbre répond aux caprices du ciel à un tempo différent de son voisin, ploie, frémit, projette ses branches, comme par nécessité de fuir l’air, de fuir le sol même que le nourrit.

Ceux qui, par obligation, devaient traverser la forêt s’arrêtaient d’abord pour prier ; il existait un autel, une croix pour qui voulait s’en remettre aux mains de dieu avant d’y pénétrer, espérant être entendu, veillé, détourné du chemin où pourraient se trouver les habitants, esprits de la forêt ou créatures de la canopée…

En grandissant, elle est fascinée par les mains des gens, elle se sent attirée par elles, à toujours vouloir les toucher, les prendre dans les siennes. Ce muscle, entre le pouce et l’index, est une chose irrésistible pour elle. Il possède la particularité de pouvoir s’ouvrir et se fermer comme le bec d’un oiseau, de renfermer la force de la main toute entière, toute la puissance des doigts qui se serrent.

Son contact révèle les aptitudes, l’ampleur et l’essence des gens. Ce point contient tout ce qu’ils retiennent, renferment en eux, tout ce à quoi ils rêvent. Il suffit de pincer ce muscle pour connaître tout ce que l’on veut de quelqu’un, s’aperçoit-elle.

Elle songe à ce que l’on jette d’un animal, à ce qu’on lui vole pour en faire une bonne matière première : son cœur, ses os, son âme, son esprit, son sang, ses entrailles. Un gantier ne veut que la peau, la surface, la couche extérieure. Toute autre chose n’est que surplus, encombrement, futilité. Elle songe à la cruauté que recèle un objet pourtant aussi beau et parfait qu’un gant…

Il est maintenant clair pour Agnes, alors qu’ils entrent dans leur cuisine, alors qu’elle tisonne le feu et jette une bûche dans l’âtre, que son mari est double. Il y a d’un côté l’homme de leur maison et de l’autre, celui de la maison de ses parents. Il n’y a qu’entre leurs murs qu’il est celui qu’elle connaît et reconnait, celui qu’elle a épousé.

Il n’y a que là-bas qu’il peut échapper au bruit, à la vie, aux gens qui l’entourent ; il n’y a que là-bas qu’il peut oublier le monde, se dissoudre, n’être plus qu’une main tenant une plume trempée dans l’encre, et regarder les mots se déverser de sa pointe. Et c’est alors que les mots viennent, les uns après les autres, qu’il parvient à s’absenter de lui-même, à se réfugier dans une paix si prenante, si apaisante, si intime, si joyeuse que plus rien d’autre n’existe.

Mais la magnitude, la profondeur du chagrin de sa femme exerce su lui une attraction invincible, pareille à un violent courant duquel il ne doit pas s’approcher car il l’aspirerait, le plongerait sous l’eau. Se tenir à distance est le seul moyen de survivre. S’il s’enfonçait sous la surface, il les entraînerait avec lui. S’il demeure au centre de cette vie, à Londres, rien ne pourra l’atteindre.

Lu en mai juin 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Bal tragique à Windsor » de S. J. Bennett

Je vous parle aujourd’hui de premier livre de la série « Sa Majesté mène l’enquête » que Babelio a eu la gentillesse de me proposer dans le cadre d’une opération « masse critique » spéciale :

Résumé de l’éditeur :

« Sa Majesté mène l’enquête » : une nouvelle série de cosy crimes dont l’héroïne est Elizabeth II, reine d’Angleterre.

Quand Miss Marple rencontre The Crown !

Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s’apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d’une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu. Shocking ! Quel scandale si la presse l’apprenait !


Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son fidèle personnel d’être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu’ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C’est donc Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière adjointe, une brillante jeune femme d’origine nigériane, qui va l’aider à démêler ce sac de nœuds en toute discrétion… God save the Queen du cosy crime !

Ce que j’en pense :

Soirée de bal à Windsor, le château préféré de la reine Élizabeth. Un jeune pianiste russe de talent a été convié, à ce « dine-et-sleep », lequel s’est avéré aussi être un bon danseur, il a entraîné la reine dans un tango puis d’autres femmes ont dansé avec lui et leur manière de danser le tango était assez suggestive. Même l’archevêque a esquissé des pas de danse…

Stupeur, au petit-déjeuner du lendemain, on apprend qu’il a été retrouvé nu, une cravate nouée autour du coup et l’enquête s’oriente vers une asphyxie auto-érotique… Mais, rien n’est simple au pays de Sa Majesté : on ne tarde pas à constater que le nœud de cravate est étrangement noué, donc il a été assassiné.

Grand branlebas de combat ! on voit débarquer, un commissaire, le directeur du MI5 qui est obsédé par Poutine, et voit la main de Moscou derrière ce crime : la victime est russe, Vladimir aime bien trucider ceux qui lui déplaisent (parapluie bulgare, novitchok…) mais de là à oser agir dans un palais de la reine… étrange…

La reine n’est pas convaincue et va charger sa secrétaire particulière adjointe Rozie Oshodi qui vient juste de revenir du Nigéria pour un mariage. Elle-même est très occupée, son quatre-vingt-dixième anniversaire approche, de même que la visite du couple Obama…

Son entourage a souvent tendance à considérer la reine comme une vieille dame fragile, ce qui donne des scènes assez drôles surtout lorsqu’on veut lui faire un schéma pour être sûre qu’elle comprend bien de quoi on lui parle, alors qu’elle pianote sur allègrement sur son iPad…

Les échanges entre la reine et Philip sont assez savoureux, et je les ai d’autant plus appréciés qu’il a tiré sa révérence récemment. (Cf. Extraits)

Rosie Oshogi, est une femme très sympathique, à l’esprit aussi vif que le corps, malheur à qui tente de s’en approcher avec de mauvaises intentions… on imagine cette belle jeune femme d’origine nigériane, qui se déplace en tailleur, jupe étroite, perchée sur ses talons de 12 cm, et qui est par ailleurs une excellente cavalière…

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture rafraîchissante, bien stylée, avec l’humour « so british », les coups de griffe de Philip à David Cameron… C’est le genre de roman qui se déguste comme une friandise, et qui fait du bien au moral, dans la grisaille quotidienne. C’est le premier opus de la série, et j’espère que la sortie en France du deuxième ne tardera pas car j’ai hâte de retrouver Rozie, qui je l’espère prendra davantage de place.

On sent que S. J. Bennett connait bien la famille royale, le protocole, le fonctionnement des différents services car elle a failli devenir secrétaire particulière adjointe de la reine.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Presse de la cité qui m’ont permis de découvrir cette série « soft polar » un peu dans le style des « Détectives du Yorkshire » mais avec un petit plus savoureux, car on visite les salles de réunion, la manière dont le château fonctionne… oui, je l’avoue j’ai un petit faible pour Sa Majesté (j’avais un gros faible pour Philip, c’était un bel homme à l’époque et il faut bien dire qu’il l’est resté longtemps, dans son bel uniforme ou en kilt…

De plus, ce livre est un bel objet : belle couverture, joli papier, avec un arbre généalogique de la famille royale, de 1837 à nos jours, dont je n’ai pas eu besoin car je les connais tous assez bien, mais qui apporte un petit plus aux jeunes générations qui auraient un peu oublié Édouard VIII dont l’histoire d’amour et le mariage avec Wallis Simpson ont fait la joie de tabloïds autrefois, ou   George V et George VI…

8/10

L’auteure :

Après avoir été consultante en stratégie, S. J. Bennett s’est lancée dans l’écriture de livres pour la jeunesse, puis de romans policiers.

Elle vit aujourd’hui à Londres. Par le passé, elle a elle-même failli devenir la secrétaire particulière adjointe de Sa Majesté. Autant dire qu’elle connaît son sujet !

Extraits :

Quand il la retrouva pour le café, après le déjeuner, Philip brûlait d’aborder le sujet.

  • Lilibet, vous a-t-on dit que l’homme était nu ?
  • Oui en effet, cela m’a été rapporté.
  • Pendu, comme un certain député conservateur. Il y a un nom pour cela. Comment dit-on, déjà ? Quelque chose auto-sexuel
  • Asphyxie auto-érotique, l’informa sombrement la reine qui venait d’effectuer une recherche Google sur son iPad.

Les chiens, eux, savaient. Comme Candy, ce matin. Les corgis avaient détesté Vladimir Poutine au premier regard et cherché à lui mordre les chevilles lors d’une visite officielle. Même le chien-guide d’un ministre aveugle s’était mis à aboyer. Les chiens ont un tel instinct…

Certes, la presse à scandale, avait publié un ou deux articles sur la nouvelle secrétaire « particulière » de la reine, sans oublier de mentionner son « physique exotique ». Et, dans les palais royaux, elle avait parfois droit à quelques airs étonnés ou à de petits excès de politesse.

La reine résout des énigmes criminelles. Je crois qu’elle a démêlé sa première affaire, vers l’âge de 12 ou 13 ans. Toute seule. Elle voit des choses que les autres ne voient pas – souvent parce qu’ils ont tous le regard rivé sur elle. Ses connaissances couvrent énormément de domaines. Elle a un œil de lynx, du flair pour déceler les mensonges et une mémoire fabuleuse. Son personnel devrait lui faire plus confiance.

Philip avait l’air de sortir tout droit d’un magazine. Elle n’avait jamais vu quiconque porter aussi bien l’uniforme ou le smoking. Quand ils s’étaient mariés, il était le meilleur parti d’Europe. Elle s’était sentie chanceuse à l’époque, et c’était toujours le cas aujourd’hui… même s’il était affreusement agaçant la moitié du temps.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Murder Game » de Rachel Abbott

En ce moment, j’ai envie de lectures sympathiques, qui ne me prennent pas trop la tête,qui est déjà suffisamment saturée par les infos qui surfent sur la sinistrose ambiante, et une poussée de fibromyalgie avec tout son cortège sympathique de douleurs, fatigue, insomnies, j’en passe et des meilleurs, qui m’oblige à me shooter pour tenir le coup, alors place aux polars avec :

Résumé de l’éditeur :

Apparences trompeuses, manipulation et faux-semblants :  Rachel Abbott déploie tout l’éventail de son talent dans un roman à énigme digne d’Agatha Christie. 

La première fois que Jemma s’est rendue au manoir de Polskirrin, c’était avec Matt, son époux, pour célébrer le mariage du richissime Lucas Jarrett. Jamais elle n’oubliera la vue saisissante de cette demeure dominant la mer, perchée sur un éperon de Cornouailles. Jamais, non plus, elle n’oubliera la vue du corps sans vie d’Alex, la sœur du marié, le jour des noces, sur cette plage de galets…  

Un an plus tard, les invités sont de retour à Polskirrin, à la demande de Lucas. Pourquoi ce dernier tient-il tant à célébrer le premier anniversaire de ses noces funestes ?

C’est en réalité à une fête macabre qu’il les a conviés, un Murder Game visant à faire rejouer à chacun son rôle de l’an passé et révéler ainsi la vérité sur la mort d’Alex. Mêmes personnes, mêmes tenues, même repas, mêmes discussions, la nuit qui a vu mourir la jeune femme se répète dans une mise en scène terrifiante.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce roman parce que le titre me plaisait, le résumé aussi et parce que j’avais vu passer des chroniques plutôt alléchantes.

On se retrouve donc à Polskirrin, dans un superbe demeure dont le propriétaire richissime, Lucas Jarrett a décidé de réunir tous les convives présents un an auparavant, pour célébrer son mariage avec Nina, mariage qui a tourné en catastrophe puisque Alex, la sœur de Lucas s’est noyée, et cela a été considéré comme un suicide, donc affaire classée par la détective super intendant Stéphanie King

Il faut dire qu’Alex n’allait pas très bien depuis qu’elle avait été enlevée et victime de viols à répétition pendant toute la durée de sa captivité. Les coupables n’ont jamais été retrouvés. On a suspecté un truand notoire mais pas de preuves.

A ce mariage assistait tous les « amis » de Lucas : Matt et son épouse Jemma, Isabel, Nick, Chandra, Andrew, tombeur qui convoitait toutes les filles, en particulier celles qui plaisaient à ses potes, dans sa jeunesse…

Lucas les a donc tous convoqués un an plus tard, jour pour jour, pour fêter leur anniversaire de mariage qui a finalement eu lieu dans l’intimité. Il est persuadé qu’Alex a été assassinée et il met en place un jeu diabolique, pour pousser chacun à dire ce qu’il sait, ce qu’il a pu voir, à dévoiler les petits ou grands secrets honteux…

Jemma se rebelle car elle ne se sent pas concernée, elle ne connaissait personne avant cette fameuse journée, mais les autres s’offusquent mais se taisent. L’ambiance est de plus en plus tendue, car Lucas leur attribue les chambres qu’ils occupaient et surtout leur a réservé une surprise : Nina a confectionné une réplique des vêtements qu’ils portaient, histoire de bien les conditionner…

Cerise sur le gâteau, l’inspectrice Stéphanie King s’invite au jeu, en compagnie de Gus son compagnon car on vient de signaler qu’une jeune femme a disparu précisément la fameuse nuit où Alex est morte… Ce qui déplaît fortement à Lucas, contrariant ses plans.

j’ai bien aimé ce thriller, car j’ai un faible pour les huis-clos, les secrets de famille, les relations tordues entre les protagonistes et, une fois commencé, impossible de le lâcher et je n’ai pas vu venir la fin. Suspense bien entretenu….

Ces derniers temps j’ai choisi plusieurs polars sur NetGalley car j’ai besoin de m’évader et de de ne pas trop réfléchir, et c’est le genre de lectures qui me convient le mieux dans ces cas-là. J’ai tenté les « feel good » autrefois mais cela a tendance à m’horripiler.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman qui m’a bien plu et d’entrer dans l’univers de Rachel Abbott que je connaissais pas.

#RachelAbbott #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Née près de Manchester, Rachel Abbott a longtemps occupé un poste d’infographiste, avant de se lancer à la poursuite d’un vieux rêve, rénover de vieilles demeures en Italie, où elle vit désormais une partie de l’année. La parution d’Illusions fatales (2014), le premier tome des enquêtes de l’inspecteur Tom Douglas, auto publié et aussitôt classé numéro un des ventes Amazon en Angleterre, a marqué le début d’une formidable success story.

Auteure de neuf tomes des enquêtes de Tom Douglas, Rachel Abbott a débuté avec Ce qui ne tue pas (2019) et Murder Game une nouvelle série, incarnée par l’enquêtrice Stéphanie King. Voix incontournable sur la scène du polar britannique, Rachel Abbott vit sur l’île anglo-normande d’Aurigny-Alderney.

Extraits :

J’aurais dû dire non, refuser de participer au jeu organisé ce soir. Peut-être ne suis-je pas aussi courageuse que j’aime le croire. Je tiens l’enveloppe noire serrée contre moi comme si ce qui était écrit sur la carte qu’elle contient risquait de traverser le papier doux comme du satin pour se révéler aux yeux de tous.

Je ne trouve pas le mot juste. Perturbée est ce qui me vient à l’esprit à cause de la tension physique que j’ai perçue chez elle,(Alex) et sa façon de se déplacer. D’un autre côté, le mot me paraît un peu fort. Malheureuse conviendrait peut-être davantage.

J’ai essayé de questionner Matt sur le jeu de ce soir mais il n’a pas voulu en parler. selon toute vraisemblance, Lucas veut jouer, et ce que veut Lucas, Lucas l’obtient. En tout cas de la part de mon mari. Cela dit, je ne sais plus très bien qui est Matt ni ce qu’il pense vraiment.

Je m’allonge sur le dos et flotte, délivrée de la pesanteur, les yeux accrochés aux étoiles, je fais le vide dans mon esprit en fixant une étoile solitaire dans le ciel. Je sais qu’elle s’est allumée à des années-lumières, à des milliards de kilomètres et je me concentre sur ma propre insignifiance.

Elle entendait encore la voix d’Alex, son hystérie, sa peur. elle revoyait Lucas en train de secouer sa sœur,la pousser dans le sentier,lui ordonner de se calmer. C’était la première fois qu’elle l’entendait élever la voix contre Alex…

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Autopsie d’un drame » de Sarah Vaughan

Depuis quelques temps, j’éprouve le besoin de sortir de ma « zone de confort » en choisissant des livres qui ne me font pas trop réfléchir, notamment après avoir refermé il y a quelques jours « Impact » d’Olivier Norek, lecture ô combien perturbante… c’est chose faite avec :

Résumé de l’éditeur :

Jess, mère au foyer, fait preuve d’une grande dévotion envers ses trois enfants, qu’elle chérit et protège à tout prix. C’est du moins la façon dont Liz, son amie depuis dix ans, la perçoit.  Mais le doute s’installe lorsque Jess se rend aux urgences pédiatriques où travaille Liz. Dans ses bras, sa fille Betsey, âgée de dix mois, présente tous les signes d’un traumatisme crânien.

Jess, d’ordinaire si soucieuse du bien-être de sa famille, semble étrangement distante et peu concernée par la situation, et ses explications ne collent pas avec la blessure de l’enfant. Liz s’interroge sur les réelles motivations de son amie.

Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps avant de se rendre à l’hôpital ?  S’agit-il vraiment d’un accident, comme elle l’affirme ?  Un drame psychologique brillamment tissé qui sonde les enjeux de la maternité, de l’amitié et interroge ce qui nous lie ou nous sépare.

Ce que j’en pense :

Jess est mère de trois enfants. Elle est mère au foyer, son époux rentre de plus en plus tard, débordé par son travail, ou retardant un peu le retour à la maison. Leur fils aîné, dix ans, pousse sans problème. Pour le deuxième, Frankie, c’est beaucoup plus compliqué, il déborde d’énergie, il faut sans cesse être à ses côtés pour empêcher que les choses les plus anodines ne dégénèrent et bien sûr tout repose sur les épaules de Jess, alors quand arrive la petite dernière, Betsey, qui pleure tout le temps, refusant de faire ses nuits, elle qui se veut une mère parfaite, briquant tout, du sol au plafond, tout va se compliquer.

D’abord, l’accouchement se passe très mal, très long et très douloureux car le bébé est dans une mauvaise position, elle qui rêvait d’accoucher chez elle entourée de bougies, en écoutant Bach… elle se remet mal, le fameux instinct maternel semble être absent, et épuisée par les nuits sans sommeil, le bébé qui pleure, Frankie qu’il faut sans cesse surveillée, la mère parfaite devient obsessionnelle, avec des rituels pour pouvoir avancer, alors que son mari Ed passe royalement à côté de sa détresse, puisqu’elle s’obstine à vouloir donner le change.

Un jour, tout bascule, Jess amène Betsey à l’hôpital car elle a vomi, et se comporte bizarrement. Et le diagnostic tombe : fracture du crâne. Son amie, pédiatre à l’hôpital est obligée de prévenir les services sociaux et toute la machine s’enraye.

On sent bien qu’il s’est passé quelque chose et que Jess ne dit pas la vérité. Durant le déroulement de l’enquête on va entrer plus en avant dans les relations entre les « amies » qui se sont connues en participant à un cours d’accouchement sans douleur : Liz et son époux Nick, Jess et Ed, Mel et aussi Charlotte et son époux. Leurs relations sont-elles aussi simples et harmonieuses qu’elles ne veulent bien le dire ?

Sarah Vaughan aborde plusieurs problèmes dans ce roman qui pourrait s’apparenter à un thriller : la dépression du post partum alias baby-blues, la gestion d’une famille de trois enfants, dont l’un est difficile et évoque un TDHA, non diagnostiqué non plus… la peur de faire du mal à son bébé car on n’arrive plus à l’entendre pleurer, la culpabilité d’être une mauvaise mère…

L’auteure a semé dans son récit, des petits indices qui peuvent orienter le lecteur vers ce qui s’est réellement passé, mais avec des aussi des fausses pistes, tout en racontant l’enfance de Liz dont la mère n’a jamais été aimante.

Comment être une bonne mère quand la sienne a été défaillante ? Comment ne pas en faire trop en risquant d’aller trop loin dans l’autre sens ?

Même, si parfois, ces amies qui s’aiment tant, ont tendance à se tirer parfois dans les pattes, leur amitié paraissant trop lisse, trop parfaite, on s’attache à ses femmes, on déteste certaines, mais leur comportement à chacune (et chacun) permet d’aborder des problèmes importants autour de la famille, la maternité…

J’ai oublié de parler d’un autre thème évoqué dans ce roman: l’auteure revient sur l’amitié, et la manière dont les liens se modifient au cours du temps, la distance qu’on prend, sans le vouloir, car on est entraîné dans la course et la difficulté d’affronter les charges de la vie quotidienne, le travail, les enfants, la gestion du foyer, et peu à peu les liens se distendent et on se rend compte qu’on ne s’est pas vus depuis des mois… C’est ainsi que Liz se rend compte que Jess n’est plus celle qu’elle a connu, qu’elle est devenu plus fragile, et qu’un regard plus attentif aurait pu l’aider…

Je n’aime pas lire des romans traitant de la maltraitance faite aux enfants, j’ai donc longtemps hésité avant de choisir ce roman mais les critiques que j’ai pu lire, ça et là, m’ont décidée à tenter l’expérience et je ne le regrette pas.

C’est la première fois que je lis un roman de Sarah Vaughan et j’ai passé un bon moment, je l’ai littéralement dévoré et même si j’ai identifié un peu trop vite un des aspects du drame, je dois reconnaître que la fin m’a complètement bluffée… magistrale !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure que j’aurai du plaisir à retrouver… et pourquoi pas avec « Anatomie d’un scandale »

#Autopsiedundrame #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan a travaillé pendant onze ans comme journaliste au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous et La Ferme du bout du monde. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

On lui doit également Anatomie d’un scandale

Extraits :

Dans de tels moments, don esprit regorge de pensées toxiques. Tu es une mauvaise mère. Elle serait mieux dans toi. Auxquelles s’ajoutent insidieusement de plus honteuses qu’elle cherche à repousser. Des pensées qu’elle a du mal à accepter, et encore moins à exprimer sur son désir – fugace – bien sûr de voir cet enfant se taire à tout jamais.

Tous les obstétriciens le savent : la naissance est le jour le plus dangereux de l’existence.

La plupart des traumatismes crâniens sont d’origine accidentelle et, même si je soupçonne Jess de mentir, elle doit l’avoir fait pour une bonne raison ? Je suis sûre qu’il y a une explication innocente à cette situation.

Elle s’était imaginée donner naissance entourée de bougies à la lavande, avec le mouvement lent du concerto pour deux violons de Bach en fond sonore, les cordes la guidant vers l’apogée des contractions. Quelle naïveté…

Le cycle de maltraitance se perpétue. Ils assimilent violence et autorité parce que c’est ainsi que cela leur a été inculqué. On voit ça sans arrêt.

Un grand nombre de ses collègues ont trois ou quatre enfants. Symbole par excellence de la réussite, signe que l’on est en mesure de nourrir autant de bouches, emblème de virilité. Il avait rêvé d’une petite fille, convaincue que son arrivée complèterait à la perfection leur famille et leur apporterait un vent nouveau de joie en particulier à sa femme…

Lu en avril 2021

Publié dans Dystopie, Littérature Royaume-Uni

« La fracture » de Nina Allan

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui sort du cadre de mes goûts habituels, mais en ces temps perturbés, j’ai eu envie d’évasion :

Résumé de l’éditeur :

Le 16 juillet 1994 dans la région de Manchester, Julie Rouane, dix-sept ans, prétexte un rendez-vous avec une copine pour s’absenter du domicile familial… et disparaît pendant plus de vingt ans.

Longtemps après l’abandon de l’enquête par la police, faute d’indices concrets – Raymond Rouane, persuadé que sa fille est toujours vivante, continue à explorer seul toutes les pistes possibles. En vain. La mère de Julie et sa sœur cadette, Selena, tentent-elles aussi de faire front, chacune à leur manière.

Puis un soir, Julie refait surface à l’improviste. Alors qu’on avait soupçonné que l’adolescente ait pu être enlevée et assassinée – un homme de la région ayant avoué plusieurs meurtres de femmes –, l’histoire que Julie raconte à Selena est tout à fait différente. Mais est-il possible de la croire ?

« Perturbant et brillant. » Alice Develey, Le Figaro

« Nina Allan nous entraîne de surprise en surprise, et c’est particulièrement réjouissant. » Grazia

Ce que j’en pense :

Julie Rouane quitte la maison en claironnant qu’elle va chez une copine et on ne la revoit plus. Meurtre, fugue ? la police a fini par arrêter d’enquêter.

Cette disparition a, comme il se doit, fait exploser la famille, le père, Raymond refusant cela, se met à chercher sa fille, parcourant des centaines de km pour suivre toutes les pistes imaginables, ce qui lui coûtera son emploi et le rendra fragile sur le plan mental et il finira par y laisser la vie, le cœur brisé. Son couple pourtant très soudé volera en éclats, sa femme préférant se faire une raison. Quant à la jeune sœur de Julie, Selena, elle aura du mal à trouver sa place.

Évidemment, Julie refait surface, une vingtaine d’années plus tard, reprenant contact avec Selena… et à partir de là, on part dans des invraisemblances, des délires sans fin. On comprend très vite le sens du titre : fracture, faille spatio-temporelle, ou fracture de la famille ?

Le récit s’étire, entrecoupé de coupures de journaux ou d’enquêtes sur les extraterrestres ou autres ou de choses qui n’ont rien à voir avec l’intrigue, telle Stephen Dent, et son poisson orange qui est harcelé et finit par suicider…

Je l’ai terminé par curiosité, pour savoir comment cela pouvait finir et le moins qu’on puisse dire c’est que cela ne finit pas (ou presque), j’étais tellement déstabilisée par le récit que j’ai eu l’impression de tourne en rond, en me demandant si c’était moi qui débloquais ou l’auteure, et pourtant j’ai l’esprit très ouvert, j’étais une assidue de la série « X Files » à l’époque.

J’ai cédé à la tentation car on me promettait, entre autres, un récit perturbant et brillant (Le Figaro) et d’autre part, les critiques que j’avais lues, çà et là, étaient très partagées ; il semblerait que, soit on adore, soit on apprécie peu…

Quant à l’écriture, je ne retiens que la confusion, les répétitions, les détails superflus, la numérotation bizarre des pages mais c’est peut-être dû au livre électronique…

Côté perturbant j’ai été servie, tant cette intrigue est capillotractée, mais réjouissant ou brillant, non, d’où une frustration intense … je lis rarement des dystopies, ou des livres étiquetés « Science-Fiction »  ou « fantastique » et cette expérience ne va me pousser à m’y aventurer ; la curiosité joue parfois des tours.

C’est le premier livre de Nina Allan que je lis et je n’ai pas du tout envie de continuer. Comme je le dis toujours, la lecture doit toujours être un plaisir, quand cela devient un pensum, il vaut mieux s’abstenir.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions 10/18 qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure…

#LaFracture #NetGalleyFrance

4/10

L’auteure :

Nina Allan, née le 27 mai 1966 à Londres au Royaume-Uni, est une romancière et nouvelliste britannique.

Incipit :

L’AVANT

Selena se lia d’amitié avec Stephen Dent l’été d’avant l’été où Julie disparut. Stephen Dent habitait sue Sandy Lane, à quatre ou cinq maisons de là où habitaient Selena, Julie et leurs parents. Il enseignait dans un lycée catholique, Carmel Collège, mais Selena ne le sut que plus tard. La première fois qu’elle vit Stephen, il descendait du bus. Elle le remarqua à cause de ce qu’il portait : un seau en plastiques transparent avec un gros poisson orange qui nageait dedans. Selena regarda l’homme entrer dans sa maison, puis elle entra chez elle. Deux jours plus tard, elle le revit ; il achetait des nouilles chinoises précuites dans la supérette Spar en bas de Pepper Street. Selena s’y trouvait avec sa sœur Julie. Julie achetait un rouge à lèvres brillant et Selena un magazine de mode pour adolescentes, mais elles cherchaient surtout un prétexte pour sortir de la maison.  L’été de Stephen Dent fut aussi l’été où les parents de Selena faillirent se séparer…

Lu en mars 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Roman historique

« Chant de l’aube » de Jean Gill

Petit tour au XIIe siècle aujourd’hui avec ce livre dont la couverture (tout autant que la période historique et la région) a attiré mon attention sur NetGalley :

Résumé de l’éditeur :

Fuyant sa famille et les mauvais traitements, Estela se réveille dans un fossé sans rien d’autre que son luth, sa voix magnifique et une dague cachée sous son jupon. Ses talents lui attirent un mécène en la personne d’Aliénor d’Aquitaine, et c’est auprès du meilleur troubadour de la reine et commandant de la garde, Dragonetz los Pros, bien plus qu’un maître de musique, que la jeune femme approfondira son art. 

Las de la guerre, Dragonetz emploie l’argent des Juifs et l’expertise des Maures à la construction d’une invention des plus modernes, un moulin à papier, réveillant les foudres de l’Église. Leurs ennemis se rassemblent, prêts à mettre le feu aux poudres politiques et religieuses de la Narbonne médiévale. 

Les thrillers romantiques et envoûtants de Jean Gill évoquent la France médiévale, dans ces temps troublés qui suivent la deuxième croisade, avec une justesse sans pareille. Découvrez des personnages bien campés et des femmes extraordinaires, comme Aliénor d’Aquitaine et Ermengarda de Narbonne, qui ont façonné l’Histoire tant sur les champs de bataille que dans leurs chambres à coucher. 

Ce que j’en pense :

Une jeune fille qui dit s’appeler Estela de Matin est retrouvée dans un fossé par le cortège royal qui emmène Aliénor d’Aquitaine à Narbonne chez son amie Ermengarda. Estela a fui sa famille on ne sait pas pourquoi, et mystérieusement un chien la suit.

Elle ne possède qu’un instrument de musique, une mandore (Al-Oud) et une dague cachée sous ses jupes. Pour prouver qu’elle n’est pas une voleuse, elle chante les célèbres paroles d’une aubade : la Chanson de l’Aube. Elle rejoint le cortège conduit par le commandant Dragonetz los Pros.

Dragonetz est aussi un troubadour et elle apprendra le chant avec lui à la cour de Narbonne, durant le séjour d’Aliénor.

Mais, ce brave musicien est victime d’une tentative d’assassinat, la première d’une série en fait et il faut tenter d’éclaircir le mystère : est-ce lui qui est visé ou essaie-t-on de s’en prendre à Aliénor.

En effet la reine de France n’est pas en odeur de sainteté dans la région, elle a des vues sur Toulouse aux mains de Raymond, l’Église, notamment l’archevêque de Narbonne la hait et veut se débarrasser d’elle (pardi, une femme qui a du pouvoir et de l’intelligence !) elle a entraîné la France dans une croisade qui a coûté de l’argent et des vies.

Drabonetz est revenu de l’Oltra mar comme on appelait alors la région des lieux saints, traumatisé par ce qu’il a vu et ce qu’il a dû faire, il veut donc changer de vie et s’est acheté un moulin pour faire du papier sur les conseils d’un ami maure : al-Hisba

Hélas, l’Église ne voit pas cela d’un bon œil car elle a le monopole du parchemin et Dragonetz n’entend pas lui donner celui du papier…

J’ai choisi ce roman parce que je suis attachée à cette région : j’ai passé mes vacances pendant très longtemps pas loin de Narbonne et surtout parce que la Dame d’Aquitaine m’a toujours fascinée et j’ai dévoré autrefois sa biographie par Régine Pernoud. J’ai aimé tout ce qui tourne autour d’elle ou d’Ermengarda de Narbonne que je ne connaissais pas, Raymond de Toulouse et ses désirs de conquêtes, ses haines vis-à-vis des autres religions (Templiers, Cathares…) ou Raymond de Carcassonne ou Ramon de Barcelone (comme ils s’appelaient tout Raymond à l’époque, Jean Gill a modifié l’orthographe pour simplifier.

J’ai aimé aussi ce qui touche au commerce autour de Narbonne et les inimitiés qui se font jour entre juifs, musulmans car la deuxième croisade a fait beaucoup de dégâts, et surtout al-Andalus, car j’ai eu un coup de cœur il y a bien longtemps pour cette sublime région, son histoire, sa culture. Je sais bien que parler d’al-Andalus a l’heure où L’État Islamique rêve d’y recréer le califat, peut susciter des réactions mitigées mais j’assume.

Jean Gill a très bien décrit les mœurs de l’époque, les chants, les troubadours, les joutes d’amour, le statut de femmes à l’époque… Mais, l’histoire d’amour entre Estela et Dragonetz, non car on est vraiment trop dans la romance et un commandant de la garde troubadour qui mène l’enquête c’est quelque peu surprenant…

Ce roman est plaisant à lire, car ce retour au XIIe siècle m’a dépaysée et j’en avais bien besoin, mais je fais la même critique que pour « La femme qui reste » : dès qu’on s’éloigne de l’Histoire, cela devient décevant. Une fois de plus, il vaut mieux lire un livre d’Histoire sur Aliénor ou sur les Comtes de Toulouse, les croisades… n’est pas Maurice Druon avec « Les rois maudits » qui veut, ou encore Umberto Eco et « Le nom de la Rose », pour ne citer qu’eux…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Bookelis qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure. Celle-ci nous fournit d’ailleurs des notes historiques intéressantes concernant tous les personnages ayant existé.

#Chantdelaube #NetGalleyFrance

7/10

Aliénor d’Aquitaine
Ermengarde de Narbonne

Pour en apprendre davantage sur Ermengarda alias Ermengarde Vicomtesse de Narbonne: sur le site « L’histoire pour le plaisir » : https://www.ljallamion.fr/spip.php?article7712

L’auteure :

Née au Royaume Uni, Jean Gill est photographe et écrivain.

Elle a vécu au Pays de Galles pendant 25 ans où elle a été professeur d’anglais, avant de s’installer dans le Sud de la France.

Elle a travaillé pendant six ans avec le dresseur et maître-éducateur canin Michel Hasbrouck, l’auteur de « Dressage tendresse » (2003), dont Jean Gill a traduit du français en anglais.

On lui doit également : « Qu’elle est bleue ma vallée » et « Toujours à tes côtés ».

Extraits :

Il n’y avait pas de refuge dans les vignobles d’avril. La route s’étendait droit devant en direction de Narbonne et, derrière elle, retournait vers Carcassonne, criblée de nids-de-poule creusés par le rude hiver de 1149.

Cela n’était pas chose aisée d’être au service d’Aliénor, reine de France, mais il lui concéderait bien cela : on ne s’ennuyait jamais.

Racontez-moi tout au sujet d’al Andalus, dit-elle.

Tout requerrait peut-être un autre voyage, ma Dame, mais sachez qu’il y a des centaines d’années, lorsque mon peuple est venu d’Oltra mar, comme vous l’appelez, vers al-Andalus, votre Andalousie, nous avons amené nos livres, nos poètes, nos ingénieurs, nos docteurs, nos astronomes et notre musique…

Le commerce exige une certaine confiance, soupira Ermengarda. Et le monde se trouve dans la tourmente. Même al-Andalus est en pleine agitation. Auparavant, les marchands s’y trouvaient en sécurité, qu’importe leur religion. Désormais, la situation est délicate pour les chrétiens et même pour les juifs. Le rabbin Abraham ben Isaac m’a confié que le quartier juif était rempli de juifs hispaniques que les Maures musulmans ne laissaient plus en paix en al-Andalus. Ils sont en quête d’une nouvelle vie ici. Nous n’avons toujours pas terminé d’estimer les coûts de la dernière croisade.

Cela faisait longtemps que Raavad était revenu de ses illusions. Ils n’avaient pas la moindre idée de la chance qu’ils avaient de vivre sous le règne d’Ermengarda de Narbonne et non de Raymond de Toulouse, qui rendait déjà la vie difficile à la communauté juive et dont les rumeurs laissaient présager le pire.

Dragonetz los Pros, si Narbonne réclamait véritablement la mort de Raymond de Toulouse, je m’en chargerais dès demain, tout comme je condamnerais vingt juifs innocents à la potence pour préserver la paix au sein de ma cité. Vous le savez très bien et vous en feriez tout autant…

L’affection entre des époux et l’amour véritable sont deux choses entièrement différentes et opposées par nature. Le mot « amour » ne devrait donc pas être employé pour les deux relations car il prête à confusion. Aucune comparaison n’est possible entre une situation où chacun a un devoir physique à remplir envers l’autre et une situation à laquelle préside le libre don du plaisir et où chacun cherche à se montrer digne de l’autre.

Lu en novembre décembre 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Metropolis » de Philip Kerr

Intermède polar, aujourd’hui, avec ce livre dernier opus des aventures de Bernie Gunther, sorti en Grande Bretagne l’an dernier, tandis que son auteur tirait sa révérence, atteint par un cancer :

Résumé de l’éditeur :

« Un ultime épisode qui bouleversera les lecteurs de Philip Kerr. » The Guardian

Berlin, 1928. Les corps de quatre prostituées sont retrouvés massacrés dans le même quartier. Bernie Gunther, jeune flic idéaliste à la brigade des mœurs est invité à rejoindre le chef de la Kripo pour enquêter sur cette sinistre affaire.

Alors que ces meurtres laissent la population indifférente, le père de l’une des victimes, un chef de la pègre très influent, est prêt à tout pour se venger de l’assassin de sa fille.

Dès lors qu’une nouvelle vague de victimes, des vétérans de guerre handicapés, déferle sur la ville, Bernie est confronté au silence imposé par la voix montante du nazisme.

Une première enquête aux allures de course contre la montre dans un Berlin sous tension, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Ce que j’en pense :

Il y a très longtemps que je voulais découvrir l’univers de Bernie Gunther, dont la « Trilogie berlinoise » me nargue effrontément sur une étagère de ma bibliothèque (quelle idée aussi d’avoir opté pour le modèle poche qui fait mille pages et pèse plus de cinq cents grammes, quand on n’a plus beaucoup de force dans les mains…

Quand on me l’a gentiment proposé au cours d’une masse critique spéciale de Babelio, je n’ai pas hésité plus d’une demi-seconde, car il s’agissait de sa première enquête donc cela me permettait de faire la connaissance de Bernie.

L’action se situe en 1928, à Berlin, sous la République de Weimar, alors que frémissent déjà la moustache d’Hitler, ses Sections d’Assaut tristement célèbres, les violences perpétrées contre tout ce qui les dérangent…

Trois prostituées sont retrouvées assassinées et scalpées par un mystérieux tueur que l’on surnommé Winnetou, l’une d’entre elle étant la fille d’un mafieux.

Le tueur nargue la police et joue avec elle, en laissant des indices trompeurs pour les envoyer sur de fausses pistes. Brusquement, il change de victimes et s’en prend aux hommes qui ont été blessés pendant la guerre et se retrouvent à mendier, dans leurs petits charriots roulants, aux sorties du métro. Il écrit un texte à un journal justifiant ses crimes par la nécessité de nettoyer Berlin de tous les inutiles… il se fait appeler « Gnadenschuss », coup de grâce.

J’ai beaucoup aimé découvrir le Berlin de 1928, aux côtés de Bernie, la société allemande de la métropole de l’époque, les références à l’Histoire, la faim, la chute de la monnaie, la montée du Nazisme, le racisme ambiant, mais aussi la culture car on croise Fritz Lang et sa compagne de l’époque Thea von Harbou, le milieu du théâtre… Une période qui ressemble parfois un peu trop à la nôtre avec la montée des extrémismes de tous bords…

J’ai lu beaucoup de livres sur la période du Nazisme, la seconde guerre mondiale, mais je connais moins bien la République de Weimar et la manière dont Philip Kerr mêle ses héros avec des personnages ayant existé, aussi bien dans la police qu’au gouvernement, aux acteurs, entre autres m’a beaucoup plu.

Bernie Gunther est un héros intéressant et sympathique, dont j’ai aimé découvrir l’univers,  la manière de vivre, les cauchemars liés aux souffrances passées dans les tranchées, qu’il tente d’oublier dans l’alcool, les méthodes d’investigation ainsi que ses relations avec les autres, qu’il s’agisse de ses collègues ou des femmes et que j’ai hâte de retrouver…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Seuil qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

9/10

Une très belle chanson de Marie-Paule Belle, que j’adore, pour rendre hommage à Berlin :

L’auteur :

Philip Kerr (1956-2018) a étudié le droit à l’université de Birmingham et la philosophie en Allemagne. Auteur de plus de trente livres – dont plusieurs pour la jeunesse – acclamés dans le monde entier, il a reçu l’Ellis Peters Historical Dagger de la Crime Writers’ Association en 2009 et plusieurs Shamus Awards.

Extraits :

Comme toute personne ayant lu la Bible, je connaissais Babylone, cette ville synonyme d’iniquité et symbole de toutes les abominations terrestres, quelles qu’elles puissent être. Et, comme toute personne ayant vécu à Berlin à l’époque de la République de Weimar, je savais également que l’on comparait souvent ces deux villes…

Autrefois, avant la guerre, Berlin était une ville respectable. La vie humaine a cessé d’avoir de la valeur après 1914. C’était déjà terrible, mais à cause de l’inflation de 1923, notre monnaie ne vaut plus rien elle non plus. Quand vous avez tout perdu, la vie a moins d’importance.

J’ai lu dans le journal, dit-il, sans s’adresser à quiconque en particulier, que Benito Mussolini avait mis fin aux droits des femmes en Italie le jour-même où mon pays leur accordait le droit de vote à vingt et un ans, au lieu de trente. Pour une fois, je suis presque fier d’être anglais.

Berlin n’avait plus grand-chose à voir avec le reste du pays. La capitale ressemblait de plus en plus à un gros navire qui avait rompu ses amarres et dérivait toujours plus loin des côtes allemandes…

… Car il n’y a pas que les humains qui s’affranchissent de leurs parents et de leurs origines ; les métropoles aussi.

Je vais vous dire un truc : tout ce pays est devenu complètement fou. Avant, il y avait un asile de fous près d’ici, mais ils l’ont fermé. Pourtant, j’ai l’impression qu’on en a besoin plus que jamais…

L’accueil a été mitigé. Même de la part de mon cher mari. Quand il entend des critiques sur Metropolis, il me tient pour responsable. Mais quand il entend des louanges, il s’en attribue tout le mérite. C’est ça les réalisateurs. Il n’y a pas que les caméras qui ont besoin d’un trépied, leur ego aussi.

Ce que les Français appellent le coup de grâce, nous autres, Allemands, l’appelons Gnadenschuss : une unique balle dans la tête pour mettre fin aux souffrances d’un homme blessé. Mais en 1928, dans les rues de Berlin, les hommes à qui était accordée cette clémence douteuse en plein jour avaient été grièvement blessés plus de dix ans auparavant. En effet toutes les victimes étaient d’anciens combattants estropiés, des moitiés d’homme qui se déplaçaient dans des chariots et mendiaient devant les stations de métro…

Selon eux (deux médecins qui s’occupent d’un refuge pour blessés de guerre), tout homme qui ne travaille pas est non seulement un fardeau pour la société, mais également un psychopathe antipatriotique qui ne mérite pas de vivre. Un névrosé qui doit être exterminé…

Le rôle des journaux, c’est de provoquer l’hystérie collective. Ils s’en contrefichent qu’on arrête ce salopard ou pas. Ce qui les intéresse, c’est d’attiser la peur et de répandre la panique pour vendre plus d’exemplaires.

Les Allemands de la Volga descendaient majoritairement des Bavarois, des Rhénans et des Hessois invités en 1762 par l’impératrice Catherine II – elle-même native de Stettin en Poméranie – à venir cultiver les terres de Russie. Ils avaient aidé à moderniser l’agriculture russe arriérée et, en bons Allemands, ils avaient prospéré, du moins jusqu’à la révolution bolchévique, lorsque leurs terres avaient été confisquées et qu’ils avaient été obligés de regagner la mère patrie. Inutile de préciser qu’ils n’avaient pas été reçus à bras ouverts.

Lu en novembre 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Sept mensonges » d’Elizabeth Kay

Encore un intermède thriller aujourd’hui car j’avais besoin de me détendre après trois lectures sérieuses dont je parlerai dans les prochains jours car les chroniques sont assez difficiles à concocter :  

Résumé de l’éditeur :

Jane et Marnie sont inséparables depuis l’enfance. Et si Jane avait été honnête depuis le début – si elle n’avait pas menti cette toute première fois –, alors peut-être que les choses auraient pu tourner autrement. Peut-être que le mari de sa meilleure amie serait encore en vie.

Le temps est venu pour Jane de dire la vérité, enfin… sa vérité. Tandis qu’elle se confie et décortique les sept mensonges qu’elle a racontés à Marnie, chacun plus terrible que le précédent, elle révèle les couches de noirceur qui ont infiltré leur amitié et les secrets toxiques qui remuent sous la surface. Mais une vérité peut toujours en cacher une autre…

« Sept mensonges est l’histoire glaçante de ce qui arrive quand l’amitié devient obsession. » Harlan Coben.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce thriller car la couverture est absolument géniale (l’escalier où a eu lieu le crime et les petites encoches façon répertoire, correspondant au nombre de mensonges !) et le résumé assez alléchant…

Jane et Marnie sont devenues amies en classe de sixième, Jane timide, effacée a été attirée par Marnie, déjà solaire et sûre d’elle. Elles resteront toujours très proches, Jane allant dîner le vendredi soir chez Marnie, même lorsque Charles est entré dans la vie de cette dernière.

Jane n’a pas été aimée par sa mère, qui n’avait d’yeux que pour Emma la petite sœur, née prématurément quoi qu’elle puisse faire, elle est transparente, trouve du réconfort auprès de son père mais celui-ci finit par quitter la maison pour sa maîtresse devenue veuve…

Jane est brillante dans les études mais se retrouve dans un travail où elle s’épanouit peu. Elle a trouvé le grand amour avec Jonathan, mais celui-ci, sportif, se fait renverser par un chauffeur de taxi ivre, alors qu’il vient de terminer le marathon de Londres, ce qui met fin brutalement à sa vie amoureuse. Pendant ce temps, Emma plonge dans l’anorexie.

Marnie, fin cordon bleu se filme en train de réaliser ses recettes et son site a beaucoup de succès ; elle n’a pas eu une enfance trop difficile, mais ses parents n’étaient jamais là, toujours en congrès à droite ou à gauche, alors elle est devenue autonome très vite. Après des aventures sans lendemain, et elle rencontre enfin Charles qu’elle épouse.

Un jour, elle demande à son amie si Charles et elles sont faits l’un pour l’autre, et Jane répond oui alors qu’elle le déteste. Premier mensonge, qui va en entraîner d’autres, immanquablement car elle ne veut pas perdre cette amitié.

Jane est possessive, jalouse, elle veut Marnie pour elle et tous les moyens sont bons pour lui prouver qu’elle s’est trompée en l’épousant, qu’il est pervers… Cela tourne à l’obsession…

Cette amitié est extrêmement toxique, car Jane est prête à tout pour garder Marnie uniquement pour elle, transformant la réalité, interprétant sans arrêt les choses, les évènements pour les faire coïncider avec sa réalité à elle. Elle veut retrouver les moments où elles cohabitaient toutes les deux. Ce qui est surprenant, c’est le fait que cela ne lui a pas posé de problème d’épouser Jonathan et de vivre le grand amour avec lui, alors que son amie n’en a pas le droit, à ses yeux.

Le récit commence de manière lente, on finit par se demander s’il va se passer quelque chose, mais une fois le meurtre perpétré, le suspense monte et on se laisse prendre à ce jeu machiavélique. Au fil du récit, on s’aperçoit que Jane s’adresse à quelqu’un, qu’elle tutoie, avec toutes les suppositions que cela engendre : s’adresse-t-elle au lecteur, à un confident. En fait, c’est encore pire que ce qu’on pouvait imaginer.

« VOICI DONC MA VERITE ; Je ne veux pas paraître mélodramatique, mais je trouve que tu mérites de connaître cette histoire. Je pense qu’il « faut « que tu l’entendes. Elle t’appartient autant qu’à moi. »

La lenteur de la mise en route m’a un peu déstabilisée quand même, mais il est vrai que je venais de terminer le roman haletant de Karin Slaughter … On est dans le thriller psychologique pur jus.

Pour un premier roman, je trouve que c’est plutôt réussi, Elizabeth Kay a bien su capter l’attention, l’intérêt du lecteur, et aborde au passage d’autres thèmes : le manque d’amour de cette mère qui sombre dans la sénilité et que Jane va voir tous les week-ends dans sa maison de retraite, alors que la mère préfèrerait voir Emma qui bien-sûr fui, trouvant toujours un  prétexte pour se dérober ; l’anorexie est bien abordée aussi ainsi que la manipulation mentale et la personnalité borderline de Jane.

Auteure à suivre donc…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont

#Septmensonges #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteure :

Elizabeth Kay a commencé sa carrière comme assistante éditoriale chez Penguin Random House, à Londres. Elle est aujourd’hui éditrice et se consacre en parallèle à sa passion de l’écriture.

« Sept mensonges » est son premier thriller.

Extraits :

Et, comme il (Charles) se nourrissait du respect et de l’admiration des autres – et peut-être parce qu’il ne recevait aucun des deux de ma part – il les soutirait aux autres invités.

Je voudrais dire te une chose avant de commencer. Marnie Gregory est la femme la plus impressionnante, la plus admirable et la plus étonnante que je connaisse. C’est ma meilleure amie depuis plus de dix-huit ans, depuis notre rencontre en sixième.

Marnie n’a pas peur de l’échec, no pas parce qu’elle n’a jamais échoué, mais parce que, pour elle, une défaite n’est qu’un détour, une petite diversion sur le chemin qui la mène au succès.

Les vieilles amitiés sont comme des cordes nouées depuis longtemps, elles sont usées à certains endroits.

Je me suis rapprochée de mon père – qui ne pouvait pas faire grand-chose au cours des premiers mois de ma sœur – ma mère n’était plus là pour moi que physiquement. Elle ne s’intéressait ni aux histoires du soir, ni aux photos de l’école, ni aux détails de ma journée d’enfant.

Je me souviens que j’espérais son coup de fil le jour de mon anniversaire – parce que les mères et les filles sont au moins liées par la naissance – mais il n’est jamais arrivé.

Quand un drame se passe, une chose terrible, inattendue, chaque étape qui a mené à cet événement prend un sens différent.

Il (Jonathan) est là dans chaque avenir qui se profile, dans chaque espoir, dans chaque rêve. Il me hante, toujours.

Une personne qui, toute sa vie, s’est appuyée sur ses proches est-elle capable de soutenir quelqu’un d’autre ? Je n’en suis pas convaincue.

Lu en juillet 2020