Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Murder Game » de Rachel Abbott

En ce moment, j’ai envie de lectures sympathiques, qui ne me prennent pas trop la tête,qui est déjà suffisamment saturée par les infos qui surfent sur la sinistrose ambiante, et une poussée de fibromyalgie avec tout son cortège sympathique de douleurs, fatigue, insomnies, j’en passe et des meilleurs, qui m’oblige à me shooter pour tenir le coup, alors place aux polars avec :

Résumé de l’éditeur :

Apparences trompeuses, manipulation et faux-semblants :  Rachel Abbott déploie tout l’éventail de son talent dans un roman à énigme digne d’Agatha Christie. 

La première fois que Jemma s’est rendue au manoir de Polskirrin, c’était avec Matt, son époux, pour célébrer le mariage du richissime Lucas Jarrett. Jamais elle n’oubliera la vue saisissante de cette demeure dominant la mer, perchée sur un éperon de Cornouailles. Jamais, non plus, elle n’oubliera la vue du corps sans vie d’Alex, la sœur du marié, le jour des noces, sur cette plage de galets…  

Un an plus tard, les invités sont de retour à Polskirrin, à la demande de Lucas. Pourquoi ce dernier tient-il tant à célébrer le premier anniversaire de ses noces funestes ?

C’est en réalité à une fête macabre qu’il les a conviés, un Murder Game visant à faire rejouer à chacun son rôle de l’an passé et révéler ainsi la vérité sur la mort d’Alex. Mêmes personnes, mêmes tenues, même repas, mêmes discussions, la nuit qui a vu mourir la jeune femme se répète dans une mise en scène terrifiante.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce roman parce que le titre me plaisait, le résumé aussi et parce que j’avais vu passer des chroniques plutôt alléchantes.

On se retrouve donc à Polskirrin, dans un superbe demeure dont le propriétaire richissime, Lucas Jarrett a décidé de réunir tous les convives présents un an auparavant, pour célébrer son mariage avec Nina, mariage qui a tourné en catastrophe puisque Alex, la sœur de Lucas s’est noyée, et cela a été considéré comme un suicide, donc affaire classée par la détective super intendant Stéphanie King

Il faut dire qu’Alex n’allait pas très bien depuis qu’elle avait été enlevée et victime de viols à répétition pendant toute la durée de sa captivité. Les coupables n’ont jamais été retrouvés. On a suspecté un truand notoire mais pas de preuves.

A ce mariage assistait tous les « amis » de Lucas : Matt et son épouse Jemma, Isabel, Nick, Chandra, Andrew, tombeur qui convoitait toutes les filles, en particulier celles qui plaisaient à ses potes, dans sa jeunesse…

Lucas les a donc tous convoqués un an plus tard, jour pour jour, pour fêter leur anniversaire de mariage qui a finalement eu lieu dans l’intimité. Il est persuadé qu’Alex a été assassinée et il met en place un jeu diabolique, pour pousser chacun à dire ce qu’il sait, ce qu’il a pu voir, à dévoiler les petits ou grands secrets honteux…

Jemma se rebelle car elle ne se sent pas concernée, elle ne connaissait personne avant cette fameuse journée, mais les autres s’offusquent mais se taisent. L’ambiance est de plus en plus tendue, car Lucas leur attribue les chambres qu’ils occupaient et surtout leur a réservé une surprise : Nina a confectionné une réplique des vêtements qu’ils portaient, histoire de bien les conditionner…

Cerise sur le gâteau, l’inspectrice Stéphanie King s’invite au jeu, en compagnie de Gus son compagnon car on vient de signaler qu’une jeune femme a disparu précisément la fameuse nuit où Alex est morte… Ce qui déplaît fortement à Lucas, contrariant ses plans.

j’ai bien aimé ce thriller, car j’ai un faible pour les huis-clos, les secrets de famille, les relations tordues entre les protagonistes et, une fois commencé, impossible de le lâcher et je n’ai pas vu venir la fin. Suspense bien entretenu….

Ces derniers temps j’ai choisi plusieurs polars sur NetGalley car j’ai besoin de m’évader et de de ne pas trop réfléchir, et c’est le genre de lectures qui me convient le mieux dans ces cas-là. J’ai tenté les « feel good » autrefois mais cela a tendance à m’horripiler.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman qui m’a bien plu et d’entrer dans l’univers de Rachel Abbott que je connaissais pas.

#RachelAbbott #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Née près de Manchester, Rachel Abbott a longtemps occupé un poste d’infographiste, avant de se lancer à la poursuite d’un vieux rêve, rénover de vieilles demeures en Italie, où elle vit désormais une partie de l’année. La parution d’Illusions fatales (2014), le premier tome des enquêtes de l’inspecteur Tom Douglas, auto publié et aussitôt classé numéro un des ventes Amazon en Angleterre, a marqué le début d’une formidable success story.

Auteure de neuf tomes des enquêtes de Tom Douglas, Rachel Abbott a débuté avec Ce qui ne tue pas (2019) et Murder Game une nouvelle série, incarnée par l’enquêtrice Stéphanie King. Voix incontournable sur la scène du polar britannique, Rachel Abbott vit sur l’île anglo-normande d’Aurigny-Alderney.

Extraits :

J’aurais dû dire non, refuser de participer au jeu organisé ce soir. Peut-être ne suis-je pas aussi courageuse que j’aime le croire. Je tiens l’enveloppe noire serrée contre moi comme si ce qui était écrit sur la carte qu’elle contient risquait de traverser le papier doux comme du satin pour se révéler aux yeux de tous.

Je ne trouve pas le mot juste. Perturbée est ce qui me vient à l’esprit à cause de la tension physique que j’ai perçue chez elle,(Alex) et sa façon de se déplacer. D’un autre côté, le mot me paraît un peu fort. Malheureuse conviendrait peut-être davantage.

J’ai essayé de questionner Matt sur le jeu de ce soir mais il n’a pas voulu en parler. selon toute vraisemblance, Lucas veut jouer, et ce que veut Lucas, Lucas l’obtient. En tout cas de la part de mon mari. Cela dit, je ne sais plus très bien qui est Matt ni ce qu’il pense vraiment.

Je m’allonge sur le dos et flotte, délivrée de la pesanteur, les yeux accrochés aux étoiles, je fais le vide dans mon esprit en fixant une étoile solitaire dans le ciel. Je sais qu’elle s’est allumée à des années-lumières, à des milliards de kilomètres et je me concentre sur ma propre insignifiance.

Elle entendait encore la voix d’Alex, son hystérie, sa peur. elle revoyait Lucas en train de secouer sa sœur,la pousser dans le sentier,lui ordonner de se calmer. C’était la première fois qu’elle l’entendait élever la voix contre Alex…

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Autopsie d’un drame » de Sarah Vaughan

Depuis quelques temps, j’éprouve le besoin de sortir de ma « zone de confort » en choisissant des livres qui ne me font pas trop réfléchir, notamment après avoir refermé il y a quelques jours « Impact » d’Olivier Norek, lecture ô combien perturbante… c’est chose faite avec :

Résumé de l’éditeur :

Jess, mère au foyer, fait preuve d’une grande dévotion envers ses trois enfants, qu’elle chérit et protège à tout prix. C’est du moins la façon dont Liz, son amie depuis dix ans, la perçoit.  Mais le doute s’installe lorsque Jess se rend aux urgences pédiatriques où travaille Liz. Dans ses bras, sa fille Betsey, âgée de dix mois, présente tous les signes d’un traumatisme crânien.

Jess, d’ordinaire si soucieuse du bien-être de sa famille, semble étrangement distante et peu concernée par la situation, et ses explications ne collent pas avec la blessure de l’enfant. Liz s’interroge sur les réelles motivations de son amie.

Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps avant de se rendre à l’hôpital ?  S’agit-il vraiment d’un accident, comme elle l’affirme ?  Un drame psychologique brillamment tissé qui sonde les enjeux de la maternité, de l’amitié et interroge ce qui nous lie ou nous sépare.

Ce que j’en pense :

Jess est mère de trois enfants. Elle est mère au foyer, son époux rentre de plus en plus tard, débordé par son travail, ou retardant un peu le retour à la maison. Leur fils aîné, dix ans, pousse sans problème. Pour le deuxième, Frankie, c’est beaucoup plus compliqué, il déborde d’énergie, il faut sans cesse être à ses côtés pour empêcher que les choses les plus anodines ne dégénèrent et bien sûr tout repose sur les épaules de Jess, alors quand arrive la petite dernière, Betsey, qui pleure tout le temps, refusant de faire ses nuits, elle qui se veut une mère parfaite, briquant tout, du sol au plafond, tout va se compliquer.

D’abord, l’accouchement se passe très mal, très long et très douloureux car le bébé est dans une mauvaise position, elle qui rêvait d’accoucher chez elle entourée de bougies, en écoutant Bach… elle se remet mal, le fameux instinct maternel semble être absent, et épuisée par les nuits sans sommeil, le bébé qui pleure, Frankie qu’il faut sans cesse surveillée, la mère parfaite devient obsessionnelle, avec des rituels pour pouvoir avancer, alors que son mari Ed passe royalement à côté de sa détresse, puisqu’elle s’obstine à vouloir donner le change.

Un jour, tout bascule, Jess amène Betsey à l’hôpital car elle a vomi, et se comporte bizarrement. Et le diagnostic tombe : fracture du crâne. Son amie, pédiatre à l’hôpital est obligée de prévenir les services sociaux et toute la machine s’enraye.

On sent bien qu’il s’est passé quelque chose et que Jess ne dit pas la vérité. Durant le déroulement de l’enquête on va entrer plus en avant dans les relations entre les « amies » qui se sont connues en participant à un cours d’accouchement sans douleur : Liz et son époux Nick, Jess et Ed, Mel et aussi Charlotte et son époux. Leurs relations sont-elles aussi simples et harmonieuses qu’elles ne veulent bien le dire ?

Sarah Vaughan aborde plusieurs problèmes dans ce roman qui pourrait s’apparenter à un thriller : la dépression du post partum alias baby-blues, la gestion d’une famille de trois enfants, dont l’un est difficile et évoque un TDHA, non diagnostiqué non plus… la peur de faire du mal à son bébé car on n’arrive plus à l’entendre pleurer, la culpabilité d’être une mauvaise mère…

L’auteure a semé dans son récit, des petits indices qui peuvent orienter le lecteur vers ce qui s’est réellement passé, mais avec des aussi des fausses pistes, tout en racontant l’enfance de Liz dont la mère n’a jamais été aimante.

Comment être une bonne mère quand la sienne a été défaillante ? Comment ne pas en faire trop en risquant d’aller trop loin dans l’autre sens ?

Même, si parfois, ces amies qui s’aiment tant, ont tendance à se tirer parfois dans les pattes, leur amitié paraissant trop lisse, trop parfaite, on s’attache à ses femmes, on déteste certaines, mais leur comportement à chacune (et chacun) permet d’aborder des problèmes importants autour de la famille, la maternité…

J’ai oublié de parler d’un autre thème évoqué dans ce roman: l’auteure revient sur l’amitié, et la manière dont les liens se modifient au cours du temps, la distance qu’on prend, sans le vouloir, car on est entraîné dans la course et la difficulté d’affronter les charges de la vie quotidienne, le travail, les enfants, la gestion du foyer, et peu à peu les liens se distendent et on se rend compte qu’on ne s’est pas vus depuis des mois… C’est ainsi que Liz se rend compte que Jess n’est plus celle qu’elle a connu, qu’elle est devenu plus fragile, et qu’un regard plus attentif aurait pu l’aider…

Je n’aime pas lire des romans traitant de la maltraitance faite aux enfants, j’ai donc longtemps hésité avant de choisir ce roman mais les critiques que j’ai pu lire, ça et là, m’ont décidée à tenter l’expérience et je ne le regrette pas.

C’est la première fois que je lis un roman de Sarah Vaughan et j’ai passé un bon moment, je l’ai littéralement dévoré et même si j’ai identifié un peu trop vite un des aspects du drame, je dois reconnaître que la fin m’a complètement bluffée… magistrale !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure que j’aurai du plaisir à retrouver… et pourquoi pas avec « Anatomie d’un scandale »

#Autopsiedundrame #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan a travaillé pendant onze ans comme journaliste au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous et La Ferme du bout du monde. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

On lui doit également Anatomie d’un scandale

Extraits :

Dans de tels moments, don esprit regorge de pensées toxiques. Tu es une mauvaise mère. Elle serait mieux dans toi. Auxquelles s’ajoutent insidieusement de plus honteuses qu’elle cherche à repousser. Des pensées qu’elle a du mal à accepter, et encore moins à exprimer sur son désir – fugace – bien sûr de voir cet enfant se taire à tout jamais.

Tous les obstétriciens le savent : la naissance est le jour le plus dangereux de l’existence.

La plupart des traumatismes crâniens sont d’origine accidentelle et, même si je soupçonne Jess de mentir, elle doit l’avoir fait pour une bonne raison ? Je suis sûre qu’il y a une explication innocente à cette situation.

Elle s’était imaginée donner naissance entourée de bougies à la lavande, avec le mouvement lent du concerto pour deux violons de Bach en fond sonore, les cordes la guidant vers l’apogée des contractions. Quelle naïveté…

Le cycle de maltraitance se perpétue. Ils assimilent violence et autorité parce que c’est ainsi que cela leur a été inculqué. On voit ça sans arrêt.

Un grand nombre de ses collègues ont trois ou quatre enfants. Symbole par excellence de la réussite, signe que l’on est en mesure de nourrir autant de bouches, emblème de virilité. Il avait rêvé d’une petite fille, convaincue que son arrivée complèterait à la perfection leur famille et leur apporterait un vent nouveau de joie en particulier à sa femme…

Lu en avril 2021

Publié dans Dystopie, Littérature Royaume-Uni

« La fracture » de Nina Allan

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui sort du cadre de mes goûts habituels, mais en ces temps perturbés, j’ai eu envie d’évasion :

Résumé de l’éditeur :

Le 16 juillet 1994 dans la région de Manchester, Julie Rouane, dix-sept ans, prétexte un rendez-vous avec une copine pour s’absenter du domicile familial… et disparaît pendant plus de vingt ans.

Longtemps après l’abandon de l’enquête par la police, faute d’indices concrets – Raymond Rouane, persuadé que sa fille est toujours vivante, continue à explorer seul toutes les pistes possibles. En vain. La mère de Julie et sa sœur cadette, Selena, tentent-elles aussi de faire front, chacune à leur manière.

Puis un soir, Julie refait surface à l’improviste. Alors qu’on avait soupçonné que l’adolescente ait pu être enlevée et assassinée – un homme de la région ayant avoué plusieurs meurtres de femmes –, l’histoire que Julie raconte à Selena est tout à fait différente. Mais est-il possible de la croire ?

« Perturbant et brillant. » Alice Develey, Le Figaro

« Nina Allan nous entraîne de surprise en surprise, et c’est particulièrement réjouissant. » Grazia

Ce que j’en pense :

Julie Rouane quitte la maison en claironnant qu’elle va chez une copine et on ne la revoit plus. Meurtre, fugue ? la police a fini par arrêter d’enquêter.

Cette disparition a, comme il se doit, fait exploser la famille, le père, Raymond refusant cela, se met à chercher sa fille, parcourant des centaines de km pour suivre toutes les pistes imaginables, ce qui lui coûtera son emploi et le rendra fragile sur le plan mental et il finira par y laisser la vie, le cœur brisé. Son couple pourtant très soudé volera en éclats, sa femme préférant se faire une raison. Quant à la jeune sœur de Julie, Selena, elle aura du mal à trouver sa place.

Évidemment, Julie refait surface, une vingtaine d’années plus tard, reprenant contact avec Selena… et à partir de là, on part dans des invraisemblances, des délires sans fin. On comprend très vite le sens du titre : fracture, faille spatio-temporelle, ou fracture de la famille ?

Le récit s’étire, entrecoupé de coupures de journaux ou d’enquêtes sur les extraterrestres ou autres ou de choses qui n’ont rien à voir avec l’intrigue, telle Stephen Dent, et son poisson orange qui est harcelé et finit par suicider…

Je l’ai terminé par curiosité, pour savoir comment cela pouvait finir et le moins qu’on puisse dire c’est que cela ne finit pas (ou presque), j’étais tellement déstabilisée par le récit que j’ai eu l’impression de tourne en rond, en me demandant si c’était moi qui débloquais ou l’auteure, et pourtant j’ai l’esprit très ouvert, j’étais une assidue de la série « X Files » à l’époque.

J’ai cédé à la tentation car on me promettait, entre autres, un récit perturbant et brillant (Le Figaro) et d’autre part, les critiques que j’avais lues, çà et là, étaient très partagées ; il semblerait que, soit on adore, soit on apprécie peu…

Quant à l’écriture, je ne retiens que la confusion, les répétitions, les détails superflus, la numérotation bizarre des pages mais c’est peut-être dû au livre électronique…

Côté perturbant j’ai été servie, tant cette intrigue est capillotractée, mais réjouissant ou brillant, non, d’où une frustration intense … je lis rarement des dystopies, ou des livres étiquetés « Science-Fiction »  ou « fantastique » et cette expérience ne va me pousser à m’y aventurer ; la curiosité joue parfois des tours.

C’est le premier livre de Nina Allan que je lis et je n’ai pas du tout envie de continuer. Comme je le dis toujours, la lecture doit toujours être un plaisir, quand cela devient un pensum, il vaut mieux s’abstenir.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions 10/18 qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure…

#LaFracture #NetGalleyFrance

4/10

L’auteure :

Nina Allan, née le 27 mai 1966 à Londres au Royaume-Uni, est une romancière et nouvelliste britannique.

Incipit :

L’AVANT

Selena se lia d’amitié avec Stephen Dent l’été d’avant l’été où Julie disparut. Stephen Dent habitait sue Sandy Lane, à quatre ou cinq maisons de là où habitaient Selena, Julie et leurs parents. Il enseignait dans un lycée catholique, Carmel Collège, mais Selena ne le sut que plus tard. La première fois qu’elle vit Stephen, il descendait du bus. Elle le remarqua à cause de ce qu’il portait : un seau en plastiques transparent avec un gros poisson orange qui nageait dedans. Selena regarda l’homme entrer dans sa maison, puis elle entra chez elle. Deux jours plus tard, elle le revit ; il achetait des nouilles chinoises précuites dans la supérette Spar en bas de Pepper Street. Selena s’y trouvait avec sa sœur Julie. Julie achetait un rouge à lèvres brillant et Selena un magazine de mode pour adolescentes, mais elles cherchaient surtout un prétexte pour sortir de la maison.  L’été de Stephen Dent fut aussi l’été où les parents de Selena faillirent se séparer…

Lu en mars 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Roman historique

« Chant de l’aube » de Jean Gill

Petit tour au XIIe siècle aujourd’hui avec ce livre dont la couverture (tout autant que la période historique et la région) a attiré mon attention sur NetGalley :

Résumé de l’éditeur :

Fuyant sa famille et les mauvais traitements, Estela se réveille dans un fossé sans rien d’autre que son luth, sa voix magnifique et une dague cachée sous son jupon. Ses talents lui attirent un mécène en la personne d’Aliénor d’Aquitaine, et c’est auprès du meilleur troubadour de la reine et commandant de la garde, Dragonetz los Pros, bien plus qu’un maître de musique, que la jeune femme approfondira son art. 

Las de la guerre, Dragonetz emploie l’argent des Juifs et l’expertise des Maures à la construction d’une invention des plus modernes, un moulin à papier, réveillant les foudres de l’Église. Leurs ennemis se rassemblent, prêts à mettre le feu aux poudres politiques et religieuses de la Narbonne médiévale. 

Les thrillers romantiques et envoûtants de Jean Gill évoquent la France médiévale, dans ces temps troublés qui suivent la deuxième croisade, avec une justesse sans pareille. Découvrez des personnages bien campés et des femmes extraordinaires, comme Aliénor d’Aquitaine et Ermengarda de Narbonne, qui ont façonné l’Histoire tant sur les champs de bataille que dans leurs chambres à coucher. 

Ce que j’en pense :

Une jeune fille qui dit s’appeler Estela de Matin est retrouvée dans un fossé par le cortège royal qui emmène Aliénor d’Aquitaine à Narbonne chez son amie Ermengarda. Estela a fui sa famille on ne sait pas pourquoi, et mystérieusement un chien la suit.

Elle ne possède qu’un instrument de musique, une mandore (Al-Oud) et une dague cachée sous ses jupes. Pour prouver qu’elle n’est pas une voleuse, elle chante les célèbres paroles d’une aubade : la Chanson de l’Aube. Elle rejoint le cortège conduit par le commandant Dragonetz los Pros.

Dragonetz est aussi un troubadour et elle apprendra le chant avec lui à la cour de Narbonne, durant le séjour d’Aliénor.

Mais, ce brave musicien est victime d’une tentative d’assassinat, la première d’une série en fait et il faut tenter d’éclaircir le mystère : est-ce lui qui est visé ou essaie-t-on de s’en prendre à Aliénor.

En effet la reine de France n’est pas en odeur de sainteté dans la région, elle a des vues sur Toulouse aux mains de Raymond, l’Église, notamment l’archevêque de Narbonne la hait et veut se débarrasser d’elle (pardi, une femme qui a du pouvoir et de l’intelligence !) elle a entraîné la France dans une croisade qui a coûté de l’argent et des vies.

Drabonetz est revenu de l’Oltra mar comme on appelait alors la région des lieux saints, traumatisé par ce qu’il a vu et ce qu’il a dû faire, il veut donc changer de vie et s’est acheté un moulin pour faire du papier sur les conseils d’un ami maure : al-Hisba

Hélas, l’Église ne voit pas cela d’un bon œil car elle a le monopole du parchemin et Dragonetz n’entend pas lui donner celui du papier…

J’ai choisi ce roman parce que je suis attachée à cette région : j’ai passé mes vacances pendant très longtemps pas loin de Narbonne et surtout parce que la Dame d’Aquitaine m’a toujours fascinée et j’ai dévoré autrefois sa biographie par Régine Pernoud. J’ai aimé tout ce qui tourne autour d’elle ou d’Ermengarda de Narbonne que je ne connaissais pas, Raymond de Toulouse et ses désirs de conquêtes, ses haines vis-à-vis des autres religions (Templiers, Cathares…) ou Raymond de Carcassonne ou Ramon de Barcelone (comme ils s’appelaient tout Raymond à l’époque, Jean Gill a modifié l’orthographe pour simplifier.

J’ai aimé aussi ce qui touche au commerce autour de Narbonne et les inimitiés qui se font jour entre juifs, musulmans car la deuxième croisade a fait beaucoup de dégâts, et surtout al-Andalus, car j’ai eu un coup de cœur il y a bien longtemps pour cette sublime région, son histoire, sa culture. Je sais bien que parler d’al-Andalus a l’heure où L’État Islamique rêve d’y recréer le califat, peut susciter des réactions mitigées mais j’assume.

Jean Gill a très bien décrit les mœurs de l’époque, les chants, les troubadours, les joutes d’amour, le statut de femmes à l’époque… Mais, l’histoire d’amour entre Estela et Dragonetz, non car on est vraiment trop dans la romance et un commandant de la garde troubadour qui mène l’enquête c’est quelque peu surprenant…

Ce roman est plaisant à lire, car ce retour au XIIe siècle m’a dépaysée et j’en avais bien besoin, mais je fais la même critique que pour « La femme qui reste » : dès qu’on s’éloigne de l’Histoire, cela devient décevant. Une fois de plus, il vaut mieux lire un livre d’Histoire sur Aliénor ou sur les Comtes de Toulouse, les croisades… n’est pas Maurice Druon avec « Les rois maudits » qui veut, ou encore Umberto Eco et « Le nom de la Rose », pour ne citer qu’eux…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Bookelis qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteure. Celle-ci nous fournit d’ailleurs des notes historiques intéressantes concernant tous les personnages ayant existé.

#Chantdelaube #NetGalleyFrance

7/10

Aliénor d’Aquitaine
Ermengarde de Narbonne

Pour en apprendre davantage sur Ermengarda alias Ermengarde Vicomtesse de Narbonne: sur le site « L’histoire pour le plaisir » : https://www.ljallamion.fr/spip.php?article7712

L’auteure :

Née au Royaume Uni, Jean Gill est photographe et écrivain.

Elle a vécu au Pays de Galles pendant 25 ans où elle a été professeur d’anglais, avant de s’installer dans le Sud de la France.

Elle a travaillé pendant six ans avec le dresseur et maître-éducateur canin Michel Hasbrouck, l’auteur de « Dressage tendresse » (2003), dont Jean Gill a traduit du français en anglais.

On lui doit également : « Qu’elle est bleue ma vallée » et « Toujours à tes côtés ».

Extraits :

Il n’y avait pas de refuge dans les vignobles d’avril. La route s’étendait droit devant en direction de Narbonne et, derrière elle, retournait vers Carcassonne, criblée de nids-de-poule creusés par le rude hiver de 1149.

Cela n’était pas chose aisée d’être au service d’Aliénor, reine de France, mais il lui concéderait bien cela : on ne s’ennuyait jamais.

Racontez-moi tout au sujet d’al Andalus, dit-elle.

Tout requerrait peut-être un autre voyage, ma Dame, mais sachez qu’il y a des centaines d’années, lorsque mon peuple est venu d’Oltra mar, comme vous l’appelez, vers al-Andalus, votre Andalousie, nous avons amené nos livres, nos poètes, nos ingénieurs, nos docteurs, nos astronomes et notre musique…

Le commerce exige une certaine confiance, soupira Ermengarda. Et le monde se trouve dans la tourmente. Même al-Andalus est en pleine agitation. Auparavant, les marchands s’y trouvaient en sécurité, qu’importe leur religion. Désormais, la situation est délicate pour les chrétiens et même pour les juifs. Le rabbin Abraham ben Isaac m’a confié que le quartier juif était rempli de juifs hispaniques que les Maures musulmans ne laissaient plus en paix en al-Andalus. Ils sont en quête d’une nouvelle vie ici. Nous n’avons toujours pas terminé d’estimer les coûts de la dernière croisade.

Cela faisait longtemps que Raavad était revenu de ses illusions. Ils n’avaient pas la moindre idée de la chance qu’ils avaient de vivre sous le règne d’Ermengarda de Narbonne et non de Raymond de Toulouse, qui rendait déjà la vie difficile à la communauté juive et dont les rumeurs laissaient présager le pire.

Dragonetz los Pros, si Narbonne réclamait véritablement la mort de Raymond de Toulouse, je m’en chargerais dès demain, tout comme je condamnerais vingt juifs innocents à la potence pour préserver la paix au sein de ma cité. Vous le savez très bien et vous en feriez tout autant…

L’affection entre des époux et l’amour véritable sont deux choses entièrement différentes et opposées par nature. Le mot « amour » ne devrait donc pas être employé pour les deux relations car il prête à confusion. Aucune comparaison n’est possible entre une situation où chacun a un devoir physique à remplir envers l’autre et une situation à laquelle préside le libre don du plaisir et où chacun cherche à se montrer digne de l’autre.

Lu en novembre décembre 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Metropolis » de Philip Kerr

Intermède polar, aujourd’hui, avec ce livre dernier opus des aventures de Bernie Gunther, sorti en Grande Bretagne l’an dernier, tandis que son auteur tirait sa révérence, atteint par un cancer :

Résumé de l’éditeur :

« Un ultime épisode qui bouleversera les lecteurs de Philip Kerr. » The Guardian

Berlin, 1928. Les corps de quatre prostituées sont retrouvés massacrés dans le même quartier. Bernie Gunther, jeune flic idéaliste à la brigade des mœurs est invité à rejoindre le chef de la Kripo pour enquêter sur cette sinistre affaire.

Alors que ces meurtres laissent la population indifférente, le père de l’une des victimes, un chef de la pègre très influent, est prêt à tout pour se venger de l’assassin de sa fille.

Dès lors qu’une nouvelle vague de victimes, des vétérans de guerre handicapés, déferle sur la ville, Bernie est confronté au silence imposé par la voix montante du nazisme.

Une première enquête aux allures de course contre la montre dans un Berlin sous tension, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Ce que j’en pense :

Il y a très longtemps que je voulais découvrir l’univers de Bernie Gunther, dont la « Trilogie berlinoise » me nargue effrontément sur une étagère de ma bibliothèque (quelle idée aussi d’avoir opté pour le modèle poche qui fait mille pages et pèse plus de cinq cents grammes, quand on n’a plus beaucoup de force dans les mains…

Quand on me l’a gentiment proposé au cours d’une masse critique spéciale de Babelio, je n’ai pas hésité plus d’une demi-seconde, car il s’agissait de sa première enquête donc cela me permettait de faire la connaissance de Bernie.

L’action se situe en 1928, à Berlin, sous la République de Weimar, alors que frémissent déjà la moustache d’Hitler, ses Sections d’Assaut tristement célèbres, les violences perpétrées contre tout ce qui les dérangent…

Trois prostituées sont retrouvées assassinées et scalpées par un mystérieux tueur que l’on surnommé Winnetou, l’une d’entre elle étant la fille d’un mafieux.

Le tueur nargue la police et joue avec elle, en laissant des indices trompeurs pour les envoyer sur de fausses pistes. Brusquement, il change de victimes et s’en prend aux hommes qui ont été blessés pendant la guerre et se retrouvent à mendier, dans leurs petits charriots roulants, aux sorties du métro. Il écrit un texte à un journal justifiant ses crimes par la nécessité de nettoyer Berlin de tous les inutiles… il se fait appeler « Gnadenschuss », coup de grâce.

J’ai beaucoup aimé découvrir le Berlin de 1928, aux côtés de Bernie, la société allemande de la métropole de l’époque, les références à l’Histoire, la faim, la chute de la monnaie, la montée du Nazisme, le racisme ambiant, mais aussi la culture car on croise Fritz Lang et sa compagne de l’époque Thea von Harbou, le milieu du théâtre… Une période qui ressemble parfois un peu trop à la nôtre avec la montée des extrémismes de tous bords…

J’ai lu beaucoup de livres sur la période du Nazisme, la seconde guerre mondiale, mais je connais moins bien la République de Weimar et la manière dont Philip Kerr mêle ses héros avec des personnages ayant existé, aussi bien dans la police qu’au gouvernement, aux acteurs, entre autres m’a beaucoup plu.

Bernie Gunther est un héros intéressant et sympathique, dont j’ai aimé découvrir l’univers,  la manière de vivre, les cauchemars liés aux souffrances passées dans les tranchées, qu’il tente d’oublier dans l’alcool, les méthodes d’investigation ainsi que ses relations avec les autres, qu’il s’agisse de ses collègues ou des femmes et que j’ai hâte de retrouver…

Un grand merci à Babelio et aux éditions Seuil qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

9/10

Une très belle chanson de Marie-Paule Belle, que j’adore, pour rendre hommage à Berlin :

L’auteur :

Philip Kerr (1956-2018) a étudié le droit à l’université de Birmingham et la philosophie en Allemagne. Auteur de plus de trente livres – dont plusieurs pour la jeunesse – acclamés dans le monde entier, il a reçu l’Ellis Peters Historical Dagger de la Crime Writers’ Association en 2009 et plusieurs Shamus Awards.

Extraits :

Comme toute personne ayant lu la Bible, je connaissais Babylone, cette ville synonyme d’iniquité et symbole de toutes les abominations terrestres, quelles qu’elles puissent être. Et, comme toute personne ayant vécu à Berlin à l’époque de la République de Weimar, je savais également que l’on comparait souvent ces deux villes…

Autrefois, avant la guerre, Berlin était une ville respectable. La vie humaine a cessé d’avoir de la valeur après 1914. C’était déjà terrible, mais à cause de l’inflation de 1923, notre monnaie ne vaut plus rien elle non plus. Quand vous avez tout perdu, la vie a moins d’importance.

J’ai lu dans le journal, dit-il, sans s’adresser à quiconque en particulier, que Benito Mussolini avait mis fin aux droits des femmes en Italie le jour-même où mon pays leur accordait le droit de vote à vingt et un ans, au lieu de trente. Pour une fois, je suis presque fier d’être anglais.

Berlin n’avait plus grand-chose à voir avec le reste du pays. La capitale ressemblait de plus en plus à un gros navire qui avait rompu ses amarres et dérivait toujours plus loin des côtes allemandes…

… Car il n’y a pas que les humains qui s’affranchissent de leurs parents et de leurs origines ; les métropoles aussi.

Je vais vous dire un truc : tout ce pays est devenu complètement fou. Avant, il y avait un asile de fous près d’ici, mais ils l’ont fermé. Pourtant, j’ai l’impression qu’on en a besoin plus que jamais…

L’accueil a été mitigé. Même de la part de mon cher mari. Quand il entend des critiques sur Metropolis, il me tient pour responsable. Mais quand il entend des louanges, il s’en attribue tout le mérite. C’est ça les réalisateurs. Il n’y a pas que les caméras qui ont besoin d’un trépied, leur ego aussi.

Ce que les Français appellent le coup de grâce, nous autres, Allemands, l’appelons Gnadenschuss : une unique balle dans la tête pour mettre fin aux souffrances d’un homme blessé. Mais en 1928, dans les rues de Berlin, les hommes à qui était accordée cette clémence douteuse en plein jour avaient été grièvement blessés plus de dix ans auparavant. En effet toutes les victimes étaient d’anciens combattants estropiés, des moitiés d’homme qui se déplaçaient dans des chariots et mendiaient devant les stations de métro…

Selon eux (deux médecins qui s’occupent d’un refuge pour blessés de guerre), tout homme qui ne travaille pas est non seulement un fardeau pour la société, mais également un psychopathe antipatriotique qui ne mérite pas de vivre. Un névrosé qui doit être exterminé…

Le rôle des journaux, c’est de provoquer l’hystérie collective. Ils s’en contrefichent qu’on arrête ce salopard ou pas. Ce qui les intéresse, c’est d’attiser la peur et de répandre la panique pour vendre plus d’exemplaires.

Les Allemands de la Volga descendaient majoritairement des Bavarois, des Rhénans et des Hessois invités en 1762 par l’impératrice Catherine II – elle-même native de Stettin en Poméranie – à venir cultiver les terres de Russie. Ils avaient aidé à moderniser l’agriculture russe arriérée et, en bons Allemands, ils avaient prospéré, du moins jusqu’à la révolution bolchévique, lorsque leurs terres avaient été confisquées et qu’ils avaient été obligés de regagner la mère patrie. Inutile de préciser qu’ils n’avaient pas été reçus à bras ouverts.

Lu en novembre 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Sept mensonges » d’Elizabeth Kay

Encore un intermède thriller aujourd’hui car j’avais besoin de me détendre après trois lectures sérieuses dont je parlerai dans les prochains jours car les chroniques sont assez difficiles à concocter :  

Résumé de l’éditeur :

Jane et Marnie sont inséparables depuis l’enfance. Et si Jane avait été honnête depuis le début – si elle n’avait pas menti cette toute première fois –, alors peut-être que les choses auraient pu tourner autrement. Peut-être que le mari de sa meilleure amie serait encore en vie.

Le temps est venu pour Jane de dire la vérité, enfin… sa vérité. Tandis qu’elle se confie et décortique les sept mensonges qu’elle a racontés à Marnie, chacun plus terrible que le précédent, elle révèle les couches de noirceur qui ont infiltré leur amitié et les secrets toxiques qui remuent sous la surface. Mais une vérité peut toujours en cacher une autre…

« Sept mensonges est l’histoire glaçante de ce qui arrive quand l’amitié devient obsession. » Harlan Coben.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce thriller car la couverture est absolument géniale (l’escalier où a eu lieu le crime et les petites encoches façon répertoire, correspondant au nombre de mensonges !) et le résumé assez alléchant…

Jane et Marnie sont devenues amies en classe de sixième, Jane timide, effacée a été attirée par Marnie, déjà solaire et sûre d’elle. Elles resteront toujours très proches, Jane allant dîner le vendredi soir chez Marnie, même lorsque Charles est entré dans la vie de cette dernière.

Jane n’a pas été aimée par sa mère, qui n’avait d’yeux que pour Emma la petite sœur, née prématurément quoi qu’elle puisse faire, elle est transparente, trouve du réconfort auprès de son père mais celui-ci finit par quitter la maison pour sa maîtresse devenue veuve…

Jane est brillante dans les études mais se retrouve dans un travail où elle s’épanouit peu. Elle a trouvé le grand amour avec Jonathan, mais celui-ci, sportif, se fait renverser par un chauffeur de taxi ivre, alors qu’il vient de terminer le marathon de Londres, ce qui met fin brutalement à sa vie amoureuse. Pendant ce temps, Emma plonge dans l’anorexie.

Marnie, fin cordon bleu se filme en train de réaliser ses recettes et son site a beaucoup de succès ; elle n’a pas eu une enfance trop difficile, mais ses parents n’étaient jamais là, toujours en congrès à droite ou à gauche, alors elle est devenue autonome très vite. Après des aventures sans lendemain, et elle rencontre enfin Charles qu’elle épouse.

Un jour, elle demande à son amie si Charles et elles sont faits l’un pour l’autre, et Jane répond oui alors qu’elle le déteste. Premier mensonge, qui va en entraîner d’autres, immanquablement car elle ne veut pas perdre cette amitié.

Jane est possessive, jalouse, elle veut Marnie pour elle et tous les moyens sont bons pour lui prouver qu’elle s’est trompée en l’épousant, qu’il est pervers… Cela tourne à l’obsession…

Cette amitié est extrêmement toxique, car Jane est prête à tout pour garder Marnie uniquement pour elle, transformant la réalité, interprétant sans arrêt les choses, les évènements pour les faire coïncider avec sa réalité à elle. Elle veut retrouver les moments où elles cohabitaient toutes les deux. Ce qui est surprenant, c’est le fait que cela ne lui a pas posé de problème d’épouser Jonathan et de vivre le grand amour avec lui, alors que son amie n’en a pas le droit, à ses yeux.

Le récit commence de manière lente, on finit par se demander s’il va se passer quelque chose, mais une fois le meurtre perpétré, le suspense monte et on se laisse prendre à ce jeu machiavélique. Au fil du récit, on s’aperçoit que Jane s’adresse à quelqu’un, qu’elle tutoie, avec toutes les suppositions que cela engendre : s’adresse-t-elle au lecteur, à un confident. En fait, c’est encore pire que ce qu’on pouvait imaginer.

« VOICI DONC MA VERITE ; Je ne veux pas paraître mélodramatique, mais je trouve que tu mérites de connaître cette histoire. Je pense qu’il « faut « que tu l’entendes. Elle t’appartient autant qu’à moi. »

La lenteur de la mise en route m’a un peu déstabilisée quand même, mais il est vrai que je venais de terminer le roman haletant de Karin Slaughter … On est dans le thriller psychologique pur jus.

Pour un premier roman, je trouve que c’est plutôt réussi, Elizabeth Kay a bien su capter l’attention, l’intérêt du lecteur, et aborde au passage d’autres thèmes : le manque d’amour de cette mère qui sombre dans la sénilité et que Jane va voir tous les week-ends dans sa maison de retraite, alors que la mère préfèrerait voir Emma qui bien-sûr fui, trouvant toujours un  prétexte pour se dérober ; l’anorexie est bien abordée aussi ainsi que la manipulation mentale et la personnalité borderline de Jane.

Auteure à suivre donc…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont

#Septmensonges #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteure :

Elizabeth Kay a commencé sa carrière comme assistante éditoriale chez Penguin Random House, à Londres. Elle est aujourd’hui éditrice et se consacre en parallèle à sa passion de l’écriture.

« Sept mensonges » est son premier thriller.

Extraits :

Et, comme il (Charles) se nourrissait du respect et de l’admiration des autres – et peut-être parce qu’il ne recevait aucun des deux de ma part – il les soutirait aux autres invités.

Je voudrais dire te une chose avant de commencer. Marnie Gregory est la femme la plus impressionnante, la plus admirable et la plus étonnante que je connaisse. C’est ma meilleure amie depuis plus de dix-huit ans, depuis notre rencontre en sixième.

Marnie n’a pas peur de l’échec, no pas parce qu’elle n’a jamais échoué, mais parce que, pour elle, une défaite n’est qu’un détour, une petite diversion sur le chemin qui la mène au succès.

Les vieilles amitiés sont comme des cordes nouées depuis longtemps, elles sont usées à certains endroits.

Je me suis rapprochée de mon père – qui ne pouvait pas faire grand-chose au cours des premiers mois de ma sœur – ma mère n’était plus là pour moi que physiquement. Elle ne s’intéressait ni aux histoires du soir, ni aux photos de l’école, ni aux détails de ma journée d’enfant.

Je me souviens que j’espérais son coup de fil le jour de mon anniversaire – parce que les mères et les filles sont au moins liées par la naissance – mais il n’est jamais arrivé.

Quand un drame se passe, une chose terrible, inattendue, chaque étape qui a mené à cet événement prend un sens différent.

Il (Jonathan) est là dans chaque avenir qui se profile, dans chaque espoir, dans chaque rêve. Il me hante, toujours.

Une personne qui, toute sa vie, s’est appuyée sur ses proches est-elle capable de soutenir quelqu’un d’autre ? Je n’en suis pas convaincue.

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature Royaume-Uni, Polars

« La Nanny » de Gilly MacMillan

Je vous parle aujourd’hui d’un polar que j’ai choisi surtout pour m’aérer l’esprit alors que le précédent de l’auteure m’avait laissée sur ma faim, mais j’ai une envie de polars ces derniers jours…

Résumé de l’éditeur :

Entre Chanson douce de Leïla Slimani et Rebecca de Daphné Du Maurier, un thriller élégant et terrifiant.

Jocelyn, sept ans, aime sa nourrice plus que tout. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de traces, Jo est inconsolable. Comment a-t-elle pu partir ainsi, sans même lui dire au revoir ?
Trente ans plus tard, Jo se voit obligée de retourner vivre dans la demeure familiale, malgré la relation conflictuelle qu’elle entretient avec sa mère.

Alors qu’elle passe des jours sombres dans la bâtisse immense et inquiétante, une nouvelle vient bouleverser son quotidien : Hannah, sa nourrice, est de retour. Jo exulte, ravie de retrouver enfin la seule personne qui l’a réellement aimée.

Mais lorsque des restes humains sont découverts dans le jardin, la situation vire au cauchemar. Que s’est-il réellement passé lorsqu’elle était enfant ? Quels secrets cachait sa nourrice et que fuyait-elle ? Peut-elle faire confiance à sa mère ?

Huis clos étouffant, La Nanny prouve une nouvelle fois le talent de Gilly Macmillan pour les intrigues psychologiques parfaitement maîtrisées.

Ce que j’en pense :

Jocelyn a sept ans lorsque sa Nanny adorée, Hannah, disparaît du jour au lendemain sans laisser la moindre explication ? Elle déteste sa mère, vénère son père et les relations ne sont pas parties pour s’arranger. Elle est partie aux USA pour se marier et restée dix ans sans revoir ses parents, n’est même pas venue assister aux funérailles de son père. Mais son mari décède brutalement d’un accident de la route et elle est obligée de rentrer au manoir familial avec Ruby sa fille de dix ans.

Bref, il règne une ambiance délétère dans le manoir et elle voit d’un mauvais œil qu’une complicité s’installe entre Ruby et Virginia. Brutalement, un crâne est découvert dans le lac qui borde le manoir. Qui est-ce ? serait-ce Hannah ? Et voici qu’Hannah revient toquer à la porte…

Inutile de dire que cela ne va pas arranger la situation entre Jo et sa mère. L’enquête avance laborieusement avec un policier farouchement anti-aristocrate et le ton hautain de Lady Holt va l’exaspérer au plus haut point…

Il s’agit d’un thriller psychologique, assez lent, dans un contexte de non-dits, de haine familiale avec une Nanny très déjantée, dans un milieu aristocrate qui est aux antipodes du mien et que j’ai du mal à comprendre, et Jocelyn qui veut absolument qu’on l’appelle Jo (imaginez la réaction de Lady Virginia !) est exaspérante, on se demande souvent si sa fille n’est pas plus mature qu’elle !

Il y a des incursions intéressantes dans le monde de l’art et des descriptions des codes de cette société qui se croit parfois au-dessus des lois, avec les fêtes somptueuses, les toilettes, les bijoux, la frivolité que l’auteure décrit férocement. Certaines phrases sont des uppercuts parfois, notamment lorsqu’elle évoque la haine d’un enfant pour sa mère et les répercussions que cela peut avoir. Cela sent le vécu, on dirait !

Gilly MacMillan alterne le passé et le présent pour que l’on en apprenne progressivement davantage sur les protagonistes, les évènements, procédé qui me plaît toujours.

Le rythme est lent au départ, mais le récit devient de plus en plus opaque, pervers, on ne sait plus qui manipule qui et l’intrigue se corse, le suspense s’installe et va croissant…

C’est le deuxième roman de l’auteure que je lis, et celui-ci m’a plu davantage que « Je sais que tu sais » J’ai passé un bon moment avec ce roman, mais le rythme est trop lent pour moi, je préfère les thrillers où les choses vont vite, où la perversité est plus prégnante. C’est un bon polar pour l’été.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteure dont je lirais peut-être finalement « Ne pars pas sans moi ».

#LaNanny #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Gilly Macmillan a grandi à Swindon dans le Wiltshire et en Californie du Nord.

Après des études en histoire de l’art et avoir travaillé pour le Butlington Magazine, elle devient professeur de photographie dans le secondaire.

Puis elle se consacre à l’écriture, publiant, entre autres : « Ne pars pas sans moi », « La fille idéale », « La Nanny »

Extraits :

Je me dis que les lumières du lustre doivent refléter joliment mes yeux, mais je ne me sens pas détendue ; à vrai dire, mon état d’esprit serait parfaitement illustré par le célèbre tableau de Munch, « Le cri ».

Ma mère, soixante-dix ans, une relique de l’aristocratie anglaise, froide, vieux jeu, snob, égoïste et cupide, veillant toujours à soigner son langage.

Ruby : dix ans, née et élevée en Californie, vive, gentille, fan de jeux sur Internet, ex-membre d’une équipe de foot féminine et garçon manqué depuis toujours.

Aimer son enfant sans qu’il vous aime en retour est un déchirement terrible de tous les instants. Jocelyn ne m’a jamais aimée, même quant elle était petite, même quand elle était bébé. La faute ne peut venir que de moi, du parent, et pourtant je n’ai jamais compris ce que j’avais fait de mal.

En même temps que leur première bouillie, on nourrit les pairs du royaume de l’idée qu’ils ne devraient jamais avoir à dépendre d’une femme, qu’il leur faut se fier avant tout à leur propre pouvoir.

Quand un mari veut que son épouse soit le miroir de sa réussite, il risque d’aller voir ailleurs si elle lui renvoie une image qui le diminue.

Auparavant, la perspective de la maternité éveillait en moi un désir ardent, m’emplissait d’un délicieux sentiment d’impatience… Or, ce fut mon plus grand échec. Avez-vous la moindre idée de ce qu’on peut ressentir en croisant le regard haineux de son enfant ? J’avais l’impression qu’on m’arrachait l’âme. J’avais tant d’amour à lui donner… Mais, elle n’en voulait pas…

Lu en juillet 2020

Publié dans Littérature jeunesse, Littérature Royaume-Uni

« Summer Mélodie » de David Nicholls

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont le résumé et la couverture m’ont immédiatement tapé dans l’œil :

Résumé de l’éditeur :   

On n’oublie jamais son premier amour… Dans la veine du magnifique Un jour, David Nicholls signe son grand retour avec un délicieux roman d’apprentissage, de passion, d’amitié et de nostalgie, sur fond de brit pop 90’s.

Jusqu’à présent, la vie de Charlie Baxter, seize ans, était, au mieux, banale, au pire morne, avec un horizon réduit aux copains bruyants du lycée, à la miteuse station-service où il travaille la semaine et aux week-ends passés à essayer de distraire son dépressif de père. 

Mais ça, c’était avant. 

Avant de rencontrer la grâce, la fougue et le théâtre shakespearien. Il aura suffi d’un moment fugace avec Fran Fisher, incandescente créature renversante de beauté, jusque-là inaccessible, même dans ses rêves les plus fous, pour que s’ouvre soudain un nouveau champ des possibles. Et l’espoir d’une love story. 

En cet été 1997, les frères Gallagher chantent encore ensemble, Lady Di vit ses derniers jours et Charlie Baxter, lui, va voir sa vie changer à jamais… 

Ce que j’en pense :

Été 1997. Charlie a seize ans, et tout autour de lui n’est que tristesse : son père disquaire, passionné de jazz a fait faillite, sa mère, au terme de multiples disputes est partie avec un autre homme, emmenant sa sœur Billie avec elle et le laissant seul avec son père, sous prétexte qu’ils s’entendent bien !

Mais le père sombre dans l’alcool, la dépression (il ne faut surtout pas prononcer ce mot, tabou !) c’est Charlie qui est obligé d’inverser les rôles et de le prendre en charge, car il ne fait plus rien à part la télévision… Ce n’est pas son rôle , mais il ne veut en parler à personne et, rongé par la crainte de le trouver un jour avec une overdose d’alcool plus médicaments, il ne fait plus rien en cours et se retrouve en échec scolaire.

Cet été, synonyme de plaisirs pour les autres, il décide de rester le moins possible à la maison et de s’adonner à la lecture, partant en bicyclette pour aller lire en plein champ. Il rencontre Fran, qui fait partie d’une troupe de théâtre qui travaille « Roméo et Juliette » et pour elle il va intégrer la « troupe » alors qu’il s’estime dénué de tout talent.

« Pendant six semaines, on a juste l’impression d’être au mauvais endroit avec les mauvaises personnes et de passer à côté de tout. C’est pour ça que l’été est si triste – parce qu’il faudrait qu’on soit si heureux.« 

Pour Fran, il fait des efforts, apprend son texte, répète avec elle, fuyant de plus en plus la maison et la bande de copains pas toujours très nets. Au début, il désire juste un rendez-vous, pour lui offrir un café ou autre chose:

« Le thé était insipide et platonique, tandis que le café était une boisson plus ténébreuse, plus enivrante.« 

David Nicholls nous offre une très histoire, étudiant au passage, tous les aspects de l’amour : parental, ou amical, avec ses copains sous fond de beuveries, plus ou moins toxique, le premier amour, avec la découverte de la sensualité, et une autre forme : la relation particulière qui les unit pendant les répétitions…

En parallèle, il décrit les doutes de l’adolescence, le manque de confiance en soi, le regard critique sur les parents qui ne pensent trop souvent qu’à eux, et la limite proche qui existe entre l’amour pour le père et la détestation pour ce qu’il doit subir, le tout dans une visite de la pièce de Shakespeare et son côté actuel malgré une langue quelque peu désuète.

C’est un peu long au démarrage, mais une fois le rythme de lecture trouvé, c’est un régal, on s’attache à ce héros très discret, trop discret, celui dont on dit qu’il est noyé dans la photo de classe, à tel point qu’on ne se souvient plus de lui des années plus tard.

C’est le premier livre de David Nicholls que je lis et il m’a vraiment beaucoup plu, auteur à suivre donc. Il nous propose à la fin une playlist que l’on peut télécharger : de Gloria Gaynor « I will survive », à Madness, Whitney Houston, George Michael… et même les Spice Girls….

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman plein de sensibilité et la belle plume de son auteur.

#Davidnicholls #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Né en 1966, David Nicholls a d’abord envisagé une carrière d’acteur avant de se tourner vers l’écriture. Il a été scénariste pour la télévision, signant notamment les adaptations BBC de Beaucoup de bruit pour rien et de Tess d’Urberville et, pour le cinéma, de la pièce de Sam Shepard, Simpatico, et des Grandes espérances de Charles Dickens. Récemment, il a remporté un BAFTA pour Patrick Melrose, une mini-série inspirée des romans de Edward St Aubyn, qui lui a également valu une nomination aux Emmy Awards.

Il est l’auteur de Pourquoi pas ?(2012), Pour une fois (2013), et de Nous (2015). Son troisième roman, Un jour (2011) a reçu un très bel accueil lors de sa sortie et s’est vendu en France à plus de 400 000 exemplaires. Il a également fait l’objet d’une adaptation cinématographique à succès, avec Anne Hathaway dans l’un des rôles principaux.

Extraits :

On était une matière plastique, malléable, et on avait encore le temps de tester et revoir notre écriture, nos convictions politiques, notre façon de rire, de marcher ou de nous asseoir, avant de durcir et de nous figer.

Ma grande occupation cet été-là serait d’éviter mon père. J’avais appris à évaluer son état d’esprit au bruit qu’il faisait et à le pister à la manière d’un chasseur.

L’ennui était un état naturel pour nous, mais la solitude était taboue, et tout en pédalant sans les mains, je tentais d’afficher un air mystérieux et solitaire, l’air d’un franc-tireur qui n’a besoin de personne. Sauf, que chercher à ne pas paraître seul, quand vous l’êtes, cela exige un grand effort ou, à l’inverse, de paraître heureux quand vous ne l’êtes pas.

Mon désœuvrement m’avait poussé, pour la première fois de ma vie à me réfugier dans la lecture.

Ces romans que je transportais chaque jour dans mon sac sont bientôt devenus mon rempart contre l’ennui et mon alibi pour rester seul.

Lorsqu’on raconte de telles histoires – des histoires d’amour – il est difficile de ne pas donner un sens et un caractère inéluctable à des évènements en réalité innocents et fortuits. De les repeindre aux couleurs du romantisme.

Ce n’était pas juste l’amour qui s’enfuyait entre eux, c’était aussi le respect et la compréhension, et on ne pouvait rien y faire.

J’aurais parfois aimé qu’il se montre plus joyeux, qu’il fasse cet effort pour moi. La tristesse et l’angoisse sont contagieuses, et, à seize ans, j’avais assez de soucis comme ça.

Le plus grand mensonge véhiculé sur la jeunesse est qu’elle serait totalement insouciante. Bon sang, personne ne se souvient-il de rien ?

La musique, les livres, les films, et même l’art semblaient avoir un pouvoir accru à notre âge. Comme une amitié, ils pouvaient changer votre vie, et quand j’avais le temps… quand j’aurais le temps, je m’ouvrirais à de nouvelles choses.

Il m’effrayait, et quand je n’étais pas effrayé, j’étais tout simplement furieux. Furieux qu’il me prive de ma tranquillité d’esprit et de mon pouvoir de concentration à l’heure où ils m’étaient le plus nécessaires…

Je n’étais donc pas un garde-malade. Plutôt un garde-rancune. Le terme existait-il ? « Garde-rancune à domicile ».

A côté de moi se trouvait la fille la plus intelligente, la plus géniale, la plus éblouissante que j’aie jamais rencontrée, l’antidote à tout ce qu’il y avait de pourri dans mon existence.

Mais l’amour est barbant. C’est quelque chose de déjà vu, de banal pour un observateur extérieur. Idem avec le premier amour, qui n’est qu’une version brouillonne et boutonneuse. Shakespeare devait le savoir…

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Un pique-nique presque parfait » de Faith Martin

Je vous parle aujourd’hui de Tome 2 de la série Loveday et Ryder que j’ai pu découvrir grâce à une opération « masse critique » spéciale organisée par Babelio :

Résumé de l’éditeur :

Été 1960. Après une fête de fin d’année organisée par les étudiants de St Bede’s College sur les berges d’une rivière, le corps d’un certain Derek Chadworth est retrouvé flottant dans les eaux de Port Meadow. Et si tous les jeunes gens présents sur les lieux affirment que la mort de Derek est accidentelle, aucun d’entre eux ne peut attester avoir bel et bien aperçu l’étudiant à la fête. Confronté à des témoignages vagues qu’il juge peu crédibles, le Dr Clement Ryder décide d’ouvrir une enquête, assisté de la jeune policière Trudy Loveday, qui entreprend de se faire passer pour une étudiante de St Bede’s College. Trudy arrivera-t-elle à gagner la confiance des élèves et percer le mystère qui entoure la mort du jeune homme le plus populaire de l’université ? Car une chose est sûre : Derek Chadworth n’était pas un étudiant comme les autres…

Ce que j’en pense :

Le corps d’un homme a été retrouvé, flottant dans la rivière à Port Meadows, lors d’un pique-nique bien arrosé. Il s’agit de Derek Chadworth. Parmi les témoins du drame, étrangement, personne n’a rien vu, c’est tout juste si on pense qu’il était là. Tous els témoignages se ressemblent étrangement, comme si les étudiants avaient tous répété leur leçon avant. Il faut dire, que le « chef » est un notable, dont le père est influent…

Le Dr Clement Ryder relève des failles lors des témoignages et obtient qu’une enquête soit ouverte pour déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un meurtre. Il demande au chef de la police de lui adjoindre Trudy Loveday, stagiaire, pour l’aider dans son enquête car il a déjà travaillé avec elle, avec succès, sur une précédente affaire, ce que le chef n’apprécie guère, mais comme il n’apprécie pas que des femmes entrent dans la police, il accepte…

Ce roman propose une enquête intéressante, sur fond de sexisme, nous sommes en 1960, alors les femmes qui travaillent ne sont pas vues d’un bon œil et cela donne des réflexions savoureuses sur le sexisme dans la police, mais aussi sur l’influence des nobles sur ladite police : un coup de fil suffit pour bloquer une enquête pour que le rejeton ne soit pas inquiété !

On se promène avec plaisir dans la campagne anglaise et le duo Loveday et Ryder est plutôt attachant, même si parfois on a l’impression de se retrouver dans un épisode de « Barnaby » ce polar léger, sans hectolitres d’hémoglobine, mais plutôt orienté psycho-sociologique, est intéressant et se consomme sans modération.

Dès que j’ai découvert le livre dans ma boite aux lettres, je me suis précipitée dessus pour le lire, il faut dire que la couverture était alléchante, et en plus, il me permettait de commencer le challenge du « Mois anglais »…

C’est le premier livre de l’auteure que je lis, et j’ai vraiment envie de découvrir le premier opus de ce duo: « Le corbeau d’Oxford »

Un grand merci à Babelio et aux éditions Harper-Collins de m’avoir permis de faire la connaissance de ce duo fort sympathique et de l’auteure que je découvre.

7,5/10

L’auteure :

Faith Martin, également connue sous son véritable nom, Jacquie Walton, est l’auteure de nombreux romans policiers à succès. Née à Oxford et amoureuse de la campagne anglaise, elle situe nombre de ses romans dans le cadre bucolique de la région oxonienne.

Extraits :

Comme souvent avec les polars, j’ai relevé peu de citations, est-ce dû au fait qu’il s’agit d’un polar, ou à l’immersion dans l’action ?

Coroner depuis deux ans, Clement avait appris à lire les jurys aussi clairement que ses livres de médecine autrefois. Quelle que soit l’affaire, il s’était aperçu que tous les jurys présentaient certains points communs.

Par exemple, la majorité des jurés avaient conscience de la responsabilité qui leur incombait, et cela les inquiétait. C’était particulièrement visible dans les cas de suicide, où aucun d’eux ne voulant ajouter à la détresse de la famille endeuillée en s’appesantissant sur les raisons du passage à l’acte de leur proche, ils préféraient inclure dans leur verdict la formule « alors qu’il n’était pas en pleine possession de ses moyens »

Vraiment, la jeunesse d’aujourd’hui avait un comportement extraordinaire. Ils se déplaçaient sur des mobylettes Vespa bruyantes et avaient l’air ridicule avec leurs chaussures pointues et leur cheveux gominés. Elle se réjouissait simplement de n’avoir jamais vécu à Brighton, étant donné les problèmes qu’ils avaient eu là-bas avec les rockers ou Dieu savait quoi…

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Je sais que tu sais » de Gilly Macmillan

Pour fuir l’intox quotidienne où règne en maître une bestiole microscopique nommée Covid 19, qui entre parenthèses m’a conduit à boycotter les journaux télévisés (une seule exception ARTE journal, court, bien fait sans blablas, j’ai opté pour un polar garanti dépaysant :

Résumé de l’éditeur :

Bristol, 19 août 1996. Les corps de deux enfants assassinés sont retrouvés au petit matin dans un terrain vague. Lorsqu’un nouveau cadavre est découvert sur le même lieu vingt ans plus tard, l’inspecteur Fletcher se voit obligé de replonger dans ses anciens dossiers. Les deux affaires pourraient-elles être liées ? L’enquête a pourtant été résolue par Fletcher lui-même. À moins qu’une erreur n’ait été commise ?

 Pour Cody Swift, jeune homme encore hanté par la mort de ses deux meilleurs amis d’enfance, d’évidentes zones d’ombre persistent. Il lance alors un podcast dans lequel il diffuse les avancées de sa propre enquête, quitte à réveiller chez certains des traumatismes enfouis et des blessures encore vives… Que s’est-il réellement passé en 1996 lors de cette nuit étouffante ? L’homme qui a été envoyé derrière les barreaux à l’époque était-il innocent ? Et si oui, où se trouve le meurtrier aujourd’hui ?

Ce que j’en pense :

Qu’est-ce qui peut arriver de pire en période de confinement que choisir un livre censé apporter la détente, l’évasion : se tromper…

Un crime odieux a donc été commis en août 1996 : on a découvert deux enfants de dix et onze ans odieusement tabassés à mort. L’un des deux est mort dans les bras de l’inspecteur Fletcher, qui est chargé de l’enquête. On pourrait penser que, vue la situation, il aurait à cœur de faire une enquête approfondie, sérieuse or il ne pensa qu’à sa carrière, et se comporte en pourri, manipulant un jeune homme, qui a un retard mental comme on disait à l’époque, de manière à lui faire reconnaître qu’il a fait du mal aux enfants. (dont il était le souffre-douleur attitré !)

Des années plus tard, le « coupable » se suicide en prison  et Cody Swift, qui était l’ami, le copain de jeux et de bêtises de Charlie et Scott (et a échappé à la tuerie,  car il était puni pour avoir déchiré son T-Shirt) décide de faire la lumière et prouver que l’enquête a été menée à charge, et qu’on n’a pas condamné la bonne personne, via une méthode particulière : les podcasts dans lesquels il interroge les personnes qui ont pu avoir un rapport avec le crime : les parents des victimes, les policiers, les gens du quartier…

Évidemment, un autre corps est retrouvé par hasard, pas loin de l’endroit où ont été retrouvé les deux enfants. Et une autre enquête démarre avec un inspecteur Fletcher toujours aussi pourri, qui fricote avec des gens peu recommandables qui ont joué un rôle en 1996.

J’aime assez les flics cabossés par l’existence mais pas les corrompus, alors pourri autant que Fletcher, c’est horripilant, du début à la fin. De toute façon, dans ce roman, c’est celui qui sera plus manipulateur, malfaisant que l’autre, pour preuve le lynchage de Jess, la mère de Charlie, considérée comme une mère indigne ou presque…

De plus, je pense que c’est lié à la version e-book, la mise en page laisse à désirer, et on passe d’une période à l’autre, sans démarcation, ce qui ne facilite pas la lecture.

Mauvaise pioche, alors que je l’avais choisi car Gilly Macmillan connaît un certain succès… et il ne me donne même pas envie de lire « Ne pars pas sans moi », autant regarder une bonne série policière à la TV, même si en période de confinement on nous abreuve de rediffusions…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales Noires (que j’apprécie en général) qui m’ont permis de découvrir l’auteure…

#JeSaisQueTuSais #NetGalleyFrance

4/10

L’auteure :

Gilly Macmillan a grandi à Swindon dans le Wiltshire et en Californie du Nord.

Après des études en histoire de l’art et avoir travaillé pour le Butlington Magazine, elle devient professeur de photographie dans le secondaire.

Puis elle se consacre à l’écriture, publiant, entre autres : « Ne pars pas sans moi », « La fille idéale », « La Nanny »

Extraits :

La perte de mes amis et la culpabilité du survivant sont une sombre douleur avec laquelle je vis depuis cette nuit-là. Je ne suis pas le seul. Si fouiller le passé n’a pas été facile pour moi, il en est de même pour certaines personnes avec lesquelles je me suis entretenu.

Il existait une loi du silence dans la cité ; on protégeait les siens. Ce code n’avait plus de valeur si des enfants étaient impliqués, cependant. Ceux qui s’en prenaient aux enfants étaient les pires des ordures.

Écoutez, quand les choses roulent, la brigade criminelle est le meilleur endroit au monde où travailler mais quand ça ne tourne pas rond, il peut devenir l’endroit le plus isolé sur terre.

Qu’est-ce qu’on fait quand la vie vous a mis K-O ? Est-ce qu’on devient le fantôme de celui qu’on était avant, à jamais hanté, ou bien est-ce qu’on avance et qu’on essaie de se reconstruire en tirant les leçons du passé ? Il est possible de se relever, j’en suis la preuve….

Lu en avril 2020