Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Sept mensonges » d’Elizabeth Kay

Encore un intermède thriller aujourd’hui car j’avais besoin de me détendre après trois lectures sérieuses dont je parlerai dans les prochains jours car les chroniques sont assez difficiles à concocter :  

Résumé de l’éditeur :

Jane et Marnie sont inséparables depuis l’enfance. Et si Jane avait été honnête depuis le début – si elle n’avait pas menti cette toute première fois –, alors peut-être que les choses auraient pu tourner autrement. Peut-être que le mari de sa meilleure amie serait encore en vie.

Le temps est venu pour Jane de dire la vérité, enfin… sa vérité. Tandis qu’elle se confie et décortique les sept mensonges qu’elle a racontés à Marnie, chacun plus terrible que le précédent, elle révèle les couches de noirceur qui ont infiltré leur amitié et les secrets toxiques qui remuent sous la surface. Mais une vérité peut toujours en cacher une autre…

« Sept mensonges est l’histoire glaçante de ce qui arrive quand l’amitié devient obsession. » Harlan Coben.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce thriller car la couverture est absolument géniale (l’escalier où a eu lieu le crime et les petites encoches façon répertoire, correspondant au nombre de mensonges !) et le résumé assez alléchant…

Jane et Marnie sont devenues amies en classe de sixième, Jane timide, effacée a été attirée par Marnie, déjà solaire et sûre d’elle. Elles resteront toujours très proches, Jane allant dîner le vendredi soir chez Marnie, même lorsque Charles est entré dans la vie de cette dernière.

Jane n’a pas été aimée par sa mère, qui n’avait d’yeux que pour Emma la petite sœur, née prématurément quoi qu’elle puisse faire, elle est transparente, trouve du réconfort auprès de son père mais celui-ci finit par quitter la maison pour sa maîtresse devenue veuve…

Jane est brillante dans les études mais se retrouve dans un travail où elle s’épanouit peu. Elle a trouvé le grand amour avec Jonathan, mais celui-ci, sportif, se fait renverser par un chauffeur de taxi ivre, alors qu’il vient de terminer le marathon de Londres, ce qui met fin brutalement à sa vie amoureuse. Pendant ce temps, Emma plonge dans l’anorexie.

Marnie, fin cordon bleu se filme en train de réaliser ses recettes et son site a beaucoup de succès ; elle n’a pas eu une enfance trop difficile, mais ses parents n’étaient jamais là, toujours en congrès à droite ou à gauche, alors elle est devenue autonome très vite. Après des aventures sans lendemain, et elle rencontre enfin Charles qu’elle épouse.

Un jour, elle demande à son amie si Charles et elles sont faits l’un pour l’autre, et Jane répond oui alors qu’elle le déteste. Premier mensonge, qui va en entraîner d’autres, immanquablement car elle ne veut pas perdre cette amitié.

Jane est possessive, jalouse, elle veut Marnie pour elle et tous les moyens sont bons pour lui prouver qu’elle s’est trompée en l’épousant, qu’il est pervers… Cela tourne à l’obsession…

Cette amitié est extrêmement toxique, car Jane est prête à tout pour garder Marnie uniquement pour elle, transformant la réalité, interprétant sans arrêt les choses, les évènements pour les faire coïncider avec sa réalité à elle. Elle veut retrouver les moments où elles cohabitaient toutes les deux. Ce qui est surprenant, c’est le fait que cela ne lui a pas posé de problème d’épouser Jonathan et de vivre le grand amour avec lui, alors que son amie n’en a pas le droit, à ses yeux.

Le récit commence de manière lente, on finit par se demander s’il va se passer quelque chose, mais une fois le meurtre perpétré, le suspense monte et on se laisse prendre à ce jeu machiavélique. Au fil du récit, on s’aperçoit que Jane s’adresse à quelqu’un, qu’elle tutoie, avec toutes les suppositions que cela engendre : s’adresse-t-elle au lecteur, à un confident. En fait, c’est encore pire que ce qu’on pouvait imaginer.

« VOICI DONC MA VERITE ; Je ne veux pas paraître mélodramatique, mais je trouve que tu mérites de connaître cette histoire. Je pense qu’il « faut « que tu l’entendes. Elle t’appartient autant qu’à moi. »

La lenteur de la mise en route m’a un peu déstabilisée quand même, mais il est vrai que je venais de terminer le roman haletant de Karin Slaughter … On est dans le thriller psychologique pur jus.

Pour un premier roman, je trouve que c’est plutôt réussi, Elizabeth Kay a bien su capter l’attention, l’intérêt du lecteur, et aborde au passage d’autres thèmes : le manque d’amour de cette mère qui sombre dans la sénilité et que Jane va voir tous les week-ends dans sa maison de retraite, alors que la mère préfèrerait voir Emma qui bien-sûr fui, trouvant toujours un  prétexte pour se dérober ; l’anorexie est bien abordée aussi ainsi que la manipulation mentale et la personnalité borderline de Jane.

Auteure à suivre donc…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Robert Laffont

#Septmensonges #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteure :

Elizabeth Kay a commencé sa carrière comme assistante éditoriale chez Penguin Random House, à Londres. Elle est aujourd’hui éditrice et se consacre en parallèle à sa passion de l’écriture.

« Sept mensonges » est son premier thriller.

Extraits :

Et, comme il (Charles) se nourrissait du respect et de l’admiration des autres – et peut-être parce qu’il ne recevait aucun des deux de ma part – il les soutirait aux autres invités.

Je voudrais dire te une chose avant de commencer. Marnie Gregory est la femme la plus impressionnante, la plus admirable et la plus étonnante que je connaisse. C’est ma meilleure amie depuis plus de dix-huit ans, depuis notre rencontre en sixième.

Marnie n’a pas peur de l’échec, no pas parce qu’elle n’a jamais échoué, mais parce que, pour elle, une défaite n’est qu’un détour, une petite diversion sur le chemin qui la mène au succès.

Les vieilles amitiés sont comme des cordes nouées depuis longtemps, elles sont usées à certains endroits.

Je me suis rapprochée de mon père – qui ne pouvait pas faire grand-chose au cours des premiers mois de ma sœur – ma mère n’était plus là pour moi que physiquement. Elle ne s’intéressait ni aux histoires du soir, ni aux photos de l’école, ni aux détails de ma journée d’enfant.

Je me souviens que j’espérais son coup de fil le jour de mon anniversaire – parce que les mères et les filles sont au moins liées par la naissance – mais il n’est jamais arrivé.

Quand un drame se passe, une chose terrible, inattendue, chaque étape qui a mené à cet événement prend un sens différent.

Il (Jonathan) est là dans chaque avenir qui se profile, dans chaque espoir, dans chaque rêve. Il me hante, toujours.

Une personne qui, toute sa vie, s’est appuyée sur ses proches est-elle capable de soutenir quelqu’un d’autre ? Je n’en suis pas convaincue.

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature Royaume-Uni, Polars

« La Nanny » de Gilly MacMillan

Je vous parle aujourd’hui d’un polar que j’ai choisi surtout pour m’aérer l’esprit alors que le précédent de l’auteure m’avait laissée sur ma faim, mais j’ai une envie de polars ces derniers jours…

Résumé de l’éditeur :

Entre Chanson douce de Leïla Slimani et Rebecca de Daphné Du Maurier, un thriller élégant et terrifiant.

Jocelyn, sept ans, aime sa nourrice plus que tout. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de traces, Jo est inconsolable. Comment a-t-elle pu partir ainsi, sans même lui dire au revoir ?
Trente ans plus tard, Jo se voit obligée de retourner vivre dans la demeure familiale, malgré la relation conflictuelle qu’elle entretient avec sa mère.

Alors qu’elle passe des jours sombres dans la bâtisse immense et inquiétante, une nouvelle vient bouleverser son quotidien : Hannah, sa nourrice, est de retour. Jo exulte, ravie de retrouver enfin la seule personne qui l’a réellement aimée.

Mais lorsque des restes humains sont découverts dans le jardin, la situation vire au cauchemar. Que s’est-il réellement passé lorsqu’elle était enfant ? Quels secrets cachait sa nourrice et que fuyait-elle ? Peut-elle faire confiance à sa mère ?

Huis clos étouffant, La Nanny prouve une nouvelle fois le talent de Gilly Macmillan pour les intrigues psychologiques parfaitement maîtrisées.

Ce que j’en pense :

Jocelyn a sept ans lorsque sa Nanny adorée, Hannah, disparaît du jour au lendemain sans laisser la moindre explication ? Elle déteste sa mère, vénère son père et les relations ne sont pas parties pour s’arranger. Elle est partie aux USA pour se marier et restée dix ans sans revoir ses parents, n’est même pas venue assister aux funérailles de son père. Mais son mari décède brutalement d’un accident de la route et elle est obligée de rentrer au manoir familial avec Ruby sa fille de dix ans.

Bref, il règne une ambiance délétère dans le manoir et elle voit d’un mauvais œil qu’une complicité s’installe entre Ruby et Virginia. Brutalement, un crâne est découvert dans le lac qui borde le manoir. Qui est-ce ? serait-ce Hannah ? Et voici qu’Hannah revient toquer à la porte…

Inutile de dire que cela ne va pas arranger la situation entre Jo et sa mère. L’enquête avance laborieusement avec un policier farouchement anti-aristocrate et le ton hautain de Lady Holt va l’exaspérer au plus haut point…

Il s’agit d’un thriller psychologique, assez lent, dans un contexte de non-dits, de haine familiale avec une Nanny très déjantée, dans un milieu aristocrate qui est aux antipodes du mien et que j’ai du mal à comprendre, et Jocelyn qui veut absolument qu’on l’appelle Jo (imaginez la réaction de Lady Virginia !) est exaspérante, on se demande souvent si sa fille n’est pas plus mature qu’elle !

Il y a des incursions intéressantes dans le monde de l’art et des descriptions des codes de cette société qui se croit parfois au-dessus des lois, avec les fêtes somptueuses, les toilettes, les bijoux, la frivolité que l’auteure décrit férocement. Certaines phrases sont des uppercuts parfois, notamment lorsqu’elle évoque la haine d’un enfant pour sa mère et les répercussions que cela peut avoir. Cela sent le vécu, on dirait !

Gilly MacMillan alterne le passé et le présent pour que l’on en apprenne progressivement davantage sur les protagonistes, les évènements, procédé qui me plaît toujours.

Le rythme est lent au départ, mais le récit devient de plus en plus opaque, pervers, on ne sait plus qui manipule qui et l’intrigue se corse, le suspense s’installe et va croissant…

C’est le deuxième roman de l’auteure que je lis, et celui-ci m’a plu davantage que « Je sais que tu sais » J’ai passé un bon moment avec ce roman, mais le rythme est trop lent pour moi, je préfère les thrillers où les choses vont vite, où la perversité est plus prégnante. C’est un bon polar pour l’été.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteure dont je lirais peut-être finalement « Ne pars pas sans moi ».

#LaNanny #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Gilly Macmillan a grandi à Swindon dans le Wiltshire et en Californie du Nord.

Après des études en histoire de l’art et avoir travaillé pour le Butlington Magazine, elle devient professeur de photographie dans le secondaire.

Puis elle se consacre à l’écriture, publiant, entre autres : « Ne pars pas sans moi », « La fille idéale », « La Nanny »

Extraits :

Je me dis que les lumières du lustre doivent refléter joliment mes yeux, mais je ne me sens pas détendue ; à vrai dire, mon état d’esprit serait parfaitement illustré par le célèbre tableau de Munch, « Le cri ».

Ma mère, soixante-dix ans, une relique de l’aristocratie anglaise, froide, vieux jeu, snob, égoïste et cupide, veillant toujours à soigner son langage.

Ruby : dix ans, née et élevée en Californie, vive, gentille, fan de jeux sur Internet, ex-membre d’une équipe de foot féminine et garçon manqué depuis toujours.

Aimer son enfant sans qu’il vous aime en retour est un déchirement terrible de tous les instants. Jocelyn ne m’a jamais aimée, même quant elle était petite, même quand elle était bébé. La faute ne peut venir que de moi, du parent, et pourtant je n’ai jamais compris ce que j’avais fait de mal.

En même temps que leur première bouillie, on nourrit les pairs du royaume de l’idée qu’ils ne devraient jamais avoir à dépendre d’une femme, qu’il leur faut se fier avant tout à leur propre pouvoir.

Quand un mari veut que son épouse soit le miroir de sa réussite, il risque d’aller voir ailleurs si elle lui renvoie une image qui le diminue.

Auparavant, la perspective de la maternité éveillait en moi un désir ardent, m’emplissait d’un délicieux sentiment d’impatience… Or, ce fut mon plus grand échec. Avez-vous la moindre idée de ce qu’on peut ressentir en croisant le regard haineux de son enfant ? J’avais l’impression qu’on m’arrachait l’âme. J’avais tant d’amour à lui donner… Mais, elle n’en voulait pas…

Lu en juillet 2020

Publié dans Littérature jeunesse, Littérature Royaume-Uni

« Summer Mélodie » de David Nicholls

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont le résumé et la couverture m’ont immédiatement tapé dans l’œil :

Résumé de l’éditeur :   

On n’oublie jamais son premier amour… Dans la veine du magnifique Un jour, David Nicholls signe son grand retour avec un délicieux roman d’apprentissage, de passion, d’amitié et de nostalgie, sur fond de brit pop 90’s.

Jusqu’à présent, la vie de Charlie Baxter, seize ans, était, au mieux, banale, au pire morne, avec un horizon réduit aux copains bruyants du lycée, à la miteuse station-service où il travaille la semaine et aux week-ends passés à essayer de distraire son dépressif de père. 

Mais ça, c’était avant. 

Avant de rencontrer la grâce, la fougue et le théâtre shakespearien. Il aura suffi d’un moment fugace avec Fran Fisher, incandescente créature renversante de beauté, jusque-là inaccessible, même dans ses rêves les plus fous, pour que s’ouvre soudain un nouveau champ des possibles. Et l’espoir d’une love story. 

En cet été 1997, les frères Gallagher chantent encore ensemble, Lady Di vit ses derniers jours et Charlie Baxter, lui, va voir sa vie changer à jamais… 

Ce que j’en pense :

Été 1997. Charlie a seize ans, et tout autour de lui n’est que tristesse : son père disquaire, passionné de jazz a fait faillite, sa mère, au terme de multiples disputes est partie avec un autre homme, emmenant sa sœur Billie avec elle et le laissant seul avec son père, sous prétexte qu’ils s’entendent bien !

Mais le père sombre dans l’alcool, la dépression (il ne faut surtout pas prononcer ce mot, tabou !) c’est Charlie qui est obligé d’inverser les rôles et de le prendre en charge, car il ne fait plus rien à part la télévision… Ce n’est pas son rôle , mais il ne veut en parler à personne et, rongé par la crainte de le trouver un jour avec une overdose d’alcool plus médicaments, il ne fait plus rien en cours et se retrouve en échec scolaire.

Cet été, synonyme de plaisirs pour les autres, il décide de rester le moins possible à la maison et de s’adonner à la lecture, partant en bicyclette pour aller lire en plein champ. Il rencontre Fran, qui fait partie d’une troupe de théâtre qui travaille « Roméo et Juliette » et pour elle il va intégrer la « troupe » alors qu’il s’estime dénué de tout talent.

« Pendant six semaines, on a juste l’impression d’être au mauvais endroit avec les mauvaises personnes et de passer à côté de tout. C’est pour ça que l’été est si triste – parce qu’il faudrait qu’on soit si heureux.« 

Pour Fran, il fait des efforts, apprend son texte, répète avec elle, fuyant de plus en plus la maison et la bande de copains pas toujours très nets. Au début, il désire juste un rendez-vous, pour lui offrir un café ou autre chose:

« Le thé était insipide et platonique, tandis que le café était une boisson plus ténébreuse, plus enivrante.« 

David Nicholls nous offre une très histoire, étudiant au passage, tous les aspects de l’amour : parental, ou amical, avec ses copains sous fond de beuveries, plus ou moins toxique, le premier amour, avec la découverte de la sensualité, et une autre forme : la relation particulière qui les unit pendant les répétitions…

En parallèle, il décrit les doutes de l’adolescence, le manque de confiance en soi, le regard critique sur les parents qui ne pensent trop souvent qu’à eux, et la limite proche qui existe entre l’amour pour le père et la détestation pour ce qu’il doit subir, le tout dans une visite de la pièce de Shakespeare et son côté actuel malgré une langue quelque peu désuète.

C’est un peu long au démarrage, mais une fois le rythme de lecture trouvé, c’est un régal, on s’attache à ce héros très discret, trop discret, celui dont on dit qu’il est noyé dans la photo de classe, à tel point qu’on ne se souvient plus de lui des années plus tard.

C’est le premier livre de David Nicholls que je lis et il m’a vraiment beaucoup plu, auteur à suivre donc. Il nous propose à la fin une playlist que l’on peut télécharger : de Gloria Gaynor « I will survive », à Madness, Whitney Houston, George Michael… et même les Spice Girls….

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman plein de sensibilité et la belle plume de son auteur.

#Davidnicholls #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Né en 1966, David Nicholls a d’abord envisagé une carrière d’acteur avant de se tourner vers l’écriture. Il a été scénariste pour la télévision, signant notamment les adaptations BBC de Beaucoup de bruit pour rien et de Tess d’Urberville et, pour le cinéma, de la pièce de Sam Shepard, Simpatico, et des Grandes espérances de Charles Dickens. Récemment, il a remporté un BAFTA pour Patrick Melrose, une mini-série inspirée des romans de Edward St Aubyn, qui lui a également valu une nomination aux Emmy Awards.

Il est l’auteur de Pourquoi pas ?(2012), Pour une fois (2013), et de Nous (2015). Son troisième roman, Un jour (2011) a reçu un très bel accueil lors de sa sortie et s’est vendu en France à plus de 400 000 exemplaires. Il a également fait l’objet d’une adaptation cinématographique à succès, avec Anne Hathaway dans l’un des rôles principaux.

Extraits :

On était une matière plastique, malléable, et on avait encore le temps de tester et revoir notre écriture, nos convictions politiques, notre façon de rire, de marcher ou de nous asseoir, avant de durcir et de nous figer.

Ma grande occupation cet été-là serait d’éviter mon père. J’avais appris à évaluer son état d’esprit au bruit qu’il faisait et à le pister à la manière d’un chasseur.

L’ennui était un état naturel pour nous, mais la solitude était taboue, et tout en pédalant sans les mains, je tentais d’afficher un air mystérieux et solitaire, l’air d’un franc-tireur qui n’a besoin de personne. Sauf, que chercher à ne pas paraître seul, quand vous l’êtes, cela exige un grand effort ou, à l’inverse, de paraître heureux quand vous ne l’êtes pas.

Mon désœuvrement m’avait poussé, pour la première fois de ma vie à me réfugier dans la lecture.

Ces romans que je transportais chaque jour dans mon sac sont bientôt devenus mon rempart contre l’ennui et mon alibi pour rester seul.

Lorsqu’on raconte de telles histoires – des histoires d’amour – il est difficile de ne pas donner un sens et un caractère inéluctable à des évènements en réalité innocents et fortuits. De les repeindre aux couleurs du romantisme.

Ce n’était pas juste l’amour qui s’enfuyait entre eux, c’était aussi le respect et la compréhension, et on ne pouvait rien y faire.

J’aurais parfois aimé qu’il se montre plus joyeux, qu’il fasse cet effort pour moi. La tristesse et l’angoisse sont contagieuses, et, à seize ans, j’avais assez de soucis comme ça.

Le plus grand mensonge véhiculé sur la jeunesse est qu’elle serait totalement insouciante. Bon sang, personne ne se souvient-il de rien ?

La musique, les livres, les films, et même l’art semblaient avoir un pouvoir accru à notre âge. Comme une amitié, ils pouvaient changer votre vie, et quand j’avais le temps… quand j’aurais le temps, je m’ouvrirais à de nouvelles choses.

Il m’effrayait, et quand je n’étais pas effrayé, j’étais tout simplement furieux. Furieux qu’il me prive de ma tranquillité d’esprit et de mon pouvoir de concentration à l’heure où ils m’étaient le plus nécessaires…

Je n’étais donc pas un garde-malade. Plutôt un garde-rancune. Le terme existait-il ? « Garde-rancune à domicile ».

A côté de moi se trouvait la fille la plus intelligente, la plus géniale, la plus éblouissante que j’aie jamais rencontrée, l’antidote à tout ce qu’il y avait de pourri dans mon existence.

Mais l’amour est barbant. C’est quelque chose de déjà vu, de banal pour un observateur extérieur. Idem avec le premier amour, qui n’est qu’une version brouillonne et boutonneuse. Shakespeare devait le savoir…

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Un pique-nique presque parfait » de Faith Martin

Je vous parle aujourd’hui de Tome 2 de la série Loveday et Ryder que j’ai pu découvrir grâce à une opération « masse critique » spéciale organisée par Babelio :

Résumé de l’éditeur :

Été 1960. Après une fête de fin d’année organisée par les étudiants de St Bede’s College sur les berges d’une rivière, le corps d’un certain Derek Chadworth est retrouvé flottant dans les eaux de Port Meadow. Et si tous les jeunes gens présents sur les lieux affirment que la mort de Derek est accidentelle, aucun d’entre eux ne peut attester avoir bel et bien aperçu l’étudiant à la fête. Confronté à des témoignages vagues qu’il juge peu crédibles, le Dr Clement Ryder décide d’ouvrir une enquête, assisté de la jeune policière Trudy Loveday, qui entreprend de se faire passer pour une étudiante de St Bede’s College. Trudy arrivera-t-elle à gagner la confiance des élèves et percer le mystère qui entoure la mort du jeune homme le plus populaire de l’université ? Car une chose est sûre : Derek Chadworth n’était pas un étudiant comme les autres…

Ce que j’en pense :

Le corps d’un homme a été retrouvé, flottant dans la rivière à Port Meadows, lors d’un pique-nique bien arrosé. Il s’agit de Derek Chadworth. Parmi les témoins du drame, étrangement, personne n’a rien vu, c’est tout juste si on pense qu’il était là. Tous els témoignages se ressemblent étrangement, comme si les étudiants avaient tous répété leur leçon avant. Il faut dire, que le « chef » est un notable, dont le père est influent…

Le Dr Clement Ryder relève des failles lors des témoignages et obtient qu’une enquête soit ouverte pour déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un meurtre. Il demande au chef de la police de lui adjoindre Trudy Loveday, stagiaire, pour l’aider dans son enquête car il a déjà travaillé avec elle, avec succès, sur une précédente affaire, ce que le chef n’apprécie guère, mais comme il n’apprécie pas que des femmes entrent dans la police, il accepte…

Ce roman propose une enquête intéressante, sur fond de sexisme, nous sommes en 1960, alors les femmes qui travaillent ne sont pas vues d’un bon œil et cela donne des réflexions savoureuses sur le sexisme dans la police, mais aussi sur l’influence des nobles sur ladite police : un coup de fil suffit pour bloquer une enquête pour que le rejeton ne soit pas inquiété !

On se promène avec plaisir dans la campagne anglaise et le duo Loveday et Ryder est plutôt attachant, même si parfois on a l’impression de se retrouver dans un épisode de « Barnaby » ce polar léger, sans hectolitres d’hémoglobine, mais plutôt orienté psycho-sociologique, est intéressant et se consomme sans modération.

Dès que j’ai découvert le livre dans ma boite aux lettres, je me suis précipitée dessus pour le lire, il faut dire que la couverture était alléchante, et en plus, il me permettait de commencer le challenge du « Mois anglais »…

C’est le premier livre de l’auteure que je lis, et j’ai vraiment envie de découvrir le premier opus de ce duo: « Le corbeau d’Oxford »

Un grand merci à Babelio et aux éditions Harper-Collins de m’avoir permis de faire la connaissance de ce duo fort sympathique et de l’auteure que je découvre.

7,5/10

L’auteure :

Faith Martin, également connue sous son véritable nom, Jacquie Walton, est l’auteure de nombreux romans policiers à succès. Née à Oxford et amoureuse de la campagne anglaise, elle situe nombre de ses romans dans le cadre bucolique de la région oxonienne.

Extraits :

Comme souvent avec les polars, j’ai relevé peu de citations, est-ce dû au fait qu’il s’agit d’un polar, ou à l’immersion dans l’action ?

Coroner depuis deux ans, Clement avait appris à lire les jurys aussi clairement que ses livres de médecine autrefois. Quelle que soit l’affaire, il s’était aperçu que tous les jurys présentaient certains points communs.

Par exemple, la majorité des jurés avaient conscience de la responsabilité qui leur incombait, et cela les inquiétait. C’était particulièrement visible dans les cas de suicide, où aucun d’eux ne voulant ajouter à la détresse de la famille endeuillée en s’appesantissant sur les raisons du passage à l’acte de leur proche, ils préféraient inclure dans leur verdict la formule « alors qu’il n’était pas en pleine possession de ses moyens »

Vraiment, la jeunesse d’aujourd’hui avait un comportement extraordinaire. Ils se déplaçaient sur des mobylettes Vespa bruyantes et avaient l’air ridicule avec leurs chaussures pointues et leur cheveux gominés. Elle se réjouissait simplement de n’avoir jamais vécu à Brighton, étant donné les problèmes qu’ils avaient eu là-bas avec les rockers ou Dieu savait quoi…

Lu en juin 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Je sais que tu sais » de Gilly Macmillan

Pour fuir l’intox quotidienne où règne en maître une bestiole microscopique nommée Covid 19, qui entre parenthèses m’a conduit à boycotter les journaux télévisés (une seule exception ARTE journal, court, bien fait sans blablas, j’ai opté pour un polar garanti dépaysant :

Résumé de l’éditeur :

Bristol, 19 août 1996. Les corps de deux enfants assassinés sont retrouvés au petit matin dans un terrain vague. Lorsqu’un nouveau cadavre est découvert sur le même lieu vingt ans plus tard, l’inspecteur Fletcher se voit obligé de replonger dans ses anciens dossiers. Les deux affaires pourraient-elles être liées ? L’enquête a pourtant été résolue par Fletcher lui-même. À moins qu’une erreur n’ait été commise ?

 Pour Cody Swift, jeune homme encore hanté par la mort de ses deux meilleurs amis d’enfance, d’évidentes zones d’ombre persistent. Il lance alors un podcast dans lequel il diffuse les avancées de sa propre enquête, quitte à réveiller chez certains des traumatismes enfouis et des blessures encore vives… Que s’est-il réellement passé en 1996 lors de cette nuit étouffante ? L’homme qui a été envoyé derrière les barreaux à l’époque était-il innocent ? Et si oui, où se trouve le meurtrier aujourd’hui ?

Ce que j’en pense :

Qu’est-ce qui peut arriver de pire en période de confinement que choisir un livre censé apporter la détente, l’évasion : se tromper…

Un crime odieux a donc été commis en août 1996 : on a découvert deux enfants de dix et onze ans odieusement tabassés à mort. L’un des deux est mort dans les bras de l’inspecteur Fletcher, qui est chargé de l’enquête. On pourrait penser que, vue la situation, il aurait à cœur de faire une enquête approfondie, sérieuse or il ne pensa qu’à sa carrière, et se comporte en pourri, manipulant un jeune homme, qui a un retard mental comme on disait à l’époque, de manière à lui faire reconnaître qu’il a fait du mal aux enfants. (dont il était le souffre-douleur attitré !)

Des années plus tard, le « coupable » se suicide en prison  et Cody Swift, qui était l’ami, le copain de jeux et de bêtises de Charlie et Scott (et a échappé à la tuerie,  car il était puni pour avoir déchiré son T-Shirt) décide de faire la lumière et prouver que l’enquête a été menée à charge, et qu’on n’a pas condamné la bonne personne, via une méthode particulière : les podcasts dans lesquels il interroge les personnes qui ont pu avoir un rapport avec le crime : les parents des victimes, les policiers, les gens du quartier…

Évidemment, un autre corps est retrouvé par hasard, pas loin de l’endroit où ont été retrouvé les deux enfants. Et une autre enquête démarre avec un inspecteur Fletcher toujours aussi pourri, qui fricote avec des gens peu recommandables qui ont joué un rôle en 1996.

J’aime assez les flics cabossés par l’existence mais pas les corrompus, alors pourri autant que Fletcher, c’est horripilant, du début à la fin. De toute façon, dans ce roman, c’est celui qui sera plus manipulateur, malfaisant que l’autre, pour preuve le lynchage de Jess, la mère de Charlie, considérée comme une mère indigne ou presque…

De plus, je pense que c’est lié à la version e-book, la mise en page laisse à désirer, et on passe d’une période à l’autre, sans démarcation, ce qui ne facilite pas la lecture.

Mauvaise pioche, alors que je l’avais choisi car Gilly Macmillan connaît un certain succès… et il ne me donne même pas envie de lire « Ne pars pas sans moi », autant regarder une bonne série policière à la TV, même si en période de confinement on nous abreuve de rediffusions…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales Noires (que j’apprécie en général) qui m’ont permis de découvrir l’auteure…

#JeSaisQueTuSais #NetGalleyFrance

4/10

L’auteure :

Gilly Macmillan a grandi à Swindon dans le Wiltshire et en Californie du Nord.

Après des études en histoire de l’art et avoir travaillé pour le Butlington Magazine, elle devient professeur de photographie dans le secondaire.

Puis elle se consacre à l’écriture, publiant, entre autres : « Ne pars pas sans moi », « La fille idéale », « La Nanny »

Extraits :

La perte de mes amis et la culpabilité du survivant sont une sombre douleur avec laquelle je vis depuis cette nuit-là. Je ne suis pas le seul. Si fouiller le passé n’a pas été facile pour moi, il en est de même pour certaines personnes avec lesquelles je me suis entretenu.

Il existait une loi du silence dans la cité ; on protégeait les siens. Ce code n’avait plus de valeur si des enfants étaient impliqués, cependant. Ceux qui s’en prenaient aux enfants étaient les pires des ordures.

Écoutez, quand les choses roulent, la brigade criminelle est le meilleur endroit au monde où travailler mais quand ça ne tourne pas rond, il peut devenir l’endroit le plus isolé sur terre.

Qu’est-ce qu’on fait quand la vie vous a mis K-O ? Est-ce qu’on devient le fantôme de celui qu’on était avant, à jamais hanté, ou bien est-ce qu’on avance et qu’on essaie de se reconstruire en tirant les leçons du passé ? Il est possible de se relever, j’en suis la preuve….

Lu en avril 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars, Romance

« Le dilemme » de B.A. Paris

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi, en accès direct, sur NetGalley, car j’ai lu plusieurs romans des éditions Hugo Thriller. Il s’agit de :

Résumé de l’éditeur :

S’il parle, il la détruit. S’il se tait, il se détruit. Et vous, que feriez-vous ?

Depuis toujours, Livia rêve d’une énorme soirée pour ses 40 ans ; et Adam, son mari, met tout en œuvre pour que la fête soit inoubliable. Il s’organise pour que leur fille Marnie vienne exprès de Hong Kong – ce sera une surprise pour Livia.

Mais quelques heures avant la soirée, Adam apprend que le vol dans lequel se trouvait peut-être Marnie s’est crashé. Est-ce qu’elle avait pu prendre cet avion, sachant que son vol précédent avait décollé en retard et qu’elle pensait ne pas pouvoir attraper sa correspondance ? Adam doit-il en parler à Livia, au risque de l’inquiéter pour rien ? Et pourquoi Livia semble-t-elle soulagée que Marnie ne soit pas là ?

Lorsque la fête commence, chacun devra danser avec ses secrets et ses peurs. Jusqu’à ce que s’ouvre enfin le portillon du jardin et qu’une silhouette s’avance vers les invités…

Ce que j’en pense :

Livia se prépare pour la fête organisée pour ses quarante ans. Cela fait des années qu’elle y pense. Cette fête doit compensée le « grand mariage » dont ses parents l’ont privée quand elle s’est retrouvée enceinte, alors qu’elle avait à peine dix-sept ans. Ils ont coupé définitivement les ponts avec elle depuis vingt ans, mais à chaque anniversaire, chaque fête, elle leur fait signe, espérant un geste en vain de leur part.

Elle s’est souvent sentie abandonnée car peu après son mariage discret avec Adam, celui-ci ne s’est pas comporté en adulte, lui préférant les soirées avec les copains. Il lui arrivait d’être absent plusieurs jours, la laissant seule avec le bébé, Josh, dont il s’est très peu occupé.

Le grand jour est arrivé, tout se met en place. Il y aura une grande absente, leur fille Marnie, qui est de l’autre côté de la planète.

Adam, qui a une relation fusionnelle avec sa fille, tente de s’organiser pour qu’elle soit là, quitte à prendre trois avions pour rentrer, passant par Le Caire. Mais l’avion s’écrase au sol quelques minutes après le décollage. Était-elle à bord ? Pas sûr, son premier avion était en retard.

Le roman alterne les récits de Livia et ceux d’Adam, et l’auteure découpe son histoire heure par heure.

Chacun des deux détient un secret qu’il a décidé de cacher à l’autre : Adam ne veut pas gâcher la fête, alors il décide de se taire et jouer la comédie. Livia sait que Marnie a une liaison amoureuse avec un de leurs amis proches, et décide de n’en parler qu’après la fête.

Je suis passée complètement à côté de ce roman car les personnages sont tellement immatures, et caricaturaux qu’ils m’ont horripilée en permanence : trois ans d’âge mental des deux côtés. Des relations avec les enfants qui ne sont pas saines. En fait tous les deux, surtout Adam sont autocentrés (je suis sympa en choisissant de terme !), et leurs amis sont du même style… pauvre petite fille, abandonnée par papa et maman, qui a rêvé toute sa vie d’un grand mariage, (sont-ce les Windsor qui déclenchent de tels aspirations ?) on s’attend, presque, à voir débouler le prince charmant et la citrouille devenue carrosse…

Je ne connaissais pas l’auteure qui reçoit beaucoup de critiques positives sur les sites littéraires, ce qui m’a donné envie de la découvrir, j’espère que ses autres romans m’inspireront plus, si je décide d’en tenter un autre. Ce roman ayant reçu des critiques dithyrambiques sur NetGalley et sur Babelio, je me suis sentie vraiment une extraterrestre mais j’assume en disant qu’on est dans le genre guimauve, romance… Il est vrai que je venais de refermer un livre sur l’enfance de Louis XIV et que je lisais en parallèle un essai de James Baldwin… j’avais envie d’une lecture légère, j’ai été servie, en matière de légèreté !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thriller (dont j’apprécie plutôt les romans en général, ce qui a d’ailleurs motivé mon choix !) qui m’ont permis de découvrir celui-ci.

#LeDilemme #NetGalleyFrance

4/10

L’auteure :

D’origine franco-irlandaise, B. A. Paris a été élevée en Angleterre avant de partir en France, où elle a notamment créé une école de formation aux langues étrangères et où elle vit aujourd’hui avec son mari et leurs cinq filles. « Derrière les portes », son premier roman, s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde et a été traduit en trente-sept langues. 

 Ensuite, « Défaillances » a été retenu dans la sélection du Prix des lectrices du magazine ELLE en 2017. Depuis sa sortie en mars 2018 en Angleterre puis aux États-Unis, « Dix petites poupées » rencontre à son tour un succès phénoménal.

Extraits :

J’en rêve depuis vingt ans et ce que je déteste le plus, c’est que si j’ai besoin de cette fête, c’est à cause de mes parents. Si j’avais pu avoir le mariage qu’ils m’avaient promis, je ne serais pas obsédée par l’idée d’avoir ma journée exceptionnelle à moi.

En admirant les robes, les gâteaux et les bouquets de mariage, elle me parlait de la cérémonie luxueuse qu’elle et mon père m’offriraient. Mais, quand je suis tombée enceinte, peu de temps après mon dix-septième anniversaire, ils ont coupé tous les ponts avec moi.

Quand on vous prive de quelque chose que vous désirez plus que tout, l’envie ne vous quitte jamais.

Le rejet est une chose à laquelle j’ai dû m’habituer, durant ces premières années avec Adam. Il m’a si souvent abandonnée que c’est un miracle si nous sommes toujours ensemble.

… aucun de nous ne s’imaginait qu’il pouvait nous mentir. Nous étions amis, nous étions une famille. On ne ment pas à sa famille.

Lu en mars 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni

« Les enfants perdus de St Margaret » d’Emily Gunnis

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour son résumé et sa belle couverture :

Résumé de l’éditeur :

 Des lettres bouleversantes. Une jeune femme enfermée. Un mystère à résoudre.

1956. Ivy Jenkins s’apprête à donner naissance à son premier enfant. Mais la société puritaine britannique des années 1950 ne lui permettra pas de profiter de ce bonheur. Abandonnée par son amant, répudiée par sa famille, elle est internée de force à St. Margaret, un couvent pour mères célibataires.  Très rapidement, l’institution la sépare de son bébé. 2017. Samantha Harper, une jeune journaliste, tombe sur des lettres déchirantes qui révèlent les terribles conditions de détention d’Ivy Jenkins à St. Margaret. Au fil de ses recherches, elle découvre une série de morts suspectes. Alors que le couvent est sur le point d’être démoli, il ne lui reste plus que quelques heures pour faire éclater la vérité. Avant qu’elle ne soit ensevelie à jamais…

Un premier roman suffocant, inspiré de faits réels, qui mêle avec brio mystère et suspense. Aussi émouvant que dérangeant, Les Enfants perdus de St. Margaret s’est déjà vendu à plus de 350 000 exemplaires dans le monde.

Ce que j’en pense :

L’histoire débute, en 1956, avec une lettre qu’Ivy est en train d’écrire à Elvira, une petite fille qu’elle a prise sous sa protection à St Margaret, pour lui donner des consignes pour s’échapper. Pour protéger la fuite de l’enfant, elle détourne l’attention sur elle-même et fait le grand plongeon.

Le récit va ensuite se dérouler en alternance sur plusieurs périodes : 1957-59, 1968-69, 1976, 2000 et l’époque actuelle 2017.

En 2017, Sam est journaliste, rubrique « Chiens écrasés », quand elle rédige un article c’est un autre qui signe bien-sûr. Son mariage avec Ben bat de l’aile, et elle retourne vivre avec sa grand-mère Nana et sa fille Emma, âgée de quatre ans. Elle a des horaires de travail compliqués ce qui n’arrange pas la tension dans le couple, surtout Ben se contente de « chercher du travail » …

Sam arrive en retard à l’anniversaire de Nana et la découvre endormie, tenant dans ses mains une lettre signée d’une certaine Ivy, dont l’encre s’est un peu estompée avec le temps, écrite en 1956. Il s’agit d’un appel au secours, car Ivy est enceinte, non mariée et on l’a envoyée accoucher à St Margaret. En faisant des recherches sur Internet elle tombe sur un établissement lugubre.

La mère de Sam, toxicomane est morte jeune, et le grand-père est mort l’année précédente. On comprend assez vite qu’il y a des secrets de famille.

Sam enquête, à l’insu de son chef, sur un institut abandonné depuis longtemps et qui doit être prochainement détruit, pour faire place à un projet immobilier de luxe mais les travaux ont été interrompus car on a découvert le squelette du père Benjamin, porté disparu depuis quelques années. Une présentatrice télé sur le départ, Kitty Cannon a assisté à l’audience concernant ce décès classé accidentel.

Emily Gunnis nous raconte ainsi l’histoire de ce lieu sinistre où l’on envoyait accoucher les jeunes mères célibataires, qui étaient une honte pour leur famille. Elles étaient prises en charge par des religieuses catholiques, qui les traitaient en esclaves, les tuant au travail jusqu’à la veille de leur accouchement, les nourrissant à peine d’une soupe style brouet clair digne de Dachau. Elles étaient là pour souffrir et expier leurs fautes !

Elles ne recevaient aucune aide pour accoucher, cela durait des heures et on les laissait avec le minimum de soins avec une mortalité maternelle et infantile importante, sans oublier les malformations dues aux conditions d’accouchement.

Le père Benjamin avec la complicité d’un médecin, s’occupait de débarrasser les familles « du problème » moyennant finance et les filles devaient rembourser en trimant… Et, bien-sûr, on leur enlevait leur enfant dès la naissance, en les obligeant à signer les formalités d’adoption. Si elles se révoltaient, elles étaient punies…

On se croirait dans l’univers de Dickens ou de Balzac, mais ceci se passait il n’y a pas si longtemps, dans les années 50-60. Et il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps les femmes mourraient en couches, c’est ce qui est arrivée à ma grand-mère paternelle, en 1924, et cela a laissé beaucoup de souffrance dans notre famille, je peux vous l’assurer.

J’ai lu ce roman d’une traite, comme un polar, malgré le sujet douloureux, car le sinistre institut n’existe pas en réalité, mais l’auteure l’a créé en rassemblant une énorme documentation sur les établissements de ce genre qui ont existé surtout dans la très catholique Irlande mais aussi au Royaume Uni. Il s’y est passé des choses sordides que je vous laisse découvrir et qui vont traumatiser les enfants sur plusieurs générations, car l’adoption n’est jamais un long fleuve tranquille. Le poids des secrets, les répétitions des scenarii de vie peuvent conduire à des actes qu’on peut imaginer…

 C’est le premier roman d’Emily Gunnis et c’est une réussite car elle a su utiliser des faits ayant vraiment existé pour bâtir une fiction bien maîtrisée et tient ainsi le lecteur en haleine tout au long de son livre. Elle nous donne une série d’ouvrages traitant de ce sujet qui n’ont, pour la plupart, pas été traduits.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LesEnfantsperdusdeStMargaret #NetGalleyFrance

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L’auteure :

Diplômée de journalisme, Emily Gunnis a longtemps travaillé pour la télévision avant d’écrire son premier roman. Elle vit aujourd’hui à Brighton.

« Les enfants perdus de St Margaret » est son premier roman.

Extraits :

Ivy ouvrit la fenêtre grâce à l’une des clés de sœur Angelica. Elle baissa les yeux vers le sol si lointain et elle imagina Elvira en train de fuir dans les tunnels pour disparaître dans la nuit. Au moment où sœur Faith allait l’atteindre, elle déploya les bras et sauta.

Quand on perd quelqu’un, on croit qu’on va juste regretter ses bons côtés, mais c’est faux. En fait, on regrette tout. Le bon et le mauvais.

Ma sœur, serait-il possible que je travaille à la cuisine cet après-midi ? J’ai des contractions atroces.

— Non, ce n’est pas possible. Tu ne vas pas accoucher aujourd’hui, c’est trop tôt. Remets-toi au travail !

Ivy s’était traînée jusqu’à son poste. Tous les regards étaient sur elle, mais personne n’osait dire un mot. À l’heure du dîner, elle ne tenait plus debout. Les autres filles étaient parties et mère Carlin et sœur Edith étaient venues la toiser alors qu’elle était recroquevillée par terre dans un coin, se serrant le ventre et pleurant de souffrance.

Arrête cette comédie et va donc à l’infirmerie, mon enfant. Dépêche-toi, avait dit mère Carlin.

Je croyais que ces douleurs abominables étaient l’annonce que notre bébé ne survivrait pas. Plusieurs sœurs sont passées, me disant de rester tranquille, d’arrêter de faire autant de bruit, que c’était le châtiment pour mes péchés de chair. J’essayais d’être brave, mais avec cette douleur, c’était impossible. J’appelais maman, papa, toi. Personne ne venait.

Lu en mars 2020

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Témoignage

« A l’ombre du baobab » d’Alexandra Fuller

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai eu la chance de lire en avant-première car il sortira début février :

 

 

Résumé de l’éditeur:

 

C’était dans la petite ferme piscicole et bananière d’une chaude vallée qu’ils s’étaient enfin fixés, après des décennies d’errance en Afrique australe et centrale, séduits par la forêt de mopanes, les étangs à poissons dominés par les baobabs à l’écorce rose-argent, et le large fleuve Zambèze coulant paresseusement vers le sud.

Ainsi vivait Tim Fuller, un mouton noir anglais qui s’est exilé en Afrique où il s’est battu lors de la guerre du Bush rhodésienne avant de s’établir en Zambie avec sa famille. Maintenant qu’il n’est plus, l’autrice et sa mère dispersent ses cendres au pied des baobabs qui règnent sur leur propriété et affrontent son absence écrasante. Le résultat est un récit débordant de joie, de vitalité et de résilience dans lequel Alexandra Fuller intériorise les leçons de son père et célèbre la mémoire d’un homme qui dévorait la vie à pleines dents.

  Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch

 

 

Ce que j’en pense :

 

L’histoire commence à Budapest, où Tim Fuller a emmené en vacances sa femme Nicola, et sa fille Bobo alias Al-Bo alias Alexandra. Mais tout ne se passe pas comme prévu, il doit être hospitalisé et cela ne se terminera pas très bien. Comment gérer la mort, à l’Étranger, quand on a des papiers un peu « limite », comment rapatrier le corps, l’incinération….

Il faut s’organiser dans une ville qu’elles ne connaissent et dont elles ne parlent pas la langue, et sont confrontées aux migrants, à leur grande surprise.

C’est Al-Bo qui est obligée de prendre les choses en mains, sur le plan administratif, car Nicola réagit de manière bizarre, comme infantilisée par la perte.

A cette occasion, les souvenirs remontent en surface, et on retrace ainsi l’histoire familiale : Nicola est née au Kenya. Tim est originaire du Royaume Uni, qu’il a quitté dès que cela a été possible, car il s’y sentait à l’étroit, coincé sur cette île, avec quatre sœurs qui sont des épouvantails. Pour elles, il sera toujours Tim le SDF, Tim qui a tout perdu etc.

On se retrouve ainsi en Afrique australe, dans la partie qu’on appelait autrefois la Rhodésie, dans l’ex-empire colonial britanniques. Donc, ils vont subir la guerre, les rebelles noirs soutenus par certains pays tels la Corée, les Blancs par d’autres états, chacun ne voyant que ses propres intérêts. En fait, je résume mais c’est plus compliqué, car  il y a plusieurs « Chimurenga » : guerres entre Blancs et Noirs pour le contrôle du pays …

Un jour, il faut se rendre à l’évidence, la guerre est perdue ce qui anéantit Nicola… la Rhodésie devient alors le Zimbabwe, et les premières élections démocratiques ont changé sa vie à tout jamais.

« Lorsque les résultats de la première élection démocratique de Rhodésie avaient été annoncés à la radio, son visage s’était empreint de désespoir. « Tu ne comprends pas, Bobo. Nous avons tout perdu. Tout. » Il est possible qu’elle ait aussi perdu l’esprit ce jour-là »

Tim a toujours été nomade, ne s’attachant pas au matériel, il a ainsi parcouru une bonne partie de l’Afrique Australe, construisant une ferme, puis la laissant pour tout recommencer ailleurs. Jusqu’au jour où Nicola décide de faire grève et obtient qu’ils se fixent enfin, sur une terre belle mais hostile, en Zambie. De « Tim le SDF », il devient « Tim du No man’s land » fondera une famille, avec deux filles Vanessa et Al-Bo, mais trois autres enfants mourront en bas âge …

Au début, je redoutais une romance, style « Autant en emporte le vent » avec la nostalgie de l’Empire, le racisme (« certains sont supérieurs, d’autres inférieurs » c’est comme cela que Nicola voit les choses).

En fait, Alexandra Fuller, la narratrice qui se cache derrière Al-Bo, raconte le couple formé par ses parents, ce qui fait qu’un couple tient dans la durée, alors que d’autres divorcent. Elle évoque aussi ce que devient celui qui reste, comment il réagit, surtout qu’ici, il s’agit d’un couple fusionnel, où les enfants occupent une place compliquée, entre les meutes de chiens, et tous les animaux pittoresques, serpents venimeux ou non, singes…

« Quand nous étions enfants, ils semblaient surtout absorbés par la densité de leur propre monde. Ce n’étaient pas des parents protecteurs ; ils nous permettaient de les suivre, mais pas de les approcher. »

L’auteure pose une autre question : que devient une fratrie, après le décès d’un père ? est-ce que la relation se renforce ?  Ou au contraire, se distend-elle ?

Toute la réflexion autour de l’urne funéraire, du choix au retour en avion, mais également : comment être sûr que la personne qui « l’occupe » est la bonne »? et que doit-on en faire ensuite? Tout cela est abordé de manière directe et, assez souvent, avec beaucoup d’humour.

On a une excellente réflexion sur la mort, le deuil, la souffrance. On trouve, notamment, de très belles phrases sur le chagrin… D’habitude, je ne suis pas trop fan d’autofiction, mais dans ce livre, on est plus dans le témoignage, ce qui explique qu’il m’avait une chance de me plaire…

J’ai lu très peu de romans sur l’AfrIque, (j’ai bien-sûr pensé à « Une ferme africaine » de Karen Blixen que j’ai beaucoup aimé, mais on n’est pas dans le même registre!) et je suis absolument nulle en géographie africaine, donc ce roman m’a permis d’apprendre pas mal de choses et de faire un beau voyage, grâce à cette famille assez pathologique….

Un grand merci à NetGalley et aux éditions J. C. Lattès qui m’ont permis de découvrir ce livre en avant-première puisque la sortie est prévue le 5 février prochain.

 

#Alombredubaobab #NetGalleyFrance

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L’auteure :

 

Alexandra Fuller, née en Angleterre, a grandi en Rhodésie (Zimbabwe) et en Zambie. Elle est l’auteur de cinq livres, traduits dans une dizaine de pays, et a signé de nombreux articles pour The New YorkerGranta, New York Times Book ReviewFinancial TimesVogue et National Geographic.

Ses deux volumes de mémoires, « Larmes de pierre » et « L’Arbre de l’oubli » ont figuré parmi les meilleurs livres de l’année du New York Times, qui compare l’auteur à Karen Blixen, Doris Lessing et Nadine Gordimer.

Son portrait du jeune roughneck qui travaillait sur des forages pétroliers du Wyoming, « Une vie de cowboy », a valu à Alexandra Fuller d’être comparée à Kessel, Kerouac et Conrad par le Figaro Magazine.

Elle a emménagé dans le Wyoming en 1994 et est mère de trois enfants.

 

Extraits

 

Comme l’amour, la guerre est une affaire sanglante quand elle survient, et un vrai gâchis, une fois terminée ; mais avec un certain recul, on peut considérer l’un ou l’autre, et ne voir que la gloire, ou seulement la douleur.

 

La tristesse, le gâchis et l’iniquité de la guerre mettent des décennies à s’évacuer d’un lieu et de la mémoire d’un peuple.

 

Papa n’avait rien de commun avec le vieil Anglais agonisant typique, pâle et malléable, au teint préservé du rayonnement des ultraviolets. Cinquante ans de coups de soleil, cinquante ans passés à endurer les brûlures. Il ressemblait exactement à ce qu’il était : un fermier bananier de la vallée du Zambèze, en Zambie.

 

Nous fumions quand nous étions fatigués, affamés, ou anxieux. « Quelqu’un a envie d’un en-cas pour le poumon ? »

 

Il y a – en principe – un mouton noir dans chaque famille convenable. Et des tantes, du moins il y en avait autrefois. Papa en avait cinq ; une derrière chaque rocher d’Angleterre, se plaignait-il. « Tim Fuller est parti en Afrique et il a tout perdu », s’étaient lamentées les tantes. Ce n’était pas ce qu’elles avaient espéré ; ni ce qu’il leur avait laissé espérer. Il avait bien ri.

 

Il y avait toujours – c’est encore vrai à présent – la question des origines ; un concept si britannique qu’il s’enracina, se nicha et suppura partout où s’implantaient les Anglais.

 

Au contraire du passé et de la mort, le chagrin n’est pas un autre pays, mais un endroit entre les pays, un circuit d’attente, un purgatoire.

 

C’est donc ça le chagrin, pensai-je. Le temps volé, sans cesse et pour toujours.

 

On ne peut pas prévoir la mort parfaite, ou plutôt si, mais il est impossible d’anticiper le contrecoup idéal de la disparition d’un être aimé. Le choc en est toujours inédit, toujours, chaque fois le chagrin trouve un nouveau tunnel pour accéder à nos cœurs.

 

Je me rappelle avoir pensé alors que mon père ne pouvait pas passer l’arme à gauche. Ou bien il mourrait un jour, bien sûr, tout le monde meurt, mais il prendrait la forme d’un arbre. Il resterait debout, projetant son ombre fraîche sur nous les jours de canicule, nous procurant du combustible pour nous chauffer avec ses branches cassées les nuits froides…

 

Rien ne vous prépare à l’obscurité soudaine d’une nuit d’Afrique australe, même si vous n’avez jamais rien connu d’autre. La lumière donne l’impression d’avoir été étouffée, au lieu de se glisser doucement derrière l’horizon. Mais ce bond entre un ciel éclatant et la nuit annonce la fin. Je veux dire une fin définitive.

 

Mais mon père semblait avoir renoncé à lutter contre la perte, et se réjouir de l’opportunité de tout laisser derrière lui une fois de plus. Cela avait dû lui demander quelques sacrifices, bien qu’il eût choisi de vivre dans un pays où un titre de propriété ne vous garantissait pas l’accès à une terre ; un fusil ne suffisait pas non plus à vous garder la vie sauve. « La seule garantie, c’est qu’à la fin tu perdras tout quoi qu’il arrive », disait papa.

 

Et brusquement je découvris leur mariage, non pas la mésaventure exubérante et grandiose en Afrique de l’Est et du Sud, pleine d’amour, de racisme et de tragédie, que j’avais imaginée jusqu’à ce jour, mais une routine confortable comme un vêtement usagé, qu’on porte sans y penser pendant des années, avec ses défauts et ses accrocs. Dans l’incertitude des premiers temps, à travers leurs petites victoires et leurs grandes pertes, ils étaient restés une constante l’un pour l’autre.

 

Maman est ingérable. Élevée comme un pur-sang, sur-éduquée et sous-scolarisée, elle n’a jamais reçu d’ordre de personne. Elle n’allait pas commencer maintenant à obéir à ses deux filles. La seule personne qu’elle eût jamais écoutée était papa, surtout parce qu’il ne lui demandait jamais de faire quoi que ce soit.

 

Elle n’est pas consumée par la vie comme l’était mon père ; au lieu de cela elle la dévore, elle la consume elle-même. Elle essaie tout ce que la vie peut lui offrir, mais avec délice, lentement, de façon méthodique.

 

Chaque fille vit la mort de son père comme si elle était seule au monde, et lui le seul père. Et pour chacune des filles, un père concentre une série de faits précis, une série d’événements particuliers. Penser à lui différemment, le voir à travers les yeux de quelqu’un d’autre, est ressenti comme une trahison.

Il avait été un père pour moi, et un autre pour elle.

 

Même après des années d’un travail de mémoire approfondi, il faudrait aux vivants, pour pleurer les morts causées par ces tragédies, plus de temps qu’il ne leur en restait. Pourtant, ceux qui négligent de faire le deuil oublient. Chacun sait que ces gens-là sont condamnés à répéter le passé ; c’est aussi le cas de ceux qui optent pour le déni, retournant le passé comme des ossements dans un champ.

 

C’est éprouvant pour un homme de savoir qu’il y a des limites importantes et incontournables à ce qu’il peut faire, mais aucune limite à ce qu’on pourrait lui imposer.

 

Vanessa et moi ne serions jamais des héritières …

… Nous étions les orphelins assassinés et meurtriers de l’Empire, les vestiges récalcitrants d’un peuple brièvement rassasié ; nous étions la demi-vie de notre violence suprémaciste blanche, le contrecoup du colonialisme.

 

C’était notre héritage, à Vanessa et à moi. Si nous ne recevions rien d’autre de nos parents, nous savions affronter la tourmente. Ils nous avaient montré comment ; nous les avions vus faire encore et encore, ce n’était pas une musique facile ; mes parents avaient vécu toute leur vie sans tenir compte des règles. Ils avaient payé leurs erreurs historiques à une échelle cosmique, et malgré cela ils avaient résisté.

 

Le chagrin fait un mauvais usage de vos émotions, il vous pousse à tendre une oreille attentive, il vous transforme en suppliante. À la fin, le chagrin vous contraint à devenir son humble servante.

 

Lu en janvier 2020

 

 

 

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Romance

« Les fjords de Santorin » de Nick Alexander

Je vous parle aujourd’hui du premier livre que j’ai lu après avoir quitté les bras de Morphée avec :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Une mère, sa fille, une île, un secret.

Pour Becky, son père n’est pas seulement absent : il est un mystère, un trou béant dans son passé… et un sujet tabou avec sa mère, Laura. Quand cette dernière décide sur un coup de tête de s’envoler pour la Grèce, Becky choisit de l’accompagner, bien décidée à se rapprocher d’elle – et de la vérité.

Pendant leur voyage vers la magnifique île de Santorin, il devient vite évident que le choix de destination n’est pas aussi anodin que le pensait Becky. Laura lui cache quelque chose depuis toujours, et elle est déjà venue ici.

Mais le souvenir de ce premier voyage est teinté de douleur et de secrets enfouis depuis vingt-cinq ans. Alors que la vérité éclate au grand jour, mère et fille pourront-elles enfin enterrer les fantômes de leur passé et trouver le bonheur auquel elles aspirent ?

 

Ce que j’en pense:

 

J’ai choisi ce roman car j’ai une attirance particulière pour les secrets de famille et en sachant que ce serait une lecture facile donc appropriée à la situation.

Roman choral (j’aime aussi ce genre !) où alternent l’histoire de Becky, jeune femme née de père inconnu, dont sa mère n’a jamais voulu parler et l’histoire de Laura en 1994 qui fait la connaissance de Conor lors d’une rave et part avec lui en vacances à Santorin, peu de temps après leur rencontre.

Becky sait seulement qu’elle a été conçue à Santorin et que son père y est décédé dans un accident. Elle décide d’accompagner sa mère dans cette île pour en apprendre davantage.

On comprend très vite le lien entre les deux femmes et les deux histoires, étant donné que l’auteur nous donne leurs prénoms d’emblée…

C’était tentant de découvrir la manière dont un homme peut raconter le destin de ces deux femmes, la violence, l’alcool etc.

C’était le roman parfait à lire lorsqu’on émerge d’une anesthésie générale, donc encore un peu shootée et qu’on est bloquée au lit. Mais les romances, ce n’est vraiment pas mon truc et les ficelles étaient trop grosses…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Amazon Publishing Francequi m’ont permis de lire ce roman.

 

#LesFjordsDeSantorin #NetGalleyFrance

Fausse manip: j’ai oublié une étape pour publier ma chronique… La reprise est dure, debout devant l’ordinateur, heureusement les résumés étaient faits d’avance…

 

 

L’auteur

 

Né au Royaume-Uni en 1964, Nick Alexander a beaucoup voyagé. Il a vécu et travaillé dans son pays natal puis aux États-Unis avant de s’installer en France où il réside actuellement. Il est l’auteur de À la recherche du petit ami insaisissable, La Femme du photographe, L’Autre Fils, Une bouteille de larmes et Quand on n’a que l’amour. Les Fjords de Santorin est son quinzième roman. Nick vit dans les Alpes du Sud avec son compagnon, quatre chats adorables et trois truites.

 

 

Lu en novembre 2019

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Mensonge » de J.P. Delaney

Je vous propose aujourd’hui un détour par le polar avec ce livre assez atypique:

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

« Un thriller sombre et obsédant… Une superbe évocation des émotions contradictoires qui hantent tout un chacun. » Daily Mail

Claire, étudiante anglaise en art dramatique, finance ses études d’une manière peu conventionnel e : elle flirte, pour le compte d’un cabinet d’avocats spécialisé dans les divorces, avec des hommes mariés suspectés d’infidélité. Lorsque la femme de l’un d’entre eux est retrouvée morte, tout change… La police exige de Claire qu’elle utilise ses talents d’actrice pour faire avouer le mari. Dès le début, elle n’est cependant pas sûre du rôle qu’elle doit jouer dans cette mise en scène mensongère, mais elle ne veut pas non plus que les enquêteurs la questionnent sur la nuit du meurtre. Bientôt, Claire se rend compte qu’elle est en train de jouer le rôle le plus mortel de sa vie…

 

 

Ce que j’en pense

 

Le rideau s’ouvre sur une chambre d’hôtel, dans laquelle une personne est allongée sur le lit, un drap sur la tête. La femme de ménage soulève de drap et découvre une femme morte avec des traces de violence…

Ensuite, pleins feux sur Claire Wright, jeune comédienne au passé douloureux, orpheline, ayant vécu chez familles d’accueil nombreuses et variées. Elle a été contrainte de fuir Londres, où elle commençait à avoir un certain succès au théâtre, après une histoire d’amour avec un comédien marié, tordu pour lequel coucher avec ses partenaires ne compte, pas, cela fait partie du « packaging ».

Elle suit les cours de Paul, dans une école d’art dramatique, reconnue mais chère, alors pour payer le loyer, elle se fait embauchée par un cabinet d’avocats, pour jouer la comédie et piéger les hommes dans des situations d’adultère.

Un jour, une femme lui demande de tendre un piège à son mari, elle l’aborde dans un bar, alors qu’il a, à côté de lui, un exemplaire des fleurs du mal. Le piège ne fonctionne pas et surtout la femme est retrouvée morte, assassinée.

Qui est le coupable ? Tout l’entourage est soupçonné : Claire, Patrick le mari, Henry l’avocat qui l’a engagé, ou s’agit-il d’un simple voleur ?

La police, avec l’inspecteur Durban et une psy criminologue, Kathryn , vont faire appel à ses talents de comédienne pour démasquer Patrick, le mari… Claire ayant du mal à voir le mari comme un pervers…

J.P. Delaney multiplie les fausses pistes, avec un autre personnage principal : Baudelaire, dont le recueil « Les fleurs du mal » est omniprésent dans l’esprit délirant psychopathe du tueur. Je me suis promenée avec plaisir, (volupté ?), du côté de la Vénus blanche Apollonie et de la Venus noire, Jeanne la maîtresse du poète, j’ai relu des poèmes que je ne connaissais pas ou que j’avais oubliés et l’auteur a rafraîchi ma mémoire avec les démêlés de Baudelaire avec la justice…

La réflexion de l’auteur sur le mensonge est très intéressante, ainsi que la manière dont il suggère que les comédiens jouent un rôle à la scène et continuent à jouer dans la vie, avec une notion très floue des limites parfois ou également, la limite, tout aussi floue, avec la personnalité histrionique … de plus, pour rester dans le domaine du théâtre, Patrick crée une pièce sur les rapports de Baudelaire et ses Venus…

Parfois, j’ai perdu de vue la trame policière, ce qui est un comble quand on lit un polar !!!! on s’immerge dans le darknet avec les amateurs de sadomasochisme, une manière de plus de promener le lecteur.

Donc, j’ai aimé, mais j’attendais plus, je le reconnais, même si la chute est inattendue, car à force de mélanger les genres, le suspense n’est plus là…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir un auteur original.

 

#Mensonges #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

J.P. Delaney est le pseudonyme d’un écrivain qui a écrit plusieurs romans à succès sous d’autres noms.

Son premier thriller psychologique, « La Fille d’avant », paru en 2017 aux Éditions Mazarine, a été un succès et phénomène mondial avec des millions d’exemplaires vendus.

 

Extraits

 

Il s’agit de s’immerger dans la vérité émotionnelle d’un personnage, jusqu’à ce qu’elle devienne une partie de vous-même.

Dans les écoles d’art dramatique new-yorkaises, on ne vous apprend pas à jouer. On vous apprend à devenir.

 

Quand vous avez grandi dans des familles d’accueil, vous avez une certaine expérience de la vie. Mais vous avez besoin d’aimer et d’être aimé. Et, c’était l’homme le plus beau que j’avais jamais rencontré, le plus passionné, le plus romantique. Capable de réciter les monologues amoureux de Shakespeare comme s’ils avaient été écrits pour lui.

Moralité : Ne jamais tomber amoureux d’une personne qui préfère prononcer les paroles de quelqu’un d’autre.

 

Un des exercices que nous impose Paul consiste à parcourir les rues de New-York dans la peau de notre personnage, et à adresser la parole à de parfaits inconnus. Quand vous avez fait ça plusieurs fois, vous avez le cuir tanné.

 

Le sado-masochisme est une chose très intéressante, d’ailleurs. Pourquoi est-ce devenu à la mode ? …

… Il se peut que cette déviance soit simplement le revers du libertarisme. A partir du moment où les gens pensent qu’ils ont l’endroit de rechercher le plaisir aux dépens des normes sociales, vous vous retrouvez avec un certain nombre d’individus, restreint mais grandissant, en marge, qui ne comprennent pas pourquoi ils ne pourraient pas assouvir leurs instincts les plus sombres et les plus prédateurs.

 

Le sexe peut être un test pour n’importe quelle relation. Ainsi que l’a dit Flaubert, l’ami de Baudelaire : il ne faut pas toucher aux idoles, la dorure en reste sur les mains.

 

Il (le TPH : Trouble de la Personnalité Histrionique) se caractérise par une recherche constante de l’approbation, l’impulsivité, le besoin permanent de séduire les autres, les comportements sexuels à risque, la versatilité, le goût de la manipulation, la recherche de l’excitation, la peur de l’abandon et une tendance à déformer, à ignorer ou à mal interpréter la réalité.

 

Ça arrive tout le temps avec les comédiens. Ils tombent amoureux de leur partenaire. On appelle ça des « Showmances » . C’est du toc. Disons que ça m’arrive plus souvent qu’à d’autres.

CHALLENGE 1% 2019 

 

Lu en septembre 2019