Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature italienne

« La liberté au pied des oliviers » de Rosa Ventrella

Petit détour par l’Italie, aujourd’hui, avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

Dans le sud de l’Italie, deux fillettes grandissent à la merci des sursauts de l’histoire et des injustices liées à leur condition.

Teresa et Angelina sont deux sœurs que tout oppose : Teresa est délicate et silencieuse tandis qu’Angelina, sa sœur cadette, est impertinente et curieuse. Toutes deux grandissent dans l’Italie des années 1940, au cœur des Pouilles, entourées de leur père et de leur mère Caterina, à la beauté incomparable.

Lorsque leur père part à la guerre, leur mère comprend que cette beauté sera sa principale arme pour subvenir à leurs besoins. Elle cède alors à un terrible compromis, sans savoir que celui-ci viendra réveiller la malalegna : ce bavardage incessant et empoisonné des commères, véritable malédiction qui tourmente le village depuis la nuit des temps. Le concert de chuchotements qui serpente de porte en porte se propagera alors jusqu’à atteindre ses filles, Teresa et Angelina, déterminant à jamais leur destin.

Ce que j’en pense :

Dans les années 40, on suit l’histoire de deux petites filles, deux sœurs qui grandissent dans les Pouilles, dans une famille pauvre, alors que leur père est parti à la guerre. La misère règne, il faut bien trouver à manger pour survivre. Un jour, les Sbires de Mussolini viennent réquisitionner les casseroles, les bijoux, pour les fondre pour l’armée. Le baron Fortuné, qui règne sur la région, les empêche de s’en prendre à Caterina, la mère des fillettes. Mais cela a un prix, elle doit devenir sa maîtresse et dans ce village où règnent la calomnie, les langues de vipère, l’espionnite , la réputation de la belle Caterina va être mise à mal : « c’est la pute du baron ».

Tout semble rentrer dans l’ordre, au retour de son époux Nardo, mais il est revenu traumatisé par la guerre.

Rosa Ventrella nous dépeint l’Italie de cette période, où les pauvres triment alors que les propriétaires ne s’occupent pas de leurs terres, mais refusent que les paysans veuillent tenter d’en cultiver quelques mètres-carrés pour ne pas crever de faim, et n’hésitent pas à maltraiter, tuer ceux qui oseraient… Elle fait une assez belle critique de la société de l’époque, où les femmes obéissent, tiennent la maison avec des moyens rudimentaires, tout le monde dort dans la même pièce, il faut tout laver à la main, les vêtements sont faits pour être utiles, couvrir le corps, on est aux antipodes de la société de consommation !

Les deux sœurs sont pratiquement l’opposé l’une de l’autre: l’aînée Teresa est blonde aux yeux bleus timide, parfois jusqu’au bégaiement, alors que la plus jeune, Angelina est brune, très belle comme sa mère, ce qui ne peut aller de paire qu’avec malédiction, drame…

J’ai pris du plaisir à lire ce roman, mais je suis restée sur ma faim, j’ai trouvé que l’auteure ne creusait pas assez alors qu’elle avait un sujet en or. J’ai beaucoup pensé à « L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante, car il y a beaucoup similitude : deux sœurs au lieu de deux amies, mais la méchante et la gentille, l’amour entre elles est aussi teinté de jalousie, parfois de haine… et, de la même manière, il y a un peu trop de romance à mon goût

Bref, ça finit par ronronner ! Mais l’avantage, il faut le reconnaître, c’est que cette lecture est sympathique, agréable pour les vacances et cette famille est attachante…

J’ai beaucoup aimé « Une famille comme il faut », le premier roman de Rosa Ventrella donc j’attendais plus de celui-ci.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteure.

#Lalibertéaupieddesoliviers #NetGalleyFrance

7/10

Extraits :

La médisance était partout et poursuivait ma mère, qui devait l’esquiver à chaque pas : elle se glissait dans les ruelles, dans l’escalier en colimaçon tordu qui menait à la place, elle se cognait contre les bonbonnes d’huile devant « lu trappetu », le pressoir, elle entrait dans les yeux des ânes attelée aux charrettes de fruits, elle contaminait le vendeur de sardines, le boulanger, le vendeur de fruits et légumes, les commères sur le pas de leur porte…

Mamie Assunta disait que la beauté de notre mère était une malédiction de notre famille. Une condamnation dont allait hériter ma sœur.

Je restai un moment immobile, le dos voûté, les yeux rivés au sol, puis je me levai, hésitante. Parler devant eux me mettait dans l’embarras, je sentais une pulsation dans ma joue gauche. Toute ma vie, ce signe annoncerait le malaise, exprimerait l’inadéquation de mon corps.

Toutes les choses ont leur saison.la saison des fruits et celles des semences, celle du bien et celle du mal. La saison de la vie et celle de la mort…

…Dans la vie, chaque chose a son moment et (que) même si là on est tristes et on se sent seules, ça ne durera pas toujours. Les bonnes saisons et les mauvaises saisons. Le blanc et le noir.

Quand Marie-Madeleine embrassa les pieds du Christ, des gouttes de sang coulèrent. De ces gouttes saintes, sont nées les anémones, les fleurs du vent. Parce qu’après le sang, il y a la vie. Après la douleur, il y a l’espoir.

Plus les enfants grandissaient, plus leurs parents s’inquiétaient pour eux. Les lois qui régissaient nos vies obéissaient à une temporalité terrible, qui ne laissait aucun répit. Dans le fond, je l’avais toujours su. C’était peut-être la raison de mon bégaiement:je n’étais pas certaine de saisir les bons mots, parce qu’il n’y avait pas de bons mots… Dans un quartier où les gens s’épuisaient en conjectures, en critiques et en échecs, le silence calibré constituait la meilleure des armures.

Le temps nous change mais n’efface pas, tout au plus il ajoute des strates sur les couches existantes.

A cette époque je ne croyais pas au destin, j’étais convaincue à ma façon que nous étions les artisans de notre avenir, mais aujourd’hui je pense que nous n’avons pas ce pouvoir. Nous pouvons seulement décider comment faire face aux événements.

Je savais bien que papa n’agissait pas ainsi par méchanceté ; au fond de son cœur, il était convaincu que la vie devait être ainsi et que changer son destin avait un peu la même conséquence que tricher aux cartes : on restait inachevé. Un poulain qui ne devient jamais cheval, une graine qui ne devient jamais arbre, un corps sans racines.

Je n’ai jamais pu prononcer à voix haute ce genre de phrases, je n’ai jamais dit à mon père que je l’aimais, ni à ma mère. J’ai grandi à une époque où l’amour ne devait pas être dit.

Lu en août 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature islandaise, Polars

« La dame de Reykjavik » de Ragnar Jonasson

Pour rester dans le cadre du challenge « Tour du monde de l’été », ou comment voyager par temps de COVID, distanciation, je me suis plongée dans un polar islandais :

Résumé de l’éditeur :

« L’inspectrice islandaise Hulda Hermannsdottir est la meilleure héroïne tragique que nous avons lue depuis longtemps.  » The Times

Hulda a tout donné à sa carrière. Mais en faisant toujours cavalier seul. Elle a beau être une des meilleures enquêtrices du poste de police de Reykjavík, à soixante-quatre ans, sa direction la pousse vers la sortie.

La perspective de la retraite l’affole. Tout ce temps et cette solitude qui s’offrent à elle, c’est la porte ouverte aux vieux démons et aux secrets tragiques qu’elle refoule depuis toujours. Et ses échappées dans la magnificence des paysages islandais, pour respirer à plein poumons la sauvagerie de son île, ne suffiront plus, cette fois.

Alors, comme une dernière faveur, elle demande à son patron de rouvrir une affaire non résolue. Elle n’a que quinze jours devant elle. Mais l’enquête sur la mort d’Elena, une jeune russe demandeuse d’asile, bâclée par un de ses collègues, va s’avérer bien plus complexe et risquée que prévu. Hulda a-t-elle vraiment pesé tous les risques ?

Ce que j’en pense :

Hulda Hermannsdottir est convoquée dans le bureau de son chef Magnus qui lui signifie brutalement sa mise à la retraite, car un jeune loup brillant a été choisi pour prendre son poste. Elle est âgée de soixante-quatre ans et des poussières, et on aurait bien pu la laisser tranquillement travailler jusqu’au bout.

Elle prend cela très mal, notamment la manière dont on la propulse à la porte, alors qu’elle a toujours bien travaillé, pointilleuse dans ses enquêtes, mais c’est une femme, dans un milieu où le machisme règne en maître, où elle subit depuis longtemps les railleries de ses collègues masculins qui ne se gênent même pas à faire des remarques devant elle. Elle est veuve, sa vie a été compliquée, mais comme elle s’est isolée pour pouvoir résister, on l’accuse de travailler en solo, de n’avoir aucun sens du travail en équipe !

Pour faire passer la pilule, Magnus lui dit qu’elle peut aller déterrer un « cold case » et reprendre l’enquête pour la faire aboutir. Elle choisit d’enquêter sur la disparition d’Elena, jeune Russe en attente dé régularisation, que l’on a retrouvée noyée, et l’inspecteur de l’époque, atteint d’hypertrichose palmaire aigüe, comme toujours, a classé le dossier, sans se donner la peine de creuser, affirmant que c’était un suicide.

L’auteur entretient le suspense en alternant le présent et des évènements antérieures, parfois même très antérieurs) nous racontant l’histoire d’une jeune femme qui s’est retrouvée enceinte après avoir eu une aventure avec un soldat américain, au grand dam de ses parents qui vont tout faire pour la pousser à abandonner le bébé, une petite fille.

Un autre récit vient s’encastrer dans l’histoire : une jeune femme part faire une ballade en montagne, avec un homme en qui elle semble avoir confiance, affrontant une tempête de neige, doudounes, piolets, sac de couchage…

Ce roman m’a plu, j’ai passé un bon moment, car j’ai éprouvé d’emblée beaucoup d’empathie pour Hulda, la manière exécrable dont elle est traitée, dans cet univers machiste, et ces collègues tellement avide de prendre du galon qu’ils en ont « les dents qui rayent le parquet ».

 Sa manière de mener l’enquête, avec obstination, notant chaque détail, allant à la rencontre des gens qui ont pu côtoyer Elena, la difficulté d’obtenir une régularisation, pour ne pas être renvoyée dans son pays d’origine, dans un pays dont on ne connait pas la langue…

J’ai aimé aussi toute la réflexion sur la retraite : comment vivre, lorsqu’on a tout misé sur le travail, et supporter la solitude, quand on est veuve, peut-on refaire sa vie, envisager de rencontrer quelqu’un…

Cependant, vous avez dû le sentir, il y a un mais : malgré le suspense que tente d’entretenir l’auteur, j’ai eu l’impression de m’essouffler un peu, de trouver le temps parfois long (quand on commence à compter les pages qui restent, en lisant un thriller, cela devient un peu gênant) et surtout, je n’ai pas du tout aimé la fin, même si elle m’a prise en dépourvu, elle m’a vraiment dérangée, je dirais même choquée …

J’aime beaucoup les polars nordiques, l’Islande, et je me réjouissais à l’idée de crapahuter dans la neige, alors que la canicule règne chez moi, mais j’ai un peu de mal avec Ragnar Jonasson, dont je n’ai pas trop apprécié « Snjor » : je trouvais son inspecteur, peu dynamique et le récit lent. Je préfère Arnaldur Indridason et son inspecteur Erlendur qui n’est pourtant pas un réputé pour sa vivacité…. C’est le premier tome d’une trilogie et je ne sais pas si je continuerai…

7/10

L’auteur :

Ragnar Jonasson est né à Reykjavik en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à 17 ans, la traduction de ses romans en islandais.

Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en 3 ans seulement au rang des plus grands auteurs de polars internationaux.

Extraits :

Le temps avait passé si vite. Le jour où elle était devenue mère, celui où elle s’était mariée : c’était hier. Pourtant, si on faisait le décompte des années, cela remontait à une éternité. Le temps est comme un accordéon : un instant comprimé, le suivant s’étirant interminablement.

Elle avait, au contraire, passé en revue tous les désavantages d’une relation et son âge lui semblait un obstacle insurmontable. Ce qui ne lui ressemblait pas : elle faisait habituellement de son mieux pour l’oublier, s’accrochant à la jeunesse de son esprit. Cette fois, un nombre l’en empêchait. Soixante-quatre. Elle ne cessait de se demander si c’était une bonne idée de se lancer.

… Elle savait aussi que si elle avait accepté de le revoir, après un premier rendez-vous, c’était parce qu’elle était terrifiée à l’idée de vieillir seule.

C’est comme ça que je gagne ma vie. Je dois rester concentrée sur la gestion quotidienne. Il s’agit peut-être de vie ou de mort, mais moi, j’essaie juste de faire tourner le centre. Dora, directrice du foyer pour migrants

Ce n’était pas la première fois qu’elle subissait ce genre de remarques. Question de territoire. Ça allait de pair avec les blagues sordides et le harcèlement pur et simple. Elle pouvait être difficile dans ses relations avec les autres, elle en était bien consciente, mais elle avait dû se forger une carapace pour survivre. Par contrecoup, les types de la criminelle s’étaient crus autorisés à la prendre pour cible.

Penser à elle la ramenait inévitablement à son point de départ : les circonstances dans lesquelles la mort de la fille avait atterri sur son bureau. Aujourd’hui, elle s’était plus ou moins fait virer. On lui avait demandé de vider son bureau, de dégager ; on l’avait balayé comme un vulgaire détritus.

Elle avait souvent essayé de pénétrer dans la tête des suspects, pas tant par sympathie pour leur situation que pour perfectionner sa technique d’interrogatoire…

Les champs de lave noire se déployaient sous ses yeux, volaient devant les vitres de la voiture, majestueux dans leur austère simplicité et aussi monotones qu’un refrain répété en boucle…

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, littérature USA, Polars

« La dernière veuve » de Karin Slaughter

Il y a longtemps que je voulais lire un thriller de Karin Slaughter, alors quand il a été proposé sur NetGalley je n’ai pas hésité :

Résumé de l’éditeur :

Août 2019. Une attaque à la bombe touche un quartier stratégique d’Atlanta. Sara Linton et son compagnon Will Trent, enquêteur pour le Georgia Bureau of Investigation, se précipitent sur le lieu de l’explosion. Alors que Sara tente de venir en aide aux victimes, elle est enlevée sous les yeux de Will par les poseurs de bombes et conduite au pied des Appalaches, dans un camp peuplé d’hommes armés et de femmes en longues robes blanches. Ce groupuscule paramilitaire aux airs de secte prévoit de multiplier les attaques terroristes à l’échelle nationale afin de rétablir la suprématie de l’homme blanc.

La menace est sans commune mesure. Le danger, imminent.

Ensemble, Will et Sara parviendront-ils à déjouer l’attentat le plus meurtrier du XXIe siècle ?

Ce que j’en pense :

Sara et son compagnon Will sont en train de partager le repas avec Cathy, la mère de Sara qui est littéralement allergique à ce dernier. Une explosion retentit puis une deuxième, dans le secteur de l’hôpital. Ils précipitent lorsqu’ils sont arrêtés par un accident survenu depuis peu.

Sara, en sa qualité de médecin, Will, comme enquêteur essaient de comprendre ce qui a peu se passer, mais Sara est prise en otage devant les yeux de Will, qui ne sait comment agir. En fait, il s’agit des poseurs de bombes et ils ont déjà enlever une infectiologue réputée, sous les yeux de sa fille quelques semaines auparavant.

Au même moment, se tient une réunion au sommet avec tous les policiers, fédéraux, etc. à propos d’un détenu arrêté récemment, Novak, braqueur de banque, ne reculant devant rien. En haut lieu on redoute une évasion spectaculaire…

« Novak avait vécu aux côtés d’un groupe d’hommes qui croyaient comprendre la Constitution mieux que quiconque. Pire, ils étaient prêts à prendre les armes pour agir. Ce qui signifiait que, grâce à tous ces braquages, quelqu’un, quelque part, disposait d’un demi-million pour soutenir cette cause… »

Will s’était senti frustré de ne pas être invité à cette réunion, alors que sa collègue Faith, y participait, ce qui ne pouvait pas arrange son manque d’estime de lui-même…

On se retrouve ainsi dans un coin isolé transformé en « camp militaire-secte », où Dash le grand Manitou entraîne ses hommes. Parmi eux, des militaires, des jeunes recrues en manque de reconnaissance…

On y voit donc des soldats qui sont rentrés d’Irak, Afghanistan, déboussolés après avoir vu ce qu’ils ont vu, la rage au ventre avec l’envie de tuer tout ce qui n’est pas Blanc, et qui ont bien compris les méthodes d’endoctrinement et d’entraînement pour les mettre en pratique lorsque l’armée n’a plus voulu d’eux pour une raison ou une autre et déclencher une guerre sainte à leur façon…

Ces mecs (ça ne mérite pas le nom d’homme dit la féministe en moi !) s’organisent comme à l’armée, écoute leur chef autoproclamé refaire l’Histoire pour étayer son discours, en tout bon révisionniste, se sentant castré par les féministes qui ont trop de pouvoir, alors il faut les ramener à l’état de serpillère avec des méthodes dignes de leur tête décérébrée (les neurones sont tous en bas alors…) via le viol, la pédophilie, l’inceste, tout ce qui peut les casser dès le plus jeune âge…

« Les races s’organisent selon une pyramide. L’homme blanc est toujours au sommet, après quoi vient sa subalterne, la femme blanche, qui n’a qu’un seul maître à servir. Plus bas, on trouve diverses races. Tout le monde n’est pas égal sur cette terre… »

Ensuite, il faut passer à l’action en tuant le plus possible de gens, Dash, c’est le nom du chef, lave plus blanc, c’est connu…

Mais ne divulgâchons pas… Comment vont-ils s’y prendre ? c’est une enquête passionnante, tant sur le plan des personnages, des personnalités des policiers, les cachoteries entre services, je n’ai pas vu passer les 580 pages…

On apprend pas mal de choses, au passage, sur Rockwell, le fondateur du Parti nazi américain, ou Butler, fondateur des Nations aryennes et autres personnages non fréquentables, mais ayant le vent en poupe pour étayer le raisonnement du FBI.

Le seul bémol : au début, l’auteure reprend le récit des évènements, de la manière dont ils sont vécus par les différents protagonistes, ce qui aurait pu plomber la lecture, mais le style change peu à peu, alternant les récits de chacun : ce que vit Sara, les progrès de l’enquête… j’ai trouvé le final un peu trop rapide, j’aurais aimé plus de détails, c’est bien-sûr un page-turner…

Il y a pas mal de temps que je vois passer des critiques enthousiastes sur Karin Slaughter, et c’est ma première incursion dans son univers, le fait que les héros soient récurrents ne m’a pas gênée, on n’a pas besoin de savoir ce qu’il leur est arrivé à chacun avant d’ouvrir ce thriller, mais on a envie d’en savoir plus après… pour écrire ce roman elle s’est beaucoup documenté, méthode Franck Thilliez, pour ne laisser aucun détail au hasard afin que son histoire soit crédible.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Harper Collins Noir qui m’ont permis de lire ce roman et de découvrir enfin le talent de son auteure…

#Ladernièreveuve #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

N°1 sur les listes internationales de best-sellers, Karin Slaughter est l’un des auteurs les plus populaires et les plus plébiscités dans le monde. Publiée en 36 langues et vendue à plus de 35 millions d’exemplaires, elle est l’auteur de 16 romans, parmi lesquels figurent les séries Grant County et Will Trent, le roman COP TOWN, nominé pour l’Edgar Award, et PRETTY GIRLS, son premier thriller psychologique.

Née en Géorgie, Karin Slaughter vit actuellement à Atlanta.

Extraits :

Le problème, c’était de trouver un homme. Faith ne voulait pas sortir avec un flic, parce qu’il suffisait de sortir avec un flic pour que tous les autres s’imaginent qu’ils pouvaient nous baiser…

Elle (Sara) l’avait persuadé de faire faire ses costards sur mesure si bien que, de portemanteau de soldes dans un magasin grandes tailles, il s’était mué en mannequin de vitrine chez Hugo Boss…

Entendre Dash régurgiter cette idéologie raciste avait conduit Sara à voir d’un autre œil les enfants de cet homme. Leurs cheveux blonds, leurs yeux bleus brillants, leurs robes blanches qui les faisaient ressembler à des figurines de gâteau de mariage lui évoquaient maintenant « Les femmes de Stepford » plutôt que « La petite maison dans la prairie »…

Nous menons ici une vie simple avec des rôles traditionnels. C’est comme ça que les premiers Américains ont non seulement vécu mais prospéré. On vit tous plus heureux quand on sait ce qu’on attend de nous. Les hommes font des travaux d’hommes et les femmes, des travaux de femmes. Nous ne laissons pas le monde moderne perturber nos valeurs…

Vous êtes en train de dire que le nombre de membres dans ces groupes racistes (les suprématistes) augmente parce que l’économie est dans la merde et que les emplois sont rares, donc que les gens cherchent autour d’eux des gens à blâmer…

Une équipe du ministère de la Sécurité intérieure a produit un document sur le mouvement suprémaciste blanc au sein de l’armée, et non seulement ils ont perdu leur financement, mais ils ont été obligés de retirer les conclusions qu’ils présentaient.

Je suppose que vous avez déjà entendu tout ça, dit Van. Les femmes blanches qui n’ont pas le même taux de natalité que celles des minorités, le féminisme qui détruit le monde occidental, les hommes blancs qu’on castre…

Ils sont des centaines, et tout autant de loups solitaires installés dans leurs caravanes, qui déversent des conneries comme quoi il faut tuer tous les Noirs et violer ces nazies de féministes…

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature canadienne, Polars

« Un assassin parmi nous » de Shari Lapena

Place à un polar, aujourd’hui, avec le dernier livre d’une auteure que j’ai découverte l’an dernier :

Résumé de l’éditeur :

Rien de tel qu’un séjour au Mitchell’s Inn pour se refaire une santé…

Le Mitchell’s Inn est un hôtel de charme perdu au cœur de la forêt. Ses pensionnaires croient avoir choisi la destination idéale pour se détendre au coin du feu, loin de la frénésie new-yorkaise. Là-bas, pas de portables ni d’Internet. Mais la tempête fait rage et, après une coupure d’électricité, on découvre Dana, venue pour une escapade romantique avec son fiancé, morte au pied de l’escalier. Chute accidentelle ? Drame conjugal ? Alors que les conditions météorologiques se dégradent encore et que l’établissement est coupé du monde, un deuxième cadavre est retrouvé. Le doute n’est alors plus permis : l’assassin est dans la place, et pas moyen de lui échapper…

Un huis clos façon murder party qui se lit sans temps mort. Qui est le meurtrier et quelle est sa motivation ? Qui est le prochain sur sa liste ? Écrivaine pleine d’ambition, couple au bord du divorce, héritier richissime, amies de longue date… Tous les protagonistes, clients comme employés, ont quelque chose à cacher !

Ce que j’en pense :

Les uns après les autres les clients arrivent, non sans peine, à l’hôtel Mitchell’s Inn, pour y passer un week-end de détente. C’est un hôtel de charme, loin de tout, sans Internet, Wi-Fi et autres joyeusetés indispensables pour certains… tenu par James et son fils Bradley.

La route est verglacée et déjà, Gwen et son amie Riley se font remarquer : sous l’effet du stress, Gwen perd le contrôle de sa voiture qui se retrouve dans le fossé. Il faut dire que conduire à côté d’une journaliste de terrain qui a été longtemps sur les scènes de guerre, notamment en Afghanistan, dont elle est revenue avec un SSPT pas trop pris en charge…

Parmi les autres clients, David un avocat pénaliste reconnu, dont la femme a été assassinée dans des conditions bizarres. Un couple venu se ressourcer avant le mariage : Matthew, riche famille, sa fiancée Dana beauté qui rend les autres femmes jalouses ; Beverly et Henry dont le couple bat de l’aile depuis que les enfants ont grandi, et enfin, un dernier couple Ian et Lauren.

Tout ce petit monde fait connaissance et semble aller pour le mieux. Une autre cliente, Candice White est dans sa chambre penchée sur son ordinateur pour avancer dans l’écriture de son nouveau roman.

Soudain un cri, Lauren vient de découvrir le corps de la belle Dana au pied de l’escalier, morte. Chute accidentelle ? Meurtre ? C’est ce que pense David qui va tenter de comprendre et décide qu’il faut laisser le corps dans l’escalier, afin que la police puisse procéder à son enquête.

Dehors, règne une magnifique tempête de neige qui va provoquer une panne d’électricité et enfermer tout ce petit monde, incapable de vivre sans être connecté dans un huis-clos féroce, un autre meurtre ne tardant pas à être commis, et avec la météo la police ne risque pas d’arriver rapidement.

En fait, on comprend vite que chacun a un secret enfoui dans le placard, et tout le monde va se mettre à suspecter tout le monde avec, pour pimenter le tout, Riley qui noie son stress post traumatique dans l’alcool et probablement les médicaments et en rajoute une couche avec ses idées délirantes, à l’affut du moindre bruit….

Au début, un peu dubitative, je me suis laissée emporter par l’habilité avec laquelle Shari Lapena fait monter la tension, étoffant l’histoire de chaque protagoniste au fur et à mesure qu’on avance avec un final que je n’ai pas vu venir. C’est la marque de fabrique de l’auteure, il semblerait, de jouer sur le contexte psychologique, alors qu’on a l’impression qu’on n’avance pas : j’ai découvert son style avec « L’étranger dans la nuit » que j’ai plutôt apprécié, mais celui-ci m’a plu davantage.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Presses de la Cité qui m’ont permis de découvrir ce roman et de mieux connaître l’univers de son auteure. Il me reste encore « Le couple d’à côté » qui a eu pas mal de succès.

#Unassassinparminous #NetGalleyFrance

Challenge Tour du monde de l’été.

8/10

L’auteure :

Shari Lapena a travaillé comme avocat et professeur d’anglais avant de se consacrer à l’écriture.

Elle est surtout connue pour son roman à suspense de 2016, « Le couple d’à côté », qui a été un best-seller tant au Canada qu’à l’étranger.

En 2017 paraît « L’étranger dans la maison ».

Elle vit à Toronto.

Extraits :

Riley regarde par la vitre en direction des bois sombres. Une sourde angoisse l’étreint à la pensée qu’à tout instant un soldat pourrait surgir devant leur véhicule et leur ordonner de s’arrêter. Alors, elle serre les poings dans les poches de sa parka et s’efforce de se rappeler qu’elle n’est plus stationnée en Afghanistan mais de retour dans l’état de New-York et parfaitement en sécurité. Rien ne peut plus lui arriver.

Tout cela à cause de la guerre et des horreurs dont elle a été le témoin qui l’ont irrémédiablement brisée, au point qu’elle a du mal à se reconnaître aujourd’hui…

Candice a la nette impression d’avoir perdu sur les deux tableaux. D’abord, elle n’a pas connu le bonheur d’avoir des enfants – un bonheur, cela dit, que ses sœurs ne semblent pas apprécier à sa juste valeur. Mais, en prime, on lui a refourgué la corvée éreintante de démoralisante de veiller sur une personne âgée. (Dépendante celle-ci ne la reconnaît même plus.)

Les clients font mine de se rassembler une nouvelle fois dans le lobby vers 16 heures, l’heure du thé. Ils continuent de faire leur possible pour ignorer le corps au bas des marches, passant rapidement sur le côté pour rejoindre la salle à manger…

Lu en juillet 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature chilienne

« Plus loin que l’hiver »: Isabel Allende

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley, car je gardais un bon souvenir de l’auteure, m’intéressant depuis longtemps au Chili et son histoire :

Résumé de l’éditeur :

Chilienne expatriée au Canada durant la dictature de Pinochet, Lucía Maraz porte encore les profondes cicatrices de son passé. Elle ne s’est jamais tout à fait remise de la disparition de son frère, au cours des premières années du régime, et a également dû affronter un divorce et se battre contre le cancer. Mais lorsque, professeur invitée à l’université de New York, elle s’installe dans l’appartement au sous-sol du brownstone de son collègue, le professeur Richard Bowmaster, elle entame ce nouveau chapitre de sa vie avec entrain et optimisme.


Plusieurs deuils ont plongé Richard Bowmaster, d’un tempérament opposé et rongé par la culpabilité, dans une profonde solitude qu’il ne supporte qu’en menant une vie monastique, se détournant le moins possible de la routine qu’il s’impose. Au cœur de la tempête de neige la plus importante que Brooklyn ait connu de mémoire d’homme, un banal accident de voiture aura pourtant raison de son ostracisme. Alors que Richard se retrouve face à la jeune femme – immigrée guatémaltèque sans papier – dont il vient de heurter le véhicule, il est contraint d’appeler sa locataire pour l’aider. Evelyn Ortega va alors leur révéler un secret qui les entrainera tous les trois plus loin qu’ils ne l’auraient imaginé, et entre confidences et révélations, liera leur destinée de manière inattendue.


Plus loin que l’hiver est certainement l’un des romans les plus personnels d’Isabel Allende, mais c’est aussi un livre ancré dans l’actualité puisqu’il aborde les thèmes de la migration et des identités. Se jouant des clichés et des préjugés, de New York au Guatemala, en passant par le Brésil et le Chili des années 70, Isabel Allende livre une très belle histoire d’amitié et de rédemption.

Ce que j’en pense :

Une tempête s’est abattue sur New-York ; impossible de mettre le nez dehors. Obligé de sortir quand même, Richard Bowmaster tente de maîtriser tant bien que mal son véhicule, mais distrait, il en perd le contrôle et heurte le pare-chocs d’une Lexus qui a freiné devant lui. En voulant « dédommager » la jeune conductrice, Evelyn Ortega, il se heurte à un refus, laisse quand même ses coordonnées.

Quelques heures plus tard, la jeune femme sonne à sa porte, complètement dépassée et lui explique, qu’elle est en situation irrégulière, conduisait la voiture de son employeur, et qu’il y a une surprise dans le coffre !

Dépassé, Richard se rend au rez-de-chaussée où habite Lucia, sa locataire qui travaille dans la même université que lui et qui est un peu amoureuse de lui, mais à soixante ans, c’est compliqué…

Tous les trois vont se retrouver dans un imbroglio qui va les emmener dans un road trip vers le Canada, et cela va être l’occasion de découvrir le passé de ce trio.

Lucia a fui le Chili, car son frère a été arrêté sous l’ère Pinochet et on ne m’a jamais revu. Sa mère n’arrive pas à se résoudre à cesser de le rechercher encore et toujours : comment faire le deuil, quand on ne sait pas si la mort est avérée ou non, quand on n’a pas de lieu pour se recueillir et qu’on n’a même pas pu organiser une cérémonie. Lucia s’enfuit au Canada. Mais la vie ne lui fera pas de cadeau, mariage, amour, abandon vont s’enchaîner…

Evelyn, elle a dû fuir le Guatemala, où les trafiquants, font la loi, arborant des tatouages sur tout le corps (j’ai bien dit tout le corps, il y en a qui a même essayé de se faire tatouer le blanc des yeux, on imagine la suite…). Son père est aux abonnés absents, sa mère est partie aux USA pour gagner un peu d’argent qu’elle envoie à sa grand-mère, Conception, régulièrement.

La grand-mère en question, à la personnalité hors du commun, espérait que son petit-fils, Gregorio, arriverait à résister jusqu’à dix-huit ans pour faire son service militaire, mais les gangs sont tellement puissants…

« Quelques mois avant d’entrer sous les drapeaux, il parvint à se faire accepter dans les rangs des MS-13, le plus féroce des cartels mafieux, mieux connus sous le nom de Mara Salvatrucha… »

Evelyn en a fait les frais est à dû quitter son pays dans des conditions abominables : on connaît la manière dont ils sont accueillis sur le sol US …

Richard n’est pas mieux loti : un mariage passion qui a explosé, les morts sur son chemin, l’alcoolisme… il s’est enfermé dans un chagrin, dans la culpabilité, car on comprend très vite qu’il y a eu un drame dans sa vie dont il se sent responsable. Il veut tout contrôler, de l’alimentation à l’amour, et son hypocondrie est touchante, avec ses allergies présumées, explorant la moindre molécule de ce qu’il mange… Avec lui on fera un voyage au Brésil, car sa femme est brésilienne, avec une famille omniprésente, voire toxique…

J’ai beaucoup aimé ce roman qui est beaucoup plus qu’un road-trip, car Isabel Allende nous propose un récit attractif, chaque élément de l’expédition, rencontre, petite phrase a priori anodine, fait remonter des moments du passé, que chacun des trois a voulu oublier, car cela provoquait un trop-plein de souffrances qui ne pouvait que les empêcher de vivre. Les carapaces se fendillent, la parole se libère, et tous les trois vont sortir du mode survie dans lequel ils étaient au bord de la noyade depuis des années.

J’ai adoré la relation de Richard, avec ses chats, qui ont atterri chez lui presque par hasard, forçant sa porte, qui sont aussi indifférents et désabusés que lui et qu’il a baptisé : Um, Dois, Tres en souvenir du Brésil.

J’ai beaucoup aimé les références à l’histoire du Chili, mais aussi à celle du Guatemala et de toute l’Amérique latine en proie si longtemps à la main de fer des dictatures, des cartels. Mais les USA ne sont pas en reste : immigration clandestine, esclavage moderne, trafic d’êtres humains…. L’auteure parle très bien de l’exil, géographique ou intérieur, tous les trois sont des exilés, chacun à leur manière.

Je n’avais lu que deux romans d’Isabel Allende, il y a très longtemps : « La maison aux esprits » et « Portrait sépia » que ma mère avait dans sa bibliothèque, et j’en gardais un bon souvenir. Mais, comme c’était la période des études, des partiels, examens, j’avais une manie (que j’ai gardée un peu quand même) : chaque fin de session, je lisais des romans légers pour récupérer le bachotage alors, vues les notes que j’ai attribué à ces deux livres sur Babelio, je ne sais pas si ce furent des lectures aussi marquantes que dans mon souvenir… en tout cas, elles m’ont donné envie de lire ce dernier opus de l’auteure et j’ai passé un bon moment.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteure…

#Plusloinquelhiver #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Isabel Allende, née en 1942 au Pérou, a grandi au Chili. Auteure de nombreux romans, tels « Fille du destin », « La Cité des dieux sauvage », « L’Île sous la mer » et « L’Amant japonais », elle connaît une renommée internationale dès la publication de son premier roman, « La Maison aux esprits ».

 Ses livres sont aujourd’hui traduits en trente-cinq langues et se sont vendus à plus de 65 millions d’exemplaires à travers le monde. Isabel Allende a été récompensée en 2018 par le National Book Award pour sa contribution exceptionnelle aux lettres américaines, elle partage désormais son temps entre la Californie et le Chili.

Extraits :

Elle voulait vivre à l’étranger, où les défis quotidiens maintenaient l’esprit alerte et occupé, le cœur dan un calme relatif, car au Chili, elle craignait la pesanteur des habitudes, de la routine et de tant de barrières.

En fait, il craignait de tomber amoureux : un piège qu’il avait évité pendant vingt-cinq ans. Il ne se demandait pas pourquoi il refusait de s’éprendre, car la réponse lui semblait évidente : c’était une pénitence inéluctable. Avec le temps, il s’était fait à ses habitudes monastiques et au silence intérieur de ceux qui dorment seuls.

Si la vie dure, ce qu’il faut c’est le cancer de la prostate ; si l’on survit davantage, c’est le cerveau qui se déglingue. L’âge de la peur était arrivé : les voyages ne le tentaient plus il était amarré aux commodités de sa maison, ne voulait plus d’imprévus, avait peur de se perdre, de tomber malade et de mourir sans personne pour découvrir son cadavre avant une semaine a ou deux, quand les animaux auraient dévoré une partie de ses restes.

Le plus terrible dans la mort, c’était l’idée de l’éternité. Mort pour toujours, quelle horreur !

Sinon, elle (Evelyn) pouvait se faire comprendre avec une éloquence inattendue en « spanglish », ce mélange d’espagnol et d’anglais devenu la langue vernaculaire de nombreux Latinos aux États-Unis…

Peu d’enfants terminaient leurs classes : les gamins cherchaient des petits boulots ou finissaient dans les bandes et le trafic de drogues, tandis que les filles tombaient enceintes, tentaient leur chance en ville ou étaient recrutées pour la prostitution.

Envoie donc ton surmoi se faire foutre mon vieux. Cette manie d’examiner à la loupe chaque action passée ou présente, et de se flageller sans cesse, est une perversion, un péché d’orgueil. Pourquoi te donner une telle importance ?

Il gardait son existence sous contrôle, avec une précision militaire. C’est à quoi servaient ses nombreuses listes de tâches et son calendrier inflexible qui avaient tellement fait rire Lucia quand elle les avait découverts. Le problème, quand on travaillait avec elle, est que rien ne lui échappait.

Certains (étudiants) montraient une ignorance monumentale : ils arrivaient à l’université sans pouvoir situer le Chili sur une carte, pas plus que leur propre pays dans le monde ; pour eux, les États-Unis se confondaient avec l’univers.

Lu en juillet 2020


Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature Royaume-Uni, Polars

« La Nanny » de Gilly MacMillan

Je vous parle aujourd’hui d’un polar que j’ai choisi surtout pour m’aérer l’esprit alors que le précédent de l’auteure m’avait laissée sur ma faim, mais j’ai une envie de polars ces derniers jours…

Résumé de l’éditeur :

Entre Chanson douce de Leïla Slimani et Rebecca de Daphné Du Maurier, un thriller élégant et terrifiant.

Jocelyn, sept ans, aime sa nourrice plus que tout. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de traces, Jo est inconsolable. Comment a-t-elle pu partir ainsi, sans même lui dire au revoir ?
Trente ans plus tard, Jo se voit obligée de retourner vivre dans la demeure familiale, malgré la relation conflictuelle qu’elle entretient avec sa mère.

Alors qu’elle passe des jours sombres dans la bâtisse immense et inquiétante, une nouvelle vient bouleverser son quotidien : Hannah, sa nourrice, est de retour. Jo exulte, ravie de retrouver enfin la seule personne qui l’a réellement aimée.

Mais lorsque des restes humains sont découverts dans le jardin, la situation vire au cauchemar. Que s’est-il réellement passé lorsqu’elle était enfant ? Quels secrets cachait sa nourrice et que fuyait-elle ? Peut-elle faire confiance à sa mère ?

Huis clos étouffant, La Nanny prouve une nouvelle fois le talent de Gilly Macmillan pour les intrigues psychologiques parfaitement maîtrisées.

Ce que j’en pense :

Jocelyn a sept ans lorsque sa Nanny adorée, Hannah, disparaît du jour au lendemain sans laisser la moindre explication ? Elle déteste sa mère, vénère son père et les relations ne sont pas parties pour s’arranger. Elle est partie aux USA pour se marier et restée dix ans sans revoir ses parents, n’est même pas venue assister aux funérailles de son père. Mais son mari décède brutalement d’un accident de la route et elle est obligée de rentrer au manoir familial avec Ruby sa fille de dix ans.

Bref, il règne une ambiance délétère dans le manoir et elle voit d’un mauvais œil qu’une complicité s’installe entre Ruby et Virginia. Brutalement, un crâne est découvert dans le lac qui borde le manoir. Qui est-ce ? serait-ce Hannah ? Et voici qu’Hannah revient toquer à la porte…

Inutile de dire que cela ne va pas arranger la situation entre Jo et sa mère. L’enquête avance laborieusement avec un policier farouchement anti-aristocrate et le ton hautain de Lady Holt va l’exaspérer au plus haut point…

Il s’agit d’un thriller psychologique, assez lent, dans un contexte de non-dits, de haine familiale avec une Nanny très déjantée, dans un milieu aristocrate qui est aux antipodes du mien et que j’ai du mal à comprendre, et Jocelyn qui veut absolument qu’on l’appelle Jo (imaginez la réaction de Lady Virginia !) est exaspérante, on se demande souvent si sa fille n’est pas plus mature qu’elle !

Il y a des incursions intéressantes dans le monde de l’art et des descriptions des codes de cette société qui se croit parfois au-dessus des lois, avec les fêtes somptueuses, les toilettes, les bijoux, la frivolité que l’auteure décrit férocement. Certaines phrases sont des uppercuts parfois, notamment lorsqu’elle évoque la haine d’un enfant pour sa mère et les répercussions que cela peut avoir. Cela sent le vécu, on dirait !

Gilly MacMillan alterne le passé et le présent pour que l’on en apprenne progressivement davantage sur les protagonistes, les évènements, procédé qui me plaît toujours.

Le rythme est lent au départ, mais le récit devient de plus en plus opaque, pervers, on ne sait plus qui manipule qui et l’intrigue se corse, le suspense s’installe et va croissant…

C’est le deuxième roman de l’auteure que je lis, et celui-ci m’a plu davantage que « Je sais que tu sais » J’ai passé un bon moment avec ce roman, mais le rythme est trop lent pour moi, je préfère les thrillers où les choses vont vite, où la perversité est plus prégnante. C’est un bon polar pour l’été.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteure dont je lirais peut-être finalement « Ne pars pas sans moi ».

#LaNanny #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Gilly Macmillan a grandi à Swindon dans le Wiltshire et en Californie du Nord.

Après des études en histoire de l’art et avoir travaillé pour le Butlington Magazine, elle devient professeur de photographie dans le secondaire.

Puis elle se consacre à l’écriture, publiant, entre autres : « Ne pars pas sans moi », « La fille idéale », « La Nanny »

Extraits :

Je me dis que les lumières du lustre doivent refléter joliment mes yeux, mais je ne me sens pas détendue ; à vrai dire, mon état d’esprit serait parfaitement illustré par le célèbre tableau de Munch, « Le cri ».

Ma mère, soixante-dix ans, une relique de l’aristocratie anglaise, froide, vieux jeu, snob, égoïste et cupide, veillant toujours à soigner son langage.

Ruby : dix ans, née et élevée en Californie, vive, gentille, fan de jeux sur Internet, ex-membre d’une équipe de foot féminine et garçon manqué depuis toujours.

Aimer son enfant sans qu’il vous aime en retour est un déchirement terrible de tous les instants. Jocelyn ne m’a jamais aimée, même quant elle était petite, même quand elle était bébé. La faute ne peut venir que de moi, du parent, et pourtant je n’ai jamais compris ce que j’avais fait de mal.

En même temps que leur première bouillie, on nourrit les pairs du royaume de l’idée qu’ils ne devraient jamais avoir à dépendre d’une femme, qu’il leur faut se fier avant tout à leur propre pouvoir.

Quand un mari veut que son épouse soit le miroir de sa réussite, il risque d’aller voir ailleurs si elle lui renvoie une image qui le diminue.

Auparavant, la perspective de la maternité éveillait en moi un désir ardent, m’emplissait d’un délicieux sentiment d’impatience… Or, ce fut mon plus grand échec. Avez-vous la moindre idée de ce qu’on peut ressentir en croisant le regard haineux de son enfant ? J’avais l’impression qu’on m’arrachait l’âme. J’avais tant d’amour à lui donner… Mais, elle n’en voulait pas…

Lu en juillet 2020