Publié dans français, Polars

« Impératif imprévu » de François-Henri Soulié

Petit détour par le polar, aujourd’hui avec ce roman :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Journaliste au Courrier du Sud-Ouest, Skander Corsaro a décidé de prendre quelques jours de congés pour préparer Noël. Mais une rencontre imprévue va bouleverser ses beaux projets. Le jeune homme est invité à la Villa Golotzine par un richissime marchand d’art. Bâtie en pleine forêt dans les années 1920 par un couple d’aristocrates russes en exil, cette fabuleuse demeure recèle un vénéneux secret. Qui était donc Yegor Golotzine, peintre maudit dont on vient de redécouvrir une partie de l’œuvre disparue ?

Une exposition sulfureuse, un cocktail où l’on sert des pièces d’anatomie, un prophète mondain épris de Satan ou une étrange collectionneuse de menhirs sont les premières pièces de ce puzzle maléfique. Auxquelles s’ajoute un meurtre… et quand le sang coule sur la neige, le paysage hivernal se transforme en un inquiétant tableau surréaliste.

Vérité ou illusion ? Skander devra déjouer les mensonges du Diable. Mais avec lui, les dés sont toujours pipés.

 

Ce que j’en pense

 

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les pérégrinations de ce journaliste très atypique, Skander Corsaro. En rencontrant Alex un ancien camarade de promo, qui officie en tant que père Noël devant un grand magasin, dont il n’a en fait gardé aucun souvenir, il se retrouve à assister à une vente aux enchères truquée qui l’emmène sur les traces d’un peintre russe des années vingt : Yegor Golotzine dont un tableau s’envole bien au-delà du prix envisagé.

Skander suit son copain à une réception dans la villa du sieur Golotzine qui a été rachetée par un amateur d’art sulfureux. Cocktail sulfureux, peintures non moins sulfureuses, galeriste qui ne l’est pas moins, un expert grec haut en couleur, et des sbires dignes de la mafia… et évidemment les morts commencent à s’accumuler et pas forcément ceux que l’on croit.

Pour débuter, l’auteur nous livre une définition de la peinture d’Ambrose Bierce,dans son « Dictionnaire du diable » que j’ai adoré:

« Peinture : art de protéger les surfaces plates des intempéries et de les exposer à la critique »

Ce polar est un festival de manipulations en tous genre :  faux article de Breton faisant l’éloge de Yegor Golotzine, dans une revue du Minotaure, jamais publiée, promotion d’un artiste tombé dans l’oubli, que l’on va tenter de réhabilité après avoir mis à jour le fameux tableau, le côté sulfureux de l’artiste, qui appartenait à la même scène que Raspoutine…

Un clin d’œil à la journaliste bretonne, druidesse de son état qui fait des incantations dans le parc pour nettoyer l’esprit du peintre et de sa femme qui y sont enterrés et les protéger du diable, (Yegor Golotzine ne peint que des tableaux en rapport avec le Malin !)

« C’était une tornade féminine. On avait l’impression que sa poitrine arrivait avec quelques minutes d’avance et son arrière-train avec un peu de retard. »

Un autre personnage, celui-ci récurent chez l’auteur, m’a plu: il s’agit de Chon-Chon    l’ami de Skander,  bouquiniste rescapé d’Auschwitz, plein de sagesse et à l’humour décapant:

« L’humain n’existe pas, mon cher Skander. C’est une erreur de considérer le statut d’être humain comme un fait acquis. Bien au contraire, ce qui est acquis, c’est que nous sommes des animaux. Pour ce qui est de l’humanité, en revanche, il nous appartient de l’inventer tous les matins. « 

L’auteur nous entraîne dans un rythme à couper le souffle dans cette aventure, et j’avoue que j’ai marché à fond, car il a un humour qui me plaît énormément, ainsi que sa manière de ponctuer souvent ses phrases d’un Bref…

C’est le premier polar de François-Henri Soulié qui passe entre mes mains, et c’est le titre qui m’a tentée et j’ai bien envie d’en lire d’autres car le ton et la manière de mener l’enquête m’ont plu, cela change des polars violents, où l’hémoglobine s’écoule par litres… Là, on est dans un univers un peu déjanté, on rencontre des personnages aux caractères bien trempés.

Merci encore à NetGalley, et aux éditions Le Masque qui m’ont permis de découvrir ce roman.

#ImpératifImprévu #NetGalleyFrance

 

Encore quelques extraits pour le plaisiiiiiiiiiiiiir :

 

Moi qui ai toujours du mal à me dépatouiller du réel, j’éprouve une certaine fascination pour les tricheurs et les fraudeurs en tout genre. On est toujours séduit par ce qui n’est pas soi. Ou effrayé. Le frisson est le même.

 

Mais en 1917, le gratin moscovite devait connaître bien d’autres motifs de frisson après un mois d’octobre particulièrement vivifiant. Dictature et privilèges étaient en train de changer de mains.

 

 A mes souvenirs en couleurs se superposaient à présent des clichés estompés de sépia, peuplés de fantômes flous. Le benêt que je suis venait de découvrir que les lieux sont comme les êtres. Ils nous sont d’autant plus mystérieux que leur passé nous exclut.

 

Ce type m’apparaissait soudain plus ambigu que je ne l’imaginais. Appartenait-il à cette race de surdoués capables de transformer leurs défaites en victoires ? Faire de sa faiblesse une force m’a toujours paru au-dessus des miennes.

 

C’était donc ça, la mystérieuse villa Golotzine. Une « folie dix-neuvième » russe édifiée avec vingt ans de retard en plein causse du Rouergue, par une princesse neurasthénique.

 

Quand on a décidé d’être un type fréquentable, on passe toute sa vie à le payer. Bref.

 

On me pardonnera, j’espère, la redondance. Mais ce qu’il y a de plus chouette dans un lit à baldaquin, c’est le baldaquin. Je ne connais pas de meilleure façon pour faire du camping en restant chez soi.

 

On devrait s’efforcer de respecter les folies des autres. C’est sans doute ce qui les empêche de devenir fous pour de bon.

 

C’était en ça que résidait le génie malsain de Yegor Golotzine. Le diable n’était pas dans le tableau mais dans celui qui le regardait. Le diable, c’était moi.

 

Toutes ces histoires d’âmes en peine, d’esprits tourmentés et de litanies celtiques me filaient sérieusement le bourdon, comme on dit chez les apiculteurs dépressifs.

 

Jusqu’à quatre-vingt-cinq ans tout va bien. Pour peu qu’on ait un peu de chance. Mais, après, ça commence à partir en claffe… C’est à croire que la vieillesse nous fait un corps de tristesse pour pas qu’on ait trop de regret à le quitter.

 

Peut-être que c’est l’apocalypse depuis toujours. Comme si l’humain avait ça dans le sang. Détruire la planète, détruire ses semblables, se détruire soi-même. En vrac ou en détail. Avec, par esprit de contradiction, quelques poignées de volontaires prêts à tout pour sauver le monde. En vrac ou en détail, eux-aussi.

 

Et puis il y a eu les bouquins, qui sont l’arme absolue de destruction massive du stress. Peu de gens ont compris qu’il y avait dans les livres tout ce qu’il faut pour survivre à tout. Surtout l’humour.

 

Le bonheur, c’est ce qui reste quand on a fini de pleurer.

 

Lu en mars 2019

Publié dans français, Polars

« La mémoire fantôme » de Franck Thilliez

Poursuite de la période « polars » car lecture facile avec :

 

La mémoire fantôme de Franck Thilliez

 

Résumé

 

Quatre minutes. C’est le temps d’un souvenir pour Manon. Après, tout s’efface. Puis recommence. Pour quatre minutes.

Dans ces conditions, pas facile pour Lucie Hennebelle, lieutenant à la brigade criminelle de Lille, de trouver par qui la jeune femme vient d’être agressée. Et de comprendre la signification des mots gravés au creux de sa paume : « Pr de retour. »

S’agit-il du Professeur, ce tueur en série qui a sévi quatre ans plus tôt dans la France entière, semblant obéir à quelque sordide logique mathématique ?

Lucie le pressent, la clé de cette affaire jamais résolue réside dans la mémoire fragmentée de Manon. Une mémoire à laquelle plus personne n’a accès, pas même l’intéressée…

 

Ce que j’en pense

 

Très belle réflexion sur les différentes formes de mémoire

Manon, mathématicienne a perdu la mémoire suite à une agression (tentative de strangulation). Sa sœur a été assassinée plusieurs années auparavant par un tueur en série : le Professeur et c’est son frère Frédéric qui s’occupe d’elle depuis…

Elle utilise son N-Tech pour l’aider à noter ses souvenirs, car du fait de son amnésie rétrograde, au-delà de quatre minutes, tout s’efface et elle doit recommencer…

Je fais la connaissance de Lucie Hennebelle, flic spéciale mère de deux jumelles ayant subi une intervention pour une tumeur du cerveau et qui conserve des trophées étranges dans son appartement.

La rencontre entre Lucie et Manon est savoureuse de même que les liens qui se tissent entre les deux femmes.

J’ai beaucoup apprécié « Puzzle » et « Vertige » de Franck Thilliez que j’avais abandonné après avoir terminé « Angor » qui m’avait moins plu.

Dans ce polar, que j’ai lu en apnée, beaucoup d’action, des thèmes bien étudiés : mémoire, fantôme, souvenirs fabriqués et neurologie et j’ai retrouvé le même plaisir et, vu le contexte, je vais lire le volume précédent pour mieux connaître Lucie et suspense + pavé c’est la bonne méthode pour passer le temps…

Le thème de la spirale de la Mathématique …

 

 

Extraits

 

Pendant tout le XXe siècle, la médecine n’a jamais fait la différence entre le souvenir de ce que l’on a préparé à diner, et celui de la manière dont on l’a préparé. Pourtant, ces deux souvenirs stimulent des mémoires différentes, dans des zones distinctes de l’encéphale.

 

Vous savez, l’humanité, et même plus généralement le règne animal ont survécu parce que le cerveau enregistre plus aisément les informations négatives que les positives, cela a été prouvé par la science…

 

Hormis notre hôpital, il n’existe quasiment aucune structure en France pour accueillir les Korsakoff. Si vous ne souffrez pas d’Alzheimer ou d’une maladie à la mode, vous n’êtes plus rien pour l’État, ni pour la sécurité sociale….

 

Mozart était doué d’une mémoire prodigieuse. Ce qui lui a permis de pirater de la musique avant tout le monde. Connaissez-vous cette anecdote? le 11 avril 1770, il a quatorze ans et écoute, à la chapelle Sixtine, l’œuvre musicale la plus secrète du Vatican, le Miserere d’Allegri. Un morceau joué deux fois par an, dont la partition est mieux gardée qu’un trésor. Quelques heures plus tard, tranquillement installé à sa table de travail, Mozart en retranscrit l’intégralité sans aucune fausse note. Il ne l’a écouté qu’une seule fois.

 

 

Lu en janvier 2019

Publié dans français, Polars

« Le cercle » de Bernard Minier

Intermède polar avec un auteur qui me plaît décidément beaucoup avec:

 

Le cercle de Bernard Minier

 

Quatrième de couverture   

 

Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest ?

Une prof assassinée, un éleveur dévoré par ses propres chiens… et un mail énigmatique, peut-être signé par le plus retors des serial killers.

Confronté dans son enquête à un univers terrifiant de perversité, le commandant Servaz va faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

 

Ce que j’en pense   

 

J’ai été tellement emballée par « Nuit » cet été, que j’ai eu envie de tout connaître des enquêtes de Martin Servaz. J’ai beaucoup le premier tome « Glacé » qui m’a accompagnée dans le voyage avec l’abbé Mouret et j’ai enchaîné avec ce deuxième opus…

On retrouve le meurtre, particulièrement atroce, d’une enseignante, ligotée noyée dans sa baignoire, dans une maison huppée, où toutes les fenêtres sont ouvertes, allumées alors que résonne la musique de Mahler puissance maximale, et un étudiant hébété, assis au bord de la piscine. Cela rappelle quelque chose évidemment…

L’auteur va nous entraîner sur des pistes variées, nombreuses, avec en toile de fond le fantôme de Julian Hirtmann (on se doutait bien qu’il n’était pas mort sous l’avalanche). On va croiser ainsi, un jeune député, avenir de la droite, qui ne semble pas très clair, dont la femme est atteinte d’un cancer, des voyous aux méthodes musclées, et beaucoup d’autres suspects possibles.

Et en toile de fond, la coupe du monde de football en Afrique du Sud (vous vous souvenez des vuvuzelas, des joueurs de l’équipe de France qui refusaient de descendre du bus pour s’entraîner, et faisaient grève, logés dans un palace qui a coûté des millions !

« Du pain et des jeux », rien de très nouveau. Au moins, les gladiateurs mettaient-ils leur vie en jeu, ça avait tout de même une autre allure que ces gamins en short courant après un ballon. Le stade n’est que la version extra-large de la cour de récré. P 61

Et bien, pas déçue, je suis décidément sous le charme de Bernard Minier. L’intrigue m’a beaucoup plu, avec ces étudiants de classes prépas aux personnalités un peu particulières. La vie de ces étudiants est rythmée par la littérature, la philosophie, les dissertations, sous l’égide de professeurs souvent imbus d’eux-mêmes et manipulateurs.

En parallèle, l’auteur nous livre une description des politiciens sans concession, avec les petites magouilles, les arrangements personnels, les honoraires de député et toutes leurs dérives, avec les salaires des collaborateurs, fictifs ou non, dont les Media ont brusquement découvert l’existence pendant la dernière campagne présidentielle ! non, sans blague ?

« La plupart de mes confrères ne croient absolument pas que les maux de la société puissent être résolus par une quelconque législation, ils ne croient pas davantage que le progrès social fasse partie de leurs attributions. Ils croient à la religion des privilèges, au crédo du cumul et au dogme de la gratuité – pour eux-mêmes bien entendu. » P 291   

J’ai beaucoup aimé également toute la réflexion de l’auteur sur la société actuelle, la délinquance qui gangrène les villes, les banlieues, la délinquance en col blanc, les conditions de travail des policiers, le narcissisme et la perversion qui deviennent monnaie courante… j’ai trouvé, avec Martin Servaz,  quelqu’un d’aussi pessimiste ou réaliste que moi, je me sens moins seule !

Bref, j’ai beaucoup aimé ce deuxième tome, que j’ai lu pratiquement en apnée, donc je vais continuer…

 

Extraits   

 

Il n’y a que la poésie pour dire l’incapacité de l’homme à appréhender le sens de notre passage sur cette terre, dit-il. Et pourtant, si on lui donne le choix, l’humanité préférera toujours le football à Victor Hugo. P 61   

 

Il soupira en songeant que des pays entiers étaient sur le point de s’écrouler, les quatre cavaliers de l’Apocalypse avaient pour noms finance, politique, religion et épuisement des ressources, et ils cravachaient ferme – mais la fourmilière continuait de danser sur le volcan et de se passionner pour des choses aussi insignifiantes que le football… P 103   

 

Écouter l’œuvre de Mahler, c’était suivre un chemin qui passe de l’obscurité à la lumière et inversement, d’une joie sans bornes aux tempêtes qui secouent la barque de l’existence humaine et finissent par la renverser. P 189   

 

Le même petit groupe de gens qui décident de tout pour eux. Nous… Et quand je dis « nous », j’inclus nos adversaires politiques. Deux partis. Qui se partagent le pouvoir depuis cinquante ans. Qui font semblant de n’être d’accord sur rien, alors qu’ils le sont sur presque tout… Cela fait cinquante ans que nous sommes les maîtres de ce pays et que nous vendons au bon peuple cette arnaque nommée « alternance ». Les cohabitations auraient dû lui mettre la puce à l’oreille : comment deux pouvoirs aux options radicalement opposées pourraient-ils cohabiter ? Mais non, il a continué à gober l’escroquerie comme si de rien n’était. Et nous, à profiter de ses largesses… P 379   

 

… Mais, ces derniers temps, certains ont voulu se partager le gâteau un peu trop vite. Ils ont oublié qu’il y a une comédie à jouer, un minimum de discrétion et de conviction à avoir. On peut pisser sur le peuple s’il croit que c’est de la pluie. P 379    

 

 

Nous changeons. Tous. Irrémédiablement. Une part de nous-mêmes reste identique: le noyau, le cœur pur venu de l’enfance, mais tout autour s’accumulent tant de sédiments. Jusqu’à défigurer l’enfant que nous étions, jusqu’à faire de l’adulte un être si différent et si monstrueux que, si l’on pouvait se dédoubler, l’enfant ne reconnaîtrait pas l’adulte qu’il est devenu — et serait sans doute terrifié à l’idée de devenir cette personne-là. P 510

 

 

Lu en août 2018

Publié dans français, Polars

« Glacé » de Bernard Minier

Petit intermède, avec ce polar qui m’a été fort utile pour aller jusqu’à la fin du tome 5 des « Rougon Macquart »  avec :

 

Glacé de Bernard Minier

 

 

Quatrième de couverture   

 

Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise.

 Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.

Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière.

 

Ce que j’en pense   

 

J’ai entamé ce roman, car je m’ennuyais dans ma lecture de « La faute de l’abbé Mouret » il me fallait quelque chose haletant, je les ai donc lu en même temps…

Comme j’ai beaucoup aimé « Nuit » de Bernard Minier j’ai eu très envie de lire les précédents opus pour connaître toute l’histoire des protagonistes.

J’ai pu faire davantage la connaissance de Martin Servaz, flic comme je les aime, avec des failles, une curiosité et un flair sans limite qui mène son enquête tambour battant.

La gendarmette, Ziegler, m’a bien plu également, avec son côté garçon manqué, se déplaçant à moto, pilotant un hélicoptère. Il en est de même pour tous les membres des équipes, du procureur au juge, en passant par un juge à la retraite,  sans oublier Diane Berg, une jeune psychologue suisse spécialisée dans la prise en charge des psychopathes, Xavier, le médecin chef qui ne donne pas sa part au chat et bien-sûr l’omniprésence de Gustav Mahler, compositeur préféré de Servaz et Hirtmann…

L’enquête est palpitante, dans le milieu des psychopathes purs et durs, enfermés à vie dans une institution psychiatrique archi-fermée, d’où personne n’est censé pouvoir s’échapper. Parmi eux, Julian Hirtmann, un ex-procureur qui a tué sa femme et l’amant de celle-ci dans des conditions très raffinées !

L’enquête démarre, dans une usine désaffectée, en cours de maintenance, où les ouvriers tombent sur un corps de cheval suspendu au pylône ! et hop ! tout le monde dans les starters… La police et la gendarmerie pour retrouver la tête d’un cheval et qui a bien pu faire ça, un peu gros pourrait-on objecter, mais non, on découvre ensuite un notable du village qui a subi un sort similaire. Et c’est parti, pour une enquête pleine de rebondissements…

On trouve aussi quelques réflexions savoureuses de Servaz sur la vie moderne, la mondialisation, et aussi l’exposition par le Dr Xavier de la théorie de Kohlberg : « Lawrence Kohlberg est un psychologue américain. Il s’est inspiré de la théorie de Piaget sur les paliers d’acquisition, pour postuler l’existence de six sens de développement moral chez l’homme. » P 533

J’ai apprécié également la manière dont chaque protagoniste a une faille importante dans son passé, qui peut avoir des connexions avec l’enquête en cours et la complique.

J’ai beaucoup aimé ce roman, au suspense haletant, avec du mal à décrocher… Et j’ai retrouvé le milieu psy avec plaisir bien-sûr….

Le tome 2 est déjà sur ma table de nuit.

Challenge Pavés 2018: 725 pages

 

Extraits

 

Elle fixa la teinture peu naturelle de ses cheveux et pensa au personnage de Gustav von Aschenbach dans « La mort à Venise » qui se teint les cheveux, les sourcils et la moustache pour plaire à un éphèbe aperçu sur la plage et tromper l’approche de la mort. Sans se rendre compte à quel point sa tentative est désespérée et pathétique. P 68   

 

La folie est contagieuse, répondit Servaz. Comme la grippe…. Elle ne saute pas d’un groupe de populations à un autre. Elle contamine toute une génération. Le vecteur du paludisme, c’est le moustique. Celui de la folie, ou du moins son vecteur préféré, ce sont les médias. P 112   

 

La vieillesse n’est qu’une longue attente inutile. Alors, en attendant, je m’occupe. Je me demande si je ne vais pas ouvrir un restaurant, tout compte fait. P 369    

 

Le monde change trop vite désormais pour une seule vie d’homme. P 415   

 

Il ne s’est jamais créé autant de richesses et ces richesses n’ont jamais été aussi mal réparties : le PDG de Disney gagne 300 000 fois le salaire d’un ouvrier haïtien fabriquant des T-shirts pour sa société. P 466   

 

 

Lu en juillet 2018

Publié dans français, Polars

« Nuit » de Bernard Minier

Encore un polar! le temps s’y prête entre la canicule la coupe du monde de foot et tutti quanti…

 

Nuit de Bernard Minier

 

 

Quatrième de couverture

 

Nuit de tempête en mer du Nord. Secoué pas des vents violents, l’hélicoptère dépose Kirsten Nigaard sur la plate-forme pétrolière. L’inspectrice norvégienne enquête sur le meurtre d’une technicienne de la base off-shore. Un homme manque à l’appel. En fouillant sa cabine, Kirsten découvre une série de photos. Quelques jours plus tard, elle est dans le bureau de Martin Servaz.

L’absent s’appelle Julian Hirtmann, le tueur retors et insaisissable que le policier poursuit depuis des années. Étrangement, sur plusieurs clichés, Martin Servaz apparaît.

Kirsten lui tend alors une autre photo. Celle d’un enfant. Au dos, juste un prénom : Gustav

Pour Kirsten et Martin, c’est le début d’un voyage terrifiant. Avec, au bout de la nuit, le plus redoutable des ennemis.

 

Ce que j’en pense

 

J’ai choisi ce roman par hasard, sans me rendre compte que c’était le troisième volet d’une trilogie. En fait, cela ne m’a pas trop gênée car l’auteur revient sur les éléments passés, ce qui permet de ne pas se perdre dans les évènements ou les personnages.

J’ai beaucoup apprécié ce serial-killer, psychopathe dans les grandes largeurs, qui a plusieurs meurtres sur le dos, disparaît quand il veut, mettant le policier sur les dents, semant des indices, fausses pistes. On ne sait plus lesquels sont les bons et les méchants parfois, mais l’histoire est tellement bien écrite que je l’ai consommée sans modération, le nez dans le guidon.

Les personnages sont tous aussi hauts en couleurs les uns que les autres, et parmi eux beaucoup de cinglés, pervers, de conduites sexuelles tordues, et les policiers ne sont pas en reste, tel ce flic du GIGN, (qui se nomme Rimbaud, ce qui ne manque pas de sel !) qui n’a qu’un seul objectif dans la vie : bouffer du flic pour que sa carrière avance plus vite.

L’auteur nous livre, au passage, un récit sympathique de l’expérience de mort imminente (EMI ou NDE pour les Anglo-saxons) que Martin traverse lors de son coma, après avoir reçu une balle tirée dans des conditions rocambolesque par un violeur récidiviste qu’il poursuivait. Au passage on a même droit à la trajectoire au ralenti de la balle en question, tel un arrêt sur image…. Notre policier est-il toujours le même après être revenu dans le monde des vivants ?

J’ai apprécié l’écriture de Bernard Minier, ce qui n’est pas toujours le cas avec les auteurs de polars. D’où le nombre d’extraits…

C’était exactement le genre de roman qu’il me fallait, en émergeant des soins dans les thermes, et avec la canicule…

Inutile de préciser que je me suis procurée les deux premiers tomes…

 

Extraits

 

Ici, la sauvagerie des temps anciens avait toujours été présente. A chaque signe de civilisation correspond un signe de barbarie, chaque lumière combat une nuit, chaque porte qui s’ouvre sur un foyer éclairé cache une porte ouvrant sur les ténèbres. P 24

 

… Il a les yeux mi-clos, il n’est pas censé voir : « coma stade II », a dit quelqu’un à un moment donné. Il n’est pas censé entendre non plus. Il est peut-être en train de rêver, qui sait ? Mais peut-on imaginer des mots comme « hémostase » – des mots qu’on n’a jamais entendus auparavant et qui, pourtant, ont un sens précis ? Il lui faudra éclaircir cette question, le moment venu. P 87

 

Toulouse était une ville qui sécrétait la délinquance comme une glande libère une hormone. Si l’université était le cerveau, l’hôtel de ville le cœur et les avenues des artères, la police, elle, était le foie, les poumons, les reins… Comme eux, elle assurait l’équilibre de l’organisme par filtration des éléments impurs, élimination éventuelle des substances toxiques, stockage provisoire de certaines impuretés. Les déchets irrécupérables finissaient en taule ou ressortaient dans la rue – autrement dit dans les intestins de la ville. Bien entendu, comme tout organe, il lui arrivait de dysfonctionner. P 127

 

Quand on a un enfant, on cesse de raisonner comme avant. Quand on a un enfant, le monde redevient dangereux, n’est-ce pas ? Avoir un enfant, c’est comprendre que nous sommes fragiles, un enfant vous rend vulnérable. P 447

 

Lu en juin- juillet 2018