Publié dans Littérature roumaine

« Mémoire brisée » de Eugen Chirovici

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour son titre et sa couverture prometteuse :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

New York, de nos jours. Par une nuit pluvieuse, le docteur James Cobb, un psychologue renommé, donne une conférence sur les souvenirs enfouis et l’hypnose. À la sortie, il est abordé par un inconnu, un homme gravement malade qui, quarante ans auparavant, s’est réveillé dans une chambre d’hôtel à côté du corps sans vie d’une femme, sans pouvoir se rappeler de la soirée. À l’heure de sa mort, il a besoin de comprendre : est-il un meurtrier ou un simple témoin ?
Intrigué, James Cobb plonge dans ce mystère vieux de plusieurs décennies. Mais autour de lui, les récits divergent, les interprétations se multiplient et l’enquête vire à l’obsession.
Quand des secrets rejaillissent de son propre passé, James Cobb se livre à une troublante quête de vérité dont l’issue réserve bien des surprises.

 

Ce que j’en pense :

 

Joshua Fleischer assiste à une conférence donnée par le docteur James Cobb sur la mémoire, les souvenirs refoulés qui peuvent remonter au cours d’une séance d’hypnose. Agé de soixante-quatre ans, attient d’une leucémie, il est hanté par une nuit passé à Paris, où il s’est retrouvé en présence d’une jeune femme morte. L’a-t-il tuée ? Il n’a aucun souvenir de cette fameuse nuit, mais traîne depuis une immense culpabilité.

Au seuil de la mort, il veut comprendre et demande à James Cobb de venir chez lui et tenter de faire comprendre ce qui a pu se passer durant cette fameuse nuit. Les deux séances l’épuisent et il n’y a rien à en tirer, cependant il raconte au psy ses souvenirs de l’époque, et comment lui et son copain Abe se sont retrouvés à Paris, et comment s’est terminée cette amitié….

Lorsque Josh meurt, le docteur Cobb veut avoir et se lance sur la trace de tous ceux qui ont pu croiser ces jeunes gens à l’époque et résoudre l’énigme. Voilà pour le pitch qui est tentant et laisse présager une enquête intéressante.

Une enquête menée par un psychiatre pourquoi pas ? Sur le plan déontologique, c’est quand même curieux, après tout le patient ne lui a pas demandé d’enquêter, d’autant plus que notre psy n’est pas tout à fait au-dessus de tout soupçon : une de ses patientes, devenue sa maîtresse tout en restant sa patiente s’est suicidée…

L’histoire est un peu capillotractée, avec moults rebondissements, des réflexions intéressantes sur l’hypnose, les souvenirs, vrais ou faux, la mémoire etc. Seulement, il y a trop d’invraisemblances, dans le but probable d’entretenir le suspense, ce qui n’a pas véritablement fonctionné : je me suis même endormie sur ma liseuse…

L’écriture de E.O. Chirovici est sympathique mais il y a une tendance certaine au ronronnement. Le Daily Telegraph promettait un roman « terriblement efficace », mais je suis passée complètement à côté de ce « thriller psychologique » …

Je remercie NetGalley et les éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir ce roman et cet auteur dont le premier roman « jeux de miroirs » semblent avoir eu du succès.

#MémoireBrisée #NetGalleyFrance

 

L’auteur

 

E.O. Chirovici (Eugen Ovidiu Chirovici) est un écrivain roumain, auteur de nombreux best-sellers dans son pays.

« Jeux de miroirs » est son premier roman traduit en français.

 

Extraits

 

A cet égard, mes recherches ont confirmé que la volonté d’un individu placé sous hypnose est dramatiquement affaiblie, et qu’il ne dispose plus de son libre arbitre. Voilà pourquoi, si l’hypnothérapeute le lui demande, une personne en transe est capable de faire des choses qu’elle ne ferait jamais en temps normal.

 

Je vous ai donné ces exemples pour illustrer le principe à l’œuvre dans l’hypnose : la responsabilité que le sujet transfère sur l’hypnothérapeute est beaucoup plus grande dans les états modifiés de conscience que dans les états normaux. 

 

A l’époque, les accusations de harcèlement sexuel n’étaient pas forcément rendues publiques ; dans la mesure où elles risquaient de nuire à la réputation de l’établissement, la commission de discipline préférait régler le problème en coulisses et l’enterrer dans sa crypte secrète.

 

Le mythe de ces illustres expatriés parisiens, tels que Fitzgerald, Hemingway, Dos Passos, Hughes et tant d’autres, était encore très présent à l’esprit des jeunes de ma génération. Paris apparaissait comme une Babel brillante, à la fois inspirante et pleine de mystère, alors que New York semblait en pleine déroute au milieu des années 1970. Je m’imaginais que tous les Parisiens portaient des bérets, mangeaient des pains d’un mètre de long, buvaient de l’absinthe en compagnie de jolies femmes. Là-bas, les idées de génies tombaient du ciel telles des gouttes de pluie, si bien qu’il suffisait d’ôter le béret en question quelques secondes et de s’en servir pour les récupérer.

 

L’oubli est une part importante de notre système immunitaire mental, répliquai-je. Notre cerveau efface les fichiers qu’il juge inutiles ou dommageables, tout comme un ordinateur élimine les virus, les vieux documents ou les icônes superflues. Il arrive souvent que nos souvenirs perturbants soient maquillés, retouchés ou rafraîchis afin de n’en préserver que certaines parties pour une raison ou un autre.

 

Freud était persuadé qu’il existait une sorte de poubelle de recyclage, le subconscient – à savoir un endroit où finissent tous les souvenirs effacés, ceux dont le patient n’est même pas conscient – à laquelle le psychanalyste pouvait avoir accès…

 

… Jung, son brillant apprenti est même allé plus loin, en affirmant que toutes les poubelles de recyclage individuelles étaient reliées entre elles, formant un réseau invisible baptisé « l’inconscient collectif »

 

J’ai passé ma vie à éviter la vérité et les réponses directes, depuis ce jour où, quand j’avais cinq ans, quelqu’un a voulu m’expliquer que le père Noël n’existait pas. J’ai alors compris que la vérité n’avait aucune valeur et que seule comptait l’imagination. Cette prétendue « vérité » n’est qu’un cimetière où on enterre toutes les choses auxquelles les gens ont cessé de rêver.

 

Ah ! Si les désirs étaient des bagnoles, tous les clochards rouleraient en jaguar !

 

On dit que le temps guérit tout. Ce n’est pas vrai. Quand le malheur frappe, le temps divise son cours en deux dimensions. Dans l’une d’elles, vous continuez à vivre, du moins en apparence. Mais, dans l’autre, seul existe ce moment qui vous accable encore et encore.

 

Lu en septembre 2019