Publié dans Littérature Australienne

« Lune de Tasmanie » de Tamara McKinley

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui permet de voyager durant cette période de confinement :

Résumé de l’éditeur :

— C’est magnifique, souffla Kathryn. Qu’éprouves-tu à retrouver ta terre natale au bout de toutes ces années ?

Des larmes piquèrent à nouveau les yeux de la sexagénaire, qui resserra son châle autour de ses épaules.

— Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, avoua-t-elle à sa petite-fille. Du bateau, j’ai déjà constaté tellement de changements que j’en viens presque à craindre ce que je vais découvrir une fois que nous aurons accosté à MacInnes Bay.

1905. À la mort de son mari, Christy décide, à bientôt 65 ans, de se rendre en pèlerinage sur l’ile de Skye, en Écosse, terre rude où elle a passé́ les quinze premières années de sa vie. Avant que ses parents ne soient contraints à l’exil et s’installent en Tasmanie, au sud de l’Australie.

Accompagnée de sa fille Anne et de sa petite-fille Kathryn, Christy embarque pour un long voyage vers le passé, où de douloureux souvenirs referont surface. Un retour aux sources qui bouleversera à jamais la vie des siens…

Avec cette saga mettant en scène une femme courageuse, Tamara McKinley signe un roman dans la lignée de ses grands succès, sans doute l’un de ses plus personnels.

Ce que j’en pense :

Au moment où débute le récit, nous sommes en 1904. Christy, veuve de fraiche date, profite d’une réunion de famille pour annoncer à ses enfants et à sa petite-fille Kathryn, qu’elle veut retourner en Ecosse, sur l’île de Skye qui l’a vu naître, comme un pèlerinage, en quelque sorte. Il s’en suit un tollé général, sa fille Anne la traitant de folle et d’irresponsable, entre autres, seule Kathryn semble comprendre sa démarche et décide immédiatement de l’accompagner, au grand dam de sa mère, qui impose sa présence au périple. Les deux fils de Christy, Hamish et James sont plus tolérants vis-à-vis de la décision de leur mère.

On va donc suivre le périple des trois femmes, et Christy se décide à raconter son histoire, son enfance difficile, dans la pauvreté sur l’île de Skye, où les « Gaëls » sont persécutés par les Anglais, qui les chassent des terres (alors qu’elles leur sont louées par ces mêmes Anglais !). Ils arrivent avinés, en horde, massacrant tout sur leur passage, incendiant les maisonnettes. Il faut donc fuir de plus en plus loin, sans cesse recommencer, en perdant des êtres chers au passage.

Tamara McKinley a choisi d’alterner les événements du passé et l’époque actuelle où la famille est devenue riche mais où un procès se profile à l’horizon, et c’est Harold, le mari d’Anne qui se démène pour découvrir « le secret » qui hante la famille.

J’aime bien les sagas familiales et les secrets de famille, mais dans ce roman, l’auteure a choisi de nous laisser dans l’ignorance pour entretenir le suspense et cela m’a beaucoup dérangée dans la lecture.

De surcroît, il faut supporter tout au long de la lecture, Anne, « hystéro-pimpim », d’un égoïsme forcené, qui est odieuse avec tout le monde, alors que Kathryn, sa fille, est beaucoup plus mature qu’elle. Cette femme aurait fait les délices de Sigmund Freud, c’est un manuel de psychiatrie à elle toute seule ! Autre source de perturbation dans la lecture, donc.

Autre bémol, l’utilisation à répétition du mot sexagénaire, pour parler de Christy, cela revient une ou deux fois par page, on se demande parfois si l’auteure est atteinte de « gérontophobie » !  

Ce qui m’a plu dans ce roman : l’Australie et ses paysages, les colons, le sort des aborigènes, la fièvre de l’or, la vie au début du XXe siècle en Australien, les chevaux…

Une image très drôle : Anne est tellement désagréable, qu’un des chevaux qui traîne la carriole lui mord le postérieur !!!

C’est le deuxième livre de Tamara McKinley que je lis, et je l’ai mieux apprécié quand même que « La route de Savannah Wings » que j’avais trouvé trop bisounours.

J’ai passé un bon moment quand même car j’ai beaucoup apprécié Christy, son parcours et sa force de caractère, ainsi que les personnages secondaires, comme Gregor, qui emmène les trois femmes dans sa carriole, Harold, le mari d’Anne qui se démène pour éclaircir le mystère et d’autres. Avec le confinement ce type lecture apporte un peu de réconfort, sans prendre trop la tête.

J’ai beaucoup appréciée la très jolie couverture du roman, comme toujours dans ces éditions!

Un grand merci à NetGalley et aux éditions l’Archipel qui m’ont permis de lire ce roman.

#LunedeTasmanie #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Née à Launceston (Tasmanie) en 1948, Tamara McKinley émigre en Grande-Bretagne où elle intègre un pensionnat de jeunes filles du Sussex. De La Dernière Valse de Mathilda, traduit dans 20 pays et vendu en France à plus de 350 000 exemplaires, à Quand on ne peut oublier, ses romans ont tous paru aux éditions de l’Archipel.

Extraits :

L’année 1904 touchait à sa fin, et Christy se tenait assise dans le fauteuil préféré de son défunt mari, à côté de la porte-fenêtre donnant sur la baie de Storm et la péninsule tasmanienne. La chaleur de l’été se trouvait atténuée par une brise fraîche venue de la mer – le parfum des pins et des eucalyptus pénétrait grâce à elle dans la demeure. Christy, d’ordinaire apaisée par les cris des carillonneurs huppés dans les arbres non loin, demeurait tendue – elle attendait la réaction de sa famille à l’annonce qu’elle venait de faire.

Comme les Aborigènes ou les Indiens d’Amérique, les petits fermiers de l’île de Skye avaient été victimes d’une terrible injustice qu’on avait si bien passée sous silence que jamais les générations à venir ne connaîtraient la vérité.

Comme elle songeait à présent à sa grand-mère, à la ténacité dont elle avait fait preuve, elle s’avisa que son grand-père, lui, n’avait que rarement évoqué son enfance. Des bribes recueillies par l’adolescente, il ressortait que cette enfance avait été pauvre, et que le garçon qu’il était alors avait failli mourir durant son voyage vers l’Australie. Mais, comme sa future épouse, il avait survécu, pour se bâtir ensuite une vie heureuse et prospère.

La vie, songeait Christy, se révélait décidément imprévisible. Ainsi, la sexagénaire retrouvait aujourd’hui l’auberge des Îles, où jadis elle avait officié en qualité de domestique de très bas étage.

… accoudé au bastingage, il regarda l’île se matérialiser doucement sur l’horizon. Il avait toujours aimé la Tasmanie, parce qu’il s’agissait d’un territoire verdoyant et peu peuplé, jouissant d’un climat plus doux que celui du continent. Un homme en mal de solitude pouvait y errer à son aise.

Ce magnifique endroit possédait cependant une terrible histoire : prisonniers soumis à la torture et enfermés dans les taudis de Port Arthur, de Puer Island ou de Sarah Island, Aborigènes massacrés ou exilés, loin de leur terre natale, sur des îles dont les ressources naturelles demeuraient impuissantes à assurer leur survie…

Lu en avril 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

13 commentaires sur « « Lune de Tasmanie » de Tamara McKinley »

  1. Intéressante cette lecture pour voyager et se distraire en ce moment. Pour l’instant je suis dans les « Les Amazones » de Jim Fergus entre deux relectures de Gide…Mais je l’ai noté pour une période de vacances peut-être ? Merci Eve pour cette chronique qui donne envie, c’est bien vrai que la couverture fait rêver même si je ne me considère pas comme à plaindre, là où je vis, toutes ces contraintes actuelles commencent à peser

    Aimé par 1 personne

    1. pour les vacances c’est très bien, car dépaysement garanti et c’est une gentille histoire!
      c’est vrai, cela commence à être lourd, je ne déborde certes pas d’activités entre retraite et maladie chronique, mais quand c’est obligé, c’est différent!
      la balnéo (la piscine de l’hôpital est fermée comme les autres) et la kiné me manquent beaucoup, cela permettait de rester en contact…
      Il faudrait que je lise les deux derniers opus de Jim Fergus, car j’ai bien aimé « mille femmes blanches »

      J'aime

    1. c’est le 2e que je lis, et j’aime les paysages, les réflexions sur l’Australie, même si l’intrigue est parfois trop légère à mon goût! Idéal en période de confinement ou sur la plage 🙂
      elle a en écrit une douzaine environ et certains sont appréciés sur Babelio

      J'aime

  2. J’avais rencontré cette auteure via « La dernière valse de Mathilda » sur lequel les critiques étaient très positives. Il m’avait bien plu, sans être un coup de coeur. Je comprends que celui ne sera pas le second que je lirai d’elle 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. l’histoire m’a beaucoup plu car j’ai découvert l’île de Skie et les exactions des Anglais, rien que pour cela, plus l’Histoire de l’Australie, cela vaut le coup, il faut juste ne pas se laisser emporter par la colère et supporter Anne qui finit par s’amender quand même (ah, le poids des secrets de famille!)
      d’après ce que j’ai pu lire, « La dernière valse de Mathilda » est un de ses meilleurs, et pour les vacances, ou le repos forcé, c’est très bien 🙂

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.