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« Rachel et les siens » de Metin Arditi

Je vous parle aujourd’hui du dernier livre de Metin Arditi dont j’ai parlé à plusieurs reprises dans ce blog et dont j’ai retrouvé la plume avec plaisir :

Résumé de l’éditeur :

Qui est Rachel, enfant qui aimait raconter des histoires, devenue une dramaturge acclamée sur toutes les grandes scènes du monde ? Elle naît au début du XXe siècle à Jaffa, où sa famille, des Juifs de Palestine, partage se maison avec les Khalifa, des Arabes chrétiens. Les deux familles ne font qu’une, jusqu’à la guerre. Jusqu’aux guerres.

Rachel et les siens, c’est d’abord Rachel, bien sûr : visage gracieux et corps massif, elle est la cariatide d’une histoire agitée par les bourrasques de l’histoire, tenant bon en toute circonstance, poursuivant une carrière d’artiste tout en vivant pleinement sa vie de femme. C’est aussi Mounir, son voisin, son frère de lait, son frère tout court. C’est Ida, orpheline, adoptée par les parents de Rachel, pour qui elle est plus qu’une sœur, une part d’elle-même. Les siens, ce sont aussi tous ceux qui aiment cette terre, Juifs et Arabes, et s’entre-déchirent.

« Le problème, dit Karl, son premier mari, à leur fille Elisheva, c’est qu’ici, tout le monde a raison. » L’un et l’autre périssent dans un attentat aveugle. Rachel, créatrice d’amours autant que de pièces de théâtre, aura d’autres maris : un Juif d’Istanbul, un diplomate français antisémite, avec qui elle partagera une passion paradoxale et brûlante. Elle aura un autre enfant, et un petit-fils, « pas comme les autres », comme on dit…

Dans les deuils et les exils, de Jaffa à Istanbul, de Genève à Paris, la fière Rachel, figure de proue au milieu des tempêtes, affronte deuil et exils, et transfigure ses blessures en une œuvre bouleversante.

Ce que j’en pense :

L’histoire débute aux environs de Jaffa en 1917. Nous faisons la connaissance de Rachel alors qu’elle a huit ans. Dans une maison de la rue Naguib-Boustros, ses parents, Rozika et Daoud, cohabitent avec Aïcha, son époux Abdallah et leur fils Mounir. Daoud est marchand de tissus raffinés,Abdallah est aussi commerçant.

Un jour un Ashkénaze, Iakov qui a fui avec sa famille les pogroms dans les pays de l’Est vient demander de l’aide à Daoud, car sa femme est décédée, et lui-même ainsi que ses filles sont à bout de force mais celui-ci refuse par peur des représailles et Iakov se pend tentant d’entraîner dans la mort ses deux filles, Tatiana et Ida. Mais Ida survit et Rozika, sous le poids de la culpabilité décide d’adopter la petite fille. Mais celle-ci n’est pas accueillie à bras ouverts : Mounir et Rachel la rejette car elle risque de s’immiscer dans leur belle amitié et tous les moyens sont bons pour qu’elle s’en aille. Ces deux familles vivaient en harmonie jusque-là, entre Juifs arabes et Palestiniens, tout le monde s’en tendait. Mais, l’arrivée en masse des Juifs de l’Europe de l’Est, plus érudits, ayant mieux réussi dans la vie avant l’exil va tout remettre en question.

Cela va commencer par un exil forcé des Juifs arabes dans un Kibboutz, ils sont obligés de partir avec à peine leurs habits sur le dos et quelques affaires que les soldats turcs se feront un plaisir de confisquer ou détruire. On reverra les mêmes choses quand les nazis arriveront au pouvoir. Là, ils ne vont pas hésiter à défricher, assécher des marais, (les seules terres qu’on veut bien leur céder), dans des conditions tellement difficiles (entre la malaria et l’épuisement beaucoup y laissaient leur vie) pour construire « Do-Beïtenou » mais leur zèle et leur nombre grandissant inquiète. C’est d’ailleurs là que Rachel écrira des petites pièces dont lesquelles Ida jouera pour animer un peu la communauté qui est dirigée par Ossip.

Les relations entre Séfarades et Ashkénazes ne sont pas simples, et étail intéressant au passage : on surnomme ceux qui arrivent de Russie, les Moskubin

« Les Ashkénazes nous méprisent nous aussi. Pour eux nous sommes des sous-Juifs »

Les liens entre ces deux familles, sont très puissants, Mounir, Rachel et Ida se considèrent comme frères et sœurs (de lait pour Mounir et Rachel), mais pourront-ils résister à la tourmente ?

On va suivre ainsi l’évolution de ces familles, sous la domination turque, la montée des extrémismes de chaque côté : Mounir milite pour un état palestinien, écrit dans un journal quasi ultra, alors que Rachel va se battre (tout au long de sa vie) pour une relation harmonieuse entre Palestiniens et Juifs arabes.

On va suivre le parcours de Rachel, ses mariages, les drames de sa vie, ses exils successifs, Tel Aviv, Istanbul, Paris… rythmés par les évènements historiques, ses positions pacifiques, qu’elle tentera de faire passer dans ses pièces de théâtre, tandis qu’Ida deviendra comédienne. Bien-sûr, on a aussi des secrets de famille qui vont peser très lourd. Je n’en dirai pas plus pour ne pas divulgâcher (je trouve d’ailleurs que le résumé de l’éditeur en dit trop !)  

J’ai adoré ce roman, qui m’appris beaucoup de choses sur la Palestine, les Juifs arabes, le désir d’avoir une terre, de ne plus être rejeté, alors que les Européens jouent les faiseurs de rois et les apprentis sorciers. On voit aussi le zèle des Turcs pour imiter les nazis, les déportations, la maltraitance (doux euphémisme !) pour un jour en arriver à « Sykes -Picot » aux conséquences dramatiques. « L’Europe confie à des fonctionnaires de deuxième ordre la tâche de partager l’Orient comme on aurait dépecé un animal encore vivant » écrira Mounir dans une de ses lettres à ses sœurs.

Parmi les choses qui m’ont marquée : la passion de Daoud pour les tissus, leur texture, on arrive à percevoir les nuances entre les étoffes uniquement avec la magie des mots, ou encore Abdallah qui sculpte ses boîtes en argent avec beaucoup de méticulosité pour les ranger dans une cachette, les rendant invisibles aux yeux de tous et confiant à une personne le secret de la cachette.

Metin Arditi, est d’origine turque séfarade et a dû quitter la Turquie à l’âge de sept ans, il connaît donc bien la situation et nous livre ainsi un récit passionnant, bourré d’histoire, une belle réflexion sur les relations entre chrétiens et musulmans et l’espoir de trouver un compromis pour cohabiter à défaut de vivre ensemble en harmonie, espoir de plus en plus mis à mal de nos jours…

J’ai découvert la plume magique de Metin Arditi avec « Le Turquetto » grâce mon amie bibliothécaire et depuis j’essaie de lire tout ce qu’il écrit et, même si certains romans m’ont moins plu, je suis devenue une inconditionnelle de ses talents de conteur. De plus le problème « palestinien » m’intéresse depuis longtemps, mais je connaissais moins la situation en 1917, je l’avoue, donc ma culture générale s’est un peu plus développée !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et retrouver la plume de son auteur.

#Racheletlessiens #NetGalleyFrance

Coup de cœur donc en ce qui me concerne ! c’est seulement le deuxième après « La société des belles personnes » de Tobie Nathan roman auquel j’ai beaucoup pensé d’ailleurs pour les talents de conteurs de ces deux auteurs.

L’auteur :

Né à Ankara, Metin Arditi, écrivain suisse francophone d’origine turque séfarade a quitté la Turquie à l’âge de sept ans. Il grandit en Suisse au bord du lac Léman, à Paudex, commune vaudoise où ses parents le placent en internat à l’âge de 7 ans et où il passe son bac. Il vit actuellement à Genève.

 Ingénieur en génie atomique, il a enseigné à l’École polytechnique fédérale de Lausanne où il a créé la fondation Arditi (qui attribue une quinzaine de prix annuels).

Il a également créé la Fondation « Les Instruments de la Paix-Genève », qui favorise l’éducation musicale à des enfants de Palestine et d’Israël.

On lui doit, entre autres, « Le Turquetto », « l’enfant qui mesurait le monde » « Mon père sur mes épaules » « Carnaval noir » …

Extraits :

Cela faisait quatre siècles que Juifs et Arabes vivaient en paix sous la domination ottomane. A cause d’immigrés comme lui, comme Iakov, comme les Nili, comme tous ces Juifs d’Europe qui ne savaient rien de l’Orient, se sentaient supérieurs et soutenaient ces chiens d’Anglais, ils avaient dû quitter leur maison. Des semeurs de discorde, voilà ce qu’ils étaient…

Rachel resta silencieuse. Son père non plus n’aimait pas voir tous ces Moskubim venir en Palestine. « Nous étions bien, disait-il. Partout les Juifs sont mal aimés. En Russie, en Pologne, en Roumanie, on les massacre. Ici, nous vivons en paix. Tu as vu un Arabe lever la main sur un Juif en Palestine ? Moi, jamais. Mais si l’invasion continue nous deviendrons ennemis ».

C’était vrai. Les nouveaux arrivants étaient nombreux. Surtout, ils avaient en eux la rage de vaincre, de transformer des terres mauvaises en terres fertiles par leur travail et une fougue de chaque instant… (lors de leur arrivée à Do-Beïtenou)

Pour que les gens prennent conscience d’un événement, il faut le mettre en scène. Il faut tout mettre en scène. Toujours.

En six mois, le Kibboutz avait donné quatorze de ses membres à la malaria. A cette hécatombe, il convenait d’ajouter le prix payé par ceux qui ressortaient de la maladie affaiblis au point de ne pas pouvoir travailler pendant plusieurs semaines. Certains finissaient par mourir, piqué à nouveau, ou simplement trop faibles pour travailler.

Et que voit-on ? Que nous disent ces moustiques, lorsqu’ils viennent nous piquer pour nous tuer ? Ils nous disent ceci, mes chers amis : tant que vous n’aurez pas éradiqué la plus petite surface d’eau marécageuse, nous vous ferons la guerre.

Les Turcs et les Anglais se disputaient la ville comme deux hommes se disputent une femme qu’aucun n’aime vraiment, mais que chacun est prêt à sacrifier pour en priver l’autre. La fiancée de Palestine était violée sous se yeux par des voyous de passage. Tôt ou tard, les Anglais n’allaient faire qu’une bouchée des Turcs…

« Des coques de noix sur une mer agité » dit Mounir, voilà ce que sont nos vies.

 Le grand public ne la suivrait pas. Ceux de l’Histadrout ou du parti communiste, peut-être. Et encore… Comme si ses pièces étaient conçues pour être rejetées. Non par désaccord, chez les Juifs le goût de la dispute se cultivait dès l’enfance, mais parce qu’elles portaient toujours ce même message : il faut faire confiance à votre pire ennemi. A un pays porté par un élan extraordinaire et qui réalisait un miracle par jour, elle demandait d’être équitable

Elle (Rachel) écrivait des pièces à thèse pour un public qui ne partageait pas ses idées et qu’en définitive elle jugeait. Comment pouvait-elle espérer obtenir son adhésion ? Sa démarche était ridicule.

Elle répétait souvent ce mot de sa grand-mère, qui venait d’Alexandrie et ne s’était jamais faite à Istanbul : « Pour tuer une mite, le Turc brûle la couverture ». C’était bel et bien ce qui les attendait. Il y avait aussi cette amitié terrifiante avec l’Allemagne… Une fraternité dans la haine des races… Maurice savait-il que, pour un Juif, parler turc était un viol ?

Elle comprit ce qu’avaient fui les Ashkénazes qui venaient en Palestine : le sentiment de n’être rien. Et que pour effacer ce sentiment, atroce, déplacer des montagnes semblait une tâche légère.

Lu en septembre 2020

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« Bitna, sous le ciel de Séoul » de J. M. G. Le Clézio

Je vous parle aujourd’hui d’un roman que j’avais envie de lire depuis assez longtemps, pour retourner une fois de plus dans l’univers de son auteur que je suis régulièrement depuis des années :

Résumé  de l’éditeur :

« Je m’appelle Kim Se-Ri, mais je préfère Salomé, je ne peux plus sortir de chez moi à cause de la maladie. J’attends celui, celle qui viendra me raconter le monde »

Parce que le conte peut faire reculer la mort, Bitna, étudiante coréenne sans un sou, invente des histoires pour Salomé, immobilisée par un mal incurable.

La première lutte contre la pauvreté, la seconde contre la douleur. Ensemble, elles se sauvent dans des récits quotidiens ou fabuleux, et bientôt, la frontière entre réalité et imaginaire disparaît.

Un roman qui souffle ses légendes urbaines sur la rivière Han, les boulevards saturés et les ruelles louches. Sous le ciel de Séoul se lève « le vent de l’envie des fleurs ».

Ce que j’en pense :

On suit l’arrivée à Séoul de Bitna qui va poursuivre ses études universitaires. Elle vient d’un village de pêcheurs du Sud, dans la province de Jeolla-do. Elle est hébergée par sa tante, qui la traite de haut et lui rappelle sans arrêt qu’elle est pauvre et que si elle n’est as contente, elle n’a qu’à retourner dans son village. Elle doit subir les caprices de sa cousine, et elle devient vite l’esclave de la maison.

Elle finit par déménager et par l’entremise d’un libraire qu’elle appelle Mr Pak, (alias Frédérik) elle répond à une annonce qui lui promet une rétribution si elle raconte des histoires à Salomé, une jeune femme atteinte d’une maladie neurologique.

En fait, une relation étrange se noue entre les deux femmes, Bitna pouvant se montrer cruelle avec Salomé qu’elle jalouse, malgré la maladie qui l’handicape, parce qu’elle est riche.

J. M. G. Le Clézio nous raconte une histoire déroutante, où la vérité n’est jamais très loin du mensonge, où l’on peut faire des rencontres étranges dans cette capitale toujours en mouvement.

Les histoires de Bitna nous font rencontrer des êtres malmenés par la vie du policier dont la mère a fui le Nord pendant la guerre avec son enfant sur le dos, qui élève des pigeons voyageurs, à Naomi, l’enfant abandonnée dans un orphelinat, en passant par une jeune chanteuse à la gloire éphémère et destructrice.

J’aime beaucoup que j’ai découvert avec « Étoile errante » il y a fort longtemps , (il n’avait pas encore reçu le Prix Nobel) et j’ai lu une grande partie de ses livres et j’ai retrouvé la poésie de sa plume, mais j’ai un peu moins apprécié ce roman, peut-être à cause de la manipulation et de la cruauté que Bitna exerce sur Salomé, et peut-être aussi parce que la culture coréenne est encore un mystère pour moi .

On est toujours dans la dualité, outre vérité-mensonge, on a la vie et la mort la misère avec les quartiers sordides, (les cafards, les rats) et la richesse, l’opposition campagne grande ville et malgré la poésie, et la magie du conte, on ressent une anxiété, une insécurité durant cette lecture. En tout cas, on sent l’attachement important de l’auteur pour Séoul et la Corée et il leur rend un bel hommage. Cependant j’ai beaucoup mieux apprécié « Alma »

Un grand merci à Lecteurs.com qui m’a permis de découvrir ce roman en version poche et de retrouver un auteur que j’apprécie.

7,5/10

Extraits :

Lorsqu’elle a passé la ligne de démarcation, elle a emmené avec elle un couple de pigeons voyageurs que son père avait élevés, elle les a portés avec son fils sur son dos, dans un petit sac percé de trous pur qu’ils puissent respirer. Elle les emportés afin qu’un jour, ils puissent voler vers leur pays natal et donner des nouvelles à la famille restée de l’autre côté.

Bitna mon étoile ! Et je me souvenais de ce que ma mère m’avait raconté, c’était mon grand-père maternel qui avait choisi mon nom, parce qu’il voulait que je brille dans ma vie, au-dedans et au -dehors.

Tout d’un coup j’ai compris que je détenais un pouvoir sue elle, un peu comme Frederick en avait un sur moi. C’était un sentiment à la fois agréable et venimeux, l’impression de céder à une tentation, à un vice.

Je m’en veux de lui raconter tout cela, de trouble son attente, est-ce pour me venger d’elle, de son monde si douillet et si protégé, malgré sa maladie, ce monde où l’argent ne manque jamais, où les infirmières se succèdent à heures régulières pour son service, et auquel j’appartiens maintenant que je me suis engagée à lui parler ? Ou bien est-ce que je veux la punir d’être comme elle est, sans défense, enveloppée de son odeur de mort ?

Elle voudrait croire que ce n’est pas vrai et en même temps elle espère en savoir plus, parce qu’il y a toujours une vérité cachée dans un mensonge.

C’était la première fois qu’elle ressentait la tristesse qui s’était enracinée dans son corps, qui obstruait sa gorge et nouait son ventre. La voix douce de Nam Gil entrait en elle et défaisait les nœuds un par un, libérait l’eau qu’il y avait dans sa mémoire et l’eau débordait de ses paupières.

Quand on meurt, dit la rumeur, ce qu’on ressent n’est pas douloureux, bien au contraire, c’est doux comme du miel dans la gorge, c’est enivrant comme une fumée parfumée qui emplit la poitrine, et la porte qui s’ouvre au fond du cerveau est pareille à l’entrée du paradis.

Lu en août 2020

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« La couleur de l’air a changé » de Cécile Cayrel

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui selon le résumé était drôle et émouvant avec :

Résumé de l’éditeur :

Camille s’ennuie. Elle s’ennuie dans sa ville de l’Ouest de la France, dans son couple avec David, dans cette vie de routine où elle ne trouve pas sa place. Un soir, elle trompe David sans vraiment y penser. En l’apprenant, il tente de l’étrangler. Bouleversée, Camille part sur la route. Elle est recueillie par Jen et Michel qui, eux aussi en rupture avec leur ancienne vie, sont partis aux hasards des routes dans une camionnette.

Une échappée à trois commence vers la joie de la vie commune, l’érotisme, la quête des sens retrouvée mais surtout l’acceptation de soi. Sur leur chemin, ils rencontrent Mamie, retraitée en mal d’affection, qui deviendra la protectrice bienveillante du trio inattendu.

Aussi émouvant que drôle, le premier roman de Cécile Cayrel aborde des sujets graves sans pathos ni morale : la violence conjugale, le militantisme écologique, la marginalité qu’engendrent les modes contemporains de sociabilité et l’impératif de la réussite individuelle. Ce roman tour à tour utopique et réaliste, embarque le lecteur à la suite de trois amis finalement seuls face à la liberté que leur ouvre la découverte de la jouissance. L’élan libertaire rencontre le sens et le goût de l’autre. On voudrait que ce roman soit visionnaire.

Ce que j’en pense :

Camille s’ennuie dans son couple, David ne la regarde plus, sort avec les copains. Travail et soirées télé devant des séries, il faut reconnaître qu’il y a plus palpitant dans une vie de couple. Un soir de bringue elle a une relation sexuelle, vite fait dans les toilettes. Elle en parle avec David qui devient fou furieux et tente de l’étrangler. Elle sort de l’appartement, et on la retrouve sur une bretelle d’autoroute, où Jen et Michel qui passaient avec leur camion la font monter à bord.

Jen un peu fofolle, extravertie, militante convaincue, a quitté il y a quelques années une famille où elle n’avait pas trop de place, juste avant le bac, car elle considérait cela comme une sorte de fin de l’adolescence, donc trop d’anxiété, il valait mieux partir et profiter de la vie.

Michel est un éternel adulescent, à la timidité quasi maladive, dont les parents préoccupés uniquement par leurs deux supermarchés, ne se sont jamais trop intéressé à lui à part pour le réprimander a subi la maltraitance à l’école, puis dans son école de commerce. Puis il s’est ennuyé dans une entreprise de vente qui a fini par le licencier.

Ainsi commence le voyage, direction l’Auvergne puis Paris. Michel et Jen ont été des zadistes convaincus à Notre Dame des Landes où ils avaient construit leur cabane dans les arbres avec tout un système de tuyaux pour faire circuler l’eau. Les CRS les ont expulsés manu militari et ils ont repris la route. Jen conserve des valeurs écolo, militante féministe également.

En Auvergne ils vont faire la connaissance de Mamie, une dame âgée qui vit seule dans sa maison et dont la fille ne pense qu’à la placer en EHPAD, et qui bien-sûr n’est pas d’accord.

Cécile Cayrel aborde au passage la violence conjugale, la violence à l’école, les bizutages terribles dans l’école de commerce, la sensibilisation à la biodiversité, au végétarisme…

Ce roman était prometteur, car j’attendais un voyage initiatique, où chacun évolue au contact des autres et finit par trouver sa vraie personnalité. Mais, déception ! on ne sait pas où l’auteure veut nous entraîner, et dont la fin m’a laissée sur ma faim, c’est au lecteur de l’imaginer semble-t-il ? Mais il s’agit d’un premier roman, alors peut-être que le prochain sera plus abouti, car il y a des idées intéressantes.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure dont c’est le premier roman.

#Lacouleurdelairachangé #NetGalleyFrance

6/10

Extraits :

Prendre de la hauteur ne lui fait pas du bien, elle se voit partir à la dérive. Elle trouvait leur groupe frais, que c’était ce qui lui était arrivé de plus vrai depuis longtemps mais là, le glauque lui pète à la figure, le cul, les affiches, elle se fait l’effet d’une gamine qui part en colonie et qui croit que c’est la vie, les copains et l’aventure.

Il apprécie la présence de Camille. Il croit beaucoup au destin Michel. Elle est là pour une bonne raison qu’il l’aime ou ne l’aime pas n’a aucune importance. Elle est utile, elle aussi elle crée une énergie, ensemble ils vibrent bien.

Elle aussi (Mamie) plus jeune n’aimait pas les vieux. Elle ne se sent pas vieille. Le temps a passé sans qu’elle perçoive la maturité qu’elle imaginait chez ses parents autrefois.

Paris, elle ne connaît pas. C’est bête, il y a des occasions ratées comme ça. Elle n’est jamais allée à Rome, à Londres non plus. Elle a laissé passer les années sans s’en rendre compte…

Paris, même dans le Ford, c’est mieux que l’EHPAD. Elle a vu des reportages, à la télé. Tout sauf ça. Elle ne veut pas des voisins de table qui bavent, devoir faire dans une couche parce qu’on n’a pas le temps de l’emmener aux toilettes et se dénutrir parce que personne ne l’aide à tenir sa fourchette.

Lu en mai 2020

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« Génération offensée » de Caroline Fourest

Place à la réflexion aujourd’hui avec :

Résumé de l’éditeur :

« C’est l’histoire de petits lynchages ordinaires, qui finissent par envahir notre intimité, assigner nos identités, et censurer nos échanges démocratiques.  Une peste de la sensibilité. Chaque jour, un groupe, une minorité, un individu érigé en représentant d’une cause, exige, menace, et fait plier.

Au Canada, des étudiants exigent la suppression d’un cours de yoga pour ne pas risquer de « s’approprier » la culture indienne. Aux États-Unis, la chasse aux sorcières traque les menus asiatiques dans les cantines et l’enseignement des grandes œuvres classiques, jugées choquantes et normatives, de Flaubert à Dostoïevski. Des étudiants s’offusquent à la moindre contradiction, qu’ils considèrent comme des « micros-agressions », au point d’exiger des « safe space ». Où l’on apprend en réalité à fuir l’altérité et le débat.


Selon l’origine géographique ou sociale, selon le genre et la couleur de peau, selon son histoire personnelle, la parole est confisquée. Une intimidation qui va jusqu’à la suppression d’aides à la création et au renvoi de professeurs. La France croyait résister à cette injonction, mais là aussi, des groupes tentent d’interdire des expositions ou des pièces de théâtre… souvent antiracistes ! La police de la culture tourne à la police de la pensée.  Le procès en « offense » s’est ainsi répandu de façon fulgurante. « L’appropriation culturelle » est le nouveau blasphème qui ne connaît qu’une religion : celle des « origines ». » C. F.

Sans jamais vouloir revenir à l’ancien temps, Caroline Fourest trace ici une voie authentiquement féministe et antiraciste, universaliste, qui permet de distinguer le pillage de l’hommage culturel.

Ce que j’en pense :

On découvre dans ce livre jusqu’où on peut aller au nom de l’antiracisme, de l’intolérance avec beaucoup d’exemples à la clé :

Par exemple, cette mère de famille qui se retrouve agonie d’injure pour avoir organiser un anniversaire japonisant pour sa fille ! inutile de préciser que les copines avaient adoré porter des kimonos et se maquiller en geishas !

L’auteure qualifie l’appropriation culturelle de nouveau blasphème. Il est devenu intolérable qu’une femme blanche aborde dans une BD le racisme contre les Noirs ou Madona dans son clip « like a prayer » se déhanchant façon Gospel ou encore que la chanteuse blanche, Katy Perry, ose se présenter au public, coiffée de tresses africaines, et qui a dû s’excuser …

 La chanteuse s’est presque flagellée en direct pour avoir osé porter des tresse malgré ses « privilèges de femme blanche »

Camilla Jordana s’est vue attaquée car elle arborait des dreadlocks à la soirée de Césars, mais elle, elle a refusé de s’excuser.

Caroline Fourest explique la différence entre appropriation intellectuelle et appropriation culturelle, on n’est plus dans le pillage des œuvres au temps de la colonisation.

En gros, on arrive à cette idée : seul un Noir peut comprendre le racisme ou encore, seul un Noir peut interpréter au théâtre au cinéma un Noir, un Blanc, un Blanc, une lesbienne, le rôle d’une lesbienne, idem si on est transgenre ou tant d’autres possibilités ce qui laisse pantois. On va vite être à cours d’idée au cinéma ou dans les conférences comme cela se passe déjà aux USA ou au Canada où les professeurs sont obligés de se censurer et risquent leur poste à tout moment.

On vit dans une époque où règne la victimisation : au lieu d’agir, on préfère se sentir offensé pour tout et n’importe quoi au lieu de chercher à trouver des solutions. On est loin de l’esprit de mai 68, de l’art de la discussion, du débat d’idées, on condamne et à l’heure des réseaux sociaux et clic décérébré et intempestif, faire le buzz est tellement plus simple que réfléchir par soi-même.

Je voudrais en profiter pour rappeler cette citation apocryphe de Voltaire :

 Je ne suis avec ce que vous dîtes, mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire.

J’ai beaucoup aimé cet essai, car Caroline Fourest a fourni un travail important, étayé, elle fournit des preuves pour chaque sujet abordé. J’avais peur de me sentir un peu dépassée en le lisant en période de confinement mais il se lit très bien et son argumentation me plaît. J’ai toujours beaucoup de mal à rédiger une chronique sur un essai, je compte sur votre indulgence!

Heureusement, on n’en est pas encore là en France mais depuis Charly Hebdo, on flippe un peu quand même et on sent que cela va nous tomber sur la tête très prochainement. J’aurais pu dire encore beaucoup de choses sur ce livre foisonnant d’idées et de réflexions mais ne divulgâchons pas, comme disent nos amis canadiens. Le titre est excellent et le sous-titre l’est tout autant.

Je suis Caroline Fourest depuis pas mal de temps, lorsqu’elle est invitée aux débats (28 minutes par exemple sur ARTE) et au départ elle me hérissait un peu car je la trouvais trop catégorique, mais ses mises en garde contre l’extrême droite et ses dangers, la montée des populismes, sa lutte courageuse vis-à-vis de Tarik Ramadan m’a permis de l’apprécier davantage et je vous invite vivement à lire cet essai.

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont fait confiance en me confiant cette lecture.

❤️ ❤️ ❤️ ❤️

L’auteure :

Caroline Fourest, née le 19 septembre 1975 à Aix-en-Provence, est une journaliste, essayiste et réalisatrice française.

Elle tient une chronique « Sans détour » tous les samedis dans Le Monde, ainsi qu’une « Carte blanche » tous les vendredis à 7h26 sur France Culture.

Elle enseigne sur « Multiculturalisme et universalisme » à Sciences-Po Paris. Et siège au Conseil de la Fondation Anne Lindh pour le dialogue entre les cultures (Euro-Med)

https://carolinefourest.wordpress.com/

Extraits :

En mai 1968, la jeunesse rêvait d’un monde où il serait « interdit d’interdire ». La nouvelle génération ne songe qu’à censurer ce qui la froisse ou l’  « offense ».

Jadis, la censure venait de la droite conservatrice et moraliste. Désormais, elle surgit de la gauche. Ou plutôt d’une certaine gauche, moraliste et identitaire.

Si encore, elle hurlait contre de vrais dangers, l’extrême droite et la remontée du désir de domination culturelle ! Mais non. Elle polémique pour rien, tempête et s’emporte contre des stars, des œuvres et des artistes.

 Si bien que nous vivons dans un monde furieusement paradoxal, où la liberté de haïr n’a jamais été si débridée sur les réseaux sociaux, mais où celle de parler et de penser n’a jamais été si surveillée dans la vie réelle.

Hier, les minoritaires se battaient ensemble contre les inégalités et la domination patriarcale. Aujourd’hui, ils se battent pour savoir si le féminisme est « blanc » ou « noir ».

Ici, la crainte est qu’une dessinatrice blanche puisse signer un album contre le racisme anti-Noirs. Comme si sa couleur de peau lui interdisait de toucher au sujet.

».

Inspirée par sa réflexion professionnelle sur le copyright, sa définition s’éloigne du cercle précis tracé par Oxford. Selon elle, l’appropriation culturelle désigne le fait de « s’emparer de la propriété intellectuelle, du savoir traditionnel, des expressions culturelles, des artefacts de la culture d’un autre sans sa permission ». Mine de rien, en quelques mots, nous avons perdu l’intention de « dominer » ou « d’exploiter ». Ce qui est pourtant crucial.

Dans un tout autre registre, suivant cette logique, les dessinateurs athées de Charlie Hebdo n’ont pas le droit de représenter Mahomet, sans commettre le double péché de blasphème et d’« appropriation culturelle ».

Sans les Stones, le blues n’aurait jamais franchi les portes du ghetto. Dans quel monde vivrions-nous si le blues était considéré comme une « musique noire » et ne passait que sur des radios « noires » ? À quoi ressemblerait la pop si Madonna ne s’était pas inspirée du Voguing – ce mouvement issu du ghetto gay et latino – ou du gospel ? Si elle écoutait les critiques et limitait son inspiration ?

Décidément, il ne fait bon aimer la culture des autres quand vous êtes Blanc.

La suite de l’entretien est encore plus consternante. D’une voix chevrotante, Katy Perry explique le plus sérieusement du monde que la couleur de son épiderme l’empêche de s’identifier à une femme noire portant des tresses : « Je ne pourrai jamais comprendre ce que cela représente, à cause de qui je suis. Mais je peux essayer de m’éduquer. » Une demande de rééducation approuvée par l’activiste de Black Lives Matter qui la confesse.

Le combat contre la haine de soi est certainement plus urgent que de se battre contre l’amour des autres.

Sur l’échelle de Richter des épidermes douillets, les drames semblent tous avoir la même gravité, qu’il s’agisse d’un génocide ou d’une coupe de cheveux. Le plus terrifiant reste cette phobie du mélange culturel. Considérer comme « extrêmement violent » le fait de pouvoir « entrer » et « sortir » d’une culture. Comme s’il s’agissait d’un viol. Et non d’un métissage.

La création des uns n’empêche pas celle des autres. Pourtant, ces activistes préfèrent interdire que créer à leur tour. Un droit qu’ils pensent tenir de leur idée génétique, jugée supérieure en raison des souffrances de leurs ancêtres. Ces souffrances subies par d’autres leur permettent d’opprimer autrui.

C’est la force d’une œuvre. Vous faire sortir de vous-même, pour vous mettre à la place de l’autre. Un voyage qui échappe totalement aux littéralistes de l’identité.

Lu en mai 2020

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« Les nouveaux prophètes » : Åsa Larsonn

Après avoir voyagé aux USA en pleine épidémie de SIDA, et avant de me plonger dans « Génération offensée » essai de Caroline Fourest, je propose un intermède polar aujourd’hui avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Dans la petite ville minière de Kiruna, en Laponie, Viktor Strandgård, celui que l’on surnomme « le pèlerin du paradis » pour avoir miraculeusement survécu à un grave accident, est retrouvé mort dans le temple de cristal, où il officiait. Qui a pu assassiner, aussi sauvagement et avec un tel acharnement, cet éminent membre de l’Église de la Force originelle ? Sollicitée par son amie d’enfance, Sanna, la sœur de la victime, Rebecka Martinsson, avocate fiscaliste à Stockholm, va mener l’enquête. Menacée par les disciples de la communauté, la jeune femme se met rapidement en danger…

Avec cette première enquête de Rebecka Martinsson, la star du polar scandinave fait preuve d’une remarquable maîtrise du genre et d’un grand sens de l’intrigue policière.

PRIX DU PREMIER ROMAN POLICIER SUÉDOIS.

Ce que j’en pense :

Dans la ville de Kiruna, Viktor Strandgård, alias « Le pèlerin du paradis » car il a eu une révélation divine après un accident et s’est consacré depuis à Dieu, dans une Église réunifiée, l’Église de la Force Originelle, rassemblement de trois Églises préexistantes a donc été assassiné de manière très violente : un coup sur l’arrière du crâne, puis multiples coups de couteau, puis énucléation et pour finir les mains tranchées (une seule a été retrouvée pas très loin du corps) l’arme a disparu.

Sa sœur Sanna appelle une ancienne amie Rebecka Martinson qui travaille dans un cabinet d’avocats fiscalistes, car c’est elle qui a trouvé le corps. Bonne pâte, Rebecka se rend sur place, au grand dam de son patron, alors qu’elle sait très bien que Sanna manipule tout le monde et qu’elle-même a dû fuir la communauté religieuse il y a quelques années.

Sur place l’enquête est menée par Anna-Maria Bella, et son coéquipier Sven-Erik sous la férule d’un substitut du procureur carriériste, misogyne phallocrate…

On va ainsi plonger dans ce qui est en fait une secte pure et dure : des « prêtres » qui attirent et manipulent des personnes fragiles, qui détournent de l’argent cela s’apparente plutôt à une secte, qui ont des relations sexuelles avec des gamines sous influence, et font pression pour qu’elles n’avortent pas car c’est un crime… Voilà ce qui se passe à l’Église de la Force originelle.

Évidemment quand la police veut interroger les prêtres, c’est l’omerta ! dans le temple (une construction de cristal qui en met plein la vue, errent toutes sortes de gens, notamment un homme toujours en train de parler tout seul, la bible à la main ; il s’agit de Curt Bäckström qui entend Dieu lui parler, comme il « entend des voix sortir des appareils éteints » : radio, téléphone, télé, le réfrigérateur, ou le micro-ondes … on est loin de l’électrosensibilité, on est dans le délire.

J’ai choisi ce polar car j’apprécie beaucoup les polars nordiques, mais celui-ci ne m’a guère plu : les déviances des personnes de la secte, aussi bien les pseudo-prêtres que leurs épouses, d’une part, mais surtout la violence « des êtres humains » notamment une scène de brutalité envers une chienne m’a révulsée ! que les hommes se trucident entre eux, s’ils le veulent, je m’en contrefiche, mais qu’on s’en prenne à des animaux je ne supporte pas.

J’ai d’ailleurs failli lâcher le livre à ce moment-là, mais la curiosité l’a emporté : connaître l’identité du coupable.

Il y a vraiment trop d’illuminés dans cette histoire, et même si le duo de flics et Rebecka sont très sympathiques, mais le principe d’une enquête menée par une avocate me laisse sur la réserve, même si elle collabore avec la police, donc je n’ai pas été emballée. On devrait retrouver Rebecka dans d’autres aventures et Asa Larsson a écrit d’autres polars, mais je n’ai pas très envie de la découvrir davantage. Peut-être, lui laisserai-je une chance avec « Le sang versé » qui a reçu beaucoup d’éloges. Je préfère vraiment Indridason et Adler-Olsen.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Le Livre de Poche qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LesNouveauxprophètes #NetGalleyFrance

5-6/10

L’auteure :

Née à Upsalla, en Suède en 1966, Åsa Larsson est une avocate et romancière, auteur de roman policier.

Elle a écrit une série de cinq romans policiers qui mettent en scène Rebecka Martinsson, une jeune femme qui a grandi à Kiruna, étudié à Uppsala pour devenir avocate, puis a trouvé un poste d’assistante dans un cabinet d’avocats de Stockholm, spécialisé dans le droit fiscal.

Son premier roman « Horreur boréale » adapté au cinéma a connu un grand succès en Suède. Le deuxième « Le sang versé » a reçu le prix du meilleur roman policier suédois.

Extraits :

Car en vérité, allongé là, il (Viktor Strandgård) est beau comme une icône. Le sang d’un rouge sombre nimbe sa longue chevelure aussi blonde que celle de Sainte Lucie. Il ne sent plus ses jambes. Il s’endort. Il n’a pas mal.

C’est le boulot, songea-t-elle, je travaille trop. C’est pour ça que, la nuit, mes pensées tournent dans ma tête comme un hamster dans sa roue.

Elle était aussi large que haute. Grotesque. Le résultat inévitable de plusieurs générations de consanguinité dans les petites communautés lapones. (Dixit le substitut du procureur Carl von Post à propos d’Anna-Maria Bella flic enceinte jusqu’au yeux)

Dieu a appelé ce garçon avec beaucoup de force et il a tout abandonné dès le jour où il l’a entendu. Il a arrêté le lycée et la musique et à consacré sa vie à la prédication et à la prière.

C’est fou comme tout le monde s’aime dans le coin. Ils mentent, trahissent et sont prêts à s’entredévorer pour le petit-déjeuner tellement ils s’aiment, songea Rebecka.

Mais elle ne craint rien parce que Dieu la tient bien. Il ne la laissera pas tomber. Sanna a confiance. Elle ne tombera pas.

La dame derrière la caisse lui souriait, mais il avait depuis longtemps le don de voir l’âme des gens et, lorsqu’elle lui avait rendu la monnaie, il l’avait vue se transformer sous ses yeux. Ses dents étaient devenues jaunes, ses yeux s’étaient révulsés dans leurs orbites et ils avaient pris l’apparence du verre dépoli. Les ongles rouges, au bout des doigts qui tenaient les pièces, s’étaient allongés et transformés en griffes crochues…

Lu en mai 2020

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« Les optimistes » de Rebecca Makkai

Je vous parle aujourd’hui d’un livre intense, qui a fait remonter beaucoup de souvenirs d’une époque pas si lointaine, que « les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » ce qui a rendu difficile la rédaction de ma chronique :

Résumé de l’éditeur :

Du Chicago des années 1980 au Paris d’aujourd’hui, une épopée puissante sur le pouvoir de l’amitié face à la tragédie.

À Chicago, dans les années 1980, au cœur du quartier de Boystown, Yale Tishman et sa bande d’amis – artistes, activistes, journalistes ou professeurs… – vivent la vie libre qu’ils s’étaient
toujours imaginée. Lorsque l’épidémie du sida frappe leur communauté, les rapports changent, les liens se brouillent et se transforment. Peu à peu, tout s’effondre autour de Yale, et il ne
lui reste plus que Fiona, la petite sœur de son meilleur ami Nico.

Révélant un immense talent, Rebecca Makkai brosse le sublime portrait de personnages brisés qui, au milieu du chaos, n’auront pourtant de cesse de trouver la beauté et l’espoir.

Ce que j’en pense :

Ce roman nous raconte deux histoires, l’une dans les années quatre-vingt et l’autre à l’époque actuelle qui ont pour fil rouge Fiona tandis que se profile celle de Nora dans les années vingt..

Chicago, début des années quatre-vingt, après une période de liberté et d’insouciance, le SIDA fait son apparition dans le quartier de Boystown où vivent Yale Tishman et ses amis et l’hécatombe va commencer avec la maladie et la mort de Nico, dans des conditions douloureuses pour chacun et pour des raisons différentes.

Alors que son compagnon Terrence est effondré et se voit éjecté de la vie de Nico par les parents de celui-ci : profondément intolérants, ils ont mis leur fils à la porte quand ils ont compris ses préférences sexuelles alors qu’il n’avait que quinze ans. Et là, ils ont remis le grappin sur Nico, préférant l’hospitaliser au nom du qu’en dira-t-on, dans un hôpital non qualifié pour traiter la maladie, mais tellement plus conforme à leur désir que rien ne filtre.

A la mort de Nico, si Fiona, sa petite sœur, n’avait pas été là il n’aurait même pas pu assister aux « cérémonies », notamment un enterrement aux antipodes de ce qu’aurait aimé Nico.

On va suivre, surtout, l’histoire de Yale, son compagnon Charlie, d’une jalousie maladive alors qu’il n’est pas exemplaire, et peu à peu le petit groupe va se trouver dans la tourmente. L’auteure décrit très bien ces années où le SIDA s’abat sur la communauté gay, les difficultés rencontrées dans la prise en charge d’autant plus balbutiante que nous sommes sous la gouvernance Reagan, qui n’a aucune empathie pour les homosexuels, réduisant au maximum les crédits pour la recherche, fermant les lits destinés aux patients atteints par le virus : en gros, ils ont la punition qu’ils méritaient…

Rebecca Makkai décrit très bien la culpabilité de ces jeunes, leurs difficultés à reconnaître qu’ils sont atteints, ou la hantise de faire les tests, de même que les manifestations de militants, ACT UP, les sittings devant les mutuelles qui les excluent, la manière dont la police les matraquent, ou encore les militants d’extrême droite qui « cassent de l’homo » …

C’est la partie du livre que je préfère, car elle est très forte et rappelle des souvenirs, c’était mieux en France, mais pas évident quand même. On tâtonnait, autant que maintenant avec le Covid, devant ce mal mystérieux, ce virus très photogénique il faut le reconnaître, avant de mettre en évidence des tests et de s’entendre sur des noms scientifiques.

Il a fallu que des stars meurent pour que l’on fasse quelque chose, notamment aux USA, et les gens de ma génération se rappelleront sûrement la mort d’un sublime acteur américain : Rock Hudson, qui faisait aussi rêver les femmes…

En ce qui concerne l’année 2015 et ce qui arrive à Fiona, la sœur de Nico qui s’est beaucoup démenée pour la cause dans sa jeunesse et se retrouve confrontée à la disparition de sa fille, après un passage dans une secte, c’est intéressant, certes, mais moins prenant. L’alternance des chapitres apporte une bouffée d’oxygène permettant de respirer et de continuer à suivre l’évolution de Yale.

J’ai bien aimé ce roman, où les personnages, les lieux, les hôpitaux, les musées ont été inventés par l’auteure en fonction des personnes et des spécialistes qu’elle a rencontrés pour composer son livre.

Elle transmet aussi son amour de l’art, de la photographie, et de la peinture notamment, avec une autre héroïne, Nora, la tante de Fiona, qui a fréquenté des artistes peintres dans les années pré et post première guerre mondiale à Paris, et son amour de jeunesse Ranko Novak, ou Modigliani, Soutine, Foujita avec au passage une comparaison entre les effets dévastateurs de la guerre sur ces jeunes hommes et ceux des années quatre-vingt…mais ne divulgâchons pas…

Un roman qui fait réfléchir sur un virus, une maladie qui a provoqué beaucoup de dégâts et prouve au passage qu’il est très facile de réécrire l’histoire, quand on a tous les éléments en mains, alors qu’il est si difficile de faire face jour après jour à ce que l’on ignore encore, et de décréter telle ou telle mesure.

Un bémol toutefois, il y a des longueurs, on étouffe parfois au cours de cette lecture car trop de détails, cela finit par lasser un peu, car ce livre est un pavé…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Les Escales qui m’ont permis de découvrir de roman et son auteure.

#LesOptimistes #NetGalleyFrance

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Rock Hudson

pour en savoir plus:

https://www.vanityfair.fr/culture/people/story/la-veritable-histoire-de-rock-hudson-lacteur-secretement-gay-qui-bouleversa-lamerique/11648

L’auteure :

Née à Chicago en 1978, Rebecca Makkai a publié son premier livre « Chapardeuse » en 2011, puis un deuxième roman en 2014 « La maison de cent ans ». Elle a écrit également des nouvelles.

Lauréat de la Andrew Carnegie Medal et finaliste du National Book Award et du prix Pulitzer, « Les Optimistes », son troisième roman, a déjà conquis des dizaines de milliers de lecteurs aux États-Unis et ailleurs.

Extraits :

Leurs parents avaient coupé les vivres à Nico lorsque celui-ci avait quinze ans, mais Fiona lui apportait en douce de la nourriture, de l’argent et des médicaments contre ses allergies à l’appartement qu’il partageait avec quatre autres types sur Broadway, prenant seule le train de banlieue puis l’El depuis Highland Park. À onze ans. Lorsqu’il présentait Fiona, Nico disait toujours : « Voici la femme qui m’a élevé. »

Charlie était vraiment allergique aux églises. « Quand je vois des prie-Dieu et des livres de cantiques, cinq tonnes de culpabilité anglicane me tombent sur la tête », avait-il coutume de dire.

Teddy était contre le test, car il redoutait que l’on associe des noms aux résultats d’analyse, et que ces informations soient utilisées par le gouvernement, comme ces fameuses listes de juifs. Du moins était-ce ce qu’il soutenait. Peut-être était-il simplement terrifié, comme tout le monde.

Certes, elle associait aussi Richard aux années qui avaient suivi, celles où Nico les avait quittés, celles où les amis de Nico, qui étaient devenus les seuls amis qu’elle avait, mouraient un par un, puis deux par deux, et, en un clin d’œil, par paquets abominables. Et pourtant, pourtant, cette époque lui manquait. Elle y serait retournée sans hésitation.

Charlie avait eu raison de dire qu’il leur faudrait la mort d’une grosse célébrité. Et pouf, Rock Hudson était parti, sans avoir eu le courage de sortir du placard, même sur son lit de mort, et finalement, alors que la crise durait depuis quatre ans, il y avait une faible lueur de quelque chose, là.

Aux yeux de Fiona, cette ville, c’était toujours 1920. C’était toujours tante Nora à Paris, l’amour tragique et les artistes phtisiques.

Je ne pense même pas que ce truc marche. Comment sait-on que ces tests ne font pas partie de la même conspiration gouvernementale qui a concocté le virus ? Je dis juste que…

Je l’ai accompagné chez les flics. Tu sais comment ils sont. Même s’ils choppent quelqu’un, le mec invoquera la « panique homosexuelle », accusera sa victime d’avoir mis sa main sur son pantalon.

Elle entendit « le SIDA* », un acronyme qu’elle avait toujours trouvé plus joli que le « AIDS » anglais. À vrai dire, tout ce qui concernait le sida avait été mieux sur toute la ligne en France, à Londres, même au Canada. Moins de honte, plus de pédagogie, plus de financements, plus de recherche. Moins de gens qui vous gueulaient des trucs sur l’enfer pendant que vous étiez en train de mourir.

Comment pouvait-elle expliquer que cette ville était un cimetière ? Qu’ils déambulaient chaque jour à travers des rues où un holocauste s’était produit, un massacre de négligence et d’antipathie – lorsqu’ils traversaient une poche d’air froid, ne comprenaient-ils pas que c’était un fantôme, un garçon que le monde avait craché ?

Cette maladie a amplifié toutes nos erreurs, dit Yale. La petite bêtise que vous avez commise à dix-neuf ans, la seule fois où vous n’avez pas été prudent. Et il s’avère que c’était le jour le plus important de votre vie.

Voyez-vous, je voulais être une muse. Parce que mes propres créations n’exprimaient pas ce sentiment de perte que je ressentais. Et si je ne pouvais peindre tout cela moi-même, alors peut-être que quelqu’un pouvait peindre mon âme. Bien sûr, je visais l’immortalité. (Nora)

Mais elle n’avait pas compris non plus pourquoi Yale avait supporté Charlie aussi longtemps. Tôt ou tard, cela lui parlerait – comment une personne pouvait changer, et pourtant, vous étiez incapable de vous détacher de la première idée que vous vous étiez faite d’elle. Comment l’homme qui avait été parfait pour vous un jour pouvait se retrouver piégé dans le corps d’un étranger.

Elle pensa à Nora, dont le travail artistique et l’amour furent interrompus par un assassinat, par la guerre. Des hommes stupides et leur violence stupide, saccageant toutes les bonnes choses jamais construites. Pourquoi ne pouvait-on pas juste vivre sa vie sans trébucher sur la queue d’un crétin ?

C’est la différence entre optimisme et naïveté, déclara Cecily. Personne dans cette pièce n’est naïf. Les gens naïfs n’ont pas encore connu de véritables difficultés, alors ils pensent que cela ne pourra jamais leur arriver. Les optimistes ont déjà traversé des épreuves. Et nous continuons à nous lever le matin, parce que nous croyons pouvoir empêcher que cela se produise à nouveau. Ou alors nous nous forçons à y croire.

Je n’arrête pas de penser aux histoires de Nora sur les types qui se sont repliés sur eux-mêmes après la guerre. C’est une guerre, ça, vraiment. C’est comme si tu avais été dans les tranchées pendant sept ans. Et personne ne le comprendra. Personne ne te remettra de médaille.

Lu en mai 2020


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Cogito ergo sum…

Je viens d’étrenner mon nouveau look, pour aller promener ma chienne Haïti, avec mon attestation dûment datée signée comme d’habitude…

C’est sûr, en me voyant, Sa Majesté COVID 19 va prendre peur! les autoportraits via le smartphone, cela ne vous rend pas sexy, mais tant pis.

Qu’est-ce qu’il fait chaud, derrière ce masque en tissu, il va bien me falloir huit jours pour m’habituer, c’est vrai que le soleil était bien là cet après-midi après deux jours de pluie (enfin averses) mais on est content, cela faisait 45 jours qu’il ne tombait pas une goutte et l’alerte sécheresse pointait son nez…

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais en ce qui me concerne, je sature: je boycotte les infos, à part ARTE chérie car c’est de l’intox, ce déluge d’informations qui déferlent, les discours du Président de la République qui sont ensuite commentés (c’est vrai, on est tellement cons qu’on a besoin d’un décodeur!), les interviews des scientifiques et j’en passe. Et en plus c’est on ne peut plus anxiogène, il va y avoir du monde sur le divan si cela continue.

Ma boîte mail est inondée de newsletters des revues médicales auxquelles j’ai été abonnée autrefois, tout le monde a retrouvé mon adresse, génial! alors on imagine la gestion Stop Covid pour les données.

Cerise sur le gâteau: hier après « Questions pour un champion » pour booster ma mémoire, je zappe et bingo, sur la 2 l’assemblée générale avec le discours du premier ministre… Les chaînes d’info continues servent à quoi? vive le streaming et les documentaires animaliers.

Dernière occasion de râler: je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais pour ma part, je n’arrive plus à me concentrer sur mes lectures, cela ne m’était jamais arrivé à la fin de la pandémie, je vais avoir un QI de poisson rouge!

Je vous laisse en compagnie d’un chanteur que j’aime beaucoup avec cette chanson pleine de douceur/

Allez, courage et bon confinement!

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« Marlène » de Hanni Münzer

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley pour la période historique pendant laquelle il se déroule, attirée par sa belle couverture et un résumé alléchant:

Résumé de l’éditeur :

QUI EST LA VÉRITABLE MARLENE ?


Munich, juillet 1944. L’une des femmes les plus recherchées du IIIe Reich se tient face à la maison bombardée de Deborah et de son frère, qu’elle croit enfouis sous les décombres. Si elle était arrivée la veille, Marlene aurait pu les sauver.


Mais qui est au juste cette femme ? La veuve d’un notable connu pour ses sympathies nazies ? Une actrice en devenir ? Une résistante ?


Marlene va devoir prendre l’une des décisions les plus difficiles de sa vie : épargner la vie de millions de personnes… ou sacrifier l’homme qu’elle aime.


Dans le sillage d’Au nom de ma mère, ce roman s’attache au destin d’une femme courageuse, confrontée aux soubresauts de l’Histoire.

Ce que j’en pense :

Nous sommes en décembre 2012, Marlène, qui est âgée de 97 ans, est dans son bureau, régnant en force sur son petit monde, Olivia, sa belle-fille dévouée, sa jeune secrétaire beaucoup trop moderne pour elle qui veut lui imposer un nouveau téléphone, son fils Noah, sa petite-fille Klaudia…

 Elle râle car une journaliste veut l’interviewer, et que chaque fois on interprète ses propos de travers. Elle attend l’arrivée de ses amis américains devant lesquels elle a décidé de lire son autobiographie, notamment des évènements que certains ne connaissent pas.

On bascule dans la deuxième partie du roman « le passé, le temps des ténèbres » : l’attentat contre Hitler a échoué, la répression terrible, tout le monde se méfiant de tout le monde.

Marlène qui appartient à une famille noble (son vrai nom est Anna von Dürkheim) est une résistante de la première heure, elle a fait partie du réseau de Jakob Wanda, l’un des chefs de la résistance juive de Cracovie, mort au combat, et doit se mettre en contact avec Jitzhak Zuckerman pour tenter un nouveau soulèvement.

Les bombardements ont détruit des immeubles, et elle ne retrouve plus trace de son amie Déborah, et ne sait plus comment joindre son contact, lorsqu’un jeune adolescent l’aborde et l’emmène à la planque, c’est ainsi qu’elle fait la connaissance de la jeune Trudi…

On va suivre Marlène dans sa traversée de l’Europe en guerre, les rendez-vous ratés avec la résistance, car Albrecht Brunnmann, un Nazi qui la connaît n’aura de cesse de la persécuter moralement, tentant de la réduire au silence, de la transformer en ombre d’elle-même allant jusqu’à la transformer en pute à nazis à Auschwitz sous la férule de Jolanka. Elle subira des viols, en serrant les dents, car le moindre signe de révolte est guetté et mâté. Mais une solidarité s’établira entre les filles.

Marlène va résister aux coups, physiques et moraux, car la violence est gratuite, omniprésente, Brunnmann le parfait nazi sadique pervers (c’est pratiquement un pléonasme !) charge son homme de main, Ewald des coups :il n’a qu’une seule limite ne pas trop l’amocher pour qu’elle puisse servir !

A retenir, une scène particulière où un aristocrate l’oblige à l’épouser pour pouvoir mettre la main sur son titre de baronne et ses terres. Il veut restaurer l’Empire germanique, et son raisonnement est tout aussi parano que les nazis mais il les méprise et veut prendre la place d’Hitler. On assiste à un mariage ubuesque, une nuit de noce (viol plutôt) qui se termine par un coup de poignard dans le dos, tuant le mari cinglé…

J’ai aimé la manière dont Hanni Münzer présente son roman, chaque chapitre commence par une ou plusieurs citations et ce qu’elle appelle « fragments de guerre » : ce qui se passe dans l’actualité en Allemagne, en Pologne ou en Amérique pendant que se déroule l’histoire de Marlène. On a une citation de Göring du 18 avril 1946 lors d’un entretien avec Gustav Gilbert, expert psychologue américain auprès des tribunaux pendant le procès de Nuremberg

Avec ou sans droit de vote, on peut toujours amener le peuple à exécuter les ordres des dirigeants. C’est très simple. Il suffit de lui dire qu’on l’a attaqué, de reprocher aux pacifistes leur manque de patriotisme et d’affirmer qu’ils mettent le pays en danger. Cette méthode fonctionne dans n’importe quel pays »

Le combat de Marlène qui garde suffisamment d’énergie pour arriver à résister jusqu’à la fin de la guerre et arriver à traquer Brunnmann pendant des années la rend attachante, et on l’admire. Ce nazi m’a fait penser à la traque d’Eichmann, à celle de Barbie, au combat de Serge et Beate Klarsfeld

Hanni Münzer mêle tellement bien ses héros et les personnages ayant vraiment exister que je suis allée souvent vérifier sur Internet…

Quand j’ai choisi ce roman pour la période historique, je ne savais pas que c’était la suite du précédent roman de l’auteure : « Au nom de ma mère », donc au départ, j’ai eu un peu de mal à mémoriser les noms de tous les protagonistes, mais en fait cela ne m’a pas gênée par la suite, car on comprend vite les intrications.

Bien-sûr, je lirai le premier tome, malgré les protestations de ma PAL, car j’ai beaucoup aimé Marlène malgré sa personnalité parfois clivante, son courage, sa détermination à ne pas céder d’un pouce, malgré tout ce qu’elle endure, vivant au jour le jour, car il s’agissait de tenir pour assister à la défaite de ses tortionnaires…

En outre, ses positions sur la guerre, la paix, l’amour, la haine, entretenus par les puissants, les politiques, les marchands d’armes, la manipulation par La propagande, désignant un ennemi pour tout justifier sont très proches de miennes, et hélas d’actualité.

J’ai beaucoup aimé ce roman et je remercie vivement NetGalley et les éditions L’Archipel qui m’ont permis de le découvrir, ainsi que son auteure.

#MARLENE #NetGalleyFrance

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L’auteure :

Née en 1965, Hanni Münzer est l’une des romancières les plus populaires dans son pays, et on la considère comme la nouvelle « Diva du roman historique allemand ».

Elle a conquis le public dès son deuxième ouvrage : « Au nom de ma mère » traduit en douze langues.

Prix Skoutzdu meilleur roman historique.

Extraits :

Mais l’épicier et sa femme n’étaient pas les seuls à avoir changé : elle aussi. En ce jour de juillet 1935, sa conscience politique s’était éveillée. Le temps de l’innocence était révolu.

Pour commencer, on me pose des questions sur l’actualité politique, mais quand mes réponses déplaisent, soit on les coupe, soit on sort des phrases de leur contexte. On me considère comme une Cassandre. Peuh ! Maintenant, c’est partout pareil, tout le monde est si formaté au politiquement correct que c’est le règne de l’angélisme.

Nous allons si vite que nous nous dépassons ! Et en chemin, nous oublions tout simplement de vivre. Je ne veux pas de numéro abrégé. Je veux composer un numéro entier sans me presser et à mon aise. Remporte-moi ça illico !

On mène le monde à l’abîme et en détournant les yeux, exactement comme autrefois. C’est la même politique d’apaisement qu’il y a quatre-vingts ans, et ça m’horrifie. Mais l’essentiel, n’est-ce pas, c’est que l’industrie mondiale de l’armement prospère…

Et au cœur de la guerre, elle avait vécu un amour si bouleversant qu’il la réchauffait encore. Mais elle avait également enduré des épreuves dont elle avait refoulé le souvenir dans les recoins les plus reculés de son âme. Était-elle vraiment prête à les tirer de l’obscurité, tous ces esprits et ces démons de son passé, à être de nouveau confrontée à eux ?

La réponse était oui. Elle avait une dette à régler et elle était dépositaire d’un secret qu’elle ne voulait pas emporter dans la tombe.

Les souvenirs sont des bêtes voraces, et pendant que j’écrivais ce livre, je me suis souvent sentie exposée sans protection aux tempêtes de mes émotions. Mon effrontée de petite-fille prétend que c’est mon grand âge qui me rend sentimentale. Si ce n’était que cela, j’en serais trop heureuse.

« Mon récit commence au 21 juillet 1944, le lendemain de l’échec de l’attentat de Stauffenberg. Ce jour-là, j’en ignorais tout. À l’époque, les nouvelles ne faisaient pas le tour du monde en quelques secondes comme aujourd’hui.

Plus l’armée allemande perdait du terrain sur le front, plus la Wehrmacht et la SS devaient battre en retraite, plus la Gestapo et d’autres fanatiques faisaient régner la terreur en Allemagne. Ils flairaient partout la trahison et la démoralisation, les dénonciations et les arrestations en masse se multipliaient, la torture et la détention de proches déliaient les langues. Les effectifs de la résistance diminuaient de jour en jour, mais le petit nombre de résistants qui subsistaient poursuivait vaillamment son combat pour changer le cours de la guerre.

La guerre finissait par périr du mal qu’elle engendrait, en se dévorant elle-même.

Elle-même avait depuis longtemps dépassé le stade de la peur. La mort était la mort et faisait sa moisson quand bon lui semblait. À la guerre, il n’y avait pas de vainqueur et pour l’instant, seuls les morts avaient vu la fin de cette guerre-là.

Il n’y a pas de bon côté en temps de guerre. Le bien est une illusion dont le diable se rit. En réalité, nous tuons tous. Vous avez tué et j’ai tué. En temps de guerre nous devenons tous de bêtes.

Les hommes politiques ne sont jamais coupables de rien et ont toujours un bouc émissaire sous la main…

La cupidité est sans frontière au sens propre du terme. Il n’y aura jamais de paix durable, la guerre passera d’une région à l’autre comme le témoin dans une course de relais. La paix est une illusion créée par les dirigeants pour que la populace puisse de temps en temps se croire en sécurité. Dixit le comte

Lu en février 2020

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« La cuisinière de Himmler » de Franz Olivier Giesbert

Retour sur une lecture ancienne aujourd’hui avec ce roman qui m’avait bien plu à l’époque:

La cuisinière de Himmler de Franz Olivier Giesbert

 

Mon résumé :

 

Rose, âgée de 105 ans, tient un restaurant à Marseille : « la petite Provence » où elle propose à ses clients une carte très originale avec des plats inspirés de tout ce qu’elle a vécu dans sa vie, de tous les gens qu’elle a rencontrés. Elle décide alors d’écrire ses mémoires sur un carnet car sa vie à été mouvementée.

Elle naît en Arménie le 18 juillet 1907, près de la mer Noire, à Kovata, capitale mondiale de la poire, dans des conditions rocambolesque car sa mère accouche contre un cerisier, « c’est ainsi que je vins au monde, en dégringolant ».

A Constantinople, le chef des Sunnites ordonne la purification donc le génocide des Arméniens commence. Un jour, sa famille est arrêtée et exécutée et elle en réchappe en se cachant dans le jardin. Elle découvre une salamandre jaune qu’elle prénomme Théo et à qui elle confie ses émotions et ses pensées.

Mais elle est rattrapée et mise dans un « petit harem », tenu par Selim Bey auquel elle doit faire des fellations. Selim Bey la garde deux ans et la donne à un de se amis qui l’embarque sur son bateau, quittant Trébizonde pour gagner Barcelone.

Elle ne pense qu’à s’enfuir et à se venger. Il lui restera de son enfance que le souvenir d’un plat que préparait sa grand-mère : le « Plaki » à base de haricots.

Elle profite d’une escale à Marseille pour s’échapper. Pour échapper aux sbires de Chapacan Ier, en argot « voleur de chiens », un truand local, qui l’oblige à faire les poubelles, elle se réfugie chez Barnabé Bartavelle, qui tient un restaurant où elle apprend à cuisiner les aubergines. Le truand la retrouve et elle fuit à nouveau avec Théo toujours pour se retrouver enfin chez Emma Lempereur qui l’accueille chez elle et avec son mari décide de l’adopter.

Elle est bien chez eux, elle fait des études, mais les Lempereur meurent l’un dans un accident l’autre de chagrin et les héritiers, pingres, la transforment en esclave, lui faisant faire toutes les choses ingrates et bien-sûr décident qu’elle n’a plus besoin de faire des études (l’année du bac) et décident au passage de lui détourner l’argent de son héritage car elle est mineure et ils deviennent ses tuteurs légaux.

Rose rencontre ensuite Gabriel Beaucaire dont elle tombe amoureuse et qu’elle finit par épouser et part s’installer à Paris chez lui (pendant ce temps ses tuteurs font croire à sa disparition). Elle part avec Théo et la liste de toutes les personnes dot elle souhaite se venger. Ils auront deux enfants ensemble : Edouard et Garance. A Paris, elle ouvre un restaurant qu’elle baptise « la petite Provence ».

Gabriel écrit des articles dans les journaux pendant que Rose invente ses plats dans sa cuisine, brandade de morue, soufflé au caramel et son fameux flan au caramel. Ils sont heureux et Rose ne pense qu’à leur petite vie douillette sans voir la montée de l’antisémitisme s’installer. On commence traquer les Juifs en allant chercher dans leur arbre généalogique les noms pouvant être d’origine juive et à les arrêter, à incendier les synagogues, à piller les magasins semant la terreur.

Mais, peu à peu, la presse antijuive se déchaîne et tout le monde s’en prend à Gabriel par articles interposés.

Tout en devisant avec Théo, Rose décide d’aller régler ses comptes avec le premier de la liste, celui qui a tué son père, et pour ce faire, part donc en Turquie. Gabriel est considéré comme Juif car il porte le nom d’un village et souvent les Juifs qui venaient en France changeaient de nom : soit on essayer de traduire le leur, soit on leur donnait le nom d’un village par exemple.

Après avoir régler son compte à celui qui a tué son père, Rose comprend que Gabriel est en danger et l’aide à se cacher alors qu’ils se sont séparés car elle l’a trompé. Mais il sera arrêté avec les deux enfants sur dénonciation et conduit au Vel d’Hiv.

Rose ne sait pas où ils sont. Pour s’occuper l’esprit elle se met à étudier les plantes et se lance dans la phytothérapie proposant ses tisanes aux clients. Dans son restaurant, se côtoient les têtes pensantes de l’époque, le gratin de la société la police aussi.

Un jour Himmler entre sans son restaurant, après un défilé des troupes allemandes sur les Champs Élysées. A la fin du repas, il demande à la voir pour la féliciter pour sa cuisine et en particulier sa brandade de morue. Elle lui explique l’origine de la phytothérapie, lui parlant de Claude Galien, des écrits de Sainte Hildegarde et il repart les poches pleines de tisane de Ginseng car c’est un travailleur acharné, infatigable.

Il est attiré par elle, sa beauté, sa truculence et finit par tomber amoureux. Elle va se servir de lui pour savoir où sont Gabriel et les enfants. Elle est toujours dans la démarche de la vengeance et quand cela devient critique pour elle, il lui propose de l’emmener à Berlin en étant sa cuisinière. Je vous laisse découvrir la suite…

 

Ce que j’en pensais :

 

J’ai beaucoup aimé ce livre. L’histoire est rocambolesque car Rose a une vie très active (un peu comme le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire), elle échappe au génocide arménien par miracle et elle va connaître tous les génocides du XXe siècle, l’extermination des Juifs, les dictatures, mais aussi les travers de l’Amérique et un clin d’œil à Marseille…

Elle est généreuse, drôle, amoureuse (ses coups de cœurs sont quand même caricaturaux) et pourtant même si l’auteur nous parle de sa beauté, je ne la trouve pas féminine, je n’ai pas réussi à la voir autrement qu’en Franz-Olivier Giesbert en jupons avec un tablier, parlant comme un charretier souvent…

Ce livre se déguste, au propre comme au figuré. On alterne les atrocités et les recettes de cuisine qui mettent en appétit, excitant nos papilles. En fait, la cuisine est un héritage de toutes ses rencontres tout comme ses lectures : Byron avec sa grand-mère, le poète John Keats avec Emma Lempereur entre autres. De chaque étape de sa vie restent une (ou plusieurs) recette de cuisine et un enrichissement de sa bibliothèque.

On voit défiler Sartre et Simone de Beauvoir qui ne jurent que par Staline et le communisme. Elle parle très bien d’ailleurs du fonctionnement si particulier de ce couple avec qui elle ira en Chine. On rencontre aussi Mao, et un beau Chinois Liu dont elle tombe amoureuse.

Chaque fois qu’il y a des difficultés dans sa vie, elle part trucider quelqu’un, cela soulage sa colère ou son impuissance. C’est en cela qu’elle est attachante d’ailleurs. Chaque fois qu’une épreuve survient, elle en fait quelque chose de positif qui la fait avancer dans la vie, et même parfois, la maintient en vie.

On note aussi l’importance de Théo la salamandre qui est un peu sa conscience car elles ont un dialogue imaginaire et Théo lui reproche sa conduite, ses erreurs, ses dérapages.

On découvre aussi Félix Fersten, Estonien, qui est le masseur d’Himmler, personnage particulier formé par un grand maître tibétain. Il soulage Himmler de ses terribles maux d’estomac, en lui faisant signer des papiers annulant des déportations. On retrouve cet homme dans un livre excellent de Kessel : « les mains du miracle ».

On visualise sans peine sa rencontre avec Hitler, végétarien, qui se termine par une beuverie phénoménale non sans conséquences.

On reconnait l’érudition et le talent du journaliste qui sait parler de la grande Histoire et la combine bien avec la petite histoire de Rose.

Enfin, je retiens l’importance de Marseille, de la Provence et surtout de la Méditerranée qui apportent de la lumière à ce livre comme la cuisine amène des parfums exotiques ainsi que les personnes, hautes en couleurs aussi, qui font partie de sa vie d’aujourd’hui.

Donc, un bon livre que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire et que je recommande.

 

Et aujourd’hui, qu’en reste-t-il?

 

Je pense qu’il me plairait autant, car on traverse l’histoire du XXe siècle, avec cette truculente cuisinière, on rencontre des personnages intéressants dans tous les domaines.

La scène où elle tente d’expliquer la phytothérapie, les théories de Claude Galien, à Himmler est très drôle, de même que sa manière de « philosopher dans le boudoir »…

La réflexion sur le couple Jean-Paul Sartre Simone de Beauvoir que l’on rencontre dans son restaurant me plaît toujours autant:

« Ce qu’il y avait de mieux chez Sartre, c’était Beauvoir. Qu’aurait-il été sans elle ? Une girouette péremptoire. Un mauvais écrivain. Enfin, pas grand-chose. C’est elle qui a écrit sa légende. »

Je maintiens quand-même l’expression « Franz-Olivier Giesbert en jupons », que j’ai employer pour évoquer Rose,  car c’est vraiment ainsi que je me la représentais.

J’avais mis 4 étoiles à l’époque…

 

Extraits :

 

Le grand âge qui est le mien m’a appris que les gens sont bien plus vivants en vous une fois qu’ils sont morts. C’est pourquoi mourir n’est pas disparaitre, mais, au contraire, renaître dans la tête des autres.

           

Les humains sont comme les bêtes d’abattoirs. Ils vont à leur destin, les yeux baissés, sans jamais regarder devant ni derrière eux. Ils ne savent pas ce qui les attend, ils ne veulent pas savoir, alors que rien ne serait plus facile : l’avenir, c’est un renvoi, un hoquet, une aigreur, parfois le vomi du passé.

           

A mon âge, je sais que c’est incongru et même idiot, mais s’il fallait chasser tous nos fantasmes de nos têtes, il ne resterait plus grand-chose à l’intérieur. Quelques uns des dix commandements nageant dans du jus de cervelle et c’est à peu près tout. La vie serait à mourir. Ce sont nos folies qui nous maintiennent debout.

 

Il se dégageait de Marseille un sentiment de grandeur que résumait bien l’inscription en latin que l’on pouvait lire jadis, ai-je appris plus tard, sur la façade de l’hôtel de ville :

« Marseille est fille des Phocéens ; elle est sœur de Rome ; elle a rouvert ses portes à Jules César et s’est défendue victorieusement contre Charles Quint. »

 

Paris, 1939. Après que Gabriel eut quitté la maison avec nos enfants, une grosse boule a commencé à pourrir dans mon ventre. J’ai donné un nom à cette douleur qui vous mange les chairs et que chacun d’entre nous subit deux ou trois fois dans sa vie : le cancer du chagrin.

 Il avait semé des métastases partout et d’abord dans mon cerveau qui, refusant de s’arrêter ou de se concentrer, tournait à vide et en rond. Sans oublier les poumons qui respiraient mal, ni le gosier où plus rien ne passait, ni les tripes que tordaient souvent des crampes atroces.

 

 La vengeance est certes une violence faite au code civil et aux préceptes religieux, mais c’est aussi un bonheur dont il me semble stupide de se priver. Quand elle a été consommée, elle procure, comme l’amour, un apaisement intérieur. Justice faite, c’est la meilleure façon de se retrouver en paix avec soi-même et avec le monde.

 

 J’ai décidé de le suivre le jour même quand, après être venu tester ma cuisine dans la gargote de la 44e Rue, il m’a proposé de reprendre une affaire avec lui. L’Amérique est un pays où on n’arrête pas de refaire sa vie jusqu’à la mort. C’est pourquoi elle a fini par se croire éternelle. C’est sa faiblesse. C’est aussi sa force.

 

 Les États-Unis sont une société de carnivores qui a besoin de son content de viande saignante ; elle marche au bifteck haché comme d’autres à l’espoir ou à la trique. J’avais le sentiment de vivre tout le temps dans le péché. J’empestais même le péché.

 

Je ne ma lasserai jamais de répéter ce qui fut une des grandes leçons de ma vie : il n’y a rien de plus stupide que les gens intelligents. Il suffit de flatter leur ego pour les manipuler comme on veut. La crédulité et la vanité marchant de paire, elles se nourrissent l’une de l’autre, même chez les plus grands esprits : j’eus l’occasion de le vérifier tout au long du voyage.

 

L’institut néerlandais Clingendael, spécialisé dans les relations internationales, a chiffré à 231 millions le nombre de morts provoqués par les conflits, les guerres et les génocides de ce XXe siècle qui n’a cessé de repousser les limites de l’abjection.

Quelle est l’espèce animale qui s’entretue à ce point, avec autant de férocité ? En tout cas, ni les singes ni les cochons dont nous sommes si proches, pas davantage les dauphins ni les éléphants. Même les fourmis sont plus humaines que nous.          

 

Lu en octobre 2013

Publié dans Littérature française, Non classé

« Les victorieuses » de Laetitia Colombani

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, même pas doudou, lu entre deux romans qui m’ont plu bien davantage, comme une pause en somme… et c’était le seul roman récent disponible à la bibliothèque…

 

les victorieuses de Laetitia Colombani

 

 

Quatrième de couverture

 

A 40 ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate : ses rêves, ses amis, ses amours. Un jour, elle craque, s’effondre. C’est la dépression, le burn-out. Tandis qu’elle cherche à remonter la pente, son psychiatre l’oriente vers le bénévolat : sortez de vous-même, tournez-vous vers les autres, lui dit-il. Peu convaincue, Solène répond pourtant à une petite annonce :  » association cherche volontaire pour mission d’écrivain public «.

Elle déchante lorsqu’elle est envoyée dans un foyer pour femmes en difficultés… Dans le hall de l’immense Palais de la Femme où elle pose son ordinateur, elle se sent perdue. Loin de l’accueillir à bras ouverts, les résidentes se montrent distantes, insaisissables. A la faveur d’un cours de Zumba, d’une lettre à la Reine d’Angleterre ou d’une tasse de thé à la menthe, Solène va découvrir des femmes aux parcours singuliers, issues de toutes les traditions, venant du monde entier.

Auprès de Binta, Sumeya, Cynthia, Iris, Salma, Viviane, La Renée et les autres, elle va se révéler étonnamment vivante, et comprendre le sens de sa vocation : l’écriture.

Près d’un siècle plus tôt, Blanche Peyron a un combat. Capitaine de l’Armée de Salut, elle rêve d’offrir un toit à toutes les femmes exclues de la société. Sa bataille porte un nom : le Palais de la Femme. Le Palais de la Femme existe.

Laetitia Colombani nous invite à y entrer pour découvrir ses habitantes, leurs drames et leur misère, mais aussi leurs passions, leur puissance de vie, leur générosité.

 

 

Ce que j’en pense:

 

Solène, avocate de son métier, contre toute attente, vient de perdre un procès, et son client opte pour une solution radicale… Tout tangue autour d’elle : quarante ans, elle n’a vécu que pour son travail, son « compagnon » si l’on peut dire car chacun vivait chez soi, uniquement centré sur leur job, l’a laissé tomber…

Conclusion : burn-out, elle finit par tout envoyer promener pour faire du bénévolat sur les conseils de son psychiatre et devenir « écrivain public » dans un foyer d’accueil pour femmes « le palais de la femme ».

Visiblement, elle n’a bien compris la différence entre écrivain public et écrivain tout court. Elle finit par se rapprocher de ces femmes en situation précaire, venant de pays ou continents différents, en les accompagnant au cours de zumba.

L’auteur retrace, en parallèle, l’histoire du Palais de la femme, et donc celle de Blanche et Albin Peyron, un siècle plus tôt, couple extraordinaire qui se sont engagés pour la vie, chacun relevant l’autre, en cas de défaillance, vaillants soldats de l’Armée du salut.

J’ai beaucoup d’admiration, pour Blanche, qui arpente la ville la nuit pour servir une soupe chaude, qui se bat à chaque instant contre l’injustice sociale, va haranguer les foules pour récolter de l’argent.

Comme pour le précédent roman de Laetitia Colombani, j’ai trouvé que les deux histoires étaient trop inégales, Solène n’ayant pas l’aura de Blanche : une petite heure de bénévolat par semaine à côté d’une vie à parcourir les rues pour aider les autres. Sacerdoce pour l’une, bénévolat pour l’autre, trop nombriliste pour être crédible.

Déception donc, mais j’ai fermé ce roman en essayant d’en savoir plus sur ce couple admirable, et ô combien discret…

Et en plus, la quatrième de couverture n’a rien arrangé, avec seulement quelques phrases consacrées à Blanche, Albin n’étant même pas cité, les trois-quarts étant consacrés à Solène, avec, en prime une couverture rose fuchsia sur laquelle trône une femme  BCBG, entourée de profils (ébauchés bien-sûr) de toutes les couleurs, forcément pour signifier que les autres femmes sont la pour glorifier la madone, en restant bien dans l’ombre.  GRRRRR

Paradoxalement je n’ai gardé qu’une citation consacrée à leur combat, comme si je voulais respecter leur désir de rester, le plus possible, anonymes. Les temps ont changé… et en plus, au départ je ne voulais pas le lire. Merci Blanche, (devenue officier à l’Armée du Salut) de m’avoir suffisamment captivée pour que je le termine.

 

Le palais de la femme

 

Cliquer pour accéder à Une%20Victorieuse%20Blanche%20Peyron.pdf

 

 

 

Extraits

 

Elle est en panne, telle une voiture sans carburant au bord de la chaussée. En panne l’année de ses quarante ans.

 

« Tu as tout pour toi » disent-ils (les parents) « une place dans un cabinet réputé, un bel appartement » … Et après ? songe Solène amèrement. Sa vie ressemble à une maison témoin que l’on fait visiter. La photo est jolie, mais il manque l’essentiel. Elle n’est pas habitée…

 

… Ah cette manie de ne rien jeter, comme si l’on conservait par le truchement de souvenirs futiles un peu de sa jeunesse envolée…

 

C’est ainsi, dit-elle, dans rue les femmes doivent se cacher pour survivre. Un cercle infernal et vicieux : en devenant invisible elles s’effacent, disparaissent de la société. Elles sont des Intouchables, des fantômes errant à la périphérie de l’humanité.

 

C’est Albin, le partenaire fidèle et dévoué, le complice de toujours, le compagnon d’armes et de cordée qui trouve les mots pour la relever. Ils se l’étaient promis, ce jour-là, sur le grand-bi :si l’un tombe, l’autre le rattrapera. Ainsi font les soldats. A deux, on est plus fort. Seuls on ne va jamais loin. Blanche se souvient de ce qu’il avait dit…

 

Les mots sont des papillons, fragiles, volatiles. Il faut le bon filet pour les attraper.

 

Lu en novembre 2019