« Sphère » de Florent Rigout

Je vous parle aujourd’hui d’un livre, un OVNI que j’ai choisi pour le titre et pour faire la connaissance avec les éditions L’alchimiste, et le jeu valait la chandelle. Ce fut un petit moment de détente tandis que j’étais plongée dans la lecture de « La plus secrète mémoire des hommes » :

Résumé de l’éditeur :

Lieutenant au Service des violences domestiques, Franck Bassa est soudainement catapulté sur une affaire de meurtre, celui d’un physicien du SNOLAB, le célèbre Centre d’études sur les neutrinos.

Le flic retrouve vite ses vieux réflexes. Armé de méthodes peu conventionnelles, en proie à son passé et en quête de rédemption, il plonge dans cette enquête obscure.

Pourquoi avoir tué ce physicien ? Sur quoi portent réellement les recherches du SNOLAB ? Pourquoi des sbires d’une multinationale tentaculaire le pourchassent-ils ?

Et pourquoi un gamin se découvre-t-il subitement surdoué, écrivant sur les murs des équations dignes des plus grands mathématiciens du monde ?

Noyé au milieu de la Physique de l’Intelligence Artificielle, Franck Bassa s’enfonce dans la plus folle enquête de sa vie, prêt à tout pour découvrir le lien qui unit tous ces mystères.

Ce que j’en pense :

Franck Bassa, lieutenant dans une unité chargée des violences domestiques, où il se morfond, se trouve catapulté sur une scène de crime : un physicien de la société SNOLAB, qui étudie les neutrinos, a été retrouvé mort, assassiné. Le collègue qui travaillait avec lui a pris la fuite.

Curieusement, le directeur du centre de recherches a décidé de renvoyer tout le personnel… Alors que Franck l’arrête chez lui, en train de faire ses valises, et le ramène au commissariat, il est assassiné en pleine rue, au nez et à la barbe de Franck, persuadé de tenir le coupable.

Inutile de dire que sa supérieure le renvoie à son poste, mais une jeune femme, Emma, l’aborde et tente de se rapprocher de lui, sous prétexte qu’elle devait avoir un entretien dans la société. Espionne ? On plonge alors dans le domaine des mathématiques de haut niveau, des neutrinos, tandis qu’un concours est lancé pour résoudre une équation de haut niveau.

Mystérieusement un commando tente d’enlever un jeune adolescent, surdoué, qui écrit des formules incompréhensibles au commun des mortels sur les murs de sa chambre.

Quelle est la découverte faite par les deux scientifiques pour déclencher ces assassinats en série, avec des moyens mafieux ? derrières lesquelles se cache la société Skytral et en toile de fond la mystérieuse Sphère…

Il s’en suit une enquête qui a démarré sur les chapeaux de roues et nous réserve des découvertes intéressantes et un rythme fracassant, dans l’évolution des faits, sur fond de sociétés sans scrupules, qui veulent mettre la main sur tout ce qui peut leur permettre de dominer la planète.

Peu à peu, on fait plus ample connaissance avec Franck policier émérite, qui a fait une brillante carrière dans une unité intensive (RAID ?) jusqu’au jour où une balle dans le genou l’oblige à démissionner : il n’est plus opérationnel malgré la rééducation. Ceci va avoir des répercussions en cascades : Franck est un taiseux, et lorsque son épouse fait une fausse couche, il va se murer dans son silence et son chagrin jusqu’au jour où elle décide de faire sa valise alors exit Franck, direction le Canada…

L’enquête est passionnante. Je redoutais un peu au départ, car les démonstrations mathématiques, physiques, sont de haut niveau, mais je me suis vite immergée dans ce milieu et sur les traces de ce héros mais aussi sur la réflexion sociétale qui accompagne l’intrigue (Ah ! ces chers GAFAB and Cie qui nous polluent tant le paysage !) et il faut reconnaître que l’auteur se met à la portée du commun des mortels : les explications données à Franck nous en apprennent suffisamment pour ne pas se sentir noyés.

J’ai particulièrement apprécié l’opiniâtreté de Franck, son désir de comprendre, que ce soient les mathématiques, l’Intelligence Artificielle, la robotique ou les recherches sur l’autisme, il n’hésite pas à aller à la pêche aux infos, s’approchant des experts dans ces domaines. Et mon goût pour les policiers cabossés est connu.

J’ai beaucoup aimé le style de Florent Rigout que je découvrais avec ce thriller, et particulièrement apprécié, outre le côté addictif du récit, la manière dont il présente les faits, en avançant dans l’intrigue, il nous livre en alternance l’histoire à Bassora (en 998 après J.C.)   d’un jeune étudiant Ibn al-Haytan, alias Alhazen qui a accepté une mission pour étendre la gloire du calife sur tout le Moyen-Orient : découvrir les sources du Nil. Il a choisi pour l’accompagner Abu-Mansir, un jeune géographe qui a bien compris, lui, qu’en cas d’échec ce serait la mort assurée.

Les deux récits s’entrecroisent, nous permettant d’aborder les mathématiciens et les découvertes de l’époque, tout en progressant dans l’enquête et on se rend compte que le désir des hommes de dominer est le même, à l’approche de l’an 1000 qu’à l’heure actuelle, seule la sophistication des méthodes a changé…

A l’heure de la toute puissance des réseaux sociaux, avec les complotistes de tous ordres, ceux qui pensent que la Terre est plate, que l’homme n’a pas marché sur la lune, j’en passe et des meilleures, voici une phrase qui m’a bien plu :

Avant tous ses pairs, il (Alhazen) a affirmé qu’un homme de science doit se défaire de ses opinions, et opinion signifiait religion à cette période. Se débarrasser de l’influence des écrits sacrés, remettre en cause de manière systématique et ne valider uniquement ses théories que sur l’empirisme. Il s’agit de la première pierre de la science, de l’esprit critique et de la logique.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’Alchimiste (que je découvre avec ce livre) qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont j’ai envie de découvrir les deux précédents romans, notamment « Saisons sans toi » car son univers particulier a plus qu’éveillé ma curiosité…

#Sphère #NetGalleyFrance !

9/10

L’auteur :

Dans ses histoires, Florent Rigout explore le domaine de l’hypothèse, cet infime halo de brouillard à la frontière entre science et science-fiction, entre savoir et philosophie. De là, il espère poser humblement quelques mots sur l’inexpliqué et amener de l’eau au moulin des rêves.

On lui doit : « Saisons sans toi » et « Triangle »« Sphère » est son troisième roman.

Extraits :

Puis, sans rien dire, elle était partie un matin. Sans un message, sans explications. Cela dit, Franck n’en avait pas besoin, ne les connaissait que trop bien. Lassée des mois de silence et d’omerta qui avaient suivi sa fausse couche, lassée devoir le boulot regagner du terrain sur ces territoires qu’elle avait mis tant de mal   à conquérir, elle avait lâché.

Avant ce réconfort, une longue journée de cours l’attendait, avec le démarrage d’un nouveau cycle d’études pour sa classe. Ptolémée et Aristote les avaient copieusement occupés ces derniers mois, Ibn al-Haytam encore davantage. Son handicap l’obligeait à une charge de travail plus conséquente. Il devait lire, relire chaque ouvrage plusieurs fois avant d’en saisir le contenu. Cette maladie le fascinait autant qu’elle l’énervait. Confondre certaines lettres, trébucher sur les mots, lire sans trouver le sens…

On appelle cela le syndrome acquis du savant, il n’existe que six ou sept cas répertoriés dans le monde. Le garçon dot vous me parlez souffre-t-il d’une forme d’autisme ?

Parce que le Savantisme est plus fréquent chez les autistes. On n’en connaît pas les causes avec certitude, ni les mécanismes précis qui affectent le cerveau des personnes atteintes d’autisme, mais le développement de capacités prodigieuses, qu’elles soient mathématiques, mnémotechniques ou bien artistiques, ont plus souvent lieu chez eux.

S’il réussissait à asservir le Nil, à dompter les eaux mères, le souverain s’assurait le respect et la vénération du peuple entier. Les inondations jugulées et les récoltes optimisées le mettraient à l’abri de bon nombre de doléances. Discipliner la source du grand Nil signifiait tarir celle des maux et colères des Égyptiens…

Il faut cependant garder à l’idée que l’intelligence artificielle ne choisira pas une direction d’elle-même. L’homme, et l’homme seul, imprimera le chemin sur lequel elle évoluera et ça je crois, c’est ce qui nous terrifie, au fond. Nous savons que ces incertitudes dépendent de nous, et nous savons que nous sommes imprévisibles. Or, l’humanité, aujourd’hui, se situe à un tournant majeur dans l’histoire de l’intelligence artificielle.

Le microtubule est un élément du cytosquelette de nos cellules, donc de nos synapses. Dans le cerveau, Skytral a découvert que les microtubules jouaient un rôle majeur dans la formation de la conscience. A l’intérieur, des réactions quantiques très spécifiques s’y produisent, engendrées par les neutrinos qui voyagent en nous sans arrêt… Sans neutrinos pas de conscience. Pour ce dernier extrait, je vous le concède, un décodeur serait peut-être conseillé !

Lu en janvier 2022

« Le fils de l’homme » de Jean-Baptiste Del Amo

Je vous parle aujourd’hui de ma dernière lecture 2021, avec ce livre que j’ai en fait oublié dans mon bilan ; serait-ce un acte manqué ? Peut-être bien…

Résumé de l’éditeur :

Après plusieurs années d’absence, un homme resurgit dans la vie de sa compagne et de leur jeune fils. Il les entraîne aux Roches, une vieille maison isolée dans la montagne où lui-même a grandi auprès d’un patriarche impitoyable. Entourés par une nature sauvage, la mère et le fils voient le père étendre son emprise sur eux et édicter les lois mystérieuses de leur nouvelle existence. Hanté par son passé, rongé par la jalousie, l’homme sombre lentement dans la folie. Bientôt, tout retour semble impossible.

Après Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo continue d’explorer le thème de la transmission de la violence d’une génération à une autre et de l’éternelle tragédie qui se noue entre les pères et les fils.

Ce que j’en pense :

Le roman débute sur une scène surprenante : un groupe d’hommes femmes et enfants, qui progressent dans une nature, encore vierge, se nourrissant de produits de leurs chasses et de leurs pèche, à la sagaie ou à mains nues. Les plus solides les plus habiles, seuls survivront. On ne saura pas de quel moment de la préhistoire il s’’agit, car là n’est pas le propos, seule compte la survie, l’entraide ainsi que le respect de la nature.

Ensuite, retour au présent avec un break qui emmène un homme, une femme et un enfant vers une contrée isolée, « Les roches ». Un silence de mort règne dans la voiture, ils n’échangeront pas dix mots, seulement quelques regards entre la mère et le fils. De surcroit, un arbre couché au milieu de la route les oblige à continuer à pied, courbés sous le poids des sacs à dos…

L’auteur alterne présent et passé, pour raconter l’histoire du père, sa longue disparition du milieu familial, sa brusque réapparition et son désir de « repartir à zéro » dans la ferme en ruines où il a vécu, enfant, avec son père.

Le récit est angoissant dès les premières pages, la violence monte en puissance, psychologique, physique… Jean-Baptiste Del Amo a choisi de ne pas donner de nom aux personnages, ce sera le père, la mère et l’enfant. Le père est pervers, psychopathe, jaloux, suspectant tout le monde notamment sa femme parce qu’elle a eu une vie alors qu’il était parti. Il refait l’histoire, et tente de monter le fils contre sa mère, en lui racontant des choses qu’il n’est pas en âge d’entendre, car il a neuf ans.

L’auteur tente de prouver, durant ce récit, que la violence est héréditaire : si le père est violent, le fils ne peut que l’être en gros, mais c’est loin d’être aussi simple, l’environnement, le formatage, participent aussi, il y a une répétition des scenarii de vie. La fin est dure, mais on la sent venir, de manière inéluctable…

L’écriture est très belle, les descriptions de la nature sont magnifiques, les réflexions sur la vie, le temps qui passe, sont intéressantes, ce qui permet d’aller au bout de l’histoire. Jean-Baptiste Del Amo manie la langue d’une façon magistrale, ce qui me donne envie de le lire « Règne animal ».

Cette lecture a été difficile sur le plan émotionnel car je sentais très bien ce qui allait se passer, la mère étant enceinte, dans ce coin perdu, loin de toute civilisation et de tout médecins. Alors, j’avais des images, des fantasmes : une grosse seringue peine d’un cocktail de neuroleptiques et la camisole de force, et direction l’hôpital psychiatrique le plus proche…  Pour ne pas dire plus…

Un grand merci à Lecteurs.com et aux éditions Gallimard qui m’ont permis de découvrir ce roman qui a reçu le prix FNAC ainsi que la plume de son auteur…

8/10

L’auteur :

Jean-Baptiste Del Amo est né à Toulouse. Le fils de l’homme est son cinquième roman, après Une éducation libertine, Goncourt du premier roman, Le sel, Pornographia et Règne animal

Extraits :

Ce chant est quelque chose d’avant le chant, d’avant même la voix, une plainte gutturale, modulée, faite de vibratos et d’ondulations dissonantes, d’expirations profondes et graves dont le corps du vieillard est tout entier la caisse de résonance.

La nuit porte maintenant en elle l’attente de l’aube, cette infime variation qui détache les contours du monde sans qu’ils soient encore intelligibles, laissant seulement paraître des degrés d’obscurité. Un voile se déchire : tout ce qui se tenait retranché dans la coulisse de la nuit est soudain baigné par une lueur bleuâtre qui ne semble pas provenir de l’intérieur des choses, mais plutôt émaner d’elle, une phosphorescence livide qui suinterait des pierres, du bitume, du tronc des pins et de la frondaison des arbres.

Il ne garde pas de souvenir précis du départ du père. Il n’a conservé de la vie auprès de lui qu’une suite d’impressions morcelées, peut-être fictives et en partie façonnées par les photographies enfouies dans la commode…

Dans cet apparent silence, le fils éprouve violemment sa solitude et, dans le même temps, l’impression de sa présence au monde, de la nature déployée autour de lui, de l’immensité et de la multitude dans laquelle son existence a pris forme et se trouve à cet instant précis.

Il sent aussi, inexplicablement, le grand mouvement qui les entraîne tous, lui compris, imperceptible, pourtant vertigineux, à travers le temps et à travers l’espace, toutes ces vies mêlées, hommes et bêtes, et avec eux les pierres, les arbres, les astres ignés. De ces instants, il gardera le souvenir d’une épiphanie, la conviction d’avoir été frappé par la véritable nature des choses, qu’aucune langue, aucun mot ne saurait dire …

L’amour est une maladie, un virus inoculé dans e cœur des hommes, ce cœur déjà malade, déjà pourrissant, déjà perverti, rongé de tout temps par la gangrène et dont il serait vain de vouloir sonder le fond. Je te le dis aujourd’hui pour celui que tu deviendras plus tard : garde-toi bien d’aimer, tu n’en tireras rien de bon.   

… Il y a des choses qu’il est préférable de ne pas réveiller, des souvenirs et des hommes qui doivent rester ensevelis. Car ils n’attendent en réalité que cela, que l’on vienne les tirer de leur profonde torpeur pour ressurgir et répéter sans cesse les mêmes hantises, les mêmes désastres…

Lu en décembre 2021

« L’enfant dormira bientôt » de François-Xavier Dillard

Petit intermède polar, aujourd’hui, (je dois souffler un peu pour rédiger au mieux ma critique de « Les prophètes » mais votre attente sera récompensée, du moins je l’espère !) avec ce roman dont la couverture était trop alléchante pour que je tente de résister :

Résumé de l’éditeur :

Quoi de plus désarmant que de regarder un nouveau-né s’endormir dans vos bras… Mais êtes-vous certain qu’il se réveillera ?

L’homme remonte l’escalier de la cave. Il a la démarche saccadée d’un automate brisé et tient dans ses mains deux petits sacs-poubelles recouverts de cristaux de givre. La dernière vision qu’il aura avant de plonger dans le néant restera éternellement gravée dans sa mémoire : du sac noir a glissé une chose atroce, innommable.

Michel Béjart rêve d’une existence heureuse avec son fils Hadrien, mais tous deux ne guériront jamais du drame familial survenu quinze ans plus tôt. Une macabre découverte qui a brisé leur vie pour toujours. Michel essaie de se reconstruire au sein de la fondation Ange qu’il a créée pour la protection de l’enfance, et tente de surmonter son chagrin et sa culpabilité auprès d’une poupée « reborn », étrange bébé plus vrai que nature, qu’il chérit quotidiennement.

Un matin, la commissaire Jeanne Muller débarque à la Fondation. Des nouveau-nés ont été enlevés, et un vent de panique sou e sur les maternités parisiennes. Pourquoi Michel s’inquiète-t-il soudainement ? Les disparitions auraient-elles un lien avec la Fondation ? En investiguant au cœur de cette institution tout entière tournée vers la parentalité, Jeanne ne tardera pas à comprendre ce que l’arrivée d’un enfant peut provoquer dans notre société, dans nos foyers et dans nos esprits. Le meilleur comme le pire…

Une histoire où personne n’est vraiment innocent, pas même les enfants…

Ce que j’en pense :

Jeanne Muller, commissaire, vient d’intégrer une nouvelle brigade criminelle, après avoir passé, à sa demande, une année dans un commissariat tranquille à la suite d’une enquête traumatisante, mais l’ennui a vite eu raison de ses velléités de changement.

Elle va vite se retrouver face à une enquête difficile : deux bébés ont été enlevés dans deux maternités différentes. Un seul point commun entre les deux : les parents avaient eu recours à une agence d’adoption : la fondation Ange mais ils avaient renoncé car une grossesse inespérée était survenue.

La fondation Ange est dirigée par Michel Béjart qui s’est investi dans ce projet après un drame familial : la découverte un jour du corps de deux nouveau-nés dans le congélateur, et le couple vole en éclats après l’incarcération de son épouse. Il élève seul son fils Hadrien grièvement blessé dans l’accident causé par sa mère qui tendait de fuir.

Le récit alterne l’histoire de Michel, l’enquête sur les nouveau-nés disparus, et une troisième histoire, celle de Samia que Jeanne a pris sous son aile en la faisant sortir de l’engrenage de la prostitution dans lequel elle s’était plongée, pensant tout maîtriser… Le passé n’est jamais très loin et même si elle est heureuse dans sa famille d’accueil qui a elle-même vécu un drame, comment résister quand une amie de son ancienne vie l’appelle. Mais un souteneur reste un souteneur, Samia l’apprendra à ses dépens, quand les traquenards et les coups commencent à pleuvoir.

François-Xavier Dillard, par la manière dont il construit son récit, nous livre une étude de l’enfant : le bébé désiré ou non, ce qui peut conduire à l’infanticide, l’adolescence avec ces jeunes filles en rébellion qui se mettent en danger, pensant contrôler la situation, les ruptures avec la famille, ou encore le traumatisme de trouver des bébés dans son congélateur qui conduit à des conduites étranges, tel Michel et sa poupée reborn, petit chef-d’œuvre de technologie…

J’ai bien aimé la pugnacité et les méthodes de la commissaire Jeanne Muller, circulant au volant de sa Maserati rutilante, et la manière dont elle mène ses troupes, sans jamais lâcher les faits comme les gens.

Une enquête sympathique, rondement menée, avec nombreux rebondissements (jusqu’à la dernière page !) ; la parentalité comme le couple et ses pathologies sont bien étudiés, tout comme les effets ravageurs des traumatismes de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte.

J’ai beaucoup apprécié la réflexion sur l’adoption (et la stérilité ou l’hypofertilité!) car je connais de l’intérieur ainsi que la diatribe de Jeanne sur le handicap (cf. citation ci-dessous). Sans oublier la réaction du père (famille d’accueil de Samia) devant la perte de sa fille.

Je découvre l’auteur avec ce titre et j’ai bien envie de m’intéresser à ses précédents romans, mais vu l’état actuel de ma PAL, il va falloir attendre un peu ! en effet, je résiste beaucoup mieux devant un bon chocolat, noir à 85% de préférence, qu’à un livre !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman ainsi que son auteur.

#Lenfantdormirabientôt #NetGalleyFrance !

7,5/10

L’auteur :

François-Xavier Dillard est né à Paris en 1971. Il est l’auteur à succès de nombreux thrillers, dont Fais-le pour maman(prix des Nouvelles Voix du polar Pocket 2017) et Prendre un enfant par la main (Belfond, 2020).  

Extraits :

Les poupées reborn, ce sont des poupées hyperréalistes qui ressemblent en tout point à de vrais bébés… Certains les confient même à leurs parents lorsqu’ils s’absentent. Et cela touche tout le monde, des femmes, des jeunes filles et des hommes aussi. Une Américaine a même fait un procès à une crèche qui refusait de prendre son « bébé » …

Depuis les années 70 et grâce à l’IVG, il y avait de moins en moins d’enfants abandonnés à la naissance. Mais le nombre de parents candidats à l’adoption, lui, ne baissait pas. Il y avait toujours cinq à dix fois plus de candidats que d’enfants mineurs adoptables.

Le rêve légitime de « bébé parfait » de ces couples pleins d’espoir venait percuter une sombre réalité. La plupart des enfants adoptables étaient grands, avec des parcours de vie souvent difficiles. Et, lorsqu’ils étaient plus petits, ils souffraient parfois de maladie ou de handicap.

Bon sang, elle en connaissait plein des pécheurs, des vrais, elle en avait croisé suffisamment dans sa carrière pour savoir ce qu’était un bon gros péché, le truc bien grave. Là, on ne parle pas de la petite pensée jalouse, de la vilaine gourmandise, de la méchante colère ou de l’adultère commun… On parle de viols, de meurtres, de séquestrations, de tortures, de sévices, de trafics de drogue… Et niveau repentance, on n’avait pas vraiment affaire à des champions ?

Elle se dit aussi qu’elle a pensé « handicapé » et pas « personne en situation de handicap ». Rien que pour ça, on pourrait lui reprocher d’être tout à fait discriminante. Elle se dit qu’elle ne pourra jamais s’habituer à cette hypocrisie. Que ceux qui s’obligent à ajouter personne devant le mot handicap ont peut-être du mal à voir l’être humain derrière l’infirmité. Cela n’a jamais été son cas. Et, en plus, elle est certaine que les handicapés, eux, s’en foutent. Ce qu’ils veulent, ce sont des logements, des transports adaptés et du boulot. Pas de précautions oratoires à la con quant à la manière dont on parle d’eux.

Lu en décembre 2021

« Le prince aux deux visages » de Gilbert Sinoué

Petit détour par le roman historique, aujourd’hui, avec ce livre au titre évocateur :

Résumé de l’éditeur :

Paris, 1962. L’historien Paul Savarus et sa femme sortent enthousiastes de la projection de Lawrence d’Arabie, le film de David Lean. Ils sont bousculés par un spectateur qui paraît hors de lui. L’homme s’appelle Alan Carswell et ne décolère pas. Ce film ? Un conte hollywoodien, à mille lieues de la vérité. Car lui a connu Lawrence, à Oxford, lorsqu’il était étudiant en archéologie. Il sait la vérité sur ce « prince aux deux visages ».

À la fois abasourdi et intrigué, Savarus décide de se lancer sur les traces de l’auteur des Sept piliers de la sagesse.

Qui fut le véritable T. E. Lawrence ? Un mythomane ? Une prima donna névrosée ? Un agent sans pouvoir ? Un fabuleux dissimulateur ? Autant de questions soulevées par Gilbert Sinoué dans ce roman en forme d’enquête, qui revisite l’incroyable épopée de l’un des personnages les plus mystérieux du XXe siècle.

L’épopée de la Révolte arabe, la personnalité énigmatique de T. E. Lawrence (1888-1935), dit Lawrence d’Arabie, l’aura de légende qui entourent son existence méritaient d’être démystifiées par le conteur talentueux qu’est Gilbert Sinoué.

Ce que j’en pense :

L’idée de départ est intéressante : en 1962, Savarus, historien, et son épouse psychiatre, assistant à la projection du film de David Lean, « Lawrence d’Arabie » se font bousculer par un autre spectateur, Alan Carswell qui juge que ce film est un tissu d’âneries, pur produit de Hollywood, car, lui, personnage important a bien connu Lawrence autrefois.

Il va éveiller la curiosité de Savarus, en le dirigeant vers des auteurs, biographes autoproclamés qui n’ont eu de cesse d’écorner l’image du mythe, en particulier la biographie de Richard Aldington. On va suivre le parcours de Savarus, à la recherche de la « face cachée », c’est-à-dire sombre peu glorieuse du héros.

L’auteur revient sur l’enfance de Thomas Edward Lawrence, fils de l’union illégitime de Thomas Chapman (marié et père de quatre filles, dont l’épouse refusera toujours le divorce) et de Sarah Junner, elle-même enfant illégitime. Il semblerait que le nom Lawrence soit celui du père de Sarah). Enfance compliquée, avec de multiples déménagements, chaque fois que l’illégitimité était arrivée aux oreilles du voisinage.

Deuxième de la fratrie, il a subi l’éducation ultrareligieuse de sa mère, toxique comme on dirait de nos jours, avec maltraitance physique et psychologique.

L’auteur, via Savarus et autres biographes,  attribue à cette maltraitance le côté quelque, peu maladif de Lawrence, son attirance (attraction) pour les châtiments corporels, son rejet du corps, et ce qu’il pense, son homosexualité… il n’hésite pas à justifier ainsi un viol, en 1917 lors d’une mission à Deraa, ville de Syrie proche de la frontière jordanienne, mais ce viol a-t-il vraiment existé ?

On va suivre son épopée en Orient, où il embrasse la cause des Arabes, les poussant à se révolter contre le joug turc, révolte dont l’Europe ne se préoccupe guère, puisque sont scellés en traitre les accords de Sykes-Picot.

L’auteur, via ses protagonistes dont le but est d’écorner l’image du héros (cf. La réaction d’un des protagonistes à la sortie de la séance) nous propose ses pistes sur l’identité de Selim Ahmed, (alias Daoum), en se référant à la mystérieuse dédicace (S. A.) de l’ouvrage de T.E. Lawrence : « Les sept piliers de la sagesse », le présentant quasi comme l’amour de sa vie.

On sait bien que les politiciens n’ont pas respecté leurs promesses aux Arabes qu’ils considéraient comme des « tribus arriérées », et on suppose que T.E. Lawrence devait être gênant pour eux, mais de là à fantasmer sur son éventuel assassinat, il y a peut-être un pas ?

On rencontre de nombreux personnages de Churchill à Weizmann futur président de l’état d’Israël, qui a fui les pogroms tsaristes avec d’autres Juifs qui formèrent les premières colonies. Beaucoup de jeunes gens au début du XXe siècle ont eu des envies d’ailleurs, pour se rendre utiles, à une cause ou simplement une raison de vivre, Gauguin, Loti, Byron, Monfreid ou Alexandra David Neel et tant d’autres…

Il fut un pathétique enfant du XXe siècle parce qu’il était imprégné de cette aspiration à être un autre et à être ailleurs, qui hanta la jeunesse de ce siècle.

J’ai aimé suivre ses traces et ses combats, ce qui m’a rappelé à quel point je connaissais mal l’histoire du Moyen-Orient. Par contre, le dossier à charge de T.E. Lawrence, visant à le faire descendre de son piédestal : ô Lawrence d’Arabie, film somptueux Peter O’Toole et Omar Sharif, aurais-tu faussé à jamais ma lucidité sur le Prince d’Arabie ? Quoi qu’il en soit, je préfère garder l’image de l’homme au Keffieh, qui lui sied à merveille, à la « prima dona névrosée » que nous propose Gilbert Sinoué.

Cette lecture a été plaisante, mais trop à charge pour moi et ma piètre maîtrise de cette période de l’Histoire, à part les accords Sikes-Picot (comme Yalta plus tard, les vainqueurs aimant se livrer à ce genre d’exercice) où France et Grande -Bretagne se sont partagé le gâteau et dont on a beaucoup reparlé avec les guerres et Syrie et Irak…

Par contre, Gilbert Sinoué dont j’ai apprécié les qualités du conteur et c’est ce qui explique ma note, m’a donné envie de m’y replonger et surtout de sortir de ma PAL (enfin !) le magistral livre de François Sarindar auteur bien connu des Babéliotes : Lawrence d’Arabie : Thomas Edward, cet inconnu

Ce roman, au titre évocateur, comme tout roman historique, doit éveiller la curiosité du lecteur et le pousser à trouver d’autres sources d’information et à réfléchir par lui-même…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions L’Archipel qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont la bibliographie est plutôt conséquente…

#LEPRINCEAUXDEUXVISAGES #NetGalleyFrance !

https://www.babelio.com/auteur/Francois-Sarindar/309358

8/10

L’auteur :

Gilbert Sinoué est l’auteur de nombreux romans à succès, dont L’Égyptienne (Gallimard, 1993), Le Livre de saphir (Gallimard, 1996), L’Île du couchant (Gallimard, 2010), la trilogie Inch’allah (Flammarion, 2010-2016), Le Faucon (Gallimard, 2020), ou encore L’Envoyé de Dieu (Archipoche, 2021).

Extraits :

Ce fut là, à Tremadoc, qu’en 1888 naquit Thomas Edward ; il serait le deuxième de cinq garçons et le premier à porter le nom de Lawrence…

Aucune confiance n’a jamais existé entre ma mère et moi. Toutes les fois où nous étions ensemble, chacun de nous gardait jalousement sa propre individualité. Je me suis toujours senti assiégé par elle : elle m’aurait pris d’assaut si j’avais laissé sans défense la moindre fente dans les remparts.

A cette époque, la Grande-Bretagne, maîtresse des mers et de « l’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais », protégeait farouchement celui-ci contre les menées étrangères, forcément jalouses. Pour cela, elle veillait sur la route de Indes, c’est-à-dire sur Suez et la mer Rouge. L’Orient est, pour elle, un vaste ensemble de territoires occupés par des populations arriérées de « races inférieures »

Il ne savait pas s’il était le fils de sa mère ou celui de son père. En tant que bâtard, et sans doute pénétré de l’importance de l’hérédité, il ne savait pas qui il était. Ni même s’il existait. Et l’on retrouvera ce dilemme tout au long de sa vie. Il lui faudrait affirmer son existence.

Alors que se livraient ces batailles pour le moins sanglantes et que les Arabes payaient de leur vie pour chasser les Turcs, deux diplomates, un Français M. Picot et un Anglais, Mr Sykes, étaient penchés sur une carte de la région…  Ces célèbres accords Sykes-Picot pourraient se résumer à une série de brûlots qui, des décennies plus tard, nous ont explosé au visage.

Un point est certain : Lawrence n’est pas épris d’admiration pour ses compatriotes. Même les Turcs n’auraient probablement pas écrit –ni publié – ces mots : « Les hommes (anglais) étaient souvent de vaillants combattants, mais leurs généraux le cédaient le plus souvent en stupidité ce qu’ils avaient gagné en ignorance. » On en reste confondu. Lawrence n’est certes pas solidaire de son pays.

Le dégoût d’être touché me révoltait plus que l’idée de la mort, de la défaite ; peut-être parce qu’un horrible pugilat, dans ma jeunesse, m’avait laissé une aversion durable pour le contact ; ou peut-être parce que je respectais la maîtrise de mon esprit et que je méprisais tellement mon corps que je n’aurais pas préservé celui-ci pour tenir l’esprit en vie. in « Les sept piliers de la Sagesse« 

Lu en novembre 2021

« L’enfant réparé » de Grégoire Delacourt

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour le thème et la couverture et  dont la lecture m’a pris du temps :

Résumé de l’éditeur :

« J’ai compris depuis ce qui motiverait mon chemin d’écrivain. Présenter à l’adulte que je suis devenu l’enfant que je fus. »


 
Dans Mon père, publié en 2019, Grégoire Delacourt peignait un père venu demander des comptes à un prêtre coupable d’abus envers son jeune fils. Catalyseur d’émotions enfouies, le livre allait faire ressurgir des souffrances muettes et conduire son auteur a une enquête introspective profonde. Remontant enfin à la source de son enfance saccagée, Grégoire Delacourt la fait revivre dans Son fils, poignant récit autobiographique où il se livre pour la première fois.


  Son fils raconte un corps abîmé et les livres qui l’ont réparé, ce corps qui très jeune a subi l’étourdissement dans le Valium ou autres médicaments et se perçoit comme un déchet. L’écriture lui permet d’abord de subsister, de fuir sa famille et ses souvenirs, avant de devenir une démarche créatrice jalonnée des traces cachées de ses douleurs enfantines.


  Pourquoi le petit garçon qu’il était rêvait-il au soulagement de sauter par la fenêtre ? Qui était ce père, absent et bourreau ? Cette mère adorée fuyait-elle son propre enfant, ou bien faisait-elle tout pour le protéger ?

 
 
Son fils est l’histoire d’une enfance abusée, d’une famille où l’on porte le déni comme une armure, et un éclairage unique sur le parcours d’un écrivain. « Le jour où j’ai appris que j’étais une victime, je me suis senti vivant. » Dans un style acéré, précis, un regard sur soi d’une rare lucidité. Bouleversant.

Ce que j’en pense :

Comme c’est dur de refermer un tel livre ! Et comment en parler, quand c’est un uppercut qu’on vient de se prendre en pleine face ?

Je précise, avant de commencer ma chronique, que je n’ai pas lu « Mon père », donc je suis entrée dans le livre sans connaissance de la vie de l’auteur, ni idée préconçue.

L’auteur nous parle de son enfance abusée, abus qu’il avait pris soin d’enfouir le plus profondément possible. Des bribes revenaient, le retour de sa mère de la maternité après l’accouchement et qui retrouve son fils de trois ou quatre ans, transformé : il hurle dès qu’on le touche ! Elle a certes compris ce qui s’était passé, mais à cette époque-là, il est malvenu d’en parler, et comment en parler d’ailleurs ?

Elle va se contenter de mettre de la distance entre l’enfant et son père, une chambre au grenier : un « comble » c’est lui qu’on isole ! puis internat, colonies de vacances… Mais pas, de communication, de gestes tendres, encore moins mettre des mots.

Grégoire Delacourt nous raconte son parcours dans la vie, son mariage, son analyse, ses livres qui chaque fois révèle une petite partie de l’histoire, mais il s’agit toujours d’un autre. En revisitant son œuvre, on découvre l’auteur qui se cache derrière.

Les découvertes sur le divan sont truculentes et ne pouvaient que me plaire :

J’avais déjà décrit dans un autre livre, cette gamine que son père tire. Ça m’avait cassé la tête.

Je voulais dire sur laquelle son père tire…

ou encore:

Ma mère m’avait un jour appris que j’étais né violé, parce que j’avais le cordon ombilical autour du cou, à deux doigts d’être étouffé. Violet. Violé. Une voyelle muette d’écart…

Grégoire Delacourt raconte ce corps mutilé mais sans blessures apparentes, cette envie de se jeter par la fenêtre, sa difficulté à se trouver, à se retrouver, à se reconnaître victime, et à avancer, avec des mots qui percutent, des phrases parfois très courtes, lapidaires.

Il parle aussi très bien du déni, de la possibilité ou non de pardonner, d’aimer.

J’ai vraiment aimé ce livre percutant, déchirant parfois, mais où espoir et résilience avancent lentement mais sûrement. J’ai eu un peu de mal à passer à une autre lecture alors j’ai eu recours à ma bonne vieille méthode : un polar, en alternance d’ailleurs car il faut respirer de temps en temps pour cheminer avec cet enfant qui se répare.

Un petit mot encore pour évoquer la belle couverture, avec cet enfant blond, souriant, innocent, avant que sa vie ne bascule.

Je suis impressionnée par les ordonnances du médecin de famille: Valium, Mogadon, et tant d’autres, dès son plus jeune âge: masquer pour ne pas faire de vagues…

Je n’ai lu que « Un jour viendra couleur orange » de l’auteur que j’avais classé en fait dans la littérature légère, quasi « feel good » à cause d’un de ses titres : « La liste de mes envies ». Colossale erreur, mais je ne regrette pas de ne pas les avoir, finalement car je vais les découvrir à travers le prisme de celui-ci…

Décidément, cette rentrée littéraire a été riche en coups de cœur (ou presque) après « Enfant de salaud » de Sorj Chalandon notamment j’ai lu beaucoup sur le thème de la maltraitance intrafamiliale, inceste, abus … sans oublier le magnifique « S’adapter » de Clara Dupont Monod récompensé par le prix Femina ainsi que le Goncourt des lycéens.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver son auteur dont je vais certainement lire les autres romans ! c’est ma PAL qui va être ravie, déjà qu’elle est en surcharge pondérale depuis des lustres, voilà que je la leste de plusieurs romans d’un coup.

#LenfantréparéGrégoireDelacourt #NetGalleyFrance !

L’auteur :

Grégoire Delacourt a publié neuf romans dont, aux éditions Jean-Claude Lattès : L’Ecrivain de la famille (2011, 150 000 ex, Prix Marcel Pagnol 2011, Prix Rive Gauche à Paris 2011, Prix Carrefour du Premier Roman 2011, Prix Cœur de France 2011) ; La liste de mes envies (2012, 1,2 million d’ex, Prix Méditerranée des Lycéens 2013, Prix Livresse de Lire 2013) traduit en 35 langues, adapté au cinéma par Didier Le Pêcheur en 2014 ; 

On ne voyait que le bonheur (2014, 300 000 ex, Prix des Lectrices Edelweiss, Meilleur roman de l’année 2014), adapté au Festival d’Avignon. Chez Grasset, il est l’auteur d’Un jour viendra couleur d’orange (2020).

Extraits :

J’ai souvent regardé l’avenue en contrebas en me demandant quelle sensation ce serait de voler avant de m’écraser –le voilà, mon rêve d’enfant qui souffrait.

Dans cette maison, j’ai cent fois inhalé du trichloréthylène sur un mouchoir en coton, jusqu’à l’évanouissement. On m’a gavé de Valium et de Mogadon. Je n’ai jamais écrit dans cette maison.

Je n’ai pas été mordu. Je n’ai pas été brûlé, ni coupé. C’est pire. Il ne reste rien. Aucune preuve. Mon corps n’est pas un témoin. Il est l’ennemi du mal qui m’a été fait. Une neige immaculée. Mon corps est l’acquittement du coupable.

C’est la faim qui m’a poussé à écrire. A dix-neuf ans, j’avais faim et la faim ôte l’envie de danser. Elle est un vide qui se dévore lui-même.

Mon chagrin est épineux et ma mémoire estropiée. Je voudrais retrouver mes mots d’enfant pour me retrouver, mais je ne connais pas celui que je fus. Il a été tu.

Il faut du temps pour faire corps avec sa douleur ; prendre un jour le risque de l’aimer afin de ne pas mourir.

Je sais que nommer ne guérit pas. Nommer permet juste de s’identifier. De faire encore partie des hommes… On est ce qu’on a tamisé de nos héritages.

Car écrire, c’est parler une langue posthume. C’est se souvenir de l’oubli et se traduire en verbe. Ecrire, c’est se jeter sans avoir vu aucun fond, écouter se briser ses mots comme des os ; prendre le risque de mourir mais aussi celui de vivre.

Mes livres me racontaient mais je ne les lisais pas.

Le jour où j’ai appris que j’avais été une victime, je me suis senti vivant.

En écrivant sur mon père, j’ai trouvé l’amour de ma mère.

Avoir honte, c’est être son propre esclave.

Voilà pourquoi il y a tant de trahisons dans mes livres. Voilà pourquoi j’étais perdu. J’ai peur désormais. Les mots ne guérissent pas. N’effacent pas. Ils tracent juste d’autres vies.

Lu en novembre 2021

« Ces orages-là » de Sandrine Collette

Déçue d’avoir dû abandonner la version audio de ce roman, j’ai décidé de lui donner une seconde chance avec la version papier :

Résumé de l’éditeur :

C’est une maison petite et laide. Pourtant en y entrant, Clémence n’a vu que le jardin, sa profusion minuscule, un mouchoir de poche grand comme le monde. Au fond, un bassin de pierre, dans lequel nagent quatre poissons rouges et demi.

Quatre et demi, parce que le cinquième est à moitié mangé. Boursouflé, abîmé, meurtri : mais guéri. Clémence l’a regardé un long moment.

C’est un jardin où même mutilé, on peut vivre.

Clémence s’y est installée. Elle a tout abandonné derrière elle en espérant ne pas laisser de traces. Elle voudrait dresser un mur invisible entre elle et celui qu’elle a quitté, celui auquel elle échappe. Mais il est là tout le temps. Thomas. Et ses orages.

Clémence n’est pas partie, elle s’est enfuie.

Avec Ces orages-là, Sandrine Collette se fait la voix de l’intime et nous offre un roman brut somptueux sur les ravages de l’obsession, servi par cette écriture au cordeau qui la distingue.

Ce que j’en pense :

Clémence a trouvé le courage de quitter Thomas son compagnon, pervers, manipulateur, tortionnaire au bout de trois années de vie commune.

Elle a tout subi de sa part, en particulier les jeux au cours desquels il détient tous les pouvoirs, même s’il lui promet qu’elle aura une chance. Le plus pervers de tous étant, celui où il lui dit de courir la nuit, dans la forêt près de sa maison de famille, forêt qu’elle ne connaît pas, en lui promettant de lui laisser une chance de lui échapper. Elle a trois heures pour cela, elle court, elle court, à perdre haleine (et la raison) mais ne respectant pas la règle qu’il lui impose, il la rattrape évidemment, et si elle refuse de courir, le châtiment tombe comme un couperet…

Elle a réussi à emménager dans une vieille maison, à retrouver un travail dans une boulangerie, où elle pétrit la pâte en compagnie de Flo qui rêve d’ouvrir sa propre boulangerie. Elle aperçoit les clients, derrière la vitre, son seul « contact » avec l’extérieur.

Elle a vaincu la peur du partir, soutenue par Manon, l’amie d’enfance qui est toujours là, prête à l’aider…

Il faut franchir l’étape suivante : couper la dépendance au tortionnaire et récupérer un peu d’estime d’elle-même. Mais la peur est là, chevillée au corps, elle scrute la rue lorsqu’elle part à l’aube en vélo pour la boulangerie.

Les étapes conduisant à la libération sont certes bien décrites, mais Clémence m’est restée étrangère de bout en bout de ma lecture ; je n’ai pas réussi à éprouver de l’empathie pour elle et la chute a fini de me conforter dans ce ressenti…

J’ai bien aimé Gabriel, le voisin malentendant de Clémence, dont le fils s’est suicidé il y a quelques années : il avait entendu sonner le téléphone, mais entre la « surdité » et les numéros masqués, il n’était pas arrivé à temps… lui aussi est un écorché vif, mais il est d’emblée sympathique et c’est grâce à lui que j’ai réussi à terminer le roman. C’était ma deuxième tentative, n’ayant pas pu m’intéresser suffisamment à la version audio…

En fait, j’aurais dû me contenter de lire le résumé et ne pas insister, mais je suis, hélas, du genre à persister…

6/10

Extraits :

Elle a trente ans, elle vient de naître. Il ne lui reste à peu près rien. C’est comme regarder une maison éboulée après une secousse ou une inondation : à présent, il faut repartir à zéro. Clémence ne sait pas construire, tout au plus recoller les morceaux d’un mur brisé. Clémence est le mur…

Mais, pas seulement beau, le jardin dans lequel elle ose à peine marcher à présent. Dans la beauté, il y a de la force ; dans la force, il y a de la violence.

Clémence s’oblige à tracer quelques mots pour se donner de l’élan, le crayon glisse sur la page. Il n’y a pas de mots. Juste un trait qui ne veut rien dire. L’ampleur de ce qui l’attend l’effraie, elle ne sait plus être avec les autres, n’a plus confiance. Elle voudrait repartir de zéro, être quelqu’un d’autre.

Cela fait des années que cette colère grandit, silencieuse, sourde au fond du ventre et de la gorge de Clémence. Chaque humiliation minuscule s’agrège aux autres, créant un enchevêtrement de pensées mauvaises, un tas qui croît inexorablement à la façon des décharges au faîte desquelles des grues déversent les unes après les autres des milliers d’immondices et de saloperies.

Clémence a déménagé, changé de travail, elle a déplacé son espace. Elle pensait que le temps ferait de même. Comme quoi l’espace-temps est une notion discutable : l’un peut se modifier sans que l’autre bouge.

Quand on a saccagé l’amour, le retrouver a forcément une saveur particulière. C’est la perte qui donne conscience de la valeur d’une chose : tant qu’on l’a, tout paraît normal. Il faut un choc. Il faut la peur – pour se rendre compte que rien ne va de soi, et rien n’est éternel.

Lu en novembre 2021

« Les raisons du cœur » de Jean-Paul Enthoven

Je me suis lancée dans la lecture du livre dont je vous parle aujourd’hui, parce que le résumé était tentant et également pour découvrir un auteur que je ne connaissais que de nom, et via les potins mondains :

Résumé de l’éditeur :

Par quelle alchimie une peine de cœur peut-elle se transformer en accident cardiaque  ?
Que se passe-t-il secrètement dans un cœur ardent et vivant qui, d’un coup, se brise  ?
Tel est le mystère que tente d’éclaircir ce récit véridique, drolatique et fantasmagorique.
On y croise des balles de tennis et le chat de Schrödinger, des femmes fatales et un héros virgilien, une Thunderbird rutilante et des effluves d’outremer, Françoise Sagan et Michel Berger, des amitiés salvatrices, quelques doses de morphine et des souvenirs embrouillés de rêves.

Une saison en enfer ? Un aller-retour dans le néant ? Certainement pas.

Voici plutôt la confession d’un homme allégé, réconcilié, détaché, libéré, qui choisit d’en finir avec sa part de comédie.

 Et de se raconter, soudain, à cœur ouvert.

Ce que j’en pense :

Jean-Paul est victime d’un accident cardiaque sur le court de tennis, alors qu’il est concentré le rebond de la « baballe » que lui renvoie avec dextérité son ami Archibald, négociant en soja plus ou moins transgénique.

Il se retrouve aux urgences, clinique privée, bien-sûr, et un chirurgien « réputé » et très imbu de lui-même est invité à le prendre en charge : un écrivain a droit à des égards, voire des passe-droits…

Le Grand Ponte s’autoproclame le Paganini du cœur ! et profite du statut d’écrivain de l’auteur pour qu’il lui arrange un rendez-vous avec Amélie Nothomb qu’il affectionne sans jamais avoir lu une ligne de ses livres, uniquement pour son look, notamment son chapeau. Ou encore pour se faire dédicacer le dernier livre car sa femme a beaucoup aimé le côté partouze, et qui voudrait qu’on lui propose des « parties fines » …

Dans la chambre voisine, un acteur célèbre (dont on ignore le nom) dérange le personnel tout le temps, beugle qu’il faut le soulager, et ne pense qu’au « minou des infirmières…

Notre patient apprend qu’il est un « vivant-mort » car son cœur s’est arrêté pendant un nombre d’heures impressionnant. Pendant ses moments d’inconscience, il fait des rencontres, discutent avec d’autres morts célèbre : Michel Berger, Marcel Proust, Françoise Sagan… Que du beau monde, on est entre gens de la bonne société, ainsi que son père, ses anciennes femmes et maitresses… Rencontres qui vont d’ailleurs se poursuivre pendant qu’on le place sous morphine, avec la Mort en personne, naturellement…

Au début, le récit m’a intéressée, je m’attendais à une réflexion sur la mort qui peut tomber sur l’homme sans crier gare, et la manière dont on évolue en y réchappant, une approche philosophico-spirituelle et bien non, c’est raté. Entre le chirurgien qui se prend pour Dieu ou pour Paganini, un auteur qui fait de la promotion au passage pour don dernier livre qui n’a pas très bien marché, son fils qui lui a brisé le cœur, ou du moins l’aorte, cela finit par ne plus être drôle du tout.

« Parle-moi de moi, il n’y a que ça qui m’intéresse », tendance à la victimisation, « mon fils m’a brisé le cœur avec son dernier livre et depuis je suis fâché avec lui » … On a même droit à la visite de BHL, Bernard LesVies comme il l’appelle, entre deux voyages en Afghanistan, ou ailleurs pour sauver le monde…

C’est le premier livre de Jean-Paul Enthoven que je lis et ce n’est pas l’enthousiasme débordant, en plus j’avais dans les oreilles « Raphaël, quatre consonnes et trois voyelles », en gros je me suis sentie en position de voyeur… L’auteur se raconte à cœur ouvert sur les conseils de BHL qui lui dit de prendre des notes, et lui laisse même le magnétophone dont il ne sépare jamais…

J’espère que Balzac, Zweig et Dostoïevski vont se précipiter à mes côtés le jour où cela m’arrivera, mais ce n’est pas sûr … En tout cas, une chose est certaine, je dois être atteinte du « syndrome de Padura » (eh oui, il n’y a pas que le syndrome de Stendhal) car depuis que j’ai refermé « Poussière dans le vent », aucune plume ne trouve grâce à mes yeux!

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur…

#Lesraisonsducoeur #NetGalleyFrance

4-5/10

Extraits :

A chaque course, mon corps me précède. Il choisit mes gestes et mes réflexes sans me consulter. Je lui obéis. J’ai confiance. J’approuve par principe les mouvements qu’il m’impose. D’une manière générale, mon corps décide avant moi. Ça m’a toujours rendu la vie plus facile Plus intelligente…

Michel a été mon premier mort. Enfin, le premier qui, dans ma vie, fût mort avant l’heure. Mes autres morts, mes morts d’avant lui, étaient parti aux horaires corrects et prévisibles. Mais, c’est grâce à Michel que j’ai admis la possibilité des grands départs que rien n’annonce…

Excellent, Marcel pour les bobos de l’amour ! Si ça ne passe pas, on essaiera Fitzgerald, Tchekhov, Baudelaire, tu verras, ça hiérarchise les malheurs, ça dégage les bronches, ça « élargit le cœur » comme disait cette fofolle de Madame de La Fayette qui n’est pas vraiment mon genre… Moi, la romance, la poésie, ça m’a souvent guérie … Françoise Sagan qui vient le visiter dans son état de vivant-mort

Je suis ébloui. Pétrifié. Plongé dans des secondes qui ont chacune la densité d’une vie. Le temps instille son premier tic-tac d’horloge dans mon corps qui jusque-là se confondait avec l’éternité de l’eau ou des cailloux…

Plusieurs dizaines d’amis et d’ennemis, informés de ma situation par le tam-tam urbain, ont envoyé des messages. Tout le monde m’aime, c’est officiel. Même ceux qui me détestent.

… et vous pouvez être fier parce que ça n’arrive pas à tout le monde d’être vivant-mort pendant quelques heures…

Recevoir la visite de Marcel au sortir de ma mort provisoire était un privilège. J’ai été heureux de vérifier que mon héros ressemblait en tous points, pour l’œil et l’oreille, à l’individu que j’ai toujours imaginé. Je suis heureux, aussi, qu’il connaisse ma mère. Rien ne m’interdit de supposer qu’ils se fréquentent désormais…

L’article est intitulé Des peines de cœur aux problèmes cardiaques. Serais-je concerné ? Car c’est, assure mon maestro, un phénomène très rare, mais bien réel, et repéré vingt ans plus tôt par un Japonais. On appelle ça le syndrome de tako-tsubo…

… Cette « cardiopathie de stress », se déclenche, dit-on, après une rupture très violente, la perte d’un être cher, une mise au chômage, la perte d’un être cher, une mélancolie inédite, un deuil, un conflit familial…Était-ce mon cas ?

J’ai fini par comprendre que les êtres sont des mosaïques sans cesse inachevées. Et qu’ils se persuadent selon leur fantaisie qu’il leur manque un morceau, une bribe, un « punctum », sans lequel leur identité mosaïque serait à jamais en manque et inachevée.

Lu en novembre 2021

« Brassens, Jeanne et Joha » de Maryline Martin

Puisque nous sommes dans les commémorations, je vais vous parler aujourd’hui d’un joli petit livre :

Résumé de l’éditeur :

Août 1981. Georges Brassens souffre d’un mal dont il cache le nom, même à ses proches. Puisque la Camarde affûte sa faux, il compte profiter du temps qui lui reste pour composer de nouvelles chansons, auprès de Joha Heiman, surnommée Püpchen, prendre du bon temps avec ses amis et remonter sur scène à Bobino…

Comme chaque été, Georges a regagné sa résidence secondaire Ker Flandry, son havre de paix situé non loin de Paimpol. Pendant ces quelques jours, il navigue sur le flot de ses souvenirs : Sète, ses frasques adolescentes, son professeur de français Alphonse Bonnafé, le début du succès avec Patachou… Et surtout il pense aux deux femmes qui ont marqué sa vie : Jeanne Planche, de trente ans son aînée – qui l’avait caché impasse Florimont, pour qu’il échappe au STO – et Püpchen, dont il fait la connaissance en 1947.

En se promenant sur la plage de Lézardrieux, des scènes, des visages lui reviennent en mémoire… et Georges replonge dans ce chassé-croisé amoureux.

Ce que j’en pense :

Août 1981, ce sont les dernières « vacances » de Georges Brassens, dans sa maison Ker Flandry à Lézardrieux, en Bretagne. Il vit ses derniers jours, ayant refusé la chimiothérapie pour son cancer. Le voyage en compagnie de Joha a été pénible.

Peu à peu, avec la mort qui rôde de plus en plus près, les souvenirs remontent : Sète, Paris, la guerre, le STO, la clandestinité, la faim, le refuge chez Jeanne qui devient sa maîtresse malgré la différence d’âge, la période de vaches maigres, les premiers textes, le piano sur lequel il s’acharne pour composer dans le silence absolu…

On va accompagner l’ami Georges, dans ces moments difficiles, entrant dans son intimité autant que dans son parcours, mais ce n’est jamais une biographie, l’auteure ayant choisi de nous montrer avant tout le chanteur poète, tel qu’il est avec ses proches, ses amis, sa fidélité de chaque instant à ceux qui l’ont aidé au temps des vaches maigres, comme dans le succès.

Cela donne un beau portrait de l’homme, mais aussi de ces deux femmes qui se trouvent ainsi mises en lumière à leur tour.

J’ai aimé la poésie de l’écriture de Maryline Martin, poésie qui aurait beaucoup plu à un de mes poètes préférés de l’époque dont voici un exemple :

« Cependant, sa Püpchen, pour laquelle il éprouve une tendresse inouïe, il ne veut pas la brusquer. Tendresse et déférence, désir et pudeur sont les quatre points cardinaux de son cœur. En silence, ils se dévisagent. Histoire sans paroles de deux êtres qui s’aiment sans compter malgré le temps qui passe et ne se rattrape plus. »

Je voulais rendre hommage à l’ami Georges, qui aurait cent ans et dont on célèbre les quarante ans de la disparition (on aime bien célébrer par chez nous, les gens sont plus grands morts que vivants, comme le Duc de Guise !) alors je voulais apporter ma petite pierre, mais je n’avais pas envie de me lancer dans une biographie-pavé alors ce livre était pour moi.

J’aime bien Georges Brassens, sa sensibilité derrière son apparence d’ours moustachu, certains de ses textes sont sublimes. Il faisait partie de mon Panthéon, au début des années 80, en bonne compagnie : Jacques Brel, Léo Ferré, ou Jean Ferrat… et le jour de sa mort, avec mes proches, nous étions sonnés, et pourtant, on le savait très malade, mais on sa mort a laissé un vide, une génération de chanteurs en train de s’éteindre, tandis que de jeunes talents commençaient à poindre.

Voici ce que disait de lui Jacques Prévert :

« Il ne demandait rien à personne, tout le monde l’a écouté. Il avait quelque chose à dire, à rire, à chanter et même quelquefois à pleurer. La plupart lui en ont su gré. »

Un grand merci à NetGalley et à Elidia éditions du Rocher, qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure que je ne connaissais pas du tout et dont le style m’a bien plu, ainsi qu’à Matatoune dont la chronique m’a emballée. https://vagabondageautourdesoi.com/2021/09/08/maryline-martin/

BrassensJeanneandJoha #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Maryline Martin a écrit des nouvelles et des romans dans lesquels elle s’interroge sur la place et le rôle des femmes dans l’Histoire. Son roman-récit autour de la Goulue (éditions du Rocher) a reçu un bel accueil du public et des médias, et a été couronné par le Prix Région Normandie.

Extraits :

Depuis 1956, une grande histoire d’amour lie le chanteur à la Bretagne et en particulier aux Côtes d’Armor. C’est la Jeanne, celle de la chanson, Jeanne-Marie Le Bonniec née à Lanvollon, qui lui a fait découvrir cette contrée.

Respect, pudeur. Georges tient à son intimité. Quant à l’amour, il l’entoure d’un halo sacré. Le quotidien pour lui revêt un caractère trivial ? Drôle de spectacle que d’assister à la toilette de l’être aimé. La femme, la sienne, doit garder un part de mystère…

Georges soupire. Les fantômes du passé reviennent plus souvent qu’à l’accoutumée peupler ses nuits et maintenant ses journées. La camarde rôde. Le vent disperse ses pensées les plus secrètes vers le large.

 Il aime se comparer à un vieil Indien qui traîne dans sa musette les ossements de ses ancêtres. Il déteste la mort et conchie cette idée révoltante de s’habituer à l’absence de l’autre même si les souvenirs restent vivaces…

Jeanne aime la fantaisie, les gens qui ne marchent pas dans les clous, le swing, Charles Trenet et les mots doux… L’existence n’a pas toujours été tendre avec elle. Sa vie ressemble à celle d’un bon nombre de paysannes bretonnes montées à Paris au début du siècle. Pour trois francs six sous, elle effectue, le dos courbé sur la machine des travaux de couture.

Dans cet univers à la marge, véritable cour des miracles, Georges à l’abri de la folie des hommes, va trouver l’inspiration de ses futures compositions.

Les signes extérieurs de richesse sociale, il s’en fout comme de l’an 40 ; d’ailleurs il a toujours su cultiver un sens de l’inconfort exceptionnel. Au milieu de ses livres, de ses pipes et des guitares, il est heureux. Le reste appartient à un décorum auquel il n’attache guère d’importance.

Il lui arrive parfois d’ouvrir sa bibliothèque, de prendre un livre qu’il ouvre au hasard et capturer des vers qui lui inspirent une nouvelle composition. Ainsi, quelques lignes du Jardin d’Épicure d’Anatole France se retrouvent déguisées dans « la non-demande en mariage ». Il ne crée pas, il recrée.

Par la porte restée entrouverte, Joha scrute silencieusement Georges. Le buste est légèrement penché sur sa table de travail…

… Fragilité d’un instant où son Autre ne peut imaginer qu’elle l’observe à la dérobée. Signaler sa présence serait trahir le pacte passé entre eux depuis leur première rencontre.

Malgré ce côté précieux, de petite poupée, c’est également une femme de caractère qui peut sortir les griffes, et son humour s’avère corrosif. De son pays natal, l’Estonie, Joha a gardé en héritage, le charme slave, un accent à faire rouler les pierres dans un ruisseau dont Georges se moque parfois…

Georges compare ses pattes d’oie à des marque-pages liés à son existence.

Pierre, c’est l’homme de confiance, le copain d’abord. C’est un roc sur lequel Georges peut s’amarrer quand il sent qu’il va sombrer. Pierre deviendra Gibraltar. A la vie, à la mort, mais ils ne le savent pas encore. L’ami qui partage son couvert avec l’affamé, et les désillusions après les auditions au retour des cabarets.

Jeanne l’amante laisse place à une mère de substitution, la mère éternelle, celle qui dans ses roses et dans ses choux n’a pas trouvé d’enfants. Jeanne décrite parles familiers comme un personnage de roman.

Lu en novembre 2021

« Son fils » de Justine Levy

Je vous parle aujourd’hui d’un livre curieux qui ne me tentait pas forcément au départ, mais qui vaut le détour :

Résumé de l’éditeur :

Un journal imaginaire de la mère d’Antonin Artaud. Sa vie, qu’elle consacre à essayer de sauver son fils, à comprendre son génie et sa folie. Son courage pour essayer de le sortir des différents hôpitaux psychiatriques où il est envoyé et enfermé ; des électrochocs et des drogues qui, pense-t-elle, l’abîment toujours un peu plus.

Ce que j’en pense :

Le journal imaginaire d’Euphrasie Artaud s’ouvre en 1920 lorsque son fils Antonin quitte Marseille pour aller conquérir Paris. Elle nous livre ses angoisses de mère devant les souffrances mentales et physique de son Nanaqui comme elle l’appelle.

Antonin a souffert de maux de tête très tôt dans sa vie, à l’âge de quatre pour être précise. On a évoqué alors le diagnostic de méningite. Donc très vite il a utilisé des « drogues » licites ou non, avec une consommation de laudanum impressionnante, avec la complicité de sa mère qui voulait éviter qu’il souffre.

C’est le début d’un parcours difficile pour notre poète, car très vite il est interné en milieu psychiatrique… on le suit en Afrique, au Mexique, ou quand il fait la manche dans les rues de Paris…

« Quelqu’un me dit que, s’il est parti au Mexique, c’est pour y renaître. Je ne comprends pas. Je suis indignée. Inquiète, mais surtout indignée. Cette histoire de renaître m’offense. »

A travers ce journal imaginaire, Justine Levy nous propose d’étudier le ressenti d’une mère devant une telle situation : l’amour qu’elle porte à son « petit » qu’elle considère toujours comme un bébé sur lequel elle doit veiller, sa culpabilité devant les décisions à prendre (et à assumer), et très vite elle endosse le rôle de mère toxique, hyper-protectrice, voire castratrice.

La manière dont elle parle des femmes, notamment Anaïs Nin, et de leur influence néfaste sur Nanaqui, se situant elle-même uniquement des mères, des génitrices et son aversion pour ce qu’elle appelle « la chose » sont parfois exaspérantes, on oscille entre l’empathie et le dégoût.

L’auteure aborde au passage, la consanguinité : Euphrasie et Antoine-Roi (difficile d’assumer de tels prénoms n’est-ce pas ?) sont en effet cousins germains, les grands-mères sont sœurs. Antonin a même été traité pour suspicion de syphilis congénitale avec les traitements qui vont avec.

On se demande quel rôle joue le père, Antoine-Roi, dans cette famille ! il a réagi un peu lors de la première prise de laudanum, mais s’est fait traiter de rétrograde alors c’est plus simple de rester en dehors…

Il faut retenir au passage qu’il a passé plusieurs années en asile psychiatrique, avec un nombre ahurissant d’électrochocs (58 !) à l’époque c’était fréquent, camisole, entrave, bains d’eau glacée, sondes à divers endroits, également étaient au programme !

Ce qui m’a frappé, c’est le côté ambivalent d’Euphrasie : elle surprotège son fils, lui trouve toutes sortes d’excuses au nom du génie, puis devient plus ou moins complice des soins prodigués qu’elle justifie, donnant l’impression d’un syndrome de Münchhausen…

Elle fustige ces « femmes » qui polluent son fils, mais aussi tous les amis surréalistes d’Antonin Artaud: Desnos, Breton, Balthus,Paulhan ou Picasso qui, pour elle, l’exploitent, profite de son nom, de sa notoriété des débuts pour attirer la lumière sur eux. Pour eux, tout s’expliquait parce qu’Antonin était un génie, donc un grain de folie, alors que pour elle la folie était la plus importante.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, non seulement parce que l’idée du journal imaginaire me plaisait au départ, mais aussi parce que Justine Levy a réussi à me faire connaître davantage Antonin Artaud dont je n’ai jamais lu aucun poème et dont je savais très peu de choses. Elle réussit à modifier ce que l’on ressent envers cette mère abusive, car en refermant le livre, toute empathie avait presque disparu (ce qui est difficile à obtenir de moi !)

J’ai découvert ce roman grâce à la chronique enthousiaste de Matatoune, alors qu’au départ j’hésitais à me lancer… c’est le premier livre de Justine Levy que je lis et c’est une bonne surprise.

https://vagabondageautourdesoi.com/2021/09/10/justine-levy/

Un petit mot, également, sur la couverture du livre qui nous propose une magnifique photo d’Antonin Artaud.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui m’ont permis de découvrir ce livre ainsi que son auteure.

#Sonfils #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Justine Lévy est l’auteure, entre autres, de Rien de grave (2004), de Mauvaise fille (2009) chez Stock, et de Histoires de famille (Flammarion, 2019).

Extraits :

Je sais bien qu’il ne reviendra pas, je ne suis pas sotte, une mère n’élève pas ses enfants pour les garder pour elle seule. Il a quitté le nid. Il croit qu’il peut se passer de moi ? C’est bien, oui, c’est très bien. 1920

Retrouver un fils gentil, sociable, la parole claire, les pensées désengourdies, oui, je peux le dire, les drogues l’ont rendu à la vie, à lui-même, à moi – et, moi aussi, je revis.

Personne ne le comprend comme moi, personne ne l’aime par cœur comme moi. J’ai toujours été là pour lui. Celle qui n’a pas compris sa douleur ne peut pas prétendre l’aimer. C’est mon Antonin, le mien, à moi, et s’il n’est pas à moi, alors il n’est à personne d’autre, ah voilà que moi aussi je deviens folle de douleur, pourquoi un fils doit-il partir, quitter sa mère, personne ne sait le soigner comme elle, comme moi, comme une mère, personne n’a besoin de lui comme moi, ni de moi comme lui, personne ne me volera mon Antonin. 1930

Je ne comprends même pas comment un fils peut préférer une femme à sa mère.

Je répète qu’il n’est pas fou, qu’il n’a rien à faire dans cet établissement, que tout allait bien avant ce maudit voyage en Irlande, ou au Mexique, et que personne ne devient aliéné comme ça, du jour au lendemain.

Je me souviens de ses colères. Il avait trop de pensées, trop d’intelligence, et personne pour le comprendre, et personne pour le suivre, et il se roulait par terre, et il trépignait, les mots essayaient de sortir, mais il était trop petit, il ne savait pas encore parler, et ça le rendait fou…

Je n’arrive pas à lire tous ses livres. J’ai essayé. Mais ils sont trop habités pour moi, trop charnels, c’est comme aller dans les bas-fonds, ça ma met mal à l’aise. Et puis parfois, surtout depuis l’enfermement, ou depuis la crise de Dublin, je ne comprends pas tout ce dont il parle…

Antonin s’est remis à travailler. Je prie pour le bon docteur Ferdière et sa nouvelle méthode de thérapie par l’art, et pour mon Nanaqui, qui avale des quantités astronomiques d’hosties pour laver son organisme des péchés du monde.

Antonin n’en finit pas de rameuter (de manipuler) ses amis qui maintenant s’appellent « le comité des amis d’Antonin Artaud ». Il en parle comme de ses âmes choisies…

… ça gronde, à Saint-Germain-des-Prés. On parle d’exil, d’incarcération ou, sans rire, de déportation.

Le docteur Ferdière, qui, avec sa science, est d’accord avec moi, dit qu’il a le « complexe d’Hamlet ». Il l’aime, sa folie. Il la chérit. Elle est à lui. Il ne supporte pas que qui que ce soit tente d’en prendre le contrôle.

Lu en novembre 2021

« La Saignée » de Cédric Sire

Je vous parle aujourd’hui d’un livre palpitant, le premier d’un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler sur les blogs ou sur Babelio, qui tombe entre mes mains :

Résumé de l’éditeur :

Une plongée dans un monde où chacun doit affronter ses démons.  « Est-ce que tu aimes ? » clame le site sous la photo d’un cadavre mutilé.

Sur le Dark Web, il existe des espaces interdits au commun des mortels où les voyeurs de la pire espèce assouvissent leurs pulsions. 

 
Estel Rochand a été écartée de la police à la suite d’une terrible bavure qui a causé la mort d’une innocente. Sa vie est en miettes, son couple à la dérive. Désormais garde du corps de seconde zone, cette ancienne championne de boxe se fraie un chemin dans l’existence comme elle l’a toujours fait : à coups de poing. Prise dans un engrenage infernal, Estel a de plus en plus de mal à contrôler ses accès de violence.

Quentin Falconnier, policier spécialisé en cybercriminalité, enquête sur un site du Dark Web, qui propose des vidéos de torture et de mise à mort en direct. Qui peut bien se cacher derrière cette « red room » appelée La Saignée, diffusant des meurtres à la perversité absolue ? Le jeune homme se lance corps et âme dans cette nouvelle croisade : découvrir l’identité du coupable derrière le masque du bourreau, et l’arrêter. Coûte que coûte.

Un terrible compte à rebours a commencé.

Ce que j’en pense :

Alors qu’il enquête sur un trafiquant d’armes à Marseille, Quentin Falconnier, spécialisé en cybercriminalité, tombe en explorant l’ordinateur de ce dernier, sur un site qui propose des vidéos de mises à mort d’une violence inouïe dans une pièce tout de rouge recouverte : la red room alias « La saignée ». Mais, le détenu décède de mort violente à la prison, alors que Quentin voulait explorer le site dont il a été mystérieusement « éjecté » car identifié comme flic.

Pendant ce temps, à Paris, Estel Rochand, qui avait été suspendue à la suite d’une « bavure policière » s’est reconvertie dans la garde rapprochée de personnes peu recommandables intéressées uniquement par ses dons de championne de boxe.

Démissionnant de son premier job, elle se trouve embauchée par un écrivain douteux Dardeau qui écrit des romans malsains, vaguement inspirés de Cinquante nuances de Grey et va tomber dans un piège redoutable.

Une autre affaire de photographie de torture dans la région parisienne arrive dans le bureau de la police et Quentin va être autorisé à se rendre sur place…

Avec ce roman, on assiste à « bienvenue dans le Dark Web » et ses dérives, notamment ce dont sont capables « les petits génies de l’informatique » quand ils veulent explorer les univers obscurs, les dérives… Jusqu’où peuvent aller aussi les cyber-criminalistes pour entrer dans l’univers des gens pour les traquer : bonjour la transparence, la protection des données… Cela ne rassure absolument pas le lecteur. Mon antivirus et mon VPN sont-ils au top ?

Ce thriller est très intéressant et le suspense, savamment entretenu, fait que, une fois commencé et la première vidéo digérée, on le lit de manière addictive. Les personnages, même les plus odieux, le sont tellement justement qu’on s’accroche pour voir jusqu’où peut aller l’horreur. J’ai dévoré ces 550 pages !

L’écrivain pervers narcissique, manipulateur de haut vol, est très bien étudié. On le voit se dévoiler, peu à peu, tout en se disant qu’on aimerait se tromper. La manière dont il réussit à convaincre ses fans, littéralement sous le charme qui ne pensent qu’à entrer dans son lit et à l’inverse son attitude méprisante vis-à-vis des féministes sont conformes à tout bon manuel de psychiatrie.

Mais, vous l’aurez compris, il y a un mais : la violence. Entre les scènes de coups échangés par les protagonistes, les vidéos d’horreur, c’est souvent à la limite du supportable ; Mais chose étrange, elles ne hantent pas la mémoire et quand le livre est refermé, on ne retient que l’intrigue très solide et palpitante, ce qui fait donc seulement un petit bémol. Il fallait bien que je râle un peu !

C’est ma première incursion dans l’univers de Cédric Sire et si j’ai apprécié le côté haletant de l’intrigue, où l’on en arrive à soupçonner tout le monde, où certains gentils s’avèrent être toxiques. Cette lecture m’a souvent fait penser à un auteur que j’aime bien : Franck Thilliez, car leurs univers se ressemblent.

Un grand merci à NetGalley ainsi qu’aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur dont je tenterai très probablement le best-seller Vindicta, quand ma PAL sera un peu plus légère…

#LaSaignée #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Cédric Sire, lauréat du prix Masterton et du prestigieux prix Polar du Festival de Cognac, fait partie du cercle fermé des maîtres du thriller et se révèle l’une des nouvelles voix du polar français. Ses romans aux frontières du suspense et du frisson sont traduits en plusieurs langues et remportent un grand succès critique et public, comme en témoigne le formidable accueil réservé à son précédent thriller, Vindicta (2019).


Avec La Saignée, il confirme son style addictif, violent et redoutablement efficace, plébiscité par les lecteurs.

Extraits :

La loi de la nature s’appliquait à la jungle urbaine de la même manière qu’au sein de la forêt sauvage. Les charognards restaient entre charognards. Et les délinquants restaient entre délinquants. Ils vivaient entre eux. En meute.

Dardeau était un auteur à succès. Beau gosse, habitué des plateaux télé. Et aussi des scandales qui faisaient le buzz.

L’histoire qu’Estel avait lue surfait sans honte sur la popularité de Cinquante nuances de Grey. En y repensant, elle ne savait pas ce qu’elle y avait trouvé de pire : le style affreux, ou l’intrigue malsaine au possible. Tout ce qui se vendait le mieux apparemment…

Pour le reste de son groupe, prendre des initiatives était au mieux perçu comme une bizarrerie, un embarras le plus souvent. Il fallait toujours attendre que la hiérarchie leur ordonne de lancer les procédures. Toujours rester à sa place. Tout particulièrement elle. Personne n’osait le lui dire en face, mais le fait qu’elle soit une femme faisait d’elle une hystérique aux yeux de ses supérieurs, et ce en dépit de toutes les affaires résolues grâce à elle.

Vous savez, les tragédies, ce sont comme des dominos. Quand elles commencent à tomber elles s’enchaînent. Il y a une logique que nous ne voyons pas tout de suite, mais tout est lié. Chaque acte que nous faisons renverse une nouvelle pièce…

Lu en octobre 2021