Publié dans Challenge 19e siècle, XIXe siècle

Projet de l’année 2018…

J’avais décidé de lire, cette année, « Les Rougon Macquart » de Zola dans son intégralité. Bien-sûr, à l’adolescence j’ai lu et beaucoup aimé « L’Assommoir », « Germinal » entre autres… Puis, je n’y suis plus jamais revenue: on verra à le retraite, pensais-je.

 

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La collection, toute en bleu (époque France Loisirs)  me nargue depuis longtemps dans ma bibliothèque, l’étage en dessus, en rouge, ce sont les principaux romans de « La comédie humaine » de mon ami Balzac que j’ai lus et relus davantage et de manière régulière tout au long de ma vie, alors que Zola reste lié à l’adolescence.

J’ai pris du retard car j’ai participé au jury du 17e prix du Roman FNAC : 5 romans, dont 3 pavés dont je ne pourrai parler que lorsqu’ils seront sortis en librairie. Bonne pioche!

Après ma période polars, bien pratique pendant ma cure, je commence ma lecture. J’avais emporter les deux premiers dans ma valises, mais le déclic tardait à venir. J’espère arriver à lire les vingt tomes… et j’ai tout mon temps!

Cela me permettra de reprendre mon Challenge XIXe siècle!

Bon été et bonnes lectures!

Un petit avant-goût avec l’arbre généalogique selon Wikipedia

 

Arbre généalogique des Rougon Macquart de Zola

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Publié dans Littérature française, Polars

« Juste une ombre » de Karine Giebel

Je vous parle aujourd’hui d’un thriller qui me narguait dans ma PAL depuis des lustres:

 

Juste une ombre de Karine Giebel

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

D’abord, c’est une silhouette, un soir, dans la rue… Un face-à-face avec la mort.

Ensuite, c’est une présence. Le jour: à tous les carrefours. La nuit: à ton chevet. Impossible à saisir, à expliquer, à prouver.

Bientôt, une obsession. Qui ruine ta carrière, te sépare de tes amis, de ton amant. Te rend folle. Et seule.

Juste une ombre. Qui s’étend sur ta vie et s’en empare à jamais.

Tu lui appartiens, il est déjà trop tard…

 

 

CE QUE J’EN PENSE

 

C’est le premier thriller de Karine Giebel que je lis et je l’ai beaucoup apprécié, et pourtant on ne peut pas dire que son héroïne Cloé soit sympathique.

Néanmoins, le suspense est présent, augmente tout doucement pour devenir insoutenable… L’univers psy est bien analysé, tant celui du pervers qui traque sa proie, allant jusqu’à s’introduire dans le moindre recoin de la vie et des pensées de la victime, que celui de Cloé dont on se demande si elle est vraiment victime ou atteinte de psychose paranoïaque…

Les autres personnages sont intéressants, bien étudiés, de même que le monde du travail où chacun est prêt à faire n’importe quoi pour réussir, quitte à perdre son âme.

J’ai beaucoup aimé le flic un peu barge qui pimente le roman avec ses souffrances personnelles, sa femme adorée qui se meurt…

J’ai passé un excellent moment et j’en frissonne encore, car je l’ai littéralement dévoré… Une petite frustration: j’ai trouvé trop vite le coupable…

 

 

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EXTRAIT

 

Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable.

Tu sembles avoir réussi, au moins sur le plan professionnel, peut-être même sur le plan personnel. Question de point de vue.

Tu as su t’imposer dans ce monde, y trouver ta place.

Et puis un jour…

Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi.

Juste une ombre.

A partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche.

Le jour. La nuit, elle est là. Tenace. Déterminée. Implacable.

Tu ne la vois pas vraiment. Tu la devines, tu la sens. Là, juste dans ton dos.

Elle frôle parfois ta nuque. Un souffle tiède, fétide.

On te suit dans la rue, on éteint la lumière derrière toi.

On ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres.

On feuillette tes livres, on froisse tes draps, on pille tes albums secrets.

On t’observe jusque dans les moments les plus intimes… P 13

 

LU EN JUIN 2018

 

 

 

 

 

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« L’Archipel du Chien » de Philippe Claudel

Place aujourd’hui au dernier opus de Philippe Claudel :

 Larchipel du chien de Philippe Claudel

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire. Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans brise aucune.
L’air semblait s’être solidifié autour de l’île, dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait çà et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient liquides.

Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d’une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits. On ne pouvait y jouir d’aucune fraîcheur. Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée, ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d’heure en heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète, pour tout dire clandestine. »

 

CE QUE J’EN PENSE

 

J’ai terminé ce roman, il y a quelques jours et même si le thème m’a plu car il est hélas d’actualité, je reste mitigée ; j’ai bataillé pour rédiger ma critique, oscillant entre des réactions contradictoires…

Tout d’abord, les protagonistes sont vraiment caricaturaux : on a en gros les édiles : l’Instituteur, objecteur de conscience, le Maire corrompu, le Médecin qui cautionne, le Curé qui ne croit plus en rien, l’ancienne institutrice revêche qui ne supporte pas d’avoir céder son poste, des pêcheurs sans scrupules, sans oublier l’idiot du village… On note au passage que les villageois sont présentés comme des rustres !

Je sais que tous les moyens sont bons pour établir son pouvoir mais quand on voit jusqu’où peut aller le maire du village pour satisfaire ses propres besoins et ambitions, on reste sans voix. Seul compte pour lui son projet de thermes et le fric qui va avec, alors on assiste à des manipulations en tous genres, le tout nappé d’une bonne dose de délation, de calomnies, pour aboutir au procès truqué de l’instituteur accusé de viol sur une élève : c’était le seul habitant du village à ne pas être natif de l’île donc un Étranger, la pièce à sacrifier…

« Vous avez compris ma pensée, reprit le maire, et vous savez bien que je ne suis ni un salaud ni un homme dénué de cœur.  Mais, ce n’est pas moi qui ai crée la misère du monde, et ce n’est pas à moi seul non plus de l’éponger. » P 55

Ce roman m’a rappelé bien sûr, les grands mythes sacrificiels, Antigone, Iphigénie … que ne ferait-on pas pour s’attirer la clémence des Dieux et justifier les bassesses ?

Comment réagir après ce qui est arrivé à l’Instituteur ? Ce n’est pas si simple, le Médecin par exemple sent en permanence une odeur de pourriture qui émane de lui et qui ne semble pas perturber les autres, la mauvaise conscience, la culpabilité s’infiltrent dans sa pensée : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn »

On retombe à nouveau sur les grands mythes : Le supplice de Prométhée dont le foie repousse au fur et à mesure que l’aigle le lui dévore) ou le mythe de Sisyphe qui  remonte un rocher qui toujours redescend…

En fait, on peut prendre tout ce récit au premier, au deuxième ou même au ixième degré tant les allusions sont constantes.

En tout cas, c’est une île qui porte bien son nom : ses habitants se comportant comme des chiens (je présente mes excuses à mes amis les chiens, car l’idée d’associer cet animal à la méchanceté me hérisse, mais c’est une expression courante, comme traiter les hommes de cochons d’ailleurs). Cette île est noire car un volcan, le Brau, se manifeste régulièrement, noire tout comme l’âme des habitants…

Philippe Claudel s’érige en donneur de leçon, fustige le comportement des passeurs, la lâcheté des habitants de l’île vis-à-vis des migrants qu’on laisse mourir comme des chiens sur la plage, tente de culpabiliser le lecteur au passage. En fait, en caricaturant et fustigeant de cette manière, il pousse ceux qui se sentent impuissants devant le drame des migrants et l’arrogance des Occidentaux, à se culpabiliser davantage encore, alors que ceux qui vivent des trafics ou ceux qui rejettent les Étrangers, resteront indifférents…

J’aime beaucoup Philippe Claudel, mais ce roman m’a hérissée à force d’être caricatural, et cette lecture m’a soulevé le cœur presque du début à la fin. Il va en rester une frustration, une impuissance renforcée et je ne vois pas ce qu’il a tenté de prouver au fond, à part pousser un grand cri de colère…

Je trouve ce roman clivant et je pense que les avis vont faire le grand écart : il sera encensé ou rejeté…

 

EXTRAITS 

 

Je suis certain que vous vous poserez tôt ou tard une question légitime : a-t-il été le témoin de ce qu’il nous raconte ? Je vous réponds oui, j’en ai été le témoin. Comme vous l’avez été mais vous n’avez pas voulu voir. Vous ne voulez jamais voir. Je suis celui qui vous le rappelle. Je suis le gêneur. Je suis celui à qui rien n’échappe. Je vois tout. Je sais tout. Mais je ne suis rien et j’entends bien le rester. Ni homme, ni femme. Je suis la voix, simplement. C’est de l’ombre que je vous dirai l’histoire.

Les faits que je vais vous raconter ont eu lieu hier. Il y a quelques jours. Il y a un an ou deux. Pas davantage. J’écris « hier » mais il me semble que je devrais dire « aujourd’hui ». Les hommes n’aiment pas l’hier. Les hommes vivent au présent et rêvent de lendemains. P 10

 

C’était le mot de mon enfance. D’une époque où, sur les bancs de l’école, on m’a parlé des Peaux-Rouges, des Jaunes, des Blancs et des Nègres. On m’a appris ainsi le monde. Cela n’empêchait pas le respect. Chacun des hommes de chacune de ces couleurs est un enfant de Dieu. La haine ni le mépris ne résident dans les mots, mais dans l’usage qu’on en fait. P 59 Dixit le curé : politiquement correct 

 

Mais le métier de ces hommes (politiques) est de parler tout le temps, de parler et de ne jamais écouter qui leur parle, de ne jamais s’arrêter de parler, de vivre dans la parole, même la plus creuse et qui devient un bruit inepte et enjôleur, le chant moderne des Sirènes. P 65 Dixit le curé   

 

Les dernières vignes s’épuisent une centaine de mètres plus bas et leurs ceps sont tellement rabougris et courbés sur eux-mêmes qu’on pourrait presque entendre leur plainte d’avoir à pousser très profond leurs racines pour trouver le peu d’eau nécessaire à leur survie. P 70   

 

C’était toujours pareil avec les hommes qui ont étudié. Le Maire se disait que si le monde tournait si mal, c’était la faute aux hommes comme l’Instituteur, empêtrés d’idéaux et de bonté, qui cherchent jusqu’à l’obsession l’explication du pourquoi du comment, qui se persuadent de connaître le juste et l’injuste…   P 81   

 

… Il (le Maire) avait obtenu ce qu’il désirait. Ça n’avait pas été difficile. Quelques promesses mineures, deux ou trois billets, et puis parfois, quand cela n’avait pas suffi, le rappel que l’Instituteur n’était pas d’ici. Qu’il n’était pas né sur l’île. Qu’il n’était pas comme eux. Il n’y avait qu’à l’écouter ou le regarder. C’était le meilleur argument en somme, celui de la naissance, de la communauté, des origines. C’est avec cela que les civilisations se sont construites et fortifiées. P 85  

 

Au-dessus, il y avait Dieu sur son nuage, qui les (les hommes) créait, regardait, les sauvait ou les perdait. Et puis l’homme s’est cru malin. Il a délogé Dieu. L’a fichu à la poubelle. A vécu quelque temps grisé par son petit meurtre, puis s’est rendu compte du vide qu’il avait créé. Le propre de l’homme est de toujours agir trop vite. Toujours. Ça a commencé à lui faire peur tout cet espace vacant. Il a essayé de réchauffer de vieux plats, mais tout avait un goût de brûlé. Là, il a eu vraiment peur. Il s’est réfugié dans la seule chose qui lui restait : le Progrès. P 122  

 

Donnez du feu du fer et un marteau à un homme, il va en deux temps trois mouvements forger une chaîne pour attacher un autre homme qui lui ressemble comme un frère et le tenir en laisse, ou une pointe de lance pour le tuer, plutôt que fabriquer une roue ou un instrument de musique. P 123   

 

La politique est sale. Elle n’est pas la morale. Certains hommes choisissent de rester propres, tandis que d’autres assument de se salir les mains. Il faut des deux, même si on respecte toujours les premiers et en vient à haïr les seconds… P 149  

 

Le monde est devenu commerce, vous le savez. Il n’est plus un champ du savoir. La science a peut-être guidé l’humanité pendant un temps, mais, aujourd’hui, seul l’argent importe. Le posséder, le garder, l’acquérir, le faire circuler… P 224

 

 

LU EN MAI 2018

Publié dans Littérature anglaise, Littérature contemporaine

« Testament à l’anglaise » de Jonathan Coe

 

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui patientait aussi depuis longtemps sur une étagère de ma bibliothèque et que j’ai lu dans le cadre d’une lecture commune organisée par Florence via le Blogoclub

 Testament à l'anglaise de Jonathan Coe

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE 

 

Michael Owen, un jeune homme dépressif et agoraphobe, a été chargé par la vieille Tabitha Winshaw d’écrire la chronique de cette illustre famille. Cette dynastie se taille en effet la part du lion dans tous les domaines de la vie publique de l’Angleterre des années quatre-vingts, profitant sans vergogne de ses attributions et de ses relations.

Et si la tante Tabitha disait vrai ? Si les tragédies familiales jamais élucidées étaient en fait des crimes maquillés ? Par une nuit d’orage, alors que tous sont réunis au vieux manoir de Winshaw Towers, la vérité éclatera…

Un véritable tour de force littéraire, à la fois roman policier et cinglante satire politique de l’Establishment.

CE QUE J’EN PENSE

 

Un vieux château lugubre perdu dans la campagne, digne de ces vieux manoirs hantés par des   vampires ou des spectres, qui part en décrépitude, où l’on entendant grincer les meubles et les portes, où se réunissent les différents membres d’une famille qui se détestent cordialement mais se font des grands salamalecs, où l’on s’attend à tout moment à recevoir une vieille armure sur la tête, autrement dit « Winshaw Towers ».

Jonathan Coe nous invite à faire la connaissance de tout se beau monde, lors d’un prologue savoureux, où est décrit le premier drame : en 1942, l’avion du deuxième fils, pilote de guerre, est abattu par les Nazis alors qu’il effectue une mission et Tabitha sa sœur, sous le choc, devient extrêmement violente vis-à-vis de l’aîné de la fratrie : Lawrence et se retrouve enfermée en clinique psychiatrique jusqu’à la fin de ses jours.

Quelques années plus tard, on lui accorde une permission de sortie, à l’occasion de l’anniversaire du plus jeune frère Mortimer, et elle affirme que leur frère aîné est responsable : ce ne serait donc pas un accident mais un assassinat. Étrangement, un cambriolage a lieu durant la nuit et Lawrence abat le cambrioleur. Illico, Tabitha est renvoyée en psychiatrie.

Durant ce même prologue on fait la connaissance de Michael Owen, passionné par Youri Gagarine et hanté par un film qu’il a vu au cinéma… C’est à lui que Tabitha va s’adresser pour écrire « la saga des Winshaw »

Ce livre dresse, à travers tous ces membres de la famille Winshaw, un portrait au vitriol de la société de l’Establishment sous le règne de Mrs Thatcher : on a tout ce qui se fait de mieux dans le sordide et l’opportunisme avec , Hilary fille de Mortimer, qui réussit à se faire embaucher dans un journal via ses relations, et qui va régner sur la presse puis la télévision avec des chroniques tapageuses, méchantes écrasant tout le monde sur son passage pour abreuver le monde à coups de désinformations : une  journaliste vraiment pourrie.

Puis on trouve Henry, politicien élu sur le banc des travaillistes en bon opportuniste mais qui soutient tout ce que préconisent les conservateurs, tombé sous le charme de Maggie, qui va œuvrer au démantèlement de la sécurité sociale, entre autres, pour la mettre entre les mains des spéculateurs en tous genres : on a donc le politicien pourri…

« Je n’ai jamais vu une femme aussi déterminée, ni une telle énergie de caractère. Elle piétine ses opposants comme de la mauvaise herbe sur son chemin. Elle les renverse d’une chiquenaude. Elle est tellement splendide dans la victoire. Comment pourrais-je la rembourser – comment aucun de nous peut-il espérer la rembourser – de tout ce qu’elle a fait ? « P 201

Dans la même veine, on aura Roddy, marchand d’art soi-disant mécène qui saute sur tout ce qui bouge (un Weinstein avant l’heure), Dorothy, la pire de tous qui épouse un fermier, rachète les terres de tous les paysans autour de sa ferme, et met en place l’agriculture moderne : poulets ou bétail entassés, agriculture intensive, (il faut gagner de l’argent !) ; elle va jusqu’à produire des plats cuisinés qu’elle impose sur le marché (« c’est de la merde » dirait Jean-Pierre Coffe) qu’elle se garde bien de manger. Tout s’utilise dans la ferme, les poussins mâles réduits en bouillie serviront de nourriture pour le bétail par exemple…

On a aussi Thomas qui va investir un autre domaine, la finance avec des spéculations, notamment sur les fonds de pensions, ruinant des petits retraités, coulant des boîtes …  On a donc le financier pourri.

Pour finir, on a Mark, études de cinéma qui va se spécialiser dans les ventes d’armes, et de gaz toxiques etc. à Saddam Hussein qui était le gentil à l’époque…Et qu’à cela ne tienne, si Saddam les utilise, on ira les bombarder. Et, un pourri de plus dans la famille…

Bien-sûr, Jonathan Coe nous parle de son héros, Michael Owen, journaliste écrivain en panne d’inspiration qui ne quitte plus sa chambre, où règne un désordre immense, obsédé par un film qu’il a vu enfant et qu’il se repasse en boucle en se masturbant (physiquement et intellectuellement) et qui va tenter de comprendre s’il y a vraiment eu des meurtres dans cette famille ou si Tabitha délire. Il n’a évidemment pas été choisi au hasard pour écrire ce livre (grassement payé) sur la famille Winshaw…

Une satire au vitriol de cette société des années quatre-vingt, une famille pourrie que j’ai adoré détester tant les portraits sont caricaturaux (à part Dorothy qui est immonde avec son massacre de l’agriculture, ruinant les paysans qui pouvaient résister et surtout la maltraitance animale, cause pour laquelle je suis intransigeante), bref, une famille qui représente tout ce que je déteste.

J’ai beaucoup aimé ce roman, un pavé de 682 pages, que j’ai dévoré car c’’est un véritable page-turner, et Jonathan Coe sait très bien jouer avec le lecteur, alternant les descriptions des personnages, l’étude de toutes les magouilles politiques de l’époque dont je me souviens parfaitement car je n’étais pas un fan de Mrs Maggie, avec une écriture vive, un rythme enlevé : on ne s’ennuie pas une seconde et on n’a pas du tout envie que le roman se termine, et une fin superbe.

L’auteur nous propose un arbre généalogique au début du livre qui est fort utile pour s’y retrouver dans la dynastie et des coupures de presse intéressantes viennent émailler le récit.

Coup de cœur donc…

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EXTRAITS  

 

Mais, l’on peut dire que chaque penny de la fortune des Winshaw – qui remonte au dix-septième siècle, quand Alexander Winshaw entra dans les affaires en s’assurant une part lucrative du fructueux commerce des esclaves – eut pour origine, d’une façon ou d’une autre, l’exploitation éhontée des faibles, et j’estimais par conséquent que l’expression « criminels » leur convenait à la perfection, et que j’accomplissais une mission fort utile en portant leurs méfaits à la connaissance du public, tout en me tenant scrupuleusement dans les limites de ma commande. P 132  

 

… les gens comme moi savent trop bien que même si on pense avoir découvert un nouveau Dostoïevski, on n’en vendra pas le quart que ce que pourrait faire n’importe quelle merde écrite par un type qui présente la météo à leur putain de télévision. P 150  

 

Le fond de l’histoire, c’est que JE CROIS QUE JE SUIS AMOUREUX. Oui ! Pour la toute première fois ! A la tête de l’Association, il y a une fille de Somerville appelée Margaret Roberts et je dois dire qu’elle est à tomber par terre ! Une chevelure châtain absolument superbe – j’avais envie de m’y enfouir le visage. La plupart du temps, je n’ai rien pu faire d’autre que la regarder avec les yeux écarquillés, mais j’ai fini par avoir le cran de me lever pour lui dire combien la réunion m’avait plu… P 175   

 

Ce que nous allons finir par recommander – si j’ai quelque chose à y voir – c’est la participation d’administrateurs extérieurs à tous les niveaux, rémunérés en fonction des résultats. C’est le point crucial. Nous devons nous débarrasser de cette idée enfantine selon laquelle les gens peuvent être motivés par autre chose que l’argent. P 194.     

 

… j’ai toujours eu le sentiment que si la chance peut orienter nos vies, alors c’est que tout est arbitraire et absurde. Il ne m’était jamais vraiment venu à l’esprit que la chance pouvait aussi apporter le bonheur. Je veux dire, c’est la chance seule qui a fait que nous nous sommes rencontrés, la chance seule qui a fait que nous vivons dans le même immeuble, et maintenant nous sommes ici… P 218  

 

Dans les restaurants les plus chics, dans les soirées privées les plus somptueuses, elle s’efforçait de convaincre fonctionnaires et députés de la nécessité d’accorder des subventions toujours plus considérables aux agriculteurs qui désiraient se convertir aux nouvelles méthodes d’élevage intensif… P 340  

 

Comme Hilary (qui ne regardait jamais ses propres programmes de télévision), Dorothy n’avait jamais eu la moindre intention de consommer les produits qu’elle était trop heureuse d’imposer à un public résigné. P 352  

 

… Tu n’as pas à t’inquiéter pour ça, répondit Henry. Les journaux ne vont pas se mettre à parler d’une chose aussi barbante que la production alimentaire, et si jamais ils le font, le public ne s’y intéressera pas, car il est trop stupide. P 353  

 

Le truc, c’est de faire sans cesse des choses scandaleuses. Il ne faut pas laisser aux autres le temps de réfléchir après avoir fait passer une loi révoltante. Il faut aussitôt faire quelque chose de pire avant que le public ne puisse réagir. Vois-tu, la conscience britannique n’a pas plus de capacité que… qu’un petit ordinateur domestique, si tu veux. Elle ne peut conserver en mémoire que deux ou trois choses à la fois.  P 433 

LU EN MAI 2018

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Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« Piège conjugal » de Michelle Richmond

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai reçu dans le cadre d’une opération « Masse critique » :

 Piege conjugal de Michelle Richmond

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Alice, ancienne rockeuse reconvertie en avocate, et Jake, psychologue, s’aiment, l’avenir leur appartient. Le jour de leur mariage, un riche client d’Alice se présente avec un cadeau singulier : l’adhésion au « Pacte ». Le rôle de ce club ? Garantir à ses membres un mariage heureux et pérenne, moyennant quelques règles de conduite : décrocher systématiquement quand le conjoint appelle, s’offrir un cadeau tous les mois, prévoir une escapade trois fois par an… mais surtout, ne parler du Pacte à personne. Alice et Jake sont d’abord séduits par l’éthique, les cocktails glamour et la camaraderie que fait régner le Pacte sur leur vie… Jusqu’au jour où l’un d’eux contrevient au règlement. Le rêve vire au cauchemar. Mais comme le mariage, l’adhésion au Pacte, c’est pour le meilleur… comme pour le pire.

Suspense et tension psychologique constituent le carburant de ce roman au vitriol qui décrypte les hypocrisies de l’institution matrimoniale et entraîne le lecteur dans une intrigue sombre, palpitante et jamais dénuée d’ironie. Publié dans trente pays, « Piège conjugal » est en cours d’adaptation pour le grand écran par la 20th Century Fox.

 

CE QUE J’EN PENSE

 

Après un début un tantinet « fleur bleue », avec une demande en mariage romantique, une organisation de la noce assez classique, Jake psychologue de son état et Alice, chanteuse rock qui est devenue avocate, reçoivent un cadeau étrange, offert par Finnegan, un client d’Alice, invité de dernière minute à la cérémonie : une boîte massive et élégante avec une inscription gravée : « LE PACTE ». « À l’intérieur se trouvait un second coffret posé sur une doublure en velours bleu, encadré de deux stylos coûteux nichés dans les replis du tissu : de l’argent, de l’or blanc voire du platine »

A leur retour de voyage de noce, ils reçoivent la visite de Vivian, une sorte d’inspectrice (qui m’a rappelé la visite traditionnelle de l’assistante sociale lors de notre demande d’adoption : on ne sait jamais ce qu’il faut dire, on brique la maison de fond en comble pour faire bonne impression, on choisit sa tenue…).

Tout en subissant un interrogatoire en règle, ils ouvrent devant elle, le deuxième coffret qui contient le contrat, ainsi que le manuel qui répertorie les principes du Pacte, mise au point par Orla, une Irlandaise, mère fondatrice de l’association, qu’ils devront apprendre par cœur, et mettre en application au quotidien !

Nos deux tourtereaux signent, sans se rendre compte du processus dans lequel ils s’engagent. Après tout, il y a des idées pleines de bon sens : se faire un cadeau tous les mois, aller au restaurant, trouver le juste équilibre entre le travail et le couple et tous les trois mois une invitation à dîner chez un couple qui appartient à leur « région » etc.

Très vite, les choses vont se corser avec des accusations, des séjours dans une prison privée que les chefs du Pacte ont rachetée, et on a des scènes cocasses : arrestations, menottes, cellule, combinaison orange en tissu de bonne qualité, (on est entre gens bien, la preuve on s’appelle mon Ami), interrogatoires, avocats et juges appartenant au groupe, des punitions abracadabrantesques ….

Voici, pour le fun, quelques motifs de « mise en examen » : « lire les e-mails de son conjoint est un délit de niveau 2, la récidive recevra une sanction de niveau similaire, avec une majoration de quatre points »,

Ou encore : ne pas répondre à une injonction constitue un « manque de focalisation, crime de niveau 6 » le conjoint n’étant pas assez « concentré sur son mariage »il s’en suit une condamnation à un dispositif de focalisation : un collier en métal à garder vingt-quatre heures sur vingt-quatre, assorti de séances de thérapie à la soviétique…

Le plus cocasse étant : « Réalignement pour crime d’infidélité émotionnelle »

« Personne n’est ici contre son gré, Jake. Tous nos résidents sont conscients de leurs crimes et heureux de pouvoir procéder à un réalignement psychique dans un environnement où ils se sentent accompagnés. » P 284

Ce roman nous trace un portrait de la maltraitance psychologique, de la manipulation mentale qui font penser aux sectes ou aux méthodes staliniennes ou la Gestapo…

C’est Jake qui raconte l’histoire et l’auteure fait alterner l’enchaînement des évènements liés au Pacte avec les entretiens de thérapie de couples et les groupes d’ados dont il s’occupe, distillant au passage ses réflexions sur la vie, le couple ou la société, ce qui permet au lecteur de récupérer un peu entre deux séances de manipulation.

Michelle Richmond entretient habilement le suspense, et une fois immergée dans l’histoire, je me suis laissée prendre au jeu malgré les invraisemblances. Il y a des rebondissements jusqu’à la dernière page. J’avoue que je me suis bien amusée.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Presse de la Cité qui m’ont permis de découvrir ce roman et  son auteure que je ne connaissais pas du tout.    

 

L’AUTEUR  

Native de l’Alabama, Michelle Richmond a enseigné les techniques de l’écriture à l’université de San Francisco et dirige la revue littéraire en ligne Attic. Son précédent roman, « L’Année brouillard », finaliste du Grand Prix des lectrices de « Elle », s’est vendu à plus de 50 000 exemplaires.

 

EXTRAITS

 

Il y a un écart entre celui que nous sommes et celui que nous pensons être. C’est le cas pour tout le monde. Même si, en ce qui me concerne, j’aime à croire que cet écart est faible, je suis prêt à admettre qu’il existe. P 50

 

Elle utilise le mot « épanouissement ». A priori, c’est une bonne chose, sauf que c’est devenu un terme qui signifie : « Je veux me faire du bien, et tant pis si je piétine les autres au passage… »  P 55  

 

… j’ai lu que les fiancés de la Saint Valentin formaient des couples moins solides, moins résolus. J’en déduis qu’un mariage fondé sur des débuts trop romantiques et impétueux se défait plus facilement. P 200  

 

Un divorce provoque une réaction en chaîne dans l’entourage familial. Prenez Al et Tipper Gore : ils se sont séparés au bout de quarante ans de mariage, un an après le divorce de leur fille Kristin. Et ce n’était que le début. Moins d’un an plus tard, une autre de leurs filles quittait son mari et à la fin de l’année suivante, leur troisième fille était elle-aussi divorcée. P 200  

 

Je ne le dirai jamais à mes patients, mais j’ai acquis la certitude que la plupart des gens ne changent pas. Au mieux, ils sont capables d’accentuer certains traits de leur personnalité par rapport à d’autres, même s’il ne fait aucun doute que l’éducation et es soins prodigués à un enfant peuvent orienter ses tendances naturelles dans le bon sens.  P 231   

 

Les fascistes et les sectes ont toujours une langue bien à eux, des termes dont le but est d’embrouiller les esprits, de dissimuler la vérité, mais aussi de donner aux membres l’impression qu’ils sont élus en les distinguant du commun des mortels. P 278  

 

… Je sais ce que vous pensez, Jake. Je lis l’inquiétude sur votre visage. Mais, je peux vous assurer que, si ces pièces ont été conçues à l’origine pour l’isolement, nous préférons les voir comme des cellules monastiques où les membres qui sont égarés peuvent renouer à leur rythme avec leurs vœux… P 285  

 

Aujourd’hui, les psychologues se moquent de la puissance de la pensée positive qui a fait tant d’adeptes dans les années 1970. Pourtant, je ne serais pas aussi enclin à lui dénier toute efficacité. Les optimistes sont plus heureux que les pessimistes et les cyniques : c’est idiot, mais c’est vrai, même si parfois, il faut se forcer. P 304  

 

Les adolescents sont combattifs. Comme des animaux dans la savane, ils flairent tout de suite la faiblesse et attaquent sans une hésitation. P 305  

 

Le mariage est une entité vivante et changeante dont on doit prendre soin, seul et ensemble. Il évolue de mille façons, tantôt ordinaires, tantôt totalement inattendues… c’est un organisme vivant avec ses contradictions – à la fois prévisible et étonnant, bon et mauvais – qui chaque jour devient plus riche et plus subtil.  P 401

 

 

LU EN MAI 2018

Publié dans Littérature chinoise, Littérature contemporaine

« Baguettes chinoises » de Xinran

Encore un petit intermède chinois avec:

 Baguettes chinoises de Xinran 2

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE  

 

« Je vais leur montrer, moi, à tous ces villageois, qui est une baguette et qui est une poutre ! »

C’est ce cri qui a donné envie à Xinran d’écrire cette histoire. Celle, lumineuse, chaleureuse, émouvante, de trois sœurs qui décident de fuir leur campagne et le mépris des autres, pour chercher fortune dans la grande ville.

Sœurs Trois, Cinq et Six n’ont guère fait d’études, mais il y a une chose qu’on leur a apprise : leur mère est une ratée car elle n’a pas enfanté de fils, et elles-mêmes ne méritent qu’un numéro pour prénom. Les femmes, leur répète leur père, sont comme des baguettes : utilitaires et jetables. Les hommes, eux, sont des poutres solides qui soutiennent le toit d’une maison.

Mais quand les trois sœurs quittent leur foyer pour chercher du travail à Nankin, leurs yeux s’ouvrent sur un monde totalement nouveau ; les buildings et les livres, le trafic automobile, la liberté de mœurs et la sophistication des habitants…

Trois, Cinq et Six vont faire la preuve de leur détermination et de leurs talents, et quand l’argent va arriver au village, leur père sera bien obligé de réviser sa vision du monde.

Etc….

CE QUE J’EN PENSE  

 

Cette histoire commence sur les douves de Nankin, plus exactement sous le grand saule, où les nouveaux arrivants cherchent à trouver du travail. Trois vient d’arriver avec Deuxième Oncle. Elle est la troisième fille d’une fratrie de six, et le père est tellement honteux de n’avoir que des filles qu’il ne leur attribue même pas un prénom, seulement un chiffre correspondant à leur ordre de naissance.

« Dans mon village, c’est comme ça qu’on appelle les filles, des baguettes. Les garçons, eux, ce sont des poutres. Ils disent que les filles ne servent à rien et que ce n’est pas avec des baguettes qu’on peut soutenir un toit. » P 22

Elles sont exploitées dans les champs, triment du matin au soir, sans se plaindre et on s’en débarrasse en les mariant sans leur demander leur avis : il faut bien les caser quelque part, ce que les parents a fait avec leur fille aînée. Et après, on s’étonne du nombre élevé de suicide chez ces jeune femmes…

« C’est ainsi qu’on expliquait le suicide de certaines d’entre elles qui, ayant toujours vécu en recluses à la campagne, ne savaient pas faire face à la pression de cette nouvelle vie, ni gérer leur soudaine liberté. » P 91

Trois est promise à un homme plus âgé handicapé, et elle décide de fuir avec le frère cadet de son père, Deuxième Oncle qui l’emmène avec lui lorsqu’il retourne à Nankin après les fêtes du Nouvel An.

Trois réussit à trouver du travail, et doit s’adapter à la ville car elle ne sait rien, elle n’est pas allée longtemps à l’école et tout est étrange dans cette grande ville. Elle fait des miracles en créant des compositions de fruits, légumes pour le grand bonheur de ses patrons qui tiennent un restaurant : « l’Imbécile heureux ».

« Cela faisait deux ans qu’elle travaillait à L’Imbécile heureux, qu’elle avait fait de cette coquille de noix perdue dans l’océan rugissant des restaurants sa seconde maison. C’est là qu’elle avait appris qui elle était… C’est là que cette baguette sans éducation et perpétuellement brocardée par les siens à la campagne avait finalement pris conscience de sa valeur et gagné, pour la première fois, un peu de respect.  C’est là qu’avait commencé sa nouvelle vie et qu’elle s’y poursuivait ». P 49

Plus tard ses deux sœurs la rejoindront, Cinq qui ne sait ni lire ni écrire, considérée comme une débile et Six, qui a eu plus de chance et a été scolarisée. On va les voir évoluer, chacune dans un milieu différent et tenter de s’en sortir.

Xinran nous brosse le portrait des trois sœurs, le contraste énorme entre le monde rural et la ville, la société chinoise et son évolution…

Elle nous décrit le côté borné du père et son opinion sur les filles, son comportement maltraitant psychologiquement, mais qui sera bien obligé de reconnaître qu’une fille, cela peut servir, notamment en rapportant tout l’argent qu’elle gagne !

Une question se pose : comment dans un pays qui pratique la politique de l’enfant unique, un paysan peut-il avoir six filles, sans recevoir de sanction ? C’est très simple il suffit de connaître les bonnes personnes pour avoir des passe-droits : corruption !

Les familles dans lesquelles travaillent les trois jeunes filles sont intéressantes, bien que caricaturales : outre le restaurant « l’Imbécile heureux », on fait la connaissance d’un établissement de massages, bains divers, où travaille Cinq et un salon de thé librairie où s’épanouit Six, véritable rat de bibliothèque, où défilent des Occidentaux.

J’ai choisi ce livre car j’avais beaucoup aimé « Funérailles célestes » et je dois dire que je suis restée sur ma faim : certes, ces trois héroïnes sont sympathiques, et chacune à sa manière va trouver sa voie car le travail ne leur fait pas peur et elles ont envie d’apprendre.

La manière dont Xinran aborde la société chinoise, la restriction des libertés, l’éloge du travail, la Révolution Culturelle et l’épuration qui a suivi, est intéressante mais ne m’a pas enthousiasmée. Je suis sortie de cette lecture avec une overdose de riz gluant, boulettes et sucreries…

Bien-sûr après avoir refermé « Eugenia » de Lionel Leroy, le risque de comparaison était latent et ce livre s’est révélé trop fade, comme c’est souvent le cas après un coup de cœur… J’ai allégé un peu ma PAL et je ne pense pas lire un autre roman de l’auteure…

Un conseil: si vous voulez lire ce roman zappez la quatrième de couverture car elle en dit trop. Je n’en ai cité qu’une partie.

 

 

EXTRAITS 

 

Son père qui fumait à leur côté, tapant sa pipe contre le four, l’avait enjointe de se calmer : « Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Cesse de t’en prendre à ta sœur parce qu’elle est moins dégourdie que toi et Six, de toute façon vous n’êtes que des baguettes. Et ne crois pas que quelques mois en ville y ont changé quelque chose et que tu peux maintenant prendre tes sœurs de haut ! » P 90  

 

Ingénieur Wu, qui avait grandi dans le silence de sa mère, montrait une profonde empathie à l’égard de filles comme Cinq qui, venues de villages dirigés par des hommes, ne recevaient que peu d’amour et d’attention. Il les comparait à ces brins d’herbe se frayant un passage dans les fissures des rochers pour capter la lumière du soleil, respirer, s’épanouir avant d’être battues par la pluie et le vent. P 91  

 

… elle trouva une dizaine de cartons comme ceux dans lesquels elle mettait ses livres chez elle. Six se demandait si ceux-ci en contenaient, et le cas échéant, s’il fallait mettre de la mort-aux-rats en ville ? Car, à la campagne, tous ces rats illettrés prenaient un malin plaisir à dévorer les mots… P 128  

 

Combien de têtes ont roulé en Chine pour un simple mot de travers, le sais-tu ? Voilà vingt ans que la politique d’Ouverture a été lancée et crois-tu que les définitions du Parti et de l’Histoire ont changé ? Peut-on parler aujourd’hui plus qu’hier d’une réelle liberté de la presse ? Nous sommes en Chine, pas en Occident, et à ce titre, tu ne peux pas dire tout ce qui te passe par la tête, y compris à tes parents… P 217  

 

Toi qui étudie la sociologie, ne t-est-il jamais venu à l’esprit que le pouvoir dont jouissait Mao ne puisait pas sa force dans le culte de la personnalité, mais dans une soif éperdue de croire en quelque chose ? Ce peuple inculte, qui s’échinait à travailler la terre pour survivre, avait besoin d’un Dieu qui régisse l’univers, d’un Dieu capable de rendre la précarité de sa vie plus supportable. P 218  

 

Tout comme les plats sans sel, les gens qui ne rient pas sont bien fades. C’est pour cela qu’il faut rire dans la vie. Peu importe que le rire soit jaune, idiot, béat, sournois ou perfide. Si notre rire s’éteint, c’est tout l’esprit et la sagesse de notre héritage culturel que s’évanouissent. Le rire, c’est comme les baguettes, on ne peut rien faire sans. P 274  

 

Dans notre culture chinoise perdure l’idée prégnante qu’une « femme respectable » ne doit ni rire ni pleurer. Résultat : nous ne savons plus rire et nous n’osons plus pleurer ! Mais que reste-t-il d’une femme dont on bâillonne le rire et les larmes ? P 275

LU EN MAI 2018

 

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Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Eugenia » de Lionel Duroy

Je vous parle aujourd’hui d’un roman par lequel j’aborde pour la première fois l’œuvre de l’auteur avec :

 Eugenia de Lionel Duroy

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

A la fin des années trente, parce qu’elle est tombée sous le charme d’un romancier d’origine juive, Eugenia, une jeune et brillante étudiante roumaine, prend soudain conscience de la vague de haine antisémite qui se répand dans son pays. Peu à peu, la société entière semble frappée par cette gangrène morale, y compris certains membres de sa propre famille. Comment résister, lutter, témoigner, quand tout le monde autour de soi semble hypnotisé par la tentation de la barbarie ?

Avec pour toile de fond l’ascension du fascisme européen, ce roman foisonnant revient sur un épisode méconnu de la Seconde Guerre mondiale, l’effroyable pogrom de Jassy. Portrait d’une jeune femme libre, animée par le besoin insatiable de comprendre l’origine du mal, ce livre est aussi une mise en garde contre le retour des heures les plus sombres de l’Histoire.

 

CE QUE J’EN PENSE

 

L’auteur nous raconte un pan de l’histoire de la Roumanie, des années trente jusqu’à 1945, à travers une histoire d’amour entre une jeune étudiante Eugenia Radulescu et un écrivain juif célèbre Mihail Sebastian.

Eugenia a été élevée dans une famille où règne un antisémitisme pur et dur, son frère aîné Stefan ayant même rejoint la milice populiste qu’on appelle la « Garde de Fer » qui défile en terrorisant les Juifs, les maltraitant, et font du racolage :

« Quant à moi, j’ai treize ans et je me rappelle la fierté de nos parents lorsque Stefan revêt la chemise verte de la Garde de Fer et s’en va, le cou ceint de la croix, visiter avec ses camarades les villages alentour pour convaincre les paysans de rejoindre le mouvement de Codreanu, que l’on appelle désormais Capitaine… » P 25

Eugenia fait la connaissance de Mihail le jour où celui-ci vient faire une conférence dans son université, en 1935, conférence organisée par une enseignante qu’elle admire, Madame Costinas, laquelle jouera un rôle déterminant dans sa vie.

Lors de cette conférence, Stefan envoie ses sbires frapper Mihail, et Eugenia, horrifiée, aide son professeur à le prendre en charge. C’est ainsi que commence une prise de conscience chez la jeune étudiante.

« Il est inoubliable le moment où nos paupières se dessillent, où nous comprenons que nous avons été abusés. » P 37

En fait, les Roumains n’ont jamais accepté que les Juifs entrés chez eux à la fin de la première guerre mondiale aient été naturalisés, et sur fond de crise, il est tellement simple de rejeter la faute sur une population désignée d’avance…

« Pour nous, ces juifs venus de Galicie, de Russie, de Hongrie, de Pologne, d’on ne savait trop où encore, qui avaient envahi notre ville sans vergogne et dressé leurs synagogues ici et là, demeuraient des juifs, des étrangers, et ne seraient jamais de véritables Roumains. » P 22

On découvre ainsi le comportement de la Roumanie, pendant la guerre, le roi Carol II tentant de ménager la chèvre et le chou, les actifs de la Garde de Fer sont arrêtés jugés exécutés, le mouvement interdit, malgré la fascination du peuple pour Hitler, mais il y a eu la signature du pacte germano-soviétique et la grande peur de l’URSS qui veut récupérer des terres conquises par la Roumanie : Bessarabie, Bucovine…

Quand la guerre éclate avec l’URSS Andrei, le jeune frère d’Eugenia est envoyé au front, tant que Stefan s’est réfugié à Berlin, planqué dans l’entourage d’Hitler. Mais les Russes finissent par l’emporter et évidemment c’est de la faute des Juifs d’où le pogrom de Jassy en juin 1941 (comme il y a eu celui de Bucarest en janvier) qu’Eugenia nous raconte dans le détail, arpentant la ville pour couvrir les évènements pour un journal de Bucarest.

Cet évènement va déclencher des prises de conscience, des gens vont entrer dans la Résistance, tous ne sont pas des collabos à la botte des nazis. Comment peut-on assassiner du jour au lendemain des gens qui ont été des voisins, des proches parfois ? c’est une question que je poserai toujours car elle reste malheureusement d’actualité, on connaît l’effet « meute » …

Les exactions de la Garde de Fer étaient d’une telle violence que même Hitler et ses troupes s’en inquiétaient… Selon cet officier, le chaos qui s’installait dans le pays inquiétaient de plus en plus les Allemands et ils ne laisseraient sûrement pas la situation perdurer. » P 204

Tout au long de ce roman, c’est Eugenia qui parle, utilisant le « je » et on assiste à son évolution, son éveil politique ; on voit évoluer sa réflexion, son appréciation de la situation, et son comportement va se modifier en profondeur; en même temps, elle découvre un autre univers, le monde de Mihail et de son écriture… elle ne porte pas de jugement péremptoire, elle constate les actes et les paroles des uns et des autres et les note de manière la plus objective possible, ce qui ne l’empêche pas de réfléchir sur la responsabilité des hommes et la répétition d’évènements qu’on pensait ne jamais voir  se reproduire, tant ils étaient atroces.

Lionel Duroy alterne des évènements du présent (1945) et du passé, et mêle habilement l’histoire d’amour, plutôt à sens unique, entre Eugenia et Mihail, ce qui donne un rythme particulier à ce récit puissant et passionnant. Il évoque aussi très bien les déchirements dans une même famille, lorsque les enfants ont des engagements qui s’opposent, et le rôle de l’éducation, dans le rejet de l’autre.

Je connaissais peu l’histoire de la Roumanie et son côté fasciste pro nazi, à part, Ceausescu, le génie des Carpates, ainsi qu’il se surnommait, son exécution, Petre Roman, ou encore Nadia Comaneci… Donc surtout l’histoire après 1945.  J’ai donc appris beaucoup de choses et ce roman m’a donné envie d’en savoir davantage sur Mihail Sebastian, ses livres, notamment « Depuis deux mille ans », son journal, dont l’auteur nous donne des extraits, ses pièces de théâtre…. Et bien sûr sur les protagonistes du pogrom, tel le général Antonescu…

On rencontre aussi dans ce roman, Malaparte dont le comportement n’est pas toujours très clair, car en Italie aussi la censure règne, donc il n’écrit pas ce qu’il veut dans ses articles. On croise aussi Ionesco ou Cioran, ou Petrescu ainsi que des artistes de l’époque en particulier, Leny Caler, actrice et chanteuse célèbre pendant l’entre deux guerres et qui fut la maîtresse de Mihail Sebastian et de Camil Petrescu …

Ce qui fait aussi l’originalité de ce roman, c’est le choix que fait Lionel Duroy de commencer le récit le 30 mai 1945, nous disant d’emblée si Mihail a survécu ou on à cette guerre, ce qui permet au lecteur de profiter de l’histoire sans se poser la question de manière  lancinante…

J’ai adoré ce roman, qui avait tout pour me plaire car cette période de l’Histoire me passionne, et j’ai été conquise par le travail de recherche et le style de Lionel Duroy, dont j’aborde l’œuvre pour la première fois, alors que plusieurs de ses livres sont dans ma PAL débordante…

Auteur à suivre de plus près donc.

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A propos de Leny Caler :

https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=ro&u=https://ro.wikipedia.org/wiki/Leny_Caler&prev=search

Pour la bibliographie de Mihail Sebastian : je vous renvoie à Babelio :

https://www.babelio.com/auteur/Mihail-Sebastian/33895  

 

 

 

EXTRAITS 

 

Certes, nous savions que depuis 1919, tous ces juifs étaient essentiellement roumains, comme notre père nous l’avait rappelé, mais nous savions aussi que la Roumanie avait dû prendre la décision de les naturaliser sous la pression de la France, sa grande amie, son alliée de la victoire de 1918 contre l’Allemagne, et qu’en vérité, ce n’était le souhait ni de nos dirigeants ni de la majorité du peuple roumain. Pour nous, ces juifs venus de Galicie, de Russie, de Hongrie, de Pologne, d’on ne savait trop où encore, qui avaient envahi notre ville sans vergogne et dressé leurs synagogues ici et là, demeuraient des juifs, des étrangers, et ne seraient jamais de véritables Roumains. P 22 

 

La fin de l’année universitaire avait été marquée par des violences inouïes – un étudiant juif avait été défenestré, la plupart avaient été battus, parfois au point d’être ramassés inanimés dans les couloirs, leurs papiers d’identité brûlés, leurs livres jetés par les fenêtres. P 23  

 

Dans mon souvenir, et bien qu’animée d’une haine têtue contre « les youpins qui sucent le sang de notre pays », la Garde est alors vécue sous notre toit comme une organisation de jeunesse patronnée par l’Église. P 25 

 

« Oh, ce merveilleux printemps 1939 ! La guerre était proche, elle menaçait, mais en attendant nous étions libres d’aller et venir, libres de nous aimer à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. » P 131 

 

Comment le général Antonescu, « grand patriote, officier d’une honnêteté irréprochable » selon le Général Gamelin, a-t-il pu en venir à engager la Roumanie au côté de la « monstrueuse tyrannie » dénoncée par Churchill ? C’est une question à laquelle je ne sais pas répondre. A-t-il pensé que c’était le prix à payer pour sauver son cher pays, lui qui se prévalut alors d’être le « Pétain roumain » ? P 201 

 

Certaines personnes semblent croire que tans que les bombes ne sont pas larguées sur les rues de New-York, San Francisco, La Nouvelle Orléans ou Chicago, nous ne sommes pas attaqués. Ceux-là ferment tout simplement les yeux sur la leçon que nous devons tirer de chaque nation conquise par les nazis. P 224 

 

Qu’étions-nous en train de vivre ? Était-ce cela qu’on appelait un pogrom ? J’avais beaucoup lu sur celui de Chisinau, en 1903, sans imaginer qu’un tel déchaînement puisse se renouveler un jour. Puisque la chose avait eu lieu, qu’elle avait horrifié le monde entier, elle ne se reproduirait plus. Ainsi pensons-nous, nous figurant que l’expérience d’une atrocité nous prémunit contre sa répétition. P 335 

 

… Je m’étais tue, tout simplement. Peut-être par ce que c’est une humiliation insoutenable pour nous tous, hommes et femmes, avais-je songé, de devoir décrire de tels gestes. Déjà, on tente d’en écarter le souvenir, car le souvenir seul nous fait soudain nous lever, aller et venir nerveusement, prendre une cigarette, se brûler en l’allumant, ou se coincer les doigts dans la fenêtre en la refermant après avoir fumé, comme si on cherchait à se blesser, à se punir – alors naturellement on préfère se taire. C’est probablement indicible, voilà.

Mais non, m’étais-je rétorqué vivement, rien n’est indicible. Tout ce qui a existé, tout ce qui nous constitue, peut être dit, et sans doute doit être dit. P 435

 

LU EN MAI 2018

 

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Femme à la mobylette » de Jean-Luc Seigle

Place aujourd’hui au dernier livre de Jean-Luc Seigle avec :

 Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Abandonnés par tous, Reine et ses trois enfants n’arrivent plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n’est plus qu’une décharge. Tant de richesses en elle voudraient s’exprimer et pourtant son horizon paraît se boucher chaque jour davantage. Seul un miracle pourrait la sauver… Il se présente sous la forme d’une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu’elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?

Jean-Luc Seigle dresse le portrait d’une femme au bord du gouffre qui va se battre jusqu’au bout. Ce faisant, c’est une partie de la France d’aujourd’hui qu’il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

 

CE QUE J’EN PENSE

Ayant beaucoup aimé « En vieillissant les hommes pleurent », je me suis laissée tenter par ce nouveau roman qui trônait sur la table consacrée aux nouveautés de la bibliothèque, donc difficile de résister…

Ce roman démarre sur une scène magistrale : Reine est assise près de la table de la cuisine, un couteau à côté d’elle et redoute d’avoir tué ses enfants car il règne un silence inquiétant dans la maison. Que s’est-il réellement passé?

L’auteur nous raconte l’histoire d’une femme, Reine, sur laquelle le destin s’acharne : elle est au chômage, a pris du poids car elle a enchaîné trois grossesses de suite et son mari l’a quittée pour une femme plus jeune, plus aisée. Elle a du mal à nourrir ses enfants et il est parfois difficile de payer la cantine pour qu’ils puissent avoir au moins un repas correct dans la journée. En plus, les services sociaux menacent de lui prendre ses trois enfants, son cher mari prétendant qu’elle est une mauvaise mère…

Comment trouver un travail quand on habite dans une maison assez retirée, sans moyen de locomotion et sans avoir suffisamment d’énergie pour s’accrocher à la vie ? Un jour, elle trouve la force de nettoyer le jardin, enseveli sous des tonnes de ferraille, bric-à-brac en tout genre, car elle veut voir l’herbe… et surprise, sous les gravats : une mobylette en état de marche.

On va assister à une transformation de cette femme, qui devient thanatopractrice, s’occupe des morts pour les rendre plus beaux pour les familles ; elle coud des sortes de patchworks avec des restes de tissus pour en faire des oreillers, des scènes qui symbolisent la vie des autres ou ses propres émotions.

Durant ses voyages à mobylette pour se rendre au travail, elle fait la connaissance d’un routier avec lequel elle va découvrir le véritable amour : il la traite avec délicatesse, elle se sent à nouveau vivante, femme, mais l’a-t-elle jamais été vraiment ?

Jean-Luc Seigle raconte cette femme, lui redonne une légitimité, une dignité qu’on lui a prise, (ou qu’elle ne s’est jamais vraiment sentie en droit d’avoir). Il lui donne vie, alors qu’elle a surtout vécu pour les autres, en s’oubliant au passage. Reine est inscrite dans une longue lignée de femmes qui ont eu des vies difficiles : l’exil, la nécessité de s’en sortir en faisant des travaux difficiles, les unes confortées par leur foi en Dieu, puis sa grand-mère, avec les rêve d’une utopie communiste chevillée au corps.

L’auteur excelle à décrire ces êtres dont la vie est difficile, un combat au quotidien pour survivre, avec les illusions d’un monde meilleur, les inégalités sociales, l’injustice dans ce monde qui se déshumanise, le travail des mains qui ne signifie plus rien à l’heure où tout se dématérialise… une histoire magnifique qui touche le lecteur…

Jean-Luc Seigle nous propose ensuite une réflexion qu’il a appelé « A la recherche d’un sixième continent » partant à la recherche de ce qu’on appelle le roman populaire, et les vrais portraits de femmes (une femme comme personnage principal, qui soit autre chose qu’une nunuche… il faut attendre Lamartine !). Cette réflexion qui nous emmène jusqu’à New-York, la statue de la liberté, les immigrants, Ellis Island, est magistrale.

J’ai beaucoup aimé Reine, son histoire, son combat et le regard sans complaisance que jette l’auteur sur la société de consommation.

 

EXTRAITS

En s’enfuyant, la nuit ne laisse plus derrière elle qu’une sorte de laitance grisâtre. « Tout finit dans l’absence et le silence absolu du monde ». Ça lui arrive parfois d’avoir des phrases qui lui viennent. Pas des phrases du dedans, des phrases du dehors qui s’encastrent en elle. Loin de la calmer, la phrase excite encore davantage une chose monstrueuse qui ne l’a pas laissée tranquille toute la nuit. P 11

Travailler avec des morts ne pouvait pas être pire que travailler à l’usine. Et puis, les morts, sûrement à cause de sa proximité depuis l’enfance avec les ancêtres, lui faisaient au fond moins peur que les vivants. P 32

Jamais Edmonde n’aurait pu imaginer jeter sa petite-fille dans un néant où le travail des mins n’aurait plus aucune valeur. Impossible pour une femme qui avait traverser le XXe siècle de prévoir une telle désolation malgré tous les coups portés aux ouvriers dont elle témoignait dans un petit carnet de moleskine noir que Reine avait bien pris soin de déposer dans son cercueil. P 55

Toute dépense devait produire une certaine éternité, et chaque chose devait durer parce qu’elle avait été durement acquise. P 62

Elle eut la nette impression d’avoir attendu le regard de cet homme toute sa vie. Un regard sans jugement, sans inquiétude et d’une infinie bonté… C’est peut-être ce qu’elle attend sans le savoir, un regard qui ne serait pas un regard de désir, plutôt un regard qui la soulèverait jusqu’à elle-même, jusqu’à lui faire croire en elle. P 63

Edmonde l’avait dit : croire, c’est faire comme les arbres qui poussent en direction du soleil, plus la forêt est épaisse et sombre, plus les arbres grandissent et s’étirent parce qu’ils ont plus à espérer de la lumière du ciel que des ombres de la terre. Ses ancêtres avaient fait la même chose pour échapper à l’obscurité du monde ordinaire. P 64

Mélanger le lait au chocolat, c’est renoncer aux siècles ! Les siècles ne sont pas le passé, ils sont l’histoire. P 119

Et puis, ce ne sont plus les idées, les combats des hommes qui font changer le monde, c’est l’argent, le seul Dieu auquel tout le monde se soumet et qui a aussi perverti le monde de l’art. P 147

 

 

LU EN AVRIL 2018

Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« 4 3 2 1 » de Paul Auster

Je vous parle aujourd’hui d’un livre volumineux qui m’a accompagnée un bon moment, dans une période plutôt difficile :

4 3 2 1 de Paul Auster4 3 2 1 de Paul Auster la 4eme de couv

 

RÉSUMÉ DE L’ÉDITEUR :

À en croire la légende familiale, le grand-père nommé Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, passa Varsovie puis Berlin, atteignit Ham- bourg et s’embarqua sur l’Impératrice de Chine qui franchit l’Atlantique en essuyant plusieurs tempêtes, puis jeta l’ancre dans le port de New York au tout premier jour du XXe siècle. À Ellis Island, par une de ces bifurcations du destin chères à l’auteur, le nouvel arrivant fut rebaptisé Ferguson.

Dès lors, en quatre variations biographiques qui se conjuguent, Paul Auster décline les parcours des quatre possibilités du petit-fils de l’immigrant. Quatre trajectoires pour un seul personnage, quatre répliques de Ferguson qui traversent d’un même mouvement l’histoire américaine des fifties et des sixties. Quatre contemporains de Paul Auster lui-même, dont le “maître de Brooklyn” arpente les existences avec l’irrésistible plaisir de raconter qui fait de lui l’un des plus fameux romanciers de notre temps.

 

CE QUE J’EN PENSE

Archibald Fergusson est un petit garçon juif qui naît en 1947 à Newark de l’union quelque peu improbable de Rose, photographe de son métier, et Stanley qui tient un magasin de meubles avec ses deux frères. L’auteur nous raconte comment son grand-père a fui Minsk pour entrer à New York le premier jour du XXe siècle et choisi malgré lui le nom de Fergusson pour entamer sa nouvelle vie :

« Votre nom ? demanda l’agent. Se frappant le front de frustration l’immigrant épuisé laissa échapper en Yiddish, Ikh hob fargessen ! (J’ai oublié !) Ainsi, Isaac Resnikoff commença-t-il sa nouvelle vie en Amérique sous le nom de Ichabod Fergusson. » P 7

Cette présentation constitue le temps 0 quel l’auteur désigne par le code 1.0. Ensuite, Paul Auster nous propose quatre avatars d’Archie pour démontrer que s’il se produit tel ou tel évènement, tel ou tel choix des protagonistes, la vie prendra un autre sens, une autre signification. Ainsi commence la narration où se succèderont en alternance les 4 vies : 1.1, 1.2 etc. le rythme se faisant en fonction du déroulement dans le temps.

On va ainsi explorer toute l’histoire des USA, croisant au passage les Kennedy, Martin Luther King, Malcolm X, les émeutes raciales, les milieux étudiants, sans oublier la guerre du Vietnam, la société américaine, avec ses travers, le racisme, la ségrégation, l’exil… l’auteur nous entraîne aussi dans ses autres centres d’intérêt : le journalisme, le cinéma, Laurel et Hardy, le théâtre et surtout la poésie (les traductions des poètes français sont savoureuses) et… Paris.

Paul Auster nous parle ainsi de l’effet domino, loi de causalité… selon l’endroit où on se trouve et dans quelle situation personnelle, familiale, si les parents s’entendent ou non, le lieu où l’on travaille, l’endroit où l’on habite, où l’on fait ses études, ou selon son orientation sexuelle, on évoluera de manière différente… même si on rencontre les mêmes personnes, si on a les mêmes aspirations, la vie peut prendre une direction toute autre.

Au passage, on retrouve aussi un questionnement sur Dieu, maître ou non de l’univers pour tenter d’expliquer ce qui nous échappe :

« Était-ce pour cette raison que l’homme a inventé Dieu ? se demandait Fergusson. Afin de dépasser les limites de la perception humaine en alléguant l’existence d’une intelligence divine toute puissante et capable de tout embrasser. »  P 288

L’auteur montre aussi comment un malheur peut se transformer ou non, en bienfait selon ce qu’on en fait, et donc soit on est acteur de sa vie soit on reste simple spectateur, soit on agit, soit on subit, seul ou avec les autres…

J’ai A.DO.RE ce roman, c’est un festival, et pourtant il est volumineux 1020 pages et pèse 1,2 kg donc on ne peut pas le lire n’importe où, il faut s’installer confortablement… Je n’arrivais pas à le lâcher (au propre comme au figuré !). Chaque fois que je passais à côté, en dehors des moments de lecture, je me disais, « j’adore ce bouquin, il est génial » j’ai dû le dire des centaines de fois tant j’étais subjuguée… Bref, j’étais devenue en deux temps et trois mouvements, une groupie de Paul Auster

L’histoire m’a énormément plu. Je me suis attachée à tous les avatars, quelque soit leur destin, je les ai accompagnés. Au début je prenais des notes pour ne pas me perdre, ne rien oublier et peu à peu je me suis laissée porter.

Je ne mets qu’un seul bémol, l’omniprésence du base-ball : je ne comprends rien à ce sport, et quand l’auteur se branche sur les matches, les scores, je me lasse très vite, mais je n’ai pas sauté les pages. Par contre j’ai eu moins de problèmes avec le basket, très présent également.

Ce n’est un secret pour personne, je connais peu la littérature américaine, à part quelques auteurs dont Philip Roth que j’aime beaucoup (en fait j’exagère, j’en ai quand même lu quelques-uns !) car les USA me tapent un peu sur le système, par leur histoire, leurs manières et l’ère Trump n’arrange rien… donc, c’est le premier livre de Paul Auster que je lis, j’avoue, mais quelle rencontre !

J’aime son style, son écriture, les phrases longues, dans lesquelles il est si bon de se laisser porter, comme dans les vagues de l’océan, la manière dont il parle de poésie, de littérature, de politique, de musique…

« … ces soirées au concert n’étaient rien moins qu’une révélation sur le fonctionnement de son propre cœur car il comprit que la musique était le cœur même, l’expression la plus parfaite du cœur humain, et après avoir écouté ce qu’il avait écouté, son oreille commençait à s’affiner, et mieux il écoutait plus il ressentait profondément la musique, à tel point que parfois son corps tremblait. » P 265

Immense coup de cœur donc !

Pour l’anecdote : j’ai emprunté ce livre à la bibliothèque et en tant que nouveauté, on a quinze jours pour le lire, donc il aurait fallu, au minimum, 80 pages par jour. Très rapidement, j’ai décidé de l’acheter car j’avais besoin de prendre mon temps, de me l’approprier, de revenir sur les différentes histoires, de relire des passages encore et encore…

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EXTRAITS

Une sélection difficile à faire, vue l’abondance de phrases qui m’ont plu…

 

Pour les Fergusson, la notion débile de Tous pour Un et Un pour Tous n’existait pas. Dans leur petit monde, c’était Tous pour Tous, ou rien. P 9

 

… Mais de tous les écrivains qu’elle découvrit pendant sa retraite forcée, ce fut Tolstoï qui la toucha le plus, ce démon de Tolstoï qui selon elle comprenait tout de la vie, tout ce qu’il y a à savoir du cœur humain et de l’esprit humain, que le cœur ou l’esprit soient ceux d’un homme ou ceux d’une femme, et comment se pouvait-il, se demandait-elle émerveillée, qu’un homme sache tout ce que Tolstoï savait des femmes, ce n’était pas possible qu’un homme puisse être tous les hommes et toutes les femmes, elle entreprit donc de lire presque tous ce que Tolstoï avait écrit, non seulement les grands romans comme « Guerre et Paix », « Anna Karénine » et « résurrection » mais aussi des œuvres plus courtes… P 39

 

Fergusson n’avait pas encore cinq ans mais il savait déjà que le monde se composait de deux royaumes, le visible et l’invisible, et que les choses qu’il pouvait voir étaient souvent plus réelles que celles qu’il voyait. P 47

 

A l’inverse, son père et oncle Dan étaient dévorés par leurs ambitions, qui paradoxalement rendaient leur monde plus étriqué et moins confortable que ceux qui échappaient à cette malédiction, car l’ambition revenait à n’être jamais satisfait, à toujours désirer davantage, à aller toujours de l’avant car aucun succès ne pourrait jamais être assez grand pour calmer le besoin d’autres succès encore plus grands, l’envie copulative de transformer un magasin en deux magasins…   P 115

 

… Mais si on prend le temps d’y réfléchir attentivement, papillon et âme ne sont pas si différents, après tout, tu ne trouves pas ? Le papillon débute dans la vie sous la forme d’un vilain vermisseau insignifiant et terre à terre, puis un jour la chenille fabrique un cocon, au bout d’un certain temps le cocon s’ouvre et il en sort un papillon, la plus belle créature du monde. Il en va de même pour l’âme, Archie. Elle se débat dans les profondeurs de l’obscurité et de l’ignorance, elle traverse dans la douleur des épreuves et des malheurs, et petit à petit elle est purifiée par ces souffrances, aguerrie par les difficultés qu’elle rencontre et un beau jour, si cette âme est digne de ce nom, elle sort de son cocon et prend son essor dans les airs comme un magnifique papillon. P 139

 

Fergusson le puritain moralisateur et sévère, Fergusson l’ennemi des us et coutumes de la classe moyenne enrichie, l’imprécateur omniscient qui fustigeait et méprisait cette nouvelle race d’Américains qui rêvaient d’ascension sociale et faisaient étalage de leur richesse – Fergusson, le gamin qui voulait prendre le large. P 283

 

Le temps se déplaçait dans deux directions parce que chaque pas dans l’avenir emportait avec lui un souvenir du passé, et même si Fergusson n’avait pas encore quinze ans, il avait déjà assez de souvenirs pour savoir que le monde qui l’entourait était façonné par celui qu’il portait en lui, tout comme l’expérience que chacun avait du monde était façonnée par ses souvenirs personnels, et si tous les gens étaient liés par l’espace commun qu’ils partageaient, leurs voyages à travers le temps étaient tous différents, ce qui signifiait que chacun vivait dans un monde légèrement différent de celui des autres. La question était de savoir dans quel monde vivait Fergusson aujourd’hui et de quelle façon ce monde avait changé. P 412

 

LU EN AVRIL 2018

Publié dans Littérature américaine, Littérature contemporaine

« Nous avant tout le reste » de Victoria Redel

Je vous parle aujourd’hui d’un livre découvert grâce à Masse critique spéciale :

 nous avant tout le reste de Victoria Redel

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

 

Sur cette photo, ce sont elles avant tout le reste. Elles ? Cinq amies d’enfance réunies pour quelques jours dans la maison d’Anna en plein Massachusetts. Tout le reste ? C’est ce qu’elles ont traversé, chacune, parfois ensemble, des quatre cents coups de l’adolescence jusqu’aux femmes qu’elles sont devenues, c’est-à-dire la vie et son cortège de mariages, séparations, enfants, drames et joies. Aujourd’hui, le temps a passé et Anna, la forte tête du groupe est malade. Mais, pour l’heure, il y a encore cette amitié qui a survécu à tout et qui est, elle, plus vivante que jamais.

Avec ce roman dont la forme éclatée en fragments fait écho au « puzzle de la mémoire » que nous portons en chacun de nous, Victoria Redel signe une très belle ode à l’amitié à travers cinq portraits de femmes plus vraies que nature et réveille les questionnements qui nous traversent à toutes les étapes de la vie.

 

CE QUE J’EN PENSE

Je remercie vivement Babelio et les éditions Flammarion qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

Ce roman est intéressant car Victoria Redel nous raconte comment réagir lorsqu’une amie est atteinte d’un cancer, et menace de tirer sa révérence. Comment affronter la maladie, comment se comporter avec l’amie en question : Anna, surtout quant on se connaît depuis l’école.

On va voir évoluer ainsi cinq femmes : Anna, Helen, Caroline, Ming et Molly auxquelles se greffent les enfants de chacune, le médecin, l’infirmière et les voisines…Très vite, vont survenir des tensions entre les protagonistes, chacun tentant d’imposer sa vision de la maladie et des meilleures choses à faire…

On a donc une opposition entre les vieilles amies et les autres, les nouvelles amies… comme si elles n’étaient pas légitimes alors qu’elles se connaissaient depuis une vingtaine d’années mais bien-sûr ce n’était pas des amies d’enfance nouées à l’école… Et pourtant elles sont présentes au quotidien alors que les vieilles débarquent en groupe quand elles en ont envie pour faire pression sur Anna pour qu’elle continue les soins alors qu’elle n’en a pas envie…

« La vieille au téléphone, elle n’avait ni plus ni moins été bannie de chez Anna par Helen : « On va venir passe la nuit » avait-elle dit. On aimerait beaucoup l’avoir juste pour nous. » P 102

Bien-sûr, on a tous les prototypes d’amies : couples mariés, divorcés, lesbiennes, l’une est peintre, l’autre avocat, l’une se cherche l’autre s’est trouvée, aucune n’est dans une situation financière précaire…  Je caricature, c’est vrai, mais si peu.

Je ne sais pas si c’était typique de la manière dont les Américaines conçoivent l’amitié, mais c’est surprenant par moment, cette manière de débarquer chez l’autre en force, de tout connaître de l’autre, cette osmose parfaite, un peu trop angélique et surtout intrusif à mon sens. Peut-être qu’en France on est devenu trop individualiste…

Elles s’arrogent tous les droits sur leur amie, mettant les nouvelles amies à la porte, les jugeant intrusives ! critiquant tous les petits moyens qu’elles utilisent pour tenter de faire du bien à Anna : les chants apaches, l’encens, les drapeaux de prières qu’on décroche car on n’y croit pas…

Elles sont là, mais envahissantes, intrusives, on aurait parfois envie de les mettre à la porte, tant on a l’impression qu’elles obligent Anna à se soigner non pour Anna elles-mêmes mais pour ne pas la perdre car elles sont plus ou moins dans le déni.

Néanmoins, ce roman soulève des questions intéressantes : l’amitié et ses aléas, les petites jalousies de l’enfance : qui est la plus proche d’Anna, qui elle aime le plus… Le mari d’Anna qui est toujours là alors qu’ils ont divorcé… ou encore la culpabilité ressentie à l’idée d’avoir un avenir personnel alors qu’Anna n’en a plus…

L’auteure évoque aussi la peur de la mort, de la solitude face à la mort, présente même quand on est entouré d’amies:

« Même entourée de toutes ses amies – plus que la plupart des gens ne seraient capables ou n’auraient envie d’en avoir – elle avait connu la solitude. Elle s’en rend compte maintenant. La solitude a toujours été là. » P 132

Une autre question importante est soulevée: peut-on choisir librement de mettre un terme aux soins ? et aussi qui doit choisir ? celle qui souffre ou celles qui veulent la maintenir en vie à tout prix, interprétant le moindre signe pour une rémission à laquelle elles veulent croire à tout prix.

Chacune a un petit bout d’Anna différent selon la relation avec elle et Anna de son côté est différente selon l’amie qui est à côté d’elle, comme les pièces d’un puzzle.

J’ai bien aimé la manière dont Victoria Redel a structuré son livre, en alternant les périodes de la vie de chaque protagoniste, des allers et retours dans le passé mais aussi dans la mémoire, ce qu’on retient des évènements, des sensations…

Un roman prometteur mais inégal et parfois fleur bleue, voire insupportable mais qui restera un bon moment de lecture…

Il est vrai que je venais terminer « 4 3 2 1 » de Paul Auster (la critique va arriver bientôt) quand j’ai entamé cette lecture…

 

EXTRAITS

 

Au-delà des efforts demandés, il lui semblait que le monde, avec son mouvement irrésistible, était un nœud inextricable ou une langue morte qu’elle avait autrefois comprise. P 14

 

Au moins, Caroline savait s’occuper de ses enfants et de sa sœur. Ici, avec Anna, elle ne pouvait rien faire. A part être présente. C’en était presque risible – vouloir être présente pour subir le pire des chagrins. C’était ridicule. P 68

 

Asa enrageait que la chambre d’Anna soit toujours pleine de visiteurs, et il enrageait encore plus de voir leurs efforts pour faire bonne figure avant de quitter sa chambre en troupeau, la mine sombre et suspendus aux lèvres du médecin de garde. Comme si ce dernier savait quoi que ce soit. P 78

 

Ils sont capables de finir les phrases l’un de l’autre. Depuis qu’ils ont dix-neuf ans. Et ils aiment ça. C’est la langue secrète du mariage. Même s’ils l’ont souvent retournée l’un contre l’autre. P 89

 

Peut-être que, depuis toujours, cette barrière, cette carapace rugueuse était la préparation à tout ça. Pour qu’elle n’ait pas peur de partir. La peur l’accompagnait depuis tant d’années… P 132

 

« Il faut rattraper le coup ». C’était l’autre chose qu’Helen avait dite. « Connie, j’ai peur que vous ayez cédé trop vite pour les soins palliatifs. Anna a besoin qu’on lui résiste. »

C’était peut-être ce qui avait le plus énervé Connie. Comme si Helen pouvait savoir ce qu’elle ressentait, ce qu’elle acceptait ou non. P 106

 

LU EN AVRIL 2018