« Le jeu des si » d’Isabelle Carré

C’est ma deuxième tentative pour aborder l’univers de l’auteure, après ma lecture en demi-teinte de « Du côté des Indiens », avec ce roman :

Résumé de l’éditeur :

Il y a ceux qu’on vient toujours chercher dans les gares, les aéroports, et puis ceux qui plongent seuls dans les souterrains du RER ou partent en trainant leurs valises à la recherche d’un bus, d’une voiture… A l’aéroport où son fiancé était censé l’accueillir, Élisabeth ne voit personne. Désemparée, elle hésite, puis avise le dernier taxi en vue. Le chauffeur tient une pancarte au nom de la cliente qui décidément n’arrive pas : Emma Auster.


Ce nom si romanesque est un déclic : Que se passerait-il si Élisabeth prenait sa place ? Et si c’était enfin l’occasion de réaliser un vieux songe : changer vraiment de vie, au lieu de n’en donner l’illusion en jouant mille personnages… Qui d’entre nous n’a pas pensé, quitter la ville pour se fondre dans le paysage, disparaître pour se réinventer. Et la voilà partie pour vivre une vie qui n’était pas la sienne.



Peut-on devenir l’autrice de sa propre existence, ou le réel nous rattrape-t-il inéluctablement ? Un vertigineux jeu de miroir où les strates de la fiction se déplient et se répondent, dessinant un portrait de femme multifacettes. Une femme singulière et universelle, celle qui au fond de nous n’en finit pas de se chercher et d’imaginer un ailleurs…

Ce que j’en pense :

Élisabeth, désemparée par le fait que son mari ne soit pas venu l’attendre à l’aéroport, aperçoit un taxi, dont le chauffeur attend depuis assez longtemps une cliente, avec une pancarte « Emma Auster », (savant mélange de Jane Austen et Paul Auster). Elle décide se s’engouffrer dans le taxi et devient Emma, nounou férue de photographie, notamment d’oiseaux, embauchée par une famille qui ne l’a jamais rencontrée.

Une nouvelle vie commence, à la manière des Évaporés au Japon : Élisabeth enfile les vêtements de sa nouvelle identité et disparait sans laisser d’adresse à sa famille. On apprend qu’elle est mariée, et que son mari la trompe avec une femme plus jeune et que son métier ne l’intéresse plus…

En fait, elle manque de confiance en elle, fait souvent partie des murs, a besoin d’être sans cesse encouragée, reconnue…

L’idée est intéressante : disparaître sans laisser d’adresse, quitter une vie pour en construire une autre, mais encore faut-il avoir envie d’en construire vraiment une autre. Il ne suffit pas de se volatiliser pour réapparaître à l’autre bout du monde, pour que les choses changent.

J’ai réussi à terminer ce roman et cela relève de l’exploit tant cette lecture virait au pensum. L’idée était intéressante, mais Elisabeth-Emma pose des questions auxquelles elle ne réponde jamais, refuse de prendre des décisions car elle préfère le flou et la rêverie, désirant que les choses changent, mais « en même temps », expression dans l’air du temps ces dernières années, que tout continue à l’identique, ne pas décider…

Très vite, elle m’a exaspérée mais je voulais lui laisser une chance de me convaincre, mais décidément, si j’apprécie Isabelle Carré actrice, en tant qu’auteure, je n’y parviens pas… on parle de l’extrême sensibilité de l’auteure, qui aurait pu me toucher, mais son héroïne rêve sa vie au lieu de la vivre. Elle tente d’étayer son propos en nous donnant moultes citations d’auteurs, mais quand les extraits retenus sont plus axés sur elles que sur le texte lui-même. Les références fournies pour ces citations sont détaillées à la fin du livre, et cela m’a davantage intéressée, je le reconnais.

Si le thème des évaporés au Japon vous intéresse je vous conseille vivement de vous plonger dans « Les évaporés » le roman de Thomas B. Reverdy que j’ai adoré… La chronique a été rédigée sur mon ancien blog, alors j’espère que le lien va marcher sinon on peut la lire sur Babelio.

http://eveyeshe.canalblog.co..

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#Lejeudessi #NetGalleyFrance !

6/10

un avis beaucoup plus enthousiaste : https://vagabondageautourdesoi.com/2022/05/27/isabelle-carre-le-jeu-des-si/

Extraits :

Quand personne ne vient vous chercher, pourquoi ne pas se jeter dans les bras d’un homme, n’importe lequel, pour les voler à sa fiancée ? Lui, ou le premier taxi venu. L’heureux élu ne manquerait pas de se féliciter du troc…

Mon partenaire n’y pouvait rien, de toute évidence mon corps défectueux était l’unique responsable. L’endométriose dont je souffrais prouvait une fois de plus mon insuffisance…

A rebours de l’avis général, capituler ne représentait pas à mon sens une si mauvaise option. Je trouvais au contraire une certaine noblesse à quitter le navire en pleine mer, à me saborder en silence. Avec un plaisir honteux, je rêvais de mourir, et d’être là quand même, cachée quelque part, juste pour voir la tête qu’ils feraient…

Au travail comme en amour, je guettais mes taux de satisfaction. Les « je t’aime » distribués comme des étoiles sur une application téléphonique. J’avais beau faire, je ne pensais qu’à ceux qu’on ne m’avait pas accordés. Les sourires de mon père, ses yeux sombres et brillants qui se fendent. Sourires si rares que je peux les compter…

Je n’ai pas appris à me battre, je laisse le réel me mettre K-O. Je referme les yeux, j’essaie de retrouver mes rêves, ils sont doux et m’entraînent au loin, dans un passé récent, plus clément. Je retrouve le Monde d’Avant, les passants se frôlent se mélangent sans peur.

Si nous n’étions pas obligés de choisir, de prendre chaque jour ces centaines de petites décisions, en apparence insignifiantes, qui en nous privant d’alternative suffisent parfois à tout changer, nous passerions peut-être moins souvent à côté de la vérité.

Dans ce monde, Emma et moi nous étions rejointes, dans un autre, je continuais ma vie précédente, et elle la sienne

Lu en juin 2022

« Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

Je vous parle aujourd’hui du troisième tome de la trilogie avec :

Quatrième de couverture :

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire, où la France tout entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique… Le talent de Pierre Lemaître, prix Goncourt pour « Au revoir là-haut », est ici à son sommet.

Ce que j’en pense :

Quel plaisir de retrouver Pierre Lemaitre et ses héros avec ce troisième opus !

Après les gueules cassées, l’entre deux guerres, place maintenant à la seconde guerre mondiale avec cette agression de l’Allemagne nazie, période étrange et confuse qu’on a appelé la drôle de guerre. La ligne Maginot réputée infranchissable, mais en fait contournée au nez et à la barbe des soldats qui veillent, notamment deux d’entre eux : Gabriel prof de maths de son état, et Raoul opportuniste qui ne pensent qu’à duper les autres : tricher aux jeux, arnaques pour la nourriture… Tous deux sont chargés avec leurs compagnons d’armes de défendre le fort de Mayenberg. Mais, l’ennemi avance, les informations sont contradictoires pour ne pas affecter le « moral des troupes » et pour finir : débandade, désertion, prison…

Pendant ce temps, à Paris, Louise vient d’être le témoin d’un drame : un homme qui venait manger au restaurant de Mr Jules s’est suicidé devant elle après avoir demandé de ses déshabiller devant lui. Elle court dans les rues de Paris en tenue d’Eve pour fuir la scène et sera bien entendu poursuivi par un juge partial.

Nous avons fait la connaissance de Louise lorsqu’elle avait dix ans dans « Au revoir là-haut », à l’époque elle était très attachée à Édouard Péricourt. Elle est âgée de trente ans maintenant, est devenue institutrice et complète son maigre salaire en travaillant au restaurant de Mr Jules.

Elle avait accepté la proposition du Dr Thirion, sans flairer l’éventuel piège. Mais ce drame va lui permettre de découvrir sa mère sous un jour nouveau. Elle ne l’a connu que veuve de guerre, dépressive, guettant derrière sa fenêtre.

Pierre Lemaitre nous décrit, Paris sous les bombes, l’armée dépassée face à celle du Reich, les ordres contradictoires des généraux, l’exode sur les routes, alors que les avions Allemands bombardent à l’aveuglette. Ceci nous permet de voir comment réagissent les personnes en fuite, la solidarité des premiers jours qui s’effrite très vite, tous les coups sont permis pour survivre, pour manger…

Parmi tous les personnages on découvre Désiré, caméléon aux multiples facettes, dont une en prêtre où il aide les autres, et célèbre la messe dans un latin peu orthodoxe car il l’invente au fur et à mesure, ou encore cite des passages, de la Bible, de son cru.

Comme pour les tomes précédents (et comme il y a quelques semaines avec « Le Grand Monde ») j’ai dévoré ce pavé de plus de cinq-cents pages goulument en regrettant d’avoir attendu si longtemps pour le lire, mais le plaisir n’en est que plus grand.

9/10

Extraits :

Institutrice, elle ne cessait de repousser les avances des collègues et des directeurs (quand ce n’était pas des parents d’élèves) qui tentaient de lui mettre la main aux fesses dans les couloirs, c’était comme ça partout…

« On peut penser ce qu’on veut de ces gens-là, avait-il dit à Désiré lors de leur première rencontre, mais ce Léon Blum qui a créé le ministère de la Propagande, je dis :  chapeau. Je ne dirai pas quel « homme ! ». Il est Juif, mais tout de même quelle belle idée ! »

Ce ne fut bientôt plus que flammes, cendres, trous béants autour de quelques Français allongés sur le ventre et censés défendre l’entrée de leur pays avec deux fusils-mitrailleurs et un canon hors d’âge dont ils ne distinguaient même plus la silhouette à travers la fumée et les flammes…

Le 3 juin 1940, la Luftwaffe bombarda les usines Renault et Citroën. La banlieue parisienne fut touchée comme en plein cœur. La plupart des deux cents victimes étaient des ouvriers, l’attaque frappa les esprits. Ce n’était pas la première fois que les bombardiers allemands venaient s’égailler au-dessus de la capitale, mais, après toutes les nouvelles qu’on avait apprises sur le Ardennes, les Flandres, la Belgique, la Somme, Dunkerque, on eut l’impression d’être cernés…

Au fur et à mesure que les troupes allemandes avançaient, déchirant le pays, les solidarités entre Français avaient fondu, les relations s’étaient durcies, les intérêts particuliers s’étaient réveillés, plus vifs que jamais, l’égoïsme et le court terme avaient repris le dessus et personne n’était mieux placé que des étrangers pour en faire l’incessante expérience. « Va réclamer de la flotte à ton roi ! » avait-on entendu répliquer à un Belge qui demandait un verre d’eau…

Je suis un gros, tu comprends. C’est très spécial, les gros. On adore se confier à eux, mais c’est jamais d’eux qu’on tombe amoureux…

Lu en juin 2022

« Le café suspendu » d’Amanda Sthers

Comme j’avais plutôt apprécié « Lettres d’amour sans le dire », le précédent roman de l’auteure, je n’ai pas hésité à me plonger dans son dernier livre :

Résumé de l’éditeur :

« Lorsqu’on commande un café à Naples, on peut en régler un second qui sera offert à qui n’aura pas les moyens de s’en payer une tasse. Il est indiqué sur l’ardoise du bar comme un café sospeso : un café suspendu. Voici un récit composé de sept histoires que j’ai recueillies par bribes au café Nube pendant les quarante dernières années. Toutes sont liées par ce fil invisible qu’est le café suspendu.  Du côté de celui qui offre comme de celui qui reçoit, la vie passe dans cette tasse… »

Le narrateur, Jacques Madelin, un Français installé à Naples après une déception amoureuse, passe le plus clair de son temps installé au café, juste en bas de chez lui, à prendre des notes en observant les personnes qui se croisent, se cachent ou se cherchent, les rencontres amoureuses ou amicales qui se tissent. La peau d’un crocodile de légende transformée en un étrange sac, une femme trompée qui s’arrange avec la maîtresse de son mari pour garder ce dernier, une jeune femme qui doit se débarrasser du foulard légué par sa grand-mère pour retrouver le goût de vivre, un écrivain aux mille visages, un homme qui a peur de dormir, et même un médecin chinois qui veut soigner les gens en bonne santé…

Tout en racontant des histoires pleines d’humanité, de fantaisie, de souvenirs, de récits historiques, légendaires ou imprégnés de psychanalyse, Jacques dessine au fil des pages un bouleversant autoportrait. C’est aussi un livre sur la charité, sur la manière dont la prodigalité se répercute sur nos destins.

Le talent de conteuse d’Amanda Sthers fait merveille, alliant grâce poétique, peinture des sentiments et évocation d’une ville à l’atmosphère unique.

Ce que j’en pense :

Jacques Madelin a quitté la France, lorsqu’il était jeune pour tenter de retrouver la femme dont il était amoureux. Hélas, sa dulcinée ne l’avait pas attendu. Le chagrin qui s’abat sur lui va très vite se trouver balayé, relativisé mais pas oublié, car survient le tremblement de terre. Il va alors porter secours aux victimes et fait la connaissance de Maurizio le propriétaire du café Nube qu’il va suivre et donc s’installer à Naples pour une nouvelle vie. Jacques constitue le fil rouge de cette série de sept nouvelles.

Autre fil rouge, bien sûr, le café suspendu : lorsqu’un client commande un café, il peut en offrir un sur l’ardoise pour une personne qui n’a pas l’argent pour s’en offrir un. Le café sospeso autant que le café Nube devient ainsi un lieu où les gens peuvent se rencontrer, vraiment, pas simplement se croiser pour s’oublier aussi vite.

On fait ainsi la connaissance de personnages attachants, des femmes de caractère, telle cette femme mariée qui propose un étrange marché à la maîtresse de son mari, l’argent permet tout n’est-ce pas ? Cette histoire est loin d’être banale, car elle est sous-tendue par une histoire de sac confectionné à partir de la peau d’un crocodile.

Certaines nouvelles m’ont plus intéressée que d’autres, telle l’histoire du Docteur Chen, qui a fui son pays natal, la Chine, caché dans la cale d’un bateau. Il exerce la médecine comme dans son pays, en privilégiant la prévention, l’alimentation, les différents équilibres, les pouls…  et conseille aux patients d’aller le voir « avant d’être malade », ce qui les surprend parfois.

J’ai beaucoup aimé « L’écrivain sans visage » hommage à Naples et aussi à Elena Ferrante dont on ne connaît pas l’identité et à son « Amie prodigieuse ». Au passage, Amanda Sthers nous propose l’interprétation de l’amitié toxique qu’elle prête à l’auteure.

J’ai demandé à rester anonyme, et ça n’a pas l’air de poser de problème puisque tout le monde se fout de mes romans. J’écris quand même, je n’ai pas le choix. C’est en moi comme je respire. Mais c’est violent. Un livre qui n’est pas lu n’existe pas, il n’est même pas écrit. Il n’est pas un fantôme, il est le néant.

L’histoire d’Aldo, avec son insomnie rebelle, est intéressante aussi, car il attache tellement d’importance aux signes que lui envoie le destin, le numérologue qui meurt d’un infarctus lorsqu’il arrive à son rendez-vous, les rencontres ratées avec un mage, ou lorsqu’il quitte en courant le cabinet du Dr Chen (quelle idée de se faire soigner avant d’être malade ? Il est sûrement fou ce médecin !) tant et si bien qu’il passe à côté de tout, de la jolie brune qu’il côtoie sans la remarque alors qu’il cherche l’amour…

Se pourrait-il qu’il n’ait pas de destin ? Que rien ne soit inscrit pour lui ? Cela ferait-il de lui un homme libre ou, au contraire, abandonné par les dieux ?

Les récits s’étalent entre le début des années quatre-vingt-dix et l’époque actuelle, englobant les conflits sociaux, gilets jaunes en France, élections en Italie qui font cohabiter le mouvement cinq étoiles de Luigi Di Maio et la Ligue du Nord de Matteo Salvini, sous fond d’immigration, de racisme, pour aboutir à la crise du Covid avec ses peurs, ses décès et ses confinements qui vont encore isoler, désocialiser davantage les gens.

Ceci nous donne un livre intéressant, sensible, très humain, où les personnages de fiction sont bien intégrés dans leur époque et donc une réflexion psycho-sociologique.

C’est le deuxième livre d’Amanda Sthers que je lis, après l’avoir longtemps snobée, et il m’a permis de passer un bon moment, car elle sait bien raconter des histoires et on se laisse bercer par son écriture autant que par son propos. Elle fait une déclaration d’amour à la ville de Naples, et donne envie d’aller s’y promener.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Lecafésuspendu #NetGalleyFrance !

8/10

Extraits :

Lorsqu’on commande un café à Naples, on peut en régler un second indiqué sur l’ardoise du bar comme un café sospeso : un café suspendu offert à qui entrera sans avoir les moyens d’en payer une tasse…

La vérité, c’est qu’il y a toujours trois vérités. Celle de l’un, celle de l’autre et celle de Dieu.

Il se retrouva dans le Centro Storico. Jadis lieu de la noblesse et de la bourgeoisie de Naples, les palais ont été abandonnés dans les années cinquante, après le tremblement de terre, au profit de la banlieue plus chic… On peut regarder le centre comme une belle femme qui a vieilli. Naples est encore belle, pour son âge…

Elle n’était pas de ces filles qui battaient des cils devant chaque prétendant. Elle n’attendait pas l’amour, mais l’exceptionnel. Une route, un signe, le déclencheur. A ses yeux, qu’on définisse une femme par le bras auquel elle s’agrippait était une chose insultante. Elle voulait devenir quelqu’un, pas la femme de quelqu’un.

Les mots n’existent que s’ils sont entrecoupés de silence ; le vide compose aussi nos corps, ainsi, il y a, en nous, l’inscription invisible du destin que nous trimballons comme les bosses qui restent des blessures passées.

Elle m’expliqua que Naples était le personnage central de son roman et que ses personnages étaient tous truffés de défauts car c’était la seule manière de donner un sentiment de vérité, elle aimait à répéter que les êtres avaient tous l’âme boiteuse et que Naples, ville schizophrène, sale et sublime, vieille, défigurée et majestueuse était la représentation de l’essence humaine, et un portrait fidèle de celle qu’elle pensait être.

A vrai dire à chaque histoire d’amour, on pense ne plus faire qu’un avec l’autre et la vie se charge de nous rappeler qu’on est toujours seul face à nos voyages. Et parfois, parfois… Et j’espérais être ce parfois…

Toutes les grandes amitiés sont toxiques. Elles en sont le fondement. On est attiré par ce qui nous fascine et ce qui nous fascine nous met en danger. Tous les rapports humains sont des rapports de force.

Chaque génération croit être une exception mais nous sommes la même pierre qui roule.

Tu sais comme on s’abstrait de ce qu’on est quand on lit et comme à la fois on est profondément soi-même ? Eh bien c’est cela le sommeil. Les livres, ce sont les rêves que quelqu’un d’autre nous prête.

Lu en juin 2022

« Le jour où le monde a tourné » de Judith Perrignon

Je vous emmène en Royaume Uni avec le livre dont je vous parle aujourd’hui, sur les traces d’une femme qui a marqué son époque, dans tous les sens du terme :

Résumé de l’éditeur :

« Le Royaume-Uni des années 1980. Les années Thatcher. Elles sortent toutes de là, les voix qui courent dans ce livre, elles plongent au creux de plaies toujours béantes, tissent un récit social, la chronique d’un pays, mais plus que cela, elles laissent voir le commencement de l’époque dans laquelle nous vivons et dont nous ne savons plus comment sortir. 

 
C’est l’histoire d’un spasme idéologique, doublé d’une poussée technologique qui a bouleversé les vies. Ici s’achève ce que l’Occident avait tenté de créer pour panser les plaies de deux guerres mondiales. Ici commence aujourd’hui : les SOS des hôpitaux. La police devenu force paramilitaire.  L’information tombée aux mains de magnats multimilliardaires. La suspicion sur la dépense publique quand l’individu est poussé à s’endetter jusqu’à rendre gorge. La stigmatisation de populations entières devenues ennemis de l’intérieur.


Londres. Birmingham. Sheffield, Barnsley. Liverpool. Belfast. Ancien ministre. Leader d’opposition. Conseiller politique. Journaliste.  Écrivain. Mineur. Activistes irlandais. Voici des paroles souvent brutes qui s’enchâssent, s’opposent et se croisent. Comment ne pas entendre ces quelques mots simples venus aux lèvres de l’ancien mineur Chris Kitchen comme de l’écrivain David Lodge : une société moins humaine était en gestation ?

 
Comment ne pas constater que le capitalisme qui prétendait alors incarner le monde libre face au bloc soviétique en plein délitement, est aujourd’hui en train de tuer la démocratie ?
Quand la mémoire prend forme, il est peut-être trop tard, mais il est toujours temps de comprendre. » J.P.

Ce que j’en pense :

Le livre s’ouvre sur l’annonce du décès de Margaret Thatcher, la Dame de Fer et c’est l’occasion de revenir pour les plus jeunes qui ne l’ont pas connue sur son enfance dans l’épicerie paternelle à Grantham, la précarité, les études, l’obligation de réussite, et son parcours comme premier Ministre…

Après une enfance austère auprès d’un père prédicateur, qu’elle accompagnait le dimanche et qui a inculqué la rigueur, elle candidate pour la première fois aux législatives en 1950 : elle a 24 ans ! elle devient cheffe de l’opposition en 1976 et fait remporter les élections à son parti en 1979… parcours exceptionnel pour l’époque…

Parvenue au 10, Downing Street, elle retrousse ses manches, s’en prend aux syndicats qui ont trop de pouvoir et paralyse régulièrement le pays, la honte devant les autres pays !

Elle va faire une gestion comptable, donnant la part belle au libéralisme, favorisant les plus riches, et faisant basculer une grande partie du peuple dans la précarité, au nom de son aversion pour le communisme (tout ce qui est social signifie assistanat et communisme pour elle). Sa relation avec Ronald Reagan est intéressante sur ce plan et sur d’autres d’ailleurs.

L’auteure aborde ses méthodes pour faire plier tous ceux qui ne pensent pas comme elle : les grévistes de la faim en Irlande, qu’elle laisse mourir sans état d’âme, les mineurs en grève qui vont tout perdre, l’Europe dont elle redoute l’évolution vers le fédéralisme, le grand marché économique lui suffisant largement : comment oublier ses éclats : I want my money back son célèbre « mantra » qu’elle ne cessera de répéter à Bruxelles.

Qu’aurait-elle pensé du Brexit ? Pas sûr qu’elle ait approuvé !

Elle a eu des fulgurances avec Gorbatchev, l’intégration des pays de l’Europe de l’Est, des combats gagnés, par chance parfois telle la « guerre des Malouines » …

J’ai vécu à l’époque de la Dame d e Fer, quand je suis entrée dans la vie active, elle était 1er ministre et j’ai suivi de très près son parcours, son intransigeance, ce que certains appelaient rigueur mais qui relève plus de la rigidité pour moi, et ce qui m’a le plus révolté c’est son attitude avec Bobby Sands, en Irlande du Nord : en prison, où il était torturé, et faisait une grève de la faim, elle l’a laissé mourir avec ses amis (10 sont morts ainsi) avec une police qui faisait régner la terreur, faisant des pressions sur les familles, ce n’était plus des policiers, ils se comportaient comme des militaires au combat !

Bobby Sands a tenu son journal et Judith Perrignon nous en propose des extraits très évocateurs.

Je suis un prisonnier politique. Je suis un prisonnier politique car je suis la victime d’une longue guerre qui oppose le peuple opprimé d’Irlande à un régime étranger qui nous occupe, nous persécute et refuse de se retirer de nos terres »

Je ne l’appréciais pas, mais il faut reconnaître que c’était une femme hors du commun, et la manière dont les membres de son parti l’ont obligée à partir est loin d’être fair-play : elle réussit à avaler ses larmes pour présenter son bilan à la Chambre avec toutes l’énergie dont elle était capable, comme toute Britannique qui se respecte : Never explain, never complain !

Le livre de Judith Perrignon est très étoffé, truffé de témoignages de personnes qui ont travaillé pour elle, Charles Powell, l’écrivain David Lodge, son biographe officiel, entre autres. C’est très intéressant mais c’est une lecture exigeante, alors j’ai pris mon temps, lisant et approfondissant un « chapitre » à la fois, car je connaissais bien la chronologie, donc je pouvais laisser reposer, décanter, pendant un certain temps.

Un voyage intéressant et agréable qui m’a beaucoup plu.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure

#Lejouroùlemondeatourné #NetGalleyFrance !

8/10

je n’ai pas pu résister of course

d’autres avis: https://pamolico.wordpress.com/2022/03/18/le-jour-ou-le-monde-a-tourne-judith-perrignon/

https://vagabondageautourdesoi.com/2022/03/22/judth-perrignon/

Extraits :

Ils sont trop jeunes pour se rappeler Margaret Thatcher mais ils sont en quelque sorte ses enfants. C’est elle qui a fait de la City la première place financière au monde. 27 octobre 1986. Assouplissement et changement des règles en un jour. BOUM ! Un big bang a-t-on dit alors. Ainsi sont nés les Golden Boys. Des créateurs de richesse, des héros nationaux, disait-elle.

Elle a délibérément décimé des régions qu’elle n’aimait pas, qui ne votaient pas pour elle.

Elle a fermé les chantiers navals. Elle a fermé les mines. Elle a fermé L métallurgie. Elle était obsédée par l’idée de briser les syndicats…

Donald Trump, le Brexit, Marine Le Pen… Ils ont tous bénéficié du vote contestataire de ces laissés-pour-compte qui considèrent les partis politiques normaux comme la cause de tous leurs maux… Ils cèdent aux sirènes de l’extrême gauche ou de l’extrême droite, de la xénophobie et du racisme.

On dit souvent que sa politique ultérieure a été influencée par ce vieux diction populaire qui dit : « qui n’épargne pas un sou n’en aura jamais deux. C’était Margaret, elle avait cette mentalité. Qui était aussi la mentalité d’une petite ville. Les gens se connaissaient tous. Il y avait de multiples réseaux locaux.

A Grantham c’était un commerçant devenu prospère et une figure politique locale. Il était pasteur méthodiste, c’était ce qu’on appelle un prédicateur laïc. Il faisait le tour des églises méthodistes du coin pour y délivrer des sermons.

Quand elle est arrivée au pouvoir, elle a fait de la réforme des syndicats une des priorités. Parce que le pays tout entier faisait grève presque chaque hiver.

La grande force de Margaret Thatcher, c’était d’agir, de mettre les choses en place. D’imposer des décisions difficiles avec une volonté d’acier. Elle tirait ses idées de différentes sources, y compris ses lectures.

Ce qui se passe autour de ce petit caillou (Les Malouines) résidu d’une toute-puissance impériale révolue, annonce les chapitres à venir, qu’ils s’écrivent en Irlande du Nord ou dans les villes minières. Elle ne négocie que dans les alcôves où se fait et se défait son pouvoir. Jamais avec l’ennemi. C’est elle ou eux.

La reine a un sceptre ou un orbe comme symboles du pouvoir, le chevalier a u bâton… Elle, elle avait un sac à main. Ce sac à main était l’instrument et le symbole du pouvoir. Elle était toujours la seule personne dans la pièce à en avoir un.

La prison pouvait mener au cimetière. Il est tout en haut de Falls Road : le cimetière de Milltown. Il est plein de vies courtes. La plus célèbres d’entre elles fut celle de Bobby Sands, mort le 5 mai 1981 au terme d’une grève de la faim de 66 jours, en laissant derrière lui un journal entamé le 1er mars 1981.

Lu en mai 2022

« Léopoldine » de Thierry Consigny

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont le titre a attiré mon attention, car il faisait remonter des souvenirs scolaires :

Résumé de l’éditeur :

« Léopoldine se noie le 4 septembre 1843, son père a quarante et un an. Lara se noie le 27 juillet 1997, j’ai trente-six ans. La mort de Léopoldine plonge Hugo dans le silence. Lui qui écrivait sans cesse, lui qui avait déjà plus écrit peut-être qu’aucun autre poète avant lui, pendant trois ans il ne publie plus un poème, plus un vers, rien.


De ces trois années muettes vont naître ses plus grands chefs d’œuvre. Et aussi les plus violents. Conservateur, Hugo devient révolutionnaire. La mort d’un enfant est intime. Elle est aussi politique. Intime donc politique. C’est ce que raconte cette histoire.


Tout commence par un voyage amoureux en Espagne. Hugo et Juliette Drouet, sa maîtresse, celle qui copie ses manuscrits, compagne de toute une vie, apprennent sur le chemin du retour la noyade de Léopoldine. Déflagration. Hugo est dévasté et leur amour ne semble pas devoir surmonter l’épreuve. Désormais incapable d’écrire, il fuit vers les honneurs et d’autres rencontres. Juliette n’est pas dupe. Elle le ramène à lui-même… et il lui revient, avec le début d’un texte qui deviendra Les Misérables. Et bientôt un engagement politique sans faille auprès des plus démunis.


A qui a perdu son enfant, les faussetés mondaines sont haïssables, comme les postures, les impostures, les artifices, les mensonges qui oppressent, les richesses qui écrasent. Chacun peut apercevoir cela, une rupture sensible. Mais Hugo, père déchiré par la perte de sa fille, nous crie qu’il ne s’agit pas seulement d’une sensibilité que les messieurs sérieux, riches et puissants, de son temps comme du nôtre, ont beau jeu de regarder avec commisération. Au-delà du sensible, crie Hugo, il s’agit de vérité. Si le réel n’est pas essentiellement matière mais esprit, alors un monde politique soumis aux plus riches n’est pas une fatalité. Il est faux. Il est contre nature. Il offense la splendeur du monde réel.


La douceur de « Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin » et la violence des Misérables disent la même chose. Hugo poète et Hugo révolutionnaire sont la même personne. C’est toujours la même vérité, celle de Léopoldine vivante dans la mort. Celle de Lara vivante dans la mort. La même tristesse et la même joie, la même réalité triomphale de la poésie. » T.C.

Ce que j’en pense :

Victor Hugo revient d’une escapade amoureuse avec Juliette lorsqu’il apprend par le journal la mort tragique de sa fille préférée Léopoldine, qu’il chérissait tellement qu’il n’avait pas vu d’un très bon œil son mariage. Tout s’effondre, mais comment pourrait-il en être autrement ?

Le chagrin est tel, qu’il se comporte de manière odieuse avec Juliette dont le seul tort était ne fait, d’être partie en Espagne avec lui. Il s’enferme dans son deuil, et devient incapable d’écrire le moindre vers, tant tout est devenu dérisoire.

Hugo à ce moment-là n’est plus un écrivain, il n’est qu’un père qui a perdu son enfant, un homme pour qui le monde est vide, sans beauté, sans signification, la vie dérisoire, et l’écriture…  Des mots.

L’auteur nous propose un exercice, a priori, étrange : à travers le chagrin de Hugo, il parle de celui qui n’est emparé de lui à la mort de sa fille Lara. Ce qui paraît un peu gênant, au départ, comme si seul un écrivain pouvait comprendre et mettre en mots le chagrin d’un autre homme de lettres. Peu à peu, on comprend que cela lui permet de travailler sur son propre deuil.

Le deuil transforme Hugo, son talent se tarit, il se détourne de Juliette, se rapproche de sa femme Adèle, puis son naturel volage reprend le dessus lorsqu’il rencontre Léonie Briard, avec laquelle il va tromper de manière assez éhontée Adèle et Juliette, passant des bras de Léonie, aux manuscrits que retranscrit fidèlement Juliette.

Il faudra trois ans pour que Victor Hugo recompose un poème, lorsqu’il se rend sur la tombe de Léopoldine, et encore une année de plus pour qu’il écrive, « Demain dès l’aube » que l’on a tous appris en récitation à l’école… On va assister à l’apparition de Hugo le révolutionnaire, le défenseur des pauvres, et à la naissance des « Misérables » (puis des Contemplations), son opposition violente et profonde, sans crainte des risques va l’envoyer en exil comme chacun sait.

J’ai aimé les extraits de poèmes, souvent même des poèmes entiers que l’auteur nous propose, parmi lesquels « Oceano Nox » et bien sûr « Demain dès l’aube ».

J’ai apprécié ce roman, assez court, où l’auteur parle de lui aussi bien que de Hugo, Balzac (son échec à l’Académie, son décès), citant Baudelaire et Rimbaud, comparant Guizot et son « enrichissez-vous » avec les discours d’Emmanuel Macron…

Une question me perturbe en refermant ce livre : La mort tragique d’un enfant est terrible pour tout un chacun, même si elle ne pousse pas la personne endeuillée à traduire sa peine en roman, certes la panne d’inspiration, les conséquences sont plus importantes sur le plan de la production littéraire, mais il n’y a pas de hiérarchie dans l’échelle des peines. Aucune peine n’est plus noble que celle de l’autre… Peut-être ai-je mauvais esprit ? Mais, cela ne m’a pas empêchée d’apprécier ce livre, loin de là.

J’aime Hugo le poète, et « Les Misérables » entre autres, de même que l’homme politique, par contre, j’ai quelques réticences avec l’homme en lui-même, dont l’action(le comportement avec les femmes par exemple)  n’est pas toujours en adéquation avec ses propos.

Après la mort de sa fille, Hugo le notable, l’ami des riches, devient peu à peu Hugo le révolutionnaires, l’ami des pauvres. Il bombardera les puissants de poèmes si violents qu’encore aujourd’hui, on ose à peine les lire et qu’ils restent peu connus.

Je connaissais bien la mort tragique de Léopoldine, les circonstances de la noyade où son époux a aussi trouvé la mort et l’auteur nous décrit la scène de manière très forte.

C’est le premier livre de Thierry Consigny que je lis et sa plume me plaît bien, sa sensibilité me touche, j’aurais peut-être dû lire « La mort de Lara » avant pour apprécier totalement ; si un jour je le vois…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#Léopoldine #NetGalleyFrance !

8/10

Publicitaire, enseignant à Sciences Po, où il anime avec Laurent Le Bon un cycle de conférence sur le thème « Quand l’art déborde », Thierry Consigny est l’auteur de La Mort de Lara, La Grande Vie (Flammarion 2006 et 2007) et, avec son fils Charles de Le soleil, l’herbe et une vie à gagner(JC Lattès, 2011).

Extraits :

La vie poétique est là, au moment où Victor Hugo, sous la plume de son ami Alphonse Karr la mort de Léopoldine. C’est le moment de la fissure du monde, l’éclatement des apparences. La suite viendra longtemps après, tant l’explosion a été violente…

Comment ne pas voir que la mort de Léopoldine qui, jusqu’à la fin de ses jours, n’aura jamais cicatrisé, aura été, plus encore que la plus belle chose de sa vie, celle qui l’a fait, qui l’a accompli ? Celle sans qui jamais Les Contemplations, jamais Les Misérables, jamais non plus le Hugo révolutionnaire, le Hugo de l’exil, le Hugo des Châtiments, ni le Hugo mystique de La légende des siècles, et de ses derniers poèmes, n’auraient existé ?

Une simple lettre est à ce moment au-dessus de ses forces, il n’est plus un écrivain, il n’est même plus un père, il est un enfant, un orphelin.

Lui qui tombe amoureux de presque toues les jolies femmes qu’il rencontre, il sait bien que Juliette est à part, au-dessus. Mais la vie lui est de trop, la femme de sa vie lui est de trop.

Adèle l’a trompé avec celui qui était à la fois sa doublure et son contraire, Sainte-Beuve, aussi petit et brillant dans la petitesse que Hugo est grand et pataud dans la grandeur. Hugo l’a su, et il est resté. Convenances ? Peur du scandale ? Souci de sa carrière, de sa position mondaine ?

Pour Hugo, la mort de Léopoldine a rendu tous les faux-semblants, toutes les vanités mondaines dérisoires, et a donné, au contraire, une valeur vitale aux vrais trésors, aux rares génies qui participent du sel de la vie.

Mais, c’est bien par Léonie, pas par l’écriture, pas par les poèmes, pas même par Juliette, que Hugo a commencé de revivre après la mort de Léopoldine… Il a repris goût à la vie grâce à Léonie Briard, avec elle.

Dans le flot des péripéties de la vie de Hugo, on néglige souvent Adèle, l’épouse, la mère, et c’est une erreur. Adèle Foucher-Hugo était une personnalité de premier plan.

Lu en juin 2022

« La patience des traces »de Jeanne Benameur

Retour à une valeur sûre et une plume que j’adore, et je l’espère un retour vers un univers qui m’est cher,  avec le roman dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Psychanalyste, Simon a fait profession d’écouter les autres, au risque de faire taire sa propre histoire. À la faveur d’une brèche dans le quotidien – un bol cassé – vient le temps du rendez-vous avec lui-même. Il lui faudra quitter sa ville au bord de l’océan et l’île des émotions intenses de sa jeunesse, s’éloigner du trio tragiquement éclaté qui hante son ciel depuis si longtemps. Et laisser derrière lui les vies, les dérives intimes si patiemment écoutées dans le secret de son cabinet.

Ce sera un Japon inconnu – un autre rivage. Et sur les îles subtropicales de Yaeyama, avec les très sages et très vifs Monsieur et Madame Itô, la naissance d’une nouvelle géométrie amicale. Une confiance. À l’autre bout du monde et au-delà du langage, Simon en fait l’expérience sensible : la rencontre avec soi passe par la rencontre avec l’autre.

Jeanne Benameur accompagne un envol, observe le patient travail d’un être qui chemine vers sa liberté dans un livre de vie riche et stratifié : roman d’apprentissage, de fougue et de feu ; histoire d’amitié et d’amour foudroyés ; entrée dans la complexité du désir ; ode à la nage, à l’eau, aux silences et aux rencontres d’une rare justesse.

Ce que j’en pense :

Simon Lhumain (quel joli nom, ô combien significatif !), psychanalyste est en plein doute ; après avoir passé des années à écouter les autres, il s’est oublié lui-même, reléguant sa propre histoire au fond de sa mémoire.  Ce matin-là, il casse son bol, et avec des souvenirs qui remontent, surgit le besoin de silence, de partir loin, pour s’écouter lui-même finalement, se retrouver, ou tout simplement se trouver ?

Pour faire table rase de sa vie d’avant, cap sur un pays mystérieux, synonyme de sagesse. Il ne part pas au hasard, son ami l’aide à trouver un lieu : les îles de Yaeyama, chez Madame Itô et son époux. Elle s’occupe de tissus, et lui répare des céramiques brisées pour leur redonner vie ; on appelle ceci « l’art du Kintsugi Kin, c’est l’or, Tsugi la jointure ». Non seulement, il répare mais il embellit, en utilisant une laque qu’il saupoudre de feuilles d’or :

Daïsuke répare ce qui est brisé. Le résultat est là. Le bol, la coupe, la tasse peuvent à nouveau être utilisés. Ils ont retrouvé leur utilité d’objet. Ils servent. Mais comment s’assurer qu’un être humain a retrouvé le chemin qui permet une vie plus vivante ? Et lui, peut-il reprendre une route ?

Simon s’interroge sur le bilan de ses années de pratique, se demandant s’il a été utile à ses patients, notamment à l’une d’entre eux qu’il a croisé furtivement lors de son départ vers l’inconnu. Ainsi que le disait Freud avec humour : « le patient guérit, avec ou sans thérapeute »

Simon découvre le silence et ses vertus, les gestes simples, les belles choses, qui sont autant de sujets de méditation, la méditation dans l’action via le Kintsugi, ou la contemplation de la collection de tissus anciens, comme Akiko, se laissant porter par les textures, les couleurs, et donc goûter l’instant présent, ce qu’on ne sait plus faire, en se projetant dans le futur en permanence, en vivant à toute vitesse, sans prendre le temps même de respirer .

Jeanne Benameur nous propose un voyage initiatique, une découverte de qui l’on est vraiment, ce qui forge, structure la personnalité, une réflexion profonde sur ce qui est important, à l’heure actuelle où tout part à vau-l’eau, après les années Covid confinement, puis la guerre…

La relation entre Akiko et son époux est belle, c’est un amour fort, pur, que l’absence d’enfants a renforcé, alors que cela aurait pu les éloigner, leur sagesse est inspirante pour Simon comme pour le lecteur.

J’ai aimé retrouver la plume, pleine de poésie et de douceur de Jeanne Benameur, auteure que j’affectionne particulièrement, et ce livre a été un vrai doudou, bibliothérapie à l’efficacité garantie. Elle m’a permis de me replonger dans le monde du Zen, son côté dénudé, épuré car cet éloge du silence rappelle l’atmosphère du Dojo. Elle m’a permis aussi de retrouver le Japon, qui me fascine toujours autant, et que j’espère visiter un jour. Inutile de le nier, j’aurais bien aimé que Simon m’emmène dans ses valises !

Fidèle à moi-même, comme chaque fois qu’un livre m’émeut, j’en parle très mal… Si vous ne l’avez pas encore lu, n’hésitez surtout pas !

9/10

Romancière et poète, Jeanne Benameur est notamment l’auteure de Profanes, Orages intimes, L’enfant qui et plus récemment Ceux qui partent

Extraits :

Il est libre. Presque. C’est dans le « presque » que tout se joue. Toujours.

La même phrase dans la tête à chaque fois. Un vrai psychanalyste est humble parce que c’est l’homme des limites. L’humour a du bon.

Il a été ce serviteur discret qui fait approcher l’énigme de vivre, en se sachant mortel, au plus près. Celui à qui on se confie pour accepter de faire le chemin jusqu’à l’inconnu.

Il retrouve l’état d’avant l’alphabet. C’est ce qu’il a toujours cherché. Y compris en menant ces cures qui ont occupé toute sa vie. Retrouver l’état sauvage d’avant l’alphabet. Ce moment où la pensée sait, d’un savoir archaïque, qu’elle est du corps. Il est en train d’en faire l’expérience.

Ce n’est pas le silence de la parole qui se cherche ou qui laisse l’interlocuteur parler. C’est un silence qui écoute aussi bien les morts que les vivants. Plus ample. Un silence qui n’est pas soumis au temps des horloges. Un abîme profond à l’intérieur de soi.

Il écrit le mot « peur » et il le lit. Un mot si bref pour dire ce qui empêche la vie d’être simplement ce qu’elle est, ce qu’elle pourrait être. Il regarde le mot comme si c’était une image. Un tableau.

L’écriture ici, dans l’atmosphère chaud de la taverne, vient toute seule. Simon n’a jamais tenu de journal. Ses notes de travail lui ont toujours suffi. Maintenant, dans son carnet, il parle de lui, et seulement de lui. Ce silence avec lui-même, creusé par les courtes phrases qui s’imposent, il le laisse prendre la place.

Il portait en lui suffisamment d’amour pour consoler cette femme. Aucun enfant ne grandirait auprès d’eux, mais son amour à lui pouvait grandir. Il décida d’élever son amour comme on élève un fils ou une fille, avec infinie tendresse et exigence. Et son amour avait bien grandi. Son art du Kintsugi en même temps.

La connaissance fine de notre malheur permet-elle une vie meilleure ? Comme un vêtement qui s’ajuste bien sur notre corps et ne gêne plus nos mouvements ? La nudité en-dessous. Enfin connue et protégée.

On s’empare des actes qui nous font du mal. On croit, on voudrait, y avoir joué le rôle principal même si ça fait mal, juste pour ne pas être totalement impuissant face à ce qui arrive. Mais toutes ces années lui ont appris que ce qui se passe dans le cœur et la tête de chacun n’appartient qu’à celui dont le souffle anime et ce cœur et cette tête. C’est le cœur de la plante. On n’est maître de rien…

Lu en juin 2022

« Le tribut des dieux, T1: Octavia » de Bleuenn Guillou

Petit détour par le royaume de la magie et des dieux, toujours dans le cadre du challenge NetGalley avec le roman dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Qu’ils renaissent de mes mensonges…

Dans ce monde où les magiciens sont élus par les dieux, on croit ces derniers immortels. Il n’en est rien : tous les cent ans, chaque dieu choisit l’héritier qui prendra sa place. Une lutte intestine oppose ceux qui ambitionnent l’immortalité et ceux qui la proscrivent… Loin de ce combat, Octavia fait sa rentrée à l’Académie de magie. Avec une seule idée en tête : trouver un moyen de ressusciter sa famille, morte dans l’incendie qui a détruit leur maison. Et pour cela, elle est prête à tout. Y compris à passer un pacte avec le dieu maya du sacrifice humain et de la guerre. Enfermée dans sa souffrance et obsédée par sa quête, multipliant les mensonges, Octavia ignore les véritables intentions du dieu et les enjeux qui la dépassent…

Ce que j’en pense :

On suit le parcours du dieu Khors qui vient d’entamer son cursus de cent ans parmi les dieux, espérant au passage changer quelques lois, notamment celle de la durée de vie limitée des dieux (cent ans) pour leur conférer l’immortalité, leur évitant ainsi de choisir leur remplaçant et retourner à l’académie de magie.

En parallèle, à l’Académie de magie, Octavia fait son entrée après un drame familial : un incendie a détruit sa maison, ses mères, et son frère. Elle est la seule survivante mais à quel prix ? Sa soif de vengeance la conduit à choisir la magie du sang, sous la « protection » du dieu Buluc Chabtan qui va lui « promettre » de venger la mort de sa famille par le biais d’un pacte, au cours d’un rituel : tuer le gourou d’une secte qui veut accéder à l’immortalité.

Pour cette mission, Octavia sera accompagnée de Théodore, Alekseï et Clémence, la propre fille de la directrice de l’Académie. Mais tout n’est pas aussi simple qu’on ne pouvait l’imaginer. Octavia risque une grave désillusion en tentant de découvrir ce qu’il s’est réellement passé cette nuit-là, comme Icare, elle risque de se brûler les ailes en se rapprochant de la vérité.

Au départ, on comprend la souffrance d’Octavia, son incapacité à faire son deuil, sa culpabilité d’avoir été la seule survivante. Mais sa violence, ses mensonges en permanence pour rallier les autres à sa cause ne contribuent pas à la rendre sympathique. La fin justifie rarement les moyens. Cependant, est-ce que tenter de les ressusciter à tout prix peut être la bonne solution ? surtout en tuant un inconnu ? Certains méritent-ils de mourir plus que d’autres ?

Cette lecture, qui constitue une de mes rarissimes incursions dans le domaine, de la magie, de la Fantasy, m’a apporté un dépaysement complet, mais la violence de certaines scènes risque de hanter ma mémoire. L’auteure propose au passage une réflexion sur la colère et ses conséquences néfastes, sur le désir d’immortalité, sous-entendu de l’éternelle jeunesse qui anime certains milliardaires, (notamment côté USA), pacte faustien, et les dérives sectaires où les gourous s’autoproclament des dieux…

En même temps, Bleuenn Guillou nous emmène dans un voyage dans le temps, car au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire, on traverse les deux guerres mondiales, alors qu’on a, au début, l’impression d’être hors du temps …

S’en remettre aux dieux, à une instance supérieure, pour maintenir la paix, tenir les humains, ou leur laisser leur libre arbitre et prendre leur destin en mains ? La question est toujours d’actualité…  

J’ai aimé me promener dans cet univers, retrouver des dieux connus ou non, gaulois, romains et tant d’autres, ainsi que la réflexion philosophique de l’auteure.  J’ai apprécié certains rituels, et en sortant de ma zone de confort, j’ai pu avoir accès au dépaysement auquel j’aspire depuis quelques temps ; cependant, malgré l’attrait de la nouveauté, je ne suis pas sûre, du moins pour l’instant, d’avoir envie de poursuivre dans ce genre de littérature…

C’est le premier tome d’une saga, et l’auteure propose à la fin de livre les deux premiers chapitres du second tome, ce qui peut ouvrir la porte à la tentation, je le reconnais.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hachette Romans qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LeTributdesdieux #NetGalleyFrance !

7/10

Extraits :

Octavia et Théodore avaient entendu des histoires sur l’Académie depuis leur plus tendre enfance. La magie n’était pas héréditaire : leurs parents avaient contourné la règle. Les dieux étaient arrogants, et de nombreuses familles érigeaient des autels en leur honneur. En récompense, les dieux insufflaient la magie à leurs enfants…

Les hommes ne croient plus guère en leurs dieux, ou ils se fient à un dieu unique. Ils ne nous écoutent plus. En outre, le genre humain est voué à la guerre. Nos prédécesseurs ont tout essayé pendant des siècles. Quoi que l’on fasse, la guerre éclate…

Il (Alekseï) s’éloigna d’un pas, agita les mains et, en une dizaine de secondes à peine, Octavia et Théodore virent le seul s’arracher à la mer, en suspension dans l’air. Le spectacle était fascinant. Des milliers de particules immobilisées, scintillant à la lumière blafarde de la lune. Puis, sur un ordre silencieux d’Alekseï, les grains vinrent se ranger d’eux-mêmes dans le sac. Impressionnant !

Buluc Chabtan était plus réputé pour ses massacres sans pitié que par ses marques de compassion. Sil lui en prenait l’envie, il pourrait les découper en morceaux avant même qu’elle n’ait le temps d’ouvrir la bouche. Pourtant il lui avait sauvé la vie, cette nuit-là…

Mais qui voudrait réellement de l’immortalité ? La vie est suffisamment longue et remplie de souffrances.

Lu en mai 2022

« La Nuit des anges » d’Anna Tommasi

Continuons dans les chroniques version light comme un soda célèbre, avec ce premier roman :

Résumé de l’éditeur :

Alice, jeune mère divorcée, décide après dix ans d’absence de revenir à Perros Guirec, la ville de son enfance. Elle espère en profiter pour retrouver sa famille, des paysages familiers, et laisser derrière elle un passé douloureux. Mais dans ce coin de Bretagne chargé de souvenirs, l’angoisse s’installe rapidement : ses parents sont devenus des étrangers, son amour de jeunesse est obsédé par l’enlèvement de sa sœur, qui a eu lieu vingt-cinq ans plus tôt, et les visages jadis connus ne sont plus que des fantômes. Bientôt, c’est toute la ville qui est secouée d’un vent de panique avec la disparition d’une fillette. Le début du cauchemar pour Alice, embarquée malgré elle dans une enquête à double vitesse, entre le passé et le présent…


Dans ce premier roman au rythme effréné, Anna Tommasi joue habilement avec le malaise, la perte de repères et le poison des secrets enfouis. Un thriller maîtrisé de bout en bout, impossible à lâcher !

Ce que j’en pense :

Alice revient dans sa Bretagne natale, après avoir reçu un courriel lui annonçant la mort d’un proche, victime d’un accident de moto. Sur place elle doit affronter le passé, la disparition de sa copine d’école Victoire, vingt-cinq ans auparavant. Et voilà qu’une autre petite fille disparaît de la même manière….

Ressenti un peu mitigé en refermant ce roman qui marie le thriller façon cold case et les secrets de famille, pour le moins toxique.

Le côté « thriller » sert davantage de toile de fond pour étudier les liens toxiques dans la famille d’Alice, la difficulté de revenir sur les lieux de l’enfance, surtout lorsqu’ils sont chargés d’émotion, étant donné qu’elle doit affronter à nouveau la disparition de celle qui était son amie.

Comment renouer avec ses parents quand on a pris depuis longtemps ses distances, même quand le mariage d’Alice vient de voler en éclats ? Comment un couple résiste-t-il à la naissance d’un enfant autiste ? Comment se remet-on de la disparition d’une amie, Victoire, de l’éloignement d’un amour d’adolescence, Teddy, jugé pas assez bien pour la famille d’Alice, et qui est en plus le frère de la petite fille disparue devenu policier, cherchant à tout prix à résoudre l’enquête…

J’ai beaucoup apprécié la relation entre Alice et son fils, très bien étudiée tout au long du roman, celle avec ses parents un peu moins car trop prévisible. Pour un premier roman, c’est même plutôt prometteur, car l’auteure parvient très bien à faire monter le suspense, l’ambiance glauque, oppressante prenant le pas sur l’intrigue policière. Je retiens surtout l’aspect psychosociologique des relations parents enfants et la difficulté de se faire une place dans une famille où le couple est fusionnel….   

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LaNuitdesanges #NetGalleyFrance !

7/10

Extraits :

Cinquante mots. Il aura fallu un message de cinquante mots et l’enterrement d’un vieil ami pour que je me décide à rentrer à Perros-Guirec après des années d’absence.

Officiellement, je n’ai pas d’excuse, en dehors d’un fils autiste qu’il me semblait toujours compliqué de sortir de son environnement familier. Officieusement, j’ai déjà une boule d’angoisse qui me plombe le ventre, et elle n’a rien à voir avec Lucas…

Saint Guirec possède selon es légendes locales deux pouvoirs : celui d’exaucer les vœux de mariage des jeunes filles célibataires, et celui d’aider les jeunes enfants qui viennent baiser ses pieds taillés dans la roche à marcher tôt…

Lu en mai 2022

« Vivantes » de Marie-Haude Mériguet

J’ai choisi ce roman dans le cadre du challenge élargir ses horizons organisé par NetGalley, pour tenter de me remobiliser un peu et l’expérience fut intéressante :

Résumé de l’éditeur :

En juillet 1996, Nicolette est envoyée en Italie pour s’occuper des deux garçons d’une famille franco-italienne.

Pour l’étudiante avide de voyage et d’émancipation, cette immersion dans les paysages grandioses des Dolomites est le début de l’aventure.

Elle y rencontre Faustine, une jeune fille aussi solaire que brillante, aussi belle que mystérieuse. Leur entente est évidente. Leur amitié, immédiate. Ensemble elles traversent un concentré de vie absolu, où la liberté s’impatiente, où les extrêmes se côtoient.

Il reste pourtant quelque chose d’insaisissable chez Faustine. Derrière les secrets, au-delà des émerveillements, Nicolette cherche des réponses qui pourraient changer le cours de son été. Voire même, le cours de sa vie.

Sous le soleil brûlant de l’Italie des montagnes, ce roman raconte combien la rencontre, aussi courte soit-elle, a le pouvoir de tout changer. Il raconte comment l’amour nous fait devenir.

Ce que j’en pense :

Nicolette, sur une idée et une impulsion de sa mère va se retrouver en Italie, dans une famille pour remplacer la baby-sitter qui a brusquement décidé de partir. C’est un collègue de travail qui lui en a parlé et elle a sauté sur l’occasion, sans en parler avec sa fille évidemment.

Au terme d’un voyage harassant décidé en dernière minute, elle se retrouve dans une famille bourgeoise et doit s’occuper de deux petits garçons. En visitant la maison, dans laquelle on se perd, vu le nombre de pièces, d’étages, la mère de famille lui désigne une porte comme étant celle de la chambre de Faustine dont elle ne connaissait pas l’existence.

Deux familles, dont les mères sont toxiques chacune à leur manière, celle de Nicolette exigeant la perfection, des études universitaires (elle a choisi la sociologie pour lui faire plaisir, et non parce que cela lui plaît) celle de Faustine préoccupée uniquement d’elle-même et du qu’en -dira-t-on et la grappa qu’elle consomme en quantité. Des pères sympathiques mais qui ne s’interposent pas, et deux jeunes filles en train de devenir adultes qui se cherchent, avec bien-sûr un secret de famille à la clé. une belle histoire d’amitié, au milieu des premiers flirts, une de ces amitiés que l’on conserve le plus souvent toute la vie.

J’ai bien aimé ce roman, que j’ai choisi dans le cadre du challenge NetGalley pour sortir de ma zone de confort et qui s’est avéré mieux construit que la romance à laquelle je m’attendais.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure!

#vivantesroman #NetGalleyFrance !

Le site de l’auteure pour en savoir plus: https://www.mariehaudemeriguet.fr/

7,5/10

Extraits :

J’avais l’impression que ma vie mettait trop de temps à arriver. Je sentais en moi une femme adulte retenue par l’enfance que j’avais encore trop peur de quitter pour savoir m’en aller et découvrir d’autres pays.

Moi, je trouve que dans la vie, il n’y a pas trente-six manières de savoir ce qu’on veut. Lorsqu’on ne sait pas, c’est qu’il y a une petite bagarre entre la raison et le cœur. La raison est claire et logique. Très franchement elle a belle allure et c’est ce qui fait qu’on l’écoute. La raison fait ce qu’il faut.

Cette boussole pointera toujours sur toi. Tu verras, il n’y a rien à faire. Voilà : ta boussole, c’est toi. Tu es ton propre nord. Tu es ton propre cap. Suis toujours ton désir à toi, tu ne t’égareras jamais.

Grandir avait été ce changement dont je rêvais mais dont j’étais effrayée. Parce que grandir c’est définitif.

Lu en mai 2022

« SARA, elle veille sur vous » de Sylvain Forge

J’adore me faire peur avec la cybercriminalité, la psychose des robots qui viennent se substituer aux humains, alors j’ai eu envie de me replonger dans l’univers de Sylvain Forge, car pourquoi résister à la tentation ?  

Résumé de l’éditeur :

Big sister is watching you « SARA peut retrouver votre enfant perdu dans une foule ou veiller sur votre adolescente qui rentre de son cours de gym, à la nuit tombée. Pourquoi tant de gens la détestent-ils? »

Nantes est devenue la terre de toutes les luttes. Confrontée à une explosion de la délinquance, la cité des Ducs élit un nouveau maire, le très populiste Guillaume de Villeneuve : avec SARA, un réseau de caméras intelligentes, il entend mettre la ville au pas.
Quand l’un de ses proches, expert en robotique connu dans le monde entier, disparaît mystérieusement, la commandante de police Isabelle Mayet est chargée de l’enquête. Jeune maman tiraillée entre sa nouvelle vie de famille et son devoir de flic, elle doit compter sur l’aide  de Lucas, son nouvel adjoint aux méthodes peu orthodoxes, et d’un jeune expert en cybersécurité.
Mais dans cette affaire, les policiers nantais, déconsidérés et menacés par l’intelligence artificielle à qui certains prêtent toute-puissance, vont payer le prix fort.
Applaudi par les uns, farouchement combattu par les autres, le système de surveillance divise  : jusqu’où chacun est-il prêt à aliéner sa liberté au nom de la sécurité  ?

Ce que j’en pense :

Bienvenue à Nantes, terre de révoltes, où règne la délinquance, et qui vient d’élire un nouveau maire, populiste : Guillaume de Villeneuve. Celui-ci a, illico, doté sa ville d’un système de vidéosurveillance sophistiqué, SARA, dont le but est de faire une place belle à le reconnaissance faciale, système particulièrement prisé par la Chine… comme par hasard, l’assistante du maire est Chinoise, alors…

Le meilleur ami du maire, expert en robotique (de haut niveau là encore) qui a mis au point la main bionique du maire, a brusquement disparu des radars. On ne tarde pas à retrouver son corps, noyé dans sa piscine. Une enquête commence avec la commissaire Isabelle Mayet, son collaborateur Lucas et un jeune expert en cybercriminalité.

Une enquête passionnante, menée de main de maître par Sylvain Forge, qui est comme un poisson dans l’eau dans ce milieu de l’informatique de la robotique, de la vidéosurveillance. J’ai beaucoup aimé, beaucoup tremblé, et ce roman ne va pas améliorer ma défiance, méfiance vis-à-vis de la reconnaissance faciale de la surveillance de haute volée sous prétexte de protéger une ville de la délinquance. SARA propose aux habitants de retrouver un enfant disparu, ou de dénoncer le stationnement illégal en échange d’un bon d’achat dans un magasin de la ville…

Dans ce milieu tous les coups sont permis, on n’hésite pas à tuer à compromettre pour arriver à ses fins…

Après avoir refermé le livre, je n’ai plus regardé mon robot cuiseur de la même manière, en l’imaginant désormais capable de me maltraiter ! pas la peine non plus de me proposer un aspirateur robot pour la fête des mères : penser qu’il puisse enregistrer tout ce qui se dit dans la maison…. Si vous êtes cyber-paranoiaque il vaut peut-être mieux faire un détour…

J’ai beaucoup aimé ce thriller, même si la fin m’a heurtée, et ce fut un réel plaisir de retrouver la plume de Sylvain Forge dont j’ai apprécié « Sauve-là ».

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard qui m’ont permis de découvrir un nouveau roman de cet auteur.

#Sara #NetGalleyFrance !

Un autre avis qui m’a donné envie de lire ce roman : https://vagabondageautourdesoi.com/2022/04/01/sylvain-forge/#comment-13156

8/10

Extraits :

Vous pouvez désormais signaler les voitures en stationnement illégal ; il suffit de les prendre en photo, puis de déposer les images sur la plateforme de la Ville. Pour chaque amende adressée, vous recevrez dans votre boite mail un bon d’achat à utiliser dans les boutiques du centre-ville, partenaires du programme…

Peu de risque d’ailleurs qu’ils se salissent les mains avec une arme à feu ou un couteau, comme ces types qui poignardaient des passants au nom d’Allah. Détourner une machine ou injecter un virus informatique dans un système vital était bien plus retors et tout aussi efficace.

Il fait partie du package fourni par Corpo Network. Un algorithme fondé sur l’architecture des réseaux neuronaux qui analyse les visages pour mettre à nu les sentiments. La société affirme que le programme est efficace à 75% pour repérer la surprise, la peur, la colère ou la joie…

Lu en mai 2022