Publié dans Littérature islandaise, Rentrée littéraire

« Lumière d’été, puis vient la nuit » de Jon Kalman Stefansson

J’avais plutôt apprécié le précédent roman de l’auteur alors celui-ci était évidemment à mon programme et comment résister à la tentation quand je l’ai vu sur NetGalley :

Résumé de l’éditeur :

Dans un petit village des fjords de l’ouest, les étés sont courts. Les habitants se croisent au bureau de poste, à la coopérative agricole, lors des bals. Chacun essaie de bien vivre, certains essaient même de bien mourir. Même s’il n’y a ni église ni cimetière dans la commune, la vie avance, le temps réclame son dû.

Pourtant, ce quotidien si ordonné se dérègle parfois : le retour d’un ancien amant qu’on croyait parti pour toujours, l’attraction des astres ou des oiseaux, une petite robe en velours sombre, ou un chignon de cheveux roux. Pour certains, c’est une rencontre fortuite sur la lande, pour d’autres le sentiment que les ombres ont vaincu – il suffit de peu pour faire basculer un destin. Et parfois même, ce sont les fantômes qui s’en mêlent…

En huit chapitres, Jón Kalman Stefánsson se fait le chroniqueur de cette communauté dont les héros se nomment Davíð, Sólrún, Jónas, Ágústa, Elísabet ou Kristín, et plonge dans le secret de leurs âmes. Une ronde de désirs et de rêves, une comédie humaine à l’islandaise, et si universelle en même temps. « Lumière d’été, puis vient la nuit » charme, émeut, bouleverse.

Traduit de l’islandais par Éric Boury.

Ce que j’en pense :

L’histoire s’ouvre sur un petit village, comme tant d’autres, perdu dans les fjords, avec sa poste (surtout sa postière en fait !) sa coopérative agricole mais qui a cependant une particularité : il n’y a ni église ni cimetière.

« Il semble cependant qu’il y ait un point par lequel notre village se distingue des autres – nous n’avons pas d’église. Non plus que de cimetière. On a pourtant maintes fois tenté de remédier à ce manque, une église donnerait indéniablement de l’allure à notre environnement, le doux tintement des cloches rejoint les âmes en peine ; le glas porte avec lui des nouvelles de l’éternité. »

On fait ainsi la connaissance d’un homme particulier, le directeur de l’Atelier du Tricot, qui tout à coup se met à rêver en latin. Alors que tout un chacun ne ferait que s’en étonner moire s’en amuser, il décide d’apprendre le latin, et donc de lire des ouvrages en latin pour ensuite s’intéresser aux grands textes et notamment à l’astronomie. Il va ainsi renoncer à son travail, faire des conférences, rencontrer d’autres personnes dans le monde qui ont la même passion. Ces voisins vont le surnommer « l’astronome ». Son épouse en profitera pour faire ses valises…

Au départ, on pense que l’auteur va raconter son histoire, alors qu’en fait, d’autres personnes vont entrer en scène et une interdépendance va ainsi s’installer entre les personnages, aussi bien que les thèmes.

On fait ainsi la connaissance de David le fils de l’astronome qui travaille à l’entrepôt, qui est persuadé de l’existence des fantômes ce qui lui permet de trouver des explications à certains évènements étranges, malgré le scepticisme de son collègue Kjartan, ou encore Jonas, si pâle et évanescent qu’il risque de se dissoudre dans l’espace, ou encore Benedikt. Mais n’allez surtout pas croire que les femmes sont absentes : nous avons Agusta postière qui lit tous les courriers qui arrivent à la poste et n’hésite pas à en instruire ses concitoyens, ou encore ma préférée Elizabet, au caractère bien trempée qui n’hésite pas à se frotter aux autres, hommes ou femmes). J’allais oublier Jacob qui parcourt le pays à v bord de son camion ou Matthias qui rentre au pays après des années passées à l’étranger.

J’ai bien aimé la manière dont le récit s’étoffe au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture : les thèmes s’intensifient, les nouveaux personnages sont introduits d’une manière qui rappelle « Le Boléro » de Ravel : la mélodie s’enrichit de plus en plus, le nombre de musiciens, et la vitesse d’exécution, le volume etc. Dans ce roman on trouve la même puissance, il se passe des choses mine de rien, on côtoie ainsi Galilée, Copernic, et donc la science, l’univers, l’auteur nous livre des réflexions sur la vie, la mort, le temps qui passe, la religion, la science et leur place dans la société, les préoccupations sur la planète…

« Nous nageons dans l’opulence, pourtant, nous ne sommes pas heureux, à quoi allons-nous occuper toutes ces journées, cette vie, c’est un véritable casse-tête, pourquoi vivons-nous ? »

L’histoire en elle-même n’est pas palpitante, mais on vit au rythme de l’Islande et de ses particularités, les jours ou les nuits sans fin, mais j’ai énormément aimé ses réflexions sur la vie en général, qui sont assez proches des miennes. Vous pourrez le constater en lisant les extraits ci-dessous. Je rappelle au passage que ce roman est le premier de Jon Kalman Stefansson, paru en 2005 en Islande et seulement traduit aujourd’hui chez nous, ce qui lui confère un intérêt particulier par rapport au contexte actuel de la planète et des relations interhumaines.

Ce roman me rappelle dans sa construction, le roman précédent « Asta », lequel variait les époques dans sa narration, alors qu’ici on reste dans l’ensemble dans la période actuelle, mais les chapitres s’étoffaient et s’enrichissaient les uns les autres.

Je n’ai toujours pas lu la trilogie de Jon Kalman Stefansson : « entre ciel et terre », « La tristesse des anges » et « Le cœur de l’homme » qui me narguent depuis un certain temps dans ma PAL… « ô temps suspends ton vol et vous heures propices suspendez votre cours » comme le disait si bien mon ami Alphonse de Lamartine

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui ont bien voulu me permettre de découvrir ce roman et de retrouver son auteur ainsi que l’Islande, ce pays qui me fascine (tout comme sa littérature)

#Lumièredétépuisvientlanuit #NetGalleyFrance

8/10

Extraits :

… mais nous affirmons qu’il faut littéralement être défunt pour ne pas penser à la mort. Avez-vous réfléchi au nombre de choses qui tiennent au hasard, toute la vie peut-être ?

C’est dans le silence que se conserve l’or ; celui qui se tait, plongé dans une parfaite solitude découvre tant de choses, le silence s’infiltre dans les chairs, apaise le cœur, calme l’angoisse et emplit la pièce dans laquelle vous êtes, il résonne dans votre maison tandis qu’en dehors, le présent se déchaine, c’est un sprinter, c’est une Formule 1, un chien qui court derrière sa queue sans jamais l’attraper.

C’est si bon de s’esclaffer, un rire sincère est un étrange mélange de volupté et d’oubli de soi, nous nous désagrégeons en lui, nous tourbillonnons en surplomb du personnage que nous incarnons au quotidien, il fait de nous des êtres humains.

Les larmes ont la forme d’une barque à rames, la douleur et la peine sont tapies sous le banc de nage. Celui qui pleure à un enterrement, pleure également sa propre mort et en même temps celle du monde, parce qu’à la fin du monde tout meurt et il ne reste rien.

Oui, le monde convulse tandis que nos mains s’agrippent à la table de la cuisine.

Mais, ce qui est fait ne saurait être défait, certains évènements modifient votre paysage intérieur si profondément que les mots n’ont pour ainsi dire plus aucun pouvoir.

Les héros de chaque époque sont un miroir de l’air du temps, de nos préoccupations, de nos rêves et de nos espoirs, un héros est un objectif, un phare qui nous guide, une consolation quand les vents sont contraires, l’homme en a besoin, c’est dans sa nature.

On peut dire toutes sortes de choses concernant les gens. La plupart d’entre nous abritons à la fois beauté et abjection. L’homme est un être complexe, un labyrinthe où l’on se perd quand on cherche des explications.

C’est le genre d’agacement qui naît parfois entre les gens dans les campagnes. Peut-être vivons-nous en général si éloignés les uns des autres que nous ne savons pas vraiment nous comporter avec nos voisins, nous n’avons pas l’habitude de nous soucier d’eux, c’est sans doute là un manque de maturité sociale profondément ancré en nous.

C’est étrange, ce pouvoir qu’à le silence de distordre le temps, les minutes ne sont plus elles-mêmes, elles semblent ne jamais devoir passer, elles deviennent un ciel immobile.

Ne vous est-il jamais arrivé de vous dire que jamais dans l’Histoire nous n’avons vécu dans un tel confort, que l’individu n’a jamais eu à ce point la possibilité d’influer sur son environnement, qu’il n’a jamais été aussi simple de s’engager, mais que la volonté de le faire n’a jamais été aussi rare—comment se fait-il ? Se pourrait-il que la réponse se trouve dans une autre question : quels sont ceux qui tirent profit d’une telle situation ?

C’est la quête elle-même qui est notre but, et si nous parvenons à une réponse, elle nous privera de notre objectif. Or, évidemment, c’est la quête qui nous enseigne les mots pour décrire le scintillement des étoiles, le silence des poissons, les sourires et les tristesses, les apocalypses et la lumière d’été.

Je ne peux pas me défaire de l’idée selon laquelle c’est le hasard qui décide de tout, c’est lui qui engendre tout, y compris le sens qu’on donne à sa vie, l’oiseau continuera de voler dans les airs, dans ce cas, pourquoi s’alarmer de la fin d’une civilisation ?

Peut-être renaissons-nous chaque fois que nous ouvrons les yeux, on peut alors supposer que quelque chose se meurt lorsque nous les fermons.

Il est inutile de penser, on se contente d’exister, d’écouter, d’accueillir le réel et les sons matinaux, de pareils instants réduisent en poussière les grandes puissances de ce monde.

Il a ri de bon cœur en voyant ces singes, parfois tellement bon que les mots ne sauraient l’exprimer. Mais la vie part dans tous les sens puis s’interrompt au milieu d’une phrase ; parfois, il vaut mieux se réveiller tôt, regarder l’océan et laisser passer le temps.

L’être humain est parfois étrange, il se sent seul, aspire à un peu de compagnie, et si quelqu’un arrive, tout s’inverse, il a envie de rentrer dans sa coquille pour avoir la paix.

Lu en septembre 2020

Publié dans Challenge Tour du monde de l'été, Littérature islandaise, Polars

« La dame de Reykjavik » de Ragnar Jonasson

Pour rester dans le cadre du challenge « Tour du monde de l’été », ou comment voyager par temps de COVID, distanciation, je me suis plongée dans un polar islandais :

Résumé de l’éditeur :

« L’inspectrice islandaise Hulda Hermannsdottir est la meilleure héroïne tragique que nous avons lue depuis longtemps.  » The Times

Hulda a tout donné à sa carrière. Mais en faisant toujours cavalier seul. Elle a beau être une des meilleures enquêtrices du poste de police de Reykjavík, à soixante-quatre ans, sa direction la pousse vers la sortie.

La perspective de la retraite l’affole. Tout ce temps et cette solitude qui s’offrent à elle, c’est la porte ouverte aux vieux démons et aux secrets tragiques qu’elle refoule depuis toujours. Et ses échappées dans la magnificence des paysages islandais, pour respirer à plein poumons la sauvagerie de son île, ne suffiront plus, cette fois.

Alors, comme une dernière faveur, elle demande à son patron de rouvrir une affaire non résolue. Elle n’a que quinze jours devant elle. Mais l’enquête sur la mort d’Elena, une jeune russe demandeuse d’asile, bâclée par un de ses collègues, va s’avérer bien plus complexe et risquée que prévu. Hulda a-t-elle vraiment pesé tous les risques ?

Ce que j’en pense :

Hulda Hermannsdottir est convoquée dans le bureau de son chef Magnus qui lui signifie brutalement sa mise à la retraite, car un jeune loup brillant a été choisi pour prendre son poste. Elle est âgée de soixante-quatre ans et des poussières, et on aurait bien pu la laisser tranquillement travailler jusqu’au bout.

Elle prend cela très mal, notamment la manière dont on la propulse à la porte, alors qu’elle a toujours bien travaillé, pointilleuse dans ses enquêtes, mais c’est une femme, dans un milieu où le machisme règne en maître, où elle subit depuis longtemps les railleries de ses collègues masculins qui ne se gênent même pas à faire des remarques devant elle. Elle est veuve, sa vie a été compliquée, mais comme elle s’est isolée pour pouvoir résister, on l’accuse de travailler en solo, de n’avoir aucun sens du travail en équipe !

Pour faire passer la pilule, Magnus lui dit qu’elle peut aller déterrer un « cold case » et reprendre l’enquête pour la faire aboutir. Elle choisit d’enquêter sur la disparition d’Elena, jeune Russe en attente dé régularisation, que l’on a retrouvée noyée, et l’inspecteur de l’époque, atteint d’hypertrichose palmaire aigüe, comme toujours, a classé le dossier, sans se donner la peine de creuser, affirmant que c’était un suicide.

L’auteur entretient le suspense en alternant le présent et des évènements antérieures, parfois même très antérieurs) nous racontant l’histoire d’une jeune femme qui s’est retrouvée enceinte après avoir eu une aventure avec un soldat américain, au grand dam de ses parents qui vont tout faire pour la pousser à abandonner le bébé, une petite fille.

Un autre récit vient s’encastrer dans l’histoire : une jeune femme part faire une ballade en montagne, avec un homme en qui elle semble avoir confiance, affrontant une tempête de neige, doudounes, piolets, sac de couchage…

Ce roman m’a plu, j’ai passé un bon moment, car j’ai éprouvé d’emblée beaucoup d’empathie pour Hulda, la manière exécrable dont elle est traitée, dans cet univers machiste, et ces collègues tellement avide de prendre du galon qu’ils en ont « les dents qui rayent le parquet ».

 Sa manière de mener l’enquête, avec obstination, notant chaque détail, allant à la rencontre des gens qui ont pu côtoyer Elena, la difficulté d’obtenir une régularisation, pour ne pas être renvoyée dans son pays d’origine, dans un pays dont on ne connait pas la langue…

J’ai aimé aussi toute la réflexion sur la retraite : comment vivre, lorsqu’on a tout misé sur le travail, et supporter la solitude, quand on est veuve, peut-on refaire sa vie, envisager de rencontrer quelqu’un…

Cependant, vous avez dû le sentir, il y a un mais : malgré le suspense que tente d’entretenir l’auteur, j’ai eu l’impression de m’essouffler un peu, de trouver le temps parfois long (quand on commence à compter les pages qui restent, en lisant un thriller, cela devient un peu gênant) et surtout, je n’ai pas du tout aimé la fin, même si elle m’a prise en dépourvu, elle m’a vraiment dérangée, je dirais même choquée …

J’aime beaucoup les polars nordiques, l’Islande, et je me réjouissais à l’idée de crapahuter dans la neige, alors que la canicule règne chez moi, mais j’ai un peu de mal avec Ragnar Jonasson, dont je n’ai pas trop apprécié « Snjor » : je trouvais son inspecteur, peu dynamique et le récit lent. Je préfère Arnaldur Indridason et son inspecteur Erlendur qui n’est pourtant pas un réputé pour sa vivacité…. C’est le premier tome d’une trilogie et je ne sais pas si je continuerai…

7/10

L’auteur :

Ragnar Jonasson est né à Reykjavik en 1976. Grand lecteur d’Agatha Christie, il entreprend, à 17 ans, la traduction de ses romans en islandais.

Découvert par l’agent d’Henning Mankell, Ragnar a accédé en 3 ans seulement au rang des plus grands auteurs de polars internationaux.

Extraits :

Le temps avait passé si vite. Le jour où elle était devenue mère, celui où elle s’était mariée : c’était hier. Pourtant, si on faisait le décompte des années, cela remontait à une éternité. Le temps est comme un accordéon : un instant comprimé, le suivant s’étirant interminablement.

Elle avait, au contraire, passé en revue tous les désavantages d’une relation et son âge lui semblait un obstacle insurmontable. Ce qui ne lui ressemblait pas : elle faisait habituellement de son mieux pour l’oublier, s’accrochant à la jeunesse de son esprit. Cette fois, un nombre l’en empêchait. Soixante-quatre. Elle ne cessait de se demander si c’était une bonne idée de se lancer.

… Elle savait aussi que si elle avait accepté de le revoir, après un premier rendez-vous, c’était parce qu’elle était terrifiée à l’idée de vieillir seule.

C’est comme ça que je gagne ma vie. Je dois rester concentrée sur la gestion quotidienne. Il s’agit peut-être de vie ou de mort, mais moi, j’essaie juste de faire tourner le centre. Dora, directrice du foyer pour migrants

Ce n’était pas la première fois qu’elle subissait ce genre de remarques. Question de territoire. Ça allait de pair avec les blagues sordides et le harcèlement pur et simple. Elle pouvait être difficile dans ses relations avec les autres, elle en était bien consciente, mais elle avait dû se forger une carapace pour survivre. Par contrecoup, les types de la criminelle s’étaient crus autorisés à la prendre pour cible.

Penser à elle la ramenait inévitablement à son point de départ : les circonstances dans lesquelles la mort de la fille avait atterri sur son bureau. Aujourd’hui, elle s’était plus ou moins fait virer. On lui avait demandé de vider son bureau, de dégager ; on l’avait balayé comme un vulgaire détritus.

Elle avait souvent essayé de pénétrer dans la tête des suspects, pas tant par sympathie pour leur situation que pour perfectionner sa technique d’interrogatoire…

Les champs de lave noire se déployaient sous ses yeux, volaient devant les vitres de la voiture, majestueux dans leur austère simplicité et aussi monotones qu’un refrain répété en boucle…

Lu en juillet 2020

Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Dans l’ombre » de Arnaldur Indridason

Intermède polar aujourd’hui avec ce livre d’un de mes auteurs nordiques préférés :

Quatrième de couverture :  

La mort a été immédiate. Une balle dans la tête. Aucune trace de lutte n’a été relevée dans ce modeste appartement de Reykjavik. Le seul détail troublant est une croix gammée tracée sur le front de la victime. Très vite, en cet été 1941, les soupçons se portent sur les soldats étrangers venus contrer l’expansion nazie. Les enquêteurs Flovent et Thorson doivent agir avec prudence : malgré l’occupation alliée, l’ombre du Troisième Reich plane toujours au-dessus de l’Islande.

Ce que j’en pense :

Nous sommes en Islande, à Reykjavik, en été 1941. Un homme vient d’être retrouvé mort dans un appartement, le crâne explosé par une balle de gros calibre qui tendrait à faire penser à une arme appartenant aux militaires. Sur le front de la victime une croix gammée tracée avec le sang de la victime. Il s’agit de l’appartement de Felix Lunden donc dans un premier temps on pense qu’il s’agit de la victime.

L’enquête est menée par un policier islandais : Flovent auquel l’armée va adjoindre Thorson, un jeune homme de leur camp, un Islandais de l’Ouest, ainsi qu’on surnomme les personnes dont les parents islandais ont émigré au Canada ou aux USA par exemple qui parle très bien la langue même s’il parle bizarrement selon l’avis des gens du coin !

En fait, ce n’est pas aussi simple, le corps n’est pas celui de Felix mais d’un autre homme, représentant commercial comme lui, que sa compagne, Vera, avait quitté en son absence pour ouvrir une blanchisserie avec l’aide d’un militaire.

Ce roman, nous entraine, dans ce pays occupé d’abord par les Anglais, qui sont en train de laisser la place aux Américains, pour éviter que l’Allemagne nazie l’envahisse. Il y a peu de militants pronazis, ils ont été plus ou moins neutralisés, arrêtés et certains envoyés en Grande-Bretagne, mais certains sont encore là, tels Rudolf Lunden le père de Felix, médecin ayant tenté des expériences médicales pour prouver l’origine génétique de la délinquance et autrefois il a utilisé son fils pour arriver à ses fins, l’obligeant à devenir amis avec des élèves issus de milieu pauvre, avec alcoolisme, violences, emprisonnements…

On voyage ainsi dans les méandres des théories nazies fumeuses sur la pureté de la race, le déterminisme génétique de la délinquance, car ils pensaient au départ que les Islandais étaient des descendants des Vikings, donc des surhommes, alors que l’enquête ouvre d’autres possibilités, avec ces femmes qui tentaient à tout prix d’avoir une meilleure vie en se trouvant un compagnon anglais ou américain et si possible de l’épouser, dans ce qu’on appelait « la situation », occupation par les troupes anglaises puis américaines.

L’enquête est passionnante, car l’auteur nous promène au gré des pistes, des indices, sur les pas tantôt du policier Flovent, tantôt dans ceux de Thorson, alors que l’armée a tellement peur d’être reconnue responsable, qu’elle veut garder la mainmise sur ladite enquête.

J’ai retrouvé avec plaisir la plume d’Arnaldur Indridason dans ce premier tome passionnant de la « trilogie de l’ombre » et ce pays fascinant dont chaque livre de l’auteur me fait découvrir un pan de l’Histoire, trilogie que je vais bien-sûr continuer à découvrir, délaissant pour quelques temps le commissaire Erlendur, héros fétiche de l’auteur que j’ai découvert avec « La femme en vert » que j’ai beaucoup aimé et que depuis je suis régulièrement.

9/10

L’auteur :

On ne présente plus Arnaldur Indridason, né en 1961 à Rekjavik, et sa célèbre saga consacrée à l’inspecteur Erlendur, hanté par la mort de son frère lorsqu’ils étaient enfants, pas très heureux en ménage, dont la fille est toxicomane…

On lui doit, entre autres, « La cité des jarres », « La femme en vert » l’homme du lac » ….

Avec la trilogie des ombres on explore une autre face de l’Islande.

Extraits :

Si ce qu’ils affirment est vrai et si la piste les conduit jusqu’à l’armée, cela risque de poser problème, d’autant que tout le monde n’est pas franchement satisfait de notre présence ici. Gardez bien à l’esprit que nous ne voulons pas que ce regrettable évènement nous crée des problèmes. Nous en avons assez comme ça.

On y pratique des recherches en génétique et sur la sélection des espèces, certaines d’entre elles portent sur les criminels. Cette université (Iéna) est la meilleure d’Allemagne dans ce domaine. Les nazis semblent croire qu’il existe un terrain génétique propre à la délinquance et ils ont engagé des travaux de grande envergure pour prouver leur théorie.

Rudolf semblait l’avoir abandonnée au milieu de la lecture d’un article concernant l’origine des Islandais. L’auteur développait la théorie selon laquelle ces derniers descendaient d’une peuplade baptisée les Hérudes, qui était originaire du pourtour de la mer No. ire et était montée vers le nord de l’Europe à la faveur des grandes migrations.

Felix est parfois odieux. Il n’a pas tardé à acquérir un certain ascendant sur ces garçons qui lui obéissaient dans tous les domaines. Il profitait de cette supériorité pour les commander. Il savait parfaitement que son père les avaient pris comme cobayes parce qu’ils venaient de familles à problèmes et il s’en prenait aux plus faibles. Aux plus malheureux. Ce qui ne l’empêchait pas d’imposer aussi sa volonté aux plus forts.

Selon lui, (Hans Lunden) si les ancêtres des Islandais avaient vécu aujourd’hui, ils auraient été des surhommes doublés de génies militaires et il rêvait de les ressusciter. Il menait des études anthropologiques sur la race nordique dans un institut fondé par Himmler à Berlin. Cet institut s’appelle « Héritage ancestral »…

Lu en mai 2020