Publié dans Littérature italienne

« Quatre amours » de Cristina Comencini

Je vous parle aujourd’hui d’un livre choisi, avant tout, pour son thème et pour faire la connaissance de l’auteure :

Résumé de l’éditeur :

Marta et Andrea. Laura et Piero. Deux couples. Quatre amis inséparables qui ont partagé chaque moment clef de leur vie : rencontre, mariage, enfants. Quand, à l’approche de la soixantaine, leurs mariages respectifs volent en éclats au même moment, c’est la sidération. Il y a d’abord Marta qui décide de partir, sans raison véritable, si ce n’est cette envie irrépressible d’être enfin seule. Puis c’est au tour de Piero, mari chroniquement infidèle, de quitter Laura, son épouse dévouée, sous prétexte qu’il ne se sent plus aimé.

Comment vit-on la séparation après vingt-cinq ans de vie commune ? Que reste-t-il de toutes ces années passées ensemble ? Comment apprivoiser et profiter de cette solitude nouvelle ?
Dans cette comédie douce-amère aux accents de Woody Allen, les quatre protagonistes prennent la parole à tour de rôle pour revisiter leur histoire, du mariage à la séparation et raconter cette nouvelle vie qui s’offre à eux et qu’il faut avoir l’audace de saisir.

Traduit de l’italien par Dominique Vittoz 

Ce que j’en pense :

Nous avons donc deux couples qui se sont connus sur un bateau, et ont tout partagé depuis, la vie de couple, puis les grossesses, les enfants, la vie de famille donc. Brusquement, un des conjoints de chaque couple décide de mettre fin à cette union, qui n’apporte plus rien semble-t-il. Les enfants sont partis, syndrome du nid vide et cela pèse à certains.

Il s’agit de Piero et Laura d’un côté et Andrea et Marta de l’autre et curieusement, la rupture ce fait de façon asymétrique, un des conjoints ne supportant plus l’autre, d’un côté, c’est le mari qui part de l’autre,la femme. En effet, Piero, qui ne se sent plus aimé comme il le voudrait, enfermé dans un rôle de père, futur grand-père, sa fille étant sur le point d’accoucher, dont il ne veut plus, car il est encore jeune met fin brutalement à son couple.

Il a une maîtresse, plus jeune que lui bien-sûr, et curieusement c’était drôle, quand il trompait sa femme, en la quittant cela a beaucoup moins de charme… Laura apprend qu’elle a un cancer du sein et décide de consulter une amie médecin à Milan, pas à Rome, et surtout de ne rien dire et d’affronter la maladie seule, Marta l’accompagne quand même à sa consultation.

Marta s’éclate dans son travail d’architecte d’intérieur, les enfants sont élevés alors, Andréa devient un poids mort, et du jour au lendemain, elle lui dit que c’est fini, sans aucune explication, en gros c’est à lui de trouver, et il sombre dans la tristesse, mais Marta a aussi un plan B (Q serait plus adapté !) …

L’auteure a choisi de rythmer son histoire sur celui des saisons, ils se quittent en hiver, et la deuxième période, celle peut-être des bilans est en été. Ce qui est plutôt pas mal…

J’ai choisi ce roman pour ce concept de couple miroir, celui qui part étant chaque fois celui qui domine l’autre dans l’union, mais ce n’est pas forcément aussi simple.

La personnalité de Piero, parfait macho dans sa manière de traiter les femmes (la sienne ou sa maîtresse), misogyne est un terme qui lui convient bien, il a détesté sa mère, n’a absolument pas gérer la maladie de celle-ci, c’est sa femme qui s’en est occupée, avec beaucoup de compassion et de bienveillance, comme avec les maladies de ses enfants quand ils étaient petits, c’est son côté Mère Térésa. Évidemment, la mort faisait peur à Piero, donc absent jusqu’au bout, et pourtant il a détesté sa femme pendant trois ans, car elle, elle avait su gérer. « Œdipe toi-même » dirait Marcel Rufo avec son petit sourire…

C’est le personnage qui m’a le plus intéressée tellement il est caricatural. Par contre, j’ai eu plus de mal avec son pendant féminin, Marta, car elle est encore pire et cela contraste trop avec la douce Laura. Son comportement avec son époux Andrea est horrible, mais autant on peut trouver des explications pour la personnalité de Piero autant pour elle, on a l’impression que c’est gratuit. Si, son père est parti quand elle était jeune et elle reproduit la même chose dans son couple…

Cristina Comencini a choisi deux couples vraiment très caricaturaux, beaucoup trop même, ce qui m’a laissée perplexe, et je me suis posée beaucoup de questions sur la fin, ou la non-fin de ce roman, qui par ailleurs est truffé de citations, ce que j’ai apprécié. L’auteure aurait pu étoffer davantage son sujet, à mon humble avis. D’où le bémol, je suis restée sur ma faim, comme on peut le constater dans les extraits choisis.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#Quatreamours #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Née en 1956, à Rome, Cristina Comencini, fille de Luigi Comencini est réalisatrice, scénariste et écrivaine. Elle publie son premier roman en 1991 : « Les pages arrachées », ensuite suivront, entre autres, « Passion de famille » et « Le manteau du Turc »

Extraits :

Ces deux modalités de mon écriture – la féminine, plus intime, en quête de sensations nouvelles encore sans paroles, et la masculine, héritée de millénaires de culture patriarcale – se côtoient, se chevauchent, en harmonie ou en conflit : elles sont toutes les deux moi. Ainsi en va-t-il pour la douleur, la joie, l’intelligence, la bêtise : je suis double par définition, j’ai deux valises à porter, et pas seulement une comme les hommes.

La pauvreté produit la cohabitation ; l’aisance et les séparations génèrent l’individualisme et le silence.

Pour écrire, il faut le silence à l’extérieur, mais la vie à l’intérieur.

L’essentiel est de ne pas avoir une seule vie, ne pas fermer les yeux dans l’idée d’une ligne continue : une histoire du début à la fin, c’est la mort. C’est peut-être de cela que j’ai eu peur.

« Je vais mal, je ne peux plus vivre avec toi. Je ne sais pas comment l’expliquer, j’ai besoin d’être seule. » (ce que Marta a dit à Andrea avant de partir.)

Mon problème est le suivant : avant je vivais avec Laura et couchais avec Sara. Maintenant que je suis libre, je n’ai plus aucune envie de la voir. Sans épouse, une maîtresse perd son sens, mais je n’ai pas le courage de le lui dire et puis, au fond, elle me tient compagnie.

Moi, je n’ai jamais envie de pleurer, même si j’éprouve parfois de la nostalgie pour elle et notre vie. Rien de plus normal, après tant d’années. Mais l’avenir, c’est autre chose, on ne construit pas sur la nostalgie. Caractéristique du raisonnement de Piero !

Tout est plus compréhensible : je suis un homme jeune, je n’ai que cinquante-neuf ans. Nous avons le même âge Laura et moi, mais elle se sent grand-mère, pas moi. Idem

Les femmes ne comprennent pas que l’amour inconditionnel est répugnant, il cache l’autoritarisme. Celui de ma mère, celui de Laura me donnaient envie de les quitter, d’être cruel, de les faire pleurer.

… quand sa mère est morte et qu’il m’a détestée pendant trois ans, jusqu’à la naissance de Lucrezia, parce qu’il projetait sur moi, qui étais vivante, sa culpabilité envers elle qui était morte. Laura à propos de Piero

« C’est drôle cette situation à quatre, symétrique. C’est un hasard, évidemment, pourtant on dirait qu’il y a un sens que je n’arrive pas encore à comprendre. Mais tout n’a pas un sens… Il est peut-être inutile de le chercher. »

« La douleur n’est pas le produit de l’absence, du moins pas pour mon cerveau de physicien. C’est l’amour que nous avons partagé qui me manque parce que lui est unique. »

Je crois que j’ai poursuivi ma liberté toute ma vie sans jamais la conquérir. On devrait réussir à se sentir libre aussi quand il y a d’autres personnes près de soi : si on veut faire quelque chose, on le fait de toute façon.

Lu en avril 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

18 commentaires sur « « Quatre amours » de Cristina Comencini »

    1. j’ai beaucoup hésité aussi et comme j’avais lu quelques avis positifs, j’ai tenté…
      les personnages sont trop caricaturaux à mon goût mais son étude est intéressante donc finalement une lecture sympathique en cette période de confinement:-)

      Aimé par 1 personne

    1. le côté caricature finit par faire qu’on s’attache aux personnages (à certains plus qu’à d’autres, c’est certain) mais en ce moment je suis attirée par des romans vers lesquels je ne serais pas forcément allée en temps normal 🙂

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    1. j’ai beaucoup hésité, au départ, et en voyant passer les critiques,j’ai décidé de tenter et en fait il m’a plu, beaucoup plus que je ne le supposais, donc contente de l’avoir lu, et surtout je vais tenter un autre des romans de l’auteure que je ne connaissais pas du tout…
      Je reçois les livres via ma liseuse, de temps en temps je préférerais une version papier, mais en fait, quand un me plaît je finis par l’acheter 🙂

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  1. Je ne connais pas du tout cet auteur et bien entendu je suis d’un naturel curieux 🙂 Merci pour ces extraits toujours bien choisis et qui me permettent de voir le style assez caricatural comme tu le dis, ce qui me fait hésiter finalement. A voir donc un jour de vacances d’été ou de chaleur quand on a pas envie de se prendre la tête…Merci pour ce partage

    Aimé par 1 personne

    1. c’est vraiment trop caricatural : elle a choisi un couple symétrique dans les caractères et la démarche de rupture mais si Piero est convaincant, son pendant féminin l’est beaucoup moins…
      C’est le côté psychologique qui m’a plu en fait… je ne peux pas m’empêcher de poser un diagnostic nostalgie du travail 🙂

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    1. l’idée est intéressante, mais en voulant faire de Marta le pendant de Piero dans la décision de rupture, ce personnage est moins crédible, car trop caricatural (je me répète…
      par contre l’évolution des 4 à la suite de la séparation est intéressante mais la fin bizarre 🙂

      Aimé par 1 personne

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