Publié dans Littérature française

« La belle Hélène » de Pascale Roze

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour son titre qui me faisait penser à Offenbach et surtout sou auteure que j’avais très envie de retrouver :

Résumé de l’éditeur :

La lecture enrichit la vie comme la vie enrichit la lecture, c’est à cet art de lire qu’Hélène Bourguignon exerce ses étudiants de Sciences-po. Lire pour découvrir les expériences fondamentales à travers Buzzati, Tchekhov, Reza.


Chaque cours est un défi recommencé, d’une semaine à l’autre il se passe toujours quelque chose. Un souvenir, une émotion, une réaction et tout déraille dans la vie si organisée d’Hélène Bourguignon. Elle a perdu son mari, mais elle n’a perdu ni sa sensibilité ni sa fantaisie. Lorsqu’elle répond aux questions de ses étudiants, lorsqu’elle accepte une invitation à dîner, le présent est là, dans son intensité.


Et cette joie de vivre chaque instant pleinement devient communicative. Bientôt le lecteur aimerait croiser cette femme, marchant boulevard Pereire, ou bouquinant dans le transat du jardin de son immeuble, car elle est libre. Elle est libre d’entendre ce qu’un personnage de Tchekhov éprouve, comme elle est libre d’écouter les propositions d’un homme. Et de croire à un nouveau départ.


Un roman tour à tour émouvant, cocasse, et intime. Pascale Roze suit le regard de cette femme solitaire et lumineuse pour évoquer des lieux, Paris, la Bourgogne, la Corse ; jusqu’au finale, qui esquisse la possibilité d’une seconde jeunesse.

Ce que j’en pense :

Hélène Bourguignon est professeur de lettres à Sciences-po, et ce jour-là, elle a choisi une nouvelle de Brautigan. Elle choisit des nouvelles courtes n’excédant pas cinq pages. Le texte est dans ses mains, elle s’apprête à commencer son cours lorsqu’elle entend quelqu’un jouer de la guitare et chanter :

Quelqu’un chante… If you’re going to San Francisco/Be sure to wear some flowers in your hair… La surprise lui fait monter les larmes aux yeux.

Les souvenirs remontent, les drames de sa vie, la mort des gens qui la chantaient en 1967, notamment Xavier son premier mari qu’elle épousé très jeune, amoureuse de l’amour, puis le deuxième qui a vraiment compté : Laurent…

Elle, si bien organisée, qui arrive toujours en avance, en salle de cours, perd soudain le contrôle de son cours. Elle tente de faire le lien entre 67, et l’année où a été écrite la nouvelle (1939), la date du suicide de Brautigan, et donc cela conduit à une réflexion sur le temps : « La seule chose que tu possèdes c’est le présent » dixit toujours Marc Aurèle…

Elle leur montre ainsi qu’il faut toujours resituer dans le temps, les propos d’un auteur, et à compter en générations pour avoir des repères : trois générations les séparent de 1939…

Quand elle rentre chez elle, les souvenirs des êtres disparus refont surface. Elle regrette de s’être emballée à cause de la chanson, et d’avoir trop insisté sur le suicide de l’auteur…Et fait le bilan de sa vie.

Elle habite Paris, qu’elle arpente à pieds, alors que ses racines sont à la campagne : son frère a pris les rênes de la ferme familiale, et les relations dans cette famille sont loin d’être simples, alors il y va rarement, s’est même débrouillée pour ne pas assister à l’enterrement de son père.

Elle a une fille Lou, enceinte et une petite-fille Juliette, dont elle s’occupe assez. Elle va régulièrement faire des longueurs en piscine avec son amie Laetitia.

On va suivre son cours sur une nouvelle de Dino Buzatti « Esclave » puis, elle enchaîne avec Anton  Tchekhov, Yasmina Reza

Depuis la mort de Laurent, sa vie de femme est entre parenthèse, et elle est devenue une forteresse dire à conquérir pour un éventuel prétendant.

J’aurais adoré l’avoir comme prof ! j’ai envie de découvrir les nouvelles de Richard Brautigan, auteur que je n’ai jamais lu…

Ce livre m’a beaucoup plu, Pascale Roze m’a fait voyager dans Paris, en Bourgogne en Corse, mai surtout dans l’univers des auteurs que sa « belle Hélène » aime tant. L’écriture est belle, tous les thèmes sont bien traités.

J’ai découvert Pascale Roze en 1996 avec « Le chasseur Zéro » (pour lequel elle a reçu le prix Goncourt), un livre envoûtant, que j’ai dévoré littéralement, englouti sans le lâcher une seule seconde avant d’arriver à la fin et donc adoré. Je m’étais promis de lire d’autres romans de l’auteure et le temps asse, hélas, et il y a temps de romans et d’auteurs à découvrir.

J’ai beaucoup aimé « La belle Hélène » que j’ai dévoré avec le même appétit que « Chasseur Zéro » et retrouvé l’auteure avec un immense plaisir…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Stock qui ont bien voulu me faire confiance avec ce roman qui n’a qu’un seul inconvénient : il est trop court ! j’aurais aimé qu’il dure encore et encore.

#LabelleHélène #NetGalleyFrance

❤️ ❤️ ❤️ ❤️ ❤️

L’auteure :

Pascale Roze est romancière et dramaturge, auteur d’une douzaine de romans dont « Chasseur zéro », qui reçut le prix Goncourt en 1996.

Elle est membre du prix Médicis.

Extraits :

À Paris, qui se préoccupe de savoir pourquoi vous marchez ? À Paris, on est invisible. Mais elle n’a pas grandi à Paris et elle a beau y vivre depuis qu’elle est adulte, son corps se souvient qu’à la campagne quelqu’un qui marche crève le paysage.

Tu es dans un lieu formidablement ouvert, moderne, innovant, comme l’avait affirmé Macron pas encore président dans son laïus de remise des diplômes. Pourquoi dire rien ne change alors que les choses changent inexorablement ? Tu es dans un lieu formidablement ouvert, moderne, innovant. Allez, en route.

La nuit, quand elle n’arrive pas à dormir, elle leur parle pendant des heures, elle fait cours dans son lit.

Hier soir, elle a vu Voyage à Tokyo d’Ozu. Le père et la mère sourient tout le temps. Les enfants jamais. Ils sont dans un temps hargneux où il y a toujours quelque chose à faire, les clients, les patients, le ménage. Forcément, les parents encombrent.

« Ne pas souvent et sans nécessité dire à quelqu’un ou lui écrire : je n’ai pas le temps. Et par ce moyen constamment ajourner les obligations que commandent les relations sociales, en prétextant l’urgence des affaires », Marc-Aurèle.

Aujourd’hui, Richard Brautigan, « Actualités Cotton Mather, 1692 » extraite du recueil La Vengeance de la pelouse. Bien compliqué le titre, pas ce qu’il y a de mieux, mais il a l’intérêt d’attirer la lecture vers le sens du texte. Elle aime Brautigan que la tragédie de son enfance a rendu poète.

Elle fait mieux cours lorsqu’elle peut tenir le texte comme une matière concrète, qu’elle peut le commenter, tourner autour de lui, le gribouiller sans qu’il se trouble, inaltérable, toujours disponible et un brin lointain. Trois pages. Les nouvelles qu’elle leur choisit, outre qu’elle les chérit, dépassent exceptionnellement cinq pages.

Comme ils ont eu du mal à vivre, les jeunes gens de 68… Ils se sont brûlés

J’ai entendu un historien remarquer qu’il n’y avait que quatre-vingts générations entre Jules César et lui. Comptez une de plus pour vous. L’histoire, la littérature ne parlent pas d’un autre monde.

Elle allume une bougie en souvenir de Laurent. Il y a beaucoup d’ombres autour d’elle, elle ne peut plus les compter, ceux qui sont partis parce que c’était l’heure, ceux qui sont partis trop tôt. Quand même, cette chanson…

Laurent ne supportait pas qu’elle appelle ainsi à table. Il voulait passer à table quand il en avait envie et non quand c’était servi. Vivre à deux, c’est un accord sur les rituels.

Jeune fille, elle avait avancé sans se retourner, guidée par la lumière naturelle dont leur avait parlé leur prof de philo adepte de saint Thomas d’Aquin, une lumière au fond de nous qui accorde foi et raison.

Lu en février 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

10 commentaires sur « « La belle Hélène » de Pascale Roze »

    1. une très bonne pioche! j’avais peur de comparer avec « Chasseur Zéro » mais cela n’a rien à voir…
      Je vais me retrouver avec Brautigan, dans ma PAL et lorgner aussi vers Buzatti… mais des nouvelles ce sera plus être moins volumineux 🙂

      J'aime

    1. les 2 sont réussis: « Chasseur zéro » le thème et la mode narration sont épatants (je l’avais emprunté à la bibliothèque à l’époque, lu en apnée, et passé à ma mère qui a ressenti le même engouement!
      ici l’auteure mêle une histoire, l’intègre dans la littérature (et l’inverse) 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. j’espère qu’ils te plairont tous les 2 car ce n’est pas le même univers, mais elle sait envoûter avec sa plume…
      Il faut aimer réfléchir sur la littérature,ses interférences avec la vie de l’auteur comme celle du lecteur 🙂

      J'aime

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