Publié dans Littérature française, Polars

« Madame B » de Sandrine Destombes

Petit détour par le thriller aujourd’hui avec ce roman qui sort de l’ordinaire :

Résumé de l’éditeur :

Blanche Barjac, Madame B, est nettoyeur de profession. Malfaiteurs, tueurs à gages et meurtriers, tous font appel à elle pour qu’il ne reste plus une trace de leurs crimes et délits. Après plusieurs années passées à s’imposer dans ce monde d’hommes, Blanche est devenue une professionnelle respectée dans ce milieu si particulier. Digne héritière de son beau- père qui l’a formée, elle est reconnue pour son efficacité, sa discrétion et son savoir-faire.

Si après chacune de ses interventions Madame B garde un indice comme « assurance-vie », elle n’est pas la seule à accumuler les preuves compromettantes.

En menant l’enquête sur le maître-chanteur qui la persécute et la fait douter chaque jour un peu plus de sa santé mentale, Blanche revient sur son passé et réalise que malgré les nettoyages, toutes les taches ne sont pas effacées. Et que chaque acte entraîne des conséquences.

Ce que j’en pense :

Blanche est nettoyeur pour la société « RécureNet & associés » : elle a une liste de clients fidèles (ou fidélisés comme on voudra car elle a peaufiné le carnet d’adresses que lui a laissé son beau-père quand il a décidé de « prendre sa retraite) et lorsque l’un d’eux l’appelle sur une « scène de crime » elle arriva avec son fourgon, ses produits ménagers, bref tous ses outils et fait disparaître le corps, et les indices…

Choquant ? En fait non car on s’attache à cette jeune femme dont le passé est difficile. Sa mère s’est suicidée en se tirant une balle dans la tête quand elle avait à peine dix-neuf ans, car elle était atteinte d’une maladie neurologique ou psychiatrique, on ne sait pas exactement au départ.

Adrian, très amoureux de sa mère, a décidé de prendre soin de Blanche et lui a « appris le métier ».

Elle a été appelée un jour par un avocat, pour débarrasser l’appartement de son fils, ingénieur en informatique, de toutes traces de culture de cannabis, car une descente de police était prévue.

Elle n’éprouve pas de culpabilité, car elle se dédouane en pensant que si ces personnes ont été exécutées, c’est qu’elles avaient commis des actes horribles, donc justifiant leur élimination. Parmi ses missions, une seule lui laisse des regrets : un jour, on lui a demandé de faire disparaître le corps d’une jeune fille, victime d’une chute « accidentelle » qui aurait compromis un jeune étudiant de sciences-po promis à un bel avenir.

La dernière mission, commandée par le Limier, un fidèle client et ami de longue date d’Adrian ne se déroule pas comme prévu : Blanche a tout nettoyé, emporté le corps, et apprend quelques heures plus tard, que l’on a mis le feu à la maison de l’homme en question…

A partir de là tout va aller de travers, c’est le moins qu’on puisse dire : piratage de ses mails, indices bizarres récupérés dans le sac du dernier « chantier » qui contient un foulard taché de sang ayant appartenu à sa mère…

Blanche redoute d’être atteinte de la même maladie que sa mère, car sa mémoire la trahit parfois, donc se met à douter d’elle-même, des autres puisque, soudain, Adrian disparaît. Chantage ? Règlement de comptes liés au passé ? Au passé de Blanche ou d’Adrian ? Un concurrent qui veut prendre sa place en la décrédibilisant ?

Il y a des passages savoureux, par exemple sur la manière de se débarrasser d’un corps, telle petit Lafarge… ou encore les crises d’angoisse de Blanche durant lesquelles elle récite dans l’ordre alphabétique les noms des différents états des USA…

Ce roman est très bien construit, puisqu’on doute de tout les protagonistes, Sandrine Destombes distribue des indices, au compte-gouttes, induisant en erreur le lecteur, les rebondissements sont nombreux.

Ce roman m’a bien plu, j’ai marché à fond dans l’intrigue, alors que le principe même de nettoyeurs me heurtent, (bonjour l’éthique !) mais le rythme de l’enquête et l’efficacité de l’écriture, m’ont emportée dans l’histoire, sans plus chercher à réfléchir…

Je n’avais encore lu aucun thriller de Sandrine Destombes, et s’ils sont tous de la même veine, je serais assez tentée de poursuivre l’aventure.

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thriller (dont je deviens de plus en plus fan) pour m’avoir permis de découvrir ce roman et son auteure

#MadameB #NetGalleyFrance

L’auteure :

Née en 1971, Sandrine Destombes vit à Paris et travaille dans la production d’événements. « Madame B » est son septième thriller.

En 2018 elle a remporté, avec « Les jumeaux de Piolenc », le Prix VSD RTL du meilleur thriller français présidé par Michel Bussi, traduit en 6 langues.

Extraits :

Il (Adrian) avait bien tenté de lui transmettre la totalité de son savoir, mais Blanche préférait qu’il garde pour lui certains secrets. Elle était convaincue que tant que le vieil homme aurait des choses à lui transmettre, il resterait à ses côtés.

Un point jouait néanmoins en sa faveur. Personne ne s’attardait à observer une femme de ménage. Au mieux, un témoin pourrait évoquer une taille ou une allure générale, mais nul ne pourrait jamais décrire précisément son visage.

Officiellement, Blanche s’engageait à ne garder aucune trace de ses interventions. Les clients n’avaient rien à craindre d’elle, une fois la mission accomplie. Il en allait de sa réputation. Adrian lui avait même rédigé une phrase de circonstance si on l’interrogeait à ce sujet. Mais Adrian l’avait également alertée sur la précarité du métier et la nécessité de prendre des précautions.

Elle était restée des semaines dans les cours d’audience à observer des hommes de loi défendre leur client. Plus l’argumentation était tendancieuse, plus leur nom remontait dans le haut de sa liste. Passée cette première reconnaissance, Blanche avait démarché ceux qui lui étaient apparus comme les moins vertueux. Bien sûr, l’approche s’était faite dans les règles de l’art, agrémentée d’un discours tout en subtilité…

Il échangeait sur plusieurs réseaux sociaux avec un seul et même pseudo et conservait certaines photos de ses ébats. Blanche ne s’étonnait plus de la stupidité de certains de ses clients. Plus leur place dans la société était élevée, moins ils se protégeaient. La vanité semblait obstruer tout bon sens.

Faire appel au Limier était s’assurer une tranquillité de corps et d’esprit. En d’autres termes cela signifiait que cet homme réalisait à chaque fois le crime parfait.

Un petit Lafarge consistait à trouver un chantier en cours et à faire recouvrir sa victime de béton. Plus le chantier était gros, plus la manœuvre était aisée…

Alors oui, Blanche préférait croire que les victimes qu’elle coulait dans le béton le méritaient. Imaginer que cet homme puisse être au contraire un bienfaiteur, s’occupant d’enfants dans le besoin ou que tous ces chérubins soient en réalité ses petits-enfants, n’était pas ce dont elle avait besoin.

Après tout, n’était-ce pas la définition même de l’espoir ? Désirer l’insensé ?

Ils étaient pauvres en quittant l’Italie, la plupart étaient des « condatini », des paysans, qui avaient accepté de s’enfoncer dans les entrailles d’une terre qui n’était pas la leur pour réchauffe les foyers de ceux qui les rejetaient. Ils parlaient d’intégration, Adrian parlait d’abdication.

Il n’était pas rare qu’un vigile soit engagé pour surveiller les morts et leurs pots de chrysanthèmes. L’être civilisé pouvait tolérer certaines atrocités mais pas le manque de respect à leurs défunts devenus poussière.

Le Limier la fascinait et elle aimait s’en faire sa propre idée. Elle l’avait imaginé plusieurs fois, lui avait attribué une silhouette, une démarche et même une vie. Adrian lui avait dit que l’homme était toujours élégant et elle se l’était figuré sous les traits de Vittorio Gassman.

Lu en février 2020

17 commentaires sur « « Madame B » de Sandrine Destombes »

    1. j’ai vraiment passé un bon moment en lisant ce thriller! « l’enquête » est bien menée, l’auteure nous envoie dans des directions différentes et j’avais vraiment envie de que Blanche s’en tire…
      Un peu comme Dexter 🙂

      J'aime

    1. j’ai dévoré ce livre littéralement! Blanche est suffisamment »bizarre » pour qu’on l’aime et qu’on irait presque lui donner un coup de main pour qu’elle s’en tire, et surtout il y a une histoire de famille en dessous et on en prend conscience peu à peu 🙂
      je vais voir si je trouve un autre de ses romans, « Les jumeaux de Piolenc » en particulier
      bonne soirée à toi aussi 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. Et bien c’est amusant car j’ai noté son nom pas plus tard qu’hier dans mon carnet car j’ai lu une critique sur son précédent roman « Les jumeaux de Piolenc » ! Il faudra bien que j’en lise un des deux pour la découvrir ! Merci pour tes extraits qui nous mettent dans l’ambiance et bien entendu pour ta critique

    Aimé par 1 personne

    1. elle m’a bluffée, j’ai marché à fond tellement c’est bien construit! elle oriente dans des directions différentes, toutes aussi logiques les unes que les autres !
      je la connaissais de nom c’est tout…
      je vais tenter de trouver « Les jumeaux de Piolenc »!

      Aimé par 1 personne

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