Publié dans français, Polars

« Le cercle » de Bernard Minier

Intermède polar avec un auteur qui me plaît décidément beaucoup avec:

 

Le cercle de Bernard Minier

 

Quatrième de couverture   

 

Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest ?

Une prof assassinée, un éleveur dévoré par ses propres chiens… et un mail énigmatique, peut-être signé par le plus retors des serial killers.

Confronté dans son enquête à un univers terrifiant de perversité, le commandant Servaz va faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

 

Ce que j’en pense   

 

J’ai été tellement emballée par « Nuit » cet été, que j’ai eu envie de tout connaître des enquêtes de Martin Servaz. J’ai beaucoup le premier tome « Glacé » qui m’a accompagnée dans le voyage avec l’abbé Mouret et j’ai enchaîné avec ce deuxième opus…

On retrouve le meurtre, particulièrement atroce, d’une enseignante, ligotée noyée dans sa baignoire, dans une maison huppée, où toutes les fenêtres sont ouvertes, allumées alors que résonne la musique de Mahler puissance maximale, et un étudiant hébété, assis au bord de la piscine. Cela rappelle quelque chose évidemment…

L’auteur va nous entraîner sur des pistes variées, nombreuses, avec en toile de fond le fantôme de Julian Hirtmann (on se doutait bien qu’il n’était pas mort sous l’avalanche). On va croiser ainsi, un jeune député, avenir de la droite, qui ne semble pas très clair, dont la femme est atteinte d’un cancer, des voyous aux méthodes musclées, et beaucoup d’autres suspects possibles.

Et en toile de fond, la coupe du monde de football en Afrique du Sud (vous vous souvenez des vuvuzelas, des joueurs de l’équipe de France qui refusaient de descendre du bus pour s’entraîner, et faisaient grève, logés dans un palace qui a coûté des millions !

« Du pain et des jeux », rien de très nouveau. Au moins, les gladiateurs mettaient-ils leur vie en jeu, ça avait tout de même une autre allure que ces gamins en short courant après un ballon. Le stade n’est que la version extra-large de la cour de récré. P 61

Et bien, pas déçue, je suis décidément sous le charme de Bernard Minier. L’intrigue m’a beaucoup plu, avec ces étudiants de classes prépas aux personnalités un peu particulières. La vie de ces étudiants est rythmée par la littérature, la philosophie, les dissertations, sous l’égide de professeurs souvent imbus d’eux-mêmes et manipulateurs.

En parallèle, l’auteur nous livre une description des politiciens sans concession, avec les petites magouilles, les arrangements personnels, les honoraires de député et toutes leurs dérives, avec les salaires des collaborateurs, fictifs ou non, dont les Media ont brusquement découvert l’existence pendant la dernière campagne présidentielle ! non, sans blague ?

« La plupart de mes confrères ne croient absolument pas que les maux de la société puissent être résolus par une quelconque législation, ils ne croient pas davantage que le progrès social fasse partie de leurs attributions. Ils croient à la religion des privilèges, au crédo du cumul et au dogme de la gratuité – pour eux-mêmes bien entendu. » P 291   

J’ai beaucoup aimé également toute la réflexion de l’auteur sur la société actuelle, la délinquance qui gangrène les villes, les banlieues, la délinquance en col blanc, les conditions de travail des policiers, le narcissisme et la perversion qui deviennent monnaie courante… j’ai trouvé, avec Martin Servaz,  quelqu’un d’aussi pessimiste ou réaliste que moi, je me sens moins seule !

Bref, j’ai beaucoup aimé ce deuxième tome, que j’ai lu pratiquement en apnée, donc je vais continuer…

 

Extraits   

 

Il n’y a que la poésie pour dire l’incapacité de l’homme à appréhender le sens de notre passage sur cette terre, dit-il. Et pourtant, si on lui donne le choix, l’humanité préférera toujours le football à Victor Hugo. P 61   

 

Il soupira en songeant que des pays entiers étaient sur le point de s’écrouler, les quatre cavaliers de l’Apocalypse avaient pour noms finance, politique, religion et épuisement des ressources, et ils cravachaient ferme – mais la fourmilière continuait de danser sur le volcan et de se passionner pour des choses aussi insignifiantes que le football… P 103   

 

Écouter l’œuvre de Mahler, c’était suivre un chemin qui passe de l’obscurité à la lumière et inversement, d’une joie sans bornes aux tempêtes qui secouent la barque de l’existence humaine et finissent par la renverser. P 189   

 

Le même petit groupe de gens qui décident de tout pour eux. Nous… Et quand je dis « nous », j’inclus nos adversaires politiques. Deux partis. Qui se partagent le pouvoir depuis cinquante ans. Qui font semblant de n’être d’accord sur rien, alors qu’ils le sont sur presque tout… Cela fait cinquante ans que nous sommes les maîtres de ce pays et que nous vendons au bon peuple cette arnaque nommée « alternance ». Les cohabitations auraient dû lui mettre la puce à l’oreille : comment deux pouvoirs aux options radicalement opposées pourraient-ils cohabiter ? Mais non, il a continué à gober l’escroquerie comme si de rien n’était. Et nous, à profiter de ses largesses… P 379   

 

… Mais, ces derniers temps, certains ont voulu se partager le gâteau un peu trop vite. Ils ont oublié qu’il y a une comédie à jouer, un minimum de discrétion et de conviction à avoir. On peut pisser sur le peuple s’il croit que c’est de la pluie. P 379    

 

 

Nous changeons. Tous. Irrémédiablement. Une part de nous-mêmes reste identique: le noyau, le cœur pur venu de l’enfance, mais tout autour s’accumulent tant de sédiments. Jusqu’à défigurer l’enfant que nous étions, jusqu’à faire de l’adulte un être si différent et si monstrueux que, si l’on pouvait se dédoubler, l’enfant ne reconnaîtrait pas l’adulte qu’il est devenu — et serait sans doute terrifié à l’idée de devenir cette personne-là. P 510

 

 

Lu en août 2018

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

8 commentaires sur « « Le cercle » de Bernard Minier »

  1. Il est noté ! Maintenant que j’ai découvert l’auteur je continuerai à lire un roman de temps en temps tu t’en doutes et celui-ci se rajoute à « Glacé » que j’ai placé en premier et à « Nuit » que tu nous as fait découvrir…Merci pour ta chronique

    Aimé par 1 personne

    1. plus je lis ces romans plus il me plaît!!! j’ai encore « N’éteins pas la lumière » en prévision pour avoir les éléments qui me manquaient dans « Nuit » et après je passerai à autre chose… j’ai « L’Assommoir » en cours 🙂

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