Publié dans Challenge Portugal mon amour, Littérature portugaise

« Les hommes n’appartiennent pas au ciel » de Nuno Camarneiro

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai découvert grâce à des babeliotes, et dont l’auteur m’était totalement inconnu. Il s’agit de:

 

les hommes n'appartiennent pas au ciel de Nuno Camarneiro

 

 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

En 1910, le passage de deux comètes au-dessus de la terre propagea une onde de panique. Partout dans le monde des hommes devinrent fous, se suicidèrent ou simplement observèrent, silencieux et vaincus, ce qu’ils croyaient être la fin du monde.

Karl, un jeune émigré, nettoie les vitres des gratte-ciels de New-York. En Argentine, Jorge, un petit garçon, s’invente des mondes imaginaires. Fernando déambule à Lisbonne sans savoir comment vivre. Ils sont liés par leur sensibilité, le regard qu’ils portent sur les hommes qui les entourent et les lieux où ils ont grandi. Alors que leurs contemporains se laissent emporter par la peur au passage des deux comètes, Karl, Jorge et Fernando le sont par le génie. Cent ans plus tard, tous trois demeurent dans nos mémoires.

Un premier roman époustouflant, la nouvelle voix de la littérature portugaise, qui rend hommage à sa manière à trois figures littéraires majeures du XXe siècle : Borges, Pessoa et Kafka.

 

CE QUE J’EN PENSE

Dans ce roman, l’auteur nous raconte trois destins, à des endroits différents du monde, en 1910, lors du passage de deux comètes. Nous avons ainsi l’histoire de Karl (censé être Kafka), à New-York, celle de Fernando (Pessoa) principalement à Lisbonne et celle de Jorge (on aura reconnu Borges), ce dernier étant enfant.

Je suis passée par différents états d’âme en lisant ce roman. Tout d’abord un enthousiasme débordant lié à l’écriture de l’auteur. Puis, mes grosses lacunes, car je n’avais rien lu encore de Borges, seulement quelques poèmes de Pessoa, et « Le procès » de Kafka, à l’adolescence,  ont provoqué la peur de passer à côté du livre. Donc, je l’ai refermé pour m’attaquer au « Banquier anarchiste » de Pessoa qui prenait la poussière depuis dix ans sur une étagère de ma bibliothèque. Bonne pioche d’ailleurs…

Je suis ensuite revenue sur ce roman et il m’est difficile d’en parler, tant j’ai pu passer, en alternance, de l’enthousiasme au blues en l’espace de quelques pages. Ce récit est envoûtant et en fait, il faut se laisser porter par l’histoire.

J’ai beaucoup aimé l’écriture, pleine de poésie, les descriptions des villes, l’atmosphère qui caractérise chacune d’elles, qu’il s’agisse de New-York, ou Lisbonne, si  les habitants qui y vivent  y sont proches ou indifférents les uns aux autres, ainsi que la manière dont l’auteur décrit les états d’âme des personnages.

La construction du roman est intéressante, alternant la vie de chacun des protagonistes, ce qui accentue probablement l’intensité et la labilité des émotions que j’ai ressenties durant cette lecture.

Nuno Camarneiro aborde très bien la manière dont les gens peuvent réagir lors du passage d’une comète, ce feu dans le ciel dont on savait peu de choses à l’époque, ainsi que toutes les peurs et les superstitions qui l’accompagne : la fin du monde, Dieu qui s’énerve…

Il rend un hommage vibrant à la littérature, la poésie et les livres en général :

« Maman m’a répondu que les livres servent à savoir tout ce que je veux en dedans, que je peux les lire et dialoguer avec eux sur toutes les choses dont je ne parle pas avec mes camarades. » P 89

Ainsi qu’à l’écriture : « Il (Jorge) aime regarder l’encre lorsqu’elle sort du stylo comme si elle sortait de l’intérieur de la tête pour venir se ranger en idées sur les phrases de son cahier. Les mémoires rangées dans les cahiers comme des chaussettes dans un tiroir ou des allumettes dans une boîte. » P 55

Par contre, on ne sait jamais si ce sont les pensées et les émotions de l’auteur, où s’il se met dans la tête des ses personnages, qu’il connaît tellement bien que leurs émotions sont devenues les siennes. J’ai découvert un Fernando mélancolique, perdu dans sa ville et sa vie (comme s’il avait écrit son banquier au cours d’une phase maniaque ?) mais,  c’est le personnage que j’ai le plus aimé, donc en route pour « Le livre de l’intranquillité » et je sais que cela ne va pas être simple.

Jorge est un enfant, un peu étrange, avec des relations difficiles avec ses camarades de classe, on ne sait jamais s’il est dans le rêve ou la réalité, s’il invente ou pas, et tout cas il est fascinant. Donc découvrir son œuvre est devenu une évidence.

Par contre, je n’ai pas eu d’atomes crochus avec Karl que j’ai eu des difficultés à cerner…

Je pense que je relirai sûrement ce roman pour la beauté de l’écriture et après avoir approfondi les œuvres des auteurs dont nous parle Nuno Camarneiro, dont c’est le premier roman, pour l’apprécier à sa juste valeur.

Un bon point également pour la couverture et le choix du titre, « les hommes n’appartiennent pas au ciel » No meu peito nao cabem passaros » dans la version originale) est très judicieux, empreint de romantisme et invite au voyage au propre comme au figuré…

 

L’AUTEUR

Nuno Camarneiro est né en 1977. Après des études de génie physique à l’université de Coimbra, il se consacre durant quelques années à la recherche. Il travaille au CERN (organisation européenne pour la recherche nucléaire) à Genève et achève un doctorat de sciences appliquées au patrimoine culturel à Florence.

Rentré en 2010 au Portugal il rejoint l’université d’Aveiro et enseigne à l’université de Porto. « Les hommes n’appartiennent pas au ciel » est son premier roman, couronné par de nombreux prix.

 

EXTRAITS

Ce bleu n’est la couleur de nulle part. Un lieu qui échappe aux sens par peur et finitude. Il se regarde comme si l’on ne le voyait pas, car il est tel que personne ne peut l’embrasser entièrement. Qu’on l’appelle mer ou qu’on l’appelle ciel, on donne des noms aux choses qui se moquent de nous et de Dieu. La mer nous inventa nous avant d’inventer Dieu. P 19  (Fernando)

 

Les rêves de Jorge sont des rêves sans temps, comme ceux de tous les enfants. Ce sont des rêves où tout le monde est présent simultanément à divers endroits sur la terre, dans la jungle par-delà la mer et sur les portraits accrochés au mur. Si Dieu est en tout lieu, les enfants sont en tout temps. P 27

 

Le Portugal est à cette image, diminutif et placide. Ceux qui s’y rendent s’adaptent à cette échelle et y demeurent, les petites Indiennes, les petites Américaines, les petits Noirs, pauvres petits. Les Portugais ne veulent rien qu’ils ne puissent ranger dans leur poche. Comment ont-ils pu découvrir autant le monde ? P 29

 

… Il y a de partout des gens qui remplissent les têtes avec des mots et des gestes. Les gens n’ont aucun respect pour les têtes, c’est pourquoi ils les remplissent indifféremment de choses importantes et d’âneries. P 35

 

Vivre dans un lieu, c’est être ce lieu, c’est lui prêter une âme et en recevoir une autre en échange. Les biographies devraient se classer par lieu et non par dates. Dans cette rue, je fus comme ceci, dans celle-là, je fus tout autrement. Personne ne sait décrire une ville, ce sont les villes qui nous décrivent. P 39

 

La ville (New-York) est pleine aussi d’éclat et de bruit, de machines et de corps et millions de verbes conjugués au présent. Une ville faite d’empilement de tribus venues de loin, d’Europe, d’Afrique, d’Asie, des hommes pauvres et désespérés qui donnent leur vie pour presque rien, qui usent leur corps sur les coins aiguisés des rues de la ville et qui, la nuit, se couchent dans ses entrailles. P 41

 

Il est des poètes qui dorment ainsi, passant d’un côté de la réalité à un autre sans s’en apercevoir, ils participent tous d’un grand poème qui a de la place pour beaucoup de vers. P 60

 

La densité mélodique de Lisbonne, l’une des plus élevée de l’hémisphère Nord, détermine quelques-unes des qualités de ses habitants. Certaines personnes sont incapables de supporter tant de mélodies, des gens vulnérables aux émotions, auxquelles ils se heurtent incessamment. P 61

 

 challenge portugal

 

LU EN AVRIL 2018

Publicités

13 commentaires sur « « Les hommes n’appartiennent pas au ciel » de Nuno Camarneiro »

    1. on rentre plus dans le roman quand on connaît un peu les auteurs. Rien qu’en lisant « le banquier »;;; je m’y retrouvais mieux.
      Pour Borges, je viens de lire une critique de « Fictions » (lecture commune sur un blog) il semble aussi ardu que « Le livre de l’intranquillité » donc je vais rester sur Pessoa pour le moment 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. Et bien il est tentant ce titre…Je ne connais pas du tout cet auteur portugais et d’ailleurs c’est une littérature que je connais peu, à part les classiques…A découvrir alors malgré cet aspect nostalgique qui semble imprégner ce roman, puisque tu dis que l’écriture est belle. Je sais que déjà ça me plaira…

    Aimé par 1 personne

    1. il peut se lire sans trop connaître les auteurs mais il manque quelque chose, il faut au moins connaître quelques éléments de leurs biographies; pour Pessoa je n’avais lu que quelques poèmes…
      j’espère qu’il va écrire un 2e roman assez vite car son écriture me plaît 🙂

      Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.