Publié dans Littérature nigérianne

« La prière des oiseaux » de Chigozie Obioma

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi pour son thème très particulier, autant  que pour faire la connaissance de l’auteur ou la belle couverture :

Résumé de l’éditeur :  

FINALISTE DU MAN BOOKER PRIZE 2019

Chinonso, un éleveur de volailles du Nigeria, croise une jeune femme sur le point de se précipiter du haut d’un pont. Terrifié, il tente d’empêcher le drame et sauve la malheureuse Ndali. Cet épisode va les lier indéfectiblement. Mais leur union est impossible : Ndali vient d’une riche famille et fréquente l’université, alors que Chinonso n’est qu’un modeste fermier… 

De l’Afrique à l’Europe, La Prière des oiseaux est une épopée bouleversante sur la question du destin et de la possibilité d’y échapper.

Ce que j’en pense :

Chinonzo est aviculture, il est passionné par les « oiseaux » depuis l’enfance. Il a perdu sa mère très jeune, alors il a grandi avec son père qui vivait sur sa ferme, avec ses volailles, ses légumes. Quand il était enfant, en accompagnant son père qui voulait absolument trouver des oies sauvages, il en tue une avec son fusil, laissant son oison « en pleurs ». Nonso réussit à convaincre son père d’emmener cet oison pour le soigner.

Mais, cela ne se passera pas très bien, et occasionnera un chagrin quand il le perdra.

Quelques années plus tard, sa petite sœur quitte la maison pour se marier contre l’avis paternel. Nonso travaillait bien à l’école, mais son père meurt et il doit s’occuper de la ferme et les études deviennent moins prioritaires.

Un jour, en revenant d’un marché, où il a acheté un coq blanc et d’autres poules, il voit une jeune fille qui s’apprête à se suicider en sautant d’un pont. Il essaie de l’en dissuader allant même jusqu’à sacrifier son coq blanc pour arrêter son geste.

Il va la revoir et une histoire d’amour commence, mais la jeune femme, Ndali, est étudiante en pharmacie et sa famille est aisée alors il est très mal accueilli, humilié par les parents et le frère de Ndali.

Qu’à cela ne tienne, il va reprendre ses études, pour leur prouver qu’il est quelqu’un de bien et c’est le début de la descente aux enfers : un camarade d’école lui fait miroiter qu’il est plus facile de faire des études à Chypre, dans la partie turque. Il va s’occuper de tout, pour lui obtenir une place à l’université et Nonso va vendre tout ce qu’il possède pour un mirage.

Il va tout perdre, et finira même en prison alors qu’il n’a rien fait de mal. Mais comment se défendre dans un pays dont on ne parle pas la langue et quand tout s’acharne autour de lui.

Ce roman est très particulier : ce qui pourrait être une simple histoire d’amour nous entraîne beaucoup plus loin avec des réflexions sur le poids de la culture, du statut social sur ce couple, l’humiliation, ce qu’on peut faire pour prouver qu’on est quelqu’un de bien devant l’intolérance de l’autre.

Il nous propose aussi une réflexion aussi sur la confiance, sur l’amitié, le pardon, la survie quand on a subi l’innommable, sur la loi de causalité, les conséquences des actes dans cette vie et même dans les précédentes, et aussi sur la rédemption : un ami qui vous a trahi et causé beaucoup de mal peut-il être sincère quand il dit qu’il regrette, car il a trouvé Dieu ? et peut-on lui faire confiance à nouveau.

L’auteur utilise un mode de narration surprenant : c’est le Chi, l’esprit qui s’est réincarné en lui, qui raconte l’histoire, en s’adressant à une sorte d’assemblée des anciens, pour tenter de plaider la cause Chinonzo, en invoquant au passage des « divinités » de la cosmologie Igbo. On ne peut pas parler d’ange gardien, car son Chi se contente d’observer mais n’a pas le droit d’intervenir, seulement de lui souffler des idées pendant son sommeil.

La notion de réincarnation m’est familière, via ma pratique du Bouddhisme (lequel préfère le terme de Transmigration à celui trop galvaudé de réincarnation) mais, c’était beaucoup plus compliqué dans la culture Igbo, car je la connais très mal, pour ne pas dire pas du tout.

Dans ce roman, on est souvent dans la fatalité, il y a peu de libre arbitre pour modifier le destin, peu de prise sur les évènements.

Une scène touchante : les poules pleurent lorsqu’il arrive quelque chose de tragique à leurs congénères, par exemple, quand le héros les met en cage pour aller les vendre, donc les faire mourir…

Malgré ce côté un peu ardu, et les longueurs, les invocations d’entités aux noms bizarres que je n’ai pas réussi à retenir, j’ai aimé ce roman, ainsi que la poésie de l’écriture de Chigozie Obioma auteur nigérian que je ne connaissais pas du tout. Il m’a donné envie de lire « Les Pêcheurs » son précédent roman qui a été finaliste du Booker Price.

Je découvre, tout doucement, à mon rythme, la littérature africaine et son mystère me fascine.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Buchet-Chastel qui m’ont permis de découvrir ce roman, que j’ai choisi au départ après avoir lu des critiques intéressantes, et son auteur. La couverture est très belle et le titre est déjà une invitation au voyage.

#LaPrièredesoiseaux #NetGalleyFrance

❤️ ❤️ ❤️ ❤️

L’auteur :

Chigozie Obioma est né en 1986 au Nigeria, et vit désormais aux États-Unis où il enseigne le creative writing. Son premier roman, Les Pêcheurs (L’Olivier, 2016), finaliste du Booker Prize, lui a valu une reconnaissance mondiale.

Extraits :

Comme les autres esprits protecteurs, je suis descendu sur l’uwa en bien des cycles de réincarnations, habitant chaque fois un corps fraîchement créé…

 Je suis venu en hâte, fusant sans entrave tel un javelot à travers les vastitudes de l’univers, car mon affaire est urgente, une question de vie ou de mort…

Car la terre lui appartient, à elle, Ala, glorieuse mère de l’humanité, la plus glorieuse des créatures après toi, toi dont nul homme ni esprit ne connaît le sexe ou l’espèce…

Il lui tourna le dos, mais ne put se résoudre à partir. Il redoutait ce qu’elle ferait s’il la laissait car, lourd d’un fardeau de chagrin lui-même, il savait bien que le désespoir est la peste de l’âme. Qu’il peut détruire une vie déjà ravagée.

Certes, je sais bien que tu nous déconseilles, à nous esprits protecteurs, d’interférer dans les affaires de nos hôtes, pour les laisser exécuter leur volonté et être pleinement hommes.

Car lorsque j’occupe un hôte je ne suis qu’un réceptacle creux empli par la vie d’un humain, et rendu concret par cette vie. C’est donc en qualité de témoin que je le regarde vivre, et sa vie devient mon témoignage. Mais un chi est bridé par le corps de son hôte.

Ô Egbunu, l’une des différences les plus criantes entre les usages des grands anciens et ceux de leurs enfants, c’est que ces derniers ont emprunté au Blanc sa conception du temps. De longue date le Blanc a estimé que le temps était une entité divine, et que l’homme devait se soumettre à sa volonté…

… Alors que pour les vénérables anciens le temps était chose à la fois spirituelle et humaine. Il échappait pour une part à leur contrôle et était ordonné par la même force qui avait créé le monde .

Il vit qu’elle regardait le calendrier mural orné d’une image de l’alusi du Blanc, Jésukri, portant une couronne d’épines. Les mots inscrits au-dessus du doigt levé de Jésukri défilèrent sur les lèvres de Ndali sans être audibles.

Considérons par exemple la relation entre la peur et l’inquiétude. La peur existe à cause de l’inquiétude, et l’inquiétude parce que les humains ne voient pas l’avenir. Car si seulement un homme pouvait voir l’avenir, il vivrait davantage en paix.

Le temps n’est pas une créature vivante attentive aux supplications, ni une créature que l’homme puisse retenir. Le jour viendra, comme il est venu depuis le commencement, et l’homme ne peut qu’attendre. Et attendre dans une telle inquiétude est éprouvant.

Car tel est l’état où sombre l’homme humilié : la passivité, l’hébétude, comme s’il était sous sédatifs. Bien des fois j’ai vu cela.

C’était là le véritable coup qu’il ne pouvait surmonter. Un homme tel que lui, qui connaît ses limites comme ses capacités, un tel homme, dis-je, est facile à briser. Car si la fierté érige un mur autour de son âme, la honte le perce et le frappe au cœur.

Il regarda en lui-même et se demanda s’il n’avait pas dramatisé la situation : peut-être que la longue nuit de la peur n’était finalement qu’une danse squelettique du souci dans le vestibule de la sérénité.

Une personne ne vit que de l’accumulation de ce qu’elle apprend. Voilà pourquoi quand un homme est seul, dépouillé de tout, il plonge dans son monde intérieur.

Lu en février 2020

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

6 commentaires sur « « La prière des oiseaux » de Chigozie Obioma »

    1. il est particulier par la présentation qu’a choisie l’auteur mais une fois commencé et intégré les notions de chi, on a du mal à le lâcher…
      je l’ai choisi après avoir vu passer beaucoup de critiques positives 🙂

      J'aime

    1. Idem pour moi, je découvre peut à peu et celui-ci a un côté envoûtant qui m’a plu, mais il faut bien intégré la notion de Chi , de réincarnation et l’auteur propose un tableau à la fin (!) qui est illisible en version e-book c’est dommage 🙂

      J'aime

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