Publié dans Littérature française, Société

« Les Magnolias » de Florent Oiseau

Je vous parle aujourd’hui d’un livre particulier, que j’ai choisi après avoir lu plusieurs critiques sympathiques à son sujet :

 

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

– Caramel

– Pompon

– Cachou…

Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…

Dans la lignée de Je vais m’y mettre et de Paris-Venise, Florent Oiseau brosse un nouveau portrait de loser magnifique – une parenthèse en Renault Fuego où valsent sandwichs aux flageolets, secrets de famille et cuites à la vieille prune, pour l’amour d’une grand-mère.

 

 

Ce que j’en pense :

 

Alain se rend chaque dimanche, à la maison de retraite, au nom poétique « Les Magnolias », voir sa grand-mère. C’est un peu une obligation, car il se culpabilise, rien qu’à l’idée de ne pas y aller. Il en veut un peu, au passage, à ses parents qui n’y vont qu’une fois par an car ils sont trop occupés par leur travail.

Son oncle Michel s’y rend régulièrement, mais il n’a pas de bonnes relations avec elle. Il lui en veut pour ses incartades, les infidélités à son époux qui, selon lui, en serait mort de chagrin.

Michel est un homme dépressif, on ne sait pas trop ce qu’il fait dans la vie, à part une tendance à noyer son chagrin dans l’eau de vie.

Alain est acteur ; en fait il n’a tourné qu’une seule fois et joué le rôle d’un cadavre ! son agent auto-proclamé Rico, lui chercher toujours « le rôle de sa vie »… il trompe sa solitude en cherchant des noms de poneys, tellement défavorisés par rapport aux chevaux (une claque au passage aux discriminations ambiantes).

La vieille dame semble s’être habituée aux « Magnolias » malgré le personnel revêche, les repas ternes, le quatre-quart sec et l’éternel jus de pomme du goûter, qu’ils partagent,  avec complicité, mais elle est sourde, et son petit-fils doit lui parler à l’oreille et les discussions sont limitées. Et, un jour, lors d’une visite d’Alain, après lui avoir dit qu’il l’aimait, elle lui demande de l’aider à mourir.

La grand-mère possède une maison en Dordogne, où Alain passait toutes ses vacances quand il était enfant. Elle y a vécu longtemps, jusqu’au jour où elle a fait une mauvaise chute et la famille a décidé que la maison de retraite s’imposait.

Alain se rend régulièrement dans cette maison familiale, et un jour, alors qu’il était allé s’y réfugier, pour réfléchir à la demande de la vieille dame, il trouve un carnet : le journal tenu par Michel et commence à le lire, ce qui ne lui plaît pas du tout. Finalement, ce n’est pas une si mauvaise idée car tous les deux finissent par se retrouver en Dordogne et Michel raconte sa mère. Alain se rend compte que celle-ci a eu une vie beaucoup moins sage et lisse qu’il ne le pensait.

En fait, je m’attendais à une réflexion sur ce qu’Alain appelle les mouroirs, ou sur l’euthanasie, alors qu’en fait Florent Oiseau nous trace le portrait d’un « loser magnifique », avec Alain, acteur raté, qui circule au volant de sa « Fuego orange », voiture des années 80,  qui en jette, lui donne un peu de lumière lui qui est toujours dans la grisaille.

Il découvre que les vieux n’ont pas toujours été vieux, et qu’ils sont le miroir de ce que nous serons tous un jour. Il s’aperçoit que sa grand-mère était une femme, pas simplement une dame âgée qui n’a plus toute sa tête et avait vécu sa vie de femme de manière assez libre pour son époque, qu’elle avait aimé, mais aussi qu’elle avait été aimée, moins enfermée dans son couple que peuvent l’être certains couples actuels.

L’auteur réussit à nous faire rire sur un sujet qui n’est pas drôle, sur ces hommes qui sont des losers, mais qui survivent quand même, à une époque où le travail est le modèle dans lequel se reconnaît la société actuelle. Michel qui traîne sa dépression et son ennui, Rico l’exubérant qui trouve toujours des « plans » pour s’en sortir, mais dans la bonne humeur.

Une scène d’anthologie : la cuite mémorable que se prennent Michel et Alain, l’alcool  libérant la parole…

Un roman sympathique, qui se sirote comme un bon vin, tout en montrant bien la société égoïste, égocentrique dans laquelle on évolue.

Un grand merci à NetGalley, et aux éditions Allary qui m’ont permis de découvrir ce livre, ainsi que son auteur.

#LesMagnolias #NetGalleyFrance

❤️ ❤️ ❤️ ❤️

 

Renault-Fuego-

 

 

L’auteur :

 

Florent Oiseau a 29 ans. Son premier roman « Je vais m’y mettre » a été désigné « Livre le plus drôle de l’année » et a reçu le prix Saint-Maur en poche.

« Paris Venise », son deuxième roman, a été finaliste du prix Orange du Livre

 

Extraits :

 

Ma vie n’avait pas été aussi près de basculer depuis une éternité. Depuis trop longtemps, elle était aussi triste qu’une rangée de tables dressées dans un restaurant vide.

 

J’ai réfléchi à l’injustice qui sépare les poneys des chevaux de course, au moment de l’attribution du nom. D’un côté, Pégase de Saphir, de l’autre, Pompon. Comme si la nature ne s’était pas montrée assez injuste sur le plan physique, il fallait que l’homme en rajoute une couche.

 

La télévision n’intéresse personne, ou presque. C’est l’horloge qui lui vole la vedette, l’heure qu’il est, celle qu’il n’est pas, c’est la dernière grande préoccupation des résidents. L’heure et la température extérieure.

 

Ils ne viennent jamais voir ma grand-mère aux Magnolias. Ils disent qu’ils n’ont pas le temps, mais je sais qu’ils seront à l’heure chez le notaire au moment de récupérer sa maison en Dordogne.

 

C’est tombé comme la foudre. En plus doux. C’était la toute première fois qu’on se le disait. On le savait, on se le montrait, mais jamais on ne s’était aventurés à s’en faire part. À en faire part à qui que ce soit, par ailleurs. L’amour se voulait discret ou ne se voulait pas. C’était un domaine qui nous était étranger. Une coquetterie qu’on laissait aux riches, aux habitants des grandes villes, aux gens de la télévision.                             

 

J’ai bu de l’eau et je me suis recouché. Je fixais le plafond et je pensais à ma grand-mère. Elle aussi aimait la foudre. Elle disait que chaque détonation était une admonestation de Dieu et qu’elle était propice à confesser ses mauvaises actions. Dans l’intimité de la nuit et devant les réprimandes du ciel, il fallait reconnaître ses erreurs.

 

Aujourd’hui, j’avais éludé la demande de ma grand-mère et, ce soir, le tonnerre venait me réveiller en plein milieu de la nuit, comme pour me faire culpabiliser et me mettre face à mes responsabilités.

 

Tu sais, on dit souvent que les acteurs ne vivent que par et pour l’image, et que sans elle, ils ne sont rien. C’est la vérité pour la grande majorité des mecs du milieu, mais ce n’est pas ton cas. Tu peux jouer dans le noir, dans le brouillard. Tu peux même jouer hors-champ. Ce n’est pas donné à tout le monde.

 

À son époque, on n’aimait pas son conjoint comme on peut l’aimer aujourd’hui. On dormait cinquante années dans le même lit, puis quelques autres sous le même couvercle, sans jamais aborder le sujet de l’amour. De nos jours, les gens font écrire des mots dans le ciel avec des avions, hurlent des chansons, jurent, pleurent pour prouver qu’ils aiment. Mais en fin de compte, ils ne restent jamais ensemble pour de bon.

 

On imagine qu’ils ont toujours été vieux, souffrants, et qu’à l’inverse, nous avons toujours eu l’âge que nous avons. L’immédiateté des choses, cette photographie figée de l’instant présent, c’est ce qui provoque le déni. C’est drôle cette impression que les vieux ont toujours été vieux.

Quand on y réfléchit un peu, de façon honnête, quand on passe du temps dans les maisons de retraite, dans les hôpitaux, alors on comprend qu’on ne plaint pas les vieux, qu’on n’est pas triste pour eux. On est triste pour nous, triste de s’imaginer à leur place un jour ou l’autre. C’est toujours soi qu’on plaint le plus, et de loin.

 

Mais si le patrimoine génétique les pesait, le patrimoine immobilier qui gravitait au-dessus de leurs têtes d’héritiers potentiels aidait bien souvent ces « lointains parents » à relativiser un peu ce calvaire et accepter l’idée de venir se faire violence une fois dans l’année en allant voir tante Huguette, histoire de s’assurer de toujours figurer sur le bout de papier du notaire.

 

Mais il y a une certitude, une chose que j’ai toujours comprise, c’est qu’elle avait été libre tout au long de sa vie et qu’aucune forme d’autorité, maritale, sociétale ou religieuse n’avait pu la faire dériver du chemin qu’elle s’était choisi.

 

Pourtant, derrière les ronds de serviette, sous les gants de toilette, au fond du panier à pain, se cachait une autre histoire, une autre réalité. La face plus sombre d’une femme que la simplicité apparente ne suffisait pas à résumer.

 

Un cœur, mais aussi un corps. Une mère, une amante, une paysanne, une épouse, une grand-mère, une sœur. Un pilier, un rempart, un souffle, une confidente. Une femme. Une femme incroyable.

 

Lu en janvier 2020

 

 

 

 

 

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

16 commentaires sur « « Les Magnolias » de Florent Oiseau »

    1. longue hésitation pour moi car au départ je pensais lire un témoignage sur une maison de retraite, et tout ce qui tourne autour de la vieillesse. (moi, j’utilise le terme « vieillerie, à mon âge on peut tout se permettre!)
      j’ai dû me résoudre à placer ma mère en EHPAD in y a un an, elle est restée chez elle, jusqu’à plus de 92 ans, j’avais mis en place des aides à domicile mais nombreuses chutes… Culpabilité bien-sûr, mais j’ai attendu d’avoir l’établissement que je voulais et tout se passe bien
      on n’est pas du tout dans le registre du roman…

      Aimé par 1 personne

  1. Merci pour cette chronique un peu différente de celle que j’ai déjà lu sur ce livre. Ce portrait de loser me séduit mais , à la fois, je crains cet univers de maison de retraite qui est une peur très forte depuis que j’avance en âge 😉. Alors, non, je ne lirai pas même si ta chronique me fait regretter mon choix …

    Aimé par 1 personne

    1. mêmes hésitations car dans 2 mois je change de dizaine donc en plein dans le problème! et en plus j’ai dû prendre la décision de placer ma mère car le maintien à domicile devenait dangereux malgré les aides… Elle est restée dans son appartement jusqu’à 92 ans
      j’ai attendu car je savais l’EHPAD que je voulais et tout se passe bien on est loin des conditions du roman..
      de toute manière dans le livre la maison de retraite sert de base de réflexion sur la famille , donc ce n’est pas sordide 🙂

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    1. il se lit facilement, les personnages sont un peu « branques  » donc on sourit, et c’est plutôt une réflexion sur les liens familiaux … Alain et sa fuego est un loser auquel on s’attache 🙂 il n’y a pas de tristesse 🙂

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