Publié dans Littérature française

« L’expérience de la pluie » de Clélie Avit

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi sur NetGalley pour son thème : l’autisme, avec:

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

Un roman grand public de qualité, aux personnages attachants, fragiles, qui nous ressemblent.

Camille et Arthur vivent dans une bulle. Pourquoi cette mère et son fils de 6 ans vivent-ils seuls, dans cette bulle ouatée en évitant tout contact et interaction avec le monde qui les entoure ? Tous les deux atteints du syndrome d’Asperger, leur quotidien est rythmé par un emploi du temps très précis et chaque contact physique, s’il n’est pas anticipé et prévu est une souffrance, parfois à la limite du supportable. Aurélien entre dans leur vie par hasard et fera peu à peu tomber les murs qu’elle a érigés autour d’eux.

 

 

Ce que j’en pense

 

Ce roman nous permet de faire la connaissance de Camille, atteinte du syndrome d’Asperger, tout comme son fils, Arthur, et de leur quotidien : comment réagir dans les situations quotidiennes alors qu’on est enfermé dans une bulle, où les contacts avec les autres sont difficiles, qu’il s’agisse simplement de tenter de se toucher du fait de l’hypersensibilité qui oblige à garder un espace entre les peaux…

« Il tend la main, paume offerte. Je place la mienne au-dessus à quelques millimètres. Ce geste, je l’avais inventé quelques heures après sa naissance, sans savoir qu’il était déjà si indispensable. »

Comment réagir aussi quand les factures arrivent et qu’on ne peut pas ouvrir les enveloppes, ou quand le contrôleur impose des rendez-vous alors que même écouter le répondeur, entendre sa voix est source d’anxiété.

Camille et Arthur savent l’un comme l’autre où arrêter un geste pour qu’il n’envahisse pas la bulle, la couleur fétiche des vêtements, notamment les cirés rouges et jaunes ou encore l’épreuve terrible qui consiste à prendre une simple douche. La nudité n’est pas un problème, mais l’eau qui s’écoule du robinet est un défi colossal.

Aurélien arrive à entrer peu à peu dans cette bulle, avec moult précautions certes, mais il a l’habitude, Lucile, la fille d’Éloïse, la personne qui l’a élevé à la suite d’un drame familial n’est pas simple non plus. Rien n’est simple autour d’Aurélien non plus… car Éloïse perd la mémoire et tente de s’isoler volontairement.

Le titre est une invitation au voyage : Camille progresse dans sa manière de « s’adapter » au monde qui l’entoure par ce qu’elle appelle des expériences. Ici, il va s’agir pour Arthur de laisser la pluie mouiller son corps, établissant un contact… Enfant elle avait noté ses expériences dans un lexique.

Ce qui m’a perturbée un peu, c’est la capacité d’Aurélien à trouver le chemin pour établir un contact vrai, sincère avec Arthur comme avec Camille : soit il est très doué, soit il a été sensibilisé à ce syndrome auparavant, quoi qu’il en soit, c’est un personnage attachant, plein d’empathie, tant vis-à-vis de Camille et Arthur que dans son attitude envers Éloïse ou Lucile….

J’ai un ressenti bizarre en refermant ce livre que j’ai trouvé plein de poésie, une belle histoire certes, très lumineuse,  mais un peu trop « romance » à mon goût. Je retiens la solitude de Camille, incomprise par ses parents qui ont baissé les bras, voulant souvent passer en force.

Je ne sais pas si cette approche du syndrome d’Asperger reflète vraiment le vécu des personnes qui en sont atteintes ou si on est dans les Bisounours. On sait comment est la prise en charge des troubles du spectre de l’autisme en France…

Je remercie vivement NetGalley et les éditions Plon qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LexpérienceDeLaPluie #NetGalleyFrance

 

 

L’auteur

 

Clélie Avit est née en 1986 en Auvergne. Elle a remporté en 2015 le prix Nouveau Talent avec son premier roman « Je suis là », aux Éditions JC Lattès, qui a rencontré un très large succès en France – avec plus de 60 000 lecteurs conquis – et à l’international, avec 24 traductions étrangères, dont en Angleterre et aux États-Unis. Elle est également l’auteur d’une saga fantastique Young-adult, « Les Messagers des Vents ».

 

 

Extraits

 

J’ai toujours été impressionné par l’espace que prenaient les souvenirs, si grands alors qu’ils sont faits de la chose la plus insaisissable au monde.

 

A force de trop chercher ses yeux, j’en perds son corps. Arthur s’accroupit et se glisse entre mes jambes, son pull frottant à peine le tissu de mon pantalon. Ce jeu, nous l’avons pratiqué des dizaines de fois, pour apprendre. Pour moi, c’était facile, j’ai eu trente ans de plus que lui pour me faire à l’hypersensibilité.

 

Garder le téléphone en main est aussi désagréable que de me frotter la paume avec une pierre ponce, d’où ma tendance à ne pas répondre.

 

Réflexe humain, nos doigts s’agrippent. Réflexe de notre univers, nous les déplaçons aussitôt.

 

Enfant, j’ai vite compris qu’il existerait toujours deux versions de chaque chose : la mienne et celle des autres. Pour tous, le bonheur est un sentiment. Pour Arthur et moi, une sensation.

 

Je n’avais croisé cette femme et son fils que deux fois et, pourtant, j’ai eu la sensation de m’immerger dans leur monde tout en étant maintenu à distance par une force impalpable. Ils étaient entiers et vides à la fois, dévoilant tout et rien.

 

Vous vouliez une recette pour me décortiquer alors qu’il fallait d’abord apprendre à me lire.

 

Comme les gens qui expérimentent le goût du chocolat, nous, nous expérimentons les contacts.

 

Le meilleur moyen pour un autiste d’oublier un évènement : faire comme s’il n’avait jamais eu lieu. Si c’était une caractéristique de notre genre, il y aurait une incroyable quantité d’autistes sur la planète. Ma définition refait surface : « Autistes : ceux que les autres ne comprennent pas, alors que nous comprenons les autres ».

 

On aime quelqu’un parce qu’il existe, pas parce qu’il nous permet d’exister.

 

Cette nuit, j’ai fait l’amour, sans toucher celui que mon corps désire, que mon âme aime, et que ma peau repousse. C’était mon expérience et il s’en est forgé une. Notre expérience de l’amour.

 

Depuis des années, je parle d’aller vers les autres. Jamais, je n’avais songé à les laisser venir à moi. Mais laisser l’initiative au monde extérieur, c’est se rendre vulnérable.

 

 

Lu en avril 2019

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

4 commentaires sur « « L’expérience de la pluie » de Clélie Avit »

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