Publié dans 19e siècle, Littérature française

« Mémoires de deux jeunes mariées » : Honoré de Balzac

Je renoue aujourd’hui avec mon auteur préféré : reconnaissez que mes délires balzaciens commençaient à vous manquer !!

mémoires de deux jeunes marièes de Balzac 

Résumé de l’éditeur

Elles sont deux, Renée et Louise, qui, à peine sorties du couvent, vont suivre des destinées contraires. Faut-il mettre de la passion dans le mariage ? Ou y chercher un bonheur raisonnable ? Derrière cette « dispute », menée par correspondance, une lutte sourde oppose deux ambitions : Renée, la sage, n’exige pas moins de la vie que Louise la folle. Débat sur le mariage, les « Mémoires de deux jeunes mariées » sont aussi l’histoire d’une rivalité.

Et si la sagesse finit par triompher du « romanesque », il ne faut peut-être pas trop se fier au dénouement : « J’aimerais mieux être tué par Louise que de vivre longtemps avec Renée », disait Balzac.

Ce que j’en pense

Balzac a choisi le genre épistolaire pour nous présenter le mariage sous plusieurs formes. Louise et Renée se sont connues au couvent, et une fois rendues à la liberté, elles continuent à correspondre alors que leurs vies ont pris des tournures différentes.

Tout semble les opposer, le physique, le statut social, à tel point qu’on à parfois l’impression d’avoir deux aspects d’une même personnalité, tant le lien qui les unit est particulier…

D’un côté Louise, blonde, fille de la noblesse (un Duc parmi les ancêtres, exilé, mis à mal sous Napoléon, avec un retour en grâce sous Louis XVIII), un héritage que la famille la contraint à abandonner au profit d’un frère. Elle épouse, sans dot donc, un noble espagnol devenu apatride, son frère ayant hérité du titre et de la fiancée, devenant ainsi Louise de Macumer.

L’autre, brune, épouse un homme plus âgé qu’elle, dont la vie a été difficile, sa famille l’a cru mort au combat et part vivre avec lui en Provence, devenant Renée de l’Estorade.

Balzac nous raconte ainsi deux mariages aussi différents que le sont ces deux héroïnes : Louise s’est mariée par amour, Renée a fait un mariage de raison, d’où une réflexion sur l’amour passion par rapport à l’amour raison qui se construit peu à peu.

On se rend compte que Louise est amoureuse de l’amour : son premier mari est fou d’elle, et amoureuse de son propre reflet, tel Narcisse, elle se laisse adorer, vénérée, s’étourdissant dans la vie parisienne et les fêtes, l’insouciance, jalouse de toute femme qui peut lui faire de l’ombre, prenant un peu des distances épistolaires avec son amie tant leurs milieux diffèrent.

« Ton mariage purement social, et mon mariage qui n’est qu’un amour heureux, sont deux mondes qui ne peuvent pas plus se comprendre que le fini ne peut comprendre l’infini. Tu restes sur la terre, je suis dans le ciel ! Tu es dans la sphère humaine, je suis dans la sphère divine ! »

Avec son deuxième mariage, avec un poète qu’elle emmène loin de tout, dans un paradis terrestre (pour vivre heureux, vivons cachés), ce sera l’inverse, c’est elle qui se consume d’amour.

Renée construit sa vie, s’épanouissant dans son rôle de mère, œuvrant pour que son époux arrive à la députation. Pour elle, il s’agit de devoir conjugal où le plaisir est absent, de dévouement envers la famille.

« Tu peux avoir les illusions de l’amour, toi, chère mignonne ; mais moi, je n’ai plus que les réalités du ménage. »

Balzac nous fournit ainsi une étude approfondie du mariage à travers deux conceptions différentes, voire opposées, sans prendre parti. Il nous donne probablement accès à sa part féminine en même temps qu’il évoque la condition des femmes à son époque. Renée représente-t-elle pour lui la mère idéale qu’il n’a pas eue ?

Bien-sûr, les lettres s’espacent au fil du temps et de la vie de chacun, mais l’auteur nous raconte aussi une belle histoire d’amitié entre Louise et Renée, même si leurs idées divergent de plus en plus, il y a une forme d’entraide : Louise se sert de ses relations pour aider la carrière politique du mari de Renée par exemple. Renée qui tente, elle, de faire prendre conscience à Louise de son égoïsme, son auto-centrisme,  se fait rabrouer.

Certes, ce n’est pas le roman de Balzac que je préfère, mais son analyse du statut de la femme mariée au XIXe siècle m’a plu et il n’y a pas si longtemps que cela qu’une femme peut choisir librement son mari, sans subir des pressions de sa famille et dans certaines cultures les choses ont guère évolué.

 

Extraits

Ma chère, à Paris, il y a de l’héroïsme à aimer les gens qui sont auprès de nous, car nous ne sommes pas souvent avec nous-mêmes. Comme on oublie les absents dans cette ville !

La bravoure, en France, recule devant un feutre rond et faute de courage pendant une journée on y reste ridiculement coiffé pendant toute sa vie.

 

L’amour est certainement une incarnation, et quelles conditions ne faut-il pas pour qu’elle ait lieu ! Nous ne sommes même pas certaines d’être toujours bien d’accord avec nous-mêmes, que sera-ce à deux ? Dieu seul peut résoudre ce problème.

Je ne me sens pas le moindre respect pour quelque homme que ce soit, fût-ce un roi. Je trouve que nous valons mieux que tous les hommes, même les plus illustres. Oh ! comme j’aurais dominé Napoléon ! comme je lui aurais fait sentir, s’il m’eût aimée, qu’il était à ma discrétion !

Sais-tu, mon enfant, quels sont les effets les plus destructifs de la Révolution ? Tu ne t’en douterais jamais. En coupant la tête à Louis XVI, la Révolution a coupé la tête à tous les pères de famille. Il n’y a plus de familles aujourd’hui, il n’y a que des individus. En voulant devenir une nation, les Français ont renoncé à être un empire. En proclamant l’égalité des droits à la succession paternelle, ils ont tué l’esprit de famille, ils ont créé le fisc !

Le mariage propose la vie, tandis que l’amour ne propose que le plaisir ; mais aussi le mariage subsiste quand les plaisirs ont disparu, et donne des intérêts bien plus chers que ceux de l’homme et de la femme qui s’unissent. Aussi, peut-être ne faut-il, pour faire un mariage heureux, que cette amitié qui, en vue de ses douceurs, cède sur beaucoup d’imperfections humaines.

L’amour, comme tous les principes, ne se calcule pas, il est l’infini de notre âme.

La fausseté est aussi nécessaire à la femme que son corset, si par fausseté on entend le silence de celle qui a le courage de se taire, si par fausseté l’on entend le calcul nécessaire de l’avenir. Toute femme mariée apprend à ses dépens les lois sociales qui sont incompatibles en beaucoup de points avec celles de la nature.

Si la tendresse est inépuisable, l’amour ne l’est point.

Une femme qui n’est pas mère est un être incomplet et manqué. Dépêche-toi d’être mère, mon ange ! tu multiplieras ton bonheur actuel par toutes mes voluptés.

Les choses qui ne nous fatiguent point, le silence, le pain, l’air, sont sans reproche parce qu’elles sont sans goût ; tandis que les choses pleines de saveur, en irritant nos désirs, finissent par les lasser.

Oui, la femme est un être faible qui doit, en se mariant, faire un entier sacrifice de sa volonté à l’homme, qui lui doit en retour le sacrifice de son égoïsme.

 

Lu en mai 2017

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7 commentaires sur « « Mémoires de deux jeunes mariées » : Honoré de Balzac »

  1. Je me souviens avoir aimé ce livre, mais cela fait déjà longtemps. Il faudrait que je le relise, j’aime beaucoup Balzac également. Au sujet de ce roman, un lecteur a laissé un message sur mon blog en disant plus ou moins qu’Elena Ferrante n’avait fait que réécrire dans sa saga, « Les mémoires de deux jeunes mariées ». Ce qui me donne aussi envie de le relire…

    Aimé par 1 personne

    1. c’est possible! je n’ai pas encore lu Elena Ferrante, j’ai peur d’être déçue quand je vois l’engouement qu’elle a suscité.
      en tout cas j’ai beaucoup apprécié ce roman tellement bien écrit…

      J'aime

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