Publié dans Littérature américaine, Rentrée littéraire

« Sous un ciel écarlate » de Mark Sullivan

Petit détour, aujourd’hui, par la deuxième guerre mondiale, en Italie avec ce livre :

 

 

Résumé de l’éditeur :

 

En 1943, Pino Lella est un jeune Italien comme les autres : il aime la musique, les filles, et ne veut pas entendre parler de la guerre ni des nazis. Mais le temps de l’innocence prend fin lorsque l’appartement familial est détruit par un raid des Alliés sur Milan. Pino entre alors dans la clandestinité en rejoignant un réseau qui aide les Juifs à passer en Suisse. Il y rencontre Anna, jolie veuve de six ans son aînée, dont il tombe follement amoureux.

Mais les parents de Pino l’obligent bientôt à s’enrôler dans l’armée allemande, pensant le mettre ainsi à l’abri. Blessé, il devient à dix-huit ans le chauffeur du bras droit d’Hitler en Italie puis, rapidement, espion pour les Alliés. Dès lors, Pino ne cesse de se révolter face aux horreurs de la guerre et de courir tous les dangers pour l’amour d’Anna.

Basé sur l’histoire véridique d’un héros oublié, ce roman est une ode au courage et à la résilience.

 

Ce que j’en pense

 

Pino (pour Giuseppino) Lella a dix-sept ans, se passionne pour la musique et les intérêts de son âge tout simplement, lorsqu’il est confronté à la guerre : lors d’une sortie au cinéma avec son petit frère, survient un bombardement par les Alliés. Il avait invité à cette sortie une jeune femme rencontrée dans la rue, et qui lui avait tapé dans l’œil (et qui n’est jamais venue).

Les bombardements continuent et un jour, l’appartement de ses parents est détruit. Ces derniers décident de l’envoyer dans un camp de vacances où il est allé tous les étés, plus jeune, ce qui ne lui plaît pas du tout (il se trouve trop vieux pour y aller !). Le prêtre lui impose des promenades, escalades même à un rythme soutenu et finalement il le forme dans le plus grand secret à faire passer la frontière à des Juifs. Situation souvent périlleuse car les brigands considèrent que la montagne leur appartient pour leurs trafics.

Ses parents le font revenir à Milan (il a l’âge de la circonscription, pour être enrôler chez les Allemands) et à son grand dam, le pousse à « collaborer »…  Son oncle et sa tante (Allemande) l’encourage lorsqu’un général allemand, bras droit d’Hitler himself, impressionné par la manière dont il a dépanné sa voiture, l’embauche comme chauffeur. Il va ainsi espionner pour le compte des Alliés les faits et gestes de Leyers, la manière dont il construit la défense pour arrêter la progression des Alliés, utilisant des esclaves qu’il tue à la tâche.

Travail compliqué car il doit se faire passer pour un adepte de la cause hitlerienne, et donc se fait traiter de collabo, car personne ne doit être au courant même ses parents pour ne pas le mettre en danger. Son frère s’engage dans la résistance et le méprise, le traitant de lâche.

J’ai adoré suivre les traces de ce héros « ordinaire », ses hauts le cœur devant les exactions de Leyers, grâce auquel il rencontre le Duce qui est pitoyable, prêt à n’importe quoi pour sauver sa peau et celle de sa Clara.

J’ai lu beaucoup de livres, romans, témoignages, et autres sur la deuxième guerre mondiale, mais je connaissais très peu l’histoire de la résistance italienne. Cela se limitait à la fameuse rencontre Mussolini Hitler où sciemment tout est organisé pour que le train s’arrête toujours à côté du tapis rouge, Hitler trônant sur le marchepied pour mieux asseoir sa domination, ou encore la mort du Duce pendu la tête en bas avec Clara…

Le propos n’est jamais triste, car une histoire d’amour se tisse entre Anna, (la jeune fille qu’il avait invitée au début) qui s’avère être la femme de chambre de la maîtresse de Leyers.

Mark Sullivan nous livre aussi des pages superbes consacrées à Puccini, « Nessun dorma » extrait du 3e acte de Turandot, et notamment le concert improvisé sur la colline avec le père de Pino au violon et Beltramini, le père de Carletto, son ami d’enfance, en ténor.

Mark Sullivan s’est livré à un travail de fourmi pour reconstituer la vie de ce jeune Italien, véritable héros de la deuxième guerre mondiale, engagé dans la lutte contre les nazis et le fascisme à l’âge de dix-sept ans et qui serait resté un héros très discret voire totalement inconnu, s’il n’était pas tombé sur cette histoire par hasard alors que son roman avait fait un flop…

Il a partagé la vie de cet homme qui ne s’est jamais considéré comme un héros et se prétend lâche ! son enquête a été difficile car dit-il : « je me suis heurté à une sorte d’amnésie collective concernant l’Italie et les Italiens d’après-guerre »

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a donné l’immense envie de  Pino.. comme toujours, quand j’ai un coup de cœur pour un roman, j’ai du mal à rédiger ma chronique…

Un grand merci à NetGalley et à Amazon Publishing France qui m’ont permis de découvrir cette pépite.

#SousUnCielécarlate #NetGalleyFrance

coeur-rouge-

 

L’auteur

 

Mark Sullivan a publié dix-huit romans, dont le best-seller « Private series », co-écrit avec James Patterson. Il a obtenu de nombreux prix, notamment le Fresh Talent Award de WHSmith, et son œuvre a été couronnée par le New York Times et le Los Angeles Times.

Il a grandi dans le Massachusetts et est titulaire d’une licence d’anglais. D’abord engagé en tant que bénévole dans le Peace Corps au Niger, il a ensuite repris des études pour devenir journaliste d’investigation. Skieur émérite et aventurier impénitent, il vit avec son épouse à Bozeman, dans le Montana, où il considère chaque instant de la vie comme un miracle.

 

Extraits

 

Le cardinal Schuster était une personnalité influente à Milan. En sa qualité de chef catholique de l’Italie du Nord, et parce qu’il avait l’oreille du pape Pie XII, il faisait souvent la une des journaux. Pino fut frappé par l’expression de son visage : ses traits souriants respiraient la bonté, mais ses yeux exprimaient la menace de la damnation.

 

Milan fut la cible de l’aviation alliée pratiquement chaque nuit durant les mois de juin et juillet 1943. Les immeubles s’écroulaient les uns après les autres dans un tourbillon de poussière. Elle stagnait dans les rues longtemps après le lever du soleil incandescent, qui répandait une chaleur impitoyable, comme pour ajouter à la détresse de ces premières semaines de désolation.

 

Il avait de la chance. Pour la première fois de sa vie, il prit conscience que tout pouvait basculer en un clin d’œil. Et il ne cessait de se demander si Anna était sauve.

 

Ces paroles que Pino avait entendues des centaines de fois, l’émouvaient toujours autant. Il se sentait tout petit et insignifiant en remerciant Dieu d’avoir survécu aux bombardements, sans oublier sa rencontre avec Alberto Ascari et son retour à la Casa Alpina…

 

Le cardinal l’avait informé que, suite au massacre de Meina,les nazis avaient rançonné les Juifs parqués dans le ghetto de Rome et leur avaient promis la sécurité en échange de cinquante kilos d’or à fournir dans les trente-six heures. Les Juifs s’étaient procuré le précieux métal dans leurs propres réserves et auprès d’un certain nombre de catholiques. Mais, une fois ce trésor livré, les Allemands avaient mis à sac plusieurs locaux de la communauté juive, puis trouvé la liste des noms et adresses des Juifs romains…

 

Le Saint-Père et le Vatican sont cernés par les tanks et les SS, Pino. Ce serait un suicide sut le pape faisait une pareille déclaration maintenant    et cela entraînerait l’invasion, voire la destruction de la cité du Vatican. Il a mis ses cardinaux dans le secret. Par ce biais, il a donné aux catholiques d’Italie l’ordre implicite d’ouvrir leur porte à quiconque aurait besoin d’un refuge pour échapper aux nazis. Nous devons cacher les Juifs et le sauver dans la mesure de nos moyens.   

 

Même si sa mission avait été insignifiante, il savait qu’il avait fait son devoir, qu’il s’était défendu, il avait couru un risque et cela lui procurait une sorte d’euphorie. Il n’allait pas rejoindre les Allemands, mais la Résistance. Il n’y avait rien à rajouter…

 

Tu ne comprends pas, Pino ? Tu es maintenant le chauffeur du général (Leyers). Tu iras partout où il ira. Tu verras tout ce qu’il verra tout ce qu’il verra. Tu entendras tout ce qu’il entendra. Tu seras notre espion à l’intérieur du haut commandement allemand !

 

Leyers paraissait toutefois indifférent à la misère des Italiens. Il cessa même de la rémunérer pour leur contribution à l’effort de guerre allemand. En cas de besoin, il procédait aux réquisitions nécessaires. Aux yeux de Pino, il était retourné à l’état reptilien où il l’avait connu, les premiers temps. Froid, impitoyable, efficace : l’archétype de l’ingénieur déterminé à accomplir la mission dont il était chargé.

 

Lu en septembre 2019

 

CHALLENGE 1% 2019

15 commentaires sur « « Sous un ciel écarlate » de Mark Sullivan »

    1. c’est la 1ere fois que je lis un de ses romans, je ne connaissais pas non plus. Ce sont les commentaires sur NetGalley et le pitch qui m’ont donné envie!
      Pino a vraiment eu une vie intéressante,mais on ne trouve aucun site en français sur sa biographie.
      J’ai noté aussi « Rapsodie italienne » qui m’a l’air assez complet sur cette période 🙂

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  1. Je ne connais pas du tout cet auteur qui pourtant a déjà de nombreux titres à son actif. Ce que tu en dis m’enthousiasme beaucoup. Moi-aussi je me suis mise aujourd’hui à l’heure italienne et j’ai encore beaucoup de choses à apprendre sur ce pays. Merci pour ta chronique et tes extraits toujours bien choisis et qui nous font entrer dans l’ambiance et l’écriture de l’auteur…je le note du coup

    Aimé par 1 personne

    1. idem pour moi, je ne connaissais pas du tout l’auteur, j’ai choisi le livre pour le thème…
      il faut que je me procure « Rapsodie italienne » qui traite le sujet de manière approfondie.
      En tout cas belle pioche, ce jeune homme est fascinant et bien trop modeste 🙂

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    1. Je me suis régalée, cet homme est fascinant et le travail de fourmi de l’auteur est colossal, et passionnant…
      Je vais tenter de me procurer « la rapsodie italienne » pour explorer davantage l’Italie pendant la 2e guerre mondiale car mes connaissances sont un peu justes… 🙂

      Aimé par 1 personne

  2. Je viens de le terminer. En lisant le travail de fourmi qu’à exécuté l’auteur, bravo pour l’ecr et merci à cet écrivain que je découvre pour nous raconter les dessous d’un héros modeste et en avoir fait un si beau récit sans oublier les dessous d’une guerre dans ce pays dont je ne connais pas grand chose. Bravo pour le côté historique. Je ne chronique pas et viens de chez Babelio pour venir mettre en cet endroit quelques impressions. Merci pour la chronique très complète.

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