Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Le coeur du pélican » de Cécile Coulon

Je vous parle aujourd’hui d’un autre livre de Cécile Coulon qui m’a vraiment séduite lors de la rencontre littéraire à la médiathèque.

 Le coeur du pélican de Cécile Coulon

Quatrième de couverture

Adolescent prodige du huit cents mètres, Anthime n’a jamais couru pour le plaisir. Avant sa blessure, gagner était son unique objectif. Seul comptait le prestige attaché à son surnom : le Pélican. Désormais, plus rien ne guide son existence. Il a enfoui sa colère dans la médiocrité d’un lotissement anonyme. Malgré les années écoulées, son corps d’athlète attend patiemment l’heure de la revanche.

« Je me suis arraché le cœur et j’ai rempli le trou de terre, de larmes et de colère. »

Ce que j’en pense

Cette fois encore, les personnages sont très fouillés, dans tous les détails, avec leurs qualités et leurs défauts qui les rendent attachants ou repoussoir.

Deux mondes s’opposent, s’entremêlent : la vie monotone monochrome dans un lotissement ordinaire, avec ses barbecues, ses apéros de bienvenue pour tenter d’intégrer les derniers arrivés, mais deux mondes s’opposent en fait : ceux qui sont natifs du village, ont pignon sur rue, connaissent tout le monde et les nouveaux arrivants que l’on observe à la loupe.

Pour Anthime, il faut s’imposer dès le premier contact pour pouvoir passer une année scolaire tranquille et ne pas subir de harcèlement, alors il donne le maximum lors du combat, courant plus vite que les autres pour gagner, dans la scène du jeu de quilles.

« Son frère venait de remporter sa première victoire. Il échappait ainsi aux persécutions réservées aux nouveaux arrivés : son exploit ferait le tour du collège avant qu’il n’y mette les pieds. Anthime était sauvé. » P 30

Il court vite, toujours plus vite, et se fait remarquer lors du fameux cross opposant des collèges différents, par un entraîneur, dont les rêves de médailles ont sombré. Dès lors, son quotidien va changer, sport intensif, entraînement pour arriver aux championnats du huit cents mètres.

Ce qui compte pour lui, ce n’est pas le plaisir de courir, c’est gagner à tout prix, seule la victoire est belle. L’équipe de son collège arbore un maillot avec un pélican qui deviendra le surnom d’Anthime.

Mais, le jour J, il se blesse et tout s’écroule. Le Pélican git en larmes sur le sol, son ego en prend un coup et il entre dans une deuxième vie qu’il subit : mariage, enfants, obésité, jusqu’au jour où une réflexion sur son poids le blesse et l’oblige à réagir…

On assiste alors à une reprise en mains : Anthime se remet au sport, s’acharne sur son vélo d’appartement, en cachette et se lance dans un nouveau défi que je vous laisse découvrir…

Bien-sûr, ce roman parle de la chute d’une idole, du passage de l’admiration des autres à l’anonymat, loin des projecteurs, mais il va beaucoup plus loin, posant des questions sur le sens de la vie…

Que désirait-il vraiment ? Pourquoi ses parents n’ont-ils pas exprimé de réserves, surtout quand l’entraîneur, qui ne court qu’après l’alcool et cherche une revanche, le fait participer aux sélections alors qu’il n’est pas assez prêt ? Peut-on réussir sa vie quand l’ambition dévorante l’emporte sur la passion, sur le plaisir à pratiquer un sport ?

Cécile Coulon décrit très bien cette période de l’adolescence, surtout quand on est différent par rapport aux autres, le rapport presque fusionnel entre Anthime et sa sœur Héléna, chacun protégeant l’autre à sa façon, et le fonctionnement de cette famille où la communication est très limitée, de même que les affects. Ils cohabitent.

Deux autres filles gravitent autour d’Anthime : Béatrice, son premier amour, à qui il s’était promis de déclarer sa flamme s’il gagnait ces sélections, et de Joanna, la voisine d’en face, qui l’espionne et tisse sa toile autour de lui.

J’aime beaucoup la façon dont l’auteure nous interpelle, s’adresse directement à nous, sous implique. Même si le thème m’a moins passionnée que « Trois saisons d’orage », j’ai ressenti la même avidité d’en découvrir plus dans l’évolution du héros, sa recherche d’identité, tant Cécile Coulon sait bien tenir le lecteur en haleine, et ici, c’est aussi bien au sens propre que figuré.

Extraits

Les tragédies familiales semblent toujours insignifiantes quand elles se jouent sur une autre scène que la vôtre. P 11

Les parents de Joanna étaient nés ici, leurs familles faisaient partie des seigneurs du village, insupportables fins de race accrochées à leurs terres telles des montagnes humaines qu’aucune érosion ne peut altérer. P 19

Il était seul. Le goût de la victoire circulait dans sa bouche, bourdonnait dans ses oreilles, infiltrait ses narines et grisait sa pensée. Gagner. Que voulait-il faire de sa vie ? Il voulait gagner. Encore et encore. Jusqu’à vivre dans le vent. P 54

Courir le rendait fort. Gagner le rendait fort. L’adolescence passait sur lui, pluie fine sur des plumes d’oiseau. Elle glissait… Courir lui donnait de bonnes notes à l’école, des amis fidèles, des regards bienveillants. P 59

Le jeune athlète a toujours joué un rôle à part dans l’existence de ses admirateurs. Ce n’est pas tant le talent du sportif qui exacerbe leur désir que la vie qu’ils lui imaginent. Prisonnier de leurs passions frustrées et de leur quotidien, il joue la comédie, présent jusque dans leur chair, et chaque fois qu’il passe la ligne d’arrivée, les spectateurs sentent leur cœur battre la chamade à la place du sien, meurs muscles contractés gonflent comme s’ils avaient couru à sa place. P 81

Assistant social, il continuait à vendre du sourire, de la vie rêvée en maison de lotissement, des paroles réconfortantes. Quoi qu’il arrive, même s’il ne s’en rendait pas compte, il faisait tout pour se retrouver en position de force. Si ses interlocuteurs s’en sortaient, c’était grâce à lui. P 107

Nous avons trois familles. Celle que l’on rêve d’avoir, celle que l’on croit avoir, et celle qu’on a vraiment. Déjà qu’avec une seule rien n’est simple, pas étonnant que ça craque.  P 161

Si on devait faire la liste de tous ceux qui ont raté leur vie et l’on fait payer à leurs mômes, on aurait besoin d’une palanquée de stylos et de cahiers d’école.  Regardez autour de vous ; aucun enfant n’est responsable du manque d’originalité, du manque de courage de ceux qui l’ont élevé. P 161

Le seul adversaire à vaincre, c’était lui-même, cette version diminuée du champion qu’il aurait dû devenir, ce type à la bedaine visible sous la chemise de fonctionnaire, avachi sur sa terrasse. P 205

Lu en mai 2017

Publicités

9 commentaires sur « « Le coeur du pélican » de Cécile Coulon »

    1. c’est son thème de prédilection et elle décrit cela de très belle façon.
      elle a choisi de rester dans la région de Clermont-Ferrand car les grandes villes notamment Paris, ce n’est pas son truc…

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s