Publié dans Littérature islandaise, Polars

« Hiver arctique » : Arnaldur Indridason

Petit détour dans le monde des polars nordiques avec:

Hiver arctique Arnaldur Indridason

 

Quatrième de couverture:

Comment peut-on poignarder un enfant? Au cœur de l’hiver arctique, en Islande, un garçon d’origine thaïlandaise a été retrouvé assassiné. Il avait dix ans. Crime raciste? Le commissaire Erlendur mène l’enquête, s’acharne et s’embourbe. Il ne comprend plus ce peuple dur et égoïste qui s’obstine à survivre dans une nature hostile. L’absurdité du mal ordinaire lui échappe…

Ce que j’en pense:

J’aime bien faire un tour de temps en temps en Islande avec le commissaire Erlendur, avec ici l’hiver rude qui s’installe, les vents qui s’intensifient, le verglas, la neige…

Le meurtre du petit garçon, retrouvé étendu sur le verglas, poignardé, ramène le  souvenir de la mort de son petit frère, alors qu’ils s’étaient perdus dans la tempête, il y a longtemps, mort dont il se sent toujours responsable. Cette enquête s’avère difficile car l’auteur brouille les pistes: acte raciste, acte pédophile, le tout parasité par les étranges coups  de fil qu’ Erlendur reçoit et qu’il attribue à une femme ayant disparu depuis quelques semaines. Y a-t-il un lien?

Arnaldur Indridason parvient, une nouvelle fois, à parler, durant cette enquête des problèmes sociaux de son pays: les mariages mixtes entre des femmes thaïlandaises et des hommes islandais, qu’ils soient par amour ou pour obtenir la nationalité et des répercussions qu’ils peuvent provoquer : rejet par une certaine partie de la population raciste qui a peur que « la race pure » disparaisse un jour à cause du métissage…

Il évoque aussi le problème des enfants: ceux qui s’adaptent, travaillent à l’école comme Elias, comprenant que maitriser la langue est la condition de l’adaptation réussie, et ceux comme son frère Niran arrivé plus âgé et qui, nostalgique de son pays d’origine, veut continuer à parler sa langue et entretenir le culte de sa culture et traîne avec d’autres enfants thaïlandais…

Au passage, quel rôle a pu jouer Niran dans cette tragédie, étant donné qu’il a mystérieusement disparu?

L’auteur évoque aussi l’attitude des enseignants dans l’apprentissage de la langue et l’Histoire du pays d’accueil,  avec un professeur d’Islandais, gloire déchue du sport,  facho, ouvertement raciste, mais chien qui aboie mord-il? …

Arnaldur Indridason nous raconte au passage, des détails sur la vie du commissaire, ses problèmes relationnels avec ses enfants, (il n’a rien d’un super héros et cela me plaît bien) mais aussi de ses collègues: Sigurdur Oli et ses réticences vis-à-vis de l’adoption qui créent des tensions dans son couple, Elinborg qui se culpabilise car elle devrait être au chevet de sa fille malade…

J’ai bien aimé ce polar car il n’y a pas d’hémoglobine au litre, au contraire le récit est   sobre et axé sur la psychologie sociale et ce commissaire Erlendur me plaît beaucoup; de plus, l’auteur nous démontre au passage que racisme et intolérance sont présents dans toutes les sociétés et en plus l’Islande est un pays qui me fascine et que je rêve de visiter…

Extraits

Il alla s’asseoir dans son fauteuil. Il était souvent resté ainsi assis dans le noir à regarder par la grande fenêtre de la salle à manger. Quand il était dans cette position, il ne voyait rien d’autre à sa fenêtre que le ciel infini. Parfois, les étoiles scintillaient dans le calme des nuits d’hiver. Parfois, il regardait la lune qui passait devant sa fenêtre dans toute sa splendeur, froide et inaccessible… P 112

 

… Ce ne fut qu’alors, au moment où il se trouva plongé dans la tranquillité nocturne de sa salle à manger, seul avec lui-même, qu’il comprit combien la découverte du petit garçon au pied de l’immeuble l’avait ébranlé. Erlendur ne pouvait s’empêcher de penser à son propre frère, à la blessure que la mort avait laissée derrière elle et qu’il n’était jamais parvenue à refermer. Depuis cette époque, il avait toujours été rongé par la culpabilité car il lui semblait être responsable du destin de son petit frère. P 113

Un bref article y mentionnait le danger de disparition qui menaçait les Islandais comme race nordique d’ici une centaine d’années à la suite de métissage constant qu’ils subissaient. On y élaborait une stratégie de riposte: on préconisait un arsenal de lois compliquant l’accès à la nationalité, on émettait même l’idée de fermer les frontières à toute immigration… P 216

 

Lu en juin 2017

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Publié dans Littérature américaine, Polars

« Tu me manques » : Harlan Coben

Dans la famille polar, voici un autre genre avec :

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Quatrième de couverture

Kat Donovan est flic à New York. Comme son père, comme son grand-père avant elle, presque comme une malédiction familiale.

Kat est jeune, plutôt mignonne, mais célibataire. Alors, quand la renversante Stacy, sa meilleure amie, l’inscrit sur un site de rencontres, Kat cède, se connecte, surfe… et tombe soudain sur Jeff, son premier amour. Celui qui l’a quittée sans un mot juste après le meurtre de son père, il y a dix-huit ans. Après un premier contact froid, étrange, le doute s’installe. Qui est-il vraiment ?

Au même moment, un adolescent vient lui faire des révélations troublantes. Des révélations qui télescopent les apparences, ébranlent les certitudes et font ressurgir un effroyable passé…

 

Ce que j’en pense

C’est une lecture due au hasard, ce polar traînait sur une étagère, pendant les vacances, et comme je n’avais jamais lu l’auteur…

Cette enquête montre le danger des sites de rencontre avec un pervers, proxénète dont le job est devenu moins lucratif à cause des réseaux sociaux et qui passe à la drague sur un site de rencontre, pour ferrer des gens riches en quête de l’âme sœur. Le plan est donc : enlèvement, séquestration, piratage de données et meurtres.

Parmi les personnages, on trouve un ado féru d’informatique dont la mère a disparu alors qu’elle venait de rencontrer l’homme de sa vie et qui tente d’attirer l’attention de la police qui ne le prend pas au sérieux d’où la rencontre avec une femme flic Kat.

Kat dont le père a été tué dans des conditions douteuses : le meurtre a été avoué par un mafieux emprisonné à vie dont la mort d’un cancer la pousse à reprendre l’enquête car il y a trop de zones d’ombres.

Son amie, qui l’a inscrite sur le site de rencontre : « JustMyType.com » car Kat n’a pas fait le deuil de son amour de jeunesse Jeff qui l’a quitté brusquement et a disparu des écrans radars.

Quand on voit comment on peut utiliser des comptes Facefook qui ont été stoppés ou des sites internet où l’on ne publie plus rien pour usurper des identités, cela me rend encore plus parano…

Harlan Coben multiplie les récits, les histoires s’entremêlent plutôt bien, ce qui fait de polar une lecture agréable qu’on n’a pas envie de lâcher car le suspense est bien entretenu mais je suis un peu déçue, je m’attendais à mieux de la part de l’auteur qui semble avoir un fan club enthousiaste…  J’en lirai peut-être un autre pour ne pas avoir de regrets…

 

Extraits

La vérité n’avait rien à voir là-dedans. Plutôt que de se montrer tel qu’on était, on décrivait celui qu’on croyait être ou qu’une éventuelle partenaire pourrait imaginer qu’on soit. Plus vraisemblablement, ces profils reflétaient ce qu’on avait envie d’être. P 19

Titus en avait eu assez du milieu de la prostitution. Ce monde devenait dangereux, rempli d’écueils mais aussi source d’ennui. Dès qu’on réussissait quelque part, le moindre abruti aux penchants ultra-violents voulait sa part du gâteau. La mafia débarquait les fainéants voyaient ça comme de l’argent facile : on abuse d’une fille désespérée, on la met sur le trottoir, on ramasse les gains. Internet qui avait réduit tant d’intermédiaires au chômage, avait également rogner sur le rôle des proxénètes, les putes proposaient maintenant leurs services en ligne et les petits macs se faisaient avaler par les gros « consolidateurs  » (sic) comme les quincailleries de papa par une grande chaîne de bricolage. La prostitution n’était plus un business rentable, les risques l’emportaient sur les bénéfices. P 275

L’amour rend aveugle certes, mais moins que le désir d’être aimé. P 373

 

Lu en février 2017

Publié dans Polars

« Mort à la Fenice » de Donna LEON

 

Je vous parle aujourd’hui d’une lecture de vacances avec ce polar

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Quatrième de couverture

Fin d’entracte à la Fenice. Les minutes passent, le silence devient pesant. Le directeur du théâtre a du mal à maîtriser sa voix : « Y-a-t-il u médecin dans la salle ? » Le maestro a été assassiné en pleine représentation. Aussitôt dépêché sur les lieux, le commissaire Brunetti conclut rapidement à un empoisonnement au cyanure. Dans les coulisses de l’opéra, il découvre l’envers du décor.

Ce que j’en pense

Ce polar m’a permis de faire enfin la connaissance du commissaire Brunetti, tout en parcourant dans ses pas les rues et les canaux de Venise, les coulisses de l’opéra et son atmosphère.

L’auteure décrit très bien la magie de Venise, et aborde de belle manière le milieu de la musique, avec Wellauer, ce chef d’orchestre considéré comme le génie de son époque et qui s’avère être pervers narcissique, dans les grandes largeurs, homophobe, ancien nazi.

On fait la connaissance des autres personnages : la cantatrice, la femme du chef bien plus jeune que lui, le metteur en scène…

J’ai bien aimé Brunetti, ce commissaire normal (comme dirait un certain président) pas un homme déjanté comme dans certains polars, marié à une fille de comte richissime qui peut lui ouvrir certaines portes, ses enfants ados… bref, il a les problèmes de tout le monde ce qui le rend attachant , il progresse de façon rigoureuse dans son enquête et se sert de « ses petites cellules grises » comme dirait Hercule Poirot.

Je n’ai pas été happé par le suspens (qui est très relatif) mais l’histoire m’a plu ainsi que le côté secret de chaque personnage et l’importance des ragots dans la Sérénissime.

Extraits

Comment se faisait-il qu’ils devinaient toujours ce que vous alliez leur annoncer ? Était-ce le ton, ou bien une sorte d’instinct animal qui leur faisait entendre « mort » dans la voix qui leur apportait la nouvelle ?

Jadis capitale des plaisirs de tout un continent, Venise n’était plus qu’une ville de province somnolente plongée dans un quasi-coma après neuf ou dix heures du soir. Pendant les mois d’été, elle pouvait s’imaginer revenue au temps de sa splendeur galante, tant que les touristes payaient et que le beau temps se prolongeait ; mais, en hiver, elle n’était plus qu’une vieille mémère fatiguée, seulement désireuse de se couler de bonne heure sous sa couette et de laisser ses rues désertées aux chats et au passé.

Ces heures étaient cependant celles où Venise était la plus séduisante, pour Brunetti, les heures où lui, pur Vénitien, sentait le plus vivement la présence de son ancienne gloire. L’obscurité de la nuit dissimulait la mousse qui envahissait les marches des palais, le long du grand canal, faisait disparaître les fissures des églises et les plaques d’enduit manquantes aux façades des bâtiments publics.  Comme beaucoup de femmes d’un certain âge, la ville avait besoin de cet éclairage trompeur pour donner l’illusion de sa beauté évanouie. P 41

Et comment se faisait-il que lorsque régnait l’affection, on comprenait tout de ses enfants, et plus rien dès qu’ils étaient en colère ? P 203

Lu en février 2017

Publié dans Polars

« l’homme du lac »: Arnaldur Indridason

Pour changer, je vous parle aujourd’hui d’un polar, dévoré l’espace d’un week-end, petite pause de récupération entre deux autres romans :

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Quatrième de couverture

Il dormait au fond d’un lac depuis soixante ans. Il aura fallu un tremblement de terre pour que l’eau se retire et dévoile son squelette, lesté par un émetteur radio recouvert d’inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacés. Qui est donc l’homme du lac ? L’enquête révélera au commissaire Erlendur le destin tragique d’étudiants islandais confrontés aux rouages implacables de la Stasi.

« L’enquête policière n’est chez Indridason qu’un prétexte à une réflexion souvent féroce sur la société islandaise, ses dérives et ses travers. » Le Magazine littéraire

 

Ce que j’en pense

J’ai passé un bon moment avec l’inspecteur Erlendur, héros fatigué, toujours empêtré dans ses problèmes familiaux, son équipe dans une enquête qui, en elle-même est plutôt lente mais intéressante.

Un lac qui se vide à la suite d’un tremblement de terre laissant apparaître un squelette relié à un appareil de transmission datant de l’époque soviétique, des personnes portées disparues sans que les enquêtes de l’époque aient été vraiment approfondies… on concluait facilement au suicide dans ce pays où les journées s’étirent indéfiniment en été…

Indridason utilise l’enquête pour régler ses comptes avec le passé de l’Islande, notamment les méthodes d’espionnage mises en place par l’ex RDA : on attribuait des bourses à des étudiants islandais appartenant au parti communiste et une fois arrivés à Leipzig, on les manipulait pour qu’ils dénoncent les faits et gestes de leurs copains.

En plus des cours, ils étaient obligés, sous peine de sanctions, de travailler dans les champs, les usines ou la restauration de l’Allemagne en ruines, et de participer à toutes les réunions…

Le PC était actif à l’époque, car certains Islandais ne supportaient pas les bases militaires américaines installées sur l’île et tout le monde espionnait tout le monde ou presque d’intelligence avec l’ennemi. C’était l’époque de la guerre froide.

Une belle évocation des méthodes de la Stasi, des pouvoirs de manipulation, du lavage de cerveau et du traitement accordé à ceux qui commençaient à réfléchir par eux-mêmes, voire de révolter, avec une histoire d’amour. C’est ce que j’ai préféré dans ce polar.

Je me souviens de la révolte à Hongrie et l’entrée des chars soviétiques pour la mater : nous étions suspendus aux infos pour tenter de savoir comme la situation évoluait et la chape de plomb qui a mis fin à l’espoir… cela paraît très loin, très abstrait pour les plus jeunes, mais cela a existé et qui sait ce que l’avenir peut apporter…

J’aime beaucoup la manière dont Indridason met en lumière l’Islande : la société, l’histoire du pays à travers ses polars éveillant la curiosité du lecteur, l’envie d’en apprendre davantage.

 

Extraits

Il avait commencé par disserter sur l’adhésion des étudiants aux idéaux tout en rappelant les quatre objectifs des études universitaires : inculquer le marxisme aux étudiants, les rendre socialement actifs, les inciter à prendre part au travail social organisé par les jeunesses communistes et former une classe de gens qui deviendraient ensuite des spécialistes dans leurs domaines respectifs.

Après l’émerveillement initial de leur séjour à Leipzig, quand la réalité leur était apparue, les Islandais avaient discuté de la situation. Tomas s’était fait sa propre conception des choses sur cette société de surveillance, ce qu’on appelait « surveillance réciproque » et qui consistait pour chaque citoyen à observer les autres et à dénoncer les comportements ou les opinions contraires à l’esprit socialiste.

J’ai toujours eu l’impression que la version est-allemande du socialisme n’était qu’une prolongation du nazisme. Certes, les gens vivaient sous la botte soviétique mais j’ai eu très vite le sentiment que le socialisme de là-bas était juste une autre version du nazisme.

 

Lu en février 2017

Publié dans Polars

« La fille du train » de Paula Hawkins

J’ai tellement entendu parler de ce livre que j’ai cédé à la tentation :

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 Quatrième de couverture

 

           Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller et revenir de Londres. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe une jolie maison. Cette maison, elle la connaît par coeur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle aperçoit derrière la vitre : Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte.

          Mais un matin, elle découvre un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

 

Ce que j’en pense :

 

          Je ne ferai pas un long discours, ce livre qui a été encensé par beaucoup de critiques m’a déçue. Il y a de bonnes idées, notamment prendre en toile de fond le train dans lequel Rachel se rend au travail matin et soir, même quand elle a été licenciée ou la manière dont elle imagine la vie des gens qu’elle voit de sa place, dans son ancien quartier.

          De même, raconter l’histoire en s’exprimant, alternativement, au nom des trois femmes qui sont au cœur de l’histoire est une approche intéressante.

          L’intrigue est intéressante mais en voulant entretenir le suspense, l’atmosphère devient vite irrespirable, on se sent coincé dans le train mais aussi dans l’histoire, on ingurgite au passage des litres d’alcool…

          Si l’intrigue policière m’a laissée sur ma faim, par contre, j’ai bien aimé la façon dont l’auteure aborde le problème de la stérilité, ou de l’infertilité, cette sensation de vide que rien ne viendra combler, la façon dont on envie celles qui ont des enfants, la détresse de se promener seule dans un parc conçu pour les familles, et le jugement de la société.

« Soyons francs, encore aujourd’hui la valeur d’une femme se mesure à deux choses : sa beauté ou son rôle de mère. Je ne suis pas belle et je ne peux pas avoir d’enfant, je ne vaux rien. »

          Elle aborde aussi les ravages que cela peut entraîner dans un couple et la dérive vers l’alcoolisme et ses conséquences sociales et affectives, les troubles de la mémoire qui accompagnent les beuveries et que les tentatives de reconstruction de l’héroïne qui sent bien que quelque chose de grave s’est produit.

          Là encore, l’auteure nous enferme dans ce schéma. Elle soulève des pistes intéressantes mais à force de répétitions, je me suis lassée. Je l’ai terminé mais je n’ai jamais éprouvé de sympathie pour les protagonistes…

          Donc avis très mitigé…

 

L’auteur :

 

Paula Hawkins a vécu au Zimbabwe, en France et en Belgique, et réside désormais à Londres. Elle a été journaliste pendant quinze ans avant de se consacrer à la fiction. « La fille du train », son premier roman a été publié dans le monde entier avec succès. Un film en a été tiré.

 

Extraits :

          Quand on est stérile, on n’a jamais le loisir de l’oublier. Pas quand on atteint la trentaine. Mes amis avaient des enfants, des amis d’amis avaient des enfants, j’étais constamment assaillie de grossesses, de naissances, et de fêtes de premier anniversaire. On m’en parlait en permanence.

          … J’étais encore jeune, j’avais encore du temps devant moi, mais l’échec m’a enveloppée comme un linceul, il m’a submergée, m’a entraînée vers les profondeurs et j’ai fini par abandonner tout espoir.

          Il n’a jamais compris comment je pouvais ressentir à ce point le manque de quelque chose que je n’avais jamais eu.

          Je ne crois pas aux âmes sœurs, mais il y entre nous une compréhension comme je n’en ai jamais ressenti par le passé ou, en tout cas, pas depuis longtemps. Elle naît d’un vécu partagé, de deux personnes qui savent ce que c’est de vivre brisé.

 

Lu en décembre 2016

Publié dans Polars

« Les infâmes » de Jax Miller

          Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai gagné, en échange d’une critique, via le site lecteurs.com  que je remercie vivement, car cela a été une sacrée découverte…

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  Quatrième de couverture

          Freedom Oliver, alcoolique et suicidaire, a passé dix-huit ans à se cacher dans une petite ville de l’Oregon, sous protection du FBI. Hantée par son passé douloureux et la mort brutale de son mari, elle souffre d’avoir abandonné ses deux enfants pour échapper à la vengeance de son beau-frère. En apprenant la disparition de sa fille Rebekah, élevée par un pasteur aux croyances radicales, elle part avec l’énergie du désespoir pour le Kentucky.

          Après tant d’années à se cacher, quitter l’anonymat c’est laisser à son bourreau l’occasion de la retrouver. Et de se venger.

           Entre les paumés magnifiques, les flics indélicats, les dégénérés de sa belle-famille et de dangereux fanatiques religieux, son périple tourne à l’odyssée.

 

Ce que j’en pense :

Dès le début, cela commence fort, avec un prologue intense qui commence ainsi :

 Je m’appelle Freedom Oliver et j’ai tué ma fille. C’est surréaliste, et je ne sais pas ce qui me fait le plus l’effet d’un rêve : sa mort ou son existence. Je suis coupable des deux.    

Freedom, écorchée vive,  m’a plu d’emblée, avec son caractère complètement déjanté, (on le serait à moins avec tout ce qui est arrivé dans sa vie), son alcoolisation parfois massive pour oublier, la façon dont elle stocke les médicaments qu’on lui prescrit afin de les ingurgiter de façon massive le jour où elle l’aura décidé.

Sa vie est difficile, vue sa qualité de témoin protégé depuis que son mari, ex-délinquant reconverti en  flic ripou,   a été tué. Elle a bénéficié d’un non-lieu et c’est son beau-frère qui a été condamné, et ses enfants placés. On lui a offert une nouvelle identité : Freedom Oliver.

« Mais qu’est-ce que j’ai foutu ? Comment est-ce que je me suis retrouvée là, bon sang ? Qu’est-ce que j’ai fait de si mal dans la vie pour que Dieu refuse de l’accorder un seul putain de truc bien ? » Je n’en sais rien. J’ai toujours été du genre à avoir beaucoup de question, mais des réponses, jamais.

Le train-train change quand, au moment où le beauf en question est libéré au bout de dix-huit ans de prison, elle apprend la disparition de sa fille Rebekah.

Evidemment, sa belle-famille sous la férule de la mère obèse, folle droguée, alcoolique et ivre de vengeance, se lance à sa poursuite. Parmi ses quatre enfants, tous nés de père différent, seul Peter, jouant les idiots dans son fauteuil roulant pour tromper sa mère, semble à peu près normal. Ce qui donne des scènes quasi surréalistes, mais tellement vraisemblables de cette Amérique profonde.

          Jax Miller nous entraîne dans cette histoire sur un rythme trépidant, et malgré des scènes violentes cocasses, nous dépeint très bien le milieu des sectes avec cette « Eglise des  Adventistes du Troisième Jour » sous la férule de Virgil Paul, qu’on pourrait qualifier de « fou de Dieu », le père adoptif des enfants de Freedom, auquel Dieu rend visite pendant ses rêves pour dicter sa loi,  avec toutes les manipulations mentales, les sévices au nom de Dieu qui peuvent en découler.

Une belle analyse aussi de la souffrance d’une mère à laquelle on a arraché ses enfants et qui traîne une immense culpabilité qu’elle tente d’oublier dans l’alcool, mais qui se réveille brutalement avec cette disparition, tous les coups sont permis quand on n’a plus rien à perdre. Elle cesse de subir.

          Jax Miller alterne le récit du présent, à la première personne, où chaque chapitre commence par la même phrase : « Je m’appelle Freedom et… », avec le récit des événements passés, dans la vie de chacun. On entre ainsi peu à peu dans leur sphère intime et leurs failles

Elle mène cette histoire avec un rythme intense, endiablé, on court avec Freedom derrière les méchants, et on rencontre des personnages hauts en couleurs, caricaturaux. On  suit avec plaisir d’autres personnages, tels le frère de Rebekah, ou le flic chargé de la sécurité de Freedom, ou Peter. L’auteure donne des indices dès les premières pages, mais on les oublie, pris dans l’action et elle dépeint très bien la violence de cette Amérique où les armes circulent comme des bonbons, comme les drogues et l’alcool.

Ce premier roman est une belle  découverte, car on en sort sonné ; ce n’est pas une grosse claque mais une succession de beignes, comme sur un ring (dont on n’a jamais envie de descendre !) écrit dans un langage très imagé.

          Note : 8/10

 

L’auteur :

          Jax Miller est née à New-York, où elle a grandi et vit désormais en Irlande.

          « Les infâmes » est traduit dans treize langues et a reçu le Grand Prix des Lectrices de Elle et le prix Transfuge du meilleur polar étranger.

 

Extraits :

          Ils ne sont pas rares dans le quartier, les hommes adultes à vivre encore chez leur mère. On pourrait mettre ça sur le compte d’une situation économique pourrie, mais ça se résume souvent à des mères castratrices en quête d’allocations logement et (ou) d’hommes paresseux, deux denrées dont on ne manque pas à Mastic Beach.

 

          Je m’appelle Freedom et j’ai du sable dans les veines.  C’est comme ça que je me sens dans mes phases de surexcitation, quand j’ai la tête qui tourne et que je n’arrive pas à l’arrêter. Ili faut s’attendre à des effets secondaires quand on essaie de suivre le mouvement de la Terre qui tourne sur son axe, un point c’est tout.

 

          Les psychotiques font de mauvaises choses parce qu’ils ne peuvent pas s’en empêcher ; ils ne comprennent pas que c’est mal.  Les hommes diaboliques font de mauvaises choses précisément parce qu’ils savent que c’est mal, alors qu’ils pourraient s’en empêcher.

 

          … Un endroit  si arriéré que la recherche de la justice y est devenue une injustice en elle-même… Un endroit où la grâce divine est devenue une arme de répression et d’asservissement manipulée par les hommes en position d’autorité, grosses légumes dans un petit potager qui n’ont rien de mieux à faire que rester chez eux à gonfler leurs egos  et s’astiquer la trique dans leurs délires de grandeur.

 

Lu en décembre 2016

Publié dans BD, Polars

« Le Chat du Rabbin T2 » de Joann Sfar

Aujourd’hui, place au tome 2 de la série « Le Chat du Rabbin »  avec : « le Malka des Lions ».

 

Le Chat du Rabbin T2 de Joann Sfar

 

Résumé de l’éditeur

          Le tome 1 du Chat du Rabbin, la Bar-Mitsva, a été unanimement salué par une critique dithyrambique, conquise par l’intelligence, l’humour et la finesse de cet album. « Le Malka des Lions » ne risque pas de les faire changer d’avis et conforte Joann Sfar dans son statut d’auteur unique.

          Notre gentil Rabbin est convoqué par les autorités françaises pour faire une dictée. En effet, afin de mieux coloniser les juifs d’Algérie, les autorités françaises exigeaient que chaque Rabbin sache parler et écrire le français. Malgré l’aide du chat, le Rabbin va échouer et sera remplacé par un jeune français portant beau le costume.

          A la grande consternation du chat, la jeune Zlabya va tomber amoureuse de ce jeune Rabbin occidentalisé. Quant au Malka des lions, c’est le cousin du Rabbin, dresseur de fauves et grand aventurier. Drôle, émouvant, intelligent, beau et délicieusement ironique, ce deuxième tome du Chat du Rabbin est une vraie réussite.

 

Ce que j’en pense :

          J’ai  retrouvé ce chat famélique avec plaisir pour une deuxième aventure, avec quelques éléments drôles : le Rabbin qui prépare sa dictée en français pour être reconnu par la communauté française, « et pour faire la prière en hébreu à des Juifs qui parlent arabe, ils veulent que tu écrives en français, alors pour moi ce sont des fous » et qui révise son orthographe grâce à notre chat préféré, qui lui fait faire des dictées et qui est même prêt à aller lui souffler lors de l’examen.

          Notre chat veut tellement bien faire qu’il invoque le nom de Dieu, ce qui lui vaut de perdre l’usage de la parole, mais sa pensée reste toujours aussi affûtée.

          Si j’ai bien aimé la légende de Malka, le cousin et de son lion qui arrangent tout sur le passage, un peu  comme Zorro, et les discussions entre le chat du Rabbin et l’âne d’un vieil Arabe qui finissent par se crêper le chignon pour des raisons d’interprétation des textes, alors que leurs maîtres respectifs discutent en arabe littéraire calmement.

          Idem, pour la planche qui nous montre un Musulman et un Juif qui prient Dieu, en regardant chacun dans une direction opposée, je l’ai trouvé un peu plus théorique, mais c’est le but recherché. Au passage, il donne quelques coups de griffes à la colonisation, aux différences avec les discours des plus jeunes, pleins d’arrogance, et à l’intolérance en général.

          Néanmoins, j’ai beaucoup apprécié, à nouveau, la sagesse de ce chat qui dénonce, mine de rien, et avec beaucoup de bon sens, la manière dont  les dogmes peuvent virer à l’absurde parfois, selon l’interprétation qu’on en fait.

          Les dessins sont toujours aussi beaux. Je continue donc l’aventure avec plaisir.

          Note: 8/10

 

Extraits :

          Un serveur nous fait remarquer que l’établissement ne sert ni les Arabes, ni les Juifs.

          Mon maître fait humblement valoir que cela n’est mentionné nulle part. Le serveur nous dit de nous tirer. Mon maître présente ses excuses et nous partons lire le courrier ailleurs.

 

          Ils ne veulent pas me laisser entrer. Ils disent que l’école est interdite aux animaux.

          Et mon maître qui aime tant les livres est en train de louper sa dictée. Il faut un miracle. Je m’en fous si c’est interdit j’invoque le nom de Dieu.

 

le-chat-du-rabbin-t2-Planche1

pour plus de planches voir le beau site: https://monuniversdeslivres.com/2015/11/10/le-chat-du-rabbin-t2-le-malka-des-lions-joann-sfar/

http://www.dargaud.com/bd/Chat-du-Rabbin-Le/Chat-du-Rabbin-Le/Chat-du-Rabbin-Le-tome-2-Malka-des-Lions-Le

 

Lu en novembre  2016