« L’ancien calendrier d’un amour » par Andreï Makine

Aujourd’hui, je vous propose un voyage en Russie, avec ce roman qui traverse un siècle d’Histoire :

Résumé de l’éditeur :

« Qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance. » (Baudelaire)


  Tel serait l’esprit de cette saga lapidaire – un siècle de fureur et de sang que va traverser Valdas Bataeff en affrontant, tout jeune, les événements tragiques de son époque.
Au plus fort de la tempête, il parvient à s’arracher à la cruauté du monde : un amour clandestin dans une parenthèse enchantée, entre l’ancien calendrier de la Russie impériale et la nouvelle chronologie imposée par les « constructeurs de l’avenir radieux ».


Chef-d’œuvre de concision, ce roman sur la trahison, le sacrifice et la rédemption nous fait revivre, à hauteur d’homme, les drames de la grande Histoire : révolutions, conflits mondiaux, déchirements de l’après-guerre. Pourtant, une trame secrète, au-delà des atroces comédies humaines, nous libère de leur emprise et rend infinie la fragile brièveté d’un amour blessé.

Ce que j’en pense :

Octobre 1991, le narrateur se rend dans un cimetière de Nice où sont enterrés des russes blancs ayant fui leur pays au moment de la Révolution. Il rencontre un vieil homme, Valdas Bataeff qui lui raconte son histoire familiale et personnelle.

On retrouve alors Valdas en Crimée, alors qu’il est âgé d’environ treize ans, et passe ses vacances en famille dans une villa l’Alizé, dont l’architecture rappelle les villas de la Riviera, pas loin de la résidence des Romanov et de leur génie malfaisant Raspoutine. La vie s’écoule en douceur, au rythme des pièces de théâtre, de la culture et des arts des nobles de l’époque. Un soir, alors qu’il est sorti et venu errer près du port, il tombe sur Taïa qui fait partie d’un groupe de contrebandiers faisant des trafics de tabac. Premiers émois amoureux…

Mais, la guerre se profile à l’horizon, Valdas s’engage auprès de l’armée du tsar, se fiançant avec Kath-leen alias Katia, amour bien platonique. Une guerre qui devait être rapide, rondement menée, comme l’a vendue Nicolas 2 (ah les ruses de l’Histoire !). En 1917 la révolution fait irruption dans la guerre et la vie devient difficile pour les personnes s’étant engagées pour le tsar.

Avec son style bien à lui, Andreï Makine nous fait revisiter l’histoire de la Russie, de la fuite des Russes blancs, du pouvoir bolchévique, de l’URSS, des purges staliniennes, de la désillusion, jusqu’en 1991 avec la chute de l’empire soviétique (que certains ont du mal à digérer, de nos jours), et en parallèle l’exil de Valdas vers Paris, les tragédies familiales, en traversant la seconde guerre mondiale, l’Occupation…

Je suis assez fidèlement Andreï Makine depuis « Le testament français » et j’ai toujours un immense plaisir à retrouver sa plume, pleine de poésie, de mélancolie qui parle si bien de l’âme slave et ce pays, sa littérature, sa musique, sa langue que j’aime tant. Ce roman m’a vraiment beaucoup plu, il n’a qu’un tout petit défaut : il est un peu court !

J’ai aimé suivre Valdas dans Paris, notamment sur son vélo-taxi, tout autant que dans ses premiers émois amoureux ainsi que la réflexion sur les quelques jours qui séparent le calendrier julien du calendrier grégorien, comme entre parenthèses… et ce sera mon dernier coup de cœur de l’année 2022, mais qu’on se rassure, 2023 va commencer sur un autre coup de cœur, quand j’aurai enfin rattrapé tout mon retard !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouve la plume de son auteur. Un remerciement spécial aux éditions Grasset qui m’ont particulièrement gâtée durant toute cette année!

#Lanciencalendrierdunamour #NetGalleyFrance !

L’auteur :

Andreï Makine, de l’Académie française, auteur sous son nom d’une œuvre considérable maintes fois couronnée (prix Goncourt, prix Goncourt des lycéens, prix Medicis pour Le Testament français en 1995, grand prix RTL-Lire pour La musique d’une vie en 2001, prix Prince Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre en 2005, prix Casanova pour Une femme aimée en 2013, prix mondial Cino Del-Duca pour l’ensemble de son œuvre en 2014), est aussi l’auteur, sous le pseudonyme mystérieux de Gabriel Osmonde, de plusieurs romans.

On lui doit aussi « au-delà des frontières » « L’ami arménien », « L’archipel d’une autre vie » etc …

Extraits :

Cela parait un peu saugrenu, ces particules accolées à des noms russes. Mais… Il s’agissait des exilés qui ne possédaient plus rien et ceux qui avaient un titre de noblesse s’y accrochaient tels des mendiants à leur sébile. D’où ces ajouts – simple rappel de leur vie d’avant la révolution. Un réflexe d’apatrides… 

Cela parait un peu saugrenu, ces particules accolées à des noms russes. Mais… Il s’agissait des exilés qui ne possédaient plus rien et ceux qui avaient un titre de noblesse s’y accrochaient tels des mendiants à leur sébile. D’où ces ajouts – simple rappel de leur vie d’avant la révolution. Un réflexe d’apatrides… 

Au mois d’août 1913, Valdas allait avoir quinze ans et c’est alors que les décors du monde tombèrent…  La Crimée vivait dans une lenteur agréablement provinciale et seuls les jeunes invités des Bataeff apportaient de l’excitation – électrique – le mot devenait alors à la mode. Le père recevait des artistes et des avocats libéraux, ses confrères.

L’Alizé profitait de l’opulence des riches, tandis que la misère poussait le peuple à voler, à tuer ou, au mieux, à travailler dans une gargote où venaient ceux que le père de Valdas appelait les « bas-fonds ».

Sous le regard de la jeune fille, tout demandait à être redécouvert ? Saint-Pétersbourg semblait être conçu pour eux, les deux amoureux aux gestes aussi platoniques que le frôlement des flocons de neige sur les cils. C’est ce que Valdas rimait dans ses vers : leurs longues promenades chastes, la sonorité des syllabes « Kath-leen » (tellement plus stylish que le « Katia » russe, son prénom d’origine) ses yeux « célestes », des perspectives bordées de palais, la saveur d’un vin très doux, dans un café tenu par un Français sur la Nevski.

Il pensait qu’on ne le reprendrait plus à ce jeu où les peuples se massacraient au profit de politiciens va-t’en-guerre et des financiers transmutant le sang en or. C’est la faiblesse de la mémoire humaine qui l’étonnait : vingt ans auparavant, on avait déjà entendu les appels aux sacrifices et observé la même sauvagerie.

Comparé à la précarité de l’après-guerre, le projet se présentait particulièrement tentant ? Les gens recommençaient à croire que là-bas leur vie allait pouvoir se ressouder, tel un os cassé. Valdas était peu attiré par cette ruée vers l’URSS. Il n’avait pas besoin de voyager pour retrouver son « champ des derniers épis ». C’était là, sa véritable patrie intérieure…

Prier pour ceux pour qui personne ne prie allait devenir sa façon de résister à l’oubli.

Lu en décembre 2022

6 réflexions sur “« L’ancien calendrier d’un amour » par Andreï Makine

    1. ce roman est aussi réussi que les précédents bien écrit…
      Il a réussi à me faire oublier que j’avais voulu mettre au pilori mes livres de russe, une langue que j’aime tellement…
      Il parle si bien de l’âme slave 🙂

      J’aime

    1. je suis tombée sous le charme il y a longtemps avec « Le testament français »… Il a une belle écriture et ses romans sont originaux, nous invite dans un autre univers, il parle bien de la Russie de l’âme slave et en ce moment ça fait du bien 🙂

      Aimé par 1 personne

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