« Le lâche » de Jarred McGinnis

J’ai choisi le livre dont je vais vous parler aujourd’hui, attirée par la couverture plutôt sympathique, car NetGalley ne proposait aucun résumé, donc il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité :

Résumé de l’éditeur :

Un terrible accident de voiture, une femme meurt, un homme reste paralysé et un père retrouve son fils. Dix ans après s’être enfui de sa maison, l’adolescent qui fuguait sur les trains de marchandises et qui traversait le pays en stop est maintenant en fauteuil roulant. Son père, aussi aimant qu’écorché, est la seule personne qui viendra sans hésiter le chercher à l’hôpital.


Le Lâche est un premier roman poignant, touchant et plein d’humour sur les retrouvailles impossibles, les reconstructions d’un corps, d’une relation, d’une vie, d’une mémoire, et sur la possibilité de redécouvrir le bonheur quand tout semble perdu.


Ce livre décapant, qui explore avec puissance le pardon et le regard d’autrui sur la différence, signe la naissance d’un grand auteur capable de faire cohabiter la brutalité avec la lumière, le rire et la tendresse avec les souvenirs explosifs, le café filtre et les donuts avec l’ivresse de l’aventure.

Ce que j’en pense :

Jarred se retrouve paraplégique à la suite d’un accident au cours duquel une jeune femme Melissa a perdu la vie. A l’hôpital on le garde le minimum de temps, cela coûterait trop cher et on connait le système de santé américain. On lui demande d’appeler quelqu’un pour venir le chercher et s’occuper de lui. Il finit par se résoudre à appeler son père, Jack. Or, il ne l’a pas vu depuis dix ans.

Comment se raccrocher à la vie quand on est cloué dans un fauteuil roulant à vie, en proie à des cauchemars lui faisant revivre accident ? Comme il le dit, il est devenu « un patin à roulettes géant ». Il s’agace lorsqu’on veut l’aider alors qu’il n’a rien demandé ou encore lorsqu’on lui demande s’il remarchera un jour…

Jarred était en fuite depuis environ dix ans : sa mère est morte d’une rupture d’anévrisme, dont il se sent responsable parce qu’il l’avait contrarié. Elle a survécu quelques mois et son père la bichonnait. Un couple fusionnel où l’amour est tellement intense que les enfants peuvent avoir l’impression d’être quantité négligeable. après la mort de son épouse, Jack sombre dans l’alcool, devient violent, frappe son fils pour un oui ou pour un non car ne sait plus communiquer avec lui. De son côté, Jarred multiplie les bêtises à l’école, ou ailleurs, mais comment faire pour attirer l’attention de l’adulte ? Ils sont incapables l’un comme l’autre de mettre de mots sur leur souffrance, le manque…

Peut-on corriger sinon réparer les erreurs du passé, donner une chance à l’autre, faire connaissance ? Surtout quand on est écorché vif comme Jarred, persuadé d’être coupable de tout ce qui est arrivé et de « porter la poisse » : il rabroue tous ceux qui tentent de l’aider, même la jolie Sarah qui lui sert le café dans le bar.

Jarred McGinnis alterne le récit de la « reconstruction » et celui des évènements qui ont conduit à lui faire quitter la maison, jusqu’à l’accident, ce qui permet de découvrir le jeune homme peu à peu, à mieux le comprendre. La relation père-fils n’est pas simple, Jack a arrêté de boire, et se rend compte de l’impact de son alcoolisme sur la rébellion de son fils…

Il pose aussi le problème de la culpabilité, de la rédemption : est-elle possible et quel chemin emprunte-t-elle, et du droit au bonheur…

Il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans cette histoire, inspirée de la vie de l’auteur, car surtout dans les cinquante premières pages (environ) il est tellement odieux, provocateur, victime qu’on a plutôt envie de lui taper dessus ! mais, une fois immergée, j’ai dévoré ce livre, car leur évolution, à tous les deux, m’a plu, les personnages secondaires aussi, les coups de pattes à la société américaine, son système de santé, en particulier la psychiatrie font frémir. De même que la manière dont les juges, et surtout, l’agent de recouvrement peuvent se transformer en persécuteurs….

Une scène touchante, parmi d’autres : l’épopée vers le casino pour faire plaisir à Marco, le frère de Sarah, atteint d’une maladie grave pour laquelle il est sous dialyse (à domicile !) où ils jouent allègrement, oubliant ainsi pour quelques heures la maladie.

Jarred McGinnis ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières, il reste dans la description des évènements, les comportements et les ressentis de chacun. Il joue sur l’humour, l’autodérision. Pour un premier livre, c’est plutôt réussi. S’il croise votre route, je vous conseille de faire un bout de chemin avec lui, car il risque de devenir une valeur sûre de la rentrée littéraire (sortie prévue la deuxième semaine d’août).

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Metailié qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

#LeLâche #NetGalleyFrance !

8/10

Jarred McGinnis est né aux États-Unis. Il a grandi entre la Floride et le Texas, où il a eu un groupe de rock mais a décidé, à l’encontre du bon sens, de le quitter pour se consacrer à ses études. Il a vécu en Écosse et en Angleterre, et est docteur en Intelligence artificielle. Il vit actuellement à Marseille où il aime prendre les transports publics et amener ses filles au parc. Son premier roman, Le Lâche, en cours de traduction en plusieurs langues, a été élu l’un des meilleurs livres de l’année par The Guardian et la BBC.

Extraits :

On ne peut pas dire à un individu physiquement apte que se retrouver infirme n’est pas un coup de tonnerre. Il ne peut pas l’accepter. A ce moment-là, je ne pouvais pas. Quelle que soit la manière dont on l’envisage la vie suppose l’usage de deux jambes qui fonctionnent.

Les roues, le fauteuil deviennent mes roues, mon fauteuil. Les gens pleins de bonnes intentions qui vous poussent pour remonter une pente sans vous demander votre avis n’ont aucune idée de l’intrusion dans votre espace personnel que ça représente.

Mes problèmes n’étaient plus de ma faute. Les coupables étaient le fauteuil roulant, la perte. Les deuils au pluriel. C’était eux qu’il fallait accuser. Pas moi. Jack avait dû voir cette transformation commencer à opérer. Il avait vécu la même chose à la mort de maman.

Le passé, c’est l’histoire qu’on se raconte pour supporter le présent.

Au fil des ans, les histoires qu’on se raconte se modifient. Forcément. Qui voudrait être un faire-valoir ou un personnage secondaire dans le récit de sa propre vie ? On choisit les scènes et les chapitres pour raconter une fiction dont on est le héros. C’est la seule manière de survivre aux entailles, aux blessures et aux cicatrices que la vie nous réserve. Et pourtant, on garde le couteau à la main.

Il (le père de Sarah) se rappelle avoir regardé ma mère à ce moment-là et compris qu’elle allait nous abandonner. Et elle l’a fait. Elle a tout laissé : ses fringues, ses mômes, c’était du pareil au même pour elle. Disparue. Papa est rentré du travail et il a trouvé le bébé en train de hurler. Moi, je ne m’en souviens pas. Je devais jouer dans ma chambre.

Au bout d’un mois d’internement, je suis devenu un adepte du langage clinique et thérapeutique pour slalomer entre ce que les gens voulaient entendre sans jamais toucher à la culpabilité que je ressentais concernant la mort de maman, la honte d’avoir un père alcoolique, la violence la colère tous azimuts, la solitude, la confusion et surtout la tristesse débordante qui me prenait au corps.

Je savais que je devais entrer dans leur jeu une dernière fois, ensuite ils me libéreraient et je pourrais n’en faire qu’à ma tête. Le psychiatre semblait ravi de la façon remarquable dont j’étais réceptif à tout ce que la psychiatrie moderne avait à offrir à un jeune homme troublé.

Lu en août 2022

9 réflexions sur “« Le lâche » de Jarred McGinnis

    1. moi aussi! je sais que cette lecture était bienvenue finalement… La relation père-fils, celle du couple, sont bien étudiées l’auteur a bien su montrer l’évolution et aussi que tout n’était pas figé ou perdu d’avance 🙂

      J’aime

    1. il est à baffer au départ, un ado rebelle qui n’a pu se construire que contre l’autre, et n’a jamais trouvé de place mais les étapes qui mènent à renouer (nouer plutôt) les liens sont bien étudiées et ça sent le vécu l’authenticité 🙂
      il faut passer le cap des 50 premières pages (maximum) car l’auteur explique après comment se sont passées les choses 🙂

      Aimé par 1 personne

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