« Paris-Briançon » de Philippe Besson

Retour dans l’univers d’un auteur que j’apprécie mais que j’avais délaissé, trouvant ses derniers livres moins intéressants, avec le roman dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Le temps d’une nuit à bord d’un train-couchettes, une dizaine de passagers, qui n’auraient jamais dû se rencontrer, font connaissance, sans se douter que certains n’arriveront jamais à destination. Un roman aussi captivant qu’émouvant, qui dit l’importance de l’instant et la fragilité de nos vies.

Rien ne relie les passagers montés à bord du train de nuit no 5789. À la faveur d’un huis clos imposé, tandis qu’ils sillonnent des territoires endormis, ils sont une dizaine à nouer des liens, laissant l’intimité et la confiance naître, les mots s’échanger, et les secrets aussi. Derrière les apparences se révèlent des êtres vulnérables, victimes de maux ordinaires ou de la violence de l’époque, des voyageurs tentant d’échapper à leur solitude, leur routine ou leurs mensonges. Ils l’ignorent encore, mais à l’aube, certains auront trouvé la mort.

Ce roman au suspense redoutable nous rappelle que nul ne maîtrise son destin. Par la délicatesse et la justesse de ses observations, Paris-Briançon célèbre le miracle des rencontres fortuites, et la grâce des instants suspendus, où toutes les vérités peuvent enfin se dire.

Ce que j’en pense :

Le train Intercités N° 5789, train de nuit, corail, comme on préfère, est sur le point de démarrer en direction de Briançon. Il embarque à son bord des personnages d’horizons et de motivations divers. On rencontre ainsi, Alexis, médecin qui retourne dans sa ville natale pour vider la maison de sa mère décédée il y a peu de temps. Dans le même compartiment que lui, Victor, hockeyeur sur glace qui est allé consulter un spécialiste dans une clinique du sport à Paris, pour des problèmes de ménisques et qui a raté son TGV, la consultation s’étant trop prolongée.

On fait également la connaissance d’un couple de séniors, Catherine et Jean-Louis qui est atteint d’un cancer. Ils ont décidé de prendre une semaine de « congé », et à côté d’eux une bande de jeunes : Manon, Dylan, Leïla, Hugo et Enzoqui s’offrent une parenthèse. Dans un autre compartiment, Julia, une jeune femme en instance de divorce, qui fuit un époux violent avec ses deux enfants, Chloé et Gabriel, pour aller rejoindre ses parents.

On découvre aussi Serge, voyageur de commerce, au bagout et à la lourdeur extraordinaire, qui ne pense qu’à séduire les femmes, pour des aventures sans lendemains tout en étant marié.

Ce qui est certain, c’est que Serge est un tchatcheur, comme on dit. D’autres préfèrent l’expression « beau parleur » (Les admiratifs) ou « baratineur » (les à qui on ne la fait pas). Pourtant, il partait avec un sacré handicap : enfant, il butait sur les mots mais son père avait dit : pas de ça chez nous et lui avait payé pendant des années des séances chez l’orthophoniste…

Tout ce petit monde embarque pour un voyage, une aventure dont nous prévient l’auteur, deux seront morts l’arrivée, profitant de quelques lignes pour nous présenter très brièvement un autre personnage, Giovanni, dont il ne nous révèlera rien sinon qu’il va jouer un rôle dans le drame annoncé.

Si chacun reste sur la réserve au début, c’est la fièvre de Gabriel le fils de Julia qui va amorcer les rencontres : Alexis entend qu’il est malade, l’examine, pose son diagnostic, tandis que Serge dans le couloir entend et s’approche de la mère et Victor commence à parler avec Alexis : effet domino, on n’a rien à se dire et tout à coup on se met à parler…

Bref, un huis-clos savoureux, où des personnes qui n’ont rien de commun entre elles vont se découvrir et livrer des choses importantes sur leurs vies : les blessures, les regrets, ce que l’on n’a pas fait, le temps qui est passé trop vite, ou la vie qui s’ouvre comme une page blanche à remplir pour d’autres, des choix à faire l’état de la planète ou le combat pour une société plus juste ou simplement la solitude…

J’ai bien aimé ce roman qui nous décrit en fait la société actuelle, et comment on peut se remettre en question, le temps d’une nuit au cours d’un voyage, au gré d’une rencontre qui fait prendre conscience que la vie n’est pas conforme aux rêves que l’on pouvait avoir… Mais aussi à quoi tient un destin : un TGV qu’on a raté par exemple et lorsque toutes les « planètes s’alignent », des personnes qui ne se connaissaient pas n’avaient rien de commun, entre elles ou qui n’auraient jamais dû se croiser vont être percutées avec violence …

Ce sont des thèmes qui me plaisent, j’ai aimé tous les personnages, y compris Serge et sa lourdeur de gros nounours malmené, mal aimé, qui doit son prénom à des parents qui vouaient un culte à Serge Gainsbourg qu’il se rassure (ils ne sont pas les seuls), Philippe Besson parvient comme toujours à si bien creuser la personnalité de ses héros, qu’on retrouve en chacun d’eux une petite partie de nous à laquelle s’identifier nous les rendant ainsi tous très proches.

Une mention particulière à Enzo mélenchoniste convaincu, souvent moqué par ses amis qui m’a plu par son côté engagé… qui nous rappelle qu’à vingt ans on a encore envie de changer le monde et de lutter contre l’injustice.

Enfin, Enzo est le seul de la bande qui soit politisé. Il ne jure que par Jean-Luc Mélenchon et attend la révolution qui fera rendre gorge aux puissants, aux riches…

J’ai lu beaucoup de romans de Philippe Besson, le dernier étant « Arrête avec tes mensonges » que j’ai bien aimés, mais curieusement les derniers ne m’ont pas donné l’envie de les découvrir, celui-ci par contre me tentait alors qu’importe mes réticences je me suis lancée dans la version audio proposée par NetGalley, mais ce support ne me convient pas alors j’ai emprunté le livre à la bibliothèque et j’ai fait une lecture à deux voix, lire un ou deux chapitres, puis les écouter, ce qui fut une belle expérience… sinon, je ne me souviens plus des noms, et je n’arrive pas à sélectionner des extraits…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Audio qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur.

8/10

Extraits :

Pour le moment, les passagers montent à bord, joyeux, épuisés, préoccupés ou rien de tout cela. Parmi eux, certains seront morts au lever du jour.

Il (Victor) est défenseur dans l’équipe de hockey sur glace de la ville. Mais la vérité, c’est qu’il n’est pas blessé, non, c’est l’usure qui gagne, il a trop tiré sur la corde, son corps s’est épuisé, pas disloqué, simplement émoussé, corrodé, abîmé, il n’en recouvrera sans doute pas le plein usage, il devra se faire une raison.

Souvent, la vie se décide sur presque rien, une rencontre, une opportunité, une paresse.

… Il aime les trains de nuit comme l’habitacle de sa voiture, c’est un cocon, c’est l’ancien monde, et on peut faire des rencontres. Serge ne dit jamais non à une nouvelle rencontre.

Ça sert, trente-sept ans de vie commune (et même un peu plus), ça sert notamment à connaître l’autre par cœur, à repérer une contrariété dans un plissement du regard, une inquiétude dans le frottement nerveux des mains, un tracas dans une certaine façon de se mettre à l’affût ou incapacité à fixer son attention.

C’est cela aussi, être en couple depuis longtemps, ne pas promettre ce qu’on ne peut pas tenir, et c’est cela prendre de l’âge, admettre ce contre quoi on ne peut pas lutter.

Il faut toujours se méfier des conversations qui s’engagent sur les sujets les plus ordinaires, les plus conventionnelles. Parfois, elles touchent des points sensibles.

Il est exact qu’on se moque souvent de ses bourdes, de sa gaucherie. Ça, également, lui vient de l’enfance. Quand on ne vous a pas appris l’assurance, les bévues ne sont pas rares. Et quand on vous a effrayé, dominé, vous risquez de perdre l’équilibre.

Le train contourne désormais Lyon. Pas question d’y entrer, on se tient à l’écart, on avance loin du tumulte, loin des hommes, avec une lenteur qui défie l’entendement et se moque de l’époque…

Ceux qui vous racontent qu’on est un enfant-roi parce qu’on est un enfant seul se gourent. On est d’abord un enfant seul.

Le mensonge, parfois, est moins périlleux que la vérité nue. L’aveuglement, parfois, vaut mieux que la lumière. Les regrets sont moins corrosifs que les remords. Les accommodements, moins coûteux que les bravades…

Lu en août 2022

11 réflexions sur “« Paris-Briançon » de Philippe Besson

    1. c’est un bon cru comme ses premiers romans… Je regrette d’avoir hésité car le sujet est intéressant et bien traité j’espère qu’il va continuer sur sa lancée après ses années Macron-maniaques 🙂

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    1. on retrouve la sensibilité de l’auteur dans ce dernier opus, il a une manière bien à lui de cerner ses personnages et son intrigue est passionnante bien ancrée dans la société actuelle en prime, ceux qui s’en sortent ceux qui restent sur le carreau.
      J’ai retrouvé ce qui m’avait tant plu dans « Le garçon d’Italie » « En l’absence des hommes « L’arrière saison »!!!

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    1. comme ça j’étais plus attentive, la voix est magnifique en plus et les personnages étaient bien dans ma mémoire après le texte écrit…
      Mais j’ai du mal à me concentrer donc le plaisir n’est plus au rendez-vous 🙂

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    1. j’ai retrouvé le Besson que j’aime avec ce roman, car il commençait à m’énerver avec sa fascination pour Macron, je n’arrivais plus à l’entendre !!!!
      ma bibliothécaire s’était trompée en me réservant en même temps « Le dernier fils » et là ce fut dur, très dur… Peu-être à cause du thème?? Chronique à venir 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. Un auteur que je ne connais pas du tout et j’aime l’histoire du train, celui que l’on prend ou que l’on rate et qui peut changer un déroulement prévu. C’est un fil romanesque très séduisant.

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