« Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

Je vous parle aujourd’hui du troisième tome de la trilogie avec :

Quatrième de couverture :

Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire, où la France tout entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique… Le talent de Pierre Lemaître, prix Goncourt pour « Au revoir là-haut », est ici à son sommet.

Ce que j’en pense :

Quel plaisir de retrouver Pierre Lemaitre et ses héros avec ce troisième opus !

Après les gueules cassées, l’entre deux guerres, place maintenant à la seconde guerre mondiale avec cette agression de l’Allemagne nazie, période étrange et confuse qu’on a appelé la drôle de guerre. La ligne Maginot réputée infranchissable, mais en fait contournée au nez et à la barbe des soldats qui veillent, notamment deux d’entre eux : Gabriel prof de maths de son état, et Raoul opportuniste qui ne pensent qu’à duper les autres : tricher aux jeux, arnaques pour la nourriture… Tous deux sont chargés avec leurs compagnons d’armes de défendre le fort de Mayenberg. Mais, l’ennemi avance, les informations sont contradictoires pour ne pas affecter le « moral des troupes » et pour finir : débandade, désertion, prison…

Pendant ce temps, à Paris, Louise vient d’être le témoin d’un drame : un homme qui venait manger au restaurant de Mr Jules s’est suicidé devant elle après avoir demandé de ses déshabiller devant lui. Elle court dans les rues de Paris en tenue d’Eve pour fuir la scène et sera bien entendu poursuivi par un juge partial.

Nous avons fait la connaissance de Louise lorsqu’elle avait dix ans dans « Au revoir là-haut », à l’époque elle était très attachée à Édouard Péricourt. Elle est âgée de trente ans maintenant, est devenue institutrice et complète son maigre salaire en travaillant au restaurant de Mr Jules.

Elle avait accepté la proposition du Dr Thirion, sans flairer l’éventuel piège. Mais ce drame va lui permettre de découvrir sa mère sous un jour nouveau. Elle ne l’a connu que veuve de guerre, dépressive, guettant derrière sa fenêtre.

Pierre Lemaitre nous décrit, Paris sous les bombes, l’armée dépassée face à celle du Reich, les ordres contradictoires des généraux, l’exode sur les routes, alors que les avions Allemands bombardent à l’aveuglette. Ceci nous permet de voir comment réagissent les personnes en fuite, la solidarité des premiers jours qui s’effrite très vite, tous les coups sont permis pour survivre, pour manger…

Parmi tous les personnages on découvre Désiré, caméléon aux multiples facettes, dont une en prêtre où il aide les autres, et célèbre la messe dans un latin peu orthodoxe car il l’invente au fur et à mesure, ou encore cite des passages, de la Bible, de son cru.

Comme pour les tomes précédents (et comme il y a quelques semaines avec « Le Grand Monde ») j’ai dévoré ce pavé de plus de cinq-cents pages goulument en regrettant d’avoir attendu si longtemps pour le lire, mais le plaisir n’en est que plus grand.

9/10

Extraits :

Institutrice, elle ne cessait de repousser les avances des collègues et des directeurs (quand ce n’était pas des parents d’élèves) qui tentaient de lui mettre la main aux fesses dans les couloirs, c’était comme ça partout…

« On peut penser ce qu’on veut de ces gens-là, avait-il dit à Désiré lors de leur première rencontre, mais ce Léon Blum qui a créé le ministère de la Propagande, je dis :  chapeau. Je ne dirai pas quel « homme ! ». Il est Juif, mais tout de même quelle belle idée ! »

Ce ne fut bientôt plus que flammes, cendres, trous béants autour de quelques Français allongés sur le ventre et censés défendre l’entrée de leur pays avec deux fusils-mitrailleurs et un canon hors d’âge dont ils ne distinguaient même plus la silhouette à travers la fumée et les flammes…

Le 3 juin 1940, la Luftwaffe bombarda les usines Renault et Citroën. La banlieue parisienne fut touchée comme en plein cœur. La plupart des deux cents victimes étaient des ouvriers, l’attaque frappa les esprits. Ce n’était pas la première fois que les bombardiers allemands venaient s’égailler au-dessus de la capitale, mais, après toutes les nouvelles qu’on avait apprises sur le Ardennes, les Flandres, la Belgique, la Somme, Dunkerque, on eut l’impression d’être cernés…

Au fur et à mesure que les troupes allemandes avançaient, déchirant le pays, les solidarités entre Français avaient fondu, les relations s’étaient durcies, les intérêts particuliers s’étaient réveillés, plus vifs que jamais, l’égoïsme et le court terme avaient repris le dessus et personne n’était mieux placé que des étrangers pour en faire l’incessante expérience. « Va réclamer de la flotte à ton roi ! » avait-on entendu répliquer à un Belge qui demandait un verre d’eau…

Je suis un gros, tu comprends. C’est très spécial, les gros. On adore se confier à eux, mais c’est jamais d’eux qu’on tombe amoureux…

Lu en juin 2022

16 réflexions sur “« Miroir de nos peines » de Pierre Lemaitre

  1. Je n’ai pas encore découvert « le grand monde » mais j’avais beaucoup aimé ce troisième opus, bien plus encore que le second et encore davantage que le premier qui m’avait fait hésité à continuer la série…Merci pour ton ressenti

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    1. j’ai aimé les 3 volumes… Un petit faible pour le T2 peut-être mais ce n’est même pas sûr, cela doit se jouer à 1/2 point !!!
      « Le grand monde »m’a énormément plu et c’est ce qui m’a décidé à finir la trilogie
      un jour je vais m’attaquer à ses romans noirs 🙂

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    1. j’adore l’auteur, sa manière de raconter… Chaque fois que je prends un de ses romans à la BM je m’immerge et…je ne suis plus là pour personne.
      Je n’aime pas le format audio car je n’arrive pas à me concentrer, mais si c’est sa voix je tenterai peut-être par curiosité…

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    1. en fait je ne sais plus lequel j’ai préféré, le plaisir était là chaque fois, la 2e m’a beaucoup touchée…
      Monsieur Jules m’a vraiment plu, j’avais peur qu’il ne réapparaisse plus…
      en tout cas je suis de plus en plus groupie 🙂

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