« La ferme aux poupées » de Wojciech Chmielarz

Je ne peux pas envisager ce challenge « le mois de l’Europe de l’Est » sans un roman de cet auteur au prénom imprononçable, que j’ai découvert l’an dernier avec son premier livre « Pyromane » :

Résumé de l’éditeur :

L’inspecteur Mortka, dit le Kub, a été envoyé à Krotowice, petite ville perdue dans les montagnes. Officiellement, il est là pour un échange de compétences avec la police locale. Officieusement, il y est pour se mettre au vert après une sale affaire. S’il pense être tranquille et avoir le temps de réfléchir à l’état de sa vie personnelle, il se trompe lourdement.

Quand Marta, onze ans, disparaît, un pédophile est rapidement arrêté, qui reconnaît le viol et le meurtre de la petite.

Mais l’enquête est loin d’être terminée : les vieilles mines d’uranium du coin cachent bien des secrets… et peut-être quelques cadavres.

Il faudra tout le flair du Kub pour traquer des trafiquants dont la cruauté dépasse l’entendement.

Ce que j’en pense :

Marta, une petite fille qui attend, seule, au bord de la route, est abordée par un homme qui réussit à la faire monter dans sa voiture. Elle disparaît sans que cela paraisse émouvoir vraiment sa famille. On évoque l’acte d’un pédophile, déjà connu pour des délits, et la consultation de sites pédopornographiques, mais qui n’est semble-t-il jamais encore passé à l’acte.

Arrêté, l’homme avoue l’enlèvement et le meurtre de la fillette, mais celle-ci finit par être retrouvée dans une ancienne mine d’uranium, à côté de cadavres en décomposition.  En lait, l’homme avait avoué car il redoutait un passage à l’acte… Libéré, on le retrouve assassiné quelques jours plus tard. Qui l’a tué ? Y-a-t-il un rapport avec les cadavres retrouvés dans la mine ?

C’est l’inspecteur Lupa de la brigade de Krotowice, qui mène l’enquête, supervisée par le commissaire Zajda, qui tient à tout prix à garder cette enquête sinon on risque de réduire son budget et son équipe. Notre ami Mortka, n’est que consultant dans cette enquête, car depuis qu’il a abattu le pyromane (cf. enquête précédente) on l’a envoyé au vert en province dans le cadre d’un « programme d’échange » pour ne pas dire au placard…

J’ai beaucoup aimé retrouver Mortka, surnommé « Le Kub », policier intègre qui a toujours fait passer son métier avant tout et par voie de conséquence son couple qui a explosé en vol. Il doit trouver sa place dans une équipe dont certains membres feraient mieux de changer de travail… J’apprécie la manière dont il mène ses enquêtes, dont il réfléchit au lieu de foncer tête baissée, son intuition, son attitude envers les suspects…  

Wojciech Chmielarz nous décrit une région de Pologne, où règne un racisme dirigé contre la communauté Tzigane, coupable d’office pour certains, avec des disparitions qui n’inquiètent personne, sur fond de trafic d’être humains, avec des rebondissements des complicités au sein même de la police parfois, et nous oriente dans des directions multiples, où l’on finit par suspecter tout le monde.

Il revient sur les mines d’uranium, du temps de l’époque soviétique, où les ouvriers ne savaient même pas qu’ils étaient exposés à la radioactivité, avec les conséquences qu’on imagine. Il évoque également la nostalgie de l’époque communiste où policiers, miliciens avaient tous les pouvoir et donc étaient respectés.

J’aime beaucoup cet auteur et son univers, car on voit la manière de travailler de la police en Pologne tout en revenant sur l’Histoire du pays. Son troisième opus « La Colombienne » m’attend déjà mais je fais durer le plaisir alors ce sera pour le challenge de l’an prochain, car Olga Tokarczuk avec « Sur les ossements des morts » et Zygmunt Milozsewski et « Les impliqués » piaffent d’impatience…

8,5/10

Extraits :

Le Kub, je ne comprends pas très bien moi-même, mais c’est comme ça. Si un Tsigane collabore avec la police, il cesse d’être tsigane. On ne peut plus manger avec lui, ni dormir, ni lui parler. Il est exclu de la communauté. A vie. C’est la sanction la plus sévère.

Soudain, Mortka se figea, sentant ses cheveux se dresser sur sa tête. Il venait de comprendre. Devant lui, un encadrement de béton était planté dans la roche, et des planches bloquaient l’entrée d’une ancienne mine.

Son père et ses collègues savaient parfaitement qu’ils extrayaient de l’uranium. Qu’on ne leur ait jamais expliqué en quoi consistait l’uranium, c’était une autre chose. Les Soviets stipulaient bien de ne pas prendre de repas sous terre, sous aucun prétexte, mais qui aurait perdu du temps à remonter à la surface après être tombé sur un bon filon ? Car ils recevaient, en fonction de la production, des pries dont même les mineurs de Walbrzych n’auraient jamais rêvé. Un âge d’or pour Kretowice…

Zajda se trouvait, lui, nez à nez avec une autre menace : un troupeau de jeunes chômeurs privés de tout espoir, brutalement écrasés par un monde qu’ils avaient cru sûr. Il était effrayé, car il lisait dans leurs yeux et leurs gestes que l’uniforme n’avait plus rien de sacré.

L’époque où le milicien de la Pologne communiste était un dieu était bien révolue. Le régime avait disparu, et il avait depuis l’impression d’avoir été rétrogradé à un statut de chien de garde. Un chien, ça reste au bout de sa chaîne, et on le fait obéir avec un bâton s’il aboie trop fort.

Lu en mars 2022

15 réflexions sur “« La ferme aux poupées » de Wojciech Chmielarz

  1. Je ne l’ai pas encore découvert pourtant j’ai nommé le titre que tu avais lu dans mon carnet, et je rajoute donc celui-ci. Merci pour ta présentation, c’est rassurant de savoir que j’ai encore plein d’auteurs à découvrir

    Aimé par 1 personne

    1. c’est un auteur de polar à part, ses enquêtes sont bien menées et j’aie découvrir la Pologne, sa culture, ses problèmes particuliers au niveau criminel … Je suis devenue fan depuis « Pyromane » 🙂

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  2. Ping : Mois de l’Europe de l’Est 2022 – le bilan ! – Et si on bouquinait un peu ?

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