« Le fils de l’homme » de Jean-Baptiste Del Amo

Je vous parle aujourd’hui de ma dernière lecture 2021, avec ce livre que j’ai en fait oublié dans mon bilan ; serait-ce un acte manqué ? Peut-être bien…

Résumé de l’éditeur :

Après plusieurs années d’absence, un homme resurgit dans la vie de sa compagne et de leur jeune fils. Il les entraîne aux Roches, une vieille maison isolée dans la montagne où lui-même a grandi auprès d’un patriarche impitoyable. Entourés par une nature sauvage, la mère et le fils voient le père étendre son emprise sur eux et édicter les lois mystérieuses de leur nouvelle existence. Hanté par son passé, rongé par la jalousie, l’homme sombre lentement dans la folie. Bientôt, tout retour semble impossible.

Après Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo continue d’explorer le thème de la transmission de la violence d’une génération à une autre et de l’éternelle tragédie qui se noue entre les pères et les fils.

Ce que j’en pense :

Le roman débute sur une scène surprenante : un groupe d’hommes femmes et enfants, qui progressent dans une nature, encore vierge, se nourrissant de produits de leurs chasses et de leurs pèche, à la sagaie ou à mains nues. Les plus solides les plus habiles, seuls survivront. On ne saura pas de quel moment de la préhistoire il s’’agit, car là n’est pas le propos, seule compte la survie, l’entraide ainsi que le respect de la nature.

Ensuite, retour au présent avec un break qui emmène un homme, une femme et un enfant vers une contrée isolée, « Les roches ». Un silence de mort règne dans la voiture, ils n’échangeront pas dix mots, seulement quelques regards entre la mère et le fils. De surcroit, un arbre couché au milieu de la route les oblige à continuer à pied, courbés sous le poids des sacs à dos…

L’auteur alterne présent et passé, pour raconter l’histoire du père, sa longue disparition du milieu familial, sa brusque réapparition et son désir de « repartir à zéro » dans la ferme en ruines où il a vécu, enfant, avec son père.

Le récit est angoissant dès les premières pages, la violence monte en puissance, psychologique, physique… Jean-Baptiste Del Amo a choisi de ne pas donner de nom aux personnages, ce sera le père, la mère et l’enfant. Le père est pervers, psychopathe, jaloux, suspectant tout le monde notamment sa femme parce qu’elle a eu une vie alors qu’il était parti. Il refait l’histoire, et tente de monter le fils contre sa mère, en lui racontant des choses qu’il n’est pas en âge d’entendre, car il a neuf ans.

L’auteur tente de prouver, durant ce récit, que la violence est héréditaire : si le père est violent, le fils ne peut que l’être en gros, mais c’est loin d’être aussi simple, l’environnement, le formatage, participent aussi, il y a une répétition des scenarii de vie. La fin est dure, mais on la sent venir, de manière inéluctable…

L’écriture est très belle, les descriptions de la nature sont magnifiques, les réflexions sur la vie, le temps qui passe, sont intéressantes, ce qui permet d’aller au bout de l’histoire. Jean-Baptiste Del Amo manie la langue d’une façon magistrale, ce qui me donne envie de le lire « Règne animal ».

Cette lecture a été difficile sur le plan émotionnel car je sentais très bien ce qui allait se passer, la mère étant enceinte, dans ce coin perdu, loin de toute civilisation et de tout médecins. Alors, j’avais des images, des fantasmes : une grosse seringue peine d’un cocktail de neuroleptiques et la camisole de force, et direction l’hôpital psychiatrique le plus proche…  Pour ne pas dire plus…

Un grand merci à Lecteurs.com et aux éditions Gallimard qui m’ont permis de découvrir ce roman qui a reçu le prix FNAC ainsi que la plume de son auteur…

8/10

L’auteur :

Jean-Baptiste Del Amo est né à Toulouse. Le fils de l’homme est son cinquième roman, après Une éducation libertine, Goncourt du premier roman, Le sel, Pornographia et Règne animal

Extraits :

Ce chant est quelque chose d’avant le chant, d’avant même la voix, une plainte gutturale, modulée, faite de vibratos et d’ondulations dissonantes, d’expirations profondes et graves dont le corps du vieillard est tout entier la caisse de résonance.

La nuit porte maintenant en elle l’attente de l’aube, cette infime variation qui détache les contours du monde sans qu’ils soient encore intelligibles, laissant seulement paraître des degrés d’obscurité. Un voile se déchire : tout ce qui se tenait retranché dans la coulisse de la nuit est soudain baigné par une lueur bleuâtre qui ne semble pas provenir de l’intérieur des choses, mais plutôt émaner d’elle, une phosphorescence livide qui suinterait des pierres, du bitume, du tronc des pins et de la frondaison des arbres.

Il ne garde pas de souvenir précis du départ du père. Il n’a conservé de la vie auprès de lui qu’une suite d’impressions morcelées, peut-être fictives et en partie façonnées par les photographies enfouies dans la commode…

Dans cet apparent silence, le fils éprouve violemment sa solitude et, dans le même temps, l’impression de sa présence au monde, de la nature déployée autour de lui, de l’immensité et de la multitude dans laquelle son existence a pris forme et se trouve à cet instant précis.

Il sent aussi, inexplicablement, le grand mouvement qui les entraîne tous, lui compris, imperceptible, pourtant vertigineux, à travers le temps et à travers l’espace, toutes ces vies mêlées, hommes et bêtes, et avec eux les pierres, les arbres, les astres ignés. De ces instants, il gardera le souvenir d’une épiphanie, la conviction d’avoir été frappé par la véritable nature des choses, qu’aucune langue, aucun mot ne saurait dire …

L’amour est une maladie, un virus inoculé dans e cœur des hommes, ce cœur déjà malade, déjà pourrissant, déjà perverti, rongé de tout temps par la gangrène et dont il serait vain de vouloir sonder le fond. Je te le dis aujourd’hui pour celui que tu deviendras plus tard : garde-toi bien d’aimer, tu n’en tireras rien de bon.   

… Il y a des choses qu’il est préférable de ne pas réveiller, des souvenirs et des hommes qui doivent rester ensevelis. Car ils n’attendent en réalité que cela, que l’on vienne les tirer de leur profonde torpeur pour ressurgir et répéter sans cesse les mêmes hantises, les mêmes désastres…

Lu en décembre 2021

25 réflexions sur “« Le fils de l’homme » de Jean-Baptiste Del Amo

  1. keisha41

    Je connais l’écriture de l’auteur, rien à redire, mais je reste sur règne animal, qui m’avait déçue (oui, la fausse note sur ce roman, c’est la mienne! ^_^). Ici, pas trop envie de me plonger dans cette ambiance…

    Aimé par 2 personnes

    1. j’ai dû m’accrocher !!! la révolte grondait en moi mais la belle écriture permet de continuer la lecture! il y a un tel écart entre l’amour pour la Nature et la violence de l’homme
      j’ai envie de lire « Règne animal » mais je vais attendre car la violence ne peut se déguster qu’à petites doses pour moi 🙂

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    1. honnêtement je ne pensais pas arriver au bout de cette lecture, tant le père faisait monter un désir de le frapper…ma violence montait au rythme de celle du personnage, ce qui fait réfléchir…
      l’hymne à la Nature m’a plu et permet de supporter … La fin est dure 🙂

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    1. je suis restée sous le charme de l’écriture, et e la manière dont l’auteur amène les choses, et pousse à réfléchir sur la violence latente qui peut être en nous mais qu’on maîtrise…
      Ce roman va rester longtemps dans ma mémoire et, chose surprenante, ce livre continue à vivre en moi,, à évoluer car en le refermant c’était l’émotion qui dominait…

      Aimé par 1 personne

    1. je découvre l’auteur avec ce roman, qui m’a fait passer par tous les stades au départ, je détestais tellement cet homme que je rejetais le livre en même temps!!! très vite, je me suis laissée prendre au jeu car la beauté de l’écriture m’a subjuguée…
      La note montait progressivement !!!
      Règne animal » sera mon prochain, mais le temps de digérer celui-ci pas trop pour que le charme soit encore là 🙂

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      1. Un format qui ne fonctionne pas avec tous. Pour celui-ci, les descriptions des premières pages m’ont fait lâcher prise et je n’arrivais pas à rester concentrer. Quand c’est comme ça j’arrête et je me le réserve en papier.

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  2. Ping : Le fils de l’homme, Jean-Baptiste Del Amo – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

    1. j’ai eu du mal aussi car le sujet est dur et je voyais trop venir la fin mais j’ai gardé un bon souvenir car la beauté de l’écriture l’emporte sur la noirceur de l’histoire et c’est ce qui reste à la fin

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