« Ceux d’ici ne savent pas » de Heather Young

Je vous parle aujourd’hui d’un livre au suspense garanti, difficile à classer et dont la couverture et le résumé m’ont vraiment donné envie de me lancer :

Résumé de l’éditeur :

Dans le décor aride des plaines du Nevada, Heather Young tisse un roman poignant, un suspense psychologique d’une grande finesse, où s’animent des personnages vibrants, qui restent longtemps dans les mémoires.

Adam Merkel, professeur de mathématiques du collège de Lovelock, Nevada, est mort cette nuit. C’est Sal Prentiss, l’un de ses élèves, qui vient de découvrir le cadavre calciné de ce quinquagénaire sur les pentes d’un canyon.

Une annonce terrible qui secoue la petite ville et remue profondément la jeune professeurs Nora Wheaton. Elle qui se sentait liée à Adam par une solitude et une souffrance commune veut comprendre : qui a pu assassiner aussi brutalement cet homme sans histoires ?

Alors qu’elle s’immerge dans le passé de son défunt collègue, Nora découvre peu à peu que Sal, ce jeune orphelin timide et farouche, semble en savoir bien plus qu’il ne veut le dire… Avec lui, la jeune femme se lance dans une enquête délicate. Une plongée aux confins de l’âme des habitants de cette région oubliée du monde, qui portent en eux un héritage de violence et de survie dont ils n’ont plus conscience.

Ce que j’en pense :

Bienvenue donc au Nevada, dans une région un peu hors du temps et de l’espace, où la pauvreté est omniprésente, les êtres et les destins hors norme. Le roman s’ouvre dix mille ans plus tôt avec un jeune garçon, parti explorer une grotte, près de Allelu, un lac aujourd’hui disparu et qui va faire une chute fatale. Un autre drame va donc survenir en ces mêmes lieux…

Adam Merkel, professeur au collège, est mort, calciné, seul là-haut sur la colline. C’est un de ses élèves Sal Prentiss qui l’a retrouvé en allant prendre son car. Il appelle un jeune pompier pour se rendre sur les lieux.

La police, cantonnée dans les vols, n’a pas l’habitude de faire face à une mort suspecte alors son efficacité est loin d’être optimale.

Que s’est-il réellement passé ? Adam avait été nommé à ce collège, à la rentrée scolaire et une fois la sidération passée, chacun s’aperçoit que l’on ne savait pratiquement rien de lui, collègues, parents d’élèves…

Nora, une des professeurs, va tenter d’en apprendre davantage et l’auteure va nous faire entrer par petites touches, dans la vie de chacun des protagonistes parmi lesquelles beaucoup ont vécu des tragédies.

Sal a retrouvé sa mère, un matin, morte, une seringue plantée dans le bras. Il a été confié à ses oncles qui vivent dans des conditions marginales, insalubres. Gideon fabrique des meubles bizarres mais qui se vendent plutôt bien. Ezra est un dealer qui va entraîner son neveu dans une histoire tragique.

Nora a fait des études d’archéologie et son rêve était de rendre en Afrique pour participer à des fouilles. Mais elle a dû tout lâcher pour revenir s’occuper de sa famille. Se pencher sur le passé d’Adam lui permet de mieux comprendre ce qui a pu se passer, pour que cet homme, universitaire reconnu, se retrouve brusquement enseignant dans un collège.

Heather Young évoque au passage des fléaux de la société de Lovelock, la solitude, l’alcoolisme, les addictions, l’escalade où comment, partant des antalgiques type Oxycontin pour des douleurs rebelles, avec des ordonnances non renouvelées qui aboutissent à la dépendance et au trafic, on finit par se tourner vers l’héroïne, qui coûte finalement bien moins cher et que les trafiquants de tous ordres s’en mettent plein les poches.

Du côté de Nora, c’est la dépendance à l’alcool de son père, qui est passé de la bringue de la troisième mi-temps, à l’imprégnation massive à la suite d’un accident de la route où son fils a perdu la vie.

Dans ce roman, ce n’est pas l’enquête qui est le sujet principal, ce sont tous les évènements qui vont amener à la mort du professeur, qui, lui aussi, a dû faire face à un décès tragique dans la famille. Que se passe-t-il après un tel drame, et comment peut-on réagir ? Lâcheté, déni, ou prendre sa vie en mains…

Heather Young nous offre au passage, une approche passionnante des mathématiques telles que les voit Adam, ainsi qu’une étude de la région au moment de civilisations antérieures, car sur la propriété des Prentiss, se trouve une grotte, témoin de cette vie qui a existé bien avant nous, avec les migrations des Vikings, arrivés dans la région après avoir traversé détroits, glaciers…

Tous les personnages sont attachants dans cette histoire. Ils ont chacun leur parcours, leurs faiblesses pour les uns, leurs forces pour d’autres, et l’auteure arrive bien à démontrer que ce n’est pas forcément la loi de Murphy qui l’emporte si on veut bien aller se salir les mains et sortir de la victimisation et du déni.

J’ai apprécié également la construction du roman, l’auteure livre les éléments au compte-gouttes, ce qui entretient le suspense, en se concentrant, tour à tour, sur chacun des protagonistes, alternant présent et passé et on voit bien comment les témoignages peuvent être sujets à caution, comment on peut réécrire ce que l’on a vu ou cru voir, ce que l’on a ou non envie de dire, pour protéger quelqu’un ou soi-même…

J’ai beaucoup aimé ce roman, qui m’a entraînée très loin, dans ce Nevada mystérieux, avec ses hameaux perdus, ses communautés : Blancs pur jus et descendants de tribus qui n’arrivent pas à se rencontrer, se contentant de cohabiter…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure, dont j’aimerais bien découvrir le précédent roman « Un été près du lac ».

#HeatherYoung #NetGalleyFrance !

8/10

L’auteure :

Américaine, Heather Young a renoncé à une carrière dans le droit pour s’adonner à sa passion pour l’écriture. Elle est l’auteure de deux romans remarqués par la critique, Un été près du lac (Belfond, 2017 ; Pocket, 2019) et Ceux d’ici ne savent pas, tous deux sélectionnés pour le prestigieux Edgar Award, prix majeur de la littérature américaine. Elle vit dans la Mill Valley, en Californie, avec son mari et leurs deux enfants.

Extraits :

Debout à l’entrée de la grotte, il s’émerveilla à la vue du panorama qui s’étendait à ses pieds. Aux abords des promontoires rocheux qui avaient poussé à la surface de la plaine telles des cloques, la prairie cédait la place aux arbustes. Le lac lui-même était vaste : une couverture bleue qui se fondait avec le ciel chatoyant au nord et à l’est. Son peuple l’avait nommé Allelu, ce qui, dans son langage, signifiait « eau de vie ». Dix mille ans plus tard, un autre peuple, de l’autre côté de la terre, ferait d’Allelu un chant de louange. Le grand lac aurait disparu, laissant place à un désert…

Toutes les histoires ont besoin d’un public. Sinon, c’est comme si elles ne s’étaient jamais déroulées.Jusqu’à présent, il n’avait jamais tenté d’expliquer cette idée – comment, dans son esprit, une histoire sans audience était comme un arbre qui chute dans une forêt sans que personne ne l’entende – et il avait l’impression qu’il s’y prenait mal…

Mais, mon père était un homme qui assemblait des lave-linges pour gagner sa vie et il voulait que son fils construise quelque chose de mieux que lui. Quelque chose qui lui permettrait de se dire qu’il y avait contribué en m’élevant. Pour lui, c’est à ça qu’un fils devait servir.

C’est le but des mathématiques ! Depuis Euclide, on n’a pas cessé d’émettre des hypothèses sur la manière dont les chiffres fonctionnent et d’élaborer des théories pour les démontrer. Des tas de types brillants meurent sans jamais avoir réussi, en laissant à leurs successeurs qui parfois naissent des centaines d’années après eux, le soin de les résoudre.

Pi est défini par le cercle, et le cercle est la forme la plus parfaite de la création. Il est aussi au cœur des cycles, qui sont au temps ce que le cercle est à l’espace. Sans pi, impossible de définir un processus cyclique. On le retrouve partout où il y a des ondes, des orbites ou des motifs. Dans le rythme des océans et celui de la musique, dans le battement cardiaque et la rotation des planètes autour du soleil. D’une certaine manière, c’est bien plus qu’un nombre. C’est l’un des fils du tissu de l’univers.

Lu en décembre 2021

14 réflexions sur “« Ceux d’ici ne savent pas » de Heather Young

    1. le roman est bien structuré ainsi que les personnages,on ne déteste personne,chacun à ses faiblesses,le tout sur fond de grotte « préhistorique » …
      J’avais envie de changement et j’ai eu un peu de mal à choisir… Je vais garder la photo, au moins quelques temps car je suis entourée de montagnes 🙂

      Aimé par 1 personne

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