« La fraternité des Maudits: l’encodeur » de Jack T. Tickett

Je vous parle aujourd’hui du deuxième opus de « La Fraternité des Maudits » consacré à « L’Encodeur » :

Résumé de l’éditeur :

Six mois ont passé depuis l’arrestation de Citon, l’éclaireur. La section de recherches à la PJ parisienne de Simon Lanterne a été entièrement démantelée après le suicide de l’éclaireur pendant sa garde à vue. Confiné entre son nouveau bureau à la DGSI et son appartement de l’avenue de Clichy, Simon Lanterne est assigné à la traque des chefs de la Fraternité des Maudits, Dante et Virgile, mais jusqu’ici ses efforts sont restés vains. Simon sait que le frère suivant est en approche, qu’il est même très certainement déjà passé à l’action. Le deuxième frère a pour nom de code Lunaval et son poète maudit de référence est le Comte de Lautréamont. Les chants de Maldoror toujours à portée de main, Simon se morfond du fond de sa bibliothèque depuis des semaines, impuissant.


Lorsque son ancienne subordonnée, Alice Mariotti, lui passe un petit coup de fil le 4 juin du théâtre d’un nouveau crime, Simon sait immédiatement que le coupable est Lunaval. À mesure que les crimes de celui-ci se multiplient, les enquêteurs découvrent que le meurtrier laisse derrière lui un message codé. Lunaval pourrait bien être celui qui offrira à Simon les têtes de la Fraternité sur un plateau, pour peu que l’agent parvienne à résoudre l’énigme chiffrée laissée par l’encodeur à son intention sur les corps de ses victimes.

Ce que j’en pense :

Après la mort de Citon, le premier frère de la « Fraternité des Maudits », on voit apparaître le suivant (dont on a fait la connaissance rapidement dans le T1 car il donne un coup de main pour un des crimes (l’enlèvement de la Substitut du procureur) ; il s’agit de Lunaval, obsédé, lui par Lautréamont, et qui semble se cacher sous l’identité de Virgile…

Un enfant est retrouvé à l’endroit de la sortie de scène de Citon, il a été frappé, des os brisés, cachectique, donc pas près de remarcher un jour. Bizarrement, il refuse de parler de son bourreau, syndrome de Stockholm probable. Mais, est-ce le premier en date ? D’autres crimes odieux vont suivre, une partie pour la jouissance de Lunaval, une pour Dante Abel bien-sûr.

Simon Lanterne a été muté à la DGSI, avec Cissu, Thimotée, alias Geronimo, hacker de haut vol toujours sous surveillance, et Alice a rejoint l’équipe du commissaire Rivelli. Les choses ne sont pas plus simples pour autant pour Simon car son supérieur, comme le préfet n’attendent qu’une seule chose, la petite erreur qui leur permettra de se débarrasser de lui.

On va en apprendre davantage sur Dante, sur l’empire d’Abel Cassel aux identités multiples et au passé trouble qui a créé de toutes pièces « Avatar » équivalent français de Facebook…

On vient juste de sortir du premier confinement, ce qui donne une réflexion au passage sur la société française actuelle, avec en toile de fond le harcèlement scolaire.

Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue, sinon cela ne vous donnera plus envie de lire cette tétralogie. Je vais préciser quand même que le final est une apothéose !

J’ai eu du plaisir à retrouver Cédric, le frère autiste de Citon, hospitalisé depuis des années dans un institut qui traduit ses prémonitions en dessins à l’encre de Chine et joue un rôle récurrent dans l’enquête.

L’auteur nous livre des réflexions sur les réseaux sociaux et les « fake news », sur la 5e République ou encore sur la montée des nationalismes. L’auteur fouille dans ce tome 2 l’histoire familiale d’Alice dont le père, expert en art est censé s’être suicider en se jetant du haut des arènes de Nîmes, après avoir expertisé pour un particulier, un trafiquant d’armes et de stupéfiant, Darius Callès, un incunable de Dante, un « Enfer » datant des années 1330 1335.

Fidèle à sa méthode il nous propose également une approche particulière de Lautréamont, sa vie, son œuvre, sa mort…

J’ai bien aimé, outre les Chants de Maldoror de Lautréamont (que je connaissais peu et que je n’ai pas trop envie d’explorer vus les extraits proposés), les références à l’Iliade et l’Odyssée, ou encore L’Enéide » que Simon pousse Cissou à lire et dont il va utiliser la mémoire prodigieuse pour se repérer dans les messages laissés par le tueur.

L’orthographe et la grammaire sont parfois douteuses et voici un exemple savoureux :

« C’est très sérieux Thomas. Quand on voit l’usage qui ait fait du cas Maldoror, imaginez ce qui pourrait être fait avec la Fraternité. »

Un grand merci à Mathieu et aux éditions Librinova qui m’ont permis de poursuivre l’aventure avec ce T2 dont la lecture a été vraiment un plaisir et la chronique plutôt difficile, car il est important de divulguer le minimum de choses pour entretenir le suspense et donner envie de se plonger dans cette lecture…

8/10

Extraits :

L’imprévu confère à la tournure d’esprit cet aspect sinueux, improbable. Il offre souvent un parcours tourmenté à ceux qui osent cette aventure. Simon s’est lentement fait à la forme particulière de son esprit d’enquêteur, qu’il a acquise, il ne saurait trop dire comment…

Quand la vie d’un meurtrier s’éteint, quelle qu’en soit la manière, il ne reste que des ruines et des tombes sur son passage. Il n’intéresse plus personne, hormis quelques rares flics comme Simon qui ont travaillé sur son cas et les familles des victimes, marquées à jamais. Les juges classent le dossier de cet indésirable et renoncent à prononcer un avis…

Le Second Empire n’est pas ce qu’on peut appeler un régime très ouvert en ce qui concerne les arts et les lettres. Flaubert, Sue et Baudelaire ont été poursuivis en justice pour écrits immoraux et je ne te parle pas de Hugo qui vivait en exil dans les iles anglo-normandes et qui appelait l’empereur, Napoléon le petit. Je te laisse imaginer dans quelle catégorie a été positionné Lautréamont avec ses Chants par la censure impériale…

C’est le grand paradoxe de cette révolution numérique. Le monde n’a jamais échangé autant d’informations à la minute et pourtant, l’être humain a rarement été aussi mal informé depuis l’invention de l’imprimerie. L’abondance de biens a créé cette famine. La véritable information se noie régulièrement dans des tissus de mensonges, des vérités alternatives, des théories complotistes, des affirmations révisionnistes, des rumeurs construites de toutes pièces…

Avec Internet, on a tout juste réinventé le Far West, le flingue à la main et la justice expéditive sans tribunal, le shérif en moins…

Mais que voulez-vous, en des temps aussi troublés, où la peur de l’avenir prédomine, l’être humain a pour réflexe de se recroqueviller, et il tend à réduire l’universel à la nationalité. L’homme de Vitruve a fait les frais de cette tentative d’appropriation du génie de Léonard par des fiévreux contemporains en quête de symbolisme identitaire.

Ce nouveau siècle est un cap évolutif, le genre que beaucoup d’espèces ont rencontré avant elle. Soit elle parvient à évoluer, à s’adapter, soit il n’y aura pas de vingt-deuxième siècle. L’humanité a la nécessité de se dépasser, elle a besoin pour y arriver d’une sorte de transcendance. Cela passe par de l’unité devant l’adversité, de la solidarité dans l’effort, de la constance et du respect pour l’objectif commun visé…

L’instinct de préservation règne en maître sur tous les êtres urbanisés car il convient de parvenir intact au prochain entretien, au prochain rendez-vous et si possible à l’heure. L’homo sapiens sapiens sapiens, troisième du nom, un cerveau et des idées, débarrassé des sens, prêt à sa parfaite numérisation, la prochaine étape de son évolution.

Il n’y a pas grand-chose à faire contre l’espoir. Il n’y a pas de vaccin, pas de traitements efficaces connus. L’espoir ne fait pas vivre, il tue régulièrement. Il donne cette force de braver la mort, parce qu’il n’y a que la mort pour y mettre fin.

Lu en septembre 2021

6 réflexions sur “« La fraternité des Maudits: l’encodeur » de Jack T. Tickett

    1. en fait, je suis à l’affut des fautes… mais cela ne m’a pas dérangée le suspense l’emporte…
      Les T3 et 4 en comportent beaucoup moins (via NetGalley)
      l’auteur que ce soit une IA ou un hominidé sait tellement bien entretenir l’intérêt que cela devient de plus en plus addictif 🙂 (et difficile à chroniquer pour ne rien divulgâcher donc une exercice particulier 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. c’est compliqué de donner envie sans révéler trop de choses… En fait je parle de l’enquête sur les meurtres en cours sans donner des renseignements sur la Fraternité et ses projets qui sont durs et hors du commun 🙂

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