Publié dans Littérature Royaume-Uni

« La chanson de nos souvenirs » d’Emma Cooper

En voyant ce titre sur NetGalley, je n’ai pas pu résister, le résumé était tentant et les symptômes décrits par l’auteure trop alléchants, la couverture plutôt jolie, et je n’ai pas été déçue du voyage, c’est le moins qu’on puisse dire en pareil cas :

Résumé de l’éditeur :

Melody King a une pathologie rare : elle chante et danse dès qu’elle est stressée. Que ce soit à la caisse du supermarché, lors des réunions parents-profs, chez le médecin, impossible de se contrôler. Elle s’y adonne aussi durant son sommeil, mais ses enfants n’osent pas le lui dire de peur de la faire culpabiliser. La famille a appris à se serrer les coudes depuis la disparition de leur père, Dev, onze ans auparavant. Mais lorsqu’ils tombent sur un avis de recherche d’une personne ressemblant étrangement à celui-ci, ils sont confrontés à une vérité qui va bouleverser leur vie. Car même si Melody n’y croit pas une seconde, elle ne peut se résoudre à briser l’espoir de sa fille et de son fils de retrouver leur père …


Traduit de l’anglais par Dominique Haas

Ce que j’en pense :

Melody, la bien-nommée, présente une maladie rare, elle se met à chanter dès que la situation devient stressante. Personne ne peut lui expliquer pourquoi, mais c’est handicap notoire. Il faut dire qu’elle n’a pas eu une vie très simple : son mari a disparu du jour au lendemain sans donner signe de vie et elle élève seule ses deux enfants : Rose et Flynn.

Tout ce petit monde semblait nager dans le bonheur jusqu’au jour où il y a eu cet accident de voiture. C’était Dev qui conduisait et Flynn a perdu un œil et été défiguré.

Un jour, Rose qui n’a jamais renoncé à chercher son père tombe sur un fait divers :  un homme hospitalisé à la suite d’une chute fait l’objet d’un avis de recherche et il a le même tatouage que Dev… Les recherches vont reprendre et leur vie prendre une autre direction.

 Emma Cooper nous entraîne dans ce roman vers de multiples réflexions : comment réagir quand une personne disparait sans laisser de traces : au début, comme Melody, on cherche à l’affut de la moindre trace, ma moindre information quitte à faire des kilomètres pour rien on va vérifier. Puis, vu que le couple fonctionnait bien, une seule conclusion s’impose : la personne est forcément décédée et il faut réapprendre à vivre.

Lorsqu’un nouvel évènement tend à prouver qu’elle est toujours en vie, vient le terrible soupçon : il s’agissait donc d’un abandon… Ce qui remet en cause tout ce qui avait été construit pour vivre avec le deuil.

Elle nous propose aussi une belle réflexion sur la mémoire, l’amnésie, neurologique, psychogène ? et en poussant un peu plus loin, les maladies neurologiques…

Les symptômes présentés par Melody sont-ils liés à l’accident dont elle a été victime ou psychogène à nouveau, entre parenthèse coup de chapeau à la médecine au Royaume Uni avec son retard à l’allumage, et le temps perdu pour Melody. On a vaguement trouvé que ses symptômes, se mettre à chanter en cas de stress important pourrait être un équivalent du syndrome de Gilles de la Tourette, les grossièretés étant remplacées par des chanson. Sous-entendu la belle phrase « c’est dans votre tête » quand on ne sait pas….

J’ai beaucoup aimé ce roman, le premier de l’auteure, où on rit, en imaginant Melody qui se met à chanter, avec tout son corps qui danse, dès que le stress commence à monter, la chanson étant toujours là à bon escient, dans le contexte, ce n’est pas n’importe quelle chanson qui remonte de ses souvenirs, dans les situations parfois incongrues, quand elle doit se rendre à l’école convoquée par le proviseur, ou quand elle va acheter des chaussures pour sa fille. Ce qui déclenche la honte des enfants.

On imagine aussi ce que peuvent ressentir les enfants quand le chant arrive pendant le sommeil, et qu’ils finissent par se relayer auprès d’elle pour pouvoir dormir chacun un peu pour affronter le collège le lendemain. Et elle ne se souvient de rien au réveil, c’est en voyant leur tête qu’elle se rend compte que la nuit a dû être folklorique et donc place à la culpabilité.

Emma Cooper nous offre une scène sublime : Melody s’essayant à la méditation de la pleine conscience : j’ai hurlé de rire…

Pour un premier roman, c’est vraiment une réussite. On ne sombre jamais dans le pathos, même lorsque le cancer fait irruption dans la famille, l’auteure axe plutôt le récit sur le ressenti de chacun… Certes on flirte parfois avec le feel-good mais étrangement, cela ne m’a pas dérangée alors que ce n’est pas un genre que j’affectionne particulièrement.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard-Mazarine qui m’ont permis de découvrir ce premier roman et son auteure.

#Lachansondenossouvenirs #NetGalleyFrance

8-9/10

L’auteure :

Emma Cooper vit dans le Shropshire avec son mari et ses quatre enfants. Ancienne assistante éducative, elle rêve depuis son enfance de devenir écrivain. La Chanson de nos souvenirs est son premier roman.

Extraits :

Je ne propose que des extraits figurant à partir du 2e tiers de lecture, car un incident de liseuse m’a obligée à re-télécharger le livre donc une partie a disparu dans la nature…

L’amour vrai est simple. Il est là, dans les petits messages laissés sur des notes Post-it, dans la tasse de thé apportée au réveil. Il est dans les disputes dont on rit cinq minutes plus tard. Dans le bain qu’on fait couler à la fin d’une journée difficile ? L’amour vrai est désintéressé… à moins que… ?

Mais, maintenant ? Si Dev est vivant ? Si, en fait il nous avait quittés ? Peut-être que ce que nous vivions n’était pas le véritable amour, après tout.

Le sentiment de culpabilité marche main dans la main avec la maternité, on en a déjà parlé, mais ce sentiment-là, cette impuissance, ces reproches que je me fais, rageurs, c’est quelque chose de nouveau.

Je me concentre sur ma respiration, inspiration-expiration. Et merde, est-ce que je dois être en même temps consciente de la chaise sous mon derrière ? Je continue avec ma respiration en essayant également d’avoir conscience de la chaise et aussi de mon derrière qui commence à s’engourdir. J’ai le popotin engourdi, assis sur la chaise en bois qui est dure, je suis consciente de ma respiration, inspiration-expiration, et je me concentre sur mon ventre qui monte et qui descend. Oh zut ! est-ce que ‘ai bien mis le poulet au frigo ? On s’en fout ! reviens au moment présent, cul engourdi, portable chaud, inspirer à fond, expirer à fond. J’ai besoin de péter. Mais je suis consciente de mon estomac qui se dilate et se contracte, mais il faut que je serre les fesses, sinon…

La vie est merdique, on en fait ce qu’on peut. C’est comme ça que je m’étais débrouillé, ces onze dernières années. A toujours courir après une herbe plus verte, on peut finir par se rendre fou.

On dit que les gens nés sous le signe du cancer sont très « famille » et agressivement maternels, qu’ils protègent leur foyer. Et que pour y parvenir, ils sont souvent manipulateurs, vindicatifs et, comme le crabe, prompts à se retirer dans leur coquille et à s’y cacher.

Ça doit être merveilleux d’avoir la certitude que Dieu nous guidera d’un bout à l’autre de notre vie, de savoir que, même quand ça va mal, il y a une raison à cela et qu’il faut seulement la mettre au jour : en tirer la leçon, découvrir le pardon et continuer à avancer dans la vie, armé de cette foi aveugle.

Lutter contre le cancer est le plus grand combat qu’on puisse livrer dans la vie. Il dévore votre corps, vos pensées, mais le plus épuisant de tout, c’est l’espoir qu’il vous agite devant le nez. Cet espoir, il est là, à votre réveil ; il est là avec vous, quand vous êtes cramée par les rayons ; il est là en dépit de votre fatigue, quand le seul fait de lever les bras pour vous gratter vous exténue…

Lu en juillet 2021

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

8 commentaires sur « « La chanson de nos souvenirs » d’Emma Cooper »

    1. il flirte PARFOIS avec le feel-good, cela permet de diminuer l’émotion et la dureté des thèmes. on a besoin de ces moments de douceur pour se remettre de certains épisodes noirs. De toute façon, on n’a pas de happy end 🙂

      Aimé par 1 personne

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