Publié dans Littérature française, Thriller

« Manhattan Sunset » de Roy Braverman

Je continue ma période polar, qui risque de durer encore quelques temps (plus que d’habitude, je le crains, vu que mon duo infernal asthénie & douleurs a décidé de s’incruster et on ne peut pas dire que la cohabitation soit harmonieuse !)  avec le livre dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Il n’y a pas pire vengeance que ce qui blesse ceux qu’on aime.

À moins qu’on ne les tue.

Il n’y a pas pire obsession qu’un fantôme qui vous hante.

À moins que ce ne soit celui d’un ami.

Il n’y a pas pire crime que de tuer une enfant.

À moins de la tuer deux fois.

Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.

En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli :  » Alors, tu en dis quoi ?  » Un début d’enquête somme toute normal.

Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.

Pourtant, une fois par an, New York lui offre aussi un instant magique, lorsque le soleil couchant symétrique et flamboyant du Manhattanhenge prend la 42e rue en parfaite enfilade. Une illumination divine, comme la révélation d’un indice éclaire un crime d’une lumière nouvelle. Avant que tout, la ville comme la vie de Donnelli, ne sombre à nouveau dans la nuit.

Un polar noir et puissant, dans une ville que l’on croit connaître mais dont Roy Braverman fait un portrait inédit, aussi tragique et attachant que ses autres personnages, aussi à l’aise dans l’humour que dans le suspense, et porté par une écriture remarquable.

Ce que j’en pense :

Le corps d’une petite fille assassinée, le corps mutilé, vient d’être retrouvé dans une casse au milieu des épaves de voitures. Donnelli, alias Donut, du NYPD et sa coéquipière Mankato sont dépêchés sur les lieux. Tout oppose ce duo particulier, car Mankato, surnommée fort élégamment bleue-bite par Donnelli, est jeune, en pleine forme, sportive.

Il est désabusé, vient de perdre son coéquipier Pfiffelmann assassiné il y a quelques mois à peine, sur une interpellation qu’il a dû effectuer seul, car Donnelli, lui, victime d’un accrochage avec un livreur, est arrivé en retard sur les lieux. Il se laisse complètement aller et se retrouve sur la sellette. D’autant plus qu’il voit et entend le fantôme de Pfiff ce qui donne des conversations savoureuses mais lui attire des ennuis au passage…

Il s’agit d’identifier la petite fille et de trouver les assassins, ce qui nous emmène dans le milieu (au sens mafieux du terme) lituanien, avec les frères Dabnys, Goran, le cerveau, avocat de toutes les sociétés dont le frère, Mickael, est l’homme de paille sous l’œil vigilant de leur mère.

D’un autre côté, on vient de découvrir une femme tuée par balle en plein jour sur un pont, et cette femme s’avère être Martha, l’ex-épouse de Donnelli, méconnaissable car transformée par son second mari, spécialiste en chirurgie esthétique.

Évidemment, le FBI n’est pas loin car il enquête pour une autre raison sur les Lituaniens, alors compétition en vue entre les deux services.

L’enquête démarre tranquillement, si on peut dire, car il y a violence sous roche car les mafieux lituaniens ne font pas dans la dentelle. Peu à peu, le scenario s’enrichit, le rythme s’accélère, le suspense est au rendez-vous. Il y a des nombreuses interactions, entre des évènements en Russie, et ceux qui se déroulent actuellement avec une description de la mafia pour le moins intéressante, le blanchiment d’argent, une famille qui règne avec une main de fer, l’un état avocat, donc intouchable, le petit frère, qui ne pense qu’à prouver sa réussite avec un yacht tape à l’œil qui ne sort jamais de son emplacement, vu qu’il ne sait pas naviguer…

Les échanges entre Donnelli et Pfiff sont hilarants, hallucinations ? toujours est-il que Pfiff veut absolument savoir qui l’a tué et pourquoi et met son grain de sel partout…

J’ai beaucoup aimé, « visiter » New-York  dans les pas de Donelli et Mankato, avec tous les clichés sur les ethnies multiples, le mépris des uns envers les autres, ainsi que les rivalités. Roy Braverman nous offre des passages très intéressants sur un phénomène qui ne survient qu’une fois par an, le Manhattanhenge, où le soleil en se couchant illumine la 42e du fait de la manière géométrique dont la ville a été construite.

J’ai beaucoup apprécié ce thriller, plein de rebondissements et j’aurai du plaisir à continuer à lire les romans de Roy Braverman ou plutôt à retrouver sa plume car je l’ai découvert sous le nom de Ian Manook avec « Les temps sauvages » et le commissaire Yeruldelgger…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thrillers qui m’ont permis de découvrir ce roman.

#ManhattanSunset #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Plus connu sous le pseudonyme de Ian Manook, Patrick Manoukian, alias Roy Braverman, est l’auteur de la trilogie mongole à succès Yeruldelgger, parue chez Albin Michel entre 2013 et 2016.

Le premier opus de la série a été récompensé en 2014 par seize prix des lecteurs dont le Prix des Lectrices du magazine ELLE, le Prix SNCF du Polar et le Prix Quais du Polar. Hunter (2018) est le premier titre d’une trilogie américaine publiée chez Hugo Thriller. Il est suivi de Crow et de Freeman parus chez le même éditeur en 2019 et 2020.

Extraits :

Chacun, dans la cohue, est convaincu de participer à cet engouement frénétique pour l’argent. Celui qui permet de vivre. De survivre. La course de New-York bat au rythme de ses pieds impatients. Là-haut, c’est l’autre monde. Celui du rêve américain…

En bas, c’est l’appétit de la ville, en haut ce sont les rêves, mais pour Donnelli, comprendre cette ville, c’est la regarder du dix-septième étage. Sentir son sidéral abandon, ses vertigineuses solitudes, derrière ses hautes parois fragiles de verre et d’acier.

Cet immeuble est blanc, limite suprémaciste. Polacks, Yougos, Lituaniens et quelques Russes. En face, c’est la forteresse des métèques et des bougnoules. Arméniens, Libanais, Grecs et quelques Ritals. Pas d’Arabes. Plus loin, les Hispanos et les Latinos de tout genre et après, jusqu’au bout, tout le quartier est noir.  

Alors je ne suis ni bleue, ni bite, même si je ne peux pas t’empêcher de me l’assener à chaque putain de phrase que tu prononces depuis que je suis ton équipière. Mais sois certain, Donnelli, sois certain que chaque fois que tu le dis, chaque fois que je l’entends, je pense très fort dans ma tête que tu n’es qu’un sale con de porc de macho de phallocrate de merde de misogyne pervers et d’étron libidineux.

Nous pensons que le business s’est inversé et qu’il est devenu non plus un moyen de s’enrichir les ferrailleurs, mais au contraire un système pour enrichir une filière de vendeurs. En deux mots, nous pensons que le flux de cash finance un nouveau type de filière terroriste que nous appelons le terrorisme low cost. Celui qui frappe l’Europe et le Moyen-Orient avec les attaques à la voiture-bélier, par exemple.

La lumière transperce toute la ville de part en part, de l’Hudson jusqu’à l’East River, engluant toutes la poussière du jour dans un flot mielleux qui poisse le trafic. Les pare-brise des voitures aveuglées remontant la 42e brillent tous du même soleil fragmenté. Celles qui descendent la rue, capots rutilants, ont allumé leurs phares pour ne pas disparaître dans l’aveuglement du couchant. La clarté fulgurante étire les ombres parallèles, rasantes et démesurées. Depuis la terrasse de l’Astor, Donnelli goûte le bonheur de cet alignement magique du couchant avec la 42e.

Le Manhattanhenge se termine comme un film à l’envers où le soleil qui meurt aspire la lumière. L’obscurité s’engouffre à nouveau dans la ville et noie un à un, dans une eau noire, les derniers reflets qui s’éteignent à reculons, comme des tisons.

C’est vrai que le front de mer de Little Odessa ressemble un peu à une promenade sur les bords de lamer Noire. Ou du moins à l’idée que s’en fait Donnelli. Quelque chose des années soixante. Avant la chute du mur et l’effondrement de l’empire, quand les Russes étaient déjà mafieux, mais pas encore milliardaires.

Lu en mai 2021

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

19 commentaires sur « « Manhattan Sunset » de Roy Braverman »

  1. J’ai lu le premier tome de Yeruldelgger, j’ai bien aimé, l’histoire est captivante et dépaysante, quoique assez sanglante (si je m’en rappelle bien). Donc je ne dirais pas non si je devais suivre l’auteur à New York !
    Le nombre de pseudonymes est surprenant 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. il fait découvrir New-York sous un autre jour, sur la plan social et ethnique le duo de flics est attachant et le suspense garanti jusqu’au bout donc une belle expérience mais j’ai préféré Yeruldelgger, peut-être pour le dépaysement complet 🙂
      week-end prolongé,sous un temps morose mais on est encore en mai…
      bon week-end à toi, j’espère qu’en Bretagne c’est plus sympa 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. le suspense est garanti jusqu’à la dernière minute (comme Yeruldelgger) et l’analyse du « milieu new-yorkais » est très intéressante, de même son policier quia de grosses fêlures…

      J'aime

    1. une enquête qui va s’avérer passionnante, avec tes thèmes forts ( mafia russe ou lituanienne même combat et le flic qui a des hallucinations parce qu’il se culpabilise cela donne des dialogues sympathiques …

      J'aime

  2. Voilà comment on apprend que Ian Manook et Roy Braverman ne font qu’un… Je ne lirai probablement pas ce roman, mais tu m’as appris ça, et c’est déjà beaucoup. J’ai lu le premier de la trilogie Yeruldelgger, j’avais apprécié sans plus parce que je ne suis pas fan de ce genre littéraire, mais je reconnais que c’était pas mal du tout.

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai découvert Ian Manook avec le T2 de la trilogie et le dépaysement comme le rythme m’ont plu…
      j’ai lire des polars de temps en temps, autrefois je considérais que c’était de la sous-littérature mais certains auteurs m’ont amenée à changer d’avis.ainsi que certains blogueurs
      Dans les périodes difficiles cela me fait du bien alors que les feel good m’insupportent 🙂

      Aimé par 1 personne

  3. Encore un auteur que je n’ai jamais lu ! Tu as raison de te détendre parce que lorsqu’on a mal et qu’en plus la météo n’est pas favorable, cela permet d’oublier les douleurs… Bon courage !

    Aimé par 1 personne

    1. ma rhumato m’a fait augmenter les antalgiques sinon je ne sais pas ce que j’aurais fait.
      Mais je suis revenu 6 ans en arrière et j’aurais eu de la morphine sous la main je crois que j’en aurai repris.
      Tramadol et lucidité cela ne fait pas très bon ménage, mais c’est un bon compromis 🙂

      J'aime

    1. si tu as aimé la trilogie Yerulgelgger » il devrait te plaire et là on n’est pas dans la polar soft …
      il faut que je me trouve les autres romans parus sous l’étiquette Roy Braverman (ce pseudo me plaît bien aussi!)

      Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.