Publié dans Littérature française, Thriller

« Pasakukoo » de Roy Braverman

Ayant passé un bon moment avec « Manhatan sunset » il y a une semaine ou deux, j’avais envie de retourner dans l’univers de Roy Braverman avec ce au livre au titre aussi évocateur que sa couverture :

Résumé de l’éditeur :

Rhode Island, l’été indien, un manuscrit disparu, deux écrivains rivaux, une histoire d’amour : le page-turner d’été, lumineux et divertissant !

Lac Pasakukoo, dans le Rhode Island des étés indiens. Le corps noyé d’une jeune romancière prometteuse, égérie annoncée d’une nouvelle génération d’écrivains.

De chaque côté du lac, la résidence de deux auteurs à succès, meilleurs ennemis du monde. Un shérif qui ne les aime pas et un village où aucun secret ne résiste à la douceur de vivre apparente.

Un avocat noir et théâtral qui débarque.

Une secrétaire à faire pâlir Vénus en personne.

Un assistant littéraire appliqué et ambitieux.

Un manuscrit dont la seule existence fait frémir les familles les plus puissantes de la région. Des mots qui deviennent des armes, et des pages blanches des linceuls.

Et soudain, une série de violences qui se déchainent entre les rancœurs d’hier et les menaces de demain.

Ce que j’en pense :

Cette fois, immersion à Rhode Island avec ses lodges majestueux d’écrivains milliardaires auxquels tout semble réussir :

Nous avons, d’un côté Benjamin Dempsey, auteur sérieux et reconnu et de l’autre côté du lac Pasakukoo. Le lodge de Akerman, auteur de best-sellers dont les fêtes sont somptueuses et dont le talent laisse plus à désirer. Tous les deux ont été amis, autrefois, mais actuellement il semblerait que tous les coups soient bons pour se dénigrer mutuellement. Chacun a affublé l’autre d’un surnom moqueur : Gasby le petit pour Akerman, versus Emile pour Dempsey

Dempsey est en train de rédiger son dernier roman, et il est assisté d’un stagiaire, Matthew, chargé de faire les corrections, avant de mettre le manuscrit dans le coffre, le soir, tout en discutant philosophiquement sur la vie, l’amour, voire le talent de manière cynique le plus souvent.

Un soir, alors qu’ils sont installés confortablement, débarquent trois jeunes femmes, champagne à la main, décolletés plongeants, invitées à la fête d’Akerman. Dempsey les expédie en face, plus ou moins vexé qu’on ait pu confondre les deux propriétés, la sienne étant quand même la plus belle !

Une des jeunes femmes, Esther, va revenir dans la soirée, traversant le lac en barque avec l’envie d’accrocher Dempsey à son tableau de chasse, mais il préfère s’abstenir et demande à son stagiaire de la raccompagner, étant donné qu’elle a déjà beaucoup bu !

Le lendemain le corps de la belle est retrouvé flottant sur le lac. Meurtre, suicide ? Toujours est -il que Blansky, le shérif débarque. Or, il y a un vieux contentieux entre eux : Dempsey a séduit l’épouse puis la fille du shérif, et la vengeance est un plat que se mange froid.

La belle était en train d’écrire un roman sur sa vie et celle de sa famille, les familles paternelle et maternelle sont richissimes, magouilleuse et n’hésite pas à proposer une grosse somme pour être prévenue des moindres avancées de l’enquête… Et curieusement, intervient Douglas Dwayne, un tueur à gages au casier judiciaire long comme le bras ainsi que sa sœur Abigail.

Un crime en entraînant un autre, je me suis laissée happer par ce roman addictif (je lui dois deux nuits d’insomnie car je ne voulais pas le lâcher !) et cette histoire m’a beaucoup plu , car Roy Braverman nous entraîne dans les coulisses du monde littéraire, les bons écrivaines et les moins bons, les arrivistes qui veulent devenir calife à la place du calife, les vies sexuelles débridées, Dempsey et Akerman font les mêmes conquêtes, se piquant leurs amourettes, leur animosité n’est pas seulement littéraire !

On aborde aussi les maisons d’éditions aux procédés pas toujours corrects (cf. le duo d’avocats : Tom Whitaker, le beau Noir musclé et la belle hispanique, Melinda Mendes qui choisit ses tenues en fonction de l’effet recherché pour troubler l’adversaire… ou encore des émissionsTV truquées pour faire le buzz et booster les ventes…

Et bien-sûr, on a encore et toujours, les flics intègres et les ripoux… ce qui confère de nombreux rebondissements, au cours de la lecture, avec une idée intéressante : Roy Braverman donne la parole à un des protagoniste, censé être mort, au moment il livre ses réflexions en nous laissant le soin de deviner de qui il s’agit en prenant un malin plaisir à nous induire en erreur. Ses cogitations étant écrites en italiques.

Bien-sûr, on ne peut pas, ne pas penser à « La vérité du l’affaire Harry Québert » de Joël Dicker, où il est question également de la relation de maître à élève. J’ai lu les deux mais j’ai préféré « Pasakukoo », car l’intrigue est bien plus aboutie.

J’ai retrouvé avec plaisir la plume, le style, la créativité de Roy Braverman, alias Ian Manook et il me reste encore quelques opus ) découvrir sous les deux (et probablement plus)  pseudos !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo publishing poche qui m’ont permis de découvrir ce roman addictif et de retrouver la plume d’un auteur qui me plaît bien décidément…

#Pasakukoo #NetGalleyFrance

9/10

Extraits :

Peu importe qui je suis pour l’instant, puisque je suis mort maintenant, mais voilà ce que je sais de cette curieuse affaire. Tout commence par un malentendu, du côté de Notchbridge, Rhode Island, où l’écrivain Benjamin Dempsey possède un lodge sur les rives du lac Pasakukoo. Un havre de paix que j’ai bien connu, moi aussi…

Matthew, le grand amour, le mariage, la fidélité sont des artifices sociétaux. Le véritable amour, c’est une attirance reptilienne pour la survie. La sienne, égoïste, pas celle de l’autre. J’aime, donc je vis.

Ce colosse noir a pris l’ascendant sur les deux policiers en quelques minutes à peine et moi, comme Dempsey, je me serais aussi laissé piéger par sa colère. Pourtant je sais qu’une colère, ça se construit et ça se maîtrise. Une colère, ça ne trébuche pas comme un élan de hargne ou de haine. Une belle colère, c’est fait pour avancer en bon ordre, ça ne part pas dans tous les sens, c’est comme une tortue de centurions romains, ça suit son plan.

Pou r ceux qui ont eu le bonheur d’avoir une enfance, tout se décide à vingt ans. Nous avons, à cet âge-là la capacité d’envisager toutes sortes d’avenirs, sans mettre en balance le prix à payer pour qu’ils se réalisent.

Nous ne détruirons jamais la nature, elle reprendra toujours ses droits, d’une façon ou d’une autre. Tout ce que nous détruisons, c’est-ce que nous avons construit. Les choses comme les vies, c’est-à-dire nous.

Pas étonnant que cette puissance de destruction fascine les auteurs. Je me sens depuis le début de ce roman comme un gladiateur dans une arène. Est-ce un hasard si, au temps des jeux du cirque, celui qui avait le pouvoir d’arrêter le combat ou d’exiger qu’il se poursuive jusqu’à la mort s’appelait « l’éditeur ».

Les auteurs mentent. Ils n’ont pas vécu ce qu’ils racontent. Raconter, c’est déjà mentir un peu. Écrire, c’est mentir beaucoup. L’auteur de ce roman n’a jamais tué personne. A ma connaissance. Et pourtant, voyez comment il tue. On pourrait même croire qu’il y prend plaisir…

Chaque roseau est différent, mais le vent couche toutes les herbes dans le même sens. Je suppose que l’auteur est fier de cette métaphore, puisque lui-même se prend pour le vent qui nous courbe tous selon son désir.

Lu en mai 2021

Publié dans challenge Voisin Voisines, Littérature italienne, Roman noir

« L’autre bout du fil » d’Andrea Camilleri

Toujours dans ma période polar, je vous parle aujourd’hui d’un auteur que j’aborde pour la deuxième fois seulement avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

A Vigàta, tandis que l’arrivée chaque nuit de barques contenant des migrants rescapés de naufrages bouleverse la vie du commissariat, Livia, l’éternelle fiancée gênoise de Montalbano le contraint à affronter une autre épreuve : il doit se faire faire un costume sur mesure. A cette occasion, le commissaire rencontre la très belle et aimable Elena et son assistante tunisienne Meriam. Tandis que la crise migratoire s’aggrave sur les côtes siciliennes, avec son lot de racisme et de violences, Elena est assassinée à coups de ciseaux de tailleur, les suspects du meurtre ont apparemment des alibis, et un coupon de tissu d’une exceptionnelle qualité recèle peut-être des révélations sur le passé de la défunte couturière…

Assisté par l’inénarrable Catarella, tombé amoureux d’un chat qui ne le lui rend guère, d’un Augello que son donjuanisme aveugle et d’un Fazio ombrageux, le commissaire Montalbano progresse vers la vérité grâce à son art du mensonge, et sans jamais oublier d’honorer son culte biquotidien à la gastronomie sicilienne…

Ce que j’en pense :

Après avoir émergé d’un cauchemar, où sa pantoufle a tête de chat l’avait griffé, Le commissaire (dottor) Montalbano a une discussion animée avec sa compagne, Livia : celle-ci veut qu’il aille se faire faire un costume sur mesure, à l’atelier d’Elena, une de ses copines. Idée qui ne lui plaît guerre, surtout qu’il va falloir prendre ses mesures (partout), et se déshabillé devant une femme. Mais ils sont invités à renouveler les vœux de mariages d’un couple ami (autre idée qui ne le réjouit guère).

Il faut dire que notre commissaire a du pain dur la planche : durant la nuit « accueillir » les migrants qui débarquent sur la plage après avoir subi un voyage sur des embarcations surchargées, et il faut les faire débarquer sans déclencher de fuites liées à la peur, ils ont tellement attendu (et fantasmé) sur cette terre d’accueil, qu’ils tentent tous de se précipiter. Il est aidé par le Dr Osman qui peut leur expliquer dans leur langue ce qu’on attend d’eux.

La journée, il doit vaquer à ses obligations habituelles, avec un manque de moyens dramatiques. Il se rend néanmoins à son essayage et la belle Elena lui tourne un peu la tête, surtout ses jambes.

Un matin, Elena est retrouvée assassinée à coups de couteaux et l’enquête commence dans des conditions assez rocambolesques, la belle dame avait beaucoup d’admirateurs et on ignore tout de son passé…

J’ai bien aimé cette enquête sur fond de migrants, de réflexions sur l’Europe qui se cloître, pour n’accueillir personne. On rencontre des personnages intéressants, et les coéquipiers de Montalbano valent chacun leur pesant d’or. Qu’il s’agisse de Catarelle, et ses mésaventures avec le chat d’Elena, ou d’Augello amoureux transi, jaloux, au langage fleuri ou du plus réservé Fazio… J’ai bien aimé le docteur Osman et son dévouement par la traduction et l’aide qu’il apporte, ainsi que Meriam, l’assistante tunisienne d’Elena qui s’investit aussi à fond pour venir en aide aux migrants.

Je vais garder en tête des images fortes, tel le joueur de flûte qui pleure, se débat parce qu’on veut lui arracher sa flûte, lui qui était musicien reconnu dans son pays et à qui il ne reste plus que cet instrument.

Ou encore, ces passeurs infects qui n’ont pas eu le temps de sauter de l’embarcation en train de couler, et osent se faire passer pour des migrants, alors qu’ils ont profité du « voyage » pour violer une gamine…

Je voudrais rendre hommage au traducteur, Serge Quadruppani, qui a réussi à bien adapter en français, les 3 niveaux d’italien, ce qui en soi un exploit : l’italien officiel dans un registre familier, le dialecte et l’italien sicilianisé ce qui donne un texte savoureux. De plus, il a choisi le parti de la littéralité dans la construction des phrases : « Montalbano sono, Montalbano je suis » par exemple.

C’est la deuxième fois, seulement, que je me lance dans un roman d’Andréa Camilleri, car j’ai gardé un souvenir mitigé de « La danse des mouettes » et cette fois, j’ai apprécié l’auteur et le livre car l’intrigue est intéressante mais ce qui m’a vraiment séduite c’est la truculence de la langue…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fleuve Noir qui m’ont permis de découvrir ce roman et de replonger dans l’écriture d’Andrea Camilleri

#Lautreboutdufil #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Italien d’origine sicilienne, né en 1925, Andrea Camilleri a mené une longue carrière de metteur en scène pour le théâtre, la radio et la télévision, avant de se tourner vers la littérature.

 D’abord auteur de poèmes et de nouvelles, Andrea Camilleri s’est mis sur le tard à écrire dans la langue de sa Sicile natale. Sa série consacrée au commissaire Montalbano a rencontré un tel succès qu’elle a été adaptée en feuilleton à la télévision.

Son héros, un concentré détonnant de fougue méditerranéenne et d’humeur bougonne, évolue avec humour et gourmandise au fil de ses enquêtes, parmi lesquelles : Jeu de miroirs(2016), Une voix dans l’ombre (2017), Nid de vipères (2018) et La Pyramide de boue (2019).

Andrea Camilleri a reçu en 2014 le prix Federico Fellini pour l’excellence artistique de son œuvre. Tous ses romans ont été publiés chez Fleuve Éditions et sont repris chez Pocket. Andrea Camilleri est décédé à Rome en 2019 à l’âge de 93 ans.

Extraits :

Le dos ! voilà ’ne autre partie du corps qui t’avise des premiers ennuis de la vieillerie.

Quand ils se mirent à la rambarde, ils virent ‘ne masse informe : tous s’étaient comme empaquetés dans les couvertures thermiques qu’on leur avait données. On ne voyait que les yeux, étincelants, écarquillés, attentifs, tels ceux des chiens quand ils attendent un os.

Et soudain, une idée le frappa : parmi ces misérables, combien de pirsonnes capables d’enrichir le monde par leurs talents ? Combien parmi les cataferi (cadavres) qui se trouvaient à présent dans l’invisible cimetière marin, auraient pu écrire ‘ne poésie dont les paroles auraient consolé, égayé, comblé le cœur de ses lecteurs.

Aussi, ces considérations mises à part, combien d’altruisme, de générosité de l’homme envers l’homme se perdait dans cette tragédie qui se répétait chaque nuit ?

Sa discipline de flic lui permettait de faire ce qu’il devait faire, mais son âme d’homme n’en pouvait plus de contenir toute c’te tragédie.

Moi, je pense qu’après le grand rêve de c’t’Europe unie, nous avons fait de notre mieux pour en détruire les fondements. Nous avons envoyé se faire foutre l’histoire, la politique, l’économie communes. La seule chose qui restait peut-être ‘ntacte, c’était cette idée de paix. Passequ’après s’être entre-massacrés pendant des siècles, on en pouvait plus. Mais maintenant, on l’a oublié, cette idée, et donc, on a trouvé la bonne excuse de c’tes migrants pour remettre des frontières, des vieilles et des nouvelles, avec des barbelés. Ils disent qu’au milieu de c’tes migrants, il y a des terroristes qui se cachent, au lieu de dire que ces malheureux fuient justement les terroristes.

Il aréussit ‘ne espèce de miracle, à savoir ne laisser passer aucune pinsée dans sa coucourde. Sa cervelle lui était advenue comme un tableau noir où n’apparaissaient que des expressions élogieuses sur les saveurs qui, partant de sa bouche, réjouissaient tout le corps jusqu’à la pointe des pieds, pour remonter ensuite.

Montalbano pinsa que parfois, être orphelin d’une mère du sud, ça pouvait bien ne pas être une malédiction.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française

« Le chant du perroquet » de Charline Malaval

J’ai beaucoup aimé le précédent roman de l’auteure, « Le marin de Casablanca », alors lire ce livre était une évidence, d’autant plus qu’un petit voyage au Brésil, en plein confinement cela ne se refuse pas : 

Résumé de l’éditeur :

São Paulo, 2016. Tiago, un jeune journaliste indépendant, fait la connaissance de son voisin, Fabiano, qui habite le quartier depuis plusieurs décennies, avec un perroquet pour seul compagnon. Au fil de leurs rencontres, le vieil homme raconte son passé à Tiago, l’épopée d’une existence soumise aux aléas de l’Histoire. Le départ de son Nordeste natal pour participer à la construction de Brasília avec ses parents, son travail d’ouvrier dans les usines Volkswagen de São Paulo… et, surtout, il lui parle de la femme de sa vie, qui a disparu à la fin des années 1960, sous la dictature.

Avec l’idée d’en faire le sujet de son premier roman, Tiago recueille, fasciné, ce palpitant récit et, son instinct de journaliste reprenant le dessus, il décide d’effectuer des recherches par lui-même. Mais bientôt les pistes se brouillent et le doute s’insinue dans son esprit.


Véritable ode à la transmission, à l’amour, à la résistance, Le Chant du perroquet nous offre également, grâce à ses personnages inoubliables et à son écriture vive et magnétique, un magnifique et vibrant hommage à un Brésil immortel, celui d’hier et d’aujourd’hui.

Ce que j’en pense :

Tiago est journaliste, et pense devenir écrivain donc cherche un bon sujet. Un jour, alors qu’il se rend au travail sa vieille Fusca, l’équivalent brésilien de la coccinelle, la voiture ne veut plus démarrer et c’est un homme âgé, son voisin, Fabiano qui réussit à la remettre en marche. C’est ainsi qu’ils font un peu connaissance, car ils se contentaient de se croiser.

Un soir où un peu éméché Tiago ramène sa nouvelle conquête Juliana (le plus beau cul du monde dit-il avec beaucoup d’élégance) ils entendent des hurlements : « Laisse-moi partir, laiiiiiiiiiiiiisse moi partir…), ils foncent chez Fabiano et … C’est Chico, le perroquet, qui hurle et menace son propriétaire…

Peu à peu, Fabiano va leur raconter sa terrible histoire, en dépit des bâillements de Juliana, Tiago sent qu’il tient enfin un scoop.

On repart ainsi en 1956, sur les traces de Fabiano, dont l’enfance a été difficile entre un père alcoolique, une mère battue, qui un jour fait ses valises. Josefa a elle-aussi quitté cet endroit sous la protection de Lucio, accompagné de sa guitare magique.

Ils avaient quitté le Nordeste car la sécheresse avait anéanti les récoltes, pour aller construire la ville idéale du régime : Brasilia, dans un coin perdu du Brésil, née de la folie des grandeurs du président de l’époque et des esquisses de Niemeyer. Un paradis sur terre, mais qui sera probablement pour les riches, personne n’ayant les moyens de se payer un appartement. Fabiano fait la connaissance de Josefa qui va devenir l’amour de sa vie, ils sont à peine ados quand ils se rencontrent.

Il y a des pervers qui tournent autour d’elle, notamment deux hommes qui travaillent avec le père de Fabiano, compagnons de beuverie qui le poussent à la violence. Pour les fuir, ils vont quitter le chantier grâce à une opportunité : lors de la visite du Président, Fabiano ose prendre la parole, et ce dernier lui propose une embauche à l’usine Volkswagen de Sao Paulo. Il réussit à emmener Josefa avec lui pour l’éloigner des pervers et commencer une nouvelle vie.

Comme l’embauche vient du président, Fabiano va être très mal accueilli par le contremaître qui va lui pourrir la vie, mais grâce à Zé son binôme pour faire les pièces, il va s’accrocher.  Il est amoureux de Josefa, mais celle-ci se méfie des hommes et veut être indépendante. Pour tenter de la conquérir, il va apprendre à jouer de la guitare et à chanter.

Un jour, Pedro le fils du chef de la publicité de VW aperçoit Josefa et réussit à convaincre son père qu’elle doit être l’égérie de la marque, de la Fusca surtout.

Voilà nous connaissons tous les protagonistes, car leurs destins vont s’entremêler, alors que le coup d’état se profile, libérant les instincts sadiques et collabos des uns, et la résistance des autres. Maintenant que le décor (la trame de l’histoire plutôt) est planté, je vous laisse découvrir la suite. Et, l’auteure nous réserve des surprises…

J’ai choisi ce roman car, si j’aime beaucoup la musique, la culture du Brésil je connais assez mal son histoire, à part les dictatures et l’hécatombe qu’a déclenché le coup d’état de 1964. A l’ère Bolsonaro, c’était le moment ou jamais de m’y plonger pour tenter de comprendre pourquoi, un peuple qui a autant souffert, avec un nombre de morts effarant, où la torture était très inventive avec notamment le Pau-de-arara « le perchoir du perroquet » où les prisonniers étaient suspendus par les genoux et les poignets à une barre horizontale, la tête en bas, avec un psychiatre, le Doutor Sumiu et sa gueule d’ange, qui a l’art de mettre les gens en confiance lors des entretiens pour mieux les briser, et qui semble être une réincarnation de Mengele. L’hôpital psychiatrique de Barbacena est resté tristement célèbre.

L’auteure dénonce au passage la complicité de Volkswagen avec la dictature, sa chasse aux syndicats, ses délateurs zélés et leurs archives auxquelles il n’est pas évident d’accéder :

L’entreprise est déjà depuis trop longtemps dans le collimateur, avec ses dirigeants nazis, bien connus pour leur très grand sens de l’organisation et de l’ordre…

Tout au long du roman, ce style de roman gigogne que j’aime beaucoup où on alterne le présent et le passé pour rendre ce dernier plus supportable, la musique est omniprésente, la musique traditionnelle, la samba, puis la bossa nova, cette musique qui fait toujours autant vibrer, et me met des papillons dans le ventre (eh oui !). En annexe, l’auteure nous propose une liste de chansons : « du Brésil de Fabiano et Josefa au Brésil de Tiago et Juliana » avec quelques pépites.

Charline Malaval a truffé son roman d’expressions portugaises que j’ai retrouvées avec plaisir, étant lusophone, lusophile, donc ce livre avait tout pour me plaire d’où le coup de cœur…

Maintenant, il ne me reste plus qu’à lire les auteurs brésiliens de l’époque et ceux qui ont évoqué la dictature …

J’ai beaucoup apprécié l’écriture et les talents de conteuse de Charline Malaval que j’ai découverts avec « Le marin de Casablanca ». J’ai mis beaucoup de temps à rédiger ma chronique car j’avais samba et bossa nova dans la tête et pas du tout envie de refermer le livre…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce nouveau livre de Charline Malaval dont j’apprécie beaucoup la plume.

#LeChantduperroquet #NetGalleyFrance

Mes élucubrations :

Comme je l’ai déjà dit, j’ai appris le portugais cette langue, le portugais via Assimyl pour pouvoir discuter avec la famille de mon mari au Portugal donc il m’en reste encore un peu…

De plus, j’aime beaucoup le portugais en mode sud-américain (comme l’anglais USA versus Grande Bretagne par exemple ou français versus Québec), car les intonations sont plus douces, plus chantantes.

C’est un pays que l’on rêve de visiter, tous les deux mais il va falloir attendre un peu (pas seulement le COVID mais le départ de Jaïr Bolosonaro (vous l’avez sans doute remarqué, l’avoir affublé de ce prénom était peut-être dans le but de défier le destin, faire « jaillir » une parcelle d’intelligence, chez Bolso alias grippette-tapette pour reprendre ses mots favoris !!! Sans rancune, Mr le Président, je sais que vous appréciez l’humour!

En gros comme la Russie, quand Vladimir 1er va tirer sa révérence, on sera mort ! ou mes dernières notions de russe se seront évaporées…

L’auteure :

Charline Malaval est née en 1984 à Limoges et a grandi en Corrèze. Après avoir enseigné au Brésil, à l’île Maurice, en Bulgarie et au Vanuatu, elle est aujourd’hui professeure de lettres au lycée français de Riga (Lettonie). 

On lui doit « Le marin de Casablanca » et « Le chant du perroquet ».

Extraits :

Au fond, il n’y a pas plus brésilien que ces animaux-là… Ils sont comme l’âme de la samba, jamais si beaux, si colorés et le cœur à la fête que lorsque leur monde est en train de s’effondrer.

Chacun a droit à l’amour, mais chacun aime à sa façon. Alors que certains aiment tièdement et se contentent de sentiments étriqués, d’autres aiment corps et âme, constamment prêts à en mourir. Ceux qui savent aimer y sacrifient tout, leur cœur et leur âme.

Avec Fabiano, ce sera différent, Tiago l’a compris depuis quelques temps déjà, cet homme possède un secret, cache un drame, une tragédie derrière ses sourires. Selon Tiago, c’est précisément ce qui fait l’âme d’un roman. Jusque-là, son inspiration s’était toujours fait refouler par la page blanche qui l’interrogeait, frondeuse : « quel nœud vas-tu défaire ? Quel mystère vas-tu résoudre ? De quoi vas-tu bien pouvoir parler ?

Brasilia, c’est le symbole d’un pays qui gueule à tue-tête au reste du monde : on peut tout se permettre, que ça vous plaise ou non ! Et le Brésil s’est tout permis dans ces années-là ! La bossa-nova, le tropicalisme, la première coupe du monde remportée par la Seleção… Le Brésil a osé toutes les esthétiques, a associé des couleurs, des notes qui juraient ensemble pour en faire des œuvres d’art !

Le coup d’état de 1964 et la dictature sont d’ailleurs la conséquence de cette curiosité avide, de cet appétit de vie unique au monde.

Ils étaient des milliers comme eux, à avoir voulu tenter leur chance ailleurs, loin de ces terres que la pluie avait fuies. Il n’y avait plus rien à cultiver, plus rien à manger. Les récoltes de maïs et de haricots noirs séchaient sur pied depuis de longues années. On avait attendu en vain le retour de la pluie. On avait imploré tous les dieux, tous les esprits possibles, mais rien n’y avait fait.

Josefa, en silence, avait pleuré de joie de quitter le spectacle de désolation de son foyer. Mais elle savait qu’elle serait désormais exilée. Comme le lui avaient enseigné la douce voix rauque et la guitare enjôleuse de Lucio, une vie s’écrit en prenant des risques, et la musique les fait passer pour un jeu.

Du travail s’était ensuite présenté à Rio d’où Lucio faillit ne jamais repartir. En 1931, peu après son arrivée, il assista à l’inauguration de la célèbre statue du Cristo Redentor ouvrant grand ses bras à la cité merveilleuse. L’année suivante, la roue tourna encore et il connut les insurrections contre le dictateur Vargas, et bien entendu la crise économique qui suivit…

Mais, il faut tout de même avancer, et c’est grâce à cela que nous apprenons à nous connaître et à compter sur nous-mêmes.

Mais, la samba, c’est l’âme du Brésil. La musique n’a pas être digne puisqu’elle est le dernier rempart avant la folie. C’est une expression qu’on ne peut museler car elle imprègne tous les pores de ce fichu pays !

La saudade, douce et vibrante, réchauffait son âme, et malgré lui cette rythmique paresseuse et nouvelle agitait son corps. Ses pieds et ses jambes battaient la mesure. Il se laissa effleurer par le chant de la flûte et la voix si chaleureuse qui fredonnait la mélancolique mélodie.

« Il n’y a rien de mieux qu’un roman pour faire comprendre que la réalité est mal faite, qu’elle n’est pas suffisante pour satisfaire les désirs, les appétits, les rêves humains. » C’est de Mario Vargas-Llosa. Alors, arrange-toi pour en faire une histoire qui en tiendra compte.

Celui-ci (l’hôpital de Barbacena) avait servi, au cours des décennies du XXe siècle, et bien plus activement entre 1960 et 1970, à éliminer quelques soixante mille « patients ». Des femmes prétendument traitées pour hystérie ou schizophrénie. Des opposants politiques. Des fauteurs de troubles. Au plus fort des années de plomb, ils gênaient et avaient miraculeusement disparu de la circulation.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature canadienne, Thriller psychologique

« Du bruit dans la nuit » de Linwood Barclay

Il me reste encore quelques thrillers polars, quel que soit le nom qu’on leur donne, pour laisser mes neurones reconstruire leurs connexions défaillantes, ce qui semble sur la bonne voie, du moins je l’espère. Voici donc ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Un thriller psychologique empreint de folie et d’humour noir, riche de twists à la Gillian Flynn et d’un suspense si intense que vous n’oserez plus fermer l’œil de la nuit.

Paul Davis n’est que l’ombre de lui-même : huit mois plus tôt, ce professeur de littérature à l’existence sans relief a vu un assassin transporter des cadavres de femmes dans le coffre de sa voiture.

Depuis, Paul subit les assauts d’un violent syndrome de stress post-traumatique. Comment se libérer de cette nuit d’horreur ? Pour l’aider, son épouse l’encourage à coucher sur le papier les pensées qui le rongent et lui offre, pour ce faire, une vieille machine à écrire.

Mais bientôt, aux images cauchemardesques de ses nuits viennent s’ajouter des bruits étranges, le tac tac tac frénétique des touches d’un clavier. Et plus inquiétants encore sont les messages cryptiques, tapés par la machine, que Paul découvre au petit matin.

Somnambulisme ? Machination ? Démence ? À moins que les victimes du tueur ne s’adressent à lui pour réclamer vengeance ? Avec le soutien d’Anna White, sa charmante psychiatre, Paul s’enfonce dans les méandres d’une enquête aux soubresauts meurtriers…

Ce que j’en pense :

Paul Davis, professeur de littérature à l’université, constate en rentrant chez lui que la voiture de son ami Kenneth Hoffman fait de sacrés zigzags sur la route. Conduit-il en été d’ébriété ? Toujours est il qu’il décide de le suivre pour éviter une catastrophe. Mal lui en prend, lorsque Kenneth s’arrête, Paul sort de sa voiture, et se dirige vers lui et aperçoit deux cadavres de femmes dissimulés sur la banquette mais, à peine le temps de demander ce qui se passe, il se prend un grand coup de pelle sur la tête.

Mal en point, il récupère mal, toujours en arrêt de travail car il présente ce qui ressemble fort à un syndrome de stress post traumatique : troubles du sommeil, cauchemars terribles malgré ses séances chez la psychologue. Il décide, fortement encouragé par son épouse, (notons que la psy est réticente) d’écrire son histoire, pour tenter d’y voir plus clair, et son épouse lui offre une machine Underwood, trouvée dans une brocante. Mais la machine ressemble à celle sur laquelle Kenneth a obligé ses victimes à reconnaître leur faute (il les draguait toutes les deux en même temps et elles voulaient prendre leur distance)

Curieusement la nuit, on entend le tac-tac-tac de la machine à écrire, cauchemar ? Somnambulisme ? Hallucinations ? Paul sombre-t-il dans la folie ?

L’histoire s’installe tranquillement, et au moment où je commençais à trouver le temps long et l’intérêt de piètre qualité, à imaginer toutes sortes de scenarii possibles, à suspecter tout le monde, folie, manipulation entre autres,  coup de théâtre, un évènement vient tout remettre en question, mettant mes hypothèses à dure épreuve, et redonnant du piment à ma lecture.

J’ai trouvé Paul très attachant dans sa recherche acharnée pour essayer de comprendre, lorsqu’il lit tout ce qu’il peut trouver sur le procès, les pièces à conviction, les articles parus dans la presse…

Même si je ne suis pas très emballée, (j’avais trouvé certaine choses concernant la culpabilité car Kenneth qui purge sa peine en prison a quand même fait très, trop, rapidement des aveux complets) j’ai passé un bon moment, les relations étranges de Paul avec son épouse sont assez drôles mais surtout ce qui m’a interpelée et m’a finalement plu, ce sont les relations de la psy Anna White avec son propre père, (le cordon est-il coupé ?) ou avec ses patients dont certains sont franchement tordus et la manière dont elle ne cloisonne pas vie privée vie professionnelle.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond Noir qui m’ont permis de découvrir ce roman, pour le moins original ainsi que son auteur. Peut-être devrais-je tenter de lire un autre de ses romans pour me faire une meilleure idée de son univers, car il a beaucoup d’adeptes, semble-t-il…

#LinwoodBarclay #NetGalleyFrance

7,5/10

L’auteur :

Américain d’origine, Linwood Barclay vit à Toronto, au Canada, avec son épouse et leurs deux filles. La publication de Cette nuit-là (2009) est un succès immédiat, suivi par Les Voisins d’à côté(2010), couronné au Canada par le prestigieux Arthur Ellis Award.

Depuis, Linwood Barclay est devenu un auteur majeur de la littérature polar, traduit dans plus de dix langues et occupant la tête des ventes aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni et en Allemagne, à chacune de ses publications. Ses dix-sept romans sont publiés dans la collection Belfond noir et repris chez J’ai lu.

Extraits :

Sur le chemin du retour, Paul était de bonne humeur : le Dr White n’avait pas ouvertement découragé son projet de chercher à en savoir davantage sur Kenneth Hoffman, plutôt que de tirer un trait sur le passé. Il avait fini par croire que ses cauchemars, enracinés dans son expérience de mort –imminente, au sens le plus littéral du terme, puisqu’il avait effectivement bien failli y rester – persisteraient aussi longtemps qu’il se laisserait ronger par le traumatisme.

Ce qu’il fallait faire, à présent, c’était en apprendre davantage sur le début.

Qui était Kenneth Hoffman, exactement ? Un professeur respecté ? Un père aimant ? Un mari coureur de jupons. Un tueur sadique ? Était-il possible d’être tout cela à la fois ? Et, si tel était le cas, la pulsion de meurtre existait-elle en chacun de nous, attendant de se manifester ?

Tu te rappelles de « Pastorale américaine », le double fictionnel de Philip Roth, Nathan Zuckerman, écrit sur la vie de ce type qu’il appelle « Le Swede » ? Il commence par ce qu’il sait mais, arrivé aux épisodes qu’il ne connaît pas, il les imagine. Pour remplir les blancs du récit…

Vous n’imaginez pas le nombre de psys qui ont une vie personnelle totalement chaotique. Nous prodiguons des conseils aux autres pour qu’ils reprennent leur vie en main alors que la nôtre est une vraie cata. Elle eut un ricanement d’autodérision…

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature canadienne, Thriller

« Sans retour » de Tom Clearlake

Toujours dans ma quête de varier les genres littéraires, voici un roman que je ne risque pas d’oublier, mais pour les raisons habituelles :

Résumé de l’éditeur :

Lors d’un séjour à la montagne, John Gardner, dirigeant d’un groupe de sociétés, et sa famille, reçoivent amis et associés dans un lodge luxueux, au cœur des Rocheuses. Au deuxième jour, une tempête de neige se lève. Les routes sont bloquées. Les réseaux hors-services. Ils se retrouvent coupés du monde.

Quand le blizzard cesse, dix-huit jours ont passé. Les occupants du lodge sont secourus et placés en observation. Cinq d’entre eux sont portés disparus. 


Les survivants sont extrêmement amaigris. Et en état de choc. Ils ne parleront pas. Ils garderont le secret.

Le plus atroce des secrets.

Ce que j’en pense :

John Gardner, milliardaire à la tête d’une société créée par son père et son oncle qui ont investi dans la scierie, décrochant des coupes de bois ici et là dans l’irrespect total de ce qui peut arriver aux gens qui habite dans ces forêts (des Amérindiens par exemple ou d’autres populations autochtones selon le pays où ils ont sévi) a décidé d’emmener sa famille dans un lodge hérité de l’oncle Jeffrey, en plein cœur des Montagnes Rocheuses. Dans sa grande bonté, il a emmené avec lui son associé Jack, sa femme Gina et ses enfants, et deux autres couples avec lequel il est « en affaires ».

Tout se passe pour le mieux dans ce complexe luxueux avec salle de sport, jacuzzi entre autres, mais le blizzard se lève, de plus en plus violent avec la neige qui tombe sans arrêt.

On a droit aux jérémiades des ados privés d’Internet, réseaux sociaux jeux vidéo and Co mais il y a une antenne parabolique qui permet de mettre en place les connections jusqu’à ce que, tempête oblige, l’antenne est pulvérisée par la chute d’un arbre.  

Le blizzard s’intensifie, et il faut se rationner, et vont commencer les conflits entre égo, et cela va durer 18 jours, au terme desquels les hélicos vont les repérer, les hélitreuillés, dans un état physique et psychique déplorable.

Un policier Wesley, alias Wes, fraichement débarqué dans la région va recueillir le témoignage des survivants, car il en manque à l’appel… Wes est surpris par ces déclarations qui sont toutes les mêmes, sous la houlette de John et décide de mener sa petite enquête… Que s’est-il passé dans ce lodge, pour que les protagonistes en sortent dans un tel état ?

Ce huis-clos que nous promet l’éditeur m’intriguait, alors j’ai décidé de me lancer dans la lecture de ce roman, toujours dans l’idée de découvrir d’autres genres littéraires, et j’ai été servie : on a droit à tout ce qui peut exister dans l’horreur, (mais je préfère quand c’est Stephen King) la violence dépasse tout ce qu’on peut imaginer, avec des tueurs féroces, des évadés de prison, du chantage, racket et l’auteur pose un question jusqu’où peut-on aller quand on crève de faim, jusqu’au cannibalisme ?

Je suis allée jusqu’au bout du récit, haletant il faut bien le reconnaître, et je considère que c’est déjà un exploit, mais j’ai eu du mal et j’ai fini, le cœur au bord des lèvres, dans tous les sens du terme.

La morale de cette histoire ? Je vous laisse imaginer. En tout cas, c’est une expérience qui a été dure, voire traumatisante et cela m’étonnerait que je me laisse tenter par un autre livre de l’auteur.

Je n’ai rien divulgâché et je fais une chronique réduite à sa plus simple expression, pour ne dégoûter personne, ce qui est, je le répète, un exploit et je pense que ce livre aura sûrement des adeptes…

Un grand merci à NetGalley et aux Moonligth éditions qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteur

#Sansretour #NetGalleyFrance

4/10

L’auteur :

Pour en savoir plus sur Tom Clearlake, je vous conseille d’aller jeter un coup d’œil sur son site :

https://www.tomclearlake.com/

Quelques extraits choisis parmi les plus légers :

Au-dessus des forêts, dans la voûte céleste, le tissu de lumière des constellations continuait sa lente rotation. Le froid était encore descendu. Sa lame glaciale fauchait le peu de vie qui subsistait dans les bois. Bientôt ce fut au tour de la lune d’être emportée par des hordes de nuages noirs… Une à une, les étoiles disparurent à leur tour et le ciel, les arbres et les montagnes ne furent plus qu’un même espace obscur, sans forme distincte. Alors, les premiers flocons se mirent à tomber.

L’avantage avec la cocaïne, c’est qu’on est toujours en super forme. L’inconvénient, c’est qu’on a tendance à se croire immortel. Et le jour où on arrive au bord du précipice, lancé à pleine vitesse, il est trop tard pour freiner.

Je me dis qu’on est peut-être en train de vivre une sorte d’apocalypse, causée pour mettre un terme à l’absurdité dénoter civilisation.

Mais avait-il vraiment existé comme une personne entière ? Ou était-il seulement l’illusion d’un homme, un être composé de toutes pièces par les circonstances de son existence de dirigeant ? Personne n’avait jamais entendu ce qu’il avait au fond de lui. Ce qu’il était réellement. La vie l’avait bâillonné.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française

« Les trois vies de Suzana Baker » de Philippe Amar

Retour aujourd’hui sur un de mes sujets de prédilection, la Shoah, et la recherche de l’identité et des racines avec ce livre :

Résumé de l’éditeur :

Quand Lauren Moore, professeur d’Histoire contemporaine à Boston, reçoit pour son anniversaire un test génétique destiné à établir ses origines généalogiques, elle trouve le cadeau de sa fille Emily très amusant. Ce test est très en vogue parmi ses collègues historiens.
Quelle n’est cependant pas sa surprise quand elle en découvre les résultats, divulguant des origines ignorées de tous jusque-là. Une ascendance qui remet en question toute son existence ainsi que celle de sa fille et balaie d’un coup ce qu’on lui a toujours raconté de ses ancêtres.
Qui peut l’aider à résoudre ce mystère ? Sa mère Suzana, âgée de quatre-vingt-neuf ans et atteinte de la maladie d’Alzheimer, est dans l’incapacité de l’éclairer. Il semblerait pourtant qu’elle ait caché un secret que personne ne soupçonnait. Pourquoi aurait-elle menti ?


Pour Lauren et sa fille, c’est le début d’un long périple qui les mènera des USA, en passant par la France, jusque dans les contrées lointaines de l’Est européen. Une quête de la vérité, mais aussi la découverte d’une histoire incroyable qui va changer leur vie…

 Deux voyages inversés – l’un vers des origines inconnues, l’autre pour survivre.

Ce que j’en pense :

Pour son anniversaire, Lauren reçoit comme cadeau un test ADN, offert par sa fille Emily, pour déterminer ce qui se cache dans son ascendance, et là bingo, le résultat du labo arrive : juive ashkénaze 50,1%, c’est-à-dire qu’un ascendant est juif. Après la sidération, car elle a été élevée dans la religion catholique, elle décide de partir à la recherche de ses ancêtres.

J’étais Irlandaise à 35,2%, Anglaise à 7,8% Norvégienne à 6, 9% et majoritairement Juive ashkénaze à 50,1%

Elle est quasi certaine que c’est du côté de sa mère qu’il faut chercher, or Suzana a une maladie d’Alzheimer, précédée d’un AVC, donc la mémoire est plus que limitée. Elle décide de lui faire un prélèvement de salive, à son insu et… 99 % juive 1% russe.

Elle a très peu d’éléments pour commencer sa recherche, le nom de famille de sa mère Baker, or il s’avère que Suzana a soigneusement brouillé les pistes, avec des photos représentant ses ancêtres qui ne sont pas les bonnes, elle s’est complètement réinventée une vie, pour que l’on ne découvre jamais la vérité, et avec la maladie d’Alzheimer, cela va devenir vraiment compliqué, un travail de Titan.

On va la suivre dans ses recherches, sur Internet, les sites de généalogies, et elle finit par tomber sur une personne compatible en Lituanie. Ainsi commence le voyage, sur les traces de la famille, ce qui va s’avérer être très compliqué, il faut retrouver des registres, actes de naissance, et refaire le chemin à l’envers, ce qui va les emmener en Allemagne, en France… Lauren sera aidée par son mari Oliver journaliste d’investigation pour mener son enquête, sorte de « cold case sans victime » comme elle dit.

En parallèle, l’auteur nous raconte l’histoire de trois familles juives qui tentent de fuir les persécutions. La famille Braunstein a émigré en Allemagne à cause des pogroms dans les pays de l’Est, refait sa vie, tenant une boulangerie avec un associé, mais quelques années plus tard, c’est la nuit de cristal, la boulangerie est incendiée et il n’y a que quelques survivants.

La famille Horowitz, dont la fille Frida se fait brutalement éjectée d’un spectacle de danse parce qu’elle est Juive, alors que le père Samuel est allé se faire recenser sans penser qu’il tombait dans un piège. Et se retrouve interné dans le camp de Pithiviers.

Puis, 1940, nouvelle fuite car Paris est occupé, et il faut tenter de passer en zone libre, puis la rafle, du Vel d’hiv, l’occupation de toute la France avec les résistants, les collabos, les trahisons…

On suit le destin tragique des trois enfants : Hannah, Léon, Frida en parallèle avec le voyage initiatique de Lauren et Emily, qui les entraînera jusqu’à Auschwitz. Lauren qui est enseignante va se retrouver plongée dans cet univers qui était quelque peu abstrait à distance, c’est une chose d’enseigner le nazisme, le Shoah et une autre d’y être confrontée dans la réalité.

Il y a un moment très fort dans le roman, c’est la visite d’Auschwitz avec cette citation :

« Ils marchaient la tête basse, mimant inconsciemment ces êtres déshumanisés déportés plus de soixante-quinze ans plus tôt. Nous marchions la tête basse nous aussi. Était-ce par respect ? Comme si nous foulions le sol d’une église ? Était-ce parc que la honte de ce que l’humanité avait été capable de fomenter nous collait à la peau ? Ou parce que nous sentions que les fantômes de ces gens étaient partout autour de nous. Qu’ils nous jugeaient, nous accusant de les avoir laissés mourir. »

Philippe Amar nous raconte l’histoire de tous les protagonistes, sans pathos, qu’il s’agisse de la quête de Lauren ou des persécutions qu’ont subi Hannah, Frida et Léon, la difficulté d’aller à la pêche aux renseignements. Les faits sont relatés comme dans un livre d’Histoire, mais cela n’exclut pas les moments d’émotion, et on ne se sent jamais voyeur.

J’ai trouvé très intéressante l’idée de partir d’un test ADN et d’une femme américaine pour aborder le nazisme et la Shoah en retrouvant des ancêtres qui l’ont subie.

L’auteur maitrise parfaitement son sujet, et j’ai appris au passage que c’était inspiré de son histoire familiale.

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui fait réfléchir car Philippe Amar aborde aussi la transmission d’une culture, d’une société, d’une religion ou d’une langue, et la possibilité de faire ou non le deuil. En décrivant le comportement héroïque de certains et la cruauté, la lâcheté, l’appât du gain, (dénoncer un Juif, cela rapporte, mais dénoncer un résistant c’est encore plus lucratif !) l’antisémitisme profondément ancré encore à l’heure actuelle, et la question que l’on se posera toujours : qu’est-ce qu’on aurait fait ? On s’imagine Résistant, ne parlant pas sous la torture…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Fayard-Mazarine qui m’ont permis de découvrir et dévorer ce roman ainsi que son auteur, dont je vais l’intéresser aux autres livres.

#LestroisviesdeSuzanaBaker #NetGalleyFrance

9/10

L’auteur :

Diplômé en Droit, parolier, puis scénariste pour la télévision et le cinéma, Philippe Amar a publié en 2013, Tous les rêves de ma vie, et en 2019 Le petit roi du monde – tous deux en cours d’adaptation cinématographique.

Dans Les trois vies de Suzana Baker, l’auteur mêle l’Histoire à un drame inspiré du passé de sa famille, et nous livre ici un roman débordant d’émotion, de justesse et de suspense.

Extraits :

Mon père ne s’était jamais vraiment entendu avec son frère, qu’il estimait trop conservateur, alors qu’il était, lui, un pur démocrate. Mon oncle avait appris à faire de l’argent, mon père, à aimer et instruire son prochain.  L’un avait fini dans le pétrole, l’autre professeur d’histoire au Boston College.

D’après ma mère, leur conflit remontait à l’adolescence, quand mon oncle glorifiait le Ku Klux Klan.

Comme je relisais les conclusions du test, le néant s’empara de mon cerveau : je ne me reconnaissais plus. Un peu comme si j’avais vécu cinquante ans dans le corps d’une autre.

Alors que je devenais pur ma mère l’étrangère qu’elle avait le plus connue dans sa vie, désormais, c’était elle qui devenait une étrangère pour moi. J’avais peur qu’elle s’en aille en emportant son secret avec elle. Après avoir menti toute sa vie, elle continuerait de mentir dans sa mort. Je me sentis si impuissante que j’en eus la rage au cœur.

Toute sa vie, elle s’était fabriqué un monde duquel elle m’avait exclue par cette mystification. Et ma fille devrait désormais continuer à se construire sur cette imposture.

Mais ma peur de savoir n’était pas liée à ce que je risquais de découvrir, non, elle était un alibi pour ne pas chercher. J’appréhendais de porter ce passé dont je venais d’hériter et qui, pourtant, ne m’appartenait pas. J’enrageais. Si seulement ma mère m’avait dit qui elle était, alors je n’aurais pas aujourd’hui cette terrifiante sensation d’être personne.

J’avais le sentiment de ne pas avoir le droit d’être malheureuse. J’avais presque honte d’être vivante. Jamais, je n’avais ressenti une telle culpabilité de vivre, auparavant. Jamais.

Désormais, je faisais partie du livre d’histoire. Du chapitre « Holocauste ». Oui, j’étais « une enfant de survivante ». Ces mots étaient si lourds de sens que j’en ressentais déjà le fardeau.

Je devenais, à cause de ce test imbécile porteuse de la mémoire d’une rescapée. Porteuse de l’horreur de cette période damnée. Porteuse des traumatismes que ma mère avait réussi à ne pas me transmettre.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Manhattan Sunset » de Roy Braverman

Je continue ma période polar, qui risque de durer encore quelques temps (plus que d’habitude, je le crains, vu que mon duo infernal asthénie & douleurs a décidé de s’incruster et on ne peut pas dire que la cohabitation soit harmonieuse !)  avec le livre dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Il n’y a pas pire vengeance que ce qui blesse ceux qu’on aime.

À moins qu’on ne les tue.

Il n’y a pas pire obsession qu’un fantôme qui vous hante.

À moins que ce ne soit celui d’un ami.

Il n’y a pas pire crime que de tuer une enfant.

À moins de la tuer deux fois.

Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.

En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli :  » Alors, tu en dis quoi ?  » Un début d’enquête somme toute normal.

Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.

Pourtant, une fois par an, New York lui offre aussi un instant magique, lorsque le soleil couchant symétrique et flamboyant du Manhattanhenge prend la 42e rue en parfaite enfilade. Une illumination divine, comme la révélation d’un indice éclaire un crime d’une lumière nouvelle. Avant que tout, la ville comme la vie de Donnelli, ne sombre à nouveau dans la nuit.

Un polar noir et puissant, dans une ville que l’on croit connaître mais dont Roy Braverman fait un portrait inédit, aussi tragique et attachant que ses autres personnages, aussi à l’aise dans l’humour que dans le suspense, et porté par une écriture remarquable.

Ce que j’en pense :

Le corps d’une petite fille assassinée, le corps mutilé, vient d’être retrouvé dans une casse au milieu des épaves de voitures. Donnelli, alias Donut, du NYPD et sa coéquipière Mankato sont dépêchés sur les lieux. Tout oppose ce duo particulier, car Mankato, surnommée fort élégamment bleue-bite par Donnelli, est jeune, en pleine forme, sportive.

Il est désabusé, vient de perdre son coéquipier Pfiffelmann assassiné il y a quelques mois à peine, sur une interpellation qu’il a dû effectuer seul, car Donnelli, lui, victime d’un accrochage avec un livreur, est arrivé en retard sur les lieux. Il se laisse complètement aller et se retrouve sur la sellette. D’autant plus qu’il voit et entend le fantôme de Pfiff ce qui donne des conversations savoureuses mais lui attire des ennuis au passage…

Il s’agit d’identifier la petite fille et de trouver les assassins, ce qui nous emmène dans le milieu (au sens mafieux du terme) lituanien, avec les frères Dabnys, Goran, le cerveau, avocat de toutes les sociétés dont le frère, Mickael, est l’homme de paille sous l’œil vigilant de leur mère.

D’un autre côté, on vient de découvrir une femme tuée par balle en plein jour sur un pont, et cette femme s’avère être Martha, l’ex-épouse de Donnelli, méconnaissable car transformée par son second mari, spécialiste en chirurgie esthétique.

Évidemment, le FBI n’est pas loin car il enquête pour une autre raison sur les Lituaniens, alors compétition en vue entre les deux services.

L’enquête démarre tranquillement, si on peut dire, car il y a violence sous roche car les mafieux lituaniens ne font pas dans la dentelle. Peu à peu, le scenario s’enrichit, le rythme s’accélère, le suspense est au rendez-vous. Il y a des nombreuses interactions, entre des évènements en Russie, et ceux qui se déroulent actuellement avec une description de la mafia pour le moins intéressante, le blanchiment d’argent, une famille qui règne avec une main de fer, l’un état avocat, donc intouchable, le petit frère, qui ne pense qu’à prouver sa réussite avec un yacht tape à l’œil qui ne sort jamais de son emplacement, vu qu’il ne sait pas naviguer…

Les échanges entre Donnelli et Pfiff sont hilarants, hallucinations ? toujours est-il que Pfiff veut absolument savoir qui l’a tué et pourquoi et met son grain de sel partout…

J’ai beaucoup aimé, « visiter » New-York  dans les pas de Donelli et Mankato, avec tous les clichés sur les ethnies multiples, le mépris des uns envers les autres, ainsi que les rivalités. Roy Braverman nous offre des passages très intéressants sur un phénomène qui ne survient qu’une fois par an, le Manhattanhenge, où le soleil en se couchant illumine la 42e du fait de la manière géométrique dont la ville a été construite.

J’ai beaucoup apprécié ce thriller, plein de rebondissements et j’aurai du plaisir à continuer à lire les romans de Roy Braverman ou plutôt à retrouver sa plume car je l’ai découvert sous le nom de Ian Manook avec « Les temps sauvages » et le commissaire Yeruldelgger…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Hugo Thrillers qui m’ont permis de découvrir ce roman.

#ManhattanSunset #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Plus connu sous le pseudonyme de Ian Manook, Patrick Manoukian, alias Roy Braverman, est l’auteur de la trilogie mongole à succès Yeruldelgger, parue chez Albin Michel entre 2013 et 2016.

Le premier opus de la série a été récompensé en 2014 par seize prix des lecteurs dont le Prix des Lectrices du magazine ELLE, le Prix SNCF du Polar et le Prix Quais du Polar. Hunter (2018) est le premier titre d’une trilogie américaine publiée chez Hugo Thriller. Il est suivi de Crow et de Freeman parus chez le même éditeur en 2019 et 2020.

Extraits :

Chacun, dans la cohue, est convaincu de participer à cet engouement frénétique pour l’argent. Celui qui permet de vivre. De survivre. La course de New-York bat au rythme de ses pieds impatients. Là-haut, c’est l’autre monde. Celui du rêve américain…

En bas, c’est l’appétit de la ville, en haut ce sont les rêves, mais pour Donnelli, comprendre cette ville, c’est la regarder du dix-septième étage. Sentir son sidéral abandon, ses vertigineuses solitudes, derrière ses hautes parois fragiles de verre et d’acier.

Cet immeuble est blanc, limite suprémaciste. Polacks, Yougos, Lituaniens et quelques Russes. En face, c’est la forteresse des métèques et des bougnoules. Arméniens, Libanais, Grecs et quelques Ritals. Pas d’Arabes. Plus loin, les Hispanos et les Latinos de tout genre et après, jusqu’au bout, tout le quartier est noir.  

Alors je ne suis ni bleue, ni bite, même si je ne peux pas t’empêcher de me l’assener à chaque putain de phrase que tu prononces depuis que je suis ton équipière. Mais sois certain, Donnelli, sois certain que chaque fois que tu le dis, chaque fois que je l’entends, je pense très fort dans ma tête que tu n’es qu’un sale con de porc de macho de phallocrate de merde de misogyne pervers et d’étron libidineux.

Nous pensons que le business s’est inversé et qu’il est devenu non plus un moyen de s’enrichir les ferrailleurs, mais au contraire un système pour enrichir une filière de vendeurs. En deux mots, nous pensons que le flux de cash finance un nouveau type de filière terroriste que nous appelons le terrorisme low cost. Celui qui frappe l’Europe et le Moyen-Orient avec les attaques à la voiture-bélier, par exemple.

La lumière transperce toute la ville de part en part, de l’Hudson jusqu’à l’East River, engluant toutes la poussière du jour dans un flot mielleux qui poisse le trafic. Les pare-brise des voitures aveuglées remontant la 42e brillent tous du même soleil fragmenté. Celles qui descendent la rue, capots rutilants, ont allumé leurs phares pour ne pas disparaître dans l’aveuglement du couchant. La clarté fulgurante étire les ombres parallèles, rasantes et démesurées. Depuis la terrasse de l’Astor, Donnelli goûte le bonheur de cet alignement magique du couchant avec la 42e.

Le Manhattanhenge se termine comme un film à l’envers où le soleil qui meurt aspire la lumière. L’obscurité s’engouffre à nouveau dans la ville et noie un à un, dans une eau noire, les derniers reflets qui s’éteignent à reculons, comme des tisons.

C’est vrai que le front de mer de Little Odessa ressemble un peu à une promenade sur les bords de lamer Noire. Ou du moins à l’idée que s’en fait Donnelli. Quelque chose des années soixante. Avant la chute du mur et l’effondrement de l’empire, quand les Russes étaient déjà mafieux, mais pas encore milliardaires.

Lu en mai 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Polars

« Bal tragique à Windsor » de S. J. Bennett

Je vous parle aujourd’hui de premier livre de la série « Sa Majesté mène l’enquête » que Babelio a eu la gentillesse de me proposer dans le cadre d’une opération « masse critique » spéciale :

Résumé de l’éditeur :

« Sa Majesté mène l’enquête » : une nouvelle série de cosy crimes dont l’héroïne est Elizabeth II, reine d’Angleterre.

Quand Miss Marple rencontre The Crown !

Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s’apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d’une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu. Shocking ! Quel scandale si la presse l’apprenait !


Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son fidèle personnel d’être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu’ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C’est donc Rozie Oshodi, sa secrétaire particulière adjointe, une brillante jeune femme d’origine nigériane, qui va l’aider à démêler ce sac de nœuds en toute discrétion… God save the Queen du cosy crime !

Ce que j’en pense :

Soirée de bal à Windsor, le château préféré de la reine Élizabeth. Un jeune pianiste russe de talent a été convié, à ce « dine-et-sleep », lequel s’est avéré aussi être un bon danseur, il a entraîné la reine dans un tango puis d’autres femmes ont dansé avec lui et leur manière de danser le tango était assez suggestive. Même l’archevêque a esquissé des pas de danse…

Stupeur, au petit-déjeuner du lendemain, on apprend qu’il a été retrouvé nu, une cravate nouée autour du coup et l’enquête s’oriente vers une asphyxie auto-érotique… Mais, rien n’est simple au pays de Sa Majesté : on ne tarde pas à constater que le nœud de cravate est étrangement noué, donc il a été assassiné.

Grand branlebas de combat ! on voit débarquer, un commissaire, le directeur du MI5 qui est obsédé par Poutine, et voit la main de Moscou derrière ce crime : la victime est russe, Vladimir aime bien trucider ceux qui lui déplaisent (parapluie bulgare, novitchok…) mais de là à oser agir dans un palais de la reine… étrange…

La reine n’est pas convaincue et va charger sa secrétaire particulière adjointe Rozie Oshodi qui vient juste de revenir du Nigéria pour un mariage. Elle-même est très occupée, son quatre-vingt-dixième anniversaire approche, de même que la visite du couple Obama…

Son entourage a souvent tendance à considérer la reine comme une vieille dame fragile, ce qui donne des scènes assez drôles surtout lorsqu’on veut lui faire un schéma pour être sûre qu’elle comprend bien de quoi on lui parle, alors qu’elle pianote sur allègrement sur son iPad…

Les échanges entre la reine et Philip sont assez savoureux, et je les ai d’autant plus appréciés qu’il a tiré sa révérence récemment. (Cf. Extraits)

Rosie Oshogi, est une femme très sympathique, à l’esprit aussi vif que le corps, malheur à qui tente de s’en approcher avec de mauvaises intentions… on imagine cette belle jeune femme d’origine nigériane, qui se déplace en tailleur, jupe étroite, perchée sur ses talons de 12 cm, et qui est par ailleurs une excellente cavalière…

J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture rafraîchissante, bien stylée, avec l’humour « so british », les coups de griffe de Philip à David Cameron… C’est le genre de roman qui se déguste comme une friandise, et qui fait du bien au moral, dans la grisaille quotidienne. C’est le premier opus de la série, et j’espère que la sortie en France du deuxième ne tardera pas car j’ai hâte de retrouver Rozie, qui je l’espère prendra davantage de place.

On sent que S. J. Bennett connait bien la famille royale, le protocole, le fonctionnement des différents services car elle a failli devenir secrétaire particulière adjointe de la reine.

Un grand merci à Babelio et aux éditions Presse de la cité qui m’ont permis de découvrir cette série « soft polar » un peu dans le style des « Détectives du Yorkshire » mais avec un petit plus savoureux, car on visite les salles de réunion, la manière dont le château fonctionne… oui, je l’avoue j’ai un petit faible pour Sa Majesté (j’avais un gros faible pour Philip, c’était un bel homme à l’époque et il faut bien dire qu’il l’est resté longtemps, dans son bel uniforme ou en kilt…

De plus, ce livre est un bel objet : belle couverture, joli papier, avec un arbre généalogique de la famille royale, de 1837 à nos jours, dont je n’ai pas eu besoin car je les connais tous assez bien, mais qui apporte un petit plus aux jeunes générations qui auraient un peu oublié Édouard VIII dont l’histoire d’amour et le mariage avec Wallis Simpson ont fait la joie de tabloïds autrefois, ou   George V et George VI…

8/10

L’auteure :

Après avoir été consultante en stratégie, S. J. Bennett s’est lancée dans l’écriture de livres pour la jeunesse, puis de romans policiers.

Elle vit aujourd’hui à Londres. Par le passé, elle a elle-même failli devenir la secrétaire particulière adjointe de Sa Majesté. Autant dire qu’elle connaît son sujet !

Extraits :

Quand il la retrouva pour le café, après le déjeuner, Philip brûlait d’aborder le sujet.

  • Lilibet, vous a-t-on dit que l’homme était nu ?
  • Oui en effet, cela m’a été rapporté.
  • Pendu, comme un certain député conservateur. Il y a un nom pour cela. Comment dit-on, déjà ? Quelque chose auto-sexuel
  • Asphyxie auto-érotique, l’informa sombrement la reine qui venait d’effectuer une recherche Google sur son iPad.

Les chiens, eux, savaient. Comme Candy, ce matin. Les corgis avaient détesté Vladimir Poutine au premier regard et cherché à lui mordre les chevilles lors d’une visite officielle. Même le chien-guide d’un ministre aveugle s’était mis à aboyer. Les chiens ont un tel instinct…

Certes, la presse à scandale, avait publié un ou deux articles sur la nouvelle secrétaire « particulière » de la reine, sans oublier de mentionner son « physique exotique ». Et, dans les palais royaux, elle avait parfois droit à quelques airs étonnés ou à de petits excès de politesse.

La reine résout des énigmes criminelles. Je crois qu’elle a démêlé sa première affaire, vers l’âge de 12 ou 13 ans. Toute seule. Elle voit des choses que les autres ne voient pas – souvent parce qu’ils ont tous le regard rivé sur elle. Ses connaissances couvrent énormément de domaines. Elle a un œil de lynx, du flair pour déceler les mensonges et une mémoire fabuleuse. Son personnel devrait lui faire plus confiance.

Philip avait l’air de sortir tout droit d’un magazine. Elle n’avait jamais vu quiconque porter aussi bien l’uniforme ou le smoking. Quand ils s’étaient mariés, il était le meilleur parti d’Europe. Elle s’était sentie chanceuse à l’époque, et c’était toujours le cas aujourd’hui… même s’il était affreusement agaçant la moitié du temps.

Lu en mai 2021

Publié dans Non classé

« Femmes en colère » de Mathieu Menegaux

Après une première incursion dans l’univers de l’auteur, avec « Disparaître », j’ai eu envie de tenter l’aventure, avec le livre dont je vous parle aujourd’hui :

Résumé de l’éditeur :

Cour d’Assises de Rennes, juin 2020, fin des débats (auxquels le lecteur n’a pas assisté) : le président invite les jurés à se retirer pour rejoindre la salle des délibérations. Ils tiennent entre leurs mains le sort d’une femme, Mathilde Collignon. Qu’a-t-elle fait ? Doit-on se fier à ce que nous apprennent les délibérations à huit-clos, ou à ce que révèle le journal que rédige la prévenue qui attend le prononcé du jugement ?

Accusée de s’être vengée de manière barbare de deux hommes ayant abusé d’elle dans des circonstances très particulières, Mathilde Collignon ne clame pas son innocence, mais réclame justice. Son acte a été commenté dans le monde entier et son procès est au cœur de toutes les polémiques et de toutes les passions. Trois magistrats et six jurés populaires sont appelés à trancher. Doivent-ils faire preuve de clémence ou de sévérité ? Vont-ils privilégier la punition, au nom des principes, ou le pardon, au nom de l’humanité ? Avoir été victime justifie-t-il de devenir bourreau ?

Nous plongeons en apnée dans cette salle des délibérations d’un jury de cour d’assises. Neuf hommes et femmes en colère qui projettent sciemment ou inconsciemment sur l’écran de cette affaire le film intérieur de leur propre existence.

Ce que j’en pense :

A la suite du long réquisitoire de l’avocat général qui se termine, après un long silence savamment entretenu (une aposiopèse) sur une demande de vingt ans de prison. L’accusée, Mathilde Collignon, se rend compte qu’elle avait sous-estimé son acte. On ne sait pas de quoi, il s’agit, car le livre commence sur ce réquisitoire.

Ensuite, le jury est appelé à se retirer pour délibérer sous la houlette du juge Largeron qui, entre parenthèses s’est rué sur le dossier pour faire un coup d’éclat. Nous aurons accès aux délibérations et en apprendre plus sur ce qu’a fait Mathilde.

Elle est gynécologue en milieu hospitalier, divorcée, mère de deux enfants et, ô scandale, elle aime le sexe via un site de rencontre sur une application. Un jour, elle se rend chez l’un des hommes avec lequel elle a pris rendez-vous, et va se faire violer par lui et son copain avec toute la violence qu’on peut imaginer, viol sodomie coups…

Elle a le courage de s’enfuir et sous l’effet du traumatisme, décide de ne pas aller raconter ce viol à la police, car elle n’a pas envie d’entrer dans certains détails, et sait par expérience (des patientes lui en ont parlé) que la bienveillance n’est pas toujours au rendez-vous et qu’au procès, si procès il y a les violeurs disent toujours que la victime était consentante. Elle va mûrir sa vengeance…

Mathieu Menegaux explore tous les tenants et aboutissants, les violeurs qui se présentent en victimes, les juges ou jurés qui pensent qu’elle a inventé le viol, pour s’en prendre aux hommes (me-too à l’envers), la notion de consentements, le fait de ne pas se faire justice soi-même. En tout cas, je vous laisse découvrir la manière dont Mathilde s’est vengée et ce qui en a découlé, avec une mise en accusation pour « torture et acte de barbarie ». c’est étrange, quand même de constater que le viol n’est pas considéré  comme un acte de barbarie, alors qu’il a été largement utilisé pendant la guerre dans l’Ex-Yougoslavie par exemple pour réduire les femmes au silence et les briser à jamais…

Les échanges entre les jurées femmes et les hommes sont à la limite du supportable, tout comme le fait que ce sont des hommes qui ont mené l’enquête, mis en examen, emprisonné… Sans oublier que nous sommes à l’heure et l’ère des réseaux sociaux avec des échanges musclés des me-too balance ton porc d’un côté et les intégristes de la condition masculine de l’autre. Et cela a forcément des répercussions sur la réflexion du jury.

Ce roman fait donc réfléchir, on ne sait pas ce qu’on aurait pu faire, à la place de Mathilde, les trucider ou faire confiance à la justice ? Je suis passée par différents stades, la colère, l’empathie limitée à l’égard de Mathilde qui ne montre aucun regret ou remords, l’envie de frapper les deux hommes du jury : une femme dit aimer le sexe est forcément une folle dépravée, qui a bien mérité ce qui lui est arrivé (on est en 2021, il me semble, ou alors c’est ma mémoire qui me joue des tours ?) alors que dix minutes avant, les mêmes affirmaient qu’elle avait inventé le viol…

Moralité de l’histoire : comment gérer l’intime conviction ? Et juger en toute impartialité ?

C’est ma deuxième incursion dans l’univers de Mathieu Menegaux dont j’avais plutôt apprécié « Disparaître » et   j’ai beaucoup aimé ce livre avec des rebondissements, une évolution des jurés (certains du moins !) au cours des délibérés avec un juge dont les certitudes vont être chahutées.

Je tiens à préciser au passage que je ne suis pas passionnée par les tribunaux, les jugements, les prétoires, les plaidoiries, je préfère en général le côté « enquête policière », aussi bien dans les livres que dans les séries télévisées, donc je suis sortie de ma zone de confort et c’est une expérience intéressante.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis  de découvrir ce livre et de retrouver son auteur.

#Femmesencolère #NetGalleyFrance

8/10

L’auteur :

Mathieu Menegaux est né en 1967. Il est l’auteur Je me suis tue (Grasset, 2015, Points 2017), primé aux Journées du Livre de Sablet, Un fils parfait(Grasset, 2017, Points 2018), prix Claude Chabrol du roman noir, porté à l’écran en 2019 (France 2), Est-ce ainsi que les hommes jugent ? (Grasset, 2018, Points, 2019), prix Yourcenar, en cours d’adaptation pour la télévision, et de Disparaître(Grasset, 2020, Points, 2021).

Extraits :

Moi qui ai répondu aux questions de la cour sans ressentiment, sans haine, sans rien masquer de la violence que j’ai subie ni de celle que j’ai infligée à mon tour. Moi qui ai cru, naïve, que les hommes pourraient faire montre de clémence à défaut de m’accorder leur pardon. Une barbare, donc. Enfin, comme si cela ne suffisait pas, j’étais accusée d’être un monstre froid, calculateur, incapable de repentir et privé de conscience…

Pour mon malheur, l’avocat général s’est révélé excellent orateur. Alternant les crescendos et les andantes, il a ménagé son effet final par une interminable aposiopèse, afin d’être bien certain de capter l’attention de la salle tout entière suspendues à ses lèvres.

La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : « Avez-vous une intime conviction ? »

Aux États-Unis, les jurés sont livrés à eux-mêmes, et doivent revenir avec un verdict unanime, dans quarante-huit états sur cinquante. La réalité des délibérés en France est plus prosaïque : un jury se compose de six jurés et trois magistrats professionnels, lors d’un procès de première instance. Le peuple est souverain, certes, mais il a semblé bon au législateur qu’il soit guidé parla présence des magistrats lors des délibérations. Quant au verdict de culpabilité, il n’a pas besoin de recueillir l’unanimité. Il repose sur une majorité des deux tiers, six jurés sur neuf…

Seul le droit nous permet de vivre ensemble, et il constitue le dernier rempart contre le populisme. « Continuez à bafouer le droit, laissez l’opinion juger à l’emporte-pièce, à coups de tweets et de posts, imposez l’instantanéité, et vous récolterez à coup sûr le chaos et la dictature. » avait déclaré Largeron…

Il s’agit d’une maladie. Comme les homosexuels jadis, qu’il fallait soigner ou exorciser, les femmes qui avouent aimer le sexe relèvent de la pathologie. Je ne connais pas d’équivalent masculin de « nymphomane » pour un homme. Un Dom Juan, c’est chic. Casanova idem. Rien qui nécessite un séjour en asile psychiatrique.

Le procès, qui devait être l’occasion de former leur jugement, n’est vu par certains jurés qu’au travers d’un colossal biais de confirmation. Tout ce qui conforte leur thèse est vrai, ce qui la déstabilise est mensonge, et ce qui manque est dissimulation.

Lu en avril-mai 2021

Publié dans Histoire, Littérature française

« Le secret de la reine soldat » de Lorraine Kaltenbach

Un détour par l’Histoire, notamment celle du XIXe aujourd’hui avec ce livre que j’ai pris mon temps pour bien déguster et faire durer le plaisir :

Résumé de l’éditeur :

Marcel Proust, qui l’idolâtrait, l’avait baptisée la « reine soldat ». Luchino Visconti rêvait de la porter à l’écran. Reine déchue du royaume de Naples et des Deux Siciles, Marie-Sophie en Bavière s’est toujours dérobée aux historiens qui n’ont pressenti son secret qu’à demi.

Marie-Sophie était la plus romanesque des sœurs de Sissi. Aussi rebelle que l’illustre impératrice, elle fut autrement plus vivante, charnelle et intrépide. A vingt ans, elle subjugua l’Europe en abandonnant ses somptueuses crinolines pour traverser la Révolution italienne du Risorgimento. A trente ans, elle devint une figure du Paris de la Belle Époque. Que cachait son attirance pour la Ville Lumière ? La nostalgie de sa passion pour un zouave pontifical français, mais surtout Daisy, leur enfant, dont elle ne put jamais faire l’aveu public. Le pape, les rois de Bavière, de Naples et des Deux-Siciles, avaient trop à perdre si ce scandale était divulgué.

Cette mère qu’on avait arrachée à l’attachement le plus sacré imposera son droit de renouer avec sa fille et se vengera par les armes de ceux qui l’avaient outragée. C’est ce que nous dévoile Lorraine Kaltenbach, dans le récit, riche en aventures, de son enquête pour retrouver sa cousine Daisy, la fille de la reine soldat et la nièce cachée de Sissi.

Ce que j’en pense :

Lorraine Kaltenbach nous raconte le destin de Marie-Sophie de Wittelsbach, la sœur cadette d’Elizabeth, rendue célèbre par la saga des « Sissi » qui a épousé François II de Bourbon, roi de Naples et des Deux Siciles. Un mariage particulier, car il n’était en « présentiel » pour employer une expression tristement à la mode de nos jours. Ils ne sont jamais vus, tout a été décidé par les familles.

Le mariage se déroulant sous de tels auspices, ne pouvait qu’être promis à des catastrophes, ou des péripéties selon le degré de gravité des évènements.

A peine une année après le mariage, la couronne commence à tanguer sur leurs têtes : c’est le Risorgimento, qu’on appelait « L’Unité Italienne » dans nos livres scolaires, avec les Chemises rouges, révolutionnaires sous la houlette de Garibaldi, alors qu’en coulisse, Victor-Emmanuel II tire les ficelles en attendant patiemment son heure.

Nos deux époux se trouve retranchés, assiégés dans la forteresse maritime de Gaète, où leurs fidèles vendront cher leur peau. Marie-Sophie est active durant ce siège, on la voit se rendre auprès des soldats, les encourager, les soigner, tandis que François brille par son inaction.

Inutile de préciser qu’ils vont perdre. Ils seront « recueillis » par le Pape Pie IX, qui leur fait aménager des appartements au Quirinal et mèneront la belle vie, si l’on regarde les choses de l’extérieur…

Marie-Sophie s’ennuie, son mariage est un échec, il n’a même pas été « consommé », le roi étant atteint d’un phimosis qu’il refuse de faire opérer… Alors, quand un beau Zouave, Français, vient officier auprès du pape, une idylle se noue : retrouvailles en secret, avec quelques complicités, car ils sont sous étroite surveillance. Lorsque la grossesse commence à se voir, Marie-Sophie va se réfugier chez son frère Louis, on parle de maladie, la tuberculose commençant à faire des dégâts.

« Daisy était le fruit des amours entre la reine de Naples et notre cousin, Emmanuel de Lavaÿsse (prononcer Lava-ï-sse), un Français enrôlé dans les zouaves pontificaux à Rome, au début des années 1860. »

Et Daisy, pointe le bout de son nez, et il faut trouver une solution, Marie-Sophie préfère la confier à son père, qui a bravé le froid, en se cachant pour ne pas être reconnu, afin de la rejoindre en Bavière. Elle ne la gardera pas longtemps près d’elle, car tout le monde fait pression pour qu’elle retourne en Italie, Sissi, entre autres, mais aussi sa plus jeune sœur Mathilde qui a épousé le demi-frère de François…

Lorraine Kaltenbach est une descendante de Daisy, l’enfant cachée de Marie-Sophie que Marcel Proust surnomme la reine soldat car il l’admire profondément. Elle a entendu l’histoire de Daisy car un jour sa grand-mère a décidé de lui raconter ce destin compliqué, funeste. Ensuite, elle a fait un important travail de recherche pour retrouver des preuves, l’acte de naissance, mais aussi l’endroit où Daisy a été enterrée…

On suit en même temps le destin des deux familles, celle d’Emmanuel, et celle de Marie-Sophie, l’une n’ayant rien à envier à l’autre en ce qui concerne les deuils et les souffrances : la triste fin de Louis de Bavière, l’assassinat de Sissi, le drame de Mayerling, puis l’assassinat de François Ferdinand, qui déclenchera la première guerre mondiale… Et du côté d’Emmanuel, famille de Huguenots, un ancêtre a joué un rôle dans l’affaire Calas, les exils à cause de la Révolution,car ils étaient nobles entre autres.

Le début de ma lecture a été difficile, car il fallait mémoriser les noms de tous les protagonistes. Comme tout le monde je connaissais le destin tragique d’Elizabeth, via la saga cinématographique et via l’Histoire, car le XIXe siècle me passionne, celui de son frère Louis, un peu moins les autres membres de la tribu Wittelsbach. Napoléon III, son rôle et celui de son épouse Eugénie, cela allait encore, la politique politicienne, également.

L’Unité Italienne, par contre, c’était plus flou car les cours de seconde ou première remontaient à… des années, Garibaldi et les chemises rouges, Victor-Emmanuel II et son conseiller Cavour, n’étaient pas trop tombés dans les oubliettes, mais, en ce qui concerne François II roi de Naples et des Deux Siciles, c’était le trou noir…

J’ai beaucoup aimé me replonger dans cette époque, et accompagner l’auteure dans ses recherches (travail considérable, vues la quantité de notes et l’épaisseur de la bibliographie) mais aussi accompagner Marie-Sophie qui va mener une vie hors du commun, surtout en France, où elle a rencontré les artistes de la Belle Epoque.

Tout au long du livre, Lorraine Kaltenbach fait des références Giuseppe Tomasi di Lampedusaqui évoque cette période dans « Le Guépard » ou à Alexandre Dumas, avec des citations de Chateaubriand, de Proust, Voltaire pour ne citer qu’eux.

Cette Reine soldat m’a beaucoup plu et plonger dans sa vie et celle de sa famille a été un plaisir, riche en émotions, car il faut reconnaître qu’elle force le respect, contrairement à la « couardise »de son royal époux. La famille d’Emmanuel est également riche en couleurs et ce livre permet de revisiter toute l’Histoire de l’Europe de la deuxième moitié du XIXe siècle jusqu’en 1925.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du Rocher Elidia qui m’ont permis de découvrir ce livre très intéressant ainsi que son auteure qui est une ancienne plume de ministres.

#Lesecretdelareinesoldat #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Ancienne « plume » de ministres, Lorraine Kaltenbach est l’auteure de Championnes (Arthaud), des Chibret, une saga auvergnate (JC Lattès) et de Filles à papa (Flammarion).

Extraits :

Le choix a été difficile car j’ai énormément de notes, de marque-pages…

Garrevaques, c’est un vieux château de famille dans le midi de la France, assis au milieu d’une plaine qui frôle les collines de Puylaurens et s’enfuit vers la Montagne Noire ; une contrée où souffle le torrent chaud du vent d’autan, un pays de cocagne où l’on vit à souhait et où l’on jouit de tous les plaisirs gourmets.

C’est la fille d’Hélène, ma grand-mère paternelle, qui m’avait appris l’existence de cette mystérieuse nièce cachée de Sissi. Et, à la vérité, c’est en son hommage que j’allais me lancer dans cette enquête…

Mamy était un petit chef-d’œuvre de civilisation…

… Quatre-vingts ans auparavant, cette vieille dame ridée comme une pomme d’hiver, avait connu l’ambiance frénétique du Montparnasse des Années Folles. Elle portait alors du Mitsouko, des colliers jusqu’au nombril et un chapeau cloche enfoncé sur ses yeux pâles.

Contrairement à la plupart des jeunes filles, élevées derrière les murs épais d’un château, bien à l’abri avec les autres trésors de la famille, les petites Wittelsbach avaient poussé comme des herbes folles. Personne n’avait songé à dompter leur tempérament ni à leur enseigner leur strict devoir de soumission.

Sissi, qui suffoquait depuis cinq ans sous le protocole empesé de vienne, l’avait longuement chapitrée sur la vie de cour, ses servitudes imbéciles et sa pompe aux minuties remplies de pièges…

Le Risorgimento, c’est ainsi qu’on allait appeler, désormais, la conquête de l’unification des territoires et la renaissance de l’Italie. Un jour, tout le monde se le promettait, la lumière de la liberté chasserait les ombres grimaçantes du passé. Rêve de Dante et de Machiavel, songe de Pétrarque et de Leopardi, frisson de vingt siècles, l’unité exaltait toutes les têtes…

L’épopée du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, adaptée au cinéma par Luchino Visconti, offrirait un jour une fresque magistrale de ces bouleversements : le cadavre d’un partisan des Bourbons en putréfaction sous un citronnier qui plane sur toute l’évocation, les coups de boutoirs des Chemises rouges, fanées par le soleil de Sicile ; l’Église se sentant menacée dans son pouvoir temporel, un jeune aristocrate, plein d’allant et d’opportunisme, qui rejoint les garibaldiens ; et enfin, la rêverie d’un prince lucide contemplant le déclin de sa caste, à la fois suprêmement désintéressé et prêt à transiger pour sauvegarder sa tranquillité.

Par quel mystère mes aïeux, calvinistes bon teint, ont-ils eu un cousin zouave pontifical ? Le XIXe siècle était encore un temps où catholiques et protestants ne s’alliaient guère. Pour deux époux, en particulier, il n’y avait point de salut possible sans conformité parfaite en fait d’opinions religieuses.

Paris a tout pour plaire à Marie-Sophie. Bien sûr, c’est la ville des peintres, des savants, des poètes et des rêveurs, mais pour elle, c’est d’abord la ville des amoureux, la ville d’Emmanuel…

… Ici, Marie-Sophie sait qu’elle pourra se libérer de ses chaînes et de ses ténèbres, mener une vie plus intime et plus simple. Elle ne se sentira pas sans cesse mouchardée, espionnée, traquée, par une population soupçonneuse et hostile.

Cette femme accablée de deuils et de revers semble avoir trouvé une consolation dans le respect et l’estime universelle pour une des infortunes les plus dignement supportées qu’on ait jamais connues.

On peut être ambitieux de coucher dans le lit des autres, mais on ne doit pas espérer d’y dormir tranquille.

Le temps fait peu sur la vengeance des femmes, car chez elles la mémoire, attachée au service du cœur, ne perd aucun souvenir.

Terminé en mai 2021