Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Autopsie d’un drame » de Sarah Vaughan

Depuis quelques temps, j’éprouve le besoin de sortir de ma « zone de confort » en choisissant des livres qui ne me font pas trop réfléchir, notamment après avoir refermé il y a quelques jours « Impact » d’Olivier Norek, lecture ô combien perturbante… c’est chose faite avec :

Résumé de l’éditeur :

Jess, mère au foyer, fait preuve d’une grande dévotion envers ses trois enfants, qu’elle chérit et protège à tout prix. C’est du moins la façon dont Liz, son amie depuis dix ans, la perçoit.  Mais le doute s’installe lorsque Jess se rend aux urgences pédiatriques où travaille Liz. Dans ses bras, sa fille Betsey, âgée de dix mois, présente tous les signes d’un traumatisme crânien.

Jess, d’ordinaire si soucieuse du bien-être de sa famille, semble étrangement distante et peu concernée par la situation, et ses explications ne collent pas avec la blessure de l’enfant. Liz s’interroge sur les réelles motivations de son amie.

Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps avant de se rendre à l’hôpital ?  S’agit-il vraiment d’un accident, comme elle l’affirme ?  Un drame psychologique brillamment tissé qui sonde les enjeux de la maternité, de l’amitié et interroge ce qui nous lie ou nous sépare.

Ce que j’en pense :

Jess est mère de trois enfants. Elle est mère au foyer, son époux rentre de plus en plus tard, débordé par son travail, ou retardant un peu le retour à la maison. Leur fils aîné, dix ans, pousse sans problème. Pour le deuxième, Frankie, c’est beaucoup plus compliqué, il déborde d’énergie, il faut sans cesse être à ses côtés pour empêcher que les choses les plus anodines ne dégénèrent et bien sûr tout repose sur les épaules de Jess, alors quand arrive la petite dernière, Betsey, qui pleure tout le temps, refusant de faire ses nuits, elle qui se veut une mère parfaite, briquant tout, du sol au plafond, tout va se compliquer.

D’abord, l’accouchement se passe très mal, très long et très douloureux car le bébé est dans une mauvaise position, elle qui rêvait d’accoucher chez elle entourée de bougies, en écoutant Bach… elle se remet mal, le fameux instinct maternel semble être absent, et épuisée par les nuits sans sommeil, le bébé qui pleure, Frankie qu’il faut sans cesse surveillée, la mère parfaite devient obsessionnelle, avec des rituels pour pouvoir avancer, alors que son mari Ed passe royalement à côté de sa détresse, puisqu’elle s’obstine à vouloir donner le change.

Un jour, tout bascule, Jess amène Betsey à l’hôpital car elle a vomi, et se comporte bizarrement. Et le diagnostic tombe : fracture du crâne. Son amie, pédiatre à l’hôpital est obligée de prévenir les services sociaux et toute la machine s’enraye.

On sent bien qu’il s’est passé quelque chose et que Jess ne dit pas la vérité. Durant le déroulement de l’enquête on va entrer plus en avant dans les relations entre les « amies » qui se sont connues en participant à un cours d’accouchement sans douleur : Liz et son époux Nick, Jess et Ed, Mel et aussi Charlotte et son époux. Leurs relations sont-elles aussi simples et harmonieuses qu’elles ne veulent bien le dire ?

Sarah Vaughan aborde plusieurs problèmes dans ce roman qui pourrait s’apparenter à un thriller : la dépression du post partum alias baby-blues, la gestion d’une famille de trois enfants, dont l’un est difficile et évoque un TDHA, non diagnostiqué non plus… la peur de faire du mal à son bébé car on n’arrive plus à l’entendre pleurer, la culpabilité d’être une mauvaise mère…

L’auteure a semé dans son récit, des petits indices qui peuvent orienter le lecteur vers ce qui s’est réellement passé, mais avec des aussi des fausses pistes, tout en racontant l’enfance de Liz dont la mère n’a jamais été aimante.

Comment être une bonne mère quand la sienne a été défaillante ? Comment ne pas en faire trop en risquant d’aller trop loin dans l’autre sens ?

Même, si parfois, ces amies qui s’aiment tant, ont tendance à se tirer parfois dans les pattes, leur amitié paraissant trop lisse, trop parfaite, on s’attache à ses femmes, on déteste certaines, mais leur comportement à chacune (et chacun) permet d’aborder des problèmes importants autour de la famille, la maternité…

J’ai oublié de parler d’un autre thème évoqué dans ce roman: l’auteure revient sur l’amitié, et la manière dont les liens se modifient au cours du temps, la distance qu’on prend, sans le vouloir, car on est entraîné dans la course et la difficulté d’affronter les charges de la vie quotidienne, le travail, les enfants, la gestion du foyer, et peu à peu les liens se distendent et on se rend compte qu’on ne s’est pas vus depuis des mois… C’est ainsi que Liz se rend compte que Jess n’est plus celle qu’elle a connu, qu’elle est devenu plus fragile, et qu’un regard plus attentif aurait pu l’aider…

Je n’aime pas lire des romans traitant de la maltraitance faite aux enfants, j’ai donc longtemps hésité avant de choisir ce roman mais les critiques que j’ai pu lire, ça et là, m’ont décidée à tenter l’expérience et je ne le regrette pas.

C’est la première fois que je lis un roman de Sarah Vaughan et j’ai passé un bon moment, je l’ai littéralement dévoré et même si j’ai identifié un peu trop vite un des aspects du drame, je dois reconnaître que la fin m’a complètement bluffée… magistrale !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure que j’aurai du plaisir à retrouver… et pourquoi pas avec « Anatomie d’un scandale »

#Autopsiedundrame #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan a travaillé pendant onze ans comme journaliste au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous et La Ferme du bout du monde. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

On lui doit également Anatomie d’un scandale

Extraits :

Dans de tels moments, don esprit regorge de pensées toxiques. Tu es une mauvaise mère. Elle serait mieux dans toi. Auxquelles s’ajoutent insidieusement de plus honteuses qu’elle cherche à repousser. Des pensées qu’elle a du mal à accepter, et encore moins à exprimer sur son désir – fugace – bien sûr de voir cet enfant se taire à tout jamais.

Tous les obstétriciens le savent : la naissance est le jour le plus dangereux de l’existence.

La plupart des traumatismes crâniens sont d’origine accidentelle et, même si je soupçonne Jess de mentir, elle doit l’avoir fait pour une bonne raison ? Je suis sûre qu’il y a une explication innocente à cette situation.

Elle s’était imaginée donner naissance entourée de bougies à la lavande, avec le mouvement lent du concerto pour deux violons de Bach en fond sonore, les cordes la guidant vers l’apogée des contractions. Quelle naïveté…

Le cycle de maltraitance se perpétue. Ils assimilent violence et autorité parce que c’est ainsi que cela leur a été inculqué. On voit ça sans arrêt.

Un grand nombre de ses collègues ont trois ou quatre enfants. Symbole par excellence de la réussite, signe que l’on est en mesure de nourrir autant de bouches, emblème de virilité. Il avait rêvé d’une petite fille, convaincue que son arrivée complèterait à la perfection leur famille et leur apporterait un vent nouveau de joie en particulier à sa femme…

Lu en avril 2021

Auteur :

Psychiatre à la retraite, je peux enfin m'adonner à ma passion. Lectrice assidue depuis le CP, je profite de ma retraite pour parler de mes livres, de mes coups de cœur, de mes déceptions aussi... ma PAL est gigantesque, il me faudra trois vies encore pour en venir à bout.

22 commentaires sur « « Autopsie d’un drame » de Sarah Vaughan »

    1. tout est bien étudié, et on l’impression d’être dans un thriller, il se dévore…
      Et encore j’ai oublié de parler des liens d’amitié qui se distendent quand on commence à se laisser envahir par le travail les enfants, la maison … Et c’est une composante importante aussi 🙂

      Aimé par 1 personne

    1. il se dévore, l’auteure nous entraîne dans une profonde réflexion, l’air de rien et sème des petits indices qu’on n’interprète pas toujours, donc suspense garanti 🙂
      l’ai-je bien vendu ah! ah! 🙂

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    1. tout m’a plu dans ce roman même si parfois le côté barbecue entre amis pour faire voir qu’on s’aime fait un peu trop anglo-saxon…
      elle aborde tous les thèmes avec finesse et ne sombre pas dans le pathos…
      j’ai passé un bon moment; j’ai oublié de parler de l’amitié qui se distend quand on est emporté dans le rythme effréné travail maison enfants elle en parle très bien 🙂

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    1. j’ai vraiment beaucoup aimé, je suis passée très près du coup de cœur…
      Elle traite tous les thèmes en profondeur,et ce qui m’a plu aussi ce sont les petits indices qu’elle laisse ça et là et qu’on ne suit pas assez ou qu’on n’interprète pas de la bonne manière, car on a déjà une idée derrière a tête…
      Je vais essayer de trouver les autres en particulier Anatomie d’un scandale et plus si affinité 🙂
      belle semaine à toi (il fait un froid de chien, les arbres fruitiers du jardin ne vont pas s’en remettre!)

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  1. Je n’ai encore rien lu de cet auteur, mais elle est notée dans mon carnet, alors pourquoi pas commencer par celui-là, comme tu l’as fait. Comme toi je lis des livres plus faciles en ce moment qui me procure de la détente et du plaisir et qui sont si possible assez prenants pour que j’oublie tout le reste…Faisons nous du bien ! Belle semaine

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    1. il m’a beaucoup plu car tout est exploré en profondeur, baby blues, la difficulté d’avoir un enfant hors normes et donc TDHA non diagnostiqué, la mère pense que c’est de sa faute (mauvaise mère..
      La suspicion de maltraitance tout de suite orientée vers les services sociaux la douleur de la machine et comment l’amitié résiste ou pas….
      Elle aborde beaucoup de thèmes et elle les explore jusqu’au bout… Presque un coup de cœur 🙂

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  2. J’aime bien ce type de lecture en ce moment, un peu classique mais bien charpentée, avec de la tension dedans. Je viens de lire un Alice Moriarty, dans le même genre, je vais sans doute me laisser tenter par cette autrice que je ne connais pas encore.

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    1. il est bien construit, bien étayé, elle n’enfonce pas des portes ouvertes comme on peut le voir parfois avec ces thèmes-là…Suspense garanti jusqu’au bout, belle plume
      c’est le premier livre de l’auteure que je lis mais ce ne sera pas le dernier 🙂
      je connais Liane Moriarty mais pas Alice ?

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