Publié dans Littérature française, Roman historique

« L’hiver de Solweig » de Reine Andrieu

Passons aux choses sérieuses, avec le roman dont je vous parle aujourd’hui, choisi sur NetGalley pour son résumé et parce qu’il se déroule en partie dans une période de l’Histoire qui m’intéresse toujours autant :

Résumé de l’éditeur :

Été 1940. Dans la France occupée par les Allemands, les habitants sont contraints de donner gîte et couvert à l’ennemi. À Lignon, paisible bourg du Bordelais, les Lenoir, une famille de notables, doivent héberger Günter Kohler. Passée sa répulsion première, Noémie, la jeune épouse, éprouve une violente attirance pour l’adjudant qui vit désormais sous leur toit.


Printemps 1946. La guerre est terminée, mais elle a laissé derrière elle son lot de malheurs, et de nombreux déplacés. Parmi eux, une fillette, retrouvée assise sur un banc, dans un village non loin de Bordeaux. Qui est-elle ? d’où vient-elle ? et pourquoi semble-t-elle avoir tout oublié ? Justin, un gendarme de vingt-quatre ans, décide de la prendre sous son aile et de percer le mystère qui l’entoure.

Ce que j’en pense :

Mi-mai 1946, une petite fille court dans la forêt, se sentant en danger, mais après une chute dans un ravin (ou un choc psychologique ?) elle se retrouve amnésique. Elle ne sait pas d’où elle vient combien de kilomètres elle a pu parcourir, ni bien sûr qui elle est. Un jeune gendarme, Justin la prend en charge avec opiniâtreté (comme un chien qui cherche un os dit-il). Ainsi démarre l’histoire.

Ce roman nous raconte l’histoire d’une famille, à Lignon, pas loin de Bordeaux, pendant la seconde guerre mondiale : le père, Armand Lenoir, médecin, son épouse Noémie et ses deux enfants : Solweig, dix ans, curieuse de tout et Valentin sept ans dont la santé est fragile.

Ils vont être obligés de partager leur manoir avec un sous-officier allemand, Günter Kohler, cohabitation difficile on le devine. Dans la maison, il y a la bonne, Ernestine et la cuisinière Cosima, et le jardin est entretenu par Germain.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la défaite de la France et le comportement du Maréchal Pétain ne plaît pas à tout le monde, certains, surtout parmi les notables de la ville, étant à fond pour le Maréchal, alors que d’autres n’accepte pas la soumissions à l’Allemagne nazie, alors l’arrivée de Günter n’enchante personne, tout le monde se méfiant de tout le monde.

Reine Andrieu alterne les périodes : la guerre jusqu’à l’armistice, l’année 1946 avec l’histoire de la petite fille amnésique que l’on va prénommer Angèle, en attendant qu’elle retrouve la mémoire, et une période plus récente, avec l’histoire de Solweig en 2011 et elle donne la parole tout à tour, à tous les protagonistes, qui vont pouvoir exprimer leurs peurs, leur ressenti.

Günter, surnommé « l’indé » indésirable, est attiré par Noémie, qui se sent un peu délaissée par son époux, pas souvent là se partageant entre ses patients et sa famille, alors quand Günter est victime d’un accident assez grave, c’est Noémie qui va faire office d’infirmière, Ernestine refusant de s’en occuper.

Voilà pour la trame du roman. On va suivre ainsi, la vie de tous les jours d’une famille ordinaire ou presque, à qui on a imposé d’héberger un officier allemand, la Résistance qui s’organise, avec des groupes en rivalité, la mise en place du STO, les lois de Nuremberg, l’amour qui peut surgir avec un homme de la nation ennemie, alors qu’on est farouchement anti-allemand, mais aussi ce que peuvent endurer ces soldats, loin de leur famille, qui ont laissé une fiancé, ou une femme voire des enfants, pour participer à une guerre, une Occupation qu’ils n’ont pas forcément souhaiter, ainsi que le problème des « Mischling », ces hommes dont le père est Allemand (sous-entendu Aryen) et la mère juive.

Et précisément, Günter est un Mischling mais il ne l’a dit à personne. Le Reich veut bien d’eux pendant la guerre, pour servir de chair à canon mais au fur et à mesure que l’extermination des juifs se planifie, la Wehrmacht finit par savoir qu’il a menti, ce qui va avoir beaucoup de conséquences sur tout le monde… De surcroît, sa fiancée est de confession juive et il est sans nouvelle d’elle, ni de sa famille depuis longtemps.

Ce qui fait la force de ce récit, c’est le fait que les personnages actuels comme ceux qui traversent la guerre, ou ceux qui entourent Justin pour tenter d’identifier la fillette et de retrouver sa famille, sans oublier le Débarquement des Alliés après Pearl Harbor et le comportement des GI avec les femmes françaises. Ou encore l’amitié qui lie Solweig et Sylvette depuis près de quarante ans.

J’ai bien aimé ce roman de Reine Andrieu,, le deuxième après « Le chant des Amazones » en 2018 qui ne tombe pas dans le pathos, reste au plus près des faits, des ambiguïtés, car tout n’est pas noir ou blanc, il y a toutes les nuances de gris.

L’écriture est belle, donc ce roman se dévore, malgré des scènes difficiles (torture des Résistants arrêtés, ou dénonciations, rivalités, affirmations arbitraires, (les notables sont forcément Pétainistes, les ouvriers ou classe populaire forcément Résistants) …

Une séquence m’a bien plu : Noémie sur son vélo, qui passer la frontière avec la zone libre, munie de son Ausweis, pour aller récupérer dans médicaments chez un pharmacien mieux achalandé, et qui transporte en fait un message pour un membre de la Résistance… Ou encore l’amour profond d’Angèle pour Justin son sauveur, qu’elle confond avec l’amour véritable…

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce beau roman et son auteure dont j’aurai du plaisir à retrouver la prose. Je suis passée assez près du coup de cœur. Vues les déceptions avec deux lectures récentes, je vais essayer de ne pas faire de comparaison et rester pour l’instant à la note que je lui ai attribuée.

#LHiverdeSolveig #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Reine Andrieu naît en 1967. Initialement diplômée d’une école de commerce, elle reprend des études universitaires pour devenir bibliothécaire, métier qu’elle exerce pendant treize ans. 

L’Hiver de Solveig est, en fait, son deuxième roman, car elle a publié Le chant des Amazones en 2018 

Extraits :

Dès lors, ce n’est pas que je me sois senti investi d’une mission, mais je me suis promis d’être digne de la confiance que la petite plaçait en moi. Et quand on fait ce métier et qu’on se trouve dans ma situation, on a envie de faire comme le chien qui cherche un os…

Il faut comprendre, Armand et moi faisons partie de la France anti-allemande, celle qui ne veut pas renoncer à sa liberté. Nous éprouvons une aversion sans réserve pour tous les citoyens de la nation ennemie, tous. Ils ne forment qu’un bloc, une masse, dont nous devons débarrasser le territoire au plus vite…

Tenir un livre dans les mains est un geste familier pour moi. Et ça ne me donne pas de mauvaises idées, mais tout le contraire. J’ai l’impression que ça m’aide à penser. C’est comme si le monde entier arrivait jusqu’à moi.

Qui suis-je ? J’ai l’impression de flotter, comme un bateau au milieu d’un océan bien trop grand pour lui, sans point de repère. Un tout petit bateau qui ne sait pas dans quelle direction il doit aller.

Je me garde bien de leur dire que moi-aussi, j’ai des origines juives. Par mes grands-parents maternels. Ce qui fait de moi un Mischling du premier degré. Ou un métis demi-juif, disons. Mon père, lui, est aryen. Mes parents se sont mariés en 1913, une époque où des nombreux mariages mixtes étaient célébrés, sans préjugés. Aujourd’hui, ils sont plutôt athées…

Ce métissage fait de nous, les Mischlinge, des parias, détestés des juifs dont nous ne fréquentons pas la communauté, et des nazis, pour être quand même à moitié juifs.

La musique nous offrait une bulle en dehors du temps et des outrages du monde extérieur à la maison. Elle nous aspirait dans une dimension dont nous ressortions apaisés et plus forts, comme transcendés.

Pour cette pauvre femme, policier égale collabo. Néanmoins, il faut reconnaître que les gens adorent las classifications. Ranger métiers et classes sociales dans des petites cases en dépit de la vraie nature des gens est rassurant. Quoi qu’il en soit, ces raisonnements à l’emporte-pièce sont bien pratiques. Cela nous procure pour l’heure une bonne couverture.

Lu en avril 2021

Publié dans Essai

« Les mémoires du corps » de Myriam Brousse

Je vous parle aujourd’hui d’un livre qui me tentait, pour explorer plus profondément certaines blessures et qui, ma foi, m’a donné du fil à retordre.

Résumé de l’éditeur :

Dans son best-seller Votre corps a une mémoire, Myriam Brousse a raconté à des dizaines de milliers de lecteurs sa découverte de la mémoire du corps, qui garde les souvenirs enfouis des souffrances de l’enfant et du fœtus, marqué par ceux de ses parents et de ses ancêtres. Des souffrances qui resurgissent de façon cyclique dans les événements de nos vies.

Dans cet ouvrage, elle lève le voile sur le mécanisme précis de ces cycles qui résistent, même quand on a travaillé sur soi et que l’on croit avoir analysé dans notre tête tout ce que nous avons à dénouer.

Elle explique la méthode qu’elle enseigne dans ses séminaires et qui permet de revenir à la source de nos problèmes pour arrêter ce système infernal. Elle permet d’abandonner une compréhension purement cérébrale et analytique de nos vies pour lâcher prise, dans notre corps, et accéder à une compréhension plus profonde de notre parcours. Ainsi seulement, nous pourrons nous libérer des répétitions et des traumatismes et être non plus victimes d’une fatalité, et tracer, en conscience, notre chemin de vie.

Ce que j’en pense :

Au départ, Myriam Brousse nous raconte son histoire, ses maladies, ses souffrances, son corps qui la trahit et comment elle a trouvé son chemin via des rencontres : un Maître Tibétain qui vient lavoir tous les jours (quelle chance quand on sait à quel point il peut être difficile de les approcher à titre personnel), ou encore celle qu’elle appelle « Mère », ou Sri Aurobindo…

Il faut donc écouter son corps, ne pas le faire taire en prenant des antalgiques antidépresseurs, voire drogue, alcool… sinon il va à nouveau se manifester et ce de plus en plus fort jusqu’on est soit arrivé à enfin l’écouter.

S’en suit une exposition des schémas répétitifs dans la lignée familiale, une évocation de la psycho-généalogie (cf. Anne Ancelin « Aïe mes aïeux »).

L’auteure explique que l’on est trop branché sur le « mental », que, grâce à la psychanalyse ou autre méthode, on a bien compris d’où venaient nos symptômes, mais tant qu’on ne laissera pas la place à notre corps cela ne sert à rien de comprendre…

Myriam Brousse va nous exposer sa théorie, sur la mémoire cellulaire et notamment le « projet sens » …

On trouve en chemin des références à Kousmine et son fameux régime, à Rudolf Steiner, le père de l’anthroposophie, influent certes, mais contesté et contestable, (qualifié de sectaire), Paolo Coelho, en passant par Guy Corneau, Arnaud Desjardins ou Krisnamurti, mélangeant ainsi des personnes sérieuses et d’autres qui le sont beaucoup moins…

Nous sommes vibrations, d’accord, on a choisi l’incarnation, la famille dans laquelle prendre racine et se développer. Donc, tout ne commence pas à la naissance, ni à la conception, la rencontre de l’ovule et du spermatozoïde, mais neuf mois avant, quand les parents ont conçu le projet de faire un enfant ! et se demander quel était l’état d’esprit (et l’harmonie sexuelle) du couple au moment de la fécondation.

Si certains concepts sont séduisants, les références à la réincarnation, à une forme de spiritualité deviennent lourdes et comme pêchées à droite à gauche, et réanalysées pour étayer sa méthode. On flirte un peu avec le New-âge », en tout cas plus que dans les conceptions de S.S. le Dalaï Lama.

Les cas cliniques sont certes intéressants, mais on pourrait s’attendre à avoir quelques clés pour reprendre contact avec le corps et la mémoire cellulaire, et là, le conseil est : « il faut aller voir un spécialiste de la mémoire cellulaire » …

Cette phrase a provoqué un long questionnement dans mon cerveau tortueux, tout éclaircissement serait le bienvenu :

« La religion ou la philosophie n’ont pas sauvé le dinosaure de sa propre fin. »

Moi qui comptais sur cette lecture pour explorer différemment les douleurs chroniques, et bien c’est raté. En réalité, j’ai terminé ce livre, il y un bon moment, mais, je n’arrivais pas à rédiger une critique, alors je laissé les choses décanter et voir ce j’en avais retiré et je m’y suis remise… mais je suis toujours aussi sceptique. Je suis habituée à réfléchir sur la mort et l’impermanence, et à la méditation mais là, je trouve que cela va un peu trop loin et je n’adhère plus.

Je m’imagine demandant à mère, si son orgasme avait été au summum, le jour de la fécondation !!!! si elle était distraite, cela n’a pas dû avoir les effets escomptés, la vibration ou l’énergie pour se réincarner a peut-être été trop faible… je plaisante bien sûr !

J’ai failli oublier, sa conception de la femme est « surprenante », elle répète à plusieurs reprises que « L’homme donne et la femme reçoit » (c’est vrai aussi pour les baffes ?)

J’ai bien conscience que ma chronique est caustique et risque de provoquer des foudres de certains mais je suis probablement trop cartésienne comme me le disait ironiquement mon algologue quand je cherchais à comprendre ma maladie.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions du rocher qui m’ont permis de découvrir ce livre et son auteure, même si cette dernière ne pas convaincue, mais peut-être aurais-je dû lire un autre de ses ouvrages…

#LesMémoiresducorps #NetGalleyFrance

2/10

L’auteure :

Myriam Brousse est thérapeute depuis plus de quarante ans. Fondatrice de l’École en mémoire cellulaire, elle anime également des conférences et des séminaires. Elle est l’auteure de Votre corps a une mémoire, Au risque d’être soi, La Descente dans le corps et Le corps ne le sait pas encore.

Morceaux choisis :

La mémoire du corps, celle qu’on appelle la « mémoire cellulaire » n’est pas comme on pourrait croire ce qui nous enferme et nous enchaîne à notre passé, mais c’est précisément la clé pour nous débarrasser de nos déterminismes et nous dévoiler une vie à construire en conscience. Voici l’histoire que je voulais vous raconter : celle de votre liberté.

Le but de la méthode est de plonger au plus profond de cette mémoire cellulaire pour découvrir quelle est la souffrance originelle qui est engrammée et gravée dans notre corps de chair.

Derrière l’émotionnel va surgir l’émotion vraie.

N’oublions jamais que si nous sommes venus dans cette famille-là, c’est parce que nous avons été attirés par des vibrations identiques à la nôtre afin que cette généalogie nous serve de miroir.

Il se peut que nous ayons tendance à vouloir que l’autre ait les mêmes besoins que nous : nous allons par exemple offrir à un proche ce qui nous ferait plaisir, un peu comme si on disait : « Mais si, je t’assure, tu as faim… », alors que l’autre n’a rien demandé.

En posant un cadre, le père tranche le cordon une seconde fois. Il dit « non » à l’enfant, il lui indique les limites à ne pas dépasser. Il met de l’ordre.

Lorsque le yin et le yang sont réunis dans un équilibre parfait, alors seulement, il y a possibilité de création. L’homme et la femme font partie intégrante de cette énergie créatrice. L’homme est solaire, émissif, il agit. La femme est lunaire, elle reçoit.

Pensez à votre projet-sens. Avant votre conception, vous étiez une énergie, et vous êtes entrés en vibration avec celle de vos parents. Après la mort, votre corps disparaîtra, mais cette énergie demeurera car celle fait partie du cycle de l’univers.

Lu, relu et chroniqué en avril 2021

Publié dans Littérature française, Thriller

« Les vagues reviennent toujours au rivage » de Xavier-Marie Bonnot

Je vous parle aujourd’hui d’un livre passionnant, dernier opus d’un auteur dont je ne connaissais pas encore l’univers :

Résumé de l’éditeur :

Depuis qu’il est retraité de la police, Michel de Palma, alias le Baron, vit sur un bateau et a tiré un trait sur ses années de brigade criminelle au bénéfice de la voile et du violon. Mais quand il apprend l’étrange suicide de Thalia Georguis, c’est un grand amour de jeunesse qui ressurgit et bien plus qu’une mort suspecte signifiant son retour à la case police. Thalia avait voué sa vie aux missions humanitaires en Méditerranée et avait reçu des menaces de l’extrême droite identitaire.

Elle a aussi laissé derrière elle un manuscrit retraçant le parcours d’Amira, réfugiée syrienne, une ombre parmi les ombres qui risquent tout pour fuir la guerre. De Palma mettra tout en œuvre pour retrouver ce témoin clé, quitte à entrer dans l’enfer de Raqqa, à parcourir le camp de la honte de Moria. Et à affronter toute la monstrueuse violence qui sévit en Méditerranée, cet abandon sans fin de l’humanité comme les vagues qui reviennent au rivage.

Avec le grand retour du commandant de Palma pour son enquête la plus intense et personnelle, Xavier-Marie Bonnot, écrivain engagé, rend hommage à la Mare Nostrum, ce berceau des grandes civilisations que la crise migratoire du XXIe siècle a transformé en plus grand cimetière marin du monde. 

Ce que j’en pense :

On fait la connaissance de Thalia Georguis en 2017, alors qu’elle est médecin dans le camp de Moria à Lesbos. Elle y rencontre Amira, une jeune femme qui a fui la Syrie et qui est enfermée dans le silence après avoir subi un traumatisme sévère. Thalia a décidé de revenir en France car elle n’en peut plus, et refuse de s’habituer à l’inhumain selon sa propre expression.

« Bientôt je repars pour la France. J’en ai besoin. Parce que le malheur, j’ai fini par m’y habituer. Qu’on le veuille ou non, il y a une routine dans l’inhumain. »

Elle rentre avec Amira, direction Palerme mais un bateau affrété par les sympathisants de l’ultra-droite essaie de s’interposer par tous les moyens pour empêcher le radeau, d’arriver dans les eaux italiennes. Tous les moyens sont bons pour tuer des migrants.

Quelques temps plus tard, Thalia est retrouvée morte, après avoir avalé un bol contenant un mélange de poisons : datura, cigüe et opium. Le commissaire Anne Morracchini, accompagnée de Karim, conclut au suicide alors que l’appartement est propre, bien rangé, y compris la casserole qui a servi à préparer les ingrédients. Pas de traces d’ordinateur. Un manuscrit est trouvé sous le lit, qui raconte l’histoire d’Amira.

Le commandant de Palma, à la retraite, qui vit sur son bateau, à quai, et prend des cours de violon, va mener son enquête, car Thalia et lui ont eu une histoire d’amour, il a des années, et il sent bien que les choses ne sont pas aussi simples qu’il n’y paraît. Il va partir à la recherche d’Amira pour tenter de comprendre.

C’est la première fois que je rencontre le commandant de Palma, héros récurrent de Xavier-Marie Bonnot et j’ai tout de suite aimé ce personnage, sa ténacité, son courage aussi pour aller se frotter à tous ces nazillons de tout poil, qui ne pensent qu’à nettoyer le monde de ces migrants qu’ils haïssent. On a des meneurs, qui se réfèrent à la lutte de Sparte contre Athènes, avec des discours truffés d’éléments historiques remixés par leur soin.

Tout les dérange : une pièce de théâtre dont l’adaptation leur déplaît et hop, on tue… et surtout ils en sont fiers. Ils détestent la démocratie, d’où les références à Sparte, le chef étant surnommé Lysandre.

J’ai aimé suivre les traces du commandant sur Mare Nostrum, les drames de la Méditerranée, les drames en Syrie, les femmes qui se font violer, l’état Islamique ou les identitaires, on remonte jusqu’à Aube Dorée en Grèce, la ligue de Salvini qui était alors aux manettes en Italie) les mafieux à Palerme mais aucun pays n’est épargné par cette vague d’ultra-nationalisme et de haine… le fameux « réveil identitaire » qui a le vent en poupe …

J’ai beaucoup apprécié Karim, fidèle au commandant, un peu écartelé entre lui et Anne, dans cette enquête, alors que son père se bat à l’hôpital, contre un cancer lié à l’amiante, avec des souvenirs de son pays natal qui refont surface alors qu’il n’en parlait jamais.

Tout m’a plu dans ce livre qui est bien plus qu’un thriller, car on explore la vie de Thalia et de ses amis ou ses ennemis, celle d’Amira qui a tout subi, à commencer par être vendue par sa famille à un homme âgé riche, pour que ses parents puissent payer le voyage vers l’Europe et ce n’est que le début de l’enfer pour elle…

Maintenant que j’ai découvert le commandant de Palma, Karim, et les autres membres du commissariat, la manière dont Xavier-Marie Bonnot parle de Marseille, la cité Phocéenne, les références à l’Antiquité, les évocations des philosophes, et toujours l’Histoire, entre autres, tout cela me donne envie de lire les précédentes enquêtes.

C’est une enquête passionnante et le suspense est savamment entretenu jusqu’aux dernières lignes.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond (qui me font confiance en me donnant accès à leurs publications) car j’ai découvert un superbe roman et un auteur que je ne connaissais que de nom jusqu’à présent.

#XavierMarieBonnot #NetGalleyFrance

9/10

Et n’oublions jamais, comme le rappelle l’auteur, lors du prologue:

« Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. »

Article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme 1948

L’auteur :

Xavier-Marie Bonnot vit à Paris. Écrivain et réalisateur de documentaires, il est notamment l’auteur de La Dame de pierre (Belfond, 2015, prix du Meilleur roman francophone au festival de Cognac), du Tombeau d’Apollinaire (Belfond, 2018, Prix du roman historique des rendez-vous de Blois) et de Nefertari Dream (Belfond, 2020). Les vagues reviennent toujours au rivage est son douzième roman.

Extraits :

Salima regarde sa fille qui rabaisse son voile sur son joli nez. Demain, Amira partira avec un homme qu’elle ne connaît pas. Sans envie, sans autres émotions que celles qu’elle cachera. L’aînée se dévoue pour la famille. Une bouche de moins à nourrir, une dot inespérée. Le mariage passé, Salima ne sait pas si elle reverra sa fille un jour. Dieu, qu’Il soit glorifié, décidera, comme a dit l’imam.

Ça l’a fait muette. Pendant de longues semaines, elle n’a dit que les petits mots du quotidien. Rien de plus. Le reste, les mots des sentiments, ceux qui viennent de l’âme et qui bafouillent la tristesse et le plaisir, la joie et la terreur, ils sont restés au creux de son ventre. Amira ne veut pas les prononcer, ces mots, elle sait qu’elle devra un jour, parce que parler ou même balbutier, c’est mettre hors de soi.

Après plus de vingt-cinq ans de guerre dans le Péloponnèse, la cité de Socrate et de Platon va devoir vivre sous l’occupation des Lacédémoniens. Ce sera Lysandre, le général de Sparte, qui est appelé par les collaborateurs athéniens pour faire régner l’ordre. Lysandre est un homme particulièrement brutal. La ville lumière bascule dans l’une des époques la plus sombre de son histoire….

Les Trente (trente hommes vont exercer la tyrannie sur Athènes) restreignent les droits et les libertés des citoyens. Mais ce sont des collaborateurs athéniens qui répandent la terreur. Comment ne pas voir nombre de moments de l’histoire où la démocratie a été mise à mal ? Ce récit pourrait presque s’appliquer au régime de Vichy ou à des périodes fascistes ou nazies.

C’est un peu comme au temps de Mussolini, on fait appel au passé glorieux pour justifier le racisme, l’antisémitisme ou la violence. Tout se formule sur la notion de défense de la race, contre les métèques et tout ce qui est supposé être une menace.

Quand on a quinze ans, il faut faire son devoir. Et son devoir, c’est de n’être plus une bouche à nourrir. Un fardeau. En Syrie on marie les filles jeunes. C’est la tradition et c’est la guerre.

Pourquoi le mal a choisi Amira ? Quand on ne sait que survivre, on ne se pose jamais cette question. Parce qu’il n’y a pas de réponse. Tout simplement.

C’est un peu ça la fin de la vie. Il faut côtoyer les fantômes du passé. Vivre avec eux n’est pas facile, c’est un drôle de voisinage. A mon âge, on ne construit plus d’avenir et on en collectionne plus que des souvenirs.

Marseille ne s’appartient plus vraiment. C’est le lot d’une ville quand son passé n’est plus qu’un songe et qu’on la bousille de l’intérieur.

Lu en avril 2021

Publié dans Tombé des mains

« Méridien Zéro » de Mourabeau

Je vous parle aujourd’hui d’un livre que j’ai choisi lors de l’opération masse critique organisée par Babelio, le mois dernier, intriguée par la quatrième de couverture :

Résumé de l’éditeur :

Bleu, larvé dans son canapé, déambule avec paresse devant les programmes insignifiants du télécran. Le président est mort sous des mégaoctets d’insultes mais il s’en inquiète peu, il est en rade de clopes.

Au travail règne l’ambiance tortionnaire des cols blancs rangés en batterie, répondant à des ordres brûlants depuis leurs cubiques.

 Il se sent claquemuré dans cette ville ravagée. Bientôt elle l’aura englouti comme ces millions d’existences anonymes.

 Un documentaire lui murmure « TA-HI-TI » et ces trois syllabes font tilt dans sa tête de branlomane végétatif. Intérieurement, c’est l’appel de la forêt.

Dehors — le déluge. Lui rêve de troquer une nécropole pour de délicieux jardins abandonnés mais ni Rose, sa belle revenue en train du Sud, ni Trézor son bichon maltais obsédé, ne semblent convaincus par ces idées saugrenues. Leur embrigadement spontané en quête de pays neuf reste conditionné par l’avachissement moutonnier de nos aventuriers autoproclamés.

Ce que j’en pense :

 Bleu est être désocialisé, avachi dans son canapé, ingurgitant des émissions télé toutes plus idiotes les unes que les autres, ou alors la variantes jeux. Il se rend au travail, du moins au début de l’histoire, toujours en retard, habillé n’importe comment, jusqu’au jour où, pris sur le fait, il est convoqué par la direction et… Il donne sa démission car il veut « vivre sa vie », faire quelque chose d’intéressant. Il n’a jamais eu trop besoin de trimer dans sa courte existence, car il est atteint du syndrome de Tanguy.

Il veut fêter le début de sa nouvelle vie, avec sushis commandés au traiteur, et projette de passer une bonne soirée, voire une nuit torride. Mais, ce ne va pas se dérouler de cette façon, car sa démission ne ravit pas sa compagne, Rose alors la soirée tourne court.

Il promet de chercher du travail ! s’ensuit alors un programme chargé, devant la télé, en compagnie du chien Trézor… et un chat, Gustave, qui passe son temps à disparaître.

J’ai essayé d’insister, car je n’aime pas faire une chronique concernant un livre offert grâce à une opération masse critique, j’ai dû négocier avec moi-même, allez, encore 10 pages, prends ce roman au second degré ou au troisième, pour découvrir l’histoire de Rose… « Mais, quand ça veut pas, ça veut pas » comme on dit.

Entre une torture de chaton, l’ecstasy dans la gamelle du chien, les émissions de téléréalité pour animaux, le détour en banlieue pour se procurer du shit, et voilà, je deviens aussi vulgaire que lui, cela doit déteindre… le tout arrosé d’un pessimisme impressionnant et d’une vision du couple qui donne envie de sauter du viaduc de Millau, de se précipiter sur la première boite de prozac qui passe, ou de sombrer dans l’alcool (où est la bouteille de Chartreuse ?), ou pourquoi pas les trois à la fois, d’en finir avec panache quoi…

Je lui ai laissé un maximum de chance, le laissant reposer sur la table de nuit en espérant le déclic miraculeux… qui n’est pas venu. J’ai tenu jusqu’à la page 109 et il y en a 242..

Certes il y a des choses drôles, ce que l’auteur dit à propose de la télévision qui lobotomise tout le monde, par exemple le chien Trézor qui adore regarder « ça se discute » ou encore « L’amour est dans le camp » où il s’agit de former des couples de réfugiés…  Ou encore le reportage sur l’École nationale des liquidateurs… On peut remarquer aussi que la Terre un peu pelée de la page de couverture ressemble étrangement au virus au Sars-CoV-2 responsable de la « grippette » (le virus est plus joli quand même !)

J’espère que ce roman trouvera son public, mais entre Bleu qui passe son temps à buller, Rose qui est certes plus dynamique, mais sans plus, ce n’était pas le bon choix. Déjà, cela commençait mal car je me suis oubliée le matin de masse critique et comme j’avais aperçu le livre et qu’il était disponible à quatorze heures… J’ai voulu y voir un signe… En tout cas, j’ai bien programmé mon radio-réveil pour être pile à l’heure à masse critique spéciale « romans graphiques, BD ».

Je vais le laisser encore un peu à portée de main, perfectionnisme culpabilisant oblige, mais c’est quand même trop un pensum par les temps qui courent.

Une phrase sort du lot, qui est prononcée par un intello au cours d’une émission de débats, à la suite de l’assassinat du PDG de la région France… je pense qu’il s’agit d’un coup de griffe bien senti à ces intellos imbus d’eux-mêmes que l’on peut apercevoir sur nos écrans :

« La civilisation est un processus de domestication complexe et long. Un rapport dialectique entre maîtres et esclaves, dominants et dominés, actionnaires et salariés, chômeurs et rentiers… Ça ne se déroule jamais sans quelques conflictualités. Les évènements d’aujourd’hui ne sont que le symptôme de cette relation qui négocie, à travers la confrontation, le rapport entre l’élite managériale et la base… managérée si on peut dire. » 

Je tiens à remercier Babelio et les éditions Pacifiques au vent des îles, car j’ai découvert un auteur et essayer de pénétrer dans son univers, mais ce n’était peut-être pas le bon moment.

L’auteur :

Né à Tahiti, d’un père Breton alcoolique auto-terminé et d’une mère Chinoise, bourgeoise assumée. Il fêtait ses deux mois d’existence à la chute de l’URSS, a été télé-témoin de la France de 1998, du 11 septembre et de Lehman-Brothers.

Il a grandi sur une île paumée et a étudié sans conviction ni docilité dans une grande école quelconque.

Fonctionnaire éphémère, il a démissionné pour répondre à l’appel de la Start-up Nation.

Extraits :

Qu’est-ce que vous m’inventez encore ? C’est typiquement français, ça ! Inventer tout un tas d’excuses pour se plaindre, puis faire la grève pour après se plaindre de la grève en faisant la grève. Et puis, comme c’est la grève, les gens se plaignent… et font la grève. Résultat ? ça devient incontrôlable ! Blocage général ! Le pays est sur le carreau ! Alors, vous comprenez, la grève, c’est comme la douleur, c’est dans la tête.

Cette génération, comme toute génération, croyait vivre la fin de l’histoire en enterrant l’ancienne. Elle venait au monde, dernière arrivée, en se considérant comme l’avant-garde qui allait creuser la tombe de la précédente. Mais, même les avant-gardes les plus sublimes sont frappées d’obsolescence (programmée). Vingt ans d’écart et on parle déjà de préhistoire.

Centaines de chaînes, même programme. Bleu mit TV Lobotomie pour Trézor.  Trézor adorait le programme comme de la bonne came. Son truc, c’était les talk-shows. Il jubilait de voir des primates se mettre sur la gueule pour des problèmes de société, à coups de joutes verbales.

Lu en mars-avril 2021

Publié dans littérature USA

« Meurtres et pépites de chocolat » de Joanne Fluke

Continuons encore un peu avec ce polar au titre singulier que j’ai choisi par curiosité, alléchée par la couverture :

Résumé de l’éditeur :

Hannah Swensen est de retour dans sa ville natale d’Eden Lake. Entre sa mère, plutôt envahissante, et l’ouverture de sa boutique, le Cookie Jar, elle a fort à faire. Son quotidien devient plus passionnant encore quand son livreur, Ron LaSalle, est retrouvé assassiné juste derrière son magasin. Le beau-frère d’Hannah, shérif adjoint du comté, fait appel à elle pour l’aider à trouver le coupable. Un nombre surprenant de suspects et de mobiles émergent alors. Très vite Hannah va réaliser qu’elle n’est pas seulement douée pour les cookies, mais qu’elle est aussi une enquêtrice hors pair.

Fous rires et frissons, mystères et pépites : cette histoire pleine de rebondissements ressemble au meilleur cookie du monde : sucrée mais légère, surprenante de bout en bout.

Ce que j’en pense :

En se rendant à sa boutique, le Cookie Jar, Hannah aperçoit comme tous les matin Ron LaSalle, en train de livrer ses produits laitiers. Elle le trouve différent des autres jours, lui si ponctuel est en retard dans sa tournée.

En arrivant, elle se met au travail (aux fourneaux) pour réaliser des cookies originaux, secondée efficacement par son employée Lisa, se promettant de demander à Ron si tout va bien pour lui, quand il fera sa livraison chez elle.

Une visite inattendue perturbe quelque peu ses plans : sa sœur entre dans la boutique, toujours pressée, pour lui confier pendant quelques heures sa fille. Elle doit faire visiter un bien immobilier à un client, c’est tellement plus intéressant que la fabrication des cookies…

Mais, soudain retentit un bruit de moteur qui pétarade et qui s’avère être un coup de feu tiré à bout portant sur Ron.

Hannah cherche à comprendre, à participer à la résolution du crime en donnant un coup de main à son beau-frère, assez dépassé par les évènements pour ne pas dire plus.

J’avais bien remarqué que NetGalley ne proposait que les 140 premières pages, et je pensais m’amuser comme le suggérait l’éditeur…

Une pâtissière, certes fort sympathique, qui mène l’enquête, les cancans du village où tout le monde se connaît et se surveille, des relents de « desperate houswives », on remplace Wisteria Lane ( ?), par Lake Eden, le tout entrecoupé de recettes de cookies,  cela n’a pas fonctionné et même si l’extrait se termine sur un « élément capital », je ne lirai pas la suite. C’est trop « rose bonbon » pour moi et au lieu de me détendre, ça m’énerve… et en plus, toutes ces sucreries, cela m’a donné des nausées pour un bon moment…

On est en plein dans le cliché, la société américaine dans ce qu’elle a de plus superficiel, ou la famille avec la mère d’Hannah qui l’invite à dîner une fois par semaine pour lui présenter un prétendant convenable (pour elle évidemment) car il est choquant de ne pas être mariée à son âge etc.

Cela dit, je conçois très bien que l’on puisse apprécier ce genre de livre, étant donnés les commentaires que j’ai lus sur Babelio, mais j’assume…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Le Cherche Midi qui m’ont permis de tenter un autre style de polar et de découvrir une auteure…

4/10

L’auteure :

Joanne Fluke est auteure de roman policier américaine, née en 1943 à Swanville, dans le Minnesota.

En 2000 elle inaugure sa série mettant en scène le personnage d’Hannah Swensen avec Chocolate Chip Cookie Murder.

Extraits :

A part Hannah Swensen, qui aurait eu l’idée d’adopter un chat de douze kilos, affligé d’une oreille déchirée et d’un œil crevé ? Elle l’avait baptisé Moshe et, même s’il risquait de finir bon dernier au concours de beauté de Lake Eden, s’était vite attachée à lui. Et lui à elle. A cause d’un point commun peut-être. Ils étaient des guerriers, l’un et l’autre, chacun dans son genre bien sûr. Lui avait dû se battre pour survivre dans les rues, elle pour sortir indemne de ses dîners hebdomadaires avec sa mère.

Il faisait frisquet ce matin-là, mais après tout, on était déjà mi-octobre. Dans le Minnesota, l’automne se réduisait à presque rien. Dès les premiers signes avant-coureurs, les photographes amateurs devaient se hâter d’immortaliser les rouges sombres, les orange vifs et les jaunes dorés parsemant les ramures, car très vite les feuilles se mettaient à tomber et les arbres à ressembler à des squelettes noirâtres se profilant sur un ciel de plomb malmené par la bise…

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Murder Game » de Rachel Abbott

En ce moment, j’ai envie de lectures sympathiques, qui ne me prennent pas trop la tête,qui est déjà suffisamment saturée par les infos qui surfent sur la sinistrose ambiante, et une poussée de fibromyalgie avec tout son cortège sympathique de douleurs, fatigue, insomnies, j’en passe et des meilleurs, qui m’oblige à me shooter pour tenir le coup, alors place aux polars avec :

Résumé de l’éditeur :

Apparences trompeuses, manipulation et faux-semblants :  Rachel Abbott déploie tout l’éventail de son talent dans un roman à énigme digne d’Agatha Christie. 

La première fois que Jemma s’est rendue au manoir de Polskirrin, c’était avec Matt, son époux, pour célébrer le mariage du richissime Lucas Jarrett. Jamais elle n’oubliera la vue saisissante de cette demeure dominant la mer, perchée sur un éperon de Cornouailles. Jamais, non plus, elle n’oubliera la vue du corps sans vie d’Alex, la sœur du marié, le jour des noces, sur cette plage de galets…  

Un an plus tard, les invités sont de retour à Polskirrin, à la demande de Lucas. Pourquoi ce dernier tient-il tant à célébrer le premier anniversaire de ses noces funestes ?

C’est en réalité à une fête macabre qu’il les a conviés, un Murder Game visant à faire rejouer à chacun son rôle de l’an passé et révéler ainsi la vérité sur la mort d’Alex. Mêmes personnes, mêmes tenues, même repas, mêmes discussions, la nuit qui a vu mourir la jeune femme se répète dans une mise en scène terrifiante.

Ce que j’en pense :

J’ai choisi ce roman parce que le titre me plaisait, le résumé aussi et parce que j’avais vu passer des chroniques plutôt alléchantes.

On se retrouve donc à Polskirrin, dans un superbe demeure dont le propriétaire richissime, Lucas Jarrett a décidé de réunir tous les convives présents un an auparavant, pour célébrer son mariage avec Nina, mariage qui a tourné en catastrophe puisque Alex, la sœur de Lucas s’est noyée, et cela a été considéré comme un suicide, donc affaire classée par la détective super intendant Stéphanie King

Il faut dire qu’Alex n’allait pas très bien depuis qu’elle avait été enlevée et victime de viols à répétition pendant toute la durée de sa captivité. Les coupables n’ont jamais été retrouvés. On a suspecté un truand notoire mais pas de preuves.

A ce mariage assistait tous les « amis » de Lucas : Matt et son épouse Jemma, Isabel, Nick, Chandra, Andrew, tombeur qui convoitait toutes les filles, en particulier celles qui plaisaient à ses potes, dans sa jeunesse…

Lucas les a donc tous convoqués un an plus tard, jour pour jour, pour fêter leur anniversaire de mariage qui a finalement eu lieu dans l’intimité. Il est persuadé qu’Alex a été assassinée et il met en place un jeu diabolique, pour pousser chacun à dire ce qu’il sait, ce qu’il a pu voir, à dévoiler les petits ou grands secrets honteux…

Jemma se rebelle car elle ne se sent pas concernée, elle ne connaissait personne avant cette fameuse journée, mais les autres s’offusquent mais se taisent. L’ambiance est de plus en plus tendue, car Lucas leur attribue les chambres qu’ils occupaient et surtout leur a réservé une surprise : Nina a confectionné une réplique des vêtements qu’ils portaient, histoire de bien les conditionner…

Cerise sur le gâteau, l’inspectrice Stéphanie King s’invite au jeu, en compagnie de Gus son compagnon car on vient de signaler qu’une jeune femme a disparu précisément la fameuse nuit où Alex est morte… Ce qui déplaît fortement à Lucas, contrariant ses plans.

j’ai bien aimé ce thriller, car j’ai un faible pour les huis-clos, les secrets de famille, les relations tordues entre les protagonistes et, une fois commencé, impossible de le lâcher et je n’ai pas vu venir la fin. Suspense bien entretenu….

Ces derniers temps j’ai choisi plusieurs polars sur NetGalley car j’ai besoin de m’évader et de de ne pas trop réfléchir, et c’est le genre de lectures qui me convient le mieux dans ces cas-là. J’ai tenté les « feel good » autrefois mais cela a tendance à m’horripiler.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond qui m’ont permis de découvrir ce roman qui m’a bien plu et d’entrer dans l’univers de Rachel Abbott que je connaissais pas.

#RachelAbbott #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Née près de Manchester, Rachel Abbott a longtemps occupé un poste d’infographiste, avant de se lancer à la poursuite d’un vieux rêve, rénover de vieilles demeures en Italie, où elle vit désormais une partie de l’année. La parution d’Illusions fatales (2014), le premier tome des enquêtes de l’inspecteur Tom Douglas, auto publié et aussitôt classé numéro un des ventes Amazon en Angleterre, a marqué le début d’une formidable success story.

Auteure de neuf tomes des enquêtes de Tom Douglas, Rachel Abbott a débuté avec Ce qui ne tue pas (2019) et Murder Game une nouvelle série, incarnée par l’enquêtrice Stéphanie King. Voix incontournable sur la scène du polar britannique, Rachel Abbott vit sur l’île anglo-normande d’Aurigny-Alderney.

Extraits :

J’aurais dû dire non, refuser de participer au jeu organisé ce soir. Peut-être ne suis-je pas aussi courageuse que j’aime le croire. Je tiens l’enveloppe noire serrée contre moi comme si ce qui était écrit sur la carte qu’elle contient risquait de traverser le papier doux comme du satin pour se révéler aux yeux de tous.

Je ne trouve pas le mot juste. Perturbée est ce qui me vient à l’esprit à cause de la tension physique que j’ai perçue chez elle,(Alex) et sa façon de se déplacer. D’un autre côté, le mot me paraît un peu fort. Malheureuse conviendrait peut-être davantage.

J’ai essayé de questionner Matt sur le jeu de ce soir mais il n’a pas voulu en parler. selon toute vraisemblance, Lucas veut jouer, et ce que veut Lucas, Lucas l’obtient. En tout cas de la part de mon mari. Cela dit, je ne sais plus très bien qui est Matt ni ce qu’il pense vraiment.

Je m’allonge sur le dos et flotte, délivrée de la pesanteur, les yeux accrochés aux étoiles, je fais le vide dans mon esprit en fixant une étoile solitaire dans le ciel. Je sais qu’elle s’est allumée à des années-lumières, à des milliards de kilomètres et je me concentre sur ma propre insignifiance.

Elle entendait encore la voix d’Alex, son hystérie, sa peur. elle revoyait Lucas en train de secouer sa sœur,la pousser dans le sentier,lui ordonner de se calmer. C’était la première fois qu’elle l’entendait élever la voix contre Alex…

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature française, Témoignage

« De mon plein gré » de Mathilde Forget

Ayant apprécié le premier roman de l’auteure « A la demande d’un tiers » j’ai eu envie de lire son second livre :

Résumé de l’éditeur :

Elle a passé la nuit avec un homme et est venue se présenter à la police. Alors ce dimanche matin, au deuxième étage du commissariat, une enquête est en cours. L’haleine encore vive de trop de rhum coca, elle est interrogée par le Major, bourru et bienveillant, puis par Jeanne, aux avant-bras tatoués, et enfin par Carole qui vapote et humilie son collègue sans discontinuer.

Elle est expertisée psychologiquement, ses empreintes sont relevées, un avocat prépare déjà sa défense, ses amis lui tournent le dos, alors elle ne sait plus exactement. S’est-elle livrée à la police elle-même après avoir commis l’irréparable, cette nuit-là ?

Inspiré de l’histoire de l’auteure, De mon plein gré est bref, haletant, vibrant au rythme d’une ritournelle de questions qui semblent autant d’accusations. Mathilde Forget dessine l’ambiguïté des mots, des situations et du regard social sur les agressions sexuelles à travers un objet littéraire étonnant, d’une grâce presque ludique. Il se lit comme une enquête et dévoile peu à peu la violence inouïe du drame et de la suspicion qui plane très souvent sur sa victime.

Ce que j’en pense :

La narratrice décide de se livrer à la police pour déclarer qu’elle a été victime d’un viol, mais tout est tellement embrouillé dans sa tête qu’elle pense avoir commis un meurtre, avoir tué son agresseur.

La déposition, en gros, c’est le parcours du combattant : on lui fait répéter les choses, lui posant au moins dix fois (je n’ai pas compté, mais c’est très souvent) :

« S’il avait sa main dans votre bouche, il ne vous tenait pas. »

Comme si elle pouvait se le rappeler si bien alors qu’elle est sous le choc. Pourquoi ne pas reconstituer pendant qu’on y est ? elle s’accroche parfois à des détails pour ne  pas perdre pied : son jean préféré, qu’on lui a enlevé et remplacé par un collant informe car pièce à conviction, une façon de la transformer encore plus en objet, voire la discréditer.

En plus, elle avait bu, elle empeste le rhum-coca… de là, à la transformer en alcoolique et la faire culpabiliser davantage.

Cerise sur le gâteau, elle préfère les filles puisqu’elle est lesbienne… et son agresseur veut la remettre dans le droit chemin, ni plus ni moins, il n’a rien fait comme toujours…

« Ah tu kiffes les meufs, je vais te faire kiffer moi. T’as compris maintenant ? Tu feras moins ta conne. »

Ce court roman m’a plu, mais j’avais hâte de le terminer car Mathilde Forget utilise la répétition, presque en boucle des mêmes phrases, des mêmes mots, pour montrer le désarroi et la perte des repères, jusqu’à en devenir pesant, lassant même. Pas seulement pour vérifier si le violeur la tenait bien, mais aussi quand elle explique plusieurs fois dans la même page d’utilisation de l’application RespiRelax+ pour mieux se concentrer et garder les idées plus claires.

On en conclut que ce n’est jamais simple d’aller porter plainte quand on vient d’être victime d’un viol, car la moindre hésitation peut paraître suspecte… j’ai ressenti un certain malaise durant cette lecture, et j’avais vraiment envie que cela se termine.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir ce roman et de retrouver la plume de son auteure.

#Demonpleingré #NetGalleyFrance

7/10

L’auteure :

Auteure, compositrice et interprète, Mathilde Forget a publié un premier roman très remarqué, À la demande d’un tiers (Grasset, 2019).

Extraits :

Je n’essaye pas d’échapper à la justice, j’ai oublié, c’est tout. Lorsque je suis arrivée au commissariat ce matin, j’ai demandé à voir le capitaine, l’inspecteur, le détective, le chef, le patron. Je savais déjà que mon affaire était grave.

Ma parole est aussi bouleversée par les précisions qu’il me demande de faire, sans noter dans le procès-verbal que je les ai faites à sa demande.

Les interrogatoires sont des dialogues dont certaines répliques ont été effacées, donnant alors au discours de l’interrogé une allure pas nette de gueule cassée. Je chipote. Je sais. Mais l’affaire est criminelle. Les mots sont importants. Le procès est verbal.

L’indice conduit à l’évènement que la preuve rend réel. Sans preuve, l’évènement ne peut être considéré comme réel. L’indice concerne une interprétation, tandis que la preuve concerne la démonstration. Ce qui les différencie fondamentalement, c’est la science.

L’application s’appelle RespiRelax+ et permet de surmonter les crises de panique. Sur l’écran, une bulle monte et descend lentement. C’est gratuit. L’application s’appelle RespiRelax+ et permet de surmonter la perte de ses amis. Presque. C’est gratuit.

Une seule chose m’a sauvé la vie cette nuit-là. Je sus tombée dans les pommes. Une seule fraction de seconde probablement. Mais je n’étais pas là quand il a arrêté. Je me demande, lorsqu’on reprend connaissance, reprend-on le cours des choses là où on les avait laissées alors même que leur cours n’a pas cessé ? Comment puis-je éprouver qu’il a cessé de me violer ? J’attends quelque chose qui a déjà eu lieu, sans moi, sans ma conscience.

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature Royaume-Uni, Thriller

« Autopsie d’un drame » de Sarah Vaughan

Depuis quelques temps, j’éprouve le besoin de sortir de ma « zone de confort » en choisissant des livres qui ne me font pas trop réfléchir, notamment après avoir refermé il y a quelques jours « Impact » d’Olivier Norek, lecture ô combien perturbante… c’est chose faite avec :

Résumé de l’éditeur :

Jess, mère au foyer, fait preuve d’une grande dévotion envers ses trois enfants, qu’elle chérit et protège à tout prix. C’est du moins la façon dont Liz, son amie depuis dix ans, la perçoit.  Mais le doute s’installe lorsque Jess se rend aux urgences pédiatriques où travaille Liz. Dans ses bras, sa fille Betsey, âgée de dix mois, présente tous les signes d’un traumatisme crânien.

Jess, d’ordinaire si soucieuse du bien-être de sa famille, semble étrangement distante et peu concernée par la situation, et ses explications ne collent pas avec la blessure de l’enfant. Liz s’interroge sur les réelles motivations de son amie.

Pourquoi a-t-elle attendu aussi longtemps avant de se rendre à l’hôpital ?  S’agit-il vraiment d’un accident, comme elle l’affirme ?  Un drame psychologique brillamment tissé qui sonde les enjeux de la maternité, de l’amitié et interroge ce qui nous lie ou nous sépare.

Ce que j’en pense :

Jess est mère de trois enfants. Elle est mère au foyer, son époux rentre de plus en plus tard, débordé par son travail, ou retardant un peu le retour à la maison. Leur fils aîné, dix ans, pousse sans problème. Pour le deuxième, Frankie, c’est beaucoup plus compliqué, il déborde d’énergie, il faut sans cesse être à ses côtés pour empêcher que les choses les plus anodines ne dégénèrent et bien sûr tout repose sur les épaules de Jess, alors quand arrive la petite dernière, Betsey, qui pleure tout le temps, refusant de faire ses nuits, elle qui se veut une mère parfaite, briquant tout, du sol au plafond, tout va se compliquer.

D’abord, l’accouchement se passe très mal, très long et très douloureux car le bébé est dans une mauvaise position, elle qui rêvait d’accoucher chez elle entourée de bougies, en écoutant Bach… elle se remet mal, le fameux instinct maternel semble être absent, et épuisée par les nuits sans sommeil, le bébé qui pleure, Frankie qu’il faut sans cesse surveillée, la mère parfaite devient obsessionnelle, avec des rituels pour pouvoir avancer, alors que son mari Ed passe royalement à côté de sa détresse, puisqu’elle s’obstine à vouloir donner le change.

Un jour, tout bascule, Jess amène Betsey à l’hôpital car elle a vomi, et se comporte bizarrement. Et le diagnostic tombe : fracture du crâne. Son amie, pédiatre à l’hôpital est obligée de prévenir les services sociaux et toute la machine s’enraye.

On sent bien qu’il s’est passé quelque chose et que Jess ne dit pas la vérité. Durant le déroulement de l’enquête on va entrer plus en avant dans les relations entre les « amies » qui se sont connues en participant à un cours d’accouchement sans douleur : Liz et son époux Nick, Jess et Ed, Mel et aussi Charlotte et son époux. Leurs relations sont-elles aussi simples et harmonieuses qu’elles ne veulent bien le dire ?

Sarah Vaughan aborde plusieurs problèmes dans ce roman qui pourrait s’apparenter à un thriller : la dépression du post partum alias baby-blues, la gestion d’une famille de trois enfants, dont l’un est difficile et évoque un TDHA, non diagnostiqué non plus… la peur de faire du mal à son bébé car on n’arrive plus à l’entendre pleurer, la culpabilité d’être une mauvaise mère…

L’auteure a semé dans son récit, des petits indices qui peuvent orienter le lecteur vers ce qui s’est réellement passé, mais avec des aussi des fausses pistes, tout en racontant l’enfance de Liz dont la mère n’a jamais été aimante.

Comment être une bonne mère quand la sienne a été défaillante ? Comment ne pas en faire trop en risquant d’aller trop loin dans l’autre sens ?

Même, si parfois, ces amies qui s’aiment tant, ont tendance à se tirer parfois dans les pattes, leur amitié paraissant trop lisse, trop parfaite, on s’attache à ses femmes, on déteste certaines, mais leur comportement à chacune (et chacun) permet d’aborder des problèmes importants autour de la famille, la maternité…

J’ai oublié de parler d’un autre thème évoqué dans ce roman: l’auteure revient sur l’amitié, et la manière dont les liens se modifient au cours du temps, la distance qu’on prend, sans le vouloir, car on est entraîné dans la course et la difficulté d’affronter les charges de la vie quotidienne, le travail, les enfants, la gestion du foyer, et peu à peu les liens se distendent et on se rend compte qu’on ne s’est pas vus depuis des mois… C’est ainsi que Liz se rend compte que Jess n’est plus celle qu’elle a connu, qu’elle est devenu plus fragile, et qu’un regard plus attentif aurait pu l’aider…

Je n’aime pas lire des romans traitant de la maltraitance faite aux enfants, j’ai donc longtemps hésité avant de choisir ce roman mais les critiques que j’ai pu lire, ça et là, m’ont décidée à tenter l’expérience et je ne le regrette pas.

C’est la première fois que je lis un roman de Sarah Vaughan et j’ai passé un bon moment, je l’ai littéralement dévoré et même si j’ai identifié un peu trop vite un des aspects du drame, je dois reconnaître que la fin m’a complètement bluffée… magistrale !

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Préludes qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure que j’aurai du plaisir à retrouver… et pourquoi pas avec « Anatomie d’un scandale »

#Autopsiedundrame #NetGalleyFrance

8/10

L’auteure :

Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan a travaillé pendant onze ans comme journaliste au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous et La Ferme du bout du monde. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

On lui doit également Anatomie d’un scandale

Extraits :

Dans de tels moments, don esprit regorge de pensées toxiques. Tu es une mauvaise mère. Elle serait mieux dans toi. Auxquelles s’ajoutent insidieusement de plus honteuses qu’elle cherche à repousser. Des pensées qu’elle a du mal à accepter, et encore moins à exprimer sur son désir – fugace – bien sûr de voir cet enfant se taire à tout jamais.

Tous les obstétriciens le savent : la naissance est le jour le plus dangereux de l’existence.

La plupart des traumatismes crâniens sont d’origine accidentelle et, même si je soupçonne Jess de mentir, elle doit l’avoir fait pour une bonne raison ? Je suis sûre qu’il y a une explication innocente à cette situation.

Elle s’était imaginée donner naissance entourée de bougies à la lavande, avec le mouvement lent du concerto pour deux violons de Bach en fond sonore, les cordes la guidant vers l’apogée des contractions. Quelle naïveté…

Le cycle de maltraitance se perpétue. Ils assimilent violence et autorité parce que c’est ainsi que cela leur a été inculqué. On voit ça sans arrêt.

Un grand nombre de ses collègues ont trois ou quatre enfants. Symbole par excellence de la réussite, signe que l’on est en mesure de nourrir autant de bouches, emblème de virilité. Il avait rêvé d’une petite fille, convaincue que son arrivée complèterait à la perfection leur famille et leur apporterait un vent nouveau de joie en particulier à sa femme…

Lu en avril 2021

Publié dans Littérature française, Société

« Impact » d’Olivier Norek

Je vous parle aujourd’hui d’un livre dont le sujet est terriblement d’actualité :

Quatrième de couverture :

Face au mal qui se propage

Et qui a tué sa fille



Pour les millions de victimes passées

Et les millions de victimes à venir



Virgil Solal entre en guerre,

Seul, contre des géants

Ce que j’en pense :

En mission dans le delta du Niger, Virgil Solal est chargé de rapatrier en France Laura, une jeune humanitaire d’Amnesty International, car il y a eu une marée noire de plus, donc catastrophe écologique. Celle-ci en profite pour lui montrer l’état déplorable des lieux, où le pétrole est exploité dans des conditions déplorables, sans que cela perturbe les dirigeants…

Quelques années plus tard, Laura qui a épousé Solal accouche d’une petite fille qui ne survivra pas : fibrose pulmonaire, les poumons sont collés, donc incapables de respirer et il va s’avérer que c’est une conséquence de la pollution.

Virgil, ne supportant pas la perte de son enfant, si l’impuissance de la médecine, va imploser et se lancer dans une opération d’envergure pour sensibiliser l’opinion publique. Il a kidnappé avec son équipe, dont le visage est recouvert d’un masque représentant un panda balafré, le responsable de Total, et demande une rançon spéciale : vingt milliards d’euros, qui seront restitué par tanche de cinq milliards, chaque fois que l’entreprise investira dans des énergies propres.

On fait appel immédiatement à un policier Nathan qui sera associé à une psychologue, profileuse pour tenter de localiser et identifier, le preneur d’otage et comment le neutraliser.

Pour l’identifier, c’est chose facile, il a revendiqué à visage découvert devant la caméra… évidemment, il est hors de question de négocier pour Total donc l’otage est exécuté quasiment en direct.

Chose étrange, Virgil a expliqué ses motivations, décrivant l’état de la planète que les géants du pétrole et d’autres rendent peu à peu invivables, évoquent les enfants qui meurent en Afrique, les conséquences de la pollution des sols, mais aussi de l’air en citant chacune de ses affirmations par des études, des articles, des conférences … Au lieu de scandaliser les foules, il attire la sympathie, car sa cause est juste et fait des émules….

L’histoire ne s’arrête pas à Total, au gaz de schiste, mais l’auteur cite aussi le rôle des banques qui investissent à fond dans les énergies fossiles, pour rapporter un maximum d’argent aux actionnaires, ou encore le ciment, les perturbateurs endocriniens, les réhausseurs de goût, les conservateurs, le mercure dans les poissons, les pesticides… les bébés nés sans bras… en refermant le livre, on ne mange plus rien on ne se lave plus… et on se flingue.

Entre chaque étape de la négociation, l’auteur nous propose des chapitres intitulés « Nouvelles du monde » passant en revue ce qui se passe ailleurs à cause du dérèglement climatique, catastrophes naturelles, virus : France, Afrique, Australie ou Nouvelle Zélande…

Je suis assez partagée, je l’avoue car je suis d’accord avec tous les arguments d’Olivier Norek sur l’état de la planète, la nécessité qu’il faut faire quelque chose, et l’impuissance que l’on ressent quand on essaie de consommer moins, de trier ses déchets, il est plus difficile de le suivre dans ce style d’action beaucoup trop violente à mon goût : tuer une personne pour en sauver des milliers ?

D’un autre côté, comment doit-on faire pour que les choses bougent enfin ? Il n’y aura peut-être pas d’autre alternative…

Une image terrible : lors des incendies en Australie, le gouvernement a décidé de tuer 10 000 dromadaires en cinq jours, en survolant le pays en hélicoptère, car il fallait éviter à tout prix que ces animaux se désaltèrent, cela aurait fait de l’eau en moins pour les habitants…

Si j’avais trente ans à l’heure actuelle, je me serais peut-être laissée entraîner dans ce genre d’action révolutionnaire, sans hésiter à l’idée de sortir des clous pour la survie de la planète. Maintenant, tout en continuant à faire tout ce que je peux, à mon petit niveau, je me sens tellement impuissante, avec le sentiment que c’est déjà trop tard…

C’est sûr, une expédition punitive contre Bolsonaro, Trump, la Chine, la Russie (la liste est longue, n’est-ce pas ?) ferait énormément de bien …

Avis mitigé donc, en refermant ce livre, qui se dévore et qui m’a donné envie de lire des études que je n’ai pas encore lues, de ressortir « L’humanité en péril », le livre de Fred Vargas que j’avais couru m’acheter après son passage à La Grande Librairie et que j’ai lâché en route car il me faisait plonger dans un pessimisme absolu…

7/10

Extraits :

Les poissons crèvent, ce qui sort de la terre est presque déjà mort et l’eau des puits est empoisonnée par les métaux lourds. L’air est tellement pollué qu’il provoque des pluies acides qui trouent les toits en tôle et transforment la roche en poussière. Vous pouvez imaginer ce qu’elles font sur leur peau. Le delta est un des premiers endroits au monde où la vie a tout simplement disparu…

La négociation est une danse, une cour avec un rythme précis qu’il faut respecter, et comme deux amoureux certains de terminer enlacés craignent toutefois de brûler les étapes, il y eut un léger flottement que Nathan ne laissa pas s’éterniser.

Je n’ai rien d’un utopiste. Et je connais les faiblesses des énergies renouvelables. Le rendement des éoliennes est trop variable. Les panneaux photovoltaïques sont faits de métaux rares, recouverts du sang des gosses qui les sortent des mines. Les voitures électriques ont leurs batteries et le nucléaire a ses déchets. Pourtant, vous avez bien relevé tous les défis de votre époque. Lorsqu’il a fallu forer au plus profond des abysses des océans, ou exploiter des gisements entre deux zones sismiques, vous avez su trouver le temps de la réflexion…

La pollution de l’air dans le monde tue 600 000 enfants par an. Votre bébé a contracté une grave infection respiratoire. Une fibrose pulmonaire due à l’action de toxiques environnementaux, comme ce que l’on suppose des bébés nés sans bras, pour le glyphosate. En France, 50 000 personnes en seront victimes. Alors, si vous cherchez un coupable, vous êtes probablement en train de le respirer.

Toute sa carrière, le capitaine avait obéi, car ce qu’on lui ordonnait lui semblait juste. Il découvrait aujourd’hui que, parfois, l’ordre donné et ce qu’il est juste de faire ne se trouvaient pas toujours au même endroit.

« Ne croyez pas que ceux à qui vous avez donné le pouvoir, ou ceux qui l’ont réellement, cherchent une manière de nous sauver de la catastrophe mondiale climatique. Ils ne font que sélectionner ceux qui seront épargnés. Et si vous vous demandez qui seront les élus, c’est que vous n’en faites pas partie. L’ONU reconnaît 197 pays. La totalité des milliers de camps de réfugiés devient alors le pays 198, peuplé d’une nouvelle génération d’esclaves… »

Lu en mars avril 2021

Publié dans Littérature contemporaine, Littérature française

« Le mal-épris » de Bénédicte Soymier

Le roman, dont je vous parle aujourd’hui, est terriblement d’actualité par le sujet qu’il traite :

Résumé de l’éditeur :

« Ça lui ronge les tripes et le cerveau, plus fort que sa volonté – une hargne qui l’habite, une violence qui déferle tel un vent d’orage, puissante et incontrôlable. Il voudrait lâcher mais ne pense qu’à frapper. »

Paul est amer. Son travail est ennuyeux, il vit seul et envie la beauté des autres. Nourrie de ses blessures, sa rancune gonfle, se mue en rage. Contre le sort, contre l’amour, contre les femmes.
Par dépit, il jette son dévolu sur l’une de ses collègues. Angélique est vulnérable. Elle élève seule son petit garçon, tire le diable par la queue et traîne le souvenir d’une adolescence douloureuse.
Paul s’engouffre bientôt dans ses failles. Jusqu’au jour où tout bascule. Il explose.
Une radiographie percutante de la violence, à travers l’histoire d’un homme pris dans sa spirale et d’une femme qui tente d’y échapper.

Ce que j’en pense :

Paul est un personnage singulier, dont l’enfance a été marquée par un père violent, alcoolique et une mère du même style. Il n’y a jamais eu d’amour dans cette famille. Étant l’aîné, tout jeune il a décidé de s’interposer pour protéger les plus petits, prenant les coups à leur place.

Il n’est pas beau, pour ne pas dire qu’il est moche, il ne s’aime pas et se comporte de manière bizarre avec les femmes qui croisent sa route. La première dont on fait la connaissance est Mylène. Elle a emménagé dans le même immeuble, fragile car elle vient de divorcer. Il la trouve belle, en tombe amoureux, mais pas de « la bonne manière » : il l’épie vers les boîtes aux lettres pour faire semblant d’être là par hasard, l’invite à prendre un verre et la fait parler, parler d’elle bien sûr, lui ne raconte jamais rien.

Il se fait tout un roman sur cet amour qu’il croit partagé, mais, Mylène a pris ses distances. Il va fantasmer sur « la nuit d’amour », la seule nuit, qu’ils ont passé ensemble. Un autre homme finit par entrer dans la vie de la jolie voisine. Après l’amour fantasmé, place à la colère et à la haine.

Qu’à cela ne tienne, il repart en chasse et tombe sur Angélique, qui travaille à la Poste comme lui. Cette fois-ci c’est la bonne, sûrement ! d’ailleurs, elle est jolie, mais rondelette, différente de Mylène.  

Angélique est la proie idéale : elle a été harcelée moralement et physiquement à l’école, à cause de son poids, elle est devenue une fille facile en pensant pouvoir être aimée… Elle est coquette, se maquille, s’habille de manière trop courte au goût de Paul. Elle a eu un enfant qu’elle élève toute seule.

Le piège est en place : Paul a une victime sous la main, et l’étau va se resserre quand angélique emménage chez lui. La maltraitance s’installe insidieusement au début, d’abord les petites phrases blessantes sur le physique, puis sur les capacités intellectuelles, puis viennent les coups… jusqu’où cela pourra-t-il aller et y -t-il une possibilité de prise de conscience et donc de prise en charge ? Mais ne divulgâchons pas…

Bénédicte Soymier, s’est basée sur son expérience d’infirmière pour écrire ce roman, et Paul est en fait un mélange de tous les hommes violents qu’elle a pu rencontrer. Le portrait qu’elle nous présente est très convaincant : on connaît le passé de violence parentale dans lequel il a vécu, la manière dont s’est structurée sa vision de la femme, tout comme celle de l’homme. Lui qui s’était juré de ne jamais ressembler à son père, qui avait même accompagné sa sœur Emilie, à des manifestations contre la violence faite aux femmes…

On comprend le processus qui a conduit à la scène terrible, où il prend Angélique pour une punching-ball, les regrets les pleurs… mais on n’efface pas les coups en offrant une rose. Toute la spirale est bien mise en évidence, et même si on comprend le pourquoi et le comment, on n’a aucune envie d’éprouver de la sympathie pour Paul.

Un comportement typique de cet homme tordu : il a un cahier sur lequel il attribue des notes à ses proies, sur leurs performances, leur physique, n’hésitant pas à les comparer, utilisant des termes vulgaires et qu’il orne de savants découpages montages…

Je n’ai pas lu beaucoup de romans sur le thème de la violence conjugale, cela fait la une des journaux, tous les jours et c’est encore pire depuis les confinements, mais celui-ci me tentait car écrit par une infirmière sur des bases bien concrètes. En fait, l’écriture est belle et lapidaire quand il s’agit de récrire la fameuse scène (la pire, car il y en a eu plusieurs) ; comme un commentateur sportif décrirait un combat de boxe, direct du gauche ou du droit, uppercut ou autre.

J’ai bien aimé la façon dont le récit est structuré: l’auteure raconte l’histoire, la faits et gestes de Paul et en italiques, elle nous propose ce que Paul se dit à lui-même, interprète ce qu’il a fait ou dit.

C’est injuste et douloureux, chaque jour, chaque heure, cette laideur portée en fardeau, la peau, une silhouette, des pieds à la figure, incongrue, elle pique et modèle l’humeur et les certitudes. Évidemment, Paul, la souffrance n’appartient qu’aux moches !

Je n’ai pas découvert ce titre par hasard, je suis abonnée au blog de Bénédicte Soymier depuis pas mal de temps, donc je connais assez bien sa plume, sa manière d’analyser les livres dont elle parle, et le titre de ce roman m’a tout de suite interpelée. Et pourtant, je redoutais un peu cette lecture car ces derniers temps, j’ai besoin de sujets plus légers que d’habitude, je choisis des livres qui me plairaient en temps normal et qui soudain me paraissent trop pesants quand je m’y attaque, ma PAL est encore plus débordante, plus éclectique que jamais.

J’ai beaucoup aimé ce roman et son titre lourd de signification et j’espère vous avoir, prouvé qu’il fallait le lire… c’est le premier roman de Bénédicte Soymier et c’est un coup de maître.

J’ai failli oublier, l’auteure nous offre, en préambule cette belle citation pleine de saveur:

« La laideur est supérieure à la beauté car elle dure plus longtemps. » Serge Gainsbourg

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Calmann-Levy qui m’ont permis de découvrir ce roman et son auteure.

#LeMalépris #NetGalleyFrance

9/10

L’auteure :

Infirmière, Bénédicte Soymier exerce dans le Doubs (25).

Lectrice éclectique, passionnée de littérature, elle partage ses avis de lecture sur son blog Au fil des livres. « Le mal-épris » est son premier roman.

https://aufildeslivresblogetchroniques.wordpress.com/

Extraits :

Pour peu, il irait s’installer sur une ile déserte, loin de ces cons et des vacheries de l’existence. Parfois même, il aimerait que tout s’arrête. Ne plus rien entendre. Ne plus rien voir. S’il avait du courage…

Elle occupe son esprit, ses jours, ses nuits, à chaque coin de rue, à son travail, il la voit dans la tasse de son café, dans le reflet de son miroir. Elle l’épuise et le mine par l’attente qu’elle suscite, son regard, un sourire, ces instants qu’il espère auprès des boîtes aux lettres.   

Il ramassait les raclées comme on fait un baiser, s’imposant devant eux, les bras tendus, le corps en avant, lui, l’aîné, le responsable…

… Il palliait les manquements de ceux pour qui le rôle de parents consistait à couler dans l’alcool les allocs et les primes. Il en a pris des torgnoles, Paul …

Le week-end, elle se consacre à son fils, l’emmène au parc ou à la piscine, sort peu et n’a pas d’amoureux. Paul a bien observé, caché derrière les poubelles en contrebas des immeubles ou dans sa voiture. Aucun homme ne s’invite. Aucun ne vient chercher l’enfant.

Il les déteste tous.

Il les hait.

Les beaux. Tous ces faux moches du dedans, ces vernis à gratter. Que de la couche de surface, qui trompe et qui cache. Les beaux, c’est laid.

Il demande et redemande, l’entortille d’une importance qu’elle s’approprie, heureuse d’être l’univers d’un homme. Elle escamote ses plaies, en oublie la raison, parce qu’elle veut croire à ce nouveau départ, une chance, une vie de femme ordinaire à laquelle elle aspire. Un homme. Un appartement. D’autres enfants. Un bonheur simple.

L’amour s’arrime au respect des idées, des couleurs et des différences. (Facile. Evident. Et pourtant.) Il grandit sue l’envie d’être deux, semblables et contrastés, sans violence et sans force, juste posé sur l’estime de soi parce qu’on s’éprend sans comprendre, des cellules à l’esprit, conquis par stupeur ; une alchimie inexpliquée.

Chacun est le reflet de l’autre alors, on se détourne un peu pour ne pas prendre en face, l’image de sa petitesse, trop difficile à assumer, même quand on joue les gros durs, qu’on se vante ou qu’on jure. Les faits demeurent et si l’on brode un peu, on arrange et on ment, on se sourit par devant, n’ignorant pas que si l’on est ici c’est pour le même motif.

Ah oui, quelle farce ! Des coups et l’amour. L’amour faussé, l’amour de rien, le faux amour. Le contre-amour.

Lu en avril 2021